La prétendue vie de Jeanne d’Arc de M. Anatole France, monument de cynisme sectaire (1910)
- Jean-Baptiste-Joseph Ayroles (1828–1921)
Présentation
La prétendue vie de Jeanne d’Arc de M. Anatole France, par le père jésuite Jean-Baptiste-Joseph Ayroles, est un vigoureux réquisitoire contre l’ouvrage de l’académicien.
Depuis Michelet, Quicherat et Henri Martin, le camp républicain manquait de grands défenseurs d’une Jeanne d’Arc républicaine. Sous l’effet des travaux d’historiens catholiques et, plus encore, de l’introduction de sa cause de béatification par Léon XIII en 1894, l’héroïne semblait leur échapper. L’affaire Thalamas, fin 1904, avait quelque peu réveillé les ardeurs républicaines, mais le pauvre professeur n’avait pas l’étoffe, et malgré le soutien du camp républicain, embarrassé mais solidaire, l’épisode n’avait fait qu’en détacher un peu plus Jeanne d’Arc.
Avec sa Vie de Jeanne d’Arc, publiée en février 1908, Anatole France, écrivain engagé et académicien populaire, se proposait de devenir le nouveau champion de la Jeanne d’Arc laïque et républicaine. L’ouvrage fut un succès de librairie mais suscita une vague de critiques. La vision d’une Jeanne d’Arc hallucinée, réduite au rôle de porte-bonheur, déclencha une fronde qui dépassa largement le cercle des catholiques. Aux côtés des historiens catholiques comme Marius Sepet, l’abbé Debout et le chanoine Dunand, se dressèrent des figures telles que le médiéviste Achille Luchaire ou encore le protestant anglais Andrew Lang.
Le père Ayroles, autorité catholique reconnue sur Jeanne d’Arc, multiplia les critiques contre cet ouvrage, notamment dans l’Univers (26 juillet 1908), la Revue des Sciences ecclésiastiques (août 1908), et les Études religieuses (20 avril 1909). Avec la Prétendue vie de Jeanne d’Arc, il rassemble, réorganise et enrichit ses arguments. S’appuyant sur une analyse des premières éditions et de la version revue et corrigée de mars 1909 (28e édition), son verdict est sans appel : Anatole France est l’héritier de Voltaire, son ouvrage est une œuvre de falsification, visant à ternir l’image de Jeanne pour attaquer l’Église.
N’est-ce pas cependant une preuve de la déchéance de notre nature, de l’empire qu’exerce sur elle l’esprit de mensonge et de haine, que le besoin ressenti par certains écrivains de falsifier et de mentir, d’avoir les yeux fermés au bon et au bien, de ne pouvoir en supporter la vue sans ressentir la démangeaison de les noircir !
Chronologie
1908
-
Parution de la Vie de Jeanne d’Arc d’Anatole France : t. I (5 février), t. II (25 mars).
De nombreux historiens s’empressent de contester la valeur historique de l’ouvrage. Parmi les catholiques on trouve Marius Sepet, André Marty, les chanoines Dunand et Debout ; parmi les non catholiques, Salomon Reinach, Achille Luchaire, Frantz Funck-Brentano et l’homme de lettres écossais Andrew Lang.
Le père Ayroles, quant à lui, publie pas moins de trois articles contre le livre :
- Une page de la Jeanne d’Arc de M. Anatole France (L’Univers, 26 juillet 1908)
- La prétendue vie de Jeanne d’Arc par Anatole France (Science catholique, 10 août 1908)
- La Jeanne d’Arc de M. Anatole France (Études religieuses, 20 avril 1909)
1910
- jul.
Parution de la Prétendue vie de Jeanne d’Arc de M. Anatole France, qui approfondit et réorganise les critiques formulées dans les trois articles précédents.
Édition
Librairie catholique Emmanuel Vitte, Lyon, 3 place Bellecour ; Paris, 14 rue de l’Abbaye. (In-12° de 192 pages.)