J.-B.-J. Ayroles  : Écrits divers (2024)

Études : La Jeanne d’Arc d’Anatole France (1909)

La Jeanne d’Arc de M. Anatole France
Études, avril 1909

Longue et piquante critique de la Vie de Jeanne d’Arc d’Anatole France, dont une 28e édition revue et corrigée a paru en mars 1909.

Ayroles commence par résumer deux comptes-rendus de l’ouvrage, celui du paléographe-médiéviste Achille Luchaire dans la Grande Revue (25 mars 1908) et de l’archiviste-historien Frantz Funck-Brentano dans la Revue hebdomadaire (4 juillet 1908).

Puis il énumère plusieurs autres défauts qui selon visent à dénigrer Jeanne et l’époque, afin de nier le surnaturel :

  • Contresens graves dans les traductions latines ;
  • Sélection arbitraire des documents, qu’il accepte ou rejette selon qu’ils cadrent ou non avec sa thèse ;
  • Contradictions internes (par exemple en affirmant que Jeanne ne conduisait pas les gens d’armes, les gens d’armes la conduisaient, tout en lui imputant quelques pages plus loin d’avoir retardé la délivrance du pays en ordonnant la marche du sacre plutôt que la reconquête de la Normandie voulue par les capitaines) ;
  • Travestissement des documents ;
  • Négation de son rôle dans la libération d’Orléans puis toutes les autres batailles : les gens d’armes la tenaient non pour chef de guerre mais pour porte-bonheur ;
  • Confusions géographiques et chronologiques ;
  • Falsification des notes de bas de page, qui contredisent l’argument qu’elles sont sensées prouver : les références de M. France sont en train de devenir légendaires.

Il conclut :

Des assertions mensongères, des faits arrangés, des erreurs, des contresens, des incohérences, le dénigrement des sources historiques, de Jeanne d’Arc, de l’Église, le tout entremêlé d’ironie et de dédain, voilà le fond de cet ouvrage. C’est un pamphlet encore plus qu’un roman. Pour être combattues avec de pareils arguments, il faut que la gloire et la sainteté de Jeanne d’Arc brillent dans l’histoire de la clarté la plus pure et la plus lumineuse. Sans s’en douter, M. France confirme ce qu’il veut renverser, prouve ce qu’il veut nier. Il a manqué de mesure, de tact et de sens. On le savait sectaire, on ne le croyait pas maladroit.

Études religieuses, etc., 20 avril 1909, 46e année, tome 119, p. 229-255, Gallica

229La Jeanne d’Arc de M. Anatole France

Il serait bien tard pour parler encore de la Vie de Jeanne d’Arc par M. Anatole France, si l’on n’avait fait beaucoup de bruit autour de cet ouvrage, et si le public ne l’avait accueilli trop complaisamment. Plus qu’ailleurs, on a, chez nous, le culte de la renommée ; dès qu’un écrivain s’est fait un nom, on admire, de confiance, chacune de ses productions nouvelles.

L’apparition du premier volume de Jeanne d’Arc fut saluée d’éloges qui étonnent aujourd’hui. Après avoir étudié l’œuvre de près, des juges compétents, historiens de profession, l’ont censurée si sévèrement que, les qualités de style mises à part, le livre tout entier fond sous la critique. De valeur historique, il reste bien peu, s’il reste quelque chose.

Ces attaques ont blessé au vif M. France. Dans ses Pingouins, il n’a pas su dissimuler son dépit, et il imagine se venger en raillant les érudits, les historiens et le public.

Le lecteur ne cherche jamais dans une histoire que ce qu’il sait déjà. Si vous essayez de l’instruire, vous ne ferez que l’humilier et le fâcher. Ne tentez pas de l’éclairer ; il criera que vous insultez à ses croyances. Un historien original est l’objet de la méfiance, du mépris et du dégoût universels1.

Plusieurs ne soupçonnaient pas que, sous son dilettantisme raffiné, M. France eût l’épiderme aussi tendre. C’est une faiblesse ajoutée à bien d’autres. Quant à se piquer d’originalité en histoire, c’est son droit : il a un genre bien à lui.

Avant de signaler les fautes et les erreurs que j’ai relevées, peut-être ne sera-t-il pas inutile de-rapporter quelques jugements émanés de critiques autorisés. Pour me borner, je résumerai deux études très sérieuses, celles de M. Luchaire et de M. Funck-Brentano.

Le premier, un des maîtres incontestés des études médiévales, 230professeur d’histoire à la Sorbonne, constate un parti pris flagrant de dénigrer les textes et les sources favorables à Jeanne d’Arc, pour rehausser d’autant ceux qui lui sont hostiles2. Sans se soucier des controverses et des discussions entre historiens, M. France a son opinion toute faite sur les deux pièces essentielles de cette histoire, les procès de condamnation et de réhabilitation. Avec l’assurance de l’homme qui se croit en pleine possession de la vérité, il affirme que le premier est un trésor pour l’historien. Sur la véracité de Cauchon qu’il qualifie du reste de scélérat, il n’a pas l’ombre d’un doute. Mais la procédure de 1431 est irrégulière ! Après coup, le juge a inséré au procès des actes qu’un greffier a formellement refusé de valider ! Des pièces ont été falsifiées ! Il y a contradiction évidente entre l’assertion d’un juge sans pudeur et les rectifications des témoins de 1456 ! L’enquête et les informations locales ont été cachées à plusieurs juges ; enfin on les a fait disparaître ! Tout cela ne compte pas pour M. France. Il déclare ce procès bon pour l’histoire ; cela suffit3.

Par contre il tient pour suspect le procès de réhabilitation, qui pourtant est complet et en forme. Les cent vingt-trois témoins, docteurs, généraux, prêtres, bourgeois, hommes du peuple, sont tous des esprits simples qui répètent ce qu’on leur a suggéré. Ils s’accordent à dire que Jeanne était bonne, pieuse, simple. N’y a-t-il pas de quoi exciter des soupçons ? Terrible chose que la critique moderne, ajoute M. Luchaire.

De beaucoup supérieur à l’historien, l’écrivain a de la couleur et de la vie dans son récit il peint en artiste. Toutefois il s’attarde à conter des légendes connues de tous, véritables hors-d’œuvre et il a tout l’air de s’amuser lui-même, autant et peut-être plus que nous. Il n’a en propre que sa thèse, ou plutôt sa marotte qui revient sans cesse : Jeanne d’Arc visionnaire, menée par des clercs. Le nom de ces clercs ne sera jamais connu, confesse-t-il, ce qui nous jette dans le 231domaine de la pure hypothèse. À tel point que M. Funck-Brentano a pu écrire que

si Jeanne d’Arc avait ses visions, M. Anatole France, lui aussi, a ses visions, des visions incessantes comme celles de son héroïne : il voit partout des curés4.

Au total, livre singulier, difficile à classer, où se décèle l’inexpérience de l’historien de fraîche date.

Dans une étude très documentée5, M. Funck-Brentano fait également le procès de M. France avec beaucoup de vigueur et d’esprit. Il débute par un compliment :

Il y a dans le livre des pages charmantes ;

puis l’exécution commence. 1° Les textes ne sont pas reproduits avec exactitude. Ces entorses se reproduisent sans cesse. Bien plus, on trouve aux textes une portée toute différente de celle que leur attribue M. France. En maints endroits où il indique des documents comme fondement de son récit, on n’est pas peu surpris de voir que ces textes ne contiennent rien qui concerne de près ni de loin ce que l’auteur leur fait dire. Les exemples abondent :

Nous en avons, — dit le critique, — réuni un grand nombre que nous tenons à la disposition de qui voudra s’y reporter.

Ces constatations l’ont plongé dans un tel étonnement que

par moments il se frottait les yeux et reprenait deux et trois fois la même page, en se demandant s’il savait encore lire.

2° Consciemment ou non, M. France est victime de ses préjugés.

Les documents ! il les voit comme transformés sous le mirage [des idées qui le conduisent, idées les plus romanesques, de telle sorte que] nous ne sommes plus dans le domaine historique ; nous ne sommes même plus dans celui du roman, mais dans le domaine des jolis contes bleus, dans la région vaste et accidentée des contes fantastiques.

3° Eût-il étudié ses textes avec soin, les eût-il reproduits exactement, M. France ne pouvait écrire la véritable histoire de Jeanne d’Arc, parce qu’il ne connaît pas suffisamment les mœurs, les idées, l’art, les sentiments, les coutumes, la politique, les institutions du quinzième siècle. De cette époque, tout lui parait ridicule et lui fait pitié.

D’où des erreurs de détail relevées par les érudits, et des 232erreurs fondamentales sur les actes de Jeanne d’Arc et le rôle qu’elle a joué. Il n’a compris ni ce que la Pucelle a fait pour Charles VII, ni l’importance du sacre de Reims, ni l’union de tous les Français réalisée par elle.

4° On ne fait pas de l’histoire avec de l’ironie : ce n’est pas expliquer les faits du passé que d’accumuler de petites drôleries sur M. Saint Michel, M. Saint Georges qui s’est tourné anglais et Mgr Saint Denis qui laisse prendre son abbaye.

5° Le prétendu historien omet tout ce qui est à la gloire de Jeanne et néglige les scènes les plus dramatiques, les tortures de la cage de fer, le procès atroce, l’horrible condamnation. De tant de témoignages précis et concordants sur le courage surhumain de la vierge, il se débarrasse d’un coup d’épaule : Propos de cloître et de sacristie6 !

6° Bref il se met la tête à l’envers pour ne pas écrire l’histoire de la Lorraine telle que les textes la lui mettent si clairement sous les yeux, telle que la racontent les Anglais eux-mêmes. Il se donne mille peines et dépense tout son talent pour muer en une pitoyable névropathe l’héroïne charmante et fine, d’un esprit si ferme et si robuste, vaillante à la peine et dure à la douleur, magnifique chef de guerre, incarnation de la vaillance et de toutes les vertus.

En âme et conscience, — conclut M. Funck-Brentano, — nous ne pensons pas que M. France possède les talents nécessaires à l’historien, à en juger du moins par cette Vie de Jeanne d’Arc.

Ce terrible réquisitoire, on peut le confirmer par de nouvelles preuves et même y ajouter7. Qui se douterait que l’habile académicien sait mal son latin ? Quelques citations donneront une idée de ses lacunes en ce point8.

En résumant, à sa manière, le traité de Gerson sur la 233 Pucelle, il se hasarde à en traduire quelques passages. Dans l’espace de cinq lignes, je relève trois contresens. Le docteur avertit qu’on ne doit pas juger l’extraordinaire jeune fille d’après de vains racontars.

Si de divers côtés on répand des récits différents, par bavardage, légèreté, fourberie, dans un esprit. de dénigrement quelconque ou par haine, c’est le cas de rappeler l’adage de Caton : Il n’est pas en notre pouvoir d’empêcher les gens de parler.

Si multi multa loquantur et referant pro garrulitate sua et levitate, aut dolositate, aut alio sinistro favore vel odio, subvenit illud Catonis : Arbitrii nostri non est quod quisque loquatur9.

Voici la traduction de M. France :

Si plusieurs apportent divers témoignages sur son caquet (de la Pucelle), sa légèreté, son astuce, c’est le lieu d’alléguer cet adage de Caton : Nos arbitres, ce n’est pas ce que chacun dit.

Faute de distinguer ejus de suus, le traducteur attribue à la Vénérable ce que Gerson rapporte du public bavard, léger, hâbleur, et, dans le courant de l’ouvrage, M. France s’en prévaut à plusieurs reprises. Le vers de Caton est supérieurement maltraité. Voici, sans commentaire, le mot à mot du latiniste :

Arbitrii nostri non est quod quisque loquatur,

Nos arbitres ce n’est pas ce que chacun dit !

Gerson continue :

Il est pourtant en notre pouvoir de nous former une croyance, une opinion, mais avec modestie et sans esprit de querelle ou de dispute, parce que, comme dit l’Apôtre : Il ne faut pas qu’un serviteur de Dieu conteste, Non oportet servum Dei litigare.

M. France traduit :

On ne doit pas mettre en cause le serviteur de Dieu,

comme si litigare, verbe neutre, pouvait régir servum Dei10.

Tournons le feuillet et nous cueillerons d’autres contresens. Aux arguments qui prouvent la divinité de la mission 234de Jeanne d’Arc, Gerson ajoute

quatre enseignements de l’ordre civil et religieux que donne la Pucelle. Le premier concerne le roi et les princes du sang, le second les milices du roi et du royaume, le troisième le clergé et le peuple, le quatrième la Pucelle elle-même.

Superadduntur quatuor civilla et theologica documenta. Unum concernit regem et consanguineos regiæ domus ; secundum militiam regis et regni ; tertium ecclesiasticos cum populo ; quartum Puellam ipsam11.

M. Anatole France traduit :

Tirons des enseignements premièrement pour le roi et les princes du sang royal ; deuxièmement pour la milice du roi et du royaume, etc.12.

Le reste est à l’avenant. Des leçons de Jeanne d’Arc, le traducteur fait des conclusions tirées par l’auteur du mémoire.

La phrase suivante renferme une perle à enchâsser. Gerson dit que

d’après le quatrième enseignement, chacun doit libéralement contribuer de ses biens à obtenir que la paix règne dans les foyers, afin que, délivrés de nos ennemis, Dieu nous étant propice, nous le servions dans la sainteté et la justice tous les jours de notre vie.

Cum liberali temporalium subventione quilibet laboret in idipsum quatenus veniat pax in cubili suo, ut, de manu inimicorum nostrorum liberati, Deo propitio, serviamus illi in sanctitate et justitia coram ipso omnibus diebus nostris13.

D’après M. Anatole France,

il faut que chacun contribue, par libérale subvention de biens temporels, à l’instauration de la paix en son lit de justice, afin que, délivrés des mains de nos ennemis, Dieu nous étant plus propice, nous le servions dans la sainteté et la justice14.

Que vient faire ce lit de justice ? Évidemment il ne peut s’agir de ces séances solennelles du Parlement où le roi siégeait sur un trône. M. France ignore simplement que cubile signifie le lit et par extension, le chez-soi, comme notre mot foyer signifie l’âtre et la maison !

En trois pages, voilà donc toute une traînée de contresens. 235Nous en rencontrerons d’autres15. Dans des phrases embrouillées et obscures, un latiniste peut parfois passer à côté du sens. Mais broncher si lourdement et si souvent sur un texte clair et facile ! Et quand on songe qu’une grande partie des sources de l’histoire de Jeanne d’Arc est en latin, quelle confiance peut-on avoir dans un tel historien, et comment qualifier sa façon tranchante de se prononcer sur des textes qu’il n’a pas pris le temps de comprendre ?

Il faut voir du reste comment il joue avec les documents ; il les accepte ou les rejette selon qu’ils cadrent ou non avec sa thèse, il les tronque, les dénature, les amplifie ou les amoindrit à volonté, comme un romancier fait les scènes de la vie réelle.

Bien qu’il estime le procès de condamnation un trésor pour l’historien16, il le dénigre dans sa partie essentielle et lui attribue des pièces qui ne lui appartiennent pas. Durant d’interminables séances, Jeanne eut à répondre à des juges retors qui l’accablaient de questions captieuses. Enregistrées par les greffiers, ses réponses nettes, précises nous ouvrent son âme, racontent les détails les plus précieux de sou histoire et les mobiles de ses actes.

Tout le monde sait le prix des réponses de la Pucelle, — avoue M. France ; — elles sont d’une héroïque sincérité et le plus souvent d’une clarté limpide17.

Cet éloge, sincère en apparence, est immédiatement suivi de restrictions aussi patelines que mal 236fondées.

Cependant il n’y faut pas tout prendre à la lettre… Il faut reconnaître qu’elle manquait étrangement de mémoire. Je sais bien qu’un greffier admirait qu’elle se rappelât très exactement, au bout de quinze jours, ce qu’elle avait répondu à l’interrogateur. C’est possible, bien qu’elle variât quelquefois dans ses dires. Il n’en est pas moins certain qu’il ne lui restait, après un an, qu’un souvenir confus de certains faits considérables de sa vie. Enfin ses hallucinations perpétuelles la mettaient le plus souvent hors d’état de distinguer le vrai du faux18.

Ce passage caractérise la manière de M. France. Comment une hallucinée le plus souvent hors d’état de distinguer le vrai du faux peut-elle faire des réponses le plus souvent d’une clarté limpide ? Mystère que l’auteur est sans doute seul à comprendre. Affirmer que Jeanne manquait étrangement de mémoire, c’est démentir, sans ombre de preuve, les dépositions, non d’un seul greffier, mais de trois greffiers et de plusieurs témoins. Voici les paroles de Manchon, premier greffier :

Pendant le procès, elle fut harcelée de nombreuses et diverses interrogations presque chaque jour, on la soumettait, le matin, à des interrogations qui duraient trois ou quatre heures parfois, des paroles de Jeanne, on tirait des questions difficiles et subtiles, sur lesquelles, après dîner, on l’interrogeait encore pendant deux ou trois heures. Souvent on passait d’une question à l’autre, en changeant de sujet. Malgré ces brusques transitions, elle répondait sagement. Elle avait une excellente mémoire, car très souvent elle disait : Je vous ai déjà répondu sur ce point.

Maximam habebat memoriam, quia sæpissime dicebat : Ego alias vobis de hoc respondi.19

Le second greffier, Guillaume Colles, surnommé Boisguillaume, rapporte également que

Jeanne répondait avec beaucoup de prudence, multurn prudenter quelquefois, interrogée une seconde fois sur le même sujet, elle disait que la question lui avait été déjà faite et qu’elle n’y répondrait plus, et alors elle faisait lire ses réponses par les greffiers20.

237Jean Monnet, greffier de maître Jean Beaupère, déclare que

Jeanne s’adressant à lui et aux greffiers, leur reprochait leur rédaction fautive et que souvent elle la faisait corriger.

Eidem Johannæ audivit dici, loquendo eidem loquenti et notariis, quod non bene scribebant, et multoties faciebat corrigere21.

Le lieutenant du roi Pierre Daron raconte que les témoins du procès étaient émerveillés de la prodigieuse mémoire de Jeanne.

Elle répliquait parfois : Tel jour, ou il y a huit jours, la même question m’a été posée et voici ce que j’ai répondu. Le second greffier, Boisguillaume, s’étant avisé de la contredire, on eut recours au procès-verbal qui donna raison à Jeanne. Toute joyeuse, la Pucelle dit à Boisguillaume que, s’il se trompait encore, elle lui tirerait les oreilles22.

Ce qui domine dans la déposition embarrassée du chanoine Caval, une créature des Anglais, c’est le témoignage rendu à la mémoire de Jeanne :

Elle l’avait excellente, habebat mullum bonam memoriam. Quand on la questionnait, elle disait : Je vous ai déjà répondu en ces termes et elle ordonnait au greffier de chercher le jour de la réponse et l’on trouvait exactement ses paroles, pas une de plus, pas une de moins. Et ita inveniebatur sicut dicebat, nil addito vel remoto23.

Mêmes affirmations de Jean Lefèvre, religieux et évêque, et de Jean Marcol, bourgeois de Paris24. À tous ces témoignages, faits sous la foi du serment, M. France n’oppose pas un seul texte. Il les contredit sans autre raison que de diminuer la valeur des réponses de Jeanne d’Arc. Au lecteur de juger pareil procédé.

M. France fait plus qu’énerver ce qui constitue vraiment le procès de condamnation, il l’aggrave. À la demande de Cauchon, le bailli anglais de Chaumont, Jean de Torcenay, avait chargé Gérard Petit, prévôt d’Andelot, de faire une enquête sur la vie et la réputation de Jeanne d’Arc. Celui-ci s’adjoignit le tabellion Nicolas Bailly, comme greffier, et ils interrogèrent à Domrémy et dans les paroisses environnantes. L’enquête tourna à la gloire de la Pucelle, ce 238qui excita la colère de Cauchon. Il injuria Petit et refusa de l’indemniser de ses frais. Le fait est rapporté dans le procès de réhabilitation.

C’est possible, encore qu’étrange, — écrit M. France. — Mais qu’on n’ait recueilli ni à Vaucouleurs, ni à Domrémy, ni dans les villages voisins, aucun fait à la charge de Jeanne, voilà qui n’est nullement vrai. Bien au contraire, on y ramassa un grand nombre d’accusations contre Jeanne qui hantait les fées, portait dans son sein une mandragore et désobéissait à ses père et mère25.

Sur quoi repose ce hardi démenti ? Uniquement sur le réquisitoire de d’Estivet. Or, parmi les soixante-dix articles de cette pièce, deux ou trois seulement s’appuient sur des témoignages. Encore les réponses de Jeanne les hachèrent-elles et les mirent-elles en pièces, si bien que le tribunal n’osa pas en tenir compte. Quicherat lui-même, si indulgent pour Cauchon, le constate en ces termes :

Puisque l’instruction avait en quelque sorte fondu aux débats, à quoi bon en surcharger l’instrument du procès26 ?

De ces faits, M. France ne veut rien savoir et tranquillement il surcharge ses pages des accusations de d’Estivet. Plus injuste que les assesseurs de Rouen, il retient comme avéré ce qu’ils ont rejeté. Cauchon fit disparaître l’enquête. Il n’en reste rien. Ce qui n’empêche pas M. France d’écrire :

Des informations copieuses fournirent assez pour brûler dix hérétiques et vingt sorcières27.

Tout le long de ses deux volumes, il s’évertue à rabaisser Jeanne et les quelques éloges que l’évidence lui arrache déguisent mal un parti pris manifeste de dénigrement. Comme pourtant les documents ne se laissent pas toujours façonner et solliciter au gré du caprice, il en résulte de flagrantes contradictions. Pour réfuter M. France, il suffit, le plus souvent, de rapprocher ses jugements.

En croyant à ses voix, la Pucelle, d’après lui,

vivait en 239pleine illusion28

Ses hallucinations perpétuelles la mettaient le plus souvent hors d’état de distinguer le vrai du faux29

[Elle avançait] comme ceux qui marchent en dormant, [vivant dans] un sommeil merveilleux, plein des images du dauphin, de sa chevalerie et des batailles sur lesquelles flottaient des anges30.

Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que, dans ce sommeil, elle mit à accomplir la mission qu’elle s’attribuait

un esprit de suite, une constance, une fermeté vraiment admirables31

[Par ailleurs,] ses déterminations dépendaient du moindre bruit qui se faisait dans ses oreilles. Rien de plus inconstant et de plus contradictoire que les inspirations de ces visionnaires, jouets de leurs rêves32.

Jeanne a constamment affirmé que ses voix lui parlaient toujours le même langage et, de fait, elle a réalisé ce qu’elles lui avaient annoncé. Erreur, s’écrie M. France :

Ses voix changeaient, selon les nécessités du moment, les ordres précédemment donnés33.

Comprenne qui pourra ces palinodies, et surtout comment une pareille hallucination a déterminé les actes de la Libératrice, comment elle a été la raison même de sa merveilleuse vie !

Hallucinée sur son moi, elle l’est au plus haut degré sur ce qui l’entoure.

Elle ignorait tout ce qui se passait autour d’elle34.

Ennemie des déprédations, elle les avait rigoureusement interdites. Pourtant

elle ne vivait que de maraude ; mais elle l’ignorait35.

L’innocente ne voyait rien. Ouverts aux choses invisibles, ses yeux étaient fermés aux choses sensibles36.

Avec ces yeux fermés et cette incapacité de percevoir ce qui se passe auprès d’elle, elle n’en est pas moins, d’après M. France, d’une remarquable perspicacité. Elle ne manquait pas

d’esprit : elle s’apercevait très justement au contraire que le duc de Bourgogne amusait le roi avec des ambassades et que l’on était joué par un prince qui enveloppait beaucoup de ruse dans beaucoup de magnificence. Sans savoir grand-chose des affaires de Bourgogne et de France, elle en jugeait bien. Elle avait des idées très 240simples assurément, mais très justes, sur la situation du roi de France à l’égard du roi d’Angleterre37.

Donc elle sut distinguer les artifices auxquels se laissèrent prendre les diplomates, Regnault de Chartres, le roi, la cour et les signataires de la trêve du 28 août. Vraiment, dans la psychologie de Jeanne d’Arc, le romancier renverse toutes les lois de la nature.

Naturellement, la Libératrice s’illusionne sur son rôle dans les événements. Elle croyait tout mener, déclare M. France

en réalité elle ne conduisait pas les gens d’armes, les gens d’armes la conduisaient, la tenant, non pour chef de guerre, mais pour porte-bonheur38.

Cependant quand il décrit l’impression produite par l’entrée de Jeanne à Orléans, il constate qu’il n’y avait plus

ni lieutenant du roi, ni gouverneur, ni seigneurs, ni chefs de guerre, il n’y avait qu’un pouvoir et qu’une force la Pucelle. Cette fillette, cette pastoure, cette béguine, leur causait (aux nobles) le plus grand dommage qu’ils pussent éprouver ; elle les réduisait à rien. Encore en paraissant leur céder, n’avait-elle, cette fois comme les autres, agi qu’à sa volonté39.

Un peu plus loin, M. France raconte que les Orléanais se pressaient en foule à la porte de Jeanne et qu’ils réclamaient à grands cris d’être conduits par elle contre les bastilles anglaises. Une attaque, à cette heure, eût été prématurée. Jeanne, lisons-nous,

se montra bonne, sage, égale à sa mission et vraiment née pour le salut de tous. Tout enfant qu’elle était et ignorante des choses de la guerre et de toute chose humaine, elle trouva en elle le sentiment et la force d’éviter le désastre40.

Avec l’Église, le romancier n’hésite pas à canoniser la Pucelle, on devine ce que peut être cette canonisation à la Anatole France.

Ce qui ressort surtout des textes, — écrit-il, — c’est qu’elle fut une sainte. Elle fut une sainte, avec tous les attributs de la sainteté au quinzième siècle41.

La sainte, la petite sainte reviennent souvent, dans le courant de l’ouvrage. Sainte, elle eut des visions, donc elle fut soumise à un déterminisme étroit et, à son sujet, comme du reste à propos 241des hallucinés

qui se croient investis d’une mission divine. peut-être éprouve-t-on quelque surprise à voir la machine humaine fonctionner, sous l’action d’un même agent mystérieux, avec cette uniformité fatale42.

Au fond, Jeanne d’Arc doit être assimilée à trois pauvres illuminés fort obscurs, un vavasseur de Champagne, un maréchal ferrant de Salon et un paysan de Gallardon qui se crurent chargés d’un message divin pour des rois de France.

Les ressemblances que ces trois hommes présentent avec Jeanne d’Arc sont intimes et profondes, elles tiennent à leur nature même et les différences sont extérieures et contingentes43.

Avec une impudence tranquille, M. France ose encore la mettre sur le même rang que les féroces disciples de l’hérétique Jean Huss44 et que Suzette Labrousse45, l’Égérie des constitutionnels, qui finit dans une maison d’aliénés. Aussi bien

la raison (de Jeanne d’Arc) fut sujette de tout temps à des troubles étranges46 [et, du treizième au quinzième siècle], la sainteté s’accompagnait volontiers de toutes. sortes de bizarreries, d’illusions et de folies47.

Voyons maintenant, sur quelques échantillons, M. France procéder à l’interprétation des textes. Il renvoie à ses auteurs, ce qui permet de saisir sur le vif sa probité historique.

Jeanne paraissait à tout le monde étrange et bizarre. La voyant si pieuse, Mengette et ses compagnes disaient qu’elle l’était trop. Isabellette, entre autres, femme de Gérardin d’Épinal, blasonnait rustiquement une fille si peu dansante. Colin, fils de Jean Colin, avec tous les gens du village, se moquait d’elle, à cause de sa dévotion. Ses extases faisaient sourire ; elle passait pour un peu folle. Poursuivie de railleries, elle en souffrait48.

Dans ces lignes, il n’y a de vrai que deux assertions : elle était trop pieuse au jugement de Mengette et de ses compagnes dans sa jeunesse, Colin et d’autres jeunes gens raillèrent quelquefois, aliquando, sa dévotion. 242Tout le reste est non seulement controuvé, mais exactement le rebours de la vérité, car tous les témoins de Domrémy sont unanimes à faire l’éloge de Jeanne. Quelque invraisemblable que paraisse le cynisme de M. France, pour le constater, on n’a qu’à vérifier les témoignages cités en note49.

Elle était la fable du village, — écrit-il encore. — On la montrait au doigt en disant par moquerie : Voilà celle qui relèvera la France et le sang royal50.

La référence renvoie à Jean Waterin qui rapporte simplement avoir plusieurs fois entendu dire qu’elle relèverait la France51. Le reste est interpolé. Pas trace de moquerie.

Le conteur grivois prend plaisir à éclabousser de perfides insinuations la virginité de la Pucelle :

Sa conduite qui procédait d’une innocence héroïque et singulière fut mal jugée.

N’a-t-on pas dit qu’elle était

mal famée ? Propos calomnieux qui ne trouvaient que trop de créance52.

Et, pour les expliquer, M. France allègue que

par l’étrangeté de leurs actions, fréquemment, les saintes, en leur jeunesse, prêtent à de pareils soupçons. Et Jeanne donnait des signes de sainteté53.

L’auteur exploite ici les infamies de d’Estivet, rejetées par le tribunal de Rouen.

L’archevêque d’Embrun, Jacques Gelu, écrit

qu’il a plu à Dieu de secourir le roi par une jeune vierge tirée de la garde des brebis, per adolescentulam puellam de post fœtantes ereptam.

M. France traduit ainsi ce mot biblique :

par une enfant nourrie dans le fumier54.

Marguerie avait assisté à l’interrogatoire de Jeanne. Il constate qu’elle était jeune, quoique très avisée dans ses réponses, erat juvenis licet multum cauta in suis responsionibus. M. France écrit :

Il s’était montré fort assidu au procès de la Pucelle qu’il jugeait une fille très rusée55.

Jeanne arriva à Vaucouleurs vêtue d’une pauvre robe rouge, pauperibus vestibus rubeis. Le traducteur ajoute que cette 243robe était toute rapiécée56 et plus loin il représente la jeune fille à cheval,

habillée en galopin d’écurie57.

Cette manie de faire violence aux documents pour dénigrer Jeanne et la rabaisser éclate surtout au sujet des admirables victoires de l’héroïne. Parce qu’elles sont la preuve la plus obvie de la mission divine, M. France s’évertue à les nier ou à les transformer en légendes. Sans doute, Jeanne a contribué à la délivrance d’Orléans, mais jusqu’à nos jours les historiens se sont mépris sur les difficultés de cette délivrance, et, au fond, le rôle de la Pucelle fut insignifiant.

D’abord, les Orléanais ignoraient

les avantages de leur situation qui étaient énormes58.

Les témoignages de Jean de Macon, du notaire Guillaume Girault, du bourgeois Jean Luillier ne prouvent rien.

Si au lieu de nourrir des imaginations tristes, (ils) avaient fait le compte des assiégés et des assiégeants, ils auraient reconnu que les affaires des Orléanais étaient pour l’heure en meilleur état que celles des Anglais. Mais ils n’avaient rien observé par eux-mêmes et ils s’en tenaient au sens commun, qui est rarement le sens du juste et du vrai59.

Assis sous l’Orme du Mail, à cinq siècles de distance, M. France en remontre aux bourgeois et aux hommes de guerre, aux Orléanais et aux Anglais. Fi donc du sens commun ! Aussi bien, est-il exclu de son livre avec un soin jaloux.

À la suite de la défaite des Harengs, lisons-nous,

messire Louis de Culant, amiral de France, et le capitaine La Hire quittaient la ville (d’Orléans) avec deux mille hommes d’armes. Quand les rats s’en vont, c’est que le navire va couler60.

Nous serions heureux de savoir ce qui, dans les deux mois qui suivirent, avait bien pu remettre le navire à flots.

Les Orléanais, — dit-il encore, — étaient soucieux, et non sans raison. Car s’ils veillaient à ce que l’ennemi ne pût entrer, ils ne découvraient aucun moyen de le chasser bientôt. 244Dans les premiers jours de mars, ils observèrent avec inquiétude que les Anglais creusaient un fossé pour aller à couvert d’une bastille à l’autre, depuis la Croix-Boissée jusqu’à Saint-Ladre. Ils essayèrent de détruire cet ouvrage. Ils attaquèrent les Godons avec vigueur. Mais ils n’empêchèrent pas les Anglais d’accomplir leur travail. Ils voyaient le siège se poursuivre avec une terrible rigueur. Agités de doutes et de craintes, brûlés d’inquiétude, sans sommeil, sans repos et n’avançant à rien, ils commençaient à désespérer61.

Pour échapper aux Anglais, ils résolurent de se donner au duc de Bourgogne, lequel accepta volontiers. Mais les Anglais refusèrent toute transaction. Ils n’avaient pas mâché le fruit pour que le duc de Bourgogne l’avalât62. Le duc de Bedford affirmait

qu’il aurait la ville à volonté et qu’il serait bien courroucé d’avoir battu les buissons et qu’un autre eût les oisillons63.

Le prétendu historien écrit que les bastilles anglaises ne valaient rien64, et il en fait de gigantesques mannequins65. Les contemporains les décrivent au contraire comme de redoutables citadelles

bâties en pierres et en bois à l’instar de châteaux et de forteresses66.

Depuis vingt-cinq ans, de nombreux travaux ont été faits pour évaluer les forces anglaises autour d’Orléans67. Personne, faute de document précis, ne se croit en droit de donner un chiffre ferme. M. France est au-dessus de ces scrupules.

Ils (les Anglais) n’avaient pas trois mille hommes autour de la ville68.

Cousinot parle de dix mille assiégeants à la fin de 245l’année 1428. Il est probable que, durant les quatre mois qui suivirent, ce nombre s’accrut plutôt qu’il ne diminua.

Après cet exposé à rebours des deux partis, M. France s’escrime à enlever à la guerrière le premier rôle qui lui revient dans la délivrance d’Orléans. Humiliés de suivre une paysanne qui les avait éclipsés dans les premières rencontres, les capitaines avaient résolu de surseoir à l’attaque des Tourelles, la clef du siège. Ils en avisèrent la Pucelle qui leur fit cette fière réponse :

— Vous avez été à votre conseil et j’ai été au mien et croyez que le conseil de mon Seigneur tiendra et que le conseil des hommes s’évanouira.

Le 7 mai, au soleil levant, accompagnée des bourgeois et des hommes d’armes, malgré les capitaines, elle força la porte de Bourgogne et donna l’assaut. Cousinot l’affirme dans les termes suivants :

Par l’accord et consentement des bourgeois d’Orléans, mais contre l’opinion et volonté de tous les chefs et capitaines qui estaient là de par le roi, la Pucelle se partit à tout son effort et passa Loire… L’assault fut fier et merveilleux, plus que nul qui eust esté oncques veu de la mémoire des vivants ; auquel vindrent les chefs qui estaient dedans Orléans, quand ils en aperceurent les manières69.

246Cette initiative, qui décida de la victoire, est soigneusement écartée par M. France.

Les seigneurs, — écrit-il, — traversèrent la Loire de bon matin. Ils y furent tous. La Pucelle se tenait en leur compagnie70.

Comme référence, il renvoie au héraut Berry, dont la chronique n’est qu’un sommaire, du moins dans cette partie. Il faudrait de longues pages pour faire justice des autres falsifications de M. France dans le récit de la délivrance d’Orléans. C’est assez d’avoir relevé le point capital, et je passe à cette merveilleuse campagne de la Loire qui fait l’admiration des écrivains militaires.

Après avoir anéanti la forte garnison de Jargeau en amont de la Loire, Jeanne se porte en aval, fait occuper le pont de Meung, situé hors ville, et court attaquer Beaugency. Dans la soirée du vendredi, Talbot amène des troupes au secours de la place. Il n’y peut entrer ni même faire prévenir les assiégés de son approche. Il remonte alors vers Meung et canonne les Français apostés par la Pucelle à la garde du pont. Le plan du capitaine anglais était de franchir la Loire et d’arriver par la Sologne à Beaugency. Durant la nuit, Beaugency capitule et, à cette nouvelle, Talbot rebrousse chemin pour couvrir Janville et les places de la Beauce. La guerrière le poursuit et lui inflige la défaite de Patay qui anéantit l’armée anglaise. Du 17 à minuit au 18 à quatre heures après midi, la Libératrice avait conquis Beaugency, Meung, Janville et détruit les forces anglaises. Impossible de comprendre cette campagne, si l’on ne suit, presque heure par heure, le mouvement des deux armées.

Telle est la confusion des événements chez M. France que l’action de la Pucelle disparaît presque complètement ; on ne la trouve que dans quelques épisodes secondaires. Il écrit, que l’armée de Talbot, marchant sur Beaugency,

se trouvait non loin de la ville, le vendredi dix-sept de juin71, au 247moment où la garnison en sortait72.

L’écrivain cite sept auteurs pour confirmer la présence du général anglais près de Beaugency au moment de capitulation. Or, quatre de ces auteurs, la Chronique de la Pucelle, Chartier, Gruel, Wavrin nous montrent Talbot devant le pont de Meung ; les autres omettent cette circonstance dans leur récit.

M. France affirme encore que les défenseurs de Beaugency

au nombre de cinq cents, se retirèrent à Meung dont le château, mais non le pont, était resté aux Anglais73.

Des cinq auteurs allégués comme garants, Monstrelet et Wavrin de Forestel disent que les vaincus se retirèrent par la Beauce vers Paris ; la Chronique de la Pucelle et Chartier qu’ils évacuèrent la place ; seul, le Journal du siège écrit qu’ils se retirèrent à Meung. C’est une erreur ; en capitulant, ils s’étaient engagés à ne pas reprendre les armes de dix jours.

M. Funck-Brentano insiste sur cette étrange manipulation des documents à propos de la bataille de Patay,

le point culminant de la vie de Jeanne d’Arc, la clef de voûte du monument tout entier.

Négligeant les diverses sources que nous possédons pour écrire les épisodes de cette journée, unique peut-être dans les annales de l’histoire, M. Anatole France commence par nous expliquer que Jeanned’Arc n’arriva que sur la fin du combat. Les Anglais étaient en déroute cependant on tuait encore.

Elle vit un Français qui conduisait des prisonniers frapper l’un deux à la tête si rudement que l’homme tomba comme mort. Elle descendit de cheval et fit confesser l’Anglais. Elle lui soutenait la tête et le consolait selon son pouvoir. Voilà la part qu’elle prit à la bataille de Patay. Ce fut celle d’une sainte fille74.

La source indiquée est, au procès de réhabilitation, la déposition de Louis de Coutes qui fut page de la Pucelle, sous le nom d’Imerguet. Or, le témoin, en parlant du massacre de Patay, ne donne pas du tout le fait comme se rattachant à cette bataille75. De telle sorte que, d’après 248M. France, la guerrière, à Patay, aurait simplement accompli un acte de charité qui s’est passé à une date indéterminée, quadam vice76.

Émettant un jugement d’ensemble sur le rôle de la Libératrice,

ce n’est pas Jeanne, — déclare-t-il, — qui a chassé les Anglais de France si elle a contribué à sauver Orléans, elle a plutôt retardé la délivrance en faisant manquer, par la marche du sacre, l’occasion de recouvrer la Normandie77.

Comment lui imputer la marche du sacre, si, comme il le redit sans cesse, Jeanne ne conduisait pas, mais était conduite ? Il le répète juste à propos de la discussion, entre seigneurs, sur l’expédition de Reims.

Les apocalypses de la Pucelle n’étaient pour rien dans leur détermination. Les conseillers du roi conduisaient Jeanne, loin de se laisser conduire par elle… Ils pouvaient la dériver sur la Normandie, sans seulement qu’elle s’en aperçût, tant elle ignorait les chemins et les pays. Si plusieurs recommandaient la campagne champenoise, c’était, non sur la foi des anges et des saintes, mais pour des raisons humaines78.

Voilà donc Jeanne à la fois coupable et innocente de la faute ? Était-ce réellement une faute ? Non, estime M. France :

Il ne faut pas se hâter pourtant de condamner cette solennelle promenade des Lis en Champagne. Peut-être que le voyage de Reims assura au petit roi de Bourges des avantages plus grands, plus précieux que la conquête du comté du Maine et du duché de Normandie et que l’assaut donné victorieusement à la première ville du royaume. Par les cérémonies augustes du sacre, il apparaissait tout à coup légitime et très saint roi de France79.

Concilie qui pourra ces assertions contradictoires !

Guerriers, bourgeois, Charles VII, Anglais et Bourguignons, Bedford lui-même proclament à l’envi qu’à Jeanne d’Arc sont dues les défaites anglaises. M. France assure le 249contraire. Faut-il s’en étonner puisqu’il se contredit lui-même ? Il accuse la Libératrice d’avoir retardé la délivrance et en même temps il lui en attribue la plus belle part.

Est-ce à dire que la jeune sainte n’eut point de part dans l’œuvre de la délivrance ? Non certes elle eut la part la plus belle : celle du sacrifice ; elle donna l’exemple du plus haut courage et montra l’héroïsme sous une forme imprévue et charmante80.

Pour sa thèse, M. France avait besoin de dénier à Jeanne d’Arc toute valeur militaire ; il n’y a pas manqué. Mener les combattants

à confesse, c’était tout son art militaire, — écrit-il. — Elle n’avait point d’autre science pour combattre derrière les murs ou en rase-campagne81.

Elle n’avait qu’une tactique, c’était d’empêcher les hommes de blasphémer le Seigneur et de mener avec eux des ribaudes. C’était là toute sa science militaire, hors toutefois qu’elle ne craignait pas le danger82.

Quant à l’opinion que cette jeune fille était très habile à rassembler et à conduire une armée et s’entendait surtout à diriger l’artillerie…

il en faudrait un autre garant que ce pauvre duc d’Alençon qui ne passa jamais pour un homme raisonnable83.

M. France est bien sévère pour le généralissime de l’armée de la Loire ; mais passe. D’autres garants existent : Dunois déclare que les campagnes de la Loire et de la Champagne sont dues avant tout à la Pucelle84 ; Thibault d’Armagnac, sire de Termes, qui avait combattu aux côtés de Jeanne, la proclame le capitaine le plus habile du monde qui aurait passé sa vie à apprendre le métier des armes85. Mêmes appréciations de plusieurs témoins, entre autres de l’avocat Agnan Viole et de Pierre Millet, greffier des élus de Paris86.

Avec une belle désinvolture, l’écrivain jette par-dessus bord toutes ces dépositions gênantes. Faites au procès de réhabilitation, il les estime sans valeur. Quand les capitaines y parlaient des talents militaires de la Pucelle, il affirme

qu’ils savaient bien le contraire87.

Il est au moins amusant de le voir faire la leçon aux hommes de guerre et aux contemporains de Jeanne d’Arc. Où donc a-t-il puisé la compétence 250qu’il s’attribue comme tacticien, lui qui (c’est la remarque de M. Funck-Brentano) ne parait pas

s’être particulièrement distingué jusqu’ici la lance au poing sur un destrier88.

Son autorité en la matière vaut tout juste celle de M. Thalamas.

En outre, ce n’est pas en vue de la réhabilitation, qu’au lendemain de Patay, le secrétaire de Charles VII, Alain Chartier, fait l’éloge enthousiaste de la guerrière :

Elle dirige l’armée, assied le campement, range les hommes pour la bataille et, après avoir fait l’œuvre du général, elle fait celle du soldat. Elle semble descendre du ciel pour soutenir de la tête et des épaules la France croulante89.

Perceval de Cagny écrivait de 1436 à 1438. D’après Vallet de Viriville, Cousinot acheva sa chronique vers 1449. Jean Chartier, nommé historiographe du roi, avait écrit ce qui a trait à la Pucelle, longtemps avant la réhabilitation. Ces auteurs90 et bien d’autres se font l’écho de l’admiration soulevée par le merveilleux talent militaire de Jeanne d’Arc. M. France les ignore ou fait tout comme, parce qu’il devrait conclure à un phénomène unique dans l’histoire, à un miracle d’autant plus fulgurant que, hors des champs de bataille, la Pucelle était la simplicité même. Du miracle, il ne veut à aucun prix et les faits les plus patents, il les nie dès qu’ils attestent une intervention surnaturelle.

Je crois avoir suffisamment démontré que M. Anatole France a impudemment travesti l’histoire entière de Jeanne d’Arc, sa sainteté, son influence, son rôle militaire. J’ajoute qu’il étale une surprenante ignorance du milieu où se déroulèrent les événements qu’il prétend raconter. Il annonce, dans sa préface, qu’il a visité studieusement les villes, les champs, théâtre de l’histoire de la Pucelle91. Il n’y a pas lieu démettre en doute son assertion. Cependant comment expliquer qu’il 251prenne le couchant pour le levant ?

Domrémy, — écrit-il, — se trouvait pris entre le Barrois et la Champagne au levant, la Lorraine au couchant92.

Et pour expliquer cette position géographique, il indique en note trois savantes références. Il prend la Brie pour le Berry93 et place l’abbaye de Talmont dans le diocèse de Laon94. En fait, elle n’en est éloignée que de 100 lieues95.

Parmi les six pairs ecclésiastiques qui assistaient au sacre de Reims ou y avaient envoyé des suppléants, M. France nommait l’évêque de Chaumont, alors que Chaumont n’a jamais que je sache, possédé d’évêché96. Il a eu soin de corriger cette méprise, mais les six pairs sont réduits à cinq97. Il a oublié Beauvais.

Sur les dates, même confusion.

Les Anglais, dit M. France, possédaient la Guyenne depuis deux cents ans98. Le mariage d’Éléonore de Guyenne avec Henri II Plantagenêt remonte à 1154. La victoire de Castillon, en 1453, fit revenir définitivement cette province à la France et on dit, en chiffres ronds, qu’elle fut anglaise pendant trois cents ans.

L’auteur commence en ces termes le chapitre du voyage de la Pucelle à Nancy, janvier 1429.

Le duc Charles II de Lorraine venait de jouer un bien mauvais tour à son cousin et ami le duc de Bourgogne, en donnant en mariage Isabelle, sa fille aînée ; l’héritière de Lorraine, à René, second fils de Mme Yolande, reine de Sicile99.

Le tour était joué depuis dix ans. Le traité de Foug avait stipulé cette alliance, le 20 mars 1419, et le mariage avait été célébré à Nancy, le 20 octobre 1420.

Au sujet de la commission instituée par Calixte III, M. France 252nous dit.

Sur le fait même du procès, on se garda d’appeler le seigneur archevêque de Rouen, messire Raoul Roussel, qui avait pourtant siégé au côté de Mgr de Beauvais100.

Il existait une excellente raison de ne pas citer Roussel ; il était mort en décembre 1452 et le décret de Calixte III date du 10 juin 1455. L’archevêque de Rouen était alors le cardinal d’Estouteville qui avait tant contribué à préparer la réhabilitation de Jeanne d’Arc.

M. France écrit encore :

Très à point, le Régent céda la ville de Paris au duc Philippe, non sans regretter assurément de lui avoir refusé naguère la ville d’Orléans. Le magnifique duc y vint et fit crier le sang de Montereau. Les assistants jurèrent d’être bons et loyaux à lui et au régent101.

Un peu plus haut (p. 60), cette cession est placée au 13 août. C’est une erreur de deux mois, comme le prouve l’acte du 13 octobre couché tout au long dans la chronique dite des Cordeliers. M. France a tout l’air de croire que, après le 13 août, le duc de Bourgogne ralluma la haine des Parisiens contre Charles VII. La scène décrite remonte à la première quinzaine de juillet. Enfin, l’écrivain insinue que Bedford aurait volontiers cédé Paris. Le Journal du faux bourgeois de Paris, l’auteur préféré de M. France, aurait dû lui apprendre que l’Anglais obéit avec peine à la requête de l’Université, du parlement et des bourgeois de Paris :

Moult laissoit envis le duc deBedfort ledit gouvernement, si faisoit sa femme102.

Ni Fauquembergues, ni Morosini, indiqués en note, ne parlent de cette cession.

L’écrivain accuse le connétable de Richemont d’avoir tenté d’enlever Jeanne d’Arc.

Il chargea de l’entreprise, un homme à lui, Andrieu de Beaumont, précédemment employé à enlever le sire de La Trémouille. Mais Andrieu de Beaumont, comme il avait manqué le chambellan, manqua la Pucelle103.

L’auteur renvoie, avec indication de la page, au Journal du siège, à Jean Chartier, à Gruel, à Monstrelet. Or, aux endroits indiqués, il n’est question ni de tentative d’enlèvement, ni d’Andrieu de Beaumont, 253mais d’instances pour réconcilier Richemont avec La Trémouille104.

Les références de M. France sont en train de devenir légendaires. Avec une prodigalité d’érudit scrupuleux, il en a chargé le bas de ses pages. Malheureusement, un très grand nombre sont inexactes ou fausses. Tous les critiques le lui reprochent, et M. Funck-Brentano n’a pas eu de peine à en faire une collection. J’en ai une également. Un grave professeur de droit, M. Esmein a tenté une justification :

On a relevé un certain nombre de ces renvois qui ne portent pas le texte visé paraissant étranger à la question. Il me semble que, dans certains cas, il y a simplement une erreur sur la page indiquée, peut-être le résultat d’une faute d’impression105.

Avec une hypothèse, il me semble que dans certains cas, on ne prouve pas grand-chose. D’autant que les fautes d’impression sont très rares et insignifiantes. M. Salomon Reinach les a recueillies, pour le premier volume, avec une minutie de collectionneur et il ne signale que des caractères brisés, quelques virgules ou points106.

M. France ignore jusqu’à la date de la réhabilitation de Jeanne d’Arc. Il la place au 16 juin 1456 elle eut lieu le 2547 juillet. À la fin du procès de réhabilitation, on lit un poème historique. Il prétend que l’auteur y invoque les muses ausoniennes107. La seule invocation est la suivante :

Virgo Dei mater, lux prævia, dirige dextram

Ingeniumque meum.

Ô Vierge, mère de Dieu, sois mon flambeau, dirige ma plume et mon esprit.

Il fait de Machet un élégant humaniste et parle de ses lettres cicéroniennes108. Machet n’était rien moins qu’humaniste et sa correspondance est d’un latin plutôt moyenâgeux. Il est vrai que, pour juger et apprécier une langue, il faut la savoir.

Au besoin, enfin, M. France fabrique un texte de toutes pièces. Des matrones, renommées pour leur vertu, furent appelées à constater l’intégrité virginale de Jeanne d’Arc. Il est seul à prétendre qu’elle fut aussi examinée per peritas virgines109 [par des vierges expertes]. C’est une polissonnerie qui n’étonne pas sous sa plume. Lui qui accumule les références, pourquoi n’en a-t-il pas donné ici ?

En mettant fin à cette longue série de critiques qu’il me serait facile d’allonger, je m’en voudrais de ne pas citer la page que M. France a mise en tête de son édition corrigée. Il se vante de ne s’être écarté d’aucune des règles en usage pour la recherche de la vérité historique et déclare que pour adversaires déclarés il n’a eu que des hagiographes.

Ce qu’ils me reprochent, ce n’est pas la manière dont j’ai expliqué les faits, c’est de les avoir expliqués et plus mes explications sont claires, naturelles, tirées des meilleures sources, fondées en raison, plus elles leur déplaisent : j’ai replacé la Pucelle dans la vie et dans l’humanité. Voilà mon crime. Et ces zélés inquisiteurs, si ardents à condamner mon œuvre, n’ont pu y relever aucune erreur grave, aucune inexactitude flagrante. Ils a fallu que leur sévérité se contentât de quelques inadvertances et de quelques fautes d’impression. Quels flatteurs 255eussent mieux qu’eux caressé de mon cœur l’orgueilleuse faiblesse ?

Il serait cruel d’insister sur la science, la probité historique, la naïve modestie de M. France, et sur l’orgueilleuse faiblesse de son cœur.

M. Luchaire, qui n’est pas un hagiographe, a clairement insinué que la Jeanne d’Arc de M. Anatole France est un roman plutôt qu’une histoire.

Toute comparaison mise à part, il n’y a pas si loin qu’on pense de la Rôtisserie de la reine Pédauque à la Vie de Jeanne d’Arc110.

Cette dure appréciation me semble encore trop indulgente. Des assertions mensongères, des faits arrangés, des erreurs, des contresens, des incohérences, le dénigrement des sources historiques, de Jeanne d’Arc, de l’Église, le tout entremêlé d’ironie et de dédain, voilà le fond de cet ouvrage. C’est un pamphlet encore plus qu’un roman. Pour être combattues avec de pareils arguments, il faut que la gloire et la sainteté de Jeanne d’Arc brillent dans l’histoire de la clarté la plus pure et la plus lumineuse. Sans s’en douter, M. France confirme ce qu’il veut renverser, prouve ce qu’il veut nier. Il a manqué de mesure, de tact et de sens. On le savait sectaire, on ne le croyait pas maladroit.

Jean-Baptiste Ayroles.

Notes

  1. [1]

    L’Île des Pingouins, p. IV.

  2. [2]

    La Jeanne d’Arc de M. Anatole France. (La Grande Revue, 25 mars 1908, p. 209 à 234.)

  3. [3]

    Le critique aurait pu ajouter que M. France aggrave arbitrairement le procès de condamnation. J’en fournirai la preuve un peu plus loin.

  4. [4]

    À travers l’histoire : la Jeanne d’Arc de M. Anatole France. (La Revue hebdomadaire, 4 juillet 1908, p. 37.)

  5. [5]

    Loc cit., p. 22 à 53.

  6. [6]

    T. II, p. 377.

  7. [7]

    Ces pages sont tirées d’une étude sur l’ouvrage de M. Anatole France. Elle paraîtra bientôt.

  8. [8]

    Pour le premier volume de la Vie de Jeanne d’Arc, je suis la nouvelle édition de janvier 1909. Elle ne renferme d’ailleurs que des corrections sans grande importance. Le second volume n’est pas encore retouché.

  9. [9]

    Quicherat, III, 302.

  10. [10]

    Quicherat, I, 381.

  11. [11]

    Quicherat, I, 303.

  12. [12]

    Quicherat, I, 383.

  13. [13]

    Quicherat, I, 304. On remarquera la couleur biblique de la phrase.

  14. [14]

    Quicherat, I, 384.

  15. [15]

    M. Salomon Reinach (Revue critique d’histoire et de littérature, 19 mars 1908, p. 215) avait signalé le contresens suivant :

    J’ai ouï conter que les fées venaient sous l’arbre dans l’ancien temps. Mais, pour leurs péchés, elles n’y viennent plus.

    En note : propter peccata ecrum (Procès, t. II, p. 396). Le sens n’est pas douteux.

    Il me semble, au contraire, certain, — ajoute M. Reinach, — que les fées ont été éloignées par les péchés des hommes. Du reste, elles sont appelées, ici Dominæ fatales ; si M. France avait raison il eût fallu eorum.

    Dans la nouvelle édition, M. France avertit qu’il a mis earum à la place d’eorum et il maintient que le sens n’est pas douteux. C’est évident. Ce qui l’est moins, c’est la raison qui l’a déterminé à changer le texte de Quicherat. Il a oublié de nous la dire. (T. I. p. 14.)

  16. [16]

    Préface, p. II.

  17. [17]

    Préface, p. II.

  18. [18]

    Préface, p. III.

  19. [19]

    Quicherat, III, 141, 142.

  20. [20]

    Quicherat, III, 161.

  21. [21]

    Quicherat, t. III, 63.

  22. [22]

    Quicherat III, 201.

  23. [23]

    Quicherat, III, 178.

  24. [24]

    Quicherat, III, 176, 89.

  25. [25]

    Quicherat, II, 240.

  26. [26]

    Aperçus nouveaux sur l’histoire de Jeanne d’Arc, p. 123.

  27. [27]

    Quicherat, II, 240.

  28. [28]

    Quicherat, I, 54.

  29. [29]

    Préface, p. III.

  30. [30]

    Quicherat, I, 77.

  31. [31]

    Quicherat, II, 130.

  32. [32]

    Quicherat, II, 74.

  33. [33]

    Quicherat, I, 89.

  34. [34]

    Quicherat, II, 134.

  35. [35]

    Quicherat, II, 57.

  36. [36]

    Quicherat, I, 309.

  37. [37]

    Quicherat, II, 7.

  38. [38]

    Quicherat, I, 435.

  39. [39]

    Quicherat, I, 316, 317.

  40. [40]

    Quicherat, I, 323.

  41. [41]

    Préface, p. XXXII.

  42. [42]

    Préface, p. XXXV.

  43. [43]

    Préface, p. XXXVI, XXXVII.

  44. [44]

    Quicherat, II, 131.

  45. [45]

    Préface, p. XXXV.

  46. [46]

    Quicherat, II, 368.

  47. [47]

    Préface, p. XL.

  48. [48]

    Quicherat, I, 56.

  49. [49]

    Quicherat, II, 429, 426, 432.

  50. [50]

    Quicherat, I, 79.

  51. [51]

    Quicherat, II, 421.

    Audivit pluries sibi dici quod relevaret Franciam et sanguinem regalem.

  52. [52]

    Quicherat, I, 85.

  53. [53]

    Quicherat, I, 79.

  54. [54]

    Quicherat, I, 375.

  55. [55]

    Quicherat, II, 375. La référence est fausse. La citation est tirée du tome III, p. 182 et non du tome II, p. 354.

  56. [56]

    Quicherat, I, 71.

  57. [57]

    Quicherat, I, 471.

  58. [58]

    Quicherat, I, 281.

  59. [59]

    Quicherat, I, 327.

  60. [60]

    Quicherat, I, 162.

  61. [61]

    Quicherat, I, 164.

  62. [62]

    Chronique de Monstrelet, chap. LVIII.

  63. [63]

    Jean Chartier, chap. XIII.

  64. [64]

    Quicherat, I, 269.

  65. [65]

    Quicherat, I, 327.

  66. [66]

    Basin, Histoire de Charles VII. Cité dans la Vraie Jeanne d’Arc, III, 235. — Froissart fait la description des bastilles anglaises, au siège de Calais (Chroniques, livre I, chap. CCXCVII), et cette description concorde avec celle que la Chronique de Pluscardin donne du siège d’Orléans. (Voir la Vraie Jeanne d’Arc, IV,301.) Chronique de la Pucelle, p. 265.

  67. [67]

    Entre autres : Jarry, Le compte de l’armée anglaise autour d’Orléans. — Boucher de Molandon et le capitaine de Beaucorps, L’armée anglaise vaincue sous les murs d’Orléans.

  68. [68]

    Quicherat, I, 269.

  69. [69]

    Cousinot, édition Vallet de Viriville, p. 292-293.

    Jean Chartier confirme que, dans la délivrance d’Orléans, Jeanne se prononça contre les décisions prises par les chefs de guerre. Il ajoute qu’elle était coutumière du fait.

    Quelque conclusion que prissent les seigneurs, quand Jeanne la Pucelle arrivait, elle concluait tout à l’opposite et toute autre chose à faire, et quasi contre toutes les opinions des chefs de guerre qui se trouvaient réunis de quoi toujours lui en prenait bien. Il ne se fit pas chose dont il faille parler que ce ne fût sur l’entreprise de Jeanne la Pucelle. (Chap. XV, cité dans la Vraie Jeanne d’Arc, III, 151.)

    La Chronique de la délivrance d’Orléans raconte que

    le samedi, septième de mai, un conseil fut tenu en la ville et les bourgeois requirent la Pucelle qu’elle voulût accomplir la charge qu’elle avait de par Dieu et aussi de par le roi ; et à ce faire elle fut émue elle partit et, montant à cheval, elle dit En nom Dieu, je le ferai, et qui m’aimera qu’il me suive ! (Cité dans la Vraie Jeanne d’Arc, III, 306.)

    La Chronique de Perceval de Cagny constate que

    tous ne suivirent pas la Pucelle ainsi qu’elle s’y attendait. (Vraie Jeanne d’Arc, III, 177.)

    Déposition de Louis de Coutes :

    Ipsa Johanna, contra dicentibus pluribus dominis quibus videbatur quod ipsa volebat ponere gentes regis in magno periculo, fecit aperiri portam Burgundiæ… et passavit aquam cum aliis gentibus armatis ad invadendum bastildam Pontis. (Quicherat, III, 70.)

    Frère Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne, et Simon Charles affirment également que, malgré les capitaines, Jeanne engagea la bataille. (Quicherat, III, 109, 117.)

  70. [70]

    Quicherat, I, 354.

  71. [71]

    M. France a eu raison de corriger la date qu’il donnait dans la première édition le vendredi dix-neuvième d’août. Talbot avait été fait prisonnier à Patay, le 18 juin.

  72. [72]

    Quicherat, I, 431.

  73. [73]

    Quicherat, I, 428.

  74. [74]

    Quicherat, I, 440.

  75. [75]

    Quicherat, III, 71. Voici son récit :

    Il (Louis de Contes) dit, en outre, que ladite Jeanne était très pieuse et avait grand-pitié d’un tel massacre, car comme un jour (quædam vice) an Français qui conduisait quelques Anglais prisonniers frappa l’un d’eux sur la tête, si fort que l’Anglais s’en affaissa comme mort, ladite Jeanne, ce voyant, descendit de cheval et fit confesser l’Anglais, en lui tenant la tête et en le consolant à son pouvoir.

  76. [76]

    La suffisance de M. France est ineffable. Il veut avoir raison contre les documents. Il ajoute en note, dans sa nouvelle édition :

    J’ai situé à Patay l’anecdote rapportée par Louis de Coutes, après une confrontation des textes.

    Tant il est vrai que le romancier voit dans les documents à peu près ce qui lui plaît et ce qu’il a rêvé !

  77. [77]

    Préface, p. XLIX.

  78. [78]

    Quicherat, I, 454.

  79. [79]

    Quicherat, II, 27-28.

  80. [80]

    Préface, p. LI.

  81. [81]

    Quicherat, I, 309.

  82. [82]

    Préface, p. XLVI.

  83. [83]

    Préface, p. XLV.

  84. [84]

    Quicherat, III, 10.

  85. [85]

    Quicherat, III, 120.

  86. [86]

    Quicherat, III, 128, 126.

  87. [87]

    Quicherat, II, 450.

  88. [88]

    Revue hebdomadaire, loc. cit., p. 52.

  89. [89]

    Quicherat, V, 135.

  90. [90]

    Perceval de Cagny, cité dans la Vraie Jeanne d’Arc, III, 185. — Cousinot, p. 312. — Jean. Chartier, chap. XV.

  91. [91]

    Préface, p. LXXVI.

  92. [92]

    T. I, p. 20.

  93. [93]

    Montfaucon, aujourd’hui Villequiers, près de La Charité. Je trouve en Brie (t. II, p. 97) ; à la page 99, il passe dans le Berry.

  94. [94]

    T. I, p. 218.

  95. [95]

    La première édition situait La Charité en aval de la Loire, au-delà de Meung et de Beaugency. (T. I, p. 423.)

  96. [96]

    1e édition, t. I, p. 518.

  97. [97]

    Nouvelle édition, t. I, p. 520.

  98. [98]

    T. I, p. 24.

  99. [99]

    T. I, p. 105.

  100. [100]

    T. II, p. 448.

  101. [101]

    T. II, p. 66.

  102. [102]

    Journal d’un bourgeois de Paris, p. 247.

  103. [103]

    T. I, p. 442.

  104. [104]

    Au sujet de la ville de Troyes, M. France avait écrit qu’il n’y avait pas, il n’y avait jamais eu d’Anglais en Champagne. (T. I, p. 473.) Or, la Champagne était profondément anglo-bourguignonne et il a bien fait de biffer son affirmation dans la nouvelle édition. (T. I, p. 475.) M. Funck-Brentano lui avait reproché de mettre Tournai dans les Flandres. M. France réplique que c’est là une façon de parler. Très bien, mais cette façon de parler est-elle exacte, historique ? C’est toute la question.

  105. [105]

    Jeanne d’Arc et son nouvel historien. (Revue politique et parlementaire, novembre 1908, p. 298.)

  106. [106]

    Revue critique, 19 mars 1908, p. 218, note 2.

    Sur la façon de lire les textes, ajoutons un exemple amusant un écuyer bourguignon fait un rapprochement irrévérencieux entre Jeanne d’Arc et Madame d’Or.

    Il faut savoir, — écrit M. France, — que Madame d’Or, haute comme une botte, tenait l’emploi de sotte auprès de Mgr Philippe (t. I, p. 505),

    et il renvoie à Siméon Luce. Voici ce que je lis à la page indiquée :

    Il y avait à la cour voluptueuse du duc de Bourgogne une sorte de baladine d’une beauté, d’une adresse et d’une puissance athlétique incomparables. Ce qui l’avait surtout rendue célèbre c’était l’opulence de sa chevelure, dont les tresses dénouées la couvraient presque tout entière et flamboyaient sous le regard avec des reflets d’or fluide aussi l’avait-on surnommée Madame d’Or. Philippe le Bon, qui semble en avoir été fort épris, prenait plaisir à la faire figurer dans ses fêtes. Et l’on a supposé qu’elle peut très bien n’avoir pas été étrangère à la fondation du fameux ordre de la Toison d’Or. (Jeanne d’Arc à Domrémy, p. CLXXIII, CLXXIV.)

  107. [107]

    T. I, p. 544.

  108. [108]

    T. II, p. 437.

  109. [109]

    T. I, p. 245.

  110. [110]

    La Grande Revue, loc. cit., p. 233.

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