Livre III
Livre troisième
I. Dessin de ruiner la Sorbonne avec le richérisme.
Après la satisfaction qu’on avait donnée au pape, en destituant du syndicat l’auteur du livre De la puissance ecclésiastique et politique, il semblait que les partisans de la cour de Rome dussent le laisser en repos, et y demeurer eux-mêmes : mais ils s’aperçurent bientôt qu’il serait assez inutile de s’être vengé de la personne et de lui avoir ôté l’administration des registres des délibérations, s’ils ne travaillaient aussi à détruire la doctrine, qu’ils croyaient encore moins facile à déraciner de l’esprit de ses défenseurs, que du fond des registres.
Il se tint sur ce sujet un conseil secret de plusieurs prélats chez le cardinal du Perron. Il y fut résolu d’une commune voix, qu’il fallait prendre toute sorte de voies, et employer toute sorte de moyens pour exterminer cette doctrine, à qui l’on commença pour lors de donner le nom de richérisme : terme que Richer n’a jamais voulu attribuer qu’à une invention diabolique, de ceux qui voulaient rejeter sur lui l’idée odieuse du schisme dont ils étaient eux-mêmes les auteurs. On y prit même des résolutions pour ruiner la Sorbonne et toute la faculté de théologie, si l’on ne pouvait autrement abolir cette doctrine ; à quoi l’on était déjà convenu d’employer les deniers du clergé, pour dédommager les docteurs de ce corps qui devaient entrer dans la conspiration, comme l’abbé de Saint-Victor, Duval, et Filesac. On se promettait de les élever à des prélatures et de les faire pourvoir des meilleurs bénéfices.
Projet pour exclure les richéristes des emplois et des bénéfices.
On y fut aussi d’avis de ne plus souffrir aucun docteur ou bachelier qui tiendrait les opinions de Richer, dans les emplois ecclésiastiques de la prédication, de la direction, et de l’administration des choses saintes ; de les empêcher d’enseigner dans les écoles publiques et particulières de théologie, et de les exclure généralement de toute sorte de bénéfices.
Quelques soins que prissent les prélats pour tenir leurs délibérations cachées, elles furent révélées de point en point à Richer par un de ceux qui y avaient assisté. Mais rien ne contribua tant à les découvrir que le zèle indiscret de Duval, qui se chargea de les faire exécuter dans tous les lieux où ses intrigues pourraient pénétrer. Il fit tout à la fois l’office d’inquisiteur, d’espion et de délateur dans le collège de Sorbonne ; de sorte que dès la même année il déféra Jérôme Parent, docteur d’une probité singulière, qui joignait beaucoup de piété à une grande érudition, et qui était particulièrement versé dans la connaissance de la langue sainte. C’était dans cette considération que le roi avait donné à ce docteur un brevet pour lire publiquement en hébreu. Il succéda à la place de Pierre Victor Cagé dans la chaire de professeur royal. Comme il n’était plus question que de faire expédier ses lettres, Duval, son délateur, par une supercherie insigne, tâcha de lui persuader d’aller voir le nonce Ubaldin, de qui on avait voulu faire dépendre cette expédition.
Parent n’eut pas de peine à comprendre ce que signifiait une telle proposition, et il ne put dissimuler a ses amis que la démarche qu’on lui voulait faire faire était suspecte. Richer voyait comme lui la malice qu’on avait eue de faire du nonce l’unique médiateur, pour passer à la reine et au chancelier : mais puisqu’il n’y avait pas d’autre voie, il croyait qu’il fallait mieux qu’un homme de mérite, comme était cet ami, fît cette périlleuse démarche, que de laisser la chaire royale à des sujets indignes. Parent, qui avait une intégrité et une délicatesse de conscience à toute épreuve, rejeta cet avis, et demeura toujours inflexible aux sollicitations que plusieurs lui firent sur le même sujet, aimant mieux n’être pas professeur du roi en langue hébraïque, que de rien faire qui fût préjudiciable à la vérité. C’est pourquoi le cardinal du Perron, averti de ses scrupules, retira le brevet donné en sa faveur, sous prétexte de faire expédier ses lettres, et les fit sceller en faveur d’un autre.
On fit le même traitement à une infinité d’autres docteurs et bacheliers, que l’on menaçait, que l’on caressait, que l’on tentait par toute sorte de moyens. Il ne suffisait pas même à Duval de faire abjurer le richérisme (c’était l’expression du temps) à ceux que la nécessité ou l’ambition faisait tomber dans ses pièges ; il leur défendait encore de hanter Richer, ni les richéristes, sous peine d’encourir les disgrâces des prélats, et de perdre leur fortune : de sorte que les personnes éclairées et les amateurs de la vérité gémissaient de voir ainsi opprimer la liberté ancienne de la faculté, et changer la maison de Sorbonne en une prison d’inquisition.
C’était une des conditions du syndicat du sieur Filesac, qu’en moins de deux ans qu’il croyait que devait durer son emploi, il fît en sorte qu’il ne fût plus mention des richéristes, ni des opinions de Richer. C’est ce que le nouveau syndic avait promis solennellement aux grands qui le mettaient en œuvre, c’est-à-dire au cardinal du Perron, au nonce et à l’évêque de Paris. Mais ayant trouvé plus de travail dans la suite qu’on n’en avait envisagé d’abord, il associa Duval et quelques docteurs de bonne volonté à la commission. L’un et l’autre virent bientôt qu’il n’en fallait pas espérer de succès, à moins que de renouveler entièrement la Sorbonne ; à quoi ils crurent devoir se résoudre. Pour y parvenir plutôt, ils songèrent à faire abroger le statut qui sert de loi fondamentale à la maison de Sorbonne, donné par le fondateur et le souverain pontife, afin de pouvoir y introduire les prêtres de la nouvelle congrégation de l’oratoire, qu’on prétendait substituer aux docteurs de l’ancienne Sorbonne. Pendant que les prélats et les cardinaux qui étaient en France travaillaient à faire exécuter la résolution qu’ils avaient prise de ne point conférer de bénéfices aux richéristes, Dieu permit qu’ils eussent la mortification de voir Richer même pourvu d’un bénéfice de la cathédrale, qu’il n’avait pas recherché, et que son désintéressement lui fit abandonner peu de temps après.
II. Richer est pourvu d’un canonicat de Notre-Dame, malgré ses ennemis.
L’université, qui le regardait toujours comme son père et son maître, sachant qu’un chanoine de Notre-Dame, Pierre de Serre, était mort au mois de juillet, qui est affecté aux gradués, le fit avertir de ne pas négliger ses droits. Il avait pris dès le 15 février de l’an 1603 des lettres de l’évêque de Paris, par lesquelles en qualité de docteur en théologie, il devait être pourvu du premier bénéfice affecté aux gradués nommés. Mais ayant requis le grand vicaire de lui donner la provision du canonicat vacant par la mort de Pierre de Serre, il fut refusé ; et le cardinal de Gondi, suivant sa réserve de disposer des canonicats de l’église de Paris, en donna la collation à Sébastien Bouthillier, prieur de la Cochère.
Richer s’attendait très certainement à un refus, qui ne devait surprendre aucun de ceux qui connaissaient les dispositions de l’évêque de Paris et de son grand vicaire à son égard, et qui savaient ce qui s’était passé en Sorbonne par leurs brigues. C’est pourquoi il obtint sur une requête présentée à la cour, que ce refus lui vaudrait titre, et prit possession du canonicat ; il fit ensuite assigner Bouthillier devant le prévôt de Paris, pour se voir condamner à lui laisser la possession de ce bénéfice. Bouthillier de son côté, assisté du cardinal de Gondi qui se joignit à lui dans la cause, fit assigner Richer au grand conseil, si bien que Richer fut obligé d’obtenir des lettres pour les faire valoir au conseil, afin d’y être réglé touchant les juges qu’ils devaient avoir.
Dans ce procès où Boissise de Thameric, conseiller d’État, fut commissaire, les cardinaux qui étaient en France, intervinrent pour Bouthillier et le cardinal de Gondi, demandant que le privilège des évocatoires générales accordées aux cardinaux par les rois très chrétiens, de tous les procès concernant les bénéfices qui sont en leur disposition, ou à leur collation, avec leur renvoi au grand conseil, demeurât en son entier et dans toute sa force.
D’autre part l’université de Paris, sur une requête présentée au conseil, fut aussi reçue partie intervenante pour Richer, soutenant contre Bouthillier et les cardinaux que conformément à ses privilèges, Richer et Bouchillier devaient être renvoyés devant le prévôt de Paris, ou son lieutenant civil, juge et conservateur de ces privilèges.
L’arrêt du conseil, donné en faveur de Richer le 29 novembre 1612 déclara, conformément aux lettres de 1543, que l’université n’était pas comprise dans les privilèges accordés aux cardinaux ; que les procès que ses suppôts avaient au sujet des bénéfices qui sont à la collation, ou présentation des cardinaux, ne pouvaient être jugés ou décidés par d’autres juges, que par le prévôt de Paris, ou son lieutenant, devant lesquels le roi renvoyait les parties qui se contestaient le canonicat.
Les amis de Richer s’étaient flattés de voir finir les persécutions de ses ennemis avec l’année 1612 : mais la suivante fit naître d’autres troubles, qui lui donnèrent de nouveaux sujets de patience et de courage.
III. 1613. Nouveaux chagrins des jésuites contre Richer.
Comme les jésuites étaient accoutumés à lui imputer tout ce qui se faisait contre eux dans la faculté de théologie, ils ne manquèrent point de lui attribuer la censure que l’on méditait en Sorbonne pour le premier février de 1613, contre le livre que leur père Bécan avait nouvellement publié à Mayence, sous le titre de la Controverse d’Angleterre, touchant la puissance du roi et du pape. C’était un livre si pernicieux, au jugement de toute la terre, qu’il était fort important pour l’honneur et pour l’intérêt de leur compagnie, qu’ils le condamnassent des premiers, pour ôter la gloire à d’autres de les avoir prévenus. Mais au lieu de savoir gré à Richer d’une chose si louable, dont ils le croyaient promoteur, ils prirent ce prétexte pour le charger de nouvelles calomnies, et insulter à sa disgrâce, disant qu’il ne sollicitait la censure de Bécan dans la faculté de théologie, que pour relever son parti, et y entretenir toujours ses intelligences et ses anciennes habitudes. S’il y avait de la louange ou du blâme à recueillir de cette action, le tout était de Filesac, qui avait formé ses plaintes, et la réquisition nécessaire en Sorbonne, sans que Richer se fût avisé de rien. Mais les jésuites eurent la bouche fermée, quand ils virent le méchant livre de leur confrère condamné à Rome par un décret que l’inquisition avait donné dès le trois janvier ; décret qui prévint et empêcha celui de la Sorbonne de paraître, et qui avait été sollicité par les partisans de la cour de Rome même et les amis des jésuites en France ; pour faire voir que le pape ne prétend pas autoriser ou souffrir des sentiments si injurieux aux puissances séculières, sous prétexte de rehausser la sienne, et pour montrer en même temps que le Saint-Père savait reconnaître la considération que la cour de France avait eue pour sa sainteté dans la destitution de Richer.
Efforts de Filesac et de Duval pour détruire le statut fondamental de la Sorbonne, rendus inutiles par Richer et les richéristes.
L’entreprise de Filesac et de Duval pour changer l’ordre établi en Sorbonne et renouveler la faculté de théologie en faveur de la congrégation des prêtres de l’oratoire, causa de nouveaux troubles, qui firent sortir Richer du port où il croyait être après sa démission, pour l’exposer à d’autres tempêtes. Robert de Sorbonne fondateur de la maison et du collège de ce nom à Paris, avait ordonné que cet établissement serait pour les pauvres étudiants en théologie, et qu’on l’appellerait la maison des pauvres écoliers de Sorbonne, lieu de sa naissance. Il avait voulu en conséquence de son institution, que le droit de société de cette maison fût conféré seulement à ceux qui auraient enseigné un cours de philosophie dans l’université de Paris, et qui seraient véritablement pauvres.
Filesac, appuyé de Duval, voulut employer son industrie et son crédit pour abroger cette pratique, qui avait été inviolablement observée depuis le temps de ce fondateur. Il tâcha de faire en sorte qu’on n’exigeât plus la condition d’avoir enseigné la philosophie pour faire entrer dans le droit de société : de plus, que tous les docteurs et bacheliers en théologie qui s’étaient mis en l’oratoire dans la congrégation de Pierre de Bérulle, pussent retourner en la faculté de théologie et en la maison de Sorbonne, avec le même droit qu’ils avaient avant d’être entrés dans cette congrégation.
Pour y parvenir, il proposa dés le commencement de l’an 1613 à ceux de la société de Sorbonne, de vivre en commun, à l’imitation des prêtres de la nouvelle congrégation de l’oratoire, et de payer chacun quarante écus de pension pour cet effet. L’affaire fut conclue à la pluralité des suffrages, en laissant néanmoins la liberté à qui voudrait, de ne point entrer dans ce genre de vie en commun. Le petit nombre qui s’opposa à cette résolution fut appelé assez mal à propos, le parti des richéristes.
Cette conduite injurieuse obligea Richer de faire quelques réflexions sur la proposition de Filesac ; et après en avoir mûrement considéré les conséquences, il remontra dans l’assemblée de Sorbonne, que puisque ces nouveautés étaient directement contraires à la loi fondamentale de la maison et à l’institut du fondateur, elles ne pouvaient manquer d’être suspectes ; — que Robert de Sorbonne avait bâti une maison pour les pauvres qui étudiaient dans l’université, et avait laissé à chacun la liberté de vivre et d’épargner sa dépense, comme bon lui semblerait ; persuadé que les pauvres n’ont pas de revenus plus assurés que leur épargne, et que ce serait leur suggérer un moyen innocent d’amasser ce qui leur serait nécessaire pour achever leurs études en théologie ; — que la pension de 40 écus que l’on proposait pour vivre en commun, semblait n’être imaginée que pour exclure les pauvres de la maison de Sorbonne et n’y admettre que les riches, qui auraient encore au moins une fois autant de revenu pour le reste de leur entretien et les frais du cours de théologie ; — que plusieurs qui étaient maintenant de cet avis, devaient considérer que jamais ils n’auraient pu entrer dans la société de Sorbonne, si ce nouveau règlement avait été établi au temps de leur réception ; que pour son particulier, il avouait sans rougir qu’il n’eut pu y avoir part, et qu’il souhaitait autant de sincérité et de bonne foi dans les auteurs de ces nouveautés ; — que suivant l’opinion reçue parmi les hommes, qui veut les moyens qui servent à acquérir les choses, veut aussi ceux qui servent à les conserver ; — que la maison de Sorbonne, aussi bien que l’Église de Jésus-Christ, avait été premièrement fondée, et ensuite conservée par les pauvres : que la discipline n’avait pas d’observateurs plus fidèles et plus exacts que les pauvres, et que la plupart des relâchements ne venait que des riches, à qui les commodités fournissent toujours mille prétextes de se dispenser de la règle : que l’on prendrait bientôt l’occasion du défaut de sujets de l’université qui eussent de quoi fournir à la pension, pour en admettre de dehors, et remplir la maison de gens de qualité, ou de personnes accoutumées à la vie des grands et aux manières de la cour ; — qu’à la vérité les auteurs de ces nouveautés laissaient à la disposition des particuliers d’embrasser ce genre de vie commune, moyennant la pension, ou de demeurer comme auparavant ; mais que cette liberté se tournerait bientôt en nécessité de se conformer aux autres, pour n’être pas méprisés de ceux qui feraient meilleure chère et seraient mieux entretenus : que ce seraient des sources inépuisables de jalousie, d’animosité et de médisance, jusqu’à ce que tout fût réduit dans l’uniformité ; et qu’aussitôt que tout serait uniforme, l’esprit de domination entrerait dans la communauté, avec cet autre esprit dangereux, qu’on appelle ordinairement esprit de société, et qui infecte souvent les meilleures intentions de ceux qui croient ne songer qu’à la gloire de Dieu et à leur salut ; — qu’il apercevait bien le piège qu’on tendait, sous les belles apparences de nouveaux règlements, à ceux qui s’attacheraient aux anciennes constitutions du fondateur ; mais que le moyen de faire subsister la maison dans sa vigueur et dans sa gloire entière, était de suivre les maximes et les pratiques des anciens, comme on le disait de la république romaine.
Le pressentiment de Richer fut bientôt suivi de tout ce qu’il appréhendait. Dès le mois de février, Filesac et Duval persuadèrent qu’il était de la grandeur et de la dignité de la Sorbonne de ne plus observer le statut par lequel on était obligé de régenter un cours de philosophie, pour obtenir le droit de la société ; que cet assujettissement rebutait la plupart des personnes de qualité, qui sans cela se feraient honneur d’être de la maison et de la société de Sorbonne ; qui en relèveraient l’éclat par leur distinction, et l’appuieraient par leur crédit auprès du roi et des grands. Duval qui était naturellement chaud, et beaucoup moins dissimulé que Filesac, disait souvent que ce statut était cause que la maison de Sorbonne n’était remplie que de pédants, et qu’il n’était bon qu’à en exclure les honnêtes gens.
C’était le prétexte de l’abrogation : mais le véritable motif de ces deux docteurs et de leurs adhérents, était de détruire l’ancienne doctrine de Sorbonne, dont ils savaient qu’il y aurait toujours de courageux défenseurs dans la maison, tant qu’on conserverait l’esprit du fondateur et le point principal de l’ancienne discipline. Ils jugeaient que si l’on pouvait venir à bout de faire recevoir indifféremment dans cette maison d’autres personnes que celles qui avaient été élevées dans les maximes de l’université, il serait facile de faire le renouvellement de la Sorbonne, tel que Filesac l’avait fait espérer de son syndicat au nonce et aux cardinaux, et d’y établir en faveur de la cour de Rome, l’uniformité de sentiments touchant la puissance du pape.
Ils commencèrent leur entreprise par faire recevoir dans la faculté Henri Boisvin, neveu de l’évêque d’Avranches55, quoiqu’il n’eût point enseigné la philosophie, selon qu’il était prescrit par les statuts. Bien que la pluralité des suffrages eût prévalu sur ceux qui étaient de l’avis contraire, il se trouva néanmoins trois docteurs56 des plus grands et des plus considérables, mais du nombre de ceux qu’on appelait richéristes, qui s’y opposèrent juridiquement. Ils poursuivirent leur opposition devant le magistrat politique, sans se soucier des menaces qu’on leur fit faire de la part des puissances ; Filesac et Duval, appréhendant l’intégrité du parlements qui ne leur avait pas paru favorable en tout ce qu’ils avaient fait contre Richer, trouvèrent moyen de décliner la justice, et d’évoquer la chose au conseil devant le chancelier. Ils y perdirent leur cause. La loi fondamentale de la maison de Sorbonne fut confirmée et les richéristes firent évanouir les projets de Filesac.
IV. Autre effort pour introduire les prêtres de l’oratoire dans la faculté. Remontrance de Richer contre eux.
L’autre effort que fit le syndic pour faire réussir son grand dessein, était l’introduction des prêtres de l’oratoire. Il s’agissait de faire en sorte que les docteurs et les bacheliers en théologie qui étaient entrés dans cette congrégation, fussent conservés dans le corps de l’université, et qu’ils fussent reçus dans la faculté de théologie et dans la maison de Sorbonne, avec les mêmes droits et les mêmes avantages qu’auparavant. Duval s’était jeté bien avant dans les intérêts de cette congrégation, tant par l’inclination qu’il faisait paraître pour les nouveautés, que par l’amitié particulière qui le tenait lié avec Pierre de Bérulle, auteur de cet institut. La compagnie des jésuites, qui auparavant était l’objet de toute son estime et de toute sa tendresse, semblait ne lui être plus de rien au prix de cette nouvelle congrégation. Non content de l’élever au-dessus de la société de Loyola, il excitait encore les docteurs et les bacheliers à s’y retirer. Il fit même le compliment à Richer, de lui dire qu’il faisait des prières à Dieu, qu’il l’inspirât d’embrasser cet institut ; que plus de douze personnes de la faculté s’y étaient déjà rendues, et que bientôt il y en aurait plus de soixante, tant de la maison de Navarre, que de celle de Sorbonne ; parce qu’ils espéraient qu’on leur conserverait toujours leurs droits dans la faculté, et dans les maisons d’où ils sortaient pour entrer à l’oratoire.
Filesac de son côté avait promis à l’évêque de Paris, qui était protecteur de la congrégation, que dans les six premiers mois de son syndicat, il ferait recevoir les prêtres de l’oratoire dans la faculté ; et sur un bruit qui s’était répandu que plus de soixante docteurs devaient se ranger sous la discipline de Bérulle, sur la fin de l’année, on proposait déjà chez l’évêque de prendre sa maison de Sorbonne pour leur servir de séminaire et de couvent.
Ceux qui étaient entrés à l’oratoire l’an 1612 commencèrent au mois d’avril et au mois de mai de 1613 de venir aux actes de théologie, pour s’insinuer et s’incorporer de nouveau dans la faculté. Ils y furent reçus, contre l’avis de Richer, par un acte du 17 mai, après avoir déclaré dans l’interrogatoire des députés de l’assemblée qu’ils étaient séculiers et non réguliers ; qu’ils n’étaient liés par aucuns vœux ; qu’ils n’avaient ni règle ni statuts écrits, qu’ils vivaient sous l’obéissance d’un supérieur par usage seulement, et qu’il n’y avait rien dans leur congrégation qui les empêchât de porter toutes les charges de la faculté.
Richer n’insista pas longtemps sur l’importance et sur la solidité des raisons qu’il alléguait, pour empêcher la faculté de les recevoir sans une assemblée générale de toute l’université, et sans un engagement particulier du supérieur de la congrégation pour ceux qu’on recevrait : mais il n’en parut pas mieux intentionné, ni plus favorable aux prêtres de l’oratoire, contre l’institut desquels il s’était peut-être trop facilement laissé prévenir. La maison de Navarre, par une jalousie intéressée contre celle de Sorbonne, favorisa ces pères de toutes ses forces, dans l’intention d’humilier sa rivale, et d’avancer sa ruine que plusieurs jugeaient attachée à ce changement qu’on y introduisait. Les moines mendiants, de leur côté, et principalement les jacobins, publièrent d’un air moqueur et insultant, qu’enfin les sorbonistes avaient rencontré leurs réformateurs comme les moines. Richer, à qui ces reproches s’adressaient comme au plus sensible, répondit que les nouveaux religieux ne trouveraient que trop à réformer dans les anciens ordres ; et que puisqu’ils ne voulaient pas souffrir que leurs novices, ou ceux qu’ils recevaient de nouveau, se mêlassent dans les universités et y prissent des degrés, c’était un préjugé suffisant pour faire croire que cela n’était pas compatible avec leur régularité.
Il était si persuadé de ce qu’il avançait, qu’il se crut obligé de reprendre les pensées d’opposition qu’il avait déclarées dans la dernière assemblée. Mais voyant qu’il ne fallait rien attendre de la faculté de théologie, à cause des factions qui la divisaient, il eut recours au recteur de l’université, Jean Saulmont, et lui conseilla d’assembler les trois autres facultés. Le recteur suivit cet avis. Richer voulut se trouver à l’assemblée, et il y remontra que depuis la première fondation de l’université, il ne s’était point encore présenté d’ordre ou de compagnie qui fût tant à craindre pour elle, que celle des prêtres de l’oratoire ; parce que les autres étant religieux et liés par des vœux, laissaient ceux de l’université dans la liberté entière de leurs fonctions scolastiques, et dans la possession des emplois ou bénéfices ecclésiastiques : mais que les compagnons de Bérulle, faisant une nouvelle espèce de congrégation qui ne différait pas des prêtresse séculiers, pouvaient tenir toutes sortes de bénéfices, et de dignités ecclésiastiques, et les charges des collèges et de l’université, sans distinction ni exception, pour enseigner la jeunesse : d’où il arriverait, que l’évêque de Paris, leur protecteur, et les autres prélats, sous l’obéissance desquels ils faisaient profession de vivre, en gardant le droit commun, ne prendraient plus de pénitenciers, de théologaux, de curés, de grands-maîtres, de proviseurs, de principaux de collèges, de régents, d’administrateurs d’hôpitaux, et de directeurs de communautés que de leur congrégation ; — que cette institution de l’oratoire paraissait faite pour ravir aux pauvres qui travaillaient dans l’université, ce que l’avidité des jésuites leur avait laissé à glaner, et qu’il serait facile à Bérulle de s’emparer de toute la maison de Sorbonne, et de toute l’université ; ce qui n’avait pas été possible aux jésuites ; — que cette congrégation qui s’était jetée entre les bras des seuls évêques, pour avoir leur faveur, étant entrée dans l’université, ne manquerait pas de travailler au préjudice de l’autorité du roi, pour établir l’exemption que les ecclésiastiques prétendaient avoir de la puissance du magistrat politique, conformément à la bulle In cœna Domini ; à quoi buttaient plusieurs prélats partisans de la cour de Rome ; — que pour empêcher Bérulle de faire de plus grands progrès, il fallait s’opposer à ses entreprises, et ordonner d’abord que la faculté de théologie, ou aucune autre faculté de l’université, ne pût séparément délibérer sur la réception des prêtres de l’oratoire, et sommer la faculté de théologie de se joindre aux trois autres, et au recteur, pour agir de concert.
Sur cette remontrance de Richer, le recteur et les principaux suppôts de l’université, firent le 30 mai une conclusion, qui fut portée par le recteur même à l’assemblée de la faculté de théologie le 2 juin suivant, pour être lue en Sorbonne. Mais il y fut sifflé, chargé d’injures et de huée par les vénérables docteurs et traité avec tant d’insulte et d’indignité, qu’il fut obligé de se retirer de l’assemblée sans rien faire. Le parlement lui fit faire une réparation publique dans l’assemblée du 1er juillet, et dans la grand-chambre même en plein palais : mais au lieu de lui permettre de proposer de vive voix en Sorbonne ce qu’il avait à dire au nom de l’université, il ordonna, contre l’ordinaire, qu’il le ferait par écrit ; ce qui se faisait pour favoriser les prêtres de l’oratoire, dont l’instituteur était Bérulle, neveu du président Séguier, et ami de beaucoup de gens de robe.
On voyait avec peine en Sorbonne le crédit qu’avait Richer dans l’université. On remarquait que tous les recteurs successivement, et les autres suppôts, avaient une entière confiance en lui, et qu’ils se servaient de ses conseils dans toutes les affaires qui se présentaient. Filesac et Duval, résolus, avec ceux de leur cabale, de détruire absolument cette correspondance, sollicitèrent les grands, pour faire en sorte qu’à l’avenir on ne prît plus personne de ceux qui pouvaient être suspects de relation avec Richer, pour être recteur de l’université. Et comme on savait que c’était lui qui gouvernait Saulmont, on employa tous les moyens possibles pour empêcher qu’il ne fût continué dans le rectorat des quatre nations. Celle de France, gagnée par les artifices de Gondi, doyen de l’église de Paris, frère de l’évêque, de Filesac et de Duval ; celle d’Allemagne, corrompue par l’argent qu’on fit distribuer, par les soins du nonce Ubaldin, aux Irlandais57 et Écossais dont elle était presque toute composée, l’une et l’autre nation s’opposèrent par leurs intrans à la continuation de Saulmont, et nommèrent pour recteur Joly, premier agent du collège de Navarre, alléguant qu’il fallait maintenir l’université dans la soumission au pape, dont Richer la détournait par ses émissaires. Celles de Picardie et de Normandie tinrent bon pour Saulmont. La division des intrans était égale ; il fallut plaider devant le prévôt de Paris, qui jugea en faveur de Saulmont.
Filesac quitte le syndicat.
On regarda ce gain comme une victoire remportée par le parti de Richer. Saulmont entra comme triomphant le premier jour de juillet dans l’assemblée de Sorbonne, où il obligea Filesac à exécuter l’arrêt du parlement du 26 juin, qui ordonnait réparation des injures qu’il avait reçues dans le même lieu un mois auparavant. Ce docteur en conçut tant de chagrin, que voyant d’ailleurs tous ses artifices découverts et traversés par Richer, il se démit publiquement du syndicat dans la même assemblée, avant que la première année de son emploi fût achevée.
V. Richer s’oppose aux lettres de cachet qui ordonnaient de recevoir les prêtres de l’oratoire.
La satisfaction des richéristes fut un peu modérée par l’évêque d’Orléans, qui entra en même temps en Sorbonne avec des lettres de cachet, pour faire recevoir les docteurs qui s’étaient rendus de la congrégation de l’oratoire. Après que ce savant prélat, qui était lui-même de la faculté et de la maison de Sorbonne, eut parlé dans l’assemblée pour exposer la volonté du roi, Richer prit la parole, et fit un grand discours pour lui découvrir tous les inconvénients qui pourraient suivre de la réception qui des prêtres de l’oratoire dans la faculté, et lui persuader que les lettres de cachet ne devaient pas empêcher l’exécution de l’arrêt du 26 juin, qui ordonnait que le recteur de l’université et la faculté de théologie produiraient leurs moyens par écrit, et que la cour en jugerait. Il lui remontra de plus, que la faculté étant actuellement sans doyen et sans syndic, parce que Roguenant et Filesac venaient de se retirer, elle ne pouvait légitimement délibérer sur la proposition.
Richer n’eut pas plutôt achevé de parler, qu’une grande partie des docteurs et surtout les moines se mirent à crier contre lui, l’appelant rebelle, et criminel de lèse-majesté, pour ne vouloir point obéir aux lettres de cachet et au commandement du roi. Comme il voulait et cherchait à se sauver de la presse, quelques docteurs mendiants voulurent se jeter sur lui pour l’outrager : mais l’évêque d’Orléans les retint, disant que Richer était un homme de bien et de très bon sens : Vir bonus et acerrimi sensus. Plusieurs quittèrent les rangs, pour aller consoler Richer qui était vers la porte de la salle et lui faire part du bon témoignage que le prélat venait de lui rendre. Duval, qui l’aurait cru ? fut de ce nombre et tâcha d’adoucir son esprit pour les prêtres de l’oratoire.
— Vous savez, lui dit Richer, que je n’envisage que le bien public ; mais dans peu d’années vous jugerez autrement que vous ne faites maintenant de la congrégation de l’oratoire, en faveur de laquelle vous causez tant de désordres par vos brigues.
Duval se souvint six ans après de la vérité de cette prédiction, lors que pour blâmer l’ambition qu’il attribuait à Bérulle, il dit qu’il avait pris un autre vol, qu’il ne s’était imaginé.
Quoique la plupart des docteurs du parti de Richer se fussent retirés de l’assemblée avec le doyen et le syndic, pour n’être pas présents aux violences qu’on allait commettre, ceux qui étaient restés, quoiqu’en petit nombre, entreprirent hardiment la défense de la liberté de l’école : de sorte que la voyant opprimée par le nombre des docteurs qu’on avait fait venir extraordinairement des diverses provinces, parmi lesquels on comptait 20 mendiants, ils s’opposèrent à la conclusion que l’évêque d’Orléans, porteur des lettres de cachet, avait dictée mot à mot, au prétendu doyen Burlat, théologal de son église, qu’on avait fait venir d’Orléans aux dépens du clergé, pour présider à la place de Roguenant.
Burlat, à la sollicitation de son évêque, ne laissa pas de réitérer sa conclusion, malgré l’opposition formée. C’est ce qui porta le recteur de l’université de présenter requête à la cour, en son nom et en celui des trois facultés, pour remontrer la nullité de tout ce qui s’était passé dans l’assemblée de la faculté de théologie le 1er juillet. Ses raisons furent écoutées, et sa requête reçue au parlement le 13 du même mois. Il plaida lui-même sa cause deux jours après dans la grand-chambre ; et les conclusions de l’avocat général Servin lui furent entièrement favorables. Mais le président Séguier, que le recteur, accompagné des suppôts de l’université, avait supplié dans toutes les formes de vouloir s’abstenir de connaître de cette affaire, parce que son neveu de Bérulle y était trop intéressé, et qui avait nettement refusé d’acquiescer à la récusation, fit appointer la cause au conseil, toute claire et toute juste qu’elle était ; et pour la laisser périr par la longueur des délais, il lui fit donner pour rapporteur un conseiller nommé Pelletier, duquel il était persuadé qu’il ne serait pas possible d’avoir justice.
Ce fut alors que Richer, dont le recteur et les suppôts de l’université n’avaient été que les ministres dans toute cette affaire, voyant le crédit que Bérulle avait au parlement et au conseil du roi, commença à désespérer du succès et en abandonna entièrement la poursuite. Il crut néanmoins n’avoir pas perdu ses peines, en ce qu’il fit ouvrir les yeux à plus de soixante docteurs ou bacheliers amateurs de nouveautés, qui devaient se rendre à l’oratoire, dans l’espérance de jouir toujours des droits de leur doctorat et des privilèges de l’université, et qui changèrent de résolution à la vue des difficultés qu’ils trouvèrent dans cette affaire. Voila quelle fut la véritable cause de l’aversion mutuelle, qui parut entre Bérulle et Richer, et que les disciples du premier entretinrent jusqu’à sa mort. Après quoi les plus habiles d’entre eux ne tardèrent point à se réconcilier avec la mémoire de Richer, et à embrasser même ses sentiments.
L’aversion du côté de Bérulle n’était pourtant pas si inflexible, qu’il ne fît quelque fois des tentatives pour gagner Richer et l’attirer dans les intérêts de la congrégation. Dans le temps même que celui-ci travaillait avec le recteur de l’université à la faire exclure de la faculté de théologie, un prêtre anglais, nommé Guillaume Bissoppe, le vint trouver au collège du Cardinal-Lemoine, de la part de Bérulle, avec commission de lui faire entendre que sa congrégation était instituée pour ranger les jésuites à la raison, et pour réprimer leurs entreprises ; que ce n’était pas sans fondement que les jésuites appréhendaient l’établissement des prêtres de l’oratoire, qui devaient s’unir à l’université pour l’aider puissamment à arrêter le progrès de ces pères ; et qu’ainsi Richer, qui était si zélé pour le bien de l’université, et qui faisait profession de ne rien épargner pour le procurer, ne devait pas s’opposer, comme il faisait, aux prêtres de l’oratoire.
Richer répondit à Bissoppe, que s’il s’était opposé aux jésuites, il ne l’avait pas fait par animosité, mais dans la seule vue de conserver l’université, et particulièrement le collège de Sorbonne, comme il y était obligé par ses engagements ; — qu’il était persuadé que l’université, et surtout la Sorbonne, avait plus à craindre des bérullistes que des jésuites, parce que ceux-là venaient retondre ce que ceux-ci avaient laissé, et qu’il était bien fâcheux qu’après avoir triomphé des jésuites avec tant de peines et de travaux, il fallût soutenir une nouvelle guerre contre l’oratoire ; — qu’au reste, il était résolu de combattre jusqu’à la fin pour la défense de l’université sa mère, et de ne jamais abandonner la cause publique, quoique le public abandonnât l’université.
La négociation de Bissoppe n’ayant pas eu d’effet sur l’esprit de Richer, Bérulle voulut le tenter de nouveau par des sollicitations mêlées de reproches. Il lui envoya sur la fin d’octobre, un prêtre de la congrégation, nommé Claude Bertin, docteur de Sorbonne ; celui qui, n’étant encore que bachelier, avait disputé par ordre de Richer même, lequel était alors syndic, contre la fameuse thèse des jacobins de l’année 1612, et qui depuis, avait changé de sentiments de l’ancienne Sorbonne contre ceux de la cour de Rome. Bertin voulut lui faire peur de la reine mère, qui s’étant déclarée fondatrice de la congrégation de l’oratoire, ne manquerait pas de prendre pour ses ennemis, ceux qui ne seraient pas amis de cette congrégation. Il l’avertir que s’il continuait de s’opposer à ses progrès, Bérulle ne pourrait s’empêcher de dire à sa majesté, qu’elle n’avait que lui d’adversaire, et qu’il était étrange que celui qui l’était déjà du pape et des prélats, voulût l’être encore du roi et de la reine, en se rendant celui de cette congrégation.
— Vous savez mieux que personne, répondit Richer à Bertin, que les menaces des hommes ne font pas plus d’impression sur mon esprit que leurs promesses. Vous fûtes témoin il y a deux ans, de bien des choses qui devraient vous persuader que j’étais dès lors à l’épreuve des unes et des autres. Depuis ce temps-là, Dieu m’a fortifié de plus en plus dans cette disposition ; et je m’étonne que vous ayez crû pouvoir m’épouvanter du crédit et de la faveur de Bérulle auprès de la reine. Je n’ignore pas l’ascendant qu’il a pris sur elle, mais je sais aussi qu’elle aime la justice. Il n’est question que d’entendre l’université en jugement. C’est ce que Bérulle ne devait pas empêcher par tant d’intrigues, puisque si la cause de l’université se trouve mauvaise, votre congrégation sera mieux affermie et triomphera avec plus d’éclat. Mais vous fuyez la lumière, et vous vous détournez du chemin droit et commun de la justice pour vous emparer par voie de fait, des droits et du bien d’autrui. Ou je me trompe, ou ce n’est pas par cette violence qu’on emporte le ciel. Bérulle pourrait faire beaucoup de miracles de cette espèce, avant qu’on lui portât des chandelles, puisqu’ils ne serviraient qu’à détruire les maximes de l’Évangile, qui nous défend de faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fît. Il vous suffira de conférer les artifices que vous employez pour vous établir, avec la simplicité des apôtres et des premiers instituteurs des sociétés religieuses dans leurs établissements, pour juger vous-mêmes de ce point. En cela vous surpassez les jésuites, quoique vous ne soyez d’ailleurs que leurs petits singes en tout le reste. Pour finir par vous, continua Richer, je veux vous faire remarquer qu’il vous convenait moins qu’à un autre de vous charger d’une telle commission à mon égard, et de vouloir vous prévaloir de la censure de mon livre dont vous connaissez l’injustice et la nullité. Vous ne deviez pas oublier que vous aviez lu et examiné l’ouvrage avant qu’il fût publié ; et le souvenir des sentiments où vous étiez alors, vous aurait peut-être empêché de faire cet te démarche.
— Je n’étais, répartit Bertin, que simple bachelier pour lors ; un mouvement de jeunesse et de vanité, pareil à celui qui accompagne ordinairement les bacheliers disputant sur les bancs de l’école, m’avait fait remuer ces questions au chapitre général des jacobins ; mais maintenant que je suis autrement instruit, je tiens que le pape seul est doué de la grâce de l’infaillibilité, et qu’il a condamné seul et terrassé plusieurs hérésies, sans aucun concile, dans les trois premiers siècles de l’Église.
— Apprenez, répliqua Richer, qu’aucune hérésie n’a jamais été condamnée sans quelque concile ; et qu’ainsi te jugement infaillible réside dans la seule Église catholique ou universelle, et non dans le pape seul. Je veux que vous ne vous en rapportiez pas à moi, mais à Bellarmin, pour lequel vous avez tant d’estime. Il vous assure positivement58, que le moyen ordinaire et nécessaire pour produire un jugement infaillible, est l’assemblée d’un concile tel qu’il soit, petit ou grand, un ou plusieurs, et qu’on n’a jamais condamné d’hérésie sans quelque concile. D’où il est aisé de juger que le gouvernement de l’Église est aristocratique, et qu’à proprement parler, le pape n’est censé répondre ex cathedra, que quand il assemble et consulte le synode.
VI. Le nonce demande justice de Richer ou qu’il soit envoyé à Rome pour la lui faire.
Pendant que Bérulle employait Bertin pour tâcher de gagner ou d’abattre Richer, le nonce apostolique Ubaldin se rendit à Fontainebleau où était la cour, pour demander au roi et à la reine régente, de la part du pape, qu’on lui fît justice de Richer en France, ou bien qu’on l’envoyât à Rome. La reine reçut presque en même temps de l’ambassadeur ordinaire du roi à Rome, le sieur de Brèves, des lettres qui marquaient la même chose. Le duc d’Épernon qui savait ce qui se passait et qui était même l’un des principaux auteurs de tout ce qui se tramait contre Richer, se présenta pour appuyer la demande du nonce et offrir son ministère en exécution de qui serait ordonné.
Le prince de Condé empêche qu’on envoie Richer à Rome et qu’on le livre au pape et à l’inquisition.
Mais Dieu permit que dans le temps qu’on donnait audience au nonce et qu’on ouvrit les lettres de l’ambassadeur, le prince de Condé se trouvât au conseil pour s’opposer au duc d’Épernon. Ce prince ayant entendu que le nonce demandait la punition de Richer en France, ou qu’on l’envoyât à Rome, pour le mettre entre les mains des inquisiteurs :
— Voila, dit-il, une étrange proposition. Richer est un homme de bien, irréprochable dans sa conduite, fidèle sujet et bon serviteur du roi. Serait-il possible qu’on voulût se jouer ainsi des sujets du roi, et que l’on permît de les envoyer à Rome ?
Le duc d’Épernon répondit que Richer était prêtre et docteur en théologie, et par conséquent sujet du pape.
— Est-ce à dire, répliqua le prince, que les prêtres et les docteurs en théologie ne sont pas sujets du roi, quand ils sont français ? Tout ce qui est dans le royaume, n’est pas de la dépendance, et sous sa protection royale ? Si de pareilles entreprises avaient lieu en France, le roi serait privé d’une grande partie de son royaume et perdrait la juridiction qu’il a sur tous ses sujets naturels. Il n’aurait qu’une puissance empruntée et subalterne sur tous les ecclésiastiques de son royaume ; et s’ils se rendaient rebelles ou coupables de quelque crime de lèse-majesté, il n’aurait droit de les punir qu’autant qu’il plairait au pape de lui en accorder le pouvoir. Je veux que les ecclésiastiques du royaume, dans les choses purement spirituelles, soient sujets du pape : mais il ne peut pas les tirer à Rome selon son bon plaisir ; il doit leur assigner des juges dans les provinces où ils demeurent, et les laisser toujours sous la protection du roi, dont ils sont sujets. Pour ce qui est de Richer, il est certain qu’il n’est recherché ou poursuivi par ses ennemis que parce qu’il défend l’indépendance de la couronne et l’autorité souveraine du roi.
Le chancelier, excité par les remontrances du prince de Condé, se tourna vers la reine, et lui dit d’un ton qui marquait son émotion :
— Madame, Madame, c’est parler bien haut, et être bien hardi, de demander qu’on envoie les sujets du roi à Rome. Vous ne devez pas permettre qu’ils soient ainsi traités.
Quoique cette affaire parût achevée au conseil du roi, on ne laissa pas de tenir à part un conseil secret, où le nonce et le duc d’Épernon présidèrent. Il y fut résolu d’enlever Richer et de s’assurer de sa personne. Villeroy donna les mains à cette injustice ; mais le chancelier ne voulut jamais y consentir. Le docteur Duval était de tous ces conseils ; et ce fut lui qui par une espèce de repentir et de satisfaction, le découvrit quelques années après à Richer, dans le chagrin où il était de voir que Charles de Gondren, docteur de Sorbonne, et homme d’un mérite singulier, s’était fait prêtre de l’oratoire : car autant qu’il avait paru zélé pour faire entrer Richer et les autres docteurs dans cette congrégation, autant chercha-t-il depuis à les en détourner, par une aversion étrange qu’il avait conçue pour tout ce que Bérulle entreprenait, s’étant imaginé trop légèrement qu’il n’agissait plus que par ambition ou par intérêt. Après avoir avoué ingénument à Richer qu’il avait vu plus clair que lui dans les desseins de Bérulle et qu’il avait regret de ne l’avoir pas connu plus tôt, lorsqu’il était question d’exclure la congrégation de la faculté de théologie,et de la maison de Sorbonne ; il lui déclara qu’en conséquence du résultat de la conspiration faite contre lui au mois d’octobre de l’an 1613, le duc d’Épernon, qui avait Bérulle pour confesseur, avait promis de le faire enlever et de l’enfermer dans la tour de Loches ; que si jamais il en sortait, ce ne serait que pour aller à Rome, éprouver ce qu’il avait eu la hardiesse de nier dans son livre ; que le pape avait un glaive matériel et bien tranchant, pour couper la tête à des gens faits comme lui. La même chose fut encore confirmée à Richer par François de Montholon, conseiller d’État et intendant de Me de Montpensier, qui lui assura que ceux qui étaient apostés pour l’enlever l’avaient seulement manqué de trois heures ; en quoi Richer crut avoir découvert des marques très sensibles de la protection particulière de Dieu, qui semblait l’encourager en autorisant ainsi les témoignages secrets que sa propre conscience lui rendait de son innocence et de la pureté de ses intentions, dans tout ce qu’il avait écrit touchant l’une et l’autre puissance, et dans tout ce qu’il avait fait pour s’opposer aux entreprises des jésuites et des prêtres de l’oratoire.
De Harlay et le duc d’Épernon récompensés pour avoir travaillé contre Richer.
Ce fut vers le même temps, et peu de jours après la Toussaint, qu’on sut à Paris que François de Harlay, abbé de Saint-Victor avait été créé coadjuteur du cardinal de Joyeuse pour l’archevêché de Rouen ; et le pape lui donna ses bulles gratuitement, pour le récompenser de ce qu’il avait fait l’année précédente contre contre la personne et le livre de Richer. Son père Chanvallon et lui, soit par un excès de reconnaissance, soit par un mouvement de vanité, publièrent partout que cette remise d’annate faite par le pape, pour avoir servi le Saint-Siège contre son ennemi, était un don gratuit de 12,000 écus d’or. Ce qui fit croire qu’on lui avait remis aussi l’annate de son abbaye de Saint-Victor, qu’il n’aurait pu payer sans s’incommoder.
Ces libéralités excitèrent le nouveau coadjuteur à poursuivre Richer et ce qu’il appelait le richérisme, avec encore plus d’ardeur qu’auparavant. Il se fit joindre par un jacobin de la faction de Duval, nommé Gentien Billaud, pour publier et répandre par la ville, la censure qu’on avait faite à Rome du livre de Richer. Ils se préparèrent même à la lire en pleine assemblée de Sorbonne : mais sur ce que Richer leur fit dire que s’ils avaient cette hardiesse il en appellerait au parlement, comme d’une chose inusitée et abusive, et qu’il intimerait en leur propre et privé nom les auteurs et les ministres de ce nouvel attentat ; cette menace fit un peu revenir de Harlay, que la joie de ses bulles avait mis hors de lui-même, et l’empêcha d’exécuter son entreprise.
Dans l’assemblée du 4e novembre, à la quelle Richer ne se trouva point, de Harlay voulut rendre compte de tout ce qui s’était passé au sujet de ce docteur durant le mois d’octobre à Fontainebleau, dans le conseil du roi. Il assura en même temps que le pape avait promis que si on ne lui envoyait Richer tout vif à Rome pour y être brûlé, il le ferait brûler en effigie, feignant être fort sensible au danger qui le menaçait. Il l’envoya conjurer ensuite de prévenir son malheur, en contentant le pape. Il lui fit dire que malgré le chancelier, la reine était résolue de l’envoyer à Rome, et que cette bonne princesse aimerait mieux perdre la troisième partie de son royaume de France, que de manquer de donner la moindre satisfaction au pape ; — que pour apaiser toute cette tempête, il fallait que Richer allât déclarer devant le nonce, en présence de 4 ou 5 témoins, qu’il était dans un déplaisir très sincère d’avoir fait le livre De la puissance ecclésiastique et politique ; — que c’était le parti le plus facile à prendre pour lui, d’autant que le prince de Condé, son protecteur, qui l’avait défendu à la cour jusque-là, l’avait entièrement abandonné après avoir désapprouvé son livre. Comme les docteurs que de Harlay employait pour les commissions retournaient lui rendre compte de leurs négociations, et qu’ils lui faisaient juger par la vigueur des réponses de Richer, qu’il avait l’esprit invincible, un de ses domestiques leur dit qu’on ferait un très agréable sacrifice à Dieu de tuer Richer, et d’en délivrer le public. Une parole si sanguinaire reçue par les autres domestiques avec une espèce d’applaudissement, sans que le maître parût y trouver à redire, fit horreur à la compagnie ; et on vint avertir Richer de se tenir sur ses gardes.
Sur le bruit qui s’en répandit, un bon ecclésiastique du diocèse d’Angers, nommé Pierre Cosnier, demeurant à l’hôtel d’Albiac, composa en latin une remontrance en forme d’épître, à l’abbé de Saint-Victor, contre la proposition homicide que ses gens avaient tenue. Il y défendit l’innocence de Richer, et y découvrit l’indignité des persécutions qu’on lui faisait souffrir d’une manière si pathétique, que ceux-mêmes qui ne voulaient point de bien à Richer en furent touchés. L’ouvrage fut généralement goûté de tout le monde. Il désarma plusieurs ennemis de Richer, par les sentiments de paix et de charité qu’il inspirait à ses lecteurs ; mais quoi qu’il eut été composé vers le milieu de novembre, ainsi que l’auteur avait voulu le faire remarquer, en le commençant par l’introït59 de la messe du dimanche auquel il y travailla, il ne parut au jour qu’au commencement de l’année suivante.
VII. Violences du duc d’Épernon arrêtées par le parlement.
Quand l’écrit de Cosnier serait venu plus tôt entre les mains de Richer, il est difficile de croire qu’il eût pu convertir des esprits de la trempe du duc d’Épernon, que l’intérêt joint au faux zèle, rendait aveuglément esclave de la passion d’autrui. Le pape ayant appris que la cour de France ne paraissait pas trop disposée à lui envoyer Richer, cherchait quelqu’un qui fût capable et d’assez bonne volonté pour le venger de ce docteur sur les lieux, ou pour le faire passer les Alpes, sans que le chancelier en fût averti. Il fit promettre au duc d’Épernon un chapeau de cardinal pour son fils de La Valette, s’il voulait se charger d’exécuter l’un ou l’autre, en marquant néanmoins, qu’il aimait mieux qu’on lui livrât Richer vif, pour lui faire faire son procès à l’inquisition.
D’Épernon prit la commission, sans que ni son confesseur de Bérulle, ni pas un prélat, ni aucun directeur de conscience lui en fît le moindre scrupule. Il fit saisir Richer dans son collège du Cardinal-Lemoine par des archers qui le traînèrent par la rue avec mille indignités, quoiqu’il ne fît point la moindre résistance, et ils le jetèrent dans les prisons de Saint-Victor. On croyait que le prince de Condé s’intéressait efficacement pour lui auprès du roi et de la reine, après ce qu’il avait fait pour empêcher qu’on ne l’envoyât à Rome. Richer lui-même se souvenant des témoignages de bienveillance et d’estime qu’il lui avait donnés, l’avait fait prier de le prendre sous la protection : mais ce prince redoutant le crédit et la faveur du duc d’Épernon, qui était tout puissant auprès de la reine régente, et qui lui en avait déjà fait sentir de fâcheux effets, n’osa parler pour Richer ; ou s’il le fit, ce fut inutilement. L’université, qui se trouvait intéressée dans toutes ces violences, se remua pour le prisonnier avec plus de succès ; elle présenta requête au parlement, où on fit venir Richer, qui fut favorablement écouté dans tout ce qu’il allégua pour prouver son innocence et l’injustice qu’il avait soufferte. Il fut remis en liberté, et rétabli dans son collège et dans la possession paisible de tout ce qu’on lui avait enlevé. Le parlement, non content de l’avoir arraché des mains du duc d’Épernon, décréta encore contre ceux qui avaient été les exécuteurs de ces violences, et donna des sauvegardes à Richer contre ses ennemis qui auraient dorénavant la pensée d’attenter sur lui. La mortification que reçut le duc d’Épernon d’avoir ainsi manqué son coup, lui tint encore lieu d’un nouveau mérite auprès du pape, qui considérant ses services, plutôt par la qualité de son zèle et de ses efforts que par le succès, ne laissa pas de faire son fils cardinal dans la suite des temps.
Richer fait son testament.
Cependant Richer fit son testament, craignant que toutes les sauvegardes que parlement lui avait données, ne fussent pas capables de le garantir de la mauvaise volonté de ses ennemis. Il employa la liberté qu’on lui avait rendue, et le peu de temps qui pouvait lui rester, pour se préparer à la mort. Son testament, qui est en français, est du 16 novembre. Il le fit pour prévenir toute surprise, parce que de jour à autre il était averti et menacé de quelque nouvelle entreprise contre sa vie. Mais parce que ce testament ne regardait presque que la disposition de ce qu’il possédait, et qu’il ne croyait pas moins nécessaire de pourvoir à la sûreté de ses sentiments en faveur de la postérité, il en fit un second en latin, le 22e du même mois. Il voulut que l’on s’en tînt à ce testament, pour juger de ses véritables sentiments, contre tout ce que sa propre faiblesse pourrait lui faire faire à la vue des dangers ou de la mort, et contre tout ce que la malice de ses ennemis pourrait produire dans la suite, pour faire croire au public, qu’il aurait changé de sentiments, ou rétracté la doctrine qu’il avait enseignée dans son livre De la puissance ecclésiastique et politique. Il renouvela les deux testaments de temps en temps, et il résolut dix-sept ans après de faire imprimer le second à ses dépens, afin d’informer le public de la conduite qu’il avait gardée en Sorbonne et ailleurs, depuis qu’il avait été reçu docteur, et de laisser une bonne protestation d’uniformité et de persévérance dans les sentiments de l’ancienne Sorbonne, qu’il avait insérez dans son livre, et qu’il avait défendus en toute occasion.
VIII. Vigor écrit pour la défense de Richer.
Au milieu des embûches que lui dressaient ses ennemis, dans le temps même qu’il se croyait réduit à ne point recevoir de consolation que du fond de sa propre conscience, il lui en vint une de dehors, qui lui fut d’autant plus agréable, qu’elle avait pour fondement la défense des sentiments qui faisaient tout le sujet de la persécution. Celui qui la lui procurait était Simon Vigor, conseiller au grand conseil, héritier des sentiments du célèbre archevêque de Narbonne, du même nom, son oncle et son parrain, qui avait été docteur de Sorbonne, théologal de l’église de Paris et prédicateur ordinaire du roi Charles IX, et qui s’était distingué au concile de Trente, où ce prince l’avait envoyé avec ses autres députés.
Vigor n’était pas content d’avoir déclaré hautement, que la doctrine pour laquelle on inquiétait Richer, et que les prélats avaient censurée dans son livre De la puissance ecclésiastique et politique, était la même que celle que son oncle avait toujours prêchée en chaire, enseignée en Sorbonne, et laissée dans ses écrits ; il voulut encore entreprendre la défense de ces sentiments et faire l’apologie de Richer, par un livre qu’il publia en latin sous le nom de Theophilus Francus, et sous le titre de Commentaire sur la réponse synodale que fit le concile de Bâle aux ambassadeurs du pape Eugène IV dans sa congrégation générale du 3 septembre 1432, touchant l’autorité du concile général sur le pape et sur chaque fidèle.
L’auteur, ayant déclaré qu’il soumettait son ouvrage à l’examen et au jugement de l’Église universelle, du Saint-Siège, de la faculté de théologie de Paris, de toutes les églises particulières, et autres sociétés de pasteurs ou docteurs, pourvu qu’ils soient assemblés au nom de Jésus-Christ, protesta qu’il n’avait été forcé d’écrire, ni par la haine, ni par l’amitié qu’il eût pour qui que ce fût : que ne connaissant aucun de ceux contre lesquels il avait été obligé d’écrire, loin de les haïr, il se sentait disposé à leur rendre tous les services dont il aurait été capable ; et que pour ce qui était de Richer dont il défendait la cause et la doctrine, il ne l’avait vu que deux fois en toute sa vie, ce qui n’était pas suffisant pour faire dire qu’il était lié d’amitié avec lui.
La considération que tout le monde avait pour le mérite et le rang de Vigor, fut cause que les ennemis de Richer, au lieu de le prendre à partie d’abord, aimèrent mieux regarder son ouvrage comme le fruit d’un inconnu, conçu dans les ténèbres, et que personne n’osait avouer, sous prétexte qu’il y avait supposé un nom étranger au lieu du sien. Vigor sentit aussitôt la nécessité qu’il y avait de se déclarer l’auteur de l’ouvrage, pour ne pas nuire à la vérité et ne pas le rendre inutile au public. Mais comme depuis quelque temps il vivait retiré dans une terre qu’il avait en Champagne, pour vaquer plus tranquillement à l’étude et au salut de son âme, il envoya une procuration dans les formes ordinaires, à son frère Nicolas Vigor, demeurant à Paris, pour avouer publiquement en son nom le livre dont il était question. Nicolas prit deux notaires au châtelet et alla faire la déclaration devant le doyen, le syndic, et les docteurs de la faculté de théologie. La déclaration portait qu’encore que l’auteur ne fût pas obligé de découvrir les motifs qui l’avaient empêché d’exprimer son nom au livre intitulé, Ex responsione synodali dat a Basilea, etc. il trouvait bon d’en marquer un des principaux, savoir : que ceux qui suivant la doctrine des apôtres et des anciens pères de l’Église, soutenaient de son temps, que la souveraineté temporelle des rois et des princes chrétiens, dépend seulement de Dieu, et qui s’opposaient aux opinions de ceux qui attribuent au pape une puissance directe ou indirecte sur les choses temporelles, étaient aussitôt censurés, dégradés, chassés, jetés dans des cachots, contre le droit des gens, ou punis même du dernier supplice ; — que l’auteur offrait de faire voir qu’il n’y avait rien dans ce livre, ni dans celui de Richer, dont il prenait la défense, qui ne fût parfaitement conforme à la doctrine constante et perpétuelle de la Sorbonne, jusqu’au temps de son oncle, dont il gardait les minutes pour en faire foi par ce témoignage irréprochable, aussi bien que par les monuments publics ; — qu’il sommait la faculté de vouloir examiner son livre, et de nommer pour cet effet un nombre de docteurs exempts de toute préoccupation et d’animosité particulière contre le traité De ecclesiastica et politica potestate ; qu’ils eussent à qualifier les termes et les propositions qu’ils jugeraient dignes de censure ou d’éclaircissement ; — que s’ils en usaient autrement, et que par brigues, ou autres moyens illicites, ils voulussent trahir la vérité, qu’il prétendait avoir exposée dans son livre, il se pourvoirait contre eux par les voies ordinaires de la justice.
Cette déclaration, que le doyen et le syndic de la faculté furent obligés de signer en présence des notaires, servit beaucoup à retenir les ennemis de Richer, qui s’étaient vantés d’empêcher par la crainte des proscriptions et des supplices, qu’aucun de ses défenseurs osât rien entreprendre et faire paraître en public, pour soutenir la doctrine de son livre. Le docteur Duval ne pouvant plus dissimuler, après une déclaration si authentique, que Vigor ne fût l’auteur du Commentaire sur la réponse synodale du concile de Bâle aux députés du pape Eugène, prit le parti de l’attaquer ouvertement ; ce qu’il fit par la publication d’un livre latin sous le titre De la puissance souveraine du pape sur l’Église.
Vigor répliqua en même langue et voulut donner à son nouvel ouvrage le titre d’Apologie touchant l’autorité souveraine de l’Église. Il en fit quatre traités séparés, dans le premier desquels il tâcha d’établir la monarchie de l’Église ; dans le second, son infaillibilité au concile général qui la représente ; dans le troisième, la discipline ecclésiastique maintenue ou proscrite par les princes séculiers dans leurs états ; et dans le quatrième, l’éminence ou la supériorité du concile au-dessus du pape.
Duval qui avait usé toutes ses raisons et toutes ses injures dans son écrit, ne sut plus que répondre : mais il eut recours à un aumônier du roi, nommé Théophraste Bouju, dit Beaulieu, qui entreprit de réfuter l’Apologie de Vigor en français, parce qu’il n’était pas en état de le faire en latin. Il commença par deux avis, auxquels Vigor répondit, pour lui faire connaître qu’il n’était pas propre à traiter ces matières, à cause de l’ignorance où il était de la langue latine, dont les termes devaient être pris sans équivoque. Bouju se piqua d’honneur ; et s’étant fait assister de quelques amis, il publia un nouvel ouvrage avec le titre de Défense pour la hiérarchie de l’Église et de N. S. P. le pape, et prit la liberté de le dédier au roi. L’ouvrage était bien moins supportable que celui de Duval.
Vigor ne jugea pas néanmoins à propos de le mépriser, à cause du respect dû au nom de sa majesté, que l’auteur avait mis à la tête. Il y répondit, non pas en latin, mais en langue vulgaire ; parce qu’il voulait se rendre intelligible à l’auteur qui l’avait attaqué. Il fit porter à ce nouvel ouvrage le titre De l’état du gouvernement de l’Église. Il le divisa en autant de livres que son Apologie latine contre Duval, et il y traita les mêmes sujets dans un ordre et une méthode tout semblables à son premier livre.
1614. Emportement de Pierre-vive contre Richer.
L’avantage que Vigor remporta sur tous ses adversaires, fut un véritable sujet de triomphe pour la cause que lui et Richer défendaient contre les partisans de la cour de Rome ; mais il ne diminua guère le nombre des ennemis de ce dernier. L’un des plus animés contre lui était le Silvius de Pierre-vive, Piémontais, allié de l’évêque de Paris, et son grand vicaire, qui avait fait tant de démarches inutiles avec l’auditeur Scappi, pour faire censurer son livre en Sorbonne. Cet homme, en qualité de chancelier de l’université de Paris, le disposant le 28 janvier 1614 à donner la bénédiction aux théologiens que la faculté de Paris avait licenciés, et mis hors de l’école, fit une harangue, qui ne fut qu’une continuelle invective contre Richer, sans le nommer. Après avoir fait entendre que l’université de Paris devait son établissement, ses privilèges, et généralement tout ce qu’elle avait, au pape, il déclara aux docteurs et aux licenciés qui aspiraient au doctorat, qu’ils étaient étroitement obligés de défendre la monarchie et le pouvoir despotique du pape ; ajoutant que s’il arrivait à quelqu’un de ces derniers, de mettre dans ses thèses aucune proposition de celles qui avaient été condamnées au synode de Sens et réfutées par plusieurs docteurs, il serait rejeté de la licence, et ne pourrait obtenir le degré de docteur que je vous confère, disait-il, seulement par l’autorité du pape
.
Un discours si passionné et si plein d’erreurs grossières, fit bien moins de tort à Richer, que la retraite subite que fit le prince de Condé en quittant la cour. Comme ce prince passait publiquement dans le monde pour son protecteur, ses ennemis ne laissèrent pas échapper cette occasion de renouveler leur haine contre lui. Par les lettres que ce prince écrivit à la reine pour justifier la retraite, il se plaignait que le chancelier et Villeroy faisaient les arrêts du privé conseil du roi comme bon leur semblait, sans consulter que leur intérêt particulier, ou leur caprice ; et qu’ils étaient cause de la division qui ruinait la Sorbonne, qui avait été toujours fort unie auparavant. Il n’en fallut pas davantage pour exciter un nouvel orage sur la tête de Richer. On le calomnia de nouveau, comme s’il eût écrit le livre De la puissance ecclésiastique et politique, pour troubler l’état du mariage de la reine et celui des enfants de France : calomnie inventée deux ans auparavant par le cardinal du Perron, puis réitérée et rebattue autant de fois que le prince de Condé faisait de mouvements ou que l’on faisait quelque chose contre lui à la cour ; tant il était nuisible à Richer d’avoir été défendu une seule fois dans le conseil par le prince de Condé.
IX. Livre de Suarez condamné.
Il n’en était pas de même de la protection que le parlement donnait à la doctrine qu’il défendait. C’est ce qui parut encore par la condamnation qu’il fit d’un livre nouveau, publié par François Suarez, jésuite espagnol, sous le titre spécieux de Défense de la foi catholique, contre les erreurs de la secte anglicane. En exécution de l’arrêt donné le 16 juin, le livre sur brûlé le lendemain, et l’auteur noté, pour avoir enseigné, que le pape pouvait non seulement déposséder les rois de leurs états, mais leur faire perdre encore la vie, après qu’il les avoir condamnés.
L’arrêt du parlement fut solennellement prononcé à la grand-chambre, en présence des quatre principaux d’entre les jésuites de Paris60. Le premier président, par autorité de la cour, reprocha publiquement à ces pères, qu’au préjudice, tant de la déclaration qu’ils avaient faite au greffe du parlement le 22 février de l’an 1612, de se conformer entièrement à la doctrine de l’école de Paris, que du décret de leur général, publié peu de temps après la mort du roi Henri le Grand ; un homme de leur compagnie venait de publier encore un livre très pernicieux contre la personne du roi et l’état de son royaume. Il leur ordonna de faire publier de nouveau le décret de leur général, et d’en apporter un acte à la cour de parlement dans six mois, et il leur déclara que s’il arrivait à aucun de leur compagnie de parler et d’écrire comme Suarez, ou même de ne pas enseigner le contraire dans les prédications, la cour procéderait contre eux, comme criminels de lèse-majesté.
La condamnation de ce livre de Suarez étant échue au temps de la convocation des trois états du royaume à Paris, fit rouvrir dans plusieurs provinces de France la plaie que la France avait reçue de cette doctrine parricide, par la mort des deux derniers rois, et fit rechercher le livre de Richer avec plus d’empressement que jamais, pour mettre une barrière aux progrès étonnants que ces pernicieuses maximes faisaient sous la minorité d’un roi encore enfant, et sous la régence d’une reine italienne. On dressa en divers endroits du royaume des articles pour empêcher le cours de cette doctrine, par la crainte de retomber dans les malheurs, où cette maudite doctrine avait plongé la France. On chargea les députés des provinces, tant de la noblesse, que du tiers état, d’en faire des plaintes et des remontrances à l’assemblée des trois états.
La province de Paris, qui avait servi de théâtre à tant de funestes tragédies, se signala entre toutes les autres, par le zèle qu’elle y fit paraître. L’article qu’elle fit dresser contenait en huit points :
Qu’on arrêterait dans l’assemblée des états pour loi fondamentale et inviolable du royaume, que le roi étant souverain dans son État et ne tenant que de Dieu seul sa couronne, il n’y a puissance en terre, telle qu’elle puisse être, spirituelle ou temporelle, qui ait aucun droit sur son royaume, ni pour l’en priver, ni pour dispenser ou absoudre ses sujets de la fidélité et de l’obéissance qu’ils lui doivent, pour quelque cause et prétexte que ce pût être.
Il fut reçu d’abord et approuvé par le tiers état, qui conclut qu’il fût mis à la tête de son cahier. Mais ayant donné avis de la résolution à l’ordre du clergé, et à celui de la noblesse, le cardinal du Perron se rendit à la chambre de la noblesse, et en celle du tiers état, où par deux harangues très artificieuses, il les dissuada de recevoir cet article. Il ne lui fut pas difficile d’imposer à la noblesse, dont la plus grande partie n’avait, ou point du tout, ou point assez d’étude, pour voir où tendaient les artifices de ce cardinal, mais il ne put rien persuader au tiers état, qui était composé de beaucoup de doctes magistrats et jurisconsultes du royaume. Le cardinal, pour leur donner de la terreur, leur soutint que cet article était beaucoup plus pernicieux pour la religion catholique, que le formulaire du serment de fidélité que le roi d’Angleterre avait fait proposer aux catholiques anglais. Il leur dit de plus, que c’était Richer qui avait composé cet article, pour semer un schisme en France ; que c’était un esprit violent qui n’aimait qu’à se jeter dans les extrémités et qui ne pouvait tenir de milieu. Il était faux au reste, que Richer fût auteur de cet article du tiers état. Il avait été conçu et dressé par un conseiller du parlement, nommé Claude le Prêtre, recommandable par sa vertu et par sa capacité ; il avait été lu et examiné dans les assemblées de ville, devant le prévôt des marchands, les échevins, plusieurs conseillers du parlement et de la ville, et un très grand nombre de députés, tant de la part du clergé que du tiers état. Non seulement Richer n’y avait pas eu de part, mais même il n’avait pas été d’avis qu’on le proposât, non pas qu’il ne le jugeât très bon et très équitable en tout ce qu’il contenait : mais il voyait qu’il était hors de raison de le proposer sous la minorité du roi, pendant que l’État était agité de factions, et que chacun se prévalait de la conjoncture des temps, au préjudice de la souveraineté du prince61. C’est ainsi que Richer s’en expliqua toujours à toutes les personnes de qualité qui le vinrent consulter sur cette affaire ; ajoutant néanmoins, que comme l’article n’avait rien qui ne fût conforme à la loi de Dieu et de la nature, il valait mieux soutenir les premières démarches qu’on avait faites, que de trahir la vérité en les abandonnant, afin qu’on n’en pût tirer aucun avantage pour insinuer les propositions contraires.
X. 1615. Richer se retire des assemblées de Sorbonne.
Ce nouvel incident servit encore à Richer pour lui faire connaître, qu’il n’avait pas de composition à espérer de la part de ses ennemis, dont la malignité ne faisait que croître avec celle des temps. C’est ce qui le fit résoudre à s’abstenir dorénavant de paraître dans les affaires publiques, et à ne plus se trouver aux assemblées de Sorbonne, pour ôter toute occasion de parler, et de se faire attribuer tout ce qui s’y pourrait passer d’odieux. Il crut aussi que ce serait le moyen de se soustraire aux fâcheux effets de l’animosité du cardinal du Perron, du nonce apostolique et des prélats, qui paraissait implacable. Mais ce qui le détermina le plus à la retraite et au silence, fut l’armement du prince de Condé, dont tous les mouvements avaient toujours renouvelé ses afflictions : car encore qu’il fût très éloigné d’entrer dans les intérêts et les ressentiments de ce prince, il ne laissait pas d’être très sensible à tout ce qu’il faisait au préjudice de ses devoirs envers le roi et le repos de l’état. Ce qui l’affligeait le plus, était le plaisir secret que prenaient ses ennemis de publier, quoi que faussement, que le prince de Condé ne faisait que suivre les maximes de Richer dans toutes les démarches.
1616. Richer quitte la principalité de son collège.
Pour jouir avec plus de loisir des avantages de la retraite, qu’il voulait employer à la prière et à l’étude, il se défit de la charge de principal de son collège, vers le temps de Pâques de l’an 1616, que son âge et ses infirmités ne lui permettaient plus d’ailleurs d’exercer avec sa vigueur et son assiduité ordinaires. Mais cette démission volontaire pour laquelle ses boursiers l’avaient autrefois tant chicané, ne servit pas beaucoup à leur changer le cœur, ni à changer leurs dispositions à son égard, parce qu’ils voyaient que demeurant grand-maître du collège, il serait toujours en état de les tenir en bride. Ils choisirent un autre principal pour neuf ans.
Disposition du garde des sceaux de Vair à son égard.
Ce fut cette année, que le roi, pour approcher de sa personne Guillaume du Vair, premier président au parlement de Provence, et reconnaître son mérite, le fit garde des sceaux de France. Richer, se souvenant de la générosité qu’il avait eue pour s’opposer à la censure que l’archevêque d’Aix avait faite contre son livre avec ses suffragants, et des marques de la bienveillance qu’il lui avait fait donner par de Peiresc, qu’il avait député en cour sur ce sujet, crut qu’il était de son devoir de l’aller saluer, et lui en témoigner sa reconnaissance.
Du Vair le reçut avec toutes les démonstrations d’une amitié sincère, l’encouragea à demeurer ferme dans ses sentiments et dans la défense de la vérité, lui promit sa protection en toute rencontre, et lui offrit sa faveur pour lui et pour ceux qu’il voudrait lui recommander. Les bonnes résolutions de ce nouveau ministre ne regardaient pas moins les affaires de l’État, dont le rétablissement demandait un homme de tête, comme il était. Mais on ne lui donna guère le loisir de les exécuter. On commença à redouter son intégrité, et on lui ôta les sceaux dès le mois de novembre de la même année. Cette disgrâce fut une fâcheuse épreuve pour cette intégrité qu’il avait apportée de la province. Elle lui attendrit tellement le cœur, qu’ayant su qu’on avait témoigné quelque regret de sa destitution à la cour, il en témoigna aussi du peu de complaisance qu’il avait eue pour les volontés de ceux qui avaient l’administration des affaires.
1617.
On lui rendit les sceaux au mois de juin de l’année suivante ; et son rétablissement soutenu des plus grandes espérances que la cour de Rome puisse donner à des ecclésiastiques ambitieux, fit une révolution considérable dans son esprit, et produisit dans sa volonté un changement dont Richer reçut des preuves, quelques années après.
XI. Duval feint de vouloir se réconcilier avec Richer, pour le surprendre.
Le docteur Duval, fatigué de tourmenter Richer par la force ouverte et s’ennuyant d’ailleurs de ne le plus voir en Sorbonne, feignit alors de vouloir se réconcilier avec lui, dans le dessein de gagner par la ruse, celui que ni ses violences, ni celles des autres, n’avaient pu abattre. Dans cette vue, il lui envoya sur la fin du mois de juillet le docteur Georges Froger, curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, son disciple et son confident, pour lui persuader de vouloir expliquer son livre De la puissance ecclésiastique et politique ; ajoutant qu’il travaillerait pour la gloire de Dieu et pour la réunion de l’école de Sorbonne, qui était misérablement déchirée par les divisions : car c’était le prétexte spécieux dont il avait cru devoir se servir pour l’engager plus facilement à fournir de nouveaux sujets de querelle et de persécution à ses ennemis.
Richer découvrit d’abord le piège qu’on lui tendait, et il répondit à Froger que ce n’était point le temps d’écrire ; et que d’ailleurs il ne lui était pas permis de mettre rien en lumière, depuis la défense qui lui avait été faite par le cardinal de Bonzi, de la part de la reine régente, de rien écrire sur le sujet qu’on lui proposait.
Jugement de Richer sur le livre de Marc Antoine de Dominis.
Deux mois après, on apporta de la foire de Francfort à Paris le nouveau livre de Marc Antoine de Dominis, archevêque de Spalato en Dalmatie. Cet auteur venait de le publier en latin, sous le titre De Republica ecclesiastica, libri decem, tomis tribus. Il ne paraissait encore que le premier tome, divisé en quatre livres. Le bruit que fit cet ouvrage porta plusieurs personnes de considération à rendre visite à Richer, pour en savoir son sentiment. Il leur fit entendre que ce prélat avait tout gâté, pour avoir voulu traiter les controverses et les points dogmatiques, au lieu de s’être appliqué uniquement, comme il le devait, à renfermer la domination de la cour de Rome dans ses bornes légitimes ; — que par cette conduite il avait ouvert la porte à des nouveautés dangereuses et jeté les semences d’un schisme ; — que dans l’avis qu’il avait publié de sa retraite et de sa sortie d’Italie, il semblait avoir dessein de vouloir faire revivre toutes les nouvelles hérésies, lorsqu’il avait osé dire62 :
… que la doctrine de ces églises, ou sociétés ennemies de Rome, que les catholiques combattent avec tant d’ardeur, ne diffèrent en rien, ou si peu que rien, de la véritable et pure doctrine de l’ancienne Église ; qu’on a cru devoir rejeter cette doctrine tout d’un coup, plutôt que de la combattre par des moyens honnêtes et légitimes ; et que si elle était en horreur à Rome et parmi nous, ce n’était pas qu’elle fût hérétique ou fausse, mais parce qu’elle était contraire aux sentiments et aux mœurs corrompues de la cour romaine, qui était devenue toute temporelle, et ne se gouvernait plus que par une politique purement humaine.
Que rien n’était plus capable de ruiner l’union, et la paix de la chrétienté, que ces maximes, et que cela seul méritait une très rigoureuse censure. D’ailleurs, que ce prélat, dans le gros de son ouvrage, détournait faussement la doctrine de l’école de Paris, pour la faire servir à ses desseins, prétendant qu’il n’enseignait pas autre chose qu’elle : qu’il imposait à la Sorbonne, en supposant qu’elle tenait l’état de l’Église seulement aristocratique, et en se servant de cette supposition pour détruire la papauté ou la primauté de saint Pierre et de ses successeurs.
Tous ces discours ne manquèrent pas d’être rapportés au nouveau nonce du pape, Guido Bentivoglio, successeur du cardinal Ubaldin, par la plupart de ceux mêmes qui les avaient entendus de sa bouche. Il faut avouer que Bentivoglio eut pour lui des égards et des manières moins dures que n’en avait eu son prédécesseur, soit que le récit de ces discours eût fait quelque impression favorable sur son esprit, soit qu’il eût naturellement plus de politesse et de lumières qu’Ubaldin.
XII. Tentatives de Duval et de Montholon sur l’esprit de Richer.
Duval lui-même, ayant appris le jugement que Richer faisait du livre de l’archevêque de Spalato, en témoigna tant de satisfaction qu’il voulut reprendre les sentiments de réconciliation qu’il lui avait déjà fait proposer près de trois mois auparavant par le curé de Saint-Nicolas du Chardonnet. Il le fit prier de lui donner un rendez-vous, pour pouvoir conférer avec lui ; et ils convinrent de se trouver le 19 octobre dans le collège d’Arras, sur les dix heures du matin. Duval commença à protester devant Richer d’une sincère et solide réconciliation. Il en vint ensuite à quelques éclaircissements sur divers en droits du livre qu’il avait écrit contre lui ; après quoi il lui fit entendre que le nonce du pape désirait avec ardeur de le voir ; — que c’était un brave gentilhomme de la famille de Bentivoglio, qui avait été de tout temps attachée à la France, et tenu son parti en Italie ; — qu’il était civil, affable, d’un naturel obligeant, affectionné aux gens de lettres et de vertu ; que ses domestiques mêmes étaient semblables à lui, et fort différents de ceux du cardinal Ubaldin. Il ajouta qu’on avait assuré Bentivoglio, que l’archevêque de Spalato avait envoyé huit exemplaires de son livre à Paris, et qu’il y en avait un dont l’auteur faisait présent à Richer nommément ; — que depuis que le livre de ce prélat était arrivé à Paris, les colporteurs du palais avaient tout de nouveau exposé en vente le livre de Richer touchant la puissance ecclésiastique et politique ; — que Richer ne pouvait avoir une occasion plus favorable et plus glorieuse pour se remettre en grâce avec le Saint-Père et tous les prélats qui avaient censuré son livre ; pourvu qu’en expliquant les propositions de son livre, il voulût réfuter la doctrine de l’archevêque de Spalato ; — qu’il pourrait en toute assurance écrire sur ces trois chefs :
- Que Jésus-Christ avait donné immédiatement les clefs à toute l’Église ;
- Que l’Église est infaillible ;
- Que le concile général est au-dessus du pape.
Il voulut aussi lui persuader que M. Molé procureur général, avait envoyé à la faculté le livre de ce prélat pour être censuré, et que la censure de la faculté serait confirmée par arrêt de la cour, à la requête de ce magistrat ; — qu’ainsi Richer, nonobstant l’habitude qu’il avait prise de ne plus aller en Sorbonne, devait se trouver à l’assemblée de la faculté quand on ferait cette censure ; afin de remettre l’union dans les membres de ce corps, et d’arrêter le bruit qui courait, que de Dominis et Richer étaient de même opinion ; — que ce serait le moyen de se venger avantageusement de Filesac, son ennemi, qui voulait dominer seul en Sorbonne, et qui ne s’étudiait qu’à la détruire dans l’esprit des prélats.
C’était tout de bon que Duval tâchait d’animer Richer contre Filesac, avec lequel il s’était ligué auparavant, pour travailler conjointement à sa condamnation et à sa perte, avec le nonce Ubaldin et l’abbé de Saint-Victor ; mais ayant confondu et dissipé une partie de leurs mauvais desseins, Filesac était devenu insupportable à Duval par son ambition et par son inconstance ; de sorte que l’ayant vu si brusquement quitter le syndicat, comme nous l’avons rapporté, il s’était brouillé avec lui, sans prétendre alors que Richer dût tirer avantage de leur division, et ne l’appelait plus autrement que terminus indefinitus, à cause de la légèreté de son esprit.
Duval ne fut pas le seul qui voulut faire faire et Richer les démarches vers Bentivoglio, qu’il n’avait jamais voulu faire vers Ubaldin. Montholon, conseiller d’État et intendant de la maison de Montpensier, vint lui rendre deux visites consécutives dans son collège, pour le même sujet. Il tâcha premièrement de le tenter par de magnifiques promesses, et par tout ce qui peut flatter la vanité d’un esprit curieux de gloire, et un cœur avare et intéressé. Il le prit ensuite par tout ce qui peut le plus contenter l’amour propre, en voulant lui persuader qu’il était fort utile, et nécessaire même à la faculté, pour y maintenir la discipline ; — que ceux qui lui avaient été les plus contraires, reconnaissaient maintenant le besoin qu’on avait de lui ; — que tout le monde généralement trouvait à redire qu’il s’abstînt d’aller aux assemblées de Sorbonne ; et le tenait coupable devant Dieu d’avoir enseveli le talent qu’il avait reçu ; — qu’au reste, le souvenir de tant de dangers qu’il avait courus, devait lui faire prendre de bonnes mesures pour la sûreté, et qu’il était à craindre que les inimitiés de ceux qui avaient tâché de le faire périr, ne se réveillassent bientôt, s’il ne se déterminait à donner enfin quelque contentement au nonce de sa sainteté ; — en un mot, qu’il était temps que l’on fît quelque chose pour lui, et que c’était une chose indigne de voir qu’un homme de son mérite n’eût ni bénéfice, ni dignité ecclésiastique.
Richer remercia Montholon le plus civilement qu’il lui fut possible, et il tâcha de s’excuser sur toutes les propositions qu’il venait de lui faire. Il lui remontra, qu’étant satisfait de sa condition, il s’y était borné pour le reste de ses jours, persuadé que rien ne pouvait manquer à ceux qui se proposaient de vivre selon les règles de la nature et de l’Évangile, qui se contentent de peu ; — qu’il était toujours prêt à servir la faculté de théologie, lorsqu’elle aurait besoin de lui ; mais qu’il ne pouvait lui donner que des conseils généreux et désintéressés pour sa défense de la vérité ; qu’il ne s’abstenait d’aller aux assemblées de Sorbonne, que parce que les brigues et les factions la mettaient toute en désordre, et que ce qui se devait faire par tout le corps, n’était résolu que par deux ou trois personnes.
Mais il crut devoir répondre à Duval avec d’autant moins de ménagement, qu’il remarqua plus d’artifice dans la suite de ses entretiens. Il refusa de voir le nonce, jusqu’à ce qu’il lui fît l’honneur de l’appeler, sous prétexte qu’il ne rendait visite à personne ; et lui montra que tout ce qu’on disait de ses relations avec de Dominis, et de la nouvelle publication de son livre à l’occasion de celui de cet archevêque, n’était qu’une calomnie de ses ennemis. Il ajouta, que comme chrétien et catholique, il faisait cas de la bienveillance du pape et des prélats de l’Église ; mais qu’il ne souhaitait pas l’acquérir en écrivant sous le bas âge du roi, où tout était dangereux ; — que si Duval n’avait pu être approuvé de Bellarmin et de la cour de Rome en bien des choses qu’il avait écrites pour la souveraine puissance du pape sur l’Église, Richer n’avait pas lieu d’espérer de lui plaire, en demeurant dans ses premiers sentiments ; — qu’il lui serait assez inutile d’écrire sur les trois points que Duval assurait qui lui seraient permis, puisque tout son livre De la puissance ecclésiastique et politique ne contenait autre chose, avec les inductions évidentes et nécessaires qu’on en pouvait tirer ; — qu’il était bien tard de retourner en Sorbonne depuis quatre ans qu’il s’en était absenté ; — que sur le bruit qui courait que l’on y devait censurer son livre avec celui de l’archevêque de Spalato, et que Duval lui-même avait choisi cinq docteurs des principaux ennemis de Richer, pour examiner le livre de ce prélat, il faudrait être dépourvu de sens pour se trouver à la condamnation de son livre, que les factieux se promettaient de faire passer à la faveur de la censure de l’autre ; — qu’il n’entrait pas dans les jalousies et les brouilleries de Duval et de Filesac, et que les connaissant tous deux également possédés par des passions différentes, il ne songeait qu’à se tenir en repos, sans prétendre le rendre le ministre du ressentiment de l’un contre l’autre, ou se mêler de deux hommes qui n’avaient pu s’accorder ensemble que pour lui nuire.
XIII. 1618. Nouvelles intrigues de Duval contre Richer.
Après la mort du cardinal du Perron, qui arriva en 1618, le cardinal François de La Rochefoucauld fut choisi pour être grand aumônier de France, à la recommandation du père Arnoux, jésuite, confesseur du roi. Ce fut aussi en cette même année que Henri de Gondi reçut le bonnet de cardinal et prit le nom de Retz. Peu de temps après, le duc de Luynes, favori de Louis XIII, pour tâcher de se décharger de l’envie que l’administration de l’État avait fait tomber sur lui, fit appeler ces deux cardinaux au conseil du roi. Duval crut que c’était un nouveau renfort pour son parti ; et comptant d’ailleurs sur la faveur de Molé, procureur général du parlement, il leva le masque de réconciliation qu’il avait pris pour tâcher de surprendre Richer. Il fit naître de nouveaux sujets de querelle contre lui ; et pour engager plus de monde dans sa cabale, il allait de porte en porte, disant : Nous avons le cabinet pour nous
, c’est-à-dire qu’il disposait entièrement du conseil du roi, dont le cardinal de Retz avoir été fait chef. Pour parvenir à ses fins, il invita Richer tout de nouveau à donner une explication des propositions de son livre, comme si c’eût été le moyen de finir les troubles et les divisions qui régnaient parmi les docteurs de la faculté, dont il n’avait garde de reconnaître qu’il était l’auteur. Richer s’excusa toujours comme auparavant, sur ce qu’il lui était défendu de la part de la reine, au péril de sa vie, de rien écrire sur ce sujet. Duval lui fit promettre d’un ton aussi assuré que s’il eût été l’un des ministres d’État, qu’il ferait lever cette défense au conseil du roi. Richer lui fit réponse qu’il le pouvait, mais qu’il n’y gagnerait rien, parce que la conjoncture des temps fâcheux ne lui permettait point d’ailleurs de prendre la plume.
1619.
Duval perdit près de dix-huit mois à faire réussir son intrigue, avec tous ses émissaires, dont le plus ardent et le plus importun pour Richer, était ce Georges Froger, curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, qui lui faisait chèrement payer les charges de son voisinage. Après avoir inutilement employé toutes leurs ruses, ils ne trouvèrent plus d’autre expédient pour l’abattre, que celui de le faire regarder comme un excommunié. Pour y réussir, ils publièrent que Richer causait un très grand scandale dans l’Église, par le refus qu’il faisait d’expliquer son livre, nonobstant l’assurance qu’on lui donnait de ne le point inquiéter sur tout ce qu’il pourrait dire pour autoriser ses opinions, et que cette obstination était cause qu’on lui refuserait l’absolution, s’il se présentait au tribunal de la confession.
Le temps de l’avent de 1619 leur fournit l’occasion d’exécuter leurs menaces. Froger, secondé par un minime nommé Guérin, qui prêchait dans la paroisse, homme turbulent et factieux, à qui la prédication fut interdite quelque temps après par tout le diocèse de Paris, gagna le curé du collège du Cardinal-Lemoine63, qui était aussi sacristain ou clerc de l’église de Saint-Nicolas du Chardonnet. Il lui fit entendre qu’on ne pouvoir absoudre Richer, sans commettre un horrible sacrilège, et lui dit de consulter le professeur royal Duval, et le prédicateur Guérin. Froument, curé du collège, confirmé dans ses scrupules par ces deux casuistes, alla trouver Richer la veille de Noël, pour lui dire qu’il avait défendu à tous les prêtres du Cardinal-Lemoine de l’entendre en confession, par l’avis des plus habiles casuistes et des plus savants théologiens de Paris. Richer lui répondit froidement, qu’il en connaissait encore de meilleurs, et que quand il aurait besoin de se confesser, il irait droit au pénitencier, ou à quelque autre qui savait ce qui était contenu dans son livre De la puissance ecclésiastique et politique, auquel ni Froument ni ses semblables n’entendaient rien.
Guérin et Froger, fort satisfaits d’eux-mêmes et de Froument, allèrent donner avis de ce qu’ils avaient fait au cardinal de Retz, évêque de Paris, qui rabattit un peu leur joie, en leur disant qu’il fallait marcher bride en main, et qu’on ne devait rien hasarder dans une affaire si délicate, sans prendre l’avis des deux professeurs royaux Duval et Gamaches, et du pénitencier Hébert. Guérin voulut porter le lendemain, jour de Noël, à huit heures du matin, la réponse du cardinal de Retz à Richer, qui traita tellement avec lui, que ce père s’en retourna fort content et presque entièrement changé, reconnaissant qu’il avait tort, d’avoir autrefois parlé de son livre, même dans ses prédications, à la manière de plusieurs autres, qui ne connaissaient ni l’auteur, ni le livre, et qui croyaient mal à propos que c’était par mépris et par opiniâtreté qu’il refusait l’explication qu’on lui demandait, au lieu qu’il ne faisait ce refus, que pour obéir au roi et à la reine.
Guérin alla le jour des Innocents rendre compte au cardinal de ce qui s’était passé entre Richer et lui. Le cardinal souhaita de voir Richer, et de l’entretenir en particulier. Richer ravi d’avoir cette occasion d’aller faire connaître lui-même la sincérité de ses intentions au cardinal son évêque, aima mieux que ce fût avec le pénitencier Hébert, son collègue, qu’avec Guérin qui s’offrait de l’y accompagner. Mais il donna à celui-ci un écrit pour être communiqué auparavant au cardinal, et aux trois principaux docteurs qu’il avait nommés pour être consultés sur cette affaire. Par cet écrit, Richer s’offrait de faire enfin ce que Duval souhaitait de lui depuis tant de temps, c’est-à-dire d’expliquer celles des propositions de son livre qu’on voudrait choisir, puisqu’on l’assurait que le roi et la reine l’avaient pour agréable.
On demande à Richer une déclaration sur son livre, au lieu d’une explication de sa doctrine.
Ce fut alors que Duval fit paraître sa bizarrerie, et la mauvaise foi avec laquelle il mande tendait des pièges à Richer, sous les apparences d’une fausse réconciliation : car après avoir été plus de trois ans à le persécuter par toute sorte d’artifices, pour le porter à faire une explication de quelques propositions de son livre ; après avoir tâché de lui faire refuser l’absolution même, pour la difficulté qu’il faisait de donner cette explication, par la seule crainte de contrevenir aux ordres de la reine ; il s’avisa de dire, qu’à la vérité il ne fallait pas que Richer expliquât entièrement son livre, mais d’un autre côté, que si on faisait choix de quelques-unes de ses propositions pour être expliquées, il était à craindre que les autres ne fussent tenues pour vraies et indubitables.
1620.
Le premier jour de l’an 1620, le cardinal de Retz manda Duval, Gamaches et Hébert, pour résoudre ce que l’on ferait dans l’affaire de Richer. Duval, auteur de toute l’intrigue, remontra qu’il fallait empêcher Richer absolument d’expliquer aucune proposition de son livre, et qu’il suffirait de lui demander une déclaration. Il la dressa lui-même, comme il voulut, la fit approuver du cardinal, de son grand-vicaire et des deux autres docteurs, et il en présenta le formulaire à Richer, qu’on avait fait venir chez de Gamaches le vendredi suivant, troisième jour du mois. Voici les termes dont cette déclaration était conçue :
Ayant reconnu que ses supérieurs ecclésiastiques ont mal reçu quelques propositions contenues dans son livre De la puissance ecclésiastique et politique, il déclare qu’il a toujours entendu, et entend se soumettre en tout à la doctrine de l’Église catholique, apostolique et romaine et au Saint-Siège apostolique, et qu’étant très marri, comme il l’est, d’avoir écrit aucunes propositions qui aient pu être interprétées contre son intention, il les désavoue et s’en départ ; et qu’il est prié d’en faire telle déclaration, qu’il sera jugé à propos par ses supérieurs monseigneur le cardinal de Retz son évêque, etc.
Richer ayant lu cette formule de déclaration, demanda qu’on remît l’affaire au lendemain, afin d’y songer et de prier Dieu qu’il lui inspirât ce qu’il aurait à faire : car il remarquait dans cette déclaration trois choses captieuses, qui détruisaient la vérité catholique des propositions de son livre :
- Le Saint-Siège y était pris séparément d’avec l’Église catholique, apostolique et romaine ; ce qui marquait qu’on le supposait infaillible, séparément d’avec l’Église catholique ;ce qui était contraire au concile de Constance et à la doctrine de la faculté de Paris.
- On ne citait point les propositions qu’on disait avoir été prises en mauvais sens, ou en mauvaise part contre son intention, et qui devaient être désavouées ou expliquées en un bon sens.
- On voulait qu’il se conformât à la volonté de ses supérieurs ecclésiastiques, c’est-à-dire au pape et au cardinal de Retz, qui l’avaient condamné sans l’entendre, et qui ne pouvaient souffrir que l’on parlât du gouvernement aristocratique dans l’Église, de la supériorité du concile sur le pape, ni de l’indépendance de la couronne des rois.
De sorte que considérant que cette déclaration serait bien moins la sienne, que celle de Duval son adversaire perpétuel, et sa partie principale dans cette affaire, il en dressa une autre le 4 janvier, en ces termes :
Je, Edmond Richer, prêtre du diocèse de Langres, docteur de la sacrée faculté de théologie de Paris, et grand-maître du collège du Cardinal-Lemoine, soussigné, déclare présentement, ainsi que j’ai toujours fait par le passé, que je n’ai jamais eu d’autre dessein, volonté, ni intention, écrivant le livre De la puissance ecclésiastique et politique en 1611, que de montrer sommairement, quels étaient les principes et maximes de l’ancienne doctrine de l’école de Paris. Mais parce que m’étant étudié à la brièveté, je me suis rendu obscur, et que cette brièveté a donné sujet à plusieurs personnes de détourner en mauvaise part quelques propositions de mon livre, comme si j’eusse eu la volonté de diminuer et rabaisser la juste et légitime puissance du Saint-Père et des autres prélats de l’Église ; ce qui a donné lieu à messieurs les prélats mes supérieurs, de se plaindre publiquement de moi et de mon livre ; c’est pour cela que je déclare présentement, comme j’ai fait souvent ailleurs, que je suis prêt et disposé à rendre raison de toutes les propositions contenues dans ce livre, et à les expliquer dans un bon sens et catholique, toutes les fois qu’il plaira à notre Saint-Père le pape, ou à monseigneur le cardinal de Retz, mon évêque, de me le commander. De plus, je proteste, comme très humble enfant de l’Église catholique, apostolique et romaine, que librement et de mon plein gré, je me soumets avec tout ce qui est contenu au livre De la puissance ecclésiastique et politique, et même tout ce que j’ai écrit jamais, ou que je pourrai écrire dans la suite, au jugement du Saint-Siège et de l’Église catholique, apostolique et romaine, notre bonne et très sainte mère, comme je l’ai souvent déclaré ailleurs. En foi et témoignage de quoi, j’ai écrit et signé la présente déclaration, que je veux et entends être mise en lumière, etc.
Richer alla porter cette déclaration à Duval, pour la lui faire examiner et la communiquer ensuite au cardinal de Retz, et aux docteurs Gamaches et Hébert, nommés pour connaître de cette affaire. Il lui fit entendre en même temps, que lorsqu’elle aurait été approuvée et reçue, il prétendait en faire deux exemplaires signés de sa main, qui seraient pareillement contresignés par Duval, de Gamaches et le pénitencier, et en retenir un entre ses mains pour empêcher qu’on ne l’altérât par quelques variations, et qu’on ne lui fît dire des choses auxquelles il n’aurait jamais pensé.
XIV. Raisons pour lesquelles les ennemis de Richer ne veulent point recevoir sa déclaration.
Duval rapporta la déclaration à Richer le 9 janvier, et lui dit, qu’il l’avait fait voir, non seulement au cardinal de Retz, à de Gamaches et au pénitencier, mais encore au cardinal de La Rochefoucauld, au nonce du pape, et au docteur Isambert, professeur en théologie. Il lui allégua sept raisons, pour lesquelles ils refusaient de la signer.
- Ils ne pouvaient souffrir qu’on fît mention des principes et des maximes anciennes de l’école de Paris, pour l’explication desquelles Richer prétendait avoir fait son livre.
- Ils désapprouvaient ces termes de sa déclaration :
M’étant étudié à la brièveté, je me suis rendu obscur ; et cette brièveté a donné sujet à plusieurs personnes, de détourner en mauvaise part quelques propositions de mon livre ; et aux prélats de se plaindre publiquement de moi, etc.
Car cette clause semblait marquer que les prélats qui avaient censuré le livre, ne l’avaient pas entendu à cause de la brièveté. - Ils désapprouvaient cette parenthèse :
ce qui a donné lieu à messieurs les prélats de se plaindre publiquement de moi et de mon livre
; parce que Richer ne faisait aucune mention de la censure contre son livre. - Ils rejetaient ces termes :
Je déclare présentement, comme j’ai fait souvent ailleurs, que je suis prêt et disposé à rendre raison de toutes les propositions contenues dans mon livre, et à les expliquer en un bon sens et catholique
; parce qu’Isambert assurait, que delà on inférerait que les prélats qui avaient censuré le livre de Richer, n’auraient pas entendu les propositions de ce livre en un bon sens et catholique. - Ils blâmaient Richer de ce qu’il avait mis le Saint-Siège devant l’Église catholique, apostolique et romaine, contre la coutume ordinaire ; ce qu’il semblait faire à dessein pour décliner le jugement du Saint-Siège et se soumettre au jugement de toute l’Église.
- Ils trouvaient aussi à redire à ces termes :
Comme je l’ai souvent déclaré ailleurs, etc.
, prétendant que dans toutes les déclarations que Richer avait faites jusque-là, il s’était seulement soumis à l’Église catholique, apostolique et romaine, sans nommer le Saint-Siège, et sans s’y soumettre séparément. - Enfin, ils remarquaient que dans toute cette déclaration, Richer ne désavouait aucune des propositions de son livre.
Richer voulut répondre exactement à toutes ces objections, quoiqu’il fût très persuadé qu’elles avaient été formées par Duval et Isambert, sous le nom des deux cardinaux et des autres docteurs ; et que le professeur de Gamaches et le pénitencier Hébert, qui avaient été commis pour examiner cette affaire, n’y avaient pas de part. Il dit à Duval :
- Qu’il faisait mention des principes de l’ancienne doctrine de l’école de Paris, afin que tout le monde connût qu’elle avait été son intention, en écrivant le livre De la puissance ecclésiastique et politique ; parce que plusieurs, pour tâcher de le rendre odieux, avaient voulu faire croire, qu’il l’avait composé à la persuasion des hérétiques ; outre que le cardinal du Perron avait osé soutenir au conseil privé du roi, qu’il avait eu dessein par cet ouvrage, de troubler l’état du mariage de la reine, et des enfants de Henri le Grand.
- Que le livre était écrit d’une manière courte et succincte, comme on ferait des thèses, qui ont ensuite besoin d’explication plus ample ; et que l’obscurité, s’il y en avait, ne pouvait venir que de cette brièveté ; — que les prélats qui avaient condamné cet écrit ne l’avaient pas censuré absolument, mais en termes conditionnels, par la clause, ut sonant, selon laquelle ils faisaient juger, que les propositions qu’ils condamnaient, avaient besoin d’explications ; — que pour leur donner un bon sens et catholique, il aurait suffi d’entendre l’auteur même, qui avait souvent demandé d’être ouï sur ce sujet et qui le souhaitait encore tous les jours.
- Qu’il n’avait pas jugé nécessaire de faire mention de la censure des prélats ; parce qu’ayant été faite contre tout droit divin et humain, Richer en avait appelé comme d’abus.
- Que ce qu’il venait de répondre à la seconde objection, pouvait aussi servir de réponse à la quatrième ; — que d’ailleurs il était surpris de la mauvaise chicanerie d’Isambert, puisque tout homme raisonnable devait trouver bon que Richer fût prêt et disposé à expliquer toutes les propositions de son livre en un bon sens et catholique.
- Que l’ordre qu’il avait observé entre le Saint-Siège et l’Église catholique, était conforme aux anciens canons des conciles généraux, qui supposent une espèce de subordination de tribunaux dans l’Église, où l’on en compte quatre communément : le siège épiscopal ; le synode provincial, selon le Ve canon du concile de Nicée ; le siège patriarcal ; et le concile général, selon les XVIIe et XXVIe canons du huitième concile œcuménique ; — que l’on pouvait appeler du siège épiscopal au synode provincial, et du siège patriarcal au concile général ; de sorte que le dernier et infaillible ressort de l’Église, résidait dans la seule Église catholique, étant prise conjointement ; — que le pape, comme le premier des patriarches, y était nécessairement compris, à moins qu’il n’en fût exclus par quelque cause juste et canonique ; et que par conséquent le pape pris séparément d’avec l’Église catholique, ne pouvait rien décerner au préjudice des décrets du concile de Constance : que s’il ordonnait quelque chose de contraire, cela devait être attribué à la cour de Rome, et non à l’Église romaine.
- Que dans toutes les remontrances et les actes qu’il avait publiés dans la faculté de théologie, il avait toujours soumis et sa personne et son livre au jugement de l’Église catholique, apostolique et romaine, et qu’il avait compris et entendu le siège apostolique sous le nom de l’Église romaine.
- Qu’il était très éloigné de désavouer aucune proposition de son livre ; — qu’un désaveu devait supposer quelque erreur : qu’il avait souvent demandé qu’on lui citât quelques propositions erronées dans son écrit, avec protestation que s’il ne les pouvait expliquer en un bon sens et catholique, il en ferait solennellement satisfaction au public et effacerait non seulement de la plume et de la bouche, mais encore de ses larmes, tout ce qu’il avait écrit.
Duval, pour toute réplique, fit deux nouvelles objections à Richer : l’une, qu’il avait écrit que les élections étaient de droit divin et naturel, et qu’elles ne pouvaient être abrogées par aucune prescription ; l’autre, qu’il avait tellement élevé la puissance politique, qu’il semblait insinuer que l’Église ne subsistait que dans l’état politique et séculier.
Richer lui répondit en souriant, que si par son crédit il voulait lui obtenir de la cour et des ministres, qui étaient tous ses amis, une permission pour expliquer ces deux propositions, et toutes les autres qu’il voudrait choisir dans son livre, il les abjurerait volontiers, en cas qu’il ne pût leur donner un bon sens et catholique.
Duval ne voulut point s’en charger : mais croyant épouvanter Richer, il lui dit que sa mémoire serait abominable à toute la postérité, et qu’il serait mis au nombre des hérétiques après sa mort ; qu’un docteur64 avait déjà composé pour cela deux gros volumes, tout prêts de subir la presse ; que les prêtres de l’oratoire, à la tête de leurs constitutions65, avaient écrit que le seul Richer s’était opposé à l’établissement de leur congrégation.
Richer se moqua de ces menaces frivoles, disant que l’on ne pourrait rien imaginer de plus calomnieux et de plus diffamant que ce que Duval avait écrit contre lui, mais que le mépris du public le vengerait suffisamment des uns et des autres. Il ajouta qu’il se souciait très peu d’être noté par la cour de Rome ; mettant une très grande différence entre elle et l’Église catholique, qui est l’épouse de Jésus-Christ au lieu que celle-là n’est que que le fruit d’une invention humaine, qui avait établi dans l’Église une monarchie temporelle pour faire mourir comme hérétiques ceux qui s’opposeraient aux abus qu’elle voudrait autoriser ; — que les mathématiciens n’avaient pas plus d’évidence de leurs démonstrations qu’il en avait de son écrit ; et que s’il avait relâché quelque chose dans le projet de sa déclaration, c’était pour le bien de la paix, et pour faciliter la réunion des esprits ; — qu’au reste le nonce du pape, les cardinaux de La Rochefoucauld et de Retz, et Duval lui-même, qui prétendaient exiger de lui une autre déclaration pour être envoyée à Rome, devaient se souvenir que qui veut tout avoir, n’a rien ; — que jusqu’alors on avait ôté à Richer tous les moyens d’une juste défense, quoique par la loi de Dieu et de la nature, on ne pût refuser cette justice à personne ; mais qu’après avoir employé toute la retenue et la modération possibles pour se défendre canoniquement, au lieu d’une déclaration qu’on voulait tirer de lui par violence, il userait des remèdes que les lois du royaume fournissent, selon le droit divin et humain, à ceux qu’on veut opprimer injustement.
XV. Richer va trouver du Vair, garde des sceaux.
Après que Duval se fut retiré, Richer, considérant qu’il se vantait partout d’avoir le cabinet du roi pour lui, à cause des deux cardinaux qui semblaient dominer dans le conseil, alla le 10 janvier voir le garde des sceaux du Vair, pour lui rendre compte de ce qui se tramait contre lui. Le souvenir de l’accueil favorable qu’il lui avait fait en 1616, lorsqu’on lui donna les sceaux pour la première fois, et des offres de bienveillance et de protection dont il l’avait prévenu, sans attendre qu’on l’en priât, lui avait fait espérer d’en être bien reçu : mais il trouva qu’il s’était fait un grand changement dans du Vair, qui eut assez de peine à l’entendre. Il n’en reçut pas d’autre réponse, sinon qu’il fallait signer et approuver tout ce que le nonce et les cardinaux désiraient de lui, pour assoupir la division qui troublait l’école de Sorbonne.
— Mais, Monseigneur, répartit Richer, il s’agit de retenir ou de condamner les maximes de l’ancienne doctrine de Sorbonne et l’indépendance de la couronne du roi.
— Il n’importe, reprit le garde des sceaux ; vous ne devez pas être plus sage que le temps. Si la Sorbonne d’aujourd’hui pense autrement que l’ancienne Sorbonne, et si vos collègues sont de l’avis du nonce et des cardinaux, vous devez leur donner les mains.
Richer, qui n’attendait rien qui dût approcher d’une telle réponse d’un homme qui avait la réputation de du Vair, s’en alla tour surpris raconter cette aventure à quelques conseillers d’État, qui lui répondirent qu’il ne s’en étonnerait plus dès qu’il saurait que du Vair, ne voulant pas se contenter d’être simple évêque de Lisieux, aspirait encore au cardinalat ; et que d’ailleurs il était payé pour agir et parler comme il faisait, parce qu’il recevait du clergé une pension de 12,000 livres par an.
Dimanche 12 janvier.
Deux jours après, Richer informa le chancelier Brulart de tout ce qui s’était passé à son égard, et lui fit la lecture des deux déclarations qu’il avait données à Duval et au cardinal de Retz. Le chancelier fit connaître à Richer qu’il était d’un sentiment bien contraire à celui du garde des sceaux, et le loua de s’être toujours contenu dans les bornes de la modération. Il lui promit même de voir incessamment le cardinal de Retz, et de lui parler favorablement de toute cet te affaire.
Duval revint chez Richer le 15 du mois, pour savoir s’il avait réformé sa déclaration au gré du nonce et des deux cardinaux ; mais il n’en reçut qu’une nouvelle réprimande. Richer, après lui avoir fait sentir l’indignité de toutes ses démarches, lui présenta une nouvelle déclaration où il marquait toutes les raisons qu’il avait de ne vouloir plus traiter à l’avenir cette affaire avec lui, et de le récuser, pour en juger avec Hébert et de Gamaches.
Duval ayant refusé de prendre la copie de cette déclaration que Richer voulait rendre publique, alla sur le champ trouver le nonce et les cardinaux, pour leur faire savoir qu’il n’avait pu rien gagner sur cet esprit, et qu’il s’était obstiné à ne rien changer dans sa première déclaration. Le cardinal de La Rochefoucauld, qui n’était guère accoutumé à retenir l’impétuosité naturelle de son humeur, ayant entendu Duval, dit d’un ton de colère :
— Puisque Richer refuse d’obéir, il faut le coudre dans un sac et le jeter dans la rivière.
— Plût à Dieu, ajouta le cardinal, qu’il m’eût coûté deux-cents écus d’or, et qu’il se fût fait hérétique !
Manière de vœux qu’il n’avait pas apprise dans l’école de Jésus-Christ. Il était le premier qui eût tenu l’abbaye de Sainte-Geneviève en commende, et le père Guérin, qui était retourné à son premier génie, prêchant le carême à Saint-Étienne-du-Mont, ne trouva point de moyen plus sûr pour attirer sa bienveillance, que de remplir ses sermons d’invectives contre l’auteur du livre De la puissance ecclésiastique et politique.
Sur le bruit qui courut que le pape ne voulait pas donner de réponse touchant la première déclaration de Richer que le nonce avait envoyée à Rome ; de Gamaches et le pénitencier, qui cherchaient à lui concilier les esprits et les moyens de pacifier les troubles, eurent avec lui une conférence, dont le résultat fut que Richer dresserait un nouveau formulaire de déclaration, et qu’il s’étendrait davantage sur les termes de la soumission au Saint-Siège, sans rien relâcher néanmoins de ce qu’il devait à la vérité, et sans donner atteinte aux maximes qu’il avait établies dans son livre.
Richer suivit leur conseil ; il ne retrancha rien de la première déclaration, et il n’y ajouta autre chose, sinon, qu’il improuvait et détestait le mauvais sens que quelques personnes avaient donné à ses propositions, contre son intention ; comme aussi toute autre interprétation contraire au jugement de l’Église catholique, apostolique et romaine. Sa déclaration fut communiquée en cette forme au nonce et aux cardinaux de La Rochefoucauld et de Retz, qui jugèrent à propos de l’envoyer à Rome.
Cependant Duval, très persuadé qu’elle ne serait pas plus agréable au Saint-Père que la première, trouva moyen d’intimider par de nouvelles terreurs, le curé66, le vicaire67 et le principal68 du collège du Cardinal-Lemoine, sur ce que Richer était chez eux admis à la participation des sacrements de l’Église.
Le curé et le vicaire, qu’il avait absolument gagnés par le moyen de Froger, curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, firent un crime au principal, de ce qu’il entendait le grand-maître du collège en confession, sans avoir scrupule de lui donner l’absolution ; et il se répandit un bruit dans la ville, que quand Richer viendrait à mourir, il serait privé de la sépulture en terre sainte. C’est ainsi que ceux qui abusent du ministère ecclésiastique, auquel l’intérêt ou l’ambition les ont fait aspirer pour l’ordinaire, font servir la religion et les sacrements à leurs passions, et savent profiter de la pente que les peuples ont au scrupule, tantôt pour établir leur domination, tantôt pour exercer leur vengeance, et quelquefois pour satisfaire leur avarice.
L’esprit de Richer n’était pas de caractère à s’épouvanter de pareilles forfanteries. Aussi parfaitement instruit qu’il était du véritable esprit de la religion de Jésus-Christ, il mettait en lui toute sa confiance. Néanmoins, rassemblant toutes les idées qu’il s’était formées de la malignité de ses ennemis, de la misère générale des temps présents, du triste état des affaires publiques sous l’administration du duc de Luynes, et de l’assoupissement de tous les magistrats qui ne veillaient plus qu’à leurs intérêts particuliers, il se disposa à souffrir toutes ses persécutions chrétiennement, et il prit résolution dorénavant de se passer de tous secours humains contre la mauvaise volonté des hommes. Il se renferma plus étroitement qu’auparavant dans le cabinet, où il s’occupa, tant pour la propre justification, que pour l’instruction de la postérité, à dresser des mémoires fidèles pour servir à l’histoire de tout ce qui s’était passé à son sujet depuis le commencement de son syndicat.
Fin du troisième livre.
Notes
- [55]
Pervard
- [56]
Jacques Julien, Jérôme Parent, Urbain Garnier.
- [57]
[Hibernois dans le texte.]
- [58]
Bellarmin, Lib. I, Conc. a II.
- [59]
Ego cogito cogitationes pacis, etc.
- [60]
Ignace Armand, Charles de La Tour, à la place du père Cotton, Jacques Sirmond et Fronton du Duc.
- [61]
Les gens de bien ont parlé de même des 4 propositions du clergé de l’an 1682, à cause que l’on était lors brouillé avec le pape.
- [62]
Num. 8.
- [63]
Antoine Froument.
- [64]
Michel Mauclerc.
- [65]
Ils n’ont pas de constitution écrite.
- [66]
Antoine de Froument.
- [67]
Louis Roche.
- [68]
Germain Plugette.
- [69]
Le 9 et le 14 mars.