Jacques Berriat-Saint-Prix

Jeanne d’Arc, ou Coup-d’œil sur les révolutions de France au temps de Charles VI et de Charles VII, et surtout de la Pucelle d’Orléans (1817)

Brève histoire de la Pucelle accompagnée de deux cartes (siège d’Orléans, théâtre de la guerre) et d’un itinéraire exact de Jeanne au jour le jour.
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    Auteur
    Date de publication
    1817
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    Présentation

    Jeanne d’Arc, ou Coup-d’œil sur les révolutions de France au temps de Charles VI et de Charles VII, et surtout de la Pucelle d’Orléans paraît en 1817 sous la plume de l’historien et professeur de droit Jacques Berriat-Saint-Prix. La vie de l’héroïne n’y occupe, à proprement parler, qu’un quart de l’ouvrage (p. 1-96 sur 368). L’auteur interrompt son récit avec la prise de Jeanne à Compiègne et ne donne qu’un aperçu succinct du procès, qui ne l’intéresse manifestement guère, relégué en note (n. 378). Ces notes occupent près de la moitié du volume (p. 97-245) et offrent l’occasion à l’auteur de développer remarques et commentaires personnels. Le reste se compose de la description de deux cartes (le siège d’Orléans et le théâtre de la guerre, avec la première tentative de reconstituer l’itinéraire au jour le jour de l’héroïne) ainsi que de trois pièces justificatives, dont la première — la plus longue — n’entretient qu’un rapport ténu avec le sujet : il s’agit de la description d’un manuscrit du poète italien Antoine Astezan, contemporain au service du duc Charles d’Orléans.

    Un manifeste rationaliste

    Berriat-Saint-Prix aborde de front la question du surnaturel dans l’histoire de Jeanne d’Arc pour le réfuter catégoriquement. Se plaçant dans le sillage de Hume et du marquis de Luchet, il rejette tout merveilleux, qu’il impute à la superstition du temps, une maladie universelle, nourrie par l’ignorance (p. 60). Il écarte les témoignages contemporains en montrant comment ces auteurs parsèment leurs récits de faits invraisemblables (n. 254).

    Il n’en demeure pas moins nécessaire d’expliquer ce phénomène inédit et prodigieux, dont il résume ainsi la question :

    Elle promet plusieurs prodiges (faire lever le siège d’Orléans, mener Charles VII à Reims pour s’y faire sacrer et libérer le royaume des Anglais). Rien d’étonnant jusqu’ici : une foule d’imposteurs, et dans son siècle et dans tous les siècles, n’ont pas été moins fertiles en promesses ; mais elle les accomplit ou en procure l’accomplissement, et voilà le véritable prodige.

    L’auteur consacre plusieurs pages (p. 56-61) à examiner et réfuter les trois systèmes explicatifs du prodige avancés par les contemporains des faits et leurs successeurs : premièrement, elle était sorcière (opinion des Anglais) ; deuxièmement, elle était envoyée de Dieu (opinion du parti français) ; troisièmement, tout ceci n’est qu’un artifice politique (opinion de nombreux modernes).

    S’il ne juge pas nécessaire de s’étendre sur les deux premières hypothèses — relevant selon lui de la superstition nourrie par l’ignorance, — il argumente longuement contre la troisième, défendue par nombre de ses contemporains, notamment Luchet, avec lequel il ne diverge que sur ce point. L’idée d’un complot des grands recrutant une jeune bergère ne lui paraît pas tenable : elle est injurieuse pour Jeanne, qui se serait prêtée au jeu, et trop honorable pour ces grands, qui ne brillaient guère par leur hauteur de vue. Cette thèse ne résiste pas non plus aux faits, notamment chronologiques et matériels. Par exemple, Jeanne se présente pour la première fois à Baudricourt avant le début du siège, rendant impossible son recrutement spécifique pour le faire lever. Berriat relève plusieurs de ces contradictions au gré des notes.

    Après avoir réfuté tous ces systèmes, Berriat propose une explication naturelle. Concernant les voix, il y voit l’expression d’un patriotisme exalté par une imagination ardente, vu la crédulité superstitieuse de sa contrée. Restent toutefois à expliquer son talent militaire et son éloquence. Le premier se résume selon lui à l’aisance à manier une lance et un cheval, qu’il explique par une acquisition rapide.

    Elle avait également pu se perfectionner dans l’un et l’autre talent, soit pendant son voyage de Lorraine à Chinon (argument repris par Mark Twain en 1890), où était le roi, soit pendant un séjour de deux mois qu’elle fit dans cette ville et dans les environs, avant d’agir.

    Quant à l’éloquence, il y reconnaît chez Jeanne une nature enthousiaste propre à convaincre des hommes ignorants ou rustiques.

    Faut-il compter parmi ces ignares rustiques les juristes et théologiens restés fidèles à Charles VII, tels Jean Gerson ou Regnault de Chartres, qui présidait l’assemblée l’ayant examinée à Poitiers ? Berriat élude en outre tout ce qui a trait aux facultés extraordinaires mises en jeu par les visions de Jeanne, pour reprendre les mots de Quicherat trente ans plus tard (Aperçus nouveaux, p. 61). Aussi balaie-t-il le secret que Jeanne aurait révélé à Charles VII pour le convaincre de sa mission, au prétexte que le désaccord entre les sources les annule, et ne dit mot sur ses prophéties.

    Ainsi, Berriat-Saint-Prix s’inscrit dans la lignée rationaliste des encyclopédistes. Son ouvrage fut toutefois éclipsé par la Jeanne d’Arc de Le Brun de Charmettes, qui parut quelques semaines plus tard. Plus ample et plus complète (quatre volumes, 1800 pages), celle-ci devint l’ouvrage de référence jusqu’aux travaux de Quicherat et Michelet à partir de 1841.

    Images (3)

    [1817]

    Carte visuelle du siège d’Orléans

    [1817]

    Carte du théâtre de la guerre au temps de Jeanne d’Arc

    [1817]

    Portrait de Jeanne d’Arc

    Édition

    • Paris, Pillet. (In-8 de 368 p. Prix : 6 fr.)

      Jeanne d’Arc ou Coup-d’œil sur les Révolutions de France au temps de Charles VI et de Charles VII, et sur-tout de la Pucelle d’Orléans. Par M. Berriat-Saint-Prix. Avec un itinéraire exact des expéditions de Jeanne d’Arc, son portrait, deux cartes, l’une du siège d’Orléans, et l’autre du théâtre de la guerre au temps de Charles VII, plusieurs pièces justificatives inédites, et des tables chronologiques et alphabétiques. — À Paris, chez Pillet, imprimeur-libraire, éditeur de la collection des Mœurs françaises, rue Christine, n° 5. 1817 [Première page] Cet ouvrage se trouve aussi à Paris : chez Nève, libraire au Palais de Justice, et à Londres : chez Bossange et Masson, Dulau, Berthoud et Wheatley. De l’imprimerie de Pillet.

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