J. Berriat-Saint-Prix  : Jeanne d’Arc (1817)

Histoire de Jeanne d'Arc

1Jeanne d’Arc
ou coup-d’œil sur les révolutions de France au temps de Charles VI et de Charles VII, et surtout de la Pucelle d’Orléans1

Vers la fin du 14e siècle, le successeur des deux premiers Valois2 avait fait disparaître les maux accumulés sur la France par leur imprudence ou leur opiniâtreté, et rendu ce royaume plus florissant que jamais.

Au dehors, on comptait plusieurs clients ou alliés, et l’on n’avait presque point d’ennemis. Naguère maîtres de la moitié de notre territoire, les Anglais se voyaient non seulement confinés3 dans les ports de Bordeaux, Bayonne et Calais, mais réduits à veiller à la 2défense de leurs propres États, que nos flottes4 menaçaient à chaque instant. Le prince Noir n’était plus5 ; un enfant6 occupait le trône d’Édouard III ; les rênes du gouvernement flottaient entre les mains d’autres princes divisés7, et plus occupés de leurs intérêts que du bien de leur pays… Tout nous rassurait contre des invasions d’outre-mer.

Au midi, la maison de Castille nous devait sa couronne ; et quoique la reconnaissance ne soit pas la vertu des gouvernements, cette espèce de pudeur qui arrête quelque temps les démarches trop souvent immorales de la politique, nous promettait que les héritiers de Henri Transtamare n’oublieraient point de sitôt les services de Duguesclin.

L’Italie, à l’Orient, n’était pas en état de faire même une menace. Le grand schisme de la papauté amortissait les foudres spirituelles ; Gênes voulait se donner à nous8 ; la reine de Naples nous demandait un successeur ; le duc de Milan craignait d’en manquer ; les progrès des Turcs et le soin de son commerce absorbaient l’attention de Venise9 ; la Savoie était trop faible pour penser à une agression : occupée à repousser celles de l’Autriche et à étendre sa confédération, la Suisse nous servait 3de boulevard contre l’Allemagne ; la Bourgogne appartenait à l’un de nos princes du sang à qui plusieurs provinces des Pays-Bas étaient déjà dévolues ; le souverain de la Lorraine cherchait un gendre et un héritier dans la maison d’un autre ; toutes les forces de l’Écosse étaient à notre disposition : enfin, si, par une aberration passagère, notre monarque avait voulu réunir la Bretagne10 à son empire, le duc, satisfait de recouvrer ses États, devait offrir au roi les moyens de réparer sa faute sans déshonneur11.

Dans l’intérieur, plus de séditieux ni de rebelles ; une armée nombreuse et bien disciplinée, des généraux habiles, une noblesse pleine de valeur, une marine déjà égale à celle de Castille, supérieure à celle d’Angleterre12 ; des revenus considérables, quoique les taxes fussent modérées ; des finances bien administrées, un trésor immense ; des magistrats et des fonctionnaires de tout genre formés par l’expérience à une bonne gestion de leurs emplois ; l’agriculture ranimée par l’expulsion des bandes d’aventuriers qui l’opprimaient jadis ; le commerce et l’industrie encouragés ; les sciences, les arts et les études tirés du long sommeil des siècles féodaux ; les citoyens, enfin, tous réunis13, et ne formant, pour 4ainsi dire, qu’un faisceau autour d’un gouvernement dont ils appréciaient d’autant mieux les bienfaits et les services, qu’ils en jouissaient après vingt années de troubles ou de dévastations… Voilà ce qu’était la France vers 1380.

Cet état si prospère pouvait le devenir davantage ; Charles V, à qui on le devait, était jeune encore… Hélas ! la félicité de plusieurs millions d’hommes est souvent attachée à l’existence d’un seul. Le roi meurt 14 ; l’administration est transmise à un régent 15 ; et presqu’aussitôt un déluge de maux vient inonder la France pendant plus longtemps que celui que Charles avait eu l’art de tarir.

Les dernières épreuves qu’on en a fait ont inspiré contre les régences une prévention qui s’est étendue jusqu’à nos jours : elle eût été plus fondée et surtout plus utile au siècle de Charles. Aujourd’hui, un régent n’est que le premier sujet du monarque ; alors, c’était quelquefois un souverain : aujourd’hui, il peut être tenté de grossir sa fortune aux dépens des revenus de son prince ; alors, il devait être induit à augmenter sa domination, à l’aide et des capitaux et des forces de l’État. Charles V avait craint le premier inconvénient ; il ne fut pas assez frappé du second, 5ou peut-être son cœur généreux lui en avait-il atténué le danger : qui sait, d’ailleurs, si les lois et l’opinion eussent admis ou toléré les mesures propres à le prévenir ? Quoi qu’il en soit, Charles n’usa que de précautions timides, et par conséquent inefficaces16.

Le premier soin du régent, le duc d’Anjou, son frère puîné, fut de s’emparer des trésors17 de la monarchie. C’est sur ces trésors qu’on en avait surtout fondé la prospérité, et avec d’autant plus de raison que les finances des pays voisins étaient entièrement délabrées. Mais avait-on pu compter qu’un tel motif les ferait respecter d’un homme dans le cœur duquel un orgueil inouï semblait n’admettre que la cupidité propre à le satisfaire ? La qualité de premier prince du sang, la dignité éminente de régent, offraient de trop légers aliments à sa vanité : il lui fallait une couronne18 ; et l’espérance de conquérir Naples légitima à ses yeux son attentat, le pillage19 des peuples dont il le fit suivre, faute de moyens pour combler le déficit qu’il avait produit : enfin, l’établissement de nouveaux impôts pour suppléer à la ressource insuffisante des exactions20 ; impôts qui causèrent des révoltes et forcèrent le gouvernement à des mesures de rigueur, par lesquelles il commença à s’aliéner 6le respect et l’affection des citoyens.

Le régent n’avait pas achevé les préparatifs de l’expédition où, en juste punition de ses fautes, il perdit bientôt la vie,21 qu’un de ses frères, Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne, entraîna, pour son propre intérêt22, le jeune fils de Charles V à une autre guerre. La Flandre, qui devait échoir un jour à son épouse, ne donnait qu’une puissance précaire, parce que les Flamands, enrichis par le commerce, luttaient sans cesse contre leurs souverains : on fit marcher le roi avec une armée formidable pour les réduire. La victoire de Rosbecq23 (11 nov. 1382), en leur portant un coup dont ils ne se relevèrent plus, affermit l’autorité des comtes, et, par la suite, celle de la maison de Bourgogne. Ainsi, les revenus de la monarchie et le sang de nos aïeux servirent à cimenter un Empire qui, vingt ou trente ans après, faillit à renverser le nôtre. Ce n’est pas que Philippe manquât de vertus ou d’attachement pour la France ; mais l’ambition étouffait en lui tous les bons sentiments : il ne se permettait guère d’être honnête homme qu’autant qu’il gouvernait l’État, et que par là il pouvait faire le bien de sa famille24.

Quoique le second frère de Charles V, Jean, duc de Berry, ne cherchât point de 7couronne,25 il n’en contribua pas moins aux malheurs publics. Sa vie fut une continuité de dissipations si extravagantes, qu’il ne resta absolument rien26 des rapines de toute espèce qu’il commit pendant trente-six années, et sur presque tout le royaume, pour assouvir sa prodigalité, si ce n’est quelques palais ou églises, et beaucoup de reliques27. À cette passion, il joignait une basse et pernicieuse jalousie. Des préparatifs avaient été faits pour une expédition contre l’Angleterre, qui, selon toute apparence, eût prévenu pour longtemps une guerre entre les deux pays28. On était sur le point de mettre à la voile ; on n’attendait plus que lui, et, devenu premier prince du sang, on était forcé de l’attendre : il fit manquer l’entreprise, de crainte que Charles VI n’en eût seul tout l’honneur29 (1386).

Avoir peint ces princes, c’est avoir donné une idée de ce que fut et de ce qu’éprouva la France pendant les huit premières années du règne de Charles VI, époque de leur administration, et de ce qu’elle dut éprouver dans la suite et jusqu’à leur mort, lorsque la démence de ce monarque leur permit de ressaisir le pouvoir, ou de combattre ou intriguer pour l’obtenir.

Cependant, qui l’eût cru ? nos aïeux auraient 8été cent fois moins à plaindre si Philippe et Jean eussent vécu autant que Charles30, et si celui-ci eût été toujours en démence31 et sous leur tutelle.

Et d’abord, l’administration qu’exerça Charles directement pendant quatre années32, depuis qu’il les eut éloignés, ne fit que livrer l’État à de nouveaux déprédateurs, les ministres et les courtisans, plus hardis33 que les deux princes, parce qu’il leur fallait acquérir là où ceux-ci n’avaient besoin que d’accumuler ; et que Charles, bouillant, emporté, sans caractère, sans application, plein de caprices et de fantaisies, se livrait entièrement à leurs conseils34, pourvu qu’ils le débarrassassent du fardeau du gouvernement, qu’ils fournissent des aliments à son esprit inquiet35, avide de plaisirs36, de distractions et de projets chimériques. L’un d’eux, du reste recommandable par ses exploits,37 Olivier de Clisson, successeur de Duguesclin, poussa l’abus de son crédit jusqu’à faire déclarer la guerre au duc de Bretagne, sur le simple soupçon que ce prince donnait un asile à un ennemi, non du roi, mais du connétable38. Les ducs de Berry et de Bourgogne, irrités de ce que d’autres s’étaient saisis des dépouilles de la France, d’une proie qu’ils s’étaient 9accoutumés à regarder comme leur patrimoine, attendaient avec impatience, et en frémissant, une occasion de se venger.

Le mauvais génie de la France la leur fournit bientôt, si toutefois ils ne la firent pas naître. L’apparition du prétendu spectre39 qui causa le premier accès de folie de Charles (5 août 1392) ; cette apparition au commencement de l’expédition de Bretagne, à laquelle ils s’étaient opposés, parce que le duc était leur allié ; leur soin de ne faire aucune recherche sur cette manœuvre, leur empressement à abandonner l’expédition en reprenant l’autorité, leurs poursuites instantanées et actives contre les ministres qui auraient pu saisir le fil de la trame que cachait l’apparition40… tout donne le droit de les en accuser41.

Quoi qu’il en soit, on pressent, d’après le caractère de ces tuteurs, que la France ne devint guère plus heureuse, parce qu’ayant à réparer le temps perdu sous le règne des ministres, il était naturel qu’ils s’attachassent avec plus d’ardeur aux moyens propres à faciliter leurs déprédations et augmenter leur pouvoir ; et, en effet, ce seul trait suffit à l’histoire des six années pendant lesquelles ils disposèrent du royaume sans contradiction. Hélas ! il faut le répéter : cet état déplorable 10devait faire place à un plus déplorable encore !

Pendant cet intervalle, le frère du roi, Louis, duc d’Orléans, et la reine, avançaient dans l’âge de la maturité. Louis avait un extérieur très avantageux : affable, gracieux, maniant la parole avec facilité et éloquence, obligeant, généreux, il gagnait l’esprit, subjuguait l’affection avant qu’on eût pu l’approfondir ; mais sa conduite dévoila bientôt les secrets de son caractère et de son cœur42. Fastueux par goût, dissipateur sans mesure, déprédateur non moins audacieux que ses oncles, dépourvu des talents militaires et administratifs de l’un43, il portait à l’excès un vice qu’on n’imputait à aucun des deux. Immolant tout à son penchant pour la débauche, il osa souiller jusqu’au lit de son frère, de son souverain ; et cela, dans le temps où il observait avec scrupule les pratiques de la plus vile superstition44 !

On juge aussi par-là du caractère de sa complice, Isabelle de Bavière… Arrêtons-nous ; son nom seul apprend tout : quatre siècles n’ont pu effacer l’horreur qui y est attachée dans la mémoire des Français.

Ce couple criminel devait désirer le pouvoir ; il n’eut pas de peine à l’obtenir dans un instant où Charles jouissait d’une lueur de 11raison45 ; et, il faut l’avouer, la régence semblait appartenir à Louis46, être dévolue à son rang de premier prince du sang. Il n’eut l’art ni de l’exercer ni de la conserver : taxes sur taxes, concussions sur concussions47 étaient toute sa science politique ; encore ne savait-il en voiler l’odieux que par des prétextes ridicules, qu’il abandonnait même aussitôt qu’il en avait recueilli le fruit. Ce système, dont on ne pouvait entrevoir le terme, puisque Louis, noyé de dettes48, faisait chaque jour des emprunts, et avait à contenter l’avarice insatiable d’Isabelle, acheva de ruiner sa réputation, déjà ébranlée par sa liaison avec cette femme perfide49.

Le duc de Bourgogne, profitant des fautes de son rival, s’attacha à le décrier50. Il serait tout au plus digne de blâme, peut-être même aurait-il droit à des éloges, s’il se fût borné à préparer la disgrâce de Louis ; mais il établit le crédit de sa famille sur les ruines de l’autorité légitime, et il ne fallut pas moins de trente années pour dessiller à cet égard les yeux des Parisiens, dont l’aveuglement n’avait pu être guéri, ni par les maux où il les avait précipités, ni par les crimes du successeur de Philippe. Un second éclair de raison de Charles51 donna à Philippe le gouvernement 12que Louis chercha à ressaisir dans d’autres moments lucides. Charles servait de jouet52 ou de mannequin aux deux factions qui désolaient la monarchie ; il ne recouvrait quelques unes de ses facultés que pour apercevoir l’horreur de sa situation, et fournir des armes propres à l’aggraver : retombé en démence, il était abandonné à un dénuement dont on frémit53 lorsqu’on en lit les détails. Plus malheureux que ce prince dont le premier des poètes a dit avec tant d’énergie :

L’imbécille Ibraïm, sans craindre sa naissance,

Traîne, exempt de périls, une éternelle enfance ;

Indigne également de vivre et de mourir,

On l’abandonne aux mains qui le daignent nourrir.

Plus malheureux qu’Ibraïm, Charles savait que ceux qui disposaient de ses revenus, que son frère, que son épouse, quoique plongés dans le faste, ne daignaient pas même lui faire fournir, que dis-je ? faire aussi donner à ses enfants des habits, et jusques à du Pain54 !

Cinq années s’étaient écoulées dans cet état de troubles. Philippe meurt au commencement de 140455 : aussitôt Isabelle et Louis, croyant n’avoir désormais personne à ménager ou à craindre, se livrent à tous les emportements de leurs passions ; ils ne gardent aucune 13mesure56 dans leurs déprédations et leurs débauches.

On est fatigué de n’avoir à peindre que des êtres courbés sous le poids de l’immoralité, et cependant il reste à remplir une tâche bien autrement pénible ; il faut parler d’un des plus grands scélérats qui aient souillé les fastes de l’histoire, du fils de Philippe, de Jean-sans-Peur, qu’on nommerait plus justement Jean-sans-Vertus, s’il n’avait pas montré des talents pour la guerre, et de l’éloignement pour une vie licencieuse. Il serait plus facile de citer les vices qu’il n’avait pas, que d’énumérer ceux dont il était gangrené : orgueil, ambition, audace, haine, vengeance, cruauté, perfidie… Coupons court à cette liste révoltante, en indiquant le trait que nous aurions réservé pour le dernier coup de pinceau, si nous avions eu le courage de la terminer. Jean avait l’art de se déguiser complètement à l’aide d’une hypocrisie57 cent fois plus dangereuse que tous ces mêmes vices58.

Fort de semblables armes, à peine les cendres de Philippe sont froides, que Jean se lance dans l’arène. Charles avait nommé Louis lieutenant-général du royaume (avril 1402) ; mais il avait aussi créé un conseil59 composé des principaux personnages de l’État, dont les décisions 14devaient faire loi. Jean y demande et obtient une place ; outre qu’elle était due à son rang, on ne connaissait point son caractère. La première fois que Louis veut user de sa mesure favorite d’administration (on devine qu’il s’agit d’une nouvelle taxe), Jean s’y oppose60 ; il peint avec chaleur la misère des peuples, les concussions des maltôtiers : son avis n’est point suivi, ainsi qu’il s’y attendait et le désirait. Il a soin de faire circuler le résultat de l’assemblée, et de rappeler la conduite et les dilapidations des Orléanais. Les Français, et surtout les Parisiens, étaient déjà trop bien disposés pour sa famille : dans un instant, il en devient l’idole, autant que Louis et Isabelle en sont le mépris et l’horreur61.

Il a ensuite l’art d’accroître leur affection et d’aigrir leur haine, en feignant d’être forcé de chercher un asile dans ses États62 ; mais, afin de ne pas leur donner le temps de se refroidir, il revient bientôt avec un corps de troupes (1405). Isabelle et Louis s’enfuient63 et arment. Les gens sages préviennent une guerre civile ; on parvient à réconcilier64 ou plutôt à apaiser les deux factions, en partageant le gouvernement entre ceux qui les dirigeaient.

Il semble que cet échec et les années auraient dû inspirer quelque retenue au duumvirat : 15Isabelle n’en fut que plus empressée à thésauriser, et Louis à dissiper et redoubler d’impudeur dans ses débauches. Enhardi de ce que son commerce avec la reine était impuni, il séduisit ou se flatta d’avoir séduit l’épouse de son rival ; il eut même l’audace d’offrir aux regards de celui-ci les gages et les preuves de son triomphe65. Un tel outrage méritait une punition, et, d’après les opinions et usages du siècle, exigeait une vengeance. Un véritable chevalier eût appelé le diffamateur en champ clos ; Jean dissimula, et, peut-être joyeux de ce que sa honte lui fournissait une excuse auprès des Parisiens, il fit assassiner Louis66 (22 nov. 1407).

Il ne se trompa point. Un peuple frivole67 comparait la réserve de ses mœurs aux débordements de sa victime ; et l’assassin fut non seulement excusé, mais il trouva des apologistes jusque dans les ministres de l’Éternel68 (8 mars 1407 [1408 n. s.]).

Maître de l’esprit des habitants de la capitale ; soutenu par l’Université69 dont les lumières exerçaient beaucoup d’influence ; disposant des forces de plusieurs provinces, il ne lui manquait, pour régner sur la France, que de couvrir ses entreprises du nom sacré du monarque70. Il réussit sans peine à se saisir de ce fantôme, que l’héritier de la couronne, 16le dauphin Louis, à peine adolescent et déjà méprisé pour ses désordres71, ne pouvait lui disputer.

Les princes et la plupart des grands se liguent contre lui72 ; les uns, pour opposer quelques obstacles à son ambition ; d’autres, tels que les enfants du duc d’Orléans, pour satisfaire leur vengeance ; d’autres, pour secouer le fardeau de son administration tyrannique ; presque tous, pour augmenter leur pouvoir à la faveur du bouleversement qu’ils occasionnaient.

On arme de tous côtés73 et, de tous côtés, l’autorité légitime est méconnue74. L’État est plongé dans l’anarchie ; chaque maison de plaisance, donjon ou château, devient une forteresse où tout officier qui peut réunir quelques soldats s’établit le tyran des villages voisins, dont il leur livre le pillage pour solde, toutes les fois que les chefs des principales factions n’ont pas besoin d’acheter leur secours.

Le duc de Bourgogne était à la tête du plus puissant des deux partis ; le comte d’Armagnac, beau-père du jeune duc d’Orléans, dirigeait l’autre, et lui donna même son nom. Il n’était point, il est vrai, de la famille royale ; mais, souverain d’une contrée assez 17vaste, issu de la maison la plus ancienne de la France, allié à toutes celles qui avaient quelque illustration, ne le cédant en bravoure à aucun de ses contemporains, et supérieur à tous par ses talents et son génie, l’opinion publique lui déféra cet honneur, dont il se montra digne par son caractère égoïste, ambitieux, haineux, hautain, vindicatif et cruel75.

Dès lors, et pendant plusieurs années, les deux factions s’agitent et se combattent pour se saisir de la capitale, du roi et du dauphin, ou pour se les enlever. Les citoyens honnêtes, victimes des fureurs76 et des Bourguignons et des Armagnacs, s’efforcent de ramener la concorde : plusieurs trêves, plusieurs paix sont signées et jurées, et presqu’aussitôt violées ; la France n’est, de toutes parts, qu’un théâtre de dévastations et de carnage77. Dans un de ces instants où le duc de Bourgogne dispose de Paris, il arme, afin de s’en assurer pour longtemps la domination, tout ce qu’il y a de plus de vil et de plus féroce : les bouchers78 et les écorcheurs deviennent les satellites d’un prince du sang, d’un des premiers potentats de l’Europe. Les partisans des Armagnacs sont abandonnés79 à cette tourbe de brigands ; les proscriptions de Marius et Sylla sont renouvelées et presque effacées.

18L’excès des désordres donne quelque énergie aux hommes modérés ; ils sont secondés par le dauphin Louis, qui était impatient du joug du duc de Bourgogne, et qui essayait de former un parti80 (août 1413). On se consulte, on se rassemble ; enfin, on s’empare de la capitale, mais c’est pour la livrer aux Armagnacs81. Ceux-ci n’arment point la multitude82 ; leur administration n’en est guère plus douce. Les Bourguignons sont poursuivis et opprimés83 ; le moindre mouvement, le moindre projet en leur faveur est un crime, et un crime puni de mort aussitôt que soupçonné, et presque toujours sans jugement.

Déjà vingt années se sont écoulées depuis la démence de Charles VI. Pendant les troubles qui remplirent ce long espace de temps, l’ennemi ordinaire de la France n’avait presque pu lui nuire. D’abord, le successeur d’Édouard, Richard II, détesté de ses sujets, avait eu besoin de l’appui de Charles84 ; ensuite, le duc de Lancastre, qui le détrôna85 (1399), occupé d’affermir son usurpation et de se défendre contre les Écossais et les Gallois, fut longtemps hors d’état de nous attaquer86. Plus tranquille sur la fin de ses jours, la politique de Henri IV consista à entretenir nos divisions, afin d’en 19tirer parti lorsque l’occasion s’en présenterait : il y parvint en fournissant tour à tour, à chacune des deux factions, des secours suffisants pour maintenir entre elles une espèce d’équilibre87.

Nous voici arrivés à une époque où nous sommes tentés d’abandonner notre tâche, pour être dispensés de rappeler l’ignominie dont se couvrirent nos aïeux. L’historien est, il est vrai, compatissant pour les erreurs, mais aussi sans pitié et même sans indulgence pour les vices et les crimes. Plus à plaindre qu’un juge, il n’est pas libre, comme lui, de se récuser lorsqu’il a à prononcer sur la cause de ses parents et des personnes auxquelles il prend quelque intérêt : loin de là, il est obligé de fermer son cœur à tous les sentiments tendres, pour flétrir sans ménagement ceux qui manquèrent aux lois de la vertu. Il ne doit pas se borner à dire, avec le plus illustre de ses modèles : Mihi Galba, Otho, Vitellius, nес beneficio, nec injuria cogniti [Je n’ai connu Galba, Otho et Vitellius ni par leurs bienfaits, ni par leurs offenses] ; il faut, ou qu’il jette la plume, ou qu’il adopte et suive pour maxime : Amicus Plato, magis amica veritas [Platon est mon ami, mais la vérité m’est plus chère.]. Toutefois, dans ces fonctions si pénibles, une considération est bien propre à le soutenir : il se dit que son tribunal est presque le seul frein du pouvoir et du crédit, de quelque 20source qu’ils résultent. Riches, guerriers, écrivains, savants, magistrats, administrateurs, pontifes, ministres, potentats…, tous sont jaloux de laisser une mémoire honorée, et tous savent que, tôt ou tard, elle sera traduite et jugée sans appel à ce tribunal inflexible… ; et sans doute la crainte du pinceau vengeur de quelque Tacite a étouffé les projets de plus d’un jeune Néron.

On pressent que c’est le duc de Bourgogne qui osa, le premier, réclamer et recevoir les secours des Anglais88 (1411) ; mais s’il fut coupable de trop de diligence, les Armagnacs le furent cent fois plus dans les conditions qu’ils souscrivirent89 (1412) pour lui enlever cette protection infamante. Qui pourrait contenir son indignation en voyant les premiers princes du sang, les ducs de Berry, d’Orléans et de Bourbon, et le comte d’Alençon, se reconnaître les vassaux, et se qualifier les sujets du roi d’Angleterre ; lui promettre un hommage de leurs apanages et forteresses ; s’engager, enfin, à lui faire rendre tout ce que Charles V avait reconquis de la Guienne sur Édouard III ?

Cette fois, ils ne tirèrent aucun fruit de tant de déshonneur ; la France seule en fut la victime : l’adroit Henri n’envoya des troupes auxiliaires qu’après un traité conclu à Bourges90 21entre les deux factions (juillet 1412). Ne trouvant point d’ennemis à combattre, les Anglais ravagèrent91 plusieurs de nos provinces : on ne put arrêter le cours de leurs brigandages qu’en leur payant une espèce de rançon, et les laissant reprendre quelques villes de la Guienne, avec l’aide du comte d’Armagnac92 qui, pour le moment, aima mieux persister dans sa honteuse alliance que se réconcilier avec le duc de Bourgogne.

Ce n’était là qu’un léger prélude des maux qu’ils devaient nous faire souffrir. Henri IV meurt vers le même temps93 (1413) et est remplacé par un héros. Non moins valeureux que nos militaires les plus distingués, Henri V les surpassait dans presque tout le reste : fermeté, prudence, activité, sagacité…, tout faisait de lui le premier homme de son siècle. Dégagé du titre d’usurpateur, qui nuisait à son père, il profitait des travaux de celui-ci : adoré de ses sujets, il disposait de leur fortune et de leur sang ; à l’abri de toute inquiétude au dedans, il pouvait satisfaire impunément sa soif pour les conquêtes94.

Cependant, malgré tant d’avantages, Henri eût vraisemblablement échoué dans ses projets, sans nos divisions ; on ne saurait guère en douter, lorsqu’on examine combien peu il 22tira de profit de l’exploit glorieux qui signala son début, et auquel il s’était pourtant préparé pendant deux ans avec tout l’art d’un guerrier et d’un négociateur consommé95. On nomme déjà la bataille, ou plutôt la boucherie d’Azincourt (25 oct. 1415), où périt ou bien fut prise l’élite de la noblesse française96. Elle ne valut à Henri qu’une retraite paisible en Angleterre ; et ce n’est qu’au bout de deux autres années qu’il put reprendre l’exécution de ses desseins97.

On s’attend que les Français profitèrent de ce répit ; qu’effrayés de leurs revers, ils se réunirent contre l’ennemi commun… Hélas ! il n’y avait plus de patrie ; on ne voyait que des factions. Outre les deux partis principaux déjà connus, on en distinguait un troisième que le dauphin Louis avait réussi à former ; enfin, Isabelle… Isabelle elle-même avait le sien ! C’est ce qui a fourni à un écrivain célèbre98 l’occasion d’une réflexion qu’on a citée, quoique plus ingénieuse que solide : Le roi seul, dit-il, n’avait point de parti. Eh ! il aurait été à désirer qu’en effet Charles VI n’eût été secondé de personne ; les séditieux qui s’emparaient de lui ne se fussent point servi de son nom et de son autorité pour se procurer l’appui ou au moins obtenir la neutralité 23de tous les fonctionnaires et citoyens fidèles aux lois du devoir et de l’honneur. Au surplus, nous n’indiquons le parti du dauphin, qui disparut bientôt à la mort de ce prince99 (18 déc. 1415) que parce qu’avec un chef plus estimé, et doué de plus de capacité,100 il aurait anéanti les trois autres, surtout vers le temps de la bataille d’Azincourt, où l’héritier de la monarchie en avait été fait le lieutenant-général, et où il était maître de la capitale et du roi. Loin de là, on mit l’une et l’autre sous la domination du comte d’Armagnac101 que l’on nomma connétable (1415), et qui, pour fortifier son crédit, voulut seul entreprendre de chasser les Anglais, en assiégeant le port d’Harfleur102, fruit unique, mais précieux, de l’expédition de Henri V.

Deux victoires navales103, dont l’une remportée par le duc de Bedfort, firent évanouir les plans et les espérances du connétable, et enhardirent le duc de Bourgogne à consommer son déshonneur et la ruine de la France, en signant un traité tellement ignominieux104, qu’il en rougit lui-même, et que, soit par politique, soit à cause de ce reste importun de honte, l’on en cacha les détails avec tant de soin, qu’il a fallu trois siècles pour les dévoiler. Il y reconnut le roi d’Angleterre pour roi 24de France et pour son propre souverain ; il s’y engagea à combattre Charles et ses enfants par toutes les voies possibles, jusqu’à ce qu’ils fussent détrônés ; et cela, sur la foi de son corps et par parole de prince !… La plume tombe des mains.

Les échecs qu’il venait d’éprouver, et surtout cette confédération, auraient éclairé le comte d’Armagnac sur ses véritables intérêts, si le bandeau que l’esprit de faction jette sur les yeux était moins épais ; la mort rapide105 des fils aînés du roi (5 avril 1416, six jours avant Pâques, ou avant 1417, mort de Jean, second Dauphin) acheva de l’aveugler. Assuré de l’appui106 du troisième (Charles VII), il ne s’occupe que d’un objet, la conservation de sa propre autorité ; et tous les moyens pour y parvenir lui paraissent légitimes. Pourvu qu’il se maintienne dans Paris, et qu’il y : dispose du monarque, peu lui importe que les Anglais envahissent107 une seconde fois notre territoire, et emportent successivement toutes les places de la Normandie ; que le duc de Bourgogne soumette108 tout le nord du royaume ; que la France, en proie à tous les partis, soit saccagée d’un bout à l’autre : il ne cherche presque qu’à faire des ennemis et 25à lui-même et au dauphin. Comme si le roi n’eût pas été assez à plaindre, il choisit ce moment pour lui donner la preuve, pour le rendre témoin des débauches d’Isabelle109 ; et, ce qui était encore plus criminel aux yeux de cette Frédégonde, il enlève, de concert avec le dauphin, les trésors qu’elle n’avait cessé d’entasser, malgré la misère publique110. De là cette haine furieuse qu’Isabelle voua à Charles VII, et, qu’indigne du titre de mère, elle conserva jusqu’au tombeau.

Loin de réparer ses fautes (et, dans le langage de la politique, une faute est pire qu’un crime), le connétable les aggrava111 par son administration : taxes de plus en plus accablantes, exactions de tout genre, destitutions, bannissements, supplices…, on eût dit qu’il voulait, à tout prix, et se perdre et entraîner dans sa chute l’héritier du trône, qui s’abandonnait à sa direction.

Tel fut, en effet, le triste résultat de ses sombres et fausses mesures. Quelque fortes que soient les chaînes tendues par le despotisme, il est difficile qu’elles ne soient pas rompues, lorsque le poids en est trop lourd. Des Parisiens parviennent112 à introduire les Bourguignons dans leur ville (29 mai 1418), et, dans un clin-d’œil, la puissance du connétable disparaît. 26Que n’est-il possible d’arracher de nos annales le récit des horreurs dont le parti victorieux souilla son triomphe ! La journée du 12 juin 1418113, où l’on massacra dans les prisons tous les Armagnacs, y est écrite en caractères si sanglants, que ni la main du temps ni la plume des historiens chargés d’y substituer l’exposé de journées modernes du même genre, n’ont pu en effacer la trace. Hâtons-nous de tirer le rideau sur ces atrocités ; observons seulement que le duc de Bourgogne vint, par sa présence, en consacrer d’autres114 auxquelles présidait un brigand, qu’il ne dédaigna pas de traiter avec amitié et presque comme un égal, Capeluche115, bourreau de la capitale : elles ne cessèrent que lorsque le duc n’en eut plus besoin, lorsque, sûr désormais de Paris et de la reine, qui, tourmentée par la soif de la vengeance, s’était jetée entre ses bras116, et disposant de l’autorité du monarque, il fut libre de se livrer à toutes les inspirations de l’ambition dont il était dévoré.

Il se trouva alors dans une grande perplexité. Maître en quelque sorte de la France, il n’avait plus intérêt à favoriser les Anglais, parce que, devenus maîtres à leur tour117, ils auraient pu l’opprimer : d’un autre côté, son 27appui semblait réclamé par le dauphin, qui, grâce au dévouement d’un serviteur courageux118, avait été tiré de la capitale au moment de la révolution, et qui était beaucoup moins à craindre pour le duc. Agissant de concert, ils auraient facilement abattu l’ennemi commun. Les vrais amis de la patrie se montrèrent derechef, et essayèrent de les rapprocher : on s’accorda, ou l’on parut s’accorder. Les Anglais commençaient à trembler119 et la France à respirer, lorsqu’à une entrevue projetée pour resserrer les nœuds de l’alliance, le duc fut massacré, en la présence du dauphin, sur le pont de Montereau120 (10 sept. 1419).

On se dispute encore aujourd’hui sur les circonstances et les auteurs de ce forfait (car le meurtre d’un scélérat n’est pas moins un crime que celui d’un homme de bien). Fut-il prémédité ou l’effet du hasard ? on ne le sait guère mieux. Toutefois, au travers des contradictions, des réticences et de l’obscurité des divers récits, soit des témoins, soit des historiens du temps121, on découvre avec satisfaction que Charles VII n’y eut aucune part122 ; et la répugnance qu’il manifesta pendant le reste de sa vie pour toute espèce d’acte de violence, en est aussi une preuve : 28mais on a de la peine à croire qu’il n’ait pas ensuite approuvé, au moins tacitement, l’attentat qui le délivrait de son plus dangereux ennemi, puisqu’il continua sa faveur à ceux qui le commirent ou qui saisirent l’occasion de le commettre.

Quoi qu’il en soit (effrayante, mais profonde leçon de la justice éternelle !), si la mort du duc d’Orléans n’avait été vengée que par des remords et des alarmes123, celle de son assassin fut expiée par la ruine presque totale du parti de Charles VII. Philippe-le-Bon, successeur de Jean, était un adversaire bien autrement redoutable : Jean se présentait entouré de crimes ; on ne connaissait dans Philippe que des vertus. Les Français, étrangers aux factions, s’éloignaient de l’un, parce qu’il combattait son prince et son pays ; ils excusaient la conduite de l’autre sur le devoir de venger la mort d’un père. Du reste, Philippe, avec les talents militaires de Jean, eut bientôt une puissance plus formidable, par l’acquisition de l’héritage des souverains de Brabant et de Hainaut (voy. ci-après notes 171 et 173).

Réuni à Henri V et à Isabelle, ayant entre leurs mains les signes de la royauté en la personne 29de Charles VI, le dauphin était pour eux un bien faible ennemi124. Huit mois après le meurtre de Jean, le dauphin en est déclaré coupable ; on le déshérite, on le bannit, on donne la main de sa sœur et la couronne de France au roi d’Angleterre125 (21 mai 1420 [Traité de Troyes]).

Heureusement pour le dauphin, Henri fut obligé de passer à Londres126. Il avait besoin d’argent et de renforts127, et il cherchait à nous priver de l’alliance des Écossais, qui venaient de nous envoyer des troupes128. Pendant son absence, qui dura quatre ou cinq mois130, le parti du dauphin se ranima, surtout après la petite bataille de Baugé131 (22 mars 1420 [1421 n. s.]) qu’on gagna, moins par de sages dispositions que parce qu’on eut affaire à un général imprudent, le duc de Clarence, et qui fut suivie de la réduction de quelques forteresses.

Le retour de Henri avec des subsides, des munitions et une armée de plus de quarante mille hommes132, mit un terme à ces légers succès. Il régla en peu de jours les affaires de l’intérieur, et ouvrit bientôt la campagne. Il s’empara d’abord de plusieurs places, et entre autres de Meaux, l’une des plus importantes du royaume133, soit par ses fortifications, soit par sa situation sur la Marne, à quelques lieues de Paris, dont elle pouvait 30intercepter les subsistances et inquiéter les possesseurs. Il occupa ensuite une multitude de petites villes134 qui, pour la plupart, cédant à la terreur de ses armes et à l’influence de son génie, venaient lui apporter leurs clefs. De son côté le duc de Bourgogne, voulant se montrer digne de le seconder, remportait une victoire auprès de Saint-Riquier135, en Picardie, et nous enlevait ce qui nous était resté dans les environs de cette province136.

Déjà les efforts des alliés commençaient à se diriger137 vers la France méridionale, seul asile du dauphin, et où il avait entrepris le siège de Cosne (31 août 1422), lorsque le roi d’Angleterre mourut presque inopinément. S’il est vrai, comme divers auteurs le pensent, qu’il fut attaqué de la fistule138, mal dont on ne connut le moyen curatif que sous Louis XIV, il sera également vrai que Charles et ses sujets durent leur salut à l’ignorance de leur siècle ; et c’est un argument qu’on livre aux personnes avisées qui voudraient nous faire rétrograder à ces temps bienheureux. Il suffit de comparer un instant les deux rivaux et leurs forces, leurs appuis de tout genre, pour être convaincu que, sans la mort de Henri, la France n’aurait été qu’une province de son Empire139.

La conviction d’un tel résultat augmente, 31lorsqu’on voit que, quoique cet événement affaiblit beaucoup les ennemis, soit en les privant du plus habile de leurs chefs, soit en les obligeant de confier l’administration de la France et celle de l’Angleterre à deux gouverneurs différents140, ce qui occasionna des divisions ; que quoiqu’il eût été bientôt suivi de la mort de Charles VI141 (21 oct. 1422), qui leur enlevait le simulacre dont ils couvraient leurs usurpations, les affaires de Charles VII n’en prirent pas une meilleure tournure ; qu’au contraire, il éprouva encore des défections et des revers ; et qu’il ne fut sauvé, enfin, que par une espèce de miracle142.

Nous ne serions pas néanmoins surpris que, réfléchissant aujourd’hui aux ressources prodigieuses de la France, on ne demandât comment la situation de Charles VII pouvait empirer, surtout n’ayant pour compétiteur qu’un enfant au berceau (Henri VI) : un exposé rapide de l’état des deux partis sera notre réponse, et servira en même temps à répandre quelque lumière sur les événements postérieurs, auxquels nous avons consacré plus spécialement notre travail.

Charles possédait, il est vrai143, une partie de l’Orléanais et de la Touraine, et les provinces situées au midi de la Loire, ainsi que 32le Dauphiné ; mais la Provence, le Roussillon, le comté de Foix et la Navarre, avaient leurs souverains particuliers ; la Guienne et la Gascogne appartenaient aux Anglais ; dans les provinces soumises à Charles, il y avait beaucoup de forteresses143bis qui étaient devenues le patrimoine des aventuriers dont nous avons déjà parlé, et dont la protection était dévolue à celui qui les payait le mieux ; enfin, divers clients des Bourguignons144, tels que le prince d’Orange, avaient dans ces mêmes contrées des enclaves de quelque importance : tout ce qu’on avait pu obtenir de la Bretagne, c’est qu’elle garderait une sorte de neutralité.

Les Anglais, outre la Guienne et la Gascogne, avaient conquis toutes les provinces septentrionales145 ; à l’orient, leur allié régnait sur la Bourgogne et la Franche-Comté, et, au nord, il disposait des Pays-Bas… Ainsi les ennemis l’emportaient, quant à l’étendue du territoire.

Il en était de même quant à la richesse de leurs pays. Le commerce de la Belgique était depuis longtemps le plus opulent de l’Europe occidentale ; le commerce des cités de Charles, si l’on excepte celle de Lyon, était à peu près nul. Si l’on excepte aussi la même ville, il n’en avait conservé aucune qui fût très peuplée, 33et surtout comparable à Lille, Rouen, Bordeaux, Paris, etc.146 Presque toutes les côtes étaient au pouvoir des alliés ; Charles n’avait qu’un ou deux ports par où il pût recevoir des secours, et il manquait de flotte pour intercepter les renforts qui arrivaient de l’Angleterre.

Les ennemis n’étaient pas moins supérieurs quant à l’état militaire. Charles n’avait point d’armée, proprement dite, mais seulement diverses bandes et quelques milices, qu’on rassemblait avec peine, dont on ne parvenait presque jamais à former un corps considérable, qui étaient sans ordre et sans discipline ; enfin, qui au moindre échec, et surtout lorsque la solde et le pillage leur manquaient, retournaient sans obstacles dans leurs foyers ou leurs repaires : on ne pouvait guère entrer en campagne que lorsque l’Écosse envoyait des troupes auxiliaires147. Les Anglais, avaient, au contraire, une armée nombreuse et bien disciplinée : la désertion leur était peu nuisible, parce que la mer empêchait les fuyards de regagner leur patrie. Si Charles avait à ses ordres des capitaines d’une valeur éprouvée, les Anglais n’en étaient pas dépourvus ; et ce qui achevait de leur donner l’avantage, c’est qu’ils comptaient plusieurs 34généraux distingués et expérimentés, tels que Salisbury, Suffolck, Sommerset, Talbot et Warwick148, tandis que Charles n’en avait point à leur opposer.

On pressent, par le tableau que nous avons fait de la situation de la France, et surtout des provinces méridionales, que ce qu’on appelle le nerf des gouvernements ne devait pas rétablir l’équilibre en faveur de Charles. Quelques impôts mal perçus, et dont les exacteurs retenaient une portion149 ; les bénéfices précaires qu’on obtenait à l’aide de la méthode ruineuse de hausser et abaisser les monnaies150…, voilà les seuls aliments de son trésor151. Il était sans doute difficile que les alliés tirassent un meilleur parti de la France septentrionale, également ravagée et épuisée ; mais la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, à l’abri du fléau de la guerre, et les deux Bourgognes, à peine entamées sur leurs frontières, leur offraient en tout genre d’abondants secours.

Les ressources que leur fournissaient leur territoire, leurs troupes et leurs finances, étaient en outre mises en œuvre par des mains habiles. Le duc de Bourgogne passait pour un des premiers, et le duc de Bedfort pour le plus grand capitaine de son siècle, et celui-ci 35n’était pas moins bon administrateur. Actif, entreprenant, infatigable, il se trouvait partout, et au conseil, et à l’armée, dans toutes les occasions où la présence d’un chef peut être utile.

On voit, par cet aperçu, combien les ennemis de Charles étaient redoutables pour lui, et néanmoins nous n’en avons pas indiqué le plus dangereux.

Cet ennemi dangereux… qui l’eût soupçonné ? c’était Charles lui-même. Au commencement de son adolescence, il avait annoncé quelque énergie et manifesté quelque intérêt pour ses affaires ; il assistait quelquefois à des conférences politiques et à des expéditions151bis : parvenu à l’âge de vingt ans, et revêtu du titre de roi, il devient à peu près étranger à tout autre chose qu’à ses plaisirs, à ses maîtresses et à ses favoris. Tandis que ses guerriers prodiguent leur sang et leur fortune pour lui152, il ne s’occupe que de fêtes ; il abandonne les revenus de ses provinces au pillage de ses ministres et de ses confidents ; il souffre qu’ils abreuvent de persécutions ses sujets les plus fidèles, qu’ils se servent de ses troupes contre ses propres généraux153, et il approuve souvent jusqu’à leurs crimes, car il les choisit presque toujours parmi des 36hommes aussi remarquables par leurs vices154 que par leur défaut de talents : il manque tellement de cette fermeté, première vertu d’un roi dans un temps de troubles, qu’il laisse massacrer ses amis dans son palais, et en sa présence, sans entreprendre de les défendre ni de les venger.

Voilà pourtant le prince auquel des historiens ont donné le surnom de Victorieux ! S’il triompha, ce fut grâce au dévouement de ses guerriers et de ses peuples, et à des événements fortuits, et jamais à ses travaux ou à ses exploits ; il ne recouvra ses États que malgré lui-même et en dépit de sa conduite insensée.

Nous conviendrons que, vingt ans après, on vit en lui un tout autre homme155 ; qu’il se plaça enfin au niveau de son trône, et nous nous plaisons à lui rendre la justice qu’il mérita dès lors un titre même plus honorable que celui qu’il doit à la flatterie : mais ce qu’il fit à cette dernière époque ne justifie pas son étrange manière de gouverner dans le temps où il aurait fallu qu’il se surpassât, qu’il agît en homme en état de lutter et contre ses ennemis et contre la fortune, qu’il fût, en un mot, un héros.

C’est surtout au commencement de son règne que le monarque doit faire preuve de 37courage, d’activité, de bonne administration, de toutes les qualités propres à un roi ; voici le début de Charles… Vers la fin de 1422156, à peine trois mois après la mort de son père, un de ses partisans, qui avait surpris par escalade la petite ville de Meulan, y est assiégé par Bedfort et Salisbury ; il demande des secours : le poste était important ; on lui envoie six mille hommes. Au lieu de marcher avec cette troupe, dont il fallait se réserver au moins la surveillance, Charles reste à soixante lieues de là. Même méthode, et encore pire, relativement aux fonds destinés à en assurer l’entretien : le favori chargé par le roi de les distribuer157, les consomme en achats de vaisselle, de joyaux, de pierreries. Arrivée à six lieues de Meulan, l’armée se débande, faute de paie. Les assiégés, furieux d’être sacrifiés à de tels hommes et pour de tels objets, mettent en pièces les drapeaux de Charles ; la ville se hâte de capituler, et la garnison de passer au service de l’ennemi158.

Bientôt le duc de Bretagne, jusque-là neutre, se joint aux Anglais (1423), qui, après cette alliance, s’emparent de quelques places. Charles reçoit au printemps des renforts de l’Écosse159 ; on forme une armée de dix mille hommes qu’on emploie à assiéger 38Crévant160. Les alliés, commandés par Suffolck, s’approchent. Établie dans une position à peu près inexpugnable, l’armée française pouvait sans risque les braver et continuer le siège ; mais elle manquait de chefs propres à la guider et la contenir ; et Charles, dont la présence eût au moins servi à inspirer de la circonspection, et surtout à étouffer les divisions qui régnaient entre les corps principaux, n’avait pas été corrigé par l’échec de Meulan. On abandonne la position, et l’on marche à l’ennemi sans s’assujettir à aucun des soins prescrits par les règles de l’art. Les alliés remportent une victoire complète ; trois mille Français sont tués ou pris, avec beaucoup d’officiers ou généraux ; le siège de Crévant est levé ; plusieurs autres villes se rendent au vainqueur160bis.

Cependant, quelque heureuse que fût cette bataille pour les Anglais, elle n’eut pas des résultats décisifs : c’est que le duc de Bedfort, occupé d’aplanir les difficultés attachées à l’établissement d’une régence ; de gagner le duc de Bretagne ; de resserrer les nœuds qui l’unissaient au duc de Bourgogne161, en épousant sa sœur ; d’apaiser un différend qui s’élevait entre son frère, le duc de Glocestre, et le même duc de Bourgogne, ne put, pendant 39les deux premières années, donner assez de soins à la direction de la guerre. Deux petites victoires remportées les mois suivants, à la Gravelle162 dans le Maine, et à la Bussière en Mâconnais163, procurèrent aussi aux Français quelque répit, et leur permirent de recevoir, à l’ouverture de la seconde campagne, une armée toujours fournie par nos généreux alliés, les Écossais164, et un petit corps de troupes envoyé par le duc de Milan165.

Les Français, encouragés, firent alors un effort considérable : on parvient à rassembler environ dix-huit mille hommes166, et on les destine à secourir la ville d’Ivry, assiégée par le duc de Bedfort (1424). Les deux armées se trouvent en présence au milieu du mois d’août 1424167, auprès de Verneuil. La supériorité des généraux ennemis168 décida, comme à Crécy, à Poitiers, à Azincourt et à Crévant, du succès de la journée. Les Français, malgré des prodiges de valeur, furent entièrement défaits ; ils perdirent cinq mille hommes169 et la plus grande partie de la noblesse, indépendamment d’une multitude de prisonniers : tout le reste se dispersa. La prise des équipages et du trésor de l’armée, de la ville de Verneuil et de toute la province du Maine ; le ravage de l’Anjou et des contrées voisines, 40furent les suites immédiates de la victoire170.

On en craignait de bien plus funestes, lorsque la fortune de Charles le sauva encore, du moins pour quelque temps. Jacqueline de Hainaut171, héritière de la Belgique occidentale, avait quitté son époux, le duc de Brabant, en 1421, pour se réfugier auprès de Henri V et faire casser son mariage, à l’aide de la protection de ce monarque. Le duc de Glocestre, régent d’Angleterre, séduit par l’espoir de porter une couronne, lui donna la main : de là une rupture avec le duc de Bourgogne, qui était proche parent du duc de Brabant, et qui comptait sur l’héritage des époux divisés. Les soins et l’adresse du duc de Bedfort n’aboutirent qu’à assoupir un instant la querelle. Enfin Glocestre, jetant tout à fait le masque, s’appropria les subsides destinés à Bedfort, leva une armée et envahit le Hainaut, moins de deux mois après la bataille de Verneuil, au moment où les alliés se préparaient à achever la ruine de la France172.

Aussitôt, Philippe-le-Bon retire ses troupes de l’armée de Bedfort, et vole à la défense du Hainaut. Cette guerre particulière, qui ne fut entièrement terminée qu’au bout de quatre ans173 (en 1428), enleva aux Anglais l’appui de Philippe, et les mit hors d’état de profiter de 41leurs victoires.

Un autre incident les retint pendant fort longtemps dans l’inaction. Privé de subsides, le duc de Bedfort eut encore à pacifier un démêlé qui s’éleva, après l’invasion du Hainaut, entre Glocestre et l’évêque de Winchester174, leur oncle, membre du conseil d’Angleterre : il fut obligé de passer dans cette île, et d’y rester jusqu’en 1427175.

La cour de Charles parut d’abord vouloir profiter de ces conjonctures favorables. On avait besoin d’un général176 ; on en acquit un dans le comte de Richemont. Il est vrai qu’à l’épée de connétable, il fallut joindre d’autres dons non moins précieux ; mais, en gagnant le comte, on détachait le duc de Bretagne, son frère, du parti des Anglais (7 oct. 1425), et l’on en obtenait des troupes auxiliaires, dont on avait un pressant besoin.

Aussitôt, quoiqu’on se fût procuré de tels secours par la seule voie des négociations, on fut, pour ainsi dire, lassé par la peine qu’on venait de prendre. Une des conditions du traité était le renvoi de plusieurs des ministres ou favoris de Charles, coupables d’avoir participé à une conjuration contre le duc de Bretagne, ou d’avoir concouru au meurtre du duc de Bourgogne177. Les ministres refusent de l’accomplir ; ils sont soutenus par 42les maîtresses et la plupart des courtisans de Charles : l’un d’eux pousse l’audace jusqu’à poignarder un de ses adversaires178 en plein conseil, et sous les yeux de son souverain.

On eut alors un spectacle sans exemple dans les fastes de l’histoire. Le connétable s’avance vers la cour, à la tête d’une petite armée, levée par ses soins et grâces à sa réputation et à son crédit. Le roi fuit de ville en ville pour garder les ministres qui le perdaient, et éviter le guerrier qui lui fournissait les moyens de conserver les débris de sa couronne. Il ne fallut pas moins que la retraite des princes du sang, et les menaces de quelques villes de se rendre à l’ennemi, pour faire écouter à Charles la voix de la raison ; et peut-être y eût-il été sourd tout à fait, si l’un des ministres, Tanneguy-Duchâtel, n’eût donné l’exemple à ses collègues, en s’éloignant de lui-même179.

Enfin, ayant surmonté tous les obstacles, Richemont rassemble en Bretagne une armée de vingt mille hommes180, et se voit, au commencement de 1426181, en état d’envahir la Normandie, d’attaquer les Anglais dans le foyer de leur puissance. Après avoir pris Pontorson, il assiège Saint-James-de-Beuvron, qui couvrait cette province. L’entreprise devait réussir, et était fort avantageuse : un favori 43de Charles, Giac, aidé d’un ministre breton182, la fit échouer en retenant les sommes réservées à la solde des troupes. L’armée se débande : Richemont, désespéré, tente un assaut avec ce qui lui reste, et il est complètement battu183.

Quelle leçon pour Charles ! Tout autre que lui eût disgracié et puni sévèrement le coupable auteur de ce désastre ; mais un flatteur est plus nécessaire à un prince médiocre qu’un royaume, et la fortune d’un courtisan plus chère que le salut de ses peuples. Giac redoubla d’audace dans ses concussions ; il fallut un crime pour en arrêter le cours184 : le connétable le fit arrêter, juger par une commission, et exécuter malgré le roi. Il ne s’abaissa pas même à cette apparence de forme à l’égard de Beaulieu, qui avait succédé à la faveur, à l’insolence et aux déprédations de Giac ; il se servit du bras d’un assassin185.

Ces actes de violence, si répréhensibles en eux-mêmes, et si injurieux au monarque, ont inspiré de la compassion pour Charles VII ; des historiens186 ont cherché à justifier sa conduite sur ce que ses malheurs lui faisaient un besoin d’un confident. Les hommes seraient-ils donc réduits à cet excès de misère, qu’il n’y eût point trop de leurs biens et de 44leur sang pour procurer quelques illusions à celui que la Providence chargea de veiller à leur bonheur ? La dissipation de la fortune publique, et, par une conséquence nécessaire, l’invasion et la perte des provinces, faute de moyens de défense, n’étaient-elles pas les services ordinaires des prétendus amis de Charles ? Encore, si l’erreur l’eût entraîné aux mauvais choix qu’il faisait ! mais il n’avait pas même pour lui l’excuse grossière du défaut de connaissance des hommes.

Richemont, s’apercevant qu’un favori est nécessaire à son prince, propose la Trémouille pour remplacer Beaulieu. Vous vous en repentirez187 ! s’écrie Charles ; je le connais mieux que vous. Après une telle réponse, il faut supprimer toute réflexion ; on rougirait d’en entreprendre le commentaire. Bornons-nous à observer que les manœuvres de Giac et de Beaulieu, et l’espèce de diversion que produisit le dessein de les perdre, paralysèrent pendant une année (après l’échec de Beuvron) les ressources qui restaient à Charles, et empêchèrent de secourir plusieurs places dont les Anglais firent le siège et la conquête188.

Le crédit de la Trémouille nous devait être encore plus fatal. On avait laissé échapper 45l’occasion que l’absence du régent offrait à Charles pour agir. Bedfort revient en 1427 ; il revient après avoir pacifié l’Angleterre ; il revient avec des subsides considérables et une armée de vingt mille hommes : on ne daigne pas s’en occuper ; on le laisse marcher en Bretagne et forcer le duc à renoncer à notre alliance, à signer enfin le traité qui déshéritait Charles189. La Trémouille, peu inquiet de perdre la monarchie, pourvu qu’il assure et augmente son pouvoir, ne s’attache qu’à mettre la discorde dans la cour. Il abuse tellement de sa faveur, que des zélés royalistes, et jusqu’à des princes du sang, se soulèvent contre Charles et s’emparent de Bourges, sa capitale. Cette guerre civile s’éteint heureusement190, grâce aux efforts des véritables amis du roi, ou plutôt à ce que la Trémouille s’aperçoit qu’elle pourrait lui être nuisible ; mais, pendant ce temps, on ne prend aucune mesure contre les Anglais, tandis qu’ils n’en négligent aucune pour rendre la campagne suivante, celle de 1428, tout à fait décisive191.

Nous touchons enfin à une époque où la France semblait devoir succomber. Elle avait, en effet, en tête un ennemi formidable, et elle était presque entièrement dépourvue de 46moyens de défense. Un tel dénuement paraîtra peut-être invraisemblable. Lorsqu’on jette un coup-d’œil sur la carte192, on voit que les pays restés soumis à Charles forment à présent vingt-cinq à trente provinces193, qui chaque année fourniraient sans peine aux armées autant de milliers d’hommes, et au trésor public trois fois autant de millions de francs ; et il est naturel de demander s’il est probable que le parti du roi fût réduit à la dernière détresse ; s’il est probable qu’après plusieurs mois de démarches et de soins on ne fût parvenu, à la fin de 1428, qu’à réunir sept mille guerriers194, et qu’à cause de l’insuffisance des revenus, on eût été obligé d’emprunter pour leur solde ; si cela est probable, surtout lorsqu’on se rappelle l’état florissant du royaume à la mort de Charles V ?

Nous avions prévu ces questions : les laisser sans réponse, c’eût été autoriser à penser que la délivrance de la patrie, dont le récit était surtout l’objet de notre ouvrage, fut un événement trop peu extraordinaire pour mériter quelque attention. Afin de les résoudre d’une manière satisfaisante, nous avons remonté jusqu’à la même époque, et présenté le tableau des principaux événements du règne de Charles VI ; tableau où, en effet, a commencé 47la solution du problème. Ce qu’on vient de raconter de celui de Charles VII a dû faire évanouir tous les doutes. Quarante années de déprédations ou divisions intestines, et dix-sept de guerres civiles ou étrangères, voilà ce que nous a offert l’histoire du père ; et pendant les six premières années195 de l’administration du fils, la France a été affligée des mêmes maux, sans le moindre adoucissement, parce que la faiblesse et la dissipation d’un roi sont aussi dangereuses qu’une démence.

Ajoutons ce que la crainte de fatiguer le lecteur nous a empêchés de répéter, et qu’il aurait fallu redire à chaque page. D’abord, la guerre était bien plus désastreuse alors qu’à présent : indépendamment des batailles rangées, des simples combats et des sièges des villes, il y avait des attaques continuelles entre les garnisons ou entre les compagnies d’aventuriers qui occupaient de tous côtés des places ou des châteaux ; en un mot, la France était embrasée d’un bout à l’autre : ensuite, la paix, ainsi que nous le verrons ailleurs196, n’était guère moins funeste, à cause des ravages des mêmes compagnies.

Un historien197 demande ce qu’étaient devenues les richesses de la France ; et il répond 48qu’elles avaient été, ou absorbées par les provinces limitrophes, ou enfouies par les hommes qui se les appropriaient. Voilà une explication bien imparfaite198. La richesse publique se compose des valeurs tirées du sol ou créées par l’industrie ; elle se conserve par l’économie ; elle s’augmente par le commerce ou par un bon emploi des fonds. Pendant la longue subversion de la France, peu à peu l’agriculture avait dépéri, et l’industrie et le commerce s’étaient éclipsés ; d’un autre côté, la guerre, dont l’essence est de détruire une multitude de choses sans rien remplacer, occasionnait une grande dissipation de valeurs : ainsi, il y avait une consommation plus forte qu’en temps ordinaire, et une production infiniment moindre. On suppléa d’abord au déficit annuel, à l’aide des capitaux et des valeurs accumulés ; mais ce secours avait nécessairement un terme. Lorsque tout fut dépensé, il ne resta qu’une misère générale, si l’on excepte quelques fortunes privées, fruits des concussions que favorisent les troubles. Observons, d’ailleurs, que les Anglais exportaient199 tout ce qu’ils pouvaient de leurs pillages ; que l’or des concussionnaires passait aux Flamands ou Italiens, qui les fournissaient d’objets de luxe200, et que les expéditions du royaume 49de Naples, du Milanais, de la Rivière de Gênes201, y avaient versé une portion de la fortune publique… D’après tout cela, est-il surprenant que la France fût entièrement épuisée ?

Dans un tel état de choses, comment ne pas trembler pour les provinces préservées des invasions de l’ennemi, non par les exploits ou les soins de Charles, mais grâce à des incidents imprévus dont le renouvellement ne devait point être espéré ? Les Anglais, au commencement de 1428, étaient plus redoutables que jamais. La pacification de la Flandres202 leur garantissait l’alliance du duc de Bourgogne, et leur dernière expédition celle du duc de Bretagne. Comme on n’avait rien fait pour éclairer et gagner les citoyens honnêtes de l’ancien parti des Bourguignons, toujours aigris contre Charles, à cause du meurtre de Jean-sans-Peur, ils continuaient à seconder une entreprise dont, au reste, le succès leur paraissait assuré. Les Anglais rentraient dans la lice avec vingt-quatre mille guerriers bien payés, bien disciplinés, très valeureux, animés par le souvenir de leurs victoires, et guidés par d’excellents généraux. Enfin, le régent Bedford, qui était l’âme de cette entreprise, n’avait pas diminué de talents.

50Charles, on l’a vu, n’avait de trésors que pour ses favoris et ses maîtresses202bis ; ses troupes, trois fois moins nombreuses, n’étaient ni entretenues ni disciplinées… Mais peut-être s’efforçait-on de suppléer au défaut du nombre par l’activité et la sagesse des mesures ? Non, non : de plus en plus au-dessous de son rang et des circonstances, Charles se livrait presque sans relâche aux occupations dont il s’était déshonoré jusque-là. Au lieu de ranger une armée en bataille, de travailler aux préparatifs d’une excursion ou d’un siège, il combinait péniblement l’ordonnance d’une fête203. La présence d’un roi double la force de ses troupes ; tout ce qu’on obtint de Charles au commencement du siège d’Orléans, qui pouvait entraîner sa ruine, ce fut de s’en approcher… à trente lieues. Des généraux habiles leur sont encore plus nécessaires, et, à cette même époque, Charles s’était privé de Richemont ; il l’avait sacrifié à son favori la Trémouille ; il refusait ses services, et lui faisait fermer les portes des villes204, comme à un ennemi. Toujours même désordre dans l’administration, même insolence, même rapacité205, même ignorance des ministres et des courtisans, même discorde entre les fonctionnaires : enfin, les 51Français, las du joug de ces misérables, avaient perdu toute affection et toute estime pour leur prince, et ne lui conservaient presque de la fidélité que par haine pour l’Angleterre.

Cette disproportion entre les deux puissances, et presque sous tous les points de vue, si ce n’est celui de la valeur, parut surtout à l’ouverture de la campagne de 1428, qui, heureusement, n’eut lieu qu’au mois de juillet206. Tandis que les Bourguignons enlèvent quelques places restées à Charles sur les limites de la Champagne et de la Lorraine, les Anglais, dans le court espace de deux mois, en prennent plus de quinze, et s’emparent de toute la partie de l’Orléanais située au nord de la Loire, et des petites villes situées au midi207, qui leur étaient nécessaires pour cerner et isoler en quelque sorte la capitale de cette province, Orléans, alors le boulevard presque unique de l’Empire de Charles VII208.

La moitié de l’armée209 et presque tous les capitaines français les plus courageux210 s’enferment dans la ville (on sent que ce n’était point le poste des la Trémouille et autres complaisants du roi) ; ils y sont vaillamment 52secondés par les habitants, plus aigris que leurs concitoyens contre les Anglais, à cause de l’assassinat de leur ancien duc, encore impuni, et dont nos ennemis avaient protégé l’auteur.

La ville d’Orléans est située sur la rive droite et septentrionale de la Loire ; elle communiquait avec la rive gauche, où étaient quelques faubourgs ou églises, par un pont dont la tête était défendue par le fort, et successivement par le boulevard des Tournelles211.

(En lisant la description suivante du siège d’Orléans, consultez la carte visuelle, ou 1e carte, qui est à la fin de l’ouvrage.)

L’armée ennemie s’avança un des premiers jours d’octobre212 ; Salisbury la commandait213, et avait sous ses ordres les plus renommés des officiers anglais ou bourguignons, les Suffolk, les Talbot, les Fastol, les Lancelot… Le 7, un gros détachement214 vient reconnaître la place sur la rive gauche ; on fait une sortie, et on le repousse. Bientôt l’armée entière traverse la Loire et, le 12, s’approche de la ville215. Les faubourgs pouvaient lui servir pour se loger ; on n’hésite pas, on les embrase216. L’incendie à peine apaisé, les Anglais construisent une 53forteresse217 et battent en brèche, et en même temps attaquent, par une mine, le boulevard et le fort des Tournelles.

Le 21, ils donnent l’assaut et sont également repoussés. Hommes, femmes, vieillards, enfants218, tous se joignent à la garnison. Généreux citoyens ! où était votre prince ? Les assiégeants s’attachent alors à leur mine, et, le 23, les Orléanais sont obligés de brûler le boulevard219 et de se retirer dans le fort. On l’emporte le lendemain220 ; mais ils y avaient suppléé en rompant deux arches de leur pont, et construisant sur la suivante un autre boulevard221.

Surpris de tant de résistance, les ennemis changent le siège en blocus. Ils réparent d’abord les Tournelles, et, à l’exemple des assiégés, les couvrent d’un côté par un boulevard, et de l’autre en rompant un arche du pont222. Ils forment ensuite une ligne de circonvallation, avec douze grosses bastilles ou espèces de citadelles223, qu’ils tâchent de lier entre elles, du moins sur chaque rive de la Loire, par un double rang de fossés224 ; une treizième bastille élevée dans une île, et un pont volant225, établissent une communication entre celles de l’une et de l’autre rive, et interceptent la navigation du fleuve.

54Ces travaux, interrompus par des sorties multipliées et sanglantes226, ne pouvaient être l’ouvrage d’un moment : cependant, à la fin de janvier227 ils étaient assez avancés. La difficulté d’introduire des renforts et des munitions augmentait chaque jour228, et déjà l’on craignait une famine : on résolut de se tirer de cette situation fâcheuse en privant les ennemis eux-mêmes de subsistances. On savait que leurs magasins s’épuisaient, et que les environs d’Orléans ne pouvaient leur en fournir229.

On apprend qu’ils attendent de Paris un convoi considérable230, envoyé par Bedfort, et amené par Fastol231 ; on forme le dessein de l’enlever. On rassemble à peu près ce qui reste de troupes à Charles ; et, quelque péril qu’il y eût à affaiblir la ville, la perte en paraît si certaine, en cas de revers, qu’on détache la moitié au moins de la garnison232, afin de donner à l’armée française une grande supériorité sur l’escorte anglaise, où l’on ne comptait pas deux mille hommes233.

Mais, bien loin de répondre à ce que l’on s’en était promis, cette supériorité de forces n’eut d’autres résultats que d’inspirer de la témérité à l’un des partis, et de la prudence à l’autre. Les deux troupes se rencontrèrent le 12 février, vers l’entrée de la nuit234, auprès 55de Rouvrai-Saint-Denis, à quelques lieues d’Orléans. Fastol agit en militaire digne de la confiance de Bedfort : il rallia son escorte, la forma avec soin, réunit les charriots du convoi pour lui en faire un retranchement, aux issues duquel il plaça ses meilleurs archers ; couvrit enfin ceux-ci par une ligne de pieux ferrés plantés en terre, et propres à arrêter les premiers efforts de la cavalerie. Les Français, au contraire, sans attendre le jour, ni s’assujettir à aucun plan235, ni user de la moindre précaution, attaquèrent avec leur fureur et leur indiscipline accoutumées, et éprouvèrent aussi le même sort qu’aux batailles précédentes : la plupart des chefs236 et une partie des soldats furent tués237 ; les autres se dispersèrent, à l’exception d’un petit corps que le célèbre comte de Dunois238 et quelques officiers parvinrent à ramener dans la ville assiégée.

On sourirait aujourd’hui d’une semblable défaite ; et néanmoins la bataille de Rouvrai, qu’on nomme aussi la journée des harengs239, faillit à perdre la monarchie. Elle enlevait à Charles presque toutes ses troupes ; elle décourageait ses partisans ; elle entraînait la réduction d’Orléans, que ses habitants offrirent, sans succès, de remettre en dépôt au duc de 56Bourgogne.240.

Dès lors, la conquête des provinces méridionales était d’autant plus facile, que leurs villes étaient mal fortifiées et dépourvues de munitions, et qu’on n’avait plus d’armée pour en empêcher l’attaque.

Enfin, on désespéra tellement du salut de la France, que quelques ministres de Charles lui conseillaient de se réfugier en Dauphiné241.

Mais c’est assez parler de fautes, de malheurs et de crimes ; transportons-nous sur un théâtre dont l’aspect soit plus satisfaisant… Au moment où tout paraît perdu, où le conseil du roi n’aperçoit presqu’aucune ressource, il s’en offre une à l’improviste, et une ressource assez efficace pour produire cent fois plus qu’on n’aurait osé espérer dans des conjonctures plus heureuses. Une bergère, à peine au milieu de l’adolescence242, arrive de l’extrémité des frontières, et, après avoir franchi sans accident plus de cent lieues de pays occupé par les alliés, se présente à la cour comme envoyée de Dieu pour délivrer Orléans, cette ville qui demandait d’être confiée au duc de Bourgogne ; pour conduire Charles, ce roi sans soldats, à Reims, à quatre-vingts lieues de sa résidence, au travers de cent forteresses et d’une armée ennemie ; 57pour l’y faire sacrer sans obstacles ; pour chasser les Anglais, sauver enfin sa patrie… Elle promet donc plusieurs prodiges. Rien d’étonnant jusqu’ici : une foule d’imposteurs, et dans son siècle et dans tous les siècles, n’ont pas été moins fertiles en promesses ; mais elle les accomplit ou en procure l’accomplissement, et voilà le véritable prodige. Avant d’en exposer les détails, jetons un coup-d’œil sur les causes auxquelles on l’a attribué243.

Selon les alliés et leurs satellites, au nombre desquels on rougit de compter des évêques et l’Université de Paris244, Jeanne d’Arc était sorcière et magicienne : nos aïeux la croyaient réellement inspirée et chargée d’une mission divine245 ; plusieurs modernes ne voient en elle qu’une fourbe que les Français eurent l’art de mettre en jeu.

Aucune de ces opinions ne nous semble fondée. Indiquer la première, c’est l’avoir déjà réfutée : quant à la seconde, quoiqu’il ne nous appartienne pas de déterminer les moyens que peut employer la Divinité, disons que sans doute tout ce qui se passe est réglé par les décrets de sa providence, mais qu’il ne faut point lui attribuer le projet d’agir par des merveilles, lorsque les événements qu’on prétend miraculeux sont 58susceptibles d’une explication naturelle, telle que celle nous proposerons tout à l’heure246.

Nec Deus intersit nisi dignus vindice nodus.
[Ne faites pas intervenir Dieu, à moins que le drame soit réellement digne qu’il le dénoue. (Horace.)]

Il ne reste que l’opinion des modernes ; mais elle est, et trop injurieuse pour Jeanne, et trop honorable (en politique du moins) pour les conseils de Charles247 : en un mot, elle est entièrement démentie par le caractère et la conduite de notre héroïne et des ministres. Jeanne ne montra aucun de ces sentiments ignobles qui semblent le partage des fourbes ; elle ne dévia pas une minute du sentier de la vertu et du courage248. On peut dresser un imposteur ; on ne façonne pas aisément un héros. Pour former Jeanne au rôle brillant qu’elle remplit, sans jamais se démentir, il aurait fallu plusieurs années de préparations249, et la cour de Charles songeait à peine au lendemain, excepté quand il était question de déprédations ou de fêtes.

Lorsque Jeanne arriva, l’héroïsme était dans son cœur ; il ne lui manquait que les occasions de le développer : tout le mérite de la cour fut de les lui fournir250. Il n’était pas besoin de beaucoup de peine ou d’adresse pour cela ; Jeanne ne demandait qu’à guider les troupes, à les précéder dans les expéditions les plus périlleuses : 59on n’est guère avare de ces sortes de grâces, et ce ne sont pas de tels emplois que sollicitent les imposteurs.

On jugea que, pour lui faire obtenir de la confiance, on devait user de quelque merveilleux251 : on payait ce tribut aux opinions du temps ; mais elle put se prêter sans déshonneur aux mesures qu’on prit dans cet objet. Reconnaître le roi parmi ses courtisans ; lui découvrir un secret252 qu’il n’avait communiqué à personne, et sur lequel il garda le silence ; se laisser examiner par des femmes, des docteurs, des magistrats…, tout cela pouvait en imposer au vulgaire, sans être un sujet de reproches pour Jeanne d’Arc. Au reste, on verra bientôt que toutes ces précautions étaient inutiles, tandis qu’avec cent fois plus de moyens mystérieux ou de machines merveilleuses on eût échoué dès la première journée253, si Jeanne n’avait été qu’une femme ordinaire ou un vil instrument de la cour.

Elle soutint qu’elle avait eu des apparitions et des révélations où elle avait reçu la mission de chasser les Anglais : de là on tire l’objection la plus sérieuse qu’on ait faite contre sa sincérité. Faut-il donc ne point tenir compte de l’époque où elle vivait ? Est-il juste de 60transporter le 18e siècle au commencement du 15e, et de changer en philosophes une pauvre bergère et des soldats grossiers ? Les mœurs étaient sans doute non moins corrompues alors qu’à présent ; mais la superstition était aussi une maladie universelle,254 nourrie par l’ignorance. Née au milieu des guerres civiles et étrangères, élevée dans la haine du nom anglais, témoin des ravages continuels de son pays, s’entretenant de maux qui semblaient ne devoir point finir, est-il fort extraordinaire que Jeanne d’Arc n’y ait entrevu de remède que dans l’intervention du Tout-Puissant ; que son imagination exaltée et ardente255 ait converti plusieurs fois, pendant le sommeil, ses espérances en réalités ; et qu’enfin, douée de beaucoup de patriotisme et de courage, elle ait voulu mettre à exécution ce qu’elle croyait de bonne foi une inspiration de la Providence ?

Il est presque superflu, d’après cela, de s’arrêter à une dernière remarque : on trouve Jeanne trop expérimentée pour son âge et sa condition. Mais lorsque l’on approfondit la remarque, on reconnaît qu’elle ne repose que sur trois faits : Jeanne maniait avec assurance un cheval256, se servait avec dextérité d’une lance, et elle était éloquente… ; rien encore 61de moins surprenant. Nous voyons, dans les contrées où l’on élève le compagnon des travaux de l’homme, de jeunes paysannes aussi hardies que Jeanne : dans un temps de guerres civiles, elle avait pu souvent être témoin de l’exercice de la lance ; un contemporain assure même qu’elle s’y essayait257 dès le bas âge : elle avait également pu se perfectionner dans l’un et l’autre talent258, soit pendant son voyage de Lorraine à Chinon, où était le roi, soit pendant un séjour de deux mois qu’elle fit dans cette ville et dans les environs, avant d’agir. Quant à l’éloquence, ses discours agrestes,259 sans correction et sans ornement, n’offrent que celle qu’on tient de la nature, fortifiée par la persuasion et l’enthousiasme ; éloquence, sans doute, fort puissante, surtout envers des hommes ignorants ou rustiques,260 tels que les courtisans, les soldats ou les sujets de Charles, mais à laquelle l’art est tout à fait incapable de former.

Laissons, laissons cette discussion aride à laquelle nous nous sommes trop arrêtés ; un exposé succinct des principaux événements qui survinrent prouvera, mieux que tous les raisonnements, l’injustice ou la frivolité des critiques.

Rappelons-nous d’abord l’état de la cour après la bataille de Rouvrai ; représentons-nous, 62rassemblés autour de Charles, les capitaines, les ministres, les favoris, tremblant sur l’avenir, n’entrevoyant que la destruction de leur fortune, ne sachant quel parti prendre, ou divisés sur les plans et les mesures, presque tous inquiets ou consternés. Une jeune fille paraît : sa démarche modeste et la beauté de sa figure, où les grâces de son sexe sont unies à la dignité du nôtre, préviennent en sa faveur ; ses regards pleins de feu, son attitude qui annonce une noble hardiesse, sa physionomie où se peint la confiance, le courage qui semble respirer dans tout son être, fixent l’attention et raniment les esprits. C’est vous, dit-elle à Charles, c’est vous qui êtes le dauphin. Le Roi du ciel m’envoie vous secourir… Donnez-moi des gens de guerre, et, par grâce divine et force d’armes, je ferai lever le siège d’Orléans et vous mènerai sacrer à Reims, malgré vos ennemis261 Les assistants sont ébranlés. On l’entoure, on la questionne, on élève des doutes… elle répond à tout ; et, dans chacune de ses réponses262, même naïveté, même assurance, et, parfois, de cette éloquence qui, il faut le répéter, résulte de l’enthousiasme263, et est si propre à embraser L’âme des auditeurs… On est à moitié persuadé… ; 63on insiste toutefois. Le Roi du ciel, lui dit-on, a-t-il besoin d’armées, s’il veut sauver la France ? Elle réplique aussitôt264 : Les gens d’armes combattront en mon Dieu, et le Seigneur donnera la victoire. Tout le monde est subjugué.

Représentons-nous ensuite Jeanne d’Arc devant les théologiens et le parlement, chargés d’examiner sa mission ; écoutons ces graves docteurs ou magistrats demander des prodiges pour preuves. Conduisez-moi, s’écrie-t-elle, à Orléans, et je vous donnerai des signes certains de ma mission. On n’hésite plus ; on rassemble des troupes ; la confiance réveillée ramène une foule de fuyards ou de gens indécis ; en peu de temps, on a six mille hommes265. Jeanne, équipée en chevalier, les exhorte et les enhardit266. Il n’est bruit partout que de la Pucelle, de l’envoyée de Dieu ; chacun veut marcher sous son étendard.

Les généraux ennemis en sont informés : ils n’ont garde d’admettre sa mission, c’eût été décrier leur cause : ils répandent qu’elle est sorcière et magicienne ; ils n’en sont guère plus avancés : pour le vulgaire, un ange est moins redoutable qu’un magicien267.

64Le conseil du roi semble entièrement changé ; l’impulsion générale qu’a donnée Jeanne a entraîné les individus qui le composent, et en a fait des hommes. Le plus pressant est de secourir le boulevard de la France ; l’armée y mène un convoi : son avant-garde est composée de prêtres, et conduite par Jeanne, portant une bannière qu’ils ont sacrée268, et où sont peints des anges tenant des fleurs de lis. Ainsi précédés et guidés, tous les soldats sont des héros.

Le 29 avril 1429, on paraît à quelque distance des Tournelles. Les Anglais, en quelque sorte pétrifiés, laissent tranquillement passer269 le convoi qu’il leur eût été si facile d’inquiéter270. Jeanne, accompagnée de Dunois, et suivie des guerriers et citoyens les plus distingués d’Orléans, y fait, à la lueur des flambeaux, une entrée triomphante271. À son aspect, à ses discours, l’enthousiasme passe de l’armée à la garnison et aux habitants ; la ville est dès lors imprenable.

Ce n’était pas assez, il fallait encore chasser l’ennemi ; mais on avait besoin de renforts en hommes et en munitions. On fait expédier un second convoi. Pendant qu’on le dispose, Jeanne ne reste point dans l’inaction272 : elle parcourt la ville pour en encourager les défenseurs ; 65elle somme, par plusieurs messages, les Anglais de se retirer ; elle sort de la place et va reconnaître leurs bastilles, qui étaient autant de citadelles avec remparts273, glacis, gabions, fossés, artillerie ; en un mot, fortifiées suivant toutes les règles de l’art, et fournies de munitions de toute espèce.

Le 4 mai matin, le convoi arrive ; la pucelle marche en avant274 des troupes qui en protègent l’entrée ; les Anglais restent fermés dans leurs bastilles. Ces guerriers naguère si fiers, et auxquels des dangers imminents n’auraient pas fait refuser le combat, sont maintenant abattus275 : quoique secondés par leurs fortifications, qui leur offrent un appui et un asile également avantageux pendant une action, et quoique toujours supérieurs en nombre, ils n’osent plus agir sans avoir en quelque sorte décuplé leurs forces.

Orléans étant ainsi muni276 de tout ce qui est nécessaire pour soutenir un long siège, les généraux français arrêtent de se tenir sur la défensive277. Ce parti paraissait le plus sage : on ne courait, en effet, aucun risque ; et, dans peu de temps, de nouveaux renforts promis par la cour auraient mis en état d’assaillir les Anglais avec avantage.

Jeanne d’Arc, qu’on n’avait point appelée 66à la délibération, en jugea tout autrement : elle pensa sans doute qu’il ne fallait pas laisser aux Anglais le loisir de revenir de leur épouvante, ni s’exposer à voir refroidir l’ardeur des Français, ni trop compter sur des secours qui dépendaient de ministres tels que ceux de Charles : en conséquence, elle annonce hautement qu’il faudra marcher dès le lendemain et de bonne heure, et, pour s’y disposer, elle va prendre du repos.

Au bout de quelques minutes278, l’agitation que lui cause son projet la réveille. Pourquoi renvoyer au lendemain ce que peut-être il n’est pas impossible d’exécuter dans le jour ? Aussitôt elle se fait armer et équiper, et elle s’entretient en même temps du point où elle doit se diriger.

Sur ces entrefaites279, la nouvelle du même projet, ou la confiance que Jeanne avait inspirée, et qu’augmentait le découragement des ennemis, avait excité un détachement des Orléanais à escarmoucher contre la garnison nombreuse de la bastille de Saint-Loup, une des mieux fortifiées de la rive droite : plusieurs d’entre eux avaient été blessés, ou tués ; les autres, près de succomber, reculaient du côté de la ville. Le bruit s’en répand lorsqu’on achève d’équiper Jeanne280. Elle s’élance, 67sans délibérer, hors de son logis, se saisit du cheval d’un page qui se trouve sur ses pas et qu’elle en fait descendre, et vole à la porte d’Orléans281, que les Français repoussés tâchaient de gagner, entraînant après elle tous les guerriers qu’elle aperçoit. Elle franchit cette porte malgré les remontrances du gouverneur, Raoul de Gaucourt282, qui tenait aux résolutions du conseil, mais qui bientôt, entraîné lui-même, la suit avec toute sa troupe. Elle court, l’étendard déployé, au lieu du combat ; à l’instant, tout change de face : les Anglais se retirent dans la bastille ; les Français les poursuivent et vont les assiéger283.

Cependant Talbot, chargé du commandement des bastilles du voisinage, essaie une diversion en faveur de celle-ci ; il s’avance avec un corps de troupes284, afin de placer les Français entre deux feux. Mais les officiers et soldats restés dans Orléans, électrisés par l’audace de Jeanne, sortent en foule285, et couvrent le siège de Saint-Loup. Talbot, étonné, suspend sa marche, leur laisse prendre une position, et, peu de temps après, ordonne la retraite286.

Enhardis par ce secours, et surtout par l’intrépidité de Jeanne, les assaillants redoublent 68de valeur et d’efforts : en moins de quatre heures, la bastille est emportée287, et successivement le clocher de Saint-Loup, où beaucoup d’Anglais se sont réfugiés : presque tous ceux qui la défendent sont tués ou pris ; les Français enlèvent les munitions dont la place regorge, la démolissent ou réduisent en cendres, et rentrent dans Orléans.

Ce succès inouï montre aux généraux combien ils ont eu tort de ne pas consulter Jeanne. Le 5 mai, jour de l’Ascension, ils tiennent conseil en sa présence288. Elle propose de retourner à l’ennemi : soit timidité, soit prudence, soit scrupule réel, on objecte que ce n’est point ainsi qu’il faut célébrer une des premières fêtes de l’église ; Jeanne se rend289. On arrête enfin d’attaquer, le jour suivant, les bastilles de la rive gauche : il y en avait quatre,290 et c’étaient les plus fortes de toutes. On s’y prépare dès le soir avec tant d’activité, que tout est prêt pendant la nuit291.

Le 6 mai, de grand matin, on passe dans une petite île292, afin d’y former les troupes : cette opération achevée, on défile sur un pont construit à la hâte, à l’aide de deux bateaux. Rien n’était plus facile que d’empêcher les Français de débarquer : loin de s’en occuper, les ennemis, frappés de terreur par les 69exploits de Jeanne, qu’ils voient encore à la tête de l’expédition, abandonnent la bastille la plus prochaine293, celle de Saint-Jean-le-Blanc ; aussitôt on les poursuit dans la seconde, celle des Augustins294. Jeanne est la première au pied des murailles. Saisis à leur tour d’une terreur panique, nos soldats rebroussent chemin : toujours la première dans les attaques, Jeanne est aussi la dernière dans les retraites. Pendant que les Français regagnent l’île, elle s’aperçoit que les Anglais des Tournelles295 font une sortie pour attaquer notre arrière-garde : elle tourne bride et marche à eux, accompagnée de La Hire et de quelques autres guerriers ; elle repousse les assaillants et les force à rentrer dans les Tournelles. Ce trait hardi réveille le courage des Français ; ils reviennent tous, et se reforment sous son égide. On court à cette bastille des Augustins qu’on n’avait presque osé approcher ; elle est prise d’assaut dans un instant : la garnison, les munitions et la forteresse éprouvent le même sort que celles de Saint-Loup296.

Chaque exploit n’est, pour Jeanne d’Arc, qu’une obligation d’en essayer un nouveau. Les Anglais ont encore, sur la rive gauche de la Loire, les bastilles de Saint-Privé et des Tournelles ; le soir même, Jeanne propose 70d’assiéger la dernière, qui était, on l’a dit, couverte d’un boulevard. Le conseil de guerre résiste297. La place est à peu près inexpugnable par sa situation ; les ennemis y sont en mesure ; la garnison est composée de plus de cinq cents hommes d’armes d’élite ; elle est commandée par Glacidas, un des plus audacieux aventuriers du temps… N’importe, répond Jeanne ; attaquons, nous les battrons, nous prendrons le boulevard, nous emporterons le fort, et nous rentrerons dans la ville, demain, par le pont qu’on a jadis brisé pour les en éloigner… On est contraint de céder ; la bastille est investie sur-le-champ.

La nuit du 6 au 7 mai298, afin de prévenir toute surprise et de protéger le débarquement et la distribution des vivres que les Orléanais envoient aux assaillants harassés, on fait bivouaquer un corps de troupes. Les guerriers auxquels ce soin est confié peuvent être tranquilles ; Jeanne veille avec eux299 : elle ne veut pas plus se donner de repos qu’en laisser aux ennemis. D’un autre côté, ceux-ci, égarés par la frayeur, ou peut-être regardant les Tournelles comme imprenables, évacuent d’eux-mêmes, et à la faveur des ténèbres, la bastille de Saint-Privé300.

Le 7 mai, dès l’aube du jour,301 on place 71les échelles contre le boulevard. Secondés par leur position, leur nombre, la multiplicité et la variété de leurs moyens de défense, et animés par le désespoir de leurs pertes, le désir de les réparer et la nécessité de conserver leur dernier abri, la résistance des Anglais302 passe tout ce qu’on imaginait. L’assaut à déjà duré presque toute la journée303 sans qu’on ait gagné du terrain : déjà les Français sont fatigués ; une blessure que reçoit Jeanne, et qui l’oblige de quitter la muraille, achève de les rebuter. On pense à la retraite ; on s’y disposait304, et l’on commençait à ramener l’artillerie… ; mais à peine le premier appareil est mis sur sa blessure, et à peine a-t-elle fait une courte prière, que Jeanne revient. Apercevoir l’embarras des Français, deviner leur dessein, voler au pied du boulevard, y planter sa bannière305, est l’ouvrage d’un clin-d’œil. À cet aspect, les Français recouvrent presque subitement toutes leurs forces, et sentent augmenter leur vaillance : ils accourent, se pressent auprès de la bannière, reprennent l’attaque avec fureur, surmontent tous les obstacles, et parviennent en peu de minutes au parapet. Les Anglais se précipitent en foule dans la forteresse ; le pont-levis s’écroule sous le poids306 : Glacidas et la plus 72grande partie de ses soldats sont jetés dans le fleuve et abîmés ou écrasés par les débris. On rétablit aussitôt le pont, et, presque à l’instant, on enlève le fort et l’on rentre dans la ville… Les événements les plus extraordinaires semblent naître à la volonté de notre héroïne.

La nuit du 7 au 8, autre bivouac de Jeanne sous les armes307. Il faut veiller aux entreprises que pourraient tenter les Anglais de la rive droite, et les empêcher de se ressaisir des Tournelles.

Mais la précaution était superflue. Bien loin de penser à ce projet, le 8, au matin, les ennemis sortent de tous leurs retranchements ; ils se mettent en bataille. Les Français s’avancent ; les Anglais font une retraite précipitée308, abandonnant artillerie, munitions de guerre et de bouche, équipages, malades, tout ce qui peut les retarder ; ils fuient, pour ainsi dire, et vers plusieurs points différents… Ainsi, en moins de dix jours, on s’est emparé de fortifications qui avaient coûté à l’ennemi vingt fois plus de temps à créer ; on l’a contraint de lever un siège qui durait depuis sept mois ; on a presque détruit ses moyens d’attaque, et dissipé l’armée sur laquelle il comptait le plus309 !

73Reprenons haleine. Entraînés par la rapidité des événements, par les prodiges accumulés sur les prodiges,310 nous avons presque, à notre insu, converti cette partie de notre ouvrage en un simple journal ; mais, en suivant une autre méthode, aurions-nous pu mieux célébrer notre héroïne ? Lorsque les faits parlent, il n’est pas besoin de réflexions.

C’est la conduite de Charles qui en fournirait une ample matière, si l’on n’éprouvait pas une sorte de lassitude, et presque de dégoût, à représenter un prince conservant tant d’apathie au milieu de sujets qui se distinguaient par tant d’exploits. Tout ce qu’on avait obtenu de lui, c’était qu’il vînt jusqu’à Loches ; qu’il se rapprochât d’Orléans de quelques lieues311.

On s’indigne davantage d’une telle inertie, lorsqu’on examine l’activité de Jeanne d’Arc. Dès le lendemain de la délivrance d’Orléans, dès le 9 mai312, quoique blessée, elle part pour Loches : là, il lui faut lutter contre des adversaires non moins difficiles à dompter que les Anglais. Elle a rempli la première de ses promesses ; elle désire d’accomplir la seconde, de conduire Charles à Reims pour le faire sacrer. On s’y oppose longtemps, et il faut convenir qu’on avait des raisons fort 74plausibles313 : il s’agissait de traverser soixante-dix lieues d’un pays dont les habitants étaient dévoués à l’ennemi, qui était coupé par plusieurs rivières et rempli de places fortes, toutes occupées par les alliés ; et l’on avait si peu de ressources, qu’on manquait d’argent314 pour assurer le transport de l’artillerie. Mais oubliait-on ce que peut le Français, lorsqu’il est encouragé par la présence de son monarque et bien dirigé ?… Jeanne ne se rebute point ; elle insiste si vivement315 que la cour se rend à sa demande : on décide seulement qu’il faut, avant le voyage, recouvrer les places voisines de la capitale de l’Orléanais.

La réputation de Jeanne et les succès qu’on a racontés faisaient accourir des soldats316 de toutes parts. Vers le commencement de juin, huit mille hommes317 sont rassemblés sous les murs d’Orléans. Impatients de se distinguer, ils vont attaquer Gergeau, à quelques lieues de là : Jeanne n’était point avec eux ; ils échouent dans leur entreprise318.

Ce léger revers n’avait, au reste, rien de surprenant : la ville de Gergeau était extrêmement fortifiée ; douze cents hommes d’élite319 formaient sa garnison ; et quoique très suffisante par elle-même, vu le peu d’étendue de la place, cette garnison semblait doublée 75par son chef, le célèbre Suffolck, que Bedfort y avait envoyé à cause de l’importance du poste.

Mais, on l’a vu, quels que fussent les obstacles, Jeanne n’en était point intimidée. À peine est-elle arrivée à Orléans, qu’on reprend l’expédition. Le 11 juin, les Français sont auprès de Gergeau320 ; le 12, d’après son conseil, ils donnent l’assaut. Elle ne se borne pas à des avis ; elle marche au premier rang, plante sa bannière au pied des remparts, et, quoiqu’en butte à tous les traits des assaillants, elle excite à haute voix ses compatriotes. Atteinte d’un coup de pierre, et renversée dans le fossé, elle redouble d’ardeur : Amis ! amis ! notre Seigneur a condamné les Anglais ! Ils sont à vous ; bon courage ! À ces cris, les soldats s’élancent ; ils renversent tout ce qui se présente ; la ville est emportée, et Suffolck, ainsi que toute sa garnison, faits prisonniers321… Le 15, le pont de Meun ; le 16, Beaugency ; le 17, le château de cette dernière place322, éprouvent le même sort.

Cependant le duc de Bedfort, informé de la levée du siège d’Orléans,323 et alarmé des désastres de son parti, s’efforçait d’en rétablir les affaires dans l’Orléanais. Il confie d’abord 76le commandement des débris de ses troupes à Talbot, le plus vaillant de ses généraux ; il le renforce bientôt d’un corps de six mille hommes, conduit par Fastol, que la victoire de Rouvrai avait tant illustré.

Après cette jonction324, qui donna une grande supériorité aux Anglais, et le lendemain de la prise du château de Beaugency, l’armée française les atteignit à Pathay, dans le voisinage de Rouvrai, dont l’aspect semblait devoir augmenter l’intrépidité des soldats de Talbot et Fastol. Mais les temps étaient bien changés. Exhortés par Jeanne à les assaillir, les Français ne leur donnent le loisir, ni de se retrancher, ni de se former, ni de se reconnaître ; ils fondent sur eux dès le point du jour, et, dans peu de moments, ils effacent le souvenir honteux de la journée des harengs. L’armée anglaise est battue complètement et détruite ou dispersée ; Talbot est au nombre des prisonniers ; et Fastol, qui l’eût cru ? Fastol prend la fuite sans attendre la fin du combat325 ! Un esprit de terreur semble s’être emparé des Anglais, depuis que Jeanne a paru.

La reddition de Janville, où étaient leurs bagages, leur artillerie, leurs magasins, et de beaucoup d’autres places,326 est le fruit de cette victoire.

77On court à Sully en exposer les détails à Charles, que tant de succès avaient déterminé à faire quelques pas de plus. Jeanne essaie de lui rendre un nouveau service : elle le sollicite, elle le supplie à genoux de recevoir les secours du connétable327, qui venait généreusement de lui amener un détachement de quinze cents hommes. Charles n’osa résister ; mais, cédant bientôt aux insinuations de la Trémouille, il défendit à Richemont de l’accompagner au sacre. Quel aveuglement dans ce prince ! Il accueillait avec facilité les mesures qui étaient nuisibles à l’État, et il fallait le contraindre à celles qui lui étaient profitables, et même on n’y réussissait pas toujours.

Empressés de le voir, les habitants des divers cantons de l’Orléanais se réunissaient dans leur capitale, où on l’invitait à aller remercier ses sujets de leur fidélité et de leur zèle, et où ceux-ci lui préparaient, à leurs frais, une réception magnifique ; il se tint fermé à Sully, à Gien ou à Châteauneuf328.

Enfin, on se résout au voyage de Reims ; on se met en marche le 29 juin329. L’expédition est peut-être plus étonnante que tout ce qui a précédé, et c’est surtout à Jeanne330 qu’on en doit le succès. En donner les détails331, ce serait s’exposer à des répétitions 78fastidieuses ; car, en toute occasion, on voit dans cette guerrière la même bravoure, bien secondée par l’armée, à qui elle inspire de l’audace, en même temps qu’elle jette souvent du découragement parmi les ennemis ; et partout aussi même incertitude, même timidité dans le conseil de Charles. Il suffit d’observer qu’en dix-huit jours l’espace qui sépare Gien de Reims est franchi, les rivières qui le coupent traversées, les villes qui y étaient semées comme autant d’obstacles soumises ; qu’enfin, le 17 juillet332, Charles, considéré jusque-là par une multitude de Français comme un simple héritier du trône333, en acquiert à leurs yeux la possession par l’onction religieuse. Une foule de villes de la Champagne, de la Brie, de l’Isle-de-France, se hâtent de chasser les garnisons des alliés, et de lui apporter leur repentir.

Le même motif nous fera aussi omettre les détails de tout ce qui se passa jusqu’à la fin de la campagne334. L’armée royale parcourut l’Isle-de-France et les environs ; quantité de places furent également soumises ou rendues ; on brava deux fois l’armée anglaise, qui, quoique secondée d’une autre armée destinée à une croisade335, n’osa accepter la bataille ; on parvint à conclure une trêve de quelques 79mois pour les provinces septentrionales336 ; on se porta ensuite au midi de la Loire, où l’on s’empara de Saint-Pierre-le-Moutiers, grâces à l’intrépidité et aux exhortations de Jeanne336bis ; enfin, on n’échoua guère que dans deux entreprises, qui avaient pour objet de surprendre Paris, et de détacher des Anglais le duc de Bourgogne. La première, où la Pucelle fut blessée pour la troisième fois337, ne put réussir, faute d’une armée assez nombreuse ; les Anglais firent avorter l’autre, en accablant Philippe de dons et d’honneurs337bis.

La campagne suivante s’annonçait sous de favorables auspices ; déjà notre héroïne, assistée de quelques capitaines, avait battu et fait prisonnier338 un fameux partisan bourguignon, nommé Franquet d’Arras, lorsque nos progrès furent, sinon arrêtés, du moins retardés par quelques circonstances. Et d’abord, la prise de la Pucelle339, au siège de Compiègne (24 mai), où elle fut victime de son courage, peut-être de la jalousie que les généraux commençaient à en concevoir, ou de la perfidie du gouverneur de la ville… ; ensuite, les efforts que fit le duc de Bourgogne, en reconnaissance des libéralités des Anglais ; le dénuement d’argent où se trouvait Charles340, et dont ses troupes s’autorisaient pour piller 80ses partisans comme ses ennemis ; enfin, et plus que tout, son étrange conduite340bis.

Après l’expédition à laquelle Jeanne venait de l’entraîner, non seulement il retomba dans son ancienne apathie et s’abandonna à son penchant pour les plaisirs, mais, de plus en plus ministre ou esclave de ses favoris341, il souffrit que la Trémouille employât l’armée royale à des expéditions contre les places appartenant au connétable ; il n’essaya point d’empêcher cette guerre intestine, qui enlevait aussi à la patrie le secours qu’on eût tiré des troupes des deux rivaux, et l’appui du génie et de la valeur de Richemont : elle ne se termina même, au bout de deux années, que parce que les adversaires de la Trémouille eurent l’audace de l’attaquer et de le charger de fers342 ; attentat inouï que le roi, dans le palais duquel on s’en était rendu coupable, ne rougit pas d’approuver devant l’assemblée de la nation.

Quelque grands que fussent ces obstacles, l’impulsion donnée par Jeanne avait été si forte343, qu’elle ne put en être détruite. Les succès furent sans doute moins rapides, moins considérables et plus disputés ; mais ils l’emportaient sur les revers : insensiblement, ils procurèrent à Charles ce qui lui était absolument 81nécessaire pour mettre fin à cette lutte si longue et si sanglante. Un monarque n’est réellement puissant que de l’affection de ses sujets : si Charles avait failli à succomber, c’est qu’il avait perdu celle d’une grande partie de ses provinces, et qu’il ne faisait rien pour la regagner. Les événements qui le servirent paraissant le fruit d’une protection spéciale de la Divinité, engageaient les Français à revenir d’eux-mêmes sous son empire. Il fallait jadis se défendre contre eux ; depuis les exploits de Jeanne, on n’eut presque à combattre que les garnisons ennemies344.

Tous les jours la domination du roi s’affermissait et s’étendait, et par-là même l’ascendant des alliés diminuait : elle offrait plus de sûreté et de profit à quiconque accepterait l’alliance de Charles. Cinq ans après le siège d’Orléans, le duc de Bourgogne lui accorda la sienne345 (septembre 1435) ; et successivement, au bout de six mois, il rentra dans sa capitale346 (avril 1436).

Dès lors, le triomphe de la France cessa d’être problématique. Charles qui, loin de le hâter, ainsi qu’il le pouvait, semblait l’attendre avec indifférence, devint un grand homme, lorsqu’au lieu de la ravir, il n’était plus besoin que de saisir la victoire.

Cependant, s’il se tira un peu tard de sa 82honteuse léthargie, il faut, l’équité le veut, dire et montrer qu’il répara amplement le temps perdu. Il se débarrasse tout à coup des chaînes des flatteurs, et s’entoure de ministres éclairés. Il se met à la tête de ses troupes, et donne de continuelles preuves de valeur et de génie militaire346bis. Vrai père de ses sujets, le désir de ménager leur sang et leur repos l’engage à ne pas précipiter ses expéditions. Il enlève peu à peu toutes les conquêtes347 de l’ennemi (1453), qu’il confine dans les murs de Calais. Il porte même l’alarme sur les côtes de l’Angleterre (1457), dont nos flottes avaient oublié la route pendant soixante ans348. Il acquiert le respect et la confiance des nations étrangères349, et la république de Gênes (1458) vient lui demander une protection qu’elle avait rejetée depuis un demi-siècle. Travaillant sans relâche à ce qu’exige le bien de l’État, et se donnant à peine un jour de plaisance par semaine350, il ne tient pas d’une main moins ferme et moins habile les rênes de l’administration intérieure. Il commence à comprimer cette puissance si dangereuse des premiers vassaux de la couronne, que son fils parvint ensuite à abattre. Naguère on n’obtenait rien des grands qu’à l’aide d’une guerre ; Charles est assez fort pour faire saisir par un huissier 83le comté d’Armagnac et le duché d’Alençon, et pour faire condamner à mort un prince351 du sang. Les finances sont assujetties à des règles352 ; une économie sévère, sans parcimonie, est mise dans la distribution des deniers publics. Après avoir été forcé à tant de dépenses, et réduit pendant tant d’années à si peu de ressources, il laisse des fonds suffisants353 pour retirer plusieurs des places qui avaient été le gage de l’alliance du duc de Bourgogne. Les exactions sont réprimées354, les troubles pacifiés ; l’activité est rendue aux tribunaux, dont l’autorité était dès longtemps méconnue. Il ne se borne pas là : portant ses regards dans l’avenir, il ordonne qu’on rédige et écrive les coutumes innombrables qui servaient de lois (1453), ou plutôt de moyens de discorde, aux deux tiers de la France. Il a ainsi la gloire de jeter les fondements d’un édifice indispensable à notre bonheur (Code civil), mais tellement difficile à élever que trois siècles et demi en ont à peine procuré de légères continuations ou restaurations, et qu’il n’a pas moins fallu que la plus extraordinaire des révolutions pour le terminer. À ce bienfait, qui mérite à Charles une éternelle reconnaissance, il en joint d’autres non moins précieux : il ranime les études, en procurant à l’Université 84de Paris355 un meilleur régime ; il rétablit la méthode des élections356 pour la collation des emplois judiciaires et ecclésiastiques ; il contient les entreprises de la cour de Rome, et en circonscrit le pouvoir dans des limites que, pour le bien de la religion, elle n’eût jamais dû franchir ; il consacre les droits si improprement nommés les libertés de l’église gallicane, et sa pragmatique-sanction est encore un modèle pour nous.

Quelque avantageuses que soient toutes ces opérations, et bien d’autres que le défaut d’espace nous oblige d’omettre, il en est une qui, dans la situation où était la patrie, les efface toutes, et qui a été la cause éloignée du repos dont nous jouissons. Depuis l’invasion des Anglais, sous Philippe de Valois, la France avait été en proie à une soldatesque effrénée, composée, soit de citoyens trop accoutumés au pillage pour reprendre à la paix les travaux pénibles de l’agriculture et de l’industrie, soit d’étrangers accourus pour profiter des troubles, et les uns et les autres réunis sous des aventuriers indépendants qu’il fallait acheter, et qu’il eût été imprudent de combattre. Charles V s’en débarrassa357 en les envoyant en Espagne ; ce n’était là qu’un faible palliatif : les mêmes causes et les mêmes 85circonstances firent renaître ces compagnies lors des premières divisions des Bourguignons et des Armagnacs. Dès cet instant, la France fut un champ de brigandages358 ; et les troupes attachées aux princes souverains, loin d’arrêter le mal, s’aidèrent à l’aggraver, parce qu’elles n’avaient aucune discipline359, et qu’on n’acquittait presque jamais leur solde. La guerre avec toutes ses fureurs était quelquefois moins à redouter pour les artisans, les marchands et les cultivateurs, qu’une paix ou une trêve qui laissait au soldat la liberté d’assouvir chaque jour sa soif de dévastations et de forfaits : heureux lorsque, par crainte ou par besoin, ils ne s’en rendaient pas les complices ! car les citoyens étrangers à l’exercice des armes, et jusqu’aux ecclésiastiques360, souvent abandonnèrent leur profession et devinrent brigands pour éviter d’être victimes. Plus de sûreté dans les routes ; aucun asile qui pût garantir les propriétés et la vie des habitants de la campagne : il fallait tenir d’une main la charrue, et une arquebuse de l’autre. Si le désespoir les portait à se soulever, trop inexpérimentés dans l’art militaire, ils ne tardaient pas à être réprimés et punis avec rigueur ; mais bientôt aussi ils se vengeaient, sur les soldats épars361, des maux qu’ils en 86avaient reçus en masse : de là un esprit de cruauté ou plutôt de férocité362 qui avait gagné presque toutes les classes de citoyens, et que, loin de chercher à éteindre, on soufflait jusque dans l’âme pure et douce de l’enfance363. Les effets qui en résultèrent furent horribles ; il ne faut pas moins que le concert unanime des monuments les plus authentiques, et la conviction de l’état effrayant où la monarchie était réduite, pour se résoudre à y croire. On nous dispensera sans doute de nous y appesantir, surtout lorsqu’on aura lu ce que nous en allons exposer. À l’issue d’un siège, on condamnait ordinairement au pillage et à l’incendie364 les villes qui avaient retardé et illustré leur soumission par une défense vigoureuse ; on ne faisait guère de quartier à leurs garnisons ; enfin, il n’était pas rare de voir massacrer les prisonniers365, non dans un premier mouvement de colère excité par la résistance, mais au bout d’un intervalle assez long pour inspirer de la clémence, si l’on en eût été susceptible. Un évêque de Liège366 dévouait à la corde tous les soldats pris dans une forteresse ; et après avoir repu ses yeux de leur supplice, pour lequel il contraignait leur aumônier à servir de bourreau, il faisait brûler le malheureux prêtre. On épargnait 87sans doute les captifs dont on attendait une rançon ; mais les pauvres n’obtenaient aucune miséricorde, et une mort rapide367 ne contentait pas toujours la rage de leurs vainqueurs : beaucoup de capitaines étaient autant de des Adrets. Une autre conséquence du défaut de sûreté était le défaut de police et de provisions. Les maladies contagieuses et les famines368 qu’occasionnent les guerres faites sans observation du droit des gens exerçaient à un tel point leurs ravages, qu’on vit, pendant un hiver, les loups pénétrer369 jusqu’au milieu de la capitale pour y dévorer les cadavres abandonnés de ses habitants… Hâtons-nous de passer au moyen par lequel Charles remédia à tant de calamités. Il fut très simple : ce monarque n’en est que plus louable, et d’autant plus louable que, jusque-là, on n’avait su trouver que des palliatifs. On forma divers corps de troupes réglées370 ; on les rendit permanents, à l’aide d’un recrutement périodique ; on les disciplina, et on les accoutuma à plier sous des chefs qu’on leur choisit ; on établit une taxe également permanente, par laquelle, en assurant à l’avenir le paiement de leur solde, on leur ôta tout prétexte à des brigandages ; on s’en servit, enfin, pour disperser ou détruire les aventuriers qui ne 88voulurent pas se ranger sous les drapeaux du pouvoir légitime. La suite de cette mesure s’aperçoit d’avance : le laboureur retourne à ses champs371, l’artisan à ses ateliers, le marchand à ses magasins, les juges à leurs tribunaux ; l’agriculture commence à fleurir, le commerce essaie de naître ; chacun jouit en paix de sa propriété ou des fruits de son industrie ; chacun peut céder à ce penchant naturel, un des principes vivifiants du corps social372, qui nous porte à améliorer notre état, et par là même à concourir à la prospérité publique ; l’administration est libre elle-même de s’occuper des améliorations générales qui sont au-dessus des forces des particuliers. Bientôt la France est assez puissante pour tenter de conquérir des royaumes étrangers373 ; et ce qui doit surtout fixer notre attention, et en même temps renouveler notre gratitude envers Charles, c’est qu’après avoir été pendant deux siècles le théâtre sanglant des excursions de ses voisins, si notre patrie a vu, depuis, ses extrêmes frontières quelquefois entamées, des quatre-vingt-quatre départements dont elle était composée en 1790, il y en avait au moins soixante qui ne connaissaient la guerre374 que par l’assiette des impositions ou les récits des historiens.

89Ce tableau rapide du gouvernement de la France, pendant plus d’un demi-siècle, prouve la vérité de deux maximes qui sont, en quelque sorte, le but moral de notre ouvrage : Rien de si malheureux que le peuple abandonné aux ministres et aux courtisans ! Rien de si heureux que le peuple qu’un bon roi gouverne par lui-même !… Celle-ci s’applique aux Français pendant les vingt-cinq dernières années du règne de Charles VII : ce qu’il fit dans cet intervalle le place au rang des plus grands monarques et des meilleurs des hommes… Empressés de lui rendre justice, et encore pénétrés de reconnaissance pour les services qu’il rendit à nos aïeux, et dont l’influence s’est étendue jusqu’à nos jours, pourquoi faut-il que le Génie inexorable de l’histoire nous force de revenir sur nos pas, de rappeler un des traits qui flétrirent sa jeunesse ?

Nous avons laissé Jeanne d’Arc au moment où elle fut prise par les ennemis. Dès lors, l’Europe eut un spectacle si révoltant, qu’il est à souhaiter que nos annales n’aient plus à en décrire de semblable. Jeanne s’était rendue à un seigneur de la maison de France ; il la livra375 à Jean de Luxembourg, général des Bourguignons : ce dernier eut l’infamie d’en faire un objet de commerce. Aussitôt un 90homme dont la mémoire est encore en exécration, Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, s’unit aux théologiens de l’Université de Paris376, tous d’autant plus acharnés contre Jeanne, qu’ils se sentaient plus traîtres au souverain qu’elle venait de si bien servir ; et, il faut l’avouer, les Français de leur parti, et surtout les Parisiens, les enhardissaient dans leurs fureurs par la joie qu’ils témoignèrent377, les fêtes qu’ils célébrèrent en l’honneur de la prise de Jeanne. Ils n’attendent pas que les Anglais, cédant à la vengeance ou à l’espoir de décourager les royalistes, excitent à accuser cette infortunée ; eux-mêmes pressent Luxembourg et sollicitent378 l’intervention du duc de Bourgogne pour obtenir la proie qu’ils se proposent de dévorer. C’est l’évêque de Beauvais qui est le Proxénète du marché ; c’est lui qui offre la somme pour laquelle la tête de Jeanne est, en quelque sorte, mise à prix. À peine a-t-il la victime en son pouvoir, qu’il réclame avec instance les autorisations et les appuis dont il a besoin pour agir et en disposer sans obstacles. Enfin, parvenu, au mépris de toutes les lois canoniques ou civiles379, à se créer le juge ou plutôt l’inquisiteur de Jeanne d’Arc, il s’associe une quarantaine d’ecclésiastiques ou de moines380, 91la plupart d’un caractère propre à faire honneur à la cruelle sagacité de leur chef. On emploie quatre mois à instruire le procès, ou plutôt à préparer l’assassinat381 de celle que les anciens eussent placée au rang des demi-dieux. Que ces misérables aient projeté ce forfait, rien de moins extraordinaire ; mais qu’ils aient cherché aussi longtemps des prétextes pour le commettre, voilà ce qui serait inconcevable, si l’on ne réfléchissait qu’heureusement pour les gens de bien, le méchant n’est jamais tranquille sur les suites du crime qu’il médite ! Opinion salutaire ! il est tellement effrayé du remords, de ce supplice invisible qui l’attend et menace de le déchirer jusqu’au tombeau, que, lors même qu’il n’en est pas retenu, il tâche de l’étouffer d’avance en se procurant quelques excuses, fût-ce par les moyens les plus coupables.

Voilà, en effet, ceux dont se servirent382 les bourreaux de Jeanne d’Arc. Questions et réticences insidieuses, impostures, faux matériels, menaces, violences, ils ne négligèrent rien pour la faire tomber dans le piège ; tout tourna à leur confusion et à sa gloire. Presque aussi admirable par sa noble résistance à l’oppression que par son intrépidité dans les combats, elle sut tenir tête à ses adversaires, 92et les réduire au silence de la honte par la justesse, la dignité et l’énergie de ses réponses. Ils avaient imaginé toutes sortes de manœuvres pour lui découvrir des fautes ; ils ne lui trouvèrent que des vertus. Le seul résultat de leur procédure, ainsi que de plusieurs autres qu’on fit dans la suite, fut que, par sa sagesse, elle était le modèle de son sexe383, comme elle avait été l’envie du nôtre par sa bravoure au milieu des périls, son humanité et sa modestie après la victoire ; enfin, par son héroïsme. Tous les témoins de ses exploits, tous les historiens de son temps384, amis ou ennemis, nationaux ou étrangers, lui rendirent cette justice. On fut réduit à la condamner sur ce qu’elle prétendait avoir eu des révélations et apparitions dont tout le monde admettait pourtant la possibilité385, et sur ce qu’elle avait pris des habits d’homme, après avoir promis de ne s’en plus vêtir ; encore l’avait-on contrainte à cette précaution de prudence385bis, qu’on osa qualifier de crime, et punir par le plus horrible des tourments386 !

Pendant ces longues et douloureuses angoisses de Jeanne d’Arc, que faisait le prince qu’elle avait replacé sur le trône ? Digne prédécesseur de Henri, savait-il, comme lui, 93s’arracher des bras de la volupté pour protéger, contre les attaques de l’envie, ses plus généreux défenseurs ? Usait-il de toutes ses ressources pour dérober sa libératrice aux attentats dont elle était menacée ? Profita-t-il de l’intervalle où elle fut la captive de Luxembourg pour couvrir honorablement l’enchère ignominieuse à laquelle on l’avait mise ? Tenant dans ses fers tant de prisonniers qu’elle lui avait procurés à Orléans, à Pathay et ailleurs, sans compter ceux que, dans le cours de sa détention, il dut à la valeur dont Gaucourt, Xaintrailles et Barbazan firent preuve pour lui aux batailles d’Anthon, de Germigny, de la Croisette et de Chape387, proposa-t-il un échange qu’on n’aurait pas eu la hardiesse de rejeter ? À l’exemple de Dunois388, qui ne dédaigna pas ce moyen pour recouvrer un messager obscur de Jeanne, essaya-t-il de menacer les Anglais de représailles, si l’évêque de Beauvais et ses satellites continuaient leurs persécutions ? On rougit de n’avoir rien à répondre pour Charles VII389. Qui oserait l’excuser sur quelques actes judiciaires qu’il autorisa ou demanda, au bout de vingt-cinq ans390, pour justifier l’héroïne de la France ? Eh ! ce n’était pas à elle qu’il fallait une justification, c’était à son ingrat souverain ; et, 94au lieu d’une vaine procédure391, il fallait lui élever des arcs de triomphe !

Femme illustre et infortunée ! voilà donc la récompense de tant de services et de vertus ! Que dis-je ? la postérité, cet asile vengeur de l’innocence, lui ferma quelquefois son temple ! On vit, cent cinquante ans après, des écrivains de son pays392 suspecter audacieusement sa chasteté et sa bonne foi ; et cela, sans la moindre preuve, et contre le témoignage de tous les documents où ils avaient à puiser leurs odieuses conjectures ! Bien plus, comme si sa mémoire dût être en butte à une destinée aussi étrange que celle dont elle-même fut la victime, de deux ouvrages auxquels elle eut le triste honneur de donner son nom, l’un, que l’on voua à sa gloire, est composé en dépit de tous les préceptes du goût, autant que l’autre, où on la tourne en ridicule, brille de tous les charmes de la poésie la plus séduisante !

Que ses mânes se rassurent, néanmoins ! La voix de la justice perce tôt ou tard ; et, plus elle fut étouffée par la haine ou la prévention, plus elle se fait entendre avec éclat. Déjà, équitable appréciatrice des temps et des circonstances, elle proclame hautement que si Jeanne put se laisser éblouir par l’idée 95d’être l’envoyée de l’Éternel, cette illusion, ennoblie d’ailleurs par le civisme qui en fut la source, était favorisée par les opinions de ses contemporains, tandis que ses vertus furent les vertus de tous les siècles. Tant que la pudeur, la piété, la bravoure, la générosité, le dévouement à la patrie, seront honorés par les Français, son souvenir vivra parmi eux, et ils la présenteront à leurs enfants comme un modèle plus facile à imiter qu’à atteindre !

Qu’on ne croie pas, d’ailleurs, qu’ils aient tous montré de l’insensibilité pour ses bienfaits : la ville qu’elle préserva d’un joug détesté, célèbre depuis cette époque une fête393, et lui a érigé un trophée en mémoire de sa vaillance394. Espérons que cet hommage excitera de l’émulation. S’il acquitte la dette des Orléanais, il est, pour la France, une trop faible expiation de l’abandon où elle laissa Jeanne d’Arc, lorsqu’elle avait besoin de secours. Non ! non ! ce n’est pas dans les murs d’Orléans qu’on doit se borner à élever des monuments en son honneur : elle n’appartient pas à cette ville ; son courage lui a donné le droit de cité dans tout le royaume. Oui ! c’est au milieu des plus grands hommes de tous les temps que son effigie doit nous rappeler ses 96exploits et ses vertus : oui ! c’est dans le Panthéon français qu’il faut la placer, et la placer donnant la main au chevalier sans peur et sans reproche !

Notes
du Coup-d’œil sur les révolutions de France, au temps de Charles VI et de Charles VII, et surtout de la Pucelle d’Orléans

  1. [1]

    À l’égard des dates mises en marge, voyez [la préface]. Observons seulement que l’année commençait alors à Pâques ; de sorte que les derniers mois étaient janvier, février et mars, et quelquefois une partie d’avril.

  2. [2]

    Charles V, fils de Jean-le-Bon, et petit-fils de Philippe de Valois. 109

  3. [3]

    Ils avaient aussi Brest et Cherbourg, dont nous ne parlons point ici, parce que ces villes appartenaient au duc de Bretagne et au roi de Navarre… Les Anglais les rendirent à leurs anciens souverains en 1396 (V. Hume, t. 5, p. 380, 426 ; Choisy, 2, 208 ; Villaret, X, 406, 416 ; XII, 151) ; et l’héritier de Charles-le-Mauvais nous céda Cherbourg en 1404. (Voy. Villaret, XII, 413 ; Dutillet, Recueil des Traités, p. 339, 340.)

  4. [4]

    Voy. ci-après notes 28 et 86 ; et Villaret, XI, 436, XII, 406.)

  5. [5]

    Le vainqueur de Jean-le-Bon, et l’un des plus grands hommes que l’Angleterre ait produits… Communément appelé le prince Noir à cause de la couleur de ses armes… Mort le 8 juin 1376. (Voy. Hume, t. 5, p. 335, 340 ; Villaret, X, 333.)

  6. [6]

    Richard II, fils du prince Noir, âgé seulement de onze ans. Il avait succédé, le 21 juin 1377, à son aïeul Édouard III, dont les Anglais regardent le règne comme le plus glorieux de ceux dont leurs annales ont transmis la mémoire. (Voy. Hume, t. 5, p. 336, 371 ; Villaret, X, 354.)

  7. [7]

    Les ducs de Lancastre, d’Yorck et de Glocester… Le parlement confia l’administration à un conseil ; mais ils en dirigeaient les résolutions… Le duc de Lancastre 110avait des prétentions sur la couronne de Castille ; il conduisit dans ce royaume les meilleures troupes de l’Angleterre, et y fit la guerre jusqu’en 1389. (V. Hume, 1. 5, p. 372-377, 379, 397, 423 ; Laboureur, Hist., 123 ; Juvenal, 69.)

    Quant aux divisions et aux désordres qui régnaient dans le gouvernement anglais, Voy. Hume, t. 5, p. 398, etc.

  8. [8]

    Ceci eut lieu en 1395. (Voy. Villaret, XII, 220 ; Laboureur, 324 ; Choisy, 211.)

  9. [9]

    Voy. Juvenal, 173.

  10. [10]

    Voyez, sur cette expédition injuste et impolitique, la première moitié du tome XI de Villaret.

  11. [11]

    Voy. Villaret, XI, 254.

    Le 15 janvier 1380, ou cinq mois après la mort de son père, Charles VI fit la paix avec le duc de Bretagne. (Voy. Dutillet, Rec. des Traités, p. 324.)

  12. [12]

    La marine anglaise était tombée en décadence sous Édouard III. Le parlement s’en plaignit vivement dès la première année (1377) du règne de Richard II. (Voy. Hume, t. 5, p. 363. Voy. aussi Villaret, XI, 73.)

    Quant à la marine française, voy. Villaret, XI, 73 ; et ci-après note 28. 111

  13. [13]

    À tous ces moyens de prospérité, il semble qu’on pourrait ajouter le nombre considérable des princes du sang (Laboureur, Introd., p. 40, en compte quarante-six, dont il donne la liste), puisqu’ils auraient dû être les appuis de la couronne ; mais ils contribuèrent, au contraire, à la ruine de l’État.

    La maison de Bourbon descend du vingt-troisième de ces princes… Au bout de trois cent cinquante ans, la postérité masculine de tous les autres était anéantie.

  14. [14]

    Charles V naquit le 21 janvier 1337, monta sur le trône le 8 avril 1364, et mourut le 16 septembre 1380. (Voy. Laboureur, Introd., p. 3 et 4 ; Villaret, XI, 101 ; Thomassin, 86.)

  15. [15]

    Charles VI n’avait que onze ans (il était né le 3 décembre 1368), et, d’après une ordonnance de 1374, les rois n’étaient majeurs qu’à quatorze ans. (Voy. Laboureur, Introd., p. 4 et 5.)

  16. [16]

    Il ne prononça pas même le mot de régence dans une ordonnance qu’il fit pour le gouvernement futur du royaume. De tout ce qu’il avait prescrit à cet égard, la fixation de la majorité fut la seule règle que l’on conserva. (Voy. Laboureur, Introd., p. 5, 34, 35. Voy. aussi Choisy, 4.)

  17. [17]

    Voy. à ce sujet le Laboureur, Introd., p. 50 ; 112idem, Histoire, p. 13 ; Juvenal, 6, 8 ; Choisy, 13.

  18. [18]

    Voy. à ce sujet le Laboureur, Hist., p. 94.

  19. [19]

    Il épuisa en deux mois le royaume… Il était avare jusqu’à la cruauté… Aussi redoutable au peuple que les ennemis de l’État, etc. etc. (Voy. Laboureur, Introd., p. 38, 46 et suiv. Voy., pour d’autres détails, idem, Hist., p. 9 et 94 ; Choisy, 5, 31.)

  20. [20]

    C’est ce que dit positivement le Laboureur, Introd., p. 50. (Voy. aussi, pour les détails de ces révoltes et des mesures de rigueur, idem, Hist., p. 6, 13, 15, 35, 41.) C’est surtout au mois de février 1382, au retour de l’expédition de Flandres, qu’on en fit usage. Beaucoup de Parisiens, même d’une classe aisée, furent punis de mort, et des milliers de bourgeois condamnés à des amendes qui les ruinèrent, sans que le trésor public en profitât. (Voy. idem, p. 66 à 72. Voy. aussi Choisy, 13, 34, 66 et suiv. ; Hénaut, an 1381.)

  21. [21]

    Le 20 septembre 1384… Il était parti pour son expédition au commencement de 1382. (Voy. Laboureur, Introd., 67 ; id., Hist., 46.)

  22. [22]

    Et cela était d’autant plus injuste, que le comte avait occasionné les révoltes des Flamands par sa mauvaise administration, et qu’il avait favorisé les entreprises des 113Anglais contre la France. (Voy. Laboureur, Introd., p. 91 ; id., Hist., p. 29 ; Juvenal, 30. Voy. aussi Choisy, 31, 47, 49 ; Villaret, XI, 307.)

    Le duc de Bourgogne entraîna aussi Charles VI, à peu près dans les mêmes vues, à une expédition contre la Gueldre, où notre armée fut presque ruinée par les fausses mesures qu’il prit (toujours dans les mêmes vues). Cette expédition eut lieu de juillet à octobre 1388, et non pas en 1387, comme l’indique Villaret, XI, 459. (Voy. Laboureur, Hist., p. 147-156 ; Juvenal, 83, 84.)

    En 1396, Charles donna encore au gendre de Philippe quatre cents hommes d’armes pour faire la guerre aux Frisons. (Voy. Laboureur, Hist., 334.)

  23. [23]

    La bataille se donna le 11 novembre 1382… Nous puisons cette date, omise par Villaret (XI, 315), dans Laboureur (Hist., p. 63).

    Quoique les Flamands se soient depuis révoltés plusieurs fois, nous n’exagérons point ici l’effet que nous attribuons à la victoire de Rosbecq. Nous avons, à cet égard, une autorité décisive dans un discours des ambassadeurs de Louis XI à Charles-le-Téméraire, arrière-petit-fils de Philippe (en 1470). Jamais, dirent-ils, les ducs de Bourgogne ne se fussent maintenus dans cette haute fortune, si Charles VI n’avait soumis les Flamands, et rétabli votre aïeul dans la possession de ses États. (Voy. Villaret, XVII, 387.) 114

  24. [24]

    Voy. Laboureur, Introd., p. 96 ; Villaret, XII, 160.

    Ajoutez : Et satisfaire à son penchant pour le faste…

    Sa maison était plus nombreuse et plus brillante que celle du roi. La liste de ceux qui la composaient ne remplit pas moins de 91 pages. (Elle est à la suite du Journal de Paris. Voy. aussi Choisy, 222.)

    Même les dépenses que lui occasionnaient les mesures (comme l’expédition de Flandres) prises pour son intérêt… ; et, malgré l’immensité de ses pillages, il mourut insolvable. (Voy. Laboureur, Introd., p. 90 et suiv., où il cite un grand nombre d’exactions de Philippe-le-Hardi. Voy. aussi id., Hist., 451 ; Choisy, 63, 278 ; Villaret, XII, 408.)

  25. [25]

    Il (le duc de Berri) renonça volontiers aux honneurs du gouvernement, pour avoir le droit de piller les peuples… Il prétendait que les provinces lui devaient ce que son frère (le duc d’Anjou) leur avait pris… La prodigalité fit de lui un tyran cruel… Des villes entières de son gouvernement émigrèrent en Espagne. (Voy. Laboureur, Introd., p. 38, 72 et suiv. ; id., Hist., p. 163, 178. Voy. aussi Juvenal, 88 ; Choisy, 142, 261, 280 ; Villaret, XIII, 408 ; D. Vaissette, IV, 440.)

  26. [26]

    Voy. Laboureur, Introd., p. 75.)

  27. [27]

    On trouve notées celles-ci dans l’inventaire de ses 115meubles : 1. Une côte de saint Zacharie ; 2. une côte de sainte Barbe ; 3. la moitié d’un pied de saint Cyprien ; 4. la moitié de l’éponge du tableau où la sainte Vierge pleura saint Étienne ; 5. la moitié du gril de saint Laurent ; 6. la moitié d’une côte de saint Antoine (Voy. Laboureur, Introd., p. 85) ; et il avait donné à diverses églises beaucoup d’autres reliques. Par exemple, à l’abbaye de Saint-Denis, une partie du chef et du bras de saint Benoît (il en obtint en retour le menton de saint Hilaire), et ensuite la main de saint Thomas, apôtre. (Voy. id., Hist., 249, 327, 436 ; Juvenal, 127.)

  28. [28]

    C’est qu’on avait fait des préparatifs vraiment prodigieux. On avait entre autres (au commencement d’août 1386) neuf cents vaisseaux de transport rassemblés au port de l’Écluse (Smollett, VII, 113, dit même douze cents). Le duc de Berri n’arriva qu’au milieu de l’équinoxe. Les tempêtes ou les Anglais détruisirent ensuite la plus grande partie de la flotte. (Voy. Laboureur, Hist., p. 126-129 ; Juvenal, 58, 71 ; Choisy, 97.)

  29. [29]

    Voy. Laboureur, Hist., 129 ; Juvenal, 71.

  30. [30]

    Leur mort fut une seconde fois la ruine des affaires publiques. (Laboureur, Introd., 72.)

  31. [31]

    Il n’y avait point d’année qu’il ne retombât trois ou quatre fois. (Choisy, 225. Voy. aussi Villaret, XII, 258.) 116

  32. [32]

    À dater de novembre 1388, et non pas de 1387, époque indiquée par Villaret. (Voy. Laboureur, Hist., 157 et suiv. ; Juvenal, p. 84 (celui-ci fixe au 3 novembre le conseil où Charles résolut de prendre le gouvernement) ; Choisy, 104.)

  33. [33]

    Voy. Laboureur, Hist., p. 216 ; Juvenal, 111 ; Choisy, 158, 173 ; Villaret, XII, 37, 93.

  34. [34]

    Voy. Laboureur, Hist., p. 216 ; Villaret, XII, 51, 67.

  35. [35]

    Ajoutons, et à sa prodigalité, qui n’était pas moins extravagante que celle des ducs de Berri et de Bourgogne. (Voy. Laboureur, Hist., p. 173, 340, 1002 ; Choisy, 110, 131.

  36. [36]

    On en trouve bien des exemples dans les historiens. (Voy. Laboureur, Hist., p. 235 ; Juvenal, 90, 93, etc. ; Choisy, 182 ; Villaret, XII, 59, 97.)

  37. [37]

    Et par sa cruauté… Il était surnommé le Boucher. (Voy. Juvenal, 234 ; Choisy, 312 ; Villaret, X, 238, 280.) 117

  38. [38]

    C’était Pierre de Craon, qui avait voulu faire assassiner Clisson. Le duc protestait qu’il ignorait le lieu de la retraite de Craon. (Voy. Laboureur, Hist., p. 216 ; Choisy, 162 ; Villaret, XII, 110 et suiv.)

  39. [39]

    Voyez-en le récit dans Laboureur, Hist., 219 ; Choisy, 163 ; Villaret, XII, 117.

    On connaît aussi l’aventure du bal, où le feu prit au costume de Charles VI (il était déguisé en satyre) ; ce qui le fit retomber en démence à la fin du mois de janvier suivant. (Voy. à ce sujet Laboureur, Hist., p. 235 ; Juvenal, 115.)

    Mais, selon beaucoup de personnes, ces accidents ne firent que précipiter une maladie dont la source était dans les débauches de la jeunesse de ce pauvre prince. (Voy. Laboureur, Hist., 326 ; Choisy, 165, 185.)

  40. [40]

    Voy. Laboureur, Hist., p. 221 ; Juvenal, 113 ; Choisy, 169.

  41. [41]

    Voy. Villaret, XII, 115 et suiv.

  42. [42]

    Une foule de traits épars dans les historiens justifient ce portrait de Louis (duc d’Orléans.) — (Voy. entre autres Laboureur, Hist., 447, 451, 515, 516, 564, 626 ; Juvenal, 109, 119, 196 ; Journal de Paris, 81 ; Choisy, 265, 295, 300, 313, 319 ; Villaret, XII, 406, 357.) 118

  43. [43]

    De Philippe. (Voy. Choisy, p. 278.)

  44. [44]

    Voy. Villaret, XII, 154, 431 ; Juvenal, 109 ; Choisy, 300, 326.

  45. [45]

    En 1402… Dès longtemps auparavant, la mésintelligence s’était mise entre Louis et ses oncles. Leurs divisions éclatèrent en 1401 ; ils firent respectivement venir des troupes au mois de décembre ; ils s’accordèrent ensuite, et se jurèrent une amitié inviolable le 14 janvier… Philippe profita de cet instant de répit pour aller célébrer à Arras le mariage d’un de ses fils. À peine fut-il parti (milieu d’avril 1402) que Louis demanda et obtint toute l’autorité (Voy. Laboureur, Hist., p. 441-447). Juvenal, p. 168, dit que leurs divisions existaient déjà en 1398. (Voy. aussi Choisy, 234, 262 ; Villaret, XII, 289, 328, 348.)

  46. [46]

    Il est vrai qu’il n’y avait pas de loi bien positive à cet égard ; mais il paraît qu’au moins, dans l’opinion des Français, on la considérait comme un droit du premier prince du sang. (Voy. Laboureur, 441 ; Villaret, XII, 143.)

  47. [47]

    Dans le premier mois de son administration, Louis établit un emprunt forcé et une imposition générale. 119(Voy. Laboureur, Hist., 447, 448 ; Choisy, 235, 294, 295.)

  48. [48]

    Il ne payait rien de toute la dépense de sa maison, qu’il faisait toute à crédit. (Voy. Laboureur, Hist., p. 515.) Plusieurs princes et seigneurs l’imitèrent. (Voy. Laboureur, Hist., 621 ; Choisy, 296, 299.) Il achetait continuellement des terres. (Voy. entre autres Juvenal, 203 ; Choisy, 214, 284, 296.)

  49. [49]

    Voy. Villaret, XII, 260, 358, 427.

  50. [50]

    Louis avait osé dire qu’un impôt général (voy. note 47) avait été établi du consentement de ses oncles ; Philippe le démentit par un manifeste répandu avec profusion, et où il déclamait contre les impôts. (Voy. Laboureur, Hist., p. 448.)

  51. [51]

    Dès le mois de juin 1402. (Voy. Laboureur, Hist., 451 ; Choisy, 266.)

  52. [52]

    Quand il revenait dans son bon sens, le parti dominant lui faisait approuver toutes ses entreprises. (Voy. Choisy, 234, 559. Voy. aussi Villaret, XII, 218, 278 ; Laboureur, 904.) 120

  53. [53]

    Voy. Laboureur, Hist., p. 514, 520, 558 ; Choisy, 284 ; et ci-après note 54.

  54. [54]

    Voy., sur tout cela, Villaret, XII, 330, 401, 447 ; XIII, 86 ; Choisy, 301.

  55. [55]

    Le 27 avril 1404 (Laboureur, Hist., p. 481). Villaret (XII, 407) se trompe, lorsqu’il place cette mort sous l’année 1403 : la fête de Pâques n’a point lieu après le 27 avril.

  56. [56]

    Voy. Laboureur, Hist., p. 504, 505, 514 ; Juvenal, 204, 206 ; Choisy, 281 ; Villaret, XII, 427, 431, 432, 471.

  57. [57]

    Voy. Choisy, 329 ; Villaret, XIII, 11 ; Laboureur, 627.

  58. [58]

    Les divers traits de ce portrait du duc de Bourgogne (Jean) sont justifiés par ce que nous raconterons de lui, et par une foule de passages des historiens de son temps. Il serait trop long de les citer. D’ailleurs, Jean est trop connu pour que cela soit utile.

  59. [59]

    Voy. Villaret, XII, 398. 121

  60. [60]

    5 Mars 1404 (onze mois après la mort de Philippe). (Voy. Laboureur, Hist., p. 504, 505 ; Choisy, 285.)

  61. [61]

    Voy. Laboureur, Hist., p. 514, 530, 621.

  62. [62]

    Voy. Laboureur, Hist., p. 505.

  63. [63]

    Été (vers la fin de juillet) de 1405. (Voy. Laboureur, Hist., 521 ; Juvenal, 206 ; Villaret, XII, 439.)

  64. [64]

    17 octobre 1405. (Voy. Laboureur, Hist., 533 ; Chronique manuscrite, 505 ; Choisy, 311.)

  65. [65]

    Voy. Choisy, 316 ; Villaret, XII, 473 ; Amelgard, Notice des Manuscrits, t. I, p. 411.

  66. [66]

    23 novembre 1407. (Voy. Juvenal, p. 235 ; Thomassin, 87 ; Hainaut, an 1407. Voy. aussi Laboureur, p. 566, 625 (qui dit le 22 novembre) ; Villaret, XII, 476.) Trois jours auparavant, ils s’étaient réconciliés et avaient communié ensemble. (Voy. Juvenal, 235.)

  67. [67]

    Criaient à Paris : Vive le duc de Bourgogne ! (Juvenal, 236.) 122

  68. [68]

    Jean Petit, professeur en théologie… Son apologie de l’assassinat de Louis, débitée publiquement en présence du roi et de la cour, est dans le Laboureur, Hist., p. 631. (Voy. aussi Juvenal, 236 ; Choisy, 330 ; Villaret, XIII, 14.) Ses propositions furent condamnées et brûlées le 24 février 1413, quand les Armagnacs eurent pris le dessus (Voy. Laboureur, p. 931 ; Juvenal, 336 ; Villaret, XIII, 326) ; mais on les approuva solennellement, et dans un sermon, en 1418, lorsque les Bourguignons furent maîtres à leur tour. (Voy. Saint-Remi, p. 124 ; Monstrelet, t. I, f. 265.)

  69. [69]

    Voy. Chronique manuscrite, 506, 515 ; Choisy, 132.

  70. [70]

    On donna l’administration à Jean, le 1er déc. 1409. (Voy. Laboureur, Hist., p. 715.)

  71. [71]

    Voy. Laboureur, 860, 1017 ; Choisy, 407, 458 ; Villaret, XIII, 302, 332, 334, 385.

  72. [72]

    Été de 1410. (Voy. Laboureur, Hist., p. 725 ; Juvenal, 252.)

  73. [73]

    Voy. Laboureur, Hist., p. 727.

  74. [74]

    Voy. Laboureur, Hist., p. 731. 123

  75. [75]

    Quant à son caractère et à ses talents (du comte d’Armagnac), voy. ce que nous disons au texte, p. 24 et suiv. ; Laboureur, 536, 539, 787, 1017 ; Juvenal, 211, 364.

  76. [76]

    Voy. Laboureur, p. 739, 766, 767, 773.

  77. [77]

    Les détails de cette guerre civile remplissent près de trois cents pages de l’Histoire de le Laboureur, ans 1411 à 1414. (Voy. aussi Juvenal, 255 et suiv. ; Choisy, 347 et suiv.)

  78. [78]

    Par l’entremise du comte de Saint-Pol, gouverneur de Paris, et Bourguignon déterminé. (Voy. Laboureur, 763 ; Juvenal, 282 ; Chronique manuscrite, 525 ; Journal de Paris, 6 ; Choisy, 380 ; Villaret, XIII, 153 ; Hénaut, an 1410 et suiv.)

    Au mois de décembre 1411, Jean assista à l’enterrement de Legoix, un des chefs des bouchers, tué dans un combat. (On mit même une inscription sur son tombeau.) — (Voy. Laboureur, 803 ; Juvenal, 297 ; Villaret, XIII, 201.)

  79. [79]

    Voy. Laboureur, p. 764, 770, 858 à 884 ; Juvenal, 315, 319, 323 ; Chronique manuscrite, 527 ; Journal de Paris, 6 et suiv. ; Choisy, 381 et suiv. ; Villaret, XIII, 155, 196.)

    Lorsque le dauphin Louis enleva Paris aux bouchers, 124on trouva chez l’un des chefs deux listes de proscription, dont la première ne contenait pas moins de quatorze cents personnes. Dans la deuxième, il y en avait un grand nombre marquées des lettres T (à tuer), B (à bannir), R (à rançonner). — (Voy. Laboureur, 899 ; Juvenal, 332 ; Villaret, XIII, 274.

  80. [80]

    Voy. Laboureur, p. 858, 865 ; Villaret, XIII, 246.

  81. [81]

    Voy. Laboureur, p. 880, 892 ; Journal de Paris, 16 ; Villaret, XIII, 269 et suiv. ; Choisy, 416 ; et surtout Juvenal (son père avait été le principal agent de cette révolution), p. 323 et suiv.)

  82. [82]

    Hume, IV, 73 (année 1415), dit qu’ils gagnèrent les charpentiers… Peut-être a-t-il fondé cette assertion, qu’aucun monument ne justifie, sur ce qu’un charpentier parla en faveur de la paix à une des assemblées qui précédèrent la révolution. (Voy. Juvenal, p. 326.)

  83. [83]

    Voy. Laboureur, p. 900 et suiv., 926 ; Juvenal, 410 ; Journal de Paris, 18 et suiv. ; Villaret, XIII, 275.

  84. [84]

    Après quelques prorogations partielles de trêves (entre autres en 1381, 1383, 1384, 1392 ; Voy. Villaret, 125XI, 272, 369 ; XII, 96 ; Smollett, VII, 88, 181 ; Juvenal, 50, 51), Richard fit avec Charles VI, en 1393, une trêve de cinq ans. En 1395 (19 mars) il la prorogea de vingt-huit ans ; de sorte qu’elle ne devait expirer qu’en 1426*…

    * Cela résulte aussi du traité, puisqu’il fait courir la prorogation de 28 ans à dater de la Saint-Michel 1398. Voy. le au trésor des Chartres, mélanges, vol. 9, art. Angleterre, p. 133. Henri IV la confirma le 18 mai 1400. (Voy. ibid., p. 142 ; Dutillet, Recueil des Traités, p. 335.)

    Il fiança en même temps (traité du 9 mars 1395) Isabelle ou Élisabeth de France… Le Laboureur, Hist., p. 307-320, donne la copie des deux traités. (Voy. aussi Villaret, XII, 211.) Hume, t. 5, p. 426, se trompe, et quant à leur date, qu’il fixe à 1396, et quant à la durée de la trêve, qu’il réduit à vingt-cinq ans. Il en est de même de Smollett, VII, 208, qui marque aussi l’an 1396, et vingt-six ans de trêves. (Voy. encore Juvenal, 159.) Richard rendit ensuite (en 1396) Brest au duc de Bretagne, et Cherbourg au roi de Navarre. (Voy. ci-devant note 3 ; Hume, t. 5, p. 426 ; Laboureur, Hist., 345 ; Juvenal, 142 ; Smollett, VII, 211.)

  85. [85]

    Septembre, 1399. (Voy. Hume, t. 5, p. 453 et suiv. ; Laboureur, Hist., 411 et suiv. ; Smollett, VII, 258 et suiv.)

  86. [86]

    Voy. Hume, IV, 46.

    Toutes les entreprises des Anglais se réduisirent à diverses excursions, où ils 126pillaient quelques parties de nos côtes, entre autres en 1402, 1403, 1404, 1406. (Voy. Juvenal, 187, 200, 230 ; Laboureur, 472, 487, 492.)

    De leur côté, les Français firent aussi quelques excursions sur les côtes des ennemis ; par exemple, en 1403, 1404, 1405. (Voy. Juvenal, 216 ; Villaret, XII, 406 ; Laboureur, 475, 492, 503, 527.) Les plus considérables de ces agressions eurent pour objet de faire passer quelques secours aux Écossais et aux Gallois, en 1384 et 1405. (Voy. Laboureur, 102, 529 ; Juvenal, 58 ; Smollett, VII, 98.)

    Il y eut aussi quelques combats sur mer, livrés le plus souvent par des Bretons ou des armateurs, et notamment en 1387, 1403, 1406, 1410. (Voy. Juvenal, 75, 225 ; Laboureur, 50, 472, 724.)

    On fit également des trêves avec Henri IV, presque d’année en année, depuis 1400 jusqu’à sa mort. (Voy. Dutillet, Recueil des Traités, p. 335 à 339. Voy. aussi Laboureur, 424, 488) ; mais elles n’empêchaient guère ces sortes d’agressions.

  87. [87]

    Quant à cette politique de Henri IV, voy. Hume, IV, 33, 34, 73.

  88. [88]

    Juillet 1411. (Voy. Laboureur, 774, 788 ; Juvenal, 290 ; Villaret, XIII, 159, 189.) 127

  89. [89]

    (Voy. Laboureur, 816 ; Villaret, XIII, 205 ; Rapin-Thoyras, IV, 66, 431 ; Rymer, X, 738 (18 mai 1412).

  90. [90]

    (Voy. Laboureur, 833 et suiv. ; Chronique manuscrite, 523.) Il semble, par le récit de Rapin-Thoyras (IV, 66 et 67), que ce ne fut qu’après avoir débarqué, et dans leur chemin de Normandie à Blois, que les Anglais apprirent la paix… ; mais le contraire résulte des actes de Rymer, que Rapin-Thoyras rapporte lui-même (ib., 417). Ce n’est que le 1er juillet que le duc de Clarence fut nommé chef de l’expédition, et, le 11, lieutenant-général de la Guienne ; son départ est donc postérieur… Si l’on suppute ensuite le temps nécessaire pour embarquer et débarquer les troupes, et traverser la Manche, on verra qu’elles n’ont pu arriver en Normandie que plusieurs jours après la paix de Bourges, qui est du 13 juillet 1412. (Voy. Laboureur, ib.)

  91. [91]

    (Voy. Laboureur, 841 et suiv. ; Chronique manuscrite, 524 ; Villaret, XIII, 219-222.)

    Charles, duc d’Orléans, promit de payer la moitié de la somme convenue, et, pour sûreté de sa promesse, leur donna en otage Jean, comte d’Angoulême, son frère.

  92. [92]

    (Voy. Laboureur, 875 ; Villaret, XIII, 221.) 128

  93. [93]

    20 mars 1413, suivant Hume, IV, 47 ; mais ce n’est que selon notre façon ordinaire de compter, parce que le 20 mars étant antérieur à Pâques, appartenait encore à l’an 1412. Il est étonnant que Villaret, qui lui-même a critiqué en cette occasion (XIII, 247) Rapin-Thoyras, ait néanmoins commis beaucoup d’erreurs dans ses dates, faute d’avoir fait assez d’attention à la différence des calendriers. (Voy. ci-devant note 1, n° 4.)

  94. [94]

    (Voy. dans Hume, IV, 119, le Portrait de Henri V. Voy. aussi Juvenal, 498.)

  95. [95]

    (Voy. à ce sujet Hume, IV, 73 et suiv. ; Laboureur, p. 962, 992 et suiv. ; Juvenal, 354, 364 et suiv. ; Chronique manuscrite, 530 ; Choisy, 434.)

  96. [96]

    On sait que l’armée anglaise, harassée de fatigue et affaiblie par des maladies, aurait été détruite, presque sans tirer l’épée, si les généraux français avaient eu quelque prudence… La bataille se donna le 25 octobre 1415… On estime la perte des Français à dix mille hommes, desquels dix mille, (dit Monstrelet, ch. 149, t. I, p. 226), on espérait y avoir environ seize cents varlets, et tout le surplus gentilshommes. *

    * Le même compte est aussi dans un manuscrit de Monstrelet, biblioth. du Roi, n° 8345, t. I, fol. 200, chap. 145.

    129On voit par-là que Hume (IV, 89) ou a fort mal lu Monstrelet, ou en avait une mauvaise édition, lorsqu’après avoir évalué la même perte à dix mille hommes, d’après Saint-Remi (ch. 64), il ajoute que Monstrelet l’évalue à huit mille quatre cents. Smollett, quoiqu’il ait presque copié Monstrelet (ch. 148) dans le récit de la bataille, n’en a pas mieux compris le sens. Il dit, en effet (liv. 4, ch. 3, n° 24, t. 7, p. 480), que les Français perdirent plusieurs officiers de grande distinction (il en nomme quelques-uns), et environ dix mille soldats. Monstrelet (ch. 149), nomme 1° les principaux gentilshommes qui furent tués ; et sa liste n’occupe pas moins de deux pages et demi in-folio ; 2° les prisonniers de marque, tels que Charles, duc d’Orléans, fils de Louis ; le comte de Richemont, etc. Le Laboureur donne beaucoup de détails sur les circonstances de ce désastre, p. 1005 et suiv. ; idem, Juvenal, 394 et suiv. ; Chronique manuscrite, 532 à 535 ; Choisy, 443.

  97. [97]

    (Voy. Hume, IV, 91.) — Un mois après (le 29 novembre), il se rembarqua. (Voy. Juvenal, 403.)

    Henri conclut même une trêve avec la France. (Voy. Hume, ib. ; Villaret, XIII, 411.)

  98. [98]

    (Voltaire, Essai sur les Mœurs, ch. 79). Villaret, XIII, 335, paraît approuver cette réflexion. 130

  99. [99]

    Elle eut lieu le 18 décembre 1415. (Voy. le Laboureur, 1017 ; Journal de Paris, 28 ; Juvenal, 411 ; Thomassin, 88 (il dit qu’il était alors à Paris). Villaret, XIII, 385, la fixe au 15 décembre, mais sans citer d’autorité.

  100. [100]

    (Voy. ci-devant note 71, p. 122. Voy. aussi Juvenal, 408 ; Villaret, XIII, 332, 385.) C’est le 26 avril 1415 qu’il avait été fait lieutenant et capitaine général pour le fait de la guerre. (Voy. l’édit au Trésor des Chartres, Mélanges, 1re part., vol. 6, n° 22, p. 207.)

  101. [101]

    (Voy. Laboureur, 1016.) — Il y arriva le 29 décembre. (Voy. Juvenal, 412.) Le 12 février, on le nomma gouverneur et général des finances et des forteresses. (Voy. Juvenal, 417.)

  102. [102]

    Henri avait débarqué le 14 août 1415, et mis aussitôt le siège devant cette ville, qui promit de se rendre si elle n’était pas secourue avant le 18 septembre, et qui se rendit en effet à cette époque, faute de secours. (Voy. Hume, IV, 80 ; Laboureur, 1005. Voy. aussi Villaret, XIII, 406.)

  103. [103]

    (Voy. Saint-Remi, p. 103 ; Monstrelet, t. I, f. 234 ; Juvenal, 410 ; Chronique manuscrite, 536 ; Villaret, XIII, 407.) 131

  104. [104]

    On n’en a connu le texte qu’au 18e siècle, par la publication du Recueil de Rymer. (Voy. Villaret, XIII, 410.) — On peut le voir dans ce Recueil, t. 9, p. 394 ; et 2e édit., t. 4, part. 2, p. 177 ; et dans Rapin-Thoyras, IV, 460. — Il est du mois d’octobre 1416, et, peu de temps après, le duc de Bourgogne chercha à se lier avec le dauphin Jean, dont il venait de jurer la perte. (Voy. Villaret, XIII, 415, et la note suivante.)

  105. [105]

    Jean, dauphin, qui avait succédé à Louis, mourut le lundi 5 avril 1416 avant Pâques (Villaret, XIII, 415, d’après les registres de la chambre des comptes) et par conséquent environ six mois après le traité dont on a parlé à la note 104. Rapin-Thoyras, trompé sans doute par la différence des calendriers (Voy. ci-devant note 1, n° 4), a cru que c’était six mois auparavant (Voy. id., IV, 458 et 461) ; et Villaret l’en reprend avec raison… Au surplus, il ne peut y avoir le moindre doute sur cette époque ; car Thomassin, qui était alors à Paris, dit (f° 89) le 5 avril 1417, ainsi qu’il le devait faire, parce qu’il se sert du calendrier actuel.

    Observons aussi que le comte d’Armagnac avait été débarrassé, quelques mois auparavant, d’un autre personnage redoutable, au moins par son rang et son influence, le duc de Berri, mort pendant le siège de Harfleur. (Villaret, XIII, 407.)

  106. [106]

    Voy. Choisy, 474 ; Villaret, XIII, 391.) 132

  107. [107]

    (Voy. Saint-Remi, p. 113, 118 ; Monstrelet, t. I, f. 242, 247, 255, 258, 270 ; Juvenal, 410, 439 ; Villaret, XII, 432 ; Chronique de France, 323.) Henri V fit sa descente à Toucque, en 1416, avec une armée formidable. (Voy. Monstrelet, id., f. 242.)

  108. [108]

    (Voy. Saint-Remi, p. 110, 113 ; Monstrelet, t. I, f. 247, 248.)

  109. [109]

    Le favori d’Isabelle, Louis Bourdon, fut appliqué à la question et noyé, par ordre du roi ; et Isabelle reléguée à Tours, où elle fut rigoureusement surveillée. (Voy. Hume, IV, 94 ; Saint-Remi, 107 ; Monstrelet, t. I, f. 239 ; Juvenal, 426 ; Choisy, 486 ; Villaret, XIII, 424 ; Hénaut, ans 1415-1418.)

  110. [110]

    Voy. Monstrelet, t. I, f. 239 ; Hume, IV, 94 ; Chronique manuscrite, 539 ; Choisy, 488 ; Villaret, XIII, 425 ; Hénaut, ans 1415-1418 ; Chronique de France, 323 ; Saint-Remi, 107.) — (Voy. ci-après note 345.)

  111. [111]

    (Voy. Laboureur, p. 1019 ; Saint-Remi, p. 105, 106, 118 ; Monstrelet, t. I, f. 230, 234, 257 ; Juvenal, 421 à 423, 427, 436, 441 ; Journal de Paris, 29 et suiv. ; Choisy, 484 ; Villaret, XIII, 386, 443, 455.

  112. [112]

    (Voy. Saint-Remi, 120 ; Monstrelet, t. I, f. 259 ; 133Journal de Paris, 38 ; Choisy, 499 ; Juvenal, 440 (qui dit le 28 mai) ; Villaret (la nuit du 28 au 29 mai), XIII, 461 ; Chronique de France, 324 (le 29 mai au point du jour).

  113. [113]

    (Voy. Saint-Remi, 119, 121, 122 ; Monstrelet, t. I, f. 261 ; et surtout Juvenal, 443 et suiv. ; Chronique manuscrite, 541 ; Journal de Paris, 40 ; Choisy, 502.) — Le corps du comte d’Armagnac fut traîné dans les rues pendant trois jours. On l’avait tailladé, et ceint d’une écharpe faite avec des lambeaux de sa chair. (Voy. Villaret, XIII, 469 ; Monstrelet, ib.) Les généraux bourguignons approuvaient ces horreurs. (Voy. Monstrelet, ib., f. 261 ; Choisy, 502 ; Villaret, XIII, 469.)

  114. [114]

    (Voy. Saint-Remi, 124 ; Monstrelet, t. I, f. 265 ; Juvenal, 447 ; Journal de Paris, 45.)

  115. [115]

    (Voy. Juvenal, p. 447, 448 ; Chronique de France, 325 ; Choisy, 508 ; Villaret, XIII, 474)

  116. [116]

    (Voy. Saint-Remi, 116 ; Monstrelet, t. I, f. 251 ; Chronique manuscrite, 539 ; Villaret, XIII, 440.)

  117. [117]

    C’est que, pendant ces révolutions, ils continuaient 134leurs conquêtes en Normandie (ils prirent Rouen en 1418). — (Voy. Villaret, XIII, 18 et suiv. ; Saint-Remi, 130 ; Monstrelet, t. I, f. 268.)

  118. [118]

    Tanneguy-du-Châtel… Il enveloppa Charles VII, endormi, dans un de ses draps, le porta à la Bastille, et le conduisit ensuite à Melun… Cet important service, indiqué par le Journal de Paris, p. 37, est raconté avec détails par deux autres contemporains (Saint-Remi, p. 120 ; Juvenal des Ursins, in-fol., p. 349), et, d’après eux, par les auteurs modernes, tels que Choisy, 501 ; Baudot, t. I, p. 61 ; Villaret, XIII, 463… Cependant Dutillet (Recueil des Traités, p. 319) l’attribue au chancelier Robert-le-Maçon, qui, dit-il, s’était démonté pour Charles ; et il cite, p. 340, des lettres du 7 novembre 1420, où Charles fait à Robert un don pour lui avoir sauvé la vie, lorsque Paris fut surpris.

  119. [119]

    Le 10 juin 1419, selon Saint-Remi, 134, 135. Mais c’est le 11 juillet… Voyez Monstrelet, t. I, f. 273, qui donne le traité ; et Dutillet, Recueil des Traités, p. 340, qui cite le registre où il est transcrit. (Voy. encore Juvenal, 468 et suiv. ; Choisy, 514.)

  120. [120]

    (Voy. Saint-Remi, 136 et suiv. ; Monstrelet, t. I, f. 276 ; surtout Juvenal, p. 469 à 473. Voy. aussi Chronique manuscrite, 566 ; Choisy, 517 ; Villaret, XIV, 41 et suiv. ; Voltaire, Essai sur les Mœurs, ch. 79 ; Hénaut, an 1419 et 1420 ; Chronique de France, 326.) 135

  121. [121]

    Mlle de Lussan, VIII, 333-390, les rapporte avec assez de détails… On trouve une de ces relations, avec un grand nombre de pièces justificatives, à la suite du Journal de Paris. Enfin, le P. Griffet et Saint-Foix ont fait de longues dissertations sur ce point de notre histoire, si important et si difficile à éclaircir. (Voy. Daniel, IV, 557 à 574 ; Essais sur Paris, t. 3, p. 303 à 340.)

  122. [122]

    Hume, IV, 102, dit que l’extrême jeunesse de Charles VII laisse douter qu’il fût dans le secret du complot.

    Mlle de Lussan, t. 8, p. 391, décide nettement qu’il dut lui être communiqué ; mais elle ne se fonde à cet égard que sur des conjectures auxquelles on peut en opposer d’autres non moins fortes. Que répondre entre autres à ceci ? Charles n’avait rien à gagner, et, au contraire, risquait de tout perdre, en autorisant ce forfait.

    Le. P. Griffet (Voy. note 121) paraît se rapprocher du sentiment de Mille de Lussan. Saint-Foix (Voy. même note) et les éditeurs de Voltaire (même ch. 79) soutiennent avec force que le meurtre de Jean ne fut que l’effet d’un hasard, et il est difficile de répondre à plusieurs de leurs observations.

  123. [123]

    (Voy. Laboureur, p. 627 ; Choisy, 329, 522.) 136

  124. [124]

    L’opinion générale était qu’il ne pourrait leur résister. (Voy. Saint-Remi, 142 ; Monstrelet, t. I, f. 286.) Il paraît que le dauphin le craignait lui-même, puisqu’avant le meurtre de Jean il avait négocié avec Henri V, et consenti à renouveler le traité désastreux de Brétigny. (Voy. Dutillet, Recueil des Traités, 319, 320, 340 et 341.)

  125. [125]

    Traité Traité de Troyes… Il est dans Saint-Remi, p. 143, de Troyes. et dans Villaret, XIV, 84. *

    * Il est également au Trésor des Chartres, Mélanges, vol. 9, p. 165.

    (Voy. aussi Monstrelet, t. I, f. 288 à 291 ; Journal de Paris, 63 ; Choisy, 530 ; Lussan, IX, 75 et suiv.) Jugement du dauphin… (Voy. Saint-Remi, 153 ; Monstrelet, t. I, f. 298, 302 ; Juvenal, 487 ; Choisy, 538 ; Lussan, IX, 196 ; Rapin, IV, 497 ; Hénaut, an 1420 ; Dutillet, Recueil des Traités, 341 ; Voltaire, Hist. du Parlement, ch. 6 ; et surtout Villaret, XIV, 106 à 109.)

  126. [126]

    Il prit auparavant plusieurs places fortes, telles que Sens, Montereau et Melun (Voy. Saint-Remi, 145 et suiv. ; Juvenal, 478 à 486 ; Choisy, 532 ; Monstrelet, t. I, f. 291 à 294) ; et il fit, avec la maison d’Albret, un traité qui mettait la Guienne à l’abri d’une invasion. (Voy. Rymer, X, 41 et 45 ; Rapin-Thoyras, IV, 502.) La prise de Melun priva Charles d’un de ses plus habiles et plus vaillants guerriers, Barbasan, qui y commandait, et qui ne fut délivré qu’en 1429 pendant l’expédition 137de l’Isle-de-France, et après celle d’Orléans. (Voy. Monstrelet, t. I, f. 293 ; t. 2, f. 49, v°.)

  127. [127]

    (Voy. Saint-Remi, 152 ; Hume, IV, 110 ; Smollett, VII, 555 ; Monstrelet, t. I, f. 299.)

  128. [128]

    Sept mille hommes. (Voy. Hume, IV, 112 ; Hénaut, an 1421.) — Quatre mille, dit Choisy, 546 ; et Lussan, IX, 254.

  129. [130]

    Henri V partit à la fin de janvier, et revint au mois de juin. (Voy. Saint-Remi, 151, 154 ; Lussan (le 11 juin), IX, 208, 217, 288 ; Monstrelet, t. I, f. 299 (celui-ci, f° 303, fixe son retour à la veille de Sainte-Barbe). Villaret, XIV, 115, place mal à-propos son départ sous l’année 1421*.

    * Ce point d’histoire étant assez important, nous avons examiné avec soin tous les actes publics de Rymer (t. 10 ; 20 édit. t. 4,) qui tendent à le déterminer. Le dernier acte, de Henri en France est daté de Rouen, le 30 janvier 1420 (et 1421, nouveau style), et le premier du conseil après son départ est du 8 février, (t. 10, p. 60.) Le 12 de ce mois, il y a un acte de Henri daté de Westminster, (ib., p. 62). Les derniers actes de son séjour en Angleterre sont datés de Douvres, les 9 et 10 juin, et le premier, après son retour en France, est daté de Rouen, le 17 juin (p. 117 à 131). Ainsi il partit le 31 janvier ou un des premiers jours de février 1420, et revint en France du 10 au 16 juin 1421, au bout d’environ quatre mois et demi.

  130. [131]

    À environ huit lieues E. d’Angers, que les Anglais assiégeaient (ils levèrent le siège après la bataille)… Le duc de Clarence y fut tué. (Voy. Saint-Remi, 153 ; Hume, IV, 113 ; Choisy, 546 ; Lussan, IX, 257 et suiv.).

    Elle se donna le jour de Pâques 1421, selon Saint-Remi, 153 ; et la nuit de ce jour, selon Monstrelet, t. I, f. 302 ; et la veille (ou 22 mars 1420), selon Juvenal, 491 ; Chronique manuscrite, 550 ; Lussan, IX, 259 ; et Chronique de France, 327, v°.

    N. B. C’est en effet la veille : Ante diem Paschæ proximo præteritæ, disent des lettres datées de Rouen le 3 avril, dans Rymer, X, 95.

    L’armée française se porta ensuite en Normandie, et mit le siège devant Alençon ; mais, au bout de quelques jours, Salisbury le lui fit lever, et elle se retira, partie en Anjou, partie vers le pays Chartrain. (Voy. Monstrelet, t. I, f. 303.)

  131. [132]

    Hume dit seulement, et d’après Monstrelet (ch. 242), vingt-quatre mille archers et quatre mille hommes de cavalerie ; mais Monstrelet (ibid) parle de quatre mille hommes d’armes, ce qui fait supposer un nombre plus considérable. Peut-être est-ce la faute du traducteur de Hume. Smollett, qui paraît pourtant avoir également consulté Monstrelet, évalue l’armée de Henri à trente mille hommes (Voy. idem, liv. 4, ch. 3, t. 7, p. 561), ainsi que Saint-Remi, p. 152. Quant aux hommes d’armes, voy. Baudot, t. I, préf., p. 11. 139

  132. [133]

    Fin d’avril 1422. (Voy. Saint-Remi, 157-161 ; Monstrelet, t. I, f. 315.) — Le traité de reddition est au Trésor des Chartres, sous la date du 2 mai. (Voy. id., Mélanges, vol. 9, n. 21, p. 168.)

  133. [134]

    (Voy. Saint-Remi, 161, 162 ; Monstrelet, t. I, p. 309, 315 ; Dutillet, Recueil des Traités, p. 342.)

  134. [135]

    C’est ce qu’on nomme la bataille de Mons-en-Vimeu Saint-Riquier. (à environ deux lieues au N. E. d’Abbeville). Elle se se donna le 31 août 1421. (Voy. Saint-Remi, 155 ; Monstrelet, t. I, f. 305 à 309 ; Lussan, IX, 307 et suiv. ; Villaret, XIV, 136.)

  135. [136]

    Depuis Paris jusqu’à Boulogne. (Voy. Monstrelet, t. I, f. 317.)

  136. [137]

    Août 1422… Charles leva le siège de Cosne sans les attendre. (Voy. Saint-Remi, 162 ; Monstrelet, t. I, f. 320 ; Chronique manuscrite, 553 ; Chronique de France, 328 ; Pierre Defenin, dans l’édit. in-fol. de Juvenal, p. 493. Voy. aussi Choisy, 555.) — Villaret, XIV, 153, dit, au contraire, mais on ne sait sur quelle autorité, que Charles voulait livrer bataille, malgré l’inégalité du nombre ; qu’on eut bien de la peine à lui faire abandonner cette résolution courageuse, mais imprudente, etc… Cette fiction romanesque est détruite par le témoignage uniforme des auteurs précédents. 140

  137. [138]

    Hume, IV, 117, l’affirme. (Voy. aussi Monstrelet, t. I, f. 321 ; Juvenal, 497 ; Chronique manuscrite, 553 ; Lussan, IX, 372, 396 ; Amelgard, Notice des Manuscrits, t. I, p. 415 ; Chronique de France, 328.) Villaret, XIV, 157, suit l’opinion du secrétaire de Henri V, selon lequel ce roi mourut d’une pleurésie ; mais cette opinion ne serait vraisemblable qu’autant que la maladie n’aurait duré que peu de jours ; et il paraît, au contraire, certain qu’elle dura au moins un mois, parce que Henri en fut atteint peu de temps après son départ (avec son armée), et qu’il mourut le 31 août. Or, son départ ne dut guère avoir lieu que vers le milieu de juillet. On sait en effet que le duc de Bedfort, qu’il détacha en avant aussitôt qu’il fut tombé malade (Voy. Chronique de France, 328 ; Rapin-Thoyras, IV, 163 ; Villaret, XIV, 153), arriva le 27 juillet, avec beaucoup de troupes, à Auxerre, d’où il repartit le 4 août pour se rendre à Vezelay, où était le rendez-vous général de l’armée des alliés. * (Voy. Lebœuf, Hist. du Diocèse d’Auxerre, 1743, t. 2, p. 279, 280.) Rapin-Thoyras, ibid, et Smollett, VII, 565, parlent d’une dysenterie, mais sans citer d’autorité.

    * Si l’on lit avec attention le récit détaillé de Monstrelet, t. I, fol. 320 et 321, on verra qu’il confirme nos conjectures.

  138. [139]

    Hume, IV, 115, dit que les armes des alliés menacèrent Charles d’une ruine totale. (Voy. aussi ci-devant note 124.) 141

  139. [140]

    Bedfort était régent, sous le titre de protecteur ; mais, en son absence, le duc de Glocester, son frère, jouissait en Angleterre du même titre et de la même autorité, tempérée toutefois par un conseil qu’avait choisi le parlement. Bedfort avait en France le titre de régent. (Voy. Rapin-Thoyras, IV, 187 ; Hume, VI, 132.) Quant aux divisions…, voy. ci-devant le texte, p. 41.

  140. [141]

    (Voy. Saint-Remi, 166 ; Monstrelet, t. I, f. 323 ; Juvenal, 499 (il dit le 20 octobre) ; Thomassin (le 19), 87 ; Lussan (du 21 au 22), IX, 425.) — Chartier, p. 2 ; le Journal de Paris, p. 88 ; l’Histoire de la Pucelle, p. 481, et la Chronique de France, f. 328, disent le vingt-un.

  141. [142]

    Les ennemis se croyaient si sûrs du triomphe, qu’ils donnèrent dès lors à Charles VII, et par dérision, le titre de Roi de Bourges. (Voy. Thomassin, 91 ; Daniel, VII, 7 ; Lussan, IX, 435 ; Chronique de France, 328.)

  142. [143]

    (Voy. l’Atlas historique de Rizzi-Zannoni, et ci-après note 193.)

    La Provence et l’Anjou appartenaient au roi de Sicile (Voy. ci-après note 144) ; le Maine, à son frère Charles d’Anjou ; le comté d’Étampes, à Jean de Bourgogne, comte de Nevers, fils du troisième fils de Philippe-le-Hardi, et cousin-germain de Philippe-le-Bon. (Voy. Longuerue, Description de la France, part. I, p. 344, 95 et 27 ; Anselme, Généalogies, t. I, p. 252.) 142

  143. [143bis]

    Les Anglais en avaient aussi (et jusque dans la sénéchaussée de Toulouse) qu’ils possédaient encore en 1430. (Voy. D. Vaissette, IV, 476, 469.)

  144. [144]

    Tels étaient encore le duc de Savoie. (Voy. Lussan, IX, 420 ; Daniel, VII, 88.) Charles, au contraire, avait été privé depuis deux ans des secours du plus puissant des siens, Louis III, comte de Provence, duc d’Anjou, roi de Sicile. Ce prince, qui avait conduit à Naples presque toutes ses troupes, en 1420, ne revint en France qu’en 1429, après l’expédition d’Orléans et pendant celle du sacre. (V. Monstrelet, t. I, f. 294 ; Villaret, XIV, 114 et 412.)

  145. [145]

    Le duc de Bretagne s’était, il est vrai, allié avec Charles VII en 1421 ; mais il se borna à un léger secours qu’il lui avait fourni aussitôt après la conclusion du traité, parce qu’il prétendit que Charles n’en avait pas rempli les conditions. (V. Morrice, Histoire de Bretagne, t. I, p. 486.)

    (Voy. Juvenal, 477.) Parmi ces provinces, la Normandie, eu égard aux ressources qu’elle procurait, était considérée, même sous Louis XI, comme équivalente au tiers de la monarchie. (V. Villaret, XVII, 170.)

  146. [146]

    La seule possession de la capitale donnait un grand 143avantage aux alliés, parce que sa population et ses richesses leur procuraient des secours continuels en hommes et en argent. Au surplus, les efforts que firent successivement et pendant plus de trente années les Armagnacs et les Bourguignons, les Anglais et les Français, pour s’en emparer, prouvent combien on attachait d’importance à cette possession. (Voy. aussi Journal de Paris, 170 ; ci-après, notes 229 et 230.) De la possession de cette ville, — dit Bedfort (Instructions citées ci-après, note 335), — despend ceste seignourie (le royaume de France).

    Au temps de la guerre du bien public (1465), Louis XI disait que s’il y pouvait entrer le premier, il se sauverait et avec sa couronne sur sa tête ; mais que si ses ennemis y entraient les premiers que lui, il serait en danger. (Voy. Villaret, XVII, 82.)

  147. [147]

    Jacques Ier, roi d’Écosse, fut pris sur un vaisseau en 1407, et retenu (contre le droit des gens, car on était alors en trêve) prisonnier en Angleterre jusqu’en 1423 ; mais la régence de son royaume n’en fut pas moins zélée pour les intérêts de la France. (V. Hume, IV, 32, 143 ; Villaret, XIV, 123.) Au reste, il était de l’intérêt des Écossais d’empêcher que nous ne fussions asservis à l’Angleterre, et Charles d’ailleurs les comblait d’honneurs et de grâces. (V. Hume, VI, 110, 142.)

    N. B. Ces remarques sont confirmées par le trésor des Chartres (Mélanges, vol. 9, art. Écosse). Nous y trouvons, 1°. Deux confirmations des traités anciens avec la France, datées de Perth et Sterling, les 6 janvier 1407, 144et 6 octobre 1426. (Ibid., nos 19 et 20, p. 392.) 2°. Deux procurations pour les renouveler, datées de Saint-Jean, le 12 juillet 1428. (Ibid., nos 22 et 23.) 3°. Un traité fait à Chinon, le 10 novembre 1428, où Charles VII, en cas que, par le moyen de Jacques Ier, il recouvre son royaume, s’oblige à lui donner le duché de Berri ou le comté d’Évreux. (Ibid., n° 27, p. 393.) Enfin on voit aussi dans Dutillet (Recueil des Traités, p. 358, 359, 361 et 362) la notice d’un grand nombre de traités, accords, dons, etc., entre les mêmes, depuis 1422 jusqu’à 1428.

  148. [148]

    Ajoutez Arondel… Hume les regarde comme les plus célèbres généraux de ce siècle. (Voy. idem, IV, 134.)

  149. [149]

    (Voy. Juvenal, 476.)

  150. [150]

    C’était un système très commun dans ce siècle. Il serait trop long de citer tous les exemples que les auteurs en rapportent. (V. entre autres Juvenal, 56 ; Choisy, 169 ; Monstrelet, t. I, f. 302, 304, 316 ; Villaret, XIV, 131 ; Chartier, 86. — Voy. aussi D. Vaissette, IV, 461.)

  151. [151]

    On cite des exemples bien frappants de la détresse du roi. Le chapelain qui s’aida au baptême de Louis XI (juillet 1423) devait gagner les vases d’argent employés à la cérémonie. On les dégagea pour 40 livres, et l’on ne put acquitter cette somme qu’à la fin de 145l’année. (Voy. Villaret, XIV, 285.) En 1429, lorsqu’il fut question de ravitailler Orléans, le trésorier de la reine n’avait que quatre écus en caisse. (Voy. Laverdy, 314.)

  152. [151bis]

    En 1418, aux sièges de Tours et d’Azay près Tours (Voy. Chronique de France, 324, 325) ; en 1419 et 1420, à ceux de Nîmes et du Saint-Esprit ; en 1421, à ceux de Béziers, de Sommière près Nîmes (Voy. D. Vaissette, IV, 453, 457, 458), de Chartres, et de quelques places du Perche et environs (Voy. Villaret, XIV, 125, 130) ; en 1422, à celui de Cosne. (Voy. ci-devant note 137.) Depuis cette époque jusqu’à l’expédition du sacre (1429), il ne paraît pas qu’il se soit montré à l’armée.

  153. [152]

    (Voy. sur tout cela ce que nous disons au texte, ci-devant p. 44, 45, 50, etc. — Voy. aussi Laverdy, 534 ; Smollett, VIII, 12.)

  154. [153]

    (Voy. ce que nous disons au texte, p. 80.)

  155. [154]

    (Voy. Chartier, 13. — Voy. aussi ce que nous disons au texte, p. 43 et 44.) Charles VII eut pendant dix-sept ans pour surintendant du Languedoc, c’est-à-dire de la province d’où il tirait la plus grande partie de ses ressources, Guillaume de Champeaux, évêque de Laon, qu’il fut 146enfin obligé de destituer (31 décembre 1441). Cet évêque l’endommagea de six à sept cent mille écus, somme effrayante pour le temps… et, peu satisfait de tels profits, commit plusieurs crimes, conspira contre le roi, et, malgré ses ordres réitérés à plusieurs reprises, se maintint longtemps dans ses fonctions. (Voy. les Lettres de destitution, dans D. Vaissette, IV, preuves, 461.)

  156. [155]

    (Voy. l’éloge que nous faisons de lui, au texte, p. 81 et suiv.)

  157. [156]

    Le 14 févr. (Voy. Saint-Remi, 167.) — Vers la fin de 1422. (Voy. Histoire chronologique, 328. — Villaret, XIV, 273.) — Monstrelet, t. 2, f. 2, dit le 14 janvier.

  158. [157]

    (Voy. Villaret, XIV, 273, d’après une chronique manuscrite.)

  159. [158]

    Ou au moins une partie des chefs de la garnison. (Voy. à ce sujet Monstrelet, t. 2, f. 2 et 3 ; Journal de Paris, 92 ; Villaret, XIV, 275.) 1423.

  160. [159]

    (Voy. Villaret, XIV, 281.) Il paraît qu’il en avait aussi reçu de l’Espagne. (Voy. Berry, 370.) 147

  161. [160]

    (Voy., quant à cette bataille, Chartier, 4 ; Berry, 370 ; Histoire de la Pucelle, 483 ; Chronique manuscrite, 555, et surtout Monstrelet, t. 2, f. 7.) Elle se donna le 31 juillet. (Voy. D. Plancher, Histoire de Bourgogne, t. 4, p. 74 et 75 ; Monstrelet dit au commencement de ce mois.)

  162. [160bis]

    C’est l’évaluation la plus commune. (Voy. Chronique de France, 330 ; Chartier, 4 ; Histoire de la Pucelle, 483 ; Villaret, XIV, 283.) Berry, 370, dit huit cents à mille ; les registres du parlement (dans Villaret, ib.), plus de trois mille tués ; le Journal de Paris, p. 94, six mille cinq cents tués, pris ou noyés ; Claude de Chastellux, gouverneur de Crevant, quatre à cinq mille morts, pris et emmenés. Voy. deux Actes du 6 août 1413 (six jours après la bataille), dans Lebœuf, Histoire du Diocèse d’Auxerre, t. 2, preuves, nos 383 et 384, p. 315.) La perte de la bataille entraîna celle de Mâcon, dont les Français s’étaient récemment emparés. (Voy. Villaret, XIV, 281, 284.)

  163. [161]

    Traité du 17 avril 1423. (Voy. Monstrelet, t. 2, f. 4 ; Dutillet, Recueil des Traités, p. 343.) Elle fut demandée au mois de février 1422, fiancée au mois de mai 1423, et mariée au mois d’octobre, selon l’état des officiers (p. 209, note b). 148

  164. [162]

    L’Abrégé Chronologique, p. 328, et Monstrelet, t. 2, f. 4, placent cette bataille vers la fin de 1422, et par conséquent avant celle de Crevant. — Chartier, p. 4 à 6 ; Berry, p. 370 ; l’Histoire de la Pucelle, p. 483 ; la Chronique de France, f. 330 ; et Dom Plancher, t. 4, p. 78, la placent après celle de Crevant. Nous avons suivi cette opinion. Chartier et l’historien de la Pucelle paraissent beaucoup mieux instruits que les autres des détails de l’action, et Berry dit positivement qu’elle eut lieu après celle de Crevant.

    N. B. La Gravelle est près de Laval. (Voy. Chartier, p. 6.)

  165. [163]

    (Voy. Chronique de France, f. 330 ; Berry, 370 ; Histoire de la Pucelle, 486 ; Histoire Chronologique, 328.) Elle se donna après la bataille de Crevant. (Voy. Dom Plancher (il dit le 27 août), IV, 77 et 78 ; Etat des Officiers, p. 201, 202, 213, aux Notes.)*

    * Selon quelques-uns de ces auteurs, la Bussière est en Beaujolais ; selon d’autres, en Mâconnais. Nous avons suivi ce dernier sentiment dans notre 2e carte. Au reste la méprise des premiers est peu étonnante, parce que la Bussière est près de la frontière du Beaujolais.

  166. [164]

    (Voy. Berry, 370 ; Villaret, XIV, 291.) 149

  167. [165]

    Six cents lances et mille hommes de pied. (Voy. Berry, 370.) Ce duc était Philippe-Marie Visconti, frère de Valentine, morte en 1408, quatre mois après l’assassinat de son époux, Louis, duc d’Orléans… Il fut toujours attaché à Charles VII.

  168. [166]

    Hume, VI, 146 (d’après Monstrelet, t. 2, p. 14, et Grafton), dit 14,000 hommes, dont la moitié étaient Écossais. Même nombre dans Daniel, VII, 17. Villaret, XIV, 297, le porte à 20,000 hommes. Le Journal de Paris, p. 99, et Monstrelet, t. 2, f. 13, en comptent 18,000.

  169. [167]

    Le jeudi 17. Monstrelet, t. 2, f. 14, et Thomassin, f. 91. — La Chronique de France, f. 331, et Daniel, VII, 18, disent le 16 ; et Hume, VI, 148, le 25 (peut-être est-ce une faute d’impression).

  170. [168]

    Il faut ajouter l’imprudence et l’indiscipline des Français. (Voy. Hume, VI, 149 ; Berry, 370.)

  171. [169]

    (Voy., sur la bataille de Verneuil, Chartier, p. 9 ; Berry, 170 ; Histoire de la Pucelle, 487 ; Journal de Paris, 97 ; Hume, VI, 150 ; Daniel, VII, 18 ; Monstrelet, t. 2, f. 13 à 15 ; Villaret, XIV, 296 ; Chronique de France, 331.

    Quant au nombre des morts, Hume n’en compte 150que 4000 ; Berry, 4500… ; le Journal de Paris les porte jusqu’à 9000.

  172. [170]

    (Voy. Berry, 373 ; Histoire de la Pucelle, 488 ; Monstrelet, t. 2, f. 15, 17, 22, etc.)

  173. [171]

    Ou Jacqueline de Bavière, veuve du dauphin Jean, et épouse du duc de Brabant, cousin germain de Philippe. (Voy., à ce sujet, ainsi que sur ce différend, St. Remi, 123, 152 ; Monstrelet, t. I, f. 236, 255, 263, 300 ; t. 2, 17 à 21, 23 à 29, 36 ; Daniel, VII, 22 ; Lussan, IX, 221 à 231 ; Villaret, XIV, 123, 303, 318, 338 ; Smollett, VIII, 35 et suiv. ; Dutillet, Recueil des Traités, 345.) Jean de Bourgogne, duc de Brabant, était fils d’Antoine, second fils de Philippe-le-Hardi ; une grand-tante maternelle d’Antoine lui avait laissé, en 1406, les duchés de Brabant et de Limbourg. À la mort de Jean, en 1427, ils passèrent à son frère Philippe, et après celui-ci, en 1430, à Philippe-le-Bon, leur cousin. (Voy. Anselme, Généalogies, t. I, p. 248.)

  174. [172]

    Tous les auteurs conviennent que sans cette diversion Charles VII était perdu. (Voy., entre autres, Hume, VI, 150 ; Smollett, liv. 4, ch. 4, t. 8, p. 35 ; Daniel, VII, 22 ; Rapin-Thoyras, IV, 206 et 514.)

  175. [173]

    Par le traité de Delft, fait le 3 juillet 1428, entre ! 151Philippe et Jacqueline. (Voyez-le dans Dumont, t. 2, part. 2, p. 218.) Il paraît que Villaret, XIV, 338, ne le connaissait pas, puisqu’il hésite sur l’époque de la fin de cette guerre.

    Dans l’art. 3 de ce traité, Philippe est nommé héritier, et dès cet instant gouverneur des biens de Jacqueline, c’est-à-dire du Hainaut, de la Hollande, de la Zélande et de la Frise.

    La même année (1428) il avait acheté les comtés de Namur et de Zuphten. (Voy. Anselme, t. I, p. 240.) Qu’on juge maintenant combien un tel ennemi devait être redoutable pour Charles VII !

  176. [174]

    Il était grand-oncle du roi, et chargé de sa personne et de son éducation… Il avait des différends continuels avec Glocester. (Voy. Hume, VI, 133, 156.)

  177. [175]

    Hume, VI, 156 à 160, et Daniel, VII, 23, fixent le départ de Bedfort à l’année 1425, et son retour (après un séjour de huit mois) à l’année suivante. C’est qu’ils ont uniquement suivi la relation de Monstrelet, t. 2, f. 27 à 29. Mais l’histoire de Monstrelet, depuis 1423 jusqu’à 1428, fourmille d’erreurs de dates : beaucoup d’événements y sont confondus. Par exemple, il dit, sous la date de 1427, f. 35, que Richemont avait été tout nouvellement fait connétable, tandis que cette promotion est antérieure de trois ans. (Voy. ci-après notes 176, 188, 189.) Au surplus, le Journal de Paris, p. 108, fixe positivement le retour de Bedfort au samedi 5 avril 1427, après une absence de seize mois, 152ce qui fait remonter son départ, au plutôt, au mois de novembre 1425. *

    * Nous avons depuis fait beaucoup de recherches pour éclaircir ce point important d’histoire. Nous avons entre autres vérifié avec soin toutes les lettres-patentes insérées au Trésor des Chartres, reg. 173, années 1425, 1426 et 1427. La dernière qui se soit donnée à Paris, à la relation du duc de Bedfort, est du 30 novembre 1425 (ibid., n° 376). Depuis cette époque jusqu’au 8 avril 1426, avant Pâques (c’est-à-dire jusqu’au 8 avril 1427, selon notre manière actuelle de compter), elles sont toutes à la simple relation du conseil, et l’on en trouve plusieurs données pendant cet intervalle en Angleterre, à la relation du duc de Bedfort, savoir : 20 décembre 1425, à Sandwich (n° 402) ; 9 mars 1425, à Worcester (n° 488) ; 12 id., à Leicester (n° 636) ; 29 août 1426, à Sulbruck (nos 480 et 481) ; 5 décembre 1425, à Vestminster (n° 631). Voici les premières qui sont ensuite données à Paris, à la même relation : 8, 11 et 12 avril 1426, avant Pâques, nos 628, 630, 632, 647, 634, 645.

    Tout ceci confirme l’assertion du journaliste de Paris. Il en résulte en effet que Bedfort partit de Paris un des premiers jours de décembre 1425 (selon notre manière de compter), et qu’il y fut de retour un des premiers jours d’avril 1427. Ainsi son absence dura seize mois.

    N. B. Villaret, XIV, 344, place bien le retour de Bedfort à l’an 1427, mais il commet la même faute que Hume et Daniel en restreignant son absence à huit mois.

  178. [176]

    Divisions de la cour En mars 1424. (Voy. Histoire de Richemont, 748 ; de Charles. Villaret, XIV, 314.) Daniel, VII, 30, recule mal à propos cette nomination d’une année. Dutillet, Recueil des Rois, p. 397, en cite les lettres, qui sont du 7 mars, d’après les registres du parlement de Poitiers. 153

  179. [177]

    (Voy. Villaret, XIV, 311 ; Griffet, Observations sur Daniel, VII, 341 et suiv. ; Dutillet, Recueil des Traités, 344, 357. (Traité du 7 octobre 1425.) C’est que Richemont était gendre du duc de Bourgogne (Jean). (Voy. Histoire de Richemont, 746, 747.)

  180. [178]

    Le dauphin d’Auvergne… tué par Duchâtel. (Voy. Villaret, XIV, 315.)

  181. [179]

    (Voy., sur tout cela, Histoire de la Pucelle, 489 ; Villaret, XIV, 314, Chronique de France, 332 ; et surtout Histoire de Richemont, 748.) Le fameux président Louvet voulut, en se retirant, conserver de l’influence, ou plutôt s’assurer que l’on continuerait à commettre les désordres auxquels il ne pouvait plus participer. Il laissa à la cour Giac, qui était une de ses créatures, et conseilla à Charles de le prendre pour favori. Ce Louvet était parvenu à un tel degré de puissance, que le comte de Dunois* n’avait pas dédaigné de devenir son gendre. (Voy. Daniel, VII, 31 ; Villaret, XIV, 316.)

    * Ce héros était né en 1402, la même année que Charles VII, de Louis, duc d’Orléans (Voy. ci-devant p. 10), et de la dame de Cany. Le double adultère auquel il devait le jour ne lui avait point nui. La duchesse d’Orléans (Valentine de Milan) regrettait même de n’être pas sa mère : il lui avait été emblé (dérobé), disait-elle. (Voy. Villaret, XII, 357, XIII, 71.)

  182. [180]

    (Voy. Chartier, 11 ; Villaret, XIV, 320.)

  183. [181]

    Ou vers la fin de 1425. (Voy. Histoire de Richemont, 749. — Mais voy. ci-dessous note 183.)

  184. [182]

    Le chancelier de Bretagne. (Voy. Histoire de Richemont, 749 ; Daniel, VII, 33 ; Villaret, XIV, 321.) En novembre 1425, Charles VII avait obtenu du clergé de Languedoc deux dixièmes, et des communes une aide de 250 mille livres pour la guerre, outre 12 mille livres pour en faire son plaisir. Giac, abusant de son crédit, tourna presque entièrement cette aide à son profit. (Voy. D. Vaissette, IV, 467.)

  185. [183]

    (Voy. Monstrelet, t. 2, f. 35 ; Daniel, VII, 33 ; Villaret, XIV, 322 ; Histoire de Richemont, 749 ; Ancienne Chronique (elle fixe à 1426 cette action), Notice des manuscrits, II, 308.)

  186. [184]

    (Voy. Histoire de la Pucelle, 492 ; Histoire de Richemont, 750 ; Daniel, VII, 35 ; Chronique de France, 333.

  187. [185]

    (Voy., sur tout ce qui précède, dans le texte, Chartier, 13 ; Berry, 374 ; Histoire de la Pucelle, 492, 496 ; Histoire de Richemont, 750 ; Hénaut, ans 1426, 1427 ; Chronique de France, 333. 155

  188. [186]

    (Voy. Villaret, XIV, 328.)

  189. [187]

    (Voy. Histoire de Richemont, 752 ; Villaret, XIV, 328.)

  190. [188]

    Il faut néanmoins excepter Montargis, que Warwick et Suffolck assiégeaient, et que Dunois secourut : du moins il paraît que c’est à-peu-près dans ce temps que se fit cette expédition. (Voy. Histoire de la Pucelle, 494 ; Berry, 374 ; Villaret, XIV, 339 ; Daniel, VII, 38 ; Chronique de France, 333.) Hume, VI, 160, d’après Monstrelet, t. 2, f. 32, la place vers l’année 1425. Mais voyez note 175, ci-devant, et ci-dessous, note 189.

    Les Français surprirent aussi le Mans vers la même époque ; mais Talbot et Suffolck les en chassèrent et s’emparèrent ensuite de Laval. (Voy. Villaret, XIV, 344.)

  191. [189]

    Hume, VI, 161… Le récit de cette expédition est placé à la dernière page où il traite de l’année 1426 ; et, tout de suite, p. 162, il passe à l’année 1428, sans rien rapporter de 1427. (Voy., ci-devant, note 175, page 151.) Mais ce qui ôte toute incertitude sur le temps de l’expédition de Bedfort, et montre l’erreur de Hume, c’est une lettre du 8 septembre 1427, contenue au Trésor des Chartres (Mélanges, v. 3, n. 98, p. 403), où le duc de Bretagne déclare renoncer à toute alliance 156au préjudice de Henri, et promet de lui obéir ainsi qu’au régent, duc de Bedfort, etc. (Elle est citée avec les serments des villes, etc., de Bretagne, dans Dutillet, Recueil des Traités, 359 à 361.) Le roi de Navarre fit, le 16 du même mois, un semblable serment pour le duché de Nemours. — Dutillet, ib., 345, 362.

  192. [190]

    (Voy. Berry, 375 ; Histoire de la Pucelle, 497 ; Histoire de Richemont, 754 ; Villaret, XIV, 348.) 1428.

  193. [191]

    Hume, VI, 161, 162, à l’occasion du siège d’Orléans, dit que Bedfort résolut de tenter une entreprise qui, si elle réussissait comme il l’espérait, emporterait la balance… et préparerait les voies à l’entier assujettissement de la France.

  194. [192]

    (Voy. l’atlas de Rizzi Zannoni, 18e carte.)

  195. [193]

    Savoir, les départements dont les noms suivent (en remontant du midi au nord) : Aude, Haute-Garonne, Hérault, Gard, Lozère, Ardèche, Cantal, Haute-Loire, Isère, Rhône, Loire, Puy-de-Dôme, Allier, Vendée, Deux-Sèvres, Vienne, Indre, Indre-et-Loire, Cher, Loir-et-Cher, Creuse, Loiret, Nièvre, Yonne, … et des portions d’autres départements : par exemple, du Tarn, de la Drôme, de Maine-et-Loire, de la Haute-Vienne, de la Meuse, etc. 157

  196. [194]

    C’est à ce nombre que Villaret, XIV, 363, évalue l’armée de Charles VII, même en y comprenant la garnison d’Orléans.

    Charles V, dans de semblables circonstances, c’est-à-dire en montant sur le trône, avait eu de la peine à former un corps de douze cents combattants. (Voy. Villaret, X, 365.)

  197. [195]

    Ainsi, depuis l’avènement de Charles VI jusqu’au siège d’Orléans, on peut compter environ quarante-huit années de pillages ou de troubles, et vingt-trois années de guerres, à quelques légères interruptions près.

  198. [196]

    (Voy. ce que nous disons au texte, p. 84.)

  199. [197]

    (Voy. Villaret, XV, 13 et 14.)

  200. [198]

    Cela n’est point surprenant : à l’époque où Villaret publiait son ouvrage, les véritables principes de l’économie politique étaient bien peu connus en France.

  201. [199]

    On le conçoit facilement, et beaucoup de passages de nos anciens historiens en offrent la preuve. Il suffira de citer celui-ci : Le 18 août 1427, ce party de Paris 158le régent qui toujours enrichissait son pays d’aucune chose de ce royaulme, et si n’y rapportait rien que une taille quant il revenait. Journal de Paris, 111.

  202. [200]

    Une foule d’autres passages de nos historiens prouvent également le faste de ces enrichis. (Voy. entre autres Villaret, XII, 37, XIII, 86.)

  203. [201]

    Il y eut, sous Charles VI, plusieurs expéditions lointaines faites soit par ses ordres, soit pour le compte de quelques maisons, telles que celles d’Anjou et d’Armagnac, et notamment les suivantes : 1382, Naples… (Voy. ci-devant note 21.) 1383, Barbarie… (Voy. Juvenal, 51.) 1384, Écosse… (Voy. Laboureur, 102 ; Juvenal, 58.) 1388, Gueldres… (Voy. ci-devant note 22.) 1390, Barbarie… (Voy. Juvenal, 99.) — 1391 et 1395, Milanais… (Voy. Laboureur, 205 ; Juvenal, 105.) 1396 et 1399, Turquie ou Hongrie… (Voy. Laboureur, 333, 407 ; Juvenal, 173.) 1399, Naples… (Voy. Laboureur, 425.)-1402, Constantinople… (Voy. Laboureur, 455.) 1415 et 1416, Italie… (Voy. Monstrelet, t. I, f. 227, 236.)

  204. [202]

    (Voy. ci-devant le texte, page 40, et la note 173.) 159

  205. [202bis]

    Bedfort se conduisait bien différemment. On trouve au Trésor des Chartres une foule de dons de rentes, terres, seigneuries, etc., faits aux généraux des alliés, tels que Warwick (registre 173, n° 220 ; reg. 174, nos 188, 196), Salisbury (reg. 173, n° 645), Talbot (reg. 174, n° 150 ; reg. 175, n° 317), Fastolf (reg. 172, n° 345 ; reg. 175, nos 203, 287), Arundel (reg. 175, nos 365, 366), Suffolck (reg. 172, n° 571), Luxembourg (reg. 172, n° 90 ; reg. 173, nos 646, 686)…

    Il est vrai 1° que ces dons ne coûtaient pas beaucoup, puisqu’il s’agissait de confiscations sur les partisans de Charles ; 2° que Bedfort ne s’oubliait pas lui-même dans ses largesses. (Voy. reg. 172, nos 487, 518 ; reg. 173, n° 319 ; reg. 174, n° 330 ; reg. 175, n° 69.)

  206. [203]

    Tout le monde sait qu’au lieu de répondre à Lahire, chargé de lui communiquer des affaires de la dernière importance, il lui montra ses préparatifs de fête ; et la réponse de ce vaillant guerrier n’est pas moins connue. (Voy. Encyclopédie, dict. d’Hist., mot Vignoles. Villaret, XIV, 359 ; Hénaut, an 1457.)

    N. B. Richer (manuscrit indiqué ci-devant note 1re, n° 28, p. 107) rapporte aussi cette anecdote d’après Egnatius et le chancelier de Lhôpital… Il en fixe la date au milieu du siège d’Orléans. 160

  207. [204]

    (Voy. Histoire de Richemont, 753.)

  208. [205]

    (Voy. Histoire de la Pucelle, 492.) Sur les plaintes des États de Chinon (voy. ci-après note 241) relativement aux abus des finances, tous les changeurs furent cassés vers novembre 1428. (Voy. D. Vaissette, t. 4, p. 473. — Voy. aussi ci-devant note 154, p. 145.)

  209. [206]

    Suivant Monstrelet, t. 2, f. 37, Salisbury passa la mer après la Saint-Jean.

  210. [207]

    (Voy. Chartier, 18, 19 ; Histoire Chronologique, 331 ; Berry, 375 ; Histoire de la Pucelle, 499, 500 ; Monstrelet, t. 2, f. 37 et 38 ; Hume, VI, 162 ; Chronique de France, 334. — Ces auteurs nomment entre autres, au nord, Nogent-le-Roi, Nogent-le-Rotrou, Jenville, Mehun-sur-Loire, Beaugenci, Marchenoir, Chartres, Rambouillet, Rochefort, Péthivier, Puiset, Châteauneuf* ; et au midi, Gergeau, Sully, La Ferté-Hubert. Toutes les villes sur la Loire, jusqu’à Blois, et toutes celles de la Beauce, excepté Châteaudun, étaient anglaises, dit Chartier.

    * Ajoutez à ces villes, qui sont ci-après sur la 2e carte, Thoury (à 1 lieue E. de Jenville) et Montpipeau (à 2 lieues N. de Mehun-sur-Loire), que nous n’avons pu y placer.

  211. [208]

    (Voy. Hume, VI, 162.) Une partie des garnisons des villes, indiquées à la 161note 207, avait pris le parti des Anglais. France, 334.

  212. [209]

    (Voy. Villaret, XIV, 363.) Le 25 octobre on conduisit à Orléans un renfort d’un millier d’hommes ; le 5 janvier, 200 ; le 7 février, environ 1400 ; etc. (Voy. Tripaut, 8, 20, 34, 35.)

  213. [210]

    Dès le commencement du siège, il y avait Xaintrailles et son frère, Guitry, Villars, Lachapelle… Gaucourt était gouverneur de la place ; mais dans le principe il ne dut guère être utile, parce qu’il se démit le bras, le 21 octobre, en courant donner des ordres pour la défense des tournelles…

    Le 25 octobre, ils furent joints par Dunois, Sainte-Sévère, Beuil, Chabanes, Chaumont, Lahire… (Voy. Tripaut, 4, 5, 8.)

  214. [211]

    Le fort était placé à l’extrémité du pont ; mais il était séparé de la rive gauche par un ravelin environné d’eau qu’on passait au moyen d’un petit pont. (Voy. Polluche, note 117, p. 147 ; Expilly, 351.) Les Orléanais, voulant couvrir le fort, construisirent un boulevart sur cette même rive… Il était fermé de tous côtés afin d’être en état de défense, même pendant les basses eaux ; mais il n’était pas entièrement 162achevé lorsque les Anglais arrivèrent. (Voy. Histoire de la Pucelle, p. 501 ; Tripaut, 6.) Villaret désigne ces fort et boulevard par le nom de tourelles ; nous avons préféré celui de tournelles, dont se servent les anciens auteurs. (Voy. aussi Polluche, ibid. ; Expilly, 351.) *

    * On comprendra mieux cette note et la plupart des suivantes en consultant la carte visuelle (ou 1re carte) qui est ci-après à la fin de l’ouvrage.

  215. [212]

    Le 2, elle attaqua, et le 5, elle prit Gergeau, ensuite Châteauneuf. (Voy. Histoire de la Pucelle, 500 ; Chronique de France, 334.)

  216. [213]

    (Voy. Hume, VI, 162.) Il y fait l’éloge de Salisbury, qui venait d’amener à Bedfort un renfort de six mille hommes. Il dit, p. 164, que Salisbury n’avait que dix mille hommes : il ajoute bientôt (d. p. 164) que Suffolck, qui prit le commandement après la mort de Salisbury, fut renforcé par un grand nombre d’Anglais et Bourguignons. Villaret, XIV, 362, Rapin-Thoyras, IV, 232, et Smollett, VIII, 61, évaluent à vingt-trois mille hommes l’armée anglaise après qu’elle eut reçu tous ses renforts. (Voy. encore Chartier, 18 ; Monstrelet, t. 2, f. 38, 39 ; Tripaut, 2, 12, 16 ; Histoire de la Pucelle, 500, 503 ; Daniel, VII, 45.) Tous les historiens du temps donnent aussi de grands éloges à Salisbury : il fut blessé à mort, le 24 octobre 163soir, d’un coup de canon. Placé dans l’embrasure d’une des fenêtres des tournelles, il observait l’assiette d’Orléans ; il mourut trois jours après. (Voy. Tripaut, 7 et 9 ; Chartier, 19 ; Histoire de la Pucelle, 502 ; Monstrelet, t. 2, f. 38 ; Smollett, VIII, 62 ; Chronique de France, 335.

  217. [214]

    C’est celui qui venait de prendre Gergeau… Dès le 8 septembre l’armée avait reconnu la place d’Orléans sur la rive droite ; mais elle s’était ensuite divisée pour attaquer les villes voisines. (Voy. Histoire de la Pucelle, 500 ; Chronique de France, 334.)

  218. [215]

    C’est-à-dire des faubourgs de la rive gauche, connus sous le nom de Portereau, et qui n’étaient pas fermés de murs. (Voy. Tripaut, 2 ; Histoire de la Pucelle, 500 ; Expilly, 352 ; Chronique de France, 334.)

  219. [216]

    On en avait commencé la démolition. Surpris par l’arrivée des Anglais, les Orléanais y mirent le feu. (Voy. Histoire de la Pucelle, 501 ; Tripaut, 2.) Pendant les mois de novembre et décembre, les Orléanais démolirent aussi ou brûlèrent les faubourgs et églises ou couvents (on en compte vingt-une) de la rive droite*, toujours pour empêcher les Anglais de s’y loger. (Voy. Tripaut, 10, 15 ; Histoire de la Pucelle, 164504 ; Expilly, 334 et suiv. — Voy. aussi Monstrelet, t. 2, f. 28.)

    * Voyez-en la liste aux observations sur la carte visuelle ou 1re carte, § 4.

  220. [217]

    Ils l’établirent au couvent et dans l’église des Augustins, dont la démolition n’était pas achevée. Ce fut leur première bastille. (Voy. Histoire de la Pucelle, 501 ; Daniel, VII, 46 ; Chronique de France, 334.) Ils formèrent aussi des batteries qui lançaient des pierres dont quelques-unes pesaient jusqu’à 150 livres. (Voy. Tripaut, p. 3 ; Histoire de la Pucelle, 501.) Leur premier soin fut de les employer à détruire tous les moulins qu’Orléans avait sur la Loire ; mais les assiégés y suppléèrent par des moulins à chevaux. (Voy. Tripaut, 3.)

  221. [218]

    Les femmes ne cessaient de porter très diligemment à ceux qui défendaient le boulevard plusieurs choses nécessaires, comme eaux, huiles et graisses bouillantes, chaux, cendres, chausse-trapes. (Voy. Tripaut, p. 5 ; Histoire de la Pucelle, 501.) — Ainsi que des vivres et rafraîchissements… quelques-unes même combattirent sur le parapet, à coups de lances. (Voy. idem, p. 501 ; Daniel, VII, 46. — Voy. aussi Chronique de France, 335.)

  222. [219]

    Il n’était plus retenu que par des étais auxquels il 165suffisait de mettre le feu pour faire fondre iceluy boulevart. (Voy. Histoire de la Pucelle, 501 ; Tripaut, 6 ; Daniel, VII, 47. — Voy. aussi Chronique de France, 335.)

  223. [220]

    Le 24 octobre, il était déjà en partie ruiné par l’artillerie, et il y avait peu de gens de faict, la plupart ayant été blessés à l’assaut du boulevart.

  224. [221]

    Dès le 22 octobre… Tripaut, 6, dit une arche, et l’Histoire de la Pucelle, aucunes arches ; ce qui n’est point contradictoire, parce que l’on put rompre d’autres arches après le 22… Le boulevard fut établi sur une pile au lieu appelé la Belle-Croix. (Voy. Tripaut, ib. ; Polluche, 147 ; Expilly, 352.)

  225. [222]

    (Voy. Histoire de la Pucelle, 501, 502 ; Tripaut, 6 et 7, qui dit deux arches.

    Ce boulevard était très fort, et tenable contre toute puissance. (Voy. Histoire de la Pucelle, 502 ; Tripaut, 7.)

  226. [223]

    Les historiens modernes se sont singulièrement trompés sur cette espèce de circonvallation. Hume (IV, 165) parle vaguement de redoutes, construites de distance 166en distance, et de retranchements par lesquels Suffolck voulait les lier au printemps… Selon Smollett (VIII, 60) on construisit seize petits forts ou redoutes, dont six plus considérables que les autres, pour commander aux principales avenues… Daniel (VII, 49) dit qu’on éleva de distance en distance un grand nombre de bastilles ou redoutes ; qu’il y en avait trois principales : une à la porte de Saint-Privé, appelée Paris ; la 2e aux Douze-Pairs, appelée Londres ; la 3e à un pressoir, appelée Rouen… D’après Villaret, XIV, 362, six grandes bastilles étaient placées aux principales avenues, et se communiquaient par soixante redoutes moins considérables, édifiées dans les intervalles… Baudot (t. 1, P. 299, 300) compte cinquante-quatre forts et six bastilles : il place celle de Londres aux Augustins, et celles de Saint-Jean-Leblanc et de Saint-Loup ensemble auprès de la porte Bourgogne… Presque autant d’erreurs que de mots dans ces écrivains.

    1. — Dans tous les détails que nous donnent les témoins oculaires sur les diverses attaques, soit des Français, soit des Anglais, il n’est jamais question de redoutes ; le seul Monstrelet, t. 2, f. 42, v°, en parle, et les porte, il est vrai, jusques au nombre de soixante. Mais il n’était point au siège, dont il déclare positivement (f. 38, v°) qu’il fait le récit d’après aucuns notables*.

    * Ces notables ont fort mal renseigné Monstrelet. Il dit entre autres que la Pucelle partit pour l’expédition de Gergeau le 4 mai (ce n’est que le 11 juin, voy. ci-devant le texte, p. 75), après la levée du siège d’Orléans, qui précisément n’eut lieu que le 8 mai.

    D’ailleurs, vu le peu d’étendue de 167la place (elle n’occupait guère que le tiers de sa superficie actuelle, voy. Polluche, 36), on ne conçoit pas où auraient pu être placées ces nombreuses redoutes, et l’on conçoit encore moins comment les assiégés auraient pu recevoir des secours. C’est mal à propos que Villaret (ibid.) annonce que, plus d’une fois, les Gaucourt, Xaintrailles, Lahire, etc., forcèrent les quartiers des assiégeants pour introduire des convois : nous ne voyons rien de semblable dans les auteurs contemporains. Il paraît seulement, par le Journal de Tripaut (p. 25, 28, 29, 33, 64, 76), que dans les derniers temps on se glissait dans la ville pendant la nuit ou à l’aube du jour. (Voy. aussi Chartier, 17 ; Monstrelet, t. 2, f. 38.)

    2. — Le nombre et les noms des bastilles ou bastides sont spécifiés de la manière la plus claire et la plus expresse par l’historien de la Pucelle, dont le témoignage est confirmé indirectement par Tripaut et par la Chronique de France, qui, dans divers passages, indiquent presque toutes les bastilles désignées par l’historien (sur treize, ils en nomment onze), et n’en indiquent aucune de noms différents*. (Voyez Tripaut, 8, 16, 18, 20, 21, 24, 28, 58, 59, 64, 79, 84, etc. ; Chronique, f. 335, 338 et 339.)

    * Chartier, 16 et 20 à 24, et Berry, 376 et 377, rappellent aussi plusieurs des mêmes noms.

    Pour enclorre la cité, dit l’historien, fermèrent et fortifièrent plusieurs boulevards et bastides… C’est à savoir la bastide de Saint-Laurent, la bastide du Colombier, la bastide de la Croix-Boissée, la bastide qu’ils nommèrent Londres, au lieu des 168douze Pierres (Pairs), la bastide (Aro) du Pressouer Ars, nommée Rouen, la bastide de Saint-Pouer (Pouoir), nommée Paris, la bastide de Saint-Loup ; et dedans la Loire au droit de Saint-Laurent, en l’isle Charlemaigne, une autre forte bastide… et ainsi appert que tant de la partie de Beauce que comme de Souloigne, fut la ville enclose de treize places fortifiées, tant boulevards comme bastides…* (Voy. id. mss. B. R. n°. 10297, f. 132, 133 ; et Recueil de Godefroy, p. 503.)

    * Les mots imprimés ci-dessus en italiques sont dans le manuscrit ; Godefroy leur a substitué ceux que nous avons placés entre des parenthèses, et a omis le dernier (forte).

    Pour entendre ce dernier passage, il faut observer qu’auparavant (p. 502 de Godefroy) l’historien a indiqué les bastilles de la rive gauche (partie de Sologne), c’est-à-dire, les tournelles, le boulevard de devant (les tournelles), les Augustins, Saint-Privé et Saint-Jean Le Blanc, ou cinq bastilles ou boulevards, et en y joignant celles de la rive droite ou de l’île, en tout treize bastilles.

    3. — On voit par la nomenclature précédente que Daniel et Baudot se sont trompés et sur les noms et sur les positions des véritables bastilles. En voici l’ordre, d’après le même passage (Voy. d’ailleurs ci-après la carte visuelle à la fin de l’ouvrage) :

    Sur la rive gauche, d’occident en orient, en remontant la Loire, 1° Saint-Privé ; 2° le fort des Tournelles ; 3° en avant de ce fort, le boulevard du même nom ; 4° en avant du boulevard, mais à ce qu’il paraît un peu du côté de l’orient, les Augustins ; 5° Saint-Jean-le-Blanc, où les Anglais établirent un 169corps de troupes pour empêcher le passage du fleuve. (Tripaut, 84.)

    Sur la rive droite, de l’orient au nord-ouest, et successivement de ce point au sud-ouest, en faisant le tour de la ville ; 6° Saint-Loup, qui aurait dû être vis-à-vis de Saint-Jean-le-Blanc, mais qui était beaucoup plus éloigné de la ville ; 7° à 11°* Saint-Pouaire ou Paris ; le Pressoir Ars ou Rouen ; les Douze Pierres ou Londres ; la Croix Boissée ; le Colombier ; 12° Saint-Laurent.

    * Voyez au sujet de ces cinq bastilles, dont l’Histoire de la Pucelle ne donne pas l’ordre naturel, ci-après les observations sur la carte visuelle, ou 1re carte, §2.

    Enfin, 13° dans l’île de Charlemagne, une dernière bastille. Celle-ci était placée entre Saint-Laurent et Saint-Privé (du côté et au droit de Saint-Laurent… au champ de Saint-Privé, au droit de l’autre… disent l’Histoire de la Pucelle, 503, et Tripaut, 21), et les faisait communiquer au moyen d’un port par eau. (Voy. mêmes pages 503 et 21.)

  227. [224]

    (Voy. Chartier, 17 ; Tripaut, 59. — Voy. aussi Chronique de France, 335.) Nous disons qu’ils tâchent, parce qu’il paraît que cette dernière fortification ne fut pas terminée… Selon Chartier (ibid.), les fossés doubles furent ouverts, depuis la bastille de Saint-Laurent jusqu’à celle de Londres, et commencés entre celle-ci et la bastille de Saint-Loup. Mais il n’annonce point, comme le 170prétend Daniel, VII, 54, que la circonvallation était achevée, et les bastilles jointes par les fossés.

  228. [225]

    Le port dont nous avons parlé à la fin de la note 223, page 169.

  229. [226]

    Tripaut, p. 13 à 32, en donne les détails… Monstrelet, t. 2, f. 38, dit qu’il n’a point su que les assiégés aient fait dans leurs saillies grand dommage aux assiégeants.

  230. [227]

    Les fortifications de la rive droite ne furent commencées que le 29 décembre. Mais les Anglais, qui venaient de se renforcer en hommes et munitions, y travaillèrent dès-lors avec beaucoup d’activité. (Voy. Histoire de la Pucelle, 502, 503 ; Tripaut, 15 et suiv. ; Daniel, VII, 48. — Voy. aussi Chronique de France, 335.)

  231. [228]

    Les auteurs contemporains parlent de cette difficulté, ainsi que de la détresse qu’éprouva la ville lorsque les fortifications des assiégeants furent achevées. (Voy. entre autres, Histoire de la Pucelle, 503 ; Tripaut, 25, 79 ; continuateur, f. A, p. 8 et 13 ; Chartier, 18 ; un témoin dans Laverdy, 304 ; Chronique de France, 336.) Au reste, la démarche que firent les Orléanais auprès du duc de Bourgogne en est une preuve sans réplique. 171(Voy. le texte, p. 55, et ci-après note 240.)

  232. [229]

    C’est qu’ils étaient déjà saccagés… Les Anglais reçurent à plusieurs reprises des convois de Paris, entre autres le 1er décembre, le 29, le 16 janvier. (Voy. Tripaut, 12, 16, 23.) Chartier, p. 17, assure qu’ils ne pouvaient en tirer que de cette ville. — Voy. aussi Journal de Paris, 120.

  233. [230]

    Journée des Il était composé de plus de trois cents chariots chargés de munitions de toute espèce, et de vivres fournis par les habitants de Paris et des environs. (Voy. Journal de Paris, 118 ; Histoire de la Pucelle, 503 ; Tripaut, 39 ; Monstrelet (4 ou 500 chars), t. 2, f. 40.) Cinq jours après la bataille, il fut amené aux bastilles anglaises. (Voy. Tripaut, 48 ; Monstrelet, t. 2, f. 41.)

  234. [231]

    C’est ainsi que l’appellent plusieurs auteurs français… Son véritable nom était Falstolf. (Voy. Hume, VI, 134.)

  235. [230]

    (Voy. Tripaut, 37, 38.)

  236. [233]

    Les auteurs varient sur le nombre précis des deux armées.

    Tripaut, 39, le Journal de Paris, 118, donnent aux Anglais 1500 hommes ; Monstrelet 1600, et ensuite 172 (idem, Smollett, VIII, 63), outre mille communs (c’est-à-dire, les habitants chargés de conduire les chariots). Le Journal de Paris, ibid., compte jusqu’à sept mille Français (qu’il nomme encore les Arminas), et la Chronique de France (f. 336), six mille ; ce qui paraît exagéré. Mais tous conviennent que les Français étaient en beaucoup plus grand nombre.

  237. [234]

    Selon l’historien de la Pucelle, p. 504, la bataille se donna environ vêpres ; et selon Tripaut, p. 42, entre deux ou trois heures après midi. Nous avons suivi la relation de Monstrelet (t. 2, f. 40), qui nous a paru plus exacte et mieux circonstanciée que les autres, et qu’a adoptée Villaret, XIV, 364. Or, d’après cet auteur, la bataille fut faite la nuit, et par conséquent les armées durent être en présence vers l’entrée de la nuit. Ce qui semblerait le confirmer, c’est que 1° Tripaut, p. 39, dont le récit offre d’ailleurs quelques contradictions, annonce que l’armée française ne se mit en mouvement qu’à trois heures après midi ; 2° selon le Journal de Paris, p. 118, les cavaliers français furent très surpris lorsque leurs chevaux s’enferrèrent dans les pieux aigus et les chausse-trapes ; surprise qu’ils n’auraient point éprouvée, si l’attaque eût commencé en plein jour.

    Au surplus, si la bataille s’est en effet donnée en plein jour, les fautes des Français n’en sont que plus grossières. 173

  238. [235]

    Les auteurs varient encore sur les fautes des Français… L’historien de la Pucelle, p. 503, parle même d’une mesure qui aurait dû leur donner la victoire. Selon lui, ils dirigèrent d’abord contre le rempart formé par les chariots de l’ennemi une batterie qui les mit en pièces. Ainsi Villaret, XIV, 365, se trompe lorsqu’il reproche à Daniel (il fallait lui associer Hume, VI, 166) d’avoir rapporté (VII, 51) cette particularité, dont les auteurs contemporains, dit Villaret, ne font aucune mention.

    L’historien de la Pucelle impute la perte de la bataille à une désobéissance des Écossais ; et Tripaut, p. 41 et 46, à la négligence et aux lenteurs du chef du corps principal de l’armée française, qui retarda les attaques du corps avancé, et ne vint point le secourir après sa défaite.

    Quoi qu’il en soit, tout le monde s’accorde à rejeter ce désastre sur les fautes des Français, et personne ne varie sur la sagesse des mesures de Fastol.

    À l’égard des autres circonstances de l’action, voy. les auteurs précédents, et Chartier, 17 ; Chronique de France, 336.

  239. [236]

    Guillaume d’Albret, le connétable d’Écosse et son frère, Louis de Rochechouart, Châteaubrun, Lescot, Chabot, etc. (Voy. Histoire de la Pucelle, 504 ; Tripaut, 45.)

  240. [237]

    Quatre ou cinq cents seulement ; mais tout le reste se dispersa en effet. (Voy. Histoire de la Pucelle, 504 ; Tripaut, 44 et suiv. ; Villaret, XIV, 365 ; Hume, VI, 167.) 174

  241. [238]

    Il y fut grièvement blessé. (Voy. Tripaut, 45, 46 ; Histoire de la Pucelle, 504.)

  242. [239]

    Pource que c’était au temps de Caresme, il y avait plusieurs chars chargés de harencs. (Chartier, 17. Voy. aussi Berry, 376.)

  243. [240]

    (Voy. Chartier, 18 ; Hist. Chronolog., 331 ; Histoire de la Pucelle, 504 ; Monstrelet, t. 2, f. 42 ; Villaret, XIV, 370 ; Hume, VI, 168 ; Tripaut, 81 ; Chronique de France, 336.)

  244. [241]

    (Voy. Mézerai, Abrégé in-4°, t. 2, p. 684 ; Daniel, VII, 55 ; Villaret, XIV, 366 à 368 ; Smollett, VIII, 64 ; Tripaut, 50 ; Richer dans Dartigny, VII, 339 ; Rapin-Thoyras, IV, 234, etc.) Daniel et Villaret donnent de grands détails à ce sujet, et le premier cite pour autorité les Annales de France de Nicolas Gille. (C’est Belleforêt (f. 337) seulement qu’il aurait dû citer.) Néanmoins Luchet (p. 309) déclare que c’est un fait bien hasardé, sur lequel il a vainement voulu rassembler quelques preuves décisives ; que si le désespoir eût conseillé à Charles une semblable bassesse, elle ne fût pas devenue publique, et l’on n’aurait pas 175arrêté (ceci est une critique dirigée contre Villaret) que le Roi ne s’éloignerait pas. Il est sans doute difficile d’avoir des preuves décisives d’une discussion dont assurément on ne tint point registre ; mais le témoignage des auteurs précédents est fortifié par une foule de circonstances, et entre autres par les vers que François Ier, sans doute plus instruit que Luchet d’un événement peu ancien pour lui, fit en l’honneur d’Agnès Sorel. Nous ajouterons une autorité que ces écrivains n’ont point connue, et qui nous paraît du plus grand poids. Voici ce que nous lisons dans Thomassin (f. 96), un des conseillers principaux de Louis XI, par les ordres duquel il écrivait trente ans après le siège d’Orléans, et à qui il présenta son ouvrage :

    On avait mis en délibération que l’on devait faire si Orléans estait pris, et fut avisé par la plus grand part, s’il estait pris, qu’il ne fallait tenir compte du demourant du royaulme, veu l’estat en quoy il estait, et qu’il n’y avait remède fors tant seulement de retraire mondit seigneur le daulphin en cettuy pays de Daulphiné, et là le garder en attendant la grâce de Dieu, etc.

    Observons encore que l’objection faite par Luchet, sur ce que la délibération n’aurait pas été rendue publique, est une pure subtilité. Personne ne dit qu’on la rendit publique ; et il n’y a rien d’extraordinaire qu’une décision d’un conseil d’état parvienne dans la suite à la connaissance des historiens.

    Au surplus, tous les auteurs sont également d’accord sur les résultats funestes de la Journée des Harengs. (Voy. les passages cités au commencement de cette note ; Chartier, 18 ; Monstrelet, t. 2, f. 38, 40.)

    Charles, 176— dit celui-ci, f. 41, — eut au cœur grande tristesse, voyant de toutes parts ses besongnes venir au contraire et persévérer de mal en pis.

    (Voy. aussi l’avis de deux témoins, dans Laverdy, 313.) Terminons par une remarque presque décisive. Tout ce que faisait la cour, ordinairement si indolente, de Charles VII, prouve combien elle craignait que la prise d’Orléans n’entraînât la ruine de ce monarque*. Pour nous borner à un seul trait, nous voyons qu’on commet à la défense de la place l’amiral (Culant) et un des maréchaux de France (Sainte-Sévère), le connétable d’Écosse, les Dunois, les Lahire, les Xaintrailles, etc. ; que dans la suite on envoie au secours de la place un prince du sang (le comte de Clermont), un autre maréchal 177(Rays), etc. (Voy. ci-devant note 210, p. 161 ; et Tripaut, p. 21, 37, 97 et 100.)

    * Les expressions et les conditions du traité fait le 10 novembre (rapporté ci-devant, note 147, page 144), quinze jours après la prise des tournelles par les Anglais, en sont aussi une preuve non moins frappante.

    Autre preuve. Deux mois après la bataille de Rouvray, le 13 avril 1429, un des plus fidèles et des plus puissants alliés de Charles, le duc de Bar, négocia avec le roi d’Angleterre, et traita avec lui et lui prêta serment le 5 mai (ce qui affaiblit Charles, dit Dutillet) ; mais aussitôt qu’il connut les succès de Charles, dès le 3 août, il renonça à ces traités et serments. (V. Dutillet, Recueil des Traités, 346, 347, 362, 363.)

    Autre. Les états-généraux des provinces fidèles, assemblés à Chinon, en octobre et novembre 1428 (au commencement du siège), accordèrent à Charles un aide de quatre cent mille francs, payable par toute sorte de gens, pour résister aux Anglais et pour le secours d’Orléans. Ils demandèrent qu’on mandat le roi de Sicile, Charles de Bourbon, les comtes d’Armagnac, de Foix, etc., pour venir servir le Roi en cette extrémité. (V. D. Vaissette, t. 4, p. 472.)

  245. [242]

    Une pucelle, jeune fille aagée de vingt ans ou environ…, laquelle fut grand espace de temps chambrière en une hostellerie, et étoit hardie de chevaulcher chevaux et les mener boire, et aussi de faire apertises et autres habilités que jeunes filles n’ont point accoutumé de faire. Ces expressions de Monstrelet, f. 41, v°, ont fourni à plusieurs modernes, entre autres à Voltaire (Dictionnaire philosophique, mot Arc) et à Hume, VI, 170 et suiv., un texte à des commentaires sur l’Histoire de la Pucelle.

    1. — Hume dit que Jeanne était âgée de vingt-sept ans ; qu’elle avait été servante d’auberge, etc. ; en un mot, il copie (sauf pour l’âge) Monstrelet ; et il ajoute, p. 177, que dans la suite on nia le premier état de Jeanne, et qu’on la métamorphosa en bergère, emploi qui plaisait davantage aux imaginations vives ; que, pour la rendre plus intéressante, on supprima près de dix ans de son âge, etc.

    On pourrait répondre qu’il importe assez peu que Jeanne ait été servante ou bergère, âgée de vingt-sept ans ou seulement de vingt, etc. ; que tout ce qu’elle fit n’en serait guère moins étonnant ; et cette vérité est si évidente, que l’un des antagonistes les plus prononcés de la Pucelle (Luchet, 321) n’en a point disconvenu.

    Mais on n’en est pas réduit à cette alternative. Et 178d’abord, la jeunesse de la Pucelle est établie par son propre témoignage et par celui de tous les écrivains de son siècle, ou les plus rapprochés de son siècle. En voici la notice exacte : 1° Seize ans ou environ… Thomassin, f. 101 ; Daulon dans Lenglet, II, 107. — 2° Dix-sept à dix-huit… Histoire de la Pucelle, p. 505. — 3° Dix-huit ans… Meyerus et Marianna, dans Hordal, p. 57 et 94. — 4° Dix-huit à vingt ans… Berry, p. 376. — 5° Vingt ans… Gaguin, Laziard, Genebrard, Forcadel, Symphorien Champier, Polydore Virgile, dans Hordal, p. 66, 90, 92, 102, 111 et 124 ; et Chartier, p. 19. — Enfin, Jeanne elle-même, à son premier interrogatoire (21 février 1430), c’est-à-dire une année après son départ de Dom-Remy, se donna dix-neuf ans ; et dans son procès justificatif, vingt témoins attestèrent la verité de sa déclaration*. (Voy. Villaret, XVI, 389 ; Berthier, 480 ; Laverdy, 27 ; Lenglet, t. 3, p. 114. — Voy. aussi Villaret, Gazette Littéraire de 1764, t. 3, p. 265.)

    * Lorsque ses parents demandèrent l’annulation de son jugement, ils se fondèrent entre autres sur ce qu’on ne lui avait point donné de conseil, quoiqu’elle fût mineure d’âge. (V. Laverdy, 515.)

    Hume n’oppose à tout cela que l’autorité de Monstrelet, de Hallet de Grafton, sans indiquer même si ces auteurs se sont expliqués et sur l’age* et sur la 179condition de la Pucelle.

    * Rapin-Thoyras, Histoire d’Angleterre, t. 4, p. 378, avait déjà attribué cet âge de 27 ans à la Pucelle. Il se fonde sur un passage de Pasquier, qui donne en effet à Jeanne 29 ans à l’époque de son procès. Mais, ou les actes dont s’est servi Pasquier étaient falsifiés, ainsi que le dit Berthier, p. 480, ou il y a une faute d’impression dans son ouvrage, où l’on aura mis 29 ans au lieu de 19.

    Quoique nous ne connaissions point les deux derniers, nous osons affirmer que leur opinion n’est ici d’aucune importance. Nous voyons, d’après les citations de Hume, que Hall a écrit tout au plus tôt à la fin du 15e siècle, et Grafton au milieu du 16e ; ce ne sont donc pas des contemporains. À l’égard de Monstrelet, dans l’édition que nous avons sous les yeux, il ne parle que de vingt ans ; et les expressions de jeune fille, dont il se sert à plusieurs reprises, se rapportent plus à cet âge qu’à celui de vingt-sept ans*.

    * Nous avons consulté depuis toutes les éditions in-folio et tous les manuscrits de Monstrelet que possède la bibliothèque de Paris : partout on lit vingt ans ou environ. Voici la notice des passages : Édition gothique, Paris, Bernard, t. 2, fol. 41. — Autre, Paris, 15. 18, t. 2, fol. 29. — Autre, Paris, 1603, t. 2, fol. 42. Manuscrits. N° 8346, t. 2, fol. 50. — Idem, de Colbert, n° 8299, fol. 50. Idem, de Lavallière, n° 5056, t. 2, ch. 54. Idem, un Mss. venu de Vienne. Ainsi Hume s’est trompé, ou avait une mauvaise édition de Monstrelet ; ou peut-être il se sera rapporté de confiance à l’assertion de Rapin-Thoyras.

    2. — En second lieu, la profession de Jeanne n’est pas moins positivement constatée par les procédures qu’on vient de citer : les soins du ménage, et quelquefois la garde des troupeaux de ses parents, voilà quelles étaient ses occupations, suivant ses réponses et le rapport unanime de trente-quatre témoins, tous de son pays ou des environs. (Voy. Laverdy, 39, 298, 299.) Elle ne fut servante d’auberge que pendant quinze jours, d’après sa propre déclaration, et un espace de temps aussi court a fort bien pu leur échapper (Voy. Berthier, 180480 ; Luchet, 311), d’autant qu’ils déposaient vingt-cinq ans après sa mort. (Voy. ci-après note 243, n° 4, p. 181.)

    Au reste, pour mettre à portée d’apprécier le degré de confiance que méritent les témoins, voici leurs professions, que nous avons extraites des Listes de Laverdy, p. 286, et Lenglet, t. 2, p. 166 et suiv. Quant à leur âge, on conçoit, par ce qu’on vient de dire, qu’ils devaient tous être au moins dans la force de la maturité.

    Un couvreur de toits ; neuf laboureurs ; quatre épouses de laboureurs ; une épouse de notaire ; une épouse d’un clerc ; un drapier ; deux notaires ; un prêtre ; deux curés ; deux chanoines et curés ; trois écuyers ; deux seigneurs, dont un chevalier (la profession de quatre hommes et d’une femme n’est point désignée).

  246. [243]

    Il ne sera pas inutile, pour fortifier l’opinion que nous avons embrassée relativement à ce prodige, de dire ici un mot des premières années de Jeanne d’Arc, et de ce qu’elle fit avant l’expédition d’Orléans.

    Nous venons (note 242) de constater quels étaient son âge et sa profession ; nous n’avons pas des documents moins précieux pour ce qui nous reste à rapporter. Nous tirerons nos raisonnements des dépositions des trente-quatre témoins déjà cités, en élaguant tout ce qui est surnaturel et trop minutieux, et nous nous servirons principalement de l’analyse qu’en a faite M. de 181Laverdy, p. 298 et suiv., sauf à en remplir les lacunes à l’aide d’autres autorités.

    1. — Le père de Jeanne se nommait Jacques d’Arc, ou Day, et sa mère Isabelle Romée, habitant à Dom-Remy, près Vaucouleurs. (Voy. lettres-patentes d’anoblissement de sa famille, de décembre 1429, dans Godefroy, p. 897 ; et Lenglet, t. I, p. 3.) C’étaient des cultivateurs peu aisés, mais estimés généralement ; leur famille était composée de cinq enfants. (Voy. Laverdy, 298 ; Lenglet, page 3 ; Luchet, 311 ; Dartigny, VII, 340.)

    2. — Jeanne fut instruite dans les travaux du ménage et dans la religion chrétienne : elle était fort pieuse ; elle se confessait et communiait fréquemment ; allait toutes les semaines en pèlerinage à une petite chapelle des environs ; visitait et soignait les malades ; assistait les pauvres et accueillait les pèlerins ; gardait quelquefois les troupeaux de son père, ou accompagnait la charrue ; mais ordinairement elle cousait et filait… Il n’y a qu’une voix sur la douceur de son caractère, la sagesse de sa conduite, et son amour pour le travail. (Voy. ci-après note 383 ; Laverdy, 298, 299 ; Lenglet, 4 et 5. — Voy. aussi Luchet, 318, 351 ; Dartigny, VII, 340 à 343.)

    3. — Depuis plusieurs années, elle s’occupait et s’inquiétait beaucoup de l’état du royaume ; mais il paraît qu’elle ne quitta Dom-Remy que peu de temps avant son expédition, et seulement pour six ou sept voyages très courts qu’elle fit à Neufchâteau en Lorraine, à Toul, à Nancy et à Vaucouleurs.

    4. — Le premier voyage fut déterminé par une excursion des Bourguignons du côté de Dom-Remy ; Jeanne 182suivit ses parents et d’autres habitants de son village. (Voy. Laverdy, p. 298.) Il est à présumer que c’est alors qu’elle fut servante d’auberge (ci-devant note 242, n. 2, p. 179), parce que de pauvres cultivateurs, tels que ses parents, devaient chercher des ressources pendant leur émigration. Si notre conjecture est fondée*, le silence des témoins sur cette profession s’explique naturellement.

    * Elle l’est en effet comme nous l’avons vérifié depuis. (Voy. la réponse de Jeanne au 8e art., extraite par Belleforêt, sur la Chronique de France, fol. 348, v°.)

    Il est vrai qu’ils ne parlent pas non plus d’un voyage à Toul, qu’elle indique dans son interrogatoire (Voy. Laverdy, p. 39 ; Lenglet, t. I, p. 12) ; mais il a pu, nous le répétons, leur échapper par sa brièveté*. Un oncle de Jeanne l’accompagna dans les derniers voyages.

    * Il fut tout au plus de deux ou trois jours, puisqu’elle le fit pendant son séjour à Neufchâteau. (V. Lenglet et Belleforêt, ibid.)

    5. — Elle annonce aussi dans cet interrogatoire que ses révélations et apparitions multipliées ont commencé lorsqu’elle avait treize ans. (Voy. Laverdy, 36.) Cependant, elle ne les communiqua point à ses compatriotes ; sa croyance à ces révélations est peu surprenante, vu la crédulité superstitieuse de sa contrée, et dont il suffit de donner un exemple. Les fées venaient à Dom-Remy sous un arbre ; afin de les écarter, le curé y allait chanter un évangile, la veille de l’Ascension ; il était accompagné des habitants. Jeanne d’Arc l’y suivait comme eux ; mais on ne la vit point s’y rendre seule. (Voy. Laverdy, 300 ; Dartigny, VII, 350.)

    1836. — Ses discours, sa conduite retirée, car elle ne se mêlait point aux jeux des filles de son âge ; quelques mots de son projet en faveur de Charles VII (Voy. Laverdy, 299, 300) ; voilà ce qui put donner d’abord des soupçons sur les pensées dont elle était agitée. Mais c’est surtout pendant les deux années immédiatement antérieures à son expédition qu’elles se manifestèrent. Elle sollicita son oncle, Jean-la-Part, de la conduire à Vaucouleurs auprès de Baudricourt, commandant de la place. Elle voulait, disait-elle, aller trouver le dauphin pour le faire couronner, et Baudricourt devait l’envoyer à ce prince. (Voy. Laverdy, 300 ; Dartigny, VII, 346, 350.)

    Fut-elle formé au rôle qu’elle joua ?

    7. — Jean-la-Part, cédant à ses instances, la mena à Vaucouleurs, au mois de mai 1428. (Voy. Laverdy, 300, 301 ; Lenglet, t. I, p. 15 ; Luchet, p. 313.)

    Avant d’aller plus loin, présentons deux observations : 1 °. Les habitants de Dom-Remy, à l’exception d’un seul, étaient d’ardents royalistes. (Voy. Lenglet, t. I, p. 5 ; Dartigny, VII, 346.) 2°. Et ceci paraît avoir échappé à tous les critiques, les instances de Jeanne sont antérieures de onze mois au siège d’Orléans, de sept mois au débarquement de Salisbury avec des renforts considérables (ci-devant note 213, p. 162) ; elles remontent à une époque où le parti de Charles VII avait encore des ressources, si l’on eût su en faire usage. Enfin, le premier voyage de Vaucouleurs a précédé le siège de cinq mois, l’ouverture de la campagne funeste de 1428 de deux mois, l’arrivée de Salisbury d’un mois… Comment supposer que Jeanne fût dès longtemps préparée à son rôle ?… L’abbé Lenglet, dans ses Apologies indiscrètes, prête, 184il est vrai, à des réflexions opposées, mais par des erreurs grossières. Il prétend, p. 15, qu’au mois de mai 1428 on murmurait déjà sur le siège d’Orléans que les Anglais devaient faire, parce qu’ils se rendaient maîtres des villes de la Loire, au-dessus et au-dessous d’Orléans, pour empêcher qu’on n’y portât des vivres. Tous ces événements, on l’a vu, sont postérieurs. (Voy. le texte ci-devant, p. 51.)

    8. — Baudricourt accueillit fort mal et renvoya l’oncle et la nièce ; il se borna à informer Charles VII des demandes de Jeanne. Un deuxième voyage, dont on ignore l’époque précise, n’eut pas plus de succès. (Voy. Laverdy, 301 ; Lenglet, 16, 21 ; Luchet, 314.)

    9. — Sur ces entrefaites, les discours tenus par Jeanne pendant ces mêmes voyages répandirent aux environs le bruit de son projet ; et son oncle l’ayant conduite à un pèlerinage auprès de Nancy, le duc de Lorraine eut la curiosité de la voir, et même de la consulter sur une maladie. (Voy. Laverdy, 301 ; Lenglet, t. I, p. 19.)

    10. — Enfin, à un troisième voyage qu’ils firent à Vaucouleurs, vers le mois de février, et qui dura trois semaines, les désirs de Jeanne furent remplis. Deux gentilshommes lui fournirent des habits d’hommes, des armes et un cheval, et se chargèrent de l’accompagner ; et Baudricourt, après une réponse de la cour, autorisa le voyage de Chinon, et donna une lettre pour le roi. (V. Laverdy, 303 ; Lenglet, 21 à 23.) Arrêtons-nous encore. Prions le lecteur de réfléchir un instant sur la conduite de ce gouvernement à qui l’on prête des vues si profondes, et des mesures qui 185auraient exigé des années de préparations. Il laisse écouler dix mois avant de répondre à Baudricourt : il laisse, pendant ce long intervalle, la jeune fille dont on veut qu’il se soit fait un instrument, habiter dans un canton entouré d’ennemis, voyager dans les États d’un prince étranger ; en un mot, il la laisse au milieu de gens qui auraient pu éclairer et dévoiler des préparatifs qu’il fallait ensevelir dans le secret, s’il y avait eu du mystère*.

    * Cette observation nous paraît d’autant plus décisive, que le duc de Bar, près des États duquel Jeanne habitait et voyageait, fut avant et pendant ses premiers exploits (du 13 avril au 3 août 1429) l’allié des Anglais (voy. ci-devant note 241) ; 2° qu’au commencement du procès de Jeanne, le même duc et Antoine, comte de Vaudemont, également voisin du même pays (Vaudemont est à quatre lieues de Dom-Remy), furent en différend et bientôt en guerre pour la succession de Charles II, duc de Lorraine (mort le 25 janvier 1430), et que le roi appuya de toutes ses forces le parti du premier, et le duc de Bourgogne celui du second. (V. D. Calmet, Histoire de Lorraine, nouv. édit., t. 5, p. 10 à 12.) Les alliés, qui voulaient décrier la Pucelle, et ensuite lui cherchaient des torts, eussent reçu des renseignements de l’un ou de l’autre des deux rivaux à ces diverses époques, si ses premières démarches eussent annoncé du mystère et de la fraude.

    11. — Les mêmes gentilshommes accompagnèrent Jeanne pendant le voyage de Vaucouleurs à Chinon, qui dura onze jours*, et où ils éprouvèrent beaucoup d’inquiétudes et de difficultés à cause des partis anglais ou bourguignons qui battaient de tous côtés la 186campagne… Sa sagesse et sa piété les édifièrent… Le roi remboursa leurs dépenses. (Voy. Laverdy, 303, 304 ; Lenglet, t. I, p. 24 à 27 ; Tripaut, 49.)

    * Polluche dit douze à quatorze. (V. Dartigny, VII, 59.) Quant à son itinéraire, voyez, à la fin, l’explication de la deuxième carte, §2.

    12. — Jusqu’à présent, nous n’avons entrevu aucun moment pendant lequel cette cour si habile de Charles ait pu faire les préparatifs nécessaires à son stratagème. Examinons si depuis elle a eu plus de temps.

    Nous ne connaissons pas précisément le jour de l’arrivée de Jeanne à Chinon ; mais comme Baudricourt ne consentit à son départ qu’après la nouvelle de la Journée des Harengs (Voy. Lenglet, t. I, p. 23), qu’il dut recevoir tout au plus tôt du 15 au 20 février, et comme le voyage dura onze jours, c’est aussi tout au plus tôt un des derniers jours de février que Jeanne put entrer à Chinon*.

    * Il est même probable que c’est plus tard, d’après ce passage d’une ancienne chronique : Six mars 1428 la Pucelle vint au Roi. (V. Notice des Manuscrits., II, 308.) Serres, dans son inventaire, p. 224, dit également le six mars. Idem, Guyon, Histoire d’Orléans, p. 205.

    L’époque où elle quitta la cour pour aller au siège d’Orléans n’est pas non plus connue positivement ; du moins il y a sur ce point plusieurs versions que nous exposerons dans l’itinéraire de Jeanne (voyez-le ci-après, à sa note 11). En admettant celle qui retarde le plus le départ de Jeanne, le gouvernement aura eu cinquante jours pour la former au sang-froid, à la présence d’esprit, à la bravoure, à l’intrépidité, etc., dont elle donna des preuves si extraordinaires !… C’est déjà bien peu. Mais que dire, lorsqu’on voit que cet intervalle, 187au lieu d’être employé à l’exercer à l’équitation, au maniement des armes et aux manœuvres, … à lui enseigner les moyens à l’aide desquels on peut exercer de l’influence sur le soldat, l’enhardir, le pousser en quelque sorte au combat, etc., est absorbé par des conférences du conseil, des recherches de matrones, des examens de théologiens, des interrogatoires de magistrats (ces interrogatoires durèrent seuls pendant trois semaines, et on y procéda à Poitiers, à quinze lieues de la cour), des voyages de Chinon à Poitiers et à Blois, des enquêtes sur Jeanne, etc., etc. ? (On peut en voir les détails, qu’il serait aussi long qu’ennuyeux de noter, dans tous les historiens, et surtout dans Lenglet, t. I, p. 25 à 51 ; et Laverdy, p. 41, et 304 à 315, 352, note 26. — Voy. aussi ce que nous disons ci-après, note 392, de la prétendue influence d’un moine sur Jeanne d’Arc.)

    13. — Résumé. Il résulte de l’exposé précédent que Jeanne, cédant au civisme et surtout à l’enthousiasme dont elle était animée, conçut elle-même son entreprise ; que la cour n’eut, comme nous le disons au texte, p. 58, d’autre mérite que de lui fournir les occasions qu’elle sollicitait ; que tout au plus, lorsqu’on se fut décidé à l’employer, put-on chercher par quelques épreuves à lui donner de l’aisance et de la fermeté dans l’exercice du cheval et de la lance, si toutefois elle n’en avait pas acquis, soit pendant son enfance (Voy. le texte, p. 60, et ci-après note 257), soit pendant ses voyages, etc.

    Mais à quoi bon tous ces conseils, examens, interrogatoires… Voilà l’objection des critiques, tels que Hume, p. 175 et suiv… Nous répondrons que, selon 188toutes les probabilités confirmées par les récits des historiens (Voy. Laverdy, p. 305 ; Lenglet, t. I, p. 275, Belleforêt, Chronique, f. 337 ; Villaret, XIV, 376, etc.), on hésita d’abord à accepter les services de Jeanne ; la crainte du ridicule et du mépris, en cas qu’elle échouât, suffisait pour retenir les ministres. Une fois subjugués par l’éloquence et l’enthousiasme de Jeanne, et peut-être ajoutant quelque confiance à ses révélations, ils prirent toutes ces mesures, et employèrent quelque merveilleux pour en imposer au vulgaire.

    Comment Hume peut-il leur prêter tant de philosophie, lui qui a fait auparavant, p. 173, cette réflexion judicieuse : Il est incertain si Baudricourt sût discerner le parti qu’on pouvait tirer d’un instrument si bizarre, ou, ce qui est plus vraisemblable dans ce siècle crédule, s’il fût persuadé lui-même de la mission divine de cette visionnaire.

    14. — On voit que nous n’avons point parlé des circonstances miraculeuses qui ont accompagné, dit-on, l’entreprise de Jeanne ; que nous n’avons point, en un mot, imité le père Berthier (p. 453 et suiv.), à qui le désir de trouver dans la mission de la Pucelle quelque chose de divin, fait ajouter trop de confiance aux récits des auteurs du temps. C’est que nous n’en avions nul besoin ; qu’il suffit de lire ces auteurs pour être convaincu de leurs dispositions à voir et créer des merveilles ; qu’après avoir examiné avec scrupule leurs ouvrages et les dépositions des témoins, nous avons reconnu qu’on pouvait dégager de tous les événements qu’ils racontent toutes ces prétendues merveilles, sur lesquelles d’ailleurs ils sont très peu d’accord (voy. ci-après note 252, p. 190), sans que la vérité des faits admis par 189tous les partis en reçoive aucune atteinte ; qu’enfin, nous nous sommes dit avec Hume, p. 192, que les faits réels et incontestables accréditaient les exagérations, quoiqu’ils fussent assez surprenants par eux-mêmes pour n’en être pas susceptibles.

  247. [244]

    (Voy. le texte, p. go, et les notes 376-378.)

  248. [245]

    (Voy. leurs opinions dans Berthier, p. 453 et suiv.)

  249. [246]

    (Voy. le texte p. 58 et suiv. — Voy. aussi ci-devant, note 243, n. 13, p. 187.)

  250. [247]

    (Voy. note 243, n. 10, 12 et 13, et presque tout le texte de notre ouvrage…)

  251. [248]

    Les auteurs anglais le déclarent eux-mêmes. Cette fille, dit Hume, VI, 171, 172, était d’une vie irréprochable… et elle avait une intrépidité rare. (Voy. au reste, le texte, p. 90, et la note 383.) Quand on parlait de guerre, ou qu’il fallait mettre des gens en ordonnance, il la faisait bel ouïr et voir faire les diligences nécessaires ; et si l’on criait À l’arme, elle était la première et la plus diligente, fût à pied ou à cheval. (Histoire de la Pucelle, 520.) 190

  252. [249]

    Cela est de toute évidence. (Voy. aussi note 243, n. 10, 12, 13, p. 184 et suiv. ; et ci-après, note 392.)

  253. [250]

    (Voy. à ce sujet note 243, n. 13, p. 187.) Ajoutons que le roi lui fit aussi fournir un équipement militaire, qu’il lui donna un écuyer et un confesseur*, et qu’il se chargea de sa dépense. (Voy. Laverdy, p. 304, 314 ; Lenglet, t. I, p. 50 ; Tripaut, 54 : il parle aussi d’un page.)

    * L’écuyer était Jean Daulon, depuis sénéchal de Beaucaire, et le confesseur le père Paquerel, augustin. Tous les deux furent dans la suite témoins dans la révision du procès de Jeanne d’Arc.

  254. [251]

    (Voy. ci-devant note 243, n. 14, p. 188.)

  255. [252]

    Nous avons observé, note 243, n. 14, p. 188, que les auteurs sont très peu d’accord dans le récit des circonstances merveilleuses sur lesquelles on fonde la mission de Jeanne ; preuve assez forte que la plupart ne furent que le fruit de l’imagination du vulgaire, qui se complaît tant dans les événements singuliers. Nous remarquons surtout cette discordance, quant à ce fameux secret. Selon la relation de Thomassin, f. 94, les réponses de Jeanne au roi sont tournées de telle sorte qu’elles excluent toute idée de secret. Ensuite, après avoir fait mention de ses exploits, Thomassin, f. 103, se borne à raconter, d’une manière vague, 191qu’elle a souvent dit au roi des choses secrètes que peu de personnes savent… Le continuateur de Tripaut, f. A, déclare nettement que ce secret n’est point dans les Chroniques… Tripaut, p. 52, le place après les premiers examens de Jeanne, etc.

  256. [253]

    On en eut presque aussitôt la preuve, dans le berger que Xaintrailles essaya de faire agir comme inspiré, et qui ne servit que de jouet aux ennemis (en 1431). (Voy. Villaret, XV, 35 et 98 ; Journal de Paris, 143, 144 ; Monstrelet, II, 68.)

  257. [254]

    S’il était nécessaire de le prouver, il nous suffirait de citer quelques passages des écrivains du temps, considérés, à raison de leur profession, comme les plus éclairés. Nous citerions, par exemple, dans l’histoire de l’abbé de Saint-Denis, que le Laboureur a traduite, le chapitre où, à l’occasion d’une éclipse de soleil, il dit sérieusement que les astrologues, jugeant par une science naturelle des effets par les causes, pronostiquèrent qu’il en arriverait des accidents extraordinaires, ce qui se trouva véritable. (Voy. Laboureur, p. 548.)

    Nous citerions surtout divers récits de Juvénal des Ursins, archevêque de Rheims. Selon lui, tantôt l’image d’un saint a tourné subitement le dos au soldat qui la voulait prendre, l’a rendu enragé, et tous ses camarades dévots (p. 50)… Tantôt des prêtres, au moyen d’invocations, font venir le diable, et on a tant 192de confiance en eux, que le conseil de Charles VI arrête qu’on les priera d’essayer sa guérison (p. 192)… Tantôt le tonnerre entre dans la maison du dauphin, tue un enfant, en blesse plusieurs autres, et il continuait ce métier jusques à ce qu’on print de l’eau bénéite, en l’aspergeant en la chambre et ailleurs par l’hôtel, et ne sceut-on oncques ce qu’il devint (p. 206). Mais puisqu’il s’agit de visions et révélations, le même Juvénal nous montrera aussi que les grands n’y avaient guère moins de confiance que les pauvres. Un mathurin, un carme et autres de l’Université s’assemblent, en 1413, pour imaginer quelle sera la fin du gouvernement des bouchers bourguignons (ci-devant note 78), et ils prient Juvénal du Treignel, père de l’archevêque et l’un des personnages les plus importants de l’État, de se réunir à eux. Ils délibèrent de s’adresser à des personnes menant vie contemplative, telles que des religieuses. Celles-ci leur communiquent des visions… L’une voit trois soleils ; la seconde trois divers temps ; la troisième le roi d’Angleterre au haut des tours de Notre-Dame… Sur ce, deux autres assemblées où ces graves docteurs concluent qu’il pourra y avoir mutation de seigneurie au royaume (Juvénal, p. 316)… Sept ans après, l’archevêque de Rheims, qui écrivait alors son histoire, ayant occasion de parler du traité de Troyes (ci-devant note 125), ne manque pas de se souvenir de ces visions vues par bonnes créatures… des trois soleils ; car en effet, observe-t-il, y eut trois rois en France, c’est à savoir France, Angleterre, et Monseigneur le Dauphin. (Juvénal, p. 477.) Enfin, sa mère avait aussi des visions à-peu-près de la même force. (Voy. id. 324. — Voy. 193dans Voltaire, Essai sur les Mœurs, ch. 79, note 16, un éloge de Juvénal du Treignel.)

  258. [255]

    Hume, VI, 172, est à-peu-près du même avis, et Luchet lui-même ne peut s’empêcher de dire, p. 338 : La question n’est pas si elle se croyait inspirée ; qui en doute ? mais si elle l’était.

    Mais dès que Luchet connaissait si bien la véritable question, pourquoi a-t-il fait tant de pages pour réfuter ce qui ne méritait pas une réfutation ?…

  259. [256]

    Et encore faut-il supposer que ses contemporains, émerveillés de ses exploits, n’auront pas, selon leur coutume, mis de l’exagération dans leurs éloges.

  260. [257]

    A principio ætatis suæ… pascendo pecora… sæpius cursum exercebat ; et modo huc atque illuc illi frequens cursus erat ; et aliquando currendo hastam ut fortis eques manu capiebat et arborum truncos… percutiebat, etc. — Philippe de Bergame, dans Hordal, p. 40.

    N. B. Cet auteur est né en 1434. (Voy. Moreri, mot Foresti.)

    Nous conviendrons que les enquêtes et interrogatoires relatifs à Jeanne ne font point mention de cette particularité ; mais, 1° ils ne contiennent rien (voyez-en l’extrait à la note 242) qui y soit contraire ; 2°, Philippe nomme le témoin oculaire de 194qui il la tient ; 3° enfin, le duc d’Alençon la confirme indirectement. En effet, aussitôt qu’il apprit l’arrivée de Jeanne à Chinon, il s’y rendit de Saint-Florent, où il se trouvait, et dès le lendemain il la vit passer, une lance à la main, qu’elle portait et faisait mouvoir avec beaucoup de grâce, et alors il lui fit don d’un beau cheval. (Voy. Laverdy, 307, 308 et 348, note 8.) Saint-Florent n’est éloigné de Chinon que d’environ vingt-cinq lieues ; il ne dut donc y avoir que quatre ou cinq jours d’intervalle entre son arrivée et sa rencontre avec le duc… D’autre part, Jeanne ne fut admise auprès du roi qu’au bout de deux jours. (Dunois dans Laverdy, p. 352, note 26.) Il ne reste donc plus que deux ou trois jours d’intervalle. Est-il probable que pendant ce court espace de temps elle eût pu apprendre à manier avec grâce une lance ?…

  261. [258]

    (Voyez ci-devant note 243, n. 13, et la note 257.)

  262. [259]

    Il est même des auteurs qui ne lui en accordent point. Ils se fondent entre autres sur l’obscurité et le galimatias des lettres qu’elle dicta (lorsqu’elle était à Blois) pour les chefs de l’armée anglaise, et de quelques réponses de son interrogatoire. — (Voy. Luchet, 343 et suiv., 380 et suiv.)

    Mais, 1° ce n’est point d’après ces lettres assez longues, et dont la rédaction, en supposant qu’elle appartienne en entier à Jeanne, pouvait être au-dessus de 195ses forces, qu’il faut apprécier son éloquence ; 2° ce n’est point non plus d’après des réponses également d’une certaine étendue, et dont l’obscurité peut appartenir au greffier tout aussi bien qu’à la Pucelle ; 3° ce n’est point encore en s’attachant, pour ainsi dire, à l’écorce d’un style enveloppé dans le vieux, lourd et diffus langage du temps… C’est d’après le sens de ces réponses, de ces exclamations, de ces observations rapides, dont elle put faire usage auprès des soldats et des habitants, etc., auxquels il ne fallait pas de longs discours, et qui, dans la plupart des évènements que nous rapportons, n’auraient pas eu le loisir de les écouter. Nous donnons dans le texte, p. 62 et 63, deux exemples de cette espèce d’éloquence. Ajoutons ceux-ci : 1° Ses juges lui demandent si elle sait qu’elle soit en la grâce de Dieu. Elle répond : Si je n’y suis, Dieu veuille m’y mettre, et si j’y suis, Dieu veuille m’y tenir ! Le critique Luchet ne peut, en transcrivant cette ligne, page 383 ; s’empêcher de s’écrier : Réponse sublime ! 2° Autre question : Pourquoi a-t-elle assisté au sacre de Charles VII… Il est juste que qui a eu part au travail en ait à l’honneur… Réponse digne d’une éternelle mémoire, dit Voltaire, Essai sur les mœurs, ch. 180. 3°. A-t-elle fait entendre aux soldats que sa bannière portât bonheur ? Non : je leur disois pour toute assurance, Entrez hardiment au milieu des Anglois ; et j’y entrois moi-même ! (Villaret, XV, 51)… Nous croyons qu’on peut répéter ici : Réponse sublime !

  263. [260]

    S’émerveilloient bien davantage les… capitaines de 196guerre et autres, des réponses qu’elle faisoit. (Histoire de la Pucelle, 507.)

  264. [261]

    Ce discours est en substance dans les auteurs. (Voy. Tripaut, 51 et suiv. ; Laverdy, 51 et suiv.)

  265. [262]

    Elle répondait parfaitement, magno modo. (Voy. Laverdy, 309.)

  266. [263]

    Presque toutes ses réponses, même celles dont le style est le plus agreste, respirent en effet l’enthousiasme.

    En se présentant à elle, les docteurs lui annoncent que le roi les a chargés de l’examiner : Je le crois, je ne sais ni A ni B ; je viens de la part du Roi du ciel, pour faire lever le siège d’Orléans, et mener le roi à Rheims. (Voyez Laverdy, 312 et 351, note 24.)

  267. [264]

    (Voy. Laverdy, 309 ; Tripaut, 53.)

  268. [265]

    (Voy. Villaret, XIV, 385 ; Monstrelet (il dit 7000), t. 2, f. 42.)

  269. [266]

    Elle ordonna aussi qu’ils se confessassent, et leur fit oster leurs fillettes, et laisser leurs bagaiges. (Voy. Histoire de la Pucelle, 509 ; Tripaut, 87, 88.) 197

  270. [267]

    Les historiens anglais, tels que Carte (dans Lenglet, t. 3, p. 125, 126, 130) ; Rapin-Thoyras (IV, 237), Smollett (VIII, 68) ; Hume (VI, 184), etc., conviennent tous de l’effet prodigieux que Jeanne produisit sur les soldats anglais. Les généraux, observe Hume, essayèrent de dissuader leurs soldats du surnaturel. Mais frappés eux-mêmes de cette idée, tout ce qu’ils osèrent avancer de plus hardi, c’est qu’elle était l’instrument du diable. Cependant

    les Anglois avoient fait la triste expérience (à la première attaque de Jeanne) que le diable pouvoit avoir quelquefois le dessus, ils ne tirèrent pas une grande consolation de s’être fortifiés dans cette conjecture.

    (Réflexion peu digne de la majesté de l’histoire.)

    Celle-ci, des auteurs contemporains, peint encore mieux le même effet :

    Paravant qu’elle arrivât, deux cents Anglois chassoient aux escarmouches cinq cents François, et depuis sa venue deux cents François chassoient quatre cents Anglois.

    (Voy. Histoire de la Pucelle, 510.)

    Asserit, — dit l’immortel Dunois (dans Laverdy, 354, note 31), — Asserit quod Anglici qui 200 prius fugabant 800 aut 1000 de exercitu regis, a post et tunc 400 aut 500 armatorum pugnabant in conflictu contra totam potestatem Anglicorum, etc.

    [Il affirme que les Anglais, qui auparavant avec 200 hommes mettaient en déroute 800 ou 1000 soldats du roi, ont vu la situation s’inverser, et que par la suite 400 ou 500 cents hommes d’armes suffisaient à combattre toute la puissance anglaise.]

    Toutes choses, — dit Bedfort (Lettre dans Rymer, X, 408, traduite par Rapin, IV, 237), — prospéroient jusqu’au… siège d’Orléans…, où vos troupes, qui étoient en grand nombre, ont reçu un terrible échec. Cela est arrivé en partie par la confiance que les ennemis 198ont eue en une femme (la Pucelle)… Cette défaite… a fait perdre courage à celles (les troupes) qui restent, etc.

  271. [268]

    (Voy. Tripaut, p. go ; Histoire de la Pucelle, 508 ; Laverdy, 315 et 318 ; Lenglet, t. I, p. 59, etc.) Quelques-uns disent aussi qu’il y avait un globe, d’autres une croix, une annonciation, etc. ; mais presque tous s’accordent sur les fleurs de lis, symbole de la France.

  272. [269]

    (Voy. Tripaut, 190 ; Laverdy, 316, 317 ; Lenglet, t. I, p. 61 ; Journal de Paris, 122, etc.) Ils le regardèrent passer, dit Hume, VI, 180, avec un étonnement stupide*.

    * Relativement à la note 269 et à la plupart des suivantes jusques à 308, consultez de nouveau à la fin de l’ouvrage, la carte visuelle, ou 1re carte.

  273. [270]

    Soit pendant sa marche (il mit trois jours à venir de Blois, voy. Laverdy, 315), soit pendant l’embarquement et débarquement des effets (ils étaient maîtres de la Loire)… Avec leur seule artillerie, et sans quitter leurs bastilles, ils auraient pu en détruire la plus grande partie. 199

  274. [271]

    (Voy. Tripaut, 90, 91 ; Histoire de la Pucelle, 509 ; Laverdy, 317.)

  275. [272]

    (Voy. Tripaut, 93 à 96 ; Histoire de la Pucelle, 510 ; Laverdy, 317 ; Lenglet, t. I, p. 61 et 62.) On ne reçut pas dans cet intervalle plusieurs convois, comme le dit Villaret, XIV, 387. (Voy. les auteurs précédents ; Chartier, 21.)

  276. [273]

    (Voy. ci-devant note 222, p. 165 ; Histoire de la Pucelle, 502, 503, 512 ; continuateur de Tripaut, f. A, p. VI ; Tripaut, 175.)

  277. [274]

    (Voy. Tripaut, 96, 97 ; Histoire de la Pucelle, 511 ; Laverdy, 318 ; Lenglet, t. I, p. 65 ; Chartier, 21 ; Chronique de France, 338.) Ce convoi vint par la Beauce. (Voy. ci-après, explications de la 2e carte, note 13.)

  278. [275]

    (Voy. ci-devant, note 267)

  279. [276]

    Comme notre relation des circonstances de la levée du siège diffère en beaucoup de points de celles de tous les historiens modernes, nous croyons devoir insister sur la méthode que nous avons employée. (Voy. note 1, n° 111.) Entre les mêmes auteurs, les uns n’ont consulté que les récits des chroniques, parfois d’une seule chronique ; d’autres ne se sont attachés qu’aux 200dépositions des procédures ; aucun d’eux ne s’est formé une idée juste ni du local, ni de l’état de la ligne de circonvallation (Voy. ci-devant, note 223), ni de l’extérieur de la ville, ni des dates précises des sorties, assauts, etc. Les chroniques ou les dépositions consultées séparément ne rendent point raison des diverses attaques ; presque toutes offrent des anachronismes, des fautes dans les noms, les indications, etc. On ne peut se tirer de ce labyrinthe qu’en se servant de tous les documents ensemble, et en les comparant à chaque fait, soit entre eux, soit surtout avec un plan du siège et un calendrier. Ce travail est si long et si difficile, que les erreurs ou les omissions des historiens, distraits par d’autres recherches, ne sont point surprenantes. Nous-mêmes, dans un premier essai, quoique plus exact que ce qu’on avait fait jusqu’alors, nous en avions commis quelques-unes… Nous pouvons maintenant assurer qu’il n’est aucune des circonstances exposées au texte ou aux notes qui ne soit fondée sur des autorités et qui ne cadre parfaitement avec les localités, les dates, les circonstances antérieures ou postérieures, et les relations les plus sûres ; tandis qu’aucune des histoires modernes n’offre de semblables avantages, et bien loin de là. Il serait même trop long d’en indiquer toutes les fautes ou lacunes.

  280. [277]

    (Voy. sur cette délibération Lenglet, t. I, p. 65, 66, d’après le P. Paquerel, confesseur et aumônier de Jeanne.)

  281. [278]

    (Voy. sur tout cela Daulon (l’écuyer de Jeanne), 201dans Lenglet, t. 2, p. 114 à 116 ; Laverdy, p. 318, 319 ; Histoire de la Pucelle, p. 511.)

  282. [279]

    (Voy. à ce sujet mêmes autorités qu’à note 278.)

  283. [280]

    (Voy. sur ces faits mêmes autorités qu’à la note 278. Voy. aussi Berry, 377 ; Chronique de France, 338, 339.)

  284. [281]

    Vers la porte de Bourgogne, dit Daulon (dans Lenglet, t. 2, p. 155, et Laverdy, p. 355)… C’est précisément la porte la plus orientale de la ville, dans la direction de laquelle était l’église de Saint-Loup (Voy. Expilly, p. 334), et par conséquent la bastille de ce nom. (Voy. ci-devant note 223, p. 169.) Observez que Jeanne était logée à la porte occidentale (ou porte Regnart… Voy. Tripaut, 92), de sorte qu’elle traversa toute la ville pour se rendre au lieu du combat.

  285. [282]

    (Voy. sur ces faits la déposition de Simon Charle, président de la chambre des comptes, dans Laverdy, p. 291, 319, 358.) Il est vrai que Charle rapporte cette circonstance au jour de l’attaque des Augustins ; mais il s’est évidemment trompé de nom sur la bastille (ce qui est peu étonnant, parce qu’il dépose au bout de vingt six ans, sur un récit de Gaucourt). En effet, les Augustins ne furent attaqués que le vendredi 6 mai, d’après la délibération prise la veille (jour de l’Ascension) par le conseil 202de guerre. Comment Gaucourt, ainsi que le dit Charle, se serait-il opposé à la sortie de Jeanne, par le motif qu’on avait arrêté de ne pas faire l’attaque des Augustins, que précisément on avait résolue ?.. Ce qui prouve d’ailleurs l’erreur de Charle, c’est qu’il place la prise des Augustins à la veille de l’Ascension… Aussi Laverdy et Lenglet, qui n’ont consulté que le récit des témoins, ont-ils fait une espèce d’imbroglio des diverses attaques. (Voy. Laverdy, 319, 320, 358 ; Lenglet, t. I, p. 63 et suiv.)

  286. [283]

    Dans la bastille de Saint-Loup. (Voy. Histoire de la Pucelle, 511 ; Daulon, dans Lenglet, II, 116 ; Laverdy, 356 ; Tripaut, 97, 98 ; Chartier, 21.)

  287. [284]

    Un corps… tiré de ces bastilles, surtout de celle de Saint-Pouaire (c’était une des plus voisines de Saint-Loup). (Voy. ci-devant note 223, p. 169. — Voy. Histoire de la Pucelle, 511 ; Tripaut, 98 ; Hume, VI, 182.)

  288. [285]

    Commandés par Sainte-Sévère, et au nombre de six cents hommes. (Voy. Histoire de la Pucelle, 511 ; Tripaut, 98.)

  289. [286]

    (Voy. Histoire de la Pucelle, 511 ; Tripaut, 99 ; Chartier, 21 ; Berry, 377.) Hume, VI, 182, convient que Talbot, après avoir tiré des troupes des bastilles, n’osa paraître (il fallait 203dire rester) en rase campagne contre un ennemi si formidable. (D’après le récit de Tripaut, extrait à la note 285, il n’était formidable que par son courage.)

  290. [287]

    (Voy. Tripaut, 98, 99 ; son continuateur, f. B, p. IV ; Daulon, dans Lenglet, II, 216, et Laverdy, 319, 356 ; Histoire de la Pucelle, 511.)

  291. [288]

    (Voy. Tripaut, 99, 100 ; Histoire de la Pucelle, 511 ; Lenglet, t. I, p. 68 ; Chartier, 21, 22.)

  292. [289]

    Le président Charle dit au contraire que c’est Jeanne qui empêcha d’attaquer le jour de l’Ascension ; circonstance, du reste, assez indifférente. (Voy. Laverdy, 319, 358.)

  293. [290]

    Et même cinq, en comptant le boulevard des tournelles ; savoir, Saint-Jean-le-Blanc, les Augustins, le boulevard et le fort des tournelles, et Saint-Privé. (Voy. ci-devant note 223, p. 168 ; et, quant à la délibération, Tripaut, 100 ; Histoire de la Pucelle, 511.)

  294. [291]

    (Voy. Tripaut, 100.)

  295. [292]

    Située entre Saint-Loup et la tour neuve, … vis-à-vis Saint-Aignan. (Voy. sur tout cela Daulon, dans Lenglet, 204II, 117, et Laverdy, 320, 356 ; Tripaut, 101. — Voy. aussi Chartier, 23.)

  296. [293]

    (Voy. Daulon, dans Lenglet, II, 118, et Laverdy, 320, 356 ; Tripaut, 101 ; Histoire de la Pucelle, 512 ; Chronique de France, 339.) C’est dans cette occasion surtout qu’on reconnaît combien la terreur ôtait aux Anglais toute présence d’esprit. D’après la position indiquée à la note 292*, l’île par où les Français débouchèrent était en face de Saint-Jean-le-Blanc. Les Anglais, sans quitter leurs remparts, auraient pu foudroyer et le pont de bateaux et leurs adversaires. D’abord ils ne manquaient pas d’artillerie, puisque dès le 17 octobre ils avaient une batterie derrière la digue de Saint-Jean-le-Blanc… Ensuite, quoique cette arme meurtrière fût bien éloignée de la perfection où elle est parvenue depuis, elle leur avait servi à détruire tous les moulins qui étaient auprès de la tour neuve, et par conséquent au-delà de l’île. (Voy. Tripaut, 3. — Voy. aussi ci-devant, note 217)

    * C’est le n° 44 de la carte visuelle.

  297. [294]

    Relativement à tout ce qui suit, jusqu’à la fin de l’alinéa du texte, voyez Daulon, dans Lenglet, II, 117 et suiv. ; Laverdy, 356, 357 ; Tripaut, 101 ; Histoire de la Pucelle, 512 ; Chartier, 23 ; Monstrelet, II, 43 ; Chronique de France, 339 (mais en les comparant ensemble, comme nous l’avons fait dans toutes les notes précédentes). 205

  298. [295]

    L’Histoire de la Pucelle, p. 512, dit seulement qu’un cry annonça que les Anglois venoient à puissance du côté de Saint-Privé… J’ai préféré la version de Tripaut, p. 101, qui me paraît plus vraisemblable, et qu’au reste la première ne contrarie point.

  299. [296]

    (Voy. les autorités de la note 294.) On y délivra aussi beaucoup de prisonniers français. (Voy. Tripaut, 101.)

  300. [297]

    (Voy., quant à ces propositions et délibérations, Daulon dans Lenglet, t. 2, p. 122 ; Chronique de France, 339 ; et surtout Histoire de la Pucelle, p. 512 ; Paquerel dans Laverdy, 291, 321, 359, 360.) L’hésitation du conseil est peu surprenante, d’après tout ce qu’on rapporte des tournelles.

    La très forte (dit Monstrelet, t. 2, f. 43) bastille et forteresse du bout du pont, qui étoit très forte, merveilleusement et puissamment édifiée, et si étoit dedans la fleur des meilleures gens de guerre d’Angleterre, etc.

    (Voy. aussi ci-après note 310.)

  301. [298]

    (Voy. Tripaut, 102 ; Histoire de la Pucelle, 512.)

  302. [299]

    (Voy. Daulon dans Lenglet, t. 2, p. 121, 122 ; Chartier, 23.) 206

  303. [300]

    (Voy. Histoire de la Pucelle, 512 ; Chronique de France, 339.)

  304. [301]

    Le samedi 7 mai. (Voy. Tripaut, 102 ; Histoire de la Pucelle, 512 ; Lenglet, t. I, p. 70.)

  305. [302]

    (V. Tripaut, 102, 103.)

  306. [303]

    (Voy. sur tout cela Tripaut, 103 à 106 ; Daulon dans Lenglet, t. 2, p. 122 et 125 ; Paquerel et Dunois dans Laverdy, 322, 360 à 362 ; Histoire de la Pucelle, 513 ; Chartier, 23 ; Berry, 377, 378 ; Registres du parlement, dans Laverdy, 324 ; Monstrelet, t. 2, f. 43 ; Chronique de France, 339.)

  307. [304]

    Dunois le déclare lui-même (p. 360) : Deponens volebat quod exercitus [se] retraheret in civitatem. [Le témoin déclare qu’il voulait que l’armée se replie dans la ville.]

  308. [305]

    (Voy. pour tout ce qui suit (au texte) les autorités de note 303.) Il est inutile de répéter que dans tous ces récits nous écartons le merveilleux que nos bons chroniqueurs y ont joint comme si cela eût été nécessaire. Ainsi deux d’entre eux s’imaginant donner plus de réputation à Jeanne, en la présentant plutôt comme prophétesse que comme guerrière intrépide, la font rester au lieu où elle s’était retirée pour son pansement. Ils ajoutent 207que là elle dit que quand la queue de son cheval se dirigerait contre le boulevard, il tomberait entre les mains des Français ; ce qui ne manqua pas d’arriver (Voy. Tripaut, 104 ; Histoire de la Pucelle, 513) ; et l’aristarque Luchet ne manque pas non plus de triompher de ces pauvretés. (Voy. Luchet, p. 323.) Mais on nous permettra, peut-être, de préférer la narration de l’immortel Dunois :

    Et Joanna posuit se super bordum fossati, et instante, ibi ipsa existente, Anglici tremuerunt et effecti sunt pavidi ; armati vero Regis resumpserunt animum et ceperunt ascendere… Bollevardum fuit captum, etc.

    [Jeanne se posta sur le bord du fossé. Sa seule présence à cet instant fit trembler les Anglais, qui furent saisis d’épouvante. Les soldats du roi, quant à eux, reprirent courage et se lancèrent à l’assaut… C’est ainsi que le boulevard fut pris.]

    (Voy. id., dans Laverdy, 361, 362.)

  309. [306]

    (Voy. sur ces divers points Tripaut, 106 ; Histoire de la Pucelle, 513 ; Dunois, p. 362 ; Daulon, dans Laverdy, dans Lenglet, t. 2, p. 125 ; Chartier, 23 ; Berry, 377, 378 ; Laverdy, 323 ; Chronique de France, 339.)

  310. [307]

    (Voy. Tripaut, 107, 108.)

  311. [308]

    Le dimanche 8 mai. (Voy. pour tout ce qui suit dans le texte, Tripaut, 108 à 111 ; Histoire de la Pucelle, 514 ; Daulon dans Lenglet, t. 2, p. 125 ; Dunois et autres témoins dans Laverdy, 362, 363 ; Chartier, 23, 24 ; Berry, 378 ; Lenglet, t. I, p. 73 ; Monstrelet, t. 2, f. 43 ; Chronique de France, 339.) 208

  312. [309]

    Ils perdirent, suivant Hume, VI, 184, six mille hommes, et furent jetés dans la consternation et le désespoir… Selon Monstrelet, t. 2, f. 43, six à huit mille.

    Ajoutons que leur plus habile général, Salisbury, et deux de leurs plus vaillants guerriers, Glacidas et Lancelot, périrent à ce siège. Le dernier avait été tué le 29 janvier, d’un coup de canon. (Voy. Tripaut, 31 ; Monstrelet, t. 2, f. 38.)

  313. [310]

    Si l’on se rappelle tout ce que nous avons dit des fortifications anglaises, on verra que nous sommes autorisés à nous servir de cette expression. Un excellent militaire, le duc d’Alençon, qui en vit les restes quelque temps après, et notamment les tournelles (elles ne furent point détruites), s’écria qu’avec fort peu de monde il y aurait résisté, pendant plusieurs jours, à des armées considérables, et, ajouta-t-il, sibi videtur quod eum non cepissent [lui-même ne l’auraient vraisemblablement pas pris]… Ambroise de Lore, un des plus vaillants officiers du siège, et Dunois, regardaient aussi ces expéditions comme miraculeuses. (Voy. Laverdy, 321, 359 ; Lenglet, t. I, p. 72 et 75 ; t. 2, p. 128. Voy. aussi Thomassin, 97.)

  314. [311]

    Charles était à Chinon dès le 21 avril 1429. (Voy. D. Vaissette, IV, 471.)

    Selon la Chronique de France, f. 340, et Lenglet, t. 3, p. 345 (sans doute d’après cette Chronique), il y était encore lorsque Jeanne vint le trouver après le siège d’Orléans ; tandis que, selon le même Lenglet, t. 2, p. 135 et suiv., qui soutient ainsi les deux versions 209sans s’en apercevoir ; selon Villaret, XIV, 394, et selon M. de Laverdy, p. 325, d’après le procès de Jeanne, le roi était à Loches.

    Un compte du trésorier des guerres, puisé dans les archives de la chambre des comptes, et publié par La Roque, Traité de la Noblesse, ch. 43, p. 238, nous a mis en quelque sorte sur la voie pour expliquer cette contradiction, qui nous avait longtemps embarrassés, pour constater la conduite singulière de Charles, et pour ajouter une nouvelle preuve à celles par lesquelles nous avons établi que Jeanne ne fut point un instrument de la cour.

    Il est dit dans ce compte que, par des lettres-patentes données à Chinon, le dix mai 1429, Charles ordonna de payer diverses dépenses faites à Tours et ailleurs pour l’équipement, l’entretien, etc., de Jeanne et d’un de ses compagnons.

    D’autre part, 1° il est certain que Jeanne partit d’Orléans le lendemain de la levée du siège, c’est-à-dire le neuf mai (Voy. les autorités de la note 312, ci-après) ; 2° suivant la déposition de Dunois (Voy. Laverdy, p. 363 et 367), celui-ci, après cette levée, se rendit avec Jeanne auprès de Charles VII, qui alors allait à Loches, dicta puella cum deponente et aliis… accessit ad Regem euntem in loco de Loches [ladite Pucelle, accompagnée du déposant et d’autres personnes, alla trouver le Roi qui se trouvait alors à Loches.].

    Cela posé, il est clair, 1° que Jeanne et Dunois rencontrèrent Charles VII entre Loches et Chinon, et revinrent avec lui à Loches (ainsi, il est peu étonnant que les auteurs ou témoins ne se soient pas accordés sur l’indication de ces villes) ; 2° que vu la distance routière qui sépare Orléans de Loches, ils ne purent le rencontrer, au plus tôt, que le onze ou le douze mai, le jour ou 210le lendemain de son départ de Chinon pour Loches ; 3° que Charles ne se détermina à quitter Chinon que lorsqu’il eut appris la levée du siège, parce qu’aussitôt qu’elle eut lieu, c’est-à-dire dès le huit matin, le gouverneur d’Orléans dut, pour l’informer d’un événement aussi important, lui expédier un courrier qui, quoiqu’il n’y eût point encore de poste, ne put employer plus d’un jour et demi ou deux jours pour se rendre à Chinon.

    Quoique cette étrange inertie s’accorde avec le caractère de Charles, il est probable, vu la difficulté des circonstances, que si Jeanne eût été un instrument de la cour, on se serait plus tôt rapproché du théâtre des événements pour être à portée d’y veiller, et surtout on s’en serait rapproché davantage. Mais loin d’en former le dessein, il paraît qu’on avait celui de se fixer à Loches pour longtemps, puisque la cour y était encore au commencement de juin, qu’on y avait même amené le dauphin (Voy. Lettre de Gui de Laval, dans le Recueil de Godefroy, p. 895), à peine âgé de sept ans, et qu’enfin Jeanne fut obligée d’y séjourner jusqu’à cette époque pour solliciter Charles de consentir à l’expédition du sacre (instantissime et frequenter instigabat Regem [elle pressait le roi très instamment et à maintes reprises], dit Dunois, d. p. 363 et 367).

  315. [312]

    (Voy. pour ce qui suit, au texte, Tripaut, 111, 115 à 118 ; Lenglet, t. I, p. 75 et suiv. ; Laverdy, 325 ; Histoire de la Pucelle, 515.)

  316. [313]

    Hume, VI, 189, dit que, quelques semaines auparavant, 211cette proposition eût paru de la dernière extravagance… Il ajoute que Charles résolut de suivre les inspirations de la prophétesse, etc… Hume prête souvent à Charles une politique démentie par sa conduite… Il en est de même de Smollett, qui le fait marcher à Beaugency, commander les troupes à Pathay, etc. (Voy. id., VIII, 69, 70.) En général les Anglais, confondant les époques, présentent Charles comme un roi très habile, afin, sans doute, de donner à entendre que Jeanne ne fut qu’un instrument de ses desseins.

  317. [314]

    (Voy. Lenglet, t. I, p. 78 ; Chartier, 28. Voy. aussi ci-devant, note 151, p. 144.) Lorsqu’on se mit en marche pour Rheims, tout ce qu’on put faire, malgré les succès obtenus jusque-là, ce fut de payer trois francs de solde par homme d’armes. (Voy. Chartier, 28 ; Chronique de France, 341 ; Histoire de la Pucelle, 520. (On y dit que c’étoit peu de chose.)

  318. [315]

    (Voy. Chartier, 27 ; Tripaut, 115, 116 ; Laverdy, 328 à 330 ; Lenglet, t. I, p. 76 ; Histoire de la Pucelle, 515 ; Chronique de France, 340, v°.)

  319. [316]

    (Voy. Chartier, 26, 28 ; Tripaut, 124, 125 ; Monstrelet, t. 2, f. 44, 45.) C’est aussi ce qu’écrit dans le 212même temps (le mercredi 8 juin 1429) Gui de Laval : (Voy. Lettre dans Godefroy, p. 895 à 897. — Voy. encore Chronique de France, 340, v°.)

    * Consulter, à la fin, la carte du théâtre de la guerre, ou 2e carte.

  320. [317]

    (Voy. Tripaut, 118.) Mais ce nombre s’accrut bientôt, et avant la fin du mois on avait déjà onze ou douze mille hommes. (Voy. Tripaut, 124, 125 ; Lenglet, t. I, p. 82 ; Hume, VI, 185.)

  321. [318]

    (Voy. Tripaut, p. 114 à 116.)

  322. [319]

    (Voy. Lenglet, t. I, p. 82.)

    D’autres ne parlent que de six à sept cents hommes. (Voy. Tripaut, 119 ; Chartier, 25.)

  323. [320]

    Quant à toute cette expédition, voyez Tripaut, 118 à 124 ; Lenglet, t. I, p. 82 à 84 ; Hume, VI, 186 ; Laverdy, 325 à 328 ; le duc d’Alençon, ibid., 363 à 365 ; Chartier, 25 ; Histoire de la Pucelle, 515, 516 (il y a quelques fautes de dates, mais ce ne sont que des fautes d’impression) ; Monstrelet, t. 2, f. 44 ; Chronique de France, 340.

    N. B. Le duc d’Alençon commandait l’armée. (Voy. Chartier, 25 ; Tripaut, 117.) Fait prisonnier à Verneuil, il avait obtenu sa liberté en 1427 (Villaret, XIV, 347), mais en laissant des otages pour une partie de sa 213rançon. Il les dégagea soit au moyen de ventes de terres, passées en décembre 1428 et avril 1429, au duc de Bretagne (Actes aux Mém. de Bretagne, par D. Morice, II, 1213, 1220), soit à l’aide de vingt-quatre mille écus que Charles VII lui donna en 1427 et 1428. Enfin, le duc de Bedfort le déclara quitte, même de ses foi et promesse, le 21 mai 1429 (Actes cités dans l’histoire du duché d’Alençon, par Bry, 1620, p. 320) ; de sorte qu’il put rentrer au service du roi après la levée du siège d’Orléans.

  324. [321]

    Un de ses frères (Alexandre de la Poole) y fut tué, et un autre fait prisonnier. (Voy. Tripaut, 123 ; Chartier, 25 ; Histoire de la Pucelle, 515 ; Monstrelet, t. 2, f. 44 ; Chronique de France, 340.)

  325. [322]

    (Voy. Tripaut, 125 à 128 ; Laverdy, 327 ; Lenglet, t. I, p. 85 à 88 ; Chartier, 25 à 26 ; Histoire de la Pucelle, 517 ; Monstrelet, t. 2, f. 44 ; Chronique de France, 340. (N. B. Il s’agit ici de Meun ou Mehung-sur-Loire.) Après la prise de Gergeau, la garnison anglaise de la Ferté-Hubert évacua cette place et alla renforcer celle de Beaugency. (Voy. Monstrelet, ibid.)

  326. [323]

    (Voy. Monstrelet, t. 2, f. 44.)

  327. [324]

    À l’égard des détails de la bataille de Pathay, voyez Tripaut, 128 à 131 ; Lenglet, t. I, p. 88 à 91 (il paraît 214qu’il n’en a pas reconnu le jour, que détermine, au contraire, Tripaut, ibid.) ; Laverdy, 327, 328 ; Registres du parlement, ibid. ; Chartier, 26, 27 ; Histoire de la Pucelle, 518 ; Hist. de Richemont, 755, 756 ; Monstrelet, t. 2, f. 44 et 45 ; Chronique de France, 340. Hume, VI, 186, 187, n’a point approfondi tous ces détails. Il semble, par son récit, que Suffolck était encore à l’armée.

  328. [325]

    (Voy. Tripaut, 131 ; Histoire de Richemont, 756 ; Monstrelet, t. 2, f. 45.) Les Anglais eux-mêmes en conviennent. (Voy. Hume, VI, 187 ; Smollett, VIII, 70.)

  329. [326]

    (Voy. Tripaut, 131, 132 à 135 ; Chartier, 27 ; Histoire de la Pucelle, 518.) On cite entre autres Montpipeau, Marchenoir et Bony. (Voy. Tripaut, ibid.)

  330. [327]

    Il y a différentes versions sur la première entrevue de Jeanne et du connétable, qui, selon les uns, y montra beaucoup de fierté, et, selon d’autres, beaucoup d’humilité. (Voy. Griffet, VII, 346 et suiv.) Mais les démarches de Jeanne et les perfidies de la Trémouille ne sont point révoquées en doute. (Voy. à ce sujet Tripaut, 132 à 134 ; Lenglet, t. I, p. 87, 91, 93 ; Chartier, 28 ; Histoire de la Pucelle, 517, 519, 520 ; Hist. de Richemont, 755, 756 ; Chronique de France, 340, 341 ; Belleforêt, ibid.) 215

  331. [328]

    Dont ceux de la cité (d’Orléans), qui l’avoient fait tendre et parer, en furent mal contents. (Voy. Tripaut, 132. — Voy. aussi Histoire de la Pucelle, 519.)

  332. [329]

    Le 29, jour de Saint-Pierre (Voy. Tripaut, 135 ; Histoire de la Pucelle, 519), et non pas le 19, comme le dit Lenglet, t. I, p. 94… Au reste, il fourmille d’erreurs quant aux dates.

    On avait une armée de douze mille hommes. (Voy. Tripaut, 135, 136 ; Hume, VI, 190.)

  333. [330]

    Elle contribua notamment à la reddition de Troyes ; elle accéléra la marche de l’armée, etc., etc. (Voy. au surplus Tripaut, 135 à 143 ; Lenglet, t. I, p. 95 à 109 ; Chartier, 28 à 32 ; Berry, 378, 379 ; Laverdy, 330, 331 ; Histoire de la Pucelle, 519 à 524 ; Villaret, XIV, 417 à 424 ; Daniel, VII, 72 à 76 ; Chronique de France, 341, 342.) Un des grands obstacles à l’expédition était le défaut d’artillerie, d’argent et de vivres. (Voy. Tripaut, 137 et 139.)

  334. [331]

    Ils sont d’ailleurs dans tous les historiens. (Voy. entre autres ceux de la note 330 ci-dessus ; Monstrelet, t. 2, f. 46, 47. — Voy. aussi, pour les stations principales, l’explication de notre 2° carte, § 5, n°23, p. 259.) Dans le même temps, Richemont se porta en Normandie, vers Évreux ; diversion qui favorisa l’expédition de Rheims. (Voy. Monstrelet, ib., f. 46 et 50.) 216

  335. [332]

    (Voy. Thomassin, 92, 102 ; Carte, dans Lenglet t. 3, p. 127 ; Laverdy, 337 ; Hénaut, an 1428, 1429 ; et surtout Griffet, VII, 74.)

    Suivant Monstrelet, t. 2, f. 47, c’est le huit juillet ; suivant Villaret, XIV, 424, le vingt-huit ; suivant Lenglet, t. I, p. 109, le dimanche sept ; suivant Godefroy, p. 332 et 523, tantôt le dix-huit, tantôt le vingt-huit.

    Les erreurs de tous ces écrivains ont été causées par le défaut de calendrier. Si Lenglet et Villaret, par exemple, s’en fussent composé un, ils auraient vu qu’après avoir fixé la fête de l’Ascension(Voy. le texte, p. 68, et note 288) au cinq mai, et le dimanche suivant au huit, le second samedi et le second dimanche de juillet, jours auxquels ils reconnaissent que l’entrée et le sacre du roi dans la ville de Rheims eurent lieu, ne pouvaient être ni les 6 et 7, ni les 27 et 28 de juillet, mais bien les 16 et 17. Les 6 et 7 et 27 et 28 juillet furent des mercredis et des jeudis. Un calendrier eût aussi épargné à Griffet ses longues recherches pour la fixation de cette époque célèbre.

    Lenglet aura sans doute copié Tripaut, p. 143 ; mais, en calculant les jours que Tripaut note pour les expéditions du voyage, on voit qu’il y a une faute d’impression. (N. B. Voy. au reste ci-après la 3e pièce justificative, qui confirme notre opinion.)

  336. [333]

    C’était l’opinion générale… Jeanne elle-même n’appelait Charles que le Dauphin. (Voy. Tripaut, 145, 146 ; continuateur, f. B, p. XVII ; Histoire de la Pucelle, 524.) 217

  337. [334]

    Ces détails se trouvent également dans tous les historiens. (Voy. entre autres les auteurs nommés dans la de 1429 note 330, aux pages qui suivent celles qu’on y indique. — Voy. aussi Monstrelet, t. 2, f. 47 à 56.) D’ailleurs les faits les plus intéressants et les stations principales de l’armée sont indiqués ci-après, à l’explication, de notre 2e carte, nos 24 à 29, et notes 25 à 39, p. 259 à 263.

  338. [335]

    Elle était composée de cinq mille hommes qu’amenait Winchester, et qui étaient destinés à combattre les Hussites. (Voy. Hume, VI, 194. — Voy. aussi Monstrelet, t. 2, f. 46.)

    Elle fut levée en juin, et dès le 1er juillet on convint qu’elle serait pendant six mois au service de Bedfort. Le 16, il envoya en Angleterre un héraut, pour en presser le départ. Ses instructions attestent la révolution étonnante qui venait de s’opérer dans les affaires de Charles VII. (Voy. Rapin-Thoyras, IV, 242 et 530 ; Rymer, t. 10, p. 420, 421, 432.)

  339. [336]

    Depuis le 28 août 1429 pour les pays au nord de la Seine (de Nogent à Harfleur), et depuis le 28 septembre jusqu’à Noël pour les environs de Paris… Elle y fut publiée le 13 octobre. (Voy. Dutillet, Recueil des Traités, 347, 363 (il cite les lettres de Charles, les villes comprises, etc.) ; Registres du Parlement, dans l’Histoire de Paris de D. Felibien, t. 3, p. 591 ; Journal de Paris, 127.) 218

  340. [336bis]

    (Voy. Lenglet, t. I, p. 121 ; Daulon, ibid., t. 2, p. 128 ; Laverdy, 339, et surtout même 2e carte, note 40, p. 264.)

  341. [337]

    (La première fois aux tournelles, la seconde à Gergeau.) Voy. Chartier, 36, 37 ; Monstrelet, t. 2, f. 50, 51 ; Laverdy, 338 ; Lenglet, t. I, p. 118 ; Chronique de France, 343 ; Tripaut, 165 ; Daniel, VII, 81, 82 ; Histoire de la Pucelle, 528 (ce dernier auteur cite même, p. 512, une quatrième blessure qu’elle reçut, selon lui, au siège des Augustins). — Voy. surtout d. 2e carte, note 37, p. 262.

  342. [337bis]

    Le 13 octobre 1429 on le fit lieutenant-général d’une partie du royaume ; et le 8 mars suivant on lui donna la Champagne et la Brie. (Voy. Dutillet, Recueil des Traités, 349 et 363.) 1430.

  343. [338]

    (Voy. Chartier, 41 ; Monstrelet, t. 2, f. 57 ; et surtout Lenglet, t. I, p. 125, et t. 3, p. 150 ; et même 2e carte, notes 47 à 50, p. 267 à 270.)

  344. [339]

    (Voy. à ce sujet Chartier, 41, 42 ; Berry, 382 ; Monstrelet, t. 2, f. 57, 58 ; Villaret, XV, 16 ; Laverdy, 339, 340 ; Daniel, VII, 91 à 93 ; Thomassin, 103 ; continuateur de Tripaut, f. C, p. III ; Lenglet, t. I, p. 128 ; même 2e carte, notes 48 à 52, p. 268 à 270.) 219

  345. [340]

    (Voy. ci-devant notes 151 et 314, p. 144 et 211.) Il n’y a point de soulde, dit Gui de Laval. (Voy. lettre citée à note 316, p. 211.) Il faut ajouter la sagesse et la dextérité de Bedfort, dont Hume, VI, 192 à 194, fait l’éloge.

  346. [340bis]

    Amelgard s’en plaint vivement. Selon lui, si Charles, Charles vers cette époque, avait eu moins d’apathie et de goût pour les plaisirs, s’il avait empêché les dégâts de ses troupes et secondé le zèle des habitants de la Normandie, il aurait pu recouvrer cette province. (Voy. Notice des Manuscrits, t. I, p. 419.)

  347. [341]

    (Voy. pour tout cela Chartier, 28, 64, 65 ; Berry, 386 ; Histoire de Richemont, 756, 758 ; Villaret, XIV, 411, 474 ; XV, 32, 150 ; Daniel, VII, 112 à 115.) Charles poussa la faiblesse au point de faire déclarer Louis d’Amboise criminel de lèse-majesté, pour avoir essayé d’arrêter la Trémouille gouvernant le royaume, dit l’arrêt… Encore c’était la Trémouille lui-même qui avait fait arrêter et qui retenait prisonnier Louis d’Amboise. (Voy. Villaret, XIV, 477.)

  348. [342]

    Il fut même blessé d’un coup d’épée… On le traîna dans un château fort appartenant à un des conjurés. (Voy. Chartier, 65 ; Berry, 386 ; Chronique de France, 360 ; Monstrelet, II, gr.) 220

  349. [343]

    C’est aussi la remarque de Thomassin.

    Depuis le siège d’Orléans, — dit-il, fol. 97, — les Anglois ny leurs alliés n’eurent force ne vertu.

    Il faut également observer, avec Hume, VI, 194, que l’enrôlement se faisait difficilement chez les Anglais, intimidés par le pouvoir magique et infernal de la Pucelle. Enfin, des actes du temps prouvent que la frayeur qu’elle leur inspirait était si forte, que les enrôlés mêmes n’osaient se rendre en France. Le 3 mai 1430, quelques jours après le départ de Henri VI pour ce royaume, le duc de Glocester fit à Cantorbéry des proclamations dont voici le titre : Contra capitaneos et soldarios tergiversuntes, incantationibus Puellæ terrificatos. [Contre les capitaines et les soldats qui se dérobaient, terrifiés par les sortilèges de la Pucelle.] (Rymer, X, 459.)

  350. [344]

    Hume parle de plusieurs places que l’affection du peuple avait livrées à Charles. Il ajoute que l’habileté de Bedfort fut impuissante contre l’inclination des Français à rentrer sous la domination du roi. (Voy. id., 195, 202. — Voy. aussi Monstrelet, t. 2, f. 48 et 50, v° ; Chartier, 44, 65, 66, 71, 89.) Parmi les places livrées volontairement à Charles, il y en eut en effet que les Anglais ne purent reprendre qu’après six ou sept mois de siège. (Voy. Monstrelet, ibid.) On ne peut trop insister sur cette vérité : le rétablissement de Charles VII sur le trône de ses pères fut l’ouvrage de la nation. (Villaret, XIV, 263.) 221

  351. [345]

    Par le traité de paix d’Arras. (Voy. Villaret, XV, 181 et suiv. ; Daniel, VII, 122 et suiv. ; Chartier, 84 ; Chronique de France, 362.) Il est au Trésor des Chartres. Hume, VI, 210, au sujet de cette paix, dit que, pour calmer Philippe, Charles bannit de sa cour Duchatel et tous les assassins de Jean. Il se trompe de huit années. (Voy. ci-devant le texte, p. 41, et note 179) Un événement qui favorisa encore beaucoup Charles dans ce même temps, fut la mort du duc de Bedfort (14 décembre 1435… Villaret, XV, 199).

    Nous n’en dirons pas autant de celle d’Isabelle (30 sept. 1435, neuf jours après le traité d’Arras), précipitée, à ce qu’on présume, par la douleur du triomphe de son fils, parce que, depuis qu’elle l’avait fait déshériter (à Troyes, ci-devant note 125), elle était méprisée et abandonnée, et vivait à-peu-près dans la misère. (Voy. Villaret, XV, 194 ; Monstrelet, II, 117.)

  352. [346]

    Le vendredi 13 avril 1436. (Voy. Villaret, XV, 211 ; Hénaut, an 1436 ; Daniel, VII, 137 et suiv. ; Journal de Paris, 166 ; Chronique de France, 365 ; Dutillet, Recueil des Traités, 351.) Au reste, il ne faut point prendre ceci à la lettre. Ce furent les officiers de Charles VII, les Richemont, les Dunois, etc., qui recouvrèrent la capitale. On s’attend qu’au moins il se hâta de s’y rendre pour y affermir son autorité et regagner l’affection des habitants, auxquels il était étranger depuis vingt années. Loin de là, il n’y fit son entrée qu’au bout de dix-neuf mois (12 nov. 1437), et à peine y séjourna-t-il trois semaines.

    Le Roy se despartit de Paris le 3 décembre 222sans que nul bien y fit pour lors, et sembloit qu’il ne fût venu seulement que pour voir la ville.

    (Journal de Paris, 178.) — Voy. ci-après, 1re Pièce justificatives, note 48.

  353. [346bis]

    Entre autres aux sièges de Montereau, en 1437, et d’Harfleur, en 1449 (Monstrelet, t. 3, p. 24)… Lors du premier, Charles fit jeter de gros engins contre la ville, et lui-même de sa personne y prit moult grand travail. (Id., II, 141. — Voy. aussi Berry, 395.) Tel est le récit des historiens (Chartier, p. 94, la Chronique de France, f. 328, et l’Histoire de Richemont ne disent rien à ce sujet). Selon les registres du parlement (cités par Villaret, XV, 241, et par le P. Anselme, Généalogies, t. I, p. 116), Charles VII se précipita le premier dans le fossé, le traversa ayant de l’eau jusqu’à la ceinture, planta une échelle, la monta l’épée à la main, à travers une grêle de traits, etc.

  354. [347]

    Les Anglais essayèrent de rentrer dans la Guienne, mais ils furent battus complètement à Castillon (à huit lieues E. de Bordeaux, au mois de juillet 1452). Talbot termina dans cette action sa glorieuse carrière. (Voy. Villaret, XVI, 72 ; Smollett, VIII, 209, 225 ; Monstrelet, t. 3, f. 55 à 59.) Les traités faits en 1451, 1452 et 1453, pour la soumission des États et des villes de Guienne, sont cités dans Dutillet, Recueil des Traités, p. 368, 369.

    Outre Calais, les Anglais conservèrent encore en avant, et à deux lieues au sud de cette ville, Guine et Hames. (Voy. Monstrelet, t. 3, p. 87.) 223

  355. [348]

    (Voy. ci-devant note 86, p. 125 ; Hume, t. 5, p. 394 ; Villaret, XVI, 182 ; Monstrelet, t. 3, f. 70 et 72.)

  356. [349]

    (Voy. Éloge de Charles VII, p. 8.) Les rois de Danemark et d’Écosse le nommèrent, en 1457, arbitre de leurs différends. (Voy. Villaret, XVI, 209.) Quant aux Génois, ils avaient chassé les Français en 1409, pour se donner au marquis de Montferrat (Théodore 11, de la maison Paléologue, qu’ils chassèrent ensuite en 1413). Voy. Révolut. de Gênes, Paris, 1750, I, 231 ; même Pièce justificative, notes 12 et 16.

  357. [350]

    C’est l’expression naïve de l’auteur anonyme de son Éloge, p. 5.

    Les étrangers font aussi l’éloge de son administration. (Voy. Hume, VI, 239.)

  358. [351]

    Le duc d’Alençon… Il fut arrêté en 1456, et condamné en 1458. (Voy. Villaret, XVI, 160 et suiv. ; Daniel, VII, 293 ; Monstrelet, t. 3, f. 67, 74 et suiv.)

  359. [352]

    (Voy. Éloge de Charles VII, p. 3, 4, 6, 7 ; Villaret, XVI, 110.)

    Il voyoit chacun an et plus souvent le fait de ses finances, et le faisoit calculer en sa présence… Il ne faisoit faire aucun piednouveau ou changement de monnoie.

    (Id. Éloge, p. 6 et 7. — Voy. aussi Villaret, XVI, 327 ; et ci-devant note 150) 224

  360. [353]

    (Voy. Éloge de Charles VII, p. 8 ; Villaret, XVI, 314.) Louis XI termina ce rachat un ou deux ans après la mort de son père. (Voy. ib., XVII, 9.)

  361. [354]

    (Voy. Éloge de Charles VII, p. 3, 5, 7 ; Villaret, XVI, 110.) Ce que nous disons en l’honneur de Charles dans les notes 350, 352, 353, 354 et 356, reposant principalement sur le témoignage de l’auteur. anonyme de son Éloge, peut sembler n’être pas suffisamment justifié, parce qu’il est possible, dira-t-on, que cet auteur ait été un de ses protégés ou favoris ; mais ce témoignage est fortifié par la meilleure de toutes les autorités en cette matière, par le suffrage des représentants de la nation. Dans les États-généraux tenus à Tours en 1484, à une époque assez rapprochée (Charles est mort en 1461) pour que l’on connût encore bien son administration, on en fait à chaque instant l’éloge. (Voy. Garnier (successeur de Villaret), XIX, 268 et suiv.)

  362. [355]

    En 1452. (Voy. Villaret, XV, 58.)

  363. [356]

    (Voy. Éloge de Charles VII, p. 5 ; Villaret, XII, 21, 345.) Ravages et cruauté des soldats.

  364. [357]

    (Voy. l’Histoire de Duguesclin par Guyard de Berville, liv. 3, t. I, p. 291 et suiv.) 225Il fallait le plus souvent acheter leur retraite, tout aussi bien que leurs services. (Voy. D. Vaissette, t. 4, p. 485, 489, 492, etc.)

  365. [358]

    Il serait trop long et trop pénible de rapporter tous les faits qui le prouvent. Nous avions pris la note des pages des auteurs du temps où il en est question ; elle ne remplit pas moins d’un feuillet. Bornons-nous à en citer quelques-unes. (Voy. Laboureur, Histoire, 221, 498, 533, 688, 691, 739, 785, 815, 938. — Monstrelet, t. I, f. 231, 240, 249, 271, 295, 305, 320 ; t. 2, p. 2,. 15, etc. — Juvénal, 292, 467. — Journal de Paris, 22, 80, 95, 137, 152, 158. — Saint-Remi, 109. — Tripaut, 32, 61, 65. — Continuateur de Tripaut, p. 196. — Amelgard, Notice des Manuscrits, t. I, p. 416, 419. — Chartier, 39, 67, 68, 96, 99. — Voy. aussi D. Vaissette, t. 4, p. 459, 462, 470, 473, 476, 480, 485, 489, 492, etc.)

  366. [359]

    (Voy. les auteurs cités à la note 358.)

    Voy. aussi D. Vaissette, t. 4, p. 495, 496, 497.)

  367. [360]

    (Voy. Juvénal, 439 ; Choisy, 383 ; Tripaut, 18.) 226

  368. [361]

    Il se forma souvent des compagnies de paysans qui se tenaient en embuscade dans les forêts, d’où ils attaquaient et détroussaient tout le monde. On les connaissait sous le nom de brigantins, piquiers, porte-piques. (Voy. Laboureur, 767, 776, 785, 789 ; Journal de Paris, 105 ; Hainaut, p. 243.)

  369. [362]

    Il n’y en a que trop d’exemples dans l’histoire de ces temps. (Voy. Laboureur, 107 ; Journal de Paris, 84, 85 ; Monstrelet, t. I, f. 259, etc.) Des brigantins mirent un bassinet ardent sur la tête d’un noble, écorchèrent et brûlèrent un prêtre, etc. (Voy. Juvénal, 52.)

  370. [363]

    Monstrelet raconte qu’à un petit combat où les Bourguignons défirent (en 1433)un détachement de Français, soixante à quatre-vingts de ceux-ci furent pris, et pour la plupart pendus ou tués le lendemain par ordre de Jean de Luxembourg ;… qu’en poursuivant les fuyards plusieurs furent morts et pris ; et il ajoute : Si fut ce jour le jeune comte de Saint-Pol (neveu de Luxembourg et âgé de quinze ans) mis en voie de guerre : car son oncle lui en feit occire aucuns, lequel y prenoit grand plaisir. (Voy. id., t. 2, f. 92. Voy. aussi Villaret, XV, 160.)

  371. [364]

    (Voy. des exemples dans le Laboureur, p. 65, 78, 79, 531, 789, 947, etc. ; Saint-Remi, p. 109 ; Monstrelet, 227 t. 1, f. 276, 284 à 288, 311 ; t. 2, f. 69 ; Amelgard, Notice des Manuscrits, t. I, p. 413, etc.

  372. [365]

    (Voy. Laboureur, 801, 836, 948 ; Saint-Remi, 118, 131, 161 ; Monstrelet, t. I, f. 234, 257, 270, 284 ; t. 2, f. 6, 11, 22, etc. ; Chartier, p. 13 ; Histoire de la Pucelle, 494 ; Juvénal, 439, 485, 490 ; Chronique manuscrite, 540 ; Journal de Paris, 83 ; D. Vaissette, t. 4, p. 455, etc.

  373. [366]

    (Voy. Monstrelet, t. 2, f. 126 ; Villaret, XV, 219.) Il faut pourtant observer que le prêtre était plutôt guerrier lui-même qu’aumônier. (Voy. Monstrelet, ibid.) L’évêque était Jean-sans-Pitié, de la maison de Bavière, oncle maternel du duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon. (Voy. Villaret, XV, 357.)

  374. [367]

    On a des exemples de prisonniers qu’on laissait mourir de faim. (Voy. Juvénal, 485, 490 ; Villaret, XIV, 104.)

  375. [368]

    (Voy. Laboureur, 833 ; Saint-Remi, 124, 130, 148, 154 ; Monstrelet, t. I, f. 265, 268, 296 ; Juvénal, 74 ; Journal de Paris, 73 et 179 ; Chartier, 99 ; Smollett, VIII, 125 ; Villaret, XV, 253 ; D. Vaissette, IV, 467.)

  376. [369]

    (Voy. Journal de Paris, 94 et 179 ; Villaret, XIV, 113 ; Chartier, 99.) 228

  377. [370]

    Les ordonnances relatives à cette institution salutaire sont malheureusement perdues* ; mais on trouve quelques détails curieux dans la Chronique manuscrite d’Amelgard. (Voy. Notice des Manuscrits, t. I, p. 423. — Voy. aussi Éloge de Charles VII, p. 5 à 7 ; Chartier, 109.) En 1447, les commissaires du roi demandèrent aux États de Languedoc 250,000 liv., tant pour l’aide ordinaire que pour l’entretien de cinq cents lances (trois mille cavaliers) et mille archers, qui devaient être à la charge de la province. (V. D. Vaissette, v, 9.)

    * Elles sont citées par Charles lui-même dans des lettres de 1454. (Voy. D. Vaissette, t. 5, Preuves, p. 15.) Les mesures préparatoires de l’institution avaient été prises par l’ordonnance du a novembre 1439. (Dans Fontanon, III, 162.)

  378. [371]

    Les gens d’armes vivoient sans aucune pillerie… Les laboureurs ne laissoient point de labourer. (Éloge de Charles VII, p. 5, 8.) Les gens d’armes se gouvernoient si honorablement, … qu’il n’y avoit brigand qui osât plus dérober sur les chemins… Ils conduisoient et guidoient les marchands, etc. (Monstrelet, t. 3, f. 87.)

  379. [372]

    (Voyez Vandermonde, Leçons d’économie politique, Écoles normales, t. 3, p. 149.)

  380. [373]

    Expéditions de Naples et d’Italie sous Charles VIII, Louis XII, François Ier. 229

  381. [374]

    Excepté pendant le seul temps des guerres civiles de la fin du 16e siècle, et de celles des camisarts.

  382. [375]

    Lyonnel, bâtard de Vendôme. (Voy. Villaret, XV, 1 17 ; Monstrelet, t. 2, f. 58 ; Laverdy, 8.) Il la vendit à Luxembourg. (Voy. Laverdy, 8.) Elle fut détenue, pendant plusieurs mois, dans divers châteaux, et notamment au Crotoy et à Beaurevoir, d’où on la transféra à Rouen. (Voy. Monstrelet, ibid. ; Lenglet, t. I, p. 133 ; Laverdy, 342.) Le roi d’Angleterre paya tous les frais du procès. (Voy. Chaussard, 68.)

  383. [376]

    L’Université de Paris a presque donné l’existence à cette affaire par ses clameurs et ses démarches. (Laverdy, 18.) Elle prostitua aux ennemis de l’État les preuves du dévouement le plus lâche et le plus servile. (Villaret, XV, 40. — Voy. ci-après note 378, n° 11.)

  384. [377]

    (Voy. Lenglet, t. I, p. 132 ; Monstrelet, II, 58 ; Villaret, XV, 19.) Les habitants de Tours se conduisirent bien différemment. Aussitôt qu’ils furent informés de la prise de Jeanne, ils firent, pour sa délivrance, des prières et des processions générales, où l’on porta, à nu-pieds, les reliques des saints. (Voy. Maan, Hist. Sancta ecclesia Turonensis, 1667, p. 164.)

  385. [378]

    Nous allons donner une idée rapide des mesures antérieures au procès de Jeanne d’Arc, et de la marche de ce même procès.

    1. — Presque aussitôt après la prise de Jeanne, l’Université demande qu’on lui fasse son procès ; elle écrit pour cela au duc de Bourgogne. (Voy. Laverdy, 8.)

    2. — Au bout de quelques jours, nouvelles lettres et au duc de Bourgogne et à Luxembourg, pour qu’on remette Jeanne à l’évêque de Beauvais et à l’inquisiteur (le pape en avait envoyé un* en France). (Voy. Laverdy, 8 et 9.) Lenglet, t. I, p. 145, t. 2, p. 157, dit que les lettres sont du 27 mai 1430 ; mais il est probable que cette date convient tout au plus à la première lettre. Le continuateur de Tripaut, f. C., p. VIII, note la date de l’une d’elles au 14 juillet 1430.

    * Frère Jean ou Jacques Graverent, dominicain, inquisiteur-général en France. (V. Lenglet, t. 2, p. 159 ; Laverdy, 143.)

    3. — 14 juillet 1430… Sommation de Cauchon, signifiée par notaires, au duc, à Luxembourg et à Vendôme, de lui remettre Jeanne, comme suspectionnée de sortilège, idolâtrie, etc., et au besoin, offre (au nom du roi d’Angleterre) d’en donner 6,000 fr… et si l’on n’en est pas content, il porte cette offre jusques à 10,000 fr. (Voy. Laverdy, 11, 12 ; Lenglet, t. I, p. 147 ; Continuateur de Tripaut, f. C., p. VI, où la lettre est en entier.) N. B. Le marc d’argent étant alors à 7 liv. 5 s. (Voy. Dupré de Saint-Maur, Essai sur les monnaies, in-4°, p. 215), les 10,000 fr. offerts vaudraient à présent environ 75,000 fr.

    4. — 21 novembre 1430. Lettre de l’Université à Cauchon 231et au roi d’Angleterre, toujours pour la rendition de la Pucelle. (Voy. Laverdy, 9 ; Lenglet, t. I, p. 148 ; t. 2, p. 158.)

    5. — 28 décembre. Permission donnée à Cauchon, par le chapitre de Rouen, d’instruire le procès dans son territoire. (Voy. Laverdy, 16 ; Lenglet, t. 2, p. 158.)

    6. — 3 janvier (toujours 1430, vieux style). Lettres-patentes de Henri IV, qui ordonnent la remise de Jeanne à Cauchon. (Voy. Laverdy, 13 ; Lenglet, t. I, p. 148 ; t. 2, p. 158.)

    7. — (9, 13 et 23 janvier ; 19 et 20 février.) Consultations sur l’affaire… Nominations des promoteur, greffier, huissiers et juges-assesseurs… Discussions sur une difficulté de juridiction. Il s’agissait de savoir si Cauchon procéderait avec un délégué de l’inquisiteur*, et c’est ce qui fut décidé et pratiqué. Ainsi, ce sont les formes effrayantes de l’inquisition qu’on a suivies dans ce procès ! (Voy. Laverdy, p. 15 et suiv., et surtout p. 22, 24, 32, 35 et 463, où il démontre les abus de ces formes. — Voy. aussi Lenglet, t. 2, p. 158 et 159.)

    * Frère Jean Magistri (ou Lemaître), délégué de frère : Jean Graverent, ou vice-inquisiteur, ou vicaire de l’inquisiteur. (Voy. Lenglet, t. 2, p. 159 ; Laverdy, 18.) Il objectait qu’il n’était vicaire que pour le diocèse de Rouen et qu’il s’agissait du diocèse de Beauvais. Fr. Graverent lui envoya dans la suite une commission spéciale. (Voy. Laverdy, 20.)

    8. — (20 février.) Assignation pour être interrogée, signifiée à Jeanne le 21, jour de son premier interrogatoire… Elle en a subi quinze jusqu’au milieu de mars.

    On lui a lu alors ses réponses, et on en a extrait trente-huit articles ou propositions, qui ont formé autant 232de chefs d’accusation contre elle. (Voy. Laverdy, p. 21 et suiv., et surtout Lenglet, t. I, p. 150 à 172 ; t. 2, p. 159.)

    9. — (27 mars et jours suivants.) Elle est interrogée sur ces articles. (V. Laverdy, p. 32 ; Lenglet, p. 174 et suiv.)

    10. — (2 avril 1431 ; lendemain de Pâques et jours suivants.) Les trente-huit articles sont réduits à douze.

    Ces douze chefs d’accusation, que Laverdy rapporte en entier (p. 51 à 98), et qu’il a la complaisance de réfuter, se réduisent aux apparitions et révélations, à ce qu’elle a pris un habit d’homme, à ce qu’elle s’est précipitée d’une tour (ce fut pour s’échapper de sa prison) ; à ce qu’elle a mis une croix en tête de ses lettres… (Voy. aussi Luchet, 391 ; ci-après 3e Pièce justificative.)

    11. — Les mêmes articles sont envoyés à des docteurs, licenciés, évêques, et à l’Université de Paris, pour avoir leur avis sur le point de savoir si les propositions qu’ils contiennent sont opposées à la foi. L’Université s’assembla à la fin d’avril et au commencement de mai. Elle décida que les apparitions, etc., procédaient de Bélial, Satan et Belzébuth ; que Jeanne, en ce qu’elle portait un habit d’homme, était suspecte d’idolâtrie et d’avoir donné sa personne et ses habits au démon, en imitant l’usage des païens, etc.* (Voy. Laverdy, ibid. et p. 34, 50, 59, 75. — Voy. aussi Lenglet, t. I, p. 178.)

    * Elle ne s’en tint même pas là. Elle écrivit le 14 mai au roi d’Angleterre et à Cauchon (elle loue beaucoup celui-ci) pour les exhorter à faire punir icelle femme très promptement. (Voy. Lenglet, t. 2, p. 160 ; Laverdy, 54 et 55.) Enfin peu de temps après le jugement de condamnation, elle en fit l’apologie dans des lettres adressées (28 juin) au pape, à l’empereur et aux cardinaux. (Voy. Lenglet, t. 2, p. 156 et 161 ; Hist. universitat. Paris., t. 5, p. 406.)

    23312. — Pendant cet intervalle, on continua le procès ; on fit à Jeanne diverses admonitions ou remontrances ; on la menaça de la torture, etc. Enfin, lorsqu’on eut reçu l’avis de l’Université, le 19 mai, on condamna Jeanne, mais en subordonnant son jugement à de nouvelles admonitions, dont la dernière eut lieu le 24, en présence d’un grand concours de peuple, et dans un cimetière où l’on avait dressé un bûcher. (Voy. Laverdy, p. 99 et suiv. ; Lenglet, t. I, p. 190 et suiv.) Un théologien indiqua à Jeanne les crimes qu’on lui imputait, et l’interpella indirectement de les avouer.

    13. — Après avoir déclaré qu’elle se soumet à l’église et au pape, la Pucelle répond qu’aucun de ses faits et discours ne peut être à la charge de son roi ni d’aucun autre ; que s’il y a quelques reproches à lui faire (à elle), ils viennent d’elle seule et non d’aucun autre. (Voy. Laverdy, p. 111, qui s’écrie avec raison : Exemple admirable d’une fidélité à toute épreuve, dans la plus terrible des circonstances !)

    14. — Cauchon et le vice-inquisiteur, sans prendre l’avis des juges, déclarent que le pape est trop éloigné ; ils insistent sur un aveu, et Jeanne gardant le silence, ils prononcent la condamnation, où ils ont l’impudence de dire qu’elle a refusé de faire au pape la soumission qu’elle venait précisément de répéter. (Voy. Laverdy, 112, 113.)

    15. — Jeanne interrompt la prononciation pour réitérer sa soumission à l’Église, et, dit-on, en même temps à tous ses juges. On dresse une rétractation ou abjuration qu’on lui fait prononcer. Ensuite, abusant de ce qu’elle ne sait pas lire, on substitue à cet acte une autre rétractation où on lui fait mettre la marque qui lui tenait 234lieu de seing, et où elle s’avoue coupable de fautes qu’elle avait toujours désavouées. On la relève aussitôt de l’excommunication, et l’on commue sa peine en une prison perpétuelle, au pain et à l’eau. (Voy. Laverdy, 114 à 118 ; Lenglet, t. I, p. 193 à 195 ; t. 3, p. 153 ; Dartigny, VII, 66.)

    16. — Reconduite en prison et toujours chargée de fers, le vice-inquisiteur lui fait prendre des habits de femme et laisser auprès d’elle ses anciens habits d’homme… Trois jours après (le 27 mai), selon ce qu’elle rapporta elle-même, les gardes lui enlèvent les premiers et l’obligent par conséquent à se vêtir des autres. Cette atrocité n’est point prouvée ; mais ce qui paraît incontestable, ce sont les violences que l’on tenta contre elle depuis le 23 mai, et qui la contraignirent de prendre un habillement sous lequel elle pouvait beaucoup mieux se défendre. (Voy. Laverdy, 118 et suiv., 434 et suiv. ; Lenglet, t. I, p. 196 : ci-après note 385 bis.) 17. Le 28 mai, les juges se hâtent de se rendre à la prison pour se convaincre du crime que Jeanne vient de commettre, et ils ont un entretien avec elle à ce sujet. Le 29, ils rassemblent une partie de leurs complices et condamnent Jeanne au feu, sans interrogatoire, serment, admonition, etc. Ainsi, selon la remarque de Laverdy, p. 123, un instant d’une simple conversation a suffi, sans autre forme de procès, pour l’envoyer au plus affreux des supplices !

  386. [379]

    La Pucelle n’étant point de son diocèse, et n’ayant point été prise sur son territoire, ne pouvait être soumise à sa juridiction. (Voy. Lenglet, t. I, p. 129 ; Voltaire, 235Dictionnaire philosophique, mot Arc ; Villaret, XV, 42 ; Laverdy, 514.)

  387. [380]

    Plus de cent y ont assisté, mais il en est un grand nombre qui n’ont opiné que dans certaines parties de la procédure. Laverdy, p. 142 à 155, en donne la liste avec des éclaircissements. Hume, VI, 201, remarque, avec satisfaction, qu’on n’y voyait qu’un seul Anglais (le cardinal de Winchester, dont nous avons parlé plu sieurs fois).

  388. [381]

    Sa mort fut un véritable assassinat prémédité et exécuté sous l’apparence de l’ordre et de la forme judiciaire. (Laverdy, 463.)

  389. [382]

    (Voy. sur tout ce qui suit (au texte), ci-devant, notes 379 et 381, et note 378, n° 13 à 16 ; et les extraits des réponses de Jeanne, donnés par Laverdy, p. 36 à 49 ; et Lenglet, t. I, p. 52 et 150 à 178.)

    Ajoutons qu’elle était détenue avec une incroyable rigueur, qu’elle avait toujours les fers aux pieds et aux mains ; que dans ses interrogatoires l’infâme Cauchon ne cessait de l’accabler d’injures grossières, de la menacer du feu, etc. ; que l’on falsifia plusieurs des pièces sur lesquelles on fondait les accusations, telles que ses lettres aux Anglais (Voy. ci-après 3e Pièce justificative) ; et finissons par citer le témoignage de l’historien le plus 236célèbre des Anglais, qui convient que tous les discours de Jeanne montrèrent de la fermeté ; que, quoique fatiguée d’interrogatoires continuels, elle ne donna aucune prise par ses réponses, sauf sur les révélations, etc. (Voy. Hume, VI, 201.)

  390. [383]

    Mœurs de la Pucelle.

    Il n’y a qu’une voix parmi les nombreux témoins (ci-après, note 390) de ces procédures, sur sa piété, sa charité envers les pauvres, son humanité envers les soldats malades ou blessés ; la sévérité de ses mœurs, sa bravoure, etc., etc. (Voyez-en le résultat dans Laverdy, 331 à 336, et Lenglet, t. I, p. 212 à 218.) Bornons-nous à un témoignage non moins sûr. Nous avons déjà rapporté (note 248) ce qu’en dit Hume. Ailleurs, VI, 199, 200, il traite le procès que Bedfort fit intenter à Jeanne, d’action qui, soit qu’elle appartînt à la vengeance ou à la politique, étoit également barbare et déshonorante. Il ajoute qu’elle était prisonnière de guerre, qu’elle n’avait commis aucun acte de mauvaise foi ou de cruauté dans ses campagnes, et aucun crime dans la vie civile ; qu’elle avait observé, avec rigidité, la pratique des vertus et les bienséances de son sexe ;… que les Anglais n’ont jamais rien reproché à la pureté de ses mœurs… Plus loin, p. 214, en parlant de la mort de Bedfort, il déclare que sa mémoire est sans tache, excepté l’exécution barbare de la Pucelle… Smollett, VIII, 86, déclare aussi qu’on ne peut justifier sur ce point la conduite du régent… Enfin, Carte (dans Lenglet, t. 3, p. 139), qui se tait sur l’iniquité atroce 237du jugement, avoue que la chasteté de Jeanne n’a jamais été révoquée en doute, même par ses plus grands ennemis ;… qu’on ne peut assez admirer son courage, etc.

    Quant à son humanité, Jeanne déclara, et aucun auteur n’a non plus révoqué en doute sa sincérité sur ce point, que si elle portait une bannière, c’est qu’elle ne voulait tuer personne, ni même se servir de son épée. (Voy. Villaret, XIV, 389, d’après le procès manuscrit.)

  391. [384]

    Nous aurions dû dire tous les écrivains… Hordal rapporte des passages élogieux de cinquante-trois auteurs de tout genre, historiens, jurisconsultes, poètes, etc. (Voy. aussi Lenglet, t. 3, p. 1 à 193), entre autres du célèbre pape Pie II (Hordal, p. 37). — Voy. ci-après 1e Pièce justificative, note 17.

  392. [385]

    Les juges et consulteurs se réduisaient à dire qu’elles ne venaient pas de Dieu… Mais, d’ailleurs, à quoi pouvaient-ils le distinguer ? Aussi plusieurs des consulteurs avaient-ils eu soin d’ajouter à leur avis que, si les révélations venaient de Dieu, il n’était pas permis de les interpréter en mauvaise part. (Voy. Laverdy, 50 à 53.)

  393. [385bis]

    Lorsqu’elle les avait quittés on avait essayé de lui faire violence dans la prison… M. de Laverdy, p. 439, présente ce fait comme constant. 238

  394. [386]

    30 mai 1431… Nous n’avons pas le courage d’en donner les détails ; on peut les voir dans tous les historiens, entre autres dans Lenglet, t. I, p. 199 ; Baudot, t. I, p. 421 ; Villaret, XV, 71, XVI, 390.

  395. [387]

    La première se donna à Anthon, sur les bords du Rhône, au nord-ouest du Dauphiné, le 11 juin 1430. Gaucourt, devenu gouverneur de cette province (et non du Languedoc, comme le dit Villaret, XIV, 479) y défit l’armée ennemie composée de Bourguignons et de Savoisiens, et commandée par le prince d’Orange. (Voy. Thomassin, f. 104 et suiv.) On trouve dans cet auteur de grands détails * sur l’invasion du midi de la France, que ce prince avait commencée, et qui fut arrêtée par la victoire de Gaucourt. (Voy. aussi, quant à la bataille, Valbonnais, Histoire de Dauphiné, t. 2, p. 62 à 65.)

    * V. les ci-après à la 2e Pièce justificative.

    La deuxième se donna à Germigny, près de Roie en Picardie, et la troisième à la Croisette, près de Châlons en Champagne. Nous n’en connaissons pas les époques précises ; mais il paraît que celle de Germigny eut lieu au commencement de novembre 1430, puisque Monstrelet, t. 2, f. 65, qui en raconte les circonstances, annonce indirectement que c’est peu de jours après le siège de Compiègne, que les Français firent lever au plus tard à la fin d’octobre. (Voy. Chartier, 42 ; Chronique de France, 355, v° (ils disent que le siège dura six mois, et il avait commencé en mai) ; Daniel, VII, 94 ; Lenglet, 239t. 1, p. 134 ; et surtout ancienne Chronique, notice des Mss., II, 308 (elle fixe cette levée au 25 octobre).

    Chartier, p. 45, parle de la bataille de la Croisette, dont un témoin oculaire vint lui faire le récit, à la fin de son chapitre de l’an 1430 ; et la Chronique de France, f. 356, 357, la place avant le combat de Chappe (près Troyes), qui eut lieu le 13 décembre 1430. (Voy. Dom Plancher, Hist. de Bourgogne (il en donne les détails), t. 4, p. 142, 143.) Barbasan commandait dans ces deux dernières actions, et toutes les quatre sont, comme on le voit, antérieures au jugement de la Pucelle.

  396. [388]

    (Voy. Tripaut, 93 ; Lenglet, t. I, p. 62 ; t. 3. p. 208 ; Laverdy, 317 ; Dartigny, II, 50.) Ajoutons que vers ce même temps, Xaintrailles, fait prisonnier près de Beauvais, fut échangé contre Talbot, qui lui était pourtant bien supérieur en grade comme en mérite. (Voy. Berry, 384 ; Chartier, 47.)

  397. [389]

    M. de Laverdy a entrepris le premier de le justifier (Voy. id., p. 156 à 170) ; mais il ne se fonde presque que sur des conjectures. Il prétend, par exemple, que Charles ne pouvait proposer un rachat ou échange, parce que Henri IV, comme chef de guerre, avait le droit de ravoir un prisonnier quelconque, en donnant dix mille francs… Admettons que ce droit soit aussi bien prouvé qu’il l’est peu (quoi qu’en dise l’auteur), : est-il bien sûr qu’un Luxembourg, après avoir acheté Jeanne, eût refusé de la revendre à celui qui en aurait 240donné le prix le plus considérable ? Ce Luxembourg, sujet du duc de Bourgogne, aurait-il été retenu par la crainte de mécontenter Henri qui, alors, devait tant de ménagements aux Bourguignons ? Le contraire résulte de la lenteur de la négociation. Dès le 14 juillet, Cauchon avait offert les dix mille francs (ci-devant note 378, n° 3, p. 230), et ce n’est qu’après le 3 janvier, au bout d’environ six mois, que le marché a été(conclu… Enfin, tant qu’il n’était pas conclu, Charles pouvait racheter Jeanne, sans que Luxembourg violât ce prétendu droit de Henri VI ; et il s’écoula sept mois et demi depuis la prise de la Pucelle jusques à sa remise entre les mains de l’évêque de Beauvais… Mais, pour trancher toute difficulté, où sont les démarches que Charles a faites, soit pour ravoir Jeanne, soit pour empêcher son supplice ? On n’en cite pas une, et tous les historiens se fussent empressés de rapporter et même de louer tout ce qu’aurait entrepris le conseil du roi, s’il avait seulement essayé la mesure la plus insignifiante*.

    * Voici une nouvelle preuve de la bonne foi de Jeanne. Si la cour l’eût formée au rôle qu’elle joua, n’aurait-on pas employé toutes les mesures imaginables pour la délivrer ? Ne devait-on pas craindre en effet, dans cette supposition, que Jeanne, soit par un juste ressentiment de se voir sacrifiée, soit dans l’espoir d’échapper au supplice, ne dévoilât tout ce qui se serait passé (et combien les Anglais auraient tiré d’avantage d’un tel aveu !). Néanmoins pendant la procédure elle fit constamment l’éloge du roi. (Voy. ci-devant note 378, n° 13.)

  398. [390]

    C’est ce qu’on nomme le procès de révision qui commença en 1452, fut aussitôt interrompu, et ensuite repris 241en 1455. (Voyez-en les détails dans Laverdy, 209 et suiv., 247 à 541. — Voy. aussi Lenglet, t. I, préface, p. 27 et suiv.) On y entendit cent quarante-quatre témoins… Nous avons indiqué, note 242, n° 2, p. 180, la profession de trente-quatre d’entre eux ; parmi les autres, on voit des princes du sang et généraux (le duc d’Alençon, Dunois, Gaucourt), des évêques, des prieurs, curés, théologiens, présidents, avocats, bourgeois, etc., etc… On rendit ensuite un jugement par lequel on déclara que dans le procès de condamnation tout est faux, captieux, plein de calomnie, de malice, etc. (Voy. aussi Laverdy, 460 et 533 ; Daniel, 100 et suiv.)

  399. [391]

    N’oublions pas, toutefois, que Charles VII avait accordé à Jeanne et à sa famille des lettres de noblesse. (Voy. Lenglet, t. I, p. 123 ; t. 3, p. 280 ; et ci-devant, note 243, n° 11, p. 185.)

  400. [392]

    Imputations Dubelley-Langey et Duhaillan, écrivains des 16e et 17e siècles. Les critiques de ces auteurs sont dans Lenglet, t. 3, p. 165 et suiv., 171 et suiv… Elles ne sont fondées que sur des ouï-dire… Lenglet les a discutées et réfutées. (Voy. aussi Berthier, 480.) Celles des écrivains du 18e siècle n’ont pas plus de fondement et ne méritent pas une réfutation*.

    * Telles sont celles de l’auteur de l’article Vaucouleurs du Dictionnaire de géographie moderne de l’Encyclopédie par ordre de matières, article qui presque d’un bout à l’autre est un tissu d’erreurs.

    Nous 242dirons pourtant un mot d’une imputation de l’abbé d’Artigny (t. 2, p. 52 ; t. 7, p. 57 et suiv.), répétée ou puisée à la même source par Voltaire (Dictionnaire philosophique, mot Arc), Beaumarchais, le marquis d’Argens et l’éditeur du journal de la Haye (ces trois derniers cités par d’Artigny, VII, 63 à 65), parce que Polluche, qui leur a répondu (même t. 7, p. 57 et suiv.), a omis les observations les plus essentielles.

    Selon d’Artigny, Beaumarchais, etc., Jeanne avait été formée, avec trois autres filles, au rôle qu’elle remplit, par un cordelier royaliste, nommé frère Richard, qui, pour exercer sur elle une plus grande influence, lui donna trois fois la communion, le jour de Noël, à Gergeau… On cite sur tout cela le témoignage unique du journaliste de Paris.

    1. — Le journaliste ne mérite aucune confiance ; c’est le plus fougueux partisan des Bourguignons qu’on ait connu. Jusqu’à la reprise de Paris, en 1436, il ne distingue le roi et ses partisans que sous la dénomination d’Arminas, et il les accuse de toutes les horreurs imaginables.

    2. — Ce n’est pas le journaliste qui fait l’imputation ; c’est (croirait-on que Voltaire et d’Argens se fussent fondés sans s’en douter, il est vrai, sur une semblable autorité ?) c’est un inquisiteur… Le journaliste rapporte, pages 141, 142, un extrait d’un sermon prononcé à Paris par ce misérable, un mois après* le supplice de Jeanne, et qui est rempli d’accusations calomnieuses et démontrées matériellement fausses.

    * Le jour de Saint-Martin le Bouillant(Journal de Paris, 141), correspondant au 4 juillet. (Art de vérifier les dates, éd. de 1770, p. 14.)

    2433. — Nous avons montré (note 243, n° 12) qu’il n’y eut aucun moment où la cour ait pu vraiment former Jeanne à son rôle. Frère Richart eut-il plus de loisir ? Il venait de Jérusalem ; il arrive à Paris vers le 12 avril 1429 (Journal, p. 119), et il n’en part qu’après la levée du siège d’Orléans, comme nous l’apprend le journaliste lui-même, p. 121 et 122… Comment a-t-il pu inspirer à Jeanne un dessein qu’elle avait communiqué à Baudricourt plus d’une année auparavant ? Comment put-il exercer de l’influence sur elle lors de l’expédition d’Orléans, pendant toute la durée de laquelle il demeura à Paris ?

    4. — On ne parle plus de frère Richard après son départ, jusqu’à la prise de Troyes, c’est-à-dire jusqu’au commencement de juillet 1429. Il était dans cette ville et tenait par conséquent le parti des Bourguignons ; il y essaya même d’exorciser Jeanne. (Voy. Lenglet, t. I, p. 102.)

    5. — Il paraît que ce moine changea alors de bannière. Il accompagna l’armée de Charles dans son expédition de l’Isle-de-France (Voy. le texte, p. 77 et suiv.), et prêcha en sa faveur. Le journaliste de Paris, p. 124, se plaint de ces démarches, mais ne dit rien de plus.

    6. — La triple communion de Gergeau, si elle est vraie, ne signifie rien en cette occasion, parce qu’elle ne put avoir lieu qu’à Noël 1429, huit mois après la levée du siège d’Orléans, Gergeau n’ayant été repris que le 12 juin précédent sur les Anglais, qui l’occupaient depuis le 5 octobre 1428. (Voy. ci-devant le texte, p. 74 ; Polluche, p. 60 ; Histoire de la Pucelle, p. 500 ; ci-après, Explication de la carte 2e, note 42, p. 265.)

    7. — Quant aux prétendues compagnes que le vénérable 244inquisiteur donna ensuite à Jeanne d’Arc, le journaliste de Paris nous apprend seulement, p. 134, que l’une de ces femmes fut brûlée à Paris le 3 septembre 1430, et qu’elle faisait l’éloge de Jeanne.

    Et voilà des arguments irrésistibles que la bravoure et les exploits de Jeanne sont dus à frère Richard !…

  401. [393]

    (Voy. Luchet, p. 414, 415 ; Laverdy, p. 219 ; Lenglet, t. 3, p. 259 et suiv. ; Daniel, VII, 67. — Voy. aussi Polluche, p. 111.)

  402. [394]

    (Voy. Luchet, p. 57, 416 ; Expilly, 352. — Voy. aussi Polluche, p. 108.) Il en est de même de la ville de Rouen. (Voy. Daniel, VII, 104 ; Belbeuf, Recherches, etc., dans la Notice des Manuscrits, t. 3, p. 559.) Le premier monument érigé (en 1458) dans Orléans, à Jeanne d’Arc, est décrit et gravé dans les Antiquités nationales de M. Millin, t. 2, art. 9. Il a été détruit depuis la publication de cet ouvrage (en 1793), et on lui a substitué (en 1805) une statue de bronze, qui est aussi gravée et décrite dans l’intéressant Voyage au midi de la France, du même auteur, t. 4, p. 795.

    L’un et l’autre sont également décrits aux pages 452 et suivantes d’un ouvrage récent de M. Chaussard, intitulé Jeanne d’Arc, ou Recueil historique et complet, etc. (Orléans, 1806), que nous n’avons connu que pendant l’impression du nôtre, et où l’on trouve : 1° un coup-d’œil rapide (24 pages) sur le siècle de Charles VII ; 2° une analyse étendue du grand travail de M. de Laverdy, 245que nous avons cité si souvent ; 3° un catalogue bibliographique raisonné, instructif, et plus complet que celui de Lenglet, des ouvrages en tout genre, soit imprimés, soit manuscrits, où il est question de la Pucelle ; 4° une notice des portraits, gravures et monuments qui la concernent.

    Au surplus, la statue de Jeanne et les autres figures du monument détruit en 1793 ne dataient que du 16e siècle. Elles avaient été substituées en 1571 aux figures primitives, brisées lors des guerres civiles religieuses en 1567. La destruction de celles-ci est d’autant plus fâcheuse, que, selon la remarque de M. Chaussard, p. 442 et 452, sculptées vers 1458, à une époque très rapprochée du temps de Jeanne d’Arc, sa statue devait reproduire ses traits avec exactitude.

    Le même auteur, p. 458 et suiv., donne une liste des souscripteurs qui ont fait les frais de la statue de 1805, ouvrage distingué de M. Goix.

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