Introduction
Introduction
- Sources historiques
- Résumé
Témoignages et raisons qu’on emploie pour faire voir que :
- Quelques remarques
- Bibliographie
Liste des ouvrages mentionnés, l’édition utilisée, le lien vers les versions numérisées.
- Annexes
Sources historiques
Le Discours sur la Pucelle d’Orléans (comme toute l’Histoire de l’Église de France) est composé avec une véritable rigueur scientifique. Rien n’y est affirmé sans être appuyé sur un ou plusieurs documents dont la référence est fournie en note de bas de page.
Au total le père Berthier cite plus d’une vingtaine d’auteurs (dont une moitié de contemporains de Jeanne d’Arc, tels Gerson, Monstrelet, et plusieurs chroniqueurs rassemblés par Denis Godefroy). Nous en publions ci-dessous la liste complète, avec l’édition utilisée et un lien vers les versions numérisées : Bibliographie.
Surtout, le père Berthier avait sous les yeux un manuscrit du procès de condamnation, auquel il se reporte abondamment, notamment pour signaler quelques erreurs chez ses prédécesseurs. (Il semble en revanche n’avoir pas disposé de manuscrit du procès en nullité, comme nous l’expliquons sous la note 70.)
Résumé
Le père Berthier constate que le merveilleux dans l’histoire de Jeanne d’Arc a toujours divisé les commentateurs, et les divise encore. Aussi se propose-t-il d’éclaircir la question en lui appliquant une critique judicieuse (qui s’attache au point précis de la controverse), impartiale (qui s’en rapporte uniquement aux preuves, indépendamment de tout intérêt de nation ou de partis) et attentive (qui s’applique à examiner l’ensemble des pièces et donc se donner de grands soins pour les rechercher).
Les faits historiques étant connus et admis, l’objet de sa critique se limitera à en déterminer le moteur. Berthier en dénombre quatre, tour à tour ou simultanément envisagés au fil des siècles : une inspiration du Ciel, la magie, une artificieuse politique, l’illusion. Pour l’historien Rapin-Thoyras, suivi en cela par plusieurs modernes, les exploits de Jeanne d’Arc sont le résultat d’une combinaison d’artificieuse politique (un complot) et d’illusion (que Jeanne se crût inspirée du Ciel). Quels arguments soutiennent chacune des hypothèses ? Ces arguments sont-ils fondés ?
En quatre articles, le père Berthier présentera et commentera les témoignages et raisons — c’est-à-dire les preuves — employées pour défendre chacune des quatre hypothèses, pour enfin permettre au lecteur de conclure et de décider.
§1 Jeanne fut inspirée de Dieu
Berthier commence par réfuter l’affirmation de Rapin-Thoyras que l’histoire de Jeanne d’Arc ne nous est connue que par le témoignage d’un seul de ses contemporains, Monstrelet. En se bornant aux plus contemporains, aux mieux instruits, aux plus sincères, il en produit douze autres (Jean Chartier, Alain Chartier, le héraut Berry, l’auteur anonyme de la Chronique de la Pucelle, Guy Pape, Jean Gerson, l’auteur de la Sibylle de France, Jean Nider, saint Antonin de Florence, le pape Pie II, Laurent Bonincontri et Guerneri Berni), qu’il cite ou résume.
Ces témoignages, — Monstrelet inclus, — concordent à établir trois motifs pour accréditer l’hypothèse d’une inspiration divine de Jeanne :
- l’accomplissement de ses prédictions ;
- la disproportion entre la grandeur de ses exploits et la petitesse de sa condition ;
- la conservation de sa vertu dans une profession aussi licencieuse qu’est celle des armes.
Sur les prédictions, Berthier s’oppose à Rapin-Thoyras et démontre que leur annonce a bien précédé leur accomplissement ; et qu’en aucun cas elle ne s’est trompée (notamment sur son avertissement aux Anglais qu’ils subiraient un grand dommage avant sept ans, lequel correspond à la perte de Paris). Sur les exploits, Berthier s’attaque à la tentative de l’historien de les minimiser (en amplifiant l’âge et l’expérience de Jeanne une fille de vingt-neuf ans, élevée dans une auberge, accoutumée à monter toute sorte de chevaux, en dépréciant son rôle dans les actions militaires ou sa qualité de chef de guerre.) Sur la vertu, Berthier se contente d’invoquer l’unanimité des contemporains.
Mais alors pourquoi Dieu s’immiscerait-il dans une querelle qui oppose deux princes catholiques ? Berthier répond que Dieu fait ce qu’il veut, et qu’il semble néanmoins qu’il y a assez de preuves de sa protection sur la monarchie française pour n’être point si étonné.
§2 Jeanne eut recours à la magie
L’accusation de sorcellerie n’étant plus soutenue par personne, le père Berthier se contente de reproduire les documents contemporain l’attestant. Ce sont essentiellement des actes du procès de condamnation : l’avis de l’Université de Paris, la sentence des juges, les lettres d’Henri VI aux grands d’Europe et le contenu de l’abjuration de Jeanne ; témoignages collectivement entachés de partialité, et d’ailleurs anéantis vingt-cinq ans plus tard par le tribunal de révision.
§3 Jeanne fut partie prenante d’une intrigue politique
Une explication fondée sur l’existence d’un complot trouvera toujours des partisans vu la multitude des opinions qui naissent tous les jours sur les faits où l’on remarque de l’extraordinaire.
Le père Berthier souligne néanmoins que l’idée que Jeanne soit l’instrument d’un plan concerté n’effleure aucun de ceux qui l’ont vu à l’œuvre. Elle n’apparaît que chez des témoins de seconde main : le pape Pie II, contemporain mais loin des opérations, ou des auteurs écrivant plus d’un siècles après (le seigneur de Langey, Juste Lipse, du Bellay, du Haillan), et donc condamnés à spéculer.
Que pas un seul acteur des événements n’aie dénoncé l’intrigue, — ennemis inclus, — implique qu’ils fussent tous complices. Car si les Anglais avaient conçu quelque soupçon, ils n’auraient pas accusé Jeanne de sorcellerie, mais d’avoir abusé de la religion pour tromper un prince… (et elle eût bien mérité la mort conclue l’humaniste Guillaume Postel). Aussi lors de son procès, on n’aurait pas manqué de lui poser la question : N’est-ce point le roi et les gens de sa cour qui vous ont engagée à faire des prédictions, et à vous mettre à la tête des troupes ?
La fin de la démonstration du père, par l’absurde, est trop savoureuse pour être résumée :
N’importe, on veut que le roi et ses amis, que ces seigneurs-là mêmes, qui ont tant d’affaires sur les bras, dressent le plan de l’histoire de la Pucelle, qu’ils disent au roi :
Sire, voici un dernier moyen de redonner du courage à vos troupes ; prenez une jeune paysanne, faites lui dire qu’elle est envoyée de Dieu, mettez la à notre tête, et peut-être que tout ira bien.En vérité cette idée est unique en son espèce, et tellement unique qu’on ne s’accoutume point à la trouver probable. Cependant ce n’est encore là que le prélude de la comédie ; on trouve, à plus de cent lieues de la cour, une fille jusque-là inconnue ; elle n’a que dix-sept ans, elle n’a vu que son hameau, elle n’a jamais monté à cheval, elle est d’ailleurs extrêmement réglée dans sa conduite, sage, modeste, craignant Dieu. C’est sur elle qu’on jette les yeux pour en faire un général d’armée. Sur-le-champ elle bâtit un système de visions et de révélations pour se donner du relief ; elle consent à vivre parmi des soldats, habillée en homme, et armée de toutes pièces ; elle prend même un ton de commandement, pour se faire obéir des officiers de l’armée ; elle apprend, ou plutôt elle devine à demi-mot toutes les règles de l’art militaire ; […] Le roi l’écoute et se moque d’elle en apparence, pour mieux jouer son personnage. […] Toute cette histoire, sans doute, ressemble aux fictions des poètes. On nous la donne cependant pour quelque chose de fort raisonnable et de bien suivi ; on y trouve du naturel.
§4 Jeanne était dans l’illusion
Cette dernière hypothèse est en fin de compte une variante de la précédente, à la différence que Jeanne y aurait participé à son insu, convaincue de la réalité de ses visions.
Celles-ci seraient le résultat soit d’une cause interne : son imagination (mais si l’on a vu de tout temps des illuminées, des dévotes prophétesses, des extatiques, […] où trouve-t-on que des visions fantastiques aient jamais rendu une simple paysanne intrépide dans les combats, sage dans les conseils, attentive à profiter de toutes les circonstances, puissante à se faire obéir par des gens de guerre ? et quand est-ce que les extases d’une illuminée ont été suivies de la défaite d’un ennemi redoutable, de la réduction des villes et des provinces ?) ; soit d’une cause externe : un artifice (deux ou trois fausses révélations et cet esprit faible n’aura vu partout que des saints et des anges ; mais alors quelle anticipation ! Jeanne affirmait avoir eu ses premières visions à treize ans, cinq années avant de se présenter au roi : vient-il en pensée à qui que ce soit de jeter les yeux sur un enfant de cet âge pour rétablir un royaume ?)
Enfin, même si l’on rejetait ses visions (car trop extraordinaire, ou sans preuves assez solide), ne pourrait-on pas reconnaître l’ordre de Dieu dans la démarche principale qu’elle fit d’aller se présenter au roi pour faire lever le siège d’Orléans, et pour le conduire à Reims ? N’est-il pas plus raisonnable de dire avec Gerson que c’est l’œuvre du Seigneur, et c’est un miracle à nos yeux.
Quelques remarques
1. Authentification des traités de Gerson sur Jeanne d’Arc
L’édition des Œuvres complètes de Jean Gerson utilisée par le père Berthier (La Haye, 1727), introduit ses deux traités sur Jeanne d’Arc par un doute sur leur paternité réelle :
Opus quoddam collativum de quadam Puella quæ olim in Francia equitavit. Cujus editio magistro Joanni de Gerson ascribitur : sed magis apparet stylus Magistri Henrici de Gorckheim. Non est Gersonii.
L’œuvre Sur cette jeune fille qui autrefois chevaucha en France est attribuée à Jean Gerson, mais le style correspond d’avantage à celui d’Henri de Gorkum. Elle n’est pas de Gerson.
Aliud opus compilatum a magistro Joanne de Gerson, De mirabili victoria cujusdam Puellæ de post fœtantes receptæ in ducem belli exercitus Regis Francorum contra Anglicos, etiam Gersonio perperam ascriptum.
Cette autre œuvre Sur la merveilleuse victoire de cette jeune bergère accueillie parmi les chefs de l’armée du roi de France contre les Anglais est également incorrectement attribuée à Gerson.
Berthier, familier de l’œuvre du maître, rejette tant les explications que la conclusion : le style des deux traités est exactement celui de Gerson, il en est très certainement l’auteur.
Nous ne croyons pas que ceux qui ont un peu lu Gerson trouvent rien de plus semblable à sa façon d’écrire que ce petit traité sur la Pucelle ; c’est son tour, son expression, sa manière de diviser, de décomposer ; c’est son goût de dialectique, sans mouvement, sans ornement.
Toutefois, et l’on reconnaîtra ici la prudence de celui qui n’affirme rien sans preuve, il n’évoquera pas les traités sans écarter l’hypothèse qu’ils soient d’un autre que Gerson.
Le chancelier Gerson, ou celui qui a écrit le petit ouvrage dont nous avons parlé […] Gerson, ou celui qui porte son nom […], etc.
2. Voltaire et le père Berthier
Le père Berthier, directeur du Journal de Trévoux (une revue littéraire mensuelle fondée et dirigée par des pères jésuites) de 1745 à 1762, allait devenir le chef de fil des adversaires de l’Encyclopédie.
Voltaire lui consacrera une satire Relation de la maladie, de la confession, de la mort et de l’apparition du jésuite Berthier (1759, année de publication de Candide), mais surtout quelques vers au troisième chant de sa Pucelle d’Orléans (Genève, 1752) :
Ô toi, Sottise ! Ô grosse déité,
De qui les flancs à tout âge ont porté
Plus de mortels que Cybèle féconde
N’avait jadis donné de dieux au monde,
Qu’avec plaisir ton grand œil hébété
Voit tes enfants dont ma patrie abonde,
Sots traducteurs, et sots compilateurs,
Et sots auteurs, et non moins sots lecteurs !
Je t’interroge, Ô suprême puissance !
Daigne m’apprendre, en cette foule immense,
De tes enfants qui sont les plus chéris,
Les plus féconds en lourds et plats écrits.
Les plus constants à broncher comme à braire
À chaque pas dans la même carrière
Ah ! je connais que tes soins les plus doux
Sont pour l’auteur du Journal de Trévoux.
Voltaire dit s’être inspiré de Rapin-Thoyras pour écrire sa Pucelle d’Orléans ; n’est-elle pas aussi un prétexte pour attaquer le père Berthier, dont le Discours sur la Pucelle était justement une réfutation de Rapin-Thoyras ?
Bibliographie
- Rapin-Thoyras, Histoire d’Angleterre, t. IV (1727, 2e éd.) : Google Books.
- Denis Godefroy, Histoire du roi Charles VII (1661) : Google Books. Ce recueil contient entre autres :
- l’Histoire de Charles VII de Jean Chartier (p. 19) ;
- la Chronique du héraut Berry (p. 369) ;
- la Chronique dite de la Pucelle, anonyme (p. 481) ;
- la Lettre de Guy de Laval à ses mère et aïeule (p. 895-897).
- Alain Chartier, Œuvres (1617, éd. André du Chesne) : Google Books.
- Jean Gerson, Œuvres complètes, (1728, éd. Pierre de Hondt, La Haye : Ioannis Gersonii, Opera omnia, tomus quartus…) : Google Books (p. 859 et suiv.).
- Jean Hordal, Heroinæ nobilissimæ Joannæ Darc Lotharingæ vulgo Aurelianensis Puellæ historia (1612) : Google Books.
- Saint Antonin, Chronique, t. III, titre 22, chapitre 9, §. 7 (Sancti Antonini, Opus historiarum, pars III, tit. 22, cap. 9, §. 7.).
- Pie II, Commentaires sur les choses mémorables qui se sont produites en son temps (1614, Francfort : Pii Secundi pontificis maximis, Commentarii rerum memorabilium quæ temporibus suis contigerunt) : Google Books.
- Muratori, Rerum Italicarum Scriptores, t. XXI (1732, éd. de Milan) : BEIC. Ce recueil contient entre autres :
- les Annales de Laurent Bonincontri (Laurentii Bonincontrii miniatensis Annales), p. 136 ;
- la Chronique de Guerneri Berni (Chronicon Eugubinum), p. 966.
- Monstrelet, Chroniques, vol. II. Probablement une édition parisienne vers 1600 comme celle de Marc Orry, 1603 : Google Books.
- Thomas Rymer, Fœdera, édition en 10 volumes publiées à La Haye, chez Jean Neaulme (1737-1745). Tome 10 : Google Books.
- Polydore Virgile, Histoire d’Angleterre, livre XXVII (1651, éd. Jean Maire, Leyde : Polydoro Virgilo, Historiæ Anglicæ) : Google Books.
- Étienne Pasquier, Recherches de la France (1621, éd. Laurent Sonnius, Paris) : Google Books.
- Père Gabriel Daniel, Histoire de France, probablement éd. de 1729, Paris, t. VI : Google Books.
- François de Belleforest, Les grandes annales et histoire générale de France, t. II (1579, éd. Gabriel Buon, Paris) : Gallica.
- César Égasse du Boulay, Histoire de l’Université de Paris, t. V (1670, Paris : Historia Universitatis Parisiensis) : Google Books.
- Juste Lipse, Politicorum, nombreuses éditions. Exemple, éd. 1641, Strasbourg : Historia Universitatis Parisiensis) : Google Books.
- Antoine du Verdier, Prosopographie, ou description des personnes illustres, t. III (1605, Lyon), pour sa Brève narration sur le fait de Jeanne la Pucelle, prise et extraite de l’histoire du sieur du Haillan et de l’Apologie de Guillaume Postel contre les détracteurs de la Gaule, p. 2164. : Google Books.
- Bernard de Girard, seigneur du Haillan, De l’estat et succez des affaires de France (1613, éd. veuve Jonathan Provence, Paris) : Google Books.
Notes
- [1]
L’ouvrage s’intitule en réalité l’Histoire de l’Église gallicane, terme qui peut prêter aujourd’hui à confusion. Dans la préface du tome XI (annexe 2), les termes Église de France et Église gallicane sont employés alternativement comme synonymes.
Cette Histoire de l’Église gallicane est une œuvre de pères jésuites, soutenue par l’assemblée du clergé de France. Elle se compose de 18 volumes publiés de 1730 à 1749, et connut quatre auteurs (annexe 1 et annexe 2).
Annexes
- Les quatre père jésuites, auteurs de l’Histoire de l’Église gallicane (1730-1749)
- Préface du tome XI de l’Histoire…
- Un adversaire de l’Encyclopédie : le père Berthier (par Paul Benhamou, 1972)
1. Les quatre père jésuites, auteurs de l’Histoire de l’Église gallicane
- Père Jacques Longueval (1680-1735), théologien et érudit, qui en forma le projet :
(Chez Pierre Simon, imprimeur du clergé de France.)
- t. I (1730), jusqu’à l’an 434 ;
- t. II (1730), de 434 à 561 ;
- t. III (1730), de 561 à 648 ;
- t. IV (1730), de 648 à 790 ;
(Chez François Montalant, Jean-Baptiste Coignard, Hippolyte-Louis Guérin et Jacques Rollin fils.)
- t. I (1732), jusqu’à l’an 434 ;
- t. II (1732), de 434 à 561 ;
- t. III (1732), de 561 à 648 ;
- t. IV (1732), de 648 à 790 ;
- t. V (1733), de 788 à 849 ;
- t. VI (1733), de 848 à 987 ;
- t. VII (1734), de 987 à 1086 ;
- t. VIII (1734), de 1086 à 1137 ;
Le père Longueval est emporté par une apoplexie le 14 janvier 1735.
- Père Pierre-Claude Fontenai (1683-1742) :
(Chez Montalant, Coignard, Guérin et Rollin fils.)
- t. IX (1739), de 1136 à 1176 ;
- t. X (1739), de 1176 à 1226 ;
Le père Fontenai succombe bientôt sous le poids du travail (préface du t. XI) ; on fait appel au père Brumoy.
- Pères Fontenai et Pierre Brumoy (1688-1742) :
(Chez Montalant, Coignard, Guérin et Rollin fils.)
- t. XI (1739), de 1226 à 1270 ;
Les pères Brumoy et Fontenai décèdent les 16 avril et 13 octobre 1742.
- Père Guillaume-François Berthier (1704-1782) :
- t. XII (1744), de 1270 à 1320 ;
- t. XIII (1745), de 1320 à 1357 ;
- t. XIV (1745), de 1357 à 1398 ;
- t. XV (1747), de 1398 à 1415 ;
- t. XVI (1747), de 1415 à 1450 ;
- t. XVII (1749), de 1450 à 1525 ;
- t. XVIII (1749), de 1525 à 1559.
Préface du tome XI de l’Histoire de l’Église gallicane
L’Histoire de l’Église gallicane commencée par le père Longueval, continuée par les pères Fontenai et Brumoy, est actuellement entre les mains d’un quatrième auteur. Ce n’est peut-être pas prévenir en faveur d’un livre, que d’en exposer ainsi les révolutions : mais dans les ouvrages de littérature, les révolutions ne sont pas, comme dans les empires et les sociétés, la cause ou l’annonce d’une ruine prochaine. Elles ont même un effet tout contraire : la multitude des auteurs appliqués successivement au même ouvrage, montre que, malgré les accidents funestes, on s’intéresse toujours à l’entreprise ; qu’on a du zèle pour en soutenir les travaux, et qu’on veut en affurer l’entière exécution. C’est aussi l’éloge le plus sensible et le plus vrai qu’on puisse en faire. Il n’y a que les desseins des grands maîtres, qu’on recueille avec soin, et qu’on se fasse honneur de remplir. Il n’y a que les bons Livres qui trouvent des continuateurs.
Le père Longueval forme le projet d’une histoire de l’Église gallicane. Il s’engage dans la carrière ; il y marche pendant plusieurs années avec succès ; il est arrêté subitement dans sa course : en peu de moments l’historien n’est plus. L’Histoire poussée jusqu’à huit volumes attend la plume d’un successeur. Le père Fontenai est choisi : son tempérament faible succombe bientôt sous le poids du travail. Le père Brumoy en est chargé après lui : sa santé s’y consume de même, et il est remplacé par un nouvel écrivain. Telle est en peu de mots la fortune de cet ouvrage transmis à tant d’historiens, comme un héritage aussi précieux que redoutable ; et présenté au public comme un de ces vastes édifices dont on reconnaît à l’œil, que toutes les parties n’ont pu être placées par le même architecte.
Après l’histoire abrégée du livre, on attend de nous celle des auteurs. Le père Longueval, qui est le premier et le plus considérable, a déjà reçu quelques éloges à la tête du 9e volume. Ce font des fleurs semées avec bien de la modestie sur le tombeau d’un homme vraiment cher à l’Église gallicane. On a cru que ses travaux parleraient avec plus d’éclat et de décence, que tout l’appareil des louanges domestiques ; et c’est en effet dans ses huit volumes que le père Longueval se développe tout entier. En 1730, l’Assemblée du clergé de France, jugeant des quatre premiers tomes qui paraissaient alors, reconnaissait par la bouche d’un de ses agents généraux (M. l’abbé de Maugiron, comte de Lyon), que tout s’y trouvait rassemblé : l’érudition la plus étendue, le choix le plus exact des matières, et la critique la plus judicieuse
. Ce jugement si flatteur, et qui dit tant de choses en peu de mots, a été suivi du public pour ces quatre premiers volumes, et pour les quatre suivants. On l’a répété dans des livres qu’on ne peut soupçonner de partialité (Supplément de Moreri, art. Longueval). On y a loué les recherches, la critique, le style du père Longueval. Nous sommes persuadés que la postérité confirmera ces justes éloges. Le père Longueval sera toujours l’historien de l’Église de France. Ce titre lui est acquis autant par le succès que par la grandeur de son entreprise. Les huit volumes que nous avons de lui feront regretter de n’en avoir pas un plus grand nombre ; et en approuvant la manière dont il a démêlé les antiquités de nos églises, on reconnaîtra de plus en plus qu’il méritait d’entrer dans ces siècles plus voisins de bous, où les mémoires font si abondants, où les faits de l’Église gallicane nous touchent si fort, et où la sagesse de l’historien n’aurait pas moins paru que sa doctrine, sa précision et sa critique.
Le père Pierre-Claude Fontenai est le second auteur qu’on a mis en œuvre pour l’Histoire de l’Église gallicane. Il était né à Paris le 27 juillet de l’an 1683, et il entra au noviciat des jésuites le 31 août 1698. Après avoir professé les humanités, et fait son cours de théologie, on le retint à Paris, où il s’annonçait dès lors comme un sujet propre à l’érudition ecclésiastique. On ne tarda pas à l’y appliquer. Il travailla en ce genre à des ouvrages utiles, mais qui ne portèrent point son nom. Il fut chargé en particulier de fournir des extraits aux Mémoires de Trévoux. Les livres qui concernaient la religion et l’Église lui tombèrent souvent en partage : et quand le père Longueval donna ses premiers volumes, ce fut le père Fontenai qui en rendit compte dans le Journal, sans pouvoir pressentir encore les rapports intimes qui l’attacheraient un jour à cette Histoire.
L’ouvrage principal qui l’occupait alors, était une Histoire générale des papes, dont il avait conçu le plan comme d’un livre intéressant pour l’Église, et convenable à sa profession. Il s’y est appliqué constamment pendant plusieurs années ; et l’on a trouvé après sa mort une suite sur cette matière, depuis saint Pierre jusqu’à la moitié du pontificat de Symmaque, qui mourut en 514. On y remarque quelques lacunes : le caractère n’en est pas fort lisible, et les citations manquent partout : défaut considérable pour une histoire manuscrite dont l’auteur n’est plus.
L’étude des matières ecclésiastiques n’empêchait pas le père Fontenai de cultiver les Belles-Lettres. C’était même son goût dominant. Il le suivait volontiers, soit pour se délasser lui-même, soit pour mettre les autres en voie d’y réussir. Ainsi au milieu de ses recherches sur l’Antiquité, il se permettait de temps en temps quelques petites pièces de poésie, dont plusieurs ont été imprimées dans des recueils. Les Belles-Lettres ont l’avantage d’adoucir les mœurs, et d’ôter aux savants qui les cultivent un certain air de solitude, trop voisin quelquefois de la mélancolie. Le père Fontenai était d’un caractère très humain, et très affable : par rapport à lui, les agréments de la littérature ne servirent qu’à perfectionner la douceur du naturel. Il joignait à des manières faciles et complaisantes toutes les vertus de son état, beaucoup de religion, de piété, de bienséance dans la conduite, et de talents pour gagner la confiance des autres. Cet accord de tant de qualités le firent juger propre aux fonctions de supérieur. Il fut fait recteur du Collège d’Orléans ; et quoi qu’il se vît engagé dans une route qui lui était comme étrangère, occupé d’un détail d’affaires et de rapports, après n’avoir connu que des livres et des gens de Lettres, il s’acquitta parfaitement des devoirs attachés à fa nouvelle situation. Il aurait apparemment passé bien des années dans cet emploi sans la mort du père Longueval, arrivée le 12 janvier 1735. La nécessité de le remplacer promptement fit jeter les yeux fur le père Fontenai, qu’on savait être depuis longtemps dans le goût de la science ecclésiastique. Il y avait alors huit volumes de l’Histoire de l’Église gallicane, avec quelques mémoires imparfaits pour servir au neuvième. Le père Fontenai data de cette époque les prémices de son travail. Il a paru de lui deux volumes (IX et X). Sa santé naturellement faible en fut considérablement altérée. Des remèdes faits à propos le mirent en état de se soutenir encore quelque temps. C’est pendant ces alternatives de santé et de maladie qu’il composa l’onzième volume presque tout entier. Affligé enfin d’une paralysie presque totale, il abandonna les vues de son ouvrage, et il fut envoyé de la Maison Professe des Jésuites de Paris au Collège de la Flèche, où il vécut pendant plus d’une année dans un état de souffrance et de langueur, qui mit le comble à sa patience et à sa vertu. Il y mourut le 13 octobre 1742, après avoir survécu environ six mois au père Brumoi, son successeur dans la composition de la même Histoire.
C’était au mois de janvier 1740 que le père Fontenai avait été attaqué de la maladie qui le mettait hors d’état de continuer ses travaux. L’Assemblée du clergé, qui se tint quelques mois après, délibéra dans une de ses séances sur le choix d’un autre historien, et le père Brumoy fut proposé pour cette fonction. La manière dont Monseigneur l’archevêque de Paris s’expliqua en sa faveur, est un des plus grands traits que nous puissions rapporter dans cet éloge historique. Le prélat dit que le père Fontenai ne pouvant plus vaquer à la composition de l’Histoire de l’Église gallicane, la Compagnie pourrait lui substituer le père Brumoy, dont le mérite, l’érudition, et les talents étaient généralement connus et qui était très capable de conduire cet ouvrage à sa perfection. La proposition fut agréée, et le père Brumoy entra ainsi avec une réputation toute faite dans la nouvelle carrière qu’on lui traçait : avantage précieux par la confiance qu’il inspire à un auteur, et par le succès dont il est le présage, et en quelque forte le garant.
Le P. Brumoy était en effet un écrivain célèbre, quand le clergé de France lui fit l’honneur de le choisir pour la continuation de l’Histoire de l’Église gallicane. La facilité de son esprit l’avait rendu propre aux divers genres d’érudition : en sorte néanmoins que Les Belles-Lettres tenaient le premier rang parmi ses connaissances. Il bâtit sur ce fond si riche par lui-même, et si capable d’enrichir toutes les autres parties de la littérature. Il posséda la langue grecque jusqu’à être en état de nous donner sous le titre de Théâtre des Grecs, l’histoire et l’analyse des spectacles de cette nation. Il trouva dans leur tragédie, toujours bornée à la terreur et à la compassion, sans intrigues de roman, de quoi instruire notre siècle ou le confondre. Pour la comédie grecque, licencieuse quelquefois et sans réserve, il la fit voir sous ses dehors les plus décents, et il répandit des voiles sur ce qui pouvait alarmer la pudeur. En cela il rendit un service également conforme à l’honnêteté publique, et aux devoirs de son état.
Les mathématiques occupèrent quelque temps le père Brumoy. On lui trouva pour cette science abstraite et dépouillée des richesses de l’imagination, toute la netteté et tout l’ordre d’un esprit purement géomètre. De ses spéculations profondes, il passait sans effort à d’agréables compositions, soit de poésie, soit d’histoire. On l’avait connu poète dès son entrée dans le monde littéraire. Il cultiva toujours ce talent, et il l’appliqua tantôt à peindre les passions (poème des Passions), tantôt à décrire les arts (poème de la Verrerie), tantôt à former la jeunesse par des exercices utiles et édifiants (tragédies d’Isaac et de Jonathan). Le genre historique (pastorale du Couronnement de David) ne lui parut point étranger dès qu’il y fut entraîné par les circonstances de ses autres études, ou par les raisons supérieures de ceux qui avoient autorité sur lui. Son essai fut la Vie de l’impératrice Éléonore, livre bien écrit et rempli des plus grands exemples de vertu. Le théâtre des Grecs était encore une sorte d’histoire, suivant le projet qu’il en avait conçu. Il s’engagea ensuite à suppléer ce qui manquait aux Révolutions d’Espagne, ouvrage du père d’Orléans. Il retoucha l’Histoire de la Conjuration de Rienzi, ouvrage du père Ducerceau. Enfin il a donné les deux dernières années de sa vie à l’Histoire de l’Église gallicane. Ce que nous avons de lui sur cette matière, consiste précisément dans le douzième volume et la fin de l’onzième (l’ouvrage du père Brumoy commence à la page 522, à ces mots : Avant que le Pape Alexandre, etc.). Toute la partie de celui-ci, qui est du père Fontenai, il l’avait revue, corrigée, et augmentée. Il s’était surtout donné la peine d’y mettre les citations qui manquaient dans la plupart des endroits. Ces deux volumes XI et XII allaient incessamment paraître, quand le père Brumoy mourut. Il avait satisfait à presque tous les préliminaires de l’édition, et son esprit en paraissait occupé jusques dans les agitations de sa dernière maladie : témoignage sensible du zèle qu’il avait eu pour remplir l’attente du public, sur une Histoire déjà trop retardée par le changement des historiens.
Le père Brumoy termina sa vie, trop courte pour ses amis, et pour la République des Lettres, le 16 avril 1742, dans la 54e année de son âge, étant né à Rouen le 16 août de l’an 1688. Son éloge peut s’achever en disant que ce fut un bel esprit, un homme de mœurs très douces, d’un cœur droit et sincère, d’un caractère incapable de se faire des ennemis, ou plutôt à qui il était comme impossible de ne paraître pas aimable à tout le monde. Pour ce qui regarde la part qu’il a dans la composition de cette Histoire, c’est au public à juger de son travail et de ses succès. Nous croyons que se trouvant obligé de traiter les matières ecclésiastiques, il se fit un principe de ramener son style à l’uniformité d’une narration toute simple ; qu’il se défia du brillant qui se rencontre dans ses autres productions, et qu’il aima mieux être un peu différent de lui-même pour la manière d’écrire, que de s’attirer le reproche d’avoir porté dans un ouvrage aussi grave que l’est celui-ci, tous les ornements qui peuvent convenir à une histoire profane, à une pièce de poésie, ou à une dissertation purement académique.
Le quatrième auteur chargé de l’Histoire de l’Église gallicane, succède à des écrivains de réputation, et il est obligé de faire la sienne : deux désavantages qu’apparemment il ne pourra surmonter par les deux volumes qu’il donne déjà au public. Le père Brumoy, entraîné par sa matière, avait entamé le XIIIe tome de cette Histoire ; mais ce qu’il a laissé sur cela n’est qu’une ébauche très informe. On s’en est servi pour quelques faits et pour quelques dates ; du reste on a travaillé sur d’autres mémoires, et les deux tomes XIII et XIV sont véritablement l’ouvrage du nouveau continuateur.
Le père Longueval lui a paru un modèle parfait. Il s’est proposé de s’en rapprocher le plus qu’il pourrait, soit pour l’exécution générale, qui comprend le choix des matières, l’ordre des faits, et le style ; soit pour les accompagnements qui s’étendent aux notes marginales, et aux dissertations préliminaires.
Ces deux derniers articles deviennent plus nécessaires que jamais dans les siècles qu’embrasse maintenant cette Histoire. Il faudrait être bien peu attentif pour ne s’apercevoir pas que les fastes de l’Église de France depuis quatre cents ans, fournissent la plus abondante matière aux remarques, aux dissertations, aux éclaircissements. À la tête du XIIIe tome on trouvera un discours où l’on discute quelques points du pontificat de Clément V, discussion nécessaire pour suppléer à ce qui manque sur cet article dans le XIIe volume. Le XIVe tome est précédé d’un autre discours qui traite des études usitées dans l’Église Gallicane au XIIe, XIIIe, XIVe et XVe siècles. Le nouveau continuateur promet des dissertations semblables pour chacun des volumes suivants. Il ne sera embarrassé que pour le choix des sujets, qui se présentent en foule.
À l’égard des notes, elles sont de deux espèces, les unes destinées à expliquer quelques points obscurs ; les autres pour corriger les fautes qui font échappées à de bons auteurs. On a tâché de les rendre courtes, afin qu’elles n’absorbent pas l’attention du lecteur ; rares afin qu’il ne paraisse en cela aucune affectation ridicule de doctrine ; simples et modestes, afin qu’elles ne blessent personne. Je n’ai point cherché les fautes des autres écrivains, disait le père Longueval, je n’ai relevé que celles qui se sont trouvées sous ma main, en cherchant autre chose.
(Préface du tome I.)
Il resterait peut-être à déterminer ici en combien de volumes on aura toute l’Histoire de l’Église gallicane, c’est-à-dire, tout ce qu’un auteur judicieux peut se proposer d’en donner au public. Le père Longueval disait encore dans la préface de tout l’Ouvrage qu’une entreprise comme celle-ci était comme une haute montagne, d’où l’on découvre d’autant plus de pays, qu’on y avance davantage
; et cette comparaison subsiste à la fin même du XIVe siècle et du XIVe tome de cette Histoire. Ce qui reste en effet présente un champ si vaste, qu’on ne peut estimer au juste la grandeur de la moisson. Le XVe siècle comprend lui seul une multitude de faits capable de tromper le coup d’œil de l’historien le plus pénétrant. On ne laisse pas de prévenir le public sur deux points qui peuvent l’intéresser : le premier qu’on cherche plutôt à réduire qu’à multiplier le nombre des volumes, le second, que l’on ne fera pas attendre longtemps la suite de ceux qu’on met actuellement au jour : promesse toutefois subordonnée aux vues de la Providence, règle unique et absolue des temps et des événements. Cette réflexion, qu’on doit supposer dans toutes les entreprises des hommes, s’offre d’elle-même à un auteur qui reprend les travaux, disons même, qui s’expose aux périls de l’Histoire de l’Église gallicane.
Un adversaire de l’Encyclopédie : le père Berthier par Paul Benhamou
The French Review, vol. XLVI, n° 2, décembre 1972, p. 292-298.
Résumé. — Le père Berthier s’était d’abord montré favorable au projet de l’Encyclopédie tel que présenté dans un premier Prospectus (1745) ; puis progressivement préoccupé, notamment suite aux écrits de Diderot et du second Prospectus (1750) ; et enfin farouchement hostile après de la publication du 1er volume (1751), lorsqu’il découvrit les attaques insidieuses contre la religion placées aux endroits les plus inattendus afin d’éviter la censure. Devenu chef de file de l’opposition aux encyclopédistes, il publie de longs articles critiques dans le Journal de Trévoux qu’il dirige, lesquels aboutissent à l’interdiction de l’Encyclopédie par le Conseil d’État (février 1752). Cependant, l’intervention du chef de la censure royale Malesherbes permet à la publication de repartir (octobre 1753). Berthier annonce reprendre le combat et fait paraître un nouvel article (novembre 1753)… puis plus rien. Il cesse définitivement d’en parler. Pourquoi ? Selon Benhamou, Malesherbes, qui pressentait que la charge de Berthier aboutirait à une nouvelle interdiction, lui fit entendre qu’on supprimerait le privilège du Journal de Trévoux si toutefois il continuait sa critique du dictionnaire.
Étudier l’histoire de l’Encyclopédie, cet ouvrage monumental du dix-huitième siècle, c’est constater que son existence même dépendait de la protection personnelle de Malesherbes, directeur de la Librairie de 1750 à 1763, et que sans ce puissant allié, les clameurs de la part du clergé, des magistrats et d’une grande partie du public1
auraient réussi à faire échouer cette entreprise consacrée au bilan des connaissances humaines.
Dans cette lutte entre Philosophes et anti-encyclopédistes, les défenseurs du trône et de l’autel, pour la plupart jésuites, avaient à leur tête le père Berthier, rédacteur du Journal de Trévoux de 1745 à 1762. Le P. Berthier, connu de ses contemporains pour sa pénétration à démêler les pièges de l’incrédulité, son courage à les mettre au grand jour2
, n’hésita pas, une fois convaincu de la tendance irréligieuse de l’Encyclopédie, à utiliser son célèbre périodique pour signaler les dangers que le nouveau dictionnaire présentait pour la religion et le gouvernement établis. Il a si bien réussi que ses commentaires sur le premier volume de l’Encyclopédie contiennent en germe toutes les critiques postérieures du dictionnaire3
. Nous devons ajouter à cette observation qu’aucun périodique du dix-huitième siècle n’a critiqué l’Encyclopédie de façon aussi détaillée et aussi efficace.
Étant donné la ferveur et le succès du P. Berthier à signaler les attaques insidieuses du dictionnaire contre l’Église et la monarchie, on est bien autorisé à se demander pourquoi ce courageux journaliste a si brusquement arrêté sa critique après novembre 1753, quoique l’Encyclopédie continuât toujours à répandre des idées dangereuses.
Ce qui allait devenir une lutte ouverte entre le P. Berthier et les encyclopédistes avait commencé paisiblement. En 1745, le libraire parisien Le Breton fit paraître un Prospectus
annonçant la publication prochaine d’une traduction de la Cyclopœdia de l’anglais Ephrann Chambers, qui aurait pour titre : L’Encyclopédie ou Dictionnaire universel des arts et des sciences
. Comme nous l’a montré de manière si convaincante John Pappas4, le P. Berthier partageait à bien des égards l’idéal des Philosophes du Siècle des Lumières par sa profonde croyance à la raison, au progrès et aux sciences. Le journaliste pouvait donc accueillir le projet en ces termes : À en juger par le Prospectus que nous abrégeons… il n’est rien de plus utile, de plus fécond, de mieux analysé, de mieux lié, en un mot de plus parfait et de plus beau que ce dictionnaire5.
Mais lorsque Diderot publia un nouveau Prospectus en novembre 1750, il était impossible de s’attendre à une réaction aussi favorable de la part du rédacteur du Journal de Trévoux. Entre le premier et le second Prospectus de l’Encyclopédie, Diderot avait publié ses Pensées philosophiques, ouvrage condamné par un arrêt du Parlement de Paris à être brûlé (1745) ; il avait été dénoncé à la police comme écrivain dangereux par le curé de sa paroisse (1747) ; et finalement il avait été emprisonné au Château de Vincennes pendant trois mois pour avoir publié sa Lettre sur les aveugles (1749). Ainsi donc, entre 1745 et 1750, pour beaucoup de gens Diderot s’était révélé comme un adversaire dangereux de la religion chrétienne. Il est donc aisé de comprendre, même si d’Alembert prétend le contraire6, pourquoi le P. Berthier ne pouvait pas accueillir le second Prospectus avec la même chaleur que le premier. Dans le premier volume de janvier 1751 du Journal de Trévoux, le P. Berthier annonça le Prospectus de Diderot dans les Nouvelles littéraires
, disant d’une part que les gens de lettres l’avaient trouvé bien écrit, et d’autre part qu’il ressemblait beaucoup, quant au contenu, à l’ouvrage du chancelier Bacon, De La Dignité et de l’accroissement des sciences : Les éditeurs MM. Diderot et d’Alembert font connaître qu’à l’égard de ce système, ils ont principalement suivi le chancelier Bacon…, et cela est si vrai que nous croyons entrer dans leurs vues et faire plaisir au public en donnant un extrait qui sera la comparaison de l’ouvrage du chancelier avec le Prospectus de l’Encyclopédie, surtout avec l’arbre des connaissances humaines7.
Cet article du P. Berthier marque le début de la longue bataille encyclopédique. Diderot, comprenant la gravité d’une telle publicité, répondit à cette première escarmouche dans une lettre ouverte au P. Berthier, dans laquelle il accusait ce dernier de ne pas avoir lu le Prospectus en entier, et d’avoir annoncé le projet encyclopédique dans la section Nouvelles littéraires
du Journal afin que personne n’ait la chance d’en être informé : Du reste
, disait-il avec ironie au P. Berthier, nous sommes disposés à convenir que pour former une encyclopédie, cinquante savants n’auraient pas été de trop, quand même vous auriez été du nombre8.
Piqué au vif, le P. Berthier répliqua dans le Journal de février avec un avertissement témoignant déjà d’un certain durcissement dans sa position à l’égard du dictionnaire. M. Diderot est homme d’esprit, et il y a plaisir à recevoir de ses lettres quand elles roulent simplement sur la littérature. D’autres matières sont trop dangereuses ; et il le sait bien9.
Ce qu’il y a de plus intrigant dans cet article, c’est une allusion à un ouvrage anonyme critiquant l’Encyclopédie qui avait été arrêté par le censeur royal, Le Rouge10 : Un critique qui nous est inconnu, voulait faire imprimer ces jours derniers, un écrit à trois parties contre le grand dictionnaire encyclopédique ; mais il a eu affaire au censeur royal qui approuve nos Mémoires ; et cette circonstance a fait échouer les desseins de cet anonyme11.
Selon le P. Berthier, le censeur avait rejeté l’ouvrage anonyme parce qu’il avait approuvé auparavant les grands éloges
du Journal de Trévoux pour l’Encyclopédie, et il a senti qu’il serait inconséquent d’approuver cet écrit après avoir donné son suffrage à notre extrait12.
On peut voir ici la première tentative d’intimidation de la censure dirigée contre le P. Berthier pour l’empêcher de critiquer trop sévèrement l’Encyclopédie, ou du moins pour le ramener à son opinion favorable de 1745.
Cette référence à la suppression d’un ouvrage attaquant l’Encyclopédie avant même la publication du premier volume semble mettre en cause l’autorité qui supervisait le censeur royal, à savoir le directeur de la Librairie. Rappelons que Malesherbes considérait d’un œil bienveillant le projet d’une encyclopédie des connaissances humaines avec le célèbre d’Alembert à sa tête13. Dans une seconde lettre au P. Berthier, Diderot faisait mention de ce mystérieux ouvrage anti-encyclopédique censuré, qu’il attribuait sans équivoque au P. Berthier lui-même : Le critique dont vous me parlez et dont vos grands éloges ont fait arrêter le grand récit à trois parties ne m’est pas aussi inconnu qu’à vous. Je l’aurais deviné aux trois divisions. Il a de très bonnes raisons pour médire de vive voix de l’Encyclopédie ; mais il pourrait en avoir de meilleures pour n’en rien dire par écrit14.
Ce conseil
de Diderot au P. Berthier était lourd de sous-entendus, voire de menaces. Si, comme nous le croyons, le P. Berthier était visé dans la personne du critique anonyme, cet avertissement n’était qu’un aveu très peu voilé du rôle joué par Malesherbes dans la censure de cet écrit, qui n’a jamais été retrouvé. Avant de répondre au P. Berthier, Diderot avait dû recevoir certaines assurances du directeur de la Librairie, et il ne put résister à bien les mettre en évidence dans sa seconde lettre.
Ce commerce épistolaire entre le P. Berthier et Diderot cessa en février 1751. Le journaliste de Trévoux se rendit compte qu’il s’était laissé entraîner par l’ironie provocante de Diderot dans une polémique bruyante contraire à son code journalistique, à savoir : impartialité, équité, réserve dans les jugements, attention à ne critiquer qu’à propos15…
Il décida donc d’adopter désormais une attitude plus détachée à l’égard de l’éditeur de l’Encyclopédie, sans tolérer toutefois les attaques contre la religion.
Les doutes et l’appréhension du P. Berthier lorsqu’il lut le deuxième Prospectus du dictionnaire se confirmèrent lors de la publication du premier volume de l’ouvrage ; Diderot, pensait-il, était bien à la tête d’une entreprise qui voulait détruire la religion établie. Le P. Berthier garda cependant son sang-froid et aborda la critique de ce premier volume avec un détachement et une modération qui surprirent plus d’un lecteur. D’octobre 1751 à mars 1752, il examina méticuleusement les articles de ce premier volume, paru au mois de juillet 1751, et il écrivit six articles importants, chacun de quarante pages en moyenne. Nous n’aborderons pas la question du contenu de ces six articles, car elle a souvent été traitée16 ; disons simplement que la critique du P. Berthier peut se ramener à trois chefs principaux d’accusation : les plagiats, les erreurs et la tendance irréligieuse de certains articles. Si les deux premières accusations n’étaient pas graves en soi, la troisième pouvait compromettre sérieusement l’existence du dictionnaire et la sécurité de ses éditeurs. Le ton même du P. Berthier se fit beaucoup plus grave et menaçant quand il découvrit les attaques insidieuses contre la religion placées aux endroits les plus inattendus afin d’éviter la censure (voir Aigle
, Aius locutius
, Amour des sciences et des lettres
, etc., du premier volume de l’Encyclopédie). En plusieurs endroits
, disait-il, la religion n’a point été respectée : sur quoi nous prions sincèrement tous ceux qui mettent la main à cet ouvrage d’être infiniment circonspects sur un point de si grande importance. Le premier de nos soins sera de veiller aussi sur cette partie ; d’exercer une critique grave et soutenue contre tout ce qui donnerait atteinte aux vérités révélées et à la doctrine des mœurs. Heureux si par l’étendue de ce zèle, nous pouvons remplir tout notre devoir, et répondre à tous les désire des gens de bien17.
Le sixième article du P. Berthier parut en mars 1752, un mois après la suppression de l’Encyclopédie par un arrêt du Conseil d’État que le journaliste jésuite passa sous silence. La critique du deuxième volume de l’Encyclopédie ne fut jamais commencée. Nous pensons que cette interruption de l’examen du dictionnaire peut être entendue comme un désir de n’accorder aucune publicité, même négative, à un ouvrage condamné par l’archevêque de Paris et supprimé par le Conseil d’État. Cette politique de silence fut cependant interrompue lorsque le troisième volume de l’Encyclopédie parut en octobre 1753. Le P. Berthier reprit alors sa plume et fit paraître le mois suivant un long article qui répondait essentiellement à l’Avertissement
des éditeurs du troisième volume, où d’Alembert rejetait en bloc toutes les critiques du Journal de Trévoux. Le P. Berthier réaffirmait l’attitude intransigeante des jounalistes de Trévoux en matière de religion : Quand le religion est attaquée, cette fonction de journaliste se convertit, sans effort, en celle d’adversaires et de combattants18.
Il justifiait aussi toutes les critiques adressées au dictionnaire depuis mai 1745 jusqu’à mars 1752 : Nous croyons nous être renfermés dans les bornes de la vérité, de la modération, et de la justice19.
Il concluait son article en indiquant clairement son intention de continuer à défendre la religion, de redoubler de zèle et d’attention ; de chercher dans les livres plutôt le bien que le mal qu’on peut en dire ; de réserver les grands coups de la critique pour les ouvrages contraires à la religion et aux bonnes mœurs20.
Ainsi donc, le P. Berthier annonçait qu’il n’avait pas l’intention d’abandonner la lutte ; puisque le dictionnaire continuait d’être publié, en dépit de la condamnation officielle de février 1752, sa mission serait de veiller au respect de le religion dans les volumes à paraître.
Mais après novembre 1753, on s’aperçoit qu’aucun article du Journal de Trévoux n’est consacré à l’Encyclopédie21. Pourquoi le P. Berthier ne mentionna-t-il pas les nombreux articles antireligieux du dictionnaire après 1753 ? Pourquoi ce mutisme soudain alors qu’il venait d’affirmer sa résolution de défendre implacablement la religion chrétienne ? Quoiqu’il soit difficile de répondre catégoriquement à ces questions, deux interprétations sont généralement données.
Le première vient de l’abbé de Fontenay qui, au début du dix-neuvième siècle, y voyait une intervention du directeur de la Librairie, Malesherbes : les encyclopédistes, disait-il, eurent recours à une manœuvre qu’ils ont mise en usage bien souvent dans le suite. Ils s’adressèrent au magistrat alors chargé de l’inspection de le Librairie pour qu’il fit défense au P. Berthier de continuer la censure qu’il avait promise, et ce magistrat complaisant donna cette défense22.
La seconde interprétation nous est proposée par M. John Pappas qui, lui, explique le silence du P. Berthier comme un acte volontaire, une nouvelle stratégie : In his policy of silence, Berthier may be said to have attacked Diderot and his enterprise negatively, by denying them any further publicity in the Journal de Trévoux23.
De ces deux explications, la seconde ne semble pas tenir compte de la déclaration du P. Berthier de novembre 1753 concernant les ouvrages contraires à la religion, et la première n’était justifiée par aucune preuve. Nous pensons pouvoir lever la difficulté par une lecture attentive d’un passage de l’Avertissement
du troisième volume de l’Encyclopédie dans lequel d’Alembert, répondant aux critiques du Journal de Trévoux, écrit : L’auteur du Discours préliminaire, jaloux de repousser des attaques personnelles, les seules au fond qui l’intéressent, a réclamé avec confiance et avec succès les lumières et l’autorité d’un si excellent juge [Malesherbes]24.
L’intervention du directeur de la Librairie que l’abbé Fontenay avait justement pressentie, et la défense qu’il fit au P. Berthier de continuer la censure de l’Encyclopédie nous sont révélées par ces trois mots-clefs de d’Alembert lui-même : ce dernier ne pouvant souffrir la moindre critique contre l’Encyclopédie25 s’était plaint (réclamé
) des articles du P. Berthier auprès de Malesherbes ; le directeur de la Librairie (autorité
) avait cédé aux demandes de l’éditeur de l’Encyclopédie et interdit au journaliste de Trévoux de poursuivre la critique des autres volumes (succès
). Nous pensons en outre que cette interdiction imposée par Malesherbes au P. Berthier décida d’Alembert à reprendre la rédaction de l’Encyclopédie après l’arrêt du Conseil de février 1752 ; elle répondait précisément à l’une des conditions essentielles qu’il avait imposées pour cette reprise : qu’il sera défendu aux jésuites, nos ennemis déclarés, d’écrire contre cet ouvrage, d’en dire même, ni bien ni mal, ou bien qu’il nous sera permis d’user de représailles26.
L’accord conclu entre Malesherbes et d’Alembert nous parait clair : d’Alembert a cédé aux instances de Malesherbes parce que ce dernier avait accepté de faire taire le P. Berthier sur tout ce qui touchait l’Encyclopédie.
Avec ses six articles critiquant systématiquement le premier volume de l’Encyclopédie, le P. Berthier s’était révélé comme un adversaire assez puissant pour provoquer dans une certaine mesure l’arrêt du Conseil d’État supprimant les deux premiers volumes27. En 1753, lorsque le P. Berthier annonça qu’il allait reprendre l’analyse des articles de l’Encyclopédie, Malesherbes comprit qu’il était nécessaire d’intervenir immédiatement et fermement pour éviter une nouvelle condamnation du dictionnaire par les autorités. L’angoissant problème de la liberté de la presse fut alors arbitrairement résolu à l’avantage des encyclopédistes. Nous croyons que le directeur de la Librairie a imposé le silence au P. Berthier, par l’intermédiaire du censeur royal, Le Rouge, en le menaçant de supprimer le privilège du Journal de Trévoux si toutefois il continuait sa critique du dictionnaire. Cet ultimatum ne laissait pas de choix au P. Berthier : bien qu’étant convaincu du caractère subversif de l’Encyclopédie, il dut mettre un terme à sa critique afin de sauvegarder son propre périodique. La fin prématurée de la critique de l’Encyclopédie par le P. Berthier ne marqua en aucune manière la fin des hostilités entre partisans et adversaires de ce grand ouvrage, mais l’érudition et la perspicacité du journaliste jésuite ne furent jamais égalées par les autres anti-encyclopédistes. Aujourd’hui nous ne pouvons que déplorer ce silence forcé, d’une part au nom de la liberté de la presse que Malesherbes ne respecta pas toujours quand il s’agissait des antiphilosophes, et d’autre part parce que nous sommes persuadés que le témoignage du P. Berthier aurait contribué à mieux nous faire comprendre le climat intellectuel de cette époque.
Notes
- [1]
Chrétien-Guillaume Lamoignon de Malesherbes, Mémoires sur la Librairie et sur la liberté de la presse (Paris: Agasse, 1809), p. 348.
- [2]
Louis Mayeul Chaudon, Nouvelle Bibliothèque d’un homme de goût (Paris, 1777), IV, 163.
- [3]
Gustave Lanson, Compte rendu du livre de L. Ducros: Les Encyclopédistes, RHLF, 1902, IX, 149.
- [4]
Berthier, Journal de Trévoux and the Philosophes, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, éd. Th. Besterman (Genève : Institut et Musée Voltaire, 1957), Vol. III.
- [5]
Journal de Trévoux, mai 1746, p. 937.
- [6]
Dans l’Avertissement des éditeurs, placé en tête du troisième volume de l’Encyclopédie, d’Alembert déclarait :
Il est vrai que le même auteur Berthier après avoir donné tant de louanges au simple projet de la traduction française de Chambers… n’a pas annoncé de la même manière au mois de décembre 1750 la nouvelle Encyclopédie.
Encyclopédie, III, V. - [7]
Janvier 1751, I, 188-89.
- [8]
Denis Diderot, Correspondance, éd. Georges Roth (Paris : Éditions de Minuit, 1955), I, 106.
- [9]
Journal de Trévoux, février 1751, p. 569.
- [10]
M. Le Rouge, ex-syndic, chanoine de Saint-Louis du Louvre, chapelain de la Reine, censeur royal, approbateur des Journaux de Trévoux.
Nouvelles ecclésiastiques (27 février 1752), p. 33. - [11]
Journal de Trévoux, février 1751, p. 570.
- [12]
Ibid.
- [13]
Pierre Grorelaude cite le témoignage de Roederer [Journal de Paris, 23 frimaire an VII], qui semblerait indiquer que Malesherbes aurait aidé l’Encyclopédie avant même de devenir directeur de la Librairie :
Peu de gens savent aujourd’hui, mais beaucoup ont rendu autrefois ce témoignage à Malesherbes, que ce fut par sa protection que cette entreprise se forma, fut autorisée par le gouvernement et eut même, en commençant, l’appui du chancelier d’Aguesseau, à qui Malesherbes persuada finement que l’Encyclopédie aiderait les jésuites à écraser les jansénistes que le chancelier n’aimait pas.
Malesherbes, Témoin et interprète de son temps (Paris : Fishbacher, 1961), p. 103, note 2. - [14]
Diderot, Correspondance, I, 108.
- [15]
Journal de Trévoux, janvier 1760, p. 244.
- [16]
Albert Cases,
Un Adversaire de Diderot et les Philosophes : le P. Berthier
, dans Mélanges offerts à G. Lanson (Paris : Hachette, 1922), pp. 235-49 ; Joseph Daoust,Les jésuites contre l’Encyclopédie (1751-1752)
, Bulletin de la Société historique et archéologique de Langres, septembre 1951, n° 153, pp. 29-44 ; J. Papp., op. cité. - [17]
Journal de Trévoux, mars 1752, pp. 468-69.
- [18]
Journal de Trévoux, novembre 1753, p. 2665.
- [19]
Ibid., p. 2676, note.
- [20]
Ibid., p. 2677.
- [21]
En janvier 1762, le P. Berthier mentionnera brièvement la publication du premier volume de planches de l’Encyclopédie.
- [22]
Du rétablissement des jésuites et de l’éducation publique (Emmerick : Lambert Romen, 1800), p. 54.
- [23]
J. Pappas, op. cité, p. 195.
- [24]
Encyclopédie, III, XII. (C’est nous qui soulignons.)
- [25]
Franco Venturi emploie l’expression
rigidezza formale
pour décrire l’attitude hypersensible de d’Alembert à l’égard de la critique. Le Origini dell’Enciclopedia (Rome : U. Edizioni, 1946), p. 59. - [26]
Samuel Formey, Souvenirs d’un citoyen (Berlin : de la Garde, 1789), II, 48. D’Alembert devait faire allusion quelques années plus tard dans une lettre à Voltaire aux promesses du directeur de la Librairie :
Si vous connaissiez d’ailleurs M. de Malesherbes, si vous saviez combien il a peu de nerf et de consistance, vous seriez convaincu que nous ne pourrions compter sur rien avec lui, même après les promesses les plus positives.
[Voltaire’s Correspondence, éd. Th. Besterman, XXXIII, 84.] D’Alembert qui venait d’abandonner l’Encyclopédie était très injuste à l’égard du protecteur du dictionnaire. - [27]
C’était du moine l’opinion de l’abbé Mayeul Chaudon, qui à l’article
Encyclopédie
, de son Dictionnaire antiphilosophique, écrivait :Enfin il [le P. Berthier] ne vit dans leur magasin des sciences que larcins, que plagiats, que maximes hardies, contraires à la religion et à l’État. Ces accusations alarmèrent le gouvernement. Les travaux des éditeurs furent suspendus, et l’ouvrage supprimé par un arrêt du Conseil du 7 février 1752.
(4. éd. [Paris : Saillant et Nyon, 1775], p. 827).