A. Combes  : Robert Ciboule (1933)

Notes biographiques

Notes biographiques

Par souci de précision, de sobriété et de clarté, je présenterai selon l’ordre chronologique les renseignements qui permettent de replacer Robert Ciboule dans l’histoire générale de son temps. Pour donner une certaine tenue littéraire à ces notes, on aurait pu étudier systématiquement : l’universitaire, l’ambassadeur, l’homme d’Église et le réformateur mais les inconvénients de ce morcelage abstrait m’ont paru, pour une étude sommaire, considérables. Après l’avoir tenté, j’y ai renoncé : une telle méthode brise la continuité d’une vie et, surtout quand il s’agit d’un personnage de cette époque, isole des caractères qui se trouvaient réellement unis, non seulement par le déroulement du temps, mais par des liens d’intime causalité : l’Universitaire était un clerc qui n’aspirait qu’à conquérir le doctorat en théologie ; 124l’homme d’Église était un professeur de l’Université qui fut chargé de sa réforme ; et c’est parce qu’il était chanoine et professeur que Robert Ciboule se vit confier les plus importantes missions diplomatiques.

Dans cette présentation d’un homme peu connu, je me préoccuperai donc d’établir le plus possible de faits certains ; je suivrai leur succession dans le temps en me bornant à distinguer les quatre périodes principales où tel ou tel aspect paraît dominant, jamais tout à fait exclusif :

  1. De 1403 à 1438 : Études et premières missions
  2. De 1438 à 1446 : Les grands ambassades
  3. De 1447 à 1451 : La vie canoniale et la pénitencerie
  4. De 1451 à 1458 : La chancellerie, la réforme de l’Université, la consultation en faveur de Jeanne d’Arc, la maladie et la mort

I.
De 1403 à 1438 :
Études et premières missions

140366 est vraisemblablement la date de naissance de Robert Ciboule à Breteuil67. Nous ignorons tout de sa famille, et nous ne savons ni à quelle date ni dans quelles conditions le jeune 125Robert arriva à Paris et commença ses études : boursier au collège d’Harcourt, il appartint naturellement, comme universitaire, à la nation de Normandie68.

Le 12 avril 143069, inscrit le huitième parmi les vingt cursores de la Faculté de Théologie de Paris — dont quinze pour le premier cours — R. Ciboule commence son premier cours sous la direction de Roger de Gaillon, proviseur du collège d’Harcourt depuis 1419. Après avoir suivi pendant six ans les cours des maîtres régents, devenu baccalaureus cursor70, il est donc à cette date chargé de professer à son tour à la place et sous le contrôle d’un maître. Ce premier cours comportait l’explication d’un livre de l’Ancien Testament71.

Le 23 juillet 143372 parmi douze cursores, dont six du second cours, R. Ciboule commence son deuxième cours : il doit y expliquer un livre du Nouveau Testament73. Trente-trois maîtres régents professent cette année-là à la Faculté de Théologie. À une époque où il n’est pas rare de voir les bacheliers lire le premier et le second cours dans le courant de la même année74, il faut souligner la régularité de Ciboule. Le 3 novembre 143375 après un semestre de trois mois et dix jours76, et selon la règle constante77, il commence la lecture des Sentences78.

L’année suivante nous fait connaître un premier trait de son 126caractère : patriotisme militant et hostilité contre l’Angleterre. De septembre à octobre 143479, en effet, Ciboule est l’un des cinq Normands qui mènent la lutte contre la nation d’Angleterre. Ce qu’ils voudraient, c’est que cette infortunée, réduite à deux suppôts qui alternent dans les charges essentielles, fût privée de sa voix délibérative à la Faculté des Arts. Les deux Anglais triomphent, grâce à l’énergique intervention du Chancelier et du Régent de France. Le 5 octobre, à Saint-Julien-le-Pauvre, au milieu de ses collègues normands et d’un grand nombre d’universitaires, Ciboule entend la lecture des lettres royaux qui les condamnent. Devant la menace d’une amende de 500 marcs d’argent, il renonce à poursuivre l’attaque si vivement engagée80.

Le 26 mars 143581, nouveau trait de caractère : la nation des Normands dont Robert Ciboule est devenu le receveur, c’est-à-dire l’économe82, fonde à Saint-Mathurin un service annuel pro animis magistrorum nationis83. À cette date, il est déjà appelé bachelier formé, deux mois avant que soit écoulé le délai normal de six mois à partir de la lecture des Sentences.

C’est alors, le 16 juillet 1435, dans des circonstances d’une exceptionnelle importance, au moment où se joue le sort du pays, de Paris en particulier, que l’Université, ayant pleine conscience de la gravité de l’heure, choisit Robert Ciboule comme ambassadeur de la Faculté des Arts à Arras auprès des ambassadeurs domini nostri regis84, de ceux du Duc de Bourgogne, du légat du Pape et de l’envoyé du Concile de Bâle ; Thomas de Courcelles représentera la Faculté de Théologie85. Les instructions qu’ils 127reçoivent sont émouvantes :

Debent conciliarii omnes plus attendere ad salutem eternam principum et etiam suam, quam ad aliquid aliud. […] Melius esset etiam omnia temporalia perdere quam animam suam iugiter peccatis mortalibus et enormibus permittere onerari.

[Les conseillers doivent veiller, plus qu’à toute autre chose, au salut éternel des princes et au leur. Il vaut mieux perdre tous ses biens temporels que de laisser son âme chargée de péchés mortels et graves.]

Quelle gloire pour tous, si l’on pouvait enfin :

conspicere […] principes pacatos, clerum in tranquillitate Deo servientem, populum cum pace viventem, unumquemque, ut Scriptura loquitur, sub vite sua et sub ficu sua (III Reg. IV, 25).

[contempler les princes pacifiques, le clergé servant tranquillement Dieu, le peuple vivant en paix, chacun, comme le dit l’Écriture, sous sa vigne et sous son figuier (I Rois V :5).]

Ces instructions ne prescrivent aucune visite aux ambassadeurs de Charles VII : c’est l’ennemi avec qui l’on doit traiter. Les ambassadeurs quittent Paris, coïncidence voulue ou fortuite, le 25 août, jour de la fête de saint Louis. La publication du traité a lieu à Arras les 22 et 24 septembre86. Les ambassadeurs, rentrés à Paris, font, le 4 octobre, leur rapport à l’Université : ce n’est qu’une paix partielle, entre le Roi Charles et le Duc de Bourgogne.

L’influence de Ciboule dans le milieu universitaire ne cesse de croître, en même temps d’ailleurs que s’affaiblit, puis disparaît, la domination anglaise sur Paris87 : le 24 mars 143788, il est élu Recteur de l’Université89. Durant son rectorat, deux décisions importantes sont prises : l’une, en juin90, tout à fait conforme aux traditions, puisqu’il s’agit pour chaque faculté et chaque nation d’élire des ambassadeurs pour porter au pape Eugène IV le second rôle des aspirants aux bénéfices ; l’autre, le 6 avril91, constitue une innovation grave et caractéristique : ce jour-là, réunie par R. Ciboule à Saint-Mathurin, l’Université accorde au Doyen de la Faculté de médecine que le grade de bachelier en médecine soit complètement assimilé au grade de bachelier obtenu dans les autres Facultés.

À la fin de la même année, le 20 décembre92 treize bacheliers 128formés reçoivent la licence en théologie des mains de maître Jean du Pont, délégué par le chancelier Jean Chuffart R. Ciboule est le premier. Il a respecté les délais prescrits, car si, dès 142793, la Faculté exigeait cinq ans entre la lecture des Sentences et la licence, le décret des 24-37 avril 143094,

quo cavetur ne unquam fiat dispensatio temporis requisiti ante licentiam in theologia

[par lequel aucune dispense de temps ne sera jamais accordée avant la licence en théologie]

précisait en ces termes la manière de compter ces cinq années

Baccalarei, post lecturam Sententiarum, tenebuntur manere Parisius in studio, frequentareque actus facultatis per tempus quinque annorum, annis lecture Sententiarum et licentie computatis.

[Les bacheliers, après avoir donné lecture des Sentences, sont tenus de rester étudier à Paris et d’assister aux activités de la faculté pendant une période de cinq années, lesquelles sont comptées depuis la lecture des Sentences jusqu’à l’obtention de la licence.]

Enfin, le 17 février 143895 Robert Ciboule reçoit le bonnet de Docteur en Théologie. Launoy a su trouver, pour exprimer l’évolution qui va se poursuivre, la plus heureuse et la plus exacte des transitions :

Theologici cursus finis initium fuit rerum præclare deinceps ab Cibollio gerendarum96.

[La fin du cursus de théologie marqua le début des choses remarquables que Ciboule allait accomplir.]

II.
De 1438 à 1446 :
Les grands ambassades

C’est en effet l’heure des grandes entreprises. Le roi Charles, ayant enfin reconquis sa capitale, se préoccupe de réorganiser l’Église de France. Dessein d’autant plus difficile à réaliser que, depuis 1431, et surtout depuis 1436, le Pape et le Concile s’affrontent. Sous l’influence de l’Université de Paris et de certains prélats de son royaume, Charles penche d’abord en faveur du concile ; peu à peu, il cédera à l’ascendant personnel et aux pressantes exhortations d’Eugène IV et, après avoir tenté de se poser en conciliateur, il prendra résolument parti pour le pape de Rome. Robert Ciboule, homme de confiance de l’Université, puis conseiller et ambassadeur du roi, va passer, sous nos yeux, par des sentiments analogues.

Du 5 au 8 juin 143897 se tient la première Assemblée de Bourges. Dans les travaux des commissions et dans les séances solennelles s’élabore la Pragmatique Sanction qui sera publiée 129le 7 juillet. Thomas de Courcelles parle au nom du concile de Bâle. Robert Ciboule, délégué de l’Université, improvise le discours de clôture98. Chargé au dernier moment, la veille au soir, de proposer au roi les conclusions de l’Assemblée, il réalise si bien ce tour de force qu’il provoque l’admiration de ses collègues :

mirabile fuit ipsum audire actento paruo spatio quod habuit.

[L’entendre fut admirable, considéré le peu de temps dont il disposa.]

Il exhorte le Roi à approuver ce qui vient d’être décidé en faveur de l’unité de l’Église universelle, de la réforme intérieure de l’Église de France et du maintien de ses libertés, et

3° super provisione regni sui desolati et celeriter.

Il est plus que vraisemblable, certain, que le jeune docteur, interprète des sentiments de l’Université, se montra, comme la Mère qui l’avait nourri et qui venait de l’accueillir dans son corps enseignant, plein de déférence à l’égard de l’œuvre réformatrice entreprise à Bâle, et animé d’une réserve méfiante, sinon hostile, à l’égard d’Eugène IV.

Ce discours produit sur le Roi une vive impression, car organisant sans tarder une ambassade destinée à rétablir la paix entre Pape et Concile, Charles associe Robert Ciboule, déjà chanoine de Paris99, à ses très chers amis les Ambassadeurs100, ses chers et fidèles conseillers101 qu’il charge de porter à Bâle 130ses exhortations pacifiques :

quibus consiliariis et Ambaxiatoribus nostris mentis nostre sinceritatem ad querendam tractandam et modis omnibus iustis et rationabilibus procurandam universalis ecclesie pacificam unitatem, ac jocunde concordie reparandam dulcedinem exponere fideliter injunximus102.

[Auxquels conseillers et ambassadeurs nous avons enjoint d’exposer fidèlement notre démarche sincère, ainsi que les moyens justes et raisonnables qui permettront de ramener la paix et l’unité de l’Église universelle, et de restaurer la douceur, dans la joie et la cordialité.]

L’ambassade arrive à Bâle en décembre103 et le Concile peut immédiatement constater que la déférence de Charles ne le conduira pas à accepter servilement des décisions schismatiques104 : le Concile veut la suprématie, le roi de France veut la paix dans l’union105.

Le 5 mars 1439106, une première diète de Mayence essaie de résoudre le différend entre Rome et Bâle le roi de France tente de se poser en médiateur de leur côté, les princes électeurs ont l’ambition de devenir eux-mêmes, avec le roi des Romains qu’ils vont nommer, les arbitres de la paix religieuse107. Les historiens sont d’accord pour constater que l’union de ces volontés pacificatrices se réalise contre le pape108.

131C’est aussi l’avis d’Eugène IV qui, dans une lettre du 31 mai 1439109, s’en plaint au roi de France110. Il n’accuse, il est vrai, que ses ambassadeurs, et en particulier l’archevêque de Tours dont il demande le rappel. Pour les autres, il les recevra avec la bienveillance et la reconnaissance que méritent toutes les entreprises tentées en faveur d’une paix honorable111. Soit pour répondre à cette demande, soit en vertu d’une décision plus ancienne, soit pour réagir contre la mesure extrême prise à Bâle le 25 juin112, Charles VII envoie à Florence au moins deux ambassadeurs, 132Martin Berruyer et Robert Ciboule113 lequel est alors également chanoine de Chartres114. On a parlé de l’esprit antipapiste de ces messagers du roi pacifique115. Je ne peux songer à instituer ici la révision de ce procès : mais, à supposer que tel fût, à leur départ, le sentiment de Berruyer et de Ciboule, je crois que la décision schismatique prise à Bâle diminua considérablement leur attachement au saint concile. On n’a pas assez insisté en effet sur le sens exact des deux lettres écrites pendant ce voyage : il est vrai de dire que le 8 juillet [1439116], Martin Berruyer et Robert Ciboule écrivent de Lyon à l’évêque de Lübeck et lui font part de la résolution du roi d’envoyer ses ambassadeurs pour le 1er août à Bologne, mais comme il serait plus exact d’ajouter — avec le texte — que c’est après avoir entendu ces mêmes ambassadeurs lui rendre compte de la décision prise à Mayence que le roi a pris cette résolution, et que c’est dans sa joie de voir adopter des mesures qu’il croit propres à éviter le schisme, ne vel oriretur, vel ortum ne perduret [de peur qu’il n’augmente ou qu’il continue à augmenter], qu’il envoie ses conseillers à Bologne. Voilà souligné le souci dominant et constant du roi et de ses fidèles interprètes. Or, le 8 juillet, la décision schismatique est prise. Ciboule ne le sait pas encore, ou s’il le sait — vel ortum… — il ne peut croire à son importance. Quand il saura à quoi s’en tenir, sa déception sera vive. Car, s’il est encore vrai de dire117 que le 8 août 1439 ils écrivent de Florence, au cardinal Aleman, il ne faut pas se borner à voir dans cette lettre un avertissement de compères sur les infortunes pontificales118 : c’est avec une très sincère tristesse 133qu’ils narrent comment frustrati ab exspectatione nostra [déçu par nos attentes], après avoir vainement attendu à Bologne les orateurs du roi des Romains et ceux des autres princes, ils sont arrivés incognito la veille au soir à Florence. Cette déplorable abstention qui rend leur mission inutile, ils n’hésitent pas à l’attribuer aux événements survenus depuis mars au sein du concile. Si l’on songe que c’est au président du concile qu’ils écrivent, on sera porté à voir dans ce billet un premier témoignage exprès d’une évolution ébauchée peut-être depuis quelque temps.

Au moins chez Ciboule : nous le voyons en effet aboutir seul au terme de cette ambassade. Avant le 5 septembre, à une date qu’il m’est encore impossible de préciser, il est reçu par Eugène IV, et il lui exprime les sentiments de fidélité et d’attachement de son prince. C’est ce que nous apprend une lettre d’Eugène à Charles, ou R. Ciboule paraît avec honneur119. Il n’est pas téméraire de penser que cette entrevue est le point de départ de l’attachement irrévocable manifesté dorénavant par R. Ciboule au Saint-Siège120.

Le 5 novembre 1439, Amédée VIII, duc de Savoie, est élu par le concile : c’est l’anti-pape Félix V.

Le clergé de France est de nouveau assemblé solennellement 134à Bourges en août 1440121. Thomas de Courcelles est encore l’orateur de Bâle. Charles VII refuse d’adhérer au synode et demande la réunion d’un nouveau concile. Cependant, après septembre de la même année122, certains docteurs de l’Université de Paris composent des mémoires pour justifier l’élection de l’anti-pape, et le 1er janvier 1441123, l’Université déclare se maintenir dans l’obédience de Bâle. Normands124 et Mendiants réclament. Mais nul n’ose s’opposer formellement. Malgré l’indignation de Regnault de Chartres et du connétable de Richemont, malgré un très éloquent discours de Guillaume Chartier125, l’Université persiste dans sa décision en prétendant se soumettre ainsi aux volontés du roi :

Nos stamus ymo persistimus in obedientia sacri concilii Basileensis conformiter ad dominum nostrum regem.

[Nous demeurons et persistons fermement dans l’obéissance au saint concile de Bâle, conformément à notre seigneur le roi.]

La volonté du roi, c’est toujours de tenter la réunion d’un nouveau concile : ses ambassadeurs, deux seulement à cause de la pénurie de ressources126, Geoffroy Cuiller et Robert Ciboule, doivent s’efforcer de faire triompher ce point de vue à la seconde diète de Mayence où ils arrivent le 4 mars 1441127. Ce n’est pas encore accepter purement et simplement les suggestions — impérieuses — d’Eugène IV, mais c’est manifestement s’opposer aux décisions de Bâle. Les Français peuvent assister à la rude joute oratoire qui met aux prises Nicolas de Cues et Thomas de Courcelles128 : le 24, Thomas émeut jusqu’aux larmes ; le 29, Cues prend la parole comme on prend les armes : Bâle est hérétique. Nous savons que les deux Français réussissent à faire admettre le principe d’un nouveau concile général qui se tiendrait le 1er avril 1442, mais ni à Bâle ni à Florence129. Pour avoir quelque idée des sentiments qui pouvaient animer alors R. Ciboule, le mieux est de lire les lignes suivantes écrites par G. Machet à l’archevêque de Lyon130 :

135Ast contra clamores quos, ut ait vestra Paternitas, inuehunt in nos extere naciones, respondebunt qui missi sunt… Exorandus est tantum Dominus in jejunio, fletu et planctu ut non præualeat Inimicus, qui procellam istam suscitauit aduersus Petri nauiculam131.

[Mais, en réponse aux clameurs que nous lancent les nations étrangères, comme le dit Votre Paternité, ceux qui ont été envoyés répondront. Nous ne pouvons qu’implorer le Seigneur, par le jeûne, les larmes et les lamentations, afin que l’Ennemi qui a suscité cette tempête contre la barque de Pierre ne prévale pas.]

En mars-avril 1441132, tandis qu’il s’acquitte au loin de ces importantes missions, Rob. Chiboulle, absens est en concurrence avec Mart. de fraxinis presens au sujet de la prébende de Jean Pinchon au Chapitre de Notre-Dame de Paris. Le 4 octobre133, cette prébende reste litigieuse, et Jean de Courcelles, frère de Thomas, obtient l’archidiaconé de Josas que possédait le même Pinchon. Le Chapitre de Notre-Dame se compose alors de quinze chanoines continue capitulantes, de deux autres résidant à Paris, et de vingt-quatre absents, dont Ciboule.

Sans se laisser arrêter par les difficultés survenues depuis la décision prise à Mayence, Charles VII envoie une nouvelle ambassade auprès d’Eugène IV afin de convaincre le pape de la nécessité de tenir un troisième concile pacificateur134. C’est le 16 décembre 1441 que Pierre de Versailles, accompagné de Robert Ciboule, prononce en consistoire un long discours destiné à gagner l’adhésion du pape135. Le roi a délibérément pris parti pour le Souverain Pontife, mais les sentiments qu’exprime la noble péroraison sont assez complexes : sous les éloges et les termes de sincère affection affleure une sorte de mise en demeure à la fois suppliante et hautaine qui conjure le pape de prendre conscience de son universelle et absolue responsabilité. Le salut de l’Église d’Occident est entre ses mains, et aussi bien sa ruine : la supplication 136respectueuse tournerait facilement au réquisitoire136. La proposition du roi se heurte pourtant à une résistance organisée : trois cardinaux [sont] chargés de traiter avec Pierre de Versailles et Robert Ciboule : Cesarini, Le Jeune, Torquemada137. Chacun des quinze arguments produits par les Français [est] réfuté 138. Eugène IV se préoccupe surtout alors d’assurer et d’étendre ses importants succès en Orient139.

Les ambassadeurs rentrent à Paris sans retourner vers le roi140 auquel ils adressent une lettre d’excuse accompagnant une lettre du pape, et une autre du cardinal Bessarion141. Robert 137Ciboule se trouve de nouveau à Paris très vraisemblablement le 22 février, et au plus tard le 6 avril 1442142. Ce jour-là, il présente au Chapitre de Paris la lettre par laquelle le pape confère le décanat de ce Chapitre à E. Laqueatoris, résidant en cour de Rome. Le 11 avril, il est admis à plaider la cause de l’élu du pape. Sans succès le Chapitre, qui avait déjà élu G. Cotin, maintient son élection143. Le 13 avril, pour hâter sa cause personnelle, R. Ciboule requiert du Chapitre une lettre en forme, empruntant aux Registres qu’il a lui-même réclamés, les renseignements nécessaires sur la réception nonnullorum canonicorum pro sua causa facientibus [certains chanoines agissant pour leur propre compte]. En mars-avril144, l’évêque de Castres, G. Machet, désireux de multiplier les suppôts de la Faculté de théologie, confie à R. Ciboule, sacrarum litterarum professori fratri et amico multum desiderabili [professeur de théologie, très désiré frère et ami], le soin de rechercher des bacheliers ydoines pour la lecture des Sentences, de choisir de préférence des séculiers, et de les exhorter opportune, importune, à se préparer à cette tâche. Lui, Machet, se chargera d’une partie des frais145. Vers cette même époque enfin146, Ciboule prononce à Saint-Jacques de la Boucherie son grand sermon sur la Passion.

En mai-août 1442147, nouvelle diète de Francfort où la France ne paraît pas avoir été représentée bien que Frédéric y eût invité l’année précédente Charles VII, ainsi que l’Université de Paris et que celle-ci du moins [7 octobre 1441] eût accueilli avec empressement cette demande148. Mais l’ancien ambassadeur ne s’en désintéresse pas pour autant. Il avait fait sienne l’idée d’un congrès général des souverains et des universités, puisque dès le mois de juin 1442, Gérard Machet lui écrivait :

Probo in hac 138parte consilium vestrum quod principes conueniant in unum et Uniuersitates studentium. Unde laudarem quod mater nostra epistolas dirigeret ad reges et principes149.

[J’approuve ici votre conseil d’une assemblée des princes et des universités. Aussi me réjouis-je que notre notre mère ait adressé des lettres aux rois et aux princes.]

Et le 5 août 1442, [il transmet] à Gérard Machet les bruits qu’il avait recueillis au sujet de la diète de Francfort, ce dont le confesseur du roi se hâta de lui exprimer sa reconnaissance150.

D’autre part, il semble que le Chapitre de Paris, peu satisfait de l’intervention de R. Ciboule en faveur de la créature du pape, veuille faire traîner en longueur sa propre réception. Mais la sollicitude du roi ne tarde pas à s’exercer : le 6 avril 1443151, le Chapitre doit s’incliner devant un arrêt du Parlement rendu, en vertu du droit de régale, en faveur de Robert Ciboule, et le même jour :

receptus et admissus est pacificus dictus M. Ro. Cibolle ad dictos canonicatum et præbendam in ordine et loco suis.

[fut reçu et admis maître Robert Ciboule, dit le pacificateur, au canonicat et prébende, en son ordre et place.]

Inscrit au quatorzième rang parmi les vingt-quatre résidents, il retrouve là son ancien maître Roger de Gaillon, chanoine depuis 1440. Vers la fin de l’année, les qualités diplomatiques de Ciboule sont employées à une mission d’un nouveau genre : le percepteur des tailles, de connivence avec le Conseil royal, avait molesté certains suppôts de l’Université en s’emparant de leurs personnes et de gages pécuniaires152 ; usant de représailles, l’Université suspend toute prédication à partir du 15 août. Des pourparlers s’engagent, et entre le 21 et le 30 novembre, R. Ciboule est envoyé en mission auprès du Conseil royal. Il obtient la promesse de libérer les prisonniers et de restituer les gages, à la condition que l’Université lève l’excommunication qui pèse sur le percepteur, reprenne les sermons et procède d’elle-même à sa réforme avant le 1er janvier. L’Université décide, en conséquence, d’aller en procession le lendemain à Notre-Dame, si les gages ont été rendus. Le 1er décembre, devant les plaintes de Gilles Houdebin qui ne peut recouvrer son argent, la procession déjà prête à partir s’agite et se désagrège : les procureurs de France et de Picardie se retirent. Tous les autres, pour sauvegarder l’honneur de l’Université, vont à Notre-Dame mais le sermon est supprimé. Le 7 décembre, enfin, on décide de reprendre 139les prédications, et de ne plus faire de la restitution des gages qu’une condition préalable à l’absolution du percepteur.

Le 12 mars 1444153, Ciboule assiste à l’assemblée où la Faculté de théologie prépare la lettre et les quatorze conclusions qui seront envoyées aux curés pour qu’ils s’opposent dorénavant à la fête des fous célébrée encore, le 1er janvier, dans quelques églises. Le 4 mai154 G. Erardi, commis par la Faculté de théologie, présente au Chapitre une lettre apostolique d’Eugène IV interdisant de nommer à la Chancellerie de l’Église de Paris quiconque ne serait pas maître en théologie de Paris : mesure de bienveillance qui peut paraître étrange, si l’on se rappelle la fidélité obstinément proclamée de l’Université de Paris au concile de Bâle, mais sage décision, inspirée sans doute par une connaissance très profonde de l’état des esprits à cette époque, et de nature à provoquer dans les milieux universitaires un accroissement de sympathie à l’égard du pape. 1444 est en effet une année de vives discussions théologiques au sein de l’Université de Paris : le problème des conditions de l’unité ecclésiastique s’y trouve agité de nouveau. La tendance favorable au concile n’y est plus complètement dominatrice : le parti pontifical y a pris une telle importance, en nombre et en autorité, qu’il devient capable d’obtenir un notable changement d’attitude et une évolution très réelle en faveur d’Eugène IV. Or, et je trouve ici une confirmation de mes hypothèses, les principaux orateurs de ce parti, les théologiens qui, de mai à septembre, conduisent les esprits d’une adhésion pure et simple au concile à l’idée d’un concordat entre la France et Eugène IV, ce sont les ambassadeurs de 1441, Robert Ciboule en particulier155.

140À partir de 1445, l’activité de Ciboule semble se consacrer de préférence aux intérêts de l’Église de Paris, et même tout spécialement aux affaires du Chapitre : ainsi, le 12 avril, il est chargé de présenter au Chapitre un rapport sur les écoles de la ville de Paris. Le 31 mai, avec deux autres chanoines, il est chargé de faire l’inventaire des livres de la Bibliothèque de l’église, de récupérer ceux qui manqueraient et d’assurer la garde de la Bibliothèque156. Cependant, du 2 juillet au 1er septembre157, il est absent du Chapitre : il vient d’être chargé, avec Jean d’Auxy, d’une nouvelle et délicate ambassade, en Savoie, pour tâcher de hâter la pacification de l’Église par l’abdication de Félix V. Rentré le 1er septembre, au 1er octobre il est encore une fois extra pro ecclesia. En 1446, après l’avoir vu chargé, le 23 janvier, de l’expédition de plusieurs affaires concernant le Chapitre, nous pouvons présumer qu’il accepte encore une mission diplomatique confiée par le roi : le 30 mars158, à Chinon, on décide d’envoyer à Lyon Jacques Jouvenel des Ursins, en compagnie d’un notable maître en théologie, pour se transporter de là à Genève et continuer les négociations avec la Savoie ; c’est Robert Ciboule qui est choisi. De Beaucourt ignore si cette ambassade fut envoyée dans le délai fixé : il faut remarquer que R. Ciboule est absent de Paris du 17 juin au 12 août, qu’il ne paraît pas au Chapitre général du 26 juin : il est donc possible que les bonnes dispositions 141exprimées à Charles VII par le duc de Savoie le 25 juillet aient été provoquées par cette ambassade159.

La fin de l’année 1446 est assombrie par une longue maladie : tant de voyages, tant de graves préoccupations ont dû ébranler la santé de R. Ciboule. Il va mener maintenant une vie beaucoup plus sédentaire, absorbée par les tâches du maître régent, du chanoine, et bientôt du pénitencier. Son expérience des missions diplomatiques lui vaudra pourtant d’être chargé de plusieurs négociations, dont l’une le conduira jusqu’à la cour romaine160.

III.
De 1447 à 1451 :
La vie canoniale et la pénitencerie

Jusque-là, le chanoine Robert Ciboule n’a pu encore être admis in claustro Ecclesiæ parisiensis161 [dans le cloître de l’Église parisienne]. Le 9 janvier 1447162 il propose cent francs de la maison claustrale qu’avait habitée P. Col. Il assume toutes les réparations, à la condition que l’on ne puisse rien lui demander en sus. Ou bien, qu’on lui donne trente écus à consacrer aux réparations avec ces cent francs, et il assumera les mêmes obligations que les autres chanoines. Après mise aux enchères et multiples délibérations, sa première proposition finit par être acceptée, et la maison lui est attribuée le 23 octobre en entière possession, tant qu’il sera de habitu Ecclesiæ [en habit d’Église], et même s’il venait à être évincé de sa prébende.

Le 23 janvier163, il offre au Chapitre de se charger des affaires de l’Église auprès du roi, en particulier au sujet des revenus provenant 142de la Normandie. Chacun est invité à dresser un mémoire de ce qui lui est dû. Ciboule part sans doute immédiatement, car il est absent du 27 janvier au 24 février164. Le 16 juin165, il présente au Chapitre un rapport sur les lettres d’indulgences accordées à l’Église d’Évreux : le Chapitre décide que ces lettres seront affichées aux portes de Notre-Dame et des autres églises qui lui sont soumises. Le 15 septembre166, l’évêque de Paris meurt ; le 11 octobre167, R. Ciboule montre au Chapitre une citation l’invitant à procéder à l’élection de son successeur. Le 19 octobre168, un synode se réunit. Le 27 octobre169, le Chapitre général confie à R. Ciboule la mission d’aller à Rouen pour les affaires de l’Église en qualité de procureur du Chapitre. Le même jour, de son côté, Nicolas V, sans consulter le Chapitre, nomme à l’évêché de Paris Ant. Crespin, chanoine de Paris, notaire apostolique170. Du 4 au 13 novembre171, R. Ciboule est extra pro ecclesia. Le lundi 13, il fait au Chapitre son rapport sur sa mission : nous en ignorons la teneur. Le 4 décembre172, après la messe du Saint-Esprit, Robertus Cyboule sacræ theologiæ professor cantor Ebroycensis [Robert Ciboule, professeur de théologie sacrée, chantre d’Évreux] étant présent au chapitre, celui-ci procède à l’élection de l’évêque. Guillaume Chartier, juris utriusque doctor [docteur en l’un et l’autre droit (canon et civil)], est choisi au milieu d’acclamations d’allégresse : oy, oy, oy…, placet, placet…, noel, noel173 Le 7 décembre, R. Ciboule supplie l’Université, au 143nom de l’Église de Paris, d’accorder au Chapitre, en faveur de son élu, des lettres de recommandation scellées du grand sceau et destinées au Pape, aux Cardinaux, au Roi de France, à Gérard Machet et à l’Archevêque de Sens. L’Université accorde ces lettres qui sont lues le 12 décembre.

1448 est encore une année de négociations et de voyages : le 31 janvier174 R. Ciboule est extra à Sens. Le 24 avril175, il communique au Chapitre une lettre du roi relative à l’élection de l’évêque de Paris. Il fait son rapport, sans doute sur le résultat de sa mission auprès du roi, et, comme il doit aller bientôt auprès du pape à propos de cette élection, le Chapitre décide d’écrire une lettre missive au pape et aux cardinaux pour accompagner l’envoi du procès-verbal et du décret d’élection. Le 26 avril176, Jean de Courcelles, le chancelier, le pénitencier et Breton sont chargés de s’entretenir avec R. Ciboule afin qu’il obtienne du pape une prébende à joindre à la mense des enfants de chœur, ainsi que l’union à l’église de quelques chapellenies qui sont à sa charge. Du 29 avril au 28 août177, R. Ciboule est absent ; aux Chapitres généraux du 25 juin, du 23 août, il est compté comme présent. Il est absent au moment de la réception du nouvel évêque, le 4 août ; le 26 août, il est encore mentionné extra pro ecclesia in curia Romana. Le 28 août178, de retour de la cour romaine, R. Ciboule fait son rapport au Chapitre. Il est ensuite chargé, avec Fresnois, de rédiger la lettre qui doit remercier le pape de bona affectione quam habet erga ipsam ecclesiam [du bon attachement qu’il a envers cette Église]. Le 30 août179, l’ambassadeur du Chapitre demande le montant de ses droits capitulaires pour toute la durée de son absence : le Chapitre, qui l’avait déjà compté comme présent, accède à sa requête mais s’en remet à sa conscience qui doit juger s’il a vraiment besoin de la somme intégrale. Le 31 août180, à Saint-Mathurin, sont lues les lettres adressées par Nicolas V à l’Université de Paris. On remercie alors Robert Ciboule de laboribus assumptis in factis universitatis [des efforts entrepris en faveur de l’Université]. 144Il devait donc être chargé de quelque mission précise de la part de l’Université : je n’ai pu encore la déterminer.

Le reste de l’année s’écoule sans incident notable : les documents se bornent à nous permettre d’affirmer la régularité du chanoine aux réunions du Chapitre. Le mercredi 8 janvier 1449181, Robert Ciboule, choisi par Guillaume Chartier pour remplacer Henri Thibout, est installé Pénitencier. Le 21 février182, avec l’archidiacre et le sous-chantre, il est chargé d’examiner les statuts synodaux au sujet des cas réservés, tandis que des processions générales sont prescrites pour le dimanche suivant pro diminutione aquarum et pro serenitate æris183 [pour la diminution des eaux et pour la sérénité de l’air]. Le 2 juillet184 il accepte d’inventorier et de garder les livres dont le chancelier Chuffart ne veut pas se charger. Le lendemain, il visite, comme pénitencier, l’église Saint-Benoît-le-Bientourné [le Bétourné]. Le 14 juillet185 il est sans doute l’un des deux ambassadeurs que l’Université décide d’envoyer auprès du roi pour défendre ses privilèges quia cotidie ratione impositionum et talliarum supposita universitatis molestantur [qui sont quotidiennement grevés par les impôts et tailles qui pèsent sur l’Université], car, après la lecture des instructions de l’Université, à Saint-Mathurin, le 6 août186 Robert Ciboule, le 19 septembre187 fait part à ses collègues du Chapitre de sa ferme intention de prendre les vingt et un jours de vacances auxquels lui donnent droit les statuts de l’Église. Il leur annonce son prochain départ pour la Normandie et, parti vers le 22 septembre avec Guillaume Bouillé188 auprès du roi, il reste absent du 22 septembre au 20 octobre189. Le 4 octobre190, l’Université se résout à leur envoyer un messager porteur de ses instructions. Après le retour du pénitencier, le 26191 ou le 29192 octobre, l’Université, réunie à Saint-Mathurin, décide d’envoyer quelques représentants auprès du légat du pape 145alors à Paris : elle choisit comme eloquens proponens Robert Ciboule qui doit parler en termes très généraux de modo provisionis. Au début de novembre, Ciboule s’acquitte de cette mission, car le 8193, à Saint-Mathurin, il fait son rapport sur sa proposition et la réponse du légat. L’Université remercie l’orateur qui eleganter propositionem fecit et in ea matrem Universitatem recommendavit [qui a fait sa proposition élégamment, en y recommandant sa mère l’Université], ainsi que le légat Alphonse de Segura qui plus offerebat quam ei proponebatur [qui offrit plus que ce qui lui était proposé]. À la fin de l’année, nous trouvons une trace de l’activité du maître régent en novembre194, J. Verdiere commence son premier cours de théologie sous maître Robert Ciboule.

Le 14 décembre195 a lieu au Chapitre la lecture de la lettre royale qui prescrit d’envoyer le 31 des députés à l’Assemblée qui, à Rouen, doit statuer sur la Pragmatique Sanction. Avec un retard qui trahit un médiocre empressement, le 9 janvier 1450196, trois chanoines, dont le pénitencier, sont délégués à l’Assemblée de Rouen comme procureurs du Chapitre. Assemblée d’ailleurs peu nombreuse, sans résultats197. L’absence du pénitencier dure du 12 janvier au 9 février198 ; le 9199, rentré le premier, il fait un rapport dont nous ignorons tout. Le 13, le sous-chantre arrive et parle à son tour. Le 24 mars200, de nouvelles lettres du roi convoquent les délégués du chapitre à l’Assemblée qui doit se tenir à Chartres le 15 mai. Nous constatons, du 17 avril au 22 juin201, une longue absence de Ciboule : je n’ai pu en trouver le motif certain. Peut-être a-t-il été choisi comme premier procureur du Chapitre à Chartres, car, le 20 mai, Thomas de Courcelles est élu deuxième procurateur202 à cette Assemblée, réunie dès le 15 mai203 et dont nous ne savons rien, car tous les documents qui la concernaient ont disparu.

146La fin de l’année 1450 nous donne encore deux témoignages de l’activité professorale du pénitencier : en septembre204, J. Verdiere commence les Sentences sous R. Ciboule, et le 13 octobre205, un bénédictin commence son premier cours sous le même maître. Mais c’est surtout l’époque des brillantes et définitives victoires remportées par Charles VII : le 14 octobre206 on prescrit des processions générales de reductione totius Normanniæ in obedientiam Regis [(en l’honneur) de la réduction de toute la Normandie à l’obéissance du Roi] ; le 20 novembre, on apprend la prise de Bordeaux : processions à Sainte-Catherine. C’est le moment que choisit l’Université pour reprendre la lutte contre l’Université rivale de Caen, d’origine anglaise, et s’efforcer de s’assurer un triomphe écrasant. Le 9 décembre207, à Saint-Bernard, est promulguée la condamnation solennelle des maîtres de Caen, presque tous gradués de l’Université de Paris, qui refusent obstinément de comparaître ou d’envoyer des procureurs. L’alma Mater est résolue à procéder contre eux de toutes les manières possibles : pour le moment, elle les déclare tous parjures et infâmes. Un seul excepté : celui en faveur duquel R. Ciboule peut produire quelques petites excuses écrites. La lutte se poursuit ; des délégués sont envoyés. Le 16 janvier 1451208, à Saint-Mathurin, ils font leur rapport sur les affaires de Normandie. Pierre Maugier raconte en détail leurs discussions avec les suppôts du centre d’études de Caen209. L’affaire restant pendante, les Facultés décident l’envoi d’une ambassade auprès du roi ; mais elles adjoignent aux 147délégués précédents un Normand chargé de mener plus vigoureusement la résistance, qui velut fortis athleta ac pugil intrepidus pro nacione Normanie haberet certare [qui, tel un athlète solide et un combattant intrépide, était prêt à lutter pour la nation normande]. C’est Robert Ciboule qu’on choisit : il ne doit rien laisser accomplir de définitif au préjudice de sa veneranda nacio. Cette décision n’a pas un effet immédiat, car Ciboule continue à assister régulièrement aux réunions capitulaires de la fin janvier, et jusqu’au 19 février exclu210. Le 3 février211, l’Université décrète d’envoyer ses ambassadeurs Robert Ciboule et Pierre Maugier auprès du roi qui se trouve à Tours. On lit, le 9 février, les instructions qui les concernent : elles contiennent trois points principaux, le recrutement des suppôts, le respect et le maintien des privilèges, et surtout l’opposition formelle au studium Cadomense et aux privilèges normands contraires à ceux de l’Université. Du 19 février au 30 mars212. Ciboule est absent : il s’acquitte sans doute de sa mission en Touraine. Jusqu’à sa mort, nous ne trouverons plus de traces de cette affaire, du moins en ce qui le concerne. Le pénitencier va être appelé à un office nouveau : le 30 avril213, le chancelier Chuffart tombe malade, et le 8 mai214 au matin, il meurt dans sa maison claustrale. Le même jour, cibolle optauit locum ipsius m. Io. Ch. apud orlyacum….

IV.
De 1451 à 1458 :
La chancellerie, la réforme de l’Université, la consultation en faveur de Jeanne d’Arc, la maladie et la mort

La faveur de l’évêque de Paris accorde sans tarder à Robert Ciboule plus encore que le pénitencier ne pouvait, du moins officiellement, opter : le 18 mai 1451215, une lettre de Guillaume Chartier lui confère en effet la Chancellerie de Notre-Dame, vacante depuis dix jours à peine. L’évêque observe soigneusement que cette collation est faite à R. Ciboule in sacra theologia professori, suorum meritorum intuitu speciali [en considération particulière de ses mérites comme professeur de théologie], et qu’elle ne peut engager pour l’avenir contre les coutumes. Ainsi désigné, Ciboule 148s’empresse de présenter au Chapitre, le 19 mai216, la lettre de Guillaume Chartier. Il se réserve expressément, en cas d’éviction, le droit de conserver sa pénitencerie, que l’évêque attribue en même temps à Thomas de Courcelles217. Le Chapitre demande un délai pour examiner l’affaire. Mais, sur-le-champ, maître Jean d’Olive, sous-chantre, élève sa protestation : il ne consent ni à cette collation ni à la réception de Ciboule à la chancellerie, car, à ce qu’il dit, l’Université vient de le désigner lui-même pour cet office218. Malgré cette protestation, le 21 mai219, Robert Ciboule est reçu à la chancellerie de l’Église de Paris et installé au chœur par le sous-chantre en personne ; en l’absence de tout doyen, c’est l’archidiacre Jean de Courcelles qui lui assigne sa place au Chapitre. En présence du Recteur de l’Université et d’un bon nombre de maîtres et d’étudiants, le nouveau chancelier doit tout d’abord prêter le serment d’usage : il jure de témoigner obéissance et respect au Chapitre, de conserver les libertés de l’Église, et surtout l’immunité du cloître, de bien garder les secrets et les sceaux du Chapitre. Une de ses fonctions est l’entretien des livres du chœur : il réclame immédiatement que les exécuteurs testamentaires de Chuffart les fassent mettre en état convenable220 : lui, après, fera tout son devoir. Le même jour, Thomas de Courcelles obtient la Pénitencerie.

Du 18 juin au 23 juillet221, le nouveau chancelier est absent du Chapitre, sans que l’on indique le motif de cette absence. Le 20 septembre222, une commission de six chanoines est nommée pour traiter avec Arnould Gréban de la discipline des enfants de chœur : le chancelier en fait partie. Durant le même mois de 149septembre223, l’Université décide de se joindre à l’archevêque de Rouen, Raoul Roussel, dans sa lutte contre certains Frères mineurs. Le 6 octobre, l’archevêque informe l’Université que les Mineurs de Rouen veulent maintenir leur droit de prêcher dans toutes les paroisses sans l’autorisation du curé ni même de l’archevêque. Devant ces prétentions exorbitantes, l’appui de l’Université lui est précieux, et il remercie tout spécialement le chancelier R. Ciboule qui lui a écrit au sujet de la nécessité d’extirper cette erreur du duché de Normandie. Le 4 décembre224, l’Université se réunit pour recevoir les renseignements fournis par l’archevêque de Rouen sur le F. M. Barthélémy. Certaines de ses propositions paraissent suspectes : il aurait dit, en particulier, que les paroissiens peuvent se confesser librement aux Mendiants acceptés par les Ordinaires, sans avoir l’autorisation de leur curé, et que les péchés ainsi confessés n’avaient pas besoin d’être répétés au propre curé225. Le F. Barthélemy, comparaissant en personne, proteste de sa ferme résolution de sauvegarder à la 150fois le décret Omnis utriusque sexus… [Tout (fidèle) de l’un et l’autre sexe], et l’autorité des prélats et des curés. La nation de France se déclare satisfaite et ne veut pas que, pour quelques informations trop tardives et mal assurées, ce Frère soit écarté de la licence en théologie.

Le 15 décembre226, Robert Ciboule est reçu, avec la plus grande déférence, par la Faculté des Arts à Saint-Julien le Pauvre. Le chancelier, soucieux d’accomplir un des devoirs essentiels de sa charge, vient exposer ses projets de réforme : ils concernent surtout cette Faculté et touchent soit la doctrine elle-même, soit les méthodes d’enseignement, soit tout particulièrement la façon dont les fêtes y sont célébrées. Ces observations, rédigées d’avance, sont remises au Recteur : le texte n’en est malheureusement pas parvenu jusqu’à nous. La Faculté décide de choisir dans chaque nation des hommes éminemment recommandables qui masticare et bene mente revolvere haberent articulos in cedula lectos [capables de mastiquer et de bien méditer les articles lus dans la cédule], et qui devraient préparer les voies à la réforme. Le Chancelier ne se contente pas d’un premier succès qui risque de ne jamais aboutir à des solutions pratiques : il y a si longtemps qu’il est question de réforme ! Il supplie que le Recteur qui est sur le point d’être nommé soit astreint à jurer de consacrer toute sa science et tout son pouvoir à faire accomplir ces résolutions. Son prestige est grand : on le lui accorde. Le lendemain, 16 décembre 1451227, à Saint-Julien, la Faculté des Arts élit le nouveau Recteur c’est un Normand, Thomas Joselin, prêtre de Séez, maître ès arts avant 1429, et licencié en droit canon. L’Université semble disposée aux plus heureuses docilités.

Tandis que le roi songe à organiser une nouvelle Assemblée du clergé à Bourges et, dans ce dessein, convoque, le 12 avril 1452228, les représentants du Chapitre, on annonce l’arrivée du légat du pape Guillaume d’Estouville : aussitôt, en avril229, l’archevêque de Rouen demande à l’Université des lettres de recommandation auprès du cardinal légat in causa inter ipsum et minores [dans la cause qui l’oppose aux frères Mineurs]. De son côté, le 8 mai230, en l’absence du Chancelier231, le 151Chapitre décide de recevoir honestius quam fieri poterit [le plus honnêtement possible] le légat pontifical, et choisit Thomas de Courcelles comme orateur. Le 11, tous les chanoines reçoivent solennellement le légat à Notre-Dame. Le cardinal baise d’abord la croix et les Évangiles, puis reçoit l’eau bénite que lui présente l’évêque de Paris ; il entre dans l’église au son des orgues et de toutes les cloches magnis et parvis [grandes et petites], se rend à l’oratoire qu’on lui a préparé devant la statue de Notre-Dame, pénètre ensuite dans le chœur orné de pannes de soie brodées, va prier devant l’autel, écoute le bref discours de Thomas, accorde quelques indulgences au peuple accouru en foule, et se retire au palais épiscopal. Le 18 mai, fête de l’Ascension, l’office pontifical est célébré par le légat a latere assisté de Robert Ciboule, qui chante l’Épître, et de Jean de Courcelles, qui chante l’Évangile. Le légat accorde de nouvelles indulgences et, en compagnie de ceux qui l’ont assisté, va prendre son repas au palais épiscopal. Le même jour232, l’Université, réunie à Saint-Bernard, écoute la lecture d’une lettre reçue a superiori nostro domino rege [de son éminence notre seigneur le roi]. Le roi, qualifié ainsi pour la première fois, prescrit à l’Université reformari in omnibus reformandis, et reformare omnia quæ reformanda sunt. On choisit des députés chargés de collaborer à cette réforme, passive et active, juxta tenorem littere regie [d’après le contenu de la lettre royale]. L’Université désigne aussitôt des délégués de chaque nation233 : Robert Ciboule ne peut être choisi, il est l’un des commissaires royaux déjà investis de la mission de coopérer à la réforme telle que l’entendent le légat et le roi. Dès le 26 mai, réunie à Saint-Mathurin, l’Université ratifie les propositions faites à ses députés : elle ne demande que deux légères modifications de détail qu’elle obtient sans difficulté. Et le 28 mai234, l’Université accepte la réforme qu’on lui impose, avec reconnaissance et sans réserve.

Il semble que ce soit sans grand mérite et que la chose aille de soi : le cardinal d’Estouteville se contente de reprendre et de renouveler la réforme d’Urbain V accomplie en 1366 par les cardinaux de Saint-Marc et de Saint-Martin235. Si la Faculté des Arts est très spécialement visée, toutes reçoivent un statut précis. Mais il ne faut pas s’y méprendre : même en ce qui concerne la Faculté 152de théologie, c’est une réforme d’ordre disciplinaire. On ne touche pas aux questions doctrinales. Il y a un abîme entre ces prescriptions pratiques qui ne tendent qu’à rétablir le calme, la dignité, l’ordre nécessaires aux études, et les préoccupations qu’exprimait naguère le chancelier Gerson, en une lettre écrite d’un trait, un soir d’avril 1400 ou la maladie le retenait au lit236. Il est intéressant de comparer les quatorze articles qui concernent la grave faculté de théologie en 1452, avec les points sur lesquels Gerson attirait l’attention de l’évêque de Cambrai, son correspondant. Sur neuf chefs de réforme urgente et capitale, Gerson n’en consacre qu’un à la discipline. Les autres constituent un programme de lutte précise contre les abus de la spéculation stérile et des imaginations débridées, de retour aux saines doctrines léguées par les Pères, de généreux apostolat doctrinal : chacune de ses phrases évoque un monde de pensées et de controverses. Les vœux ardents du réformateur mystique ont-ils donc été si complètement réalisés ? La commission de 1452, si elle a connu son projet, n’en a retenu que la partie la moins importante. Elle ne se préoccupe guère que d’assurer la régularité des programmes, des horaires, et de la fréquentation des cours, en portant remède d’autre part aux abus et aux scandales les plus criants. Elle écarte du premier cours de théologie les écoliers turbulents ; elle prohibe les banquets, multipliés pretextu cuiuscumque actus scolastici [au prétexte de la moindre occasion scolaire] et confie au chancelier le soin de les réduire ; elle prescrit une tenue modeste et le port de l’uniforme traditionnel ; elle recommande aux maîtres de tenir des assemblées paisibles et bien ordonnées où chacun laisse parler les autres à leur tour ; elle exige des biblici [bacheliers bibliques] et des sententiarii [bacheliers sentenciaires] qu’ils apportent au cours Bible ou Sentences ; elle requiert avant le baccalauréat le serment de fréquentation régulière des cours : cinq ans sont absolument nécessaires avant le premier cours ; elle impose à chaque cursor, avant la lecture des Sentences, au moins une tentative pour laquelle il lui est interdit de choisir son maître ; elle autorise les sentenciaires à lire sur un cahier la question à expliquer, pourvu que chacun soit l’auteur du commentaire qu’il lit237 ; elle contraint maîtres et bacheliers, sous peine de 153parjure, à s’en tenir strictement à leurs obligations concernant sermones et responsiones ; elle fait aux maîtres un devoir impérieux de lire au moins tous les quinze jours, et de ne jamais s’en dispenser au delà de trois semaines. Elle termine en recommandant aux bedeaux un costume décent238.

En juillet239, a lieu l’Assemblée du clergé à Bourges. Très nombreuse et très solennelle, elle est terminée avant le 24240, jour où le sous-chantre, délégué du Chapitre, fait son rapport à ses commettants : il a donné son opinion secundum suas instructiones… [selon leurs instructions] et il s’en est bien trouvé, car Domini fuerunt bene contenti… [les seigneurs en furent bien contents]. Le reste de l’année n’est marqué d’aucun fait saillant241, mais le 2 janvier 1453242, dans sa maison claustrale, Robert Ciboule signe le mémoire qu’il vient de composer sur le Procès de condamnation de Jeanne d’Arc243 : je l’analyse brièvement.

Analyse du mémoire sur le procès de condamnation de Jeanne d’Arc

Le chancelier a été si instamment pressé, et par des autorités si hautes244, qu’il ne peut se refuser à donner son avis sur une aussi délicate question. Avec beaucoup de modestie, il propose une opinio qu’il soumet entièrement à la décision du Saint-Siège. 154Son plan est très clair, et il s’y tient rigoureusement. Il cite d’abord textuellement la sentence de condamnation puis il reprend, une par une, les qualifications attribuées à Jeanne il les confronte avec les paroles et les actions de Jeanne maintenant connues par le texte authentique du procès. En travaillant ainsi sur pièces, en instruisant de nouveau la cause, on se rendra bien compte si la décision du tribunal de Pierre Cauchon répond à la réalité des faits. Or, la faute capitale de Jeanne, d’après ses premiers juges, c’est l’hérésie. Mais notre professeur de théologie est tout de suite étonné : les accusations retenues contre Jeanne, pour la plupart, ne concernent pas des faits d’hérésie mais des fautes contre la morale. Il importerait dès lors assez peu que, sur ces divers points, l’accusation fût fondée il aurait simplement fallu, en ce cas, instruire et corriger la coupable, nullement la condamner au feu. Après s’être ainsi débarrassé de cet amas impressionnant mais creux d’épithètes sans portée, il ne retient que ce qui touche directement à la foi. Sur quatorze chefs d’accusation, trois subsistent l’invention mensongère de révélations ou apparitions, la présomptueuse divination, le blasphème contre Dieu, ses saints ou ses sacrements. Sur les révélations et apparitions, R. Ciboule professe une doctrine qui, selon l’exacte observation de M. P. Alphandéry245, le rattache à Gerson et l’oppose à Henri de Hesse : il croit que Dieu, pour diriger efficacement les hommes vers la vie éternelle, peut déborder les cadres fixes de la Révélation générale et accorder des révélations privées salutaires ; il le croit, parce que l’Écriture est pleine de ces révélations au point d’en présenter une densissima silva [forêt particulièrement dense]. Cela posé, les révélations de Jeanne étaient ou vraies ou fausses. Si elle mentait en affirmant leur existence, ce mensonge relèverait de la morale, mais pas de la foi, à moins qu’elle n’enseignât, sous le couvert de ces fausses révélations, des doctrines erronées. On sait bien que ce n’est pas le cas. Pour juger de la réalité de ces apparitions, dans la mesure du possible, Ciboule propose toute une théorie du discernement des esprits qui le rapproche encore du Gerson des traités De distinctione verarum visionum a falsis et De probatione spirituum. Il applique ensuite ces critères au cas de Jeanne, relève les présomptions favorables, et s’arrête surtout au signe principal : la fin de ces interventions préternaturelles. 155La fin poursuivie par les voix était double : d’abord, la rectitude morale de Jeanne ; et puis, le secours à apporter au royaume de France.

Postposito omni favore inordinato, si istæ causæ, si finis iste sit salutaris, sit obtabilis, sit amplectandus, judicet non indigena aut Gallicus, sed quicumque utens ratione barbarus.

[Laissez de côté tout favoritisme, ne jugez pas cette cause et ses buts en tant que compatriote ou Français, mais comme un étranger utilisant sa seule raison.]

Qu’on y réfléchisse bien, en effet, la perturbation du Royaume de France offensait gravement Dieu lui-même et toute la chrétienté,

et cum hodie regnum Franciæ sit pars christianitatis tanta tantique nominis ut christianissimum regnum dicatur propter fidei doctrinam et divinum cultum qui illic gratia Dei vigent, propter defensionem etiam sanctæ sedis apostolicæ ad cuius defensionem et protectionem reges inclitissimi Francorum fuerunt semper accincti, dici non potest quod expellere turbatores tantæ communitatis et relevare tantum regnum a suis calamitatibus et miseriis, succurrere civitati obsessæ et bonis gentibus eiusdem sint mali fines aut malus finis, imo bonus et salutaris ac desiderabilis.

[alors qu’aujourd’hui le royaume de France tient une telle place dans la Chrétienté, et d’un tel renom qu’on l’appelle le royaume très-chrétien, en raison de la doctrine et du culte qui y prospèrent par la grâce de Dieu, et de la défense du Saint-Siège apostolique à laquelle ses illustres rois se sont toujours voués ; aussi ne se peut-il pas que chasser les perturbateurs d’une telle communauté, soulager un tel royaume de ses calamités et de ses misères, secourir une ville assiégée et ses bons citoyens soient considérés comme des objectifs mauvais ou une fin mauvaise, mais au contraire comme quelque chose de bon, de salutaire et de désirable.]

La fin poursuivie par Jeanne ? Mais le Procès le démontre : à ses voix qu’elle n’a jamais attribuées à ses mérites, elle n’a jamais demandé pour elle que son salut. Elle traite, d’ailleurs, ses apparitions sans ombre d’idolâtrie. Dans l’embarras, la prière qu’elle adresse à Dieu est inspirée par la piété, la dévotion et la foi :

Tres doulz Dieu en lamour de vostre saincte passion ie vous requier, si vous me aymez, que vous me revelez comme ie doy respondre a ces gens deglise.

Ici intervient l’objection capitale, et trop facile : ses habits d’homme, sa vie au milieu de soldats homicides, larrons et sacrilèges. Mais tout cela n’est pas mal de soi, puisque l’Écriture cite des exemples qu’elle loue : Débora, Jahel… R. Ciboule s’attarde à démontrer la légitimité du costume d’homme en cas de nécessité, et il conclut : les critères de discernement appliqués au cas de Jeanne inclinent à penser que ses apparitions et révélations provenaient de bons esprits plutôt que de mauvais.

La présomptueuse divinatrice pouvait fort bien, en théorie (ici encore R. Ciboule s’écarte de Henri de Hesse), avoir reçu le don de prophétie, car

quolibet tempore instructi sunt homines utriusque sexus divinitus de agendis secundum quod erat expediens ad salutem electorum.

[de tout temps, des hommes et des femmes ont été instruits par Dieu sur comment agir pour le salut des élus.]

Pourquoi donc s’en prendre à Jeanne, si elle prédit la victoire du roi des Francs, victoire

ex qua multa bona pendebant in populo dei.

[de laquelle dépendaient beaucoup de biens dans le peuple de Dieu.]

156Ses blasphèmes ne seraient prouvés que si l’on établissait la fausseté de ses apparitions ou leur origine maligne.

Son mépris des sacrements n’est pas mieux fondé : d’elle-même, elle ne se bornait pas à la communion pascale ; prisonnière, elle réclamait la permission d’entendre la messe. Elle a mieux aimé garder son habit d’homme que recevoir le Viatique ? Peut-être s’est-elle trompée sur la valeur relative de ces deux actes ; peut-être, épuisée par son dur emprisonnement, s’est-elle laissé troubler par tant d’instances captieuses, nec volo eam excusare ab omni delicto [je ne cherche pas non plus à l’excuser de tout acte répréhensible], mais rien, même s’il y a erreur, n’implique mépris formel du sacrement.

Si l’on se réfugie enfin dans l’accusation de schisme obstiné, et par conséquent d’hérésie, on est en contradiction flagrante avec la teneur du procès : que l’on prenne soin de distinguer, ainsi qu’il convient, la matière de la soumission à l’Église, que l’on relève les réponses de Jeanne sur ce point, et l’on remarquera vite que les juges ont fait preuve d’une trop grande subtilité. Trop subtils, ces juges ont accablé Jeanne d’une foule de questions captieuses où abondaient les termes équivoques, à commencer par le mot église. Quand on songe qu’il n’y a même pas accord entre gens compétents sur l’étendue des pouvoirs du concile général et du pape lorsqu’il s’agit de juger de factis aut dictis hominum [des actes ou des paroles des hommes], comment s’étonner qu’une jeune fille de dix-neuf ans, sans lettres, ait pu varier en cette matière ? Mais il faut y regarder de près :

si pro affectu inspiciantur responsiones suæ, forsan in admirationem erunt etiam viris litteratis, et erit potius argumentum ad confirmandum quam ad infirmandum ea quæ prædiximus.

[examinées avec bienveillance, ses réponses inspireraient peut-être l’admiration d’hommes lettrés, et seraient des arguments en faveur de notre position plutôt que contre.]

Ces réponses provenaient

ex altiori spiritu quam ex naturali intelligentia.

[d’un esprit supérieur plutôt que d’une intelligence naturelle.]

Et le bon chancelier de relever avec un soin pieux, de commenter avec émotion, les réponses admirables du 15 mars, du 18 mars, du 31 mars catholiques, pieuses et dévotes, de récuser les interprétations tendancieuses, et de conclure : la sentence de condamnation pour crime d’hérésie ne peut être ni vraie ni juridique.

Et pourtant, c’est l’Université, ce sont les Facultés de Théologie et de Décret qui ont donné les qualifications qui viennent d’être si complètement rejetées ! Sans doute, mais il faut prêter la plus grande attention aux circonstances qui entouraient ces décisions ; il faut remarquer surtout que ce qui a été soumis au jugement 157de l’Université, ce n’est pas la teneur exacte des réponses, mais un résumé infidèle, sur certains points même de la soumission à l’Église, en particulier complètement opposé à la réalité.

Mais, dira-t-on, pourquoi insister, puisque Jeanne, le 24 mai, a tout abjuré ? — Erreur ! Au milieu d’un impressionnant appareil, vivement pressée par le

venerabilis doctor magister Guillelmus Erardi, […] Pro deo videamus quid ipsa respondit ei in publico !

[vénérable docteur maître Guillaume Érard. Pour l’amour de Dieu, voyons ce qu’elle lui a répondu en public !]

C’est une protestation de soumission au souverain pontife ! Elle ne rétracte rien :

Ego me refero deo et domino nostro papæ.

[Je m’en réfère à Dieu et à notre seigneur le pape.]

Ce n’est pas assez : le pape est trop loin !

On veut qu’elle se soumette sanctæ matri Ecclesiæ [à la sainte mère Église]. Ici, l’indignation du chancelier éclate en une puissante ironie ; que veulent-ils dire par ces mots qu’ils ont toujours à la bouche, sancta mater ecclesia ? Qu’est-ce donc que cette église qui serait plus près de Jeanne que le concile général ou le pape ? Mais les voilà véhémentement suspects d’hérésie ! Les voilà beaucoup plus répréhensibles que Jeanne ! Ils en viennent à séparer le jugement du pape du jugement sanctæ matris ecclesiæ : les réponses de Jeanne s’accordent beaucoup mieux avec l’unité essentielle de l’Église que les questions posées par ses juges ! — Mais non, ils voulaient paralogizare istam filiam simplicem per fallaciam equivocationis [paralogiser cette fille simple par la ruse de l’équivoque], ils voulaient tout simplement l’obliger à admettre que l’Église, sa sainte mère, c’étaient eux qui la jugeaient. Elle avait cependant tant de motifs de les tenir pour suspects d’hostilité ! Abjuration prématurée, obscure, extorquée sans tenir compte des conditions normalement requises, faisant fi d’un appel au pape qui aurait dû suspendre immédiatement la procédure, voilà ce qu’est la scène organisée au cimetière Saint-Ouen.

Relapse ? — Évidemment non, puisqu’elle n’était jamais tombée dans l’hérésie. L’explication qu’elle donne suffit : elle n’a jamais compris avoir juré ne plus prendre son costume d’homme : elle l’a repris parce qu’on la laisse avec des hommes ; et d’ailleurs, on n’a pas tenu la promesse de la délivrer de ses fers, de lui permettre d’entendre la messe et de recevoir le corps du Christ.

Entre tant d’écueils, elle a réussi à naviguer sans offenser la foi et sans perdre l’espérance du salut : qu’il lui soit arrivé de pécher en omission, action ou pensée, c’est fort possible. La 158Bible ne loue-t-elle pas les bonnes actions de femmes qui, sur certains points, ne sont pas irrépréhensibles ? Ce n’était peut-être pas une sainte, mais partie et membre du royaume de France, elle avait le droit de le défendre et de chasser les ennemis qui opprimaient regni communitatem [la communauté du royaume]. Femme forte, elle doit être louée ; humble instrument de Dieu, elle a accompli une œuvre de bien ; s’il a pu lui arriver de se tromper, cela ne permettait pas de la juger et de la condamner comme hérétique.

Que les juristes examinent la forme du procès : il suffirait de rappeler que les juges ne doivent pas être suspects d’inimitié. Jeanne a plusieurs fois récusé l’évêque de Beauvais comme incompétent et suspect. Retenue, au mépris de tout droit, prisonnière de ses ennemis acharnés, elle a toujours été traitée hostiliter [avec hostilité], et pas du tout caritative et judicialiter [avec charité et justice]. Procès qui pèche tant dans le fond que dans la forme, condamnation qui porte complètement à faux, telle est l’opinion que soumet à la décision du Siège apostolique Robert Cybole, humble professeur de théologie, chancelier et chanoine de Paris et d’Évreux.

On a été très sévère246 pour le mémoire que je viens d’analyser très rapidement : on l’a jugé médiocre, dépourvu de sens historique et d’émotion, illisible… sans doute parce qu’on ne l’avait pas lu. Un sens profond de la justice, une réelle valeur théologique, une attention soutenue au texte du procès, une ironie, méritoire, à l’adresse de l’ancien protecteur de l’Université, et surtout un sentiment remarquable de la solidarité française en même temps qu’une très tendre compassion à l’égard de la victime de tant d’arguments captieux rapprochent étrangement de nous, me semble-t-il, celui qui fut l’un des premiers admirateurs émus de Jeanne d’Arc.

Les six dernières années de Robert Ciboule nous sont encore mal connues : je n’ai relevé que des traces, précises mais assez insignifiantes, de ses occupations de professeur et de chancelier. Je les mentionne cependant ici, comme autant de pierres d’attente que des recherches futures permettront peut-être de mieux utiliser. En 1453, nous le voyons revêtu d’une dignité nouvelle : c’est en qualité de doyen du Chapitre de la Cathédrale d’Évreux que, dans le courant de cette année247, il reçoit en cette ville la 159châsse dans laquelle Pierre de Brézé, grand sénéchal de Normandie, a fait enfermer les reliques des saintes Marie, mère de Jacques, et Salomé, offertes par René d’Anjou, roi de Jérusalem et de Sicile, comte de Provence. C’est cette réception solennelle qui est rappelée dans le premier vitrail du chœur de la cathédrale d’Évreux, avec les triomphes d’Eugène IV et les victoires de Charles VII : on y voit Robert Ciboule auprès de l’évêque Guillaume de Floques et de l’abbé du Bec248.

En mai249, l’affaire Mauregard et Charpentier entraîne la cessation des sermons. L’évêque s’oppose à la décision prise par l’Université, mais il ne peut obtenir de prédicateur pour la procession générale de l’Ascension. De son côté, l’Université en appelle au pape : la nation de Normandie s’oppose à cet appel. Le doyen de la Faculté de théologie reproche au Recteur des tendances hérétiques. Gros émoi : tandis que le 13 décembre250, Robert Ciboule déclare à l’Université qu’il remplira les obligations de son office de chancelier contre cet appel, dès le lendemain, 14, le même chancelier et quatre maîtres en théologie prient l’Université de pardonner à leur Doyen sa qualification téméraire : en cette affaire, leur faculté n’entend pas se séparer des autres251.

160En janvier 1454252, le pape Nicolas V écrit à Robert Ciboule, son camérier253, un bref portant la permission de tenir tels bénéfices qu’il voudroit sans obligation de residence, même de choisir le lieu le plus commode a sa santé, et recreatif pour ses etudes. Nous ne savons jusqu’à quel point le chancelier usera du premier privilège ; le second semble rester lettre morte. Ciboule, jusqu’à sa mort, ne quittera jamais longtemps sa maison claustrale, et il assistera aussi régulièrement que jamais aux séances du Chapitre de Paris254. Dans le courant de l’année, nouveau conflit universitaire : d’après Du Boulay255, l’Université essaie de se soustraire à la juridiction de l’évêque de Paris. La Faculté des Arts est même rebelle à la tentative de conciliation ; elle permet cependant, le 8 octobre, la reprise des sermons. La fin décembre voit conclure une paix temporaire. Mais, avant le carême 1455, l’Université décrète de nouveau la grève des sermons, car, pendant le carême, le sous-chantre se permettant de prêcher à Notre-Dame, un bedeau, dépêché par l’Université, vient lui intimer l’ordre de cesser son discours. Le chanoine obéit et, le 20 mars256, le Chapitre en délibère. Il semble que, loin de vouloir cumuler les bénéfices, Ciboule ne songe pas à profiter de l’autorisation du pape, car, le 30 mai257, il résigne sa chapellenie à l’autel de saint Georges dans l’église du Sépulcre. Cependant, avant la fin de l’année, il consent à remplacer Roger de Gaillon, mort au début de novembre258, comme proviseur du Collège 161d’Harcourt259. La situation économique est mauvaise : il est obligé d’accorder des réductions de bourses260.

Trois faits principaux ont dû, en 1456, retenir l’attention du chancelier : le 22 mai261, le retour des Mendiants, forts de la bulle de Nicolas V ; le 7 juillet262, au palais épiscopal de Paris, la sentence de réhabilitation de Jeanne d’Arc ; et les victoires sur les Turcs : le 1er septembre, à la nouvelle du succès chrétien, un Te Deum est chanté à Notre-Dame après la messe. Le 13 septembre, les statuts du Chapitre de Paris relatifs à la résidence des bénéficiers reçoivent leur confirmation apostolique. Le 6 novembre263, le Chancelier fait un rapport au Chapitre sur l’assemblée qui, la veille, a réuni chez l’évêque prélats et députés de l’Université au sujet de la décime à accorder au pape pro facto Turcarum [pour le fait contre les Turcs] et au sujet des Mendiants. Une première décision de principe est prise : l’Église aidera l’Université contre les Mendiants. Le 12 novembre264, R. Ciboule et plusieurs autres sont commis pour traiter avec le greffier de l’évêque la question du subside pontifical. Le 17 novembre265 les commissaires ayant fait le rapport prescrit le 6, le Chapitre décide d’accorder son appui à l’Université contre les Mendiants afin d’empêcher la publication de leur Bulle dans le royaume. Quant au subside pontifical, on envoie des délégués au roi.

En 1457, absent du Chapitre du 9 février au 5 avril266, Robert Ciboule n’assiste pas à la réunion du 18 février267 où se conclut un accommodement au sujet des Mendiants ; mais il continue par ailleurs à s’acquitter des devoirs de son office, car, le 29 juin268, on lit au Chapitre le procès-verbal de la visite de Saint-Merri par le Chancelier, causa reformationis [au sujet de la réforme]. Le 7 octobre269 une décision qui doit être une faveur signalée accorde au chancelier 162Ciboule le droit de mettre son vin — gratis — dans la cave du cloître de Saint-Denis. Le 15 novembre270, le chancelier est choisi, avec cinq autres, pour traiter auprès du roi des affaires de l’Église et de la fabrique. Le mois de décembre voit les dernières manifestations de son activité : le lieutenant criminel du prévôt de Paris ayant violé l’immunité du cloître Notre-Dame en y arrêtant Sy. Cousin, chanoine et trésorier clerc, R. Ciboule, J. d’Olive et Thomas de Courcelles sont chargés, le 5 décembre271, d’aller remercier l’Université et de lui demander assistance pour obtenir réparation ; même mission auprès de l’évêque de Paris, et prosequatur negotium viriliter… [qu’il poursuive vigoureusement l’affaire]. Le 12272, le Chapitre donne vingt-quatre écus d’or à d’Olive pour son déplacement auprès du roi. Le 30, le chancelier doit s’entendre avec l’évêque et le collecteur royal à propos du subside demandé par le pape ; le 4 janvier 1458, le Chapitre décrète que le diocèse de Paris versera 1.200 livres parisis.

Robert Ciboule assiste peut-être au service funèbre solennellement célébré à Notre-Dame, le 9 janvier 1458273, pour le roi de Hongrie, mais il est déjà malade le 23 février274 ; ce n’est sans doute qu’une atteinte bénigne, car il reparaît le 25, mais, le 14 mars275, la maladie l’arrête à nouveau, plus gravement ; le 16 mars276, en effet, afin d’éviter tout bruit de nature à l’incommoder, on ferme la barre du cloître du côté de la terre pour empêcher les chevaux de passer devant la maison du chancelier. Une amélioration survient, assez sérieuse pour que, le 10 avril277, il puisse assister à la réunion capitulaire, et que le 17 avril, le 15 mai, le 19 juin278, il se trouve à la cour épiscopale. Une rechute l’arrête le lundi 3 juillet ; il revient le 5 au Chapitre279, mais il ne peut lutter longtemps : absent le 17, il n’y paraîtra plus. Le samedi 12 août280, vers midi, Robert Ciboule meurt dans sa 163maison claustrale. Immédiatement réuni, le Chapitre décide d’exécuter ses dispositions testamentaires. Le soir même, après les vêpres, le chancelier est enterré dans l’église Notre-Dame, derrière le chœur, devant la chapelle de Saint-Étienne. Son service funèbre commence le lendemain par le chant de matines la messe est célébrée le lundi.

Le 6 août 1459, ayant reçu des exécuteurs testamentaires de R. Ciboule douze livres parisis, le Chapitre décide de faire célébrer son anniversaire le 13. Le 15 février 1460, il reçoit 40 écus d’or : il accepte alors la fondation d’une messe de Notre-Dame, qui doit être célébrée tous les ans le jour de saint Augustin. Il touche encore 60 écus d’or, le 14 juillet281. La somme totale, prix de vente de la maison claustrale de Ciboule, est affectée à des réparations à Créteil : le revenu assurera la fondation annuelle. Le 25 août, la messe de fondation est prescrite pour le 28.

D’autre part, deux messes annuelles sont fondées au Collège d’Harcourt, le 8 février et le 16 juillet,

pro Roberto Cibolle, provisore et universitatis apud B. Mariam cancellario282.

[pour Robert Ciboule, proviseur et chancelier de l’Université à Notre-Dame.]

Enfin, dernier vestige, la Bibliothèque d’Harcourt conservait encore précieusement en 1696 un manuscrit :

Aristotelis philosophia moralis antiquior in charta pergamena manuscripta olim legata huic bibliothecæ a bonæ memoriæ magistro Roberto Cybole hujus venerabilis collegii provisore, insignis ecclesiæ B. Mariæ Parisiensis cancellario. 1 vol. in-f°283.

[Philosophie morale d’Aristote, manuscrit sur parchemin, légué à la bibliothèque par feu de bonne mémoire maître Robert Ciboule, ancien proviseur de ce vénérable collège, éminent chancelier de Notre-Dame de Paris.]

Notes

  1. [66]

    Deux remarques convergentes rendent probable la date de 1403 :

    • Cursor du premier cours en 1430, Ciboule avait dû obtenir la maîtrise ès arts six ans plus tôt en 1424, il ne devait donc pas avoir moins de vingt et un ans ;
    • Il ne devait pas en avoir moins de trente-cinq en 1438 pour recevoir le bonnet de docteur. Mais les nombreuses exceptions contemporaines à ces règlements universitaires empêchent de conclure avec certitude.
  2. [67]

    J’ai déjà écrit et j’écrirai partout Ciboule. Ce n’est pas faute d’avoir remarqué les divergences de graphie qui portent sur la diphtongue accentuée et, secondairement, sur la première ou la dernière consonne. On trouve en effet dans les divers manuscrits les formes : Ciboule, Cihoulle, Cibole, Cybole, de Cybole, Chiboulle, Chibolle, Chiboel, Sihoule, Sybolle… et les formes latines : Cibolus, Cibollus, Cibollius, Cibola… Il faut choisir. Le ch est picard et doit être abandonné. Les Registres capitulaires, exactement contemporains, écrivent presque toujours cibolle parfois cyboule ou chiboulle, une fois de cybole. Les documents universitaires, d’origine plus diverse, varient davantage. C’est dans le livre du procureur de la nation anglaise (Auctarium, n° 60), que l’on trouve chiboel. J’adopte la solution commune à Denifle et à Noël Valois, et cela pour trois raisons : d’abord, la seule présence de graphies en ou suggère que la prononciation du mot était très voisine de celle qui est représentée pour nous par cette diphtongue. — La graphie en ou est presque universelle dans les textes français, la graphie en o, dans les textes latins. Il paraît naturel d’admettre qu’une assimilation s’est produite très tôt entre ce nom propre et le nom commun correspondant ciboule dérivant du bas-latin cibolus qui remplaçait le classique cæpula. Remarques confirmées par cette loi générale de phonétique française : — ŏll — > — ou — (cf. Kristoffer Nyrop, Grammaire historique de la langue française, I, p. 203).

    Conclusion vraisemblable : tout en conservant parfois la graphie latine, on avait depuis plus ou moins longtemps adopté la prononciation française. Conserver la graphie Cibole serait donc commettre un véritable archaïsme ; et puisqu’il ne s’agit pas d’un nom illustre consacré par une longue tradition, mieux vaut sans doute lui donner la forme qui correspond le mieux à l’usage le plus probable de son temps.

  3. [68]

    Cf. Henri-Louis Bouquet (n° 50) nombreux détails sur l’état du collège à cette époque.

  4. [69]

    Denifle (n° 59), n° 2349, utilisant le liber bedelli (n° 97) pour tous ces renseignements universitaires.

  5. [70]

    Le registre (bien modeste !) du grand bedeau de la Faculté (n° 97), nous apprend qu’à l’occasion de cette promotion, le chargé de cours devait verser entre les mains du bedeau la somme de vingt sols destinés au maître récent.

  6. [71]

    Il n’est pas sans intérêt de noter que c’est le 22 décembre 1431 (Denifle n° 59, n° 2399 a) que la nation de Normandie supplie l’Université d’appuyer ses lettres de recommandation en faveur de l’évêque élu de l’Église de Bayeux, Jean d’Esquay, tandis que la nation de France fait triompher Pierre Cauchon. D’autre part, en janvier 1432 (Denifle n° 59, n° 2405), de Rouen, Henri VI établit à Caen un studium generale pro decretis et juribus. Nous verrons plus tard R. Ciboule intervenir en faveur de l’Université de Paris dans sa longue lutte contre cette rivale.

  7. [72]

    Denifle (n° 59), n° 2434.

  8. [73]

    L’Épître aux Romains, peut-être cf. p. 123.

  9. [74]

    Denifle (n° 59), Introduct., p. X.

  10. [75]

    Denifle (n° 59), n° 2435.

  11. [76]

    Ce n’est pas une spécialité du XVe siècle.

  12. [77]

    Denifle (n° 59), Introduct., p. X.

  13. [78]

    Il doit verser alors vingt-quatre sols au bedeau.

  14. [79]

    Denifle (n° 60), Introduct., pp. XIII-XVI, et p. 478.

  15. [80]

    Pour donner une idée de cette somme, on peut noter la remarque d’Étienne Pasquier (n° 1), p. 478 :

    En 1425, le marc d’argent revenant a sept livres.

  16. [81]

    Denifle (n° 59), n° 2458.

  17. [82]

    Cf. Bouquet (n° 50), p. 10.

  18. [83]

    Le 17 décembre 1436, la nation de France suivra cet exemple.

  19. [84]

    Il s’agit évidemment d’Henri VI, d’Angleterre. Pour tout ce paragraphe, cf. Denifle (n° 59), n° 2462.

  20. [85]

    Plus âgé que Ciboule, déjà mis en relief par son rôle au procès de Jeanne, ce souple et brillant sorboniste ne parviendra pas éclipser son cadet (sauf dans les livres d’histoire !). Nous le voyons recueillir les bénéfices abandonnés par Ciboule, et obligé d’attendre la mort de l’apologiste de Jeanne pour obtenir le décanat du chapitre. Le rapprochement constant de ces deux hommes si opposés devrait suffire à mettre en garde un historien prudent contre toute généralisation hâtive sur cette période où les nuances et les contrastes, souvent violents, ne manquent pas.

  21. [86]

    Gaston du Fresne de Beaucourt (n° 42), p. 77. Cf. dom Antoine de La Taverne (n° 106).

  22. [87]

    Le avril 1436, le connétable de Richemont entre à Paris (cf. 94, fol. 63 r°) et le 12 novembre 1437, après de longs atermoiements qui ne sont pas le fait des Parisiens, Charles VII sera reçu solennellement à Notre-Dame (90, fol. 39 v°-42 r°).

  23. [88]

    Denifle (n° 59), Introduct., p. XXIX (corrigeant Du Boulay, n° 7) et n° 2504.

  24. [89]

    Sur les fonctions de ce personnage, voir Augustin Renaudet (n° 113), et les ouvrages cités par lui.

  25. [90]

    Denifle (n° 59), n° 2504.

  26. [91]

    Denifle (n° 59), n° 2502.

  27. [92]

    Denifle (n° 59), n° 2517.

  28. [93]

    Denifle (n° 59), n° 2299.

  29. [94]

    Denifle (n° 59), n” 2347.

  30. [95]

    Denifle (n° 59), n° 2517.

  31. [96]

    Jean de Launoy (n° 8), p. 568.

  32. [97]

    Martène et Durand (n° 11), p. 949 E ; Noël Valois (n° 72), p. XC, n. 1 : manuscrit 99, fol. 281-284.

  33. [98]

    Il s’agit bien certainement de Robert Ciboule. À vrai dire, le manuscrit 99 peut provoquer une légère hésitation sur la lecture du nom ciboule. C’est ainsi qu’a lu Noël Valois. Martène, lui, qui éditait le même texte, avait lu Erboule (cf. p. 95, n. 1, note 4). L’initiale présente en effet une forme étrange mais c’est la seule lettre, sur sept, dont on puisse douter. Les autres sont à coup sûr i, b, etc. De plus, cette initiale ne peut d’aucune façon être considérée comme un e, ni majuscule, ni minuscule : le texte entier n’en présente aucune d’analogue. On peut expliquer cette forme aberrante du c par un coup de plume repris, peut-être après un début de s : on trouve en effet la graphie siboule dans des document d’origine universitaire. Il n’y a d’ailleurs dans la liste des maîtres régents à cette date aucun autre nom analogue. Et, bien que le nom de Ciboule ne figure pas encore dans la liste de septembre 1438, publiée par Denifle (n° 59), n° 2526, nous savons qu’il était docteur depuis le 17 février 1438, et le 10 novembre 1438, il est appelé sacre theologie professor dans un document officiel cf. n. 4 (note 101).

  34. [99]

    C’est ce qui résulte du texte des lettres de créance que je vais citer n. 4 (note 101).

  35. [100]

    Termes employés dans la lettre royale du 20 juin 1438 (Arch. n° 83, fol. 406 V°). Mais il n’est pas tout à fait certain que Ciboule fût choisi dès cette date : la composition définitive de l’ambassade ne nous est connue, en effet, que par les lettres du 10 septembre : cf. note suivante (note 101).

  36. [101]

    Arch. 83, fol. 463 r°. Cf. Valois (n° 76), p. 143, n. 5. Ces lettres de créance sont datées de Saint-Aignan en Berry, le 10 septembre 1438. Elles énumèrent les ambassadeurs, loc. cit., lignes 6-11 :

    nunc vero nactu opportunitate, dilectos et fideles consiliarios et ambaxiatores nostros… [Trois évêques : Philippe de Coëtquis, Jean Léguisé, Guillaume Fillastre (nom restitué par Noël Valois : manuscrit Girard), le maître des requêtes Jean de Montmorin, et] Martinum Beruerij decanum turonensem, Robertum Cibole, canonicum parisiensem sacre theologie professores.

  37. [102]

    Documents relatifs au Concile de Bâle (n° 83), fol. 463 r° lign. 13-17.

  38. [103]

    Noël Valois (n° 76), p. 143.

  39. [104]

    Cf. Noël Valois (n° 76), loc. ult. cit.

  40. [105]

    La teneur même des lettres de créance citées plus haut empêche d’accepter sans observation le récit qu’Alfred Leroux (n° 53) fait de cette ambassade et de ses résultats, p. 318 :

    Chargés de faire approuver la pragmatique de Bourges par les Pères de Bâle, les ambassadeurs de Charles VII, Bertinier et Cibole, avaient en même temps conféré de la grosse question du moment avec l’évêque de Lübeck, orateur ordinaire du roi des Romains près le concile, et c’est, croyons-nous, dans leurs conciliabules que fut résolue la déclaration solennellement faite par les prélats de Bâle de ne point transférer ailleurs le concile. Les défiances allemandes se trouvaient ainsi dissipées.

    Le dessein de Charles était plus vaste et rien ne prouve que, dès ce premier contact avec les Pères de Bâle, ses ambassadeurs n’aient pas éprouvé quelques-uns des sentiments de surprise et de réserve qui finiront par les conduire vers l’obédience d’Eugène.

  41. [106]

    Edmond Vansteenberghe (n° 115), pp. 67-68, et Leroux (n° 53), p. 318.

  42. [107]

    Vansteenberghe (n° 115), loc. ult. cit.

  43. [108]

    Cf. Leroux (n° 53), p. 318 :

    Aussi les représentants de France et d’Allemagne purent-ils se rencontrer avec confiance au synode de Mayence (mars 1439) et y recevoir en commun les décrets du concile de Bâle. C’était là un résultat gros de conséquences, d’autant que l’archevêque de Tours et l’évêque de Troyes étaient aussi présents à Mayence. Les propositions du roi de France furent présentées à l’assemblée et débattues. Pour éviter de nouvelles difficultés les prélats allemands eussent désiré ne point se prononcer encore contre le pape, mais temporiser le plus possible. Pressés de prendre un parti positif, ils finirent par proposer la convocation d’un nouveau concile. Si cette idée eût prévalu, elle n’eût fait que compliquer la situation générale, tout comme en 1409 l’élection d’Alexandre V. On s’entendit heureusement sur d’autres bases et, le 15 avril 1439, on signa un projet d’action en commun qui put être considéré par Eugène IV comme une défaite personnelle.

    Peut-être faudrait-il introduire plus d’une nuance pour avoir des chances de serrer la réalité de près. Noter du moins la formule amphibologique : étaient aussi présents à Mayence… Si Leroux veut dire que ces grands personnages étaient à Mayence comme ils avaient été à Bâle, il a raison. Mais s’il veut dire que ces deux prélats avaient été adjoints pour la circonstance aux deux premiers ambassadeurs envoyés à Bâle, c’est une erreur. Erreur possible, car il ne paraît pas avoir connu le document des Archives nationales cité plus haut.

  44. [109]

    Raynaldus (n° 15), p. 311. Beaucourt (n° 42), p. 365, indique la date inexacte du 9 juin, et, pour toutes ces négociations, atténue beaucoup trop tout ce qui implique adhésion de Charles à Bâle et résistance opposée au pape.

  45. [110]

    Raynaldus (n° 15), loc. cit. :

    Oratores vero tui, quos pro tractanda concordia te missurum ad nos dudum scripsisti, licet diu exspectaverimus cum desiderio, tamen nondum venerunt, occupati enim fuerunt magis, ut everterent statum nostrum, quam ut ullam concordiam tractarent, nam nihil est cogitatum in præjudicium nostrum in locis, ubi fuerunt quin assensum nomine tuo nedum præbuerint, sed incitaverint licet contra tuam voluntatem et commissionem. Sed de his non admiramur, cum sciamus a quo fonte procedant : archiepiscopus enim Turonensis ex odio, quod habet erga nos et ecclesiam Romanam… Hunc denuo revoces oportet, ne ad nos veniat…, ceteros vero grato animo recipiemus complectentes omnem viam pacis et concordiæ, quæ honesta sit, nec adversa a nostra et sedis Apostolicæ dignitate.

    [Quant à tes ambassadeurs, que nous attendions avec impatience depuis que tu avais écrit nous les envoyer pour négocier la paix, ils ne se sont toujours pas présentés, plus occupés à nous nuire qu’à chercher un accord. En effet, rien n’a été fait selon notre décision préalable : là où ils auraient dû approuver en ton nom, ils ont poussé contre ta volonté et ton mandat. Toutefois cela ne nous surprend guère car nous en connaissons la cause : la haine que l’archevêque de Tours nous porte ainsi qu’à l’Église romaine. Il faut le rappeler et l’empêcher de revenir. Les autres, nous les accueillerons volontiers, embrassant toute voie de paix et de concorde qui soit honorable, et non opposée à notre dignité et à celle du siège apostolique.]

  46. [111]

    Cette lettre pontificale devrait, me semble-t-il, donner à penser que, dans l’esprit de Charles VII, dès juin 1438, sans doute, l’ambassade chargée de négocier la paix ne devait pas s’arrêter à Bâle mais, une fois le concile renseigné sur les intentions du roi, et l’accord procuré avec les électeurs du roi des Romains, poursuivre sa mission auprès du pape. Les termes employés par Eugène supposent, en effet, qu’il est prévenu depuis longtemps du départ d’ambassadeurs envoyés vers lui et, puisqu’il s’agit des mêmes, au moins en partie, cette conjecture ne paraît pas improbable.

  47. [112]

    Dans sa XXXIVe session, le concile — vingt prélats dont sept évêques — dépose Eugène IV comme scandaleux, schismatique, hérétique endurci…, etc., etc.

  48. [113]

    Sur l’authenticité de ces lettres, voir les éléments d’une discussion critique, p. 116, n. 1.

  49. [114]

    Denifle (n° 60), p. 494.

  50. [115]

    Valois (n° 76), p. 219.

  51. [116]

    Manuscrit latin B au fol. 60 r°, indique le jour, le mois, mais non l’année. Cf. Noël Valois (n° 76), p. 219, n. 3.

  52. [117]

    Valois (n° 76), loc. cit., utilisant le manuscrit latin A qui n’indique lui aussi que le jour et le mois, non l’année.

  53. [118]

    Ainsi pense Noël Valois (n° 76), p. 219 :

    N’étaient-ils pas acquis aussi à la cause bâloise ce Martin Berruyer et ce Robert Ciboule que Charles VII, en exécution du programme concerté à Mayence, envoya en Italie comme négociateurs. Après avoir vainement attendu, à Bologne, les ambassadeurs qui devaient représenter Albert et les princes de l’Empire, Ciboule et Berruyer se rendirent près d’Eugène IV ; mais parvenus à Florence, ils n’eurent rien de plus pressé que d’avertir Aleman des nombreuses défections qu’ils avaient cru constater parmi les gens de la curie…

  54. [119]

    Raynaldus (n° 15), p. 314 :

    Venit ad nos nuper dilectus filius Robertus Ciboule magister in sacra pagina consiliarius tuus unus ex quinque oratoribus, quos dudum te ad nos destinare scripseras, et diligenter ac mature nobis retulit tuam sinceram fidem et puram devotionem erga Romanam ecclesiam et Apostolicam sedem, et etiam singularem benivolentiam et affectionem, quam geris ad personam nostram. Quæ quamvis propter tua bona opera sint notissima nobis, tamen lætamur in Domino, cum ea multorum verbis reiterantur nostris.

    [Nous avons récemment reçu la visite de notre cher fils Robert Ciboule, maître en théologie et l’un des cinq conseillers dont tu nous avais annoncé la venue. Il nous a fidèlement et soigneusement rapporté ta foi sincère et ta dévotion pure envers l’Église romaine et le Siège apostolique, ainsi que ta singulière bienveillance et affection envers notre personne. Quoique ces qualités nous soient bien connues, par tes bonnes œuvres, nous nous réjouissons dans le Seigneur à les entendre abondamment répétées.]

    Le pape demande ensuite au roi d’imiter l’énergie du duc de Bourgogne contre la Dathan et Abiron synagoga [la synagogue de Dathan et Abiron (deux séditieux qui se sont révoltés contre Moïse)] de Bâle et lui envoie une copie de la sentence prononcée au concile de Florence. Cf. Valois (n° 76), p. 220, n. 4.

  55. [120]

    Noël Valois (n° 76) signale que Beaucourt (n° 42, p. 369) se méprend étrangement sur le caractère de cette ambassade. Beaucourt, en effet, a tort d’affirmer qu’elle comprenait quatre conseillers autour de R. Ciboule et de simplifier à l’excès la ligne un peu sinueuse des sentiments que j’ai essayé d’évoquer. Mais Noël Valois, de son côté, me paraît victime d’une simplification analogue en ne retenant que les sentiments antipapistes. À coup sûr, ce petit groupe devait subir, au début, l’influence dominante de Philippe de Coëtquis, l’archevêque de Tours, dont le pape lui-même déplore l’hostilité systématique à sa personne ; mais il faut voir dans son effritement progressif le résultat des déceptions sans cesse provoquées par l’intransigeance et les violences de Bâle. Finalement, il n’en resta qu’un ! Mais cet unique témoin des intentions royales n’apporta au Pape que des paroles d’estime et de fidélité.

  56. [121]

    Beaucourt (n° 42), p. 372

  57. [122]

    Beaucourt (n° 42), p. 375.

  58. [123]

    Denifle (n° 60), p. 517.

  59. [124]

    R. Ciboule est normand.

  60. [125]

    Le futur évêque de Paris, que nous verrons en si bons termes avec R. Ciboule.

  61. [126]

    Cf. lettre de G. Machet citée par Noël Valois (n° 76). p. 247. n. 2.

  62. [127]

    Valois (n° 76), loc. ult. cit. ; Denifle (n° 60), p. 494 ; Beaucourt (n° 42).

  63. [128]

    Vansteenberghe (n° 115), pp. 74-77.

  64. [129]

    Valois (n° 76). Beaucourt (n° 42).

  65. [130]

    C’est l’archevêque Talaru qui avait conseillé au roi l’envoi de tels messagers ; R. Ciboule lui était connu. Voici en effet le début de la lettre :

    Juxta consilium sanum et honestum reuerende vestre Paternitatis, dominus Rex delegauit apud magunciam duos viros sacre theologie professores, munitos congruis et pertinentibus instructionibus, quorum unum nouit vestra Paternitas, videlicet magistrum Robertum Cibole.

    [Conformément au sage et honorable conseil de votre révérence Paternité, le seigneur notre Roi a désigné à Mayence deux hommes, professeurs de théologie sacrée, munis d’instructions adéquates et appropriées, dont l’un est bien connu de votre Paternité, à savoir maître Robert Cibole.]

    Manuscrit 98, fol. 8 r°-v°, cité par Noël Valois (n° 76).

  66. [131]

    Noël Valois (n° 76).

  67. [132]

    Reg. Sarrazin (n° 89), fol. 143 v°.

  68. [133]

    Reg. Sarrazin (n° 89), fol. 144 v°.

  69. [134]

    Noël Valois (n° 76), p. 250 et n. 3 distingue avec raison contre Beaucourt (n° 42), p. 317, cette ambassade d’une mission postérieure de l’évêque d’Avignon Alain de Coëtivy, dont le pape fait mention dans les instructions de mai 1442.

  70. [135]

    Voir le texte complet dans Raynaldus (n° 15), p. 372, col. 2 à 376, col. 2. Noël Valois (n° 76), pp. 251-252 note, résume la plupart des arguments proposés par Pierre.

  71. [136]

    Raynaldus (n° 15), p. 376, col. 2 :

    Personam tuam ultra commune debitum filiationis diligit, de te semper bene loquitur, mala de te non libenter audit, bonum de te semper sperat, sperat namque quod tu, qui ruinam Græcorum et orientalium cum magnis sumptibus resarcire curas, hanc ruinam occidentalium, quæ sub manu tua est, quia ad manum habes remedia, reparare non despicies, sicque eris nobis princeps conditione sicut et institutione et tandem tibi conveniet illud præconium laudis quod de quolibet Pontifice laudabilis memorie refert Ecclesia dicens : Ecce Sacerdos magnus, qui in vita sua suffulcit domum, et in diebus suis corroboravit templum, quod tibi concedat Jesus Christus benedictus Deus in sæcula. Amen.

    [Ta personne est aimée au-delà du devoir filial ; on ne parle de toi qu’en bien, et l’on se détourne de ceux qui parlent en mal ; on n’espère de toi que du bien, et l’on espère que toi qui ne ménages pas tes efforts pour réparer la ruine des Grecs et des Orientaux, tu ne négligeras pas celle des Occidentaux sous tes yeux, car tu détiens les remèdes. Ainsi tu seras pour nous un prince autant par ta condition que par ton action ; et la louange que de sainte mémoire clame l’Église à propos de chaque Pontife te siéra : Voici le grand prêtre, qui toute sa vie a soutenu la maison, et chacun de ses jours a consolidé le temple. Que Jésus-Christ, Dieu béni dans les siècles des siècles, te l’accorde. Amen.]

    Comme toujours, Beaucourt (n° 42), p. 317, passe sur tous ces différends si pathétiques un bienveillant coup d’estompe. D’après lui, il s’agit ici d’exprimer un inviolable attachement à la personne du pape, et sa traduction se ressent de ce parti pris : bonum de te semper sperat devient sous sa plume il n’attend de vous que des bienfaits. Quel énorme contre-sens ! Qui ne sent au contraire toute la douloureuse ironie renfermée en ce semper, et plus bas en ce tandem tibi conveniet… — pourquoi oublier ici le sort de ceux qui espèrent toujours ? — ironie et amertume qui vont s’exprimer clairement en ce parallèle entre les succès si coûteux du pape en Orient, et son insouciance à utiliser les moyens si commodes qu’on met a sa disposition pour éviter la ruine de l’Occident. Le roi a pris parti pour le pape, c’est vrai mais, il le sait et ses messagers le savent, le pape est un malade qui a horreur des seuls remèdes qui pourraient le guérir, et l’Église avec lui. Cf. une lettre de G. Machet à Ciboule, manuscrit 98, fol. 37 v°, citée par Noël Valois (n° 76), p. 255, n. 3 :

    Videtis quantum reformidant illi sacrosancta generalia concilia, que prisci patres tantopere laudaverunt. Judicate quale signum egrotantis qui medicinam reicit, medicos exhorret. Non video nisi dies malos, periculosa tempora que previdit apostolus instare novissimis diebus.

    [Voyez combien ils redoutent les sacro-saints conciles généraux que les anciens Pères ont tant loués. Jugez ce signe du malade qui rejette le médicament et repousse les médecins. Je n’entrevois que des jours mauvais et des temps dangereux, ceux que l’apôtre avait annoncé pour les jours derniers.]

  72. [137]

    Noël Valois (n° 76), p. 252, n. 2, qui signale l’existence de comptes rendus de ces discussions dans des manuscrits italiens.

  73. [138]

    Noël Valois (n° 76), loc. cit. cit.

  74. [139]

    Le 4 février, à Rome, union avec les Jacobites. Cf. Beaucourt (n° 42), p. 376.

  75. [140]

    Noël Valois (n° 72), p. 100.

  76. [141]

    Noël Valois (n° 76), p. 253, n. 2, cite G. Machet (n° 98), fol. 36 v° :

    Scribit (Bessarion) siquidem multo affectu, magno cum honore et benevolentia plurima, unde et Rex plurimum gavisus est et gratissime suscepit.

    [Bessarion écrit en effet avec beaucoup d’affection, de déférence et de bienveillance, ce qui a beaucoup réjoui le Roi et a été accueilli avec le plus grand plaisir.]

  77. [142]

    Noël Valois (n° 72), p. 100, n. 2, donne, pour le retour de Ciboule, la date du 4 mai. Ce n’est pas tenir compte du fait que, le 22 février, l’ordre adopté dans la licence provoque l’étonnement de Ciboule comme de Machet, si bien qu’ils vont chercher un remède (Denifle, n° 59, n° 2558), ni surtout du fait que, le 6 avril, R. Ciboule se présente en personne au chapitre de Notre-Dame de Paris (Reg. Sarrazin, n° 89, fol. 147 r°).

  78. [143]

    La contention des deux élus durera jusqu’en 1450.

  79. [144]

    Lettre citée par Denifle (n° 59), n° 2563.

  80. [145]

    Une telle générosité attendrit Launoy (n° 8, p. 549) jusqu’au lyrisme :

    Nec utique quærebat ut gratis interpretarentur, sed eis sumptus necessarios subministrabat. O virum ad juvandas artes optimas progenitum.

    [Il ne cherchait certes pas à ce que tout soit fait gratuitement mais pourvoyait aux dépenses nécessaires. Quel homme né pour soutenir les meilleurs talents.]

  81. [146]

    D’après le manuscrit I ; cf. p. 123.

  82. [147]

    Noël Valois (n° 76), p. 248.

  83. [148]

    Denifle (n° 60), p. 523.

  84. [149]

    Manuscrit 98, fol. 42 r° cité par Noël Valois (n° 76), p. 257 n. 1.

  85. [150]

    Manuscrit 98, fol. 45 r° cité par Noël Valois (n° 76), p. 248.

  86. [151]

    Reg. Sarrazin (n° 89), fol. 148 r°, 150 r°.

  87. [152]

    Denifle (n° 59), n° 2579 ; (n° 60), p. 575.

  88. [153]

    Denifle (n° 59), n° 2595.

  89. [154]

    Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 76 v°.

  90. [155]

    Noël Valois (n° 76), p. 302, n. 3, résume bien la situation. Mais il me paraît avoir tort de ne pas chercher avant 1444 les prodromes de ces divergences. Cette réserve faite, voici le texte de sa note 3 :

    Les opinions y [dans l’Université] étaient maintenant bien partagées [maintenant = 1446]. En 1444, quand avait été annoncée d’abord pour le mois de mai, puis pour le mois d’août, une assemblée du clergé de France qui, finalement, ne se tint qu’en septembre, l’Université de Paris inséra dans les instructions des délégués qu’elle comptait y envoyer un certain article 9 ainsi conçu : Abordant plus particulièrement le sujet de la controverse soulevée entre le concile de Bâle et le seigneur pape Eugène, on exaltera l’autorité de l’Église catholique universelle résidant dans les conciles généraux… Qu’il faille croire, adhérer, obéir aux conciles et défendre leur autorité, aucun homme sain d’esprit ne saurait en douter. Se séparer d’eux est impossible sans renoncer à son salut. Cet article souleva de nombreuses objections et fut le point de départ d’une controverse entre théologiens, qui s’ouvrit, le 8 août (noter que le 7, d’après Reg. Sarrazin, n° 94, fol 77 r°, R. Ciboule est l’un des six chanoines délégués pour s’entendre avec l’évêque au sujet de la prochaine assemblée de Bourges), au couvent des Bernardins pour ne se terminer que le 2 septembre. On y vit argumenter, pour le parti du pape, Pierre de Versailles, Robert Ciboule, Raoul de la Porte, Jean de Conflans, pour le parti du concile, Jean Beroust, Guillaume Evrart et Denis de Sabrevois… Finalement, l’Université ne fut pas représentée à Bourges… et les instructions qu’elle rédigea au mois de décembre suivant contiennent, au lieu de l’article 9, un simple éloge de l’union (Denifle, n° 59, p. 646). Elle ne répugnait nullement, d’ailleurs, à l’idée d’un concordat entre la France et Eugène IV…

    Dernier détail sur 1444 : le 23 novembre (Denifle, n° 60, p. 602), dans l’assemblée générale de l’Université, R. Ciboule intervient sans succès pour obtenir que l’on continue les sermons pendant l’Avent : on n’accorde que les processions.

  91. [156]

    Cf. Franklin (n° 33). Cela me paraît être une mesure de défiance à l’égard du chancelier Chuffart.

  92. [157]

    Reg. cap (n° 85), et Beaucourt (n° 44), p. 257.

  93. [158]

    Beaucourt (n° 44), pp. 257 et 259.

  94. [159]

    Les dates des absences de Ciboule sont toutes fournies par le Registre capitulaire (n° 85).

  95. [160]

    Dès 1445, s’il faut en croire le motif allégué par le notaire du chapitre pour expliquer les absences du chanoine, R. Ciboule est assez souvent infirmus : ainsi, du 2 au 9 avril 1445 ; en 1446, du 12 au 14 mars, du 5 au 16 septembre, du 3 octobre au 7 novembre, du 15 novembre au 5 décembre (après avoir reparu au Chapitre général le 13 novembre). Cf. Reg. cap. (n° 85), fol. 211-242. En 1450, du 6 au 31 juillet ; en 1451, peut-être du 18 juin au 23 juillet : cf. Reg. cap. (n° 86), pp. 69-77 ; en 1453, au début de février : Reg. cap. (n° 86), p. 300. Enfin, en 1458, le 23 février, du 14 mars au 10 avril, du 3 au 5 juillet, du 17 juillet au 12 août, jour de sa mort.

  96. [161]

    Il faut noter que l’année 1446 est l’année de la mort d’Eugène IV : le 26 avril, une messe solennelle est célébrée à Notre-Dame pour le repos de son âme : Reg. Sarrazin (,° 94), fol. 78 r°.

    Pour quelques détails sur le Cloître, voir François-Léon Chartier (n° 57), et Pierre Champion (n° 79).

  97. [162]

    Reg. Sarrazin (n° 91), fol. 133 v°.

  98. [163]

    Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 77 r°.

  99. [164]

    Reg. cap. (n° 85), p. 257-265.

  100. [165]

    Reg. cap. (n° 85), p. 301.

  101. [166]

    Denifle (n° 60), p. 703.

  102. [167]

    Reg. cap. (n° 85), p. 355. Le octobre, R. Ciboule avait été prié de suppléer deux proviseurs de la fabrique pour la réparation de certains vitraux Reg. cap. (n° 85), p. 352.

  103. [168]

    Reg. cap. (n° 85), p. 357.

  104. [169]

    Reg. cap. (n° 85), p. 360. Le 24 octobre, Ciboule avait été choisi pour remplacer provisoirement le lecteur du Chapitre Reg. Sarrazin (n° 91), fol. 135.

  105. [170]

    Denifle (n° 60), p. 703.

  106. [171]

    Reg. cap. (n° 85), pp. 360-364.

  107. [172]

    Reg. cap. (n° 85), p. 374 Denifle (n° 60), p. 703 n. 9 corrigeant Denifle (n° 59), n° 2624 qui écrit le 6 décembre.

    Le 22 novembre, R. Ciboule avait obtenu du Chapitre l’autorisation de faire porter au Terral les immondicias galice grauais de sa maison, et la promesse d’être défendu contre tous ceux qui voudraient l’en empêcher. D’autre part, le Chapitre lui avait donné quittance pour sa maison.

  108. [173]

    Reg. cap. (n° 85), p. 384 procès-verbal envoyé à l’archevêque de Sens. Le pape Nicolas V reconnaît cette élection avant le 13 janvier 1448, mais n’absout et ne réhabilite l’évêque, coupable d’avoir administré l’Église de Paris avant sa promotion, que le 18 août 1449. Nicolas avait transféré Ant. Crespin à Laon le 3 mars précédent.

  109. [174]

    Reg. cap. (n° 85), p. 408.

  110. [175]

    Reg. cap. (n° 85), p. 442.

  111. [176]

    Reg. cap. (n° 85), p. 444.

  112. [177]

    Reg. cap. (n° 85), pp. 444-492.

  113. [178]

    Reg. cap. (n° 85), p. 493.

  114. [179]

    Reg. cap. (n° 85), p. 494.

  115. [180]

    Denifle (n° 60), p. 738. Le 7 octobre, Ciboule demandera au Chapitre que l’on fasse réparer une goutiere entre sa maison et celle des enfants de chœur : Reg. Sarrazin (n° 91), fol. 136 v°.

  116. [181]

    Reg. Sarrazin (n° 89), fol. 159 r°.

  117. [182]

    Reg. cap. (n° 85), p. 575.

  118. [183]

    Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 79 r°.

  119. [184]

    Reg. cap. (n° 85), p. 628.

  120. [185]

    Denifle (n° 59), n° 2648.

  121. [186]

    Denifle (n° 59), n° 2648 60, p. 771.

  122. [187]

    Reg. cap. (n° 85), p. 659.

  123. [188]

    Denifle (n° 59), n° 2648.

  124. [189]

    Reg. cap. (n° 85), pp. 660-671 ;cette source permet de préciser un peu le statim post sept. 15 de Denifle (n° 59).

  125. [190]

    Denifle (n° 60), p. 779. La veille avait eu lieu la procession générale des enfants

    pro recuperatione Normanniæ

     : Reg. Sarrazin (n° 94).

  126. [191]

    Denifle (n° 60), p. 783.

  127. [192]

    Denifle (n° 59), n° 2649.

  128. [193]

    Denifle (n° 60), p.783.

  129. [194]

    Denifle (n° 59), n° 2660.

  130. [195]

    Reg. Sarrazin (n° 94).

  131. [196]

    Reg. cap. (n° 85), p. 700.

  132. [197]

    Beaucourt (n°47), p. 204.

  133. [198]

    Reg. cap. (n° 85), pp. 702-712.

  134. [199]

    Reg. cap. (n° 85), p. 717.

  135. [200]

    Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 79 v°.

  136. [201]

    Reg. cap. (n° 85), pp. 742-765. Le 19 avril, à l’annonce que 4.500 Anglais ont été tués, Te Deum et procession à Sainte-Geneviève : Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 80 r°.

  137. [202]

    Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 80 r°.

  138. [203]

    Beaucourt (n° 47), p. 206.

  139. [204]

    Denifle (n° 59), n° 2661.

  140. [205]

    Denifle (n° 59), n° 2677.

  141. [206]

    Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 80 r°.

  142. [207]

    Denifle (n° 60), p. 833.

  143. [208]

    Denifle (n° 59), n° 2666 ; (n° 60), p. 841.

  144. [209]

    Ces obstinés ont commencé par revendiquer leurs droits, tant royaux qu’apostoliques. Paris eut tôt fait de riposter qu’il n’y a pas de droits valables en présence de la réclamation formulée par l’Université Mère : le roi n’a pu accorder qu’une certaine tolérance. — Caen allègue alors l’agréable fertilité du pays, l’opulence de ses richesses et la commodité de cette ville pour les habitants de la province. Paris se récrie :on sait assez locum studiis quam Parisius non esse sub celo aptiorem ! [Il n’y a sous le ciel pas de lieu plus approprié aux études que Paris] : là, nombreux collèges pour les Normands, dotations et avancement assurés, si bien que beaucoup peuvent y croître in viros perfectos [en hommes parfaits] ; sans compter toutes les autres causes d’honneur et de gloire… Qu’on ne parle pas de Caen : il n’y a même pas de quoi manger, aucune variété de vins et par contre, tous les inconvénients du climat maritime. Enfin, leurs exercices scolaires ne peuvent être pris au sérieux : ils sont si peu de maîtres qu’en les comptant bien tous, c’est comme s’il n’y en avait même pas un, eu égard à tout ce qui est requis pour constituer une véritable Université.

  145. [210]

    Reg. cap. (n° 85), p. 851.

  146. [211]

    Denifle (n° 59), n° 2669. Cf. Décisions royales, p. 741.

  147. [212]

    Reg. cap. (n° 86), pp. 3-21.

  148. [213]

    Reg. cap. (n° 86), p. 36.

  149. [214]

    Reg. cap. (n° 86), p. 40.

  150. [215]

    Reg. Sarrazin (n° 89), fol. 164 V.

  151. [216]

    Reg. cap. (n° 86), p. 45 ; Reg. Sarrazin (n° 89), fol. 164 V.

  152. [217]

    Denifle (n° 85), n° 2673 n., me paraît présenter cette réserve sous un jour faux : il y voit d’une part une menace, d’autre part une précaution contre les entreprises de Thomas de Courcelles. Aucun de ces deux points de vue ne me semble justifié : je crois qu’il s’agit d’une simple mesure de prudence. La tentative immédiate de Jean d’Olive en rend suffisamment raison.

  153. [218]

    En vertu d’une bulle accordée par Eugène IV, en 1444 (cf. p 139) à la Faculté de théologie de Paris. Mais la lettre de nomination revendiquait hautement pour l’évêque le droit de pourvoir à cet office : en y nommant Ciboule, d’ailleurs, il restait fidèle aux prescriptions de la bulle pontificale : c’était un maître en théologie de Paris.

  154. [219]

    Cf. note 216 et Denifle (n° 59), n° 2673.

  155. [220]

    Nouvelle preuve de la négligence de l’ancien chancelier.

  156. [221]

    Reg. cap. (n° 86), pp. 59-77.

  157. [222]

    Reg. cap. (n° 86), p. 106.

  158. [223]

    Denifle (n° 59), n° 2680, n. 1.

  159. [224]

    Denifle (n° 59), n° 2680.

  160. [225]

    On trouve dans le Liure de saincte meditacion en congnoissance de soy un écho de cette interminable controverse : liv. II, chap. 21, ms. A, fol. 174 v°-175 r° :

    O que en y a il qui ont une ignorance affectee et voluntaire qui ne vouidroient pas sauoir la grauite des maulx qui sont en eulx affin quilz neussent occasion de les laisser. Telz sont ceulx qui ne veulent ouir leurs vices dont ilz sont vicieux, ne penses tu point quilz celassent voulentiers leurs pechiez. Et ceulx qui ne veulent confesser leurs pechiez clerement ne plainement sans palliacion ou excusacion ou mesmes de telz y a qui iamais nen font confession. Et se a pasques au prestre ilz parlent une fois lan tart leur est quilz soient hors de deuant luy, et qui pis est les celent a leur pasteur et quierent autres prestres religieux ou autres ausquelz ilz donnent argent ou autres choses pour auoir leur beniuolence et affin quilz ne les blasment ou corrigent de leur orde ou mauuaise vie. O quans en y a et quantes qui sont biens deceus par telles confessions qui cuident estre absoulz des crimes horribles et par auenture des cas reseruez a leuesque pour parler a vng religieux des quelz on dit quilz absoulent de tous cas veu quilz nen enuoient nulz au prelat ou pou. Certes telles gens qui ainsi se confessent et qui desclairent leurs pechiez a plain a homme qui [n] ait puissance religieux ou autre mussent tant quilz peuent leurs pechiez a dieu se ilz le font de leur gre.

    On voit que cette querelle, où l’on serait tenté de ne voir qu’une rivalité des moins nobles, pouvait s’inspirer des scrupules religieux les plus vifs surtout s’il est possible d’admettre que le motif du succès de ces religieux aux absolutions faciles soit, aux yeux du Chancelier qui l’écrit, tout autre chose qu’une imputation calomnieuse. Cette allusion à des discussions qui venaient d’être ainsi ravivées pourrait aider à placer la composition de cet ouvrage aux environs de 1451 (cf. p. 123).

  161. [226]

    Denifle (n° 60), p. 867.

  162. [227]

    Denifle (n° 60), p.868.

  163. [228]

    Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 81 r°. Noter que, le 2 mars, dans le palais épiscopal, le chancelier Ciboule a conféré la licence en théologie : Denifle (n° 59), n° 2687 et que François Villon obtint la licence ès arts entre le 4 mai et le 26 août ; Pierre Champion (n° 79), I, p. 38.

  164. [229]

    Denifle (n° 59), n° 2680 n. 1.

  165. [230]

    Reg. Sarrazin (n° 90), M. 60 ‘°.

  166. [231]

    Reg. cap. (n° 86), pp. 193-197.

  167. [232]

    Denifle (n° 60), p. 886.

  168. [233]

    Denifle (n° 60), loc. cit., ne cite que ceux de la nation d’Allemagne.

  169. [234]

    Denifle (n° 60), p. 887.

  170. [235]

    Cf. Denifle, Chartularium, III, n° 1319.

  171. [236]

    Gerson, Opera omnia, édit. E. du Pin, t. I, col. 120-124.

  172. [237]

    Jusque là, l’explication devait être entièrement orale ; mais on juge qu’il vaut mieux ne pas exposer les auditeurs aux défaillances de mémoire du commentateur.

  173. [238]

    Une aussi complète discrétion à l’égard de tout ce qui concerne le contenu doctrinal de ces cadres minutieusement restaurés doit avoir ses motifs : il serait prématuré de chercher à les discerner avec précision. Cette même année, ou compte trente-quatre maîtres régents à la Faculté de théologie, dont Robert Ciboule et vingt-cinq chargés de cours, parmi lesquels un pour R. Ciboule.

  174. [239]

    Le 24 mai, Jean de Courcelles, Jean d’Olive et Robert Ciboule avaient été choisis comme procureurs du Chapitre à cette Assemblée : Reg. cap. (n° 86), p. 200. Le Chapitre du 28 juin leur avait donné des instructions qui se résumaient en cette résolution : s’en tenir à la Pragmatique de 1438 : Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 81 V°.

  175. [240]

    Reg. Sarrazin (n° 94).

  176. [241]

    Le 23 août (Reg. cap., n° 86, p. 244), le chancelier est chargé du procès qui doit être fait, en vertu de l’autorisation donnée par le légat, pour la réunion à Notre-Dame de quelques chapellenies. — Le 16 octobre (Reg. cap., n° 86, p. 263), R. Ciboule fait son rapport au Chapitre au sujet de la terre de Tourny. — Le 23 octobre (loc. cit., p. 269), le chancelier exerce son droit de présentation à une paroisse. — Le 31 octobre (loc. cit., p. 269), il est délégué auprès du Recteur afin d’apaiser un conflit survenu entre l’évêque de Bayeux et maître Victor Textoris à propos d’une bible. — Le 20 novembre (loc. cit., p. 278), avec Thomas de Courcelles, Robert Ciboule doit visiter la maison des enfants de chœur, et se rendre compte si c’est à bon droit qu’ils demandent chemises et aubes. — Le 22 novembre (loc. cit., p. 250) enfin, il est chargé par le Chapitre de négociations avec Saint-Victor.

  177. [242]

    Cf. le texte édité par Lanéry d’Arc (n° 46), p. 393.

  178. [243]

    L’enquête préalable à la réhabilitation est commencée à Rouen depuis la fin d’avril 1451 [1452].

  179. [244]

    Le roi et le cardinal d’Estouteville, sans doute.

  180. [245]

    Dans son cours de 1931-1932 aux Hautes-Études.

  181. [246]

    Joseph Fabre (n° 45), surtout, p. 182.

  182. [247]

    Cette date est donnée par Le Batelier d’ Aviron, édité par Lebeurier (n°32), p. 132. Le Brasseur (n° 10, p. 289) indique 1450. 1450 est une date possible, car c’est au printemps de 1448 qu’eurent lieu les fouilles dirigées par le roi René cf. Albert Lecoy de La Marche, Extraits des comptes et mémorial du Roi René, Paris, 1873, p. 310, n. 1. Le récit détaillé et officiel de ces exhumations et translations solennelles se lit dans l’énorme compilation de Michel Faillon publiée par l’abbé Migne en 1848 : Monuments inédits sur l’apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence, et sur les autres apôtres de cette contrée, saint Lazare, saint Maximin, sainte Marthe et les saintes Maries Jacobé et Salomé, par l’Auteur de la Dernière Vie de M. Olier. Pour la translation solennelle des reliques des saintes Jacobé et Salomé, cf. t. I, col. 1329-1333 ; t. II, col. 1203-1282. Si le savant auteur avait connu ce lointain transfert en Normandie et cette glorieuse réception à Évreux, il n’eût assurément pas manqué d’ajouter ce document aux témoignages de la vénération contemporaine pour ces reliques aux grandioses prétentions. — Mais 1453 est une date vraisemblable, car le Chancelier se trouve absent du Chapitre du 7 mai au 9 juillet : Reg. cap. (n° 86), pp. 341-367.

  183. [248]

    Voir un dessin de la partie du vitrail où se trouvent ces trois personnages dans Bouquet (n° 50), copié par Devoisins (n° 67).

  184. [249]

    Crevier (n° 19), pp. 197-210.

    Je signale que, le 20 février, Ciboule étant présent, Arnould Gréban n’avait pas été autorisé à se dispenser de l’assistance aux Heures canoniales : Reg. cap. (n° 86), p. 310. Le 20 avril, des processions au couvent des Prêcheurs ont été décidées pour le 22, afin de prier Dieu pour la cessation de la peste et des guerres : Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 82 r°.

  185. [250]

    Du Boulay (n° 7), p. 587.

  186. [251]

    Le même jour, le Chapitre prend une décision qui ne manque pas d’obscurité : il envoie six députés à l’Université pour lui exposer privilèges et libertés de l’Église au cas où l’Université persisterait dans son intention et ses projets pro facto cancellariæ Parisiensis. Je ne sais encore de quoi il s’agit au juste : Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 82 v°.

  187. [252]

    Le Batelier d’ Aviron (n° 32), p. 132.

  188. [253]

    Est-ce le bref qui confère cette dignité ? Est-ce un rappel d’une dignité plus ancienne ? — Nous ne savons : c’est la première fois que ce titre paraît. Il doit être authentique, car Le Batelier travaillait sur des documents conservés à Évreux, mais je n’en ai pas trouvé trace dans les Registres capitulaires.

  189. [254]

    Contre Alfred Franklin (n° 33), p. 23 et quelques autres. cf. plus haut. p. 101.

  190. [255]

    Du Boulay (n° 7), pp. 595-597.

  191. [256]

    Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 83 r°.

  192. [257]

    Reg. cap. (n° 87), p. 497.

  193. [258]

    Reg. Sarrazin (n° 91), fol. 155 v°.

    Le 4 juin, apprenant les grandes fêtes de Bourges à l’occasion de l’élection de Calixte III, l’évêque et le Chapitre prescrivent un Te Deum pour le lendemain : Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 83 r°. — Le 11 juillet, le chancelier est délégué pour une enquête de commodo et incommodo [des avantages et des inconvénients] à l’intérieur du cloître : Reg. Sarrazin (n° 91), f° 153 v°.

  194. [259]

    Manuscrit n° 95 : Proviseurs du Collège d’Harcourt. Le chancelier est absent du Chapitre du 19 septembre au 22 décembre : Reg. cap. (n° 87), pp. 581-630.

  195. [260]

    Bouquet (n° 50), p. 137.

  196. [261]

    Du Boulay (n° 7), p.601.

  197. [262]

    Beaucourt (n° 47), p. 379.

  198. [263]

    Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 84 v°.

  199. [264]

    Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 83 v°.

  200. [265]

    Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 84 r°.

  201. [266]

    Reg. cap. (n° 88), pp. 145-201.

  202. [267]

    Crevier (n° 19), p. 230.

  203. [268]

    Reg. cap. (n° 88), p. 280.

  204. [269]

    Reg. Sarrazin (n° 91), fol. 159 v°.

  205. [270]

    Reg. Sarrazin (n° 94), fol. 84 v°.

  206. [271]

    Reg. Sarrazin (n° 91), fol. 160 r°.

  207. [272]

    Reg. Sarrazin (n° 91), loc. cit.

  208. [273]

    Reg. Sarrazin (n° 91), loc. cit.

  209. [274]

    Reg. cap. (n° 88), p. 468.

  210. [275]

    Reg. cap. (n° 88), p. 482.

  211. [276]

    Reg. Sarrazin (n° 91), fol. 161 r°.

  212. [277]

    Reg. cap. (n° 88), p. 482.

  213. [278]

    Reg. cap. (n° 88), pp. 505, 520, 542.

  214. [279]

    Reg. cap. (n° 88), pp. 557, 669.

  215. [280]

    Reg. cap. (n° 88), p. 591 ; Reg. Sarrazin (n° 91), fol. 162 r° ; Reg. Sarrazin (n° 93), f. 118 r°.

  216. [281]

    Reg. Sarrazin (n° 93), fol. 120 r°.

  217. [282]

    Bouquet (n° 50), pp. 703, 705.

  218. [283]

    Bouquet (n° 50), p. 449 ; Bibliotheca harcuriana (n° 96). Contre Alfred Franklin (n° 33), p. 368.

    S’il faut déplorer que les Registres capitulaires soient plus riches de détails concrets que d’indications sur la vie intellectuelle et spirituelle du temps, ou pour mieux dire ne contiennent que ce qui concerne le temporel des chanoines, on voit cependant à quel point ils permettent de préciser dates et détails : ignorances, variations et divergences des biographes provenaient donc, non de l’état réel de la documentation, mais de leur négligence. En suivant quelques pistes ouvertes au passage, je ne désespérerais pas d’aboutir à plus de rigueur encore.

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