Le livre de sainte méditation en connaissance de soi
Le Liure de saincte meditacion en congnoissance de soy
Témoin du Socratisme chrétien, Robert Ciboule l’est surtout par son œuvre capitale, celle que j’ai placée en tête de sa bibliographie. C’est pourquoi, négligeant ici — et provisoirement — tout le reste de sa production littéraire, je me bornerai 164à examiner son témoignage dans le Traité où il est le plus clair, le plus abondant, le plus technique aussi.
Abondant, il l’est, puisqu’il occupe sous sa forme la plus réduite deux cent trente et un feuillets du manuscrit a ; technique, assez pour permettre de dégager de cette densité une doctrine simple et cohérente ; clair, sans doute, beaucoup moins, puisque personne, à ma connaissance, ne l’a encore correctement interprété, à tel point que, dès le titre de l’ouvrage, hésitations, incertitudes et fantaisies commencent. J’éliminerai rapidement les interprétations insuffisantes, pour m’attarder dans la compagnie d’un disciple enthousiaste : guidé par lui, je le dépasserai en rétablissant le titre original du Traité et en demandant à l’œuvre elle-même son secret avec ses pages les plus caractéristiques ; je tâcherai enfin de définir avec précision la nature et la portée de ce socratisme chrétien.
I. Incertitudes et approximations
Mal renseignés sur la biographie et la bibliographie de Robert Ciboule, nous devons nous attendre à recueillir de nombreuses et singulières erreurs dans la connaissance et l’interprétation de son œuvre littéraire. Rares, à vrai dire, sont les auteurs qui ont eu la curiosité de lire son principal ouvrage : presque tous se bornent à le nommer. Plus rares encore ceux qui s’aventurent, et sans bonheur, au delà de la simple mention du titre : ils sont quatre. Le premier, La Croix-du-Maine284, répétant d’ailleurs ainsi le titre prolixe de l’édition de 1556-1596, affirme que ce livre nous apporte la déclaration de tout ce qui est en l’homme
. Henri-Louis Bouquet285 ne copie pas la Bibliothèque françoise : il a eu le scrupule de lire au moins la première page du manuscrit ou d’une édition, ce qui lui permet de résumer le Traité en une phrase … traite des cinq degrés qui conduisent à la perfection, surtout de l’oraison ou méditation…
qui ne renferme que deux erreurs. Bien loin de traiter des cinq degrés
, l’œuvre n’en étudie et n’en veut étudier qu’un, le second plus éloignée encore de confondre oraison
et méditation
, elle donne 165strictement à ces mots techniques leur sens médiéval qui en fait deux degrés différents de l’échelle de perfection : meditacion
est essentiellement effort intellectuel, oroison
est prière, oratio
. M. Antoine Thomas286 évite ces précisions, dangereuses en définitive : il ne paraît pas avoir été frappé par le caractère d’encyclopédie anthropologique mis en relief par La Croix-du-Maine, et il classe cette œuvre sous la même rubrique que le Liure de perfection : ouvrages de piété en français
. L’abbé Féret287 n’a pas reculé devant une analyse ; voici en quels termes il nous présente le Livre de méditation sur soy mesme : L’œuvre comprend trois parties qui ont pour objet : la première l’âme, sa nature, ses facultés, les sens, les passions, le corps et sa décomposition (sic)
, en d’autres termes l’état naturel de l’homme ; la seconde les affections, les pensées, les opérations, le libre arbitre, la contradiction et bataille qui est en nous
, la vertu, l’ignorance et l’erreur, les diverses manières d’offenser Dieu, ce qui constitue lestat moral
de l’être intelligent ; la troisième, les remèdes dont Dieu nous a pourvus pour guérir nos plaies morales et qui sont les préceptes, les menaces, les promesses, promesse de pardon
, promesse de grâce
, promesse de gloire, et aussi la glorification du corps
. Et pour bien montrer qu’il a lu le texte, il ajoute288 :
La conclusion de l’auteur se termine par ces paroles :
… pour ce a présent souffise avoir taillé289 la matiere de saincte meditation sur soy mesmes.
Mais il n’a lu que la dernière page et les tables matériellement à peu près exact, son compte-rendu ne fait à aucun degré comprendre la réalité qu’il prétend analyser.
L’abbé Charles aurait été le premier, je ne dis pas à discerner l’inspiration réelle de cette œuvre290, mais du moins à l’avoir lue intégralement et avec estime, si dès 1555, animé par la plus pénétrante des sympathies, le Frère mineur Pierre Le Febvre, confesseur de Charles-Quint, ne se fût déjà préoccupé d’arracher ce livre à l’oubli en le dédiant à son impérial pénitent. Qu’on 166me permette d’emprunter à son opulente préface quelques phrases révélatrices, et même une partie de son analyse. Sans doute, je vais m’éloigner un instant de mon siècle mais c’est tout bénéfice, puisqu’au lieu d’un témoin du socratisme chrétien
j’en présente deux291.
A Tres Hault, Trespuissant, et trescatholique prince, Charles cinquiesme de ce nom. Empereur des Rommains tousiours Auguste, roy des Espaines, etc. F. Pierre le Febure son treshumble Confesseur et seruiteur desire heureuse conseruation en la grâce et paix de Dieu.
Le roy tressage considerant tout ce qui se passe soubz le soleil en ce present demaine, escript en son ecclesiaste. Cesar treschrestien, qu’il a trouué seulement une chose, ascauoir que le seigneur Dieu a faict l’homme droict, mais iceluy s’est entremeslé de questions infinies, comme ainsi soit qu’il ait le monde en sa disputation, dont il procede que les liures sont presque innumerables : Faciendi plures libros nullus est finis : qui cause affliction d’esprit et de corps. Et eslit a la fin une conclusion, disant que toutes autres choses postposées desquelles la congnoissance n’est nécessaire, l’homme se doit figer et arrester a une qui luy soit la plus nécessaire, la plus utile, et contienne en soy toutes autres congnoissances requises.
Et quelle peut bien être cette connaissance admirable qui est nécessaire et qui suffit ?
Telle est a tous et a chascun la congnoissance de l’homme par méditation sur soymesmes, laquelle doibt auoir tout homme, 167et entendre a soymesmes deuant que congnoistre autres choses ou entendre a icelles. Car raison naturelle iuge, et l’ordre de charité estably par le createur requierent, que l’homme se donne a soymesmes, en toutes offices les premières parties. Que si l’homme a grandes congnoissances des choses foraines, et ignore soymesme, il ne congnoit riens, il peruertit l’ordre, il contreuient a nature, et deuient en mal tresgref, disant Sainct Basile le grand : Re vera omnium grauissimum videtur esse, seipsum non nouisse292…
Ce fondement en raison, cette autorité patristique ne peuvent suffire ; il faut écouter une voix plus haute, ou plutôt deux voix souveraines dont l’origine et le surprenant accord confèrent à cette science un caractère sacré :
A raison de quoy Apollo ne commande autre chose par son oracle tant celebré par les philosophes et sages anciens, sinon congnoistre soymesme. Parquoy est manifeste que l’effect de ceste responce attribuée a vn Dieu (selon l’opinion des gentilz) est diuin et comprend tout. Ce que nous enseigne trop plus certainement et parfaictement non pas vn Appollo, mais nostre seul vray Dieu viuant, disant a chascun homme : Garde toymesmes, et ton ame soingneusement. Et de rechef : Entends et prens garde a toymesmes et a doctrine, insiste, perseuere, medite sur ces choses293.
Le premier résultat de cette connaissance, c’est l’ensemble des vertus294. Il en est un autre non moins important :
Par elle l’homme s’esleue et paruient iusques a la congnoissance du createur, voire en lumiere naturelle. Et combien que l’homme puisse congnoistre le createur par toutes ses creatures… mais il le congnoist trop plus parfaictement par ce qu’il voit en soymesmes, qui seul d’entre toutes creatures de ce monde, est a l’image de dieu295.
Voila posé le grand principe nous le retrouverons. Voyons maintenant en quels termes Frère Pierre va nous présenter Robert Ciboule :
Ce n’est donc pas sans cause que Salomon dit : Magna res est homo. L’homme est grand chose, aussi est ce grand chose de 168congnoistre l’homme… Or a traicté cest argument deuant noz temps le venerable docteur M. Robert Cibole, iadis Chancelier de Nostre dame de Paris, en son liure escript en langage vulgaire francois, intitulè de Saincte meditation sur soymesmes, qui fut imprimè vne fois lan 1510, lequel nous a exhibè honorable homme M. Jean Barhier Doien bien digne de l’eglise de nostre dame en la citè d’Arras. Auquel liure la science de congnoistre soymesmes est enseignée en la manière qui s’ensuit. Le liure est diuisè en trois parties : La première est de l’homme selon son estre naturel qui contient ame et corps. La seconde est de l’homme selon son estre moral, ascauoir de la bonté et malice des operations humaines. La troisième enseigne les remedes contre les maulx de l’homme, et la retribution des bonnes oeuures. En la premiere partie est demonstré que le ciel, la terre, et tout ce monde est créé pour seruir a l’homme, afin que l’homme serue a son Dieu, Apres est descript la formation des deux premiers parents Adam et Eue, Consequamment il escript de l’ame qui est la partie principale de l’homme pour quoy aussi il demeure en la consideration de l’ame principalement, declairant que cest d’icelle, de ses puissances, vegetatiue, sensitiue, et raisonnable, de l’entendement, de memoire, de la volonté, de son immortalité, de sinderese, de conscience, des passions et affections de l’ame, comme amour, crainte, ioie, doleur, de l’irascible et concupiscible. Comment il fault ordonner et moderer les susdictes passions pour acquerir vertu, de la loy de nature, a laquelle appartiennent les dix commandemens de Dieu et les quatre vertus cardinales. Du libre arbitre, et de ce que l’ame est a l’image et a la similitude de Dieu, en quoy est la haultesse et excellence souueraine de l’homme. A la fin de ceste partie il traicte du corps humain, de tous ses membres, de leurs offices differentes, et de diuerses complexions et inclinations. Qui vouldra lire le liure des triumphes de la noble et amoureuse dame, il trouuera a la fin du premier liure particulier la doctrine du corps humain extraicte de cest autheur, par le trauerseur des voies perilleuses296. En la seconde 169partie il enseigne par quelles choses les cogitations, affections ou vouloirs, et les operations de l’homme sont bonnes ou mauvaises, et est démontré que toute bonté procede de Dieu et la malice de l’homme, de la ruine de l’homme, de ses playes, au chef, au cœur, et en tous le corps de plusieurs manieres de peches qui sont maladies et plaies de l’ame. Et est traicte par anticipation du secours du samaritain celeste, qui par le merite de sa tressaincte mort, et par ses sacremens, subuient a la perdition de l’homme. A la derniere partie sont les remedes contre les plaies et maladies spirituelles et corporelles de l’homme, par diuines institutions (qui sont comme liens pour enuelopper les plaies) par diuines comminations ou menasses, de peine temporelle ou d’obduration de cœur, ou de supplice eternel (qui sont les incisions douloureuses des plaies et breuuages amers) et par diuines promissions, de remission des peches, de grace et de gloire (qui sont les oingnemens diuins) et auec ce par la gloire les bienfaictz sont remuneres plus qu’ilz n’en sont condignes. Par lesquelles 170choses toutes Ion congnoit qui et quel a esté, est, et sera l’homme en tous ses estas, depuis sa premiere formation iusques a sa derniere glorification297.
Après nous avoir ainsi décrit l’œuvre du Chancelier, son éditeur ajoute quelques mots sur sa méthode :
Et est en ceste œuvre tel ordre obseruè, que premierement l’autheur donne la declaration de ce qui est en l’homme, apres se reflecit sur les choses proposees, par attentiue consideration (que nous disons meditation) et passant plus oultre incite l’homme a l’amour de Dieu, il le prouoque a rendre actions de graces a un tel bienfaicteur, et l’esleue a contempler, louer, et magnifier la puissance, sapience, bonté, et prouidence du créateur298.
Il s’en faut que l’autheur
se soit astreint à une aussi constante régularité mais c’est bien son procédé habituel et le but de toutes ses descriptions.
Et voici où le frère Pierre fait preuve d’une pénétration remarquable :
Et par ces contempations (sic) l’ame sauoure quelques petites portions de la bonté diuine, et reçoit les arres tresdelicieuses du bien souuerain, desquelles elle est inenarrablement et diuinnement recréée. Et quand l’homme est en ceste haultesse, et comme transporté par esprit en Dieu… (p. 8.)
Le trait est mince, presque noyé dans cette dense préface, mais il suffit presque à placer le lecteur du Liure de saincte meditacion en face de la perspective que Robert Ciboule avait lui-même préparée.
Avant de quitter, à regret, notre Frère Mineur, lisons encore l’éloge qu’il fait du Livre et de son auteur :
Et ne se doibt taire l’erudition singuliere de cest autheur telle, qu’i est digne d’estre teut des plus doctes : Car il demonstre en tout son liure plein de philosophie tant naturelle comme aussi morale et diuine (que nous appelions theologie) combien que auec stil simple299… soubz son stil humble sont contenus plusieurs mysteres diuins, tellement que ie ne scay si les iours passés a esté escript liure en francois qui doibue estre prefere a cestuy. Et n’ay souuenance auoir leut liure ne latin n’autre qui explique 171tant exactement que c’est de l’homme, pour donner la science de congnoistre soymesmes, comme le faict ce docteur. — (Pp. 9-10.)
Le bon frère Pierre ne veut pas que nous protestions ; il précise :
Lactance a escript vn liure de l’homme intitulé De opificio Dei. Theodorite a faict aussi propre liure de la nature de l’homme, et en a faict mention en ses oraisons 3, 4 et 5 de prouidence. S. Basile en a traicté en son œuvre des six jours et en son oroison sur ce dit de la loy Attende tibiipsi : et plusieurs autres. Mais nostre chancelier a poursuivi ceste doctrine plus amplement que quelque autre. Et non seulement il illumine et enseigne, mais auec ce il enftamble a deuocion, a vertu, et a l’amour de Dieu. Et combien que ce liure soit tant vtile, et garde en soy science tant fructueuse et mesmes necessaire a tous, neantmoins il estoit delaisse : Car depuis quarante et cinq ans il n’est venu en public, ce que ie coniecture estre aduenu par la notable indiligence des imprimeurs qui lont commis au prele, lan 1510, mais auec faultes innumerables, par sentences omises, autres troublées, autres retirées par transposition d’aucunes dictions pour autres, en quoy a esté erre en tout le liure depuis le commencement iusques a la fin par plusieurs mille defaultes, qui rendoient l’œuvre quasi inutile, et estoit vn tresor absconse, desquelles iniures l’auons deliure, le repurgeant entierement et le rendant a son integrite, a fin de le remetre en lumière a l’utilité et edification de l’eglise. Nous auons en plusieurs lieux aide a la narration… — (Pp. 9-10.)
Hélas ! voilà pourquoi son édition ne nous est d’aucun secours pour établir le texte de notre auteur.
Écoutons enfin son exhortation à lire son livre et à en tirer le profit qui convient :
Voila le liure de l’homme declairant a l’homme que c’est de luy, l’object du quel luy est tousiours et par tout obiectè et presentè, Auquel l’homme estudiant soymesme, il s’examine, il se prend et condamne… Il se congnoist, et par la congnoissance de soymesme il monte a la congnoissance de Dieu pour viure a Dieu et a soy. Et iuge tresestrange entendre aux choses foraines, et negliger soymesmes, viure a aultruy et estre mort a soy, voiager en diuerses regions, nauiger les mers, circuir la terre pour congnoistre du monde, ignorant soymesme… Ceste meditation sur soymesme est aussi tresnecessaire aux hommes qui sont constituès en dignités puissances, ou preeminences sur les autres, et a tous ceux qui frequentent les cours des princes, afin de conseruer humilite… 172Et non seulement aux ministres des princes et aux iuges et seigneurs inférieurs conuient congnoistre soymesme, mais est aussi chose premièrement requise aux Princes et aux Rois, qui sont seigneurs et iuges souuerains sur la terre, lesquelz doibuent mediter sur euxmesmes, considerans leurs fragilités semblables aux autres hommes, comme le faict Salomon au liure de sapience. Et par ceste congnoissance se doibuent esleuer a la congnoissance de Dieu, pensans qu’il est le Seigneur et iuge uniuersel de tous, et d’eulx comme de leurs subiectz meditans attentiuement sur la puissance qui est en eux, et se transportans a l’intelligence des loix diuines, demandans a Dieu vn cœur docile et la sapience saincte, afin de bien iuger et estre bien iugez au iugement du iuste iuge eternel300. — (Pp. 11-13.)
Laissons le frère Pierre tenter de faire de Ciboule l’instituteur des rois. Il nous a révélé une partie du secret de son maître, mais il ne nous a expliqué ni le choix de la langue vulgaire pour une œuvre de cette importance, ni le titre, ni le plan, ni le but précis de son grand autheur
; il a surtout oublié, dans l’enthousiasme 173de sa découverte, de rechercher les maîtres de son maître. Pour comprendre le Liure de saincte meditation, il est temps d’interroger Ciboule lui-même.
II. Titre, but et plan de l’œuvre
Liure de saincte meditacion en congnoissance de soy301
, Le liure des iustes aultrement nomme de saincte meditacion302
, Le liure de meditacion303
, Le liure de saincte meditacion en congnoissance de soy304
, Le liure de saincte meditation sur soy mesmes305
ou liber meditationum306
, Le livre tresutile de saincte méditation de l’homme sur soy mesme307
: quelle forme a le plus de chances d’être originale et d’exprimer, par conséquent, le dessein de Robert Ciboule ?
Toute la tradition nous suggère immédiatement qu’il y a certainement un élément à conserver : saincte meditacion
. Elle ne permet pas de décider si la connaissance de soi
appartient à l’intitulation primitive, ou si le titre bref de A et de B doit être préféré308. C’est Robert Ciboule lui-même qui nous instruit sur ce point. Dans son deuxième ouvrage, en effet, le Liure de perfection, il écrit :
… et pour ce que de la congnoissance de soy a este dit en vng autre liure309…
et, d’une façon qui se rapproche encore plus de la citation d’un titre :
… de ce ay ie parle plus au long en vng autre traicte de la congnoissance de soy310.
Saincte meditacion
, congnoissance de soy
, ces deux éléments doivent être réunis par la préposition en
. Seuls, la table des matières de A et le manuscrit C, notablement deterior
174ont conservé cette leçon que l’on peut considérer comme difficilior
: ce n’est pas une raison pour l’abandonner, au contraire. Un titre aussi complexe, construit sur un pivot dont le sens précis devenait de plus en plus obscur ou douteux, devait ou se scinder ou voir son articulation évoluer vers plus de clarté apparente. Nous avons vu les deux éléments séparés et l’un ou l’autre arbitrairement retenu : une erreur de lecture toute naturelle a provoqué, sous la plume d’un érudit de la valeur de Léopold Delisle, l’évolution fatale de en
à et
311. Il faut pourtant garder en
, au sens de in
latin312 dans ses deux fonctions, avec ou sans mouvement : il s’agit ici en effet aussi bien du but que de la matière
de la sainte méditation, il s’agit d’apprendre à nourrir la méditation au moyen de la connaissance de soi, et aussi, par la sainte méditation, à pénétrer plus avant dans la connaissance de soi.
Ce Liure de saincte meditacion en congnoissance de soy, le chancelier de l’Église de Paris n’a jamais eu l’intention de le présenter comme une œuvre magistrale. Quoi qu’en dise le frère Pierre Le Febvre, Ciboule n’a pas voulu composer une œuvre d’érudition capable de supplanter les traités de ses devanciers : bien éloigné de vouloir rivaliser avec les grands auteurs qu’il a étudiés à la Faculté de théologie, il ne prétend pas renouveler la question qu’il aborde : il ne recherche nullement les suffrages des doctes. Il écrit en français, cela suffit : il ne peut s’agir que d’une œuvre de vulgarisation. Est-ce encore une hardiesse313 que d’employer 175la langue vulgaire pour écrire sur des matières hautes et subtilles
? Il ne semble pas : on classe soi-même par ce moyen son ouvrage dans la catégorie des livres bons pour les lecteurs utriusque sexus
et pas du tout réservés à l’élite des clercs. C’est très délibérément que Ciboule a choisi ce sort. Son livre se présente à nous dépourvu de prologue à ce sujet, mais il renferme de nombreuses déclarations explicites, ainsi :
Les choses plus subtilles ie les laisse aulx estudians scolastiques qui se estudient en matiere morale314
de même qu’il rappelle sans cesse qu’il s’adresse aux femmes comme aux hommes :
tu soies meu ou meue315…
pour quoy es tu si curieux ou si curieuse316…
Ce souci est constant chez Ciboule, au point de constituer un trait caractéristique de son style : on le retrouve dans ses sermons où il influe jusque sur la traduction du thème
et des citations latines :
Quoniam filii dei estis… qui vault autant a dire en commun langaige, pour ce que vous estez filz et fillez de dieu317…
et plus loin :
celuy ou celle qui a vraye foi318…
et encore :
qui spiritu dei aguntur… ceulz qui sont menez par lesperit de dieu ilz sont filz et filles de dieu319.
Théologien et homme d’Église éminent, pouvant, grâce à sa science et à son prestige, se permettre une telle œuvre de vulgarisation en matière aussi délicate, que va donc offrir à ses lecteurs le chancelier de Notre-Dame, et comment va-t-il le leur présenter ? Quelle est son inspiration de fond et quel est son plan d’ensemble ? Questions primordiales et toujours négligées. L’auteur, pourtant, est loin de masquer son dessein : à deux reprises, il l’expose, il l’étale avec insistance. La place même qu’occupent ces déclarations, au début et à la fin du livre, ajoute à leur importance et rend plus étrange l’oubli où on les a tenues. On peut considérer en effet les dix premiers chapitres de la première partie320 comme une sorte de prologue qui expose une conception générale de la vie chrétienne et une technique de la méditation ; la Recapitulacion de tout le liure
qui termine la troisième 176partie321 montre avec évidence comment toute la composition a été inspirée par une théorie de la contemplation. Trois notions essentielles dont il n’est pas malaisé de déceler sur-le-champ l’origine : toutes trois proviennent de la même source collective : Saint-Victor. Mais les deux premières sont empruntées à Hugues, la troisième à Richard. L’influence de Hugues permet de comprendre, explique vraiment le but précis de Ciboule, celle de Richard rend compte du plan de son ouvrage. Pour s’en convaincre, le mieux est de citer les pages les plus nettes de ce prologue et de cette conclusion.
1. La vie chrétienne et ses degrés
Il va sans dire que l’idée de présenter la vie chrétienne comme une série de degrés échelonnés du moins parfait au plus parfait n’appartient pas à Saint-Victor : on la retrouve, sous une forme ou sous une autre, dans toute la tradition ascétique. Mais il me paraît important de noter que, le plus souvent, il s’agit pour les auteurs de Scalæ
d’apprendre au moine par quels exercices il doit sanctifier sa cellule : il suffit de rappeler le de quadripartito exercitio cellæ. Or, Hugues qui, dans son Eruditio didascalica, s’adressait assurément avant tout à des moines, y emploie cependant un terme tout à fait général qui, de soi, désigne tous les chrétiens : vita justorum… écrit-il322. Voilà sans doute une des raisons pour lesquelles Ciboule s’est attaché de préférence à son texte, en le complétant de façon à bien marquer, dès le début, qu’il s’agit pour lui d’une œuvre de large humanité et non d’une discipline de cloître.
La vie des iustes en ce monde est excercitee en cinq323 choses par les quelles ainsy que par degrez elle est subleuee a la perfection qui est aduenir en la vie mortelle. Le premiere chose est 177doctrine, la seconde est saincte meditacion, la tierce est oroison, la quarte est operacion, sensuit la cinquiesme chose qui est contemplacion en laquelle aussi comme on fruit des quatre precedentes on gouste en ceste mortelle vie quel louyer ou guerdon on aura en lautre des operacions meritoires esquelles on sest excercite par deca, duquel louyer parle dauid le prophette disant en louant les iugemens et commandemens de dieu desquels il dit : In custodiendis illis retribucio multa324. Grant retribucion aront ceulx qui se excerciteront a garder les mandemens de dieu. Des cinq degrez ou eschelons le premier est leçon ou doctrine et conuient aulx commencans cest a dire a ceulx qui commencent a monter en la montaigne de parfaicte vie telle que doit estre la vie des crestiens qui doit estre en sanctite de bonnes meurs, iouxte ce que dit nostreseigneur : Sancti estote quia ego sanctus sum325. Soies sains car ie suis saint. Le quint degre qui est le souuerain contemplacion appartient aulx parfais. Les moyens degrez comme meditacion oroison et vertueuse operacion appartiennent aulx prouffitans, et de tant que on en monte plusieurs de tant plus on approche a perfection326.
Le nom même attribué à chacun de ces degrés suffirait à caractériser son rôle mais le maître veut être bien compris de son disciple inexpérimenté, et il précise, avec Hugues de Saint-Victor :
Et affin que tu puisses mieulx entendre tu dois sauoir que le premier pas ou degre cestassauoir lecon ou doctrine donne intelligence, soit par lecon leue ou liure ou par doctrine ouye en predicacion ou aultre maniere de instruction par la quelle lecon ou doctrine ton entendement acquiert science et appercoit qui est a faire et qui est à laisser. La seconde cestassauoir meditacion donne aduis et conseil sur ce que on a apris par lecon, oroison demande, operacion quiert le louyer, et contemplacion le treuue327.
Définitions trop abstraites encore Ciboule le sent, et il passe immédiatement à une application directe, personnelle et vivante de cette doctrine :
Et doncques se tu lis ou se tu oys aucune doctrine si que tu lentendes et par ce tu congnoisses ce qui est a faire pour bien viure tu as bon commencement, mais il ne te suffit pas, tu nes pas encore parfait car il na pas fait qui 178commence, combien que celuy qui a bons principes, et qui a commencement il a grant aduentaige de paruenir plus oultre car en toutes choses on seult trouuer grans difficultez au commencement. Ainsi que dit ouide le poète : Difficiles aditus impetus omnis habet328. Et pour ce dit aristote : Dimidium facti qui bene cepit habet celuy qui a bien commence il a pres que la moitie de son fait. Puis doncques quil ne suffist pas auoir ce premier degre monte au second iusques a meditacion qui est aussy comme la maison de conseil la ou tu penseras et mediteras a part comme tu pourras acomplir ce que tu as apris estre a faire. Et cecy est bien nécessaire car plusieurs sont qui ont science et qui sceuent qui est a faire mais ilz ne congnoissent pas comment ilz doiuent faire. Et pour ce que le conseil humain sans laide de dieu est enferme et na point defficace specialement en choses qui sont dessus nous comme merir la vie pardurable, il se fault drecier et assourdre au tiers degre, cest oroison et demander laide et la grace de dieu sans le quel tu nos puissance de faire quelque bien, disant notre seigneur ihesuscrist en leuuangille saint iehan : Sine me nichil potestis facere329. Sans moy vous ne pouez quelque chose faire, demande par oroison que la grace de dieu qui ta preuenu en illuminacion de ton intelligence en te donnant congnoissance de ce qui est a faire vueille en ensuiuant adrecer tes piez tes affections in viam pacis, en la voie de paix et de iustice et tellement que ce qui est en ta voulente par propos de bien faire tu le puisses mener a effect de bonne operacion. Soies certain que se tu as monte ce pas de oroison que dieu te donnera sa grace et son aide, et ainsi ne reste si non que tu te donnes a operacion cest que tu par effect viues bien et faisant et mectant a effect ce que tu as apris par lecon en la maniere que tu as aduise par saincte meditacion, auecques laide de dieu que tu as impetree par oroison, et tout ce tu deseruiras obtenir par meritoire operacion. Bonne operacion est la voie par laquelle on va en la vie eternelle. Qui court par ceste uote quiert la beatitude, conforte toy donques et fay tes oeuures vertueusement, ceste voie de bonne operacion a son louyer toutes les foys que sommes fatigez des labeurs de ceste mortelle vie il plaise a dieu nous regarder par illustracion de sa grâce par laquelle nous sommes alleuiez et soullegiez en 179contemplant sa grant bonte et la grant multitude de ses bénéfices et par ce nous assauourons et goutons par experience que dieu est souef et béguin, ainsi que disoit le psalmiste : Gustate et videte quia suauis est dominus330. Goustez et congnoissez que nostre seigneur est souef et amiable. Et par ce tu vois ce que iay dit par auant que contemplacion treuue ce que oraison demande. Or vois tu comme par ces eschelons ou degrez on monte iusques a perfection et qui ne vient iusques au hault il ne sera ia parfait331.
Est-ce à dire que l’ascension soit régulière et uniformément tendue vers le sommet ?
Et pour ce nous deuons auoir propos de tousiours monter par ceste eschielle mais pour la grant mutabilite de ceste vie mortelle nous ne pouons pas longuement estre en vng degre et sommes souuent contrains regarder souuent aulx degrez qui sont ia montez. Et affin que nous ne perdons le degre ou nous sommes nous est necessite retourner aulx plus bas et a ceulx qui sont dessoubz. Exemple en particulier celuy qui est ia acoustume de faire oeuures vertueuses comme viure humblement, viure actrempement et chastement, il descent au degre de oroison et se retourne a prier dieu que il ne faille a perseuerer en ses bonnes operacions. Et à la fois celuy qui insiste souuent a oroison il descent en meditacion en meditant quelle chose il veult prier et comment il doit son oroison ordonner. Et de rechief quant il ne treuue pas par sa meditacion souf fisant conseil il retourne a lecon ou a doctrine la ou il treuue ce que par luy neust pas trouue. Et ainsi il aduient que combien que nous aions voulente de monter souuent iusques au souuerain eschelon de ceste eschielle, cest a contemplacion, nous est force et necessite que nous descendons. Et quant il aduient que par necessite de ceste vie on descende de ce qui est en propos et en voulente mais que ce propos demeure a la voulente la personne a neantmoins grant merite pourueu que ceste descente ne soit pas hors de gerre de bonnes oeuures332…
Ce cadre général adopté, cette conception de la vie chrétienne établie avec précision et souplesse, il est sûr que chacun des degrés
ainsi définis peut inspirer une œuvre littéraire et que chacun est assez important pour que l’œuvre qui lui serait consacrée soit considérable :
Combien que chascun des degrez 180deuant dis requerroit vng special traictie qui vouldroit insister sur ce, toutesuoies mon intencion est a present de me determiner a la matiere de saincte meditacion car il me semble que sauoir bien et sainctement mediter et sur quoy est grant et fructueuse chose pour soy excerciter en toutes les cinq choses deuant dictes333.
On ne saurait désirer plus de clarté : Robert Ciboule va s’appliquer exclusivement à l’étude de ce deuxième degré, tout fait essentiel, de la vie chrétienne, de cette étape nécessaire entre la vérité enseignée et la vérité possédée, la méditation. Il prend même soin de délimiter encore son sujet en ajoutant au texte de Hugues une épithète qui doit écarter de son enquête psychologique tout ce qui n’est pas d’ordre religieux : c’est bien le Liure de saincte meditacion
qu’il prépare. Qu’est-ce donc pour lui que la sainte méditation ?
2. La sainte méditation
Quelle que soit la nature exacte de ce saint exercice, entraîner le commun des chrétiens à la pratique de la méditation ne peut être qu’une tâche difficile. Ciboule en a conscience, et son premier souci est d’inspirer à ses lecteurs l’estime de ce degré de vie : ce qu’il va proposer, en plein accord avec son maître Hugues, c’est une recette de bonheur334.
Si quis meditacionem amare familiarius didiscerit eique sepius vacare voluerit, iocundam valde reddit vitam. Quiconques aprendra familiarement aymer meditacion et souuent y vouldra vaquer elle luy rendra tresioyeuse vie car elle donne en tribulation tresgrande consolacion cest celle qui separe335 lame du bruit et strepillement des choses terrines, cest celle qui fait ia en ceste vie gouster et sauourer la doulceur du repos pardurable et des ioyes celestielles. Quant lame deuoste se sera exercitee a mediter les creatures et choses diuines elle en ara ycy double fruict. Lentendement sera illumine par congnoissance et laffection sera enflambee de amour et de leesse espirituelle. Qui a experience de saincte meditacion il scet certainement quil y a en elle grant ioye, grant plaisir et grant delectacion336.
181Activité de l’esprit, la sainte méditation doit être définie d’abord par ce qui la distingue des autres formes de la vie mentale, et en second lieu par l’objet autour duquel elle s’exerce. Richard de Saint-Victor a appris à Robert Ciboule comment on pouvait procéder à la première analyse :
Les maistres337 mectent difference entre cogitacion, meditacion et contemplacion. Ilz ont conuenience ensemble pour ce quelles sont toutes trois en lentendement et en toutes trois quelque regart dentendement, mais il y a difference iacoit ce quelles soient aucunes fois dune matiere. Car une même chose est autrement en lentendement par cogitacion, aultrement par meditacion et autrement par contemplacion. Cogitacion est vague et incertaine et va et vient sans quelque fin ou determinacion, meditacion se efforce a determiner son entendement et parquerir la condicion dune chose, contemplacion vole franchement par une agilite dentendement a congnoistre parfaictement les choses contemplees. Cogitacion est lente et parceuse, meditacion est plus ioyeuse et va legierement, contemplacion vole partout et va par dessus en considerant toutes les qualitez et condicions contemplees de la chose contemplee et va aucunes fois hault, aucunes fois bas selon ce que lesperit la conduit. En cogitacion est labour sans fruict ains y a aucune fois grant peine a soustenir diuerses cogitacions qui sourdent de confusion de la fantoisie de quoy disoit iob : Cogitaciones mee dissipate sunt torquentes cor meum338. Les cogitacions qui estoient en mon entendement et tourmentoient mon cueur sont dissipees. En meditacion y a labour et fruict et ce sauoit dauid qui disoit : in meditacione mea exardescet ignis339, en ma meditacion le feu se alume, cest charite qui se embrase par saincte meditacion. En contemplacion ny a pas si grant labeur et mieulx ny a point de labeur et si y a grant fruict. En cogitacion il y a euagacion de pensee, en meditacion il y a parquisicion et inuestigacion, en contemplacion il y a admiracion et consolacion. Cogitacion vient de lymaginatiue, meditacion vient de raison, contemplacion vient de lintelligence. Or entens bien comment tu congnoistras lune de lautre, cogitacion a vng mouuement vague et passe de lung a lautre, meditacion perseuere et entent a une chose, contemplacion 182entour une chose voit choses innumerables et soy espant par intelligence aussi comme se lentendement se dilatoit, et de tant que plus y perseuere de tant est plus capable de plusieurs choses, et si est plus acu et plus subtil a penetrer plus auant a la chose contemplee. Autre difference car meditacion et contemplacion sont communément occupees en choses vtiles et conuenables, et seulent estre en la personne qui se estudie a sapience et a science, mais cogitacion pres que a chascun moment se tourne a choses inutiles ineptes et friuoles et se ingere et precipite a telles choses de neant sans frain de dtscrecton. Mais il aduient aucunes fois que quant nostre entendement a tant discours en diuerses matieres par euagacion de cogitacions finalement il se arreste a penser a une chose, et quant il se donne par grant desir a enquerir les qualites et condicions dicelle chose la cogitacion passe en meditacion. Et pour tant on dit que meditacion est une maniere de cogitacion et lappelle on aucunes fois cogitacion. Et ainsi est il de meditacion au regart de contemplacion car quant par meditacion on a trouue la verite de la chose lame la recoit soigneusement et se seult esmerueiller et se esiouir de ce quil congnoist la verite. Et prent grande exultation en ceste admiracion et si arreste assez longuement et ainsi en meditant il excede meditacion et passe et entre en contemplacion. Et ainsi cest proprement contemplacion quant lame se delite et se arreste a veoir en admiracion ce quelle voit, et par ce elle differe de cogitacion la ou ny a point de plaisir ne darrest, et de meditacion la ou ny a pas si grant plaisir car il ny a pas si grant admiracion de ce que on congnoist par meditacion simple comme par contemplacion, neantmoins tu dois sauoir que meditacion est bien pres de contemplacion et souuent on passe de lune a lautre, et pour tant aucunes fois les docteurs et les sainctes escriptures prenent lune pour lautre340.
Intermédiaire entre la pure imagination et la claire vérité, la méditation peut donc être définie avec Hugues341 :
Meditacion est une determinee cogitacion par laquelle on quiert la maniere, la cause, la raison et condicion de la chose a quoy on pense342.
Par rapport a son objet,
saincte meditacion343 est diuisee en trois especes ou manières. La première est es creatures. La seconde 183est es meurs. La tierce est es commandemens et diuines institucions. La premiere vient de admiracion, la seconde vient de soy congnoistre par diligente consideracion, la tierce des escriptures par bonne inquisicion…
et si l’on veut sans tarder la définir par rapport au seul objet qui sera considéré en cette œuvre :
La premiere est sur la congnoissance naturelle de toy, la seconde sur la congnoissance morale, la tierce meditacion est sur la congnoissance de toy selon les remedes qui te sont donnez pour vie éternelle344.
Ajoutons que
par telles meditacions on confere en soy mesmes par le don de conseil la naissance la cause la maniere et lutilite dune chascune chose345, et nous aurons indiqué la collaboration surnaturelle requise pour un tel labeur.
Nous rejoignons ici l’analyse du frère Pierre Le Febvre ainsi éclairée par les deux notions capitales que je viens de dégager rapidement ; elle suffit à rendre compte du contenu matériel du Livre. Bien composé, divisé en trois parties, c’est en effet une psychologie et une anatomie qu’il expose dans la première, une morale dans la seconde et une anthropologie surnaturelle dans la troisième. Limiter ainsi l’objet de la sainte méditation à la connaissance de soi suffirait sans doute à constituer un socratisme chrétien, mais limiter l’entreprise de Robert Ciboule à cette doctrine et à ces cadres ne suffirait assurément pas à comprendre son inspiration la plus profonde : c’est elle qu’il faut maintenant discerner.
3. La contemplation
D’une importance capitale dans la vie chrétienne, le degré
de méditation est, par définition même, un degré intermédiaire : former à la méditation, c’est donc placer et entraîner son disciple sur une route qui a un terme, sur une montagne qui a un sommet. Rien n’est plus essentiel pour définir un mouvement que de connaître son terme : rien n’est plus sage, ce terme une fois connu, que de préparer la voie la plus directe pour l’atteindre. C’est avec cette conviction et cette sagesse qu’a été composé le Liure de saincte meditacion en congnoissance de soy. Puisque la contemplation est le terme normal de la vie chrétienne, puisque la méditation n’est qu’une étape, et même, nous l’avons vu, une étape assez instable que l’esprit franchit parfois d’un coup 184d’aile, la meilleure méthode de méditation — même élémentaire — sera celle qui s’inspirera d’une doctrine sûre et complète de la contemplation. Cette doctrine, Robert Ciboule l’a apprise de Richard de Saint-Victor. Il n’a pas voulu en faire le sujet de son amplification vulgarisatrice, mais il s’en est constamment, profondément et, en un sens, exclusivement inspiré. C’est elle qui commande la composition matérielle de son œuvre, c’est elle qui anime sa certitude de faire un travail efficace. Sur ce point essentiel, rien n’est plus net que sa conclusion générale : malgré sa longueur, je la citerai presque intégralement tant son utilité me paraît grande pour comprendre tout l’ouvrage, son auteur, et plus d’un penseur de son temps.
Recapitulacion de tout le liure346… Pour faire fin a nos dis ie conclurray ce present liure par une briefue recapitulacion de la matiere diceluy. Tu as en ce liure matiere de moult belles meditacions lesquelles tu pourras fonder et edifier sur la congnoissance de toy et de ce que, par ce qui a este dit, tu congnoistras estre en toy tant selon le corps que selon lame, tant selon le sens naturel quant a la première partie, que selon le sens moral quant a la seconde partie, que selon les remedes a toy donnez par la prudence diuine quant a la tierce. Certes, comme il a este dit deuant, tu peulx fonder en toutes creatures bonnes meditacions, car en chascune creature reluit la puissance, la sapience et bonte de dieu347 ; mais en homme la semblance de Dieu est plus expresse que en quelconques choses materielles, et pour ce soy congnoistre est moult proffitable. Et puis quant on prouffite plus en la congnoissance de soy de tant proffite len plus a la congnoissance de dieu et de toutes les autres creatures tant angeliques que matérielles.
Et par les sainctes meditacions que tu aras fondees en la congnoissance de ce qui est en ton corps et en ton ame selon les trois consideracions deuant dictes, selon lestre naturel, selon lestre moral et selon les remedes qui sont par graces et par gloire, 185tu pourras monter iusques a feruente contemplacion qui commence en saincte meditacion. Et pourras en toy trouuer grant matière de proffiter en contemplacion selon trois manieres de contemplacions que met richart de saint victor, voire se tu te y veulx donner en esperance de laide et de la grace de dieu. Contemplacion, selon ce docteur348 est diuersifiee en trois manieres ; aucunefois la personne est en contemplacion par une maniere, aucunefois par lautre : aucunesfois contemplacion est par dilatacion de pensee, aucunesfois par eleuacion et aucunesfois par alienacion.
Dilatacion de pensee est quant lentendement se extent et se espant en plusieurs choses mediter lesquelles on peult assez aisiement congnoistre comment, mais que on applique son engin et entendement. Et ceste applicacion par aguisement destude et de vehemente meditacion est349, contemplacion par ceste maniere, par dilatacion de pensee. Certes tu as bien matiere et large en toy, tant, en ton corps que en ton âme, sur laquelle tu peulx eslargir et espandre ta meditacion a la fois sur le corps a la fois sur lame selon son estre et condicion naturelle, de quoy a este dit largement en la premiere partie, en laquelle a este dit de la creacion de lame et de ses puissances, du corps et de ses parties et menbres. Or ie te prie regarde partout ca et la en ton corps et en ton ame, et tu aras comme une grant region a contempler bien au large de ceste manière de contempler par dilatacion de pensee : sur quoy peult estre entendu ce que dieu dit a abraham : Leua oculos tuos et vide a loco a quo nunc es ad aquilonem, ad meridiem, ad orientem et ad occidentem, omnem terram quam conspicis tibi dabo. Lieue tes yeux et regarde du lieu ou tu es350 et espans ta veue et regarde a destre et a senestre, hault et bas, et tu verras que toute la terre, c’est a dire ton corps qui est de terre et tout ce qui est dedans, ie la tay donnee, aussi comme sil vouloit dire : estans ta consideracion sur toy mesmes qui es terre quant au corps, tu y trouueras grant latitude de diuerses choses et merueilleuses, et par ceste meditacion tu loueras ma puissance, ma sapience et bonte. Considere quant au corps la matiere, la forme, la multitude des menbres et la connexion, lordre et adaptacion 186diceux, comment ilz seruent naturellement lung a lautre et secourent lung lautre la beaulte du corps et les menbres du chief, des sens qui sont en luy, et la grant armonie des organes et instrumens qui sont pour les operacions corporelles. Considere aussi quil y a innumerables choses dedens le corps qui sont a la confirmacion et nourrissement du corps, et pense que tout est congneu a la science diuine et non a nous durant ceste vie351. Considere aussi comment le corps obeist a lame quant a soy mouuoir, et puis considere comment le corps est corruptible et mortel, et que en ce vaissel corruptible y a si noble tresor comme lame qui est faicte a lymage de la saincte trinite. Or pense es choses deuant dictes qui ont ete assez desclairees, et sans toy remuer de ton lieu, tu verras la terre que dieu ta donnee et contempleras par dilatacion et eslargissement de pensee sur ton corps. Et mesmes sur ton ame tu trouueras encores plus grant latitude et plus diuerses choses desquelles tu aras en partie congnoissance par ce qui a este dit en la premiere partie. Pense que cest que ton ame, comment cest une substance immaterielle et intellectuelle qui contient en soy toutes les perfections des autres creatures : elle communique auec les choses insensibles et qui ne sont pas viues, auec les bestes, et auec les angeliques esperis, comme il a este dit. Et pour ce en congnoissant ton ame, tu medites a congnoistre les anges qui sont de nature intellectuelle comme ton ame et plus parfais que ton ame. Tourne toy apres a mediter les puissances de lame, tant en la partie vegetatiue que en la sensitiue que aussi en lintellectiue, et pense quelle diuersite il y a de vertus et comment ton ame a diuerses puissances en diuerses operacions. O qui est ce qui bien estendra son intelligence a contempler par dilatacion de pensee en tant de diuerses choses qui sont au corps et aussi en lame certes qui bien est usagie de contempler en ceste maniere de contemplacion, il y a commencement de soy esleuer aulx choses inuisibles et passera legierement aulx autres manieres de contempler sur soy par la seconde manière et par la tierce manière de contemplacion, cestassauoir par subleuacion et alienacion de pensee.
Tu tesleueras a contempler plus hault par la congnoissance 187que tu aras de toy selon estat moral, et subleueras ta pensee quant tu congnoistras ce qui a este dit en la seconde partie : quant tu penseras sur la iustice de dieu quil excerce en homme pour la cause de pechie et leueras ta pensee a mediter en humilite lestat de nature humaine qui a este nauree de pechie ainsi quil a este dit. Pense de lenfermete, de la langueur du chief de lame qui est franc arbitre, de la tristesse du cueur pleureux qui est prudence ou conseil humain, de la douleur des piez et de tout le corps et de ce tu te pourras esleuer a mediter sur la vengence que dieu fait si generalement pour le pechie de adam. Et puis pourras monter a la prudence diuine qui a permis ce pechie et comment ce pechie a este occasion de humilite a lumain lignage, et comme dieu a ordonne ce pechie a bien, comme il eslit du mal le bien352, et a telles choses qui requierent esleuacion de pensee en dieu. Et puis a la fois pour toy humilier tu descendras a congnoistre ton inclinacion a pechie, comme tes meurs, tes affections, tes cogitacions et tes operacions sont vicieuses, et penseras, par diligentement mediter sur ton estat, sur tes condicions, sur ta maniere de viure et a quoy tu es enclin soit a vice soit a vertu, comme tu dois excerciter a vertu acquerir par frequentacion et excercite de bonnes operacions, comme tu te acoustumeras a bien faire en delaissant toutes tes mauuaises inclinacions. Et ie croy que ces meditacions ycy te seront moult fructueuses, et par ce tu te leueras en pensee a mediter les benefices de dieu en toy, les bons desirs, les bons mouuemens, les secres conseilz quil te donne en tes affaires quant tu es en doubte et tu as recours a luy ; par quoy en eleuacion de pensee tu contempleras sa sapience et loueras sa honte et la grant begninite quil fait auecques toy…
Mais aussi ie disoie que, selon les remedes que dieu nous a donnez contre nos plaies, desquelz a este dit en la tierce partie, on peult auoir matière de la tierce maniere de meditacion pour paruenir a la plus parfaicte maniere de contemplacion que on puisse auoir en ceste vie, laquelle nest point eue si non par special grace de dieu, comme aussi on doit entendre des autres manieres de contemplacion que on ne peult auoir sans la grace de dieu especial. mais de tant que la personne est plus hault esleuee de tant a il plus grant don de grace de dieu. Tu as eu en ceste tierce partie triple remede que dieu nous a donne contre nos enfermetez 188et miseres humaines pour finablement paruenir a plaine et parfaicte sante. Le premier remede est institucions, le second est diuines comminacions, le tiers est diuines promissions. Et chascun de ces trois remèdes a este diuise en trois : les institucions diuines sont en commandemens, en prohibicions et en conseils ou admonicions. Les diuines comminacions sont diuisees en trois, car dieu menace les pecheurs de paines et afflictions temporelles, de obduracion de pensee qui est quant dieu laisse la creature vser de son sens reprouue ; il menace aussi de dampnacion pardurable. Les diuines promissions ont este diuisees en trois, car dieu nous promet indulgence de nos pechiez, il nous promet donner ses dons de grâce, il nous promet donner finablement ses dons de gloire éternelle. O qui est celuy ou celle qui en ces choses cy ne prendra matiere de meditacion et de parfaicte contemplacion, voire aussi iusques a estre ainsi comme hors de soy par exces et alienacion de pensée, se dieu luy donne ceste grace, quant tu mediteras premièrement sur la diuine prouidence qui par sa bonte a ordonne si grans et si dignes remedes pour nous saner et guerir des plaies de nos pechiez. Certes il auoit bien dit par le prophette quil ne vouloit point ne ne veult la mort du pecheur ains que par les remedes deuant dis il se conuertisse et viue pardurablement. Pense a quelle fin il nous a donne les commandemens tant par moyse en la montaigne signay en lestat de la loy ancienne que par son propre filz en lestat de la loy de grace. Pense quelle cure il a de toy, comme il te baille les remedes salutaires. Pense que iamais vng pere ne pense si diligemment instruire ses enfans en science ne en meurs comme dieu fait toy. Il est createur, il est docteur, il est medecin. Nest ce pas grant bénignité, grant doulceur et bonté quant il te dit que tu dois faire et que tu ne dois pas faire pour ton salut. Nest ce pas grant bonte de mectre deuant toy par ses conseilz et admonicions la voie de perfection affin que tu soies parfait ou parfaicte se tu veulx entrer lestât de perfection, il te propose virginité, il te propose toute voluntaire chastete, il te propose renunciacion au monde par religion, il te propose auoir charite a tes ennemis, il te propose faire le bien contre le mal et ne rendre point malédiction pour malediction, et ainsi des autres exhortations, conseilz et bonnes admonicions. Mais qui plus est, voiant que tu es enferme, foible et enclin a pechie, il te fait paour par ses menasses et te propose les verges de quoy il bat ses enfans, et non pas seulement ses enfans, mais aussi les 189bastons et fleaux desquelz il punist les mauuais rebelles affin que tu le craignes a offenser : vraiement il quiert bien ton salut par toutes voies, aucunes fois il te rit, aucunes fois il se monstre courroucie a toy, maintenant il te donne consolacion, après affin que tu nen abuses il te laisse cheoir en affliction, et puis affin que tu ne desesperes il reuient a toy et te donne reconfort. Vraiement il dit bien par la bouche de salomon : Delicie mee esse cum filiis hominum ludens in orbe terrarum353. Dit nostreseigneur : mes plaisances sont estre auecques les hommes et me ioue et mesbas auecques vous sur la terre. Certes bien semble que dieu se ioue auecques nous tout ainsi que la nourrisse auecques le petit enfant : maintenant luy rit, maintenant luy monstre la verge, maintenant luy promet aucune chose, maintenant le menasse, maintenant le maine, maintenant le tient par la main et laprent a aler et le soustient, et maintenant le laisse tout par soy, et sil aduient quil chee, elle acourt a le releuer. Et certes ainsi fait dieu a lame et a la personne qui se met a la garde de dieu. Or pense bien a ces choses ycy. Et puis encores il y a plus, car quant il voit que tu ne peulx de toy ne par toy releuer de pechie et affin que tu ne desesperes, il te promet indulgence et pardon se tu le demandes. Et pour bien faire, il te donne sa grace en tant de dons et en tant de graces, et te fait cooperateur de ton salut et de celuy des autres selon les graces quil te donne correspondens a ton estat. Et quoy plus il te promet la gloire et felicite pardurable mais que tu vses bien de ses dons. Pense en ce que dit est lestat de gloire et comment diuerses mansions sont donnees aulx sains en la maison de dieu, et comme les vngs sont plus glorieux que les autres, comme celle compagnie des sains est enluminee de la clarte de dieu. Pense la magnificence de dieu en gloire a la quelle compagnie tu es appele. Pense la grant beaulte et le bel ordre qui est entre les sains, la ioye, la melodie, les doulx cantiques des sains glorieux. Pense apres la gloire des corps quilz aront apres la resurrection, pense les douaires du corps et de lame, pense apres lestat glorieux et les aureoles des sains martirs, des sains docteurs et des saintes vierges, comment ilz aront speciale ioye que les autres sains naront pas.
O qui est celuy ou celle qui dignement contemplera toutes ces choses deuant dictes qui tant sont dignes, tant sont hautes, 190celestielles et diuines : ce sont les choses qui font exceder lame et yssir hors de soy mesmes par feruent amour de dieu du quel on specule la grant excellence en bonte, en sapience et en puissance de faire choses tant magnifiques et tant glorieuses auecques creature humaine qui tant est ycy bas enferme. Et en cet exces a la gloire de dieu tu congnoistras clerement quil nest autre verite que celle de dieu et que tout le demeurant nest que vanite. Et ainsi le disoit dauid qui souuent estoit en celle contemplacion ; Ego dixi in excessu meo omnis homo mendax354, iay dit en mon exces en alienacion de pensee que vraiement tout homme est menconger, cest a dire en homme ne en creature il ny a verite se elle nest de dieu. Certes ie ne doubte point se par feruent amour de dieu tu te metz a visiter et veoir toutes ces choses, tu seras comme la royne sabba qui vint veoir la sapience de salomon et vint de pays loingtain, de la quelle il est escript quelle voiant la sapience de salomon et sa maison et sa table et les viandes et les habitacles des seruiteurs et lordre des ministres et les vestemens diceulx elle fut en si grant admiracion quelle nauoit oultre point desperit, cest a dire quelle failloit en son esprit de la grandeur des choses quelle veoit. Ainsi est lame qui par contemplacion en ce pelerinage vient iusques a penser, a mediter et a veoir en esperit la grant gloire du vray salomon355 en sa maison de paradis, a veoir la table et les refections qui sont en la viande des anges en la coniunction auecques dieu ou est toute suauite et refection, a veoir lordre des sains et leurs vestemens de gloire tant en corps que en ame. Certes telle ame desfault en son esprit et est rauie hors de soy et ne scet que on fait en son corps ne entour soy356. Experience en ont les parfais contemplatifz qui en sceuent plus par experience et par les graces que dieu leur donne que ie ne scaroie dire ne escripre.
Toutesuoies ie treuue par les dis dung saint docteur qui en auoit comme ie croy des experiences et qui estoit grant contemplatif que la personne contemplatiue est menee par la grace de dieu en ce rauissement, exces ou alienacion de pensee pour trois causes et en trois manieres. Premièrement par tres grande deuocion, par grande admiracion, et aucunesfois par grande leesse et 191exultacion desperit. Ie dy que aucunesfois la personne est menee et esleuee sur soy aussi comme en alienacion, en grandeur de deuocion quant elle est toute embrasee du feu et de lardeur de desir celestiel tellement que la flambe de lamour quelle a des choses diuines la fait liquefier et fondre et decourir hors de soy comme la cire deuant le feu et se transporte de son premier estat et est comme toute resolue et satenuit et se affoiblit et se lieue en hault comme une fumee tant quelle est rendue defaillant en esperit. Secondement ie dis apres ce docteur que aucunesfois lame contemplatiue est esleuee sur soy en une autre maniere, cestassauoir par grandeur de admiracion quant elle est irradiee et enluminee de la lumiere diuine et quelle a sa meditacion sur la beaulte et pulcritude de lestat glorieux ou mesmes des creatures et quelle est aussi comme suppendue par vehernmente admiracion des choses a quoy elle pense et se lieue hastiuement par maniere dung escler a contempler telle pulcritude. Et puis a la fois elle est deiectee en bas sur soy et sur sa misere et de tant plus se congnoist de tant elle est reuerberee et renuoiee sur soy par plus vehemente admiracion et par plus grant ferueur et amour ou vehement desir des choses celestielles357. Tiercement la pensee ou lame contemplatiue est leuee sur soy et alienee de soy mesmes par grandeur de iocundite et de excultacion desperit, et est quant lame arrousee et refectionnee de la consolacion et aussi comme enyuree de la suauite des choses diuines quelle gouste ou a gouste dedens soy par la grant leesse desperit elle se oublie du tout et ne luy souuient quelle est, ne quelle a este. Et par la grandeur de ioye en quoy elle est elle est transportée en une affection supermondaine et aussi comme sus humaine nature, et est rauie en une grant participacion de felicite et vouldroit tousiours demeurer la. Et ce sont les trois causes et les trois licites manieres de exceder en contemplacion. Dit richart : Quant nous ne sentons en nous ces exces, quant nous nauons ces alienacions de pensee, nous pouons bien dire que nous ne sommes pas assez feruens en lamour de nostreseigneur. Et se nous nous rendons dignes de lamour de nostreseigneur en si grant degre, il nous enlumineroit par auenture nos intelligences de si grant clarte et enyureroit et embraseroit le désir de nos cueurs sur nous de la suauite et grant doulceur de sa bonté 192laquelle nous leueroit en rauissement de pensee en partaicte contemplacion358. Certes ce sont graces speciales de dieu et quil distribue selon son plaisir et selon sa digne prouidence a ceulx qui se rendent ydoines a telles perfections359.
Ie pourraye dilater ceste matiere qui est moult plaisant a ceulx ou celles qui quierent les choses qui sont en hault et qui selon lapostre goustent par bons desirs et sainctes meditacions les choses celestielles, mais ce nest pas chose qui ne requist grant escripture, pour ce a present souffise auoir baillie la matiere de saincte meditacion sur soy mesmes par la quelle la personne deuote et humble pourra passer iusques a la ioyeuse et delectable contemplacion de dieu et des choses diuines en actendant au cours de ceste vie mortelle par telles consolacions spirituelles la plaine et parfaicte vision et tresdelectable fruicion de dieu en gloire pardurable. A la quelle nous vueille conduire le roy de gloire ihesucrist, espoux de saincte eglise qui vit et regne dieu auec le pere et le saint esperit ou siecle des siecles, amen.
Il semble difficile de désirer démonstration plus complète, ou plus claire conscience du but poursuivi : pour passer de l’imaginative
à la raison
, de la raison
à l’intelligence
, l’esprit peut et doit s’exercer sur des sujets de méditation
d’une nature telle que leur considération produise des effets définis. Un sujet où l’esprit se dilate
, c’est le premier livre de notre Traité ; un sujet où l’esprit s’élève
, c’est le second ; un sujet où l’esprit s’aliène
, c’est le troisième. Un traité qui en s’appliquant au second degré de la vie chrétienne telle que la définit Hugues de Saint-Victor, conduise ou veuille conduire son lecteur à la contemplation telle que la définit Richard, c’est le Liure de saincte meditacion en congnoissance de soy360.
193III. La matière
de la sainte méditation
matièrede la sainte méditation
En congnoissance de soy
: tel est bien le sujet unique auquel Ciboule va demander de produire les trois formes licites
de la contemplation. Exclusivisme anthropologique d’autant plus caractéristique qu’il est plus délibéré, d’autant plus surprenant que le dessein mystique est ici plus nettement accusé. Rien ne paraît plus paradoxal chez un directeur spirituel que ce souci de river le regard de son disciple sur l’homme par une sorte 194d’anthropocentrisme
sacrilège bien incapable, sans doute, de conduire l’esprit aux extases désirées. Et pourtant, Ciboule n’éprouve aucune inquiétude de ce genre pour concevoir le plan de son œuvre, il s’est inspiré d’une doctrine très autorisée ; dans la délimitation d’un tel sujet, il ne se sent pas moins solidement appuyé à la tradition. C’est d’elle qu’il tient les deux principes qui constituent la justification technique de sa méthode : le primat de la connaissance de soi, la doctrine de l’image de Dieu. Écoutons-le s’en expliquer lui-même : nous pourrons ensuite parcourir rapidement son ouvrage.
1951. Justification technique
§1. Le primat de la connaissance de soi
Combien que tu puisses moult proffiter par saincte meditacion en considerant es creatures…, entre toutes les créatures la consideracion et congnoissance de toy mesmes est tresprofitable pour venir à la congnoissance tant des creatures incorporelles361 et spirituelles comme sont les anges que aussi pour actaindre a la congnoissance de dieu. Et pour tant il peult trouuer en soy grant matiere de meditacion par quoy il pourra paruenir a congnoistre ce qui est dessus soy, cestassauoir dieu et les anges, et aussy ce qui est dessoubz soy comme sont toutes les autres creatures. Se tu veulx bien penser a toy congnoistre tu trouueras en toy grant tresor pour forger larche de sapience. Regnum celorum intra vos est362. Dit ihesucrist : le royaume des cieux est dedens vous, cest a dire selon richart de saint victor que dedens nous y a matiere de congnoistre le royaume des cieulx. Et ce est consonant a la parabole euuangelique : Simile est regnum celorum thesauro abscondito in agro etcetera363. Le royaume des cieux resemble au tresor musse en vng champ ; par ce champ a present est entendu lomme qui est comme le champ ou il se fault excerciter a querir le tresor de sapience et fault fouyr et parquerir profondement iusques a ce que on ait congnoissance de ce qui est en lomme…
Autorité sacrée essentielle à tout socratisme chrétien, mais qui ne saurait lui suffire une force irrésistible l’oblige à prêter l’oreille à un autre oracle :
Scriptum legitur in tripode apollinis nothis elythos id est agnosce teipsum.
Telle est la phrase de Hugues de Saint-Victor364 qui sert de véhicule à la 196consigne socratique : déformée par les copistes, obscure, qu’importe ! Ciboule la recopie textuellement, car le sens exact de quelques termes lui échappe : les deux mots grecs que l’on ne sait plus écrire, il les recueille précieusement, défigurés et incompréhensibles, comme une formule rituelle où serait concentrée toute la sagesse du paganisme :
On lit en vng liure dung docteur grec vng mot qui signifie autant a dire comme congnois toy mesmes. Il y ot vng saige romain qui aprist ce mot a vng papegault et le donna a lempereur, cestuy oyseau disoit souuent a limperateur : congnois toy mesmes. Et vng poete que on appelle persius dit : Nec te quesieris extra365, ne te quiers point dehors… Dit aussi hugues de saint victor : discamus extra non querere quod in nobis possumus inuenire, aprenons ne querir pas dehors ce que nous pouons trouuer dedens nous. Tu trouueras en toy matiere et cause dumilite quant tu penseras la fragilite de nature humaine. Tu trouueras matiere de magnanimite quant tu penseras la dignite de humaine nature. Et en tout et par tout se tu congnois bien tu trouueras en toy matiere de fructueuse meditacion.
Paroles de Jésus-Christ, courant profond de la morale païenne, doctrine raisonnée de ses maîtres : accord parfait que vont rendre plus saisissant les accents passionnés de saint Bernard366 :
O que moult de gens quierent sauoir les choses de dehors et demeurent en ygnorance de soy mesmes, des quelz dit saint bernard au commencement de ses meditacions : multi multa sciant et seipsos nesciunt367, plusieurs sceuent moult de choses et ne se congnoissent. Mais la science des aultres choses quant tu ne te congnois est vaine et ne fait que entier par orgueil 197et ne edifie point par humilite. Et certes comme dit hugues de saint victor : nichil recte existimat qui seipsum ignorat, celuy qui a ygnorance de soy ne peult auoir bonne estimacion dautruy et ne peult auoir vraye science des autres choses. Se tu ne congnois la dignité de la condicion humaine tu ne peulx sauoir comme dieu a mis soubz tes piez toute gloire mondaine et les creatures qui sont soubz toy. Or quant tu penseras bien quel degre tu tiens entre les creatures et comme toutes ces choses materielles sont faictes a ton usaige et que generalment toute creature est faicte pour toy et comme apres les anges tu es la plus digne creature de condicion naturelle et que tu es aussy comme president a toutes les autres qui ne sont pas raisonnables, tu mediteras lors la bonté de dieu de laquelle tu as si grant participacion. Or dautre part affin que tu ne presumes trop de toy il fault congnoistre que tu ne montes point en perfection naturelle iusques aulx anges qui sont tous spirituelz et nont point de fragilite materielle comme nous. Et en ce tu te dois conuertir sur la fragilite et enfermete de humaine nature au regard de celle des anges. Et puis encore en quantes miseres nature humaine est trebuchee et asubiectee par le pechie originel368. [Voilà pourquoi] dit saint bernard : Volo animam primo omnium scire setpsam369, ie vueil dit ce docteur deuant toutes choses que lame se congnoisse et a ce raison de ordre et de utilite. De ordre, car il ny a rien si prochain a soy comme soy mesmes, on doit commencer a congnoistre le plus prochain de soy… Grant vtilite aussy est a soy congnoistre car telle science ne enfle point ains humilie la personne, et est aussy comme une preparacion a edificacion spirituelle car ledifice spirituel ne peult estre en lame se il ny a fondement de humilite. Certes lame raisonnable ne peult auoir plus conuenable moyen a soy humilier que par se congnoistre en verite et sans fiction, dissimulacion ou excusacion. Et pour ce se tu veulx bien a la verite toy congnoistre met toy deuant ta face, enquier sans ce que tu te soyes fauorisable que cest de toy tant en condicion naturelle que en meurs. Ne te semble il pas quant tu te regardes en claire lumiere sans quelque vmbre de dissimulacion 198que tu te trouueras en vne region estrange loing de la perfection diuine et moult defaillant en plusieurs choses, certes en ceste saincte meditacion tu verras clerement ta misere car en la congnoissance de toy tu trouueras de toutes pars miserables enfermetez, et lors tu vestiras la vertu de humilite et diras auecques le prophette : In veritate tua humiliasti me370, en verite sire tu mas humilie. Or ie te pry considere se tu ne te dois pas humilier en ceste vraie congnoissance de toy quant tu vois clerement ton ame chargee de pechiez, aggrauee de la pesanteur de ce corps mortel intriquee et enlassee de cures et sollicitudes terriennes, infecte et corrompue de desirs charnelz, aueugle, courue, enferme. impliquee en plusieurs erreurs, exposee a mille perilz, en dangier de las infinis car comme dit dauid : in via hac qua ambulabam absconderunt laqueum michi371, en la voie par ou ie marche ilz ont musse le las ou la rethz pour me prendre. Considere apres comme ton ame est craintiue et tremble souuent quant elle voit les dangiers en quoy elle est. Il souruient mille difficultez, mille suspicions. Tu es subiect a necessitez innumerables, a quelles necessitez et quantes te oblige ce corps miserable ? Tu es enclin en vices et tantost coules en pechie, et a vertus tu es foible et a peine fais oeuures vertueuses : regarde de quoy tu te dois orguillir et enfler, vrayement se tu te congnois es choses deuant dictes tu te conuertiras a fermes et a gemissemens, tu te conuertiras a dieu en humilite disant auecques le psalmiste : sana domine animam meam quia peccaui tibi372. Sire sane mon ame car iay pechie contre toy. Et alors quant tu seras en ceste saincte meditacion conuerti a dieu, tu receuras grant consolacion de luy, car il est le pere de misericorde et le dieu de toute consolacion. Et pour ce en telle meditacion disoit le dit prophette : ad meipsum anima mea conturbata est proptera memor ero tui373, sire quant ie de conuerti sur moy mon ame est troublee pour les miseres qui sont en moy, et pour ce iay memoire de toy, memor fui dei et detectatus sum374, sire iay eu memoire de toy et en toy iay eu delectable consolacion, car en moy ie ne treuue que confusion. En ceste maniere par la congnoissance de toy tu monteras a la congnoissance de dieu et 199renoueras lymage de dieu en toy, tu assourdras a la congnoissance de dieu. Pense doncques combien il est necessaire que tu te congnoisses car se tu as ygnorance de toy et que tu nayes point de reflexion sur toy pour congnoistre ton estat et ton fait tu nauras point de crainte de dieu en toy, et si nauras point de humilite en toy. Or pren garde comme tu peulx presumer de ton salut sans humilite et sans crainte de dieu. Chascun doncques se doit a la fois et souuent retourner sur soy en pensant les choses deuant dictes, et comme on fait ce a quoy on est tenu, en pensant aussy a quels vices on est enclin et les autres enfermetez.
Leçon de magnanimité, d’humilité surtout, en tout cas leçon primordiale et salutaire dont une sentence scripturaire, classique en ce sens au moins depuis saint Ambroise375 va résumer la portée :
Et certes se tu ne mes peine de toy congnoistre en ces choses, tu orras vne grant et terrible parolle de dieu qui dit a lame qui ne se veult congnoistre : si ignoras te o pulcherrima inter omnes mulieres egredere et abi post vestigia gregum tuorum et pasce edos tuos376. O la tresbelle entre les femmes puis que tu te ignores et que tu ne te veulx congnoistre va ton, ys de la compaignie des bestes et va derriere apres les tropeaux de tes bestes, tu paistras les boucs. O dure sentence sur lame qui ne se veult congnoistre. Tu estoies par pechie semblable aux bestes car lomme qui nentent pas lonneur que dieu luy a fait est compare aulx bestes et est semblable a eulx, mais quant il ne se veult conuertir sur soy pour congnoistre son estat il est mis derriere les bestes et de plus miserable condicion que ycelles en ce quil est depute en pardurable peine 200et les bestes apres leur mort nont point de peine car cest leur condicion de tourner en terre corps et ame377…
Il y va donc de tout : seulement cette importance tragique ne suffit pas à garantir l’efficacité d’une telle méthode. Connaissance primordiale parce que nécessaire au salut, soit mais en quoi cet objet privilégié peut-il justifier les espoirs que fonde sur lui un théoricien de la méditation à terme contemplatif ? On comprend sans peine que, objet d’une réflexion métaphysique correcte, l’être humain, comme tout autre créature, conduise a la connaissance de certains attributs divins378, mais comment, à partir de ce même objet, concevoir une ascension proprement mystique ? Grâce à la doctrine fondamentale dont il nous reste à emprunter l’exposé à Robert Ciboule lui-même.
§2. L’image de Dieu
image de Dieu
Tu renoueras lymage de dieu en toy ;
tel est, exprimé par saint Bernard, et accepté par les plus grands scolastiques, le but de la connaissance de soi : c’est donc que l’homme est, par sa nature même, image de Dieu. Quel chrétien pourrait en douter ?
Dieu dist : Faciamus hommes ad ymaginem et similitudinem nostram379, faisons dist dieu homme a nostre ymage et a nostre semblance… Et pour ce homme selon la partie intellectuelle il est semblance de dieu et resemble a dieu en condicion de nature 201intellectuelle380, et si a en soy lymage et semblance des personnes diuine qui sont le pere le filz et le saint esperit381.
S’il en est ainsi, l’étude de l’âme humaine en son être et en ses opérations, étude éclairée par la foi, ne peut que conduire non seulement aux attributs du Dieu un, mais aussi et surtout aux Personnes vivantes du Dieu trine :
… tu dois sauoir et considerer quelle maniere tu tiens et quel ordre es operacions intellectuelles affin que par la congnoissance telle quelle que tu as de toy tu puisses monter a la congnoissance de dieu, et pour confirmacion de la foy que tu as des personnes diuines tu puisses aucunement congnoistre lesdictes personnes par leur ymage et semblance qui est en toy382.
Il y a, en effet, dans l’âme, une
congnoissance habituelle et naturelle de dieu [que] les docteurs appellent memoire pour ce quelle retient bien. Et de ceste memoire tu viens a intelligence actuelle quant tu formes en toy vne concepcion de dieu que cest toute bonte, ou mesmes se tu penses a toy tu concois que tu participes de la bonté de dieu et formes en toy vng verbe mental, vne conception mental en ta pensee. Et puis ta voulente vient après qui forme en soy vng amour de dieu comme du bien et de la bonte que tu as conceue estre en luy, et aussi au regard de toy tu aymes en toy quant tu te congnois la bonté que tu y congnois et te formes en lamour de toy ; et ainsi il y a en toy premierement memoire et de celle memoire vient intelligence et apres vient la voulente. Et en ces trois puissances ou vertus de lame reluisent aucunement les trois personnes diuines. La memoire respond au pere, lintelligence au filz, et la voulente au saint esperit, car de la memoire vient intelligence comme du pere le filz et des deux est la voullente comme le saint esperit du pere et du filz383.
En nous rappelant le but de Ciboule et la catégorie de lecteurs auxquels il s’adresse, suivons avec attention cette curieuse tentative :
Il nest pas de puissance a entendement humain veoir ou entendre parfaictement ceste saincte et benoiste trinite tant que on est en ceste mortelle vie, car cest article ou articles de foy mais de loing et aussi comme en vne vmbre on en peult parler a la 202semblance deuant dicte ainsy que on congnoist la cause par leffect384. Selon doncques les trois choses qui sont en ton ame cestassauoir memoire, intelligence et volente, tu dois penser que trop plus parfaictement sans comparaison ilz sont en dieu385 car il a en soy et en son entendement la representacion et similitude de toutes les choses qui sont et iamais seront et ont este pour ce quil se congnoist parfaictement et quil a en soy toute perfection386. Et ainsi que tu as en ton entendement les especes et les representacions des choses que tu congnois aussi a dieu de toutes choses en soy les raisons en soy mesmes congnoissant parfaictement. Or doneques dieu a de soy mesmes actuelle congnoissance et forme et produit eternellement une concepcion personnelle tresparfaicte de soy et de tout ce qui est en sa congnoissance. Et ceste concepcion se appelle verbe et est ce de quoy parle saint iehan : in principio erat verbum387, le verbe diuin estoit au commencement de toutes choses, cest au pere qui par telle congnoissance communique ce qui est en son entendement et produit une mentale parolle ou concepcion du tout equale et semblable a soy, et est ce verbe ou ceste parolle mentale lymage parfaicte de celuy qui la produit, cest du pere, et ainsi auons la personne du filz du quel la nature est ressembler au pere. Or ce filz ayant toute perfection quil a prise du pere doit aymer et ayme celuy qui luy a donne si grant perfection equale a luy. Et pour ce par vne mesmes voulente car ilz sont dune nature, le filz forme et produit vng don au père, voire le don damour, celuy meme que le pere donne au filz, ainsi que entre le pere et le filz y a vng amour qui procede tant du pere que du filz personnelment pour ce quilz se ayment en vne nature, en vne equalite. Et est cest amour equal au pere et au filz car cest amour parfaicte en laquelle le pere et le filz ont vnite et connexion. Et cest amour personnelle est le saint esperit qui procede du pere et du filz par la bonne voulente que le pere a au filz et que le filz a au pere. Et pour ce que en dieu ny a que vne voulente et vng entendement ainsi comme vne nature, pour tant le saint esperit a tout vne nature, vng entendement et vne voulente qui luy sont communiquez 203en sa production eternellement du pere et du filz, et non aultres que celles qui sont au pere et au filz.
Et retournant à son premier objet dont la connaissance lui a permis cette construction théologique, Ciboule le reprend avec une pénétration nouvelle qu’il doit à cette construction même, pour aboutir à une précision définitive sur sa doctrine de la méditation et de la contemplation :
Or vois tu aucunement la semblance de ceste glorieuse et benoiste trinite en ton ame : tu te congnois aucunement et en toy congnoissant tu formes en toy vne concepcion dedens toy, et puis tu te aymes ; aussi est et plus parfaictement au regard de la congnoissance que tu as de dieu. Tu as quelque congnoissance de dieu tant par congnoissance naturelle que par la congnoissance de la foy. Or quant tu te conuertis a actuelle consideracion de dieu et des choses diuines par saincte meditacion en deuote contemplacion tu formes en toy en ton entendement vne concepcion verbal en ta pensee et demeure dedens toy, et est proprement meditacion ou contemplacion ceste actuelle conception. Et après il senflambe en ta voulente vng amour de dieu et te fais tant que tu peulx vng esperit auecques dieu par ardeur damour et de dilection388. Et ces operacions disoit le prophette : concaluit cor meum intra me et in meditacione mea exardescet ignis389. Le cueur se est en moy eschauffe et en ma meditacion le feu damour et de charite a dieu se est embrase. Aultrement tu peulx en toy congnoistre mais cest de plus loing la semblance de la trinite selon trois choses qui sont en toy : il y a estre, il y a congnoistre, il y a vouloir. Tu es comme les autres creatures, tu as auec ce congnoissance et voulente. Le premier represente la puissance diuine qui est actribuee au pere. Le second cestassauoir congnoissance represente la sapience diuine qui est actribuee au filz. Le tiers cestassauoir voulente represente la bonte diuine qui est actribuee au saint esperit390. Mais la premiere consideracion deuant dicte qui est selon ce que tu congnois et aymes dieu est plus expresse ymage et de plus pres resemblant a la benoiste trinite.
204Car, en vertu des principes les plus universellement admis sur la connaissance, il existe une relation ontologique entre ce que l’âme connaît et ce qu’elle est : si bien que l’on voit s’organiser autour de cette doctrine non seulement le problème de la double connaissance de soi et de Dieu, mais tout le problème de la destinée :
Et de tant que la congnoissance et amour de Dieu sont plus parfais, de tant est en toy lymage plus parfaicte. Et pour ce la glose sur ce vers du psaultier… : Signatum est super nos lumen vultus tui domine391, met trois differences de ymages de la trinite en lame humaine. La premiere ymage est lymage de creacion, lautre est ymage de recreacion, et la tierce est ymage de assimilacion, creacionis, recreacionis et similitudinis. Lymage de creacion est en tous bons et mauuais en tant quilz sont naquis en puissance dentendre et de aymer dieu, et ont les trois puissances deuant dictes, memoire, intelligence et voulente. Et cest ymage nest iamais du tout efface, combien que par pechie il soit bien souille. Lymage de recreacion est entendu en ce que lame se conforme actuellement ou habituellement a dieu par congnoissance et amour de sa diuine bonté. Et ceste ymage est dicte de recreacion pour ce que tel amour et congnoissance de dieu par saincte meditacion et contemplacion en la maniere deuant dicte est par la grace de dieu par laquelle lame est recree et reformee. La tierce maniere est ymage de assimilacion : Cum apparuerit similes ei erirnus. Quant il nous apparetra en gloire nous serons semblables a luy, pour tant ceste maniere de ymage est lymage de assimilacion, en ce que actuellement et sans fin lame humaine congnoist et ayme dieu tant parfaictement que est requis a la perfection de lame. Et ceste ymage est en similitude de gloire. La premiere ymage qui est aussi comme de condicion naturelle est aulx bons et aulx mauuais et mesmes es dampnez par la maniere que iay dit deuant392 que le souuerain iugement qui est synderesis est le ver immortel et sera tousiours es dampnez. La seconde ymage de recreacion est es bons et es iustes qui par grace et charite ayment dieu. La tierce ymage est es benois en ceulx qui par clere vision congnoissent dieu et layment par delitable fruicion, lesquelz resemblent moult expressement a dieu qui est naturellement 205benoist pour ce quil se congnoist et quil se ayme parfaictement : ceulx doncques bien luy resemblent qui le congnoissent et qui layment en gloire tant parfaictement que peult la creature, et en ce est leur ymage bien parfaicte. O ames bien eureuses qui portent lymage de creacion iusques a ceste expresse semblance de la gloire de dieu…
Telle est donc l’efficacité de la connaissance de soi, parce que
grant est dignite de ame humaine qui par le benefice premier que dieu luy fait il imprime son seel, cest a dire son ymage en la souueraine porcion de soy, cest en la partie intellectiue.
Et, pour conclure avec saint Augustin, quels que puissent être nos péchés,
retournons a nostre pere en disant : Pater peccaui in celum, etc.393 Pere iay pechie au ciel et deuant toy, car iay deturpe ton ymage, et tant que en moy est lay dissipe, et tant que ie ne suis pas digne estre appele ton filz ne de porter en moy ton ymage. Et lors nostre pere doulz et begnin nous accolera et baisera par sa grace et reformera cest ymage, et puis nous introduira en sa maison et nous fera le grant conuis sur la table de sa bonte. Et la nostre estre ne sera plus en peril de mort, nostre congnoissance sera sans erreur, et nostre amour sera sans offense394. Et ainsi nostre ymage sera parfaicte et serons vestus comme le filz prodigue de lestole de gloire et de immortalite, ainsi soit il par la grace de dieu qui est vng en trinite le pere le filz et le saint esperit.
L’âme intellectuelle, capable de connaissance et d’amour immanents, est donc un mirouer
de la divine Trinité telle que la foi la révèle. En elle se reflètent le Père, le Fils et le Saint-Esprit, non point comme en une surface polie qui leur serait totalement étrangère, mais comme en une empreinte où ils ont gravé, mystérieusement, leur sceau. À chaque degré de son assimilation
progressive, l’homme porte en soi le trésor de la ressemblance divine. En attendant l’heure de la vision sans voile, qu’il fixe sur lui son intelligence en quête de Dieu. Son corps, merveilleux assemblage d’éléments, d’organes et de membres, démontre la causalité d’une puissance, d’une sagesse, d’une bonté souveraines. Son âme surtout, et surtout s’il accepte le bienfait de la recreacion
, lui présentera, dans les traits essentiels de sa dignité, l’image fidèle de la Trinité, et jusque dans 206les insuffisances de sa misère ou dans les blessures de ses péchés, elle lui enseignera sa dépendance foncière à l’égard de Dieu et l’attentive bonté de celui qui seul peut secourir sa détresse et fermer ses plaies.
Robert Ciboule est donc sûr d’avoir choisi, pour y exercer la méditation de son disciple, un objet essentiellement apte à le conduire jusqu’à la connaissance et à l’amour de Dieu. Il ne se contente pas d’indiquer cet objet et d’en justifier le choix par cette doctrine profonde de l’Image
, il veut bailler
à son lecteur toute la matiere
de la saincte meditacion en congnoissance de soy
: c’est ainsi que se présentent les notions de psychologie et d’anatomie, de morale et de théologie dont il nous reste à étudier l’économie et les sources.
2. Contenu matériel de l’œuvre
Je dépouillerai ici plus encore, s’il est possible, toute amplification littéraire pour donner très rapidement une idée juste d’une œuvre dont je ne dois pas élaborer un commentaire d’ensemble, j’énumérerai tout simplement, d’après les tables des matières qui remontent à l’original, les titres des chapitres ; pour chacun, j’indiquerai les sources scolastiques utilisées, en allant, pour la première partie du moins, jusqu’au détail : je ne donnerai que les références, sans grossir outre mesure ce travail en reproduisant les textes nombreux et parfois très longs qui sont en cause. Au passage, je retiendrai quelques rares pages, particulièrement intéressantes, sur l’imagination, les tempéraments et caractères, le libre arbitre : comme dans les passages déjà cités, des italiques décèleront la traduction. Une simple remarque préalable : cette présentation schématique, complétée par les quelques textes choisis, suffira pour inquiéter le lecteur ; la lecture du texte dans son intégrité achèverait sans doute de le consterner : ni centon, ni florilège, ce n’en est pas moins, surtout dans la première partie, une marqueterie, ou plus exactement une mosaïque où sont agglomérés de très nombreux emprunts. N’est-ce pas assez pour disqualifier auteur et œuvre, pour rendre vaine toute étude directe d’un plagiaire et de son plagiat ?
Je ne le crois pas : tout d’abord, si Robert Ciboule adopte une méthode littéraire qui nous est devenue odieuse, ce n’est pas impuissance ou ignorance, c’est humilité ou fidélité excessive à 207des habitudes, alors générales, et qui n’ont jamais complètement disparu. Plutôt que de créer des matériaux originaux, il aime mieux utiliser les auteurs approuvés, Pères latins et Scolastiques. Il n’y voit assurément aucun mal. Sans doute, il pourrait paraître piquant de relever sous sa plume un blâme vigoureux à l’adresse des docteurs qui veulent en faire accroire sur leur science personnelle395 ; on lui rappellerait volontiers la paille et la poutre : on aurait tort, car ce qu’il critique, ce n’est pas l’utilisation de sources plus ou moins dissimulées, c’est l’allusion vague et hypocrite qui n’a d’autre but que de donner à penser que l’on a veu plus des escriptures et des liures des sains docteurs
qu’il n’est vrai. Ciboule, lui, a beaucoup vu. Il a beaucoup retenu. Il est même certain qu’il a systématiquement utilisé ses sources, les ayant sous les yeux pour leur faire subir le traitement qui convenait à son dessein. Il peut s’agir parfois de réminiscences très naturelles chez un aussi bon élève de la Faculté de Théologie, mais il y a très souvent citation partielle, arrangement, abréviation, contraction
, allusion qui trahissent un recours direct et actuel à l’auteur allégué ; il y a même utilisation prolongée et servile, dilatation
ou traduction dissimulée et soutenue. Son intention est claire : après avoir conçu son plan, il s’est adressé pour exécuter chacune de ses parties ou parcelles à l’auteur classique qui lui a paru le plus qualifié. Sans exclusivisme hostile, il prend son bien où il le trouve et, le plus souvent, ne dissimule pas complètement ses emprunts. La citation, il est vrai, dépasse souvent la zone de l’aveu, et de façon notable : recette classique du plagiaire dont l’application par un tel homme suffit à mettre en relief l’évolution de la conscience littéraire.
Mais si l’on condamne sa méthode, deux raisons empêchent de négliger son œuvre par un curieux renversement, l’originalité qui manque à tant d’éléments de cet édifice, elle appartient à l’ensemble. Ses matériaux peuvent, en très grand nombre, recevoir leur étiquette d’origine, mais chacun est ainsi préparé, taillé et poli que, d’ordinaire, il s’enchâsse bien dans un tout solidement ordonné. C’est ce caractère d’unité d’une composition relativement sobre et puissante qui ne permet pas de reléguer l’œuvre de Robert Ciboule aux rangs des vulgaires compilations. Très supérieur, de ce point de vue, au Livre des Propriétés des choses, 208par exemple, qu’il a si abondamment pillé, mais qui, selon l’expression très juste de Charles-Victor Langlois396, n’est qu’une compilation de paquets de fiches
, le Liure de saincte meditacion a su s’assimiler des éléments divers pour en construire une œuvre vraiment une, inspirée par une idée directrice qui pénètre efficacement livres et chapitres. Rares sont les digressions, pour une composition de cette époque, et jamais l’auteur ne perd de vue son but. On pourrait s’attarder à relever ses gaucheries : il me paraît plus juste et plus utile d’applaudir à sa réussite.
Et surtout, l’accusation de plagiat elle-même perd singulièrement de son importance pour peu que l’on réfléchisse au simple fait que cette œuvre composite est une traduction, précisément dans la mesure où elle emprunte. Différence capitale, vraiment spécifique
. L’étude des Sources d’idées
aux diverses époques de la pensée a toujours accordé une large place aux traducteurs de littératures étrangères : or, ce que Ciboule réalise en ces pages constellées d’emprunts, c’est une transposition des thèmes fondamentaux de l’enseignement ecclésiastique traditionnel à l’usage d’un public qui ne comprend plus la langue où ils se trouvent exprimés. Pour le Parisien du XVe siècle, le latin devient de plus en plus une langue étrangère, apanage des clercs : ceux qui l’initient au contenu des œuvres latines l’introduisent dans un monde d’idées qui, sans eux, lui serait bientôt fermé. Lorsque ces idées touchent aussi intimement à ce que la vie humaine a de plus profond et de plus haut, l’auteur qui les vulgarise, même mineur, doit être étudié pour lui-même. Qu’un tel écrivain manque d’originalité, cela va de soi mais, pour être équitable envers Ciboule, il faut dire que s’il n’a inventé ni le précepte qui commande son œuvre, puisqu’il vient du ciel
, ni la doctrine qui nourrit sa pensée, puisqu’il devait la puiser à la tradition scripturaire, patristique et théologique, il a su y ajouter plus d’une réflexion personnelle, parfois pittoresque, parfois profonde, si bien qu’il paraît mériter par son entreprise comme par sa réalisation l’attention et les égards que l’on doit à un initiateur.
209Premiere partie du liure de saincte meditacion en congnoissance de soy
- Chap. I. — De cinq choses en general esquelles la vie des iustes est excercitee. Fol. 2 r°-5 v°397.
- S. Grégoire, Regulæ pastoralis liber, pars II, cap. 5, 7-8, 15-17 P. L., t. LXXVII, col. 32 B-33 B.
- Hugues de Saint-Victor, Eruditio Didascalica, lib. V, c. 9 P. L., t. CLXXVI, col. 797 A.
- S. Bernard, Cantica canticorum, sermo 57, n. 9, P. L., t. CLXXXIII, col. 1054.
- Chap. II. — De lintencion et matiere du liure. Fol. 5 v°-7 r°398.
- Hugues de Saint-Victor, Eruditio Didascalica, lib. III, cap. P. L., t. CLXXVI, col. 772 C.
- Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. I, cap. 3 ; P. L., t. CXCVI, col. 66 C-D., cap. 4, l. c., col. 67 D.
- Chap. III. — Que cest de meditacion et dont elle vient. Fol. 7 r°-8 r°399.
- Hugues de Saint-Victor, Eruditio Didascalica, lib. III, 11 ; l. c., col. 772 C.
- Chap. IV. — Le quart chapitre est de discipline. Fol. 8 r°-12 v°.
- S. Cyprien, Epist. I, n. 15 P. L., t. IV, col. 221 B.
- S. Grégoire, Moralium libri, Præf. cap. l, n 2, P. L., t. LXXV, col. 517.
- Hugues de Saint-Victor, Eruditio Didascalica, lib. III, cap. 13 P. L., t. CLXXVI, col. 773 B. cap. 14 col. 773 C., col. 774 B.
- S. Bernard, Cantica canticorum, sermo 62, n. 8 P. L., tome CLXXXIII, col. 1079 D-1080 B.
- Chap. V. — Des especes de saincte meditacion. Fol. 12 v°-13 r°.
- Hugues de Saint-Victor, Eruditio Didascalica, lib. III, 11 c., col. 772 C.
- Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. II, 3 ; l. c., col. 82 A.
- Chap. VI. — De contemplacion es creatures selon la premiere maniere de meditacion. Fol. 13 r°-14 r°.
- S. Augustin, De Civitate Dei, lib. XI, cap. 20 P. L., t. XLI, col. 333, cap. 21 c., col. 334, cap. 23, n. 2 ; l. c., col. 337.
- S. Augustin, De Doctrina christiana, lib. I, cap. 32, n. 35 P. L., t. XXXIV, col. 32.
- Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. II, cap. 1 ; l. c. 210col. 79 A-B. cap. 2, col. 80 B cap. 4, col. 82 C cap. 8, col. 86 A.
- Chap. VII. — Que en meditacion sur les creatures on doibt euiter ce qui tourne a pechie et a vanite. Fol. 14 r°-15 v°.
- S. Jérôme, Comment. in Ecclesiasten, cap. 1 P. L., tome XXIII, col. 1014 C.
- Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. II, 11 ; l. c., col. 79 C-D.
- Chap. VIII. — De la composicion et disposicion du monde et de la meditacion diceluy. Fol. 16 r°-18 r°.
- Richard de Saint-Victor, Benjamin minor, cap. 22 P. L., tome CXCVI, col. 15 BC.
- Barthélémy L’Anglais-Corbechon, Le livre des Proprietes des choses, liv. VIII ; ms. fr. B.N., n° 216, fol. 132 v°. — liv. XI, chap. 2, l. c. fol. 164 v°-166 r°. — liv. XII, chap. 6 ; cf. XII, 34 ; XIII, 20-21.
- Cf. S. Jérôme, Adversus Jovinianum, lib. I, n. 30 P. L., t. XXIII, col. 252 B.
- Chap. IX. — Quelle congnoissance auoient les philozophes des creatures et du createur. Fol. 18 r°-20 v°.
- S. Bernard, Cantica canticorum, sermo 1, n. 3 ; l. c., col. 786 B (sens modifié). — sermo 5 col. 800.
- Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. II, 2 ; l. c., col. 80 B-C., II, 4 ; col. 82 B-C.
- S. Thomas, Summa theologica, Ia-IIæ, q. 79, a. 1, ad 1m.
- Chap. X. — Que par la saincte escripture on vient a congnoistre les choses diuines. Fol. 20 v°-23 r°.
- Hugues de Saint-Victor, Eruditio Didascalica, lib. V, cap. 2 ; l. c., col. 790 B ; V, 3 : col. 790 C.
- Richard de Saint-Victor, Benjamin minor, cap. 15 ; l. c., col. 10 C-D.
- S. Thomas, Contra Gentes, lib. I, cap. 3 in fine.
- Chap. XI. — De saincte meditacion qui vient de la consideracion de soy mesmes. Fol. 23 r°-25 v°400.
- Hugues de Saint-Victor, Eruditio Didascalica, lib. I, 2 ; l. c., col. 741 D.
- S. Bernard, Cantica canticorum, sermo 34-35 ; l. c., col. 959-966. — serm. 36, n. 5-7 col. 969-970.
- Richard de Saint-Victor, Benjamin minor, cap. 72 ; l. c., col. 51 C-D., cap. 78 ; l. c., col. 55 D-56 A. — Benjamin major, lib. II, 2 ; l. c., col. 81 A.
- Chap. XII. — De la formacion de homme. Fol. 25 v°-27 v°
- P. Lombard, Lib. II Sent. dist. 17, a. 1-2, 4.
- Chap. XIII. — De la formacion de la premiere femme eue. Fol. 27 v°-v°.
- S. Augustin, De Genesi ad litteram, lib. IX, cap. 15-18 ; P. L., t. XXXIV, col. 403-407.
- P. Lombard, Lib. II Sent. dist. 18, a. 1-3.
- 211Chap. XIV. — De la nature de lame et que cest. Fol. 28 v°-29 r°.
- Barthélémy-Corbechon, l. c., liv. III, ch. 3 ; fol. 30 v° col. 2-31 r°, chap. 4 ; fol. 31 v°. chap. 5 ; fol. 32 r°.
- Chap. XV. — De la creacion de lame raisonnable. Fol. 29 r°-33 r°401.
- Hugues de Saint-Victor, De Sacramentis, lib. I, cap. 11-12 ; P. L., t. CLXXVI, col. 343-350.
- P. Lombard, Lib. II Sentent. dist. 31.
- S. Thomas, Summa theologica, Ia-IIæ, q. 81, a. 5.
- 212Chap. XVI. — De l’immortalite de lame. Fol. 33 r°-34 v°.
- Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. III, cap. 15 ; l. c., col. 124 B-125 A.
- Chap. XVII. — De la perfection de ame humaine au regart des ames des plantes et bestes. Fol. 34 v°-35 v°.
- S. Grégoire, XL Homil. in Evang., lib. II, Homil. 29 ; P. L., t. LXXVI, col. 1211 A-B.
- Barthélémy-Corbechon, l. c., liv. III, ch. 7 ; fol. 32 r° col. -2.
- Chap. XVIII. — De lame vegetatiue et de ses vertus ou puissances. Fol. 35 v°-37 v°.
- Barthélémy-Corbechon, l. c., liv. III, ch. 7 fol. 32 v°-33.
- S. Thomas, Summa Theolog. 1 P. q. 76, a. 3 c.
Tertio
; q. 77, a. 8 c. q. 78, a. 2 c.
- Chap. XIX. — De la porcion sensitiue et de ses puissances. Fol. 37 v°-38v°
- S. Grégoire, Moral., lib. XXI, cap. 2, n. 4 P. L., t. LXXVI, col. 190 B.
- Barthélémy-Corbechon, loc. ult. cit.
- Chap. XX. — Des sens qui sont dedans et de leurs operacions. Fol. 38 v°-43 v°
- Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. III, cap. 8 ; l. c., col. 118 B-C.
- Barthélémy-Corbechon, op. cit., liv. III, eh. 10-11 ; l. c., fol. 33 v°.
- S. Thomas, Summa theologica, I P., q. 78, a. 4 ; q. 111, a. 1 c., a. 3 ad 2m., ad 4m. IIa-IIæ, q. 174, a. 2 et 3.
Fol 38 v° :
… il y a trois puissances sensitiues apprehensiues cest a dire par lesquelles on congnoist les choses sensibles, et sont lymaginatiue qui est tout vng auecques la fantasie, la seconde puissance est la cogitatiue, qui est dicte es bestes estimatiue, la tierce est la memoire… La premiere cest assauoir lymaginatiue ou la fantasie qui est tout vng est situee en la partie de deuant du chief, et de ce la vient que ceulx qui ont grant front et gros par dessus ilz ont aucunement bonne ymaginatiue et forte ainsi comme ceulx qui ont la partie de derriere grosse et bossue sont communément de bonne et grande memoire…
Fol. 40 r° :
Tu dois sauoir que de tant que ces trois vertus sont plus prochaines de raison et les plus haultes en toute la partie sensitiue de tant sont leurs operacions plus nobles. Et ont habitude au corps et aussi a lentendement. Et de ce la vient que la bonté dicelles specialment de lymaginatiue est vue tresprochaine disposicion a auoir bon entendement, car quant lymaginatiue ou la fantasie est troublee ou blessee par trop grant impression des choses deuant dictes cestassauoir des espèces ou des fantosmes 213retenus des choses sentues par dehors, tu vois que lentendement et la raison de la personne est troublee. Et pour ce on ne doit iamais faire violence a son ymaginatiue, comme font aucuns qui sefforcent a conceuoir plus quilz ne peuent, ou qui trop se donnent a choses subtilles entendre, ou trop haultes a leur entendement, ou qui veulent fantasier choses qui ne sont pas fantasibles, comme les choses spirituelles. Et aussi ceulx qui trop ardanment et sans discrecion se mectent a trop longuement penser a quelque chose, ou par affection desordonne comme sont ceulx qui folement ayment ou charnellement, comme aucunesfois on voit quilz en deuiennent folz et sans raison, aussi ceulx qui se donnent a estude ou a contemplacion et mesmes a indiscrete oroison sans prudence et cuident acoup et tantost y estre parfais et ne procedent pas saigement et atrait en faisant grief a leur ymaginatiue qui se doit conduire tout en paix, car de soy elle na point darrest, telles gens cheent souuent en inconuenient. Et a ce doiuent bien prendre garde et bien faire le guet ceulx qui sont donnez et enclins a estude et a contemplacion quilz ne chargent pas trop leur ymaginatiue mais que par bonne circonspection et deliberacion ilz mectent ordre en leur fait et quilz ne se broullent point par confusion de choses impertinentes. Et aussi quilz ne fichent en leur ymaginacion semblance de chose qui ne soit honneste et licite. Et se a la fois il vient de laides et ordes fantasies on ne si doit de riens arrester et se doit on conuertir a choses licites. Et ne doit on pas auoir trop grant reflexion sur telles choses inutiles ou vileines, car tant plus y penseras de tant a plus grant peine ten mectras hors. Tu ne peulx mectre remede que telles fantasies ne sourdent qui a la fois viennent par loperacion du dyable qui en te temptant les mect deuant toy, ou aussi elles viennent souuent par occasion de ce que on a veu ou ouy ou sentu par dehors. Mais au plus tost que tu les apperceuras tu te dois conuertir ailleurs et les laissier passer comme tu feroies vng fol qui frapperoit a ton huys auquel tu ne ouurerois pas. Quant on se donne a receuoir telles choses fantastiques qui volent en lymaginacion, cest grant empeschement de toute bonne operacion intellectuelle et autre quelconques, specialment cest grant empeschement a lentendement studieux ou contemplatif, et souuent empeschent le fruict de oroison et la suauite de deuocion…
Fol. 42 r° :
En ceste ymaginatiue est vne partie ou vng degre de contemplacion quant on se conuertit a mediter et a considerer 214les merueilleuses choses qui sont es creatures de dieu… Et cest le premier ciel ou len monte par contemplacion. Le second ciel est en raison. Le tiers ciel est en lintelligence. Ce premier ciel qui est en lymaginacion est bien gros et bien materiel au regart des deux autres qui sont par dessus pour ce quil est de similitudes et fantosmes des choses grosses et materielles. En ce ciel dymaginacion se font les reuelacions qui sont nommees visions ymaginaires lesquelles ont et auoient les prophettes anciens quant soubz figures et semblances de choses materielles il leur estoit reuele ce qui estoit auenir. Et aucune fois en dormant, aucune fois en veillant comme nous lisons de ysaye ieremie ezechiel daniel et autres prophettes qui par vision de choses materielles en leur ymaginacion auoient congnoissance ou de la destruction de la cite de iherusalem ou de la reedificacion du temple, ou autres choses qui estoient aduenir au peuple de israel. Et dois sauoir que toutes visions ymaginaires comme sont apparicions qui se font en dormant en songes ou mesmes en veillant se font par le ministere des anges… Et combien que ceste matiere soit theologicale qui vouldroit enquerir de la maniere si dois tu sauoir que nature angelique quelle quelle soit a puissance sur lymaginatiue pour ce quelle est aucunement corporelle. Et pour ce vng ange soit bon ou mauuais peult mouuoir et transmuter les especes qui sont en la fantasie, et par telle transmutacion quant il les met en ordre a sa fin a quoy il tent il fait representer plusieurs choses deuant toy lesquelles tu ne conceuras pas par toy pour ce que tu ny eusses pas mis tel ordre. Et ne dois pas croire que lange les forme de nouuel car il nest pas en sa puissance, mais telles similitudes des choses que tu as veues et ouyes en tout ou en partie ou par choses aians conueniences aulx autres choses il les compose ou deuise et met en tel ordre en ton ymaginacion que tu congnoistras et te semblera que tu verras les choses de quoy elles sont especes et semblances…
Fol. 43 v° :
Iay plus parle de la vertu ymaginatiue que des autres pour ce que souuent elle empesche saincte meditacion et que le deable en fait souuent son instrument a nous deceuoir car il ne quiert que nous precipiter en pechie laquelle chose se fait tantost quant nous sommes precipitans en nos operacions et quant nous ensuiuons plus tost le vetillement de la fantasie que le deliberatif iugement de raison…
- 215Chap. XXI. — De lappetit sensual en general. Fol. 43 v°-45 r°.
- S. Thomas, Summa theologica I P. q. 81, a. 1 obj. 1a, citant S. Augustin, De Trinitate, lib. XII, cap. 12, n. 17 P. L., t. XLII, col. 1007. — 1 P. q. 81, a. 1 sed c. ibid. corp. ; ib. ad 1m. — Ia-IIæ, q. 19, a. 3 ; a. 4 ; q. 70, a. 4 sed c. ; q. 74, a. 3 ad 3m. ; a. 6 c. ; q. 82, a. 4 ad 1m. ; q. 83, a. 3 ad 2m. ; a. 4 sed c. ; IIa-IIæ, q. 141, a. 4 c.
- Chap. XXII. — Des parties de lappetit sensitif. Fol. 45 r°-46 r°.
- S. Thomas, Summa theologica, Ia-IIæ, q. 81, a. 2 sed c. et corp. ; ib. ad 1m. q. 83, a. 4 sed c.
- Chap. XXIII. — Comme en homme appetit sensitif obeit a raison. Fol. 46 r°-47 v°.
- S. Thomas, Summa theologica I P. q. 81, a. 3 c. et ad 2m ; Ia-IIæ, q. 74, a. 8 q. 83, a. 4 sed c.
- Chap. XXIV. — Des passions de lappetit sensitif. Fol. 47 v°-49 v°.
- S. Augustin, De civitate Dei, lib. IX, cap. 4, n. 1-3 P. L., t. XLI, col. 258-260 cap. 5 ; l. c., col. 260-261.
- S. Thomas, Summa theologica, Ia-IIæ, q. 22, a. 2 sed c. ; a. 3 sed c. ; q. 24, a. 1 c. ; a. 2 c. ; a. 4 sed c. ; q. 35, a. 1 ; q. 59. IIa-IIæ, q. 35, a. 3 sed c. ; q. 144 a. 1, sed c. et c.
- Chap. XXV. — Du nombre des passions. Fol. 49 v°-50 v°.
- S. Thomas, Summa theologica, Ia-IIæ, q. 24, a. 1 q. 25, a. 2 c. ; a. 3 ; cf. q. 26 à 35 ; q. 46, a. 1 ad 2m. — S’oppose à Ia-IIæ, q. 30, a. 2 ad 3m.
- Chap. XXVI. — Comme toutes les passions sourdent damour. Fol. 50 v°-53 r°.
- S. Augustin, Contra Julian. Pelag., lib. II, cap. 7 n. 20 P. L., t. XLIV, col. 687.
- S. Jérôme, Advers. Jovinian., lib. I, n. 49 P. L., t. XXIII, col. 281 A.
- S. Thomas, Summa theologica, Ia-IIæ, q. 25, a. 2 sed c. et c. ; q. 26, a. 1 c. ; q. 27, a. 2 ; IIa-IIæ, q. 23, a. 3 c. ; IIIæ Sup. q. 49, a. 6 c. fin.
- Chap. XXVII. — De deux amours lun bon et lautre mauuais. Fol. 53 r°-56 v°.
- S. Augustin, De civitate Dei, lib. I, præf. P. L., t. XLI, col. 13. ; lib. XII, cap. 6 ; l. c., col. 353 ; lib. XIV, cap. 28 c., col. 436 ; lib. XV, cap. 1 n. 1 ; l. c., col. 437.
- S. Augustin, De Genesi ad lit., lib. XI, cap. 15 n. 20 P. L., t. XXXIV, col. 437.
- S. Augustin, Enarrat. in Psalm. XXV, enarr. II, n. 3, P. L., t. XXXVI, col. 189 in Ps. XXX, enarr. II, sermo 2, n. 4 c., col. 241 in Ps. LXI, n. 6-7 ; l. c., col. 733-734 in Ps. LXIV, n. 2 ; l. c., col. 773.
- S. Augustin, In Ioh. Evangelium, tr. LI, cap. 10 ; P. L., t. XXXV, col. 1766-1767.
- S. Thomas, Summa theologica, Ia-IIæ, q. 46, a. 1 c. a. 6 ad 3m. ; 216q. 47, a. 1 c. ; a. 2 c. ; q. 77, a. 4 c. ; q. 84. a. l. c. ; IIa-IIæ, q. 35, a. 1, 2 et 3 ; q. 36, a. 1 c. ; q. 158, a. 2, obj. 3a, sed. c. et c. ; a. 3 c. et ad 2 m. ; a. 4 sed c.
- Chap. XXVIII. — De lamour de dieu. Fol. 56 v°-59 v°.
- S. Augustin, Enarrat. in Psalm. LXIV, n. 2 ; l. c.
- S. Grégoire,
- XL Homil. in Evang. , lib. II, hom. 30 ; P. L., t. LXXVI, col. 1221 B.
- S. Bernard, Cantica canticorum, sermo 20, n. 4 P. L., t. CLXXXIII, col. 868 C.
- Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. IV, cap. 16 P. L., t. CXCVI, col. 154 C-155 A.
- S. Thomas, Summa theologica, Ia-IIæ, q. 28, a. 3 sed c. et c. ; q. 55, a. 1 ad. 1 m. ; q. 114, a. 4c ; IIa-IIæ, q. 24, a. 8 c. a. 9 c. ; a. 10 c. ; a. 11 c. ; a. 12 c.
- Chap. XXIX. — Des quatre principales passions. Fol. 59 Y°-63 r°.
- S. Augustin, De civitate Dei, lib. IV, cap. 21 P. L., t. XLI, col. 128. lib. XIV, cap. 3 n. 2 ; l. c., col. 406, lib. XV, cap. 22 ; l. c., col. 467.
- S. Thomas, Summa theologica Ia-IIæ, q. 24, a. 1 sed c. et obej 3 a ; q. 25, a. 1 a. 4 q. 35, a. 1 q. 51, a. 3 ; q. 55, a. 4 ; q. 56, a. 4 ; q. 60, a. 2 a. 5 ; q. 63, a. 2 a. 3 ; q. 71, a. 4 IIa-IIæ, q. 19, a. 2, 4, 7 et 11, cf. q. 123, 124 q. 141 a. 4 ; III P. q. 15, a. 6 sed c. ; a. 7 sed c. ; q. 46 a. 2.
- Chap. XXX. — De la porcion intellectiue. Fol. 63 r°-64 r°.
- S. Augustin, De vera Religione, cap. XIV, n. 27 P. L., t. XXXIV, col. 133.
- S. Thomas, Contra Gentes, lib. I, cap. 5 § 3.
- S. Thomas, Summa theologica Ia-IIæ, q. 71, a. 5 obj. 2 IIa-IIæ, q. 4. a. 2 c.
- Chap. XXXI. — De lentendement. Fol. 64 r°-65 V.
- S. Augustin, De Trinitate, lib. XII, cap. 15 n. 25 P. L., t. XLII, col. 1012.
- Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. II, cap. 5 c., col. 83 A-B.
- S. Thomas, Summa theologica I P. q. 79, a. 4 ; a. 8 ; a. 9 ; a. 11 Ia-IIæ, q. 91, a. 2 ; q. 94, a. 2. IIa-IIæ, q. 179. a. 2 ; q. 180, a. 3 ; q. 181, a. 3.
- Chap. XXXII. — De la loy de nature. Fol. 65 v-67 v°
- S. Augustin, De libero arbitrio, lib. III, cap. 18 n. 52 P. L., t. XXXII, col. 1296.
- Guillaume d’Auvergne, De legibus, cap. I.
- S. Thomas, Summa theologica I P. q. 94, a. 4 c. ; Ia-IIæ, q. 85, a. 3 ; q. 91, a. 1 ; a. 2 ; q. 94, a. 6 ; q. 99, a. 2.
- Chap. XXXIII. — Comme les commandemens et les vertus morales sont de la loy de nature. Fol. 67 v°-70 v°.
- S. Augustin, De libero arbitrio, lib. III, cap. 13, n. 38 P. L., l. c., col. 1290.
- S. Thomas, Summa theologica Ia-IIæ, q. 71, a. 2 q. 94, a. 2, 217a. 3. ; a. 4 ; q. 89, a. 5 ; q. 91, a. 2 ; q. 100, a. 3-5 ; IIa-Ilæ, q. 122.
- Chap. XXXIV. — Du souuerain iudicatoire de raison appelle synderesis. Fol. 70 v°-71 v°.
- S. Thomas, Summa theologica I P. q. 79, a. 12-13 ; Ia-IIæ, q. 85, a. 2, ad 3 m, q. 94 a. 6 sed c.
- Chap. XXXV. — De la conscience. Fol. 71 v°-77 r°.
- S. Augustin, Enchiridion, cap. XIII P. L., t. XL, col. 237.
- S. Bernard, In Cantica canticorum, sermo 66, n. 1-2 L c., col. 1094 A-C.
- S. Thomas, Summa theologica I P. q. 79, a. 13 ; Ia-IIæ, q. 19, a. 6 ; IIa-IIæ, q. 45, a. 3 et 4.
- Chap. XXXVI. — De voulente. Fol. 77 r°-80 r°.
- S. Augustin, De civitate Dei, lib. I, cap. 19 ; l. c., col. 32-33.
- S. Thomas, Summa theologica I P. q. 6, a. 4 ; q. 23, a. 3 ; q. 80, a. 2 q. 82, a. 1 ; q. 83, a. 1 et 4 Ia-IIæ, q. 1 ; a. 1, obj. 3 a. 2 ; a. 6, a. 7 ; q. 2, a. 1 ; q. 6, prol. a. 4 ; q. 9, a. 6 ; q. 10, a. 4 ; q. 15 ; q. 18, a. 10 ; a. 11 ; q. 112, a. 3 ; q. 114
- Chap. XXXVII. — Comme lame est a lymage de dieu. Fol. 80 r°84 v°402
- S. Augustin, De Trinitate, lib. X, cap. 11 n. 17 ; l. c., col. 982. lib. XIII, cap. 20 n. 26 ; l. c., col. 1035 lib. XIV, cap. 7 n. 10, l. c., col. 1043 ; cap. 8 n. 11 ; l. c., col. 1044-1045 ; cap. 14 n. 20 ; l. c., col. 1051 ; lib. XV, cap. 6 n. 10 ; l. c., col. 1064.
- S. Augustin, De civitate Dei, lib. XI, cap. 26 ; l. c., col. 339-340 ; cap. 28 : l. c., col. 341-342.
- S. Augustin, Sermo XLIII (de verbis Isaiæ), cap. II, n. 3-4 ; P. L., t. XXXVIII, col. 254-255.
- S. Bernard, Cantica canticorum, sermo 71, n. 6-10 ; l. c., col. 1123D-1126D.
- Hugues de Saint-Victor, De Sacramentis, I, 3, 26 P. L., t. CLXXVI, col. 227 C.
- S. Thomas, Summa theologica I P. q. 12, a. 5 ; a. 11 a. 12 ; q. 27, a. 1 ; a. 3 ; q. 34, a. 1 ; a. 3 ; q. 93, a. 1 à 6.
- Chap. XXXVIII. — De la condicion de corps humain. Fol. 84 v°85 r°.
- S. Augustin, De Genesi ad litt., lib. III, cap. 14 n. 22 ; P. L., t. XXXIV, col. 288 ; cap. 22 n. 34 ; l. c., col. 293-294.
- S. Isidore de Séville, Etymologiarum, lib. XI, cap. 1 n. 5 ; P. L., t. LXXXII, col. 397 C.
- Barthélémy-Corebechon, op. cit., liv. III, ch. 1 ; l. c., fol. 30 v°.
- 218Chap. XXXIX. — De la matiere du corps humain. Fol. 85 r°-88 v°.
- S. Augustin, De Genesi cont. Manich., lib. I, cap. 17-18 P. L., t. XXXIV, col. 186-187 ; l. c., 7 n. 8 ; l. c., col. 200 (divergence de doctrine sur le
limon
de la terre). - S. Grégoire, Moral., lib. XXIX, cap. 10 n. 21 ; P. L., t. LXXVI, col. 448 CD.
- S. Isidore de Séville, Etymologiarum, lib. XII, cap. 4 n. 48 ; l. c., col. 448 B.
- Pseudo-Bernard, Meditationes piissimæ… cap. 3, n. 7-8 P. L., t. CLXXXIV, col. 489-490.
- Barthélémy-Corebechon, op. cit., liv. IV, ch. 1 ; l. c., fol. 43 r°.
- S. Thomas, Summa theologica 1 P. q. 75, a. 6 ; q. 91, a. 1 ; q. 119, a. 2.
- S. Augustin, De Genesi cont. Manich., lib. I, cap. 17-18 P. L., t. XXXIV, col. 186-187 ; l. c., 7 n. 8 ; l. c., col. 200 (divergence de doctrine sur le
- Chap. XL. — Des quatre complexions du corps. Fol. 88 v°-91 v°.
- Barthélémy-Corebechon, op. cit., liv. IV, ch. 6 ; l. c., fol. 48 v° ch. 7 ; l. c., fol. 49 r°-50 r° ; liv. VII ; fol. 104 v° col. 1.
- S. Thomas, Summa theologica I P. q. 91, a. 1.
Fol 89 r° :
Selon ces quatre complexions… le corps humain recoit diuerses condicions, et selon la diuersite de la complexion lame naturellement a diuerses inclinacions et est lame en ses operacions plus tardiue ou plus hastiue ou plus ingénieuse ou moins. Et mesmes la complexion du corps fait moult incliner a vice ou a vertu…
Fol. 90 r° :
Certes les inclinacions des personnes sont moult diuerses, et a vue ame qui veult prouffiter a vertu il est moult vtile sauoir a quoy on est enclin par complexion affin que on se conuertisse a user de raison au contraire et que on ne se donne pas a ensuiuir la mauuaise inclinacion se elle est en la personne. Les vngs sont enclins a bien et les autres a mal selon les complexions. Le sanguin de sa complexion est simple, ioyeux modere, doulx et amiable et liberal, et si est chault et moite, de corps bien dispose, bien couloure, et est la meilleur complexion car le sang est humeur conuenable a nature, et pour tant les philosophes dient que le sang est le siege de lame, voire le sang pur et ou quel il ny a point de corrupcion, mais le sang corrompu est inductif de totale corrupcion par tout le corps, comme il appert es febricitans et en la maladie de lepre. Le sanguin quant il est pur et net a bon sens subtil et chault mouuement pour les operacions corporelles et a lentendement bon et bien arreste, et si est le sang plus amy de vie naturelle…, car la vie se tient et est conseruee en chaleur et en moiteur. Le colerique communément et generalment 219est iracondeux cruel, sans doulceur, ingenieux et de legiere apprehension, agu, legier, instable, impetueux, de corps megre et sec, moult mengant, de couleur noir, et tenue de corpulence. Telz coleriques doiuent fort et diligemment moderer la passion de ire… car ilz sont moult enclins et sont hastifz et ardans comme le feu du quel ilz ont les qualitez cestassauoir chault et sec. Le flegmatique qui est au colerique contraire pour ce quil a les qualitez de leaue qui sont froideur et moiteur est communement graue et tardif et na pas bon sens ne agu, et est moult obliuieux, paresseux et sommilleux, de char mole et fluxible, de couleur fade et blanchastre, le cuer orguilleux et enfle, plain de crachemens et de humeurs habondant, et songe souuent de inundacion de eaue et aucunesfois quil est en leaue et quil se naye, ou quil nage, et toutes telles choses, car il a les condicions de leaue. Le melancolique a les condicions et qualitez de la terre qui sont froideur et secheur. Et est auaricieux et conuoiteux, triste, morne et sommilleux. Et sont telz melancolieux souuent degectez de vne meschante tristesse et ont paour sans cause et sont souuent si tristes que se tu leur demandes pour quoy ilz sont tristes et de quoy ilz se deulent, ou de quoy ilz ont paour, ou de quoy ilz ont desplaisance, ilz ne sceuent que respondre et ne sceuent quilz ont. Les vngs ont melancolie sur aucune maladie se ilz lont et cuident sans raison quilz se doient tantost mourir. Les autres cuident encourir ou auoir ia encouru lindignacion de ceulx quilz ont en amour bon ou mauuais. Les autres ont paour destre desprisez ou de nestre pas en la reputacion des gens telz quilz desirent. Les autres pour telle melancolie desirent sans raison la mort et sont en vng ennuy desraisonnable et ny a en eulz ne rime ne raison, et ne sceuent qui leur fault. O que ceste melancolie est a fuir et a moderer en religieux ou religieuses, en estudians et en gens de deuocion, car telz gens moult sont esloignez de faire operacion spirituelle quant ilz sont en telles tristesses de melancolie, et nest pas merueille car ilz sont aterris et de la condicion de la terre, et pour ce a grant peine se relieuent pour contempler ou pour prier, ou pour estudier ou pour faire operacion spirituelle. Et pour tant ilz doiuent eulx soustenir et ne se doiuent pas laisser cheoir ne aggrauer iusques aulx condicions de la terre qui sont froideur et secheur. Et se tu me demandes par quoy ilz se tendront en hault et ne cherront point en ceste tristesses melancolieusc, ie tay respondu deuant que ce sera par 220leesse spirituelle par laquelle ilz se soustendront. Et la chose du monde qui plus modere ces mélancolies est viure en leesse et en ioye desperit…
- Chap. XLI. — De la disposicion et figure du corps. Fol. 91 °-95 r°.
- S. Augustin, Enchiridion, cap. II, P. L., t. XL, col. 236.
- S. Augustin, Sermo CCXLII, in dieb. pasch., cap. 8 n. 11 ; P. L. t. XXXVIII, col. 1142.
- S. Augustin, De civitate Dei, lib. XV, cap. 23 n. 2 ; P. L. t. XLI, col. 469 lib. XVI, cap. 8 n. 2 ; l. c., col. 486487 ; lib. XXI, cap. 8 n. 3 ; l. c., col. 721-722 lib. XXII, cap. 24 n. 4 ; l. c., col. 790-791.
- Barthélémy-Corebechon, op. cit., liv. V ; l. c. fol. 54 v°.
- S. Thomas, Summa theologica I. P. q. 48, a. 1 obj. 5 ; q. 91, a. 3 IIa-IIæ, q. 180, a. 7 ; IIIæ Sup. q. 82, prol.
- Chap. XLII. — De la multitude des membres de corps Surnom. Fol. 95 r°-97 v°.
- S. Augustin, De civitate Dei, lib. XIV, cap. 17 ; l. c., col. 425-426 ; cap. 26 ; l. c., col. 434 ; lib. XXII, cap. 24 n. 5 ; l. c. col. 791-792 ; cap. 30 n. 1 ; l. c., col. 801-802.
- S. Thomas, Summa theologica I P. q. 98, a. 2 Ia-IIæ, q. 74. a. 8.
- Chap. XLIII. — Des membres principaux de corps humain. Fol. 98 r°-104 v°.
- S. Augustin, De civitate Dei, lib. XXII, cap. 24 n. 4 c. col. 791.
- S. Augustin, Sermo LV, n. 1-2 P. L., t. XXXVIII, col. 375 ;
- S. Augustin, Sermo CCXIII, in dieb. pasch. cap. 6 n. 6 , l. c., col.1146.
- S. Augustin, De nature et gratia, cap. XVI P. L., t. XLIV, col. 255.
- Barthélémy-Corebechon, op. cit., liv. III, ch. 16 ; l. c. fol. 36 v° ; liv. V, ch. 2 ; ch. 3 ; ch. 6 ; ch. 11 ; l. c. fol. 56, 57, 58-62, 63-64 r°-v°-65.
- S. Thomas, Summa theologica I P. q. 91, a. 3 III P. q. 72, a. 5.
- Chap. XLIV. — Des membres du corps soubz le chief. Fol. 104 v°115 v°403.
- S. Augustin, Quæst. in Heptateuch., II, in Exod. n. XXV P. L., t. XXXIV, col. 604 n. LV c., col. 615.
- S. Augustin, Enarrat. in Psalm. VIII, n. 7 P. L., t. XXXVI, col. 111. in Psalm. CXXVII, n. 1 P. L., t. XXXVII, col. 1677 n. 16 ; loc. ult. cit. col. 1688.
- 221S. Augustin, De diversis quæstionibus ad Simplicianum, lib. I, quæst. 2, n. 20 P. L., t. XL, col. 126.
- S. Isidore de Séville, Etymologiarum, lib. XI, cap. 1, n. 70-71 ; l. c. col. 406 B-C ; n. 108-109 ; l. c. col. 410 C ; n. 118 l. c. col. 411 C ; n. 124 ; l. c., col. 412 ; B n. 127 ; l. c. col. 413 A.
- Barthélémy-Corebechon, op. cit., liv. V ; l. c. fol. 69-85 r° liv. VI, ch. 3 c. fol. 92 r°.
- S. Bernard, In Cantica canticorum, sermo 9 ; l. c. col. 815-819 sermo 10, n. 1-3 ; l. c. col. 819 D-820 D.
- S. Thomas, Summa theologica I P, q. 76, a. 5 q. 91, a. 3 ; Ia-IIæ, q. 50, a. 4 IIa-IIæ, q. 168 a. 1 ; IIIæ, Sup. q. 80, a. 2.
Seconde partie
- Chap. I. — De la seconde maniere de meditacion en general. Fol. 118 v°-117 r°.
- Hugues de Saint-Victor, De meditando, cap. 2 P. L., t. CLXXVI, col. 993 B-994 C.
- Chap. II. — De la qualite des affections humaines. Fol. 117 r°122 v°.
- 222Hugues de Saint-Victor, op. cit., l. c., col. 994 C-995 A.
- Saint Bernard, In Cantica canticorum, sermo 49 n. 3 ; l. c., col. 1017 B-D.
(119 v° à 122 r° paraît original).
- Chap. III. — De la bonte et malice des cogitacions humaines. Fol. 122 v°-125 r°.
- Hugues de Saint-Victor, op. cit., cap. 2 ; l. c., col. 995 A.
- Chap. IV. — De la bonte et malice des operacions humaines. Fol. 125 r°-128 v°.
- Hugues de Saint-Victor, op. cit., cap. 2 ; l. c., col. 995 A-B.
- Chap. V. — De double consideracion de meurs en conscience et en renommee. Fol. 128 v°-134 r°.
- Hugues de Saint-Victor, op. cit., cap. 2 ; l. c., col. 995 B ; cap. 4, col. 995 C-D ; cap. 5 col. 996 A ; cap. 6, col. 996 C-D.
(mais Hugues ne restreint pas son analyse morale aux
suggestions mauuaises
; il connaît trois agents, l’un bon, Dieu ; deux mauvais, le diable et la chair. R. Ciboule met Dieu à part, et adopte la trilogie malfaisante qui eut tant de succès au moyen âge, et qui paraît d’inspiration cistercienne : le diable, le monde et la chair.) - Saint Bernard, In Cantica canticorum, sermo 1, n. 9 ; l. c. ; col. 788 D.
- Pseudo-Bernard, Meditaciones piissimæ…, cap. 12 n. 33-34 ; l. c., col. 503 B :
de tribus inimicis hominis, carne, mundo et diabolo
.
- Hugues de Saint-Victor, op. cit., cap. 2 ; l. c., col. 995 B ; cap. 4, col. 995 C-D ; cap. 5 col. 996 A ; cap. 6, col. 996 C-D.
- Chap. VI. — Des meurs de homme en general. Fol. 134 °-137 r°.
- Richard de Saint-Victor, De statu interioris hominis. Prolog. ; P. L., t. CXCVI, col. 1116 D-1117 A ; Tract. I. cap. 1 ; l. c., col. 1117 B-D cap. 2 ; l. c., col. 1118 B-C404.
- Chap. VII. — De la dignite de franc arbitre humain. Fol. 137 r°138 r°.
- Richard, De statu… I, cap. 3 : col. 1118 C-D ; cap. 6 col. 1120 A-C.
Fol. 137 r° :
Entre tous les biens de creacion il ny a plus haulte chose ne plus digne en homme que franc arbitre, aussi 223il ny a riens plus proffitable ne plus secret que bon et salubre conseil, et rien plus enferme ny a en homme que desir charnel. Ie te demande quelle chose plus haulte ou plus digne peult estre donnée que ce en quoy homme est cree a lymage de dieu405. Certes la liberté de ta voulente na pas tant seulement la semblance de dieu ou son ymage quant a eternite et immortalite, mais aussi elle a en soy ymage et semblance de la diuine mageste. Cest voirement grant semblance que ta voulente a auecques leternite de dieu car ta voulente ou franc arbitre est incorruptible et immortelle et iamais ne fauldra, et pour quelconque misere ne peult estre destruit ne appetisse car lame est immortelle et incorruptible… mais aussi tu peulx veoir en ton franc arbitre moult expresse semblance et imitacion de la diuine maieste, car ainsi comme dieu na point de souuerain ne ne peult auoir, aussi franc arbitre ne seuffre point de seigneurie violente sur soy ne ne peult souffrir quelconques violence. Dieu le createur ne luy en fait point pour ce quil meut et gouuerne les choses selon leur propre condicion, or la condicion quil a donne a voulente est franchise et liberté. La creature quelle quelle soit ne peult faire violence a ta voulente. Ie te dy que tout enfer et tous les esperis qui y sont, tout le monde, non pas tout lexcercite de la cheualerie du ciel ou de paradis silz estoient tous assemblez et ilz auoient coniure ensemble, il nest pas en leur puissance extorquer ne faire consentir ton franc arbitre en quelconques chose grande ou petite se tu ne veulx et se tu ny tournes ta voulente…
Fol. 138 r° :
… sil y a aucuns menbres corporelz qui en punission du pechie original se meuuent contre la voulente et ne obeissent pas a elle, si les peult empescher franc arbitre quilz ne procedent iusques a mauuaise operacion et les peult froisser et chastier, et ainsi combien quilz rebellent a la voulente si sont ilz aucunement en la puissance de la liberte par ce que leur mouuement peult estre refere par bonne voulente. Tu vois donques que raisonnablement le franc arbitre est compare et ressemble au chief pour ce quil est par dessus tout ce qui est en homme et par son commandement les aultres parties de lame et 224du corps se meuuent et si ne luy peuent faire violence de quelque part.
- Chap. VIII. — De lutilite de bon conseil. Fol. 138 r°-141 r°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 4 ; l. c. col. 1119 A-C ; cap. 7 : col. 1120 C-D.
- Chap. IX. — De charnel désir et de son inconstance. Fol. 141 r°143 r°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 8 : col. 1121 C-D cap. 9 col. 1122 A-D cap. 10 col. 1123 B, D-1124 A-B.
- Chap. X. — De trois plaies ou enfermetes qui sont en homme. Fol. 143 r°-146 r°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 11 : col. 1124 C-D-1125 A-B.
- Chap. XI. — De la liberté et enfermete ensemble de franc arbitre en homme. Fol. 146 r°-147 r°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 12 : col. 1125 C-D ; cap. 13 : col. 1126 A-B.
- Chap. XII. — Applicacion de ce qui a este dit. Fol. 147 r°-150 r°.
- Saint Bernard, In Cantica canticorum, sermo 63, n. 2-4 c. col. 1081A-1082B.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 14 : col. 1126 C-D-1127 A ; cap. 15 : col. 1127 B-D ; cap. 16 col. 1127 D.
- Chap. XIII. — Comme franc arbitre recueuure sa puissance. Fol. 150 r°-152 r°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 16 : col. 1127 D-1128 C.
- Chap. XIV. — De la contradiction et bataille qui est en nous. Fol. 152 r°-155 r°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 17 : col. 1128 C-D ; cap. 18 : col. 1129 A-C.
- Chap. XV. — De la contradiction de bien a bien et de vertu a vertu qui est a la fois en nous. Fol. 155 r°-156 v°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 19 : col. 1129 D-1130 B.
(Ciboule néglige les chapitres 20-23 col. 1130 C-1133 B où Richard esquisse une théologie de la nature et de la grâce et donne quelques précisions sur liberté et captivité, sur les degrés de liberté.)
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 19 : col. 1129 D-1130 B.
- Chap. XVI. — De ignorance et erreur qui sont en humain iugement. Fol. 157 r°-158 r°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 24 : col. 1133 B-1134 A.
- Chap. XVII. — De double erreur qui est en nostre iugement. Fol 158 v”-164 r°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 25 : col. 1134 A-C, 1135 A ; cap. 26 : col. 1135 B-D ; cap. 27 : col. 1136 A-C.
- Chap. XVIII. — De deux degres de deliberacion. Fol. 164 r°-167 v°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 28 : col. 1136 C-1137 C. (omet cap. 29-31 : col. 1137 D-1139 D) ; cap. 32 : col. 1139 D.
- Chap. XIX. — De trois autres maulx qui sont en homme. Fol. 167 v°-171 v°.
- 225Richard de Saint-Victor, op. cit., Tractatus 11, cap. 1 : col. 1145 C ; cap. 2 : col. 1148 A ; cap. 3 : col. 1148 B-D.
- Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. V, cap. 17 ; P. L., t. CXCVI, col. 189 C.
- Chap. XX. — De trois manieres de pechie selon trois plaies corporelles. Fol. 171 v°-172 v°.
- Richard de Saint-Victor, De statu inter. hom., tr. II, cap. 4 : col. 1149A-D.
- Chap. XXI. — De trois autres manieres de pechie. Fol. 172 v°176 v°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 5 : col. 1150 A-D ; cap. 6 : col. 1151 A-B ; cap. 7 : col. 1151 C-1152 C.
- Hugues de Saint-Victor, Allegoriæ in Nov. Testam., lib. IV, cap. 10 : P. L., t. CLXXV, col. 812 C-D.
- Chap. XXII. — Recapitulacion de la seconde partie. Fol. 176 v°177 v°.
Troisieme partie
- Chap. I. — Premier chapitre des remedes en general. Fol. 179 v°-180 r°.
- Richard de Saint-Victor, De statu interioris hominis, Tractatus III
Hucusque de triplici peccato, nunc de triplici remedio
, cap. 1 ; l. c. col. 1151 D-1152 D.
- Richard de Saint-Victor, De statu interioris hominis, Tractatus III
- Chap. II. — Declaracion particuliere du premier remede. Fol 180 r°-183 r°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 2 : col. 1153 A-C.
- Chap. III. — Du second remede qui est diuines comminacions. Fol. 183 r°-186 v°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 3 : col. 1153 C-1154 A.
- Chap. IV. — De celle mesmes chose. Fol. 186 v°-189 v°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 3 : col. 1153 D-1154 D.
- Chap. V. — Du tiers remede. Fol. 189 v°-191 v°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 4 : col. 1154 D-1155 A.
- Chap. VI. — De la seconde promission qui est promission de grace. Fol. 191 v°-197 r°
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 4 : col. 1155 A-B.
- Chap. VII. — De la tierce promission qui est promission de gloire. Fol. 197 r°-200 v°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 4 col. 1155 A406.
- Chap. VIII. — Des douaires de lame. Fol. 200 v°-201 v°.
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 98, a. 1 c.
- Chap. IX. — De la vision de dieu. Fol. 201 v°-204 r°.
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 95, a. 2 c. ; q. 96, a. 3 c.
- 226Chap. X. — De la fruicion de dieu en gloire. Fol. 204 v°-206 v°.
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 98, a. 5 c. et ad 3 m.
- Chap. XI. — Du tiers douaire de lame qui est tencion ou seure possession. Fol. 206 v°-209 r°.
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 98, a. 5 c.
- Chap. XII. — Des douaires du corps gloriffie. Fol. 209 r°-210 r°.
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 89, a. 1 c. fin.
- Chap. XIII. — De la clarte des corps glorifies. Fol. 210 r°-211 v°.
- Richard de Saint-Victor, De Statu… Tr. III, cap. 4 col. 1155 C.
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 88, a. 1 sed c. ; ib. c. et ad 2 m.
- Chap. XIV. — De agilite en corps glorieux. Fol. 211 v°-213 v°.
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 87, a. 1 sed c. ib. c. ; a. 2 sed c. ; ibid. corp. a. 3.
- Chap. XV. — De impassibilite de corps gloriffie. Fol. 213 v°-214 v°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 4 col. 1155 C.
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 85, a. 1 sed c.
- Chap. XVI. — De la subtilite du corps gloriffie. Fol. 215 r°-v°.
- Richard de Saint-Victor, op. cit., cap. 4 col. 1155 C.
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 88, a. 1 sed c. et corp.
- Chap. XVII. — Des aureoles des sainctz. Fol. 215 v°-217 r°.
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 99, a. 1 sed c. et c.
- Chap. XVIII. — De laureole des vierges. Fol. 217 r°-219 v°.
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 99, a. 5 corp. et ad. 4 m a. 4 c.
- Chap. XIX. — De la gloire et aureole des martirs. Fol. 219 v 222 r°.
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 99, a. 6.
- Chap. XX. — De laureole et de la gloire des docteurs. Fol. r 225 r°
- S. Thomas, Summa theologica IIIæ Sup. q. 99, a. 7
- Chap. XXI. — Recapitulacion de tout le liure. Fol. 225 r° - 231 v°407
- Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. V, cap. 2 : l. c. ; col. 169 D ; cap. 12 : col. 181 A-B ; cap. 5 : col. 174 A-D ; cap. 15 col. 187 C.
Tel est, vu schématiquement, le Liure de saincte meditacion en congnoissance de soy. Cette rapide analyse suffit à rendre compte du dessein de son auteur et à donner une idée de sa réalisation elle indique aussi les directions principales de ses emprunts littéraires et doctrinaux seule une édition complète du texte permettrait de suivre de près le mouvement de sa pensée et d’étudier le détail de cet effort considérable de vulgarisation.
227IV. Notes philologiques sur le Liure de saincte meditacion
Liure de saincte meditacion
Le texte du Liure de saincte meditacion… conservé sous sa forme la plus ancienne par le manuscrit A, présente un certain intérêt pour l’histoire de la langue. Je réserve l’étude complète de son lexique et de sa syntaxe à un travail d’ensemble sur l’entreprise de vulgarisation théologique tentée vers 1450 — certainement avant 1458 — par le Chancelier Ciboule : je ne propose ici que quelques notes relatives à l’un et à l’autre point.
1. Le vocabulaire
Le vocabulaire du Liure de saincte meditacion comprend environ 3.700 mots. Je laisse de côté les survivances de l’ancienne langue et les créations communes à l’époque, en particulier celles que l’on attribue à Arnould Gréban et qui ont pu être conçues par les deux auteurs au cours des mêmes années et peut-être des mêmes offices liturgiques, pour ne retenir ici que quelque trois cents mots qui me paraissent nouveaux. Certains, purs latinismes directement calqués sur les textes traduits, ne pouvaient avoir qu’une vie éphémère. D’autres ont survécu : pour chacun d’eux, j’indique la date que le Dictionnaire général de la langue française assigne, le plus souvent d’après Delboulle, à leur apparition. On pourra se convaincre une fois de plus que les grands lexicographes du XVIe siècle sont les témoins d’un état du matériel verbal souvent très antérieur.
A
- Absterder : c’est
absterger
qui a triomphé depuis le IVe siècle. - Abstrait, au sens figuré : n’est pas signalé avant Rabelais se trouve au sens grammatical dans Corbechon ; au sens physique, dans Christine de Pisan.
- Accidentel : XVIe s. A. Paré.
- Actentement : attentivement, attesté en 1539.
- Actrit : de
attritus
, sous sa forme actuelle est considéré par Littré comme un néologisme. - Adaptacion : 1611, Cotgrave.
- Adolescent : fin XVe, G. Tardif.
- Aduertissement : 1454.
- Affectee (ignorance) : en ce sens, Montaigne.
- Agregacion : XVIe s. J. Peletier.
- Alectif : qui attire, qui trompe.
- Alternacion : attesté chez Rabelais disparu devant alternance.
- Amateur : XVIe s. Rabelais, Amyot. La forme ancienne est
ameur
. - Anagogique : XVIe s. H. Estienne.
- Angoisseusement : n’a pas survécu officiellement.
- Appetisser :
rapetisser
est daté de 1611. - Apprehensif : XVIe s. A. Paré.
- Assimilacion : XVIe s. A. Paré.
- Assuefaction : action d’accoutumer, 228état qui en résulte.
- Asubjecter : A. F. assougir, Martin le Franc (1410-61),
assugettir
. - Aupres de : A. F. empres 1539, R. Estienne.
- Auricularis : XIVe,
auriculier
XVIe,auriculaire
.
B
- Brutal : 1465.
- Brutalment : XVIe, Calvin.
C
- Cananee : Cananéenne.
- Capable : qui peut contenir, Rabelais.
- Capacité : 1486.
- Captif : XVIe, Amyot.
- Castigacion : blâme, châtiment.
- Causer : être cause, XVIe, Crétin.
- Caue, adj. : XVIe, Paré.
- Ceder : 1504.
- Cellule : XVIe, Yver.
- Chal : XIIIe, = gale 1539, R. Est
cal ou calles
. - Circoncider : dès XIIIe
circoncire
. - Circonder : entourer.
- Claudiquer : dès XIIIe
claudicacion
, mais le verbe est inconnu même au Larousse du XXe siècle. - Clémence : 1549, R. Est. XIe,
clementia
. - Colligacion : 1563, J. Bouchet, qui copie ce texte.
- Colligance : Chr. Pis
coliguence
. - Colombe : XVIe Marot, A. F.
coulon, coulomb
. - Comminacion : XVIe, menace.
- Commixtion : du mâle et de la femelle (tat. scot.).
- Communiquant : 1797.
- Commutable : changeant, variable.
- Compaginacion : assemblage.
- Complascence dès XIVe,
-plais-
. - Concathenacion : enchaînement.
- Concathener : enchaîner.
- Concertacion : dispute.
- Concupiscer : désirer ardemment.
- Condoler : Monstrelet (mort 1453).
- Confiance : 1539, R. Est. fin XIIIe
confience
. - Conflictacion : débat.
- Conforme : G. Chastellain (m. 1475).
- Conformément : 1564. J. Thierry. Amyot
conformeement
. - Confusible : qui a conscience de sa honte.
- Congratulacion : 1612, J. Le Maire.
- Congruence : convenance.
- Conjoinctement : s. m. : fin XVe, roi René.
- Contagion : 1549, R. Est.
- Contaminacion : 1525. Lefèvre d’Etaple.
- Contempcion : mépris.
- Contempner : 6 mai 1453, arrêt contre Jacques Cœur.
- Contumelieux : injurieux.
- Cooperateur : 1516.
- Crasse (ignorance) : s. figuré ? ; s. propre, XVIe, Marot.
- Creable : qui peut être créé (existe au sens de
crédule
). - Cynamome : XIIIe,
chinamome
1642,cinname
.
229D
- Deferent : XVIe, Paré qui porte de haut en bas.
- Depreder : dépouiller, ravager.
- Desesperacion : XVIe, Calvin.
- Desiderable : désirable.
- Detester : 1462, Fr. Villon, Gd. Testament.
- Detruncacion : mutilation.
- Didascalique :
didascalicon
de Hugues de Saint-Victor. - Difficile : Commvnes (mort 1509).
- Difficulté : Commynes.
- Diligentement : avec diligence.
- Diriger : 1549, R. Est.
- Disciplinable : XVe, Toison d’Or.
- Disconuenience : Montaigne 1549, R. Est.
disconvenance
. - Discours : 1539, R. Est.
- Discursif : XVIIe.
- Dissonant : 1542, P. de Changy.
- Diuinal : A. F.
deuinel, deuin
.
E
- Edificatoire : qui est cause de.
- Efferer : emporter.
- Ehontement : sans honte.
- Empireen : dès XIIIe,
empiree
. - Emporter : entraîner comme conséquence, XVIe, Calvin.
- Encheoir : tomber sur.
- Enroser : arroser.
- Errant : 1582.
- Estrasses : traces, piste.
- Euagacion : action de laisser son esprit aller à l’aventure 1486.
- Expectant : Chastellain.
F
- Facial : 1551.
- Facialment : face à face.
- Facile : 1512.
- Facilement : 1475.
- Fade : pâle. 1464, Pathelin.
- Fantasible : imaginable.
- Fastidiement : dégoût.
- Fatiguer : Chastellain.
- Filial : Chastellain.
- Flageller : 1520 A. F.
flaeler
. - Foment : adoucissement (fomentum).
G
- Germainement : d’une façon qui convient à des parents.
- Gerre : dès XIIe,
genre
mais cf. Marot V, 304. - Gracieuseté : fin XVe, Cent Nouvelles.
- Grauement : 1539, R. Est.
- Gubernacion : action de gouverner.
I
- Ignobilite : caractère de ce qui n’est pas noble.
- Imaginaire : 1541, Calvin.
- Immerse, adj. f. : plongé.
- Immodéré : Robertet, XVe.
- Immutabilité : 1544.
- Impenitance : 1630.
- Implicite : 1541, Calvin.
- Impollu : 1508.
- Impudence : 1539, R. Est.
- Inanime : 1529, G. Tory.
- Inchoaeion : action de commencer.
- Incompose : 1486, mal réglé.
- Incongneu : 1484.
- Incontamine : 1536, sans souillure.
- Incorruptibilité : 1570.
- 230Index : XVIe, Paré.
- Indiscret : 1564, Ronsard 1580, Montaigne.
- Inductif : qui produit et répand 1536, J. Bouchet même texte.
- Inexcusable : 1474.
- Inexpedient : qui ne convient pas.
- Inexplicable : 1486.
- Infatue : 1529, L. Lassere.
- Infecter : Marot, Calvin.
- Inférer : Rabelais.
- Infidelle : XVIe, J. Le Maire.
- Infinement : (infiniement, 1539).
- Inflectible : dès XIVe,
inflexible
. - Inflict :
inflictus
, infligé. - Inflicter : infliger.
- Infliction : 1486.
- Infliger : fin XVe.
- Infus : dans l’âme, 1541, Calvin s. propre XIIIe.
- Ingénieux : Chastellain.
- Inhesion : inhérence.
- Inimitié : 1539, R. Est. A. F. ennemistie.
- Inordinacion : désordre.
- Insensé : O. de St. Gelais.
- Instant, s. m. : Rabelais.
- Intellectualite : nature intellectuelle.
- Intercession : XVIe, J. Le Maire.
- Interrompre : 1549, R. Est. A. F. entre-
- Intimement : 1611, Cotgr.
- Intriquer : embarrasser, A Gréban.
- Inventeur : 1454.
- Investiger : rechercher.
- Invidence : envie.
- Inviter : XVIe, Le Maire.
- Irradier : Chastellain.
L
- Lesif : qui blesse
- Loquacite : 1466,
locacite
.
c
- Matancueureux : d’estomac débile.
- Malédiction : Chast. A. F. maleisson.
- Malefieier : Rabelais.
- Mastiger : cf. mastiquer, XVIe.
- Matérialité : 1690, Furetière.
- Medicus : 1536. J. Bouchet, même texte.
- Méditer : 1549, R. Est.
- Mereur : tristesse.
- Meritoirement : Chast.
- Mictite : douceur.
- Ministère : 1541, Calvin.
- Moderatif : qui modère.
- Modereresse : adj. fém.
- ModiSatif : (modificatif, 1709) Moiifier attaquer.
- Monstruosité : XVIe.
- Mundicite : pureté.
N
- Nubileux : nuageux. 1550, Louise Labé.
O
- Obdurer : endurcir.
- OMigatif : 1534, qui oblige.
- Oblong : 1611, Cotgr.
- Obscenite : 1511.
- Obscurément : 1583.
- Obscurer : obscurcir.
- Obsequieuix : XVIe, O. de St. Gelais.
- Odorement : odorat.
- Offenser : XVe.
- Opiniatrerie : 1536, J. Bouchet, même texte.
- Oriller : auriculaire : XIVe, Mondevilte :
orilleur
. - Organe : Le Maire. XIVe = instrument.
231P
- Parceux : paresseux.
- Pariure : faux serment, Calvin.
- Passamment : en passant. Permission 1539, R. Est. Pernicieusement 1516.
- Perpetuacion : XV-XVIe, Pasquier.
- Peruersion : XVIe, Paré, 1545.
- Pesantement : pesamment.
- Pestilencial : 1549, R. Est -el.
- Pollex : pouce.
- Polluer : 1539, R. Est.
- Postposer : négliger, placer après.
- Precieusement : 1539, R. Est.
- Precipitacion : 1549, R. Est.
- Precipitamment : 1611, Cotgr.
- Précipitant : XVIe.
- Premectre : mettre en avant.
- Preordinacion 1513.
- Préposer : 1521.
- Preposterer : bouleverser l’ordre.
- Présider : 1485.
- Prestituer : préétablir.
- Preuenant : 1514.
- Preuenir : 1539, R. Est.
- Prohiber : 1549, R. Est.
- Prohibicion : 1549, R. Est.
- Prudent : 1455, J. Miélot.
- Pudicite : XVIe, Amyot.
- Pulchritude : beauté.
Q
- Queremonies : plaintes, Calvin ; XIVe : querymone ; 1500 : querimoine.
R
- Radicacion : enracinement.
- Rapteur : ravisseur.
- Rebeller : 1539, R. Est.
- Receptible : qui peut recevoir. Réceptif qui reçoit.
- Recommandabte : Chastellain.
- Redormir : dormir de nouveau.
- Reedificacion : 1544.
- Reestabler : réétablir.
- Refectionner : restaurer.
- Refraindre : réfreiner.
- Refrigeracion : 1549, R. Est.
- Refrigerer : 1549, R. Est.
- Refroidement : (-dissement, Rabelais.)
- Remurmurer : reprocher.
- Renchoir : retomber.
- Renouer : renouveler.
- Reordonner : ap. 1572, La Noue.
- Reprension : (-hension, XVIe).
- Resourdre : s’élever de nouveau (resurgere).
- Respiracion : XVe.
- Ressemblance : 1539, R. Est. Résulter 1611, Cotgr.
- Retenail : lien qui attache, tout ce qui sert à retenir.
- Riement : rire.
- Rouurir : 1545, A. Paré.
S
- Sacier : rassasier.
- Sainctete : 1539, R. Est. A. F. saintee.
- Sainctifier : interm. entre A. saintefier, et xvie, sanctifier. Salubre 1552, Ch. Est.
- Sanctite : sainteté.
- Sapeur : saveur.
- Sapide : XVIIIe, Acad. 1835.
- Scandaleux : 1538, Marot.
- Scauant : Rabelais.
- Scient : qui sait.
- Scientement : sciemment.
- Serrement : 1539, R. Est.
- Signaete : sceau, signe.
- Stimulacion : 1485.
- Strepillement : tumulte (strepitus). — Bersuire :
strepissement
. - 232Subleuer : soulager, 1593.
- Superhabondant : sura-.
- Supermondain : qui s’adresse à un objet au-dessus du monde. — XVIe supramondain.
- Supernaturel : (surnaturel, XVIe).
- Support : 1467.
- Supprimer : 1539, R. Est.
- Suspens : XVe, Ant. des Juifs.
- Sussurateur : XVIe, Lefèvre d’Etaples.
T
- Tardite : lenteur.
- Tempe, (à côté de) temple : qui = A. F. et qui est
recommandé par Acad. 1694-1740 ; tempe déjà (s.) à côté de temple dans Palsgr. 1530
. - Tencion : action de tenir.
- Terrestre, s. f. : caractère de ce qui est de terre.
- Texu : tissé.
- Theological : théologique.
- Tituber : XVIe Acad. 1878.
- Touchement : toucher (attouche-).
- Tractif : qui attire.
- Transfuser : XVIIe-XVIIIe Danet, dans Furet. 1732.
- Transitoirement :
Néolog.
- Transmuter : inconnu de Hatzfeld. XIVe : — muer.
- Transpiantacion : 1556.
- Tremner : trembler.
- Tropologique : Rabelais.
- Turpitude : 1552, Ch. Est. V
V
- Vereconde : forme refaite de vergogne.
- Variabilité : 1530, Cl. Seyssel. A. F. variablete.
- Véhémence : 1504.
- Ventement : en venant.
- Ventilabre : soufflet, 1536, J. Bouchet, même texte.
- Vetillement : cf. vetil, XVe, chicane.
- Vetiller : St. François de Sales.
- Viciosite : état vicieux. Ignoré de Hatzfeld.
- Vigilance : 1549, R. Est.
- Vigilant : XIVe, Loyal Serviteur.
- Vinaire : relatif au vin. Acad. 1835.
- Virago : 1690, Furetière. — Au XVIe : virague, viragine.
2. La Syntaxe
La syntaxe du Liure de saincte meditacion est essentiellement caractérisée par sa fidélité aux sources latines dont le livre entier est tissé. Elle se trouve par là anticiper en quelque manière sur le développement de la langue vulgaire et présente des traits de ressemblance frappants avec la langue du XVIe siècle. C’est donc à dessein, et pour souligner cette similitude, que j’expose les quelques notes qui suivent en adoptant, avec quelques légères retouches, les cadres dont M. Edmond Huguet s’est servi naguère pour exposer les traits essentiels de la syntaxe de Rabelais408 : il me paraît important de bien marquer ainsi la continuité d’une lente 233évolution et de saisir sur le vif une des causes de quelques-uns de ses traits caractéristiques : la traduction directe du latin médiéval.
Je ne citerai guère qu’un exemple de chaque cas, en donnant la référence au folio du ms.
- Substantifs. — Rien de notable, en dehors du genre conforme à l’origine latine :
Fol. 37 r° : fut condamne l’erreur…
et du sens très net du mot
rien
qui a gardé sa valeur étymologique,res
avec des traces de déclinaison :Fol. 9 r° : tu ny perdras rien car il ny a riens…
le premier est l’ancien cas régime singulier, le second est l’ancien cas sujet singulier, avec
s
. On saisit aussi, là, sur le vif, le passage de ce terme au sens négatif par suite de son union avec la négation comparer :Fol. 9 v° : rien ne luy vault
- Adjectifs. — Il faut surtout noter la survivance de quelques comparatifs synthétiques :
greigneur
(plus grand), etmendre
(plus petit) ainsi que l’emploi de quelques superlatifs sans article défini :Fol. 10 r° : … aprendre …premierement les choses plus faciles.
- Noms de nombre. Ordinaux. — On rencontre alternativement les formes anciennes tiers, quart, quint, sexte, et les adverbes correspondants, et les formes refaites : second, troisieme, etc.
- Article. — Les deux formes contractées sont d’un usage constant. Il importe surtout de signaler la forme du singulier :
ou
=en le
afin d’éviter toute confusion avec la conjonction adversative ou avec l’adverbe de lieu. Ainsi :
Fol. 2 v° : soit par lecon leue ou liure ou par doctrine…
le premier
ou
est l’article contracté avec la prépositionen
, le second est la conjonction.Le pluriel
es
signifieen les
:Fol. 37 r° : … si franche es operacions.
- Pronoms.
- Personnes et réfléchis.
a) Indécision sur le genre : On trouve parfois, selon une habitude très générale au XVe siècle409, un pronom de forme 234masculine reprenant un antécédent féminin, et réciproquement :
Fol. 47 r° : se la personne sera legiere a consentir a ce quil entent.
Fol. 6 r° : … cogitacion, meditacion et contemplacion. Ilz ont conuenience ensemble pour ce quelles sont toutes trois en lentendement…
Fol. 6 v° : lame se seult esmerueiller… de ce quil congnoist…
b) Le pronom sujet peut être séparé du verbe par un complément
Fol. 3 r° : que tu par effect viues bien…
c) Le pronom
il
est très fréquemment employé comme neutre dans les fonctions qui seront plus tard confiées àcela
:Fol. 3 v° : … se il se fait… (reprenant toute une série de propositions)
Fol. 7 r° : ie nay pas intencion de parler. de contemplacion. car il requerroit grant liure.
d) Le datif analytique des pronoms personnels est employé, non seulement avec
parler
:Fol. 4 r° : … qui veult a toy parler.
mais avec d’autres verbes :
Fol. 55 v° : tu sces que aucun a fait mal a toy
e) Le génitif du pronom personnel peut remplacer un adjectif possessif :
Fol. 55 v° : pour le salut de soy
f) Le pronom réfléchi tient souvent la place qu’il doit à son origine latine et qu’il cédera peu à peu au personnel :
Fol. 5 r° : il en retourne… a soy mesmes…
g) Formes toniques et formes atones la forme tonique est souvent employée devant un infinitif :
Fol. 4 v° : soy releuer…
et même devant un indicatif présent :
Fol. 6 v° : soy espant…
D’autre part les formes atones ne sont pas élidées devant une voyelle, ce qui prouve qu’elles ont conservé un certain accent :
Fol. 4 v° : qui te est commandee…
La même observation s’applique, dans un très grand nombre de cas, à l’article, à la conjonction
que
et à la prépositionde
.h) Place des pronoms personnels. — Le pronom régime 235d’un infinitif qui est lui-même complément d’un verbe à un mode personnel se place avant le mode personnel :
Fol. 2 v° : il se fault drecier…
Fol. 4 r° : elle ne le peult faire.
Lorsque deux impératifs sont coordonnés, le complément du second se place avant lui, et il est atone :
Fol. 5 v° : lieue toy et te haste.
- Adjectifs et pronoms possessifs. — La forme tonique du possessif se trouve employée comme épithète avec l’article défini :
a la mienne voulente
- Pronoms et adjectifs démonstratifs.
a) Formes disparues :
Cestuy : Souvent adjectif
Fol. 8 r° : cestuy saige
a déjà perdu sa valeur d’opposition à
celuy
il est même interchangeable avec lui :Fol 8 r° : cestuy saige ; Fol. 8 r° : celuy saige (c’est le même).
Les formes sans apocope iceluy, icelle, s’emploient soit comme adjectifs, surtout au féminin singulier :
Fol. 6 v° : les qualitez et condicions dicelle chose
soit comme pronoms, au sens de
celui-ci
:Fol. 7 r° : … la matiere de meditacion qui aucunes fois sera appelee contemplacion pour la prochainete dicelles.
(plus exactement, nous avons là une tournure qui sera familière à Calvin pour éviter l’équivoque du possessif
leur
)Fol. 8 v° : Verite ne se fait congnoistre si non a celuy qui a le cueur pur et net. Aussi ne se doit parler ne prononcer si non par yceluy.
La forme masculine
cest
(qui évoluera encet
) ne doit pas être confondue avec le motcest
résultant de la fusion du pronom démonstratifce
élidé et de la troisième personne du singulier du présent de l’indicatif du verbe être.b) Emploi différent Les formes apocopées ont les mêmes fonctions que les formes sans apocope. Celuy, celle, sont employés comme adjectifs :
Fol. 52 r° : … tu tourneras ceste amour sur celle personne ou comme pronoms, au sens de
lui
,elle
;Fol. 5 v° : cest celle qui separa lame du bruit…
c) Le pronom
ce
a sa pleine valeur démonstrative sans 236être renforcé par une particule. Il se trouve :comme complément direct, et alors il précède le verbe :
Fol. 7 v° : a ce faire
comme complément indirect, avec diverses prépositions :
Fol. 2 v° : pour ce…
Fol. 10 r° : de ce…
précédé de
et
, il résume la proposition ou la série de propositions précédentes :Fol. 3 r° : il plaise a dieu nous regarder par illustracion de sa grace par laquelle nous sommes alleuiez et soullegiez en contemplant… et par ce nous assauourons…
Avec le verbe être, il garde pleinement la force démonstrative et explicative du latin
cest
=hoc est
, c’est-à-dire.Fol. 3 r° : tu te donnes a operacion cest que tu par effect…
Les particules
ci
etla
qui précisent le sens dece
restent encore séparées du pronom :Fol. 9 v° : ce ci… ce la…
- Pronoms relatifs.
a) Adjectif relatif. Le relatif composé
lequel
est très souvent joint à un substantif :Fol. 2 r° : duquel louyer…
Fol. 2 v° : par la quelle lecon…
Les deux éléments constitutifs de la forme féminine sont assez souvent nettement séparés mais il y a hésitation visible du copiste dans un certain nombre de cas j’ai respecté cette hésitation.
b)
Lequel
, pronom, est employé très souvent comme sujet :Fol. 83 r° : Lesquelz resemblent moult…
ou comme complément direct :
Fol. 8 r° : la voulente de dieu laquelle il nous manifeste…
c)
Quoy
, équivalent àlaquelle chose
, se rencontre avec diverses prépositions :Fol. 5 r° : operacion… a quoy se doit excerciter la vie des iustes…
Fol. 6 r° : cogitacions… de quoy disoit iob…
d)
Dont
a souvent le sens d’où :Fol. 7 r° : dont elle vient…
e) Le relatif est souvent séparé de son antécédent et lorsque 237l’antécédent est un pronom personnel, il n’est pas rappelé devant le relatif. D’où des constructions comme :
Fol. 2 : v° il n’a pas fait qui commence…
f)
Qui
est assez souvent employé au sens desi l’on
déjà dans des phrases comme :Fol. 5 v° : qui vouldroit insister sur eulx…
et surtout :
Fol. 13 r° : qui bien considere… on y treuue…
- Pronoms interrogatifs.
Qui
peut être employé pour des choses, comme :Fol. 10 r° : qui est la chose…
- Adjectifs et pronoms indéfinis.
a) Disparus :
Quant
, variable, dérivé dequantus
mais ayant le sens dequot
:Fol. 24 r° : … en quantes miseres…
b) Qui ont changé de nature :
Chascun
, est souvent employé comme adjectif :Fol. 6 v° ; chascun moment…
Un
, est un pronom neutre et signifieune chose
:Fol. 9 v° : il faut apprendre lung apres lautre…
Un chascun
, est adjectif :Fol. 7 r° : lutilite dune chascune chose…
ou pronom :
Fol. 4 v° charité requiert que ung chascun face son office…
c) Qui ont changé de sens :
Aucun
, sans idée négative, au sens dequelque
:Fol. 2 v° : aucune doctrine…
De là l’adverbe
aucunement
, au sens deen quelque manière
et la locutionaucunes fois
, au sens dequelques fois
.Aucun
est parfois pronom :Fol. 10 r° sil y a aucun qui par arrogance…
et au pluriel, précédé de l’article défini :
Fol. 9 r° les aucunes… (= certaines).
Quelque
est souvent employé au sens deun
,une
) ; d’où la possibilité d’attacher une épithète au substantif qu’il modifie :Fol. 4 r° : quelque chose licite…
- Personnes et réfléchis.
- Verbe.
- Voix.
238a) Certains verbes qui sont devenus intransitifs, sont construits avec un régime direct. Ainsi :
Fol. 8 r° : elle resonne les louanges de dieu…
Au contraire, certains verbes devenus transitifs sont construits avec un régime indirect, et cela souvent par influence latine. Ainsi :
Fol 4 v° : secourir a lenfant…
Fol. 11 v° : supplier a dieu…
b) On trouve une opposition analogue en ce qui concerne les verbes pronominaux. Plusieurs ont cessé de l’être, comme :
Fol. 44 r° : les bestes brutes ne se combatent lune contre lautre…
Fol. 3 v° : il descent… et se retourne. (mais Fol. 3 v° infra, même verbe sans pronom).
D’autres le sont devenus. Il faut noter à ce sujet une équivoque :
Fol. 6 v° : se ingere et precipite…
Avons-nous ici une ellipse du second réfléchi par suite de la coordination (cf. infra). C’est peu probable, en raison de l. c. où les deux sont exprimés
et se seult esmerueiller et se esiouir…
. Mieux vaut y voir un emploi neutre deprecipiter
, conforme à la syntaxe de l’époque.c) Le réfléchi est très souvent employé pour le passif Fol. 4 r° qui recouurer ne se peult :
Fol. 5 r° : a quoy se doit excerciter… (cf. Fol. 2 r°, où le passif est employé)
si bien qu’il peut avoir un complément semblable à celui du passif :
Fol. 8 r° : charite qui se embrase par saincte meditacion…
et surtout :
Fol. 8 r° : ne se doit parler si non par yceluy…
- Temps. — La concordance des temps n’est pas aussi rigoureuse qu’aujourd’hui. Ainsi, dans deux propositions juxtaposées, on trouve le futur et le présent :
Fol. 3 v°-4 r° : tu seras en oroison… ton prelat mande pour toy…
Dans les subordonnées, le temps ne correspond pas toujours très bien à celui de la principale l’imparfait du subjonctif peut répondre au présent de l’indicatif :
239Fol. 4 r° : ne dois… desobeir… iacoit ce que tu eusses voulente…
Ailleurs, le passé indéfini revêt étrangement une valeur de futur (ou de passé) antérieur :
Fol. 3 r° : cest que tu par effect viues bien en faisant et mectant a effect ce que tu as apris par lecon en la maniere que tu as aduise par saincte meditacion, auecques laide de dieu que tu as impetree par oroison, et tout ce tu deseruiras…
- Modes. — Le subjonctif, dans les principales, peut tenir la place du conditionnel :
Fol. 3 v° : il neust pas trouue…
Dans les propositions complétives, on trouve :
a) Le subjonctif au lieu de l’indicatif moderne, après certaines expressions temporelles (d’origine latine, parfois) :
Fol. 3 r° : toutes les foys que… il plaise a dieu…
b) L’indicatif au lieu du subjonctif :
après
combien que
:Fol. 2 v° : combien que… il a…
quand il s’agit d’une chose plus ou moins douteuse placée dans l’avenir :
Fol. 3 v° : affin que nous ne perdons…
Mais l’incertitude est grande chaque fois qu’il s’agit d’une des trois personnes du pluriel, car l’
i
ne s’est pas encore introduit à la désinence, et l’on ne peut savoir si l’on a à faire à l’indicatif ou au subjonctif. Il suffit de comparer :Fol. 3 v° : nous est force… que nous descendons.
- Changements de construction. — On trouve souvent coordonnés des compléments de nature différente ainsi le premier peut être attribut, le deuxième proposition infinitive :
Fol. 5 r° : le remede est oroison… et souuent gemir…
Cette liberté est telle que deux propositions peuvent fort bien être coordonnées alors que le verbe principal ne convient pour le sens qu’à la première :
Fol. 12 v° : que il donne rigles et enseignemens de bien viure par acquisicion de vertus et comment on doit décliner les vices…
- Infinitif.
a) Pris substantivement, peut remplir toutes les fonctions 240du substantif. On le trouve, en particulier, précédé du possessif :
Fol. 5 r° : a son vouloir…
b) La proposition infinitive est très fréquente :
Fol. 2 v° : ce que tu as appris estre a faire…
Elle peut être construite avec
pour
sans que l’auteur recule devant l’amphibologie qui peut résulter de cette construction :Fol. 7 r° : dieu a plante les hommes en ce monde pour fructifier en bonnes oeuures.
- Participe. — Le participe présent se rencontre souvent avant le nom il est alors construit absolument :
Fol. 2 v° : disant nostreseigneur…
De même le participe passé absolu peut précéder le nom ou même, par un latinisme servile, s’employer seul :
Fol. 9 r° : donne que tu… (= dato quod).
Le participe présent peut être pris substantivement et précédé de l’article défini :
Fol. 9 r° : les estudians…
- Voix.
- Adverbe.
- Adverbes disparus.
Leans
, là-dedans ;adonc
: alors ;a tant
alors ou bien maintenant cf. Fol. 38 v° ;ia
, s’emploie abondamment d’une façon indépendante, et signifie le plus souvent : déjà.Fol. 3 v° : regarder souuent aulx degrez qui sont ia montez
mais il peut suffire à signifier
jamais
:Fol. 3 r° : qui ne vient iusques au hault il ne sera ia parfait.
où ce sens est requis par la présence du futur.
Il peut aussi renforcer simplement la négation il équivaut alors à
pas
.par auant
correspond à notreauparavant
:Fol. 3 r° : tu vois ce que iay dit par auant.
Fol. 9 v° : ne te vueilles pas trop tost leuer en hault mais apren par auant.
- Adverbes qui ont changé de nature. — Tout d’abord des adjectifs pris adverbialement :
Fol 9 v° : il fault premier estre disciple. (= d’abord).
Et
hors
, employé absolument au sens dedehors
;or
garde son sens étymologique :maintenant
:Fol. 3 r° : Or vois tu. (= tu vois maintenant…).
- Adverbes dont le sens s’est modifié.
241
assez
signifie le plus souventbeaucoup
,très
:Fol. 6 v° : si arreste assez longuement…
deuant
, n’a pas encore perdu son sens habituel deavant
qu’il conservera jusqu’au XVIIe siècle.mesmement
, signifiesurtout
.maintenant… maintenant
=tantôt… tantôt
Fol. 7 v° : se tourne maintenant a la cause efficiente. maintenant lentendement se tourne…
du tout
= tout à fait, complètement :Fol. 9 r° : le ne dy pas que on se doye du tout occuper.
tant
, devant un adjectif, a la valeur desi
:Fol. 9 v° : … tant soit simple…
- Adverbes modifiés dans leur emploi.
par ainsi
, insiste sur le sens de moyen :Fol. 7 v° : tu considereras. et par ainsi tu ne feras rien precipitamment…
si
, conserve son rôle et sa valeur étymologiquessic
, devantque
équivaut àde telle façon que
:Fol. 2 v° : se tu oys aucune doctrine si que tu lentendes.
et si
= et pourtant :Fol. 6 r° : ny a point de labeur et si y a grant fruict…
On rencontre même
si
renforçant un superlatif.Voire
, a son sens ordinairevraiment
.La négation, sous sa forme atone, est souvent employée sans particule de renforcement :
Fol. 9 r° : donne que tu ny gaignes…
ou avec
rien
:Fol. 9 r° : au moins tu ny perdras rien…
- Adverbes disparus.
- Prépositions.
- Prépositions disparues.
entour
= autour de :Fol. 6 v° : contemplacion entour une chose voit choses innumerables…
iouxte
(juxta), au sens figuré = selon :Fol. 2 r° : iouxte ce que dit nostreseigneur…
- Prépositions qui ont changé de nature.
dedens
= dans :Fol. 4 v° : Dedens le tabernacle il auoit…
dessus
= au dessus de :242Fol. 2 v° : conseil humain… na point defficace… en choses qui sont dessus nous comme merir la vie pardurable…
enuers
, traduisantapud
:Fol. 10 r° : ne soies pas sages… enuers vous mesmes…
- Prépositions qui ont varié dans leur sens ou leur emploi.
a
=avec
, pour exprimer le moyen, la manière :Fol. 4 r° : dommaige… temporel qui recouurer ne se peult que a peine… (= avec peine).
Fol. 8 v° : humilite est tresnecessaire se il veult prouffiter soit a lecon soit a sermon… (= par le moyen de).
a
correspond aussi au double datif latin :Fol. 5 r° : ces quatre ne sont point a merite…
Ailleurs,
a
=ad
latin, ou traduit un datif :Fol. 5 r° : operacion de charite a son prochain…
Il n’est pas rare de trouver
a
au sens deen
,dans
:Fol. 3 v° : il aduient que par necessite… on descende de ce qui est en propos et en volente mais que ce propos demeure a la voulente…
de
, après un verbe passif, a la valeur depar
, et indique soit l’instrument, soit la manière :Fol. 10 r° : il sera opprime et confondu de la grandeur de gloire…
Devant un infinitif régime indirect d’un verbe à un mode personnel, on peut trouver
de
correspondant àà
:Fol. 7 r° : quant elle se excercite acoustumeement de aduiser…
Devant un substantif, par une sorte de survivance du
de
latin, peut être une forme réduite deque de
ou tenir une place qui sera occupée parque
:Fol. 7 r° : Que c’est de meditacion…
en
, traduit souventin
latin avec tous ses sens vers, dans que ce soit avec ou sans mouvement, et cela très fréquemment sous sa forme contractée avec l’article définiou
= en le :Fol. 4 v° : moyse… souuent entroit ou tabernacle…
Dans certaines locutions,
en
correspond à peu près àà
:Fol. 4 v° : ains en temps doit soy releuer a contemplacion…
- Prépositions disparues.
- Conjonctions.
- Disparues.
ains
= mais (cf. sup. Fol. 4 v°)243
aussi comme
= comme comme si.combien que
= quoique ( + indicatif)Fol. 2 v° : combien que celuy qui a bons principes…
sicomme quant
= comme quand :Fol. 7 r° : sicomme quant tu as veu…
mais que
= pourvu que :Fol. 3 v° : mais que ce propos demeure a la voulente…
Fol. 9 v° : ils ne doiuent iamais despriser la doctrine’ mais quelle ne soit scandaleuse…
pour ce que
= parce que :Fol. 2 v° : Et pour ce que le conseil humain…
selon ce que
= selon que :Fol. 6 r° : aucunes fois bas selon ce que lesperit la conduit.
si non que
= que :Fol. 3 r° : ainsi ne reste si non que tu donnes…
ne que
= non plus que :Fol. 33 v° : natendent aultre vie ne que les bestes…
Les deux formes atones
ne
etse
sont d’un usage constant à la place des formes toniquesni
etsi
:Fol. 7 v° : tu ne feras rien precipitamment ne sans grant deliberacion…
Fol. 2 v° : Et doncques se tu lis ou se tu oys…
- Dont le sens s’est modifié.
pour tant
= pour cette raison. C’est la traduction du scolastiquepro tanto
, sans aucune idée adversative ou restrictiveFol. 6 v° : la cogitacion passe en meditacion. Et pour tant on dit que meditacion est une maniere de cogitacion.
Fol. 9 r° : par tout il y a beaucoup de bien… pour tant dit hugues de saint victor nullam scienciam vilem teneas…
quant
= si :Fol. 5 r° : la personne est doubteuse… et ne scet pas bien quant lung ou lautre est a faire…
- Disparues.
- Ellipse et pléonasme. — Ici encore j’adopte provisoirement le cadre de M. Huguet il convient à mon dessein exclusivement pratique. Mais je dois faire observer que, si je conserve une étiquette commode, je ne m’abuse pas sur sa valeur. Les quelques faits de langue que je vais relever ne peuvent être, arbitrairement, traités d’elliptiques ou de pléonastiques que par 244rapport à un état plus évolué où la coutume a prévalu d exprimer ou d’élaguer telle ou telle forme.
- Mots auxiliaires du substantif.
L’ellipse de la préposition
a
qui est courante, est parfois un peu dure :Fol. 8 r° : dit au bon prelat ou docteur… (ce n’est pas le même personnage.)
L’article défini est, d’une façon constante, omis devant les termes abstraits, généraux, et même, parfois, devant !ps termes concrets.
Par contre, l’article peut être employé dans des cas où nous l’omettons ainsi devant un mot abstrait :
Fol. 3 v° : circonstances du temps…
L’article indéfini peut ne pas être exprimé devant un régime direct :
Fol. 5 v° : elle en ara ycy double fruict…
Fol. 7 r° : la vigne requiert grant labourage…
De même l’article partitif, soit au singulier
Fol. 7 r° : la condicion de la vigne pour faire fruict
soit au pluriel :
Fol. 4 v° : la ou il auoit grans reuelacions des secretz de dieu…
- Mots auxiliaires du verbe. — Le pronom sujet est souvent omis, à toutes les personnes du singulier et à la première du pluriel :
Fol. 7 r° : Et diuise ce présent liure…
Fol. 4 r° : tu ne peches pas mais as mérite double
Fol. 7 r° : une chose quelle que soit…
Fol 4 v° : Figure auons de moyse…
Fol. 3 r° : toutes les fois que sommes fatigez…
Il
impersonnel est rarement exprimé :Fol. 3 r° : et ainsi ne reste si non que tu te donnes…
Fol. 8 r° : Et ne luy souffit pas…
Par contre le pronom sujet peut être exprimé par redondance pour reprendre le sujet déjà écrit d’où des formules comme :
Fol. 2 v° : celuy qui a bons principes… il a grant aduentaige…
Fol. 3 r° : qui ne vient iusques au hault il ne sera ia parfait…
Fol. 10 r° : celuy qui trop auant enquiert de la maieste diuine il sera opprime et confondu…
245Cette reprise, surtout fréquente avec un relatif, peut avoir lieu à l’intérieur d’une même proposition à l’égard d’un substantif :
Fol. 10 r° : science sans humilite elle enfle…
La conjonction
que
n’est pas nécessairement exprimée devant le subjonctif d’où des constructions comme :Fol. 4 r° : obeir a son souuerain soit prelat maistre ou maistresse…
Fol. 9 r° : quil ne desprise quelque doctrine soit de grammaire de logique de philosophie naturelle ou morale ou quelque autre.
où le verbe
être
a sa pleine valeur et peut donc supporter une construction avec la conjonction adversativeou
.Des prépositions peuvent se trouver à désirer devant l’infinitif :
de
devant un infinitif sujet logique :Fol. 2 v° : il ne suffist pas auoir…
Fol. 9 v° : Grant presumpcion est… vouloir…
ou régime direct :
Fol. 5 v° : il luy plaise nous demonstrer…
Fol. 4 r° : commande faire…
ou même indirect, d’un nom :
Fol. 3 v° : necessite retourner…
ou d’un adjectif :
Fol. 3 v° : contrains regarder…
a
devant un infinitif régime direct :Fol. 5 v° : Quiconques aprendra familiarement aymer meditacion…
ou indirect :
Fol. 9 v° : si te dois estudier aprendre…
- Mots auxiliaires de la phrase. — Devant le relatif sujet
qui
, le pronom démonstratifce
est fréquemment omis :Fol. 2 v° : ton entendement… apperçoit qui est a faire et qui est a laisser
mais par contre :
Fol. 2 v° : tu congnoisses ce qui est a faire…
- Devant les mots coordonnés. L’article, exprimé devant le premier terme est omis devant le second, même si le genre et le nombre sont différents :
246Fol. 2 r° : en louant les iugemens et commandemens de dieu…
L’article indéfini peut subir le même traitement ce qui pourrait entraîner certaines équivoques :
Fol. 4 v° : ung pasteur ou prelat de saincte eglise…
De même le possessif peut s’omettre devant le second terme et s’accorder avec le plus rapproché, même si une préposition est intercalée :
Fol. 13 r° : aras congnoissance… de ton vice ou de vertu…
Le pronom démonstratif lui-même peut s’omettre en pareille position :
Fol. 9 r° : les plus utiles, et qui plus font a la bonte de meurs…
Le pronom sujet neutre et l’auxiliaire
falloir
devant deux infinitifs coordonnés peuvent ne pas être exprimés devant le deuxième, ce qui pourrait induire en erreur sur la nature de ce verbe :Fol. 2 v° : il se fault drecier et assourdre…
(= et il fault assourdre,
assourdre
n’étant pas pronominal, mais intransitif, car il traduitassurgere
).Dans une série coordonnée, une préposition peut n’être exprimée qu’une fois, en tête de la série dont elle régit chaque terme :
Fol. 3 r° : en faisant et mectant a effect…
La conjonction
que
peut être omise, soit lorsque la première proposition commence parquand
ou parsi
:Fol. 2 v° : se tu lis… aucune doctrine si que tu lentendes et par ce…
soit lorsqu’elle tiendrait, en tête de la coordonnée, la place de
si
:Fol. 4 r° : Se la voulente est prompte a faire quelque bien et elle ne le peult faire…
Par contre, lorsqu’elle est suivie d’une proposition incidente, elle peut se trouver répétée :
Fol. 3 r° : Soies certain que se tu as monte ce pas de oroison que dieu te donnera sa grace…
- Mots essentiels. — Le pronom de la 3e personne régime direct n’est pas exprimé, soit devant un pronom régime indirect :
247Fol. 10 r° : celuy qui est disciple ne doit pas plus auant iuger que sa faculté ou puissance ne luy donne…
soit devant un infinitif, même indépendant d’une préposition :
Fol. 2 v° : plusieurs sont qui ont science et qui sceuent qui est a faire mais ilz ne congnoissent pas comment ilz doiuent faire…
On peut même trouver dans une proposition comportant deux épithètes coordonnées ou opposées destinées à qualifier un même substantif, ce substantif omis devant la première et exprimé devant la deuxième :
Fol. 4 v° : … doit descendre de la contemplatiue a la vie actiue…
Le pronom
celuy
peut ne pas être exprimé, soit devant un relatif :Fol. 17 r° : maleureux seront qui naront telle clarte…
soit devant un complément déterminatif :
Fol. 7 r° : la personne… se excercite… de aduiser entour une chose… les causes les fais et utilitez dicelle, specialement des operacions humaines…
- Mots auxiliaires du substantif.
- Ordre des mots. — Le sujet est souvent placé après le verbe, la plupart du temps lorque la phrase commence par une conjonction. Il faut bien prendre garde que l’on ne se trouve pas devant une interrogation, mais devant une inversion :
Fol. 2 r° : duquel louyer parle dauid…
Fol. 2 r° : Et pour ce dit aristote…
Fol. 3 r° : Or vois tu comme…
Fol. 8 r°-v° : Dit saint bernard…
Mais l’inversion n’est pas obligatoire :
Fol. 3 r° : Et pour ce nous deuons auoir…
Fol. 7 r° : Ainsi dieu a plante les hommes…
On peut trouver deux sujets coordonnés séparés par le verbe qu’ils régissent :
Fol. 4 r° : inconuenient en aduiendra ou dommaige…
Par contre, il y a au moins un cas d’interrogation dissimulée où l’on pourrait voir, à tort, un impératif :
Fol. 16 r° : Ne monte pas leaue contre sa nature particuliere pour euiter inconuenient en luniuersal affin quil ny ait rien voide…
Le régime se rencontre à chacune des cinq places que l’on peut logiquement lui attribuer :
248R. V. S. Fol. 2 r° Grant retribucion aront ceulx qui…
V. R. S. Fol. 5 v° : ne peuent pas bien excerciter la vie des iustes les unes sans les autres…
V. S. R. Fol. 7 v° : et se donne la personne discipline…
R. S. V. Fol. 4 r° : lautre merite tu as du propos…
S. R. V. Fol. 3 v° : comment il doit son oroison ordonner…
Cf. Fol. 3 r° : vous ne pouez quelque chose faire… (où le régime sépare l’auxiliaire de l’infinitif).
L’auxiliaire peut se trouver rejeté à la fin de la proposition et précédé de l’infinitif (qui est séparé de lui par son régime direct) :
Cf. Fol. 4 r° : qui recouurer ne se peut…
Mais cette construction n’est pas très fréquente.
L’adverbe se trouve souvent avant le verbe :
Fol. 3 r°-v° : nous ne pouons pas longuement estre…
et séparé du mot qu’il modifie :
Fol. 9 v° : les choses qui plus sont proffitables a ton salut.
Un substantif régi par
de
peut se trouver placé avant le mot qu’il détermine et même séparé de lui :Fol. 7 v° : penser de la puissance de dieu ou de sapience.
L’adjectif épithète précède souvent son substantif :
Fol. 7 r° : meditation est une determinee cogitacion…
Si l’on ajoute l’équivalence constante de
y a
àest
ousunt
latin, et diverses autres tournures directement calquées sur les textes traduits, on aura énuméré la plupart des caractères syntaxiques présentés, par le texte du Liure de saincte meditacion.
Je ne peux m’attarder à une étude du style je me borne à signaler l’abondance des expressions doubles de la même idée, et cela le plus souvent par souci de clarté, un mot courant expliquant un terme plus nouveau.
Une sobriété relative, une netteté de lignes parfois méritoire, une fermeté soutenue, une éloquence qui sait se contenir, quelques rares traits pittoresques ou souriants rapprochent plus cette œuvre des premières réussites du classicisme que des créations extravagantes d’un latinisme intempérant.
Notes
- [284]
La Croix du Maine (n° 2), p. 371. Sa Bibliothèque françoise, achetée en 1584, ne pouvait, citer que l’édition de 1556.
- [285]
Henri-Louis Bouquet (n° 50), p. 137.
- [286]
Antoine Thomas (n° 51).
- [287]
Pierre Féret (n° 56), p. 306.
- [288]
Pierre Féret (n° 56), p. 307.
- [289]
Toujours infortuné Ciboule, poursuivi par le destin jusque dans les citations que l’on veut bien faire de lui, et victime, non seulement de l’oubli, mais, suprême paradoxe, de la coquille : il fallait écrire :
baillé
. Voir ce texte cité, p. 192. - [290]
Autant qu’il me soit possible d’en juger, je ne le crois pas.
- [291]
Trois, peut-être. Cette préface, ce livre étaient adressés à Charles-Quint. L’
epistre dedicatoire
fut écrite à Bruxelles le 1er août 1555. Le privilège est du 28 septembre suivant. Le 25 octobre 1555, Charles-Quint abdiquait. Rien ne m’autorise a presser ce curieux rapprochement. Je n’ai trouvé aucune trace du F. P. Le Febvre dans les listes publiées par M. Gachard, Retraite et mort de Charles-Quint au monastère de Yuste, Bruxelles, 1854 ; aucune allusion aux lectures de l’empereur dans ses lettres publiées par Lanz, Korrespondenz des Kaisers Karl V (exclusivement politique et diplomatique). Rien, qu’une phrase du 8 août 1556 :lun des grands désirs que jai en ce monde, cest de me desnuer du tout.
Se dépouiller complètement, par lassitude, par dégoût des affaires, par incapacité à soutenir le poids écrasant de l’Empire, ou pour obéir, lui aussi, la voix tombée du ciel, et en jugeanttresestrange entendre aux choses foraines et negliger soymesmes
cesser deviure a aultruy et estre mort a soy
? Je ne crois pas que le problème ait jamais été complètement résolu. N’est-ce pas une raison de plus pour accorder ici une large place au disciple enthousiaste de R. Ciboule ? - [292]
P. 1 (les feuilles de cette préface ne sont point paginées).
- [293]
P. 2
- [294]
Pp. 2-4.
- [295]
P. 5.
- [296]
L’érudition du frère Pierre est sûre. Si étrange qu’il puisse paraître ce rapprochement est exact : ce n’est pas une évocation sibylline, mais de bonne critique littéraire. Les triomphes de la dame amoureuse (Louvain, J. Boyard, 1563, in-8°, 346 feuillets doubles) sont de Jean Bouchet (1476-1560[?]), procureur à Poitiers et l’un des rares vrais poètes parmi les Grands Rhétoriqueurs. Cette œuvre, destinée à
expier ses fantaisies littéraires
(fol. 5 r°), c’est-à-dire, entre autres, L’Amoureux transy sans espoir (1507), Le Livret des angoisses et des remèdes d’amour du Trauerseur en son adolescence (1537), les Epistres morales et familieres du Trauerseur (1545), est un livre de piété. La Dame amoureuse, c’estl’ame raisonnable incorporée
(fol. 5 v°). L’auteur adresse sonEpistre
àtous les deuots viateurs chrestiens contenante son intention, et declaration de l’homme intérieur et exterieur
. Encore un témoin dusocratisme chrétien
. Il se propose une tâche importante et redoutablepour distraire femmes et filles de plus lire la translation en francois du vieil et nouueau testament qui est chose dangereuse a lire en plusieurs passages selon la seule lettre et certains petis traités d’aucuns allemans heretiques traduits de latin en francois, esquels soubs la doulceur de la doctrine euangelique sont plusieurs erreurs interposées trop scandaleuses et pernicieuses en la chrestienneté.
En somme, son livre sera un
manuel de la doctrine necessaire pour batailler contre les vices et en avoir la victoire
(5 r°), lutte difficile, cardelectation nous combat, luxure nous abat, ambition nous guerroie, auarice nous surmonte, enuie nous insidie, et ire nous surprent
; mais il ne doute pas dutriomphe
, et il résume son dessein en une phrase qu’il faut recueillir précieusement :… l’art d’honnestement aimer tout fondé en amour et dilection charitable, par ce que ie trouue par la sainte escripture que nostre loi chrestienne consiste entierement en Amour. (5 v°.)
Il a des sources avouées : comment présenter une œuvre de ce genre si l’on ne s’abrite derrière les quatre grands Docteurs latins, et si l’on ne cite les plus grands noms de l’Antiquité païenne, et même
Auerrois
(6 r°) ? Il nomme aussi Jean Gerson. Mais de Ciboule, tacet. L’ingrat : il l’a copié ou résumé du fol. 94 au fol. 106, et encore au fol. 146, 318… Il traite Ciboule plus mal encore que Ciboule n’a traité Corbechon et Barthélemy l’Anglais, car le chancelier, s’il ignore les guillemets, ne dissimule pas le nom de ses auteurs il citele maistre des proprietes
. - [297]
Pp.6-8.
- [298]
P. 8.
- [299]
Je n’achève pas la période qui reste en suspens un peu plus loin.
- [300]
La préface s’achève par une dédicace à Charles-Quint : j’en entrais ces quelques lignes :
Telle a vraiement esté tousiours vostre gloire, Sire, ascauoir en l’exercice de toutes sainctes meditations et inuestigations des choses qui se doibuent scauoir, et pour ce que V. M. désire et inuoqué, le sens vous a esté donné, et est venu l’esprit de sapience en vous, dont s’est ensuyuie a la gloire de Dieu ceste tant dextre disposition des loix, et administration de iustice exercée par V. M. en voz royaumes desia par l’espace de quarante ans, et en l’empire trente et six ans, accédant pour principale zel de saincte foy, lequel vous a de tous temps enflammé… Congnoissant donc que vostre maiestè treschatolique s’est dedièe des le commencement aux meditations sainctes, et qu’en icelles sont voz peculieres delices spirituelles, me trouuant a ce appelé (combien que tresindigne) que pour vous ministrer choses sainctes, ay entreprins (vsant d’humble confidence) dedier a vostre-tresclemente maieste, ce liure de Saincte meditation… Je n’ignore que V. M. a aultres liures et en pulsieurs langaiges bien polis et fluans plaisamment en leurs narrations, desquelles elle tire bons fruictz pour le nourrissement et refection de l’ame. Néantmoins i’espere que cestui ne sera pas touuè inutile si… il plaist a V. M. en prende quelque goust. Mais et par ceste dedication sera… le liure deliurè des tenebres… Nous auons dispense et ministre a V. M. Imperiale les sacremens tresdiuins, nous luy offrons ensanble ceste Cibole rendue par nostre petit labeur en son intégrité et en sa dignité, mesmes notablement augmentée en laquelle est veue la puissance, sapience, bontè, et prouidence de nostre Dieu. La M. souuueraine de nostre Empereur immortel et eternel Iesuchrist se trouue en ceste Cibole… De v. ville de Bruxelles en Brabant le premier iour du mois d’Aoust 1555 (pp. 13-15).
Cibole, ici est un jeu de mots sur la forme
cibolium
qu’on trouve en bas-latin pourciborium
: ciboire. - [301]
Table des manières du manuscrit A, fol. 1 r°.
- [302]
Incipit du manuscrit A, fol. 2 r°.
- [303]
Incipit du manuscrit B, fol. 2.
- [304]
Table du manuscrit C.
- [305]
Édition de 1510, fol. 1 r°.
- [306]
Même édition, fol. 86 r° col. 2.
- [307]
Édition de 1596, fol. 1.
- [308]
Aucune hésitation n’est possible au sujet de la forme aberrante d’intitulation propre à A :
Le liure des iustes
est emprunté à l’incipit du texte :La vie des iustes en ce monde…
Il n’y a donc pas à s’y arrêter. - [309]
Manuscrit fr. B. N. 1841, fol. 61 v°. C’est moi qui souligne.
- [310]
Loc. cit., fol. 37 v°. Je souligne encore. La formule n’est pas complètement exempte d’ambiguïté : si l’on ne savait parfaitement qu’elle se trouve dans un traité
de perfection
, on pourrait se demander s’il ne s’agit pas de deux œuvres consacrées au même sujet la connaissance de soi. Non, c’est à la foisautre traité
et autre sujet. - [311]
Léopold Delisle, Inventaire général… (n° 37), tome V, p. 39, décrit ainsi le manuscrit C (= 447) :
… même ouvrage (que 999) intitulé : Livre de saincte meditation et connaissance de soi.
Cette leçon vicieuse a passé chez Henri-Louis Bouquet (n° 50), p. 135, et par conséquent chez son plagiaire Albert-Joseph Devoisins (n° 67), p. 40, qui n’y regarde pas de si près :
Livre des saintes méditations (sic) et de la connaissance de soi-même.
Ainsi que chez l’abbé Jules Fossey (n° 62), p. 69, n. 1.
- [312]
Ce sens est fréquent chez Ciboule ; cf. Notes philologiques, II, Syntaxe, p. 242.
- [313]
Il serait d’ailleurs intéressant de définir le genre de courage qu’exigeait pareille entreprise. A-t-il jamais fallu autre chose que de l’audace ou de la témérité littéraires ? Je me demande si l’on n’a pas singulièrement dramatisé les origines de la littérature française en langue vulgaire. Un demi-siècle avant Ciboule, Gerson éprouvait encore le besoin de justifier sa
Montaigne de contemplacion
en assurant qu’elle trouverait des lecteurs capables de comprendre la doctrine aussi bien que la langue où elle se rendait abordable, mais pas du tout en se mettant à couvert de censures et de foudres… - [314]
Manuscrit A, fol. 50 v°.
- [315]
Loc. cit., fol. 52 r°.
- [316]
Loc. cit., fol. 87 v°.
- [317]
Sermon, manuscrit D, fol. 153 r° col. 2. Cf. Bibliogr., p. 118
- [318]
Loc. ult. cit., v° col. 1.
- [319]
Loc. cit., fol. 161 v° col. 2.
- [320]
Manuscrit A, fol. 2 r°-23 r°. Cf. infr., pp. 209-210.
- [321]
Manuscrit A, fol. 225 r°-231 v°. Cf. infr. p. 226.
- [322]
Hugues de Saint-Victor, Eruditio didascalica, lib. V, cap. 9 ; P. L., t. CLXXVI, col. 797 A.
- [323]
Quatuor
, écrivait Hugues, loc. cit. Pour lui, comme la suite du texte le prouve, la contemplation n’est pas un degréd’exercice
, mais le point d’aboutissement. De cette divergence, qui est peut-être une véritable confusion, résulte le caractère embarrassé de cette traduction :sensuit la cinquiesme chose
n’a de sens que dans la perspective de Hugues.Dans tous les textes cités, j’indique par des italiques ce qui est traduction littérale des sources latines.
- [324]
Psaume XVIII, v. 12.
- [325]
Lévitique, chap. XI, v. 44.
- [326]
Manuscrit A, fol. 2 r°.
- [327]
Ibid., fol. 2 r°-v°
- [328]
R. Ciboule interrompt son emprunt ; c’est pour le corser de deux autorités spécifiquement médiévales elles aussi : mais le premier texte est pris à contre-sens. Cf. Ovide, Remedia amoris, v. 120.
- [329]
Jean, C. XV, v. 5.
- [330]
Psaume XXXIII, v. 9.
- [331]
A fol.2 v°-3 r°.
- [332]
Fol. 3 r°-3 v°.
- [333]
Fol. 5 v°.
- [334]
Hugues de Saint-Victor, Eruditio Didascalica, lib. III, cap. 11 : col 772 C.
- [335]
A :
separa
, fol. 10 r° :separera
; Hugues, l. c.segregat
. - [336]
Chap. II, fol. 5 v°- 6 r°. Cf. p. 209.
- [337]
Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. I, cap. 3 ; P. L., tome CXCVI, col. 66 C-D cap. 4 ; l. c., col. 67 D.
- [338]
Job, c. XVII, v. 11 b.
- [339]
Psaume XXXVIII, v. 4.
- [340]
Chap. II, fol. 6 r°-7 r°.
- [341]
Hugues de Saint-Victor, Eruditio Didascalica, lib. III, cap. 11 col. 772 C.
- [342]
Chap. III, fol. 7 r°. Cf. p. 209.
- [343]
Hugues de Saint-Victor, loc. cit.
- [344]
Chap. V, fol. 12 v°-13 r°. Cf. p. 209.
- [345]
Chap. III, fol. 7 r°. Hugues de Saint-Victor, loc. ult. cit.
- [346]
Troisième partie, ch. 21, fol. 225 r°-231 v°. Cf. p. 226. Pour l’idée et le mot de
recapitulacion
, on peut rapprocher de Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. V P. L., t. CXCVI, col. 193 A. En vue d’obtenir un peu plus de clarté dans les fragments que je cite, et comme il ne s’agit pas ici d’une édition proprement dite, je me permets d’introduire quelques alinéas et de compléter ou modifier légèrement, le moins possible, la ponctuation du manuscrit que je suis toujours, A. - [347]
Doctrine de Hugues de Saint-Victor.
- [348]
Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. V, cap. 2 ; loc. cit., vol. 169 D.
- [349]
Leçon de A :
et
. C : fol. 396 r° :est
. - [350]
Genèse, ch. XIII, v. 14. Leçon de C, l. c., v° ; A :
du tu es
. - [351]
Cette connaissance sera, après la résurrection, un des éléments accidentels de la béatitude, écrit saint Augustin, De civitate Dei, lib. XXII. cap. 30, n. 1 ; P. L., t. XLI, col. 801-802.
- [352]
A et C :
le mal du bien
. - [353]
Proverbes, c. VIII, v. 31.
- [354]
Psaume XXX, v. 23, cité par Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. V, cap. 2 ; loc. cit.
- [355]
A :
salemon
. Texte C, f. 403 r°. - [356]
Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. V, cap. 12.
- [357]
Noter le sens diamétralement opposé des deux mouvements ainsi décrits et malheureusement exprimés par la même préposition
sur
prise en deux acceptions différentes : la seconde correspond àsuper
. - [358]
Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. V, cap. 5.
- [359]
Cf. Richard de Saint-Victor, Benjamin major, lib. V, cap. 2 : col. 170 A ; lib. V, cap. 15 : col. 187.
- [360]
Telle que la définit Richard, c’est incontestable : mais comment la définit-il ?
Si l’on veut aller au delà de ces cadres très nets pour en scruter le contenu exact, la plus grande réserve me paraît s’imposer. Les interprétations divergent : M. Pierre Pourrat (n° 120), n’hésite pas à faire de Richard une théoricien de la vision immédiate et intuitive de Dieu ; mais on sait que l’auteur de la Spiritualité chrétienne donne parfois l’impression d’oublier qu’il travaille sur des fragments de textes arrachés des ensembles complexes. M. Edmond Vansteenberghe, lui aussi, dans un article de la Revue des Sciences religieuses de 1929, t. IX, pp. 376-390 :
Un petit traité de Nicolas de Cues sur la Contemplation
, article qui permet d’établir de nombreux rapprochements entre Cusa et Ciboule — parce que tous deux utilisent les mêmes sources — exprime la même opinion cf. p. 388 :Richard estime que le contemplatif voit directement et sans intermédiaire Dieu lui-même.
Il constate que Nicolas de Cues se sépare du Victorin sur ce point essentiel : peut-être, mais ne serait-ce pas que cette interprétation de Richard n’est pas tout à fait assurée ?Ce serait l’avis de M. l’abbé Eugène Kulesza (n° 122), qui relève très justement dans la traduction que M. Pourrat propose d’un texte central, Benjamin Major, lib. IV, cap. 11, l’omission d’adverbes essentiels, véritables charnières de l’argumentation : malheureusement son propre souci de retrouver chez le Maître de Saint-Victor les préoccupations et jusqu’aux vocables particuliers aux techniques et aux controverses modernes diminue la valeur de ses interprétations qui, parfois, précèdent ses analyses. Le Dr Joseph Ebner (n° 119), me paraît serrer de près la position exacte de Richard : le sommet de la contemplation serait la vision de Dieu en son image, l’âme. En réalité, on ne saurait résoudre ce très difficile problème sans avoir patiemment confectionné le lexique victorin : on peut cependant remarquer ici à quel point le texte capital sur lequel se fonde tout particulièrement l’interprétation de M. Pourrat est défiguré lorsqu’on le détache du chapitre où son rôle est si net. Il s’agit là, en effet, Benj. Maj., IV, 11, de la visite de Dieu succédant au labeur du désir et pouvant provoquer une sublimation du contemplatif. Pour décrire ce processus spirituel, Richard interprète tropologiquement la visite mystérieuse de Mambré (Genèse, ch. XVIII). Si l’on néglige la base scripturaire, voici ce qui me paraît rester pour l’analyse psychologique : L’âme commence par pénétrer subtilement le sens divin des évènements et des choses qui l’entourent : elle sait y voir l’influence d’une disposition divine et la grâce de la coopération de Dieu. — Puis, elle reconnaît, avec une évidence absolue, bon gré mal gré, la nature divine de ce qui s’opère en elle : troubles subits qui la bouleversent à fond, abattements provenant d’une excessive crainte, brûlures dévorantes d’une excessive douleur, confusion de la honte, et retour inespéré, inattendu, à une grande tranquillité d’âme, même à la sérénité : elle conclut que c’est là action de la grâce qui la visite. — Il peut d’ailleurs arriver qu’elle soit encore impuissante à s’arrêter longtemps à la
contemplation de cette lumière
, c’est-à-dire à la claire vision de la nature divine des actions intérieures de la grâce : cela, c’est avoir Dieu présent, mais comme en passant. — Ensuite, elle arrive à connaître, du fait de l’inspiration divine, quelle est la volonté de Dieu : cela, c’est entendre la voix de Dieu dans ses avertissements. — À ce point, il faut que l’âme soit conduite au-dessus d’elle-même par unexcessus mentis
, pour voir dans sa vérité toute simple, sans figures qui la voilent et l’assombrissent, sans miroir ni énigme, la lumière de la souveraine sagesse : cela, c’estcomme
sortir de sa tente à la rencontre du Seigneur, etcomme
le voir face à face. — Après cette vision parexcessus mentis
, l’âme ramène ses données à la manière commune de comprendre à l’aide de grands efforts de mémoire, d’analyses et de recherches ardentes et pénétrantes pour se les rendre accessibles et compréhensibles, en s’aidant du témoignage des arguments rationnels, ou del’adaptation des similitudes
: il s’agit sans doute des allégories bibliques. — Alors l’âme consent aux sacrifices qui doivent la rendre plus apte à la contemplation, et, s’imposant un genre de vie plus sévère, une pratique plus assidue des vertus, elle nourrit en elle et elle accroît l’amour de bienveillance pour le Seigneur. — Elle en arrive àmanger avec le Seigneur
quand elle accomplit volontiers pour son bon plaisir et son service tout ce qui fait grandir en elle la bienveillance du Seigneur pour elle et sa confiance personnelle en lui. — L’âme, alors, s’appuyant sur cette connaissance admirable de la lumière divine, s’élève au-dessus d’elle-même à la vision de données supérieures, et ne cessed’accompagner le Seigneur
en s’attachant étroitement aux traces de la grâce qui L’a révélé : elle s’efforce de rester unie à cette lumière révélée le plus longtemps possible par la contemplation :Il est debout auprès du Seigneur debout celui qui, par une grande élévation d’esprit, transcende tout ce qui est glissant dans la mutabilité humaine, toute l’incertitude de toute ambiguïté, et qui, fixé dans cette lumière d’éternité, attire en lui la ressemblance de l’image vers laquelle sa vue est tournée : Nos omnes revelata facie. — (II Corinth. III, 18).
La contemplation ici décrite me paraît être une interprétation surnaturelle de phénomènes moraux et une source de perfectionnement divinisant : elle provoque une assimilation progressive à Dieu, une évolution perfective de l’
Image
, mais elle n’est pas vision intuitive de Dieu. Il reste à définir avec précision ce qu’est lalumen summæ sapientiæ
, et ce qu’est ici lementis excessus
qui conduit l’âme à cettesimple vérité
. Tant que l’on n’aura pas procédé à une analyse méthodique et exhaustive des textes, la seule formule juste et prudente me semble être celle de Étienne Gilson, La Philosophie au Moyen Âge, Payot, 1930, p. 87 :Au plus haut degré de la connaissance l’âme qui s’est déjà dilatée et soulevée se perd elle-même et, dans les rares instants où cette grâce lui est ici-bas concédée, elle contemple dans sa vérité nue la lumière de la suprême sagesse.
- [361]
Texte :
corporelles
. Cette leçon offre un sens qui pourrait se soutenir mais la construction de la phrase me paraît exiger :incorporelles
. Il s’agit en effet très probablement des anges, et ce premier adjectif est synonyme du suivant :spirituelles
; procédé constant chez Ciboule. - [362]
Luc, ch. XVII, v. 21 :
regnum Dei…
- [363]
Matthieu, ch. XIII, v. 44.
- [364]
Hugues de Saint-Victor, Eruditio didascalica, lib. I. cap. 2 ; P. L., t. CLXXVI, col. 741 D. Migne a imprimé :
Scriptum legitur in tripode Apollinis : Γνῶθι σεαυτόν, id est : Nosce teipsum.
Les manuscrits utilisés par Ciboule ne devaient pas contenir la formule en caractères grecs. Voici en effet les leçons de deux manuscrits du Didascalicon conservés à la Nationale :Nouv. acq. lat. 1429, fol. 2 r° col. 2 :
Scriptum legitur in tripode appollinis thoticelithon, id est cognosce te ipsum…
Lat. 2913, fol. 81 V :
Scriptum legitur in tripode appollinis tnoti celicon, (correct. interl. :
notis eliton
), id est cognosce te ipsum.Si le maître savait encore articuler à peu près les deux mots sacrés, les disciples n’entendaient rien qui leur fût intelligible. Nous trouverons un autre exemple de cette aberration.
- [365]
Perse, Satire I, 5. Texte également cité par Montaigne, Essais, II, 16.
- [366]
Pour tout ce développement, cf. Hugues de Saint-Victor, De sacramentis, I P, lib. VI, cap. 15 ; cité par Étienne Gilson (n° 82), p. 230, n. 15. Et surtout Richard de Saint-Victor, Benjamin minor, cap. 72 ; P. L., t. CXCVI, col. 51 C-D ; cap. 78, col. 55 D-56 A. Benjamin Major, lib. II, cap. 2, l. c., col. 81 A. Pseudo-Bernard, Meditationes piissimæ de cognitione humanæ conditionis, cap. I ; P. L., t. CLXXXIV, col. 494. Peu importe ici l’inauthenticité de ces Méditations.
- [367]
Pseudo-Bernard, loc. cit., leitmotiv du Socratisme chrétien médiéval.
- [368]
Il est inutile de faire remarquer à des lecteurs avertis les rapprochements qui s’imposent ; je me borne à renvoyer au premier chapitre et à ses notes, de Étienne Gilson (n° 82).
- [369]
Pour toute cette fin de chapitre : Saint Bernard, In Cantica canticorum, sermo 36, n. 3, 5-7, 8-9 ; P. L., t. CLXXXIII, col. 964 A. 966 B-C.
- [370]
Psaume CXVIII, v. 75.
- [371]
Psaume CXLI, v. 4.
- [372]
Psaume XL, v. 5. ,t
- [373]
Psaume XII, v. 7.
- [374]
Psaume LXXVI, v. 3.
- [375]
Saint Ambroise, Exameron, lib. VI, cap. 6, n. 39 édit. C. Schenkl, Vienne, 1897, p. 230, lignes 9-12 :
Cognosce te ipsum, o homo, quod non, ut ferunt. Apollinis Pythii, sed Solomonis sancti est, qui ait nisi scias te, formonsa in mulieribus, quamquam multo ante Moyses in Deuteronomio scripsit : adtende tibi…
Ce souci de trouver à la consigne socratique des équivalents scripturaires plus ou moins bien choisis est constant chez les auteurs chrétiens, mais il ne semble pas que les penseurs médiévaux aient tenu, aussi manifestement du moins, à ravir à Apollon sa gloire. Ce trait appartient d’ailleurs à tout un système ambrosien sur la dépendance des philosophes grecs à l’égard de l’Écriture : cf. De bono mortis, V, 19 éd. Schenkl, p. 720, où il fait dériver le Banquet du Cantique des cantiques : ib., X, 45 XI, 51, p. 747 :
Nostra sunt itaque quæ in philosophorum litteris præstant.
De fuga sæculi, VIII, 51 éd. Schenkl, pp. 203-204 :
De hoc cratere (i. e. Sapientæ, Proverbes c. IX, v. 5) Plato in suos libros transferendum putauit (Conu. 213 E), ad cuius potum euocauit animas, sed eas explere nesciuit, qui potum non fidei, sed perfidiæ ministrabat.
- [376]
Cantique des cantiques, ch. I, v. 7.
- [377]
Chapitre XI, fol. 23 r°-25 v°. Cf. p. 210.
- [378]
Et Robert Ciboule ne se fait pas faute d’utiliser cette méthode préalable : pour lui, fixer l’attention de l’esprit sur un objet créé afin de provoquer son élan vers l’objet incréé, c’est s’adapter au mouvement de la raison naturelle comme à la nature même des choses. Prisonnière de son corps et de ses sens, l’âme ne connaît d’abord que ce qu’elle sent mais elle possède une faculté supérieure qui, en s’exerçant sur les données des sens, les utilise pour les dépasser et parvenir à la connaissance des réalités supérieures à ce monde ; cf. chap. 18 à 20, 30 et 31. Cela est si vrai, que les
philosophes naturelz
, par le seul exercice de leur raison, en étudiant la matière et la forme des objets créés,par ces deux principes ilz venoient iusques a la congnoissance de la substance… Et par ces deux causes matérielle et formelle ilz venoient iusques a la congnoissance de la première cause efficiente qui nest pas autre que dieu…
(chap. IX, fol. 18 r°). Malheureusement,ilz tenoient la verite comme captiue par leur iniustice
, et ne savaient pas en tirer les conséquences intellectuelles et morales qu’elle comportait : il leur manquait l’action intime, rectificatrice et purificatrice du Saint-Esprit : loc. cit., fol. 18 r°-20 v°. Un esprit de baptisé, participant aux dons de science et de sapience, ne peut pas, à moins d’infidélité à la grâce, ne pas voir le créateur dans la créature : loc. cit., fol. 20 r°. - [379]
Genèse, ch. I, v. 26.
- [380]
Saint Thomas, Summa theologica, I P., q. 93, a. 4.
- [381]
Saint Thomas, Summa theologica, I P., q. 93, a. 5.
- [382]
Cf. Saint Augustin, De Trinitate, lib. XIII, cap. 20, n. 26 ; P. L., tome XLII, col. 1035.
- [383]
Cf. Saint Augustin, De Trinitate, lib. X, cap. 11, n. 17 ; loc. cit., col. 982 ; lib. XIV, cap. 7, n. 10 ; loc. cit., col. 1043 ; lib. XV, cap. 6 n. 10 ; loc. cit., col. 1064.
- [384]
Saint Thomas, Summa theologica, I P., q. 12, a. 12. Et supra, cf. P.. q. 27, a. 3.
- [385]
Saint Thomas, Summa theologica, I P., q. 27, a. 1.
- [386]
Saint Thomas, Summa theologica, I P., q. 34, a. 1 et 3.
- [387]
Jean, C. I, v. 1.
- [388]
Saint Augustin, De Trinitate, lib. XIV, c. 14, n. 20 ; loc. cit., col. 1051. Saint Bernard, Cantica canticorum, sermo 71, n. 6-10 ; loc. cit., col. 1123 D-1126 D.
- [389]
Psaume XXXVIII, v. 4 cf. Saint Augustin, De Trinitate, lib. XV, cap. 12-13 ; loc. cit., col. 1065-1067.
- [390]
Saint Augustin, De civitate Dei, lib. XI, cap. 26 ; P. L., t. XLI, col. 339-340. Cf. Hugues de Saint-Victor, De Sacramentis, I P., lib. 3, cap. 26 ; P. L., t. CLXXVI, col. 227 C.
- [391]
Psaume IV, v. 6.
- [392]
Allusion au chapitre XXXIV :
Du souuerain iudicatoire de raison appelle synderesis
, cf. p. 217. - [393]
Luc, c. XV, v. 18, 21.
- [394]
Saint Augustin, De civitate Dei, lib. XI, cap. 28 ; loc. cit., col. 341-342.
- [395]
Chap. IV. fol. 11 r°.
- [396]
Charles-Victor Langlois (n° 125), p. 124.
- [397]
Cité en partie plus haut, pp. 176-180.
- [398]
Cité en partie, pp. 180-182.
- [399]
Partiellement cité, pp. 182-185. Le chapitre V est cité en partie dans les mêmes pages.
- [400]
Presque intégralement cité, pp. 195-200.
- [401]
Dans ce chapitre, Ciboule, ailleurs si fidèle à saint Thomas d’Aquin, n’adopte pas sa théorie métaphysique du péché originel : il reste attaché aux théologiens du XIIe siècle, à Hugues et au Lombard. Comme eux, il ne peut se résigner à réduire à une simple condition sine qua non le rôle de la chair en la transmission du péché d’origine. Pour lui, comme pour Pierre Lombard,
lame humaine… de soy est belle et bonne créature et a lymage de dieu, mais elle prent infection a la coniunction auecques le corps (fol. 29 v°)
et il comprend cette
contagion
comme le Maître des Sentences qu’il a lui aussi commenté :lame… recoit vne contagion et infection coulpable de la char encheue en pechie, car celle char ou ce corps est descendu de adam par generatiue mocion. Or est il ainsi que tout ce qui estoit en adam fut infect et coupable et ce corps materiel y estoit et en est yssu par libidineuse generacion, pour tant ceste infection coupable que nous appelons pechie originel vient en lame par le moyen de ceste matière corporelle qui est corrompue, et est lymage de dieu contamine en lame et soullie non pas par operacion personnelle de ceste ame, mais par la coulpe de adam (fol. 29 v°).
Cf. Pierre Lombard, Lib. II Sentent. dist. 31 :
In concupiscentia ergo et libidine concipitur caro formanda in corpus prolis. Vnde caro ipsa quæ concipitur, in vitiosa concupiscentia ponitur, et corrumpitur ex cujus contactu anima cum infunditur maculam trahit qua polluitur, et fit rea, id est vitium concupiscentiæ quod est originale peccatum. Et quod vitium, vel corruptio sit in carne ante conjunctionem animæ, effectu probatur cum anima infunditur quæ ex corruptione carnis maculatur sicut in vase dignoscitur vitium esse cum vinum infusum acescit.
Par là, Ciboule se rapproche de saint Bonaventure, qu’il ne cite pourtant jamais, qui écrit in hunc loc. Sentent. :
Utrum anima possit infici a carne ? — Respondeo dicendum quod absque dubio, sicut dicunt Sancti et tenent doctores, quod anima contrahit peccatum originale mediante carne…
et qui accorde un sens de véritable causalité à ce
mediante
, tandis que saint Thomas, posant la question en métaphysicien, ne se préoccupe pas de l’infection
: pour lui, le péché originel n’est pas un péché decontagion
mais un péché denature
: par son péché Adam prive sa nature, en toutes ses participations futures, du don gratuit de justice originelle qui eût été transmiscum propagatione carnis
. Si l’on veut garder le terme traditionnel d’infection
, on dira non point que la chair infecte l’âme, et cela à aucun degré, mais que c’est lanature
, originellement infectée par une personne, qui infecte à son tour les autres personnes ; et c’est parce que cedefectus
est transmis en même temps que la nature par la génération charnelle que la coulpe originelle est dite transmise par la génération. Je n’ai pas à pénétrer davantage ici en ce difficile problème : je devais seulement indiquer la position, déjà un peu archaïque, ou de tendance curieusement franciscaine, du chancelier de Notre-Dame. - [402]
Longuement cité, pp. 200-206.
- [403]
Pour toutes ces notions d’anatomie, la source essentielle est le Livre des Propriétés des choses, 102, 103. Il me paraît certain que Robert Ciboule le connaît et l’utilise sous sa double forme, original latin, et traduction française : on constate parfois que sa traduction s’écarte du texte de Barthélemy pour suivre Corbechon ; mais beaucoup plus souvent, il quitte le premier traducteur pour se rapprocher du latin. Voici quelques exemples :
- Ciboule s’écarte de Barthélemy et rejoint Corbechon :
Fol. 99 v° :
… tourment des larrons.
= Corbechon (n° 103), fol. 60 v° col. 1 // Barthélémy (n° 102), fol. 27 r° col. 2 :erat supplicium modo locum habet…
Fol. 112 r° :
de figure droite
= Corbechon, fol. 78 r° col. 1 // Barthélémy, fol. 37 v° col.1 :erectior…
- Ciboule revient au texte latin :
Fol. 98 r° :
regime et gouuernement
= Barthélémy, fol. 23 v° col. 2 :regimen et gubernaculum
// Corbechon, fol. 55 r° col. 1 :gouuerne
.Fol. 99 r° :
les yeux sont comme la guette du corps, pour tant nature les a colloquez au hault lieu.
= Barthélémy, fol. 25 r° col. 2 :et quoniam oculus est loco speculatoris ideo locauit natura oculos in eminentiori loco corporis.
// Corbechon, fol. 57 v° col. 2 :… la grace du corps…
Fol. 100 r° :
il y a grant colligance de nerfz et de veines pulsatilles
= Barthélémy, fol. 27 v° col. 1 :propter arteriarum venarumque pulsatilium… colligantiam
// Corbechon, fol. 60 v° col. 2 :sont ensemble liées es temples.
Fol. 100 v° :
toute la face en est deshonnestee
= Barthélémy, fol. 28 r° col. 2 :tota facies residua dehonestatur
// Corbechon, fol. 62 r° col. 1 :… dissolue et desordonnee
.Fol. 102 v°-103 r° :
la langue… est composee de char molle et spongieuse
= Barthélémy, fol. 30 v° col. 1 :de molli carne porosa et spongiosa
Corbechon, fol. 65 v° col. 1 :pertuisee…
, etc., etc.
- Ciboule s’écarte de Barthélemy et rejoint Corbechon :
- [404]
Pour ces deux parties, je me contente d’indiquer les sources essentielles, sans aller jusqu’aux menus détails. Le caractère des emprunts change : il ne s’agit plus de références doctrinales, mais de traités déjà élaborés qui sont très étroitement suivis dans leur développement même : il en résulte, dans la seconde partie, un certain flottement entre les deux sections qui ne dérivent pas de la même source. La simple comparaison entre l’étendue matérielle de chaque chapitre et celle du passage
dilaté
permettra de constater que l’originalité créatrice de Ciboule paraît ici plus grande, au moins par endroits, que dans la première partie : je crois que cette impression est juste. Cependant, de nouvelles recherches pourraient peut-être conduire vers de nouvelles sources… - [405]
Il faut donc compléter par cette doctrine, cistercienne autant que victorine, la théorie thomiste de l’
image
exposée au chapitre XXXVII de la première partie et citée plus haut, pp. 200-206. - [406]
À partir de ce chapitre VII surtout, l’utilisation des sources théologiques indiquées devient notablement plus libre.
- [407]
Chapitre presque intégralement cité pp. 184-192.
- [408]
Edmond Huguet, La syntaxe de Rabelais, Paris, Hachette, 1894.
- [409]
Cf. Ferdinand Brunot, Histoire de la langue française. Paris, A. Colin, 1905, t. I, p. 420.