Madame Durand  : Les mémoires secrets de la cour de Charles VII (1700)

Table des matière

Table des matières
avec résumé

Note. — La division en cinq parties est propre à la présente édition : elle suit les cinq grandes intrigues imaginaires du roman, greffées sur la trame historique à peu près fidèle des débuts du règne de Charles VII.

  • Pièces liminaires
  • Mémoires de la cour de Charles VII, roi de France
    1. Les favorites et les favoris à la cour de Charles VII
      • Madame de Joyeuse, La Trémoille et le roi

        (Fin 1424.) La Trémoille aime la fille du favori Louvet, fille d’honneur de la reine, et songe à l’épouser. Mais son père la préférerait favorite du roi, et la pousse vers Charles VII, sans succès. Cet échec la rapproche de La Trémoille, pendant que Louvet arrange son mariage avec le seigneur de Joyeuse. Devenue Madame de Joyeuse, elle devient également la maîtresse de La Trémoille ; et le roi, voyant Joyeuse éperdument épris de sa femme, se met à la désirer. Le père et la fille reprennent leurs manœuvres, et réussissent. La Trémoille, la voyant s’évanouir de frayeur pour le roi lors d’un accident de cheval, comprend qu’elle lui échappe, et confie son chagrin au jeune comte de La Fayette, qui lui demande le récit de ses amours passées.

      • Histoire de La Trémoille

        (Retour vers 1418.) Pour nuire au duc de Bourgogne, La Trémoille avait entrepris de lui enlever sa maîtresse, Madame de Giac, et y était parvenu. Le duc les surprit un jour chez elle, mais elle n’eut aucune peine à le berner. Charles, alors dauphin, voyant le duc à la merci de Madame de Giac, chargea La Trémoille d’obtenir d’elle qu’elle le décidât à l’entrevue du pont de Montereau. Par vanité et pour montrer son pouvoir, elle releva le défi et parvint à convaincre le duc, qui y fut assassiné (10 septembre 1419). Mais le peu de regret qu’elle en manifesta stupéfia La Trémoille, qui s’en détacha. Ce ne fut que bien plus tard, dans le dépit de voir la future Madame de Joyeuse chercher à plaire au roi, qu’il revint se consoler auprès d’elle. Humiliée d’apprendre qu’il ne revenait que pour se guérir de cet amour, elle jura de se venger de cette rivale.

      • Agnès Sorel

        Agnès Sorel, jeune demoiselle de Touraine récemment présentée à la cour, y éclipse toutes les femmes, y compris la reine. Le roi n’a d’yeux que pour elle, ce que Madame de Giac s’empresse de faire remarquer à Madame de Joyeuse, tenant là sa vengeance. Le roman révèle alors le secret de la reine : un amour d’enfance pour un prince, jamais avoué quoique vraisemblablement réciproque. La honte qu’elle éprouve pour ce sentiment pourtant involontaire et secret ne trouve qu’un piètre soulagement dans les infidélités bien réelles du roi. Agnès, de son côté, interroge le capitaine Xaintrailles, dont la famille est liée à la sienne et qui connaît tous les secrets de la cour. Les amours du roi ne l’intéressent pas ; mais au nom du bâtard d’Orléans, jeune prince couvert de gloire, elle rougit à sa propre surprise.

    2. L’intrigue secrète de la reine et du bâtard d’Orléans
      • Histoire du bâtard d’Orléans (par Xaintrailles)

        (Enfance du bâtard.) Élevé auprès de la princesse de Sicile, future reine de France, le bâtard l’aima dès douze ans. Il chargea Xaintrailles, son seul confident, de lui remettre des lettres que celui-ci lui rendait en prétendant qu’elle les refusait : la sachant destinée à Charles, alors comte de Ponthieu, il voulait empêcher un amour impossible. Par un double hasard, Xaintrailles découvrit que la princesse aimait le bâtard, et la princesse tomba sur des vers d’amour de sa main. Elle en fit l’aveu à Xaintrailles, en lui défendant d’en rien dire. Chacun se tut. À la veille de ses noces avec Charles, le bâtard, déguisé en chevalier inconnu, le désarçonna en tournoi, puis disparut sans recevoir le prix — mais la princesse l’avait reconnu. Elle épousa Charles, qui ne l’aimait pas et qu’elle trouvait terne auprès du bâtard, mais se promit par vertu d’être une épouse irréprochable.

      • Suite de l’histoire du bâtard : son dévouement puis son mariage de dépit

        Paris tomba aux mains des Bourguignons : le bâtard parvint à arracher la princesse, devenue dauphine, au tumulte de la capitale en la défendant seul contre vingt cavaliers. Sentant qu’il allait se déclarer, elle lui imposa silence. La mort de Charles VI (1422) fit du dauphin le roi Charles VII — tandis que le jeune Henri VI d’Angleterre était proclamé roi en vertu du traité de Troyes. Devenue reine et toujours éprise, elle s’en ouvrit de nouveau à Xaintrailles, et entreprit d’enrichir secrètement le bâtard, notamment en arrangeant son mariage avec une autre fille du riche Louvet. Le bâtard s’y résolut, par obéissance et par dépit de savoir la reine à l’origine de la manœuvre ; celle-ci, le voyant s’en accommoder, crut cependant qu’il ne l’avait jamais aimée.

      • Suite et fin de l’histoire du bâtard : Agnès le guérit de l’amour de la reine

        Ayant perdu tout espoir d’être aimé de la reine, le bâtard s’éprit à son tour d’Agnès, et se désola de trouver encore Charles sur son chemin. La reine, qui l’aimait toujours, devina ce nouvel amour et connut pour la première fois la jalousie, tout en comprenant que seule cette passion du bâtard pourrait la guérir. Elle chargea donc Xaintrailles de disposer Agnès en faveur du bâtard, jurant de les marier dès que l’épouse de celui-ci, que la maladie condamnait, serait morte. Cette union sauverait sa propre vertu, et épargnerait à Agnès le rang de maîtresse royale. Xaintrailles achève là l’histoire du bâtard ; Agnès demande quelques jours pour démêler ses idées.

    3. L’intrigue secrète d’Agnès et du bâtard d’Orléans
      • La disgrâce des favoris

        Richemont devient connétable ; lors de la cérémonie, le bâtard ne quitte pas Agnès des yeux ; elle baisse les siens en rougissant, et il y lit un aveu. Richemont exige le renvoi des favoris : Louvet est chassé. Sa fille, l’épouse du bâtard, meurt ; le bâtard suit pourtant Louvet en exil, affligé de quitter Agnès, mais confiant d’être aimé, tandis qu’Agnès lit de l’indifférence dans ce départ silencieux. Giac succède à Louvet, Richemont le fait étrangler ; Le Camus de Beaulieu succède à Giac, Richemont le fait massacrer ; La Trémoille succède à Le Camus et devient le favori du roi. Il a cependant besoin d’argent pour soutenir son rang. Madame de Giac, désormais veuve et toujours éprise de lui, mais qui n’a plus la fraîcheur de la jeunesse, achève de le conquérir par une largesse opportune : il l’épouse. Rappelé à la demande du connétable, le bâtard arrive pendant le siège de Montargis, et délivre la ville.

      • Le projet de mariage entre Agnès et le bâtard

        Après quelques péripéties, le bâtard se déclare et demande Agnès en mariage ; elle lui avoue son amour et accepte. Ils conviennent toutefois d’attendre qu’il ait rendu à l’État un service assez grand pour l’obtenir. Orléans est assiégé, le roi veut fuir en Languedoc. Pour le réveiller, Agnès, avec l’accord du bâtard, lui laisse espérer son amour s’il se montre digne du trône : elle fait prédire par un astrologue qu’elle sera la maîtresse du plus grand roi du monde, et menace de partir accomplir la prophétie en Angleterre. Charles se ressaisit. De Lorraine, on annonce l’arrivée d’une bergère inspirée, Jeanne d’Arc. Le roi envoie le bâtard défendre Orléans : l’occasion du service attendu.

      • Récit de La Fayette (intermède galant)

        Profitant de l’absence du bâtard, La Fayette, également épris d’Agnès, cherche à se faire valoir en lui racontant ses frasques galantes : la vieille dame qui voulait l’épouser quand il avait quatorze ans, la fille d’un concierge qu’il déguisa en impératrice Faustine pour ridiculiser publiquement un rival, mademoiselle du Châtel qu’il délaissa avant que la petite vérole ne l’emporte, la maîtresse qu’il céda par écrit à un ami, et la brave petite Lizette qu’il congédia d’une lettre sage.

      • La machination funeste de Madame de Rohaut

        Assiégé dans Orléans, le bâtard parvient à faire sortir un messager, porteur d’une lettre qu’Agnès attend avec impatience. En chemin, celui-ci est retenu pour la nuit par Madame de Rohaut, qui aime le bâtard sans retour depuis des années et, devenue veuve, espère l’épouser. Elle fait voler la lettre, dont la lecture atteste l’amour du bâtard pour Agnès, et brûler les habits du messager pour qu’il la croie consumée ; puis elle lui fait accroire qu’Agnès est déjà la maîtresse déclarée du roi. Le bâtard croira Agnès infidèle ; Agnès, sans nouvelles, se croira abandonnée.

    4. Épopée de Jeanne d’Arc et dénouement de l’intrigue d’Agnès et du bâtard d’Orléans
      • Arrivée de la Pucelle à la cour, ses victoires, et le malentendu pour Agnès

        (Mars 1429.) Jeanne d’Arc arrive à la cour, reconnaît le roi, subit l’examen des docteurs et du parlement de Poitiers, reçoit le commandement de l’armée et entre de nuit dans Orléans, escortée par le bâtard, sorti de la ville à sa rencontre : naît aussitôt entre eux une estime mutuelle purement amicale. Le messager revenu, le bâtard croit Agnès infidèle et, désespéré, se voue tout entier à la défense de la ville. Les combats le rapprochent de Jeanne, qu’il ne quitte plus. Madame de Rohaut exploite cette proximité et fait courir le bruit de leur liaison. Agnès, qui se croyait déjà abandonnée, y ajoute foi. Aussi, quand le bâtard lui fait transmettre ses reproches par Xaintrailles, elle n’y voit qu’une querelle cherchée pour couvrir ses nouvelles amours, et répond qu’elle ne veut plus entendre parler de lui. Orléans délivré, le roi anoblit la Pucelle devant toute la cour. Prenant pour de l’amour la joie du bâtard, Agnès affecte de n’avoir d’yeux que pour Charles, ce qui rend le bâtard fou de jalousie. Elle le surprend bientôt à parler bas à Jeanne, puis apprend qu’on l’a vu chez la Pucelle dès l’aube. Il n’y était allé que pour préparer le voyage de Reims, mais Agnès y voit la confirmation de leur liaison. Par dépit, elle s’abandonne complètement au roi. Celui-ci laisse éclater son bonheur devant toute la cour, ce qui achève de désespérer le bâtard.

      • Histoire de la Pucelle d’Orléans : récit de son départ de Lorraine

        Au jardin, le bâtard confie sa douleur à la Pucelle, puis lui demande son histoire. Elle raconte comment le gouverneur de Vaucouleurs s’était épris d’elle ; comment il profana l’ermitage où elle priait en s’y présentant déguisé en berger ; comment il transforma à son insu sa bergerie en chambre galante ; comment, devenue orpheline, elle refusa de l’épouser. Se sentant appelée à sauver le royaume, elle vit dans son départ un moyen d’échapper aussi à ses poursuites. Baudricourt, qui la retenait captive, finit par l’envoyer au roi en habit d’homme, par dépit plus que par conviction.

      • L’aveu nocturne, trop tard

        Resté seul au jardin après le départ de Jeanne, le bâtard surprend à son tour la confidence d’Agnès, qui se reproche de l’avoir trahi en se donnant au roi. Il se jette à ses pieds : ils découvrent qu’aucun des deux n’a cessé d’aimer l’autre, et la machination de Madame de Rohaut — mais trop tard. Agnès, résolue à réparer sa faute, songe à se retirer du monde ; le bâtard obtient seulement le droit de lui écrire des lettres d’amitié. La reine, qui devine leur réconciliation, retombe dans la jalousie. L’armée part pour Reims ; Jeanne et le bâtard enlèvent Jargeau, Meung et Beaugency, puis triomphent à Patay. Par un messager déguisé en triton, qui surgit des roseaux d’une fontaine en chantant, le bâtard demande à Agnès une lettre et son portrait. Qu’il demande des gages d’amour à la maîtresse du roi lui semble la preuve qu’il ne l’estime plus : elle lui dit adieu. Mais une seconde lettre, plus passionnée, emporte toutes ses résolutions : elle lui jure de l’aimer toute sa vie.

    5. Histoire parallèle de Louis III de Sicile, frère de la reine
      • Louis III, roi de Sicile et frère de la reine, avait rejoint l’armée pour le sacre. Son écuyer Charantais fait à la reine le récit de ses amours. À Rome, avant d’aller conquérir le royaume de Naples sur la reine Jeanne II, Louis avait reçu le billet d’une inconnue, Léonor, jeune fille de noblesse modeste qui l’aimait passionnément sans jamais lui accorder la moindre faveur. Assiégée par Louis, Jeanne appela à son secours Alphonse d’Aragon et l’adopta pour héritier. Mais Léonor, devenue sa fille d’honneur, servit la cause de Louis en le lui peignant sous des traits si séduisants que la reine s’en éprit et, déjà révoltée par l’ingratitude d’Alphonse, révoqua l’adoption de celui-ci pour adopter Louis. Vainqueur du parti d’Alphonse, Louis rendit le royaume à Jeanne, et éluda l’offre de sa main qu’elle lui fit à mots couverts ; il proposa la sienne à Léonor, qui la refusa pour ne pas dresser contre lui une reine amoureuse. Jeanne les surprit ensemble et éclata de fureur. Léonor partit et disparut, suppliant Louis de ne pas la chercher. Désespéré, il est revenu en France chercher dans la guerre l’oubli de sa douleur.

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