Explication des planches
91Explication des planches jointes à l’Histoire du siège d’Orléans
Planche première Plan de la ville et du siège d’Orléans en 1428

Nous avons mis sur ce plan le plus grand nombre d’indications possibles, afin que le lecteur eût sous les yeux tous les documents qui pouvaient l’intéresser, de manière que, à vrai dire, toute explication de cette planche devient surabondante. Il y a cependant quelques omissions légères qui ont eu lieu de la part du graveur, et que nous voulons signaler. Ainsi notre intention avait été de ponctuer le 4e côté du mur d’enceinte de l’époque romaine, qui, partant de la tour de Saint-Samson, indiquée au plan sous le n° 17, allait aboutir à la grosse tour du Châtelet portant le n° 29, en longeant la rue CC des Hôtelleries.
Nous devons faire remarquer que tous les monuments publics, qui, à l’époque du siège, ne consistaient guère que dans les couvents et les églises, sont indiqués par une taille plus forte.
Les fortifications anglaises, exprimées seulement par un trait léger, auraient été plus apparentes et plus distinctes, s’il eût été possible d’y appliquer une couleur, ou si on les eût indiquées par un trait plus fort ; mais nous avions réservé ce caractère distinctif pour les fortifications des Français.
Planche II Plan général de la ville et des environs d’Orléans en 1828

Les indications nombreuses qui existent sur ce plan dispensent d’une explication bien étendue ; cependant quelques omissions ont eu lieu, et nous devons les signaler ici.
On aurait dû écrire la dénomination de levée des Augustins sur la levée qui, partant du pont actuel, forme le quai de la ville sur la rive gauche du fleuve, puis le nom de la levée des Capucins, et, à la suite, celui de la levée de Saint-Denis. Il eût été convenable aussi de 92signaler la rue du Coq, qui n’est autre chose que la turcie de Saint-Jean-le-Blanc existant à l’époque du siège.
Nous avions voulu indiquer la place du couvent des Augustins, vendu nationalement en 1791. Le graveur ne l’a point fait ; cela est au reste de fort peu d’importance.
On trouvera sur ce plan des dénominations de quais qui n’existent plus aujourd’hui ; mais il faut se reporter à l’époque où il a été gravé, époque qui est antérieure aux événements de juillet 1830. D’ailleurs les dénominations nouvelles n’auraient pas pu trouver place sur un plan qui, ainsi que l’indique son titre, a pour objet de représenter un état de choses existant en 1828.
Planche III Plan et profils d’un boulevard tel que les Anglais ont pu en établir pour former le blocus d’Orléans

Les différentes figures qui composent cette planche donnent une idée exacte de l’objet que l’on a voulu représenter. Nous devons rappeler ici ce que nous avons dit dans le chapitre Ier de notre ouvrage, à savoir que nous ne prétendons indiquer que la forme probable des bastilles élevées par les Anglais pour former le blocus d’Orléans. Cette forme a pu varier selon les localités et le relief du sol ; mais, à part cette forme, ces fortifications passagères, composées d’enceintes entourées de fossés, ont dû avoir la crête de ces fossés défendue par un système de pieux inclinés qui protégeaient la garnison contre l’invasion du boulevard par les assaillants. Cela résulte de tous les documents recueillis dans les archives de la ville.
Planche IV Plan de l’ancien pont d’Orléans et de ses abords avec ses bastilles et boulevards, le fort des Tourelles et la bastille des Augustins

Nous n’avons pas eu la prétention de donner ici un plan exact de l’ancien pont d’Orléans à l’époque du siège des Anglais. Quelque eût été notre désir de le faire, le manque de renseignements précis nous eût rendu la chose impossible. On ne peut se faire une idée en effet du défaut de documents exacts sur cet ancien édifice. D’abord il n’existe pas d’ancien plan du pont de l’époque de 1428 ; et les plans qui sont postérieurs à cette époque sont tous plus ou moins fautifs, tant sous le rapport des dimensions que sous celui des accessoires. Les restes mêmes du pont, qui se montrent dans la Loire lorsqu’elle est à son étiage, ne suffisent pas pour en indiquer la direction précise, soit que cette direction ait été en ligne droite dans toute la longueur du pont, soit qu’elle ait offert un ou plusieurs légers coudes, ainsi que nous sommes porté à le croire.
Notre dessein n’a pas été non plus de faire connaître les différents états du pont depuis l’époque du siège jusqu’au temps où il a été détruit, vers 1760. Nous ne nous sommes proposé qu’un seul but, celui de considérer l’état du pont à l’époque du siège des Anglais.
Notre unique intention a donc été d’offrir au public un simple plan figuré sur lequel nous avons exprimé tous les détails qui nous ont été conservés par les chroniques et dans les archives de la ville d’Orléans, à l’époque dont nous nous occupons. Le plan de Fleury, 93représentant l’état des lieux de 1500 à 1543, époque assez rapprochée du temps du siège, est celui qui nous a servi de guide. Ainsi c’est d’après ce plan que nous avons tracé le boulevard des Tourelles. C’est aussi ce plan qui nous a guidé pour la forme que nous avons donnée au fort des Tourelles lui-même, qui ne se composait guère, à l’époque du siège, que de deux tours liées entre elles par une construction dont le plan de Fleury n’offre qu’une perspective irrégulière mais qui donne toutefois une idée exacte de l’ensemble. Nous avons supposé que derrière les tours il existait, sur la première arche, des constructions ou taudis, comme on les appelait alors, qui servaient de logement aux troupes. Nous avons été conduits à admettre l’existence de ces constructions pour loger une garnison qui, d’après les chroniques, n’était pas de moins de huit cents hommes (voir le Journal du Siège, pages 9 et 10). Cet état de choses n’est nullement en contradiction avec les indications du plan de Fleury, puisque la perspective des tours cache l’arche du pont sur la quelle l’ensemble des constructions était établi.
Nous avons multiplié sur notre plan les indications écrites, afin que le lecteur eût tout à la fois les renseignements qu’il pouvait désirer pour bien comprendre toutes les actions dont le pont d’Orléans a été le théâtre lors du siège des Anglais. Nous devons signaler plus particulièrement le fossé large et profond dans lequel la Loire coulait constamment, et qui séparait le fort des Tourelles du boulevard des Tourelles. Nous insistons sur cette circonstance sans laquelle les principaux faits relatifs à l’assaut du boulevard des Tourelles et à la prise du fort ne pourraient s’expliquer, et qui se trouve positivement exprimée dans toutes les vues et plans en perspective que l’on connaît du fort des Tourelles.
Le plan que nous offrons au public ayant été gravé à Paris, loin de nous, le graveur a commis quelques erreurs qu’il est utile de relever. D’abord le pont-volant, qui est placé au midi, sur les fossés du boulevard des Tourelles, devait l’être à l’est, ainsi que cela est exprimé dans le plan de Fleury qui nous a servi d’autorité pour l’indiquer dans notre dessin.
Nous avons dû faire remarquer cette inexactitude dans le premier chapitre de notre travail. Nous aurions désiré aussi que le graveur eût exprimé avec une teinte bien plus faible les maisons et l’état de choses actuellement existant sur l’emplacement du boulevard des Tourelles et de la bastille et du boulevard des Augustins, notre intention n’ayant été que de rattacher faiblement l’état actuel des lieux avec ce qu’ils étaient au temps du siège.
Les six arches du pont qui existaient entre la ville et les mottes Saint-Antoine et des Poissonniers n’ont pas été suffisamment indiquées par le graveur sous la masse des constructions des moulins suspendus.
Aux endroits de la rupture des arches, sur lesquelles on a supposé que des ponts-volants sont jetés, le graveur n’aurait pas dû changer le système de la représentation des eaux, ce qui jette un peu de confusion sur la nature des objets que l’on a voulu représenter.
Nous venons d’indiquer pour quelle raison nous avons supposé que le fort des Tourelles et ses taudis occupaient toute la première arche du pont. Mais si le plan de Fleury nous laisse à cet égard dans quelque incertitude, il est sûr au moins qu’à une époque postérieure il en a été ainsi. Les documents qui nous ont été fournis par M. Vandebergue de Villiers, le profil de la ville Ducale et la vue d’Israël Sylvestre en font foi. Au reste les lecteurs qui consulteront ces deux vues, et notamment le profil de la ville Ducale, ne manqueront pas de remarquer qu’ils indiquent, dans l’emplacement du boulevard des Tourelles, des fortifications 94construites en maçonnerie qui paraissent pour ainsi dire aussi considérables que le fort des Tourelles lui-même. Ces fortifications n’existaient certainement pas au temps du siège des Anglais, ainsi que nous l’établissons d’après l’autorité irrécusable du plan de Fleury (voir ce plan, planche 5). Mais si des fouilles ou quelques circonstances particulières venaient à faire découvrir, dans l’emplacement situé à la suite de l’ancien pont, des restes de ces fortifications, on ne devrait pas s’y méprendre et les attribuer au fort des Tourelles.
Planche V Plan ancien du fort et du boulevard des Tourelles et de l’église des Augustins

Cette planche offre une copie réduite du plan de Fleury, qui présente d’ailleurs toutes les indications propres à en faciliter l’intelligence. Nous n’avons donc rien à ajouter à cette pièce fort curieuse et très authentique. Nous répéterons toutefois ici une remarque que nous avons faite dans l’explication de la planche précédente : c’est que la perspective du fort des Tourelles, telle qu’elle est représentée, cache entièrement l’arche du pont sur la quelle les tours sont établies ; et que, s’il y a eu sur cette arche des logements ou taudis pour les troupes, ou des dépendances enfin du fort des Tourelles, ainsi que nous le pensons, il est de toute impossibilité de les voir. Il faut remarquer d’ailleurs que ces logements devaient être d’une hauteur relativement beaucoup moindre que les tours du fort des Tourelles.
Planche VI Dessins figurés des bombardes, canons et couleuvrines dont on a fait usage pour la défense d’Orléans en 1428

Tous les détails écrits sur cette planche suffisent à son intelligence. Nous n’y avons pas mis d’échelle, parce qu’elle n’offre, ainsi que nous l’avons dit dans notre dissertation, que le figuré des objets qui y sont représentés. Les archives de la ville n’ont procuré aucun renseignement sur le diamètre, la longueur et l’épaisseur des parois de ces instruments de guerre.
Les dessins qui composent cette planche sont l’ouvrage d’un jeune artiste très distingué, M. Pensée, professeur de dessin à Orléans.
Planche VII Carte pour servir à l’intelligence du siège d’Orléans, et des événements militaires qui l’ont précédé et suivi, dans un rayon de quinze à vingt lieues de cette ville

Quelques auteurs ont tellement erré dans l’indication de la route qu’a suivie la Pucelle en amenant de Blois des troupes au secours d’Orléans, qu’il était indispensable de mettre sous les yeux du lecteur une carte sur laquelle ce chemin fût bien tracé. Le premier secours, celui dont la conduite avait été confiée par le roi Charles VII à Jeanne d’Arc, passa la Loire à Blois et côtoya toute la rive gauche du fleuve en suivant la route par Saint-Dié, Muides, Nouan, Saint-Laurent, Lailly, Cléry, Olivet. Là, le chemin public manquant, on a dû, 95par des chemins d’exploitation et au travers des terres, tourner la source du Loiret pour s’éloigner des Anglais, qui occupaient par leurs forts les bords de la Loire ; et la portion de l’armée qui est entrée dans Orléans, ainsi que le convoi de vivres et de munitions qu’elle accompagnait, ont passé le fleuve à Chessy. Comme il fallait éviter le fort de Saint-Loup, qui était occupé par les Anglais, on a dû s’en tenir à l’écart, et l’on a été probablement gagner Boigny et Fleury pour entrer ensuite sans obstacle et sans difficulté dans Orléans. Car, ainsi que nous l’avons fait remarquer dans le chapitre Ier de notre travail, il n’y avait aucun boulevard dans l’espace de près d’une lieue compris entre la bastille de Paris et le fort de Saint-Loup ; de ce côté le blocus n’existait réellement pas.
Toute la route que nous venons de décrire est indiquée par des points séparés par un trait. Nous devons faire remarquer que le graveur a commis une faute en écrivant Lailby au lieu de Lailly.
Une partie des troupes formant le premier secours était retournée à Blois, probablement pour ne pas trop affamer Orléans. Mais la présence de Jeanne d’Arc dans la ville ayant bientôt ranimé tous les courages et exalté toutes les imaginations, les assiégés prirent sans doute la détermination de frapper de grands coups, et l’on sentit le besoin d’introduire dans Orléans des forces plus considérables. C’est alors que le bâtard d’Orléans, retournant à Blois, fit toutes ses dispositions pour ramener la plus grande partie des troupes qui avaient accompagné Jeanne d’Arc jusqu’en face de Chessy. Dunois suivit dans sa marche la route qui côtoie la rive droite de la Loire en passant par Ménars, Suèvres, Mer, Beaugency, Meung et Saint-Ay. On arriva droit sur la partie de la ville dont le blocus était entièrement formé, et l’on passa hardiment, ainsi que le rapporte l’histoire, au milieu des bastilles des Anglais qui, restés stupéfaits et interdits, laissèrent les Français poursuivre tranquillement leur marche dans Orléans. La Pucelle était sortie de la ville pour aller au devant de ce secours (voir le chap. II, pages 78 et 79). La route suivie dans cette marche est indiquée par des points ronds contigus, ainsi qu’on l’a écrit sur la carte même.