Dissertation sur l’état de la ville d’Orléans en 1428
1Histoire du siège d’Orléans
Chapitre premier Dissertation sur l’état de la ville d’Orléans en 1428, son attaque et sa défense
1. De l’enceinte d’Orléans en 1428 et de ses fortifications
Évolution de l’enceinte jusqu’en 1428
La première enceinte d’Orléans, celle dont on retrouve encore de nombreux vestiges, et qui remonte au temps des Romains, ainsi que nous l’avons prouvé ailleurs4, avait déjà reçu à l’époque du siège un premier accroissement. Elle consistait en une espèce de parallélogramme dont le plus grand côté, dans le sens de la longueur de la ville, était de 550 mètres environ, et le moindre, dans le sens de sa largeur, de 480 mètres. Cette enceinte était défendue par des tours placées de distance en distance, et qui étaient de construction romaine, comme le reste des murs. Les vicissitudes des temps et les ravages des Normands5 avaient amené la destruction de ces murailles, qui ont été reconstruites et élevées à une plus grande hauteur pour satisfaire aux besoins de l’époque, mais dont la partie inférieure, restée pour ainsi dire intacte, montre encore presque partout l’ouvrage des Romains.
2À l’époque où la ville était renfermée dans cette enceinte, il existait en-dehors, et dans un lieu qui en était tout près vers l’ouest, un bourg du nom d’Avenum (Avignon) qui avait lui-même son enceinte particulière. Le bourg et la ville étaient tellement rapprochés qu’il n’y avait que la largeur d’un grand chemin entre les fossés de leur circonvallation.
Lorsqu’en 1345 Philippe de Valois eut donné en apanage le duché d’Orléans à Philippe son fils puîné, il voulut, pour accroître la capitale de ce duché, y réunir le bourg d’Avenum. C’est ce qui a donné lieu à la première modification de l’enceinte qui, à l’époque du siège, se composait de la réunion des trois côtés est, nord et sud de l’enceinte romaine et des côtés nord, sud et ouest de l’enceinte d’Avenum ou d’Avignon6. C’est de ces enceintes réunies, telles qu’elles existaient au temps de Jeanne d’Arc, que nous allons donner la description.
Côté est de l’enceinte
Le côté de l’est de l’enceinte7 s’étendait, depuis le quai de la Tour-Neuve, près de l’angle de la rue du même nom, jusqu’à la tour de la Fauconnerie, aujourd’hui renfermée dans les dépendances du palais épiscopal, sur une longueur de 480 mètres. L’ancienne porte Bourgogne, désignée le plus souvent par la dénomination de porte de Saint-Aignan, flanquée de deux tours, dont une a été dernièrement mise à découvert par l’incendie de la maison qui la renfermait, se trouvait à peu près au milieu de cet espace. Le mur d’enceinte, de chaque côté de la porte Bourgogne, était défendu par quatre tours distantes entre elles d’environ 60 à 65 mètres, qui étaient la portée de l’arc, arme dont on faisait alors usage pour la défense des villes fortifiées.
La tour Neuve était à l’angle sud-est de l’enceinte, sur le quai auquel elle a donné son nom. Elle était beaucoup plus grosse que les autres tours, et environnée de fossés remplis par les eaux de la Loire, qui en faisaient une excellente fortification. La dénomination de tour Neuve lui vient sans doute de ce qu’ayant été abattue par les Normands, ou détruite par quelque autre cause, elle fut reconstruite à neuf. Cette tour était de la plus haute importance pour la défense du port ; sa grosseur la rendait propre à servir de prison. Aussi, en 989, Hugues Capet y fit-il renfermer Charles de Lorraine, le dernier rejeton de la branche des Carlovingiens, qui y mourut deux ans après. Jusqu’à la révolution on y tenait en captivité les criminels condamnés aux galères. La tour Neuve n’a été détruite que depuis peu d’années.
3La tour Blanche vient ensuite. Elle existe encore en entier, et montre à sa partie inférieure des vestiges de construction romaine.
Elle est suivie de la tour d’Avallon, qui tirait sa dénomination d’un hôtel de ce nom, et de celle de Saint-Flou, ainsi appelée à cause de sa proximité d’une église paroissiale dédiée à Saint-Flou, ancien évêque d’Orléans. Cette église a pris ensuite le nom de la Conception, ayant été rebâtie par sainte Jeanne, fille de Louis XI, comme le prétend Hector des Friches, ou par la reine Charlotte de Savoie, seconde épouse de Louis XI, ainsi que le pense M. Polluche. Aujourd’hui cette église est détruite et a fait place à une grande cour de la maison n° 27, dans la rue de la Tour-Neuve.
De l’autre côté de la porte Bourgogne est la tour Saint-Étienne, ainsi appelée parce qu’elle touchait à une église consacrée à ce saint. Elle est suivie de la tour nommée Aubilain jusqu’en 1413, et messire Baude depuis cette époque, dénominations qui proviennent des noms de familles qui avaient leurs habitations dans le voisinage.
La tour du Champ-Egron se trouve entre la tour de la Fauconnerie et la tour Aubilain.
La tour de monseigneur l’Évêque ou de la Fauconnerie était à l’angle que faisaient les murs de ville, en tournant vers l’ouest.
Côté nord de l’enceinte
Le côté nord de l’enceinte s’étendait en ligne droite depuis la tour de la Fauconnerie jusqu’à celle de Saint-Samson. À peu près au milieu de cette longueur se trouvait la porte Parisis, flanquée, comme la porte Bourgogne, de deux tours. On voyait encore dans les murs de l’Hôtel-Dieu, près de l’auberge de l’Épervier, un jambage de cette ancienne porte, et les gonds de la porte en bois qui en fermait la baie. Les démolitions exécutées en 1828 pour l’élargissement du passage qui conduit devant la cathédrale de Sainte-Croix et à la Préfecture, ont fait disparaître l’auberge de l’Épervier, et mis à découvert les caves de l’une de ces tours. Elles étaient voûtées en ogives, ce qui ne peut pas faire remonter leur construction au-delà des onzième ou douzième siècles. On a trouvé dans les démolitions des maisons particulières un beau pan de mur romain qui n’avait été jusqu’alors signalé par aucun de ceux qui se sont attachés à faire connaître les débris de l’enceinte romaine d’Orléans.
De la tour de la Fauconnerie à la porte Parisis, le mur d’enceinte était défendu par trois tours, savoir ; celle du Plaidoyer de monseigneur l’Évêque, celle de l’église Sainte-Croix, et la tour Salée, qui sans doute a pris son nom de la destination postérieure qu’elle a eue de servir de magasin à sel.
De la porte Parisis à la tour de Saint-Samson, où le portier du collège a aujourd’hui son logement, on comptait la tour de Jean Thibaut, celle de l’Alleu Saint-Mesmin, qui avait tiré sa dénomination de l’église de l’Alleu Saint-Mesmin, au nord de laquelle elle était située, et la tour des Vergers de Saint-Samson, ainsi nommée 4parce qu’elle répondait aux vergers ou jardins du prieuré de Saint-Samson, aujourd’hui le jardin du collège.
L’enceinte romaine retournait presque à angle droit8 à partir de la tour de Saint-Samson jusqu’à celle du Châtelet, en longeant les rues de l’Éguillerie et des Hôtelleries. Mais nous n’avons pas à nous en occuper pour l’objet que nous avons en vue.
De la tour de Saint-Samson à la porte Bernier ou Bannier, qui existait sur la place actuelle du Martroi, le mur d’enceinte suivait à peu près la direction sud-est nord-ouest, et dans cet intervalle il était défendu par la tour du Heaume, ainsi nommée parce qu’elle touchait à l’hôtel du Heaume, ouvrant sur la rue de la Barillerie et sur celle de Saint-Pierre.
Il n’y a pas de doute que la porte Bernier ne fût, comme les portes Bourgogne et Parisis, défendue par deux tours.
Côté ouest de l’enceinte
De la porte Bernier à la porte Renart le mur d’enceinte suivait une ligne droite dans la direction nord-est sud-ouest. Dans tout cet espace il n’y avait qu’une seule tour connue sous la dénomination de tour de feu Michaud Qenteau, particulier dont l’habitation se trouvait sans doute dans le voisinage. Cette tour existe encore dans la maison de la rue de la Vieille-Poterie portant le numéro 15.
La porte Renart tirait son nom de quelques personnes de l’ancienne famille des Renart, demeurant dans la maison de l’Annonciade qui y était attenante.
De la porte Renart à la tour André, qui existe encore dans l’une des maisons de la rue de Recouvrance, la ligne des murs d’enceinte se rapprochait de la direction nord et sud. Dans cet intervalle était la tour de l’Échiffre Saint-Paul, sur les fondements de laquelle on a bâti celle de l’église.
De la tour André à celle de la Barre-Flambert9, le mur de ville fait un angle précisément à l’endroit où il traverse le chœur de l’église de Notre-Dame-de-Recouvrance. On prétend qu’on y a trouvé des vestiges d’une ancienne tour. De là jusqu’à la tour Flambert, le mur de ville est presque exactement dans la direction nord et sud.
Toutes les tours de cette deuxième enceinte sont en général plus espacées que celles de la première enceinte, parce qu’à l’époque de leur construction, on se servait déjà d’arbalètes qui portaient beaucoup plus loin que les arcs.
Côté sud de l’enceinte (bord de Loire)
Le long de la rivière, le mur d’enceinte était à peu près droit, dans la direction de l’ouest à l’est. Il était défendu par la tour Notre-Dame, qui a pris son nom d’une chapelle adossée aux murs de la ville et consacrée à la Vierge ; par la tour de l’Abreuvoir, servant de passage pour aller à l’abreuvoir public, et par la porte de la 5Herse, ainsi nommée parce qu’au bas de cette porte il y avait une herse de fer pour laisser couler les eaux pluviales de la rue des Hôtelleries.
On arrivait ainsi jusqu’à la porte du Pont, flanquée de deux tours dont toute la saillie était dans l’intérieur de la ville. Mais pour traverser le pont, il fallait passer un pont-levis qui se levait et s’abaissait sur une ouverture de 5,20 m. de long et 4,20 m. de large, pratiquée dans la voûte de la première arche. Ce pont-levis portait le nom de l’Allouée ou de pont Jacquin Rousselet.
Le Châtelet était tout près de la porte du pont. Ses murs étaient baignés par la Loire. À son angle sud-ouest était une grosse tour où l’on avait établi des machines de guerre servant à la défense du pont. C’était probablement la tour qui faisait le coin de l’enceinte romaine10.
De là jusqu’à la tour Carrée ou Cassée, le mur de ville faisait de légères inflexions, mais toujours dans la direction générale de l’ouest à l’est. On trouvait d’abord la tour de feu Maître Pierre-le-Queulx, puis celle de la croiche Meuffroy. Ce mot de croiche dont on a fait creiche ou crèche, indique un éperon, un ouvrage avancé en rivière pour protéger le pied d’une construction. Il consiste, la plupart du temps, en une battue de deux files de pieux dont l’intervalle est rempli par de la maçonnerie. Le surnom de Meuffroy venait sans doute de l’un des habitants du voisinage.
Après la tour de la croiche Meuffroy venait la poterne Chesneau, l’une des portes principales de la ville. Au 9e siècle, cette porte s’appelait la poterne Saint-Benoît, à cause du voisinage de la paroisse de ce nom. Mais dans les comptes de ville on lui donne constamment le nom de poterne Chesneau. Cette porte était la seule de la ville par laquelle on pouvait communiquer avec la rivière. Il y avait à la partie inférieure de la porte en bois qui la fermait, une herse en fer donnant passage aux eaux pluviales qui s’écoulent en grande abondance pour se perdre dans la Loire.
La tour Aubert ou du Guichet est peu éloignée de la poterne Chesneau. Elle a pris son nom du voisinage du guichet Saint-Benoît. Le mur d’enceinte à la suite de cette tour se maintenait dans la direction générale que nous avons indiquée, jusqu’à la hauteur de la tour à Huit pans, désignée encore sous le nom de tour Carrée et par corruption tour Cassée, où il fait un retour presque d’équerre.
Entre la tour à Huit pans et la tour Neuve dont nous avons assigné la position, le mur de ville était défendu par la tour d’Août ou des Tanneurs. Il est assez difficile d’indiquer l’origine de cette dénomination de tour d’Août ; mais elle est expressément consignée dans le compte de forteresse de 1415. Le voisinage de la rue des Tanneurs justifie assez l’autre dénomination. La tour des Tanneurs avait sur la Loire une porte que l’on murait en temps de guerre.
Caractéristiques générales des murs et tours
Le mur d’enceinte qui liait pour ainsi dire toutes les tours dont nous venons 6d’indiquer la position, avait depuis 2 m. jusqu’à 2,60 m. d’épaisseur à la base. Sa hauteur, au-dessus du niveau de la campagne, variait de 6,50 m. à 10 m. ; car il y avait des portions de murailles moins élevées les unes que les autres, notamment celles contiguës à la porte Renart. Aussi verra-t-on, par la suite, que c’était le côté faible de la place, celui par lequel les ennemis cherchaient à l’escalader. Il faut faire remarquer encore que les murs du côté de la Loire, étaient aussi moins élevés : mais baignés par les eaux du fleuve, ils étaient plus à l’abri des attaques de l’ennemi.
Les murs d’Orléans n’avaient point, en général, de parapets ; mais en temps de guerre on élevait sur ces murs des garde-fous, au moyen de pieux plantés de distance en distance, et auxquels on attachait des traverses. On construisait des mantelets portatifs en bois que l’on fixait sur les garde-fous avec des tourniquets ; ce qui mettait les assiégés à couvert des traits de l’ennemi. On pratiquait çà et là des barbacanes ou des meurtrières en charpente, afin que les assiégés eux-mêmes pussent lancer des traits. Tout cet attirail portatif se démontait en temps de paix. On le remettait dans les magasins de la ville, jusqu’à ce que de nouvelles circonstances de guerre l’en fissent sortir11.
Telles étaient, en général, les dispositions prises pour la défense des murs. Cependant, du côté de la Loire, ces murs avaient, dans l’intérieur de la ville, un parapet en pierre d’un mètre de hauteur et de 32 cm. d’épaisseur. Ils étaient défendus par des mâchicoulis dont la partie saillante avait des créneaux qui donnaient une grande facilité pour tirer sur les ennemis et renverser leurs échelles en cas d’escalade. Ces créneaux étaient bouchés par des mantelets en bois fixés avec deux crochets. Quand on voulait s’en servir, on enlevait les mantelets, que l’on plaçait sur les trous des mâchicoulis. De cette manière les mantelets servaient à deux fins.
Le pied des murs était défendu par des fossés de 13 mètres de largeur et de 6,50 m. de profondeur.
Les tours de la première enceinte avaient une légère saillie intérieure dans la ville ; mais elles en avaient une considérable du côté des fossés, leur diamètre hors-œuvre étant au moins de 10 mètres. Elles avaient, en général, une cave voûtée au niveau des fossés et trois étages, savoir, un à la hauteur du sol du côté de la ville, un au niveau du dessus des murs, et un autre entre ces deux étages.
À l’époque du siège d’Orléans, il ne paraît pas qu’il y eût d’escalier dans les tours, sauf quelques exceptions rares. On y montait, en général, par des échiffres12 en 7bois appliqués contre les tours et semblables à ceux dont on se servait pour monter sur les murs. Afin que la tête des assiégés ne fût pas à découvert, quand ils arrivaient au haut du palier, on élevait sur le mur de ville un parapet, soit en bois, soit en maçonnerie, pour les garantir des traits des assiégeants.
Les différents étages des tours étaient planchéiés et non voûtés. Il y avait une trappe dans chaque plancher pour monter les objets pesants. Les assiégés pouvaient eux-mêmes arriver par ces trappes au moyen d’échelles portatives.
Il y avait des tours qui avaient un toit, et d’autres qui se terminaient en terrasse. Sur ces dernières, on se défendait plus facilement ; mais aussi elles pouvaient être plus facilement escaladées.
À la partie supérieure de celles des tours qui avaient un toit, on construisait deux lucarnes saillantes soutenues par des corbeaux qui laissaient entre eux des ouvertures de mâchicoulis, afin qu’on pût écraser du haut de la tour ceux qui auraient osé approcher de son pied pour l’attaquer. La tour Blanche, encore aujourd’hui presque intacte, offre un exemple de ce genre de défense.
L’étage supérieur des tours au niveau des murs de ville servait de corps-de garde. Il y avait de chaque côté une porte ouvrant sur les murs, par laquelle il fallait nécessairement passer pour les parcourir. Lorsque les canons ont été généralement usités, on a transformé ces portes en petites fenêtres carrées qui servaient de canonnières. Jusque-là les tours n’avaient eu que des arbalétrières et des archères pour lancer des traits ou des flèches avec des arbalètes ou des arcs.
Cet étage supérieur des tours porte dans les comptes de ville la dénomination de Bastille13, car au quinzième siècle on appelait en général bastille une fortification en bois ou en pierre. La dénomination de boulevard était affectée aux fortifications en terre.
Il résulte de la disposition des murs et des tours, telle que nous l’avons décrite d’après des renseignements précis consignés dans les comptes14 de forteresse de la ville d’Orléans, que les tours ne pouvaient être attaquées que par la sape ou par l’escalade. Si on employait l’escalade, l’ennemi arrivé sur le haut des 8murs, enfonçait les portes de la bastille pour y pénétrer. Les assiégés, obligés de céder à la force, s’échappaient par les trappes. On retirait alors les échelles ; et comme on avait soin d’amasser des matières combustibles dans le deuxième étage, on y mettait le feu en se retirant. On brûlait également les escaliers en bois appliqués contre les murs, et les assiégeants se trouvaient ainsi sur les murailles et sur les tours sans avoir aucune issue dans la ville.
Cependant, en cas de succès de l’escalade, les assiégeants n’étaient pas encore maîtres de la ville, car on retardait la marche de l’ennemi en tendant des chaînes dans toutes les rues. Ces chaînes étaient attachées par l’une de leurs extrémités à un crochet fixé dans les murs des maisons, et l’autre extrémité traversait par un trou les murs de la maison opposée pour venir s’enrouler sur un treuil qui se manœuvrait dans l’intérieur des habitations.
Défenses complémentaires (boulevards, basses-cours, herses)
C’est aux fortifications des portes de leur ville que les habitants d’Orléans apportaient le plus de soin dans les temps de guerre. On avait élevé d’abord des barrières aux abords de ces portes pour former un premier obstacle. Ces barrières se construisaient en bois, et des corps-de-garde étaient à côté pour les garder et en défendre l’entrée. Bientôt, en 1417, on enferma ces barrières elles-mêmes dans des boulevards. C’étaient des ouvrages avancés construits simplement en terre et maintenus quelquefois par des fascines ou des planches, et quelquefois aussi par des murs. Ils étaient environnés de fossés. Leur forme variable sans doute15 offrait en général celle d’un carré ou d’un rectangle. Chaque boulevard avait une banquette de 1,30 m. environ d’élévation régnant sur chacun des côtés qui dominaient la campagne. Cette banquette était formée avec les terres provenant de l’ouverture des fossés. Si elles étaient insuffisantes, on en empruntait ailleurs. On ménageait dans l’épaisseur de la banquette des ouvertures pour tirer les canons que l’on plaçait dans le boulevard. Ces canonnières se faisaient quelquefois en pierre, et le plus souvent en bois. Il y en avait même qui étaient exécutées avec des tonneaux ou poinçons défoncés qu’on enterrait dans l’épaisseur de la banquette. Ces tonneaux avaient environ 1 mètre de diamètre sur une longueur ou hauteur de 1,15 m. Ainsi les banquettes ne pouvaient avoir moins de 1,30 m. de hauteur et 1,15 m. de largeur. Il était possible toutefois qu’elles eussent des dimensions plus considérables. Leurs bords extérieurs étaient garnis de longs pieux pointus16, enfoncés en terre obliquement, afin que la pointe pût saillir en-dehors. Ces pieux, qui avaient environ six pouces de diamètre, laissaient entre eux un intervalle de même largeur qu’on garnissait de morceaux de bois assez courts, reliés ensemble à la partie inférieure, et tout à fait au niveau du sol par une traverse, et 9dans la partie intermédiaire par des planches de bateaux qui y étaient fixées avec des chevilles de fer17.
On traversait le fossé de la place sur un pont-levis qui venait s’appuyer sur un pont dormant18, accoté lui-même contre la crête extérieure du fossé, et porté sur des chevalets ou tréteaux. Les dimensions de ces deux ponts en longueur étaient variables en raison de l’ouverture du fossé. Mais leur largeur était en général de 4 mètres. Lorsque le pont-levis devait rester baissé, on le fixait au pont dormant avec un anneau passant dans un piton auquel on adaptait un cadenas fermant à clef. On levait le pont au moyen de chaînes attachées à son extrémité, et qui passaient sur une poulie et un treuil établis au-dessus du portail de la porte de ville.
En temps de guerre il était utile que l’ennemi ne pût pas juger, par la position du pont-levis, de ce qui se passait dans l’intérieur de la place. Ainsi il ne fallait pas, si les assiégés voulaient faire une sortie, que l’ennemi en fût averti par l’abaissement de ce pont. Pour satisfaire à cette condition, on pratiquait entre les boulevards et les portes de la ville, dans le fossé, des basses-cours19 formées d’un mur qui soutenait les terres du côté de la ville, probablement dans toute l’étendue de l’espace compris entre les deux tours, et de deux autres murs dans la largeur du fossé. Le sol de la basse-cour était pavé, et les eaux pluviales que cette basse-cour recevait s’écoulaient dans le fossé dont le fond était plus bas. Au moyen des basses-cours on surveillait le fossé de la ville, et l’on empêchait que pendant la nuit l’ennemi ne s’y introduisît pour s’emparer du boulevard, ou que durant le jour il n’y descendît pour prendre par derrière ceux qui se défendaient dans ce même boulevard. Sous la porte principale de la ville il y avait une petite porte par laquelle on 10descendait dans la basse-cour au moyen de marches. Voulait-on rentrer des blessés dans la ville sans baisser le pont-levis, la basse-cour donnait un moyen facile de le faire ; de même qu’il était aisé d’exécuter une sortie à l’improviste durant la nuit, ou d’envoyer pendant le jour, sans que l’ennemi s’en aperçût, des troupes fraîches au secours de celles engagées dans un combat.
Pour sortir des boulevards dans la campagne20 on établissait dans un de leurs fossés un pont-volant en charpente, appuyé sur des chevalets que l’on pouvait enlever et rétablir à volonté, selon l’exigence des circonstances.
Des boulevards21 semblables à ceux dont nous venons de donner la description étaient construits, à cela près probablement de quelques modifications que les localités pouvaient exiger, à la porte Renart, à la porte Bernier ou Banier, à la porte Parisis et à la porte Bourgogne, aussi nommée porte de Saint-Aignan.
On vient de voir comment étaient défendues les portes de la ville à l’extérieur. Elles étaient en outre défendues intérieurement par des moyens qui leur étaient propres. C’est ainsi qu’après avoir passé le pont-levis on pouvait, pour arrêter l’ennemi, fermer la porte par des herses. Ces espèces de fermetures étaient en bois ou en fer, à claire-voie pour qu’on pût tirer au-travers sur l’ennemi ; une fois baissées, elle ne pouvaient être ouvertes sans être brisées par les assaillants, ce qui en faisait un excellent moyen de défense. Les herses étaient tenues suspendues, au moyen de contrepoids, à des chaînes de fer passant sur des poulies et enroulées sur un treuil.
2. Des armes en usage pour la défense de la ville et l’attaque des bastilles des ennemis
Armes de jet à distance (arc et arbalète)
En 1428 les défenseurs d’Orléans se servaient d’arcs et d’arbalètes pour repousser l’ennemi loin des murs ; les arbalètes avaient deux grands avantages qui leur donnaient la supériorité sur les simples arcs : elles se tendaient plus fortement et lançaient leurs traits bien plus loin que les arcs ; elles donnaient, en outre, une grande facilité pour diriger les traits. Les arcs étaient moins pesants, moins embarrassants, moins coûteux et plus promptement tendus que les arbalètes. Ils lançaient des flèches empennées au moyen de parchemin attaché avec de la cire. On se servait encore pour combattre de loin de frondes à bâtons22.
Armes de combat rapproché (lance, épée, guisarme, maillet de plomb)
11Pour combattre de près on employait la lance et l’épée ; bien que les guerriers fussent cuirassés, on pouvait toutefois, avec de l’adresse, saisir le joint de la cuirasse et blesser son ennemi. On se servait encore de guisarmes23. La guisarme ou besaiguë (bisacuta) était composée, d’un côté, d’une hache assez large, et, de l’autre, d’un morceau de fer très pointu ; on l’attachait à un fût d’environ 1,30 m. Avec la hache on coupait l’armure et on faisait des plaies fort larges, avec la pointe on la perçait.
Les guerriers étaient aussi armés de maillets de plomb24.
Équipements d’assaut (échelle, bouclier, pavas)
Pour monter à l’assaut on se servait d’échelles simples et d’échelles doubles ; les assaillants qui montaient sur ces dernières étaient tout à fait exposés aux coups des assiégés, mais ils protégeaient bien efficacement ceux qui entreprenaient l’assaut.
Afin de se garantir des traits, on s’est de tout temps servi de boucliers : chaque particulier s’en fournissait en 1428 ; car on ne trouve dans les comptes de forteresse aucune dépense pour cet objet. Il y est seulement constaté que la ville faisait faire des pavas. Cette dénomination paraît être une corruption de celle de pavois, espèces de grands boucliers ou machines de guerre dont on se servait pour escalader les places fortes. Les pavas étaient aussi des sortes de boucliers moins grands que les machines de guerre, mais plus considérables que les boucliers que l’on portait au bras ; on s’en couvrait tout le corps quand on voulait monter à l’assaut.
Ils étaient composés avec des douves de tonneaux ; on assemblait ces douves à tenons et mortaises, on les fixait avec des clous, et l’on en faisait ainsi un châssis que l’on recouvrait de cuir : il y avait en outre deux douves attachées en travers, à des hauteurs différentes ; on y clouait deux courroies de cuir entre lesquelles on passait les deux bras, afin que le pavas s’appliquât sur le dos, comme le dossier d’une hotte. Il est aisé de comprendre que ces boucliers devaient couvrir la tête, le dos et les reins de ceux qui montaient à l’assaut, et les garantir des pierres, de l’eau, de la graisse et de l’huile bouillantes que les assiégés pouvaient jeter sur eux. Ils avaient encore l’avantage de laisser libres les deux mains, dont on avait besoin pour monter dans les échelles et pour repousser les assiégés aussitôt qu’on était arrivé sur le haut de leurs murailles.
Les douves dont les pavas étaient composés leur donnaient de la consistance ; mais en même temps elles les rendaient trop pesants pour qu’on pût les porter à la main, surtout en montant à l’assaut, au moment où l’on trouvait les armes ordinaires trop pesantes, au lieu qu’en les portant sur le dos ils devenaient très utiles sans être embarrassants.
12Il paraît que l’invention des pavas ne date guère que de l’époque du siège d’Orléans, car il n’est parlé dans aucun auteur de semblables boucliers25.
Quand on se disposait à attaquer, on emportait toujours avec soi des chausse trappes, afin que, dans le cas où on viendrait à échouer dans l’entreprise, et où l’on serait poursuivi, on pût en jeter derrière soi, et retarder ainsi la marche de l’ennemi26.
Dans les assauts on faisait à cette époque usage de traits portant des fusées27 destinées à mettre le feu aux fortifications ; on attachait le plus souvent ces fusées à des lances dont on se servait pour incendier les pieux qui défendaient les boulevards.
Artillerie (canon, bombarde, couleuvrine)
Quelques unes des tours de la ville étaient encore, en 1428, embarrassées par des balistes extrêmement compliquées, au moyen desquelles on lançait au loin de très grosses pierres. On peut juger du volume de ces énormes machines par la quantité de bois provenant de leur démolition. En effet, les comptes de forteresse font mention que lorsqu’on détruisit la baliste établie sur la tour de Saint-Paul, on en tira vingt-six voitures de bois qui furent conduites à la chambre de ville. Mais déjà, depuis 1412, l’usage des canons et des bombardes avait commencé à prévaloir pour la défense de la ville. Il résulte d’un relevé fait avec soin par feu l’abbé Dubois, qu’en 1428 et 1429 la ville d’Orléans possédait soixante-onze bouches à feu, tant canons que bombardes, toutes en cuivre. Dans le nombre de ces bouches à feu sont compris le canon qui avait été prêté à la ville d’Orléans par la ville de Montargis, un gros canon qu’on avait nommé le Rifflard28, une bombarde faite, dit le Journal du Siège29, par un nommé Guillaume Duisy, très subtil ouvrier, qui lançait des boulets de pierre de 120 livres pesant, et si énorme qu’il fallut vingt-deux chevaux30 pour la conduire avec son affût du port à l’Hôtel-de-Ville. Ces deux canons et cet énorme bombarde étaient placés sur la tour de la croiche de Meuffroy, sise entre le pont et la poterne Chesneau, d’où ils foudroyaient le fort des Tourelles dont les Anglais s’étaient emparés. Parmi les bouches à feu que nous venons d’indiquer, il faut compter un canon31 qui lançait des 13pierres jusqu’à l’île Charlemagne, au-dessous du pont vis-à-vis du sanitas actuel32.
Tous les boulets lancés par les canons et les bombardes étaient faits de pierre33. Ce ne fut que sous le règne de Louis XI qu’on leur substitua des boulets de fer. Quand on voulait attaquer des murailles, on avait soin de choisir une pierre dure pour la confection des boulets ; lorsqu’il ne s’agissait que de tirer sur l’ennemi, afin de l’éloigner des murs, il importait peu de quelle nature fussent les boulets de pierre, ils remplissaient également le but. Il paraît qu’avec les bombardes on tirait à toutes volées ; et en effet le Journal du Siège fait mention de boulets de pierre qui sont venus tomber dans la ville au milieu de citoyens réunis34, sans leur faire aucun mal. Cependant on tirait aussi de but en blanc, ce que prouvent plusieurs faits35 rapportés par le Journal du Siège.
Quoiqu’il y eût au siège d’Orléans soixante-onze bouches à feu pour la défense des murs, il n’y avait cependant que douze canonniers36 principaux, dont plusieurs avaient un valet ou aide. Dans ce nombre de bouches à feu nous ne faisons pas mention des couleuvrines, qui ne paraissent avoir été inventées qu’en 1428. Il y en avait sans doute plusieurs employées à la défense d’Orléans ; on en connaît au moins deux, celle de maître Jean37, natif de Lorraine, qui faisait partie de la garnison, et la couleuvrine d’un nommé Philippe Nicolas38. La couleuvrine de maître Jean joua un grand rôle durant tout le siège. Elle finit par tomber au pouvoir des Anglais39, mais elle fut reprise lorsque les Français emportèrent d’assaut les Augustins et les Tourelles.
14C’est ici le lieu de donner une idée succincte de ce qu’étaient les bombardes, les canons et les couleuvrines employés à la défense d’Orléans. Nous ne nous attacherons pas à exposer de bien amples détails à ce sujet, préférant de renvoyer aux manuscrits de feu l’abbé Dubois, et aux auteurs qui traitent de ces sortes d’armes, tels que le père Daniel dans son Histoire de la Milice française, Froissart, et Bernard de Montfaucon.
Il résulte des faits consignés dans les comptes de forteresse de la ville d’Orléans, que les dénominations de bombardes et de canons sont souvent indifféremment prises l’une pour l’autre, et appliquées à la même arme. Cependant on appelait, à ce qu’il paraît, plus volontiers du nom de bombarde un canon court et d’un gros diamètre. Au reste cette dénomination semble avoir été appliquée, avant l’invention des armes à feu, à des machines de guerre qui lançaient des projectiles, et provient du bruit qui en résultait.
Les canons et les bombardes étaient en cuivre40 ; les uns et les autres avaient, un peu au-dessus de la culasse, une longue et large ouverture par laquelle on introduisait dans la pièce un gros cylindre de même métal rempli de poudre, c’était ce que l’on appelait alors une chambre ou une boîte à canon41 : on y introduisait la poudre avec une cuiller42, et on la refoulait avec des tampons en bois43 ; il y avait deux et jusqu’à trois boîtes à canon pour le service d’une même pièce. Tandis que l’on déchargeait l’une, les autres se chargeaient, en sorte que la pièce pouvait tirer sans discontinuer ; chaque boîte à canon avait une poignée44, pour qu’on pût la saisir : elle était aussi percée d’un trou auquel on adaptait un petit tuyau45 de fer-blanc, qu’on remplissait de poudre communiquant avec celle de la boîte à canon, et c’était par là qu’on mettait le feu.
On donnait beaucoup d’épaisseur aux chambres à canon, pour qu’elles résistassent aux efforts de la poudre. Il y en avait du poids de 66, 50, 37, 22 et 9 livres46 15pour des bombardes qui pesaient 400 livres et au-dessous ; car les comptes de forteresse font mention de bombardes ou canons pesant 44347, 37348, 267, 108 et 57 livres.
Il résulte de là que les parois des canons et bombardes étaient fort minces, et devaient être exposées à crever promptement ; on remédiait à cet inconvénient au moyen d’espèces d’affûts49 que, dans les comptes de ville, on indique sous la dénomination de charpenterie50, et dans lesquels ils étaient encastrés. C’était un gros morceau de bois que l’on creusait de manière à y enchâsser la pièce de la moitié de l’épaisseur de son diamètre, en sorte qu’il n’y avait d’apparent que l’autre moitié supérieure ; cette opération s’appelait mettre en bois51. La pièce était du reste fixée sur son affût au moyen de boulons en fer passés dans des anneaux qui y étaient cloués ; ces boulons étaient retenus par des clavettes.
Pour assujettir la boîte à canon dans la pièce, la bombarde avait trois cercles en fer52, le premier près de la culasse, le deuxième un peu au-delà de l’ouverture pratiquée pour la boîte à canon, et le troisième à la même distance que les deux premiers. Un fléau53 en fer pivotait sur le cercle intermédiaire de manière à assujettir la boîte à canon dans son milieu ; les deux extrémités de ce fléau étaient arrêtées par deux crochets54 fixés dans un sens inverse sur les deux autres cercles55. C’était un fléau tout à fait semblable à ceux dont on fait usage pour fermer les portes cochères.
Lorsque la boîte à canon était bien assujettie dans la bombarde, on y introduisait de l’herbe ou du foin56, et par-dessus on enfonçait un boulet de pierre qu’on 16appelait pierre à canon57. Ces boulets étaient bien arrondis pour remplir convenablement la pièce, afin que la poudre produisît tout son effet. Il y en avait de tous les diamètres, suivant la grosseur des canons et des bombardes. Les plus grosses pierres à canon pouvaient avoir jusqu’à un pied et quatorze à quinze pouces de diamètre.
Outre l’affût ou morceau de bois dans lequel les canons ou bombardes étaient encastrés, il y avait encore la maison ou la plate-forme58 de la bombarde, c’est à-dire la table en charpente portée sur des roues, sur laquelle la bombarde et son affût étaient posés. Tout cet attirail rendait la pièce extrêmement lourde ; et c’est ce qui explique comment, d’après les comptes de forteresse, il a fallu vingt-deux chevaux59 pour conduire la grosse bombarde du port à l’Hôtel-de-Ville.
Les canons ou bombardes de petite dimension avaient leurs affûts portés sur de simples chevalets60. Les couleuvrines61 étaient beaucoup plus petites que les bombardes et les canons. Elles n’avaient pas de boîte à canon, et se chargeaient avec des balles de plomb62 que l’on refoulait, ainsi que la poudre, avec une baguette en fer63. Les couleuvrines avaient aussi leur affût64 et se plaçaient sur un chevalet ; il y en avait qui ne pesaient pas plus de dix à douze livres : c’étaient donc de très petits canons, ou plutôt des espèces de fusils très imparfaits. Un tuyau de fer-blanc communiquait avec le fond de la couleuvrine, on le remplissait de poudre, et c’était par là qu’on mettait le feu. On avait soin d’y enfoncer un fil-de-fer pour s’assurer si la poudre du tuyau communiquait avec celle de la couleuvrine.
Les bombardes et canons dont on se servit au siège d’Orléans, tant pour la défense que pour l’attaque, ne portaient pas plus loin que 350 à 400 toises [680 à 780 m.]. Il en résultait que les assiégés ne pouvaient lancer des pierres à canon du pont d’Orléans sur l’île Charlemagne située en aval du fleuve où les Anglais avaient établi un boulevard65, ainsi qu’on le verra bientôt. La distance était d’au moins 700 17toises66 [1,300 m.]. On voit dans les comptes de forteresse de la ville d’Orléans qu’un très habile ouvrier, nommé Naudin Bouchart, fondit à ses propres dépens un canon plus long que les autres, qui pût lancer des boulets jusqu’à cette portée, de manière qu’on gênait ainsi les communications des Anglais qui passaient continuellement67 de leur boulevard de l’île Charlemagne dans celui du champ de Saint-Pryvé. Par la suite Naudin Bouchart donna son canon à la ville en échange d’un égal poids de cuivre68.
3. De l’ancien pont d’Orléans et des fortifications qui le défendaient
Structure générale du pont
Pour terminer ce que nous avons à dire sur la défense d’Orléans, il nous reste à parler de l’ancien pont par lequel le midi de la France communiquait avec la ville, et qu’on a dû fortifier pour le mettre à l’abri de la surprise de l’ennemi. Nous avons déjà dit qu’une porte flanquée de deux tours et un pont-levis défendaient son entrée au nord, du côté de la ville ; il était défendu à son extrémité sud par le fort des Tourelles69 : mais nous donnerons plus tard la description de ce fort que les Orléanais avaient été forcés d’abandonner70, et qui, tombé au pouvoir des Anglais, est entré dans le système de leurs bastilles et boulevards pour l’attaque et le blocus de la place.
Le pont avait en totalité dix-neuf arches71 d’ouvertures inégales, savoir : six entre la ville et les mottes72 Saint-Antoine et des Poissonniers, et treize au-delà sur la rive gauche du fleuve.
La plupart des piles du pont s’élevaient carrément jusqu’au niveau de son sol. On y avait construit, seulement sur le terre-plein des mottes et sur les arches qui y étaient attenantes, quelques maisons d’une médiocre étendue, mais qui suffisaient à des commerçants très satisfaits d’être établis sur un passage aussi fréquenté.
Les entreprises des Anglais, qui s’étaient approchés de la ville en 1417, avaient averti les Orléanais de mettre leur pont à l’abri de toute attaque, dans le cas où, laissant de côté le fort des Tourelles, les ennemis viendraient s’emparer de la cité en 18faisant une descente sur l’île située entre la sixième arche et la ville.
La bastille Saint-Antoine
Aussi y avaient-ils construit la bastille73 ou forteresse de Saint-Antoine qui occupait toute la largeur du pont et dont les tours, probablement carrées, étaient appuyées du côté de l’est sur la chapelle Saint-Antoine, et du côté de l’ouest sur l’Aumône ou hôpital du même nom. En temps de paix on passait habituellement sous le portail de cette forteresse, mais en temps de guerre il était tenu fermé par des portes en bois ; et il avait probablement aussi une herse en fer comme il était d’usage dans ces temps déjà éloignés. La bastille Saint-Antoine était sise du côté de la ville au-delà de la sixième arche occupée par des moulins sur lesquels les eaux de la Loire étaient dirigées au moyen d’un duit74.
Les mottes Saint-Antoine et des Poissonniers
La pile sud de cette sixième arche était établie sur l’île75 même, dont les deux parties portaient les noms de motte de Saint-Antoine et de motte des Poissonniers ou des Challans-Percés.
La motte Saint-Antoine a pris son nom d’une chapelle dédiée à Saint-Antoine, qu’elle renfermait et qui était contiguë au pont. La motte des Poissonniers a pris le sien de bateaux qui y étaient amarrés et où l’on conservait le poisson ; le fond de ces bateaux était percé pour y laisser pénétrer l’eau : ils portaient le nom de challans ; on les désigne aujourd’hui sous la dénomination de bascules.
La motte des Poissonniers renfermait un hospice où l’on donnait à coucher aux pèlerins et aux voyageurs, et qui portait le nom d’hôpital Saint-Antoine parce que la chapelle de cet hospice était sous l’invocation de ce saint.
Le sol des mottes devait être assez élevé au-dessus du fond du fleuve pour que les établissements qui y existaient fussent au moins à l’abri des crues ordinaires de la Loire ; le pied de ces mottes était consolidé par des battues de pieux. À une certaine époque on soutint même les terres par des murs, et, lorsque la Loire y avait fait quelques ravages, on réparait le dommage au moyen des décombres de la ville que l’on y transportait pour maintenir le sol à un niveau constant qui ne devait différer de celui du pont que de cinq à six pieds tout au plus.
Le boulevard de la Belle-Croix
En avant de la bastille Saint-Antoine il y avait un boulevard76 qui en défendait l’approche ; il se nommait le boulevard de la Belle-Croix, à cause d’une croix de ce nom qui était dans le voisinage77.
La Belle-Croix était érigée sur la partie est du pilier commun à la onzième et à la douzième arche comptées à partir de la ville ; elle était en bronze, son piédestal était très élevé et orné de bas-reliefs représentant la sainte Vierge, saint Pierre, saint Paul, saint Jacques, saint Étienne, et les évêques saint Aignan et saint Euverte.
19Le boulevard de la Belle-Croix fût élevé par les Français quand ils eurent pris la résolution d’abandonner le fort des Tourelles, qui avait été ébranlé par l’artillerie des Anglais. Le Journal du Siège rapporte qu’alors les Orléanais rompirent une arche78 du pont, très probablement entre le boulevard de la Belle-Croix et la bastille Saint-Antoine. Sur cette arche rompue79 ils avaient établi un pont-volant, de manière à maintenir la communication entre leur poste avancé et la bastille Saint-Antoine, et à la supprimer si le boulevard de la Belle-Croix venait à être emporté par l’ennemi. Il est assez difficile de se faire aujourd’hui une idée de ce qu’était ce boulevard : il consistait probablement en une grande construction en charpente80 qui barrait le pont ; car il est fait mention dans les comptes de forteresse qu’après la levée du siège on détruisit ce boulevard, et qu’on en tira quarante-deux voitures de pièces de bois et de pieux qui furent déposés dans la Chambre-de-Ville.
Pour loger les troupes chargées de la défense de ce boulevard, on avait fait des taudis ou baraques dans les maisons qui existaient sur les mottes et qui étaient contiguës au pont.
4. Des bâtiments et édifices publics qui existaient à l’extérieur d’Orléans en 1428 ; des faubourgs de cette ville et des barrières que l’on y établissait pour en rendre l’accès plus difficile à l’ennemi
Églises détruites à l’extérieur de la ville
Afin d’achever de donner une idée de ce qu’était la ville d’Orléans à l’époque du siège, il est nécessaire de parler de ce qui existait à l’extérieur de son enceinte81.
Le Journal du Siège nous fournit à cet égard des renseignements précieux. Voici comment il s’exprime82 :
Et d’autre part, mirent telle diligence les gens de guerre et citoyens d’Orleans, qu’ils bruslèrent et abattirent dedans la fin de ce mesme mois de Nouembre, plusieurs Eglises qui estoient ès forsbourgs d’entour leur cité : comme l’Eglise de Sainct Aignan, patron d’Orleans : et aussi le Cloistre d’icelle Eglise qui estoit moult beau à veoir : l’Eglise Sainct Michel : l’église de Sainct Aux : la Chapelle du 20Martroy : l’Eglise de Sainct Victeur, assise ès forsbourgs de la porte Bourgoigne : l’Eglise de Sainct Michel dessus les fosses : les Jacobins : les Cordeliers : les Carmes : Sainct Mathurin : l’aumosne Sainct Pouair : et Sainct Laurens. Et outre plus bruslèrent et demolirent tous les forsbourgs d’entour leur cité, qui estoit très belle et riche chose à veoir auant qu’ils fussent abatus. Car il y avoit de moult grands édifices et riches, et tellement qu’on tenoit que c’estoient les plus beaux forsbourgs de ce royaume. Mais ce nonobstant les abattirent et bruslèrent, les François de la garnison. Et ce, par le vouloir et ayde des citoyens d’Orleans, afin que les Anglois ne s’y peussent loger, parce qu’ils eussent esté fort preiudiciables à la cité.
Un autre passage83 du Journal du Siège fait connaître ce que les Français entreprirent pour achever la destruction de tout ce qui pouvait favoriser l’ennemi dans l’attaque de leur ville :
Le mercredy vingt neufième jour d’iceluymois de Decembre furent bruslees et abattues plusieurs autres Eglises et maisons, qui estoient encore demourees auprès d’Orleans : comme Sainct Loup, Sainct Marc, Sainct Geruais, Sainct Euurtre, la Chappelle Sainct Aignan, Sainct Vincent des Vignes, Sainct Ladre, Sainct Pouair et aussi la Magdaleine : afin que les Anglois ne se peussent là loger, retraire et fortifier contre la cité.
Avant cette époque et lors de la première apparition des Anglais, le 12 octobre 1428, les Français avaient abattu les maisons du Portereau et le couvent des Augustins, ce que le Journal du Siège indique en ces termes84 :
Mais les gens de guerre y estans en garnison auoient ce mesme jour et auant la venue des Anglois, du conseil et ayde des citoyens d’Orleans, fait abbattre l’Eglise et couuent des Augustins d’Orleans et toutes les maisons qui lors estoient au dit Portereau, afin que leurs ennemis n’y peussent estre logez ne y faire fortification contre la cité.
Nous avons indiqué sur le plan85 joint à notre travail l’emplacement de tous les monuments, églises et chapelles cités dans le Journal du Siège. Il était facile de le faire, puisqu’il est avéré qu’après le siège tous ces édifices furent reconstruits aux mêmes lieux qu’ils occupaient lorsque le patriotisme des Orléanais les fit détruire. Il suffit donc de jeter les yeux sur notre plan pour se faire une idée exacte de leur position ; nous y avons même indiqué ces faubourgs qui étaient considérés comme les plus beaux du royaume : ils correspondaient aux portes de la ville. L’un d’eux, le Portereau, était au-delà de la Loire, et les autres faisaient face aux portes Bourgogne, Parisis, Bernier et Renart.
Le faubourg Bourgogne
21Le faubourg Bourgogne ou la grande rue du faubourg de la porte Bourgogne, ainsi qu’on devait l’appeler en 1428, occupait toute l’étendue de la rue de Bourgogne d’aujourd’hui86 comprise depuis l’ancienne porte Bourgogne, dont nous avons assigné la position et la forme, et la porte Bourgogne actuelle. L’église Saint Victor, la chapelle Saint-Michel, la chapelle Saint-Aignan, depuis Notre-Dame du-Chemin, étaient situées sur le bord de cette rue ; le faubourg Bourgogne occupait alors une étendue fort considérable. Il renfermait les églises de Saint-Aignan et de Saint-Euverte, et offrait les mêmes percements de rues qu’il présente aujourd’hui, si ce n’est que probablement il renfermait alors beaucoup moins de maisons87. La grande rue du faubourg de la porte Bourgogne faisait partie de l’ancienne route romaine88 d’Autun à Paris, qui passait par Briare (Brivodurum), Bonnée (Belca), pour venir aboutir à Orléans, le Genabum des Commentaires de César. Arrivée à la porte Bourgogne, elle suivait les fossés de la ville où existe aujourd’hui la rue du Bourdon-Blanc, plus anciennement la rue de la Croix, et plus anciennement encore la rue des Vieux-Fossés, continuait dans la rue du Puits-Rolland (rue Porte Saint-Vincent), et le faubourg actuel de Saint-Vincent89, d’où elle prenait sa direction par Saint-Lyé, Saclas (l’ancienne Salioclita), et se terminait à Paris (Lutetia Parisiorum)90.
Le faubourg de la rue de la Bretonnerie
La rue de la Bretonnerie91, qui existait en 1428, en face de la porte Parisis92, doit être considérée comme un des faubourgs d’Orléans d’alors, bien qu’elle fût peu considérable à cette époque. Elle tirait son nom d’une grande maison appelée la Bretonnerie, qui se trouvait sur ses bords ; dans son voisinage étaient situés à gauche les Cordeliers93, depuis les Récollets94, et à droite l’église Saint-Michel (aujourd’hui la salle de spectacle), les Jacobins ou Dominicains devenus les casernes95 de la garnison, la chapelle du Martroi au corps, dans le cimetière de ce nom, plus connu sous la dénomination de Grand-Cimetière, actuellement la Halle-au-Blé. Au nombre des rues qui existaient dans ce quartier il faut compter la rue de l’Évêché et celle des Bons-Enfants, qui alors venait aboutir sur la place de l’Étape96 devant les Jacobins ; dans la région de l’ouest était la rue Saint Pierre97, actuellement rue d’Escures.
Le faubourg de la porte Bernier ou Banier
22Le faubourg de la porte Bernier ou Banier occupait toute la portion de la rue Banier d’aujourd’hui, comprise depuis le Martroi jusqu’à la porte Banier actuelle98, et même au-delà, puisque dans ce faubourg se trouvait Saint-Ladre99 dont l’emplacement a été occupé depuis par les Chartreux. La rue principale de ce faubourg portait sans doute, en 1428, le nom de Grande-Rue du faubourg de la porte Banier. La chapelle de Saint-Mathurin ou de Sainte-Marie, l’aumône Saint-Pouair et l’église de Saint-Pouair ou de Saint-Paterne étaient sur ses bords100 ; à l’ouest de ce faubourg se trouvait la rue du Colombier-Turpin101 qui a donné son nom à l’une des bastilles anglaises, ainsi qu’on le verra bientôt.
Le faubourg de la porte Renart
La grande rue du faubourg de la porte Renart102 occupait toute la rue des Carmes103 d’aujourd’hui, depuis la porte Renart jusqu’à la croix Morin, située à l’angle que font les rues de la Croix-Boissée (rue Porte-Madeleine) et de l’Orme de la banlieue (rue Porte-Saint-Jean). Le couvent des Carmes la bordait.
Le plan joint à notre travail offre dans tout ce quartier, situé à l’ouest de la cité, le tracé104 des rues qui existaient à l’époque du siège, telles que la grande rue de Saint-Laurent, le Cours-aux-Ânes qui était une promenade publique de l’époque, les rues Rose, du Cours-aux-Ânes, de Recouvrance, de Macheclou et de la Hallebarde. Mais il faut bien se figurer que toutes ces rues ne renfermaient que quelques maisons éparses105 qui ne peuvent pas entrer en comparaison avec le nombre de celles qui existent aujourd’hui.
Les barrières de contrôle
Nous avons montré jusqu’à présent quel était le système de défense de la ville d’Orléans. Il est nécessaire encore, pour compléter ce que nous avons à dire à ce sujet, de parler des barrières ou postes avancés106, au moyen desquels on évitait la surprise de l’ennemi. Ces barrières107 étaient placées à l’extérieur, aux entrées des faubourgs, et fermaient tous les chemins qui conduisaient à la ville.
Elles consistaient en des poteaux en charpente recouverts par une lisse ; une partie 23de ces barrières pouvait s’ouvrir et se fermer à volonté, soit par des portes, soit par des lisses roulantes : les unes et les autres étaient fermées à clef. Pour garder ces barrières, il y avait un corps-de-garde où l’on faisait le guet en temps de guerre, et une loge pour un portier chargé de les ouvrir et de les fermer. Dans chacune de ces barrières il y avait pour l’ordinaire un puits que l’on voit encore actuellement dans beaucoup d’endroits où elles ont existé ; cependant depuis quelques années on a détruit plusieurs de ces puits.
Il résulte du dépouillement des comptes de forteresse fait par feu l’abbé Dubois qu’il existait en 1428, dans les faubourgs d’Orléans, quinze barrières108 dont ces comptes indiquent les noms et la situation, ainsi que les dépenses faites en différents temps pour leur réparation ou leur premier établissement. Il y avait quatre de ces barrières dans le Portereau, cinq dans le faubourg de la porte Bourgogne, deux dans celui de la porte Banier, et quatre dans celui de la porte Renart.
Les barrières du Portereau étaient placées109, l’une auprès du puits de Tudelle, avant la séparation des chemins dont l’un conduit à Saint-Pryvé et l’autre à Saint-Mesmin ; la seconde dans le faubourg Saint-Marceau, plus près de la ville que l’en droit où aboutit la rue Neuve ; la troisième sur la turcie de Saint-Jean-le-Blanc, près de l’hôtel du Coq qui a donné son nom au Portereau conduisant à Saint Jean-le-Blanc ; la quatrième était dans la rue des Anguignis ou de Guigny.
Les cinq barrières du faubourg de la porte Bourgogne existaient110, la première au puits des Forges subsistant encore actuellement vis-à-vis la rue de l’Ételon ; la seconde près la chapelle Saint-Aignan, depuis l’église de Notre Dame-du-Chemin à l’entrée de la rue des Singes conduisant aux moulins de Saint-Aignan situés sur la Loire ; la troisième près de l’église de Saint-Euverte ; la quatrième près de l’église de Saint-Avit, à la jonction des rues des Bons-En fans, de la porte Saint-Vincent et de la rue du Bourg-Neuf ; et la cinquième à l’entrée de la rue Saint-Martin, derrière le Grand Cimetière.
Les deux barrières du faubourg de la porte Banier étaient situées111, la première au point de jonction de la rue de la Bretonnerie et du faubourg Banier, là où existe encore un puits sur lequel on a planté une croix ; cette barrière devait être placée de manière à intercepter en même temps le passage sur les deux rues ; la seconde barrière était établie dans la rue du Colombier, à peu près à la hauteur de la rue des Hilaires.
Enfin les quatre barrières du faubourg de la porte Renart étaient placées112, la 24première à la Croix-Morin, à la bifurcation des deux rues de la Croix-Boissée (rue Porte-Madeleine) et de l’Orme de la banlieue (rue Porte-Saint-Jean) ; la seconde à peu près vers le milieu de la grande rue Saint-Laurent ; la troisième dans la rue du Cours-aux-Ânes, et la quatrième dans la rue de la Turcie-Saint-Laurent.
Postérieurement au siège on augmenta considérablement le nombre de ces barrières, à cause de la crainte qu’on avait de l’ennemi. Mais nous n’avons pas à nous occuper de celles-là.
5. Des bastilles et des boulevards élevés par les Anglais pour former le blocus de la ville
Distinction entre bastilles et boulevards
Ayant terminé tout ce que nous avions à dire sur les fortifications qui servaient à la défense d’Orléans, nous allons nous occuper maintenant de faire connaître les moyens préparés par les Anglais pour parvenir à faire le blocus de la ville. Il faut d’abord établir la distinction qui existe entre les boulevards et les bastilles ou forteresses dont ils firent usage dans ce but.
Les boulevards113 étaient, comme leur nom l’indique assez, des ouvrages en terre qui consistaient en de simples fossés circonscrivant une enceinte. Ils étaient isolés ou placés en avant d’une bastille ou forteresse ; la crête intérieure des fossés était sans doute hérissée d’une fraise de pieux reliés entre eux par des traverses qui y étaient fixées au moyen de boulons en fer ou de clous, ainsi que cela avait lieu, comme nous l’avons fait voir, pour les boulevards sis en avant des portes d’Orléans. Pour ces derniers, nous avons trouvé dans les comptes de forteresse les preuves de ce que nous avons avancé. Mais pour ce qui concerne les boulevards des Anglais, nous ne sommes guidés que par l’analogie.
Les bastilles étaient des forteresses construites en bois ou en pierre. On se servait souvent, pour les établir, de bâtiments abandonnés, tels que des églises ou autres édifices publics, qu’on disposait pour la défense avec les moyens que l’art des constructions militaires offrait alors. Il paraît qu’elles pouvaient avoir une double enceinte de fossés ; ce que l’on infère d’un titre authentique et curieux consigné dans le registre de Guillaume Giraut114 qui, en faisant mention des bastilles des Anglais, dit qu’elles étaient closes à deux parties de fossés.
25L’Histoire de Charles VII, dite de la Pucelle d’Orléans, que quelques uns citent sous le nom de chronique sans titre, fournit des renseignements115 qui conduisent aux mêmes conséquences.
Bastille et boulevard de Saint-Laurent-des-Orgerils
Les Anglais s’étaient présentés116 devant Orléans le 12 octobre 1428 ; mais ils n’avaient en quelque sorte fait que préluder au siège qu’ils voulaient mettre devant cette ville. Après s’être emparés du fort des Tourelles, où ils laissèrent une garnison, ils s’étaient retirés. Mais ils revinrent le 30 décembre du côté de la Beauce, au nombre de 2,500 hommes, et ils établirent leur camp à Saint-Laurent. 26Ils réparèrent les ruines de l’église, que les Orléanais avaient incomplètement détruite au premier bruit de l’approche de l’ennemi. Il s’en firent une bastille ou forteresse qui leur servait de magasin, et en avant de laquelle ils tracèrent un grand boulevard où toute leur armée était campée. Il ne peut donc y avoir aucun doute sur l’emplacement et la position de cette première bastille des Anglais.
Il est assez facile de se représenter ce que pouvaient être la bastille et le boulevard de Saint-Laurent-des-Orgerils. Nous ferons remarquer d’abord que, situés l’un et l’autre sur une hauteur, et fort près de la Loire, on pouvait observer de là parfaitement la ville et le fleuve. C’est par la Loire en effet que des convois de vivres, et même des renforts en hommes, pouvaient être expédiés de Blois et introduits dans la place. Il est probable que l’église de Saint-Laurent était entourée d’une première enceinte de fossés qui en défendait l’approche, et que le boulevard, proprement dit, était formé par une seconde enceinte de fossés avec des banquettes intérieures, qui devait enfermer un espace assez considérable pour contenir les 2, 500 Anglais arrivés pour commencer le blocus de la place ; car c’était là, ainsi que l’indique le Journal du Siège117, l’ost des Anglais, leur camp principal. Nous avons tracé le plan118 de la bastille et du boulevard de Saint-Laurent tels que nous nous figurons qu’ils devaient être. Nous supposons qu’aux angles les fossés étaient creusés circulairement pour que, de l’endroit qu’ils entouraient, on pût mieux défendre chaque front du camp ; sans doute les canons étaient placés dans ces espaces circulaires. Nous concevons que la terre du fossé avait été rejetée intérieurement pour former une banquette dont la crête était sans doute garnie d’espèces de chevaux de frise, ou de pieux inclinés à l’extérieur et reliés entre eux par des traverses. Un pont-volant était probablement établi sur le fossé pour faciliter l’entrée du camp ; il s’enlevait à volonté aussitôt qu’on avait à craindre une attaque. Nous admettons que les fossés pouvaient avoir une largeur de huit mètres. Dans la première enceinte on avait sans doute placé les baraques ou taudis sous lesquels les soldats étaient campés. Si cette première enceinte venait à être forcée, les troupes se retiraient dans la seconde enceinte, et dans l’édifice qui formait, à proprement parler, la bastille.
La position de Saint-Laurent avait, outre l’avantage que nous avons signalé, celui d’avoir à proximité un port fort utile pour les communications qui devaient s’établir entre les troupes du camp de Saint-Laurent et celles qui occupaient le fort des Tourelles, de l’autre côté de la Loire ; car c’est de ce camp, qui communiquait sans obstacle avec Paris, que les Anglais tiraient les munitions de guerre et de bouche qu’ils faisaient passer dans leurs bastilles et boulevards situés sur la rive gauche du fleuve.
27Nous venons de montrer les Anglais maîtres de l’église de Saint-Laurent, et campés dans un boulevard attenant à cette bastille, en même temps qu’ils étaient maîtres du fort des Tourelles et de son boulevard, ainsi que du couvent des Augustins119 dont ils avaient aussi formé une bastille protégée par un boulevard. Nous allons les suivre dans leur entreprise pour arriver au blocus complet de la ville, se rendre maîtres absolus de la rivière en aval du pont d’Orléans, et établir un système de bastilles et de boulevards propres à assurer leurs communications de l’une à l’autre rive de la Loire.
Il nous sera difficile d’assigner l’époque précise de la construction des différentes bastilles et des boulevards, attendu que les diverses chroniques, notamment le Journal du Siège, n’en font pas toujours une mention expresse. Nous serons guidés toutefois dans cette recherche par des probabilités qui ne seront pas sans quelque autorité.
Boulevard de la Croix Boissée ou Buisée
Nous pensons que le boulevard de la Croix-Boissée ou Buisée a dû être un des premiers construits après la bastille et le boulevard de Saint-Laurent. Son nom lui vient d’une croix où de temps immémorial le chapitre de Sainte-Croix se rendait processionnellement le jour des Rameaux pour la revêtir de buis bénit. La position de cette croix est donnée d’une manière certaine par la dernière enceinte120 tracée sur le pavé même qu’elle occupait : ce qui la met nécessairement sur l’emplacement de la porte Madeleine actuelle121. Il ne peut du reste y avoir de doute sur le quartier où était placée cette croix, puisqu’il en existe encore une aujourd’hui, ayant la même destination, non loin de l’endroit où était la Croix Buisée de l’époque du siège, dans un angle122 à droite, à 140 mètres environ de la porte Madeleine.
Il n’y a donc aucune incertitude sur l’emplacement123 du boulevard de la Croix Boissée ; mais d’ailleurs, à l’inspection du sol, il est aisé de voir qu’il n’a pu exister 28qu’au lieu que nous venons d’indiquer. En effet, on dominait de là une vallée124 qui commence au-delà du faubourg Banier et s’étend jusqu’à la Loire. Cette vallée est traversée à la porte Madeleine par la route de Blois ; ainsi dans l’emplacement que nous assignons au boulevard de la Croix-Boissée on était à portée d’intercepter les secours qui pouvaient arriver par cette route à Orléans, et l’on se trouvait en communication avec le camp anglais où l’on avait d’ailleurs la facilité de se retirer au besoin. On surveillait de là directement la porte Renart125, l’une des quatre portes de la ville par où les Français faisaient des sorties contre l’ennemi, et même la porte Banier que l’on pouvait apercevoir de ce point.
Il paraît que les Anglais, après avoir exécuté le boulevard de la Croix-Boissée, s’occupèrent de leur bastille d’entre Saint-Ladre et Saint-Pouair126, dont nous parlerons bientôt en détail en suivant l’ordre successif des bastilles ou boulevards établis autour de la ville à partir de Saint-Laurent. D’après le Journal du Siège, il est certain qu’ils avaient formé le projet de la réunir avec le boulevard de la Croix Boissée par un fossé127, afin de communiquer à couvert entre les deux forts : mais les Français les troublèrent dans l’exécution de ce projet ; le troisième jour de mars128 ils firent contre eux une sortie dans laquelle ils comblèrent les travaux commencés, et causèrent beaucoup de dommage à l’ennemi. Les Anglais durent donc à cette époque renoncer à leur entreprise, et ils remplacèrent le fossé par les boulevards129 des Douze pierres et du pressoir Ars dont nous allons parler, et qui assuraient bien leurs communications en même temps qu’ils leur servaient à mieux masquer leurs opérations. En effet, dans le long espace de quinze cents à seize cents mètres qu’il y avait entre le boulevard de la Croix-Boissée et la bastille d’entre Saint-Ladre et Saint-Pouair, espace correspondant à la distance existante aujourd’hui entre la porte Madeleine et la porte Banier, les Anglais ne pouvaient faire aucun mouvement 29qui ne fût aussitôt aperçu par la sentinelle placée sur le clocher de Saint-Paul ; on devinait facilement leurs projets. Aussitôt la cloche du beffroi sonnait, et les Français faisaient des sorties pour s’opposer aux entreprises de l’ennemi.
Boulevard des Douze pierres (Londres)
Le boulevard des Douze pierres fut établi par les Anglais à peu près sur l’emplacement de la porte Saint-Jean actuelle, ainsi que nous allons le démontrer. On lui donnait les dénominations de boulevard de la Grange de Cuiveret ou du Colombier : les Anglais le nommaient Londres. Ces noms divers suffiraient, pour ainsi dire, pour en signaler l’emplacement, quand bien même il ne serait pas justifié par la localité même. En effet, la place que nous lui assignons se trouve au sommet de la pente qui se dirige vers le bas de la vallée dont nous avons parlé. Il commandait donc la route de Châteaudun, qui traverse cette vallée, et il interceptait toute espèce de communications entre cette route et la ville. D’ailleurs, la position du boulevard est en quelque sorte assignée par le Journal même du Siège, lorsqu’il rend compte d’une affaire130 qui eut lieu le 28 avril entre les assiégeants et les assiégés.
Un clos situé près de la porte Saint-Jean porte encore le nom de clos des Douze pierres131 attribué au boulevard qui nous occupe. On conçoit très bien aussi comment la rue du Colombier132, qui, à l’époque du siège, aboutissait à l’emplacement de la porte Saint-Jean, a pu donner son nom au boulevard. Quant à la grange de Cuiveret, elle était sans doute située sur le côté de la route opposé au clos des Douze pierres. Elle a pris très probablement son nom du propriétaire au quel elle appartenait ; on est au moins porté à le penser, en lisant dans le compte de forteresse de 1430 des paiements faits à un nommé Quiveret pour des travaux commandés par la ville. Ainsi la dénomination de la grange aura passé au boulevard, dont tous les rapprochements que nous venons de faire fixent irrévocablement la position.
Nous pensons que le boulevard133 de Londres ne devait pas différer essentiellement 30de celui de la Croix-Boissée. La forme de ces deux boulevards était probablement la même sauf un peu plus ou un peu moins d’espace circonscrit selon l’importance du lieu qu’il fallait défendre et le nombre de guerriers qu’on voulait y tenir en garnison.
Boulevard du pressoir Ars (Rouen)
Après le boulevard de Londres venait celui du pressoir Ars. Ce dernier a pris son nom d’un pressoir existant dans la rue qui porte aujourd’hui le nom de rue de la Marre des Solognots134, située entre le faubourg Banier et celui de la porte Saint-Jean. Cette rue s’appelait à l’époque du siège, rue du pressoir Ars135. Le pressoir Ars ou Brûlé existait près du mur de la dernière enceinte136, puisqu’il est dit dans le projet137 présenté pour le tracé de ce mur qu’il passera près le pressoir Ars en le laissant enfermé dans l’enceinte. La rue du pressoir Ars se prolongeait autrefois jusqu’à la porte actuelle de Saint-Jean138, où elle se réunissait à la rue du Colombier.
La position du boulevard du pressoir Ars139 est donc bien établie, d’après ce qui vient d’être dit ; elle commandait la vallée dont nous avons parlé : nous pensons que ce boulevard140 devait avoir la même forme que ceux précédemment décrits.
Le Journal du Siège, page 66, s’exprime en ces termes :
Le vendredy quinzième jour du mesme Auril, firent et parfirent vne moult belle et forte bastille, très-bien faicte, entre Sainct Pouair et Sainct Ladre, en vne place qui comprenoit grand enceincte, dedans laquelle mirent et laisserent plusieurs Seigneurs et Gentils-hommes d’Angleterre, auecques grand nombre d’autres gens de guerre voulans garder que par là pres ne peussent plus estre menez aucuns viures dedans Orleans, ainsi comme ils auoient veu faire plusieurs fois parauant, malgré les gens de leurs autres bastilles.
Bastille d’entre Saint-Pouair et Saint-Ladre (Paris)
31Cette indication, conjointement avec l’inspection des localités, suffit pour fixer l’emplacement de la bastille d’entre Saint-Ladre et Saint-Pouair. En effet, on sait que Saint-Ladre, depuis les Chartreux, était situé dans le faubourg Banier sur la droite141, et que l’église de Saint-Pouair est la même que l’église de Saint-Paterne d’aujourd’hui142. Comme la porte Banier actuelle se trouve sur le sommet qui commande la vallée dont nous avons parlé, il ne peut y avoir de doute que la bas tille de Paris ne fût établie sur le pavé même de la porte Banier actuelle.
D’après les expressions du Journal du Siège, il s’agit ici d’une sorte de forteresse ; aussi pensons-nous qu’elle consistait en des constructions rectangulaires en maçonnerie flanquées de tours, ainsi qu’il était d’usage de faire les fortifications à cette époque143 et même auparavant : c’est ce que nous avons exprimé dans nos dessins144.
Les bâtiments servaient à loger les troupes, et les pièces d’artillerie145 étaient placées dans les tours. Un fossé de largeur et de profondeur convenables entourait toute cette fortification, dans laquelle on pénétrait sans doute par un pont-levis. Il est probable que les constructions ne s’élevaient pas à une grande hauteur au-dessus du sol.
Les bastilles et boulevards établis à partir de Saint-Laurent jusqu’à la porte Banier d’aujourd’hui occupaient à peu près le quart de l’espace à circonscrire pour opérer le blocus exact de la ville. Nous allons parler maintenant des fortifications élevées par les Anglais, à partir de Saint-Laurent, sur les îles de la Loire et sur la rive gauche du fleuve.
Presqu’en face du port de Saint-Laurent, qui répondait à peu près à la rue de l’Écorcherie, il y avait dans la Loire, à l’époque du siège, une île146 assez considérable connue sous le nom d’île de Charlemagne-au-dessous-du-Pont, pour la distinguer 32d’une île du même nom, mais située au-dessus du même pont. Il n’existe plus aujourd’hui dans son emplacement que de nombreux bancs de sable qui se découvrent dans le temps des basses eaux. Les Anglais sentaient très bien la nécessité d’occuper cette île pour être tout à fait maîtres du fleuve ; aussi y établirent-ils un boulevard qui prit son nom de l’île même.
Boulevard de l’île Charlemagne
Le boulevard de l’île Charlemagne147 était construit avec des fascines, du bois et du sable, ainsi que nous l’apprend le Journal du Siège. Nous supposons que sa forme ne s’éloignait pas beaucoup de celle des boulevards que nous avons déjà décrits.
Boulevard du champ de Saint-Pryvé
Au droit du boulevard de l’île de Charlemagne, sur la rive méridionale du fleuve, les Anglais construisirent en même temps le boulevard du champ de Saint-Pryvé148, afin d’être entièrement maîtres du cours de la Loire. L’emplacement de ce boulevard ne peut guère offrir d’incertitude. Il n’était pas très éloigné de l’église de Saint-Pryvé, qui occupait en 1428 le même lieu qu’aujourd’hui ; mais il devait être tout à-fait sur le bord de la Loire. En effet le, Journal du Siège fait mention qu’au 27 février la Loire étant venue à croître considérablement, les Français crurent que les deux boulevards faits par les Anglais sur la rivière au droit de Saint-Laurent, et même le boulevard des Tourelles, seraient minés et détruits. Le boulevard du champ de Saint-Pryvé ressemblait probablement pour sa forme149 et sa construction à celui de l’île de Charlemagne.
Messire Lancelot de l’Île, maréchal d’Angleterre, avait été commis au commandement et à la garde de ces deux boulevards150.
Fort des Tourelles
Du boulevard du champ de Saint-Pryvé au fort des Tourelles il y avait une distance d’environ 1270 mètres, mais il n’y avait nullement à craindre pour les Anglais qu’on pût introduire par là des secours dans la ville151.
Dès que les Français eurent abandonné152 le fort des Tourelles153, qui avait été 33ébranlé par l’artillerie ennemie, et qui menaçait ruine, les Anglais s’en emparèrent. Ils se mirent jour et nuit à le réparer et à le fortifier, de manière qu’il fût bientôt en parfait état de défense. Les Anglais en confièrent la garde au célèbre capitaine Glacidas ; mais où était placé ce fort des Tourelles ? Était-il sur la culée du pont, ou se trouvait-il sur la terre-ferme tout à fait isolé du pont ?
Le plus grand nombre des autorités en fixe la position au bout du pont. Mais cette indication est un peu vague ; quant à nous, nous pensons qu’il n’était pas isolé de la maçonnerie du pont, et qu’il était sur la culée même de cet édifice. Selon nous, et nous sommes à cet égard confirmés dans notre opinion par le plan de Fleury dont il va être bientôt question, et qui présente la situation la plus probable des lieux au temps du siège, les deux tours du fort formaient dans leurs fondations un même massif avec la culée du pont, et le reste du fort ou plutôt ses dépendances s’étendaient sur la première arche.
Mais il est bien important d’ajouter ici que le fort des Tourelles était séparé du boulevard des Tourelles, dont nous allons tout-à-l’heure donner la description, par un fossé large et profond qui recevait en tout temps les eaux de la Loire, et sur lequel on avait bâti une petite arche destinée à recevoir le pont-levis qui s’élevait et s’abaissait devant le fort. Cette petite arche était en quelque sorte une annexe du pont, que l’on a confondue quelquefois avec les arches mêmes de cet édifice. C’est ce que prouve évidemment un document que nous allons citer, et une note154 manuscrite sur le nouveau pont d’Orléans, que nous avons eue entre les mains, et qui fait mention que l’ancien pont avait vingt arches au lieu de dix-neuf, que lui reconnaissent unanimement tous ceux qui se sont occupés de rechercher ce qu’il était autrefois.
Ainsi la petite arche annexe dont nous venons de parler a pu être considérée comme la vingtième du pont et la première de cet édifice du côté de la Sologne, en même temps que l’arche, qui était véritablement la première de ce même côté a pu être envisagée comme étant la seconde. C’est certainement dans ce sens que l’on doit entendre le document précieux, très précis, extrait des procès-verbaux de visite155 de l’ancien pont dressés par les autorités de l’époque, et qui nous a été 34communiqué par M. Vandebergue de Villiers. Ce document établit d’une manière péremptoire que les Tourelles occupaient toute la seconde arche du côté de la Sologne, et que la première arche du même côté avait un pont-levis156 par lequel on pénétrait dans le fort.
Deux plans157 sur parchemin, dressés par Jean Fleury, arpenteur juré au bailliage d’Orléans, dont l’un représente les Tourelles, leur boulevard et leurs abords tels qu’ils existaient de 1500 à 1543158, et l’autre les offre tels qu’ils étaient en 1676159, sont réunis à la vue d’Israël Sylvestre et à une autre vue sans nom d’auteur ni de graveur, ayant pour titre : Profil de la ville ducale et épiscopale d’Orléans, jadis capitale du royaume de même nom, les seuls documents authentiques 35que nous possédions pour nous aider à nous faire une idée de ce qu’étaient les Tourelles. En effet, ils les représentent en perspective bien exprimée, quoique tracée d’une manière irrégulière. Mais nous devons faire ici une distinction des époques, et nous pensons, ainsi que nous l’avons exprimé tout à-l’heure, que le plan de Fleury représente les lieux tels qu’ils existaient sans doute au temps du siège, tandis que les deux vues que nous venons de citer, et qui s’accordent à placer, ainsi que le plan de Fleury, le fort des Tourelles sur la première arche du pont, présentent des différences notables dans la forme même du fort, et surtout dans ses accessoires, notamment en ce qui concerne le boulevard des Tourelles. En partant donc du plan de Fleury on peut conclure, avec beaucoup de vraisemblance, qu’en 1429 le fort des Tourelles consistait principalement en deux tours, dont l’une située à l’est était à pans, et l’autre située à l’ouest était tout à fait ronde. Ces deux tours étaient construites sur la culée du pont qui séparait la première arche de la petite arche sur laquelle était établi le pont-levis du côté de la Sologne. La tour de l’est était terminée en terrasse, et celle de l’ouest était couverte par un toit. Les dépendances du fort se prolongeaient sur toute la première arche, considérée comme la seconde, dans le document qui nous a été fourni par M. Vandebergue de Villiers.
Un passage voûté était pratiqué dans toute l’étendue du fort160, et au-dessus il y avait des magasins où l’on devait déposer les munitions de guerre ; la perspective indique le toit de ces constructions. Il est vraisemblable que tous les murs qui dépendaient du fort étaient crénelés, de manière à pouvoir diriger contre l’ennemi les armes en usage à cette époque. Ce n’était que dans les tours qu’était placée la grosse artillerie. Sous la voûte il y avait, indépendamment des portes, une herse. Au-dessus de la porte du fort était placé le mécanisme au moyen duquel on faisait mouvoir le pont-levis dont nous avons parlé, et qui ouvrait et fermait la petite arche située du côté de la Sologne. Nous avons exprimé sur le plan161 du pont, autant que possible, tous les détails dans lesquels nous venons d’entrer.
Le fort des Tourelles fut abattu par les Orléanais, après la retraite des Anglais, vers la fin de 1429, à cause de l’ébranlement qu’il avait éprouvé durant le siège ; mais on ne peut douter qu’il n’ait été reconstruit d’après le plan primitif, et dans la forme que fait connaître le plan de Fleury de 1543.
Boulevard des Tourelles
Le boulevard des Tourelles162 était situé du côté du midi, en avant du fort dont il prenait le nom. Il en était séparé par le fossé large et profond dont nous avons parlé ; il avait une longueur égale à la largeur des Tourelles et du pont, et une profondeur d’environ vingt mètres. Il était environné sur trois côtés, au sud, à l’est et à l’ouest, d’un fossé de huit mètres de largeur, dans lequel les eaux de la Loire ne pouvaient pénétrer que lors des grandes crues. Il était fait avec de la terre 36consolidée par des fascines. La partie supérieure du fossé était défendue par une fraise de longs pieux plantés obliquement et liés ensemble par des traverses fixées avec des chevilles en fer. Mais du côté du fort des Tourelles où coulaient les eaux de la Loire, les terres du boulevard étaient certainement maintenues par un mur de soutènement en bonne maçonnerie. Dans la suite, ce mur de soutènement fut prolongé en retour, mais non pas à la même profondeur dans toute l’étendue du périmètre du boulevard.
Le boulevard des Tourelles avait sur le fossé de l’est un pont-volant163 en charpente qui faisait face à la turcie de Saint-Jean-le-Blanc. La position de cette turcie164 ou levée est importante à connaître pour se faire une juste idée des lieux à l’époque du siège ; c’est ce qu’on appelle aujourd’hui le portereau du Coq : elle passe devant la caserne Saint-Charles et se prolonge jusqu’à la levée en retour qui, au droit de l’église actuelle de Saint-Jean-le-Blanc, la réunit avec la levée de Saint Denis. À voir aujourd’hui le portereau du Coq, bordé d’habitations dans toute sa longueur, on ne se douterait pas qu’il est établi sur une ancienne levée. Cependant, si l’on pénètre dans les maisons, on reconnaît bientôt que la rue est assez élevée au-dessus du sol environnant, et que l’on est obligé de descendre pour arriver dans les jardins dépendants des habitations. Mais d’ailleurs la levée se montre avec évidence aux approches de l’église de Saint-Jean-le-Blanc, où on la voit tout-à fait en relief au-dessus des champs environnants.
Indépendamment du boulevard des Tourelles, sis au midi, les Anglais, lorsqu’ils s’étaient emparés du fort et l’avaient consolidé, avaient établi un autre boulevard sur le pont du côté du nord. C’est ce que nous apprend le Journal du Siège en s’exprimant ainsi, page 7 :
Et d’autrepart rompirent les Anglois deux arches du pont deuant les Tournelles, apres qu’ils les eurent prinses, et y firent vn tres gros bouleuart de terre et de gros fagots.
Il n’y a pas de doute que le boulevard165 des Tourelles, sis au nord, ne fût établi entre les deux arches rompues. Mais sûrement on avait jeté sur l’arche rompue, qui était la plus voisine du fort des Tourelles, un pont-volant pour conserver la communication de ce fort avec le boulevard ; dans le cas où on aurait attaqué et enlevé le boulevard, le pont-volant aurait été retiré, et le fort des Tourelles serait resté encore inabordable pour les assiégeants.
Bastille et boulevard des Augustins
Tout près du boulevard et du fort des Tourelles se trouvaient la bastille et le boulevard des Augustins sur l’emplacement desquels il ne peut y avoir aucune incertitude. Cet emplacement est fixé en effet par le plan166 de Fleury que nous 37avons déjà cité, et d’où il résulte que l’église des Augustins se trouvait à peu près à l’endroit où existe aujourd’hui la croix167 de la Pucelle. Cette église était en avant du couvent ; sa plus grande longueur se dirigeait de l’est à l’ouest, et son entrée principale était vers l’ouest168.
Nous concevons que l’église des Augustins avait été fortifiée de manière à former une bastille, et qu’autour de l’église et du couvent on avait enfermé par un fossé un espace qui formait, à proprement parler, le boulevard des Augustins. Nos dessins expriment cette sorte de fortification169.
Bastille de Saint-Loup
Avec les bastilles et boulevards dont nous venons de faire l’énumération, on voit que la ville d’Orléans n’était qu’aux trois quarts circonscrite170 du nord au midi en passant par l’ouest. Aussi les ennemis s’occupèrent-ils de continuer à établir des ouvrages fortifiés pour arriver au blocus complet de la ville ;
et environ le 10 mars 1429, s’en allèrent les Anglois, — suivant le Journal du Siège171, — à Sainct-Loup d’Orléans, et y commencerent une bastille qu’ils fortifierent.
Ils s’emparèrent à cet effet des ruines de l’église et du monastère de Saint-Loup, qui étaient au nombre des édifices détruits172 par les Orléanais lors de l’arrivée de l’ennemi. Cet emplacement offrait une position militaire excellente, à cause de sa situation sur un coteau escarpé.
La bastille de Saint-Loup avait encore l’avantage de faire face au port173 du même nom, dont nous allons bientôt indiquer la position et qu’elle dominait. Elle rendait en quelque sorte les Anglais maîtres du cours supérieur de la Loire. Possesseurs de la ville de Jargeau ils pouvaient en tirer des vivres et des munitions de tous genres, qui leur arrivaient sans obstacles sous la protection de l’artillerie du fort de Saint-Loup. Nous supposons que l’église et le couvent de Saint-Loup, convenablement fortifiés, étaient défendus par un premier fossé174, et qu’un second fossé environnant celui-là à une certaine distance formait un boulevard avancé où se tenaient les troupes qui ne se retiraient dans la bastille proprement 38dite que lorsqu’elles étaient forcées dans leur premier retranchement. C’était une disposition tout à fait pareille à celle qui existait aux bastille et boulevard de Saint-Laurent-des-Orgerils.
Toutes les églises et autres établissements publics, abattus lors de l’arrivée des Anglais, furent rebâtis après la levée du siège, tels qu’ils existaient auparavant. Il y a donc lieu de penser que l’église de Saint-Loup était à l’époque du siège dans un état à peu près semblable à celui où on la voit aujourd’hui. Mais il paraît certain que le couvent a subi des réductions et des modifications ; ce qui importe au reste fort peu pour l’objet que nous avons en vue. L’essentiel est qu’il ne puisse y avoir de doute sur la position de la bastille de Saint-Loup, et c’est ce qui a lieu en effet. Quant à la nature des fortifications qui faisaient de Saint-Loup une position des plus fortes, elle ne peut être rigoureusement connue aujourd’hui. Nous avons exprimé dans nos dessins175 ce qu’elles ont dû être probablement.
Port de Saint-Loup et îles de la Loire
Le port de Saint-Loup que nous venons de signaler était situé sur la rive gauche du fleuve176, près des maisons l’Amérique et les Bouteroues177 existant aujourd’hui en face de Saint-Loup. Si l’on considère l’état actuel des lieux, on trouvera peut-être singulier que nous placions le port de Saint-Loup sur la rive gauche au lieu d’assigner son emplacement au pied même des murs du monastère dont il prenait le nom. Mais il faut se figurer que les lieux tels qu’ils existent aujourd’hui sont bien différents de ce qu’ils étaient en 1428178. À cette époque la rivière ne coulait au pied de Saint-Loup que dans les débordements. La grande île aux Bœufs, désignée actuellement sous la dénomination d’île Saint-Loup, occupait sur la droite un grand espace dans le lit de la Loire et s’étendait presque jusqu’en face de Saint Aignan. L’île Charlemagne au-dessus du pont, maintenant réunie à l’île aux Bœufs, en était séparée alors par un canal179, suivant lequel une partie du cours de la Loire se portait sur la rive gauche, en même temps que les eaux affluaient de la partie supérieure vers cette même rive ; tout le fleuve se jetait sur la turcie de Saint-Jean-le-Blanc, dont nous avons indiqué la position. Le port de Saint Loup ne pouvait donc être que sur la rive gauche ; et d’ailleurs des vestiges en subsistent encore dans un avancement180 en Loire de la levée de Saint-Denis, et dans les restes d’une rampe qui descendait au fleuve. Il n’est pas étonnant que ce port ait pris son nom du monastère de Saint-Loup, situé sur la rive droite, vu l’absence sur la rive gauche d’objets remarquables dont il aurait pu emprunter sa dénomination.
Aux motifs que nous venons d’exposer, et qui militent en faveur de la position 39que nous assignons au port de Saint-Loup, il faut ajouter l’autorité du Journal du Siège qui rapporte, entre autres faits, que l’amiral de Culan181 passa la Loire au port de Saint-Loup, malgré les garnisons anglaises. Or, les garnisons qui pouvaient s’opposer à son passage ne se trouvaient alors que sur la rive gauche.
Avant l’établissement de la bastille de Saint-Loup, les Orléanais tiraient des vivres de la Sologne ; on faisait entrer les voitures toutes chargées dans une charrière182 qui était au port de Saint-Loup, et qui les déposait dans l’île aux Bœufs183. Elles en parcouraient toute la longueur, et entraient à Orléans sans éprouver aucune insulte de la part de l’ennemi. Ce trajet était d’autant plus facile que l’île n’était séparée du rivage que par un canal très peu large, la plupart du temps à sec, et dans les sables duquel se perdaient seulement les eaux des ruisseaux de l’Égoutier et de Saint-Jean de Braye184.
Nous devons compléter les détails dans lesquels nous sommes entrés sur l’état du lit de la Loire en 1428, en signalant l’existence d’une petite île qui a joué un rôle très important pendant le siège ; car elle était le lieu de rassemblement des Français lorsqu’ils méditaient quelque attaque contre les bastilles anglaises de la rive gauche de la Loire. Cette île est indiquée dans le Journal du Siège sous la dénomination d’île devant la croche des moulins de Sainct Aignan185, ou petite île au droit de Sainct-Aignan186. Elle fut désignée plus tard sous le nom d’île aux Toiles187, parce qu’on y étendait des toiles pour les faire blanchir ; elle était presque contiguë à la turcie de Saint-Jean-le-Blanc dont elle n’était séparée que par un canal188 très étroit puisque, suivant la déposition189 de Daulon, écuyer de la Pucelle,40deux bateaux suffisaient pour former un pont sur lequel on pouvait le franchir.
L’île aux Toiles commençait190 à peu près à la hauteur de Saint-Aignan, et finissait à la hauteur de la motte Saint-Antoine. Elle a disparu entièrement en 1750, lorsqu’on s’est occupé de construire la levée actuelle des Capucins. Elle avait pris un tel accroissement au-dessus du pont dont elle bouchait sept à huit arches, qu’on a dû la détruire pour l’empêcher de nuire au cours de la rivière qui changeait de lit pour se porter sur la levée.
Bastille de Saint-Jean-le-Blanc
La dernière bastille construite par les Anglais est celle de Saint-Jean-le-Blanc191, qui fut achevée environ vers le 20 avril 1429. Leur armée venait d’être affaiblie par la retraite192 des Bourguignons, qui avait eu lieu le 17. Ils ne purent y mettre une garnison suffisante pour la défendre. Aussi le Journal du Siège dit-il expressément qu’ils n’en firent qu’un guet193 pour garder le passage de la rivière. L’emplacement de cette dernière bastille n’offre pas d’incertitude. C’était celui de l’ancienne église de Saint-Jean-le-Blanc, qui a été abandonnée aux Capucins lorsqu’en 1602 et 1603 on a bâti la nouvelle église. Le couvent des Capucins était élevé au-dessus des inondations de la Loire sur un sol factice qui se raccordait avec la levée joignant la turcie de Saint-Jean-le-Blanc et la levée de Saint-Denis. Mais il n’y a pas de doute que les Anglais ne l’eussent fortifié par un retranchement194, comme ils avaient fait aux Augustins et à Saint-Laurent.
Bilan du système défensif anglais
Nous avons fait l’énumération complète de toutes les bastilles construites par les Anglais pour former le blocus d’Orléans. En jetant les yeux sur le plan195 de la ville et des environs tels qu’ils étaient en 1428, il est aisé de voir que toutes les avenues qui aboutissaient à Orléans n’étaient pas interceptées, et qu’entre la bastille de Saint-Loup et celle de Paris, sise entre Saint-Pouair et Saint-Ladre, sur une longueur de près d’une lieue, il n’existait aucun obstacle qui pût empêcher des vivres et des munitions de guerre d’entrer dans la ville, en faisant un détour convenable. Il est assez probable que la défection des Bourguignons ne permit pas aux Anglais de compléter leur ouvrage. Mais d’ailleurs l’héroïne d’Orléans, l’illustre Jeanne d’Arc, y mit bientôt bon ordre.
Quelques auteurs ont pensé que les Anglais avaient effectivement établi plusieurs 41bastilles entre la porte Banier actuelle, sur l’emplacement de laquelle se trouvaient la bastille de Paris et le couvent de Saint-Loup. Mais le Journal du Siège et l’Histoire de Charles VII, dite de la Pucelle d’Orléans, qui doivent être à cet égard des autorités irréfragables, n’en font aucune mention. Bien plus, la première de ces chroniques offre la preuve que ces bastilles n’ont jamais existé. En effet, lorsque la Pucelle attaqua le fort de Saint-Loup, les Anglais auraient-ils été forcés, pour venir au secours des leurs, de faire sortir des troupes de leur bastille d’entre Saint-Ladre et Saint-Pouair, s’ils avaient pu en tirer de bastilles et de boulevards plus rapprochés ? Or le Journal du Siège dit positivement196 que les Anglais
saillirent à grand puissance de leur bastille de Sainct-Pauair
durant l’assaut de Saint-Loup, voulant secourir leurs gens, et qu’ils en furent empêchés par les Français
qui saillirent hastivement hors d’Orleans, et se mirent aux champs en tres belle ordonnance et bataille contre les Anglois, lesquelz delaisserent leur entreprinse et le secours de leurs compagnons, quand ils virent la maniere des François, ainsi saillir hors, et ordonnez en bataille, et s’en retournerent dolens et couroucez dedans leur bastille, dont ils estoient yssuz en tres grand haste.
6. Des forces relatives des assiégés et des assiégeants
Assiégés
Pour achever le tableau que nous avons voulu exposer de la défense et de l’attaque d’Orléans, il nous reste à examiner quelles ont pu être les forces des assiégés et des assiégeants.
Au 15e siècle les habitants des villes érigées en communes regardaient comme un privilège très avantageux de se garder eux-mêmes, parce qu’avant Charles VII les troupes étant mal payées, et ayant la force en main, vivaient à peu près à discrétion dans les endroits qu’elles occupaient, et y commettaient toutes sortes de désordres et d’excès. Aussi les habitants d’Orléans mettaient-ils la plus grande importance à n’admettre aucune troupe dans leur ville. Mais lorsqu’en 1428 Orléans fut menacé d’être attaqué par les Anglais, les habitants y laissèrent entrer tout ce qui se présenta d’hommes d’armes pour la défendre. Le roi leur envoya des Italiens, des Espagnols, des Écossais. Une distribution197 de blé et de vin consignée 42dans les comptes de forteresse de 1429, et faite par les procureurs de la ville à des troupes de ces diverses nations et à celles commandées par l’amiral de Graville, Denis de Chailly, Thibaut de Thermes, les seigneurs de Gutry et de Coarraze, Saintrailles, Sainte-Sevère et de Villars, fournit déjà quelques données sur la nature de ces secours et sur le nombre d’hommes qui formait alors la garnison. Mais le Journal du Siège offre, sous ce dernier rapport, un moyen bien plus sûr de parvenir à un résultat exact. Il suffit en effet de suivre les mouvements des troupes, leur sortie de la ville et leur rentrée pour savoir, à une époque quelconque du siège, quel était le nombre d’hommes qui défendaient la ville.
C’est ainsi que jusqu’au 29 avril 1429, jour auquel les Orléanais reçurent la Pucelle dans leurs murs, le nombre des troupes avait été de 5,876198 hommes. Il est vrai qu’il faut déduire de ce nombre 432,000 hommes que le comte de Clermont emmena d’Orléans à Blois le 18 février 1429199, 400 hommes qui ont péri à la bataille des Harengs, et 376 hommes tués ou morts de leurs blessures en défendant le boulevard des Tourelles et dans les diverses actions qui avaient eu lieu autour de la place ; de manière que la Pucelle en arrivant à Orléans n’a dû y trouver guère plus de 3,000 hommes de garnison. Mais si l’on réunit à ce nombre les troupes que le Bâtard d’Orléans alla chercher à Blois le 1er mai200, et qui ne peuvent guère être évaluées qu’à un peu plus de 2,000 hommes, il en résultera que le 4 mai cette garnison ne devait toujours pas s’élever à plus de cinq mille cinq à six cents hommes.
Voyons maintenant de quel nombre d’hommes cette force pouvait être accrue par les habitants d’Orléans.
Nous avons fait connaître dans quelles limites la ville d’Orléans se trouvait resserrée au temps du siège. Ces limites sont assez étroites ; mais il faut considérer que les maisons y sont très pressées, et qu’en 1428 on n’avait pas comme aujourd’hui de nombreux appartements pour un seul individu. À cette époque une seule chambre suffisait à loger deux personnes qui couchaient dans un même lit. Il faut se rappeler encore que toute la population des faubourgs détruits par les Orléanais, et qui étaient considérables puisque le Journal du Siège201 en en parlant les cite comme les plus beaux faubourgs du royaume, avait reflué dans l’intérieur de la ville. Il résulte de toutes ces considérations qu’on ne peut guère évaluer à moins de 30,000 habitants la population d’Orléans à l’époque du siège. Le sixième de cette population ou 5,000 hommes, en en retranchant les femmes, les enfants et les vieillards, étaient seuls en état de seconder efficacement la garnison. Ainsi l’armée qui défendait Orléans ne s’est jamais élevée à plus de 10,500 à 11,000 hommes. Ce n’est pas qu’avec l’ardeur qu’ont montrée les Orléanais, et la résolution qu’ils avaient prise de s’ensevelir sous les ruines de leur ville plutôt que de la livrer aux Anglais, on ne pût 44compter sur une coopération plus grande que celle que nous venons d’évaluer. Car au besoin la garnison pouvait être secondée par les femmes elles-mêmes202, qui partageaient l’enthousiasme et les sentiments énergiques des hommes. Mais nous n’avons ici l’intention que de fixer les idées sur la force numérique la plus probable.
Assiégeants
Nous allons montrer maintenant que les forces des assiégeants n’étaient guère plus considérables que celles des assiégés. Pour en administrer la preuve, nous nous servirons de l’autorité du Journal du Siège qui nous paraît tout à fait imposante en cette matière. Car les Orléanais avaient le plus grand intérêt à connaître ce qui se passait dans le camp ennemi. Les espions qu’ils devaient avoir ne manquaient pas de leur fournir des indications précises à cet égard. D’ailleurs aucun mouvement ne pouvait se faire dans les bastilles anglaises, qu’il ne fût aperçu des sentinelles qui veillaient jour et nuit sur les tours de Saint-Paul et de Saint-Pierre-en-Pont. Si donc l’on suit dans le Journal du Siège203 l’indication que l’on y donne des 45troupes anglaises qui ont commencé le siège et des différents secours qui sont venus s’y joindre successivement, on verra que la puissance des Anglais ne dut jamais s’élever à plus de 10,000 hommes ; et si on ajoute à ce nombre à peu près 1,500 hommes des troupes du duc de Bourgogne agissant comme auxiliaires dans l’armée anglaise, il restera pour ainsi dire avéré que les forces combinées des ennemis au siège d’Orléans ne s’élevèrent pas à plus de 11,500 hommes.
Ce qui peut le prouver encore c’est le nombre même des bastilles au moyen desquelles les Anglais ont formé le blocus de la ville. Nous avons fait voir qu’ils n’en ont jamais eu que onze204. En supposant que chaque bastille eût renfermé 1,000 hommes, ce qui est évidemment très exagéré, nous n’obtiendrions encore que 11,000 hommes. On sait, par le Journal même du Siège, que le boulevard et la bastille de Saint-Loup ne renfermaient pas plus de 350 à 400 hommes, et que la garnison du fort des Tourelles ne s’élevait pas à plus de 500 hommes. Mais les Anglais avaient un camp nombreux à Saint-Laurent, et c’était là que se trouvaient leurs forces les plus imposantes. La bastille de Paris pouvait aussi recevoir une très forte garnison. Il n’en résulte pas moins qu’en se tenant dans les limites de toutes les probabilités on ne peut atteindre, pour les forces des Anglais autour d’Orléans, à plus de 11,000 hommes ; ce n’est pas qu’il y ait eu constamment ce nombre de combattants durant le siège, mais ils y sont successivement arrivés.
Si les Anglais eussent eu des forces plus considérables, ils n’auraient assurément pas manqué de le montrer, en construisant de nouvelles bastilles qui étaient indispensables pour assurer le blocus complet de la ville, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer précédemment. Les nouvelles bastilles205 auraient dû être au nombre de six, savoir : deux entre le faubourg Banier actuel et le faubourg Saint-Vincent, une dans le faubourg même de Saint-Vincent, une derrière Saint-Euverte, une près de la porte Bourgogne actuelle, et une enfin près de la rivière en face de Saint-Jean-le-Blanc. Mais la défection des Bourguignons, qui eut lieu le 17 avril, vint mettre de nouveaux obstacles aux projets que les Anglais auraient pu concevoir pour l’établissement de ces bastilles. Le Journal du Siège, page 68, en rendant compte du résultat de l’ambassade envoyée par les Orléanais au duc de Bourgogne, pour mettre la ville d’Orléans en dépôt dans ses mains, s’exprime avec détail sur cet événement. Il rapporte que le duc de Bourgogne
enuoyoit auec les ambassadeurs sa trompette, qui de par luy commanda à tous ceux de ses terres et villes à luy obeissant, estans en celuy siege, qu’ils s’en allassent et departissent, et ne mesfeissent en aucune manière à ceux d’Orléans : pour obtemperer auquel commandement s’en allerent et departirent 46tres hastiuement plusieurs Bourgoignons, Picards, Champenois, et moult d’autres des pays et obeissance d’iceluy duc de Bourgogne.
Ce nombre de 10 à 11,000 hommes auquel nous trouvons que devait s’élever la puissance des Anglais au siège d’Orléans est celui même qui est indiqué dans l’Histoire de Charles VII, dite de la Pucelle d’Orléans, qui s’exprime ainsi, page 502,
et fut bien la puissance du siege nombrée de dix mille hommes.
Cette histoire est écrite par un auteur contemporain, ainsi que nous l’avons établi, Elle mérite par conséquent une grande confiance.
Ainsi des témoignages positifs, et les plus grandes probabilités tirées de la conduite même des Anglais, nous portent à conclure qu’ils n’ont jamais eu plus de 11,000 hommes, en y comprenant les Bourguignons, employés au siège d’Orléans, nonobstant les assertions contraires des historiens modernes dont quelques uns font monter l’armée anglaise successivement jusqu’à 23,000 hommes.
Notes
- [4]
Voir notre mémoire sur les Antiquités des parties du nord et de l’est du département du Loiret, dans lequel nous fixons la position du Vellaunodunum et du Genabum des Commentaires de César. Ce mémoire est encore inédit.
- [5]
Les murs de la première enceinte ont été démolis en 856, par les Normands, pour empêcher qu’on ne leur opposât de résistance quand ils voudraient s’emparer de la ville : ce qu’ils firent en 865. Ces murs ont été reconstruits en 891, par Gautier, évêque d’Orléans.
- [6]
Nous ne donnons pas ici plus de détails sur le bourg d’Avenum. On peut consulter à ce sujet, à la bibliothèque d’Orléans, les manuscrits de l’abbé Dubois, qui s’est attaché, dans ses recherches, à faire connaître l’étendue ainsi que les murs d’enceinte de ce bourg. Sa dissertation est accompagnée d’un plan qui les fait bien connaître.
- [7]
Il est nécessaire de suivre la description que nous allons donner sur le plan du siège d’Orléans joint à notre travail. Voir la planche 1re, où les désignations des différentes tours sont rappelées dans la légende avec des numéros de renvoi.
- [8]
Voir la planche 1re, où le graveur a omis d’indiquer, par une ligne ponctuée, ce côté de l’enceinte romaine, ainsi que nous avions l’intention de le faire.
- [9]
On l’appelait ainsi à cause de la barre que cette tour faisait dans la rivière pour empêcher l’ennemi d’approcher. Ce n’était que dans le temps des basses eaux que la grève pouvait être praticable. La dénomination de Flambert vient probablement du nom d’un particulier qui avait son habitation dans le voisinage.
- [10]
Voir la planche première et sa légende.
- [11]
Cet état de choses est positivement indiqué par les comptes de forteresse, où l’on a trouvé consignées toutes les dépenses faites pour la confection de ces divers objets, leur transport sur les murailles en temps de guerre, et leur enlèvement pour être mis en dépôt dans les magasins de la ville en temps de paix. On peut consulter à cet égard les manuscrits de feu l’abbé Dubois, qui renferment les citations des comptes de ville, que nous ne jugeons pas à-propos de donner ici.
- [12]
On trouve dans le compte de forteresse de 1429, art. 23 :
Payé 13 sous 4 d. pour avoir abattu deux grands échiffres (ce mot est écrit dans Fauchet eschiffles), dont un près de latour du Champ-Egron, et en avoir fait sept toises de garde-fous auprès de la tour de monseigneur l’Évêque.
- [13]
M. le général Bardin, qui s’occupe d’un grand ouvrage intitulé Dictionnaire de l’armée de terre ou Recherches sur l’art et les usages militaires des anciens et des modernes, a bien voulu lire notre manuscrit, et nous a communiqué plusieurs observations dont il nous a permis de faire usage. Il nous a fait connaître qu’il ignorait que l’étage supérieur des tours portât le nom de Bastille ; mais il savait que les forts de campagne s’appelaient Bastilles, d’où est venu cette locution : assiéger par Bastides ou par Bastilles. Peut-être, dit le général Bardin, un de ces mots Bastille est-il plus générique, et l’autre plus didactique. Le mot italien ou bas latin, bastita, bastilla, bastia, signifiait bâtisse. Dans un des cas, le mot bastille indiquait donc une bâtisse passagère d’une tour, et, dans l’autre, il signalait un fort de campagne.
- [14]
Nous ne citerons point ici tous les détails extraits des comptes de forteresse à l’appui de ce que nous avançons : nous nous bornerons, dans le cours de cet écrit, aux citations les plus importantes, afin d’éviter d’être fastidieux. Les lecteurs qui seraient tentés d’avoir toutes les preuves, pourront consulter les manuscrits de feu l’abbé Dubois.
- [15]
Voir la planche 1re, où les boulevarts des portes sont indiqués, et la planche 3e, qui offre le détail de ce que pouvait être un boulevart, dont la forme variait, sans doute, suivant l’emplacement et le relief du sol.
- [16]
Voir les plan et profil d’un boulevart, planche 3.
- [17]
On trouve consigné dans les comptes de forteresse de la ville d’Orléans, qu’il entra 127 pieux dans la construction du boulevart de la porte Bernier, et 383 chevillettes de fer ; qu’au boulevart de la porte Parisis on employa 487 chevillettes, et que le serrurier fournit pour le boulevart de la porte Renart 522 grandes chevillettes et 207 petites.
- [18]
Les ponts dormants étaient composés de plusieurs pièces de bois, placées les unes à côté des autres, dans le sens de leur longueur, et soutenues par des chevalets. Ils étaient pavés et garnis de garde-fous, pour empêcher de tomber dans le fossé. Une pièce de bois transversale servait de garde-pavé, et offrait une entaille dans laquelle venait s’ajuster le pont-levis.
- [19]
Les comptes de forteresse de la ville d’Orléans renferment beaucoup d’articles de dépenses relatives aux basses-cours, soit pour leur pavage, soit pour la construction de leurs murs. Nous nous bornerons ici à quelques citations.
Payé 4 liv. 13 s. à Drouet le maçon pour avoir ouvré de maçonnerie, pendant 28 jours, en la basse-cour de la porte Renart (1425, art. 24).
Payé 32 s. à Bonbachelier, paveur, pour six toises deux pieds et demi carrés de pavés, faites par lui en la basse-cour de la porte Renart (art. 11).
Payé 64 s. aux maçons qui ont ouvré en la basse-cour de la porte St-Aignan, depuis le 14 jusqu’au 24 décembre 1420 (art. 53), etc.
M. le général Bardin pense que les basses-cours étaient la même chose que ce que l’on appelait dans les états de Bourgogne deuve ou douve. Il estime qu’il faudrait écrire basse-court, parce que ce nom est dérivé du bas latin cortina bassa, qui signifie rideau inférieur. Il trouve une grande analogie entre les caponnières du dernier siècle et les basses-cours, qui leur ont évidemment donné naissance.
- [20]
Ces détails précis résultent des comptes de forteresse. Dans la planche 3 nous avons indiqué un de ces ponts.
- [21]
Voir la planche 1re, où ces boulevarts sont indiqués.
- [22]
Les comptes de forteresse contiennent cet article et plusieurs autres de la même nature.
Payé seize sous à Michaud le cordier pour seize frondes à bâtons (art. 25 du compte de 1429).
M. le général Bardin pense que les frondes à bâtons rappellent les fustibales de Végèce, et qu’elles pourraient bien être le telum achaicum, funda achaica (fronde d’Achaïe) de Tite-Live.
- [23]
Voir les citations des comptes de forteresse faites à la fin du chapitre 2, et le Journal du Siège, p. 74, 81 et 95.
- [24]
Journal du Siège, p. 81.
- [25]
Les sculptures historiques qui décorent les palais de l’ancienne Thèbes présentent, dans le siège des forteresses, de grands boucliers qui couvrent en entier les guerriers qui les portent, et dont on n’aperçoit plus que les pieds. Les assiégeants montent sur ces boucliers ou machines de guerre pour atteindre le haut des murs qu’ils veulent emporter d’assaut. (Voir le grand ouvrage d’Égypte, Antiquités, vol. 2, pl. 31, fig. 1.)
- [26]
On verra bientôt que Jeanne d’Arc fut blessée par une chausse-trappe.
- [27]
Voir les citations des comptes de forteresse faites à la fin du chapitre 2.
- [28]
Voir le Journal du Siège, p. 12.
- [29]
Voir idem.
- [30]
Ce fait est le résultat de la dépense consignée dans les comptes de forteresse pour le paiement de ce transport.
- [31]
On voit dans les comptes de forteresse de la ville d’Orléans qu’un habile ouvrier, nommé Naudin-Bouchart, fondit pendant le siège un canon très beau et très long pour jeter des boulets, de dessus le pont, dans l’île Charlemagne, aux Anglais qui traversaient la Loire pour passer de cette île au champ de Saint-Pryvé où ils avaient une bastille, comme on le verra plus tard.
- [32]
Voir le Plan du siège d’Orléans en 1428, pl. 1re.
- [33]
On voit encore à Orléans, dans la rue du Pot-de-Fer, quatre boulets de pierre dont deux ont une circonférence de 1, 41 m., et doivent peser plus de 90 kg. Un troisième a une circonférence de 1, 38 m., et pèse un peu moins. Le quatrième a une circonférence de 1, 24 m. et pèse plus de 74 kg. Ces boulets sont-ils du nombre de ceux que les Anglais ont jetés sur la ville au temps du siège ? On doit le croire ;car le Journal du Siège, p. 10, fait mention que, le 1er jour de décembre 1428, les Anglais jetèrent contre les murs et dedans la ville, plus continuellement et plus fort qu’auparavant, des pierres si énormes qu’il y en avait qui pesaient 192 livres (94 kg.).
- [34]
Voici comment s’exprime le Journal du Siège, p. 20 :
Le lundy ensuivant, dix-septième d’iceluy mois (de janvier), advint moult merveilleux cas : car les Anglois jettèrent vn canon de leur boulevard de la croix Boissée, dont la pierre cheut devant le boulevard de la porte Banier, au milieu de plus de cent personnes sans aucun bleçer ne tuer : mais frappa seulement par le pied un compagnon françois, tant qu’elle lui osta le soulier sans luy faire aucun mal, qui est chose merveilleuse à croire.
- [35]
Voici l’un de ces faits, consigné à la page 49.
Celuyjour (le dimanche dernier jour de février), la bombarde de la cité, pour lors assortie à la croche des moulins de la poterne Chesneau, pour tirer contre les Tourelles, tira tant terriblement contre elles, qu’elle en abattit un grand pan de mur.
- [36]
Les plus habiles canonniers étaient payés 12 liv. par mois.
- [37]
Journal du Siège, p. 13.
- [38]
Le nom de ce couleuvrinier est consigné dans les comptes de forteresse.
- [39]
Journal du Siège, p. 22.
- [40]
La planche 6 offre des dessins figurés de ces canons et bombardes : nous regrettons que les comptes de forteresse de la ville d’Orléans ne nous aient pas fourni des renseignements suffisants pour produire des dessins exacts et cotés ; il ne s’y trouve rien, en effet, qui soit relatif à la longueur, à la grosseur et à l’épaisseur des parois des canons et bombardes : leur forme générale même, quoique très probable, n’est ce pendant pas certaine.
- [41]
Voir le dessin de cette boîte à canon, planche 6.
- [42]
Le compte de forteresse de 1429, art. 28, porte :
Payé 16 sous à Guibert pour avoir fait deux cuillers pour charger la grosse bombarde.
On trouve dans le compte de forteresse de 1435, art. 48 :
Payé 2 sous à Naudin Bouchart, pour une feuille de fer-blanc pour faire des cuillers à charger les canons de la ville.
- [43]
Le compte de forteresse de 1429, art. 4, porte :
Payé 64 sous pour deux grosses tronces de noyer pour faire des tampons.
- [44]
Voir la planche 6.
- [45]
Payé 4 sous pour deux tuyaux, pour deux chambres à canon (1429, art. 8).
- [46]
Les comptes de forteresse renferment les articles suivants :
Payé à Naudin Bouchart 6 liv. 12 sous pour une chambre à canon pesant 66 livres, pour le gros canon qui est sur les Tourelles (1441, art, 20).
Payé 106 s. au même, pour une chambre qu’il a faite pour la grosse bombarde, et qui pesait 50 livres (1412).
Payé au même 74 s. pour une chambre à canon pesant 27 livres.
Item 44 s. pour une chambre à canon pesant 22 livres.
Item 18 s. pour une chambre à canon pesant 9 livres, mise en l’un des petits canons qui sont à l’Hôtel-de-Ville (1425, art. 18).
- [47]
Payé à Naudin Bouchart 22 l. 3 s. 8 d. pour le pur (parfait) payement d’uncanon qui pesait 443 liv. et demie (1429, art. 49).
- [48]
Payé à Naudin Bouchart 29 liv. 16 s. 10 d. pour une grosse bombarde de cuivre appelée la Longue, pesant 373 liv. à8 liv., le cent (art. 32).
- [49]
Voir la planche 6.
- [50]
Les comptes de forteresse portent cet article :
Payé 8 s. à quatre porteurs qui ont porté une bombarde et sa charpenterie aux Tourelles.
- [51]
Le compte de 1407, art. 16, porte :
Payé 16 s. à Robin Delarue pour avoir enchassé les quatre grosses bombardes enquatre trousses de boys (1407, art. 16).
- [52]
Voir la planche 6.
- [53]
Voir même planche.
- [54]
Voir même planche.
- [55]
Voici les preuves de ce que nous venons d’avancer, tirées des comptes de forteresse :
Le 26 mai 1426, il a été payé à Vachot Fèvre, serrurier, 40 s. 1 d. pour la ferrure du gros canon de la porte Renart, c’est à savoir : ung fléau, ung lien, ung anneau et les arrêts qui poisoient 30 livres 2 onces.
Nous pourrions encore ajouter à ces citations, mais cela devient inutile.
- [56]
Payé 16 d. pour un fesceau d’herbes pour les canonniers.
- [57]
À Orléans les grosses pierres à canon étaient faites avec des pierres provenant de la carrière de Montmaillard, située à 3 lieues de la ville, près de la chapelle Saint-Fiacre, paroisse de Mareau. On trouve dans le compte de forteresse de 1417, art. 22 :
Payé 16 s. à Chatelin pour avoir amené quatre charretées de pierre de la carrière de Montmaillard.
- [58]
Voir la planche 6.
- [59]
Le compte de forteresse de 1429, art. 25, porte :
Payé 29 s. 5 d. pour 22 chevaux qui ont amené la grosse bombarde de la rivière en la chambre de ville.
- [60]
Voir la planche 6.
- [61]
Voir la même planche.
- [62]
Le même compte de forteresse de 1429, art. 15, porte :
Payé 24 s. pour 25 livres de plomb pour faire plombées, pour maître Jehan.
Payé 12 s. pour 14 livres de plomb pour faire plombées, pour Philippe Nicolas.
- [63]
Voir la planche 6.
- [64]
Payé 2 s. 8 d. à Jaquet pour avoir emmanché 4 couleuvrines (1435).
- [65]
Voir la planche 1re.
- [66]
Voir le plan du siège d’Orléans, planche 1re.
- [67]
Voir la planche 1re.
- [68]
On trouve dans le compte de forteresse de 1435, art. 47 :
Payé 20 d. au portefaix qui a porté de vieux morceaux de canons rompus à Naudin Bouchart, saintier (fondeur de cloches), à l’encontre d’ung long canon qu’il a donné à la ville pourson poids de cuivre, lequel est très bel et long, et le fit durant le siége pour gitter de dessus le pont, aux Anglais qui passoient la Loire, de la bastille qui étoit en l’île, en la bastille du champ de Saint-Pryvé, parce qu’il n’y avoit canon enla ville qui y pût gitter.
- [69]
Voir la planche 4.
- [70]
Voir ci-après chapitre 2.
- [71]
Voir la planche 4.
- [72]
Voir le plan du siège, planche 1re. On appelait mottes les deux portions d’une île qui était séparée en deux par la traversée du pont.
- [73]
Voir le plan de détail du pont et de ses fortifications, planche 4.
- [74]
À Orléans on appelle duit une digue élevée dans le lit de laLoire pour diriger le courant dans le passage de la navigation. Cette dénomination, qui est fort ancienne, vient peut-être du latin ductus, (aquarum ductus).
- [75]
Voir la planche 4.
- [76]
Voir même planche.
- [77]
On lit dans le Journal du Siège, page 5 :
Et ce mesme jour (22 octobre) rompirent ceux d’Orleans une arche dupont, et firent un bouleuard au droit de la Belle-Croix qui estsur le pont.
- [78]
Voir la citation précédente p. 18, n. 5.
- [79]
Voir la planche 4.
- [80]
Les comptes de forteresse portent :
Payé 8 s. à trois charpentiers qui furent à abattre le boulouart du pont, le lundi pénultième du mois de février 1430.
Item, 6 liv. pour 8 journées du maître charpentier et 53 journées de manœuvres, employées à abattre ledit boulouart. (Art. 45.)
Payé 52 s. à Beaussier et à Boucheteau pour 52 arres de sa charette et chevaux, d’avoir amené ledit bois dudit boulouart en la Chambre-de-Ville. (Fort., 1429, art. 45.)
- [81]
Voir la planche 1re, où l’on a exprimé les faubourgs tels qu’ils ont pu exister avant le siège.
- [82]
Voir p. 9 et 10.
- [83]
Voir p. 13.
- [84]
Voir p. 2.
- [85]
Voir le plan du siège, planche 1re.
- [86]
Voir le plan d’Orléans en 1828, pl. 2.
- [87]
Voir comparativement les planches 1 et 2.
- [88]
Voir notre mémoire sur les Antiquités de la partie du nord et de l’est du département du Loiret, qui sera incessamment publié.
- [89]
Voir le plan d’Orléans en 1828, pl. 2.
- [90]
Voir la pl. 1re, où cette route est indiquée.
- [91]
Voir le plan du siège d’Orléans en 1428, pl. 1re.
- [92]
Voir la pl. 1re.
- [93]
Voir même planche.
- [94]
Voir la planche 2.
- [95]
Voir même planche.
- [96]
Voir pl. 1re.
- [97]
Voir même planche.
- [98]
Voir le plan d’Orléans en 1828, pl. 2.
- [99]
Voir le plan d’Orléans en 1428, pl. 1re.
- [100]
Voir les planches 1 et 2.
- [101]
Voir la planche 1re.
- [102]
Voir même planche.
- [103]
Voir la planche 2.
- [104]
Nous avions l’intention de ne pas nous borner, dans notre plan, au tracé des rues, et nous voulions indiquer leurs noms ; mais la petitesse de l’échelle que nous avons été forcés d’adopter ne nous a pas permis de le faire.
- [105]
Examiner comparativement les lieux sur les pl. 1 et 2.
- [106]
À l’égard de ces barrières ou postes avancés, M. le général Bardin nous a fait observer que leur existence est en opposition avec le sentiment de tous ceux qui ont écrit sur la fortification du moyen âge, et qui prétendent qu’à cette époque on ne connaissait point ce que nous appelons les dehors. Nous n’avons rien autre chose à répondre à cette objection, si ce n’est que le fait de l’existence de ces barrières est in contestable.
- [107]
Voir le plan du siège, pl. 1re, où toutes ces barrières sont indiquées par la lettre B.
- [108]
Voir le plan d’Orléans en 1428, planche 1re, où toutes ces barrières sont indiquées.
- [109]
Voir le plan du siège, pl. 1re.
- [110]
Ibidem.
- [111]
Ibidem.
- [112]
Ibidem.
- [113]
Feu l’abbé Dubois avance qu’on ne disait pas boulevert ni boulevart, mais bien bouloart ou boulouart, qui vient, assure-t-il, du mot français boue et du mot latin arx, c’est-à-dire fortification faite en terre. En effet, le nom de bouloart ne se donnait qu’aux ouvrages faits en terre, par opposition aux bastides ou bastilles qui étaient environnées de murs et couvertes.
- [114]
Nous croyons devoir citer ici la notice de Guillaume Giraut, qui a de l’importance sous plusieurs rapports ; d’abord en ce qu’elle suffirait, au besoin, pour fixer à peu près la position de plusieurs bastilles des Anglais, et en outre parce qu’elle donne des détails qui confirment ceux consignés dans le Journal du Siège. Nous aurons d’ailleurs plus d’une occasion de renvoyer à cette pièce fort curieuse. Son authenticité ne peut être révoquée en doute, puisqu’elle est précédée et suivie, sur le même registre, d’actes passés en 1429. Le registre de ces actes est aujourd’hui dans l’étude de Me Lorin et son confrère, notaires royaux à Orléans. La pièce qui nous occupe a été un peu oblitérée par le temps. Cependant il y a peu de lacunes. La voici :
Siége des Anglois levé.
Le mercredi, veille d’Ascension, quatrième jour de may de l’an mil quatre cent vingt neuf, par les gens du Roi, notre Sire, présent et aidant Jehanne la pucelle treuvée par ses œuvres estre vierge et ad ce envoyée de Dieu notre Seigneur, et aussi, comme par miracle, fut prinse par force d’armes la forteresse des Anglois… à Sainct-Loup-lès-Orléans, que avoient faicte et tenoient les Anglois, ennemis du Roi notre dit sire, et y furent prins et morts plus de six vingts Anglois.
Et le samedi ensuivant, après l’Ascension de notre Seigneur, septième jour dudit mois de may, par la grâce de notre Seigneur et aussi comme par miracle le plus évident qui, ad ce, a esté apparu, puis la passion de notre Seigneur, à l’aide desdits gens du Roi et de ladicte ville d’Orléans, fut levé le siége que les dits Anglois avoient mis ès Thorelles du bout du pont d’Orléans, au côté de la Sauloigne, qui furent prinses par très-fort assaut, lundi douzième jour du mois d’octobre précédent et dernier passé, et y furent morts ou prins environ quatre cents Anglois qui gardoient lesdites Thorelles, ad ce présente ladite pucelle qui conduisit la besoigne armée de toutes pièces.
Et les dimanche et lundi ensuivants, lesdits Anglois s’en allèrent de St-Pouair où ils avoient faict une forte bastille qu’ils apelloient Paris, d’une autre bastille en près qu’ils apelloient la tour de Londres, du Pressoir ars qu’ils nommoient Roen, où ils avoient faict forte bastille, de St-Lorens, où ils avoient faict plusieurs forteresses et bastilles, et toutes ces forteresses et bastilles closes à deux parties de fossés et d’une forteresse à l’entour.
Feu l’abbé Dubois remarque que c’est probablement par inadvertance que Girault a ajouté lundi à la suite du dimanche ; car il est constant, d’après le témoignage de tous les auteurs contemporains et par l’institution de la fête de la délivrance d’Orléans qui s’est toujours célébrée le 8 mai, que le dimanche 8 mai 1429, à midi, il ne restait pas un seul Anglais à Orléans ; que dans la nuit du 7 au 8 ils évacuèrent leurs bastilles, et qu’ils partirent en corps d’armée le dimanche au matin.
- [115]
Nous jugeons utile de citer ici le passage de cette histoire que nous signalons, vu l’intérêt dont il est pour l’objet que nous avons en vue, et aussi parce qu’il a beaucoup d’importance pour la suite de notre travail en ce qui concerne nos recherches sur la position et le nombre des bastilles des Anglais.
L’an mille quatre cent vingt huict, levingt neufiesme jour de Decembre, le Comte de Suffort, les Seigneurs de Talbot, de Scales, et autres grands Seigneurs Anglois, et Bourguignons, Chefs de guerre, partirent de Jargeau, et vinrent à puissance mettre le siege deuant Orleans, du costé deuers la Beausse ; et pour enclore la Cité, fermerent et fortiffierent plusieurs bouleuarts et bastides encloses de fossez et de tranchées, sur tous les grands chemins passans, c’est à sçauoir, la Bastide Sainct-Laurens, la Bastide du Colombier, la Bastide de la Croix-Boissée, la Bastide qu’ils nommerent Londres, au lieu des douze Pairs, la Bastide Aro, nommée Rouan, la Bastide de Sainct-Pouoir, nommée Paris, la Bastide Sainct-Loup : et edifierent dedans la Loire, au droict de Sainct-Laurens, en l’Isle Charlemagne, vne autre Bastide, et là leuerent vn port et pas sage par eauë, en telle maniere qu’vn des sieges pouuoit entre-secourir l’autre : Et ainsi appert que la Vile fût enclose, tant du costé de Beausse que de Soulongne, de treize places fortiffiées, tant bouleuarts comme Bastides.
- [116]
Voir ci-après, chapitre 2.
- [117]
Voir p.16.
- [118]
Voir le Plan général de la ville et du siège d’Orléans en 1423, pl. 1re.
- [119]
Voir la planche 1re ; et le Plan de l’ancien pont d’Orléans et de ses abords, planche 4.
- [120]
Dans le Mémoire relatif à la nouvelle enceinte (il s’agit ici de la 4e et dernière), présenté à M. de Louan, le 13 mai 1486, on lit :
Dans la rivière sera commencé un autre pan de mur qui sera mené par la ville et jardin de l’hôtel des Chevaux jusqu’à la grande rue Saint-Laurens, et, en traversant ladite rue, jusqu’au pavé de la Croix-Boissée, et, d’illec traversant ledit pavé, sera conduit jusqu’au pavé de l’Orme de la banlieue.
Le 2e procès-verbal de MM. d’Illiers et de Gourville, relatif à la même enceinte, prouve la même chose.
Le 3 décembre 1488, disent-ils, nous nous transportâmes sur le pavé de l’Orme, et illec fismes faire une autre semblable rue de 16 toises, partant dudit pavé jusques au pavéde la Croix-Boissée dont il sera pris 2 toises pour ladite muraille et le reste sera encloux.
Le compte de forteresse de 1443, art. 12, porte :
Payé 31 s. au maçon pour avoir fait 4 toises de murs en la barrière qui a été assise entre la Croix-Boissée et le cimetière Saint-Lorens.
- [121]
Voir le Plan du siège, planche 1re.
- [122]
Voir le Plan d’Orléans en 1828, planche 2.
- [123]
Voir le Plan général de la ville et du siège en 1428, planche 1re.
- [124]
Voir la planche 1re.
- [125]
Voir même planche.
- [126]
Ibidem.
- [127]
Feu l’abbé Dubois, dans un de ses manuscrits, donne à penser que les Anglais avaient une bastille à Saint-Ladre (voir le Plan du siège, planche 1re) sur l’emplacement actuel des Chartreux, et il croit que le fossé entrepris par les Anglais et détruit par les Français se dirigeait sur cette bastille. Que les Anglais aient eu un poste à Saint-Ladre, cela est possible : mais qu’ils y aient eu une bastille, c’est ce que nous avons peine à croire ; car elle aurait été assez mal placée (voir le Plan général du siège, planche 1re), puisqu’elle aurait été établie dans le fond de la vallée.
- [128]
Voici comment s’exprime sur cette affaire le Journal du Siège, p. 49 et 50 :
Le jeudy troisiemejour de mars saillirent les François, au matin, contre les Anglois faisants pour lors un fossé pour aller à couvert de leur boulevard de la Croix-Boisséeà Sainct-Ladre d’Orléans : afin que les François ne les peussent veoir ne grever de canons et bombardes. Celle saillie feist grand dommage aux Anglois : car neuf d’eux y furent prins prisonniers. Et outre en y tua maistre Jean, d’une couleuvrine, cinq à deux coups, et des quels cinq fut le seigneur de Grez, nepueu du feu conte de Salebris, qui estoit capitaine d’Yenuille, dont les Anglois firent grands regrez, parce qu’il estoit de grand’ hardiesse et vaillance.
- [129]
Voir le Plan général du siège, planche 1re.
- [130]
Voici comment s’exprime le Journal du Siège, p. 72 :
Et celuy mesme jour eut vne forte etgrosse escarmouche : parce que les Anglois vindrent escarmoucher deuant les bouleuars d’Orleans. Mais les gens de guerre et plusieurs citoyens d’Orleans, saillirent contre eux et les chasserent jusque en leurs bouleuars : et firent tant qu’ils en tuerent et naurerent plusieurs, et les autres tumberent dedans les fossez de leurs bouleuars, qui estoient pour lors, enuiron la grange Cuyveret et le Pressouer ars, en aucunne vallée, qui la estoient d’ancienneté.
Il est évident qu’il faut entendre que le boulevart était sur le bord de la vallée, car il eût été contre tous les principes de le placer dans le fond. Il fallait pouvoir diriger les canons sur la ville et dominer tout le pays environnant.
- [131]
Voir le Plan d’Orléans en 1828, planche 2.
Le passage que nous avons cité de l’histoire de Charles VII, dite de la Pucelle d’Orléans, page 25 note 1, constate que le boulevart de Londres était situé au lieu des Douze Pairs. On conçoit très bien que par une faute d’impression, ou au moyen d’un nom mal lu, on ait substitué le mot Pairs à pierres.
- [132]
Voir le Plan général du siège, planche 1re.
- [133]
Ibidem.
- [134]
Voir le Plan général du siège, planche 1re.
- [135]
Ibidem.
- [136]
Voir le Plan d’Orléans en 1828, planche 2.
- [137]
Voici l’extrait du Mémoire présenté à M. de Louan, le 13 mai 1486, pour le tracé de la quatrième et dernière enceinte de la ville :
Et passera ledit pan de mur, en traversant et allant dudit pavé de l’Ourme de la banlieue, par au long de la maison Asselin Seguin, entre icelle maison qui demourera enclouse, et une autre maison neufve appartenant à Geuffroy Doulcet, laquel demourera au dehors, et d’illec sera mené et passera ledit pan près du pressouer Ars, en laissant ledit pressouer Ars encloux.
Entre ledit pressouer Ars et ledit pavé de l’Ourme ya encore grant pays vuide, non édifié, qui se trouvera encloux.
- [138]
Voir les planches 1re et 2e.
- [139]
Dans le passage que nous avons cité de l’Histoire de Charles VII, dite de la Pucelle d’Orléans (voir page 25, note 1), le boulevart qui nous occupe est désigné sous la dénomination de Bastide Aro : il est bien évident qu’il faut lire Bastide Ars. On conçoit très bien qu’une simple faute d’impression, ou un mot du manuscrit mal lu, a pu faire substituer Aro à Ars.
La notice du notaire Guillaume Giraut, que nous avons citée page 25, ne laisse à cet égard aucune incertitude ; car elle est de la même époque que la chronique de la Pucelle, et elle ne parle que de la bastille du pressoir Ars.
- [140]
Voir le Plan général du siège, planche 1re.
- [141]
Voir le Plan général du siège, planche 1re.
- [142]
Voir comparativement les planches 1 et 2.
- [143]
Nous citerons à l’appui de notre assertion le château d’Yèvre-le-Châtel, situé à une lieue de Pithiviers, dont les restes subsistent encore, et qui certainement est antérieur au 15e siècle. C’est un carré presque parfait, offrant à ses angles quatre tours très élevées. On peut induire de ce genre de construction que nos ancêtres avaient des idées assez précises de fortifications, dont les différentes parties se flanquaient et se défendaient réciproquement. Ce fait est de nature à justifier l’objection qui nous a été faite par M. le général Bardin, contre la forme générale que nous avons adoptée pour les boulevarts anglais ; cette forme n’est pas croyable, nous dit-il, puisqu’alors on n’avait pas l’idée de ce que l’on appelle l’art de flanquer. Le fait que nous venons de montrer à Yèvre-le-Châtel prouve, selon nous, qu’il n’en était pas ainsi.
Les accidents du terrain, nous dit encore M. le général Bardin, décidaient très probablement de la forme des plans des boulevarts. Nous ne disconviendrons pas de ce fait ; mais aussi, si l’art de flanquer était connu au 15e siècle, on ne doit pas être surpris qu’on en ait fait usage dans l’établissement des fortifications passagères élevées pour former le blocus d’Orléans.
- [144]
Voir le Plan général du siège, planche 1re.
- [145]
Le Journal du Siège, page 78, en faisant mention d’une attaque des Français contre cette bastille, parle des canons, couleuvrines et bombardes qui tirèrent merveilleusement sur eux, et les forcèrent à la retraite.
- [146]
Voir le Plan général du siège, planche 1re.
- [147]
Voir son emplacement, planche 1re.
- [148]
Voir son emplacement, ibidem.
- [149]
Voir le plan de ce boulevart, ibidem.
- [150]
LeJournal du Siège, page 18, s’exprime ainsi au sujet des deux boulevarts de l’île Charlemagne et du champ de Saint-Pryvé :
Durant celuy temps auoient tant travaillé les Anglois, qu’ils auoient fait deux bouleuars sur la riuiere de Loire : l’vn estant en vne petite isle du costé et au droit de Sainct Laurens, qui estoit fait de fagots, sablon et de bois : et l’autre au champ de Sainct-Priué, au droit de l’autre, et sur le riuage de la riviere, la quelle ils passoient en celuy endroit, portans vivres les uns aux autres. Et pour les garder en auoient fait Capitaine Messire Lancelot de l’Ile Mareschal d’Angleterre.
- [151]
Voir le Plan du siège, planche 1re.
- [152]
Voir ci-après le chapitre 2e.
- [153]
Nous avons employé jusqu’à présent la dénomination de Tourelles au lieu de Tournelles, que mentionne le Journal du Siège. Nous devons à cet égard une explication. Le Journal du Siège quia été, mis pour la première fois au jour en 1576, n’a point été imprimé sur le manuscrit original déposé aux archives de la ville, et qui ne s’est plus retrouvé, mais bien sur une copie de ce manuscrit ; car on voit consignée dans les comptes de la ville une dépense faite pour l’exécution de cette copie. Il est donc fort à présumer que c’est par une erreur du copiste que la dénomination de Tournelles a été substituée à celle de Tourelles, la seule qui fût en usage en 1428, et la seule aussi qui soit mentionnée dans les comptes de ville, tant anciens que modernes. (Voir ce qui a été dit à ce sujet dans la préface.)
D’ailleurs la dénomination de Tourelles est consignée sur le plan de l’arpenteur Fleury, dont il va être fait mention ci-après. (Voir la planche 5.) Nous devons toutefois consigner ici que la dénomination de Tournelle est fort ancienne, etqu’elle indi que un point de défense, un avant-poste, où le chemin tournait. Telle est l’opinionde M. le général Bardin, à l’appui de laquelle il cite les Tournelles de Paris, qui gardaient à la fois le quai Saint-Bernard et le pont de la Tournelle.
Peut-être que dans le cas dont nous nous occupons on a confondu Tourelle et Tournelle, parce que les Tournelles avaient des Tourelles. M. le général Bardin fait dériver Tournelle du latin Tornus, tandis que Tourelle dérive évidemment de Turris.
- [154]
Cette note existe dans des manuscrits de la bibliothèque d’Orléans qui m’ont été communiqués.
- [155]
Voici l’extrait de ces procès-verbaux :
31 juillet 1527. — A Robert Palu, tavernier… la somme de CVI s. tournois, pour dépenses faites par aucuns de MM. les échevins, lesdits procureurs, maçons, charpentiers, notaires et autres gens de bien, le 17e jour du présent mois, après la visitation faite dudit pont d’Orléans, pilliers et arches d’icellui… pour savoir quels ouvrages il était nécessaire être faicts pour la démolition de la grant crue des eaues intervenue en le présent mois de mai dernier passé… premièrement à l’arche de dessoubs les Tourelles… parce que la première est à la charge de la ville, il faut, etc.
1562. — A Pierre Guimont, maître charpentier, et à huict hommes et deux chartiers qui ont vaqué à faire la mine de dessoubs l’arche de la Tourelle, au bout du pont d’Orléans, depuis le 12 août, jusqu’au samedy 22 dudit mois, par le commandement de monseigneur le prince de Condé et monseigneur l’Admiral, XV liv. XVIII s.
1584. — Mardy 10 juillet, procès-verbal de visite des arches du pont… En la seconde arche du costé des Augustins, estant soubs les tourelles faut, etc., et ce fait, se sont transportés lesdits proviseurs et eschevins, en la chapelle dudit Sainct Antoine, qu’ils ont trouvée minée et desmolie, etc.
1588. — Aujourd’hui 26e jour de septembre… visitation des réparations à faire au pont… tant soubs les arches que le long de la mothe des Chalans, percés et maisons… à la première arche rompue du costé des Augustins où est à présent le pont de bois et le pont-levis… à la seconde arche étant soubs les tourelles, etc.
- [156]
Ce pont-levis devait être établi ou sur l’arche rompue en entier, ou bien sur une ouverture pratiquée dans la voûte. (Voir la planche 4.)
- [157]
Ces deux plans ont pour titre commun :
Figure ancienne et nouvelle des maisons et places du Portereau, qui sont en la censifve de Mesdames de la Magdelaine, qui se reçoit chacun an la veille de Toussaints.
Ils sont en la possession de M. Petit-Sémonville, bibliothécaire de la ville, qui a bien voulu nous les communiquer. Voici à quelle occasion ils ont été dressés :
Les dames de la Madeleine avaient une censive qui s’étendait anciennement jusqu’au boulevart des Tourelles. En 1589, du temps de la Ligue, on y avait fait un ravelin, c’est-à-dire qu’au boulevart on avait joint une grande esplanade environnée d’un large fossé, dans lequel coulait l’eau de la Loire, de manière qu’on ne pouvait entrer dans le ravelin ni en sortir sans passer sur un pont dont la tête était fortifiée. Ce ravelin s’étendait beaucoup à l’est et au sud, en sorte qu’il renfermait plusieurs maisons qui étaient dans la censive des dames de la Madeleine. Pour l’établir d’une manière péremptoire, Fleury fut chargé de dresser un plan qui représentât la même censive, telle qu’elle était avant qu’on eût fait le ravelin. Les trésoriers de France avaient fait lever en 1543 le plan de toutes les censives d’Orléans, telles qu’elles existaient en 1500. Ils avaient réuni ces plans dans un volume qui a disparu à la révolution. C’est donc là que Fleury a trouvé le plan dont il avait besoin et qu’il nous a transmis. Il leva lui-même en 1676 le plan des lieux tels qu’ils existaient à cette époque ; et c’est de la comparaison de ces deux plans, que Fleury tira les conséquences qu’il cherchait.
Comme il résulte de l’examen des comptes de ville, que de 1429 à 1500 il n’a été fait d’autre changement au boulevart des Tourelles, que de substituer des murs de soutènement aux fascines et pieux qui maintenaient ses talus, nous en concluons que le plan dont Fleury a donné la copie représente bien l’état des lieux tels qu’ils existaient en 1429.
- [158]
Voir le Plan ancien du fort, du boulevart des Tourelles et de l’église des Augustins, planche 5.
- [159]
Nous n’avons pas jugé à propos de donner une copie de ce plan qui n’importe pas comme le premier à l’objet que nous avons en vue.
- [160]
Voir le Plan de Fleury, planche 5.
- [161]
Voir le Plan de l’ancien pont d’Orléans et de ses abords, planche 4.
- [162]
Voir la planche 4.
- [163]
C’est par une erreur du graveur, que ce pont a été indiqué dans la planche 4, en face de la bastille des Augustins.
- [164]
Voir le Plan général du siège, planche 1re.
- [165]
Voir le plan de l’ancien pontd’Orléans et de ses abords, planche 4.
- [166]
Voir ce plan, planche 5.
- [167]
Voir comparativement les plans d’Orléans en 1428 et 1828, planches 1re et 2e.
- [168]
Le monastère des Augustins, exposé par sa situation aux inondations de la Loire et aux ravages de la guerre, a été plusieurs fois détruit et rebâti sur le même emplacement. Les calvinistes l’ayant démoli en grande partie en 1562, les religieux se retirèrent dans la ville. Au temps de la Ligue on détruisit de nouveau l’église et le couvent des Augustins. La reine-mère fit construire en 1613 un nouveau monastère et une nouvelle église, dans un emplacement plus éloigné de la Loire. Une inscription citée par feu l’abbé Dubois, dans ses manuscrits, fait connaître les motifs de ce déplacement dû principalement à la trop grande proximité du couvent des Augustins, de la porte du pont et de ses fortifications. C’est dans ce dernier emplacement que nous avons indiqué sur le plan de la ville (voir la planche 2), que se trouvait le couvent des Augustins lorsqu’il a été vendu en 1791, et par suite démoli ou approprié à une destination nouvelle.
- [169]
Voir le plan de l’ancien pont d’Orléans et de ses abords, planche 4.
- [170]
Voir le Plan général du siège en 1428, planche 1re.
- [171]
Voir page 53.
- [172]
Voir ci-devant, page 20 de cet écrit.
- [173]
Voir la planche 1re.
- [174]
Voir le Plan général du siège, planche 1re.
- [175]
Voir le Plan général du siège, planche 1re.
- [176]
Voir ibidem.
- [177]
Voir le Plan général de la ville d’Orléans en 1828, planche 2e.
- [178]
Voir comparativement le Plan général de la ville et du siège d’Orléans en 1428, planche 1re, et le Plan général de la ville et des environs en 1828, planche 2e.
- [179]
Voir le Plan général du siège en 1428, planche 1re.
- [180]
Voir le Plan d’Orléans en 1828, planche 2e.
- [181]
Voici comment s’exprime le Journal du Siège, page 17 :
Le mercredy ensuiuant (5 janvier) vint Messire Loys Deculan, Admiral de France, etdeuxcents combattans auecques luy courir au portereau deuant les Tournelles, où estoient les garnisons des Anglois, et malgré eux passa Loire au port de Sainct Loup : et s’en entra luy et ses gens dedans la cité pour sçauoir des nouueles et du gouuernement d’elle et des François y estans. Auquel et à ses gens fut fait grand’chere, et moult furent loüez. Car aussi s’estoyoient ils portez très vaillamment contre les Anglois à l’escarmouche du portereau.
- [182]
Le Journal du Siège fait mention au 25 janvier de l’enlèvement de cette charrière. Il s’énonce ainsi, pages 21 et 22 :
Celuy mesme jour, enuiron trois heures apres midy, eut une grosse et forte escarmouche en vne isle deuant la croche des moulins de Sainct Aignan : parce que les Anglois rompirent le conduict pour passer la charriere qu’ils auoient gaignee au port de Sainct Loup. Et les François, tant gens de guerre comme citoyens, saillirent d’Orleans, et se firent passer l’eaüe en celle isle, cuidant recouurer leur charriere perdue dès le matin.
- [183]
Voir la planche 1re.
- [184]
Voir ibidem.
- [185]
Voir la citation ci-dessus.
- [186]
Voir le Journal du Siège, page 84.
- [187]
Dans le plan d’Orléans par Inselin, on a figuré sur cette île les pièces de toiles elles-même. Ce plan est antérieur au 18e siècle, et de 1695 à peu près.
- [188]
Voir le Plan général du siège en 1428, planche 1re.
- [189]
Voici la partie de cette déposition qui a trait à l’objet qui nous occupe ; elle est tirée des notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque du roi par M. de l’Averdy, page 356 :
Fut conclu, dit Daulon, entre la Pucelle et ses gens, passer en certaine isle estant dedans la rivierre de Loyre, et illec feroyent leur assemblée pour aller prendre la dite bastille de Sainct Jehan le Blanc : et pour passer l’autre bors de ladite rivière de Loyre, firent amener deux basteaux, des quels ils firent un pont pour aller à la dite bastille.
- [190]
Voir le Plan général du siège en 1428, planche 1re.
- [191]
Le Journal du Siège s’exprime ainsi, page 70, cotée par erreur 50 :
Enuiron celuy mesme tems (20 avril) fortifierent les Anglois Sainct Jean le Blanc ou val de Loire, et y firent vn guet pour garder le passage.
- [192]
Voir le Journal du Siège, page 68.
- [193]
Voir la citation ci-dessus.
- [194]
Voir le Plan général du siège en 1428, planche 1re.
- [195]
Voir la planche 1re.
- [196]
Voir page 82.
- [197]
Voici cette distribution telle qu’elle est consignée à la fin du compte de forteresse de 1429 :
1° AuxEcossois estans en icelle ville, trois tonneaux et demi dudit vin et trois muys et demi dudit bled ;
2° A monseigneur de Graville, un tonneau et demi devin, un muy et demi de bled ;
3° A Madre, un traversin de vin et un demi-muy de bled ;
4° A Denis Chailly, un tonneau et demi de vin et un muyet demi de bled ;
5° A Thibaut de Thermes, un traversin de vin et cinq muys de bled ;
6° A monseigneur de Guitry, un traversin de vin et huit mines de bled ;
7° A monseigneur de Coarraze, un traversin de vin et cinq mines de bled ;
8° A messire Théaude, un tonneau et demi de vin et un muy et demi de bled ;
9° A messire Cernay, un traversin de vin et six mines de bled ;
10° A Poton de Saintrailles, un tonneau de vin et dix mines de bled ;
11° A monseigneur le Maréchal, deux tonneaux de vin et deux muys de bled ;
12° A monseigneur de Villars, un tonneau et demi de vin et un muy et demi de bled.
Feu l’abbé Dubois concluait de cette distribution qu’elle avait été faite à 500 Écossais, 160 Aragonais, 240 Italiens, 240 hommes d’armes sous les ordres de l’amiral de Graville, 80 sous les ordres de Denis de Chailly, 80 sous Thibaut de Thermes, 80 sous le seigneur de Guitry, 80 sous le seigneur de Coarraze, 160 sous Poton de Saintrailles, 320 sous le maréchal de Sainte-Sevère, et 240 sous Villars ; ce qui fait un total de 2180 hommes.
- [198]
Voici comment on établit ce nombre d’après le Journal du Siège :
1° D’après divers rapprochemens qui ne laissent aucune incertitude, il paraît avéré qu’au commencement du siége la garnison qui défendait la ville ne s’élevait pas à plus de 400 hommes, ci… 400 hom.
2° Le 25 octobre (Journal du Siège, p. 7), le Bâtard d’Orléans, accompagné d’un grand nombre de capitaines et de chefs de guerre, entre dans Orléans avec 800 combattans, ci… 800
3° Le 5 janvier (p. 17), l’amiral de Culan entre dans laplace avec 200 com battans, ci… 200
4° Le 24 janvier (p. 25), La Hire entre dans Orléans avec 30 hommes d’armes, ce qui fait 180 cavaliers, ci… 180
5° Le 5 février (p. 28), entrent dans la place 26 combattans appartenant au maréchal de Sainte-Sevère, ci… 26
6° Le 8 février (p. 29), entrèrent dans la place 1,000 combattans conduits par plusieurs vaillans hommes de guerre, Guillaume Estuart, les seigneurs de Saucourt etde Verduran, et plusieurs autres chevaliers et écuyers, ci… 1,000
7° Le même jour (p. 29), arrivèrent de nuit 200 combattans qui étaient à Guillaume d’Alebert, et six-vingts autres étant à La Hire, en tout… 320
8° Le 9 février (p. 31), Gilbert de Faicte entre dans la ville avec 300 combattans, ci… 300
9° Le 10 février (p. 31, 32 et suiv.), le Bâtard d’Orléans part avec 200 combattans pour aller joindre à Blois le comte de Clermont que l’on disoit avoir une armée de bien 4,000 combattans ; et le Journal du Siège dit (p. 33) que quand les troupes furent assemblées, ils se trouvèrent de 3 à 4mille combattans. Il faut conclure de ces rapprochemens que la renommée avait beaucoup grossi l’armée du comte de Clermont, qui ne devait être guère que de 2,000 hommes, probablement même enycomprenant les 200 hommes conduits par le Bâtard d’Orléans. Comme toutes les troupes, après l’issue fatale du combat de Rouvray-Saint-Denis, ren trèrent dans Orléans, il est évident qu’on ne peut considérer la garnison augmentée que des 2,000 hommes, tout au plus, amenés par le comte de Clermont, ci… 2,000
10° Le 24 avril (p. 71) le Bourg de Mascaran entre dans la ville avec 40 combattans, ci… 40
11° Le 26 du même mois (p. 71), Alain de Giron entre dans Orléans avec 100 combattans, ci… 100
12° Le 27 du même mois (p. 72), il entra dans la ville un renfort de 60 combattans venant de Beaune en Gâtinois, ci… 60
13° Le 28 du même mois (p.72), entrent dans la ville Fleurentin d’Illiers et le frère de La Hire accompagnés de 400 combattans, ci… 400
14° Le 29 du même mois (p. 74), arrivèrent à Orléans 50 combattans à pied venant du pays de Gâtinois où ils avoient été en garnison, ci… 50
Total : 5,876.
- [199]
Voir le Journal du Siège, p. 46.
- [200]
Voir idem, p. 79 et 81.
- [201]
Voir précédemment, la citation faite du Journal du Siège, p. 20.
- [202]
Voir ci-après le chapitre 2.
- [203]
Voici les renseignements qu’il nous fournit :
1° Les Anglais s’étaient présentés le 12 octobre 1428, pour entreprendre le siège d’Orléans (Journal du Siège, p. 2). On ne sait pas bien précisément à combien se montait leur armée ; ils attaquèrent le fort des Tourelles, dont ils ne parvinrent à s’emparer qu’après que les Français l’eurent volontairement abandonné. Ils laissèrent dans ce fort une garnison de 500 hommes, et se retirèrent à Meung et à Jargeau, ci… 500 hom.
2° Le 1er décembre (p. 10), plusieurs seigneurs et capitaines anglais de renom, au nombre desquels étaient Talbot et le seigneur d’Escalle, entrent dans le fort des Tourelles accompagnés de 300 combattans, ci… 300
3° Le 30 du même mois (p. 13 et 14), les Anglais reprennent le siège qu’ils avaient abandonné et arrivent à Saint-Laurent des Orgerilz où ils établissent un camp avec environ 2,500 hommes, ci… 2,500
4° Le dimanche 16 janvier (p. 20), messire Jean Fascot arrive au camp des Anglais avec environ 1,200 combattans, ci… 1,200
5° Le 17 février (p. 33 et 41), un convoi de vivres et de munitions de guerre accompagné de 1, 500 combattans, commandés par Jean Fascot, et qui avaient soutenu le combat de Rouvray-Saint-Denis, arrivent au camp anglais, ci… 1,500
6° Le 7 mars (p. 52), arrivent au camp anglais environ 40 combattans, ci… 40
7° Le Journal du Siège, page 52, fait mention que
le 8 mars il arriva au camp anglois 200 combattans qui venoient de Jargeau, [et qu’il entrapareillement] en l’ost et bastilles desAnglois plusieurs autres venant des garnisons de Beauce.
Ces garnisons, situées au nord de la Loire, étaient nombreuses, et, pour peu qu’on eût détaché de chacune autant d’hommes que de la garnison de Jargeau, on peut évaluer ce secours à… 2,000
8° Le Journal du Siège rapporte, page 65, que le 7 avril il arriva au camp anglais de Saint Laurent, sans aucun empêchement, plusieurs vivres et autres habillemens de guerre. Il est fort à croire que ce convoi n’était pas escorté de moins de 200 hommes, ci… 200
9° Le 19e jour du mois d’avril (p. 70.),
enuiron l’heure de vespres, arriuerent en l’ost et bastilles des Anglois grand’ quantité de viures, et autres habillemens de guerre, et auecque eux plusieurs gens d’armes qui les conduisoient.
Admettons que la troupe qui accompagnait ce convoi s’élevait de 1,000 à 1,200 hommes, ci… 1,200
Total : 9,440.
Ajoutant à ce nombre les troupes du duc de Bourgogne, qui s’élevaient à environ… 1,500
Le total sera de : 10,940
- [204]
Voir le Plan général du siège, planche 1re. Il faut faire remarquer ici que nous ne comptons que pour un le boulevart et la bastille de Saint-Laurent, le boulevart et la bastille de Saint-Loup, le fort des Tourelles et ses boulevarts, le boulevart et la bastille des Augustins.
- [205]
Voir comparativement les planches 1 et 2.