Seconde partie
1Seconde partie Les sources primaires
I. [Les neuf chefs du procès de révision.]
Les princes et les seigneurs devaient connaître mieux que personne l’importance des services rendus par la Pucelle, de quelque manière que cela soit arrivé ; cependant ils ne furent pas les plus touchés des injustices commises contre une personne qu’ils ne pouvaient s’empêcher d’estimer. Les peuples furent les plus équitables ; et c’est à leurs clameurs que le roi Charles VII, se trouvant à Rouen en 1450, après l’expulsion des Anglais, se résolut d’accorder des lettres patentes, en date du 15 février 1450 (nouveau style), pour revoir le procès qui avait condamné cette fille. Trois semaines après l’expédition de ces Lettres, il se fit quelques informations ; mais comme c’était un procès 2en matières purement ecclésiastiques, il fut alors interrompu, et on ne recommença de nouveau à informer qu’en 1452. Le cardinal d’Estouteville, légat du Saint-Siège, et nouvellement établi archevêque de Rouen, prélat des plus distingués de son temps, commença d’office cette révision par des informations préparatoires. On ouït alors plusieurs témoins, et par les premières dépositions, l’on aperçut aisément la nullité des procédures de l’évêque de Beauvais, tant dans le fait que dans le droit ; nullités qui furent ensuite constatées par des preuves juridiques ; mais un voyage que ce cardinal fut obligé de faire à Rome, l’empêcha de continuer sa procédure ; c’est ce qui porta les parents de cette fille à s’adresser au roi pour obtenir du pape Calixte III des commissaires qui travaillassent à la révision du procès de condamnation. Ce procès de révision ou de justification, tel qu’il nous est resté manuscrit, se rapporte dans l’original à neuf chefs ou articles différents, qui sont détaillés au commencement de la procédure.
Premier chef.
Sous le premier chef sont comprises les suppliques faites au souverain pontife, et la bulle du pape Calixte donnée le troisième des Ides, c’est-à-dire l’onzième de juin 1455. Par cette bulle le Saint-Père établit une commission, dont il fait chef l’archevêque de Reims, avec 3les évêques de Paris et de Coutances. La bulle présentée et acceptée par les commissaires, ils permettent de faire assigner toutes les personnes qui pourraient avoir travaillé dans ce procès, ou qui auraient connaissance des procédures.
Second chef.
Dans ce deuxième chef se trouvent les productions des anciennes procédures, et autres pièces qui ont servi à la condamnation de la Pucelle. On y a joint même plusieurs autres titres ; et comme ce chef renferme un grand détail, il est fort abrégé dans ce nouveau procès, dans lequel on se réfère aux productions mêmes, ainsi qu’elles ont été faites. On y établit les officiers qui doivent travailler et instrumenter dans la nouvelle procédure. On y rappelle même les informations préparatoires du cardinal d’Estouteville.
Troisième chef.
Outre les héritiers de Pierre Cauchon, l’on fit assigner Guillaume de Hellande, évêque de Beauvais, aussi bien que son promoteur. Les héritiers de Cauchon furent plus sages que le promoteur de Beauvais, qui regardait le procès de condamnation comme un jugement équitable, tant ces sortes de gens sont enclins à se prêter aux injustices de leurs prédécesseurs, quelques décriés qu’ils soient ; au lieu que les héritiers de Cauchon constituèrent un des leurs comme procureur, qui 4témoigna qu’ils ne prenaient aucune part à toutes les procédures faites par leur parent contre la Pucelle ; mais Simon Capitaut, promoteur de la nouvelle commission, obligea par une seconde requête, suivie d’une deuxième assignation faite à tous les notaires apostoliques qui avaient servi de greffiers, à représenter le procès, de la nullité ou révision duquel il s’agissait. Guillaume Manchon, notaire apostolique et greffier principal de la première procédure, représenta le procès français, aussi bien que le latin qui n’en est qu’une traduction faite après coup, c’est-à-dire après la mort de la Pucelle ; traduction cependant non seulement altérée, mais encore entièrement falsifiée, de l’aveu même du dit Manchon.
Quatrième chef.
Le quatrième chef de la nouvelle procédure, renferme les articles proposés par les parents de la Pucelle, qui se montent au nombre de cent, sur lesquels les témoins devaient être interrogés. On serait surpris avec raison de la qualité et de la multitude de leurs griefs, si l’on ne savait que les iniquités ne coûtent rien à des juges injustes, dès qu’une fois ils ont franchi les bornes de l’équité.
Cinquième chef.
Mais le cinquième chef est constamment le plus important de tous. C’est-là qu’on voit les dépositions de ces 5hommes respectables, de ces héros de leur temps, le duc d’Alençon, prince du sang de France, le comte de Dunois, c’est-à-dire le bâtard d’Orléans ; de messire Jean de Gaucourt, grand-maître de France, âgé de 85 ans, qui avait succédé à Jacques de Chabannes. On y avait encore les témoignages de Jean de Mailly, évêque d’Avranches, de Jean Fabry, augustin, évêque de Démétriade, de Simon Charles, président en la Chambre des comptes de Paris, de la veuve de René de Bouligny, trésorier du Roi, chez qui la Pucelle fut logée à Bourges par ordre du roi Charles. Frère Jean Pasquerel, augustin, chapelain de la Pucelle, messieurs de Novelompont et de Poulengy, qui sont les deux mêmes gentilshommes auxquels Baudricourt confia cette fille pour la faire présenter au Roi. Ce n’est là qu’une très-petite partie des témoins ouïs dans cette révision ; car il y en eut cent-douze de tous âges et de toutes conditions, ecclésiastiques et séculiers, qui tous furent interrogés sous la foi du serment, chacun sur les faits qui les concernaient, ou qui étaient de leur connaissance particulière : nous donnerons leurs noms ci-après.
On ne saurait se dispenser d’appuyer beaucoup sur ces dispositions. Croira-t-on que les seigneurs et les personnes de mérite 6que nous avons nommés, et grand nombre de curés, de docteurs et de religieux auront fait de concert des faux serments, pour rendre service à des gens de peu de valeur en eux-mêmes, et pour justifier une fille qui n’existait plus, et qui par conséquent ne pouvait leur en savoir gré ? Au temps de cette révision les Anglais étaient entièrement chassés du royaume, sans espérance d’y jamais revenir ; et si la Pucelle s’était prêtée à quelque intrigue, elle aurait sans doute été payée pour y contribuer ; ainsi après sa mort on se serait bien gardé de chercher si ardemment à justifier sa mémoire. Comment d’ailleurs serait-il arrivé que cent-douze témoins dont les dépositions nous restent, plusieurs même ayant été interrogés jusques à trois fois, pas un n’ait donné lieu de soupçonner l’intrigue et la tromperie, s’il y en avait eu ? N’est-ce pas une preuve sensible et palpable que les faits dont il s’agit dans leurs dépositions, sont des suites d’une direction particulière de la Providence ? J’ai cru devoir rapporter dans les preuves la déposition originale du sieur d’Aulon, sénéchal de Beaucaire, à qui le roi Charles VII confia, comme à un gentilhomme d’honneur, le soin de la Pucelle, et cette déposition justifie tout ce que j’ai dit de cette vertueuse 7héroïne. Au temps de la révision du procès, il n’y avait plus de raison de cacher l’intrigue ; au contraire il aurait été glorieux pour les Français et très-honteux pour les Anglais de leur faire connaître qu’ils auraient été chassés du royaume par des subtilités de cour, conduites par une jeune villageoise, fille simple, et qui aurait trouvé moyen, sous de faux prétextes, de leur inspirer la terreur et l’effroi, jusques à leur faire manquer leurs plus grandes opérations, celles mêmes qui les auraient rendus maîtres d’un État qu’ils ambitionnaient si fort de garder, et qui certainement vaut bien le royaume d’Angleterre.
On découvrit dans cette révision beaucoup d’autres faits particuliers ; par exemple qu’un courtisan étant à cheval, et voyant passer la Pucelle, dit, en blasphémant le nom de Dieu, que si elle avait été une nuit avec lui, elle ne serait plus Pucelle. Cette fille ayant ouï ce discours, ne put s’empêcher de lui répondre :
— Ha ! en mon Dieu, tu le renies et es près de ta mort82.
Et une heure après cet officier tomba dans l’eau, et se noya ; ce qui ne put manquer de surprendre étrangement ceux qui, après avoir ouï le discours de 8cette fille, apprirent presque dans le même temps la mort de cet officier. C’est ce que témoigne un père augustin dans sa déposition, et que lui-même entendit, aussi-bien que d’autres, les paroles de cette fille, dont il fut le chapelain, et ne la quitta qu’au moment de sa prise à Compiègne. Ce sont de ces faits extraordinaires, qui marquent du merveilleux, dès qu’ils sont appuyés sur des preuves suffisantes. Le duc d’Alençon a déposé que lui présent, elle avait dit au roi d’avancer son Sacre le plus qu’il pourrait, parce que son temps devait se terminer à un an ou environ : et ce fut véritablement après cette année qu’elle eut le malheur d’être prise.
Après la révision de son procès et sa justification en 1456, la ville d’Orléans, selon Symphorien Guyon, fit construire sur le pont d’Orléans une croix de bronze, avec une Notre-Dame de Pitié, au côté droit de laquelle était la représentation du roi, et à gauche celle de la Pucelle, l’un et l’autre à genoux, l’un et l’autre armés de toutes pièces, excepté le heaume qui est leurs pieds.
Sixième et septième chefs.
Les autres chefs du procès de révision, savoir les sixième et septième, ne contiennent que la publication des informations, et les productions des parents de la Pucelle. 9Le septième renferme les conclusions du promoteur de ce nouveau procès.
Huitième chef.
On trouve dans le huitième chef la production de huit traités ou opuscules faits par divers théologiens, dont le premier est, à ce qu’on croit du célèbre Jean Gerson en faveur de cette fille, tant ses opérations merveilleuses avaient fait de bruit dans l’Église et dans l’État.
Neuvième chef.
Enfin le neuvième chef contient la sentence de révision, qui la justifie entièrement, casse et annule toute l’ancienne procédure, efface les notes d’infamie et les reproches qu’on aurait pu faire à sa famille. La sentence de sa justification que nous publions à la fin de ce traité, en date du 7 Juillet 1456, est des plus solennelles que l’on ait jamais rendues en cas pareils : savoir deux processions générales, prédications, construction d’une croix au vieux marché de Rouen, lieu de son exécution. Nous la donnons telle qu’elle fut rendue pour lors et dans son antique langage. Le latin que nous en avons, et que Marcel a donné au tome III. de son Histoire de France, page 415, n’est qu’une traduction de cet antique original.
Tous les actes que nous donnons ci-après dans les preuves des deux procès, forment la justification de cette héroïne, et l’on y procéda selon les règles du droit, et de la prudence, pour éviter tout reproche. 10On présenta le procès de condamnation à deux habiles jurisconsultes pour donner les motifs de droit qui pourraient faire voir la nullité et même l’iniquité de la première procédure ; l’un se nommait Paul du Pont, avocat consistorial au Parlement, docteur en l’un et l’autre droit, et l’autre messire Théodore, auditeur de la Rote en cour de Rome. On ne pouvait pas mieux choisir pour examiner un procès en matière de délit ecclésiastique. Ces deux pièces, qui contiennent 122 pages in-folio, manquent au procès de justification : je les ai trouvées dans la nombreuse et magnifique bibliothèque de leurs éminences MM. les cardinaux de Rohan et de Soubise83. On serait étonné du nombre, du poids et de la solidité de leurs raisons pour faire sentir la nullité de l’ancienne procédure.
Mais Louis XI, étant monté sur le trône des Français, ne se contenta pas de cette première justification, il alla plus loin que l’indolent Charles VII son père, auquel on a prodigué trop tôt le titre honorable de Charles le Victorieux. Louis informé de l’innocence de cette illustre fille et de l’injuste persécution qu’elle avait soufferte pour le bien de l’État, obtint du pape Pie II, vers l’an 1462 d’autres 11commissaires nouveaux, c’étaient deux célèbres jurisconsultes, pour informer derechef de la vie de la Pucelle ; et comme il avait appris que deux de ses indignes juges étaient encore vivants, il les fit arrêter ; on leur fit juridiquement leur procès comme à d’injustes juges ; et après avoir confessé que la Pucelle était innocente, et par conséquent injustement condamnée, ils furent punis de la même peine qu’ils avaient fait souffrir à cette fille : ainsi ils furent brûlés vifs, et les cadavres ou ossements des deux autres qui étaient décédés, furent exhumés et brûlés ; leurs biens confisqués servirent à bâtir une église, au lieu même ou la Pucelle avait été brûlée ; et pour le repos de son âme, on y fonda une messe qui devait être célébrée chaque jour à perpétuité. Comme je n’ai point cette dernière procédure faite de l’ordre de Louis XI, j’en ai tiré les circonstances de l’Histoire d’Orléans par Symphorien Guyon, partie II, page 126.
Il est bon que je m’explique ici sur ce que j’ai dit ci-dessus, que la France aurait été soumise au pouvoir tyrannique des Anglais. Ce que j’en ai marqué ne regarde que les Anglais du quinzième siècle, et non ceux du dix-huitième siècle. Je sais, comme eux-mêmes en conviennent, qu’il 12n’y a pas eu moins de révolutions dans leurs mœurs et dans le caractère de leur esprit, que dans la nature de leur gouvernement ; tout chez eux n’a été que révolutions ; l’un est une suite de l’autre.
La haine qu’ils avaient alors pour le nom Français, les engageait souvent, et presque toutes les années, à faire une irruption en France, soit par Calais, soit par quelque autre Port. Alors ils couraient et ravageaient tout le royaume, depuis l’extrémité de la Picardie jusques en Auvergne ; d’où ils repassaient en Guyenne, brûlant et saccageant tout ce qu’ils rencontraient ; aussi Nicolas de Clamanges, auteur du temps, témoigne qu’avant l’arrivée de la Pucelle, tout en France n’était qu’injustice, désordres et brigandages de la part des Anglais. Ils détruisaient les récoltes qui étaient faites, ou empêchaient les laboureurs d’ensemencer et de cultiver les terres ; et ce n’a été qu’après leur entière expulsion que le royaume a commencé à se remettre. Mais la nation britannique moderne est toute autre : elle sait s’accommoder à la politesse des Français, comme le Français sait se faire à leur humeur. Ce n’est pas sans raison que je fais cette remarque. Il y a toujours des gens qui d’office parlent ici pour l’étranger, surtout pour les Anglais ; et quand ils seraient payés pour le 13 faire, ils n’agiraient pas avec plus de zèle.
II. Réflexions générales.
Faisons maintenant un retour sur le fond et sur les circonstances essentielles de cette affaire, pour examiner si ce ne serait pas une tromperie de la part des esprits de ténèbres, ou du moins quelque intrigue des courtisans ou des généraux, propre à relever le courage abattu des Français, et même à tirer le roi Charles VII d’une sorte de léthargie, à laquelle il s’était abandonné, comme l’a prétendu l’un de nos historiens : c’est Du Haillan84, qui se qualifie du titre honorable d’historiographe de France, titre qui suppose, mais qui ne donne pas le mérite historique.
Je ne crois pas qu’on veuille renouveler aujourd’hui cette vieille accusation des indignes juges de cette fille, qui la déclarèrent sorcière, devineresse, invocatrice des démons, conjuratrice, adonnée à la magie, et qu’elle n’agissait que par l’instigation de l’esprit malin. La Pucelle avant son procès, a fait deux promesses principales au roi, toutes deux contre les apparences humaines ; c’était de faire lever le siège d’Orléans, et de le conduire incessamment à Reims pour y être sacré et couronné. Elle a exécuté ces deux points, malgré les Anglais et les Bourguignons supérieurs 14en forces, et qui tenaient toutes les places par lesquelles il fallait passer. Oh ! l’esprit malin promet beaucoup et tient parole sur rien. C’est son caractère : ainsi merveille pour merveille, ne vaut-il pas mieux s’attacher à celles que peut opérer la Divinité, dès qu’il s’agit d’un bien général, que de recourir à l’esprit de mensonge, toujours attentif à faire le mal et jamais à faire une action vertueuse, ou à procurer le bien commun de l’humanité.
Passons maintenant à l’intrigue de la part des hommes. Du Haillan, qui se croyait un grand homme et d’un discernement supérieur aux écrivains de son temps, témoigne qu’on la disait maîtresse, ou de Baudricourt, ou du bâtard d’Orléans, ou de Poton de Xaintrailles, elle qui fut reconnue vierge par ses propres ennemis ; mais c’est de quoi Du Haillan s’embarrasse fort peu. Ces seigneurs, selon lui, gens fins et avisés, voulaient relever le courage de la nation abattue, et comme atterrée par des pertes et des désastres continuels : et pour y réussir, ils s’avisèrent de se servir de ce faux miracle. Ces seigneurs, selon lui, eurent soin de l’instruire de tout ce qu’elle devait répondre aux demandes qui lui seraient faites par le roi, et de celles qu’ils lui feraient en présence du roi ; comme s’ils pouvaient deviner ce que d’autres qu’eux lui diraient.
15Étant donc entrée en la chambre de ce prince, les premiers qui lui demandèrent ce qu’elle voulait, furent le bâtard d’Orléans et Baudricourt ; elle répondit qu’elle voulait parler au roi, etc. Je n’avance pas plus avant : cette essai fera connaître Du Haillan. C’est en peu de paroles ce que marque cet historien, mais avec une étendue fatigante. Il avait dit auparavant que cette fille était née à Vaucouleurs ; que ne lisait-il pour apprendre que c’était à Domrémy, qui en a pris le nom de Domrémy-la-Pucelle ? Voilà donc une première preuve de son peu d’exactitude ; mais ce serait peu de chose, si le reste était vrai. En second lieu il assure que le bâtard d’Orléans et Baudricourt étaient avec le roi : ne devait-il pas savoir que Baudricourt était alors à Vaucouleurs, dont on lui avait confié le gouvernement, et que le bâtard d’Orléans s’était enfermé dans la ville assiégée ? Ainsi l’un et l’autre ne pouvaient pas être en même-temps en des lieux différents ; ce serait alors un double miracle, et je ne suis pas d’humeur à les prodiguer. Du Haillan devait se contenter de dire que les Anglais, par moquerie, appelaient Charles roi de Bourges85, et que pendant 16que, la craie à la main, ils se promenaient dans le royaume, Charles ne bougeait de Mehun-sur-Yèvre à faire l’amour à sa belle Agnès, et à dresser de beaux parterres et des jardins, sans appréhender ni son mal, ni celui de tout son royaume ; ce qui augmentait le malheur de la France ; mais que Dieu, qui la regardait en pitié, fit naître à propos ces hommes célèbres, dont l’histoire parlera dans tous les siècles : savoir Jean bâtard d’Orléans, Jacques Chabannes ; Poton de Xaintrailles, La Hire, Baudricourt, et grand nombre d’autres seigneurs, qui suppléèrent à la faiblesse et à l’indolence du roi, et qui par là préservèrent l’État de la servitude où il tombait. On lui aurait passé ce discours ; mais de traiter d’une manière extravagante, et même contre le témoignage de tous les écrivains du temps, l’histoire de la Pucelle, sans avoir examiné les pièces originales, c’est ce qui n’est point pardonnable dans un historien fidèle.
Cet écrivain devait considérer qu’on ne se livre point à une fourberie suivie, à des dissimulations, qui ne se démentent pas, aux intrigues et aux feintes continuelles, par la piété, le zèle et la ferveur pour la religion ; on n’y arrive point par la simplicité de mœurs, par une vie rustique et champêtre, mais toujours également modeste 17et retenue. Il faut pour y réussir avoir été formé longtemps à de pareilles manœuvres ; au lieu que cette fille paraît à la cour, à l’âge de 17 à 18 ans, âge où l’on ignore entièrement les mouvements de la cour et des courtisans ; on la voit toujours également sage et vertueuse, qui rapportait à Dieu seul tout ce qu’elle faisait d’extraordinaire.
Que l’on instruise une fille, même des plus courageuses ; qu’on la mette à la tête d’une armée vaincue et désolée par des pertes continuelles, et l’on verra si par son savoir-faire, elle aura le pouvoir par ses intrigues de ranimer les troupes battues, et d’abattre en même-temps le courage des vainqueurs. L’homme de bon sens ne le croira jamais : c’est néanmoins ce qu’a fait la Pucelle, et même en moins de trois mois ; les Anglais n’osaient tenir devant cette fille ; quoique le nombre de leurs troupes fut de beaucoup supérieur aux siennes, attaquer et vaincre était pour elle la même chose. Par là on doit être convaincu qu’il n’y avait rien moins que fourberie et dissimulation. Comment ne l’aurait-on pas découvert de son temps ? Du Haillan se garde bien d’alléguer quelque écrivain du quinzième siècle, ni aucun autre qui en fait naître le soupçon. Les Anglais se sont bien gardés de l’en accuser 18dans tout le cours du procès. Ils étaient cependant plus intéressés qu’aucun autre à former contre cette fille une pareille accusation ; mais Du Haillan ne laisse pas de le dire avec une confiance, qui tient un peu trop du terroir où il était né : c’est tout dire, il était Gascon ; mais Gascon qui, malgré l’usage continuel de la cour, n’avait pu corriger l’enthousiasme de son pays : de la manière dont il parle, il semblerait que lui-même y aurait été présent. Mais qui ne voit une protection divine dans toute la conduite de cette fille ; courage et prudence, qui ne sont pas naturels dans toutes ses entreprises, accompagnés cependant d’une simplicité de mœurs, admirée de tous ceux qui furent chargés de sa personne, ou qui eurent connaissance de sa conscience ; réussite inespérée dans les sièges qu’elle fait au temps de ce qu’elle appelle sa mission ; patience et résignation à la volonté de Dieu dans les adversités et dans une prison des plus rigoureuses ; et c’est dans cette même prison qu’elle prédit trois choses : 1° Que Compiègne serait secouru avant la Saint-Martin d’hiver (séance XI) et de fait le siège fut levé par la défaite des Anglais le premier de novembre, dix jours avant la Saint-Martin. 2° Qu’avant qu’il fut sept ans les Anglais perdraient un bien plus 19grand gage que celui d’Orléans (séance V) aussi Paris se soumit à l’obéissance du roi en 1436, et ce prince y rentra au mois de novembre 1437. 3° Que les Anglais seraient entièrement chassés du royaume (séance V) ce qui enfin s’effectua en 1450.
On ne peut pas croire que ce soient-là des opérations du Démon, qui ne connaît rien dans les choses futures. Dites-nous ce qui arrivera dans la suite, et nous vous regarderons comme Dieu, ou comme envoyé de Dieu, c’est ce que marque l’Écriture Sainte86 ; et moins encore peut-on dire que ce soient les intrigues de la cour, des courtisans et des généraux. Leurs connaissances ne s’étendaient pas jusque là, puisque pour faire la paix avec les Anglais, on leur offrit la Normandie et la Guyenne, comme ils les avaient autrefois possédées. Elle le dit même dans les fers et à ses propres ennemis ; ainsi il n’y a ni feintise, ni supercherie, ni dissimulation ; qu’y avait-il donc ? Une direction particulière et sensible de la Providence, de quelque nom qu’on la qualifie ; car les noms n’y font rien.
20III. Aventures arrivées au sujet de Jeanne d’Arc.
Continuons l’histoire, non de la Pucelle, mais des aventures arrivées au sujet de cette héroïne. Dès qu’un fait singulier, extraordinaire, ou si l’on veut merveilleux, vient à paraître dans le monde, il ne manque pas de singes et d’imitateurs. Chacun veut participer à la gloire, sans avoir eu part à la peine. La Pucelle était trop distinguée pour n’avoir pas des copistes ; mais quelles copies produisit-on ? La mémoire toute récente de cette fille en occasionna plusieurs : les unes se sont dissipées en peu de jours, et d’autres se sont soutenues pendant quelques mois.
L’an 1436, le 20e jour du mois de mai, une prétendue Pucelle se fait voir à Metz ; elle y est, dit-on, reconnue par ses deux frères, maître Pierre et Petit-Jean. Le manuscrit de la ville de Metz, qui rapporte ce fait, marque que le 21 du même mois, ces deux frères emmenèrent leur sœur, après néanmoins qu’on leur eût fait quelques présents. Elle alla ensuite à Bocquelon, à Arlon et à Marnelle ; elle s’attacha à la comtesse de Luxembourg. Ennuyée 21sans doute de la compagnie de cette dame, elle fut à Cologne avec le comte de Virnenbourg, qui était apparemment frappé de la beauté de cette prétendue Pucelle. Là, elle se conduisit si mal, que l’inquisiteur la fit arrêter et lui aurait fait son procès sans le crédit de ce comte. Elle revint donc en Lorraine, où elle fut mariée à un seigneur de la maison des Armoises ; et sous ce titre, par une heureuse témérité, elle fut reçue à Orléans, où l’on était touché de sa ressemblance avec Jeanne d’Arc. La ville, toujours reconnaissante pour ses défenseurs, lui fit des présents, les croyant faire à leur libératrice, mais elle se garda bien d’aller à la cour, quoique dans son voyage d’Orléans elle n’en fut pas éloignée : c’est un préjugé qui ne lui est rien moins que favorable. Elle craignait avec raison que sa tromperie ne fût découverte, et qu’elle n’en portât la juste peine.
Rien de tous les caractères que nous venons de marquer, ne convient à la véritable Pucelle d’Orléans. Qui ne voit l’opposition de tous ces faits avec ceux de notre pieuse héroïne ? Sagesse, modestie, retenue, esprit de droiture et de vérité dans Jeanne d’Arc ; au lieu que cette prétendue Pucelle va de ville en ville avec un gentilhomme allemand, veut faire des intrigues à Cologne, ne parle que par paraboles, 22était dissimulée, et ne déclarait pas ses intentions. Je suis étonné que le Mercure Galant de novembre 1683 rapporte la découverte de cette histoire comme une nouveauté, dont néanmoins Symphorien Guyon nous avait informé plus de trente ans auparavant dans son Histoire d’Orléans, publiée en 1650, à la page 265 de la seconde partie.
On dira deux choses ; la première qu’elle fut reconnue par ses deux frères : je sais que cela pourrait former une espèce de difficulté, si l’on ignorait combien les ressemblances ont quelquefois trompé les hommes. L’histoire du faux Martin Guerre, reconnu pour le véritable par sa propre femme, ses sœurs et toute sa parenté, est célèbre dans le parlement de Toulouse. Un faux Sébastien, roi de Portugal, avait tant de ressemblance avec le véritable, que bien des personnes y furent trompées ; et ce prétendu roi est mort aux galères. Le transfuge Jean-Baptiste de Rocoles a donné l’histoire de quelques-uns de ces imposteurs insignes.
Le mariage de Robert des Armoises, maison distinguée du duché de Lorraine, est une suite de la tromperie de cette prétendue Pucelle, laquelle, avant ce mariage, s’était retirée à Cologne avec le comte Virnenbourg : ce qu’il y a de fâcheux 23en cela, est que MM. des Armoises sont descendus d’une espèce de fille qui avait couru les armées, comme il s’en trouve tous les jours, qui se déguisent sous un habit d’homme ; ceux qui ont lu et vu, savent que cela n’est point rare dans nos troupes, non-plus que dans les étrangers, et que quelques-unes même y vivent avec beaucoup de sagesse et de retenue.
Une seconde aventure arrivée au mois d’octobre 1440. Les gens d’armes emmenèrent à Paris une prétendue Pucelle, qui avait pareillement couru les armées87. Elle fut très-bien reçue à Orléans, toujours sans doute en mémoire de leur illustre libératrice, avec laquelle ces prétendues Pucelles avaient quelque sorte de ressemblance. On sait qu’entre femmes les traits se rapportent plus qu’entre les hommes, surtout dans les filles de la campagne ; mais cette fausse Pucelle se décela elle-même. Comme on la conduisait à Paris, elle manqua de cette confiance avec laquelle elle s’était présentée à Orléans ; elle ne voulait pas se rendre dans la capitale ; mais on l’obligea d’y entrer. Elle fut montrée au peuple sur la pierre de marbre qui était alors au pied du grand escalier du parlement dans 24la cour du palais. Là, sur ses propres confessions, on développa toute sa vie ; elle avoua qu’elle n’était pas vierge, mais veuve d’un chevalier, ou soi-disant tel, de qui elle avait eu deux garçons, et que sous l’habit d’homme elle était allée à Rome pour s’y faire absoudre de ce que, par malheur et par accident, elle avait frappé sa mère ; que dans cette capitale du monde chrétien, elle s’était battue en duel contre deux hommes, qu’elle avait tués, pour défendre la juste cause du pape Eugène IV, que les factieux, qui étaient restés à Bâle après la dissolution du Concile en 1438, avaient voulu rejeter du Saint-Siège en 1439, pour y placer l’antipape Félix V. Cette aventure cessa bientôt par la retraite de cette prétendue Pucelle, qui abandonna Paris dans l’hiver. Pasquier88 dit quelque chose de cette deuxième tromperie dans son Livre des Recherches, livre VI, q. V.
Enfin un dernier fait se trouve rapporté par Symphorien Guyon, page 264 de la seconde partie de son Histoire d’Orléans. Il est tiré d’un manuscrit de la bibliothèque du roi, sous le titre de Hardiesses de plusieurs rois et empereurs, dont le père Labbe89, jésuite a donné un extrait au tome II de son Mélange curieux, page 714. Ce fait arriva en 1441. Cette troisième Pucelle 25ressemblait si bien à la véritable, que le bruit courut en divers endroits que Jeanne d’Arc était ressuscitée. Le roi Charles VII ordonna de la lui amener pour s’informer par lui-même de cette singularité. Le roi s’était blessé depuis quelque temps à un pied, et se trouvait obligé pour lors de porter une sorte de botte. Par-là il était facile de le reconnaître, et ceux qui tramaient cette intrigue, pour en tirer vraisemblablement quelque avantage particulier, car c’est là le mobile de ces sortes de fourberies, avertirent cette prétendue Pucelle de cet accident, par lequel il était facile de reconnaître le roi. Charles se reposait alors sous la treille d’un jardin ; il ordonna à l’un de ses gentilshommes d’aller lui-même recevoir cette femme, comme s’il était le roi ; mais ne trouvant pas dans cet officier l’indice qu’on lui avait donné, elle marcha droit au roi, qui ne laissa pas d’être étonné. La surprise ne dura pas longtemps ; et sur ce que le roi lui dit en ces termes :
— Pucelle, ma mie, vous soyez la très-bien revenue : au nom de Dieu qui sait le secret qui est entre moi et vous.
Ce seul mot la frappa, elle se jette à genoux aux pieds de ce Prince, le priant de lui pardonner, et sur-le-champ elle avoua toute l’imposture, dont les auteurs furent punis très-sévèrement.
26Toutes ces aventures, surtout la première pour être réfutée, ne demandent que quelques légères réflexions ; le détail que j’ai, donné sur les actes même du procès, servira de réfutation. La Pucelle constituée prisonnière au château de Rouen, est enchaînée avec de grosses chaînes aux pieds pendant le jour, et une double chaîne qui lui enveloppait le corps pendant la nuit, outre plusieurs gardes, qui la veillaient continuellement, de peur qu’elle ne s’échappât : ainsi elle n’a pu s’évader de la prison.
Voyons maintenant si elle n’aurait pas trouvé moyen de le faire, en allant au supplice. Le jour même qu’elle y est conduite, on la confesse, et on lui administre le Saint-Sacrement avant que d’y aller. Le père Martin Ladvenu, de l’ordre de Saint-Dominique, lui rend ce dernier devoir de charité, et lui-même l’accompagne ensuite au supplice avec le sieur Jean Massieu. Tous deux interrogés deux ou trois fois au procès de justification, témoignent de, la résignation et de la piété avec laquelle elle est morte. Le bourreau, contre l’ordinaire de ces sortes de gens, était comme au désespoir d’avoir concouru par son ministère à faire mourir une si sainte fille. L’évêque de Beauvais lui-même se trouve au lieu du supplice, et y essuie en face, les reproches de cette héroïne, quelques 27instants avant que d’être livrée aux flammes.
Je n’ai même détaillé, heures par heures, tous les derniers jours de sa vie, que pour parer aux objections que ces trois aventures peuvent faire naître : ainsi on verra l’impossibilité où elle était de fuir et de se cacher. De dire que les Anglais ont substitué une autre fille ou femme pour la faire mourir au lieu de la Pucelle, c’est une chimère, qui ne convient point à la fureur où cette nation était entrée contre cette fille, qui leur faisait manquer le premier royaume du monde chrétien. Ne serait-ce pas une espèce de merveille de trouver une personne du sexe, qui aurait mérité le même supplice, pour la substituer à la Pucelle au moment de l’exécution.
Allons plus avant, Charles VII donne des lettres patentes en 1450 pour la révision du procès de condamnation, et il marque avec quelle injustice et quelle inhumanité les Anglais ont fait mourir cette fille. Il savait cependant, et par lui-même et par d’autres, combien on imaginait de tromperies, pour faire croire que la Pucelle n’avait pas été livrée au supplice. De tous les témoins ouïs dans le procès de justification, beaucoup certifient avec quelle grande piété ils l’ont vue expirer, et pas un ne donne lieu de penser, pas même 28de soupçonner qu’elle se soit échappée. Elle était trop bien attachée, à la vue de trop de personnes, et même environnée d’une troupe de plus de huit-cents hommes armés, pour qu’elle se pût évader.
Cependant un écrivain moderne, homme habile, très-connu et très-estimé dans la littérature, c’est M. Polluche, de la Société littéraire d’Orléans, a publié un problème à ce sujet, où il jette quelques doutes sur cette matière. Je n’ai pas cru devoir faire imprimer dans mes pièces son Problème historique sur la Pucelle d’Orléans90, sans son consentement ; je l’aurais à la vérité accompagné de quelques notes, qui pourraient lui ôter la qualité de problème.
IV. Lettres accordées par le roi d’Angleterre à l’évêque de Beauvais et autres, en date du 12 juin 143191.
Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et d’Angleterre, à tous ceux qui ces présentes verront, salut. Comme depuis aucuns temps en ça nous avons été requis et exhortez par nostre très-chère et très-aimée fille l’Université de Paris, que une femme qui se faisait nommer Jehanne 29la Pucelle, laquelle avait été prinse en armes par aucuns de nos subjets au diocèse de Beauvais, dedans les metes de la jurisdiction episcopale dudit diocèse, et icelle femme fut rendue, baillée et délivrée à l’Église, comme véhémentement suspicionnée, renommée et notoirement diffamée d’avoir dict, semé et publié en divers lieux et contrées de notredict royaume de France, plusieurs grands erreurs, excez commis et perpétrez, crimes exécrables et délicts moult énormes à l’encontre de notre sainte foy catholique, et au grand esclandre de tout le peuple chrétien ; ayons été aussi requis et sommez très-justement, et par plusieurs et diverses fois par notre âme et féal conseiller, l’évêque de Beauvais, juge ordinaire d’icelle femme, que icelle lui voulsissions rendre et délivrer pour estre par lui, comme son Juge, corrigée et punie, et ou au cas que par procès deuement fait et juridique, elle serait trouvée chargée et contaminée desdits erreurs, crimes, excez et délicts, ou d’aucuns d’iceux ; et nous, comme vrai catholique et fils de l’Église, en ensuivant nos prédécesseurs roi de France et d’Angleterre, non voulant faire que fut ou pust estre préjudiciable par quelque maniere à la saincte Inquisition de nostre saincte foy, ne ou retardement d’icelle, mais desirons icelle saincte inquisition estre 30 préférée à toutes autres voyes de justice séculiere et temporelle, et rendre à chacun ce qui lui appartient, ayons à notredit conseiller, juge ordinaire, comme dict est, fait bailler et délivrer ladite femme, pour enquérir lesdits erreurs, crimes, excez et délicts et en faire justice ainsi qu’il appartiendroit par raison, lequel notredict conseiller joint avec lui le vicaire de l’inquisiteur de la foi, icelui inquisiteur absent, ayant ensemble faict leur inquisition et procès sur tels erreurs, crimes, excez et délicts et tellement que par la sentence deffinitive, finalement icelle femme, comme renchue èsdits erreurs, crimes, excez et delicts, après certaine adjuration par elle publiquement fait, ayant déclaré relapse et hérétique, mise hors de leurs mains et délaissée à notre cour et justice séculière, comme toutes ces choses peuvent plus à plain apparoir par ledit procès, par laquelle nostre cour et justice séculière, ladite femme ait été condamnée à estre brûlée et arse, et ainsi exécutée. Et pour ce que par aventure aucuns qui pourroient avoir eus les erreurs et maléfices de ladite Jehanne agréables, et autres qui induement s’efforcent ou se voudroient efforcer, par haine, vengeance, ou aucunement troubler les vrays jugemens de notre mère sainte Église, de traire en cause pardevant nostre 31Saint-Père le Pape, le sainct Concile général, ou autre part lesdits révérent père en Dieu vicaire, les docteurs ou autres qui se sont entremis dudit procès. Nous qui comme protecteur ou défenseur de notre sainte foi catholique, voulons porter, soustenir et défendre lesdits juges, docteurs, maistres clercs, promoteur, advocats, conseillers, notaires et tous autres, qui dudit procès se sont entremis en quelque maniere en tout ce qu’ils ont dit et prononcé en toutes les choses et chacune d’icelles touchant et concernant ledit procès, ses circonstances et dépendances, afin que dorénavant tous les autres juges, docteurs et autres soient plus enclins, ententifs et encouragez de vaquer et entendre sans paour ou crainte aux extirpations des erreurs et fausses dogmatisations et en diverses parties de la chrétienté surdent et pullullent en ce temps présent, que douloureusement récitons, mesmement que nous sommes deuement informez que ledict procès a esté faict et conduit, murement et canoniquement, justement et sainctement, eue sur ce et sur la matiere d’icellui procès de délibération de notre très-chere et très-aimée fille Université de Paris, des docteurs et maistres des facultés de théologie, et des décrets divins et canoniques et autres gens d’Église en grant nombre, lesquels ou la plus grande 32partie d’iceulx ont continuellement assisté ou esté présents avec lesdits juges, docteurs, maistres clercs, promoteur, advocats, conseillers, notaires et autres, qui ont besongné, vacqué et entendu audit procès, fussent traits en cause dudit procès, ou de ses dépendances, par-devant nostre Saint-Père le pape, ledict saint Concile général, ou les commis et députez d’icelui nostredict Saint-Père dudit sainct concile ou autrement : Nous aidions et deffendions, ferons aider et deffendre en jugement et dehors tous lesdits juges, docteurs, maîtres clercs, promoteur, advocats, conseillers, notaires et autres, et chacun d’eux à nos propres cousts et dépens, et à leur cause en cette partie : Nous pour l’honneur et révérence de Dieu et nostre mère saincte Église et deffense de nostredite sainte foy, adjoindrons au procès qui en voudront intenter contre eux quelconques persones, de quelque état qu’ils soient en quelque maniere que ce soit, et ferons poursuivre la cause en tous cas et termes de droit et de raison à nos despens. Si donnons en mandement à tous nos ambassadeurs et messagers, tant de nostre sang et lignaige, que à autres qui seraient en cour de Rome et audit saint Concile général, et à tous évêques, prélats, docteurs, maîtres clers, promoteur, advocats, conseillers, 33notaires et autres, ou aucuns d’eux seront mis ou traits en cause pardevant nostredit Sainct Pere, ledit sainct concile ou autres parts, ils se adjoignent incontinent pour et en nostre nom à la cause et deffense des dessusdits par toutes voyes et manieres canoniques et juridiques ; et requierons nos subjets de nosdits royaumes estant lors illec, et aussi ceux des rois, princes et seigneurs à nous alliez et confédérez, qu’ils donnent en cette maniere conseil, faveur, aide et assistance par toutes voyes et manieres à eux possibles, sans delays ou difficultez quelconques. En témoin de ce, nous avons fait mettre nostre scel ordonné en l’absence du grand à ces présentes. Donné à Rouen le XIIe jour de juin l’an de grâce mil quatre cents XXXI, et le neuf de notre regne. Et in plica, par le roi à la relation du grant conseil estant vers lui, auquel était monsieur le cardinal d’Angleterre, tous les évêques de Beauvais, de Noyon et de Norwich, les comtes de Warvich et de Scanffort ; les Abbez de Fescamp et du Mont-Saint-Michel ; les Seigneurs de Cromvel et de Tipepot et de Saint-Père et autres plusieurs.
Sit signatum, Calot.
34V. [Enquête ordonnée par Charles VII en 1450.]
1. Lettres patentes du roi Charles VII pour établir une commission à l’effet de voir le procès de la condamnation de la Pucelle d’Orléans92.
Charles, par la grâce de Dieu, roi de France : A nostre amé et féal conseiller, maistre Guillaume de Bouillé, docteur en théologie, salut et dilection. Comme jà piéça Jehanne la Pucelle, eust esté prinse et appréhendée par nos anciens ennemis et adversaires les Anglais, et amenée en cette ville de Rouan : contre laquelle ils eussent fait faire tel quel procès par certaines personnes à ce commis et députez par eulx. En faisant lequel procès, ils eussent et ayent fait et commis plusieurs fautes et abbus : et tellement que moyennant que ledit procès et la grant haine que nos dits ennemis avaient contre elle, la firent mourir iniquement contre raison très-cruellement. Et pour ce que nous voulons savoir la vérité dudit procès, et la maniere comment il a esté déduit et procédé ; vous mandons et commandons et expressément enjoignons que vous vous enquerez et informez 35bien et diligentement de sur ce que dist est, et l’information par vous sur ce faite, apportez ou envoyez stablement close et scellée pardevers nous et les gens de notre grant conseil, et avec ce tous ceux que vous sçaurez qui auront aucunes escriptures, procès, ou autres choses touchant la matiere, contraignez-les par toutes voyes dues, et que verrez estre à faire, à les vous bailler pour les nous rapporter ou envoyer, pour pourvoir sur ce ainsi que verrons estre à faire, et qu’il appartiendra par raison. De ce faire vous donnons pouvoir, commission et mandement espécial par ces présentes. Mandons et commandons à tous nos officiers, justiciers et subjets que à vous et à vos commis et députez, en le faisant, obéissent et entendent diligemment. Donné à Rouen le quinzieme jour de février, l’an de grâce mil quatre cent quarante-neuf (ou 1450, nouveau style) et de notre regne le vingt-huitième. Sic signatum, par le roi, à la relation du grant conseil, Daniel.
362. Déposition du frère Isambert de La Pierre93.
Vénérable et religieuse personne frère Isambert de la Pierre, de l’ordre de Saint-Augustin du couvent de Rouen, prêtre juré et examiné, témoin le V. jour de mars l’an de grâce mil quatre cent quarante-neuf (ou 1450 nouveau style) dit et dépose que une fois lui et plusieurs autres présens, on admonestoit et sollicitoit ladite Jeanne de se soumettre à l’Église. Sur quoi elle respondit que volontiers se soumettroit au Saint-Père, requérant estre menée à lui, et que point ne se soumettroit au jugement de ses ennemis ; et quant à cette heure-là, frère Isambert lui conseilla de se soumettre au Concile (général) de Basle ; ladite Jeanne lui demanda que c’estoit que général Concile ; répondit celui qui parle que c’estoit congrégation de toute l’Église universelle de la Chrétienté, et qu’en ce Concile y en avait autant de sa part comme de la part des Anglais. Cela oy et entendu elle commença à crier ; ô puisqu’en ce lieu sont aucuns de nostre parti, je 37veuille bien me rendre et soumettre au Concile de Basle. Et tout incontinent par grant despit et indignation, l’évêque de Beauvais commença à crier, taisez-vous de par le diable, et dit au notaire qu’il se gardast bien d’escrire la soumission qu’elle avait faite au général Concile de Basle. À raison de ces choses et plusieurs autres, les Anglais et leurs officiers menacerent horriblement ledit frère Isambert, tellement que s’il ne se taisoit le jetteroient en Seine.
Item. Dit et dépose que après qu’elle eut renoncé et abjuré, et reprins habit d’homme, lui et plusieurs autres furent présens quant ladite Jeanne s’excusoit de ce qu’elle avait revestu habit d’homme, en disant et affermant publiquement que les Anglais lui avaient fait ou fait faire en la prison beaucoup de tort et de violence quant elle était vestue d’habits de femme, et de fait la vit éplourée, son viaire (ou visage) plein de larmes, deffiguré et outragé en telle sorte, que celui qui parle en eut pitié et compassion.
Item. Dit et rapporte que devant toute l’assistance lorsqu’on la réputoit hérétique, obstinée et rencheue (ou relapse) elle respondit publiquement : si vous, messieurs de l’Église, m’eussiez menée et gardée en vos prisons par avanture ne me fut-il pas ainsi.
38Item. Dit et dépose que après l’issue et la fin de cette session et instance, ledit sieur evesque de Beauvais dit aux Anglais, qui dehors attendoient, faronnelle, faites bonne chere, il en est fait.
Item. Dépose ce tesmoin, que l’on demandoit et proposoit à la povre Jeanne interrogatoires trop difficiles, subtiles et cauteleux, tellement que les grants clercs et gens bien lettrez qui estoient là présens, à grant peine y eussent sçeu donner response. Parquoi plusieurs de l’assistance en murmuroient.
Item. Dépose ce tesmoin, que lui-même en personne fut pardevers l’évêque d’Avranches, fort ancien et bon clerc ; lequel, comme les autres, avait été requis et prié sur ce cas donner son opinion. Pour ce le dit evesque interrogua ce tesmoin envoyé pardevers lui que disoit et déterminoit Mons. sainct Thomas, touchant la soumission qu’on doit faire à l’Église. Celui qui parle bailla par escrit audit Evesque la détermination de sainct Thomas ; lequel dit ès choses douteuses qui touchent la foi, l’on doit toujours recourir au Pape, ou au Général Concile. Le bon Evesque fut de cette opinion et sembla être tout mal content de la délibération qu’on avait fait pardeça de cela. N’a point été mise par escrit la détermination, ce qu’on a laissé par malice.
39Item. Dépose celui qui parle, que après sa confession et perception du Sacrement de l’Autel, on donna la sentence contre elle, et fut déclarée hérétique et excommuniée.
Item. Dit et dépose avoir bien veu et clairement apperçeu, à cause qu’il a toujours été présent, assistant à toute la déduction et conclusion du procès, que le juge séculier ne l’a point condamnée à mort ne à consomption du feu, combien que le juge lay et séculier se soit comparu et trouvé au lieu même où elle fut prêchée dernierement et délaissée à justice séculiere. Toutefois sans jugement ou conclusion du dit juge, a été livrée entre les mains du bourreau et brûlée, en disant au bourreau tant seulement sans autre sentence, fais ton devoir.
Item. Dépose celui qui parle, que la dite Jeanne eust en la fin si grande contrition et si belle repentance, que c’était une chose admirable, en disant paroles si piteuses, dévotes et catholiques, que tout ceux qui la regardaient en grant multitude pleuroient à chaudes larmes, tellement que le cardinal d’Angleterre et plusieurs autres Anglais furent contraints pleurer et en avoir compassion. Dit outre plus que la piteuse femme lui demanda humblement, 40 ainsi qu’il estoit près d’elle en sa fin, qu’il allast en l’Église prochaine et qu’il lui apportast la croix, pour la tenir eslevée tout droit devant ses yeux jusques au pas de la mort, afin que la croix où Dieu pendît fut en sa vie continuellement devant sa vue. Dit en outre, qu’elle estant dedans la flambe, oncque ne cessa jusques en la fin de raisonner, confesser à haute voix le saint nom de Jesus, en implorant et invoquant sans cesse l’aide des Saints et Saintes de Paradis, et encore qui plus est en rendant son esprit et inclinant la tête proféra le nom de Jesus, en signe qu’elle estoit en la foi de Dieu ; ainsi comme nous lisons de Saint Ignatius et plusieurs autres martyrs.
Item. Dit et dépose que incontinent après l’exécution, le bourreau vint à lui et son compaignon, frère Martin Ladvenu, frappé et esmeu d’une merveilleuse repentance et terrible contrition, comme tout désespéré, craignant de non savoir jamais impétrer pardon et indulgence envers Dieu, de ce qu’il avait fait à cette sainte femme. Et disoit et affermoit ce dit bourreau que nonobstant l’huile, le souffre et le charbon, qu’il avait appliqué contre les entrailles et le cueur de ladite Jeanne, toutefois il n’avait pu aucunement consommer ne 41rendre en cendres les breuilles, ne le cueur, dequoi estoit autant estonné, comme d’un miracle tout évident.
3. Déposition du frère Martin Ladvenu, du 5 jour de mars 145094.
Vénérable et religieuse personne frère Martin Ladvenu, de l’ordre des frères Prêcheurs, au couvent de Saint-Jacques de Rouen, spécial confesseur et conducteur de ladite Jeanne en ses derniers jours, fut juré et interrogué l’an et jour dessusdit sur certains articles, et premièrement touchant l’affection désordonnée de ceux qui ont traité et mené le procès et la cause. Dépose que plusieurs se sont comparus au jugement plus par l’amour des Anglais et de la faveur qu’ils avaient envers eux, que pour le bon zèle de justice et de la foi catholique. Principalement ce lui qui parle, dit du courage et de l’affection excessive de messire Pierre Cauchon, alors evesque de Beauvais sur lui, allégant deux signes d’envie ; le premier, quand ce dit evesque se portoit pour juge, commanda ladite Jeanne estre gardée ès prisons 42séculières et entre les mains de ses plus cruels ennemis mortels. Et quoiqu’il eust bien pu la faire détenir et garder aux prisons ecclésiastiques, toutefois si a-t’il permis depuis le commencement du procès jusques à la consommation icelle tourmenter et traiter très-cruellement aux prisons séculieres. Dit outre davantage ce tesmoin, qu’en la première session ou instance, l’evesque allégué requist et demanda le conseil de toute l’assistance, assavoir lequel estoit plus convenable de la garder et détenir aux prisons séculieres, ou aux prisons de l’Église ; surquoi fut délibéré qu’il estoit plus décent de la garder aux prisons ecclésiastiques, que aux autres forts. Respondit cet evesque, qu’il n’en feroit pas cela, de paour de desplaire aux Anglais ; le second signe qu’il allégue, est que le jour que cedit evesque, avec plusieurs, la déclaira hérétique, recidivée et retournée à son meffait, pource laquelle avait dedans la prison reprins habit d’homme, ledit evesque sortissans de la prison avisa le comte de Warwick et grant multitude d’Anglais entour lui, auxquels en riant dit à haute voix intelligible, farronnelle, farronnelle, il en est fait, faites bonne chere, ou paroles semblables.
Item. Dit et rapporte que à la conscience en lui proposoit et demandoit questions trop difficiles pour la prendre à ses paroles et 43à son jugement. Car c’estoit une povre femme assez simple, qui à grant peine savoit Pater noster et Ave Maria.
Item. Dépose que la simple Pucelle lui révéla que après son abjuration et renonciation on l’avoit tourmentée violentement en la prison, molestée, bastue, et deshoulée ; et qu’un millour d’Angleterre l’avoit forcée et disoit publiquement que cela estoit la cause pourquoi elle avait reprins habit d’homme : et environ la fin, dit l’evesque de Beauvais, hélas je meurs pour vous, car se m’eussiez baillée à garder aux prisons de l’Église je ne fusse pas ici.
Item. Dit et dépose que quand elle fut derrenierement preschée au vieil marché et abbandonnée à justice séculiere, combien que les juges séculiers fussent assis sur un eschaffaut, toutesfois elle ne fut nullement condamnée d’aucuns d’iceux juges : mais sans condamnation par deux sergens fut contrainte de descendre de l’eschauffaut et menée par lesdits sergens jusques au lieu où elle devoit être brûlée, et par iceux livrée entre les mains du bourreau. Et en signe de ce, peu de temps après, un appellé Georges Folenfant fut dépréhendé à cause de la foy et en crime d’hérésie, lequel fut semblablement délaissé à justice séculiere. A cette cause les Juges de la foy, c’est à 44savoir messire Loys de Luxembourg, archevêque de Rouen, et frère Guillaume Duval, vicaire de l’inquisiteur de la foi, envoyerent ledit frère Martin au bailli de Rouen, pour l’advertir qu’il ne serait pas ainsi fait dudit Georges, comme il avait été fait de la Pucelle, laquelle, sans sentence finalle et jugement définitif, fut au feu condamnée.
Item. Dit et dépose que le bourreau après la combustion, quasi quatre heures après nones, disoit que jamais n’avait tant craint à faire l’éxécution d’aucun criminel, comme il avait en la combustion de la Pucelle pour plusieurs causes ; premierement, pour le grant bruit et renom d’icelle ; secondement, pour la cruelle maniere de la lier et afficher ; car les Anglais firent faire un haut eschaffaut de plâtre, et ainsi que rapportoit ledit exécuteur, il ne la pouvait bonnement ne facilement expédier ne atteindre à elle, de quoi il estoit fort mary et avait grant compassion de la forme et cruel maniere par laquelle on la faisait mourir.
Item. Dépose de sa grande et admirable contrition, repentance et continuelle confession, en appellant toujours le nom de Jesus, et invoquant dévotement l’aide des Saints et Saintes de Paradis, ainsi comme 45frère Isambert, qui toujours l’avoit convoyée à son trespas, et raddressée en la voye de salut, ci-devant a déposé.
4. Déposition de Guillaume Manchon, premier greffier du procès de condamnation95.
Vénérable et discrette personne Mes sire Guillaume Manchon, prestre, âgé de 50 ans ou environ, chanoine de l’église collégiale Nostre-Dame d’Andely, curé de l’église parrochiale de Saint-Nicolas-le-Paincteur de Rouan, notaire en la Cour archiépiscopale de Rouan, juré et examiné l’an de grâce mil quatre-cent-quarante-neuf (1450) le 4 jour de mars ; dit et dépose qu’il fut notaire au procès d’icelle Jehanne depuis le commencement jusqu’à la fin, et avecques lui messire Guillaume Colles dit Boisguillaume.
Item. Dit que à son advis tant de la partie de ceux qui avaient la charge de mener et conduire le procès, c’est assavoir M. de Beauvais et Maistres qui furent envoyé quérir à Paris pour celle cause que aussi des Anglais à l’instance desquels les procès se faisaient, on procéda plus par haine et contemp de la quérelle du roi 46de France, que s’elle n’eust porté son parti, pour les raisons qui en suivent.
Et premièrement, dit qu un nommé maistre Nicole Loyseleur, qui estoit familier de M. de Beauvais, et tenant le parti extrêmement des Anglais ; car autrefois le roi étant devant Chartres, alla quérir le roi d’Angleterre pour faire lever le siege, feignit qu’il estoit du pays de ladite Pucelle, et par ce moyen trouva maniere d’avoir actes, parlement et familiarité avec elle, en lui disant des nouvelles du pays à lui plaisantes, et demanda estre son confesseur, et ce qu’elle disoit en secret, il trouvoit maniere de le faire venir à l’ouie des notaires, et de fait au commencement du procès ledit notaire et ledit Boisguillaume, avec tesmoins, furent mis secrettement en une chambre prochaine, où était un trou par lequel on pouvait escouter, afin qu’ils pussent rapporter ce qu’elle diroit ou confesseroit audit Loyseleur, et lui semble que ce que ladite Pucelle disoit ou rapportoit familierement audit Loiseleur, il rappor toit auxdits notaires, et de ce estoit fait mémoire pour faire interrogations au procès, pour trouver moyen de la prendre captieusement.
Item. Dit que quand le procès fut commencé, maistre Jean Lohier, solemnel clerc Normant, vint en ceste ville de47 Rouen, et lui fut communiqué ce qui en estoit escrit par ledit evesque de Beauvais ; lequel Lohier demanda dilation de deux ou trois jours pour le voir. Auquel il fut respondu qu’en la relevée il donnast son opinion, à ce fut contraint, et icelui maistre Jean Lohier, quant il eust veu le procès, il dit qu’il ne vallroit rien pour plusieurs causes ; premièrement, pour ce qu’il n’y avait point forme de procès ordinaire. Item. Il estoit traité en lieu clos et fermé, où les assistans n’estoient pas en pleine et pure liberté de dire leur pure et pleine volonté. Item. Que l’on traitoit en icelle matiere l’honneur du roi de France, duquel elle tenoit le parti, sans l’appeler ne aucun par lui. Item. Que libelles ne articles n’avoient point esté baillez, et si n’avoient quelque conseil icelle femme, qui était une simple fille, pour respondre à tant de maîtres et de docteurs, et en grandes matieres par espécial celles qui touchent par révélations comme elle disoit. Et pour ce lui sembloit que le procès n’estoit vallable. Desquelles choses M. de Beauvais fut fort indigné contre ledit Lohier, et combien que ledit Mons. de Beauvais lui dit qu’il demourast pour voir demener le procès, ledit Lohier respondit qu’il ne demoureroit point, et incontinent icelui M. de Beauvais, lors logé en la maison où demeure à 48présent Maistre Jean Bidaut, près Saint-Nicolas-le-Paincteur, vint aux maistres, c’est assavoir maistre Jean Beaupere, maistre Jacques de Touraine, Nicole Midi, Pierre Morice, Thomas de Courcelles et Loyseleur, auxquels il dit, vela Lohier qui nous veut bailler belles interlocutoires en notre procès. Il veut tout calomnier et dit qu’il ne vaut rien. Qui l’en voudroit croire, il faudroit tout recommencer, et tout ce que nous avons fait ne vaudroit rien, en récitant les causes pourquoi ledit Lohier le vouloit calomnier ; disant outre ledit M. de Beauvais, on voit bien de quel pied il cloche : par Saint-Jean nous n’en ferons rien ; nous continuerons nostre procès comme il est commencé ; et estoit lors le samedi de relevée en Caresme, et le lendemain matin celui qui parle parla audit Lohier en l’Église de Nostre-Dame de Rouan, et lui demanda qu’il lui sembloit dudit procès et de ladite Jehanne. Lequel lui respondit vous voyez la maniere comment ils procedent, ils la prendront s’ils peuvent par ses paroles, c’est assavoir ès assertions, où elle dit je sçai de certain ce qui touche les apparitions ; mais s’elle disoit il me semble, pour icelles paroles je sçai de certain, il m’est advis qu’il n’est homme qui peut la condamner. Il semble qu’ils procedent plus par haine que autrement. Et pour cette 49cause je ne me tiendrai plus ici ; car je n’y veuil plus estre, et de fait a toujours démouré depuis en cour de Rome, et y est mort doyen de la Rote.
Item. Dit que au commencement du procès, par cinq ou six journées, pour ce que cellui qui parle mettoit par escrit les responses et excusations d’icelle Pucelle, ensemble et aucunes fois les juges le vouloient contraindre en parlant en latin, qu’il mist en autres termes en muant (ou changeant) la sentence de ses paroles et en autre manieres que celui qui parle ne l’entendoit, furent mis deux hommes du commandement de M. de Beauvais en une fenestre près du lieu où estoient les Juges, et y avait une serge passant pardevant ladite fenestre, afin qu’ils ne fussent veus, lesquels deux hommes escrivoient et rapportoient ce qu’ils faisaient en la charge d’iceile Jehanne, en taisant ses excusations, et lui sembloit que c’estoit ledit Loyseleur. Et après la jurisdiction tenue en faisant collation, la relever de ce qu’ils avaient escrit. Les deux autres rapportoient en autre maniere et ne mettoient point d’excusations, dont ledit M. de Beauvais se courrouça grandement contre celui qui parle, et ès parties où il est escrit au procès. Nota, c’était où il y avait controverse et convenoit recommencer nouvelles 50interrogations sur cela, et trouva l’en ce que qui estoit escrit par celui qui parle estoit vrai.
Item. Dit qu’en escrivant ledit procès, icelui suppliant fut par plusieurs fois argué de M. de Beauvais et lesdits maistres, lesquels le vouloient contraindre à escrire selon leur imagination et contre l’entendement d’icelle ; et quant il y avait quelque chose qui ne leur plaisoit point, ils deffendoient de l’escrire, en disant qu’il ne seroit point au procès ; mais le suppliant n’écrivit oncques selon fors son entendement et conscience.
Item. Dit que maistre Jean de Fonté, depuis le commencement du procès jusques à la semaine d’après Pâques 1431, fut Lieutenant de M. de Beauvais, à l’interroguer à l’abscence dudit evesque ; lequel néanmoins toujours présent, estoit avec le dit evesque endemené du procès, et quand vint ès termes que ladite Pucelle estoit fort sommée de soi soumettre à l’Église par icelui juge de Fonté, et frère Isambert de la Pierre et Martin Ladvenu, desquels fut avertie qu’elle devoit croire et tenir que c’estoient nostre Saint-Père le Pape et ceux qui président en l’Église militante ; et qu’elle ne devoit point faire de doute de se soumettre à nostre Saint Père le Pape et au Saint Concile ; car il y avait tant de son 51parti, que d’ailleurs plusieurs notables clercs, et que ce ainsi ne le faisait elle se mettroit en grand danger. Et le lendemain qu’elle fut ainsi avertie, elle dit qu’elle se voudroit bien soumettre à nostre Saint Pere le Pape et au sacré Concile. Et quant M. de Beauvais ouit cette parolle demanda qui avait esté parler à elle le jour de devant, et manda la garde Anglaise d’icelle Pucelle, auquel demanda qui avait parlé à elle, lequel garde respondit que ce avait esté ledit de Fonté son lieutenant et les deux religieux ; et pour ce en l’absence d’iceux de Fonté et religieux ledit evesque se courrouça très-fort contre maistre Jean Magistri, vicaire de l’Inquisiteur, en les menaslant très-fort de leurs faire desplaisir et quant ledit de Fonté eut de ce connoissance, et qu’il estoit menassé pour icelle cause se parti de cette cité de Rouen, et depuis n’y retourna, et quant aux deux religieux ce n’eust esté ledit Magistri qui les excusa et supplia pour eux, en disant que se on leur faisait desplaisir jamais ne viendroit au procès, ils eussent esté en péril de mort. Et dès-lors fut deffendu de par M. de Warwick, que nul n’entrast vers icelle Pucelle, sinon M. de Beauvais ou de par lui, et toutesfois qu’il plaisoit audit Evesque, alloit devers elle ; mais ledit vicaire n’y eust point d’entrée sans lui.
52 Item. Dit que au partement du preschement (ou sermon) de Saint Ouen, après l’abjuration de ladite Pucelle ; pource que Loyseleur lui disoit, Jeanne, vous avez fait une bonne journée si Dieu plaist, et avez sauvé vostre ame. Elle demanda or ça entre vous gens d’Église menez-moi en vos prisons, et que je ne sois plus en la main de ces Anglais. Surquoi M. de Beauvais respondit menez-là où vous l’avez prinse, parquoi fut ramenée au château duquel estoit partie, et le dimanche ensuivant qui fut le jour de la Trinité, furent mandés les maistres et autres qui s’entremettoient du procès, et leurs fut dit qu’elle avait reprins son habit d’homme et qu’elle estoit renchue (ou relapse) et quand ils vinrent au château en l’absence dudit M. de Beauvais, arriverent sur eux quatre-vingt ou cent Anglais ou environ, lesquels s’adresserent à eux dans la cour dudit château, en leurs disant que entre eux gens d’Église estoient tous faux traîtres, armagnacs et faux conseillers, pourquoi à grant peine purent évader et issir (ou sortir) hors du château et ne firent riens pour icelle journée. Et le lendemain fut mandé celui qui parle, lequel respondit qu’il n’iroit point, s’il n’avait seureté pour la paour, qu’il avait eue le jour de devant ; et n’y fut point retourné, ce n’eust esté un des gens de M. de Warwick, 53qui lui fut envoyé pour seureté, par ainsi retourna et fut à la continuation du procès jusques à la fin, excepté qu’il ne fut point à quelque certain examen de gens qui parlerent à elle à part, comme personnes privées ; néanmoins M. de Beauvais le voulut contraindre à ce signer ; laquelle chose ne voulut faire.
Item. Dit qu’il vit amener ladite Jeanne à l’eschaffaut, et il y avait le nombre de sept à huit cents hommes de guerre entour elle, portant glaives et bastons, tellement qu’il n’y avait homme qui fut assez hardi de parler à elle, excepté frère Martin Ladvenu et messire Jean Massieu, et dit que patientement elle oyt le sermon tout au long, et après fit sa regraciation, ses prieres et lamentations, moult notablement et dévotement, tellement que les juges, prélats et tous les autres assistans furent provoquez à grans pleurs et larmes de lui voir faire ses piteables regrets et douloureuses complaintes, et dit le déposant que jamais ne ploura tant pour chose qui lui advint, et que par un mois après ne s’en pouvait bonnement appaiser. Parquoi d’une partie de l’argent qu’il avait eu du procès, il acheta un petit messel, qu’il a encore, afin qu’il eut cause de prier pour elle, et au regard de finale pénitence, il ne vit oncques plus grant signe à Chrétien.
54 Item. Dit qu’il est recolant que au prêchement fait à Saint Ouen, par maistre Guillaume Erard, entre autres paroles fut dit et proféré par ledit Erard ce qui s’en suit. Ha ! noble Maison de France, qui a toujours esté protectrice de la foy, as-tu esté ainsi abusée de te adhérer à une hérétique et schismatique, c’est grand pitié. À quoi ladite Pucelle donna réponse de laquelle ledit déposant ne se recorde point, excepté qu’elle faisait grant louange à son Roi, en disant que c’estoit le meilleur Chrétien et plus sage qui fut au monde. Parquoi il fut commandé audit Massieu, par ledit Erard et par M. de Beauvais, faites la taire.
5. Déposition de maître Jean Massieu, prêtre-curé de l’une des portions de l’église paroissiale de Saint-Candide de Rouen, jadis doyen de la chrétienté de Rouen96.
Juré et examiné le Ve jour de mars, dit qu’il fut au procès de ladite Jehanne, toutes les fois qu’elle fust présentée en jugement devant les juges et clercs, et à cause de son office estoit députée clerc de messire Jehan Benedicite, promoteur en la cause pour citer ladite Jehanne et tous autres qui seraient à évoquer en icelle cause, et semble 55audit déposant, à cause de ce que veit, que on procéda par haine, par faveur et en déprimant l’honneur du Roi de France, auquel elle servoit, par vengeance afin de la faire mourir, et non pas selon raison et l’honneur de Dieu et de la foy catholique meu ad ce dire. Car quant M. de Beauvais, qui estoit juge en la cause, accompagné de six clercs, c’est à savoir de Beaupere, Midi, Morisse, Touraine, Courcelles et Feuillet ou aucun autre en son lieu ; premièrement, l’interroguoit devant qu’elle eut donné sa réponse à un autre des assistans, lui interjettoit une autre question pourquoi elle estoit souvent précipitée en troubles en ses réponses, et aussi comme le dit déposant par plusieurs fois amenast icelle Jehanne du lieu de la prison au lieu de la jurisdiction, et passoit pardevant la chapelle du chasteau, et icelui déposant souffrit, à la requête de ladite Jehanne, qu’en passant elle fit son oraison. Pourquoi icelui déposant fut de ce plusieurs fois reprins par ledit Benedicite, promoteur de ladite cause, en lui disant, truant qui te fait si hardi de laisser approcher celle P… excommuniée de l’Église, sans licence, je te ferai mettre en telle tour, que tu ne verras lune ne soleil d’ici à un mois, si tu le fais plus. Et quant ledit promoteur apperçeut que ledit déposant n’obéissoit point adès, 56ledit Benedicite se mist par plusieurs [fois] au-devant de l’huis de la chapelle, entre iceux déposant et Jehanne, pour empêcher qu’elle ne fist son oraison devant la dite chapelle ; et demandoit expressément ladite Jehanne, y est le corps de Jesus-Christ, meu aussi ad ce, car il la ramena en la prison de devant les juges. La quarte ou quinte journée un prestre appellé messire Eustache Turquetil, interrogua ledit exposant, en lui disant que te semble de ces réponses, sera-t’elle arse, que sera-ce ? Auquel ledit déposant respondit jusques à ici je n’ai veu que bien et honneur à elle. Mais je ne sçai quelle sera à la fin, Dieu le saiche ; laquelle response fust par ledit prestre rapportée, vers les gens du Roi, et fust relatée que ledit déposant n’estoit pas bon pour le Roi, et à ceste occasion fust mandé [à] la relevée par ledit Mons. de Beauvais, juge, et lui par lesdites choses en lui disant, qu’il se gardast de mesprendre, ou on lui feroit boire une fois plus que raison, et lui semble que ce n’eust esté le notaire Manchon, qui se excusa il n’en fust oncques échappé.
Item. Dit que quant elle fust menée à Saint Ouen pour estre preschée par maistre Guillaume Erard, durant le preschement, environ la moitié du preschement, après ce que ladite Jehanne eust esté moult 57blasmée par les paroles dudit prescheur, il commença à s’écrier à haute voix, disant : ha ! France, tu es bien abusée, qui as toujours esté la chambre très-Chrétienne, et Charles, qui se dit Roy et de toy gouverner, s’est arresté comme hérétique et schismatique, tel est-il, aux paroles et faits d’une femme inutile, diffamée et de tout deshonneur pleine, et non pas lui seulement, mais tout le clergé de son obéissance et seigneurie par lequel elle a été, examinée et non reprinse, comme elle a dit et dudit Roy. Répliqua (ou répéta) deux ou trois fois icelles paroles : et depuis soy addressant à ladite Jehanne, dit en effet, en levant le doigt, c’est à toi Jehanne à qui je parle et te dis que ton Roy est hérétique et scismatique. A quoi elle répondit, par ma foy, sire, révérence gardée ; car je vous ose bien dire et jurer, sur peine de ma vie, que c’est le plus noble Chrétien de tous les Chrétiens, et qui mieux aime la foi et l’Église, et n’est point tel que vous dites. Et lors ledit prescheur dit à celui qui parle, fais la taire.
Item. Dit que ladite Jehanne n’eust oncques aucuns consuls (ou conseils) et lui souvent bien que ledit Loyseleur fut une fois ordonné à la conseiller, lequel lui estoit, contraire plutôt pour la decevoir que pour la conduire.
58 Item. Dit que ledit Erard, à la fin du preschement, lut une cedule contenante les articles de quoi il la causoit (ou engageoit) de abjurer et revoquer. A quoi ladite Jehanne lui répondit qu’elle n’entendoit point que c’estoit adire abjurer, et que sur ce elle demandoit conseil, et alors fut dit par ledit Erard à cellui qui parle, qu’il la conseillast sur cela. Ce dont après excusation de se faire, lui dit que c’estoit adire que s’elle alloit à l’encontre d’aucuns des dits articles, elle serait arse ; mais lui conseilloit qu’elle se rapportast à l’Église universelle, s’elle devoit abjurer lesdits articles ou non, laquelle chose elle fit en disant à haute voix audit Erard, je me rapporte à l’Église universelle, se je les dois abjurer ou non, à quoi lui fut répondu par ledit Erard, tu les abjureras présentement, ou tu seras arse (ou brûlée) et de fait avant qu’elle partit de la place, les abjura et fit une croix d’une plume que lui bailla le dit déposant.
Item. Dit icelui qui parle que au département dudit sermon advisa (ou conseilla) ladite Jehanne qu’elle requist estre menée aux prisons de l’Église, puisque l’Église la condamnoit. La chose fut requise à l’évêque de Beauvais par aucuns des assistans, desquels il ne sçait point les noms. À quoi ledit evesque respondit, menez-là au Château, dont elle 59est venue, et ainsi fut fait. Et ce jour après disner en présence du conseil de l’Église déposa l’habit d’homme et print habit de femme, ainsi que ordonné lui estoit, et lors estoit jeudi ou vendredi après la Pentecoste, et fut mis l’habit d’homme en un sac en la même chambre, où elle estoit détenue prisoniere et demoura en garde audit lieu entre les mains de cinq Anglais, dont en demouroit de nuit trois en chambre et deux dehors à l’huis de ladite chambre ; et sçait de certain celui qui parle, que de nuit elle estoit couchée, ferrée par les jambes de deux paires de fer à chaînes et attachée moult et étroitement d’une chaîne traversante par les pieds de son lict, tenante à une grosse piece de bois de la longueur de cinq ou six pieds à clef, pourquoi ne pouvait mouvoir de la place. Et quant vint le dimanche matin ensuivant qu’il estoit jour de la Trinité, qu’elle se deut lever, comme elle rapporte et dit à celui qui parle, demanda à iceux Anglais ses gardes, defferrez-moi, si me leverai, et lors un d’iceux Anglais lui osta ses habillemens de femme, que avait sur elle et viderent le sac oùquel estoit l’habit d’homme, et ledit habit jetterent sur elle en lui disant lieve toy et mucerent l’habit de femme audit sac et à ce qu’elle disoit elle se vestit de l’habit d’homme, qu’ils lui avaient baillé, en60disant, Messieurs, vous savez qu’il m’est deffendu : sans faute je ne le prendrai point, et néanmoins ne lui en voulurent bailler d’autre ; en tant qu’en ce débat demoura jusques à l’heure de midi ; et finablement pour nécessité de corps fut contrainte de issir (ou sortir) dehors et prendre ledit habit ; et après qu’elle fut retournée, ne lui en voulurent point bailler d’autre, nonobstant quelque supplication ou requeste qu’elle en fit. Interrogué à quel jour elle leur dit ce qu’il dépose de la relation d’elle. Dit que ce fut le mardi ensuivant devant disner : auquel jour le promoteur se départit pour aller avec M. de Warwick, et lui qui parle demoura seul avec elle, et incontinent demanda à ladite Jehanne, pourquoi elle avait prins ledit habit d’homme, et elle lui dit et respondit ce que dessus est dit. Interrogué s’il fut ledit dimanche jour de la Trinité au château après disner avec les consuls (ou conseils) et gens d’Église qui avaient été mandés, pour voir comme elle avait reprins habit d’homme ; dit que non, mais les rencontra auprès du château moult esbahis et espouvrez (ou espouvantez) et disoient que moult furieusement avoient esté reboutez par les Anglais à haches et glaives, et appellez traîtres et plusieurs autres injures.
Item. Dit que le mercredi ensuivant, jour qu’elle fut condamnée, et devant qu’elle 61partist du château, lui fut apporté le corps de Jesus-Christ irrévérentement sans estolle et lumiere, dont frère Martin qui l’avoit confessée fut mal content, et pour ce fut renvoyé querir une estolle et de la lumiere, et ainsi frère Martin l’administra, et ce fait fut menée au vieil marché, et à costé d’elle estoit ledit frère Martin et celui qui parle, accompagnés de plus de 800 hommes de guerre ayans haches et glaives ; et elle estant au vieil marché, après la prédication, en laquelle elle eust grande constance et moult paisiblement l’ouit, monstrans grans signes et évidences et cleres apparences de sa contrition, pénitence et ferveur de foy, tant par les piteuses et dévotes lamentations, et invocations de la benoiste Trinité et de la benoiste glorieuse Vierge Marie, et de tous les benoists Saints de Paradis, en nommant expressément plusieurs d’iceux Saints, èsquelles dévotions, lamentations et vraie confession de la foy, en requérant aussi à toutes manieres de gens de quelque condition ou estat qu’ils fussent, tant de son parti que d’autre, mercy tres-humblement, en requérant, qu’ils voulsissent prier pour elle, en leurs pardonnant le mal qu’ils lui avaient fait. Elle persévéra et continua très-longue espace de temps, comme de une demie heure et jusques à la fin, dont les juges assistans et 62même plusieurs Anglais furent provoquez à grandes larmes et pleurs, et de fait très-amèrement en pleurerent ; et aucuns et plusieurs d’iceux, mêmes Anglais, reconnurent et confesserent le nom de Dieu, voyant si notable fin et estoient joyeux d’avoir esté à la fin, disant que ce avait esté une bonne femme ; et quant elle fut délaissée par l’Église, cellui qui parle estoit encore avec elle, et à grande dévotion demanda à avoir la croix : et ce voyant un Anglais qui estoit là présent, en fit une petite de bois du bout d’un baston, qu’il lui bailla et dévotement la receut et la baisa, en faisant piteuses lamentations et recognitions (ou retours) à Dieu nostre rédempteur qui avait souffert en la croix pour nostre rédemption, de laquelle croix elle avait le signe et représentation, et mis icelle croix en son sein, entre sa chair et vestemens ; et outre demanda humblement à cellui qui parle qu’il lui fist avoir la croix de l’Eglise, afin que continuellement elle la puisse voir jusques à la mort. Et celui qui parle fist tant que le clerc de la paroisse de Saint Sauveur lui apporta : laquelle apportée elle l’embrassa moult étroitement et longuement, et la tint jusques à ce qu’elle fut liée à la tache. En tant qu’elle faisait lesdites dévotions et piteuses lamentations, fut fort précipitée par les Anglais et même 63par autres capitaines de leurs laisser en leurs mains pour plutôt la faire mourir, disant à cellui qui parle, qui à son entendement la reconfortoit en l’eschaffaut : comment, nous ferez-vous ici disner ? Et incontinent sans aucune forme ou signe de jugement à l’envoyerent au feu, en disant au maistre de l’œuvre, fais ton office : et ainsi fut menée et attachée, et en continuant les louanges et lamentations dévotes envers Dieu et ses Saints dès le derrain (ou dernier) mot en trespassant cria à haute voix Jesus.
VI. Déposition du seigneur Jean d’Aulon, chevalier, conseiller du roi et sénéchal de Beaucaire, faite à Lyon le 28 jour de mai 145697.
1. Avertissement.
Le seigneur Jean d’Aulon, maître-d’hôtel du roi, et sénéchal de Beaucaire, avait eu une connaissance trop intime de la Pucelle pour que son témoignage ne fut pas recherché par les commissaires nommés par le Saint-Siège : c’est ce qui engagea l’archevêque de Reims, chef de cette commission, à autoriser le père Jean Desprez (De Patris), 64docteur en théologie, de l’ordre des frères prêcheurs, ou de Saint-Dominique, vice-inquisiteur de France, de recevoir à Lyon où il était, la déposition du seigneur Jean d’Aulon ; ce qu’il exécuta le 28 jour de mai de l’an 1456, en la manière suivante. Le seigneur Jean d’Aulon représenta d’abord la lettre de mondit sieur l’archevêque de Reims, premier commissaire en cette partie, ainsi qu’il s’ensuit.
2. Lettre de l’archevêque de Reims au seigneur Jean d’Aulon.
À Mon très-cher seigneur et frère messire Jehan d’Aulon, conseiller du Roy, et sénéchal de Beaucaire.
Très-cher seigneur et frère, je me recommande à vous tant comme je puis, et est vrai que dès ce que j’estoie à Saint Porsain devers le Roi, je vous escrivis du procès faict contre Jehanne la Pucelle par les Anglais, par lequel ils veulent maintenir qu’elle avait esté sorciere et hérétique et invocatrice de diables, et que par ce moyen le Roi avait recouvert son royaume, et aussi ils tenoient le Roi et ceux qui l’ont servi hérétiques ; et pour de ce que sa vie et conversation et de son gouvernement savez bien et largement, je vous prie que ce que en savez 65veuillez l’envoyer par escript, signé de deux notaires apostoliques et d’un inquisiteur de la foy, car j’ai reçeu bulles par deça pour révoquer tout ce que les ennemis ont faict touchant ledict procès. Escript à Paris ce 20 jour d’apvril (1456). Signé l’Archevesque et Duc de Reims.
Et sur-le-champ ledit seigneur sénéchal, ayant prêté serment entre les mains du vice-inquisiteur, a affirmé que le certificat par lui présenté aux notaires apostoliques, est véritable, ainsi qu’il s’ensuit.
3. Certificat du seigneur Jean d’Aulon.
Et premièrement, dict que vingt-huit ans a ou environ, le roi nostre sire estant lors en la ville de Poictiers, lui fut dict que ladicte Pucelle, laquelle estoit des parties de Lorraine, avait été amenée audit seigneur par deux gentilshommes, eux disans estre à messire Robert de Baudricourt, chevalier, l’un nomé Bertrand et l’autre Jehan de Metz, présentée, pour laquelle voir, lui qui parle alla audit lieu de Poictiers. Dict que après ladicte présentation parla ladite Pucelle au roi nostre sire secretement, et lui dict aucunes choses secrettes, quelles il ne sçait, fors tant que 66peu de temps après, icelui seigneur envoya quérir aucuns des gens du conseil, entre lesquels estoit ledict déposant lors, auxquels, il dict que ladicte Pucelle lui avait dict, qu’elle estoit envoyée de par Dieu, pour lui aider à recouvrer son royaume, qui pour lors pour la plus grant partie était occupé par les Anglais, ses ennemis anciens ; dict que après ces paroles par ledict seigneur aux gens de sondict conseil déclarées, fut advisé interroger ladite Pucelle, qui pour lors estoit de l’âge de seize ans ou environ, sur aulcuns points touchant sa foy. Dict pour ce faire fit venir ledit seigneur certains maistres en théologie, juristes et aultres gens expers, lesquels l’examinerent et interrogerent sur iceulx points bien diligemment. Dict qu’il estoit présent audit conseil, quand iceulx maistres firent leur rapport de ce que avaient trouvé de ladite Pucelle, par lequel fut par l’un d’eux dict publiquement, qu’ils ne voyoient, sçavoient, ne connoissoient en icelle Pucelle aucune chose, fors seulement tout ce qui peut estre en bonne chrestienne, en vraye catholique, et que pour telle la tenoient et estoit leur avis que estoit une très-bonne personne.
Dict aussi que ledict rapport fait audict seigneur par lesdicts maistres, fut depuis icelle Pucelle baillée à la royne de Cicile, 67mère de la royne nostre souveraine dame, et à certaines dames estant avecq elle, par lesquelles icelle Pucelle fust venue, visitée, et secretement regardée et examinée ès secretes parties de son corps : mais après ce qu’elles eurent veu et regardée tout ce qui faisait à regarder en ce cas, ladite dame dict et relata au roi, qu’elle et sesdictes dames trouvoient certainement que c’estoit une vierge et entiere pucelle, en laquelle n’aparroissoit aucune corruption ou violence. Dict qu’il estoit présent quant ladite dame fist sondict rapport.
Dict outre, que après ces choses oyes, le roi considérant la grande bonté qui estoit en icelle Pucelle, et ce qu’elle lui avait dict que par de Dieu lui estoit envoyé ; fust par ledict seigneur conclu en son conseil que il s’aideroit d’elle au fait de ses guerres, attendu que pour ce faire lui estoit envoyée ; dict que adonc fut délibéré qu’elle serait envoyée dedans la cité d’Orléans, laquelle estoit adonc assiégée par ses dicts ennemis. Dict que pour ce lui furent baillés gens pour le service de sa personne et aultres pour la conduite d’elle. Dict que pour la conduite d’icelle fut ordonné ledit déposant par le roy nostre sire : dict aussi que pour la seureté de son corps ledict seigneur feist faire à ladite Pucelle harnois tout propres pour sondit corps. Et ce fait 68lui ordonna certaine quantité de gens d’armes pour icelles et ceux de sadite compagnie mener et conduire seurement audit lieu d’Orléans. Dict que incontinent après se mit à cheminer avec sesdits gens pour aller celle part.
Dict que tantost après qu’il vint à la connoissance de monsieur de Dunois, que pour lors on appelloit M. le bastard d’Orléans, lequel estoit en ladite cité pour la préserver et garder desdits ennemis, que ladite Pucelle venoit celle part, tantost feist assembler certaine quantité de gens de guerre, pour lui aller au-devant, comme la Hyre et autres ; et pour ce faire et plus seurement l’amener et conduire en ladite ville et cité se mirent icelui seigneur et sesdits gens en ung basteau, et par la riviere de Loire allerent au devant d’elle environ un quart de lieue et la trouverent. Dict qu’incontinent entra ladite Pucelle et il qui parle audit basteau, et le résidu de ses gens de guerre s’en retournerent vers Blois ; et avec messire de Dunois et ses gens entrerent en ladite cité seurement et sauvement en la quelle mondit seigneur de Dunois la feist loger bien honnêtement en l’hôtel d’un des notables bourgeois d’icelle cité.
Dict que après ce que mondit seigneur de Dunois, la Hyre et certains autres capitaines du parti du roi nostre sire, eurent 69conféré avec la Pucelle, qu’estoit expédient de faire la tuition, garde et deffense de ladite cité, et aussi par lequel moyen on pourroit mieux grever lesdits ennemis ; fust entre eux advisé et conclu qu’il estoit nécessaire faire venir certain nombre de gens d’armes de leurdit party, qui estoient lors ès parties de Blois, et les failloit aller quérir. Pour laquelle chose mettre en exécution, et pour iceulx amener en ladite cité, furent commis mondit seigneur de Dunois, il qui parle et certains autres capitaines, avec leurs gens, lesquels allerent audit pays de Blois pour iceulx amener et faire venir.
Dict que ainsi qu’ils furent prest à partir pour aller quérir iceulx qui estoient audit pays de Blois, et qu’il vint à la notice de la Pucelle, incontinent monta icelle à cheval et la Hyre avec elle, et avec certaine quantité de ses gens, issit hors aux champs, pour garder que lesdits ennemis ne leurs portassent nuls dommages. Et pour ce faire se mist ladite Pucelle avec sesdits gens entre l’ost desdits ennemis et ladite cité d’Orléans, et y fit tellement que nonobstant la grant puissance et nombre de gens de guerre estant en l’ost desdits ennemis, toutesfois la mercy Dieu, passerent lesdits seigneur de Dunois et il qui parle avec toutes leurs gens, et seurement allerent 70leur chemin, et pareillement s’en retourna ladite Pucelle et sesdits gens en ladite cité. Dict ainsi que tantôt qu’elle sçut la venue des dessusdits, et qu’ils amenoient les autres que estoient allez quérir pour le renfort de ladite cité, incontinent monta à cheval icelle Pucelle, et avecques une partie de ses gens alla au-devant d’iceulx pour leurs subvenir et secourir se besoin en eust esté.
Dict que au veu et sceu des ennemis entrerent lesdits Pucelle et Dunois, mareschal la Hyre, il qui parle et leurs dits gens en icelle cité, sans contradiction quelconque. Dict plus, que ce même jour après disner vint mondit sieur de Dunois au logis de ladite Pucelle, auquel il qui parle et elle avaient disné ensemble, et en parlant à elle, lui dit icelui sieur de Dunois, qu’il avait sçeu pour vrai par gens de bien que un nommé Fascolf, capitaine desdits ennemis, devoit de brief venir par devers iceulx ennemis, estant audit siege, tant pour leurs donner secours et renforcer leurs ost, comme aussi pour les avitailler, et qu’il estoit déjà à ce invité ; desquelles paroles ladite Pucelle fut toute resjouie, ainsi qu’il sembla à qui il parle, et dit à mondit sieur de Dunois telles paroles ou semblables : Bastard, Bastard au nom de Dieu je te commande que tantost que tu sçauras la venue 71 dudit Fascolf, que tu le me fasses savoir, car s’il passe sans que je le sache, je te promets que je te ferai oster la tête. A quoi lui respondit ledit sieur Dunois, que de ce ne se doutast, car il le lui feroit bien sçavoir.
Dict que après ces paroles, il qui parle, lequel estoit las et travaillé, se mist sur une couchette en la chambre de ladite Pucelle pour un pou soy reposer : et aussi se mist icelle avecques sadite hôtesse sur un autre lit pour pareillement soy dormir et reposer ; mais ainsi que ledit déposant commençoit à prendre son repos, soudainement icelle Pucelle se leva dudit lit en faisant grant bruit l’esveilla, et lors lui demanda il qui parle, qu’elle vouloit ; laquelle lui respondit en nom de … mon conseil m’a dit que je voise contre les Anglais ; mais je ne sçay se je dois aller à leurs bastilles, ou contre Fascolf qui les doit avitailler. Surquoi se leva ledit déposant incontinent, et le plutôt qu’il pust arma ladite Pucelle. Dict que ainsi qu’il armoit oyrent grant bruit et grant cry, que faisaient ceux de ladite cité, en disant que les ennemis portoient grand domage aux Français, et adonc il qui parle pareillement se fit armer, en quoi faisant sans le sçeu d’icelui s’en partist ladite Pucelle de la chambre et issit en la rue, où elle trouva un page monté sur un cheval, lequel à coup fit descendre 72dudit cheval et incontinent monta dessus, et le plus droit et plus diligemment qu’elle put, tira son chemin droit à la porte de Bourgogne, où le plus grand bruit estoit. Dict que incontinent il qui parle suivit ladite Pucelle : mais sitôt ne sçut aller, qu’elle ne fut ja à icelle porte. Dict que ainsi qu’ils arriveroient à icelle porte, virent que l’on apportoit l’un des gens d’icelle cité, lequel estoit très-fort blessé. Et adonc ladite Pucelle demanda à ceux qui le portoient qui estoit celui homme, lesquels lui répondirent que c’était ung Français, et lors elle dit que jamais n’avait vu sang de Français que les cheveux ne lui levassent en sur. Dict que à celle heure ladite Pucelle et plusieurs autres gens de guerre en leur compagnie, issirent hors de ladite cité pour donner secours auxdits Français, et grever lesdits ennemis à leur pouvoir ; mais ainsi qu’ils furent hors d’icelle cité, fut advis à il qui parle, que oncques n’avait veu tant de gens d’armes de leur parti, comme il fit lors : dit que de ce pas tirerent leur chemin vers une très-forte bastille desdits ennemis appellée la bastille Saint Loup, laquelle incontinent par lesdits Français fut assaillie et à très-peu de perte d’iceux prinse d’assaut et tous les ennemis estans en icelle morts et reprins, demeura ladite Bastille ès mains desdits Français. Dict que ce fait se retrahirent 73ladite Pucelle et ceux de sadite compagnie en ladite cité d’Orléans, en laquelle ils se rafraîchirent et reposerent pour icelui jour. Dict que le lendemain ladite Pucelle et sesdits gens voyans la grande victoire par eux le jour précédent obtenue sur leursdits ennemis, issirent hors de ladite cité en bonne ordonnance pour aller, assaillir certaine autre bastille estant devant ladite cité, appellée la bastille Saint Jehan-le-Blanc, pour laquelle chose faite pour ce qu’ils virent que bonnement ils ne pouvoient aller par terre à icelle bastille, obstant ce que lesdits ennemis en avaient faite une autre très-forte au pied du pont de la dite cité, tellement que leur estoit impossible y passer, fut conclu entre eux passer en certaine isle, estant dedans la riviere de Loire et illec feroient leur assemblée pour aller prendre ladite bastille de Saint Jehan-le-Blanc, et pour passer l’autre bras de ladite riviere de Loire firent amener deux basteaux, desquels ils firent un pont pour aller à ladite Bastille. Dict que ce fait, allerent vers ladite bastille, laquelle ils trouverent toute desemparée pour ce que les Anglais, qui étaient en icelle, incontinent qu’ils apperçurent la venue desdits Français, s’en allerent et retrahirent en une autre plus forte et plus grosse bastille, appellée la bastille des Augustins. Dict que voyant lesdits 74Français n’être puissans pour prendre ladite bastille, fut conclu que ainsi s’en retourneroient sans rien faire. Dict que pour plus sûrement eux retourner et passer, fut conclu et ordonné demourer derriere des plus notables et vaillans gens de guerre du parti desdits Français, afin de garder que lesdits ennemis ne les pussent grever eux en retournant ; et pour ce faire furent ordonnez, messieurs de Gaucourt, de Villars, lors sénéchal de Beaucaire, et il qui parle.
Dict que ainsi que lesdits Français s’en retournoient de ladite Bastille de Saint Jehan-le-Blanc pour entrer en ladite isle, lors ladite Pucelle et la Hyre passerent tous deux chacun à un cheval en bateau de l’autre part d’icelle isle, sur lesquels chevaux ils monterent incontinent qu’ils furent passez chacun sa lance en sa main. Et adonc qu’ils apperçurent que lesdits ennemis sailloient hors de la bastille pour courir sur leurs gens, incontinent ladite Pucelle et la Hyre, qui étaient toujours au-devant d’eux pour les garder, coucherent leurs lances et tous les premiers commencerent à frapper sur lesdits ennemis en telle maniere, que à force les contraignirent eux retaire et entrer en ladite bastille des Augustins, et en ce faisant il qui parle étant en la garde d’un pas, avec aucuns autres pour ce establis et ordonnez, entre lesquels estoit 75un bien vaillant homme d’armes du pays de Espagne, nommé Alphonse de Partada, virent passer pardevant eux un autre homme d’armes de leur compagnie, grant et bien armé, auquel pource qu’il passoit outre, il qui parle dit que illec demourast un peu avec les autres pour faire résistance auxdits ennemis ou cas que besoin serait ; par lequel lui fust incontinent respondu, qu’il n’en feroit rien : et adonc ledit Alphonse lui dit que ainsi y pouvait-il demourer que les autres, et qu’il y en avait d’aussi vaillans comme lui qui démouroient bien ; lequel respondit à icelui Alphonse que non faisait pas lui, sur quoi eurent entre eux certaines arrogantes paroles, et tellement qu’ils conclurent aller eux deux l’un quant l’autre sur lesdits ennemis, et adonc serait veu qui serait le plus vaillant, et qui mieux d’eux deux feroit son devoir, et eux tenans par les mains le plus grant cours qu’ils purent, allerent vers ladite bastille desdits ennemis, et furent jusques au pied du palis ; là que ainsi qu’ils furent audit palis d’icelle bastille, il qui parle vit dedans ledit palis un grant, fort et puissant Anglais, bien en point et armé, et qui leur résistoit tellement, qu’ils ne pouvoient entrer audit palis. Et lors il qui parle montra ledit Anglais à nommé Maistre Jehan le Canonier, en lui disant qu’il tirast à icelui Anglais ; 76car il faisait trop grant grief et portoit moult de domaiges à ceux qui vouloient approcher ladite bastille ; ce que fit ledit Maistre Jehan ; car incontinent qu’il l’apperçut, il addressa son trait vers lui, tellement qu’il le jetta mort par terre, et lors, lesdits deux hommes d’armes gagnerent le passage par lequel tous les autres de leur compagnie passerent et entrerent en ladite bastille, laquelle très-asprement et à grant diligence ils assaillirent de toutes parts, par tel parti que dans peu de temps ils la gagnerent et prinrent d’assault, et là furent tuez et prins la pluspart desdits ennemis, et ceux qui se peurent saulver, se retrahirent en la bastille des Tournelles, estant au pied du pont, et par ainsi obtinrent ladite Pucelle et ceux qui estoient avec elle, victoire sur leursdits ennemis pour icelui jour, et fut ladite bastille gagnée, et demourerent devant icelle lesdits sieurs et leurs gens avec ladite Pucelle icelle nuit. Dict plus, que le lendemain au matin envoya quérir tous les seigneurs et capitaines estans devant ladite bastille prinse, pour adviser qu’estoit plus à faire par le advis desquels fut conclu et délibéré assaillir, ce jour un gros boullevart que lesdits Anglais avaient fait devant ladite bastille à Tournelles, et qu’il estoit expédient l’avoir et gaigner devant que faire aultre chose, 77pour laquelle chose faire et mettre en exécution allerent d’une part et d’autre lesdits Pucelle, capitaines et leurs gens icelui jour bien matin devant ledit boulevart, auquel ils donnerent l’assaut de toute parts, et de le prendre firent tous leurs efforts, et tellement qu’ils furent devant icelui boulevart depuis le matin jusques au soleil couchant, sans icelui pouvoir prendre ne gaigner. Et voyant lesdits seigneurs et capitaines estant avec elle, que bonnement pour ce jour ne le pouvoient gaigner, considéré l’heure qu’estoit fort tarde, et aussi que tout estoient fort las et travaillez, fut conclu entre eux faire sonner la retraite dudit ost ; ce qui fut fait et à son de trompettes sonné que chacun se trahist pour icelui jour, en faisant laquelle retraite, obstant ce que icelui que portoit l’estendart de la dite Pucelle et le tenoit encore debout devant ledit boulevart estoit las travaillé, bailla ledit estendart à nommé le Basque, qui estoit audit seigneur de Villars ; et pour ce que il qui parle, cognoissoit ledit Basque estre vaillant homme, et qu’il doutoit que l’occasion de ladite retraite mal ne s’en ensuivist, et que lesdites bastille et boullevart demeurast ès mains desdits ennemis, eut imagination que ce ledit estendart estoit bouté en avant pour la grant affection, qu’il congnoissoit estre ès gens 78de guerre estans illec, ils pouroient, par ce moyen, gaigner icelui boulevart, et lors demanda il qui parle audit Basque s’il entroit et alloit au pied dudit boulevart, s’il le suivroit, lequel il lui dit et promit de ainsi le faire, et adonc entra il qui parle dedans ledit fossé, et alla jusques au pied de la doue dudit boulevart, soy couvrant de sa tangette pour doubte des pierres, et laissa sondit compaignon de l’autre costé, lequel il cuidoit qu’il le dust suivre pié à pié. Mais pour ce que quant ladite Pucelle vist son estendart ès mains dudit Basque, et qu’elle le cuidoit avoir perdu, ainsi que celui qui le portoit estoit entré audit fossé, vint la dicte Pucelle, laquelle print ledit estendart par le bout en telle maniere qu’il ne le pouvait avoir, en criant, ha, ha, mon estendart, mon estendart, et branloit ledit estendart en maniere que l’imagination du déposant estoit que en ce faisant les autres cuidassent qu’elle leur fist quelque signe : et lors il qui parle s’escria et dit : ha Basque, est-ce que tu m’as promis. Et adonc ledit Basque tira tellement ledit estendart, qu’il le arracha des mains de ladite Pucelle et porta ledit estendart ; et ce fait, alla, il qui parle et porta ledit estendart, à l’occasion de laquelle chose tous ceux de l’ost de ladite Pucelle s’assemblerent et derechef se raillerent, et par si grand aspresse assaillirent 79ledit boulevart, que dedans peu de temps après icelui boulevart de ladite bastille fut par eux prins et desdits ennemis abandonné, et entrerent lesdits Français dedans la cité d’Orléans par sur le pont. Et dit il qui parle, ce jour même il avait oui dire à ladite Pucelle, au nom de Dieu on entrera en nuit en la ville par le pont. Et ce fait se retrahirent icelle Pucelle et ses dits gens en ladite ville d’Orléans, en laquelle il qui parle la fist habiller, car elle avait été blessée d’un traict audit assault. Dict aussi que le lendemain tous les Anglais, qui encore estoient demourez devant ladite ville de l’autre part d’icelle bastille des Tournelles, leverent leur siege et s’en allerent comme tous confus, desconfits et par ainsi moyennant l’aide nostre Seigneur et de ladite Pucelle, fut ladite cité délivrée des mains des ennemis. Dict encore que certain temps après le retour du sacre du roi, fust advisé par son conseil, estant lors à Meung-sur-Yevre, qu’il estoit très-nécessaire recouvrer la ville de la Charité que tenoient lesdits ennemis ; mais qu’il falloit avant prendre la ville de Saint Pierre-le-Moustier, que pareillement tenoient iceux ennemis ; dict que pour ce faire et assembler gens à ladite Pucelle en la ville de Bourges, en laquelle elle fit son assemblée, et delà avec certaine quantité 80de gens d’armes, desquels mondict sieur d’Albret estoit le chef, allerent assiéger ladite ville de Saint Pierre-le-Moustier ; et dit que après ce que ladite Pucelle et ses dits gens eurent tenus le siege devant ladite ville, par aucun temps, qu’il fust ordonné donner l’assault à icelle ville, et ainsi fut fait et de la prendre firent leur devoir ceux qui là estoient ; mais obstant le grand nombre de gens d’armes estans en ladite ville, la grant force d’icelle, et aussi la merveilleuse résistance que ceux de dedans faisaient, furent contraints et forcez eux retraire pour les causes dessusdites, et à celle heure il qui parle lequel estoit blessé d’un traict parmi le talon, tellement que sans potences ne pouvait se soustenir ne aller, vit que ladite Pucelle estoit demouré très-petitement accompagnée de ses gens ne d’autres. Et doutant il qui parle que inconvénient ne s’en ensuivit, monta sur un cheval et incontinent tira vers elle et lui manda qu’elle faisait là ainsi seule, et pourquoi elle ne se retiroit comme les autres, laquelle après ce qu’elle eut osté sa salade de dessus sa tête, lui respondit qu’elle n’estoit pas seule, et que encore avait elle en sa compagnie cinquante mille de ses gens, et que d’illec ne partiroit jusques à ce qu’elle eust prins ladite ville. Et dit il qui parle que à celle heure quelque chose qu’elle dit, n’avoit 81pas avec elle plus de quatre ou cinq hommes, et ce sçait-il certainement et plusieurs autres, qui pareillement la virent. Pour laquelle cause lui dit derechef qu’elle s’en allast d’illec et se retirast comme les autres faisaient. Et adonc lui dist qu’il lui fist apporter des fagots et clayes pour faire un pont sur les fossez de ladite ville, afin que ils y pussent mieux approcher, et en lui disant ces paroles s’écria à haute voix et dit, aux fagots et aux clayes, afin de faire le pont, lequel incontinent après fut faict et dressé. De laquelle chose icelui déposant fut tout émerveillé, car incontinent ladite ville fut prinse d’assault sans y trouver pour lors trop grant résistance, et dit il qui parle que tous les faits de ladite Pucelle lui sembloient plus faits divins et miraculeux, que autrement, et qu’il estoit impossible à une si jeune Pucelle faire telles œuvres, sans le vouloir et conduite de nostre Seigneur.
Dict aussi il qui parle, par lequel par l’espace d’un an entier, par le commandement du roi nostredit sire, demeura en la compagnie de ladite Pucelle, que pendant icelui temps il n’a veu ne congneu en elle chose qui doit estre en une bonne chrétienne, et laquelle il a toujours veue et congueue de très-bonne vie et honneste conversation, en tous et chacuns ses faits. Dict 82aussi qu’il a congneu celle Pucelle estre très dévote créature, et que très-dévotement se maintenoit en oyant le divin service de nostre Seigneur, lequel continuellement elle vouloit ouir, c’est à savoir aux jours solemnels, la grant messe du lieu où elle estoit, avec les heures subséquentes, et aux autres jours une basse messe, et qu’elle estoit accoutumée de tous les jours ouir messe s’il y estoit possible.
Dict plus, que par plusieurs fois a veu et sçeu qu’elle se confessoit et recevoit nostre Seigneur, et faisait tout ce que à bon chrétien et chrétienne appartenoit de faire, et sans ce que oncques pendant ce qu’il a conversé avec elle, icelui ait oui jurer, blasonner (ou médire) ou parjurer le nom de nostre Seigneur ne de ses saints pour quelque cause ou occasion que ce fust.
Dict outre, que nonobstant ce qu’elle fust jeune fille, belle et bien formée, et que par plusieurs fois, tant en aidant à icelle à armer que autrement, il lui ait vu les tetins et aucunes fois les jambes toutes nues en la faisant appareiller de ses playes et que d’elle approuchoit souventes fois et aussi qu’il fust fort jeune, et en la bonne puissance, toutes fois oncques pour quelque veue ou attouchement qu’il eust vers la dite Pucelle, ne s’esmust son corps à nul charnel désir vers elle ; ne pareillement ne 83faisait nulle autre quelconque de ses gens et escuyers, ainsi qu’il parle, leur a oui dire et relater par plusieurs fois, et dit que à son avis elle estoit très-bonne Chrétienne, et qu’elle devoit estre inspirée, car elle avait tout ce que bon chrétien et chrétienne doit avoir, et par spécial elle aimait fort un bon preud’homme qu’elle savoit estre de vie chaste. Dict encore plus, qu’il a oui dire à plusieurs femmes que ladite Pucelle ont veue par plusieurs fois nue et sçue de ses secrets et oncques n’avait eu la secrette maladie des femmes ; et que jamais nul n’en pust rien congnoistre appercevoir par ses habillemens ne autrement. Dict aussi que quand ladite Pucelle avait aucunes choses à faire pour le fait de sa guerre, elle disoit à il qui parle que son conseil lui avait dit ce qu’elle devoit faire. Dict qu’il l’interrogea, qui estoit sondit conseil, laquelle lui respondit qu’ils estoient trois ses conseillers, desquels l’un estoit tout résidemment avec elle, l’autre alloit et venoit souventefois vers elle et la visitoit, et le tiers estoit celui avec lequel les deux autres délibéroient. Et advint une fois entre les autres, il qui parle lui pria et requist qu’elle lui voulsit une fois montrer icelui conseil, laquelle lui respondit qu’il n’estoit assez digne ne vertueux pour icelui voir. Et sur ce désista ledit déposant de plus avant lui en parler ne enquérir, 84et croit fermement ledit déposant, comme dessus a dit, que veu les faits, gestes et grants conduites d’icelle Pucelle, qu’elle estoit remplie de tous les biens qui peuvent et doivent estre en une bonne Chrétienne, et ainsi l’a dit et déposé comme dessus, est inscript, sans amour, faveur, haine ou subornation quelconque : mais seulement pour la seule vérité du faict, et ainsi comme il a veu et congneu estre en ladite Pucelle.
VII. Sentence définitive d’absolution et de justification de la Pucelle d’Orléans98.
En l’honneur et révérence de la sainte, sacrée et inséparable Trinité, du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Nostre Saulveur et Rédempteur Jesus, Dieu et Homme ; par l’éternelle Majesté et Providence institua et ordonna premierement Saint Pierre et ses apostres, avec leurs successeurs, pour régir et gouverner l’Église militante, pour spéculer et 85regarder principalement la vérité, et pour enseigner et remonstrer à tous vrais viateurs99 les sentiers et chemins de justice et équité, pour raddresser les desvoyez, consoller les désolez, relever et résoudre les opprimez et réduire à la droite voye.
À ces causes, par l’autorité du Saint-Siège apostolique, Nous Jean révérend pere en Dieu, archevêque de Reims, et Guillaume révérend pere en Dieu, évesque de Paris, et Richard par la grâce de Dieu, évesque de Constances, et Jehan Brehal, docteur en théologie, de l’ordre des frères prescheurs, inquisiteur d’hérésie et idolatrie au royaume de France, juges déléguez et ordonnez par nostre très Saint-Père le pape moderne (c’était Calixte III).
Veu le procès devant nous solempnellement agité et débatu, et en la vertu et puissance du mandement apostolique s’addressant à nous, révérendement par nous receu et recueilly de la part de honneste et notable dame Isabeau Darc, veuve de deffunct Jacques Darc, et jadis mère de Jehanne Darc et de Jehan et Pierre Darc, freres naturels et légitimes de bonne mémoire de Jehanne vulgairement appellée la Pucelle, et de tous ses parens, acteurs, a leurs noms prins contre les inquisiteurs de 86la foy constituez au diocese de Beauvais, contre le promoteur d’office de la cour episcopale de Beauvais, contre Guillaume de Hellande, évesque de Beauvais, et contre tous autres prétendans proufits et intérests en ceste matiere, tant conjointement que séparablement.
Attendue et veue tout, principalement l’évocation peremptoire et l’exécution de ladite vefve, de ses enfants et amys acteurs, avec l’un de nos promoteurs institué et créé par nous et à nostre instance, à l’encontre des coupables, fauteurs et deffendans pour nous escrire et certifier ce qu’ils auront fait contre lesdits accusez et deffendeurs et leurs réponses, et pour procéder juridiquement à l’encontre d’eux. Veue, après la demande et petition de ceux qui sont acteurs et demandeurs attendu aussi leurs raisons et conclusions mises par escrit en forme et maniere d’articles, qui toutes prétendent et veulent conclure toute fallace, dolosité, fraude, iniquité et déception faites et commises touchant un procès en matiere de la foy, fait et attempté contre Jehanne la Pucelle, par Pierre Cauchon en son vivant évesque de Beauvais, et par l’inquisiteur de la foy, prétendu et mal ordonné au diocese de Beauvais, et par maistre Jehan Destivet promoteur, ou se disant promoteur audit diocese, ou à tout 87le moins à cette exécution de la Pucelle, et à la fraude et falsification de ce procès, et autres choses qui s’en sont ensuivies, qui sont à l’honneur et purgation de la deffunte.
Veus aussi, visitez et examiné les livres, mémoriaux, lettres et originaux, escriptures et libelles faits et réduits par escript en vertu et mandement de nos lettres de compulsoire et les protocolles baillez par nos notaires, avec leurs signes, exibez et monstrez à nostre présence, ainsi, que l’avions requis et demandé, pour en savoir leur opinion et meure délibération, et sur ce avons appellez et invitez advocats et conseillers, en la présence desquels avons communiqué les escriptures, libelles et articles, avec les advocations et alléguations des docteurs pour congnoistre la vérité de tout ce procès. Nous avons conséquemment veu et leu les informations et préparatoires faits par révérend pere en Dieu messire Guillaume de Saint Martin100, cardinal de Rome, pour lors légat en France, lequel invitasmes avec l’inquisiteur, après que nous eusmes visitez leurs livres et allégations qui leurs furent à leur venue présentez et communiquez, tant par nous que par nos commissaires, avec ses autres articles et escriptures faites au 88commencement du procès, et après qu’ils les eurent visitez et examinez, avec plusieurs traitez des docteurs et prélats qui nous envoient escript leur opinion, sentencierent et estimerent, qu’il falloit élucider101 et déclarer tous les doutes de ce procès : semblablement par l’ordonnance de très-révérend pere en Dieu légat en France, ces articles, traitez, escriptures et libelles furent publiez, visitez et présentez à la requeste desdits acteurs et promoteur, et finallement furent ratifiez et approuvez, après maintes semonces, invitations et évocations.
Attendus aussi les dépositions et attestations des tesmoings touchant la bonne vie, sainte conversation de ladite Pucelle deffuncte, et tant du lieu dont elle était, que de l’examen et interrogation d’icelle, faits en la présence de plusieurs vénérables docteurs et prélats de l’Église, et principalement en la présence de très-révérend pere en Dieu Regnault102 archevesque de Reims, dedans la ville de Poitiers et autres lieux. Veu mesmement et consideré ce qu’elle vaticina103 de la liberté et franchise d’Orléans ; 89c’est assavoir que le siege seroit levé de devant ladite ville, qui alors estoit assiégée par les Anglais, et que le roi de France serait couronné en la ville de Rheims, ce qui est advenu. Oultre plus, veu la qualité du faux jugement, et la maniere de procéder, et les lettres et mandemens du roi de France, avec les dépositions et attestations données sur le terme de procéder, et fut donnée et produite contre toutes ces choses, préclusions de dire et alléguer. Ouye aussi la description de nostre promoteur, lequel après qu’il eust visité et leu pleinement ces articles et escriptures, se adjoignit et associa avec lesdits acteurs, et au nom de nostre office et dignité, feist de sa part derechef produire et remettre en jugement toutes les escriptures, attestations et articles jusques aux intentions et fins desdits acteurs exprimez et déclarez sous certaines protestations, requestes et réservations faictes de sa part et desdits acteurs. Lesquelles requestes avons admises et acceptées avec plusieurs motifs de droits, qui nous pouvoient advertir et adviser, par nous receus et visitez, et le nom de Jesus invoqué, conclud en la cause, et ce jour assigné à ouir nostre sentence. Toutes ces choses veues, attendues et considérées meurement et diligemment, et avons receus les articles que les faux juges, depuis qu’ils 90eurent jugez le procès cauteleusement, adviserent qu’il estoit bon de les extraire des confessions et affirmations de ladicte Pucelle défuncte, pour les envoyer et transmettre à plusieurs notables et honnestes personnes. Ces articles ont esté toutefois contredits et impugnez par nostre promoteur et par la mère et les freres de ladicte défuncte, ainsi comme faux et iniques, tirez et controuvez injustement, et tout autrement qu’elle n’avait confessé.
Pour ces causes, afin que nostre sentence procede de la vérité et congnoissance de Dieu le Créateur, qui seul sçait congnoistre les esprits et volontez des hommes, et n’y a que lui qui parfaitement sache ses révélations, et en est le seul et véritable juge ; car il donne sa grâce à où il lui plaist, et aucunes fois eslit les humbles et petits pour confondre les grans, fiers et orgueilleux, ne deslaissant jamais despourveus ceux qui ont en lui bonne espérance, mais leurs aider et subvenir en leurs tribulations et adversitez. Parquoy sur ceste affaire veue et considérée la meure délibération et opinion préméditée et préparée touchant la décision de ce procès : Veu aussi la solempnelle détermination des docteurs et prélats d’Église, qui sur ce ont délibéré avec grand révolutions de livres, codiciles, libelles, protocolles et opinions, tant de paroles que 91 d’escriptures, faites sur la matiere de la défuncte Jehanne d’Arc, lesquelles choses sont plus dignes d’admiration que de condamnation ; Veu et considéré que le faux jugement que l’on donna contre elle, et la maniere de y procéder qui n’a pas esté raisonnable, mais totalement captieuse, fraudulente et détestable pour les questions que l’on a proposées à ladite défuncte hautes et ardues, ausquelles ung grant docteur à grant peine y eut bien sceu donner réponse ; mesme aussi que plusieurs grans personnages ont respondu qu’il estoit merveilleusement difficile de répondre aux questions qu’on lui proposoit plus à sa damnation qu’à sa salvation, jouxte ce que dit Saint Paul des déterminations et révélations divines, il s’en faut rapporter à Dieu.
À ces causes, ainsi que la justice le requiert, nous décernons et disons que ces articles doivent être recommencez, et reïterez ; c’est assavoir que un servant au procès intenté et prétendu contre ladite défuncte touchant la sentence donnée contre elle par les articles escripts faulsement, calomnieusement et malicieusement. Et veu les malvaillances et adversaires d’icelle, lesquels ont prétendu extraire de sa confession, non pas la vérité, mais la falsité en plusieurs points et passages du procès substencieux, lesquels eussent peu émouvoir et incliner le cœur et l’opinion 92des consuls et advocatsen autre et plus saine délibération, et à rejetter plusieurs circonstances et allegations, qui ne sont point contenues à son procès selon la vérité et vraye justice ; mais seulement en termes et paroles de rigueur, lesquels changent la substance de toute la vérité de ce procès. Parquoi nous cassons, annullons et adnihillons ces articles comme faux et captieux, extraits et tirez véritablement de la confession de Jehanne la Pucelle. Et à ce procès décernons et déclarons en jugement qu’il convient les lacerer, deschirer et mettre au feu.
Oultre plus, après que nous avons en toute diligence visité, veu et regardé les causes, aultres articles dudit procès, et principalement deux choses, c’est à sçavoir que les juges ont toujours prétendu chercher et affecté trouver fallacieusement matiere et occasion de la juger et condamner rechue et récidivée à son hérésie et idolastrie, et qu’ils ont livrée entre les mains de ses ennemis les Anglais, et n’ont point voulu admettre et accepter les submissions, recusations et appellations d’icelle, requerant estre menée au Pape, se rapportant de son cas au Saint-Siège apostolique, et ses escriptures être examinées, veues et visitées par les clercs de France, attendu aussi et consideré que frauduleusement et deceptieusement tirerent d’elle une abjuration 93et renonciation par force et violence en la présence du bourreau, et en la menaçant de la faire brûler publiquement et cruellement ; par ces menaces et violente crainte, lui firent faire une cedule de abjuration et renonciation, laquelle Jehanne n’entendoit, ne congnoissoit aucunement. Davantaige, après que nous avons visité les traictez dessusdits, les raisons et opinions des docteurs de théologie, de droit canon et civil, données et respondues sur les crimes faulsement imposez à ladite Pucelle, et qui ne despendoit point de l’ordre et de la continuation du procès, veus d’autre part plusieurs points et articles élegantement touchez, touchant l’injustice, nullité et non valeur du procès, fait et mené contre elle, avec les honnêtes déterminations, véridiques responses des docteurs soustenans justement le partie du noble roy de France, et remonstrans l’innocence, la simplesse et humilité de la Pucelle, et au contraire la malice, cavillation, injuste et desraisonnable sentence des juges, qui plus par vengeance que droite et équitable justice l’ont condamnée.
Nous estans à nostre hault tribunal, ayant toujours Dieu devant les yeux, par sentence deffinitive, proferée et donnée en nostre chaire judicialle et hault tribunal ; nous dessusdits, proferons, 94décernons et déclarons que ledit procès et la sentence, pleins de fraudes, cavillations, iniquités et du tout repugnante à droit et justice, contenant erreurs et abus manifestes : pareillement l’abjuration predicte et toutes les faulses et iniques exécutions, qui en sont procédées et ensuivies, doivent être cassées, adnullées, lacérées et destruites ; et qui plus est, pour autant que justice et raison nous persuade et commande, les cassons, irritons, adnullons et évacuons de toute force, puissance, valeur et vertu, et sententions et déclarons ladite Jehanne, que Dieu absolve, ses freres et parens, acteurs et demandeurs, n’avoir oncq contracté, ne encouru aucune tache ou macule d’infamie, à raison et occasion des premisses innocens, incoulpables et exempts de crime et peché, lequel faulsement on imposoit à ladicte Pucelle.
Oultre plus, ordonnons intimation et exécution solompnelle et publique de nostredicte sentence estre faite incontinent et sans delais en ceste ville et cité de Rouen en deux lieux ; c’est assavoir l’un ce jour d’huy en la place et cymetiere de Saint Ouen, auquel lieu sera faite procession générale et sermon solempnel par un vénérable docteur en théologie, et l’autre au Viel Marché, où yra demain au matin la procession générale, et là sera fait sermon solempnel 95par un vénérable docteur en théologie ; c’est assavoir en la place en laquelle ladite Pucelle fut cruellement et horriblement bruslée et suffoquée ; et après la solompnelle prédication seront plantées et affichées croix dignes et honnestes en souvenance et perpetuelle mémoire de ladite Pucelle défuncte, et tous autres trespassez, tant en cestedite ville de Rouen, qu’en autres lieux de ce royaume, là où nous verrons qu’il sera convenable et expédient, pour donner signe, mémoire et certification notable à l’exécution et intimation de nostre sentence, et si aucunes choses sont encore à establir, ordonner et accomplir, nous les réservons à nostre puissance et disposition et pour cause.
Cette présente sentence fut donnée, leue et publiée par messieurs les juges dessus dits, en la présence de révérend pere en Dieu l’evesque du Mans Hector Cocquerel, Alain Olivier, Nicolas du Bois, Jehan de Gouis et plusieurs autres : Et fut fait au palais archiépiscopal de Rouen, l’an de grâce mil quatre cent cinquante six, le septième jour du mois de juillet. En ce point-là prononcerent Jehan par la grâce de Dieu archevesque de Rheims, Guillaume, révérend pere en Dieu monsieur l’évesque de Paris, et Richard par la grâce divine monsieur l’évesque de Constance, (ou Coutance en Normandie).
96VIII. Extrait du manuscrit de la bibliothèque du roi, numéro 180, parmi les manuscrits français, intitulé Exemples de Hardiesse de plusieurs rois et empereurs
, composés par N. Sala, pannetier du dauphin Orland, fils de Charles VIII.
Exemples de Hardiesse de plusieurs rois et empereurs, composés par N. Sala, pannetier du dauphin Orland, fils de Charles VIII.
Après que le roi Charles VII fut mis si bas, qu’il n’avait plus où se retirer sinon à Bourges et en quelque château à l’environ, nostre-Seigneur lui envoya une simple Pucelle, par le conseil de laquelle il fut remis en son entier, et demeura seul roi paisible. Et pour ce que par aventure il serait malaisé à entendre à aucunes gens que ce roi adjouta foi aux paroles d’icelle, sachez qu’elle lui fit un tel messaige de par Dieu, où elle lui déclara un secret enclos dedans le cœur du roi ; de telle sorte qu’il ne l’avoit de sa vie à nulle créature révélé, hors à Dieu en son oraison. Et pour ce que quant il ouit les nouvelles qu’icelle Pucelle lui dit à part, qui ne pouvait estre par elle sceue, sinon d’une inspiration divine. Alors il mit toute sa conduite et sa ressource entre ses mains. Et combien que le roi eut encore de bons et de suffisans capitaines, pour délibérer du fait de 97la guerre, si commandoit-il qu’on ne fist rien sans appeller la Pucelle. Et d’aucunes fois advenoit que l’opinion d’elle estoit tout au contraire des capitaines ; mais quoi qu’il en fust, s’ils la croyoient, toujours en prenoit bien ; et le contraire quand ils vouloient exécuter leur opinion sans elle, mal leur venoit. J’ai appris ce que je dis par ce moyen. Il fut vrai qu’environ l’an 1480 j’estois de la chambre du gentil roi Charles VIII, que l’on peut bien appeller Hardi ; car bien le montra à Fornoue, en revenant de la conquête de son royaume de Naples, quant seulement accompagné environ de sept mille Français, il défit soixante mille Lombards : dont les uns furent tuez et les autres fouirent. Le gentil roi épousa madame Anne duchesse de Bretagne, et en eust un beau-fils, qui fut dauphin de Viennois, nommé Charles Rolland, (autres disent Orland) né de dans le Plessis-lez-Tours. Là même fut nourri par le commandemant du roi, sous le gouvernement de très-noble ancien chevalier son chambelan, nommé messire Cuillaume Gouffier, seigneur de Boisi, qui fut par lui choisi entre tous les seigneurs du royaume pour un et loyal preudhomme. A ceste cause il lui voulut mettre son fils entre les mains, comme à celui en qui moult se fioit. Avec ce noble chevalier, furent 98mis le seigneur de la Selle-Goyenaut, deux maistres-d’hostel, un médecin et moi qui fut son pannetier ; et n’y en eust plus à ce commencement d’État, fors les dames et vingt-quatre archers pour sa garde. Parleans je suivois ce bon chevalier monsieur de Boisi, quand il s’esbatoit parmi le parc, et tant l’aimois pour ses grans vertus, que je ne me pouvois de lui partir. Car de sa bouche ne sortoit que beaux exemples, où je apprenois moult. Il avait esté en Jérusalem et à Sainte Catherine du Mont Sinay, dont il me contoit plusieurs merveilles ; et aussi je lui contois du voyage que j’avois fait en Barbarie, où j’avois veu des choses étranges.
Celui me conta entre autres choses, le secret qui avait esté entre le roi et la Pucelle, et bien le pouvait savoir ; car il avait esté en sa jeunesse très-aimé de ce roi (Charles VII) tant qu’il ne voulut oncques souffrir coucher nul gentilhomme en son lict, fors lui. En cette grande privauté que je vous dis, lui conta le roi les paroles que la Pucelle lui avait dites, telles que vous verrez cy-après. Il fut vrai que du temps de la grande adversité de ce bon roi Charles VII il se trouva si bas, qu’il ne savoit plus que faire, et ne faisait que penser au remede de sa vie ; car comme je vous ai dit, il estoit entre 99ses ennemis enclos de tous costez. Le roi en cette extrême pensée entre un matin ne son oratoire tout seul ; et là il fit une priere à nostre Seigneur dedans son cœur sans prononciation de paroles, où il lui requeroit dévotement que si ainsi estoit qu’il fust vrai hoir descendu de la noble maison de France, et que justement le royaume lui deust appartenir, qu’il lui plust le lui garder et deffendre, ou au pis lui donner grâce d’eschapper, sans mort ou prison, et qu’il se peust sauver en Espagne ou en Ecosse, qui estoient de toute ancienneté freres d’armes, amis et alliez des rois de France, et pour ce avait-il là choisi son dernier refuge.
Peu de temps après ce advint que le roi étant en tous ces pensemens, la Pucelle lui fust amenée, laquelle avait eu, en gardant ses brebis aux champs, inspiration divine pour venir reconforter le bon roi, laquelle ne faillit pas ; car se fist mener et conduire par ses propres parens jusques à Reims, où elle le fist couronner roi de France maugré tous ses ennemis, et le rendit paisible de son royaume. Depuis cette sainte Pucelle fust prinse et martyrisée des Anglais, dont le roi fut moult dolent, mais rémédier n’y peust. En outre me conta le dit Seigneur que 100dix ans après fut remenée au roi une autre Pucelle affectée, qui moult ressembloit à la première, et voulut l’en donner à entendre, en faisant courir le bruit que ce estoit la première qui estoit ressuscitée. Le roi oyant cette nouvelle, commanda qu’elle fust amenée devant lui. Or à ce temps estoit le roi blessé à un pied, et portoit une botte faulve (fendue, ou de couleur jaune) par laquelle enseigne ceux que cette trahison menoient, en avaient averti la fausse Pucelle, pour ne faillir à le connaître entre les gentilshommes. Advint qu’à l’heure que le roi la manda pour venir devant lui, il estoit en un jardin sous une grande treille, si commanda à l’un de ses gentilshommes, que dès qu’il verroit la Pucelle entrer, qu’il s’advançast, pour la recueillir, comme s’il fust le roi, ce qu’il fist. Mais elle venue, connoissant aux enseignes susdites, que ce n’estoit pas, le refusa, si vint droit au roi, dont il fust esbahy, et ne sceut que dire, sinon en la saluant bien doucement lui dit : Pucelle ma mie, vous soyez la très-bien revenue, au nom de Dieu, qui le sçait le secret qui est entre vous et moi. Alors miraculeusement après avoir oui ce seul mot, se mit à genoux devant le roi cette fausse Pucelle, en lui criant merci, et sur-le-champ confessa toute la trahison, 101dont aucuns en furent justiciez très asprement, ainsi comme en tel cas appartenoit.
IX. Pièces et actes publics contenus dans le manuscrit de monseigneur le cardinal de Rohan.
1. [Pièces.]
- Sentence de condamnation, faite par Pierre Cauchon évêque de Beauvais, de la Pucelle, folio 5, jusques et compris le folio 13.
- Prétendue rétractation de la Pucelle, folio 13 verso et 14.
- Deuxième sentence de condamnation de la Pucelle, rendue par le même évêque, depuis le folio 15, jusqu’au 22.
- Lettre du roi d’Angleterre Henri VI, à l’empereur et aux rois, pour se justifier sur la mort de la Pucelle, folio 32, jusqu’au 37.
- Copie française des Lettres de l’Université de Paris à l’empereur, au pape et au Collège des cardinaux, pour justifier l’exécution de la Pucelle, folio 37 jusqu’au 38 compris.
- Lettres patentes du roi Charles, portant commission pour revoir le procès de la Pucelle d’Orléans, données à Rouen le 15 février 1449, (1450) folio 39 et 40.
- 102Motifs de droit pour montrer la nullité de la procédure contre la Pucelle d’Orléans, par maître Paul du Pont, avocat consistorial et en parlement, folio 59, jusqu’au 81.
- Motifs de droit, pour montrer la nullité de la procédure contre la Pucelle d’Orléans, par maître Théodore, auditeur de Rote en cour de Rome, depuis le folio 81 jusqu’au 121. Les trois dernières pièces ci-dessus manquent au procès de la justification de la Pucelle.
- Sentence définitive de justification de la Pucelle du 7 Juillet 1456, rendue par l’archevêque de Reims, telle qu’elle a été prononcée, folio 123 verso, jusqu’au folio 130.
2. Actes publics du procès de condamnation.
- Lettre de l’Université de Paris du 27 mai 1430, écrite au duc de Bourgogne, pour le prier de faire remettre la Pucelle à l’évêque de Beauvais, afin de lui faire son procès.
- Lettre de la même Université à Jean de Luxembourg, comte de Ligny, pour lui faire la même prière, écrite le même jour 27 mai 1430.
- Lettre du vicaire-général de l’inquisiteur au duc de Bourgogne pour le même sujet, en date du 26 mai 1430.
- 103Lettre de l’Université de Paris au roi Henri VI d’Angleterre, pour l’engager à faire faire le procès à la Pucelle d’Orléans, en date du 21 novembre 1430.
- Lettres patentes du roi Henri VI d’Angleterre, pour faire remettre la Pucelle entre les mains de l’évêque de Beauvais, et lui faire son procès, en date du 3 janvier 1430 (1431 nouveau style).
- Lettres de territoire accordées à l’évêque de Beauvais par le chapitre de l’église métropolitaine de Rouen, le siège étant vacant, pour procéder au procès de la Pucelle, en date du 28 décembre 1430.
- Lettres de l’évêque de Beauvais, qui établissent pour promoteur en cette cause Jean d’Estivet, chanoine de Beauvais, en date du 9 janvier 1430 (1431).
- Lettres de l’évêque de Beauvais de la même date, qui établissent les greffiers de ladite commission.
- Lettres du même évêque de la même date, qui nomment les conseillers-commissaires qui doivent lui servir d’assesseurs en cette cause.
- Lettres du même évêque de la même date, qui nomment l’appariteur ou huissier et exécuteur de ses ordres pour la même cause.
- Lettres de commission données par frère Jean Graverend, inquisiteur général 104en France, pour frère Jean Magistri (ou Lemaître) en date du 24 août 1424.
- Lettre de l’évêque de Beauvais à l’inquisiteur, du 22 février 1430 (1431) ; est aussi insérée au commencement de l’interrogatoire huitième, tenu le 12 mars.
- Assignation donnée à la Pucelle du 20 février pour comparaître le lendemain 21 devant ses juges, et y subir son interrogatoire.
- Signification du 21 février, jour que la Pucelle commence à être interrogée.
- Acte du 13 mars, par lequel le vice-inquisiteur nomme son promoteur. Se trouve à la tête de l’interrogatoire dudit jour.
- Acte du vice-inquisiteur, qui nomme pour son appariteur ou huissier, Jean Massieu, de même date 13 mars 1430 (1431).
- Acte du vice-inquisiteur, en date du 14 mars même année, qui nomme un greffier pour instrumenter sous lui dans l’interrogatoire deuxième du 14 mars.
- Lettre de la Pucelle au roi d’Angleterre ; se trouve au vingt-deuxième article des conclusions du promoteur : nous l’avons donnée ci-dessus. Elle est de la fin du mois d’avril 1429.
- Lettre du comte d’Armagnac à la 105Pucelle, et la réponse de la Pucelle au comte au sujet du pape et de deux antipapes, du 22 août 1429, à Compiègne. Elle est au vingt-septième article des conclusions du promoteur. Nous l’avons donnée ci-dessus.
- Décisions de la faculté de théologie de Paris sur les propositions à elle envoyées par la commission au sujet de la Pucelle.
- Sentiments des juges de la commission sur les articles envoyés à l’Université de Paris.
- Lettre de l’Université de Paris, en date du 14 mai 1431, au roi d’Angleterre, pour faire punir la Pucelle.
- Lettre de la même Université à l’évêque de Beauvais, de même date, pour faire punir la Pucelle.
- Délibération de l’Université de Paris sur la Pucelle.
- Prétendue rétractation de la Pucelle du 24 mai 1431. Elle assure ne savoir pas écrire, et l’on signe pour elle.
- Première sentence de l’évêque de Beauvais contre la Pucelle, des mêmes jour et an.
- Deuxième sentence de l’évêque de Beauvais contre la Pucelle du 30 mai, jour de son exécution.
- 106Information hors du procès, en date du 7 juin 1431.
- Lettre du roi d’Angleterre à l’empereur et aux autres puissances de l’Europe, pour justifier la condamnation qu’il a fait faire de la Pucelle, en date du 8 juin 1431.
- Lettre du même roi aux prélats, comtes et seigneurs français, pour justifier la condamnation qu’il a fait faire de la Pucelle, en date du 28 juin 1431.
- Sentence contre un religieux qui désapprouvait la procédure faite contre la Pucelle, en date du 6 août 1431.
- Rétractation d’un autre religieux qui est contraint de demander pardon à genoux, pour n’avoir point approuvé les procédures faites contre la Pucelle.
- Lettres de l’Université de Paris au pape, à l’empereur et au Collège des cardinaux, pour justifier la condamnation faite de la Pucelle.
3. Pièces publiques du procès de justification.
- Articles au nombre de neuf, sur lesquels les témoins doivent être interrogés.
- Requête des parents de la Pucelle au pape Calixte III pour en obtenir des commissaires.
- Bulle du pape Calixte III qui établit pour commissaires l’archevêque de 107Reims et les évêques de Paris et de Coutances, joint avec eux l’inquisiteur de la foi au royaume de France, l’onzième juin 1455.
- Requête des parents de la Pucelle Jeanne d’Arc aux commissaires nommés par le pape, du 15 décembre 1455, avec des articles au nombre de cent, sur lesquels doivent être interrogés les témoins.
- Informations préparatoires du cardinal d’Estouteville de l’an 1452, où cinq témoins sont interrogés et ouïs.
- Commission du cardinal d’Estouteville à maître Philippe de La Rose pour continuer l’information préparatoire, en date du 2 mai 1452 ; y joint 27 articles sur lesquels on doit interroger et ouïr les témoins. Il y eut alors 17 témoins ouïs.
- Informations faites par l’archevêque de Reims et autres commissaires nommés par le pape.
- Déposition faite à Lyon le 28 mai 1456 par messire Jean d’Aulon, sénéchal de Beaucaire, et que le roi Charles VII avait donné à la Pucelle pour avoir inspection sur sa conduite.
- Lettres de garantie de Henri VI, roi d’Angleterre, pour l’évêque de Beauvais et autres juges qui ont travaillé au procès de la Pucelle, pour empêcher qu’ils ne soient inquiétés par le pape, ni par le concile 108général, auxquels la Pucelle avait appelé de la sentence des juges.
- Motifs de droit des commissaires du Saint-Siège.
- Motif de droit pour Isabelle Romée, mère de la Pucelle, et ses autres parents.
- Motifs de droit du promoteur de la commission du Saint-Siège ; avec l’examen du traité de Jean Gerson, donné à Lyon le 14 mai 1429, et sur ce qu’elle a changé les habits de son sexe.
- Sentence définitive des commissaires nommés par le pape Calixte III, par laquelle le procès de condamnation est cassé et annulé, et la mémoire de la Pucelle rétablie, et les notes d’infamie sur ses parents ôtées et effacées.
4. Témoins interrogés et ouïs en vertu des lettres patentes du roi Charles VII, 1450.
- Déposition de frère Isambert de La Pierre, de l’ordre de Saint-Augustin (ou plutôt de Saint-Dominique), du 5 mars 1450, folio 40 du manuscrit de Rohan, jusques au folio 43.
- Déposition de frère Jean Toutmouillé , de l’ordre des frères prêcheurs, du 5 mars 1450, folio 43 du même manuscrit, jusques au folio 44.
- Déposition de frère Martin Ladvenu, de l’ordre des frères prêcheurs, du 5 mars 1091450, folio 44 du même manuscrit, jusqu’au folio 46.
- Déposition de frère Guillaume Duval, de l’ordre des frères prêcheurs, du 5 mars 1450, folio 46 et 47 du même manuscrit.
- Déposition de maître Guillaume Manchon, curé de Saint-Nicolas-le-Paincteur de la ville de Rouen, du 4 mars 1450, folio 47 dudit manuscrit, jusqu’au 52.
- Déposition de maître Jean Massieu, curé de Saint-Candide de Rouen, du 5 mars 1450, folio 52 du même manuscrit, jusqu’au folio 58.
- Déposition de maître Jean Beaupère, chanoine de Rouen, du 5 mars 1450, folio 58 dudit manuscrit, jusques au folio 59.
Toutes les dépositions ci-dessus ne se trouvent pas dans le procès de justification, parce que l’appel ou révision du procès de condamnation étant un procès en matière de foi, il fallait que le juge supérieur ecclésiastique, c’est-à-dire le pape, y intervint comme juge desdites matières : au lieu que ces sept dépositions ayant été faites en vertu de lettres patentes émanées du roi, elles ne pouvaient avoir lieu dans le procès d’un appel purement ecclésiastique.
1105. Autres témoins du procès de justification de la Pucelle.
§1. [Information du cardinal d’Estouteville.]
Premièrement, les témoins ouïs par le cardinal d’Estouteville, légat du Saint-Siège et archevêque de Rouen, qui avait pris pour adjoint maître Jean Bréhal, de l’ordre de Saint-Dominique, inquisiteur de la foi. Les témoins suivants sont interrogés sur douze articles à eux proposés, pour servir d’instruction préparatoire à un procès de révision. Les Témoins ouïs furent :
- Guillaume Manchon, prêtre et notaire apostolique de l’archevêché de Rouen, âgé de 58 ans, greffier principal du procès de condamnation, interrogé le mardi 2 mai 1452.
- Frère Pierre Miger, prieur de Longueville, âgé de 70 ans, interrogé les mêmes jour et an.
- Frère Baudouin de La Pierre, de l’ordre de Saint-Dominique, âgé de 55 ans, interrogé le mercredi 3 mai 1452.
- Pierre Cusquel, bourgeois de la ville de Rouen, âgé de 55 ans, interrogé les mêmes jour et an.
- Frère Martin Ladvenu, de l’ordre de Saint-Dominique, âgé de 55 ans.
Ces cinq témoins sont derechef interrogés ci-après.
§2. [Information de Philippe de La Rose.]
111Le cardinal ne put pas continuer sa procédure, ayant été obligé de se rendre à Rome ; mais il commit, par acte du samedi 6 mai 1452, maître Philippe de La Rose, chanoine et trésorier de l’église métropolitaine de Rouen, qui dressa par addition 27 autres articles, pour joindre aux douze établis par le cardinal. En conséquence on interrogea :
- Maître Nicolas Taquel, prêtre et curé de Vasqueville (Bacqueville) au diocèse de Rouen, âgé de 52 ans, interrogé le lundi 8 mai 1452.
- Maître Pierre Boucher, prêtre et curé de Bourgeau (Bourgeauville) au diocèse de Lisieux, âgé de 55 ans, interrogé les mêmes jour et an.
- Maître Nicolas de Houppeville, bachelier en théologie, du diocèse du Rouen, âgé de 60 ans ; avait été choisi pour juge, mais il fut obligé de s’absenter sur quelques remontrances qu’il fit : interrogé le lundi 8 mai.
- Maître Jean Massieu, prêtre et curé de Saint-Candide de Rouen, âgé de 55 ans, interrogé le même jour ; fut l’un de ceux qui accompagnèrent la Pucelle jusques au lieu du supplice.
- Maître Nicolas Caval, prêtre et chanoine de l’église métropolitaine de 112Rouen, âgé de 60 ans, interrogé les mêmes jour et an.
- Maître Guillaume Du Désert, chanoine de l’église métropolitaine de Rouen, âgé de 52 ans, interrogé les mêmes jour et an.
- Maître Guillaume Manchon, prêtre et curé de Saint-Nicolas-du-Puy de la ville de Rouen, âgé de 57 ans, interrogé le 8 mai 1452 ; avait été principal greffier du premier procès, ou de condamnation.
- Pierre Cusquel, bourgeois de Rouen, âgé de 50 ans, interrogé le mardi 9 mai de la même année, avait déjà été interrogé le 3 mai. 14.
- Frère Isambert de La Pierre, prêtre de l’ordre de Saint-Dominique, âgé de 60 ans, interrogé les mêmes jour et an.
- Maître André Marguerie, prêtre et archidiacre du Petit-Calais dans l’église de Rouen, âgé de 66 ans, interrogé les mêmes jour et an.
- Frère Pierre Miget, Prieur de Longueville au diocèse de Rouen, âgé de 70 ans, 113interrogé les mêmes jour et an pour la seconde fois.
- Frère Martin Ladvenu, prêtre de l’ordre de Saint-Dominique, lecteur en théologie, âgé de 52 ans ; confessa et communia la Pucelle le jour de son exécution, et la conduisit au lieu du supplice ; interrogé pour la seconde fois les mêmes jour et an.
- Messire Jean Fabry, évêque de Démétriade, de l’ordre de Saint-Augustin, professeur en théologie au couvent de son ordre à Rouen, interrogé le 9 mai 1456.
- Dom Thomas Marie, prêtre et prieur du prieuré Saint-Michel de Rouen, ordre de Saint-Benoît, âgé de 62 ans, interrogé les mêmes jour et an.
- Maître Jean Riquier, curé de la paroisse d’Heudic (Heudicourt), âgé de 40 ans, interrogé les mêmes jour et an.
- Maître Jean Fane, maître des requêtes du roi, âgé de 45 ans, les mêmes jour et an.
§3. Informations faites au pays de la Pucelle.
Ces informations furent faites par Renaud de Chichery, doyen de l’église ou chapelle de Vaucouleurs, Vautrin Thierry, chanoine de l’église de Toul, tous deux députés par acte du 20 décembre 1455, donné par l’archevêque de Reims, premier 114commissaire nommé par le pape Calixte III pour la révision du procès ; et l’on envoya aux députés nommés douze articles, sur lesquels il fallait interroger les personnes que l’on croirait instruites. Les témoins ouïs furent :
- Jean Morel, laboureur demeurant à Greux, près Domrémy, âgé de 70 ans, interrogé à Domrémy le 28 janvier 1455 (1456 nouveau style).
- Jacques-Dominique Jacob, curé de la paroisse de Moncel, diocèse de Toul, âgé de 35 ans, interrogé le jeudi 29 janvier de la même année.
- La veuve Béatrix Estellin, bourgeoise de Domrémy, âgée de 80 ans, interrogée les mêmes jour et an.
- Jeanne, femme du nommé Thévenin, notaire et bourgeois de Domrémy, âgée de 70 ans, les mêmes jour et an.
- Jean Moen, né à Domrémy, mais demeurant à Corprei (Coussey), diocèse de Toul, charron de profession, âgé de 56 ans, interrogé à Domrémy les mêmes jour et an.
- Maître Étienne de Siona, curé de la paroisse de Rosley (Rouceux), âgé de 54 ans, les mêmes jour et an.
- Jeannette, veuve du nommé Thiesselin de Viteau (Vittel), âgée de 60 ans, les mêmes jour et an à Domrémy.
- 115Messire Louis Duhan, écuyer, seigneur de Martigney (Martigny), âgé de 56 ans, à Domrémy les mêmes jour et an.
- Maître Thévenin, notaire de Chermisey, âgé de 70 ans ; interrogé à Domrémy les mêmes jour et an.
- Jacquier de Saint-Aman, laboureur, demeurant à Domrémy, âgé de 60 ans, les mêmes jour et an.
- Bertrand Lacloppe, maître couvreur, demeurant au même lieu, âgé de 90 ans, les mêmes jour et an.
- Le nommé Perrin, drapier, demeurant à Domrémy, âgé de 60 ans, les mêmes jour et an.
- Guerard Guillemote, laboureur, demeurant à Greux, âgé de 40 ans, interrogé à Domrémy le vendredi 30 janvier 1455 (1456 nouveau style).
- Haumette, femme de Girard de Sina, laboureur de Domrémy, âgée de 45 ans, interrogée le 29 janvier même année.
- Jean Vautier, laboureur demeurant à Greux, mais né à Domrémy, âgé de 45 ans, le vendredi 30 janvier même année.
- Conradin de Spinac, laboureur de Domrémy, âgé de 60 ans, interrogé les mêmes jour et an.
- Simonin Musnier, laboureur de 116Domrémy, âgé de 44 ans, les mêmes jour et an.
- Isabelle, femme de Conradin de Spinac, laboureur à Domrémy, âgée de 50 ans, les mêmes jour et an.
- Meugette, femme de Jean Joyart, laboureur à Domrémy, âgée de 46 ans, les mêmes jour et an.
- Maître Jean Colin, curé de la paroisse de Domrémy, et chanoine de Bricey (Brixey), âgé de 66 ans, les mêmes jour et an.
- Le nommé Colin, fils de Jean Colin de Greux, laboureur, âgé de 50 ans, les mêmes jour et an.
- Noble homme Jean de Novelompont, dit Metz, demeurant à Vaucouleurs, âgé de 57 ans. C’est l’un des gentilshommes qui conduisirent la Pucelle à Chinon de la part de Robert de Baudricourt, interrogé à Vaucouleurs le samedi 31 janvier 1455 (1456 nouveau style).
- Michel le Buin, né à Domrémy et laboureur à Burey, diocèse de Toul, âgé de 40 ans, interrogé à Vaucouleurs les mêmes jour et an.
- Noble homme Geoffroy de Fago, écuyer, âgé de 50 ans, les mêmes jour et an, interrogé à Vaucouleurs.
- Durant Lappart (Laxart) de Burey, âgé de 60 ans ; est le même oncle qui conduisit trois 117fois la Pucelle à Vaucouleurs vers Robert de Baudricourt, et qui la présenta même au duc de Lorraine, interrogé à Vaucouleurs les mêmes jour et an.
- Catherine, femme du nommé Henri, charron à Vaucouleurs, âgée de 54 ans. C’est la même femme qui reçut chez elle la Pucelle, lorsqu’elle fut à Vaucouleurs vers le capitaine Baudricourt, interrogée à Vaucouleurs les mêmes jour et an.
- Le nommé Henri, charron de Vaucouleurs, mari du témoin ci-dessus, âgé de 64 ans, interrogé à Vaucouleurs les mêmes jour et an.
- Noble homme Albert des Urches, écuyer, seigneur du même lieu, âgé de 60 ans, interrogé à Toul le 5 février 1455 (1456 nouveau style).
- Honorable homme Nicolas, bailli d’Andelot, diocèse de Langres, tabellion royal, âgé de 60 ans, interrogé à Toul le 6 février de la même année.
- Guillaume Jacqueri, d’Andelot, sergent royal, âgé de 36 ans, interrogé à Toul les mêmes jour et an.
- Noble homme Bertrand de Poulengy, écuyer du roi de France Charles VII, âgé de 63 ans, interrogé à Toul les mêmes jour et an que dessus ; est l’un des gentilshommes qui, par ordre de Robert de Baudricourt, conduisirent la Pucelle à Chinon.
- 118 Maître Jean le Fumeux, prêtre et chanoine de l’église ou chapelle de Notre-Dame de Vaucouleurs, et curé de Vigney (Ugny), âgé de 38 ans, interrogé à Toul le 7 février de la même année.
- Jean Jacquart, laboureur à Greux près Domrémy, âgé de 47 ans, interrogé à Toul le mercredi 22 février de la même année.
§4. Procédures faites à Orléans.
- Le puissant Seigneur Jean comte de Dunois et de Longueville, lieutenant général des armées du roi, âgé de 51 ans, du 22 février 1456.
- Messire Jean de Gaucourt, grand-maître de la maison du roi, âgé de 85 ans, du 25 février 1456.
- Déposition de François Garmel, général des finances, âgé de 40 ans, du 7 mars 1456.
- Déposition de messire Guillaume, écuyer, seigneur de Ricarville, maître-d’hôtel du roi, âgé de 60 ans, du 8 mars 1456.
- Déposition de Renaud Thierry, doyen de l’église collégiale de Mehun-sur-Yèvre, âgé de 64 ans, du 8 mars 1456.
- Déposition de Jean Luillier, bourgeois d’Orléans, âgé de 56 ans, du 19 mars 1476.
119Trois dépositions du même jour, toutes semblables, savoir :
- Jean Hilaire, âgé de 66 ans ;
- Gilles de Saint-Memmain, âgé de 76 ans ;
- Jacques Lesbahi, âgé de 50 ans.
Huit autres dépositions du même jour, savoir :
- Guillaume Charron, âgé de 64 ans ;
- Martin Maubourdet, âgé de 57 ans ;
- Jean Violet, âgé de 70 ans ;
- Guillaume Postien, âgé de 44 ans ;
- Denis Roger, âgé de 70 ans ;
- Jacques Thru, âgé de 50 ans ;
- Jean Carrelier, âgé de 44 ans ;
- Aignan de Saint-Memmain, âgé de 87 ans.
Neuf autres dépositions, toutes semblables, savoir :
- Jean de Champeaux, âgé de 50 ans ;
- Pierre Irugault, âgé de 50 ans ;
- Pierre Hue, âgé de 50 ans ;
- Jean Aubert, âgé de 52 ans ;
- Guillaume Rouillart, âgé de 46 ans ;
- Gentien Gabu, âgé de 56 ans ;
- Pierre Vaillet, âgé de 60 ans ;
- Jean Coulon, âgé de 56 ans ;
- Jean Beauharnois, âgé de 50 ans.
- Déposition de maître Robert de Savrecaulx, prêtre-licencié en droit canon, chanoine de Saint-Aignan d’Orléans, âgé de 68 ans.
- Déposition de Maître Pierre Compaing, prêtre et chefcier de l’église de Saint-Aignan, âgé de 55 ans.
Quatre dépositions toutes semblables à celles de Pierre Compaing, sur les bonnes mœurs de la Pucelle :
- Maître 120Pierre de La Censure, prêtre-chanoine et prévôt de l’église de Saint-Aignan, âgé de 60 ans ;
- Raoul Godart, prêtre-chanoine de Saint-Aignan, âgé de 55 ans ;
- Hervé Bruart, prieur de Saint-Magloire, âgé de 60 ans ;
- André Bordes, chanoine de Saint-Aignan, âgé de 60 ans.
Huit dépositions toutes semblables sur la vie et bonnes mœurs de la Pucelle :
- Jeanne, femme de Gilles de Saint-Memmain, âgée, de 70 ans ;
- Jeanne, femme de Guy Boileave, âgée de 60 ans ;
- Guillemette, femme de Jean Coulon, âgée de 50 ans ;
- Jeanne, veuve de Jean de Mouchy, âgée de 50 ans ;
- Charlotte, femme de Guillaume Havet ;
- Regnaudine, veuve de Jean Huré, âgée de 50 ans ;
- Pétronille, femme de Jean de Beauharnois, âgée de 50 ans ;
- Massée, femme de Henry Fayon, âgée de 50 ans.
§5. Informations faites directement à Paris et à Rouen.
- Maître Jean Typhac, prêtre, médecin et chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, âgé de 60 ans, du 10 janvier et du 2 avril 1456.
- 121 Maître Guillaume de La Chambre, médecin, âgé de 48 ans, des mêmes jour et an.
- Déposition de révérend-père en Dieu Jean de Mailly, évêque de Noyon, âgé de 60 ans, du 14 janvier 1456.
- Maître Thomas de Courcelles, chanoine et pénitencier de l’église de Paris, âgé de 56 ans, du 15 janvier 1456. Marque lui-même toutes les nullités de la procédure ; fut un des juges, et traduisit le procès de français en latin.
- Maître Jean Monnet, chanoine de l’église de Paris et professeur en théologie, âgé de 50 ans, du 3 avril 1456.
- Messire Louis de Comtes, écuyer, seigneur de Novion (Nouvion), âgé de 42 ans, du même jour. Il fut un des officiers que le roi donna à cette fille.
- Messire Gebert Thibaut, écuyer du roi, âgé de 50 ans, du 5 avril.
- Maître Simon de Beaucroix, écuyer, âgé de 50 ans, du 20 avril. Sa déposition prouve presque toute son expédition ou conduite du convoi de vivres de Blois à Orléans.
- Messire Jean Barbin, avocat du roi au parlement de Paris, âgé de 50 ans, le 30 avril 1456.
- Dame Marguerite de Touroulde, 122veuve de Maître Renauld de Bouligny, conseiller du roi, âgée de 64 ans, du même jour. C’est chez cette dame que fut logée la Pucelle au voyage de Poitiers.
- Jean Marchel, bourgeois de Paris, âgé de 56 ans, des mêmes jour et an.
- Haut et puissant seigneur Jean, duc d’Alençon, prince du sang, âgé de 50 ans, du 3 mai 1456. Témoignage de conséquence.
- frère Jean Pasquerel, augustin, et que le roi avait donné pour chapelain à la Pucelle, du 4 mai.
- Père Jean Leveseuil, prêtre de l’ordre des Célestins, âgé de 45 ans, du 7 mai.
- Messire Simon Charles, président en la Chambre des comptes de Paris, âgé de 60 ans du 7 mai 1456.
§6. Suite des dépositions faites à Paris l’an 1456.
- Noble homme Thibaud d’Armagnac, dit de Termes, bailli de Chartres, âgé de 50 ans.
- Sieur Haymond, écuyer, sieur de Maci (Macy), âgé de 56 ans.
- Colette, femme de Pierre Millet, âgée de 50 ans, du 11 mai 1456.
- Pierre Millet, greffier de l’élection 123 de Paris, âgé de 72 ans, le 11 mai.
- Maître Aignan Viole, avocat au parlement, âgé de 50 ans.
§7. Dépositions faites à Rouen la même année.
- Frère Pierre Miget, prieur de Longueville, de l’ordre de Saint-Benoît, âgé de, 70 ans, le 11 mai.
- Guillaume Manchon, curé de Saint-Nicolas de Rouen, et notaire apostolique, âgé de 60 ans, du 17 décembre 1455, et 14 mai 1456, était principal greffier de la commission, et écrivit le procès en français.
- Jean Massieu, curé de Saint-Candide-le-Vieux à Rouen, âgé de 50 ans, le 17 décembre 1455. C’est un de ceux qui l’ont assistée depuis sa prison jusqu’à sa mort.
- Guillaume Colles de Boisguillaume, l’un des notaires apostoliques, âgé de 66 ans, des 18 décembre 1455 et 12 mai 1456.
- Frère Martin Ladvenu, prêtre de l’ordre de Saint-Dominique, âgé de 56 ans, du 18 décembre 1455 et 13 mai 1 456, est le même qui l’a confessée et communiée dans la prison le jour de son exécution, et qui l’a conduite au supplice.
- Maître Nicolas de Houppeville, 124 bachelier en théologie, âgé de 61 ans, du 13 mai.
- Révérend-père Jean Fabry, de l’ordre de Saint-Augustin, évêque de Démétriade, âgé de 76 ans, du 12 mai.
- Maître Jean le Maire, curé de Saint-Vincent de Rouen, âgé de 45 ans, du 19 décembre 1455 et 12 mai 1456.
- Maître Nicolas Caval, chanoine de Rouen, âgé de 70 ans, des 19 décembre 1455 et 12 mai 1456.
- Pierre Cusquel, bourgeois de Rouen, âgé de 83 ans, du 12 mai 1456.
- Maître André Marguerie, archidiacre du Petit-Calais à Rouen, âgé de 76 ans, du 19 décembre 1455 et 12 mai 1456.
- Laurent Guidon, bourgeois de Rouen, du 12 mai 1456.
- Maître Jean Riquier, curé de la Paroisse d’Hendicourt, diocèse de Rouen, âgé de 46 ans.
- Maître Pierre Tasquel, curé de de Basqueville-le-Martel, du 11 mai 1456.
- Hudson le Maître, chaudronnier demeurant à Rouen, âgé de 58 ans, né auprès de Domrémy, du 11 mai 1456.
- Maître Pierre Davon, lieutenant du bailli de Rouen, âgé de 60 ans, du 3 mai 1456.
- 125Frère Seguin de Seguini, de l’ordre des frères prêcheurs, doyen de la Faculté de théologie de Poitiers, âgé de 70 ans, du 19 mai 1456.
- Messire Jean d’Aulon (écrit Daulon ou Dolon), sénéchal de Beaucaire, fut le même que le roi Charles VII nomma pour intendant de la maison de la Pucelle, du 28 mai 1456. Sa déposition se trouve ci-dessus (page 63 de la seconde partie de cet ouvrage).
X. [Traité de Jacques Gelu]
Jacobus Gelu, Archiepiscopus Ebredunensis, de Puella Aurelianensi, petit manuscrit in-4°, in Bibliotheca Regia inter latinos, n° 6199.
L’Auteur de cet ouvrage, qui avait été archevêque de Tours, fut transféré au siège d’Embrun en 1427, où il est mort en 1432. Comme il avait été consulté en 1429 par ordre du roi Charles VII, il répond par ce traité aux cinq questions qui lui furent faites. Il contient environ 72 pages : mais il est écrit à la manière des anciens scolastiques, d’un style fort embarrassé, et dont j’ai donné un extrait succinct, page 39 etc. de ce traité.
XI. [Sybilla Francica]
Sibylla Francica, seu de admirabili Puella Johanna Lotharinga, Pastoris filia, Ductrice exercitus Francorum sub Carolo VII. 126 Dissertationes aliquot coævorum Scriptorum. Et Bibliotheca Melchioris Haiminsfeldii Goldasti, in-4° parvo, Ursellis 1606.
Ce petit ouvrage, qui ne contient que 79 pages, renferme plusieurs traités faits au temps de la Pucelle. Savoir :
- Laudayani cujusdum anonymi Clerici de Sybilla Franciæ Rotul iduo. L’auteur était Allemand d’auprès de Spire, peut-être de Landau. Dans la première partie de son ouvrage, il compare la Pucelle aux anciennes sibylles ; et dans la seconde, il paraîtrait croire qu’il y aurait eu en elle quelque connaissance des sciences curieuses. Il a écrit avant sa prise, ainsi vers l’an 1429.
- Henrici de Gorckcheim propositionum de Puella militari in Francia, Libelli duo. Cet auteur, qui était de Gorkum (Gorinchem) en Hollande, ainsi du parti bourguignon, a écrit aussitôt que la Pucelle eut paru. Tout son traité ne contient que six pages ou douze propositions. Les six premières en faveur de la Pucelle, et les six dernières contre elle. Ce traité fut écrit avant la prise de Jeanne.
- Joannis Gerson, Cancellarii Parisiensis apologia pro Johanna Puella. C’est une espèce d’apologie de la Pucelle, faite longtemps avant sa prison : Goldast, et après lui le père Berthier, doutent que ce traité soit de Gerson. Ce qui m’inclinerait dans leur sentiment, sont quelques paroles 127qui paraissent provençales ou languedociennes ; savoir :
Ne le ariti lu est pys dampné.
Ce petit écrit contient près de cinq pages, et le suivant une, ou un peu plus. - Joannis Gerson veritas ad justificationem Puellæ Ductricis exercitus Francorum. C’est une apologie de la Pucelle sur son changement d’habit.
- Petri Episcopi Cameracensis, et S. R. E. Cardinalis Dialogi duo, de Querelis Franciæ et Angliæ, et jure successionis in Regno Franciæ. Ces deux dialogues, qui ne contiennent que 26 pages, sont du cardinal Pierre d’Ailly, mort en 1425, ainsi 4 ans avant que la Pucelle ait paru.
XII. [Manuscrits]
1. [Neuf manuscrits.]
- Processus condemnationis Johannæ d’Arc Puellæ Aurelianensis, factus et anno Domini 1431 Rotomagi. In-folio manuscrit dans la bibliothèque du roi parmi les manuscrits latins, numéro 5965, XVo seculo exaratus.
- Idem in eadem Bibliotheca, n° 5966, XV seculi.
- Idem in eadem Bibliotheca, n° 5967, XV seculi.
- Idem in eadem Bibliotheca, n° 5968, XV seculi.
- Idem in eadem Bibliotheca, n° 5969, XV seculi.
- Le même procès manuscrit, d’écriture moderne, 128 mais assez fautif, parmi les manuscrits de Lomenie, n° 180.
- Idem, Processus condemnationis, parmi les manuscrits de M. de Cotte, président de la seconde chambre des requêtes du Palais, in-folio carré, authentique, coté et signé à chaque feuillet par les greffiers de la commission, et où étaient à la fin les sceaux de l’évêque de Beauvais et du vice-inquisiteur, mais qui en ont été arrachés. Ce jeune et sage magistrat m’a permis de comparer son exemplaire original avec le manuscrit ci-dessus, n° 180.
- Processis condemnationis Joannæ d’Arc, dictæ la Pucelle, grand volume in-folio, du XVe siècle, in Bibliotheca Regia, parmi les nouvelles acquisitions, et qui doit être un jour inséré dans le supplément du catalogue imprimé de cette immense bibliothèque.
- Procès ou Histoire de la Pucelle d’Orléans in-folio, large et assez court, côté d’une main moderne jusqu’au nombre de 130 feuillets, faisant 260 pages. Mais le manuscrit est de la fin du XVe siècle. On y trouve des pièces essentielles et originales en leur langue naturelle, et non en traduction, comme dans les autres manuscrits que j’ai vus, où elles sont en latin, c’est-à-dire 129en traduction, comme elles se trouvent dans les deux procès de condamnation et de révision. Ce manuscrit doit être dans la riche et belle bibliothèque de feu M. le cardinal de Rohan, qui me l’a fait communiquer.
2. [Manuscrit n° 5970.]
- Processus justificationis Johannæ Darc Puellæ Aurelianensis, in-folio maximo, in Bibliotheca Regia inter latinos, numero 5970.
Ce manuscrit, qui est authentique, contient dans sa huitième partie les huit traités suivants ; savoir :
§1. [Traité de Jean Gerson.]
Joannes Gerson, de Puella Aurelianensi, folio CX du manuscrit 5970 de la bibliothèque du roi, dans les manuscrits latins. C’est un original de ce procès, paraphé à chaque feuillet par les deux greffiers de la commission, très-grand volume in-folio. Ce traité fut fait avant la prison de la Pucelle.
Ce traité attribué à Gerson, est daté de Lyon le 14 mai 1429, six jours après que les Anglais eurent levé le siège d’Orléans. Il y a sur le même sujet de la Pucelle deux traités attribués à ce théologien, et qui se trouvent à la fin du tome quatrième de ses Œuvres, édition de 1706.
130§2. [Élie de Bourdeilles, évêque de Périgueux.]
Helias Petracoriensis Episcopus, de Puella Aurelianensi. Traité fort ample, qui commence au folio CXI, et finit au folio CXXXII, fut fait au temps de la justification de la Pucelle. L’auteur, qui était habile, fut ensuite archevêque de Tours, et se nommait Élie de Bourdeilles. Nous avons de lui un traité sur la pragmatique de Charles VII.
Ce traité sur la Pucelle est écrit suivant le style et la manière des anciens canonistes. Il ferait seul un juste volume, qui cependant ne conviendrait qu’à des savants de profession, qui s’ennuieraient même un peu en le lisant.
§3. [Thomas Basin, évêque de Lisieux.]
Thomas Bazin, Episcopus Lexoviensis, de Puella Aurelianensi, folio CXXXII verso du même manuscrit, fut fait après la condamnation de la Pucelle, finit au folio CXLIII du même manuscrit. Il fut apparemment un des prélats consultés par le roi Charles VII avant que d’entreprendre le procès de justification.
Ce prélat qui paraît avoir également été savant et judicieux, est moins diffus que le précédent, mais il paraît avoir un plus grand fond de raisonnement et s’appuyer beaucoup sur les faits principaux de la première procédure. Il allègue les motifs de droit, établis par Paul du Pont, dont 131nous avons parlé dans l’examen du manuscrit de Son Éminence M. le cardinal de Rohan.
§4. [Martin Berruyer, évêque du Mans.]
Mgr Berruyer, de Puella Aurelianensi, commence au folio CXLIV du même manuscrit, et finit au CL, et fut fait le 7 avril 1456, suivant la date qui y est apposée.
Dans les cinq chapitres dont ce traité est composé, l’auteur fait voir clairement l’injustice de la sentence rendue en 1431 contre cette fille.
§5. [Jean Bochard, évêque d’Avranches.]
Joannes Episcopus Lexoviensis, de Puella Aurelianensi, mais sans titre, commence au folio CLI du même manuscrit, et finit avec le folio CLII.
Ce traité est court et succinct, mais plein de bon sens. Nos évêques en étaient bien pourvus. L’auteur y examine le fond et la forme de la procédure de l’an 1431, par laquelle on condamna la Pucelle Jeanne. Par rapport au fond, il traite sagement les prétendues apparitions de cette fille, son changement d’habit, sa soumission à l’Église et sa rétractation. Il dit ensuite quelque chose sur les nullités des formes de l’ancienne procédure. Ce prélat avait été consulté par les commissaires du pape Calixte III.
§6. [Jean de Montigny.]
Joannes de Mo…, Doctor in utroque 132jure, commence avec le folio CLIII du même manuscrit, et finit avec le folio CLIX.
§7. [Guillaume Bouillé, doyen de Noyon.]
Magister Matthaeus…, Decanus, de Johanna Puella, commence au folio CLX et finit au folio CLXXIV. Traité fort ample, donné au temps du cardinal d’Estouteville, daté à la fin du 2 janvier 1452 (1453 nouveau style) est signé à la fin Robert Cybole (Ciboule).
[Note. — Il y a là évidente confusion ; la date du 2 janvier et la signature sont celles du traité suivant.]
Cet écrivain s’applique, comme tous ceux qui ont écrit en faveur de la Pucelle, à expliquer ses révélations, et ses prétendues apparitions ; objet qui les inquiétait fort, et qu’il était néanmoins très facile de développer. Mais ce qu’il a fait de mieux, a été la réfutation des douze articles de crime faussement attribués à cette fille, et condamnés par la Faculté de théologie de Paris.
§8. [Robert Cybole.]
Fratris Johannis Brehal, Ordinis Prædicatorum Inquisitorum Regno Franciæ, Recapitulatio prædictorum tractatuum, folio CLXXV du même manuscrit, et finit au folio CCII, après quoi suit la sentence de justification de la Pucelle.
[Note. — Nouvelle confusion ; l’entête est celle de la Récapitulation de Jean Bréhal, ci-dessous.]
Sequitur consideratio seu opinio venerabilis veri Magistri Roberti Cybole, sacræ Theologiæ Professoris et Cancellarii Parisiensis. Ce Théologien, dont l’ouvrage commence 133au folio CLXIV du manuscrit original, examine la sentence qui a condamné la Pucelle Jeanne, et en fait voir évidemment, non-seulement les nullités dans la forme, mais encore les injustices quant au fond : Tout y est discuté avec beaucoup de soins et de lumières. Il finit au commencement du folio CLXXIV du même manuscrit, et se trouve daté de Paris, au cloître de l’église de Notre-Dame, le 2 janvier de l’an 1452 (1453 nouveau style), et signé à la fin Robertus Cybole. Il fut fait par conséquent au temps de la procédure du cardinal d’Estouteville.
§9. [Poème latin en l’honneur de Jeanne d’Arc.]
Après ces traités et hors du procès, est une pièce de poésie d’environ 700 vers latins, sur cette fille, comprise en deux livres, dont le premier commence ainsi : Scribere fert animus gestorum pauca Puellæ
, et finit ainsi : Talibus impletis et facto fine recedunt.
Le deuxième livre commence par ce vers : Hactenus adventus tibi virginis officiumque
, et finit par celui-ci : Liligero Regi victricia tela tulerunt.
Les huit premiers traités énoncés ci-dessus, ne roulent que sur les visions, les apparitions, et sur les prophéties de la 134Pucelle. Ce fut principalement ce qui la fit condamner comme sorcière : on parle aussi dans quelques-uns de ces traités de son changement d’habit, pour raison de quoi elle fut condamnée comme hérétique et relapse, malgré les raisons justes et légitimes qu’elle avait eues de reprendre l’habit militaire ; c’était uniquement pour empêcher les violences qu’on lui avait voulu faire.
§10. [Recollectio de Jean Bréhal.]
Sequitur recollectio producta, continens novem capitula circa materium processus, et duodecim circa formam ejusdem, Auctore Fratre Johanne Brehal, Ordinis Prædicatorum, sacræ Theologiæ Professore, et in Regno Franciæ Inquisitore Generali. Ce théologien, qui fut un des commissaires du Saint-Siège, examine dans cet ouvrage deux points essentiels, savoir le fond de l’ancienne procédure, qu’il réduit à neuf chefs qui forment autant de chapitres. Le deuxième point, qui regarde la forme de la procédure, se monte à douze chefs ou chapitres, dans lesquels il fait connaître tous les défauts de cette procédure, tant pour le fond que pour la forme.
3. [Suite des manuscrits.]
- Processus justificationis Johannæ Darc Puellæ Aurelianensis, in-folio, in Bibliotheca Regia. Manuscrit moderne assez peu exact parmi 135ceux de M. Lomenie, n° 181. Je l’ai conféré avec le manuscrit 5970 de la bibliothèque du roi, et il y manque les huit traités énoncés ci-dessus après le manuscrit authentique de Sa Majesté. Un pareil manuscrit doit se trouver dans les archives de l’église de Coutances, dont l’évêque Richard Olivier était un des commissaires nommés par le pape Calixte III pour la révision du procès de la Pucelle.
- Processus justificationis Johannæ Darc Puella Aurelianensi, in-folio magno. Ex Bibliotheca insignis Capituli Ecclesiæ Metropolitanæ Parisiensis, littera H, numero 10. Manuscrit authentique, signé à chaque feuillet par les deux greffiers de la commission. Ce manuscrit vient de Guillaume Chartier, alors évêque de Paris, depuis l’an 1447 jusqu’en 1472, qu’il mourut. Il contient 180 feuillets écrits selon l’usage du temps, partie sur vélin, partie sur papier : il est pour le fond le même que le manuscrit 5870 de la bibliothèque du roi, excepté les huit traités et les vers énoncés ci-dessus qui y manquent, et qui se trouvent dans celui de Sa Majesté. Au folio 153 sont les Lettres de garantie de Henri VI, roi d’Angleterre, pour l’évêque de Beauvais et ses consorts ; et au fol 178 est la sentence de justification.
- 136Processus et sententia justificationis Joannæ d’Arc, vulgo dictæ Puellæ Aurelianensis, in-folio. Est au trésor des Chartes de la couronne. Il est énoncé par Du Tillet, page 364 de son Recueil des rois de France, seconde partie, édition de 1618. Et Jean Hordal, page 205 de son Traité latin sur la Pucelle d’Orléans, marque l’a voir lu dans ce dépôt, où sont aussi quelques traités d’Élie, évêque de Périgueux, de Robert Ciboule, et de Jean Bréhal, Dominicain.
- Petit Traité en manière de chronique, contenant en bref le siège mis par les Anglais devant la cité d’Orléans, etc. en 1428, in-folio court, numéro 417 de la bibliothèque de l’abbaye royale de Saint-Victor, contient 70 feuillets ou 139 pages. On trouve dans cette chronique la lettre de la Pucelle d’Orléans, telle qu’elle l’écrivit alors aux Anglais. C’est au folio 20 verso, et à la première page du folio 21. Au folio 73 commence le procès de condamnation de la Pucelle, ce qui continue jusqu’au folio 348 ; après quoi dans le même volume au folio 350 commence le procès de justification de cette héroïne, qui finit au folio 570. Au folio 531 verso commence la déposition du seigneur d’Aulon. Mais les huit traités énoncés ci-dessus 137y manquent, aussi bien qu’au manuscrit de l’église métropolitaine de Notre-Dame. Ce Manuscrit, qui est une copie, paraît être du XVe siècle, écrit, selon l’usage du temps, partie sur vélin, partie en papier. La chronique du siège d’Orléans est différente de celle de Léon Trippault.
4. [Manuscrit d’Orléans.]
- Procès, tant de la condamnation que de la justification de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans.
Ce Manuscrit qui est in-folio, écrit sur papier, se conserve dans la bibliothèque du chapitre de l’église cathédrale d’Orléans. Il fut écrit par ordre du roi Louis XII et de l’amiral de Graville. Il contient deux parties.
Dans la première se trouve l’Histoire de la Pucelle d’Orléans, telle qu’elle est imprimée à la tête de l’Histoire du siège mis par les Anglais devant la ville d’Orléans, in-8°, Orléans 1621, et in-12. Orléans 1621.
Les actes publics de cette première partie sont :
- Double de la cédule de la sommation faite par l’évêque de Beauvais, au duc de Bourgogne, et à messire Jean de Luxembourg, pour la reddition de la Pucelle.
- Double des lettres de l’Université de 138Paris à messire Jean de Luxembourg, pour la reddition de la Pucelle, du 14 juillet 1430.
- Tenor Litterarum Regis de redditione Joannæ dictæ Puellæ, Episcopo Belvacensi, Rotomagi die 3 Januarii 1430 (vel 1431, stylo novo.)
- Tenor summationis nostri Episcopi Belvacensis Dominis Ducis Burgundiæ, etc. pro redditione dictæ Puellæ.
La seconde partie du manuscrit contient les deux procès de condamnation et de justification de la Pucelle ; mais le dernier s’y trouve seulement par extrait.
Les actes du procès de condamnation sont :
- Teneur de l’instrument du notaire qui fut présent à la sommation faite pour rendre la Pucelle, du 16 juillet 1430.
- Teneur de la cédule que ledit évêque de Beauvais et autres juges disent avoir été faite par ladite Jeanne, et signée de sa main (ce qui ne pouvait être, puisque ladite Pucelle ne savait ni lire ni écrire).
- Teneur des lettres que le roi d’Angleterre écrivit après l’exécution de ladite Jeanne audit évêque de Beauvais, et autres prélats de l’Église, aux ducs, aux comtes, et autres nobles du royaume de France, à Rouen le 28 juin 1431.
- Sentence définitive après l’abjuration de la Pucelle.
- Autre sentence définitive.
139 Les actes que contient l’extrait du procès de justification, se réduisent, à la sentence définitive de justification du 20 décembre 1455.
XIII. Traités imprimés
- Humberti Montis-Moretani Poëtæ, Bellorum Britannicorum à Carolo VII Francorum Rege, in Henricum VI, Anglorum Regem, felici ductu, auspice Puella Francica, gestorum, Versibus, in-4°, Parisiis 1512. C’était bien là un sujet à mettre en vers. En vérité on n’avait point alors autant de bon sens que nous en avons aujourd’hui. Aussi ce poème est-il à peine connu. Passe si on en avait fait des Lamentations, cela aurait été en sa place, ou qu’on eût publié, comme on a fait depuis, des Épigrammes faites avec esprit, telles que nous en avons donné quelques-unes à la tête de cet ouvrage.
- Valerandi Varanii Doctoris Theologi Parisiensis, de Gestis Joannæ Virginis egregiæ, Libri IV, Versu heroico, in-4°, Parisiis 1516. Ce poème, fait sous le règne de Louis XII et dédié au cardinal d’Amboise, contient 136 pages, petit in-4°, et comprend environ trois-mille vers, où l’on fait l’apologie de la Pucelle et de toute sa conduite ; 140tout ce qu’on peut dire, est que c’est une assez médiocre poésie, faite en un temps où parmi nous, les lettres n’avaient encore repris aucune vigueur. Ce n’était guère là une matière propre à exercer la veine poétique d’un vénérable docteur en théologie. Ce poème se trouve aussi à la fin du livre De Claris Mulieribus, donné après Philippe de Bergame, par Ravisius Textor (Tisseran), professeur au collège de Navarre à Paris.
- Le Miroir des Femmes vertueuses, où est la patience de Griselidis, et l’Histoire de la Pucelle d’Orléans, in-12, Orléans 1547. J’ai cherché ce livre en plusieurs cabinets, sans le pouvoir trouver ; car pour les bibliothèques il n’y est pas.
- Aureliæ Urbis memorabilis obsidio, anno 1428, et Joannæ Virginis Lotharingæ res gestæ, Autore Joan. Ludovico Miquello, juventutis Aurelianæ Moderatore, in-8°. Aureliæ 1560.
- Idem. Opus recognitum accessit Historiæ Supplementum, seu innocentia et fortitudo Puellæ comprobata, contra Petri Cauchoni Episcopi Belvacensis, cum adjuncta Sententia Delegatorum à Calixto III, in-12, Paris 1631. Ce petit ouvrage, qui contient 287 pages, est non-seulement une Histoire du siège 141d’Orléans, mais encore l’Apologie de la Pucelle. Outre quinze témoignages des différents auteurs sur la Pucelle, on trouve en latin la Sentence de justification. Mais nous la donnons ci-dessus en son antique langage, telle qu’elle a été prononcée.
- Histoire admirable de Jeanne la Pucelle, in-8°. Lyon 1560. Je ne l’ai pu trouver, pour en parler sûrement.
- Histoire du siège d’Orléans fait par les Anglais en 1428, et sa délivrance par Jeanne d’Arc, dite la Pucelle, tirée d’un ancien exemplaire, par Léon Trippault, in-4°, 142Orléans 1576, est aussi marqué Paris in-4° 1577.
- Idem, in-8° Orléans 1606, 1611, 1621.
- Idem, in-8° Troyes 1621.
- Idem, in-8° Paris 1622.
- Idem. Augmenté de la Harangue du Roi Charles VII, de la continuation de l’Histoire de la Pucelle jusqu’à sa mort : le Jugement donné contre elle à Rouen, rescindé (ou cassé et annulé) par le privé Conseil du Roi, in-8°. Orléans, chez Boynard et Nyon 1686, à la suite de l’Histoire de la Pucelle, écrite par le commandement du roi Louis XII. Je dois cette remarque, et presque toutes les suivantes à M. Polluche.
- La vie et la mort de la Pucelle d’Orléans, in-12, Lyon 1719. Cet ouvrage n’est qu’une copie de ceux qui sont énoncés ci-dessus avec changement du titre, publié d’après Léon Trippault, et contient 251 pages. On y a joint aussi quelques discours, qui ne sont pas de la Pucelle, mais formés sur ce qu’elle aurait pu dire. On doit regarder ce journal ou chronique comme une pièce originale.
- Joannæ Darc res gestæ, imago et judicium latine et gallice, in-12, Aurelia 1583. Cet Ouvrage est de Léon Trippault, qui a 143traduit en latin la Chronique du siège d’Orléans, tirée des archives de cette Ville. Cet Ouvrage de Léon Trippault, n’est proprement que le jugement des commissaires pour la justification de la Pucelle, que Trippault a traduit en français, et à la tête duquel sont trois pages latines et françaises, contenant un abrégé des gestes de cette Héroïne : il se trouve aussi à la suite de l’ouvrage du même Trippault, dont il vient d’être parlé.
- Le Livre de la Pucelle native de Lorraine, qui réduisît la France entre les mains du Roi : ensemble le jugement et comment elle fut brûlée au viel Marché de Rouen l’an 1431, avec les procédures et interrogatoires, imprimé avec la Chronique de Normandie, in-8°. Rouen 1581. — Idem, avec l’Histoire de Normandie, in 8°. Rouen 1610.
- Étienne Pasquier, de la Pucelle d’Orléans et de son procès, Livre VI. de ses Recherches, chapitre IV et V, où il y a des choses curieuses et bien racontées d’après les pièces originales du procès ; mais en d’autres endroits il fait des fautes assez considérables, telle est celle où il accorde 144gratuitement l’évêché de Bayeux à d’Estivet, promoteur de Pierre Cauchon, au lieu qu’il était simplement chanoine de Beauvais, et attaché d’inclination ou d’intérêt, comme il vous plaira, aux Anglais et à Pierre Cauchon. J’en ai encore remarqué quelques autres ; mais on n’aurait jamais fini, s’il fallait faire le coup de lance contre ceux qui ont mal écrit sur ce sujet.
- Histoire Tragique de la Pucelle de Domrémy, autrement d’Orléans, nouvellement départie par actes, et représentée par personnages, avec chœurs des enfants et filles de France, et un avant-jeu en vers, et des épodes chantées en musique, dédiée par Jean Barnet à M. le comte de Salm, Seigneur de Domrémy, la Pucelle de Nancy, in-4°, Nancy, chez la Veuve de Jean Sanson, 1581. Ce Jean Barnet n’était pas l’auteur, mais seulement le réviseur et l’éditeur de cette pièce, qui n’est pas commune, et que le père Niceron attribue au père Fronton Duduc, savant Jésuite. Elle fut représentée à Pont-à-Mousson le 7 septembre 1580, en présence du duc de Lorraine Charles III.
- La Pucelle d’Orléans restituée par l’industrie de François Béroalde de Verville, 145 in-12, Tours, 1599. On sait que les ouvrages de cet auteur, quoique mauvais, sont peu communs.
Puellæ Aurelianensis Causa adversariis orationibus disceptata à Jac. Jolio, in-8° Parisiis 1609. Ce sont divers discours oratoires, fait par quelques gens de lettres oisifs, sur les questions qui ont pu former des difficultés dans le procès de la Pucelle. Tous ne sont pas d’une égale force, il s’en faut bien ; ce petit ouvrage contient 173 pages, et à la 169 se trouve une espèce de sentence de condamnation contre la Pucelle, conforme, pour le fond, à celle de Pierre Cauchon. L’auteur promet un pareil ouvrage pour justifier la Pucelle ; mais ce dernier n’a jamais paru. Tant pis pour l’auteur ; celui-ci ne lui fait pas honneur.
Ce sont moins des discours sérieux, que des déclamations fabriquées par Jacques Joly, qui les faisait réciter à ses écoliers ; et il met ces discours sous le nom de diverses personnes, qui n’y eurent aucune part. Mais quant au fond de l’ouvrage, c’est peu de chose.
- Histoire mémorable de la vie de Jeanne d’Arc, appelée la Pucelle d’Orléans, extraite 146 des interrogatoires et réponses à iceux, contenus au procès de sa condamnation, et des dépositions de cent douze témoins, ouïs pour sa justification, en vertu des bulles du pape Calixte III, en l’an 1455 et 1456, par Jean Masson, archidiacre de Bayeux, in-8°, Paris, 1612. J’ai remarqué que l’auteur avait lu les deux procès. Mais, ne lui en déplaise, il est écrit d’une manière si peu digne de l’histoire, qu’on s’ennuie en le lisant, quoique le sujet excite de la curiosité. Quand on ne saurait mieux faire, il faut se contenter de donner des mémoires à quelqu’un qui les puisse bien employer ; autrement c’est se déshonorer ; ce livre contient 144 pages.
- Joannis Hordal Joannæ d’Arc, vulgo Aurelianensis Puellæ, Historia, in-4° Ponti-Mussi, 1612, contient 251 pages. Cet auteur descendait d’une fille d’un des frères de la Pucelle. Et, ne lui en déplaise, son ouvrage, n’est pas fait de main de maître. Ce ne sont presque que divers passages des auteurs, qui vivaient peu de temps après cette héroïne. Les témoignages étrangers qu’il rapporte, n’instruisent pas assez, ni avec certitude ; les témoignages des auteurs français disent quelque chose, mais trop imparfaitement. Il fallait, pour travailler 147solidement voir les pièces originales ; ce que n’a pas fait Hordal : ainsi son livre n’est pas nécessaire.
Recueil de plusieurs inscriptions pour les statues du roi Charles VII et de la Pucelle d’Orléans, qui sont élevées sur le pont de la ville d’Orléans dès l’an 1458, in-4° Paris, 1613. Cette édition contient 60 pages. — Idem, in-4° Paris, 1628. Édition fort augmentée, contient 176 pages, assez grand in-4°.
Cette dernière édition est beaucoup plus ample que la première. L’ouvrage à été donné par Charles du Lys, avocat général en la Cour des Aydes de Paris, et des parents de la Pucelle. On voit que tous les poètes au commencement du XVIIe siècle se sont exercés sur ce sujet. Il y a dans ce recueil de bonnes et de mauvaises pièces, comme il arrive dans ces sortes de collections. Il s’en trouve de latines, de françaises, d’italiennes et d’espagnoles. Il y a de plus une estampe curieuse, qui représente une ancienne procession d’Orléans, tirée sur une tapisserie du temps.
- Edmond Richer, Histoire de la Pucelle d’Orléans, avec extrait des procès de condamnation et de justification, et les extraits 148des auteurs qui en ont parlé, in-fol. manuscrit, quatre volumes, qui feraient bien quatre volumes in-12. Cet ouvrage a été fait vers l’an 1630 ; je l’ai lu et bien examiné : et avant que d’avoir vu les deux procès de la Pucelle et les autres pièces du temps ; je l’ai cru bon et bien fait. Mais dès que j’eus parcouru les originaux, j’ai remarqué qu’Edmond Richer n’avait pas travaillé d’une manière assez lumineuse, ni assez instructive, en ne citant pas les dépositions dont il tire les faits de son histoire, en omettant des pièces essentielles ; telles sont les lettres de garantie du roi d’Angleterre, et la déposition du sieur d’Aulon, morceau extrêmement curieux et intéressant, sans parler de plusieurs autres dont il n’a pas eu connaissance, et que nous donnons ci-dessus dans nos preuves. D’ailleurs, il fait des préliminaires inutiles, parce qu’ils sont très-connus sur l’état de la France à la fin du règne de Charles VI et au commencement de celui de Charles VII, et sur la fin il se ruine en érudition pour parler des visions, apparitions et révélations attribuées à cette héroïne. Ce n’était point là prendre la chose du bon côté. Il faut espérer, si on le fait imprimer, qu’on y changera bien des choses ; alors ce ne sera plus l’ouvrage d’Edmond Richer.
- 149 Histoire du siège d’Orléans et de la Pucelle Jeanne, par le sieur du Breton, in-8° Paris 1631. L’ouvrage, qui fait 320 pages d’assez gros caractère, est une histoire suivie et assez curieuse du siège d’Orléans : mais l’auteur n’a pas connu toutes les pièces nécessaires pour son sujet ; outre cela il met dans la bouche du comte de Dunois et de la Pucelle des discours qui ne sont en rien conformes à ceux de la Pucelle, et qui sont de sa propre composition. Ainsi serviteur très-humble pour le fond ; qui altère la vérité en des faits essentiels, les altérera en toute autre occasion.
Les trois États de l’Innocence, par René de Ceriziers, Aumônier du Roi, in-8°, Paris, 1646. — Idem, Toulouse 1650.
Dans ce volume est l’innocence opprimée. Cet ouvrage a été fait dans le temps que l’on commençait en France à écrire en notre langue avec quelque sorte de pureté ; mais il tient toujours quelque chose du style languissant de son temps : il n’est pas fait sur d’assez bons mémoires ; c’est une rhapsodie du temps. L’auteur n’avait eu que des extraits des deux procès de cette fille, et n’avait pas examiné lui-même les pièces originales qui sont dans les procédures.
- 150 La Pucelle d’Orléans, Tragédie, in-4° Paris, 1642. Paul Boyer, dans sa Bibliothèque universelle, page 167 attribue cette pièce à Benserade ; mais Samuel Chapuzeau, dans son Histoire du théâtre Français, la donne à Hippolyte-Jules de La Mesnardière, officier de la maison du roi, et duquel nous avons quelques poésies médiocres, magnifiquement imprimées, aussi bien qu’une poétique française. Qui que ce soit qui l’ait faite, elle n’a pas fait fortune.
- François Le Maire, Histoire et antiquités de la ville et duché d’Orléans, etc. avec l’histoire de ses évêques, in-4° Orléans, 1646 et in-fol. Orléans et Paris, 1648. On trouve à la page 283 de l’in-folio le Siège d’Orléans, et la Vie de Jeanne d’Arc ; mais cet ouvrage ne vaut pas le suivant.
Symphorien Guyon, Histoire de l’église et diocèse d’Orléans, in-fol. Orléans, 1647 et 1650, en deux parties. À la page 220 de la deuxième partie, se trouve l’histoire assez détaillée de la Pucelle d’Orléans, qui contient 40 pages in-folio. Par ce que j’en ai vu, l’auteur avait eu communication du manuscrit d’Edmond Richer : c’est le même 151ordre et les mêmes faits ; il parle de la fausse Pucelle qui parut à Metz en 1436 : ce qu’il en dit est assez bon, mais écrit assez modestement.
Du même : La Parthénie orléanaise, ou l’Histoire de la ville d’Orléans assiégée par les Anglais, et délivrée par une Vierge envoyée de Dieu, in-8° Orléans, 1654, bon et peu commun, contient 263 pages assez gros caractère : le tout tiré du livre précédent.
- Aurelia ou Orléans délivrée, Poème latin, traduit en français, in-12. Paris 1738. C’est une pièce de poésie, dans laquelle souvent, pour donner plus de lustre au sujet, on amplifie et l’on décore la vérité : c’est ce que l’histoire ne saurait souffrir. Faites des éloges en vers ou même des satyres tant qu’il vous plaira ; mais jamais d’histoire, je vous en prie.
- Histoire du mémorable siège de la ville d’Orléans par les Anglais, commencé le 12 octobre 1428, et levé le 8 mai 1429, avec la Vie de Jean d’Orléans, comte de Dunois, petit in-8°, Orléans, 1739. Ce petit ouvrage, qui est du sieur Étienne Barrois, contient 93 pages, C’est un journal assez exact de ce siège : la seule pièce originale qu’il renferme est la lettre de la Pucelle aux Anglais, 152page 18. Ce n’était point assez, il fallait pénétrer plus avant ; du reste l’ouvrage est passable : c’est ce que j’en puis dire de plus modéré ; et l’auteur, s’il est vivant, doit me savoir gré de ma modération.
- De Rapin Thoyras, Dissertation sur la Pucelle d’Orléans, in-4° au tome 4 de son Histoire d’Angleterre, édition de la Haye, 1727, page 180, jusque et compris la page 202, ainsi forme 23 pages. Mais n’en déplaise à Rapin Thoyras, il n’a pas traité, mais seulement écorché cette matière dans sa dissertation. Il n’avait vu le procès de condamnation que dans l’extrait qu’en a donné Étienne Pasquier, et avait encore moins vu le procès de justification, qui est décisif en ce point. Ainsi il convient n’a voir connu que Monstrelet, et non les autres traités faits sur cette héroïne dans le temps même : et le père Berthier, jésuite, a eu raison de le réfuter, et l’a fait avec succès.
- Le père Berthier de la Compagnie de Jésus, Discours sur la Pucelle d’Orléans, à la fin du tome XVI de l’Histoire de l’Église gallicane, page 449, par lui continuée après le père de Longueval, in-4° Paris, 153 1747. Le père Berthier, littérateur habile, donne dans cette dissertation, qui comprend 72 pages in-4°, une preuve de son savoir et de ses recherches. Il est très modéré, et avec raison, sur les apparitions, visions et révélations attribuées à cette fille ; mais il la croit inspirée, c’est à-dire dirigée par la Providence pour la suite de ses opérations militaires. J’ai trouvé dans ce qu’il marque sur cette héroïne, page 194, quelques petites difficultés. 1° Il dit que le promoteur de l’officialité de Rouen, qui avait assisté à l’instruction du procès, découvrit mille fraudes employées par l’évêque de Beauvais, pour servir l’animosité des Anglais contre la Pucelle. Sur quoi je remarque que ce ne fut pas le promoteur, nommé d’Estivet, insigne scélérat, qui découvrit les fourberies de l’évêque de Beauvais, mais le sieur Manchon, greffier principal de la commission, curé de la ville de Rouen, et qui fut même interrogé quatre fois sur les mêmes faits, sans avoir jamais varié en rien. 2° Le père Berthier ne paraît pas distinguer assez le temps de l’information du cardinal d’Estouteville, de celui de la commission donnée par le pape Calixte III en 1455, et entièrement exécutée en 1456. Il a cependant trois années et plus de distance. Le 154cardinal d’Estouteville commença ses informations d’office en 1452, et l’archevêque de Reims, Jean Jouvenel des Ursins en 1455, en vertu de la commission du pape. D’ailleurs la dissertation de ce père est savante, curieuse et bien écrite.
François Gayot de Pitaval, Innocence opprimée par des juges iniques, au tome XIX des Causes célèbres, in-12, Paris, 1750, depuis la page 1 jusqu’à la page 111. Il y a nombre de fautes dans ce traité, surtout dans les noms propres et en des faits essentiels. On y trouve du passable, que l’auteur, qui était un bon homme, et que j’ai connu, a voulu accommoder à sa manière, dans un ouvrage qui était au-dessus de ses forces. Il y a mis du roman et encore plus de mauvais. Donnons des exemples, non du tout, mais de quelques endroits. Rien ne sent plus le romancier que ces paroles :
Sa beauté [de Jeanne d’Arc] fut une beauté robuste, qui se conserva en se familiarisant avec les exercices de la campagne ; mais elle fut exposée à des recherches de personnes qui ressentirent les effets de ses appâts. Elle inspira une passion à un jeune homme, qui parce qu’elle ne le rebuta pas d’abord, en prit droit de la poursuivre pour le mariage ; mais elle se révolta contre cette proposition, et témoigna 155qu’elle ne voulait point quitter son état de fille. Voici le portrait que son Historien (c’est Ceriziers) fait d’elle. À mesure qu’elle croissait en âge, son corps devenait bien proportionné et s’embellissait. Ce n’était pas une poupée de cour qui a recours à l’artifice : on n’attend pas cela d’une beauté de campagne ; mais c’était un mélange de grâces naturelles et fières, un port noble, un teint vif, un front où la majesté est unie avec la douceur, etc.
Voilà donc le roman, dont il y a bien d’autres traits. Voilà ce qu’on ne trouve en aucun écrivain du temps ; ainsi ce n’est pas une histoire. Ce fut, dit-il, dans la dix-septième année de son âge que les visions vinrent l’assiéger en foule. Cela est contraire aux dépositions de cette fille, qui marque que ce fut à l’âge de treize ans. Il met dans la bouche de cette fille des discours contraires à ce qu’elle dit elle-même. D’Aulon, vieux chevalier, etc. rien n’est moins vrai. D’Aulon dit lui-même dans sa déposition, qu’il était dans la force de l’âge. Sa lettre aux Anglais est entièrement falsifiée et tronquée ; et pour bien caractériser cette dissertation, il faut dire que l’auteur n’a vu aucun des deux procès de cette héroïne, ni aucune pièce du temps. Son grand historien est le sieur de Ceriziers marqué ci-dessus, page 149.
- 156 Problème historique sur la Pucelle d’Orléans, par M. D. Polluche, de la Société littéraire d’Orléans, in-8° Orléans, 1750, contient 24 pages. Ce petit ouvrage est bien écrit, et l’auteur a rempli son objet par beaucoup de recherches tirées tant des historiens, que des archives de la ville d’Orléans. Mais, quoiqu’on fasse, c’est toujours un problème ; cependant par toutes les dépositions originales que nous avons données, il me paraît que cette dissertation doit perdre quelque chose de son titre de problème. Les témoignages que j’ai rapportés, sont de ceux-mêmes qui avaient conduit la Pucelle depuis le commencement de sa prison jusqu’à sa mort. Charles VII certifie sa mort par ses lettres patentes du 15 février 1450, aussi bien que la sentence de justification. Oh ! il me paraît qu’à la vue de pareilles preuves, tout problème doit s’évanouir.
- Discours du nom, des armes, de la naissance et parenté de la Pucelle d’Orléans, in-12, 1610. Livret passable, mal écrit, assez embarrassé, d’où néanmoins j’ai tiré le commencement de la généalogie de la Pucelle telle que je la donne.
- Traité sommaire du nom et des armes, naissance 157et parenté de la Pucelle d’Orléans et de ses frères, avec les preuves, in-4° Paris, 1633. Je crois que ce Livre est une seconde édition de l’ouvrage précédent ; mais augmenté de preuves et d’un plus grand détail.
- Je n’ai pas cru devoir parler du poème de la Pucelle de Chapelain ; c’est un ouvrage moins historique que poétique, dans lequel on n’apprend aucun fait avec certitude. Cet ouvrage a eu autrefois quelque réputation ; mais il y a longtemps qu’elle est tombée : à peine est-il connu des curieux et des amateurs. Si quelquefois l’in-folio est recherché, c’est uniquement pour les figures, qui sont bien dessinées et bien gravées. Ce poème contenait encore une seconde partie qui est faite, mais qui n’a jamais paru : et je ne crois pas que l’envie prenne à quelqu’un de la publier. Ce serait perdre son temps et son argent.
- L’Amazone française, poème nouveau, contenant l’histoire de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans, par le père Néon, dit le Philopole, in-4°, Orléans, 1721. Ce poème est aussi mal imprimé, qu’il est maussadement écrit. L’auteur, chanoine régulier de la congrégation de France, se nommait le père le Jeune, et il a 158jugé à propos de tourner son nom en grec par celui de Néon. Hé ! Père le Jeune, qui vous obligeait d’écrire ? Il est si aisé de se taire, quand on ne saurait primer dans la littérature, que je suis étonné que vous n’ayez pas pris ce parti si sage.
- Poème français et cantique latin sur la délivrance d’Orléans, in-4° Orléans, chez Rouzeau, 1729. Le poème français contient quatre pages, et le cantique deux seulement, avec deux autres pages à messieurs de la ville d’Orléans. L’auteur est M. Perdout de la Perrière, qui a donné quelques autres ouvrages.
La Historia de la Donzella de Orléans, y de sus grandès hechos, Sacàdos de la Chronica Real, por un Cavallero discreto, embiado por Embaxador de Castilla en Francia, per los Reyes Ferdinando y Isabel, in-8°, en Burgos 1562. Oh ! je me suis fort escrimé pour trouver cet ouvrage à Paris sans y avoir pu réussir. Un autre sera peut-être plus heureux, et je lui abandonne l’honneur de l’avoir trouvé et de lavoir lu. Je l’ai même cherché inutilement en quelques bibliothèques d’Espagnols ; en tout cas il ne nous en apprendrait pas plus que ce que nous en savons par les pièces originales.
XIV. Procès manuscrits de Jeanne d’Arc, qui sont en pays étrangers.
- Processus in causa Joannæ de Arcu, Puellæ Aurelianensis, auctoritate Calixti III confectus, cum aliis ad Puellam spectantibus. Ce procès, qui est celui de justification, se trouve dans la bibliothèque vaticane entre les manuscrits de la reine de Suède, numéro 256 : j’ignore en quel temps il a été écrit.
- Histoire du siège d’Orléans, et des faits de Jeanne la Pucelle. 159Guillelmi cardinalis d’Estouteville, et Théobaldi (Thibaut d’Aussigni) ac Francisci (François de Brilhac) Aurelianensium Episcoporum, et Joannis Rollin Diplomata de Processione pro libertate ejusdem Urbis. Ces actes sont imprimés page 179 de la troisième partie, et se trouvent dans la même bibliothèque vaticane, numéro 770, parmi ceux de la reine de Suède.
- Opinio et consilium Thomæ, Lexoviensis Episcopi, super processu Joannæ Puellæ Aurelianensis. Se trouve en un recueil de la même bibliothèque, numéro 1832, et j’en ai parlé ci-dessus, numéro 111 de ces additions.
- Processus Justificationis Puellæ Aurelianesis, numéro 237. — ldem, numéro 744. — Idem, numéro 836. Ces trois exemplaires se trouvent aux manuscrits de Peteau, dans la bibliothèque vaticane.
- Varia super negocio Joannæ, vulgo la Pucelle, dans la bibliothèque vaticane, numéro 3878, folio 513.
- Processus contra Joannam, dictam la Puzil (la Pucelle). Ce Procès se trouve dans 160la bibliothèque du Collège de Saint-Benoît, à Cambridge.
- Processus pro eadem Johanna. Dans la même bibliothèque. Oh ! que cela est édifiant de voir que les Anglais ont bien voulu donner entrée chez eux au procès de justification de la Pucelle.
Fin de la seconde partie.
Notes
- [82]
Déposition du procès de révision, rendue par frère Jean Pasquerel, augustin, du 4 mai 1456.
- [83]
Manuscrits de la fin du quinzième siècle, in-folio, dans la bibliothèque de leurs éminences.
- [84]
Bernard de Girard du Haillan (1535-1610). Il fut chargé par Charles IX puis Henri III de tenir les annales nationales. [NdÉ]
- [85]
État et succès des affaires de France, livre II, à l’année 1429.
- [86]
Livre d’Isaïe, chapitre 41, verset 23 :
Annunciate nobis quæ ventura sunt, et dicemus quia Dii estis.
- [87]
Marcel, Histoire de France, t. III, p. 453, où il a donné un extrait du Journal de la vie de Charles VII.
- [88]
Étienne Pasquier (1529-1615), poète, historien, juriste et magistrat. [NdÉ]
- [89]
Père Philippe Labbe (1607-1667), jésuite, historien et compilateur. [NdÉ]
- [90]
Imprimé à Orléans en 1749. [NdÉ]
- [91]
Tirées du procès de justification.
- [92]
Tirées du manusctit de M. le cardinal de Rohan et de Soubise (fol. 20).
- [93]
Tirée du manuscrit de Rohan et Soubise.
- [94]
Tirée du manuscrit de Rohan et Soubise (fol. 44).
- [95]
Tirée du manuscrit de Rohan et Soubise (fol. 47).
- [96]
Tirée du manuscrit de Rohan et Soubise (fol. 52).
- [97]
Tirée du procès de justification vers la fin.
- [98]
Tirée du manuscrit de messieurs les cardinaux de Rohan et Soubise, folio 123 verso. Cette même sentence se trouve en latin dans l’Histoire de France de Marcel, tome III. p. 415.
- [99]
Viateurs : voyageurs, mot tiré du latin.
- [100]
C’est le cardinal d’Estouteville.
- [101]
C’est-à-dire éclaircir.
- [102]
Regnault de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France.
- [103]
Vaticiner : prophétiser.