#Examen à Poitiers
8 témoins :
François Garivel
- Enquête à Orléans (7 mars 1456)
Le roi envoya Jeanne à Poitiers. Elle fut logée chez feu Jean Rabatiau, alors avocat du roi au Parlement ; et examinée par les docteurs en théologie : Pierre de Versailles, alors abbé de Talmond, Jean Lambert, Guillaume Aimeri, frère-prêcheur, Pierre Seguin, frère du Carmel ; les bacheliers en théologie : Mathieu Mesnaige, Guillaume Le Marié, et d’autres conseillers du roi, licenciés en l’un et l’autre droit. Ils l’examinèrent, ses dits et ses faits, pendant presque trois semaines ; et conclurent qu’elle était une fille honnête.
Gobert Thibaut
- Enquête à Paris et à Rouen (5 avril 1456)
Il était à Chinon lorsque Jeanne arriva auprès du roi, mais la connut surtout lors de son séjour à Poitiers, où elle logea dans la maison de Jean Rabateau. C’est là que Pierre de Versailles et Jean Érault allèrent l’interroger, accompagnés par le témoin, sur l’ordre de l’évêque de Castres.
Lorsqu’ils arrivèrent Jeanne vint au-devant d’eux ; elle frappa le témoin sur l’épaule en lui disant qu’elle voudrait bien avoir beaucoup d’hommes de son caractère. Versailles dit à Jeanne qu’ils étaient envoyés par le roi, à quoi elle répondit : Je le crois bien
, ajoutant : Je ne sais ni A ni B.
Ils lui demandèrent alors pourquoi elle venait : Je viens de la part du Roi des cieux, pour faire lever le siège d’Orléans, et pour conduire le roi à Reims, afin qu’il soit couronné et sacré.
Puis elle leur demanda de quoi écrire et dicta une lettre à Jean Érault : Vous, Suffort, Classidas et La Poule, je vous somme, de par le Roi des cieux, que vous en alliez en Angleterre.
Jeanne demeura à Poitiers aussi longtemps que le roi.
Jean Barbin
- Enquête à Paris et à Rouen (30 avril 1456)
Le roi envoya Jeanne être examinée à Poitiers. C’est là que le témoin entendit parler d’elle pour la première fois. Elle fut logée dans la maison de Jean Rabateau. Il entendit la femme de Rabateau dire que Jeanne restait longtemps agenouillée après les repas, et même de nuit ; elle allait souvent dans la chapelle de la maison, et y priait longtemps.
Elle reçut la visite de nombreux clercs, Pierre de Versailles, Guillaume Aymeri, et d’autres dont il a oublié le nom, qui l’interrogèrent à leur guise. — Le témoin les entendit raconter qu’elle avait répondu avec beaucoup de sagesse, comme un bon clerc ; ils admiraient ses réponses et les croyaient que d’inspiration divine, vu sa vie et sa conduite.
Ils conclurent qu’il n’y avait en elle rien de mal, ni qui fût contraire à la foi catholique. Aussi, vu la nécessité dans laquelle se trouvaient le roi et le royaume, puisque le roi et ses sujets étaient alors dans une situation désespérée, et sans espoir d’aide quelconque, à moins d’une intervention de Dieu, ils conclurent que le roi pouvait avoir recours à elle.
Marguerite La Touroulde
- Enquête à Paris et à Rouen (30 avril 1456)
Interrogée par les docteurs à Poitiers, elle leur avait répondu : Il y a dans les livres de notre Seigneur plus que dans les vôtres.
[En français.]
Jean d’Alençon
- Enquête à Paris et à Rouen (3 mai 1456)
Le témoin n’assista pas à cet interrogatoire mais connut le rapport qu’en firent les examinateurs au conseil du roi : ils n’avaient rien trouvé en elle de contraire à la foi catholique, et, attendu l’état de nécessité, le roi pouvait avoir recours à elle.
Jean Pasquerel(aumônier de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 mai 1456)
Elle fut ensuite conduite à Poitiers pour y être examinée par les clercs de l’Université présents, Jourdain Morin, Pierre de Versailles et plusieurs autres. Ils conclurent, comme ils n’avaient rien trouvé en elle de contraire à la foi catholique, et attendu la nécessité pressante où se trouvait tout le royaume, que le roi pouvait avoir recours à elle.
Simon Charles
- Enquête à Paris et à Rouen (7 mai 1456)
Ne voulant rien faire sans l’avis des ecclésiastiques, le roi envoya Jeanne à Poitiers, pour être examinée par les clercs de l’Université. Lorsqu’il apprit qu’on n’avait trouvé en elle rien que de bon, il la fit armer et lui donna des gens ; elle reçut aussi des attributions militaires.
Seguin de Seguin
- Enquête à Paris et à Rouen (14 mai 1456)
Il vit Jeanne pour la première fois à Poitiers. — Le conseil du roi (parmi eux l’archevêque de Reims) s’était assemblé dans la maison d’une certaine La Macée ; ils firent venir plusieurs clercs dont le témoin lui-même, Jean Lombart, professeur de théologie sacrée à l’Université de Paris, Guillaume Le Marié, chanoine de Poitiers, bachelier en théologie, Guillaume Aymeri, professeur de théologie sacrée, de l’ordre des Frères prêcheurs, frère Pierre Turelure, maître Jacques Maledon, et plusieurs autres ; ils leur dirent que le roi les chargeait d’interroger Jeanne et d’en faire un rapport ; et ils les envoyèrent chez Jean Rabateau, où Jeanne était hébergée, afin de l’examiner. Une fois arrivés là, les délégués posèrent plusieurs questions à Jeanne. — Entre autres, Jean Lombart lui demanda pourquoi elle était venue, car le roi voulait bien connaître ce qui l’avait poussée à venir le voir ; elle répondit de belle manière : en gardant des animaux, une voix lui était parvenue, et lui dit que Dieu avait grande pitié du peuple de France et qu’il fallait qu’elle vînt en France. Ayant entendu cela, elle s’était mise à pleurer ; alors la voix lui avait dit d’aller à Vaucouleurs, et là elle trouverait un capitaine qui la conduirait avec sécurité en France et vers le roi, et elle ne devait pas avoir de doute ; ainsi avait-elle fait, et elle était arrivée auprès du roi sans aucun empêchement. — Puis Guillaume Aymeri l’interrogea : Tu dis que Dieu veut délivrer le peuple de la France ; mais s’il veut le délivrer, il n’a pas besoin des hommes d’armes.
Jeanne répondit : En nom Dé, les gens d’armes batailleront et Dieu donnera victoire.
; de cette réponse fut content maître Guillaume. — Le témoin lui demanda quel langage parlait la voix, elle lui répondit que c’était un meilleur langage que le sien. Le témoin parlant le limousin. Il lui demanda si elle croyait en Dieu, elle répondit oui, et mieux que lui. Alors il lui dit que Dieu ne voulait pas qu’on crût en elle sans preuve, et que les examinateurs ne recommanderaient pas au roi de lui confier des hommes d’armes, sur ses simples affirmations. Elle répondit : En nom Dieu, je ne suis pas venue à Poitiers pour faire signes ; menez-moi à Orléans et je vous montrerai les signes prouvant pour quoi je suis envoyée.
Elle demanda qu’on lui confia des hommes, autant qu’il leur paraîtrait convenable, et elle irait à Orléans. — Elle annonça alors aux examinateurs quatre événements qui étaient encore à venir, et qui arrivèrent peu après : 1. les Anglais seraient battus (après semonce) et Orléans délivré ; 2. le roi serait sacré à Reims ; 3. Paris rentrerait dans l’obéissance au roi de France ; 4. le duc d’Orléans reviendrait d’Angleterre. Toutes choses que le témoin a vu s’accomplir.
Les délégués firent leur rapport au conseil : attendu la nécessité pressante et le danger où se trouvait la ville, le roi pouvait s’aider de Jeanne et l’envoyer à Orléans.
Les examinateurs enquêtèrent également sur la vie et les mœurs de Jeanne, et trouvèrent qu’elle était bonne chrétienne, vivait en catholique, et n’était jamais oisive. Des femmes lui furent attachées pour rapporter au conseil ses faits et gestes.