Déposition de Seguin de Seguin
Interrogé une fois en 1456.
Frère Seguin de Seguin, professeur de théologie sacrée, de l’ordre des Frères prêcheurs, doyen de la faculté de théologie à l’Université de Poitiers, âgé d’environ 70 ans. Entendu d’office par les seigneurs juges le 14 mai.
Ne dépose que sur les articles 1-4.
Arrivée de Jeanne à Chinon.]
Il entendit parler de Jeanne par Pierre de Versailles. Ce dernier avait entendu dire par quelques hommes d’armes qu’ils étaient allés à la rencontre de Jeanne, venant auprès du roi, et qu’ils s’étaient mis en embuscade pour la capturer et la détrousser, elle et ses compagnons ; mais, alors qu’ils pensaient le faire, ils n’avaient pu se mouvoir du lieu où ils se trouvaient, et ainsi Jeanne s’était éloignée avec ses compagnons sans dommage.
Examen à Poitiers.]
Il vit Jeanne pour la première fois à Poitiers. — Le conseil du roi (parmi eux l’archevêque de Reims) s’était assemblé dans la maison d’une certaine La Macée ; ils firent venir plusieurs clercs dont le témoin lui-même, Jean Lombart, professeur de théologie sacrée à l’Université de Paris, Guillaume Le Marié, chanoine de Poitiers, bachelier en théologie, Guillaume Aymeri, professeur de théologie sacrée, de l’ordre des Frères prêcheurs, frère Pierre Turelure, maître Jacques Maledon, et plusieurs autres ; ils leur dirent que le roi les chargeait d’interroger Jeanne et d’en faire un rapport ; et ils les envoyèrent chez Jean Rabateau, où Jeanne était hébergée, afin de l’examiner. Une fois arrivés là, les délégués posèrent plusieurs questions à Jeanne. — Entre autres, Jean Lombart lui demanda pourquoi elle était venue, car le roi voulait bien connaître ce qui l’avait poussée à venir le voir ; elle répondit de belle manière : en gardant des animaux, une voix lui était parvenue, et lui dit que Dieu avait grande pitié du peuple de France et qu’il fallait qu’elle vînt en France. Ayant entendu cela, elle s’était mise à pleurer ; alors la voix lui avait dit d’aller à Vaucouleurs, et là elle trouverait un capitaine qui la conduirait avec sécurité en France et vers le roi, et elle ne devait pas avoir de doute ; ainsi avait-elle fait, et elle était arrivée auprès du roi sans aucun empêchement. — Puis Guillaume Aymeri l’interrogea : Tu dis que Dieu veut délivrer le peuple de la France ; mais s’il veut le délivrer, il n’a pas besoin des hommes d’armes.
Jeanne répondit : En nom Dé, les gens d’armes batailleront et Dieu donnera victoire.
; de cette réponse fut content maître Guillaume. — Le témoin lui demanda quel langage parlait la voix, elle lui répondit que c’était un meilleur langage que le sien. Le témoin parlant le limousin. Il lui demanda si elle croyait en Dieu, elle répondit oui, et mieux que lui. Alors il lui dit que Dieu ne voulait pas qu’on crût en elle sans preuve, et que les examinateurs ne recommanderaient pas au roi de lui confier des hommes d’armes, sur ses simples affirmations. Elle répondit : En nom Dieu, je ne suis pas venue à Poitiers pour faire signes ; menez-moi à Orléans et je vous montrerai les signes prouvant pour quoi je suis envoyée.
Elle demanda qu’on lui confia des hommes, autant qu’il leur paraîtrait convenable, et elle irait à Orléans. — Elle annonça alors aux examinateurs quatre événements qui étaient encore à venir, et qui arrivèrent peu après : 1. les Anglais seraient battus (après semonce) et Orléans délivré ; 2. le roi serait sacré à Reims ; 3. Paris rentrerait dans l’obéissance au roi de France ; 4. le duc d’Orléans reviendrait d’Angleterre. Toutes choses que le témoin a vu s’accomplir.
Rapport de l’examen.]
Les délégués firent leur rapport au conseil : attendu la nécessité pressante et le danger où se trouvait la ville, le roi pouvait s’aider de Jeanne et l’envoyer à Orléans.
Vie et les mœurs de Jeanne.]
Les examinateurs enquêtèrent également sur la vie et les mœurs de Jeanne, et trouvèrent qu’elle était bonne chrétienne, vivait en catholique, et n’était jamais oisive. Des femmes lui furent attachées pour rapporter au conseil ses faits et gestes.
Envoyée par Dieu.]
Croit que Jeanne fut envoyée par Dieu ; attendu que le roi et ses sujets n’avaient plus aucun espoir et que tous au contraire croyaient à la défaite.
Mœurs de Jeanne à l’armée.]
On demanda à Jeanne pourquoi elle avait un étendard, elle répondit qu’elle ne voulait pas se servir de son épée, ni tuer quelqu’un. — Jeanne détestait entendre jurer le nom de Dieu en vain, et avait horreur de ceux qui juraient ; elle disait à La Hire, qui avait l’habitude de dire beaucoup de jurons et de renier Dieu, qu’il reniât son bâton. Et ensuite ce La Hire, en présence de Jeanne eut coutume de renier son bâton.