G. Rudler  : Michelet, historien de Jeanne d’Arc (1925-1926)

Introduction à l’édition critique

5Introduction
à l’édition critique

Publiée dans le tome II de l’édition critique de la Jeanne d’Arc de Michelet, par Gustave Rudler (Hachette, 1925)

I.
Le manuscrit

Le manuscrit autographe de Jeanne d’Arc se trouve au Musée Carnavalet, Cabinet des Estampes1.

Il se présente dans une liasse de feuillets qui ont pour titre, de la main de Michelet : Chapitre III. Charles VII. L’Imitation. La Pucelle, 1422-1430.

Ce chapitre III comprend la matière des trois premiers chapitres du Livre X de l’Histoire de France imprimée. Le second et le troisième y ont été découpés après coup au crayon bleu ; le troisième commence à la page 26. Vient ensuite le chapitre IV, avec son titre, de la main de Michelet ; puis, en bloc, les notes, que des numéros d’ordre représentent en général dans les marges, quelquefois dans le texte même, et dont les feuillets ne sont pas numérotés.

Le manuscrit compte 111 feuillets, mesurant 37 cm. sur 23, et mal paginés.

C’est le manuscrit qui a servi pour l’impression ;il porte les noms des protes et les numéros des placards. Il a été exécuté 6rapidement ; beaucoup de mots avaient été laissés en abrégé et ont été complétés à la revision. Bien que définitif, il réserve au lecteur une instruction assez abondante et assez précieuse. Il présente souvent un état du texte ou des indications marginales qui éclairent la méthode de travail de Michelet, c’est-à-dire le rapport de son texte aux sources de seconde et de première main ; des suppressions et des recommencements qui renseignent sur la marche de sa pensée ; des retouches intéressantes pour l’étude du style. En outre, les versos (ou les rectos mêmes) fournissent des rédactions antérieures, vestiges sans doute du premier brouillon, que des notes ont pu ou dû précéder. Enfin, il permet de corriger des coquilles qui se sont glissées dans la première édition et maintenues dans toutes les autres.

Le manuscrit de l’Introduction de 1853 n’est pas avec la liasse du livre X, et je l’ai vainement cherché. Par contre, entre autres papiers importants, M. de Brahm m’a communiqué des notes ou des plans de 1851-54 sur la théorie de la France-femme, de la patrie créée par Jeanne d’Arc, qui reparaît dans cette Introduction, après avoir trouvé une première expression dans les pages de la fin du livre X, abandonnées par les tirages à part. Je les utilise dans mon Michelet historien de Jeanne d’Arc.

II.
Les éditions

Les éditions se répartissent en deux séries, qui diffèrent essentiellement par les divisions du plan, mais assez peu par le texte.

  1. L’Histoire de France, où Jeanne d’Arc a paru d’abord ;
  2. Les tirages à part, extraits de l’Histoire de France par la maison Hachette pour sa Bibliothèque des chemins de fer.

Je désignerai les éditions par les deux derniers chiffres du millésime de l’année où elles ont paru.

71.
Histoire de France

41. — HISTOIRE | DE FRANCE | par M. Michelet, | Membre de l’Institut, professeur d’histoire au Collège royal de France, | Chef de la section historique aux Archives du royaume. | Tome cinquième | Paris | Librairie classique et élémentaire | De L. Hachette, | Libraire de l’Université de France, | Rue Pierre-Sarrazin, 12. | 1841.

In-8.

Livre X. Chapitre III. La Pucelle d’Orléans. 1429. (Chapitre IV. Le cardinal de Winchester.Procès et mort de la Pucelle. 1429-1431.

Cette édition se caractérise :

  1. par la présence, après le § 262, d’un passage de tendance religieuse, que Michelet à retiré en 1853, et définitivement, en raison de son évolution philosophique et politique et à la suite de ses démêlés avec le parti clérical (1842) ;
  2. par quelques leçons particulières ;
  3. par quelques différences, de fond et de forme, dans les notes.

42. — L’édition de Bruxelles, Société belge de librairie, Hauman et Cie, 1842, in-12, n’est qu’une reproduction de la précédente. Elle supprime deux renvois aux volumes antérieurs de l’Histoire, et fait dans les références les corrections nécessitées par le changement de format.

Jeanne d’Arc est au tome VII.

52. — L’édition du tome V parue chez Hachette en 1852 et donnée comme nouvelle, coïncide absolument avec l’édition de 1841. Elle n’est donc pas une réédition, mais la fin de l’édition 41 sous une autre date. Elle ne figure pas à la Bibliographie de la France.

61. — Nouvelle édition, revue et corrigée. | Paris | Chamerot, libraire-éditeur, | Rue du Jardinet 13 | 1861.

Tome V. Même livre, mêmes chapitres, mêmes titres.

8Cette édition dérive de 41, dont elle reproduit les caractéristiques essentielles, et dont elle rétablit certains passages supprimés dans les tirages à part de 1853 et 1856. Elle ne maintient en commun avec ces tirages que deux suppressions : 1° le développement qui suit le § 262 ; 2° la note du § 194 fin, qui contenait un raisonnement frivole. Il en faut conclure de deux choses l’une : ou que ces deux suppressions ont été maintenues dans 61 sans retour aux tirages à part, autrement le nombre des suppressions aurait été plus considérable ; en ce cas les suppressions de 53-56 ne sont pas condamnées ; ou qu’en revenant au texte de 41, Michelet a entendu condamner toutes les suppressions de 53-56 non maintenues dans 61. Je tiens pour la première hypothèse.

61 se sépare d’ailleurs de 41 (et des tirages à part) par trois caractères : 1° des suppressions nouvelles, dont plusieurs méritent attention pour l’établissement du texte ; 2° des additions rares et, sauf une, insignifiantes ; 3° le dispositif des notes.

Suppressions. — § 35, la ligne finale sur la béate du Tyrol ; § 66, n. 1, la ligne relative à André Hofer ; § 172, n. 1, la référence au Jordaens de M. Panckoucke ont disparu. Ce sont des corrections excellentes ; le modernisme de ces réflexions détonnait. Faut-il les attribuer à Michelet ? Probablement, mais il subsiste un doute sur les deux notes. Et elles auraient dû en entraîner d’autres : l’allusion (§ 43) à Dorothée de Goethe ; la phrase (§ 70) sur la pudibonderie des Anglaises et des Allemandes.

§ 291, les deux phrases En droit… pour la foi et leur note sont tombées. Michelet ayant atténué en plusieurs autres endroits l’expression de son anglophobie, il faut lui attribuer cette suppression ; elle en suit et complète deux autres, analogues, de 53-56.

Quelques notes ou fragments de notes ont aussi disparu : la phrase (§ 66 n. 1)2 où Michelet se dit loin de croire que Jeanne a été choisie et désignée ; l’annonce (§ 115, n. 2) d’une 9publication par Jubinal ; cinq références, à frère Séguin (§ 87, n. 1 ; c’est la même référence qu’au § précédent), à de Barante (§ 156, n. 1), à Reiffenberg (§ 168, n. 2 et 184, n. 3), à Buchon (§ 261, n. 1) ; enfin (§ 90, n. 1) une réflexion superflue. Ce sont là, très probablement, des inadvertances de prote, qui s’expliquent par le dispositif des notes. La première, unique d’ailleurs de son espèce, serait grave ; elle modifierait l’idée que Michelet s’était d’abord faite de la mission.

Additions. — Elles sont peu nombreuses, et très probablement, sauf la première, étrangères à Michelet, pour la même raison.

§ 322, n. 1, apparaît le complément de note tiré d’Henri Martin.

La note 1 du § 160 ajoute ces mots : et Renaissance, Introduction.

La note 2 du § 175 s’accroît de ces mots : Voyez le tome précédent.

Dispositif des notes. — Il présente de graves et fâcheuses innovations. Les notes sont très souvent partagées entre le bas des pages et l’appendice. Beaucoup sont mutilées. Plusieurs sont tombées.

Il ne semble pas que des principes aient dirigé ce travail, ou du moins ils n’ont pas été suivis jusqu’au bout.

En général, on croit remarquer que les notes particulières à l’histoire de Jeanne ont été maintenues sous le texte, et que les notes extérieures ont passé à la fin du volume3. Cette règle serait défendable, mais il y aurait été souvent dérogé. La discrimination aurait été mal faite.

Dans certains cas, la division ou le rejet des notes semble n’avoir d’autre raison que leur longueur. Ceci serait une raison d’éditeur, non d’historien, et des notes assez longues maintenues au bas des pages, où elles ne s’imposaient pas, iraient à l’encontre.

10On croirait parfois que l’éditeur a voulu procurer une édition plus populaire, et qu’il a évité de citer du latin en note4 ; il a supprimé la seule note grecque de l’ouvrage (§ 295). Mais des morceaux de latin que l’appendice semblait appeler sont demeurés sous le texte.

Ailleurs enfin, et souvent, on a l’impression de se trouver en face du caprice pur, tant les résultats sont déconcertants5.

De toutes ces pratiques, la plus contestable est le système des références. Dans les notes, au bas des pages, l’éditeur laisse rarement subsister les titres des ouvrages6, et il supprime, à deux ou trois exceptions près, les précisions de tome et de page7. Ces précisions, à deux ou trois exceptions près, se retrouvent à l’appendice. Cette horreur de la référence au bas des pages, cette irrégularité dans l’indication des titres, tomes et pages, sont absolument anti-historiques. On aime à croire que, si Michelet a donné son adhésion de principe à un pareil système, il n’en a pas surveillé l’application8.

L’arbitraire et le sans-gêne de l’éditeur ne jettent pas la suspicion sur les corrections de fond. Mais ils obligent à se demander dans chaque cas si Michelet est ou non responsable de la correction.

En somme, l’édition 61 apporte très peu de chose. Elle va plus 11loin, sur certains points, que 53-56 dans la voie des suppressions ; elle va moins loin sur certains autres, maintenant d’après 41 des passages rejetés par 53-56. C’est une édition hybride, à la fois en avance et en retard, qui n’est pas toute du fait de Michelet, établie au petit bonheur, et qu’il faut manier avec prudence.

Aucune des éditions qui suivent n’a de valeur. Michelet est mort en 1874. Même l’édition dite définitive (1894) n’a, et encore, qu’un avantage de commodité, en ce qu’elle reproduit fidèlement 61. Elle aurait dû remonter à 41.

74. — Nouvelle édition, revue et augmentée9 | Paris, Librairie internationale | À. Lacroix et Cie, Éditeurs | 13, Faubourg Montmartre, 13 | 187410.

In-8.

Tome V. Mêmes livre, chapitres et titres.

Cette édition dérive de 61. Elle en reproduit le dispositif et les chiffres des notes (de 19 à 68). Elle ne s’en distingue que par quelques graphies, coquilles ou omissions : § 80, n. 1, 61 imprime de, 74 du frère Séguin. — § 113 et 314, 61 donne et 74 ne donne pas les négations : [ne] s’éloignassent et [ne] perdissent, [ne] l’eût exhortée. — §§ 128, n. 2, 158, n. 4, et 166, n. 1, 61 imprime douzième, quinzième, dix-septième, 74, XIIe, XVe, XVIIe. — § 138, n. 1, 61 imprime Bedford, 74, Bedfort. — § 158, n. 4, 61 a un tiret avant les mots : Dès le…, 74 n’en a pas. — § 322, n. 1, 61 donne, 74 supprime les mots entre crochets : rationnelle [et profonde]. Sauf la dernière, toutes ces différences sont banales ; aucune d’elles prise isolément n’offrirait le moyen de classer les éditions ultérieures : mais à elles toutes, elles prendraient du sens.

Aucune ne suppose le retour de 74 à une édition autre que 61. Il n’en est pas de même de la suivante, qui est unique de son espèce, et qui par là est bizarre : § 288, n. 1, 61 ne donne pas, 74 donne les chiffres de la référence : Turner, II, 506.

1276. — Nouvelle édition, revue et augmentée11 | Paris | Librairie internationale | A. Lacroix et Cie, éditeurs | 13, Rue du Faubourg-Montmartre, 13 | 1876.

In-8.

Tome VI. Mêmes livre, chapitres, et titres.

76 dérive de 74, dont elle reproduit les traits caractéristiques. L’impression est plus grosse, plus large ; de là, le changement de tomaison.

Les notes de l’appendice ont été replacées au bas des pages. Mais l’éditeur ne s’est pas reporté à 41 pour les remettre en ordre et en combler les lacunes. Il a systématiquement ajouté les fragments de l’appendice à la fin des notes restées sous le texte, même quand ils auraient dû venir en tête. Il a laissé à la queue-leu-leu les séries de notes non numérotées et relatives à un même paragraphe que 74 avait rejetées à l’appendice, mais sans reproduire, comme 74, les mots du texte auxquels elles se rapportent, de sorte que le rapport des notes au texte échappe souvent, que certaines notes sont remontées trop haut, certaines coupées en deux, que des références viennent avant les notes dont elles avaient été détachées, au milieu d’autres références avec lesquelles elles n’ont rien à voir, etc.12.

76-78. — Nouvelle édition, revue et augmentée13 | Avec illustrations par Vierge | Paris | Librairie Abel Pilon | A. Le Vasseur, successeur, éditeur | 33, Rue de Fleurus, 33. [S. d.]

In-8.

Tome VI. Mêmes livre, chapitres et titres.

Dérive de 76, comme le prouve le dispositif des notes.

79-84. — Nouvelle édition revue et augmentée14 | VI | Jeanne Darc | Les guerres avec l’Angleterre | Paris | Marpon et Flammarion | Libraires | Lacroix et Cie, éditeurs | 187915.

In-12.

13Reproduit 76 ; les deux tomes VI, in-12 de 79 et in-8 de 76, coïncident pour le contenu.

Il a été fait un nouveau tirage, ou l’éditeur a écoulé les invendus sous la date de 1884.

86. — Œuvres de Jules Michelet, Histoire de France. Moyen âge. Paris, Alphonse Lemerre, éditeur. M.DCCC. LXXXVI.

In-12.

Mêmes livre, chapitres et titres.

Dérive essentiellement de 76. La presque totalité des notes sont identiques dans les deux éditions, à cette différence près que 76 les donne au bas des pages, 86 à la fin du volume, et que 86 aggrave plus d’une fois 76 par des mises à la ligne arbitraires ; il y a même une interversion de phrase injustifiée16.

Mais 86 ne dérive pas que de 76. Des différences apparaissent au collationnement. Je néglige ce qui n’est peut-être que corrections d’imprimerie : substitution de de à du frère Séguin (86 : p. 375, 377 ; 76 : p. 193, 196) ; rétablissement de de Louis de Contes (respectivement 380 et 207) : voici des différences dont certaines au moins sont substantielles.

76, p. 243, n. 1, rejette à la fin du § la phrase sur Cauchon. 86, p. 391, revient à l’ordre véritable (6 178 n. 1).

76, p. 269, n. 1, se termine par une référence fausse : p. 164, 12 mai (ces chiffres se retrouvent p. 272, à leur place). 86, p. 398, rétablit la référence exacte : p. 139 (§ 252, n. 1).

76, p. 284, n. 1, donne la référence Turner, II, 506 que 61 supprime et que 74 rétablit. 86, p. 402, la supprime (§ 228 n. 1).

76, p. 300, n. 1, supprime les mots et profonde après une explication rationnelle. 86, p. 407, les rétablit, comme 61, et à la différence de 74 (§ 322, n. 1). — Même note, à la fin, 76 renvoie à Hist. de France (d’Henri Martin) t. VII ; 86, comme 61, à Hist. de France, t. VI, p. 143, note.

Il faut donc que 86 se soit reporté à 61. Deux hypothèses, en dehors de la négligence, semblent expliquer également le petit nombre de ces retours. Ou 86 était imprimé quand l’éditeur a eu 14l’idée de contrôler 76 par une autre édition, et il n’a pas voulu se donner la peine ou faire les frais d’un remaniement plus étendu. Ou la difficulté de manier les notes de 61, qui sont coupées en deux, s’est opposée à un collationnement sérieux. À moins que l’éditeur n’ait voulu simplement justifier aux moindres frais possibles le mot du titre revue.

Quant au texte, sauf des différences d’ordre typographique, comme la substitution de XIIe, XVe, XVIIe à douzième, quinzième, dix-septième, 86 s’accorde avec 61 pour la présence de la négation : ne s’éloignassent, ne perdissent, ne l’eût exhortée (§ 113 et 314). Mais cela aussi peut tenir aux habitudes syntaxiques de l’éditeur.

94. — Édition définitive, revue et corrigée | Paris | Ernest Flammarion, éditeur | 26, rue Racine, près l’‘Odéon. | 1894.

In-8 .

Tome V (Moyen âge), 1894. Mêmes divisions.

Reprise de 61. Les notes sont de nouveau coupées en deux, et de la même manière. Le texte coïncide avec 61 (sauf quelques coquilles ou erreurs) et se sépare de 74 par les détails que j’ai notés à cette dernière édition.

98. — Histoire de France | au moyen-âge | Jeanne d’Arc |Nouvelle édition | Avec gravures d’après des documents historiques | Paris | Calmann-Lévy, éditeurs | 3, rue Auber, 3 | [S.d.]

In-12.

La numérotation des livres est changée. Les livres IX et X de l’Histoire, dont le titre a été modifié, deviennent les livres I et II du volume. Les nos et titres des chapitres demeurent.

Dérive de 76 ou d’un des dérivés de 76, en y ajoutant des fautes nombreuses. Je ne relèverai que trois différences : § 163, n. 3, 98 ne donne pas le mot récemment. — § 164, la note 2, pareille à l’avant-dernière précédente, est tombée. — § 168, n. 1, 98 imprime encore en 1841, au lieu de encore cette année (1841).

Pour conclure, deux éditions seulement de l’Histoire, 41 et 61, entrent en ligne de compte pour l’établissement du texte.

152.
Tirages à part17

53. — [Couverture] Bibliothèque des chemins de fer | Jeanne d’Arc | par J. Michelet | (1412-1432) | Paris | Librairie de L. Hachette et Cie | Rue Pierre-Sarrazin, n° 14 | 1853.

[Feuillet suivant] Bibliothèque des Chemins de fer | Deuxième série | Histoire et Voyages.

[Feuillet de titre] pareil à la couverture, moins Bibliothèque des Chemins de fer.

In-12. VIII-147 pages, plus la Table.

Cette édition se définit :

  1. par son Avis des Éditeurs et son Introduction.
  2. par son plan. Les deux chapitres de l’Histoire disparaissent et la matière en est distribuée en six parties, dont l’idée semble être venue à Michelet d’une note de l’Histoire (§ 328).
  3. par un certain nombre de suppressions, qu’expliquent soit l’accroissement de la passion anti-cléricale de Michelet, soit l’adoucissement de son anglophobie, soit enfin certains mouvements de réflexion et de raison18.

56. — Jeanne d’Arc | par | J. Michelet. | Paris | Hachette | 185619.

In.-12. VIII-149 pages, plus la Table.

Cette édition ne porte pas de numéro d’ordre.

Elle est, en substance, identique à la précédente ; elle en reproduit les trois caractères essentiels.

Elle en diffère cependant. La justification du tirage n’est pas la même ; le commencement d’une trentaine de pages seulement coïncide de part et d’autre.

16Elle apporte aussi quelques variantes, mais fautives ou sans valeur certaine :

  1. § 5 : 53 elle marche tout ce temps seule avec Dieu dans la solitude… ; 56 supprime seule. Correction contestable.
  2. § 94 n. 2 : Bibliothèque 53 royale ; 56 impériale. Simple mise au point.
  3. § 123 fin : 53 tel étant le bon plaisir de Dieu ; 56 tel était… Coquille probable. — La source (Chronique sans titre 345 ; in Lebrun, II, 271-272) dit : car c’estoit le plaisir et la volonté de Dieu. Mais Michelet ne s’y serait pas reporté en 1856. On serait en présence d’une correction de style.
  4. § 135 : 53 le plus riche des princes anglais, et l’un des grands bénéficiers ; 56 et un des grands… Inadvertance probable de prote.
  5. § 154 : 53 qu’il fonde ; 56 qu’on fonde. Faute.
  6. § 158, n. 2 : 53 plus haut ; 56 ailleurs. Mise au point.
  7. § 166, note : 53 ce mot ; 56 ces mots. Correction contestable. Comme il s’agit de la devise de la Toison d’or, la première leçon est juste aussi, et d’une logique plus fine.
  8. § 268 : 53 il me semble… que je suis ; 56 que je sois. Coquille.
  9. § 279 : 53 dès qu’elle lui serait adjugée : 56 sera. Coquille.
  10. § 318 : 53 la nature pâlit ; 56 pâtit. Bonne correction.

En somme, celles de ces variantes qui ne sont pas des fautes ne supposent pas la main de l’auteur. Elles peuvent, et, ce semble, doivent s’attribuer à un correcteur d’imprimerie.

Il me paraît en être de même des accords suivants : §§ 43 et 70, 53 imprime les femmes même, ceux même ; 56 imprime mêmes. Ces deux orthographes sont admissibles pour le sens ; le pluriel me paraît le fait d’un correcteur qui applique en quelque sorte mécaniquement l’usage le plus ordinaire. — §§ 103 et 111, 53 donne en prières, 56 en prière. Le premier pluriel de 53 peut se défendre, le second est peu habituel.

Si l’on met à part un certain nombre de particularités libres, 53 et 56 suivent deux systèmes de ponctuation différents. 53, conforme en cela à 41, ne met, pour ainsi dire, jamais de 17virgule avant la proposition déterminante, quelle qu’en soit la nature (participiale, relative, conjonctive, adverbiale, prépositionnelle), et elle en met régulièrement une après20. 56 en met une avant et après.

La régularité du système inverse dans 56 trahit sans doute la revision soigneuse d’un correcteur d’imprimerie, qui a d’autres principes que le correcteur de 53, influencé peut-être par 41.

D’une façon générale, 56 multiplie la ponctuation par rapport à 53. Le texte paraît ainsi meilleur ou moins bon, selon les cas et les goûts ; il a un air plus analytique, et cela ne laisse pas d’être conforme à la pratique tardive de Michelet. L’absolue cohérence de ce nouveau système paraît pourtant éliminer l’intervention de l’auteur.

56 ajoute partout dans les références les lettres t. et p. Ici encore, travail de correcteur.

Enfin 56 a sur 53 une infériorité sérieuse. À peu près partout, mais notamment dans les interrogatoires, le dialogue y est disposé comme un dialogue de théâtre : demandes et réponses sont mises à la ligne. Le groupement des sujets par paragraphes se trouve brisé ; tout s’éparpille. Cette dispersion enlève au récit beaucoup de sa force et de sa clarté ; est-elle l’œuvre de Michelet ?

En somme, 56 est une édition soignée, mais dont le soin paraît imputable à un bon correcteur d’imprimerie ; il n’est pas démontré que Michelet y a participé.

53 paraît donc représenter seule sa volonté, et mérite la préférence.

Toutes les rééditions qui suivent excluent la possibilité d’une intervention de Michelet. Elles sont sans valeur.

63. Jeanne d’Arc | par J. Michelet | (1412-1432) | Deuxième édition | Paris | Librairie de L. Hachette et Cie | Boulevard Saint-Germain, n° 77 | 1863.

In-12, 198 p., plus la Table.

18À la différence de 53 et 56, les chapitres commencent en page, au recto, et les titres sont en petites capitales.

L’impression est plus lâche : trois lignes de moins à la page, environ cinq lettres de moins à la ligne.

Cette édition n’a pas pu être revue par Michelet. J’y compte plus de soixante fautes, coquilles, additions erronées, interversions, corrections mauvaises, substitutions fautives ou arbitraires. Je crois inutile d’en donner le relevé.

63 dérive de 53. Elle ne suit aucune des leçons caractéristiques de 56 (sauf les femmes mêmes et en prière, ce qui est banal), non plus que la disposition du dialogue. Au contraire, elle s’accorde avec 53 sur quelques points plus ou moins décisifs : (§ 94, n. 2, Bibliothèque royale — 97 grande peur — 158, n. 2, plus haut — 318, pâlit.

Ses malfaçons rendent suspectes celles des variantes qui ne sont pas des fautes. Cependant, comme il n’est pas impossible, théoriquement, que Michelet ait jeté un coup d’œil sur les épreuves et fait quelques corrections à droite et à gauche, je donnerai ces variantes à l’appareil critique, par surcroît de précaution ; je n’en tiendrai pas compte dans l’établissement du texte. Elles sont d’ailleurs peu nombreuses.

73. — Jeanne d’Arc | par J. Michelet | (1412-1432) | Troisième édition | Paris | Librairie de L. Hachette et Cie | Boulevard Saint-Germain, n° 77 | 1873.

In-12. 152 pages, plus la table. — Les titres des chapitres fournissent pour la première fois le titre courant ; jusque là ce titre était simplement : Jeanne d’Arc.

73 dérive de 63, dont elle reproduit toutes les fautes. C’est d’ailleurs une réimpression ; la justification du tirage n’est pas la même.

Trois fautes permettent de saisir le passage de 63 à 73 : § 44, n. 1, 63 imprime le surnom du Lis, 73, le surmon du Lis. — 178, n.1, 41, 53, 56 impriment solempnel, 63, solemnel, 73, solennel. — § 280, 41, 53, 56 donnent criait-il, 63, cria-t-il, 73, s’écria-t-il.

73 introduit une quarantaine de modifications, coquilles, 19erreurs de lecture, omissions, interversions, additions, corrections, toutes sans autorité ou fautives. Je relève quelques coquilles marquantes, parce qu’elles reparaîtront dans 79. On lit : §§ 58, pleurit ; 71,n. 1, paradiro ; 132, vrs ; 173 fin, après (pour près) ; 174, exsaspérés ; 178, n. 4, dictae (pour directae) ; 294, n. 2, Quem (pour Quum).

Il est notable que 73 corrige une erreur qui avait traversé toutes les éditions antérieures : § 276, au pape (pour aux papes).

Michelet est mort en 1874.

75.— Lanéry d’Arc mentionne à cette date, dans sa Bibliographie de Jeanne d’Arc, un nouveau tirage à part, qu’il donne pour identique au précédent. Je n’ai pas pu me le procurer. Mais Lanéry n’a sûrement pas fait le collationnement ; il affirme l’identité des éditions d’après l’égalité du nombre des pages. Cela n’empêche pas que chaque édition ne puisse avoir dans le détail son caractère, c’est-à-dire ses fautes.

79. Jeanne d’Arc | par J. Michelet | … 1879.

C’est une simple reproduction de 73 (ou de 75) ; la justification du tirage est identique.

Elle répète toutes les fautes de 63 et de 73 et n’en ajoute que très peu ; ce sont uniquement des coquilles, parfois énormes.

Un passage marque le glissement de 73 à 79. § 285, note, les éditions antérieures donnent : Nous voyons… un meurtrier que se disputaient les deux juridictions de l’évêque et du prévôt [de Paris, réclamer celle du prévôt] et demander…. 73 omet les mots entre crochets ; 79 supprime le mot suivant et, qui rendait la phrase inintelligible. — Quatre lignes plus bas, 73 commence une ligne par des guillemets : cum penuriis multimodis Les guillemets ont dû tomber ; 79 les remplace par le mot et, qui n’a pas de sens.

79 a un point de contact, fortuit, avec 53 et 63 : § 62, soigner sa femme en couche. 73 avait corrigé la faute.

88. — J. Michelet | Jeanne d’Arc | (1412-1432) | Avec dix eaux-fortes de… | d’après les dessins de Bida | Paris | Librairie Hachette et Cie | 79, Boulevard Saint-Germain, 79 | 1888.

20In-8. IX-168 pages, plus la Table. (Bibliographie de la France, 26 novembre 1887).

Cette édition se distingue par deux additions à l’Introduction.

§ 8, on lit : … accepte la mort. C’est une fille qui lisait hier près de sa mère, une fille des champs ignorante, une enfant. Mais sa force est son cœur, et dans son cœur est sa lumière.

§25 : … qu’on le dit. Elle couvre la patrie de son sein de femme et de sa charmante pitié. Elle seule dit et sentit ce mot : le sang de la France ! La France naîtra de cette larme. Pour la première fois, elle est aimée comme…

Le mieux que l’on puisse penser de ces additions, c’est qu’elles étaient dans le manuscrit, barrées ou non, et qu’elles y ont été reprises par l’éditeur ou l’éditrice. On incline d’autant plus à le croire que la première phrase de la seconde répète la phrase finale du § 5, où Michelet a pu la transporter21.

88 étant un livre d’étrennes — elle est illustrée de dix eaux-fortes, les pages en sont encadrées d’un filet rouge, et elle a coûté vingt francs —, les additions de l’Introduction feraient croire que l’éditeur a voulu la renouveler partiellement. Il n’en est rien. Je n’ai remarqué que deux leçons nouvelles, et toutes deux paraissent au moins arbitraires. On lit dans l’Introduction, § 24 : que le sang de France fut répandu ; c’est la phrase du § 101 qui a été reprise et substituée à une rédaction plus libre : le manuscrit la donnait-il, barrée ou non ? — 176, on lit : un pauvre moine ; l’épithète a pu être reprise au manuscrit, ou naître spontanément de l’esprit de la phrase.

Au surplus, cette édition est hybride et sans valeur.

Dans l’ensemble, ponctuation comprise — d’ailleurs sa ponctuation est en partie indépendante —, elle appartient au groupe 63-73-79, dont elle reproduit un grand nombre de fautes caractéristiques. Peut-on déterminer à quelle édition de ce groupe elle se rattache de préférence ?

21Il semble qu’on puisse éliminer 63. En effet, une trentaine de fautes communes au groupe ont passé dans 88 ; une quinzaine sont substantielles, c’est-à-dire intéressent le texte, et non la ponctuation ou la typographie ; je n’en citerai qu’une : § 291, leur belle et simple (pour sombre) littérature. — Mais je ne vois pas de leçons ou de fautes particulières à 63 que 88 reproduise ; par contre, 88 en admet une quarantaine qui sont propres à 73-79. Sur ces quarante fautes, douze environ sont décisives, soit isolément, soit par leur masse ; § 27, embrasa, pour embrassa ; § 46, choses vivantes, pour chose vivante ; § 86, n. 1, et lance, pour et la lance ; § 87, tous n’étaient, pour tout n’était ; § 106, la ville étant pleine, pour maintenant pleine ; § 110, cependant, pour seulement ; § 125, portes, solives, pour portes, tables, solives ; § 135, épiscopal pour tout épiscopal ; § 176, l’ennemi, pour l’ennemie ; § 178, n. 1, 1827, pour 1837 ; § 178, voulut, pour voulait ; § 198, eût, pour eût eu peine ; § 313, ne peut te, pour ne peut plus te défendre.

79 ne fournit aucun moyen de discrimination, ses cinq coquilles étant corrigées dans 88, qui est une édition soignée.

88 peut donc dériver indifféremment de 73 ou de 79, qui sont une même édition sous deux dates (je n’ai pas eu 75).

Toutefois le sous-groupe 73-79 n’est pas la seule base de 88. Non seulement 88 abandonne la seule correction fondée de 73-79 : au pape, pour aux papes (§ 276) ; mais encore elle rétablit (§ 98) les mots de fanatisme qui manquent à 73-79. En outre elle se sépare du groupe 73-79 sur vingt-cinq points environ, et une douzaine de ces divergences supposent le retour à une autre édition : § 185, de la tour, pour des tours ; § 215, de ce carême, pour de carême ; § 227, pauvres gens de Compiègne, pour pauvres de Compiègne ; § 280, criait-il, au lieu de 63, cria-t-il et de 79, s’écria-t-il ; § 286, les échafauds, pour l’échafaud ; § 292, bien sûr, pour sûr ; § 293, niveau, pour degré ; § 322, manquait encore de lumière, pour manquait de.

De quelle édition proviennent ces corrections, qui sont toutes bonnes ? 88 ne dérive certainement pas des séries 61 ss., 53 ss., comme le prouve la reproduction des leçons suivantes : § 251 22n. 3, les belles et dramatiques formes ; § 287, le mob anglais, toujours si féroce ; § 324, qui lui-même fut sans doute un saint ; § 325, les deux vénérables religieux. Les trois dernières manquent aux tirages à part, la première, à 61. Restent 41 et le manuscrit.

Mais on compte quatorze leçons communes à l’Histoire et au manuscrit, dont plusieurs sont essentielles et atteignent la longueur d’une phrase ou d’un paragraphe, que 88 a négligées. Elle est donc un mélange de 73-79 et de 41 ou du manuscrit, louable pour les fautes qu’elle corrige, blâmable pour celles qu’elle maintient, condamnable dans sa méthode, faite au hasard, et sans valeur critique.

90. — Tirage à part, mentionné par Lanéry d’Arc comme identique à 79. La Bibliographie de la France indique en effet de part et d’autre le même nombre de pages, mais elle donne, peut-être par erreur, XIV pages au lieu de XVI à l’Introduction. Je n’ai pu me le procurer.

Ce tirage à part est le dernier. À partir de 1889, la maison Hachette lui a substitué une édition classique expurgée, par M. Émile Bourgeois, qui a atteint en 1913 sa onzième édition.

En somme, un tirage à part seulement, celui de 1853, demeure pour l’établissement du texte ; soit avec les éditions 41 et 61 de l’Histoire, trois états du texte au total.

À n’en juger que par Jeanne d’Arc, on ne peut pas dire que Michelet se soit beaucoup soucié de son texte, si ce n’est pour en assurer le succès, ni que la série des éditions de son œuvre, à l’exception des premières, fasse grand honneur à l’édition française ; peut-être trouverait-on difficilement une suite de rééditions dont le texte de base ait été plus mal choisi, et le détail moins soigné. Cela montre combien les soins tant décriés de l’érudition peuvent être nécessaires pour restituer l’œuvre de nos grands écrivains, au besoin contre leur négligence même, dans l’état de pureté indispensable.

23Tableau de filiation

Ms : Manuscrit — Chiffres : les deux derniers de l’année de publication. — Caractères gras : éditions qui ont une valeur critique. — Caractères ordinaires : reproductions de librairie. — Parenthèses : écoulement d’invendus sous date nouvelle. — Crochets : éditions que je n’ai pas pu me procurer et dont j’affirme la filiation d’après Lanéry d’Arc.

24III.
La présente édition

J’en arrive à la conclusion qu’il est impossible d’établir dans les règles une édition critique de Jeanne d’Arc, en raison du parallélisme de l’Histoire de France et des tirages à part, en raison aussi de l’incertitude qui plane sur 61.

D’un côté, la division des tirages en six chapitres demeure acquise. Elle n’est pas annulée implicitement par le fait qu’elle n’a pas passé dans 61.

D’autre part, celles des suppressions de 61 qui paraissent bien provenir de Michelet pourraient sans doute être remontées à 53. Ce ne serait pas une objection que le maintien dans les tirages à part 63 ss des passages supprimés dans 61, puisque Michelet semble bien ne s’être occupé que du tirage de 53. Mais la valeur de 61 est elle-même en question. Pour moi, sans pouvoir le démontrer, je ne crois pas que 61 ait été fait sur 53 (ni sur 56) et implique un jugement sur ces tirages22. Par suite, si les suppressions de 61 sont acquises, dans la mesure où elles proviennent de Michelet, le maintien dans 61, par retour à 41, des passages supprimés dans 53 ne me paraît pas condamner ces suppressions.

En réalité, malgré l’identité du sujet et la quasi-identité du texte, nous nous trouvons en présence non pas d’un ouvrage, mais de deux. Le cas est rare, sans doute, dans la critique.

On comprend que Michelet, absorbé par d’autres travaux, tout entier à sa féconde production, se soit détourné de l’œuvre passée et faite. On regrette pourtant qu’il ne se soit pas mis d’accord avec lui-même.

Le seul moyen de sortir d’embarras, c’est de s’attacher résolument 25à l’un des textes, et de réserver pour l’appareil critique même les suppressions de date postérieure qui, en méthode générale, vaudraient rétrospectivement pour le texte tout entier.

Voulant reproduire le tirage à part, parce qu’il est aussi, malgré tout, un ouvrage à part, je n’ai pas eu l’embarras du choix. J’ai dû reproduire 53.

IV.
L’appareil critique

Mon appareil critique n’est pas complet. Il donne toute la substance utile du manuscrit ; mais il ne signale ni les menues omissions aussitôt réparées, ni les menues répétitions aussitôt effacées, ni les hésitations, repentirs et retouches qui ne conduisent à rien, ni les choses inintelligibles, ni les corrections insignifiantes, ni les mots écrits trop tôt et barrés qui attestent que Michelet recopie. En un mot, toutes les bavures, tout ce qui représente les balbutiements plutôt que l’élaboration de la pensée, tout ce que négligerait sans dommage une explication soit littéraire, soit historique du texte, a disparu. Je me borne à ce qui a du sens, un sens quelconque.

J’admets l’arbitraire du procédé. Mais, sans parler des nécessités matérielles du temps présent, j’ai dû, dans l’intérêt même du texte, éviter le fatras et l’encombrement. Tel quel, l’appareil reste assez lourd. D’ailleurs, comme on le doit en pareil cas, j’ai plutôt fait bonne mesure et péché par excès que par défaut.

Le manuscrit fournissant à lui seul presque tout l’appareil, il m’a paru inutile de le désigner par un sigle. L’absence même de désignation suffira à le désigner.

Pour les variantes et corrections j’ai procédé de la façon suivante :

Je distingue entre la rédaction définitive (R. D.) et les rédactions antérieures (R. A.).

Dans la rédaction définitive, je commence par donner la 26rédaction linéaire, puis je continue par les corrections et additions. Partout où le manuscrit ne conduit pas à l’imprimé, c’est que Michelet s’est corrigé sur épreuves.

Toutes les radiations de la rédaction définitive sont représentées par des italiques. Les additions interlinéaires sont marquées par le signe ❬ ❭ ; les additions marginales, par le signe ❘ ❘23. Les additions aux additions le sont respectivement par les signes ❬❬ ❭❭, ❘❘ ❘❘.

En cas de complication, je marque par un astérisque la place de l’addition au-dessus de la rédaction linéaire.

Les rédactions antérieures, qui se présentent ordinairement au verso des feuillets du manuscrit, sont annoncées par les indices R. A., R. A. 2, R. A. 3. Elles sont presque toutes barrées de barres transversales, qui s’ajoutent aux corrections particulières par traits horizontaux. Je représente ces barres pas des [ ] au commencement et à la fin des paragraphes, et j’emploie les signes de la rédaction définitive pour les radiations et additions particulières des rédactions antérieures.

J’aurais voulu suivre l’ordre de la composition et descendre des rédactions les plus anciennes à la dernière. L’expérience m’a montré que certaines pages auraient été inextricables. J’ai donc suivi l’ordre inverse, donné d’abord la rédaction définitive, qui est la moins chargée, puis les rédactions antérieures, de la plus récente à la plus ancienne.

Il ne faudra qu’un peu d’imagination au lecteur pour voir la page de Michelet ; il suffira de superposer les additions au texte linéaire qui les précède. Il sera facile aussi de rétablir, le cas échéant, la suite, soit de la rédaction linéaire, soit des additions. Il suffira de relier les mots ou les phrases de même signe par-dessus les mots ou les phrases de signe différent.

Les éditions fournissent peu à l’appareil critique.

Quand l’Histoire et les tirages à part s’accordent contre le manuscrit, je les désigne en bloc par le mot : Éditions. Quand 27les éditions de l’Histoire seules sont d’accord, je les désigne par le mot : Histoire. En cas de désaccord, je désigne chaque édition de l’Histoire et chaque tirage à part par les deux derniers chiffres de son année de publication.

Je numérote les notes par paragraphes, et non par pages ; je les insère à leur place dans le paragraphe.

Notes

  1. [1]

    Je me fais un plaisir d’adresser mes remerciements à M. Robiquet, Conservateur du Musée, MM. de Brahm et Dorbec, Conservateurs adjoints, Boucher, Attaché, mais en particulier à M. de Brahm, qui a la charge du Département des Manuscrits. Je leur reste reconnaissant des facilités qu’ils m’ont données avec une obligeance et une courtoisie rares.

  2. [2]

    C’est la même phrase où il est question d’André Hofer.

  3. [3]

    Voir notamment § 39, n. 2, dont les premières lignes, jusqu’à ce fait sont à l’appendice (la phrase de ce fait a disparu dans l’opération), et dont les dernières sont sous le texte.

  4. [4]

    Par exemple la courte note 2 du § 54 est exactement coupée en deux : le français, deux lignes, au bas de la page ; le latin, deux lignes à l’appendice. De même § 175, n. 3, etc.

  5. [5]

    Exemple : § 66, n. 1, la première ligne passe à l’appendice. La seconde, très importante, tombe avec les suivantes (jusqu’à je croirais). La fin reste au bas de la page.

  6. [6]

    Par exemple, il fait régulièrement sauter ces mots essentiels Procès ms. de revision, en quelque endroit qu’ils se trouvent, au commencement, au milieu ou à la fin des notes.

  7. [7]

    En voici un exemple curieux. Dans l’assez longue note 2 du § 76, il supprime en tout et pour tout p. 348 ; il n’a pas joint cette référence aux deux autres que la note contient et qu’il donne exactes à l’appendice. Voir aussi l’étrange manipulation qu’a subie la note 1 du § 178, diminuée d’une référence et dont le commencement et la fin ont été séparés du milieu. Ailleurs, il réduit la note au mot Notices (§ 77 n. 1). Souvent il supprime le mot Ibidem, etc.

  8. [8]Une note de M. Sirven, Lettres de J. Michelet (p. 282), m’apprend tardivement (22 mars 1924) que la refonte de cette édition (les 6 volumes du moyen âge), a été faite par Alfred Dumesnil, gendre de Michelet.

  9. [9]

    Mots empruntés à 61. Ils ne répondent à rien de réel.

  10. [10]

    Le tome I est de 1871, les tomes II et III, de 1872, les tomes IV-VI, de 1874.

  11. [11]

  12. [12]

    Mots stéréotypés depuis 61.

  13. [13]

    La note 2 du § 75 peut servir d’exemple. Ses premiers mots Mammas, quae pulchrae erant ont été rejetés après la note 3. Il y a vingt autres cas non moins étranges.

  14. [14]

    Même observation que ci-dessus.

  15. [15]

    Lorenz indique que cette édition a été reprise de 1879 à 1885 avec illustrations de Vierge. Je ne l’ai pas eue sous cette forme.

  16. [16]

    Voir 76, p. 194, n. 1, et 86, p. 377.

  17. [17]

    Le défaut du cinquième volume est d’avoir laissé Jeanne d’Arc un peu obscure et trop indépendante. Ma petite Jeanne d’Arc publiée à part est mieux. Sirven, Lettres de J. Michelet, p. 277, 29 août 1860).

  18. [18]

    Je publie dans mon Michelet historien de Jeanne d’Arc, à l’Appendice, une lettre de Quicherat relative à cette édition.

  19. [19]

    L’exemplaire que j’ai eu n’a plus sa couverture.

  20. [20]

    Cette manière de ponctuer s’étend même au grec (§ 295 n. 1). Jeanne d’Arc, II.

  21. [21]

    Il y en a peut-être en dehors de l’Introduction, mais je n’ai pas collationné le texte proprement dit, qui, le manuscrit une fois connu, ne peut garder aucun intérêt et qui n’a jamais eu la moindre autorité. Je lui ai simplement appliqué mon tableau des variantes.

  22. [22]

    La note 4 de la page 10 corrobore ce doute.

  23. [23]

    Je ne les distingue les unes des autres que pour faire mieux imaginer la page de Michelet, ou pour la clarté. Et je ne distingue pas les marginales quand elles commencent ou terminent les interlinéaires.

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