Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc

#Examen de Jeanne

Jean de Metz

Ainsi voyagèrent-ils le plus secrètement possible. Une fois arrivé à Chinon, ils la présentèrent aux gens du roi et à ses conseillers ; alors elle fut beaucoup interrogée.

Jean Dunois

Durant trois semaines ou un mois, Jeanne fut examinée sur l’ordre du roi, par des clercs, prélats et docteurs en théologie pour savoir si elle pouvait être reçue sans risque. En parallèle le roi organisa un convoi de ravitaillement pour Orléans.

On ne trouva rien de mal en cette Pucelle. Le roi l’envoya vers Blois, en compagnie de l’archevêque de Reims, alors chancelier de France, et du sire de Gaucourt, alors grand maître de l’hôtel du roi, où se réunissaient les seigneurs qui conduisaient le ravitaillement : les maréchaux de Rais et de Boussac, l’amiral de Culant, La Hire, et Ambroise de Loré.

Raoul de Gaucourt

Le roi la confia à son maître d’hôtel, Guillaume Bellier, dont l’épouse était de grande dévotion et d’excellente renommée ; et ordonna qu’elle fut examinée par des clercs, pour savoir si on devait, ou si on pouvait, vraiment prêter foi à ses dires.

L’examen dura plus de trois semaines, tant à Poitiers qu’à Chinon ; et les clercs concluent qu’il n’y avait rien de mal chez elle. On lui demanda enfin un signe pour la croire, elle répondit que le signe serait la levée du siège d’Orléans.

François Garivel

Le roi envoya Jeanne à Poitiers. Elle fut logée chez feu Jean Rabatiau, alors avocat du roi au Parlement ; et examinée par les docteurs en théologie : Pierre de Versailles, alors abbé de Talmond, Jean Lambert, Guillaume Aimeri, frère-prêcheur, Pierre Seguin, frère du Carmel ; les bacheliers en théologie : Mathieu Mesnaige, Guillaume Le Marié, et d’autres conseillers du roi, licenciés en l’un et l’autre droit. Ils l’examinèrent, ses dits et ses faits, pendant presque trois semaines ; et conclurent qu’elle était une fille honnête.

Elle répondait invariablement qu’elle était envoyée par Dieu au secours du dauphin, pour le rétablir en son royaume, pour faire lever le siège d’Orléans, et pour conduire le dauphin à Reims afin qu’il y fût sacré. Mais que Dieu voulait qu’on écrivît d’abord aux Anglais de s’en aller.

Interrogée sur ce point, Jeanne avait répondu qu’elle l’appellerait roi lorsqu’il aurait été couronné et sacré à Reims, où elle voulait le conduire.

Des clercs lui demandèrent un signe leur permettant de croire qu’elle était envoyée par Dieu, elle répondit que ce signe serait la levée du siège d’Orléans ; dont elle ne doutait pas pourvu que le roi lui donnât une troupe, même petite.

Après un long examen, tous furent d’avis pour conclure que le roi pouvait la recevoir, et qu’elle pouvait conduire une troupe en armes devant Orléans assiégée, car ils ne trouvaient en elle rien qui ne fût conforme à la foi et à la raison.

Guillaume de Ricarville

Malgré tout elle ne fut pas reçue facilement par le roi. Il voulut d’abord qu’on l’examinât et qu’on s’informât de sa vie. Elle fut donc examinée par plusieurs prélats qui la trouvèrent de bonne vie, de condition recommandable et de réputation louable, sans rien qui dût la faire renvoyer.

Côme de Commy

Ajoute qu’il entendit Jean de Maçon, très fameux docteur en l’un et l’autre droit, dire qu’il avait beaucoup examiné Jeanne dans ses déclarations et dans ses actes et qu’il n’y avait pas de doute qu’elle fût envoyée par Dieu ; et que c’était chose admirable de l’entendre parler et répondre. Il n’avait rien remarqué dans sa vie qui ne fût saint et bon.

Gobert Thibaut

Il était à Chinon lorsque Jeanne arriva auprès du roi, mais la connut surtout lors de son séjour à Poitiers, où elle logea dans la maison de Jean Rabateau. C’est là que Pierre de Versailles et Jean Érault allèrent l’interroger, accompagnés par le témoin, sur l’ordre de l’évêque de Castres.

Lorsqu’ils arrivèrent Jeanne vint au-devant d’eux ; elle frappa le témoin sur l’épaule en lui disant qu’elle voudrait bien avoir beaucoup d’hommes de son caractère. Versailles dit à Jeanne qu’ils étaient envoyés par le roi, à quoi elle répondit : Je le crois bien, ajoutant : Je ne sais ni A ni B. Ils lui demandèrent alors pourquoi elle venait : Je viens de la part du Roi des cieux, pour faire lever le siège d’Orléans, et pour conduire le roi à Reims, afin qu’il soit couronné et sacré. Puis elle leur demanda de quoi écrire et dicta une lettre à Jean Érault : Vous, Suffort, Classidas et La Poule, je vous somme, de par le Roi des cieux, que vous en alliez en Angleterre.

Jeanne demeura à Poitiers aussi longtemps que le roi.

Jean Barbin

Était à Poitiers à l’époque où Jeanne vint vers le roi à Chinon. Entendit dire que le roi ne voulut pas lui faire confiance tant qu’elle n’aurait pas été examinée par des clercs. Il aurait même envoyer enquêter au lieu de naissance de Jeanne, pour savoir d’où elle était.

Le roi envoya Jeanne être examinée à Poitiers. C’est là que le témoin entendit parler d’elle pour la première fois. Elle fut logée dans la maison de Jean Rabateau. Il entendit la femme de Rabateau dire que Jeanne restait longtemps agenouillée après les repas, et même de nuit ; elle allait souvent dans la chapelle de la maison, et y priait longtemps.

Elle reçut la visite de nombreux clercs, Pierre de Versailles, Guillaume Aymeri, et d’autres dont il a oublié le nom, qui l’interrogèrent à leur guise. — Le témoin les entendit raconter qu’elle avait répondu avec beaucoup de sagesse, comme un bon clerc ; ils admiraient ses réponses et les croyaient que d’inspiration divine, vu sa vie et sa conduite.

Ils conclurent qu’il n’y avait en elle rien de mal, ni qui fût contraire à la foi catholique. Aussi, vu la nécessité dans laquelle se trouvaient le roi et le royaume, puisque le roi et ses sujets étaient alors dans une situation désespérée, et sans espoir d’aide quelconque, à moins d’une intervention de Dieu, ils conclurent que le roi pouvait avoir recours à elle.

Ils conclurent qu’il n’y avait en elle rien de mal, ni qui fût contraire à la foi catholique. Aussi, vu la nécessité dans laquelle se trouvaient le roi et le royaume, puisque le roi et ses sujets étaient alors dans une situation désespérée, et sans espoir d’aide quelconque, à moins d’une intervention de Dieu, ils conclurent que le roi pouvait avoir recours à elle.

Jean d’Alençon

Le roi décida qu’elle serait examinée par des gens d’Église et délégua l’évêque de Castres (son confesseur), les évêques de Senlis, Maguelonne et Poitiers, Pierre de Versailles, Jourdan Morin, et beaucoup d’autres, qui l’interrogèrent en présence du témoin sur les raisons de sa venue. Elle répondit qu’elle était venue de la part du Roi des cieux et qu’elle avait des voix et un conseil qui lui indiquaient quoi faire (bien que de cela il ne se souvient pas). Jeanne lui confia par la suite, au cours d’un repas (ils les prenaient alors ensemble), qu’elle avait été beaucoup questionnée, mais qu’elle savait et pouvait plus de choses qu’elle n’en avait dites. Le roi entendit le rapport des examinateurs et décida qu’elle serait de nouveau interrogée à Poitiers.

Le témoin n’assista pas à cet interrogatoire mais connut le rapport qu’en firent les examinateurs au conseil du roi : ils n’avaient rien trouvé en elle de contraire à la foi catholique, et, attendu l’état de nécessité, le roi pouvait avoir recours à elle.

Jean Pasquerel(aumônier de Jeanne)

A entendu dire qu’à son arrivée auprès du roi, Jeanne fut inspectée deux fois par les dame de Gaucourt et de Trêves : pour savoir si elle était un homme ou une femme, et si elle était vierge ou non ; on la trouva femme et vierge.

Elle fut ensuite conduite à Poitiers pour y être examinée par les clercs de l’Université présents, Jourdain Morin, Pierre de Versailles et plusieurs autres. Ils conclurent, comme ils n’avaient rien trouvé en elle de contraire à la foi catholique, et attendu la nécessité pressante où se trouvait tout le royaume, que le roi pouvait avoir recours à elle.

Elle fut ramenée à Chinon mais dut encore attendre une délibération du conseil pour pouvoir parler au roi.

Ce jour là, en entrant chez le roi elle croisa un homme à cheval qui dit : N’est-ce pas là la Pucelle ? en jurant Dieu que s’il la tenait une nuit, elle ne repartirait pas pucelle. Jeanne rétorqua : Ah ! en nom Dieu, tu le renies, et tu es si près de ta mort ! [en français] Dans l’heure l’homme tomba à l’eau et se noya. Cela, il l’a entendu de la bouche de Jeanne et de plusieurs témoins.

Jeanne s’impatientait de tant d’interrogatoires qui l’empêchaient d’accomplir le travail qui lui avait été confié.

Simon Charles

Lorsque Jeanne arriva à Chinon, le conseil délibéra si le roi l’entendrait ou non. On l’interrogea sur l’objet de sa venue ; elle ne voulait parler qu’au roi ; mais celui-ci commanda qu’elle transmette d’abord le motif de sa mission. Elle avait deux mandats de la part du Roi des cieux : faire lever le siège d’Orléans et conduire le roi à Reims en vue de son couronnement et de son sacre. — Certains conseillers jugeaient que le roi ne devait pas avoir confiance en elle, d’autres qu’il devait au moins l’écouter, puisqu’elle se déclarait envoyée par Dieu. — Le roi décida qu’elle serait examinée par des gens d’Église ; ce qui fut fait ; et enfin, et non sans difficulté, il accepta de l’entendre.

Ne voulant rien faire sans l’avis des ecclésiastiques, le roi envoya Jeanne à Poitiers, pour être examinée par les clercs de l’Université. Lorsqu’il apprit qu’on n’avait trouvé en elle rien que de bon, il la fit armer et lui donna des gens ; elle reçut aussi des attributions militaires.

Jean Moreau(habitant de Rouen originaire d’un village proche de Domrémy)

Lui-même est natif de Viéville près de Lamothe en Bassigny, non loin de Domrémy. Il n’a pas connu ni Jeanne, ni ses parents, mais à l’époque où Jeanne se trouvait auprès du roi de France, il apprit de deux marchands chaudronniers Nicolas Saussart et Jean Chando, comment Jeanne avait quitté la Lorraine. Elle s’était rendue à Vaucouleurs afin de convaincre Baudricourt qu’elle devait être conduite au roi de France, tant et si bien qu’il fut content de le faire. Arrivée à Chinon, on lui désigna un autre que le roi, à elle qui ne l’avait jamais vu, mais elle reconnut que ce n’était pas le roi. Enfin, après examen de clercs et de docteurs, elle parla au roi. Il n’en entendit plus parler jusqu’à ce qu’il la vît à deux prédications, à Saint-Ouen et au Vieux Marché.

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