Déposition de Jean Moreau (habitant de Rouen originaire d’un village proche de Domrémy)
Interrogé une fois en 1456.
Jean Moreau, habitant de la ville de Rouen, [originaire d’un village non loin de Domrémy,] âgé de 52 ans. Interrogé le 10 mai sur les articles.
Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne
Lui-même est natif de Viéville près de Lamothe en Bassigny, non loin de Domrémy. Il n’a pas connu ni Jeanne, ni ses parents, mais à l’époque où Jeanne se trouvait auprès du roi de France, il apprit de deux marchands chaudronniers Nicolas Saussart et Jean Chando, comment Jeanne avait quitté la Lorraine. Elle s’était rendue à Vaucouleurs afin de convaincre Baudricourt qu’elle devait être conduite au roi de France, tant et si bien qu’il fut content de le faire. Arrivée à Chinon, on lui désigna un autre que le roi, à elle qui ne l’avait jamais vu, mais elle reconnut que ce n’était pas le roi. Enfin, après examen de clercs et de docteurs, elle parla au roi. Il n’en entendit plus parler jusqu’à ce qu’il la vît à deux prédications, à Saint-Ouen et au Vieux Marché.
Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture
À l’époque du procès de Jeanne, il rencontra à Rouen un notable qui revenait de Lorraine où il avait été commis spécialement pour faire une information au lieu d’origine de Jeanne et savoir quelle était sa réputation. Après avoir fait et transmis cette information à Cauchon il croyait recevoir une compensation pour son travail et ses dépenses, mais fut traité de traître et de mauvais homme, et qu’il n’avait pas fait ce qu’on lui avait demandé de faire. L’homme se plaignit de n’avoir pu avoir son salaire, parce que ces informations ne paraissaient pas utiles à l’évêque.
Il n’avait en effet rien trouvé sur Jeanne, qu’il n’eût désiré trouver sur sa propre sœur ; et cependant il avait fait les informations à Domrémy et dans cinq ou six paroisses voisines. Il avait trouvé que Jeanne était très pieuse, qu’elle fréquentait souvent une petite chapelle où elle avait l’habitude de porter des guirlandes à une statue de la Sainte Vierge, et qu’elle gardait parfois les animaux de son père.
Ne sait rien.
Art. 10. Dissimulation de l’examen de virginité
A entendu dire qu’elle avait été examinée pour savoir si elle était vierge ou non, et qu’on l’avait trouvée intacte.
Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires
A seulement entendu dire qu’elle suppliait souvent ceux qui l’interrogeaient, de ne pas tous l’interroger en même temps.
Art. 23-25. Première sentence et abjuration
Fut présent lors de la prédication de Saint-Ouen ; celui qui parlait outrageait beaucoup Jeanne, lui disant qu’elle avait agi contre la majesté royale, contre Dieu et la foi catholique, qu’elle avait erré dans la foi, et que, si elle ne se détournait pas dorénavant de tels agissements, elle serait brûlée. Jeanne lui répondit qu’elle avait pris un habit d’homme car elle avait à vivre parmi des hommes d’armes et qu’elle avait bien fait d’agir ainsi. — Il vit qu’ensuite on lisait à Jeanne une certaine cédule, dont il ignore le contenu. Se souvient qu’on y disait que Jeanne avait commis le crime de lèse-majesté, et qu’elle avait trompé le peuple.
Art. 28-33. Deuxième sentence et supplice
Après la prédication [du Vieux Marché], elle fut remise à un sergent, lequel la livra au bourreau, sans qu’une sentence eût été prononcée par le bailli. Le bourreau la mena au feu, et là il l’entendit demander de l’eau bénite ; elle criait Jésus à haute voix. Elle demanda aussi une croix. — A entendu dire que ce jour là, ou la veille, elle avait reçu la communion.