N. Valois  : Un nouveau témoignage sur Jeanne d’Arc (1906)

En regard

Contra quem replicantur sequentia. [Contre quoi il fut répondu ce qui suit.]

[Note. — La présentation des textes en regard ne reproduit pas les notes de Noël Valois, qui portent tant sur le texte latin que sur la traduction française.]

[E]x precedentibus pauca, ad laudem Dei omnipotentis, exaltationem fidei sancte katholice et destructionem erroris, cupio de jure canonico extrahere. De ce qui précède, j’entends déduire, en m’appuyant sur le droit canon, un petit nombre de considérations tendant à la louange du Dieu tout-puissant, à l’exaltation de la sainte foi catholique, à la destruction de l’erreur.

Primum quod fidei katholice firmiter adherere debemus juxta capitulum Firmiter, De summa Trinitate et fide katholica, nec novitatibus superstitiosis aliquo modo acquiescere, quia tales novitates pariunt discordias, ut in capitulo Cum consuetudinis, De consuetudine. Et, d’abord, nous avons le devoir d’adhérer fermement à la foi catholique, suivant le chapitre Firmiter du titre De summa Trinitate, sans donner en aucune manière notre assentiment aux innovations superstitieuses, vu qu’elles engendrent des discordes, comme on lit au chapitre Cum consuetudinis du titre De consuetudine.

Item, contra predictam veritatem et firmitatem fidei katholice adherendo tam leviter uni puelle ignote, sine miraculo aut testimonio Sacre Scripture, apud scientes et juris peritos non dubitatur venire. Hoc probatur ex capitulo Cum ex injuncto, De hereticis. De plus, donner si légèrement son adhésion à une pucelle qu’on ne connaît pas, sans s’appuyer sur un miracle ou sur le témoignage de l’Écriture sainte, c’est là porter atteinte à cette vérité et à cette force immuable de la foi catholique ; savants et canonistes n’en sauraient douter. La preuve en est dans le chapitre Cum ex injuncto du titre De hæreticis.

Item, si dixerint qui factum illius Puelle approbant. quod a Deo invisibiliter mittatur, quasi inspirata, et quod talis invisibilis missio multo sit dignior quam visibilis, et divina quam humana, potest rationabiliter responderi quod, cum interior ilia missio sit occulta, non sufficit cuiquam nude tantum asserere quod ipse sit missus a Deo, cum hoc quilibet hereticus asseveret, sed oportet quod astruat illam invisibilem missionem per operationem miraculi vel Scripture testimonium speciale. Hec omnia probantur in dicto capitulo Cum ex injuncto. De plus, si ceux qui approuvent le fait de cette Pucelle disent qu’elle est envoyée de Dieu d’une manière invisible, et, en quelque sorte, inspirée, et qu’une telle mission invisible l’emporte beaucoup sur une mission visible, de même qu’une mission divine l’emporte sur une mission humaine, il est raisonnable de leur répondre que, cette mission tout intérieure échappant à l’observation, il ne suffit pas que quelqu’un nous affirme purement et simplement être envoyé de Dieu, — c’est la prétention de tous les hérétiques, — mais il faut qu’il nous prouve cette mission invisible par une œuvre miraculeuse ou par un témoignage précis extrait de la Sainte Écriture. Tout cela est démontré dans le chapitre susdit Cum ex injuncto.

Item, cum dicta Puella nullo predictorum modorum probaverit se missam a Deo fuisse, nullo modo sibi credendum est quod a Deo mittatur, sed contra ipsam, tanquam suspectam de heresi, procedendum. De plus, comme ladite Pucelle n’a prouvé d’aucune de ces manières qu’elle était envoyée de Dieu, il n’y a nullement lieu de la croire en cela sur parole, mais il y a lieu de procéder contre elle comme étant suspecte d’hérésie.

Juncto quod, si a Deo mitteretur, non assumeret habitum a Deo prohibitum, et de jure canonico mulieribus sub pena anathematis interdictum in capitulo Si qua mulier, 30a distinctione. Joint à cela que, si elle était réellement envoyée de Dieu, elle ne prendrait pas un habillement prohibé par Dieu et interdit aux femmes par le droit canon sous peine d’anathème, au chapitre Si qua mulier, distinction 30e.

Item, si vellent seu [n]itterentur tales decepti per predictam Puellam excusare se quod susceperit habitum predictum juste attento negocio ejus pro quo mittebatur : non juvant tales calliditates, ymo pocius debent dici excusationes ad excusandas in peccatis que non excusant, sed potius incusant, ut habetur in capitulo Quanto, De consuetudine, quia sub specie boni possent multa mala fieri, et non solum a malo, sed ab omni specie mali abstinendum est, ut in capitulo Cum ab omni, De vita et honestate clericorum. En outre, au cas où ceux qui se laissent décevoir par ladite Pucelle tenteraient d’excuser et de justifier son habillement en considération de l’affaire pour laquelle elle est soi-disant envoyée, de telles finesses ne servent de rien ; ce sont plutôt de ces excuses dont parle le Psalmiste, qu’on cherche pour excuser ses péchés, et qui accusent plus qu’elles n’excusent, comme il est dit au chapitre Quanto du titre De consuetudine. En ce cas, sous l’apparence du bien, on pourrait faire beaucoup de choses mauvaises. Or, il faut s’abstenir non seulement du mal, mais de toute apparence de mal, comme on lit au chapitre Cum ab omni du titre De vita et honestate clericorum.

Item, si mulier posset impune pro libito voluntatis habitum virilem accipere, daretur libera occasio mulieribus fornicandi ac exercendi actus viriles sibi de jure prohibitos secundum doctrinam, etc., contra doctrinam canonicam, de qua in capitulo Nova quedam, De penitentiis et remissionibus. De plus, si une femme pouvait impunément revêtir à son gré l’habillement viril, les femmes auraient de faciles occasions de forniquer et d’exercer des actes virils qui leur sont juridiquement interdits suivant la doctrine, etc., et cela contraire ment à l’enseignement canonique contenu dans le chapitre Nova quædam du titre De pœnitentiis et remissionibus.

Item, generaliter, virile officium mulieribus est interdictum, scilicet predicare, docere, arma deferre, absolvere, excommunicare, etc., de singulis, ut in dicto capitulo Nova quedam. Dig., De regulis juris, lege prima. De plus, d’une manière générale, tout office viril est interdit aux femmes, par exemple, prêcher, enseigner, porter les armes, absoudre, excommunier, etc., comme on voit audit chapitre Nova quædam et au Digeste, loi première du titre De regulis juris.

Item, quod prefatus magister, qui compilavit pro prefata Puella tractatum prefatum, valde et indiscreta (salva ejus reverentia) causa laudavit, et videtur male inspexisse dictum Kathonis, scilicet : De plus, le susdit maître qui a compilé le traité en question en faveur de ladite Pucelle l’a louée fort, et inconsidérément (sauf le respect qui lui est dû), et il semble avoir mal médité le mot de Caton :

Parce laudato, n[am] quem tu sepe probaris. Soyez avare de vos éloges ; car un seul jour peut vous dévoiler, etc.

Item, si bene inspexisset regulam juris Qui scandalizaverit, De regulis juris, pretextu acquisitionis regni, veritatem fidei non permitteret quovismodo violari occasione prefate Puelle, etiam si reputaverit scandalum quod regnum ad A[ng]licos transferatur, quia in talibus utilius scandalum nasci permittitur quam veritas relinquitur, ut in capitulo Qui scandalizaverit, De regulis juris in antiquis. De plus, s’il avait bien considéré la règle de droit Qui scandalizaverit, au titre De regulis juris, il ne tolérerait pas que, sous prétexte d’acquérir un royaume, on violât en quoi que ce soit, à l’occasion de cette Pucelle, la vérité de la foi, même s’il regardait comme un scandale que le royaume fût transféré aux Anglais, attendu qu’en pareil cas mieux vaut laisser naître un scandale que s’écarter de la vérité, comme on lit au chapitre Qui scandalizaverit du titre De regulis juris in antiquis. Et, ut ait Augustinus, non oportet facere malum ut inde eveniat bonum. Et, comme dit saint Augustin, il ne faut pas faire le mal pour qu’il en ressorte du bien.

Item, a fructibus dicte Puelle recte et sancte et debite perpendere possumus utrum a Deo vel ab Adversario fidei processit, juxta capitulum Estote misericordes, De regulis juris, cum guerram majorem excitaverit inter principes et populum christianum quam ante fuerit. Modo rex pacificus dominus noster Jesus Christus pia miseratione disposuit sibi subditos fore pudicos, pacificos et modestos, ut in prohemio Gregoriano : cujus oppositum notorie predicta Puella per se et suos gessit. De plus, d’après les œuvres, les fruits de cette Pucelle, nous pouvons droitement, pieusement et dûment juger si elle procède de Dieu ou de l’Ennemi de la foi, suivant le chapitre Estote misericordes du titre De regulis juris, vu qu’elle a excité, parmi les princes et le peuple chrétien, une guerre plus grande qu’il n’y en avait auparavant. Cependant Notre-Seigneur Jésus-Christ, ce roi pacifique, a ordonné, dans sa pieuse miséricorde, que ses sujets fussent pudiques, pacifiques, modestes, comme on lit dans le préambule du pape Grégoire : c’est le contraire qu’a fait notoirement ladite Pucelle, par elle même ou par les siens.

Item, si a Deo missa fuisset, nunquam commovisset, sed et de facto fecit, homines ad interficiendum se mutuo in principalioribus solemnitatibus Beate Virginis et matris Dei, puta Assumptionis et Nativitatis ejusdem : que in contumeliam Creatoris et sue gloriosissime genitricis Inimicus humani generis per medium prefate mulieris attemptavit. Et quamquam strages aliquorum secute fuerint, Dei gratia non tante [qu]od affectabat prefata hostis. De plus, si elle avait été envoyée de Dieu, elle n’aurait jamais entraîné — ce qu’elle a fait — les hommes à s’entre-tuer aux principales fêtes de la sainte Vierge, mère de Dieu, le jour de l’Assomption, le jour de la Nativité : injures que l’Ennemi du genre humain a infligées au Créateur et à sa très glorieuse Mère par l’intermédiaire de cette femme. Et, quoiqu’il en soit résulté quelques massacres, grâce à Dieu ils n’ont pas été tels que cette ennemie le souhaitait.

Item, et si Spiritu Sancto ducta fuisset, nunquam mentiretur in suis prophetiis : ymo potioribus mendaciis illud mentita est quod inter Regem et aliquos principes prenosticata est magnum bellum debere esse antequam ipse Rex veniret Remis, quod nichil fuit. Et sic illa benedicto Spiritu veritatis, a quo omnis veritas procedit, non ducebatur, sed a Dyabolo, patre mendacii, cujus desideria nititur perficere, juxta ea que notantur in capitulo Queritur, versu [Non] enim, 22, questione secunda. De plus, si elle avait été guidée par le Saint-Esprit, jamais elle ne mentirait dans ses prédictions ; or, parmi ses principaux mensonges, il y a celui-ci : elle a prédit qu’il y aurait grande guerre entre le Roi et quelques princes avant que le Roi vînt à Reims. Il n’en a rien été. Donc, elle n’était pas conduite par l’Esprit de vérité, d’où toute vérité procède, mais par le Diable, père du mensonge, dont elle s’efforce d’accomplir les desseins, selon ce qui est marqué au chapitre Quæritur du Décret, § Non enim, cause 22, question deuxième.

Item, nunquam permitteret quod innocentes candelis accensis de cera, genubus flexis, sibi offerrent : illud et in pluribus villis notabilibus de obedientia adversariorum factum est, ut fertur, ipsa accipiente easdem candelas per modum oblacionis ; quod est genus ydolatrie, et videtur in hoc usurpasse laudem et honorificentiam que debetur Creatori ; quod quidem est crimen ydolatrie et gravissimum, ut in capitulo Ydolatria, 28, quest, prima ; et capitulo De homine, De celebratione missarum. De plus, elle ne souffrirait jamais que des enfants lui offrissent, à genoux, des cierges allumés : c’est ce qui est arrivé, dit-on, en plusieurs villes notables de l’obédience de nos adversaires, et elle acceptait ces cierges comme une sorte d’offrande. C’est là une espèce d’idolâtrie, et en cela elle paraît avoir usurpé l’honneur et les hommages qui ne sont dus qu’au Créateur : véritable crime d’idolâtrie, le plus grave de tous, comme on voit au chapitre Idololatria de la cause 28, question première, et au chapitre De homine du titre De celebratione missarum.

Item, si premissa sub dissimulatione pretereantur, magna incommoda, divisiones, scandala atque pericula maxima contra fidem pararentur, maxime cum jam in multis partibus ymagines sive figuras prefate Puelle elevaverint et venerent, ac si jam esset beatificata. Ex quibus magnus error imminet, nisi contra premissa de oportuno remedio celerius provideatur, cum nullus vita comite debeat pro sancto venerari, nec etiam post mortem, nisi prius ab Ecclesia fuerit approbatus et canonizatus, ut in capitulo Venerabili, De testibus, et toto tytulo De reliquiis et veneratione sanctorum. Ex quibus apparet quod status prefate Puelle non potest salva firmitate fidei tolerari. En outre, si toutes ces choses étaient passées sous silence, il en résulterait de graves inconvénients, des divisions, des scandales, des dangers très grands pour la foi, d’autant qu’en beaucoup de contrées on a élevé déjà et l’on vénère des portraits ou des statues de cette Pucelle, tout comme si elle était déjà béatifiée : en sorte qu’une grande erreur nous menace, à moins que l’on n’y porte remède au plus vite. Nul ne doit être, en effet, vénéré comme saint durant sa vie, ni même après sa mort, à moins d’avoir été approuvé et canonisé par l’Église, comme on lit au chapitre Venerabili du titre De testibus et dans tout le titre De reliquiis et veneratione sanctorum. On voit donc que la situation de ladite Pucelle ne saurait être tolérée sans porter atteinte à la foi.

Item, quod fides ludum pateretur, quod tamen non debet. Nam De plus, ce serait se jouer de la foi, ce qui ne doit point se faire : car

Non patitur ludum fama, fides, oculus. La foy, l’œil ne la renommée

Ne doyvent estre jamais touchées.

Item, quod de pietate fidei katholice et devotionis sincere factum illius Puelle cum circumstanciis, attentis que cum effectu patent, non potest sustineri : cum commoveat simplices ad superstitiones premissas, non ad laudem Dei, sed potius ad contumelias Creatoris ac periculum animarum atque subversionem fidei christiane, ut supra ostensum est. De plus, dans l’ordre de la piété et de la dévotion compatibles avec la foi catholique, le fait de cette Pucelle ne saurait être défendu, si l’on considère ce qui est réellement patent. En effet, elle provoque chez les simples les superstitions déjà mentionnées, qui font non pas honneur, mais plutôt injure au Créateur, qui constituent un péril pour les âmes, tendent au renversement de la foi chrétienne ; c’est ce qui a été montré plus haut.

Item, ut fertur, videtur uti sortilegiis, in hoc inter cetera quod, cum predicti innocentes predictas candelas cereas sibi obtulerunt cum veneratione predicta, faciebat deguttari tres guttas cere illius candele ardentis super capita offerentium, prenosticando eis quod non possint esse nisi boni ob virtutem talis actus, et sic predicta oblatio censetur ydolatria, et deguttatio talis sortilegium involutum heresi, et per consequens Inquisitorem fidei supra crimen heresis interest ratione officii inquirere et punire, juxta ea que notantur per doctores in capitulo Accusatus, in § Sane, super nota nisi heresim saperent, De hereticis, libr. VI. De plus, à ce qu’on rapporte, elle semble user de sortilèges. Ainsi, par exemple, lorsque les enfants dont il a été parlé lui offraient, avec la vénération que j’ai dite, les cierges en question, elle faisait tomber sur leur tête trois gouttes de cire ardente, en pronostiquant qu’à cause de la vertu d’un tel acte, ils ne pouvaient être que bons. Donc, idolâtrie dans le fait de l’offrande, et, dans le fait de laisser égoutter cette cire, sortilège compliqué d’hérésie. Par conséquent, il importe que l’Inquisiteur de la foi informe, à raison de son office, sur le crime d’hérésie, et qu’il punisse selon ce qui est observé par les docteurs au chapitre Accusatus, § Sane, à la note Nisi hæresim saperent, dans le titre De hæreticis du Sexte, livre V.

Item, sequitur ex predictis quod ista manifeste includunt erro rem ac heresim in detrimentum fidei orthodoxe tam directe quam indirecte, palam ac notorie. Idcirco interest cujuscumque fideiis christiani tales superstitiones ob honorem Dei propulsare, et maxime matris mee Universitatis, Episcopi ac Inquisitoris, et sine dissimulatione ac celeriter. Nam Enfin, il résulte de ce qui précède que tout cela manifestement contient erreur et hérésie, causant, directement et indirectement, ouvertement et notoirement, dommage à la foi orthodoxe. C’est pourquoi il est de l’intérêt de tout fidèle chrétien, mais surtout il importe à l’Université, ma mère, à l’Évêque et à l’Inquisiteur de combattre, pour l’honneur de Dieu, de telles superstitions, et cela sans ménagement et avec promptitude.

Principiis obsta, sero medicina paratur. [Combats le mal dès son apparition ; le remède viendra trop tard.]

In capitulo Ad hec, De rescriptis. Et carnes putride sunt resecande, et scabiosa a caulis ovis repellenda, in capitulo Resecande, 24, qu. tertia. Voir le chapitre Ad hæc du titre De rescriptis. Il faut tailler les chairs gangrenées et chasser la brebis galeuse du bercail, au chapitre Resecandæ de la cause 24, question troisième.

Et hec modica pro presenti sufficiant. Et que ces quelques mots suffisent quant à présent.

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