Livres I-III : I. Les préludes du procès
1Livre premier Les préludes du procès
Chapitre I Enquête de 1450
Le mercredi 30 mai 1431, Jeanne d’Arc consommait son sacrifice. Elle rendait témoignage à la vérité jusqu’à l’effusion du sang, et, à l’exemple du Rédempteur, elle remettait son âme entre les mains du Père céleste, qui lui avait confié la noble mission de sauver le royaume de France. Aux yeux des hommes sa cause semblait perdue ; l’iniquité s’applaudissait de lui avoir infligé la flétrissure d’une condamnation et d’une mort ignominieuses ; son nom disparaîtrait bientôt de la mémoire des vivants. C’était comme un écho, répercuté à travers les siècles, de la sinistre clameur des conjurés contre le Christ : Morte turpissima condemnemus eum (Sap. II, 20)… eradamus eum de terra viventium, et nomen ejus non memoretur amplius. (Jerem. XI, 19).
Mais, comme au jour de la Passion, le triomphe appartenait à la victime. Les cendres du bûcher de Rouen n’étaient pas refroidies que des signes éclatants manifestaient aux plus prévenus l’innocence de la Pucelle. Semblable au centurion qui avait présidé au crucifiement et qui descendit du Golgotha en proclamant Jésus fils de Dieu, le bourreau se frappe la poitrine ; il quitte le lieu du supplice pour aller se jeter aux pieds d’un confesseur, et lui dire, avec ses remords, les merveilles dont il a été le 2témoin1. Il nous plaît de trouver ce touchant détail dans la bouche d’un dominicain, fr. Isambard de la Pierre2, qui fut un ami dévoué de Jeanne pendant le procès et lui prêta assistance et consolation jusque sur le bûcher. Incontinent après l’exécucion, dit-il, le bourreau vint à luy et à son compaignon, frère Martin Ladvenu, frappé et esmeu d’une merveilleuse repentance et terrible contricion, comme tout désespéré, craingnant de non jamais sçavoir impétrer pardon et indulgence envers Dieu, de ce qu’il avoit faict à ceste saincte femme. Et disoit et affirmoit le dict bourreau, que, nonobstant l’huile, le soufre et le charbon, qu’il avoit appliquez contre les entrailles et le cueur de la dicte Jehanne, toutes foys il n’avoit pu aulcunement consomer, ne rendre en cendre, les breuilles ne le cueur ; de quoy estoit aultant estonné, comme d’un miracle tout évident3.
Cependant, de même que le silence se fit autour du Calvaire durant les trois jours qui précédèrent la résurrection, ainsi Dieu permit que la gloire de sa servante demeura obscurcie plusieurs années avant de resplendir de nouveau aux yeux des hommes. Desseins mystérieux mais toujours justifiés de la Providence qui, sans violer la liberté des créatures, mène les évènements à son gré, avec une énergie aussi efficace que pleine de douceur. Nous n’entreprendrons pas de déterminer la part de responsabilité qui revient à Charles VII ou à ses conseillers dans la prolongation d’un état de choses qui ressemble singulièrement à de l’indifférence, sinon à de l’ingratitude. Les données de l’histoire sur ce point sont trop incomplètes pour autoriser une sentence que la découverte de nouveaux éléments d’information obligerait peut-être à réformer. Il suffit d’ailleurs à notre tâche de raconter les faits tels qu’ils sont parvenus à notre connaissance, dégagés des circonstances fort complexes dont l’appréciation exige une délicatesse et une sûreté de coup d’œil peu ordinaires4.
Au commencement de 1450, Paris et Rouen étaient aux mains du roi de France. La possession de ces deux villes facilitait l’exécution d’un projet que Charles VII devait avoir à cœur depuis longtemps. Réviser l’odieux procès qui avait abouti à la 3condamnation et au supplice de Jeanne d’Arc, c’était venger la mémoire d’une innocente victime et affermir du même coup les droits de la couronne hautement proclamés par la mission divine et l’héroïsme de la martyre. Pour atteindre sûrement ce double résultat, il fallait examiner sur place les actes du tribunal et les pièces du dossier, interroger les survivants, témoins ou acteurs dans les diverses péripéties du drame ; il fallait aussi le concours de l’Université, dont la rébellion et la passion politique avaient exercé une si néfaste influence sur la marche et sur l’issue de l’affaire. De ce côté, l’obstacle n’existait plus : Charles VII était maître d’agir et de solliciter avec quelque espoir de succès l’agrément du Saint Siège, sans l’autorité duquel nul n’avait le droit de réformer un jugement ecclésiastique de cette nature. Une information préalable était nécessaire : sans temporiser davantage, le roi l’ordonna. À cet effet, des lettres de commission furent délivrées, le 15 février, à maître Guillaume Bouillé par les soins de la chancellerie restée à Rouen5, tandis que le souverain était à l’abbaye de Jumièges.
Maître Guillaume Bouillé, doyen de la cathédrale de Noyon, était particulièrement apte à remplir les fonctions qui venaient de lui être confiées. Estimé du monarque pour son mérite et son dévouement qui lui avaient valu le titre honorifique d’amé et féal conseiller
, il jouissait auprès de l’Université de Paris de la considération acquise par son agrégation aux docteurs de la Faculté de Théologie, et par les charges qu’il avait remplies au profit du corps universitaire6. Aussitôt l’enquête s’ouvrit : sept témoins furent cités à bref délai. Quatre d’entre eux, frère Isambard de la Pierre, frère Jean Toutmouillé, frère Martin Ladvenu, frère Guillaume Duval7, appartenaient à l’Ordre de S. Dominique et demeuraient au couvent de Saint-Jacques de Rouen. Les 4trois autres, maître Guillaume Manchon, maître Jean Massieu, et maître Jean Beaupère, résidaient dans la ville ou s’y trouvaient momentanément8. Leurs dépositions, d’une importance considérable, pouvaient servir de base aux déterminations qu’on jugerait à propos de prendre au sujet de cette affaire. Reçues dans les journées du 4 et du 5 mars, elles furent sans retard transmises au roi et à son conseil, qui firent dresser un mémoire, consultèrent plusieurs théologiens et canonistes, et finalement durent attendre une occasion favorable de saisir le Saint Siège.
Nous croyons que le mémoire dont il est ici question eut pour auteur Guillaume Bouillé. C’est le même qui a été inséré plus tard, avec une légère modification du protocole, dans le procès de réhabilitation. Il se trouve dans deux manuscrits : celui de d’Urfé (folio 113 verso), et celui coté 5970 à la Bibliothèque nationale (folio 160 recto à 164 recto). Quicherat n’en a reproduit que l’introduction9. Le R. P. Ayroles l’a traduit presque intégralement dans son remarquable travail : La vraie Jeanne d’Arc (pp. 212 et suiv.). M. Lanéry d’Arc l’a édité d’après le texte du registre 5970 (Mémoires et consultations…, p. 323-349).
Dans le ms. de d’Urfé, qui est comme l’on sait une rédaction d’essai du procès, il commence ainsi :
Ad honorem et gloriam Regis regum qui causas defendit innocentium, necnon ad exaltationem regis Francorum seu domus Franciæ, quæ nunquam legitur hæreticis favorem præbuisse aut quovis modo adhæsisse hunc codicillum summarie, licet rudi et indigesto sermone, ego Guillelmus Bouillé, decanus Noviomensis, theologorum omnium minimus, regiæ celsitudini exhibere dignum duxi, continentem brevia quædam et generalia advisamenta ex originali processu olim facto Rothomagi, contra Johannam, vulgariter Puellam nuncupatam, recollecta, ut ex eis aliqualis præbeatur occasio utriusque juris divini pariter et humani peritissimis doctoribus, latius ac peramplius inquirendi veritatem super iniquo judicio per defunctum D. Petrum Cauchon, tunc Belvacensem episcopum, taliter qualiter facto contra præfatam Joannam Puellam, pro tunc ad defensionem regni adversus violenter usurpantes militantem.
Les mots que nous avons reproduits en italiques, — à savoir l’intention déclarée d’exalter le roi et la maison de France, et l’hommage fait de ce travail à la majesté royale, — montrent assez sous l’empire de quels sentiments il a été composé. Ils appartenaient 5certainement au texte original ; ils ont été supprimés dans le ms. 5970, parce qu’ils ne concordaient plus avec la tournure nouvelle donnée au procès de réhabilitation, qui avait dépouillé son caractère politique pour revêtir des apparences d’ordre privé, la personne et les intérêts du roi s’étant effacés devant la requête directe de la famille de Jeanne d’Arc. Si le mémoire eût été écrit seulement après l’enquête de 1452, comme les deux premières consultations de Théodore de Leliis et de Paul Pontanus par exemple, le reste du préambule serait, semble-t-il, rédigé d’autre façon, et la disposition de l’ensemble correspondrait davantage au Summarium de Bréhal. Quicherat a remarqué fort judicieusement que le mémoire de Bouillé précéda tous les autres, même ceux des jurisconsultes romains
. Nous partageons complètement cette manière de voir, et, pour les motifs que nous venons d’indiquer, nous assignons à cet écrit la date de 1450.
En admettant qu’on ait tenté dès lors quelques démarches auprès du pape, on ne pouvait guère compter sur un rapide succès. La diplomatie anglaise, avec la promptitude et l’habileté dont elle est coutumière, s’était efforcée de donner le change à l’opinion dans toute l’Europe. Par la voie officielle des ambassadeurs, elle avait informé les chancelleries étrangères de la capture, du jugement et de la punition de Jeanne d’Arc comme d’un fait de grande portée politique, comme d’un acte de haute justice qui sauvegardait les droits de l’État contre l’imposture et la superstition10. Elle profita aussi des agissements officieux de ses partisans, parmi lesquels se distinguaient les membres de l’Université de Paris dévoués à la cause bourguignonne ; ceux-ci, dans leurs relations avec les personnages ecclésiastiques ou laïques les plus influents, présentèrent les évènements sous un faux jour, et accumulèrent les ombres autour de la mission divine de la Pucelle11. La cour de Rome, circonvenue par les mêmes procédés de renseignements équivoques et de sollicitations puissantes12, se défendit d’intervenir dans une question sur laquelle deux nations 6catholiques étaient divisées. Suivant les traditions de prudente expectative qu’une expérience séculaire a tant de fois justifiées, elle s’appliquait à tenir la balance égale entre les peuples chrétiens, afin de ne pas compromettre l’œuvre à peine affermie de l’extinction du schisme.
Les documents exhumés jusqu’ici de la poussière des archives ne nous apprennent pas si des négociations furent dès lors engagées directement avec le pape Nicolas V pour obtenir son assentiment à la révision du procès. Il semble pourtant que des ouvertures faites à ce sujet au nom du roi de France auraient dû laisser quelque trace dans la correspondance des ambassadeurs, dans les régestes pontificaux, ou dans les chroniques romaines. Quoi qu’il en soit, les circonstances mêmes qui paraissaient s’opposer à la réalisation de l’entreprise furent celles dont la Providence se servit pour la préparer et la mener à bien. Vivement préoccupé des intérêts majeurs de la chrétienté, le souverain pontife aspirait à rétablir parmi les princes d’Occident la concorde et l’union sans lesquelles il devenait impossible de lutter contre l’invasion musulmane. Il fallait d’abord ménager une paix durable entre la France et l’Angleterre. Tel fut l’objectif principal que se proposa Nicolas V, lorsqu’il résolut d’envoyer un légat à Charles VII.
Pour remplir une mission si délicate, dont les difficultés étaient encore accrues par la nécessité de toucher en même temps à plusieurs autres questions fort complexes, et d’y faire prévaloir la salutaire influence du Saint Siège, le cardinal Guillaume d’Estouteville fut choisi. Son investiture officielle eut lieu par un bref du 13 août 145113. Aucun membre du sacré collège, aucun diplomate de la cour pontificale ne paraissait plus apte à réussir. Par son père, il appartenait à la meilleure noblesse de Normandie. Par sa mère, Marguerite d’Harcourt, il était proche parent de Charles VII14. Si, comme tant d’autres cadets de famille, il avait embrassé la carrière cléricale par des considérations humaines15, les éminentes qualités de sa nature et ses mérites personnels contribuèrent plus encore que sa naissance à lui frayer le chemin de la fortune et des dignités ecclésiastiques. Un long séjour auprès du pape Eugène IV lui avait fourni les occasions de prouver un sincère dévouement à sa patrie d’adoption16. Mêlé à la plupart des grands évènements de l’époque, il avait donné la mesure de son savoir-faire. Les éloges de ses contemporains ne lui ont pas manqué ; et lors même qu’on enlèverait à leur témoignage une part d’exagération ou de flatterie, il resterait l’appréciation des souverains pontifes qu’il a servis 7avec un zèle de bon aloi, et qui ne se sont pas fait faute de le combler de leurs faveurs17.
On avait le droit d’espérer beaucoup de son adresse à manier les affaires. Quoiqu’il n’ait pas répondu sur tous les points à l’attente que l’on avait conçue, et qu’il ait échoué notamment dans ses efforts au sujet de la Pragmatique Sanction, dont Rome souhaitait ardemment l’abrogation, sa légation en France ne demeure pas moins la plus belle page de son histoire. Outre les sages et durables réformes qu’il introduisit dans l’Université de Paris18, il eut la gloire d’attacher son nom aux actes qui préparèrent la réhabilitation de Jeanne d’Arc.
Le légat prit-il de lui-même l’initiative de se renseigner exactement sur tout ce qui concernait la cause de la Pucelle, soit en vertu des instructions secrètes qu’il avait reçues du pape, soit dans le but de se concilier les bonnes grâces du roi qui s’était tout d’abord montré19 froissé de sa venue ? Faut-il au contraire attribuer à Charles VII les premières ouvertures qui déterminèrent le cardinal à user de ses pouvoirs extraordinaires pour préparer les voies à une solution favorable et vivement désirée ? À défaut de documents démonstratifs, on peut sans invraisemblance préférer l’une ou l’autre opinion20. Toujours est-il que, quatre mois environ après son arrivée en France21, Guillaume d’Estouteville se rendait à Rouen, et, de sa 8propre autorité comme légat du pape, ouvrait suivant les formes canoniques22 une nouvelle enquête, préambule nécessaire de la révision du procès. Son premier soin avait été de réclamer l’assistance de l’inquisiteur dominicain Jean Bréhal. Celui-ci était l’homme que la Providence avait choisi pour être ici-bas l’instrument d’une juste réparation envers une innocente victime. Disons de suite ce que les faits proclameront éloquemment : il fut l’âme de la réhabilitation, et nous le verrons durant une période de quatre années [1452-1456] déployer un zèle et une activité que les difficultés ni les fatigues ne rebutèrent jamais, et qui lui ont valu, avec la satisfaction du devoir accompli, la joie savoureuse d’avoir bien mérité de l’Église et de la patrie.
Chapitre II Jean Bréhal
Au seuil de notre étude sur l’œuvre de Jean Bréhal, nous aurions voulu faire revivre dans sa biographie cet homme digne à plus d’un titre d’occuper une place d’honneur parmi les fils de S. Dominique. Religieux d’une science et d’une vertu peu communes, français ardemment dévoué à la gloire et à la prospérité de son pays, justicier zélé pour la défense des faibles et le triomphe de l’innocence, il a droit à toutes nos sympathies. Il a plaidé la cause de Jeanne d’Arc avec une sollicitude incomparable, il a effacé la flétrissure que des juges indignes de ce nom avaient infligée à l’envoyée de Dieu, il lui a rendu l’estime qui convient à la sainteté, et, tout en fournissant à l’histoire de France des documents précieux sur les faits et gestes de la céleste libératrice, il a conservé les preuves authentiques sur lesquelles l’oracle infaillible de l’Église pourra s’appuyer, pour constater les vertus d’une parfaite chrétienne et la proclamer Bienheureuse. Nous nous sommes donc efforcés de recueillir les détails d’une existence assurément bien remplie, mais trop 9oubliée. À la courte notice écrite par Échard23, nous avons pu ajouter un petit nombre de faits qu’une main pieusement attentive a glanés çà et là dans les archives où se retrouvent encore quelques fragments épars de l’histoire dominicaine24. Nos recherches personnelles ne nous ont point procuré la satisfaction de suppléer au silence ou à l’insouciance des anciens chroniqueurs par la découverte de documents dont les vicissitudes sociales ont causé la disparition et souvent la perte.
Bréhal était normand : c’est tout ce que nous savons de son origine. Deux dates cependant permettent de conjecturer que sa naissance remonte aux premières années du XVe siècle : aux termes du droit, il devait avoir trente ans au moins, lorsqu’on lui conféra le titre de maître en théologie25, et quarante ans lorsqu’il fut investi des fonctions d’inquisiteur26.
L’Ordre de S. Dominique possédait à Évreux un couvent fondé par le roi S. Louis. La ferveur des Frères Prêcheurs, le zèle qu’ils déployaient pour les intérêts spirituels et temporels des habitants, la précieuse relique vénérée dans leur église27, la chapelle dédiée à l’archange S. Michel et enrichie d’indulgences, y entretenaient un courant de dévotion populaire, qui n’était pas sans influence sur l’éclosion et le développement des vocations religieuses. Guidé par l’attrait de la vie parfaite, le jeune Bréhal vint frapper à la porte du cloître et demander son admission parmi les novices. Son année de probation accomplie à la satisfaction des supérieurs et de la communauté, il prononça ses vœux solennels, comme fils du couvent d’Évreux28.
Il avait donné le gage des hautes qualités morales qui devaient plus tard briller d’un vif éclat dans sa vie de Frère Prêcheur, il ne tarda pas à montrer qu’il était richement doué aussi pour les œuvres de l’intelligence. Après avoir suivi avec succès pendant les sept ans réglementaires les cours de logique, de philosophie et de théologie, il fut jugé apte à enseigner les sciences sacrées, et appliqué aux labeurs du professorat. Quoique les circonstances ne lui aient pas permis de prendre ses grades à 10l’Université de Paris29, il fit néanmoins ses preuves canoniques de capacité, remplit à l’ordinaire l’office de bachelier30, puis fut créé maître en théologie. La date de sa promotion nous a été conservée dans les registres municipaux de la ville d’Évreux [année 1443]. On y trouve la mention suivante :
A religieuse personne et honneste maistre Jehan Bréhal, docteur en théologie, pour don à luy fait par les gens d’église et bourgois d’icelle ville, pour aider à supporter les frais et mises qui lui convinrent fère quand il fut ordonné et fait docteur, pour ce paié par le commandement et ordonnance diceulx gens d’église et bourgois la somme de dix salus d’or, pour ce IX l.31.
En contribuant ainsi aux dépenses que l’usage imposait aux lauréats, la cité prouvait l’intérêt qu’elle portait à leurs succès. N’était-ce pas un honneur qui rejaillissait sur le corps social, dont ils étaient membres ?
La dignité, que maître Bréhal venait de recevoir comme une consécration de son talent et de sa science, entourait sa personne d’une auréole qui le désignait à l’estime de ses compatriotes et aux espérances de son Ordre. Désormais il était prêt pour les difficiles fonctions que la Providence lui réservait : la pratique généreuse et constante des vertus avait trempé son caractère et développé dans son cœur toutes les énergies du bien ; la culture intensive de son esprit avait produit une abondante moisson de connaissances, et cette possession de la vérité qui communique aux âmes de sa plénitude, en même temps qu’elle assure la victoire dans les luttes contre l’erreur. Aussi le trouverons-nous bientôt à Paris, investi par la confiance de ses supérieurs32 de la charge d’inquisiteur général de France33.
Pour ceux qui n’ont appris la signification de ce titre que dans les romans et les 11musées forains, ou dans les ouvrages dont le caractère historique a été étrangement dénaturé par les préjugés et par la passion antireligieuse, il semblera que l’éloge est médiocre. Nous sommes convaincus au contraire que rien n’est plus propre à faire présumer les hautes qualités d’un homme et à les exprimer d’un seul mot lorsque ses actes ont correspondu à l’idéal de la fonction. En instituant le tribunal du Saint Office comme une délégation de son autorité judiciaire dans les causes criminelles qui intéressent la foi, l’Église s’est proposé de sauvegarder la société des fidèles contre les funestes envahissements de l’erreur. La tâche qu’elle confie aux inquisiteurs de la perversité hérétique est ardue et délicate entre toutes. Ne s’agirait-il que de discerner le coupable et de le livrer sans pitié à la rigoureuse vindicte des lois, il y faudrait déjà les aptitudes intellectuelles et morales que la justice humaine exige de ses magistrats, aptitudes d’autant plus relevées que le domaine où elles doivent s’exercer est d’un ordre supérieur. Mais, si le juge des causes de la foi est chargé de réprimer et de punir l’obstination dans le crime, il est avant tout le représentant du pouvoir divin, dont les attributs sont la clémence et la miséricorde aussi bien que la sévérité et la justice. Voilà pourquoi il a mission d’accorder d’abord un temps de grâce, pendant lequel un aveu spontané, un repentir sincère auront droit à une large indulgence ; puis, lorsqu’il est obligé de procéder par autorité, son principal souci sera d’éclairer la conscience, de ramener les égarés aux sentiers de la vérité, et de faire naître au fond des âmes les sentiments surnaturels de componction qui contribuent à effacer la faute devant Dieu et à diminuer les rigueurs d’une expiation nécessaire.
On comprend que les hommes investis de pareilles fonctions doivent posséder un rare assemblage de qualités suréminentes, c’est-à-dire, selon la déclaration expresse des souverains pontifes, une parfaite honnêteté de mœurs, la prudence la plus circonspecte, une fermeté et une constance que rien n’ébranle, une science peu commune de la doctrine sacrée, et le concours fortifiant de toutes les vertus34.
Dans sa manière d’agir, dit Bernard Gui avec l’autorité de son expérience personnelle, l’inquisiteur mettra tous ses soins à inspirer l’horreur de l’hérésie et à procurer l’extirpation de cette perversité. Brûlant de zèle pour la défense de la vérité révélée et pour le salut des âmes, il gardera néanmoins le calme au milieu des contretemps et des circonstances adverses, dans la crainte que l’effervescence de l’indignation ou de la colère ne l’emporte jusqu’à la précipitation. Il ne se laissera point non plus aller à l’abattement qui est le propre des lâches et des amis de leur bien-être : l’engourdissement de l’âme envahirait ses œuvres et leur enlèverait toute vigueur et toute efficacité.
12L’inquisiteur s’armera de constance, afin de ne point défaillir dans les périls et l’adversité, et d’être toujours prêt au sacrifice de sa vie pour la juste cause de la foi. Qu’il sache garder le milieu entre la présomption téméraire de l’audace qui se précipite à travers les dangers, et les tremblements pusillanimes de la timidité qui enlèvent à l’esprit sa décision et sa force. S’il doit être ferme devant les prières et les flatteries des coupables, il n’endurcira point son cœur contre toute condescendance aux demandes qu’on lui adresserait pour obtenir des délais et des atermoiements, ou la mitigation des pénitences imposées : cela dénoterait de la cruauté. Mais d’autre part, qu’une complaisance excessive ne le fasse pas tomber dans la mollesse qui ôterait toute vigueur à ses œuvres…
Enfin, l’inquisiteur se montrera avisé et circonspect dans les cas douteux. Il n’accordera pas facilement créance à toutes les choses vraisemblables, car elles ne sont pas toujours vraies ; et par contre, il n’éliminera pas absolument les choses invraisemblables, qui peuvent parfois êtres vraies. Il s’appliquera plutôt à écouter, discuter, examiner les informations qui lui parviennent c’est le moyen de rencontrer la vérité35.
Il suffira de suivre Bréhal dans une carrière si noblement parcourue : on reconnaîtra qu’il a réalisé le portrait dont nous avons tout à l’heure esquissé les grandes lignes.
À quelle date eut lieu son assignation au couvent de Saint-Jacques de Paris et son institution comme inquisiteur général du royaume, nous ne sommes pas en mesure de le préciser, faute de pièces officielles. Il est vraisemblable néanmoins qu’il occupait sa charge depuis quelque temps déjà, lorsque le cardinal d’Estouteville se l’adjoignit vers la fin d’avril 1452.
Bien que la poursuite de l’affaire importante qui lui était ainsi confiée, sans préjudice de toutes celles qui ressortissaient à son tribunal, semblât de nature à absorber son activité, on avait conçu de lui une telle estime et une opinion si relevée que ses frères du couvent de Saint-Jacques n’hésitèrent pas à lui imposer par surcroît le fardeau d’une nouvelle supériorité36. Ils l’élurent prieur, mettant ainsi sous sa direction une communauté que le nombre, l’observance et le savoir de ses membres ont rendue justement célèbre parmi toutes celles de l’Ordre de S. Dominique. Là se trouvaient réunis des religieux envoyés par leurs provinces respectives pour se perfectionner dans la science sacrée et conquérir les palmes du doctorat à l’Université de Paris. Suppôts de la faculté de théologie, comme on disait alors, ils avaient avec l’alma mater des relations quotidiennes, qui furent maintes fois troublées par la jalousie des professeurs séculiers contre les privilèges accordés aux réguliers par les souverains pontifes. Chef 13de la maison de Saint-Jacques et représentant officiel des Frères Prêcheurs, Bréhal dut intervenir très activement, à l’époque même où il était le plus occupé par les travaux qui amenèrent l’heureuse conclusion de la cause de Jeanne d’Arc. Voici à quelle occasion :
Les Ordres mendiants37 avaient, dès leur fondation, rendu à l’Église des services insignes que les papes récompensèrent et encouragèrent par de nombreuses faveurs spirituelles. Nicolas V, imitant la bienveillance de ses prédécesseurs à leur égard, délivra le 29 juin 1448 une bulle qui portait confirmation de leurs privilèges38. Les lettres apostoliques, présentées assez longtemps après par les carmes à l’évêque de Paris39, vinrent à la connaissance de l’Université. Une furieuse tempête éclata aussitôt. Le samedi 22 mai 1456, le corps académique, sans respect pour l’autorité du Saint Siège, déclara d’un vœu unanime que cette bulle lui paraissait scandaleuse, propre à troubler la paix et la concorde, destructive de l’ordre hiérarchique, et subreptice40
. S’inspirant des maximes néfastes que le schisme avait introduites dans les habitudes, il résolut d’en appeler, et de notifier son appel aux Mendiants, à l’évêque de Paris et aux autres prélats, aux Universités dedans et dehors le royaume, au souverain pontife et même aux seigneurs temporels
. Les Mendiants furent cités à comparaître dès le lundi suivant pour se voir retranchés du corps et privés de tous les droits académiques, s’ils ne renonçaient à la bulle qu’ils avaient obtenue, et ne s’engageaient à la remettre entre les mains de l’Université, et à en obtenir une autre qui révoquât la première
. Au jour dit, la menace fut mise à exécution, les religieux ayant courageusement maintenu leurs privilèges et refusé de se soumettre aux conditions arbitraires qu’on prétendait leur imposer.
Il y avait à peine quelques jours que Bréhal était de retour d’un voyage à Rouen, où il était allé avec l’évêque de Paris, l’un des commissaires apostoliques du procès de Jeanne d’Arc, pour tenir audience et recevoir les dépositions des témoins. 14Rentré dans sa cellule du couvent de Saint-Jacques, il s’était mis avec ardeur au grand travail de récapitulation qui lui avait été confié par les prélats ses co-délégués. Cela ne l’empêcha pas pourtant de prendre position, comme c’était le devoir de sa charge. Il résolut aussitôt d’agir sans respect humain contre une décision qui violait les droits de la vérité et de la justice. Tout en continuant de besoingner pour le faict de la Pucelle
, il ne laissa pas de protester au nom de son Ordre et d’entreprendre les démarches convenables pour éclairer les esprits et ramener les cœurs à de meilleurs sentiments. Un théologien de l’Université ayant, à cette occasion, soutenu quelques propositions mal sonnantes, l’inquisiteur de la foi ne craignit pas de le faire ajourner personnellement devant son tribunal et de lui demander compte de sa doctrine41. Toutefois il aurait souhaité de rétablir la concorde par les voies de la douceur. Lorsqu’il fut de retour à Paris après avoir terminé l’affaire de la réhabilitation de Jeanne d’Arc, il entama des négociations qui se prolongèrent durant le reste de l’année, mais sans aboutir à la conclusion qu’il espérait.
Sur ces entrefaites, Bréhal qui avait su se concilier les bonnes grâces du connétable Arthur, comte de Richemont, frère du duc de Bretagne, recourut à ce puissant protecteur et le sollicita de s’interposer officieusement dans la querelle. Puisque l’Université ne voulait rien entendre aux justes réclamations des Ordres mendiants, elle aurait égard du moins aux instances d’un si haut personnage et consentirait plus volontiers à un accommodement. Après quelques pourparlers, il fut convenu que l’acte de pacification s’exécuterait d’une façon très solennelle.
Du Boulay et Crevier, deux historiens à coup sûr bien informés, nous ont conservé le récit du fait. Mais, s’ils racontent fidèlement les détails de la mise en scène, leurs jugements sont trop manifestement empreints de passion pour être équitables, et l’on ne peut y souscrire sans réserves.
Le 18 février (1457, nouv. style), l’Université se réunit au Chapitre des Bernardins. Le recteur annonça que le connétable, accompagné de l’archevêque de Reims et de l’évêque de Paris42, était dans l’église et qu’il souhaitait faire des propositions à la compagnie au sujet de l’affaire des religieux. Quelques docteurs furent alors députés pour aller au devant d’eux et les introduire dans l’assemblée. Le comte de Richemont, les deux prélats, et leur cortège parmi lequel se trouvaient le prieur des Jacobins et les autres représentants des Ordres mendiants, vinrent à la salle capitulaire où ils s’assirent. Puis, le connétable prit la parole en français, et, après avoir 15salué fort honorablement le recteur et toute l’Université, il exposa son désir de procurer la paix selon son pouvoir, et fit lire par son conseiller Guillaume Papin les articles du traité qu’il avait rédigé à cette intention. Le principal intéressé, Jean Bréhal, au nom de ses Frères et de tous les Mendiants, se leva à son tour, et, comme il avait été convenu, formula sa demande en ces termes, qui ont été consignés textuellement sur le registre des délibérations :
Présupposé premièrement les conclusions prises et proposées par Monseigneur le connestable chy présent, nous vous requérons et supplions très humblement, tant que faire poons [pouvons], que à celles requestes et conclusions vous plaise obtempérer à nous recevoir comme supposts et membres43.
Cette supplique déplut aux docteurs qui ne se firent pas faute d’articuler contre elle divers griefs, inspirés surtout par la susceptibilité et la malveillance : ils avaient été blessés, disaient-ils, d’entendre un prêtre parler français à l’Université, avec une sécheresse et une hauteur de ton qui semblait accuser la prétention de donner la loi plutôt que la volonté de se soumettre humblement. Bréhal n’était pas homme à reculer devant l’injure qu’on lui faisait. Soucieux de sauvegarder la double dignité dont il était revêtu, il répondit de telle sorte qu’on ne pût se flatter de rabaisser son caractère, en lui faisant accepter une soumission qui ne serait conforme ni à la justice ni à l’honneur. Néanmoins, afin que la tentative de conciliation ne fut pas irrémédiablement compromise, il consentit, sur les instances du connétable, à ce que le prieur des Augustins montrât plus de souplesse diplomatique dans les expressions par lesquelles il demanderait à l’assemblée de restituer aux Mendiants leurs droits académiques. Cette fois, la supplique fut agréée, et la séance se termina par un accommodement. Bréhal rendit compte de tout au maître général des dominicains. Celui-ci approuva pleinement la conduite de son subordonné. Aussi zélé que lui pour la défense des prérogatives du Saint-Siège, il ne ratifia pas les conditions de la paix et protesta par lettre au recteur qu’il les tenait pour nulles et non avenues. La rupture ne cessa que vers la fin de 1457, époque où les Frères Prêcheurs furent rétablis dans l’intégrité de leurs droits44.
La victoire était gagnée sur le terrain universitaire ; il fallait la gagner aussi sur le terrain doctrinal, car le litige subsistait dans le domaine des idées. Parmi les privilèges concédés aux religieux mendiants, il y en avait un qui était le point de mire de l’opposition la plus acharnée : le pouvoir d’entendre librement les confessions des fidèles. Les docteurs séculiers, imbus des théories professées jadis par Guillaume de Saint-Amour, ne craignaient pas de soutenir que c’était là un abus intolérable, et que les fidèles devaient sous peine de nullité se confesser à leur curé ou aux prêtres 16par lui autorisés. Il était nécessaire de défendre contre eux les vrais principes, et de rassurer les consciences troublées, sur la validité de l’administration du sacrement de Pénitence. Dans ce but, Bréhal composa un traité De libera auctoritate audiendi confessiones religiosis mendicantibus concessa, qui a été de son vivant imprimé deux fois45.
Après avoir pris connaissance de ce travail, nous ne craignons pas d’affirmer que l’auteur s’y révèle tout entier : son noble caractère, autant que son savoir et sa méthode, ont laissé leur empreinte dans des pages qui mériteraient de n’être point oubliées. Le prohemium débute par ces paroles significatives :
Legum edicta jubent, suadet rationis instinctus, ac professe fidei virtus instigat, sacra veritatis, jura tueri…
[La loi l’ordonne, la raison le persuade, et la vertu de professer la foi incite à défendre les droits sacrés de la vérité…]
Les droits sacrés de la vérité, l’intérêt éternel des âmes, voilà les mobiles qui ont déterminé le docte théologien à prendre la plume. Avec ce même esprit de modération qui lui a fait tant d’honneur dans l’exercice de sa charge, il déclare qu’il n’entend pas viser les personnes, et manifester à leur égard des sentiments d’hostilité. S’il doit signaler, flétrir même énergiquement les étranges prétentions de ses adversaires, il veut accomplir sa tâche de polémiste comme il convient à un homme de foi, qui défend l’intégrité de la doctrine catholique et l’autorité du Saint Siège.
Avant tout, il tient à établir sa proposition sur des bases très solides. Formé à l’école des maîtres de la science sacrée, il sait qu’il est d’un sage de recourir aux lumières d’autrui. Aussi s’empresse-t-il de consulter les ouvrages de ses plus illustres devanciers ou de ses contemporains en renom. Depuis saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure jusqu’à maître Jean de Paris qui alio nomine vocatur seu cognominatur Pungens-asinum
[qui est appelé ou surnommé Poing-l’âne] (Pointlasne), il ne cite pas moins de vingt quatre théologiens qui soutiennent sa thèse46. Il invoque ensuite le témoignage des auteurs qui ont traité la question au point de vue juridique, saint Raymond de Peñafort, Jean André, l’Archidiacre, et les plus célèbres commentateurs au nombre de vingt, sans compter les décrétistes qui enseignaient alors à Avignon, et dont il a tenu à recueillir les suffrages47.
On le voit, il ne néglige aucun moyen d’information ; son attention est toujours en éveil pour rechercher la vérité. Ici, comme dans l’accomplissement de ses fonctions, il a droit au titre de vigilantissimus inquisitor que l’éditeur lui a décerné au frontispice de son livre. Mais, par dessus l’enseignement des docteurs, il y a une autorité 17irréfragable, celle des souverains pontifes, dont les décisions disciplinaires doivent être acceptées comme si elles émanaient des lèvres mêmes de Dieu, ou de l’apôtre S. Pierre48. Bréhal les allègue avec la respectueuse confiance du fidèle. Il fait passer tour à tour sous les yeux de ses lecteurs ce qui a été réglé par neuf papes, y compris Calixte III, dont la bulle confirmative des privilèges des Mendiants venait de paraître, le 23 mars 1457.
Cela suffirait sans doute à convaincre ceux qui ont une foi sincère et une dévote obéissance envers la sainte Église Romaine. Mais, ajoute l’auteur, si la vérité que nous défendons n’a nul besoin de nos raisonnements et de notre approbation, il importe néanmoins de faire appel aux arguments scientifiques pour ramener les égarés à une juste appréciation de l’honneur dû au siège de Pierre. Le reste du livre49 est donc consacré, soit à l’exposé d’une trentaine de raisons théologiques et canoniques qui démontrent la justice et la convenance du privilège accordé aux Mendiants d’entendre les confessions des fidèles pour la liberté et la sécurité de leurs consciences, soit à la solution très nette des objections principales qui ont été soulevées par les adversaires.
Le paragraphe final est digne d’être reproduit comme exemple de l’esprit qui animait Bréhal dans toute cette discussion :
Sic itaque ne nimia disputationis protractio fastidium generet aut nauseam inducat, et quia etiam in fundamentali propositione diu satis insteti, ideo ad ulteriorem aliarum prosecutionem nunc supersedeo, protestans quod in premissis per viam regiam dumtaxat gradiens sicut personas quascumque aut status ficta intentione palpare nolui, sic profecto neque in aliquo cuiquam statui aut persone fusco livore aut obliquo animo derogare institui. Quinymmo soli veritati, sobrietati atque caritati, quantum exigua et fragilis permisit facultas, operam accommodavi, Eum precise, sincero luminis contuitu, ut unicam firmam et infallibilem regulam aspiciens, qui via, veritas et vita est, Benedictus in secula seculorum. Amen.
[Ainsi, afin d’éviter que la prolongation excessive de la discussion ne provoque l’ennui ou le dégoût, et aussi parce que j’ai suffisamment insisté sur la proposition fondamentale, je m’abstiendrai de poursuivre, me défendant d’avoir jusqu’ici cherché à nuire à quiconque. Au contraire, je me suis attaché à la vérité, à la sobriété et à la charité, autant que me le permettaient mes modestes et fragiles capacité, ayant pour seule lumière ferme et infaillible Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie, béni pour les siècles des siècles. Amen.]
Les occupations multipliées, dans lesquelles sa charge d’inquisiteur l’engagea encore durant de longues années, ne lui permettaient guère les travaux de l’écrivain. Cependant il ne laissa pas de rédiger, à titre de délassement intellectuel sans doute, un manuscrit intitulé Epithema montium, qui n’a jamais été édité50.
L’histoire a gardé aussi le souvenir de l’intervention de Bréhal dans une cause qui eut un certain retentissement51. Des poursuites avaient été exercées à Arras par l’officialité diocésaine contre les hérétiques vaudois, dont la ville était infestée. Vers 1461, un bourgeois d’Arras, Guillaume Le Febvre, cité à comparaître pour se purger 18du soupçon d’hérésie ne se présenta point, et fut excommunié comme vaudois avec les autres inculpés du même crime. Il était venu à Paris, et demanda à l’évêque Guillaume Chartier de l’absoudre et de proclamer son innocence. Avant de faire droit à sa demande, on commença par procéder à une enquête sur place. Deux commissaires, l’un jacobin et inquisiteur de la foy en l’evesquié de Paris52
, l’autre ancien religieux, furent envoyés à Arras pour entendre les témoins. Pendant leur séjour dans cette ville, les vicaires généraux leur communiquèrent les procès de ceux qui avaient été exécutés ou prêchés comme vaudois, afin de faire connaître à l’instruction comment Guillaume Le Febvre était accusé. Copie fut prise de ces dossiers par les délégués, qui retournèrent ensuite à Paris, où ils la soumirent à l’examen de l’Ordinaire et de l’inquisiteur Bréhal. L’archevêque de Reims, Juvénal des Ursins53, probablement en sa qualité de métropolitain de la Picardie, faisait partie du tribunal. Guillaume Le Febvre comparut et fit sa purge canonique. Les trois juges, qui avaient travaillé ensemble à la réhabilitation de Jeanne d’Arc, associés aussi pour cette nouvelle cause, eurent la satisfaction de proclamer l’innocence de l’accusé et de le relever de la sentence d’excommunication portée contre lui pour un crime qui lui avait été faussement imputé. Désireux d’accomplir toute justice, ils estimèrent sans doute qu’il y avait eu faute de la part de l’officialité ; car ils accordèrent à Guillaume Le Febvre le droit de poursuivre les vicaires généraux devant la juridiction compétente pour estre réparé de son honneur, et pour les despends et dommaiges qu’il y avoit mis54
.
19Bien que les fonctions de sa charge aient fixé sa résidence habituelle à Paris, il ne laissait pas, le cas échéant, de prendre les intérêts de son pays d’origine et du couvent dont il était fils. L’attachement au sol natal et le souci du bien commun sont des sentiments naturels, dont le germe, déposé par Dieu au fond des cœurs, se développe et porte des fruits plus parfaits sous l’influence de la grâce. Toute la vie de Bréhal servirait au besoin à l’attester car cela ressort des faits que nous avons rapportés jusqu’ici, et de plusieurs autres que nous aurons l’occasion d’énumérer. Il nous plaît cependant de signaler en passant un menu détail, dans lequel on peut saisir la trace de ses affections. Le savant religieux qui se contentait volontiers pour lui-même d’une pauvre cellule, d’un vêtement grossier et d’un régime austère, appréciait à leur juste valeur les trésors de l’esprit et ne se faisait pas faute d’accroître les richesses de la bibliothèque conventuelle. Il aimait les livres. Aussi était-ce avec un louable empressement qu’il employait à leur acquisition les ressources de la charité. Le fait nous a été révélé par la note suivante d’un manuscrit :
Hunc librum emit anno M° CCCC° LXIII° frater Johannes Brehalli pro conventu sancti Ludovici Ebroycensis55.
[Ce livre a été acquis en l’an 1463 par le frère Jean Bréhal pour le couvent Saint-Louis d’Évreux.]
À la même année se rapporterait un incident signalé par Quicherat56 en ces termes :
On rencontre le nom de maistre Jean Bréhal, inquisiteur de la foy, sur les registres de l’Échiquier de Rouen, où il est mentionné comme faisant défaut aux assises de 1463.
Cette cour souveraine de justice pour les sept bailliages de Rouen, Caux, Gisors, Évreux, Alençon, Caen et Cotentin, était composée exclusivement de membres du clergé et de la noblesse57. Les religieux mendiants n’étaient pas admis à y siéger parmi les prélats et les barons de la province. L’absence dont il est question ici ne peut donc signifier que Bréhal, appelé à faire partie de l’assemblée, ait présenté et fait agréer ses exoines58. Il s’agit au contraire d’une citation à comparaître, à laquelle il aurait dédaigné de répondre devant un parlement qui n’avait sur lui aucune juridiction. Par quel motif avait-il été ajourné personnellement ? Quelle a été la suite de cette affaire ? Nous n’avons pu faire la lumière 20sur ces deux points. Un certain nombre de dossiers ont été conservés aux archives du Palais de justice à Rouen, où il nous a été permis de les consulter. Les quatre registres afférents à l’année 1463 ne nous ont pas offert le nom de Bréhal59, et nous avons remarqué en outre que les défaillants y sont notés, mais sans que l’objet du procès soit signalé.
Après une longue et active carrière, au cours de laquelle il avait bien mérité de l’Église, Bréhal aspirait au repos de la bienheureuse éternité. N’ayant pas eu à sa disposition les renseignements authentiques qui concernent la dernière période de son existence, Échard s’est borné à dire qu’il a pu atteindre l’année 1466. Mais, s’il n’est pas possible de préciser davantage la date de sa mort, il faut néanmoins la reculer beaucoup au-delà, et certainement jusqu’à 1479. Nous savons en effet par une pièce officielle qu’il vivait encore à la fin de 1478.
Les supérieurs de l’Ordre avaient consenti à le décharger d’un fardeau devenu trop lourd pour sa vieillesse. Le 23 décembre 1474, furent rédigées les lettres patentes qui instituaient le frère Jean Watat, du couvent de Châlons, son successeur au Saint Office pour le royaume de France.
Délivré des obligations qui l’avaient si longtemps retenu au milieu de luttes pénibles et d’agitations incessantes, notre fervent religieux allait pouvoir enfin se retirer à son couvent d’affiliation, et y terminer ses jours dans le calme et la prière. Il y retrouverait les joies de sa jeunesse avec les pratiques de l’observance régulière qu’il avait tant aimées et dont il avait gardé le zèle. Mais les temps étaient changés : la communauté de Saint-Louis d’Évreux n’avait pas conservé son renom d’autrefois. À la suite des troubles causés par la guerre et le schisme, le relâchement s’était peu à peu introduit ; des négligences d’abord légères s’étaient aggravées à la longue et devenaient la source de coutumes destructives du bon ordre. Une réforme était urgente : le prieur provincial de France, Claude Bruno, n’hésita pas à l’entreprendre. La Providence avait mis sous sa main un utile auxiliaire dans la personne de l’ex-inquisiteur dont il connaissait l’expérience consommée, le prudent savoir-faire, la fermeté inébranlable et les autres qualités si nécessaires au gouvernement des hommes. Comprenant l’avantage qu’il y aurait à employer les services d’un religieux aussi exemplaire que dévoué à la maison d’Évreux, il voulut confier à Bréhal le soin de l’exécution de ses projets. Celui-ci s’empressa d’obéir, et s’acquitta de sa difficile mission avec une fidélité et un zèle que Dieu ne pouvait manquer de bénir.
Le Maître général de l’Ordre, Léonard de Mansuetis, avait été mis au courant des mesures prises pour assurer le succès de l’œuvre, et il les avait approuvées. Par une lettre datée de Rome, 1er avril 1477, il confirma les résultats déjà obtenus, et donna pouvoir à Bréhal de réprimer, dans les limites du territoire conventuel, les religieux 21qui abuseraient des lettres apostoliques pour causer du scandale et couvrir l’Ordre de confusion60.
Durant près de deux ans, Bréhal travailla de toutes ses forces à réveiller dans les âmes le désir de la perfection, à réparer les brèches faites à la régularité, et à faire revivre les observances de la vie dominicaine. Le 5 décembre 1478, il fut institué vicaire du Maître général sur le couvent d’Évreux, et dépositaire de son autorité pour le maintien de la réforme heureusement commencée61. À ce titre, il était chargé de veiller particulièrement à la pratique exacte de la pauvreté, au dépouillement personnel des frères, et à la parfaite communauté des biens ; il avait pouvoir de confirmer le prieur dans ses fonctions ou de l’en absoudre, d’expulser au besoin les récalcitrants et de les remplacer par des sujets mieux disposés et plus utiles. L’année suivante, le chapitre général de l’Ordre, qui se tenait à Pérouse, put constater la régénération religieuse accomplie par les soins de ce vénérable vieillard, et loua hautement une tentative qui méritait d’avoir des imitateurs.
Tout nous porte à croire que ces éloges ont été ratifiés par le souverain Dispensateur de toute justice, et que Bréhal a été accueilli dans la gloire comme un bon et fidèle serviteur de Dieu. Nul doute qu’aux approches de la mort il ait été réjoui et fortifié par le souvenir de Jeanne d’Arc et des travaux entrepris pour sa cause. La reconnaissance de la sainte martyre lui était acquise. Les hommes à leur tour bénissent sa mémoire, parce qu’il s’est dévoué, plus que personne, à l’œuvre de réhabilitation, dont nous allons maintenant reprendre le récit.
22Chapitre III Enquête de 1452
Le cardinal d’Estouteville avait amené en France deux canonistes italiens, Théodore de Leliis62 et Paul Pontanus63, le premier comme consulteur, le second comme secrétaire de la légation. Venus l’un et l’autre à Rouen pour informer au sujet d’un différend survenu entre l’archevêque Raoul Rousset et les religieux Cordeliers qui avaient appelé en cour de Rome64, ils eurent aussi avec Bréhal des relations fréquentes, à l’occasion de l’enquête relative à la cause de la Pucelle, et prirent alors connaissance des pièces originales du procès de condamnation, d’après lesquelles ils rédigèrent plus tard les consultations qui leur furent demandées par l’inquisiteur.
Guillaume Bouillé apporta également son concours65 : il communiqua le mémoire dont nous avons parlé [p. 4], et les renseignements qu’il avait recueillis en 1450. Il fallait néanmoins procéder comme si l’enquête faite à cette époque par la juridiction civile n’avait pas eu lieu. C’est pourquoi les juges ecclésiastiques, d’Estouteville et Bréhal, citèrent un certain nombre de témoins, dont plusieurs avaient été entendus jadis par Guillaume Bouillé.
Afin de ne pas laisser les dépositions s’égarer dans les détails inutiles ou accessoires, ils convinrent de dresser un questionnaire, qui résumait en douze articles66 les points d’importance majeure sur lesquels tous devaient être interrogés. Le mardi 2 mai, ils ouvrirent ensemble67 la première séance, où comparurent cinq personnages, dont trois avaient déposé à l’enquête civile deux ans auparavant. C’étaient : 23maître Guillaume Manchon, le greffier du procès de condamnation ; Pierre Miget [Migecii], prieur de Longueville, l’un des assesseurs68 ; le dominicain, frère Isambard de la Pierre ; Pierre Cusquel, bourgeois de Rouen, qui avait vu la Pucelle dans sa prison ; et le dominicain, frère Martin Ladvenu, confesseur de Jeanne d’Arc. Le mercredi 3 mai, ceux d’entre eux qui n’avaient pu être entendus la veille déposèrent à leur tour69.
Sur ces entrefaites, des affaires urgentes réclamèrent la présence du cardinal légat à Paris : il dut renoncer à l’espoir qu’il avait conçu de procéder par lui-même aux opérations ultérieures de l’enquête. Obligé de consacrer à d’autres devoirs les dernières heures de son séjour à Rouen, il résolut d’abandonner à l’inquisiteur et aux notaires le soin de décerner de nouvelles citations et de compulser les dossiers70. Sans perdre de temps, Bréhal expédia dès le lendemain71 dix sept assignations à comparaître pour le lundi 8 mai.
Avant de quitter Rouen, le cardinal d’Estouteville pourvut à la nécessité de compléter le tribunal. Par acte juridique en date du 6 mai, il se donna un substitut dans la personne de Philippe de la Rose, trésorier de la cathédrale. L’ecclésiastique ainsi désigné par le libre choix du légat était digne d’un pareil honneur. Il jouissait parmi les membres du clergé d’une estime qui se traduisit par les suffrages du chapitre, lorsque, peu de mois après, le siège métropolitain devint vacant72.
De concert avec lui, Bréhal développa aussitôt en vingt sept articles le questionnaire trop restreint dont il s’était servi pour les interrogatoires73 précédents. Les deux journées du 8 et du 9 mai suffirent aux juges pour recevoir les dépositions74. Les cinq 24témoins déjà examinés par le légat et l’inquisiteur furent derechef entendus. Les autres, hormis Jean Massieu, l’huissier du procès de condamnation, qui avait été cité à l’enquête de Guillaume Bouillé, comparaissaient pour la première fois. La plupart de ceux-ci avaient participé au procès : Nicolas Taquel, curé de Bacqueville-le-Martel (diocèse de Rouen), en qualité de greffier du vice-inquisiteur ; les chanoines métropolitains Nicolas Caval, Guillaume Du Désert, et André Marguerie, comme assesseurs75 ; Richard de Grouchet, chanoine de la collégiale de la Saussaye (diocèse d’Évreux), et même Jean Le Fèvre [Fabri], de l’Ordre des ermites de S. Augustin, au même titre ; Nicolas de Houppeville, maître ès arts et bachelier en théologie, appelé d’abord à siéger, s’était montré opposé au jugement, et Cauchon l’avait chassé et fait incarcérer. Enfin, Pierre Bouchier, curé de Bourgeauville (diocèse de Lisieux), et Jean Riquier, curé de Heudicourt (diocèse d’Évreux) avaient assisté au prêche et à l’exécution de Jeanne ; ils pouvaient attester certains faits de notoriété publique, de même que Thomas Marie, ancien prieur de Saint-Michel près Rouen, de l’Ordre de Saint-Benoît, et Jean Fave (ou de Favé), maître des requêtes du roi Charles VII.
Sitôt l’enquête terminée, Bréhal s’empressa de regagner Paris afin de soumettre les actes au cardinal d’Estouteville, alors occupé de la réforme universitaire. Après avoir pris connaissance des pièces et délibéré avec l’inquisiteur sur les résultats acquis, le légat pensa faire sa cour au roi en lui expédiant deux messagers qui lui rendraient un compte fidèle de tous les détails et conféreraient avec lui pour la poursuite de l’affaire. Il adressa alors à Charles VII la lettre suivante :
Mon souverain seigneur, je me recommande très humblement à vostre bonne grace, et vous plaise sçavoir que vers vous s’en vont présentement l’inquisiteur de la foy et maistre Guillaume Bouillé, doyen de Noyon, lesquelx vous référeront bien au plain tout ce qui a esté fait au procès de Jehanne la Pucelle. Et pour ce que je say que la chose touche grandement vostre honneur et estat, je m’y suys employé de tout mon povoir et m’y employeray toujours, ainsy que bon et féal serviteur doibt faire pour son seigneur, comme plus amplement serez informé par les dessus ditz.
Non autre chose pour le présent, mon souverain seigneur, fors que me mandiez tousjours vos bons plaisirs pour les accomplir. Au plaisir de Dieu, qui vous ait en sa sainte garde, et vous donne bonne vie et longue.
Escrit à Paris, le XXIIe jour de mai.
Vostre très humble et très obéissant serviteur, le Cardinal d’Estouteville76
25Bréhal partit donc, accompagné de Guillaume Bouillé, afin de rejoindre le roi dans l’un des châteaux de Touraine, où depuis Pâques il vivait en nomade à la recherche de fêtes et de plaisirs. À leur passage à Orléans, la municipalité les accueillit avec honneur : ils avoient mandé les procureurs pour le procès de feue Jehanne la Pucelle
, et on leur présenta le vin en signe de réjouissance77. Le cardinal d’Estouteville ne tarda pas à augmenter les espérances qu’ils avaient fait concevoir aux gens de la ville relativement à l’issue de la cause ; car, durant son séjour à Orléans, le lendemain de la Fête-Dieu (9 juin), il accorda en vertu de ses pouvoirs de légat une indulgence d’un an à tous ceux qui suivraient intégralement les exercices de la fête traditionnelle du 8 mai, et une de cent jours pour l’assistance à chacune des cérémonies78. Le rescrit, délivré à cette occasion, a été contresigné par son secrétaire, l’avocat consistorial Pontanus.
Le savant historien de Charles VII nous apprend que le monarque résidait alors au château de Cissay [Chissay], chez son trésorier Pierre Bérard79. Ce fut là vraisemblablement que Bréhal et Bouillé le rencontrèrent et s’acquittèrent de la commission dont ils étaient chargés. Le roi manifesta sa haute satisfaction de voir les choses au point où elles étaient arrivées ; mais il fallait aller de l’avant et amener le pape à prendre la cause en mains. Sur l’avis du légat, qui avait devancé la cour à Bourges, et qui obtint une audience au château de Mehun dans les premiers jours de juillet80, il fut décidé que l’inquisiteur continuerait son œuvre, et s’occuperait sans relâche de recueillir, soit en France, soit à l’étranger, partout où il le jugerait expédient, les consultations des plus savants théologiens et canonistes81. Afin de subvenir aux dépenses nécessitées par les voyages et autres travaux qu’il y aurait lieu d’entreprendre dans ce but, le roi donna l’ordre de verser à maistre Jehan Bréhal
une de 100 livres, et peu après au mois d’août un nouveau subside de 27 livres82.
À cette dernière date, Charles VII se trouvait encore à Bourges, où il était venu dans le courant de juillet ouvrir une assemblée solennelle au sujet de la Pragmatique Sanction. Au nom de Nicolas V, le légat avait instamment sollicité le roi d’abroger un acte qui, sous le fallacieux prétexte des libertés de l’Église gallicane, attentait aux droits du Saint Siège, et fournissait sans cesse matière aux plus déplorables conflits. Les membres de l’épiscopat, les délégués des chapitres et des universités furent convoqués, ainsi que des docteurs en théologie et des conseillers du Parlement pour délibérer là-dessus. La présence de Guillaume Bouillé, constatée aussi par une largesse de vingt livres pour sa dépense qui luy conviendra faire à Bourges à l’assemblée 26des prélats et gens d’église83
permet de conjecturer que l’inquisiteur général du royaume, son compagnon de route jusque-là, n’était point retourné à Paris, mais s’était arrêté dans la ville, soit pour y participer aux discussions, soit plutôt pour continuer son entreprise sous les yeux du cardinal d’Estouteville et avec le concours des jurisconsultes romains de la légation. En effet, tout nous porte à croire qu’il composa alors, sous le titre de Summarium un résumé substantiel des principaux chefs d’accusation pour lesquels Jeanne d’Arc a été condamnée et livrée au feu.
Chapitre IV Le Summarium
Cet opuscule, destiné par l’auteur à être communiqué aux docteurs que l’on consulterait, n’est ni une discussion juridique, ni une appréciation motivée des points litigieux. On dirait plutôt une table des matières, divisée en six articles, suivant une disposition uniforme d’abord, l’énoncé général et très succinct du fait qui a servi de base à l’accusation ; puis, un groupement des réponses qui s’y rapportent, fidèlement extraites des procès-verbaux ; enfin, sous forme de question à résoudre, l’examen des qualificatifs de la sentence au regard des faits constatés.
Le Summarium existe, à notre connaissance, dans trois manuscrits de la bibliothèque nationale de Paris.
1° Dans le manuscrit, fonds latin 12722, fos 62 r°-67 V° (ancien fonds Saint-Germain, de Harlay n° 51), qui est du XVe siècle, il n’a pas de titre. Il commence par ces mots : Articuli graviores et principaliores ipsius Johanne Puelle, super quibus est deliberandum, videlicet : primus, quod asseruit… etc.
; et il se termine par ceux-ci : finit Summarium fratris Johannis Brehalli, inquisitoris fidei
. Cet exemplaire semble avoir appartenu à l’inquisiteur lui-même ; car la signature de Jean Bréhal s’y trouve en plusieurs endroits84 qu’il a contresignés, notamment à la fin des mémoires de l’avocat consistorial Paul Pontanus [f° 47 v°], et de l’auditeur de Rote Théodore de Leliis [f° 62 r]. 27Quicherat a connu ce manuscrit : il donne en effet85, sous le titre de Summarium, l’incipit du sommaire de Bréhal, l’énoncé de quelques chapitres, et le colophon. Cependant, à la table générale86, il l’intitule : Questions de théologie proposées par lui [Bréhal] sur le procès. M. Lanéry d’Arc s’est contenté87 de signaler le ms. 12722 d’après les indications de Quicherat.
2° Dans le manuscrit, fonds latin 13837, fos 9 V°-12 r°, qui est également du XVe siècle, le Summarium de Bréhal est tel que dans le ms. 12722. Il commence et finit de même. M. Lanéry d’Arc fait aussi mention88 de ce deuxième manuscrit.
3° Une copie d’origine moderne se trouve dans le ms. fonds latin 9790 (ancien 1033 suppl. lat.). Ce registre intitulé Varia de Joanna d’Arc est une transcription des mss. 3878 et 2284 du fonds ottobonien, au Vatican, transcription exécutée en 1787 pour la Bibliothèque du roi, par les soins du cardinal de Bernis, de l’Académie des Belles-Lettres, alors ambassadeur auprès du Saint Siège, et d’après les ordres du baron de Breteuil, ministre et secrétaire d’État. Or, le ms. 2284 du fonds Ottoboni appartenait jadis au couvent des dominicains de Vienne (Autriche). Il renferme principalement les pièces envoyées par l’inquisiteur de France au fr. Léonard de Brixenthal, savoir une lettre explicative dont il sera parlé plus loin, le Summarium ou questionnaire sur le procès, et deux mémoires consultatifs, l’un de Théodore de Leliis et l’autre de Paul Pontanus. Mais, loin d’être un original, comme l’affirme à deux reprises M. Lanéry d’Arc89, c’est une assez mauvaise copie, qui paraît être la besogne d’un écrivain peu soigneux ou peu intelligent : car, avec des erreurs de lecture parfois grossières, on y rencontre des distractions ou des lapsus plus que bizarres. Le Summarium notamment y est défiguré et incomplet : le copiste allemand a confondu la fin du mémoire de Pontanus avec le commencement du sommaire de Bréhal90, et il a omis entièrement le chapitre final de celui-ci. Quicherat n’a pas pris garde à 28cette erreur, puisqu’il se borne à la remarque suivante91 :
La leçon du ms. ottobonien est précédée d’une sorte d’argument que voici : quia ipsa Johanna in cedula abjuracionis, etc.
L’étrangeté d’un pareil début aurait dû pourtant éveiller l’attention et provoquer les recherches du savant paléographe, trop dédaigneux à l’endroit des documents théologiques. M. Lanéry d’Arc, sur la foi du maître, a reproduit le texte fautif, sans le contrôler avec les autres manuscrits qu’il connaissait. Sa méprise ici est d’autant plus inexplicable qu’il a édité le mémoire de Paul Pontanus92, y compris tout le dernier paragraphe. Comment se fait-il qu’il n’ait pas hésité à imprimer de nouveau quelques pages plus loin ce même paragraphe, comme s’il appartenait également au sommaire de Bréhal ? Rien n’indique d’ailleurs qu’il ait remarqué cette singulière répétition.
Quoi qu’il en soit, nous avons voulu éviter ces errements fâcheux. Sachant que le manuscrit ottobonien n’est pas un original et que les fautes y pullulent, tandis que les mss. 12722 et 13837 de la Bibliothèque nationale sont plus corrects, et que l’un d’eux porte la signature de Bréhal auquel il a probablement appartenu, notre devoir était de reproduire le texte dans sa pureté native et dans son intégrité. En éditant le Summarium d’après un exemplaire authentique [ms. lat. 12722], nous n’avons pas négligé de le confronter avec les autres copies, et même avec le codex ottobonien du Vatican, afin de pouvoir signaler dans les notes les variantes qui nous sembleraient dignes d’attention93.
De plus, au lieu d’une simple référence, qui obligerait à feuilleter sans relâche les volumes de Quicherat, nous avons mis au bas des pages les textes mêmes des procès-verbaux qui se rapportent directement aux assertions de ce mémoire. Le lecteur pourra ainsi plus aisément apprécier la parfaite exactitude du résumé soumis à la délibération des consulteurs.
Summarium
fratris Johannis Brehalli, inquisitoris fidei94
[f° LXII r°] Articuli graviores et principaliores ipsius Johanne, super quibus est deliberandum95, videlicet :
29Primus : Quod asseruit se appariciones et visiones corporales sancti Michælis et sanctarum Katherine et Margarete habuisse, voces spirituum frequenter audivisse, et revelaciones multas accepisse.
Istud ex processu et confessatis per eam deducitur96. Nam, ut dicit ipsa, in etate XIII annorum existens, primam vocem audivit in orto patris sui, hora meridiei, et magnum habuit timorem : neque tamen cito credidit quod esset sanctus Michæl ; ter enim sibi apparuit antequam crederet ; sed ex post, ipsam in tantum docuit quod bene cognovit eum97. Cognovit enim ipsum ex doctrina ; quia dicebat ei quod esset bona, et quod Deus illam dirigeret et subveniret calamitatibus Francie98. Et cum primo habuit confortacionem ab eo, non erat solus, sed bene associatus aliis angelis99. Ipsaque, prima vice qua vocem audivit, vovit servare virginitatem quamdiu placeret Deo100.
Non credit in fatis ; ymo [f° LXII v°] credit quod sit sortilegium101. Fatetur tamen 30se semel audivisse voces ad fontem, qui est juxta arborem dictam l’arbre des Faëes, latine Fatalium102.
Deinceps, prout asseruit, voces frequenter audivit ; et vidit predictum angelum et sanctas sibi apparentes corporaliter oculis suis103. Et ipse sancte apparebant coronate pulcris coronis, cum claritate et magno lumine ab omni parte ubi voces audiebat104. Figurasque ipsarum sanctarum videbat, præsertim capita, et illas amplexabatur, unamque ab alia cognoscebat, quia se nominabant ei105. Nescit vero an in illis apparicionibus esset aliquid de brachiis, vel erant alia membra figurata106. Loquebantur 31clare, et clare intelligebat ; eratque vox pulchra, dulcis et humilis107.
Pro re magna habuit ipsas revelaciones, videlicet pro rege, pro succursu bonarum gentium de Aurelianis ; et quod placuit Deo sic facere per unam puellam simplicem, pro repellendo adversarios regis108.
Credit firmiter esse bonas voces, sicut credit Christum passum pro nobis, et sicut credit fidem christianam quod Deus est et redemit nos a penis inferni ; quodque veniunt a Deo et ex ordinacione sua109.
Movetur autem ad credendum propter bonum consilium, bonam confortacionem et bonam doctrinam ; quod vox illa à septem annis elapsis accepit eam gubernandam ; et illam habuit ad se juvandum et gubernandum ; dabatque ei monita quod esset bona juvenis et Deus adjuvaret eam. Docuit eam se bene regere, ecclesiam frequentare, sepius confiteri, virginitatem servare. Denunciavit que ei [f° LXIII r°] miseriam Francie et bonarum gencium Francie ; et quod ipsa veniret 32ad succurrendum ei : unde et ipse voces in suis magnis agendis semper succurrerunt ei ; unde credit signum esse quod sint boni spiritus110.
Tempore quo jejunat, communiter ipsas audit hora completorii, quando pulsatur pro Ave Maria. Cum apparebant, signabat se signo crucis. Neque aliquod premium unquam petivit ab eis, nisi salvacionem anime sue111. Et quidquid boni fecit, fecit de precepto vocum suarum ; per quas etiam asseruit sibi fuisse preceptum, ne quedam revelaret nisi Karolo regi suo112. Quandoque etiam ei dicebant quod audacter responderet interrogantibus eam, et Deus ipsam adjuvaret113.
33Voces ipse prohibuerunt ei ne saltaret seu precipitaret se de turre ; nichilominus saltavit ; et post saltum fuit confortata a beata Katherina ; et de hoc quesivit veniam a Deo114.
Post recessum vocis plorabat, et bene voluisset quod eam secum deportasset115.
Ab ipsis vocibus requisivit quod eam ducerent in Paradisum, et hoc promiserunt ei116.
A quibus eciam fuit sibi revelatum quod in vexillo suo faceret depingi Regem celi et duos Angelos, et eo libere uteretur117.
34Dixit que quod ipsi voci se excusavit quod erat una pauper filia, nec sciret equitare, nec ducere guerram118.
Eam vocabant Johannam filiam Dei, et non precipiebant ei quin obediret Ecclesie119.
Post abjuracionem voces increpaverunt eam, quia revocaverat, pro salvando vitam suam, illud quod fecerat de precepto Dei120.
Voces ipsas, ut [f° LXIII v°] asseruit, non invocabat, sed Deum et Beatam Mariam, quod mictant sibi auxilium, consilium et confortacionem ; et hoc sub quadam pia verborum forma in processu expressa121.
An ex hiis possit debite censeri revelacionum et apparicionum mendosa confictrix, perniciosa seductrix, presumptuosa, leviter credens, supersticiosa, invocatrix demonum, divinatrix, blasphema in Deum et sanctos et sanctas, sicut in sentencia habetur122 ?
[f° IXIIII r°] Secundus : Quod aliqua futura predixit.
Ex processu, asseruit quod rex suus restitueretur in regnum suum et ipsum lucrabitur, 35velint nolint adversarii ; et hoc ita bene sciebat sicut quod presens erat in judicio123.
Quod levaret obsidionem Aurelianis, et Rex coronaretur Remis124.
Indicavit ensem absconditum in ecclesia sancte Katherine, signatum tribus crucibus125.
Quod anglici expellerentur a Francia, exceptis illis qui ibidem decederent ; et quod ante septennium dimitterent majus vadium quod habebant in Francia, et haberent majorem perdicionem quam alias habuissent126.
Scivit per voces se fore captivandam ; sed diem vel horam ignorabat, quia se non exposuisset periculo : et de post quod hoc scivit, se retulit capitaneis de facto guerre127.
36Predixit se vulnerandam ante Aurelianum et ante Parisius128.
Quod voces dixerunt ei quod liberaretur a carcere, et haberet succursum a Deo per magnam victoriam. Sed nesciebat utrum hoc esset per liberacionem a carcere, vel per perturbacionem judicii. Tamen sibi postea dicebant : non cures de martirio tuo, quia tu finaliter venies in Regnum Paradisi129.
Interrogavit voces an esset combusta, seu comburenda. Responsum accepit quod se referret Deo et ipse eam adjuvaret130.
Quod de sua salute certa erat, ac si jam esset in Paradiso ; quod, ut dixit, intelligebat dummodo servaret juramentum et promissionem [f° LXIIII v°] quam fecit Deo, videlicet quod ipsa bene servaret virginitatem tam anime quam corporis131.
37An similiter ex istis possit censeri divinatrix, supersticiosa, leviter credens, presumptuosa, seductrix, perniciosa et mendosa, apparicionum confictrix, ut in sentencia exprimitur132 ?
Tercius : Quod spiritibus sibi apparentibus et eam alloquentibus reverenciam exhibuit.
Ex processu, ivit quandoque spaciatum apud quamdam arborem dominarum fatalium cum aliis filiabus, quando erat juvenis ; et ex post quod habuit voces133, non immiscuit se jocis. Fecit autem tunc quandoque serta, seu capellos, apud predictam arborem pro ymagine Beate Virginis illius loci134.
Credebat Angelum et Sanctas135 ei apparentes illosmet esse qui sunt in celis ; in quorum honore offerebat quandoque munera sacerdotibus, candelas in ecclesia, faciebat missas celebrari, et ymaginibus eorum in ecclesiis quandoque capellos apponebat136.
38Recedente sancto Michæle et Angelis quos videbat, osculabatur terram per quam transierant137.
Rogabat voces ut impetrarent ei auxilium a Domino. Tria peciit a vocibus quod Deus eam liberaret ; quod conservaret existentes in obediencia Regis sui ; et salutem anime sue138.
Noluisset quod demon eam extraxisset de carcere139.
An ex istis possit haberi demonum invocatrix et ydolatra, prout fingitur in sentencia, etc.140 ?
[f° lxv r°] Quartus : Quod habitum virilem gestavit, et bellis se immiscuit.
Ex processu, affirmat se non fecisse humano consilio, nec aliquem de hoc onerat nec vestem ipsam cepit, vel aliud fecit, nisi ex precepto Dei, credens quod quicquid ex precepto Dei fit licite fit. Et postquam illud faciebat ex precepto Dei et in servicio suo, non credebat male agere ; sed quando placeret Deo precipere, et tempus adveniret dimictendi, et fecerit illud pro quo missa est ex parte Dei, tunc reciperet habitum muliebrem141.
39Interrogata semel an vellet audire missam in habitu muliebri, respondit supplicando quod dimicteretur in habitu virili audire missam ; et quod non mutaret habitum ad recipiendum viaticum ; peciit vero142 quod in ipso habitu virili sibi ministraretur ; sed tamen quandoque dixit : tradatis michi unam vestem longam usque ad terram sine cauda ad eundum ad missam, et deinde reassumam habitum quem habeo
; item dixit : detis michi unam houpellandam, ad modum unius filie burgensis, et unum capucium muliebre, et ego accipiam pro eundo ad missam
; et iterum : certificetis me de audiendo missam, si debeo accipere habitum muliebrem
143.
Frequenter communionem accepit in habitu virili, sed nunquam in armis144.
Post abjuracionem dixit se ideo reassumpsisse habitum virilem, quia decencior erat inter viros quam muliebris145. Ex informacionibus146 reperitur, quod ex vi reassumpsit virilem.
40[f° lxv v°] Quo ad bella dixit : quod venit in Franciam ex precepto Dei, et quod angelus sibi apparens narravit ei miserias et calamitates Regni Francie, quod, ut ipsa dicebat, Deus aliquando permiserat affligi propter peccata sua ; cui se excusavit quod erat una pauper filia, quod nesciret equitare nec ducere guerram ; et Angelus subdebat quod iret, et Deus adjuvaret eam ; unde interrogantibus eam dixit quod ita placuerat Deo facere per unam simplicem puellam pro repellendo adversarios Regis ; tamen subdit quod ipsamet portabat vexillum suum147, ne aliquem interficeret ; quod nunquam aliquem interfecit148 ; quod ante Aurelianum, in Gergueau149, et ubique, licteris et verbis adversarios monebat ad pacem, tractatum et recessum150.
41An ex premissis possit digne reputari sacramentorum contemptrix, legis divine, sacre doctrine et sanctionum ecclesiasticarum prevaricatrix, apostatrix, sediciosa atque crudelis, sicut in sentencia continetur151 ?
[f° lxvj r°] Quintus : Quod judicio militantis Ecclesie se de dictis et factis suis submictere videtur recusasse.
Ex textu processus, dicit sepius interrogata de fide : quod erat bona christiana et bene baptisata ; et quod sicut bona christiana moreretur152 ; quod que de dictis et factis suis se referebat ad Deum et Beatam Mariam et omnes sanctos atque Ecclesiam victoriosam in celis ; et quod idem esset de Deo et Ecclesia ; neque de hoc, ut dicit, debet fieri difficultas ; subdens : quare de hoc facitis difficultatem153
?
Antequam intraret primum examen, peciit quod adhiberentur viri ecclesiastici de partibus Francie, sicut et Anglie ; et iterum alibi, quod vocarentur tres aut quator clerici de sua parte, et coram eis responderet veritatem154.
Quod alias in Chignone et Pictavis155 fuerat per prelatos et clericos sue partis diu interrogata et examinata ; sed non invenerunt in ea nisi bonum156.
Episcopo Belvacensi dixit quandoque in judicio : Vos dicitis vos esse meum 42judicem ; advertatis bene quid facitis, quoniam vos accipitis magnum onus157.
Dixit ulterius quod, quantum ad Ecclesiam, diligit eam, et vellet eam sustinere toto posse suo pro fide nostra christiana ; et ipsa non est que debeat impediri de eundo ad ecclesiam et de audiendo missam158.
Rursus dixit : Videantur dicta et facta mea, et examinentur per clericos, et postea dicatur159 an sit ibi aliquid contra fidem ; et ego sciam per consilium meum vobis dicere quid inde erit. Et certifico vos quod si sit aliquid mali in dictis aut factis meis contra fidem [f° lxvj v°] christianam, quam Dominus stabilivit, quod clerici sciant dicere, ego non vellem sustinere, sed illud a me repellerem160.
Et quandoque dixit : Ego essem bene irata de veniendo contra.
Frequenter verba premissa repeciit161.
Voces non precipiunt ei quin obediat Ecclesie162.
Dicit eciam : credo quod hec Ecclesia inferior non potest errare vel deficere163
.
Frequenter interrogata an vellet se judicio Ecclesie submictere, dixit : ego me refero Deo, qui fecit michi facere illud quod feci164
.
43Semel eciam dixit quod referebat se Ecclesie, dum tamen165 non preciperet sibi aliquid impossibile, et reputabat impossibile hoc videlicet quod ipsa revocet illa que dixit et fecit ex parte Dei ; et quod illud non revocabit pro quacumque re vel pro quocumque vivente ; neque se referret de hoc ad hominem mundi166.
Asserebat tamen, quod credebat in Papa qui est Rome, et quod erat sibi obediendum, requirens frequenter quod duceretur ad eum167.
Et in die qua abjuravit, publice peciit quod omnia dicta et facta sua transmicterentur ad Romam penes dominum nostrum Papam, ad quem et ad Deum primo se referebat168.
An ex istis censenda169 veniat scismatica, in fide multipliciter errans, in sanctam Ecclesiam temere delinquens, determinacioni, emendacioni, correctioni atque judicio sancte Matris Ecclesie, domini nostri Pape, et sacri generalis Concilii, expresse, indurato 44animo, obstinate et pertinaciter se submictere recusans ; ideo eciam pertinax, obstinata, excommunicata et heretica : quod in sentencia finaliter concluditur170 ?
[f° lXVII r°] Sextus : Quod post abjuracionem, seu revocacionem, habitum virilem resumpsit, et apparicionibus suis quibus publice renunciaverat iterum adhesit171.
Ex processu, a die abjuracionis reperta est Johanna, quarta die post, induta habitu virili, quem tamen de mandato judicum dimiserat ; super quo interrogata, respondit quod nuper ipsum acceperat, et muliebrem dimiserat ; et hoc ex sua voluntate, nemine eam compellente ; ipsumque habitum virilem magis diligebat quam muliebrem ; neque, ut asserebat, intellexit se fecisse juramentum de non recipiendo habitum virilem172.
Causam vero resumpcionis assignavit, quia erat ei173 magis licitum vel conveniens habitum virilem habere, dum erat inter viros, quam habere muliebrem174.
Ex informacionibus habetur, quod fuit coacta resumere propter intemptatam violenciam et eciam propter necessarium corporis beneficium, habitu muliebri eidem sublato175.
Et iterum, propterea receperat, ut dicit, quia non fuerat sibi observatum promissum, 45videlicet quod iret ad missam, reciperet corpus Christi, et poneretur extra compedes ferreos ; preelegit que mori quam esse in compedibus ferreis ; sed si promictatur quod vadat ad missam, et ponatur extra compedes ferreos, detur que sibi carcer graciosus, ipsa erit bona, et faciet illud quod ecclesia voluerit ; nam si judices velint, ipsa recipiet habitum muliebrem, et de residuo nichil aliud faciet176.
Ideo que interrogata ulterius de suis revelacionibus, respondit quod Deus mandavit sibi per sanctas Katherinam et Margaretam magnam pietatem illius grandis perdicionis in quam ipsa Johanna [con] senserat177 faciendo abjuracionem et revocacionem pro salvando vitam suam178.
Ille eciam voces sibi dixerunt, dum erat in scafaldo seu ambone ubi abjuravit, quod audacter responderet illi predicatori qui tunc predicabat. Unde ipsa [f° lXVII v°] Johanna dixit quod ille erat falsus predicator, et quod plura dixerat eam fecisse que ipsa non fecerat179.
Asseruit preterea quod, si ipsa diceret quod Deus non misisset eam, ipsa se dampnaret, et quod veraciter Deus eam misit. Unde voces sibi dixerunt quod ipsa fecerat magnam injuriam, confitendo se non bene fecisse illud quod fecerat180.
Et quecumque tunc dixit revocando, hoc solum fecit et dixit timore ignis ; neque ipsa intellexit sic dicere vel facere, ita scilicet quod revocaret suas appariciones ; ymo credit quod sunt sancte Katherina et Margarita, et quod sunt a Deo. Unde totum illud quod fecit revocando, ipsa fecit pre timore ignis ; et nichil revocavit quin hoc sit contra veritatem181.
Ymo asserebat constanter quod, quicquid fuerit sibi jussum revocare, nunquam tamen fecit aliquid contra Deum et fidem. Illud autem quod in cedula abjuracionis continebatur ipsa non intelligebat ; neque intendebat aliquid revocare, nisi proviso quod hoc placeret Deo182.
46Dixit tandem quod prediligebat facere penitenciam suam una vice, videlicet moriendo, quam longius sustinere penam in carcere183.
An ex istis fuerit ut pertinax et vere relapsa censenda, et tanquam heretica incorrigibilis dampnanda, atque brachio seculari relinquenda184 ?
Hec sunt super quibus videtur presenter deliberandum. | Summarium fratris Joannis Brehalli, Inquisitoris fidei. |
Chapitre V Les jurisconsultes romains
Après la composition du Summarium, Bréhal se mit en devoir de le communiquer aux savants théologiens ou canonistes, afin d’obtenir leur avis, conformément aux intentions du roi. Il songea tout d’abord aux jurisconsultes romains, qui faisaient partie du personnel de la légation. Rien de plus naturel : ils avaient accompagné le cardinal d’Estouteville pendant l’enquête de Rouen ; ils avaient eu entre les mains les dossiers originaux ; et, par leurs relations journalières avec l’inquisiteur, ils étaient à même d’avoir les plus sûres informations. C’est donc vers cette époque, de juillet à décembre 1452, qu’il faut placer la date des deux premiers mémoires rédigés par Théodore de Leliis et par Paul Pontanus185. Notre affirmation, — il importe de le remarquer, — ne vise point les deux autres traités dus à la plume des mêmes auteurs, mais écrits à une époque postérieure et en cour de Rome.
Théodore de Leliis et Paul Pontanus ont — le fait est certain — donné chacun deux consultations ou avis sur la cause de la Pucelle. Dans quel ordre et dans quelles circonstances ? Ici commence le doute, et notre solution diffère de celle qui a été proposée par Quicherat et acceptée par M. Lanéry d’Arc. Voici le résultat de notre étude et les motifs qui nous ont engagés à l’adopter.
47Le premier traité de l’auditeur de Rote est intitulé : Consultatio ad favorem Johanne vulgo dicte la Pucelle ejusque defensio super capita contenta in processu contra ipsam efformato. Il commence par ces mots : Circa articulos elicitos ex confessionibus Joahnnæ vulgo dictæ la Pulcelle, et per judices illius ad transmittendum consultos…
; et finit par ceux-ci : … in quo attendendum est quod circa hoc quidam testes perhibent quod habitus muliebris etc.
Il se trouve deux fois [f° 2-25, et f° 45-68] dans le ms. 9790 de la Bibliothèque nationale [ancien 1033, suppl. latin], parce que ce registre est, ainsi que nous l’avons dit plus haut, une copie des manuscrits 3878 et 2284 du Vatican, dans chacun desquels il est contenu186. Or le texte du codex 3878 du Vatican, écrit sur papier [f° 137-147], est au dire de Quicherat187 le brouillon même de l’auteur, plein de ratures
; le texte du codex 2284 du fonds Ottoboni, écrit sur parchemin et papier in-8° [f° 1-23], est une copie faite à Vienne par les ordres du frère Léonard de Brixenthal. La même consultation existe encore [f° 15 v°-35 v°] dans le ms. latin 12722 de la Bibliothèque nationale [ancien fonds Saint-Germain, de Harlay, n° 51], manuscrit à l’usage de Bréhal. Elle a été éditée par Quicherat188. Enfin, le ms. 1234 de la bibliothèque de l’université de Bologne, publié par M. l’abbé Du Bois de la Villerabel189, en renferme une traduction du XVIe siècle, intitulée : L’opinion de messire Théodore de Lelliis, des auditeurs de la Roue.
La présence de l’autographe de Théodore de Leliis dans le codex 3878 du Vatican ne saurait infirmer la conclusion que nous avons tirée du fait démontré par le manuscrit 2284 du fonds ottobonien. Après avoir rédigé sa consultation, l’auteur remit le texte à Bréhal et garda le brouillon qu’il emporta à Rome avec ses autres papiers. La place que cet autographe occupe en tête du cahier semble un indice suffisant de sa composition antérieure190. On a, il est vrai, allégué en sens contraire que la consultation fait une mention expresse du Summarium par cette phrase incidente : de quibus habetur in summario processus
, mais ce titre général convient à un résumé quelconque du procès, par conséquent au Summarium de Bréhal aussi bien qu’à celui de Théodore de Leliis, et les assertions du contexte se rencontrent de même dans tous les deux.
48Le second mémoire de l’auditeur de Rote vient immédiatement à la suite [f° 147] dans le codex 3878 du Vatican. Il est intitulé : Summarium tocius processus habiti contra Janetam vulgo dictam la Pulcelle. Il débute par ces mots : Inchoatus fuit processus per dominum Petrum, tunc Belvacensem episcopum, etc.
; il se termine ainsi : … et quod voces sunt cum adjuncto lumine191
; suit une sorte d’appendice ou de seconde partie : Capitula incipiunt cum responsionibus, etc.
Comme il n’existe pas dans le codex 2284 du fonds ottobonien, il n’a été copié qu’une seule fois [f° 26 r°] dans le registre 9790 de la Bibliothèque nationale. Mais on le trouve, avec le premier traité, dans le ms. 12722, qui appartenait à Bréhal [f° 49 r°-62 r°]. La Bibliothèque nationale en possède encore, sous le n° 13837 fonds latin, une autre copie [f° 1 r°-9 v°] provenant de la bibliothèque de Saint-Germain des Prés, n° 1421. Quicherat ne l’a pas édité ; il s’est borné192 à donner quelques lignes du commencement et de la fin. M. Lanéry d’Arc, mieux inspiré, l’a publié in extenso193. Si l’on admet avec lui que la Consultatio est postérieure au Summarium, il faut alors reconnaître que ces deux mémoires ont été composés durant l’année 1452 et avant le retour du légat à Rome194. Si au contraire on attribue, comme nous l’avons fait, la priorité à la Consultatio, il reste à fixer la date de la rédaction du Summarium.
Deux hypothèses peuvent être proposées. L’une consisterait à dire que les deux traités sont à peu près de la même époque, à savoir de 1452. Quoique Bréhal les ait eus alors tous les deux entre les mains et les ait insérés dans son registre personnel [ms. 12722], il jugea inutile d’expédier à Vienne deux sommaires, le sien propre et celui du jurisconsulte romain, et il se contenta de communiquer la Consultatio. — L’autre hypothèse, que nous estimons beaucoup plus vraisemblable, placerait environ deux ans plus tard la rédaction du second mémoire de Théodore de Leliis. À cette époque (1454), l’inquisiteur de France est allé à Rome solliciter la révision du procès de Jeanne d’Arc. Avant de se prononcer dans une affaire de cette gravité, le pape aura sans doute voulu s’éclairer ; il a chargé des consulteurs de lui faire un rapport à ce sujet, et naturellement son choix s’est porté sur l’auditeur de Rote et sur l’avocat consistorial, dont la compétence était notoire, puisque, ayant jadis examiné le dossier, ils étaient mieux que personne au courant de la cause et de ses péripéties. C’est ainsi que les deux jurisconsultes romains furent amenés à écrire leurs seconds traités195.
49Quoi qu’il en soit de nos suppositions sur ce dernier point, nous établissons de la même manière l’ordre des deux mémoires de Paul Pontanus. Le premier est celui qui fut envoyé à Vienne avec le Summarium de Bréhal et la Consultatio de Théodore de Leliis, et qui a été copié dans le codex 2284, fonds ottobonien du Vatican [f° 31-57]. Composé par conséquent à la date de 1452, il comprend deux parties. La première commence par ces mots : Primus articulus continet quasi summam omnium articulorum, et incipit : quedam femina etc.
; elle se termine par ceux-ci : … ex his eciam patet cuicumque legenti, quod articuli fuerunt minus fideliter ex processu eliciti, ymo mendose et corrupte depravati.
Au début de la seconde partie, on lit : Articuli seu dubia extra premissos danda breviter sunt hujusmodi…
; la phrase finale est : … an juxta contenta in processu fuerit censenda talis. Cetera suppleat sublimis providencia consultorum. Paulus Pontanus, advocatus consistorialis196.
Le registre 9790 fonds latin de la Bibliothèque nationale, ne donne le texte qu’une seule fois [f° 68 v°-84 r°], parce qu’il n’existe pas dans le codex 3878 du Vatican. Le manuscrit personnel de Bréhal [n° 12722 fonds latin de la Bibliothèque nationale, ancien fonds Saint-Germain, de Harlay n° 51] le contient également [f° 2 r°-13 v°]. Quicherat n’en a publié que des extraits197, mais M. Lanéry d’Arc l’a édité intégralement198 sous ce titre : Consultatio Domini Pauli Pontani.
Un second traité de Pontanus sur la question, traité dont Quicherat199 n’a publié que quelques lignes, a été édité par M. Lanéry d’Arc200 sous ce titre : Opinio domini Pauli Pontani, d’après le ms. 13837 fonds latin de la Bibliothèque nationale, ancien 1421 de la bibliothèque de Saint-Germain des Prés. [f° 12 v°-19 v°]. Il existe aussi 50[f° 35 v°-47 v°], à une place postérieure par conséquent, dans le registre personnel de Bréhal [ms. 12722] où il commence ainsi : Domini nostri Jhesu Christi, per quem discernitur et intelligitur ipsa veritas, presidio invocato, etc. ; et finit par la phrase suivante : Et ita pro prima summaria visione de jure concludendum videtur michi Paulo Pontano, juris utriusque doctori minimo ac sacri consistorii advocato, salvis sancte matris ecclesie determinacione et judicio, ac cujuslibet alterius meliori sentencia. Le ms. 1234 de la bibliothèque de l’université de Bologne contient une traduction française du XVIe siècle, qui a été publiée par M. l’abbé Du Bois de la Villerabel201. C’est peut-être la même qu’on lit dans les manuscrits de Soubise et de l’Arsenal, mentionnés par M. Lanéry d’Arc202, mais que nous n’avons pas examinés.
La formule terminale de l’Oppinio nous paraît propre à confirmer l’hypothèse que nous avons proposée. Après l’examen sommaire du procès qu’il s’est attaché à réfuter surtout au point de vue juridique, Pontanus dit que sa conclusion pourrait être adoptée à première inspection et sur ce résumé. Comme pour donner plus de force à son avis, il décline ses titres et qualités : il est docteur in utroque, avocat du sacré consistoire ; puis il fait allusion au jugement de notre sainte mère l’Église, dans les termes qui conviennent au plaidoyer d’un consulteur devant la cour romaine. Nous le répéterons donc : les deux premiers mémoires de Théodore de Leliis et de Paul Pontanus ont été certainement composés en France sur la demande de Bréhal ; les deux autres sont très probablement d’une date postérieure, et il semble qu’il faille reporter leur rédaction jusqu’au voyage de l’inquisiteur à Rome en 1454, lorsque la question de la révision du procès fut discutée officiellement par le Saint-Siège.
Entre temps, les démarches du cardinal d’Estouteville auprès de Charles VII et de l’assemblée de Bourges au sujet de la Pragmatique Sanction étaient demeurées infructueuses. Avant de regagner Rome, où il était rappelé par Nicolas V pour lui rendre compte de sa mission, le légat alla au mois de septembre 1452 prendre congé du roi, qui était alors en Forez avec son armée, prêt à s’opposer de vive force aux entreprises du duc de Savoie. Afin de prévenir le conflit, le cardinal offrit sa médiation qui fut agréée. Un mois après, le 27 octobre, la paix était signée à Feurs. Le règlement d’un démêlé survenu dans le Comtat Venaissin entre les officiers du pape et ceux du dauphin retarda encore son départ de quelques semaines ; mais on sait203 qu’il était à la cour pontificale le 3 janvier 1453.
51Chapitre VI La lettre au frère Léonard
Bréhal continuait de s’occuper de l’affaire qu’il avait prise à cœur : une âme généreuse comme la sienne n’avait pu se dérober au charme divin qui rayonne autour des œuvres de Jeanne d’Arc. En face de ces procès-verbaux, rédigés pourtant par des mains hostiles, il sentait le parfum de sève chrétienne qui avait pénétré jusqu’aux moindres actions d’une vie pleine d’héroïsme et couronnée par le martyre. Il fallait venger la mémoire d’une fille de Dieu, et faire triompher la justice. Ce n’était pas trop de tout son dévouement pour une si noble cause. Il s’y employait sans relâche, et s’efforçait d’y intéresser les hommes d’une science éprouvée, dont il sollicitait les avis.
Au mois de décembre 1452, nous le retrouvons à Lyon, soit qu’il y ait accompagné le cardinal d’Estouteville à son départ de Bourges, soit qu’il y ait été appelé par ses affaires tandis que le roi était encore à Cleppé. Toujours est-il que les registres des comptes royaux mentionnent à cette date, sous la rubrique dons, récompensations et bienfaits, le versement d’un nouveau subside :
… à maistre Jehan Bréhal, docteur en théologie, religieulx de l’ordre de saint Augustin, inquisiteur de la foy catholique, la somme de trente-sept livres dix-sept sols en vint escuz d’or, à luy donnée par le roy nostre sire au mois de décembre MCCCCLII, pour soy aidier à vivre en besoingnant au faict de l’examen du procès de feue Jehanne la Pucelle204.
Désireux de consulter un savant étranger dont la renommée était parvenue jusqu’à lui, l’inquisiteur mit à profit le passage à Lyon de l’ambassadeur d’Autriche205 et lui confia avec les documents utiles206 la lettre qu’il écrivait à ce propos à un 52de ses frères en religion, le P. Léonard, qui était alors professeur à l’université de Vienne.
Ce personnage, dit Quicherat207, n’est connu que par son prénom, sous lequel il se distingua dans son Ordre.
Dans son ouvrage208 d’ailleurs très érudit, le R. P. Ayroles s’égare en diverses suppositions pour découvrir quel était le destinataire de la lettre de Bréhal. Assurément il ne s’agit ni du Léonard dont parle Trithème, ni du fr. Léonard Mattei d’Udine209, que Quétif et Échard ont mentionné parmi les écrivains de notre Ordre à cette époque. Mais il pourrait subsister quelque incertitude au sujet du fr. Léonard de Vienne, par suite des renseignements inexacts recueillis par Quétif et Échard. Ces auteurs ont en effet dédoublé une seule et même personne, à laquelle ils ont consacré deux notices et un supplément210. L’étude des sources nous a permis de rétablir la vérité historique et d’affirmer que le religieux, dont il est ici question, s’appelait, de son nom de famille, fr. Léonard Huntpüchler211 ou bien du lieu de sa naissance, fr. Léonard de Brixenthal212.
Né dans la vallée de Brixen en Tyrol213, vers les dernières années du XIVe siècle, il s’appliqua de bonne heure aux études philosophiques. Dès 1426, il appartenait à l’Université de Vienne : il occupait alors une chaire à la faculté des Arts, et y commentait le livre des Topiques d’Aristote214. Puis, il quitta l’Autriche pour se rendre à Cologne, où il obtint un canonicat, tandis qu’il se livrait à l’étude des sciences sacrées. À son retour, en 1445, il fut nommé Sententiaire215 à la Faculté de Théologie, sans cesser toutefois paraît-il de faire partie de la Faculté des Arts216.
53Vers la même époque217, répondant aux appels de la grâce et aspirant à une vie plus parfaite, il avait revêtu les livrées de Saint Dominique218. Aussi vertueux que savant, il fut bientôt chargé de fonctions importantes par la confiance de ses supérieurs comme par l’estime de ses collègues. Docteur à la Faculté de théologie, il fut cinq fois élu doyen semestriel : avril 1450, octobre 1453, octobre 1460, octobre 1463 et octobre 1468219. D’autre part, le P. Pierre Wellen220, provincial d’Allemagne, rendant hommage à la pureté de sa foi, à son zèle pour le bien de la religion, à la maturité de sa conduite, à sa science et à ses vertus
, lui délivra des patentes d’inquisiteur pour la province ecclésiastique de Salzbourg221, le 25 avril 1453. L’année précédente, le fr. André, provincial de Hongrie222, lui avait délégué ses pleins pouvoirs pour la réforme des couvents dominicains de sa juridiction, entreprise difficile que plusieurs magnats ecclésiastiques et laïcs du royaume, et le gouverneur Jean Hunyade lui-même, avaient sollicitée223. D’autres affaires importantes pour le bien public, comme par exemple les tentatives de réconciliation entre l’empereur Frédéric et son frère Albert VI [1462] et la prédication de la croisade contre les hussites de Bohême224, occupèrent son activité avec les travaux de l’enseignement jusqu’à un age assez avancé. Le Dr Aschbach assigne à sa mort la date approximative de 1472 ; mais il faut la reculer de quelques années, car il existe225 une note autographe de Léonard, qui se termine ainsi :
… anno domini M° CCCC° LXXVII°, in die S. Gregorii.
La missive de l’inquisiteur général de France à Léonard Huntpüchler de Brixenthal 54nous a été conservée. Le destinataire avait pris soin de la faire copier ainsi que le Summarium de Bréhal et les deux traités qui l’accompagnaient226 ; mais ce registre, parchemin et papier de format in-8° plutôt qu’in-4°227, a été transféré plus tard du couvent des Frères Prêcheurs de Vienne à la bibliothèque du Vatican, où il fait partie du fonds Ottoboni, n° 2284, avec cette mention :
Iste liber est conventus wiennensis ordinis fratrum predicatorum in Austria.
[Ce livre appartient au couvent des Frères prêcheurs de Vienne en Autriche.]
La table des matières commence par une note, qui nous fournit quelques détails intéressants à consigner dans leur teneur originale :
Folio primo habetur justificacio Johanne famate per mundum, virginis Francie, que mira gessit228 in rebus bellicis pro Rege Francie contra Anglicos, qui et finaliter eam ad supplicium mortis condempnarunt. Tractatum hujus justificacionis edidit dominus Theodericus, auditor rote curie romane, et finitur f° XXIII. Hunc tractatum, et quemdam huic valde contrarium, de sua gratia reverendus Pater sacre pagine professor frater Johannes Braballi229, inquisitor fidei in regno Francie, in magnis sexternis de sua gratia misit michi dudum per nobilem virum dominum leonardum vilszkcher230 cancellarium atque ambasiatorem illustrissimi principis ducis Sigismundi ad gloriosissimum regem Francie. Et quia idem dominus Leonardus cancellarius petivit sibi per me memoratos sexternos concedi, idcirco procuratum fuit, ut prius rescriberentur ad cautelam pro manuductione fratrum, si forte aliqui similes casus et cause emergerent futuris temporibus.
[Au premier folio se trouve la justification de Jeanne, célèbre dans le monde entier, la Vierge de France, qui accomplit des exploits dans les affaires militaires du roi de France contre les Anglais, lesquels l’ont finalement condamnée à mort. Le traité de cette justification a été rédigé par le seigneur Théodoric, auditeur de la Rote de la cour romaine, et se termine à la page XXIII. Ce traité, ainsi qu’un autre très contraire à celui-ci, m’a été envoyé jadis par le révérend père et professeur de théologie, frère Jean Bréhal, inquisiteur de la foi dans le royaume de France, par l’intermédiaire du noble seigneur Léonard Vilszkcher, chancelier et ambassadeur du très illustre prince duc Sigismond auprès du très glorieux roi de France. Ledit chancelier m’ayant prié que ces documents lui soient cédés, il furent d’abord soigneusement copiés à l’usage des frères au cas où, à l’avenir, des cas similaires venaient à se présenter.]
La même lettre existe dans un autre registre, coté jadis I 84 sc. IV, et aujourd’hui 101, qui se trouve actuellement au couvent des dominicains de Vienne. Elle occupe, à la fin d’un livre théologique, le f° 146 verso et le f° 147 recto. Le père Léonard l’y avait fait transcrire avant la fin d’août 1464 ; car, à la page suivante, après un autre document, on lit sa signature :
fr. N. regens studii generalis conventus ejusdem [wiennen]. De anno domini M° CCCC° LXIV°. In octava Assumptionis beatissime virginis christifere.
La lettre N., qui remplace le nom propre suivant l’usage adopté dans diverses pièces de ce recueil, paraît avoir été mise par modestie. Quoi 55qu’il en soit, les synchronismes ne permettent pas d’élever le moindre doute sur la personne ainsi désignée. Il se pourrait que cette copie, sans ponctuation et dont la correction n’est pas irréprochable, n’ait pas été faite sur l’original, qui à cette époque n’était plus entre les mains du père Léonard.
Une troisième transcription, d’origine moderne, est celle de la Bibliothèque nationale de Paris, fonds latin ms. 9790 [ancien 1033, suppl. lat.], où elle occupe le dernier feuillet. Elle a été publiée par Quicherat231. La table des matières contenues dans ce registre la mentionne sous deux titres différents :
Folio LVIII232 habetur copia epistole prefati inquisitoris ad fratrem Leonardum conventus viennensis ;
et ensuite :
Folio LVIII epistola inquisitoris fidei in regno Francie ad fratrem inquisitorem fidei per provinciam Salezburgensem233.
En voici le texte que nous avons soigneusement relevé à notre tour, avec les variantes fournies par les manuscrits de notre couvent de Vienne, et du fonds Ottoboni234 :
[Epistola inquisitoris fidei de Francia ad fratrem Leonardum]
Jhesus.
Sincere religionis ac preclare fame viro fratri Leonardo235, sacre theologie eximio professori, lectori que conventus vienne in theutonia, ordinis fratrum predicatorum.
Post sincere veneracionis officium cum devota recommendacione, preclarissime magister et pater, Ignotus ipse vobis scribere audeo, sed tamen ex clara fama noto ; suadet etiam materies que christianissimi regis francorum decorem236 concernit, quam que non mediocriter cordi habet, ut pro honore ordinis vestram auditam solerciam ad aliquid non tam novi quam magni commoveam. Nam majestatis sue decus per hostes suos anglicos in eo permaxime ab olim enormiter lesum existimat, quia quamdam simplicem puellam et virginem, que divino nutu, ut prope irrefragabili 56comprobatur evidentia, rem bellicam pro ejus sorte pridem gessit237, sub causa fidei adversus238 eam processerunt. Quinymo et ad extremum, sub ipso fidei judicio, in regis et regni vituperium ipsam hostiliter incendio239 extinxerunt. Quocirca regia majestas summopere cupit ipsius sentencie et rei judicate240 comperire veritatem. Ob quod michi exiguo inquisitori, suo in regno241, commisit et injunxit quatinus sapientibus universis, ubicumque expedire viderem, legittima communicando super processu documenta fidelia que extracta, ipsorum sentencias percunctarer242 et exigerem, etiam et ab exteris permaxime, ut favor omnis videatur in peculiari causa243 exclusus. Unde per strenuum militem dominum Leonardum, illustrissimi principis domini ducis Austrie oratorem, cuncta vestre reverencie mitto, que rei ipsi prima facie congnoveritis244, ut pro honore ordinis et vestre inclite persone celebri commendacione aliquid scribatis et decidatis. Cetera insinuacione digna quo ad hunc casum supplebit memoratus illustris Leonardus.
De factis ordinis, que nunc, Dei permissione, lugubri procella defluctuant, nil aliud novi nisi quod per dominum nostrum papam conventui nannetensi capitulum generale restitutum est ; sed tamen provincialis romanus manet ordinis vicarius. Horum bullam ipse vidi.
In domino Jhesu feliciter valete.
Ex Lugduno, ultimo decembris.
Vester, plena caritate, frater Johannes Brehalli, inquisitor fidei in regno francie245.
Malgré l’omission du millésime dans la date de cette lettre, les données du dernier paragraphe concernant les affaires de l’Ordre des Frères Prêcheurs permettent de le fixer avec certitude.
Quicherat246 parle à ce propos de la remise des dominicains de Nantes en jouissance 57de leur chapitre provincial
, et il suppose que cela concorde avec l’hiver de 1453
; double erreur qu’il aurait évitée, s’il avait interprété littéralement son texte et s’il avait eu quelque connaissance de la législation dominicaine.
Rétablissons d’abord les faits, tels qu’ils se sont passés, très conformément au droit.
Après la mort prématurée du père Pierre Roschin, qui avait été élu maître général de l’Ordre, à Lyon le 23 mai 1450247, le chapitre général fut convoqué à Rome l’année suivante pour lui donner un successeur. Le 12 juin, veille de la Pentecôte248, les suffrages se portèrent sur le père Gui Flamosset249. Celui-ci n’exerça pas longtemps ses hautes fonctions : six mois ne s’étaient pas écoulés qu’il rendait son âme à Dieu, le 19 novembre 1451. Or les Constitutions des Frères Prêcheurs règlent, d’une part, que le chapitre d’élection est différé jusqu’à la Pentecôte de la seconde année suivante, lorsque la vacance vient à se produire après la fête de saint Michel250 ; d’autre part, que la charge de Vicaire de l’Ordre est dévolue au Provincial dans le territoire duquel se trouve le couvent désigné pour la célébration du prochain chapitre général251.
En vertu de ces dispositions, la mort du P. Flamosset étant postérieure au 29 septembre 1451, la réunion du chapitre général ne devait avoir lieu qu’à la Pentecôte de 1453, et le pouvoir vicarial appartenait au prieur provincial de France, puisque le couvent de Nantes, qui relevait de sa juridiction, avait été désigné d’office comme le lieu du futur chapitre général.
Toutefois, par un acte de son autorité souveraine, le pape Nicolas V modifia l’état normal des choses : il annula le choix qu’on avait fait du couvent de Nantes, et il créa Vicaire de l’Ordre le P. Dominique Gianni, alors provincial de la province 58romaine252. Plus tard, il revint sur sa décision première, et, tout en maintenant au provincial romain ses fonctions vicariales et la présidence de l’élection capitulaire, il restitua au couvent de Nantes sa désignation253.
Tel est le sens véritable de la phrase qui nous occupe : per dominum nostrum papam, etc.
Par suite, le Chapitre se réunit effectivement à Nantes254, et le 19 mai 1453, le P. Martial Auribelli, provincial de Provence, y fut élu Maître général. Il résulte de là que la lettre de Bréhal, datée du 31 décembre, est réellement de 1452, que les décisions pontificales dont elle parle sont antérieures à l’hiver de 1453, et que leur exécution a eu lieu vers le milieu du printemps de cette même année255.
Quelle fut la réponse de Léonard Huntpüchler au grand inquisiteur de France ? Bréhal ne semble pas l’avoir gardée dans ses dossiers ; il n’en reste pas trace, à notre connaissance, dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris relatifs au procès ; et, — chose plus étonnante, vu la sollicitude singulière du professeur autrichien pour la conservation de ses écrits et des pièces concernant les affaires importantes auxquelles il avait été mêlé, — ni les archives de notre couvent de Vienne, ni celles de la Hofbibliothek, ne contiennent sa lettre ou son mémoire à ce sujet.
Quelques années plus tard, fr. Léonard de Brixenthal, inquisiteur de la foi pour la province de Salzbourg, vint à Paris. C’est lui-même qui nous l’apprend et qui nous fournit la date de ce voyage dans un traité inédit, dédié à l’archiduc d’Autriche Albert :
Sub anno illo quo obiit dive memorie rex ladislaus256, vidi habitudinem statuum spiritualium in celeberrima civitate parisiensi et in magna parte francie et burgundie, flandrie, brabantie257…
Il eut ainsi l’occasion de se rencontrer avec son illustre collègue de France. La sentence de réhabilitation était alors prononcée, mais on peut aisément deviner que la cause de Jeanne d’Arc, si profondément gravée dans le cœur de Bréhal, ne fut pas bannie de leurs entretiens.
59Chapitre VII Les mémoires
Au commencement de l’année 1453, maître Robert Cybole, ancien recteur de l’Université et alors chancelier de Notre-Dame à Paris, homme d’une sagesse vraiment supérieure dans le monde des savants et des érudits selon l’expression d’un appréciateur compétent258, terminait le mémoire qui lui avait été demandé au nom du roi et du cardinal d’Estouteville259.
Ce travail, qui respire une modestie rare, est fort remarquable par la solidité de sa doctrine et par le courage avec lequel il ne craint pas de censurer les qualificatifs de la sentence, et de rappeler la part blâmable qu’y ont prise les plus hauts dignitaires de l’Université. Il méritait l’honneur d’être inséré dans les grandes expéditions du procès de réhabilitation260. C’est là qu’on l’a retrouvé, au manuscrit latin 5970 de la Bibliothèque nationale, [f° 164 r°-171 r°]. Après un en-tête dans lequel le greffier rappelle le nom et les titres de l’auteur, dont le conseil a été requis de nouveau par les délégués du Siège apostolique depuis l’ouverture des débats, il commence ainsi :
De puella quadam Johanna nuncupata,…
[À propos d’une fille nommée Jeanne…]
On lit au colophon :
Actum Parisiis, in claustro beatæ Mariæ et in domo habitationis meæ, anno Domini MCCCCLII, die secunda mensis Januarii261.
[Fait à Paris, dans le cloître de Notre-Dame et dans ma demeure, le 2 janvier 1452.]
Puis la signature :
Robertus Cybole.
M. Lanéry d’Arc l’a édité262 : autant qu’une lecture rapide nous a permis d’en juger, son texte presque entièrement dépouillé de formes archaïques, nous a semblé néanmoins plus soigné que celui de la plupart des autres mémoires publiés dans le même volume. — Le R. P. Ayroles a donné de ce traité une analyse substantielle ; il a de plus traduit intégralement le chapitre qui a trait à la soumission de Jeanne à l’Église263.
Une autre Consideratio, due à la plume du saint et savant évêque de Périgueux, 60Élie de Bourdeilles, de l’Ordre des Frères Mineurs264, fut remise entre les mains de Bréhal.
Avec les sentiments d’une admirable humilité, l’auteur déclare, au début même de son œuvre, qu’il obéit dans la mesure de sa petitesse aux sollicitations que sa majesté le roi a daigné lui adresser par lettres patentes. Le sommaire du Procès lui a été communiqué par l’inquisiteur, et, sur l’examen sérieux de ce seul document dont nos lecteurs ont pu constater la parfaite exactitude, il donne son avis très net et toujours savamment justifié malgré les formules pleines de réserve et de déférence qui l’accompagnent. Prenant à partie tour à tour les vingt qualificatifs articulés contre la Pucelle par la sentence de condamnation, il montre jusqu’à l’évidence que les faits sont insuffisants à établir la justesse de pareils griefs. Si on a le droit, au point de vue de l’art littéraire, de regretter la prolixité des développements que le docte théologien apporte à l’exposition des principes sur lesquels il entend baser ses raisonnements265, on est forcé de reconnaître qu’il possède pleinement la matière et qu’il se prononce à bon escient. Certaines questions, et spécialement celles qui concernent les apparitions et révélations, c’est-à-dire le point capital du procès, sont traitées de main de maître et accusent une méthode rigoureuse au service d’un savoir très étendu, puisé aux meilleures sources. La Consideratio commence par une citation de l’Écriture qui s’applique très heureusement à la circonstance : Scriptum est, si difficile et ambiguum apud te judicium esse perspexeris, etc… Elle se termine par les plus sincères protestations de soumission aux décisions du Saint-Siège, cum omni honore et reverentia ac benigna supportatione antedicti domini nostri regis, ad præsens sufficiant.
Bréhal a jugé ce mémoire digne d’être inséré dans les grandes expéditions du procès de réhabilitation. Voilà pourquoi il se trouve dans le ms. 5970 de la Bibliothèque nationale ; il y occupe du f’ 111 r° au f° 132 r°. M. Lanéry d’Arc l’a édité d’après ce texte266. Quicherat n’avait imprimé que la préface267. Le R. P. Ayroles l’a fait connaître au grand public par un abrégé substantiel de l’ensemble et par la traduction des passages les plus importants268.
À la suite de la Consultation d’Élie de Bourdeilles, le registre 5970 de la Bibliothèque 61nationale renferme l’Oppinio et Consilium de Thomas Basin, évêque de Lisieux, le faux Amelgard des auteurs269.
Un passage de son Histoire de Charles VII nous apprend que son mémoire a été rédigé à l’instigation du roi270. La conclusion de son Opinio et Consilium indique dans les termes les plus exprès qu’il a reçu par l’intermédiaire de Guillaume Bouillé, les pièces nécessaires à l’examen de la cause :
… quatenus de processu et actis causæ mihi constare et apparere potuit per quaternum mihi transmissum per venerabilem et circumspectum virum dominum decanum noviomensem, sacræ theologiæ professorem egregium, in quo quaterno continentur articuli XII eliciti per Anglicos, et consequenter additiones et determinationes excerptæ de processu ad veritatem per peritissimum utriusque juris doctorem dominum Paulum Pontanum, una cum scedula, secundum quam judices fecerunt abjurare Johannam, ac etiam certis dubiis per præfatum dominum Paulum conceptis et elicitis pro consilio peritorum desuper inquirendo271.
Deux choses nous semblent ressortir de ce texte la fixation approximative de l’époque à laquelle il a été composé, et une nouvelle confirmation des faits avancés au sujet de la Consultatio de Paul Pontanus. Il faut ranger l’évêque de Lisieux parmi les docteurs qui ont été consultés les premiers, c’est-à-dire durant les enquêtes préliminaires et tandis que l’affaire se poursuivait encore directement au nom du roi. L’intervention de maître Guillaume Bouillé et la demande faite par lui de la part de Charles VII, ainsi que l’affirme Thomas Basin, semblent l’indiquer. Il est vrai, — les documents ne laissent aucun doute à cet égard272, — que le doyen de Noyon a pris, à titre officieux au moins, une part très active aux travaux de la révision du jugement. Toutefois, si le procès de la réhabilitation eût été ouvert lors de la rédaction 62de cet opuscule, l’auteur n’eut pas manqué de mentionner la réquisition des commissaires apostoliques, et il se serait vraisemblablement abstenu de faire allusion au désir du roi, dont la personne ne devait plus être mise en cause. — Quant au traité de Pontanus qui lui a été communiqué, il s’agit manifestement de la Consultatio, que nous avons dit être le premier des deux mémoires de l’avocat consistorial : car c’est dans la Consultatio que sont discutés par ordre les douze articles du procès de condamnation avec les additiones et determinationes excerptæ de processu ad veritatem
; c’est aussi dans le même opuscule qu’on rencontre l’énumération de certains doutes per præfatum dominum Paulum conceptis et elicitis pro consilio peritorum desuper inquirendo
.
On peut supposer que l’auteur a connu aussi le mémoire de Guillaume Bouillé ; mais, si quelques phrases de celui-ci semblent avoir été reproduites telles quelles par Thomas Basin, le plan des deux ouvrages est assez différent. Il n’est pas question du Summarium de Bréhal : il est néanmoins vraisemblable que les renseignements sur les interrogatoires et les réponses de la Pucelle y ont été puisés.
Le traité de l’évêque de Lisieux est, sans contredit, des plus remarquables sous le rapport juridique273 : avec une compétence supérieure, le docteur in utroque jure relève les nullités du procès de Cauchon et met à nu les vices énormes qui se cachent sous les apparences d’un formalisme affecté. Ses affirmations là-dessus ont plus d’autorité que celles d’un érudit qui connaît les textes et les livres de droit, mais qui n’a pas pris la peine d’acquérir la science du jurisconsulte. Bréhal a tenu grand compte des observations canoniques et théologiques de Thomas Basin ; par leur insertion à l’instrument authentique du procès de réhabilitation [f° 132 v°-144], il a montré l’estime qu’il en faisait.
Après le titre :
In nomine Domini Jhesu Christi, incipit opinio et consilium Thomæ Lexoviensis episcopi, super processu et condemnatione Johannæ dictæ Puellæ
le mémoire débute par ces mots :
Consulendo in materia condemnationis Johannæ Puellæ, etc…
il se termine ainsi :
… subscriptum et signatum per me Thomam, immeritum episcopum Lexoviensem, inter juris doctores minimum.
M. Lanéry d’Arc274 a publié le texte du ms. 5970. Le R. P. Ayroles a reproduit la substance des raisonnements, allégés de leurs nombreuses références275.
Est-ce encore dans le même laps de temps que fut composée l’opinion de maistre Pierre l’Hermyte, soubdoyen de l’église de sainct Martin de Tours276
, comme 63est intitulée la traduction française, contenue dans le ms. 1234 de l’université de Bologne, et publiée277 par M. l’abbé Du Bois de la Villerabel ? Rien ne s’y oppose. Il est certain d’ailleurs que la date de ce mémoire ne saurait guère être antérieure à l’année 1453 ; car il est facile de constater que c’est une réponse aux dix huit articles ou doutes proposés dans la seconde partie de la Consultation de Paul Pontanus, puisque chacun des paragraphes commence par l’énoncé même des questions juridiques, soulevées mais non résolues par l’avocat consistorial.
Quicherat278 n’a connu de ce document qu’une mauvaise copie d’une traduction française extrêmement défectueuse, identique semble-t-il — à celle qui existe dans le ms. 1234 de Bologne. Cette dernière, faite par un écrivain peu soigneux, et surtout fort ignorant des termes du droit279, a perdu presque toute valeur, tellement elle est incorrecte et mutilée : les articles quatrième, dix septième et dix huitième ont été omis, ainsi qu’une partie de plusieurs autres. On comprend que Quicherat ait hésité à reproduire, même comme simple spécimen, le premier et le dernier paragraphes. — Le texte latin, qui avait échappé aux investigations du savant directeur de l’École des Chartes, a été conservé dans le ms. fonds latin 13837 de la Bibliothèque nationale [f° 38 r°-40 v°]. M. Lanéry d’Arc l’a édité280. Comme l’auteur ne traite pas la question de fond, mais seulement les vices essentiels de la procédure, Bréhal ne l’aura pas jugé assez complet pour l’insérer au registre 5970.
Un autre docteur de Tours, maître Gui de Vorseilles281 fut aussi consulté sur la cause de Jeanne d’Are. Son Écrit sur certains points de la Pucelle, comme il l’intitule, est fort court et n’offre rien de remarquable. Il n’a pas été inséré au dossier ; mais on le trouve dans le ms. 13837, fonds latin, de la Bibliothèque nationale [f° 40-43], d’après lequel M. Lanéry d’Arc282 l’a publié. Il commence par ces mots : Ut detur responsio ad ea puncta principalia quæ Johannæ Puellæ objecta fuerunt, suam condemnationem concernentia… ; il se termine ainsi : Ex his concluditur quod sententia, contra Puellam lata, est injusta, temeraria, Dei offensiva, sacræ doctrinæ abusiva et de hæresi suspecta. Le copiste a ajouté le colophon suivant : Explicit opinio antedicti spectabilis magistri Guidonis de Vorseilles in prætensum processum Puellæ.
Parmi les docteurs consultés durant les préliminaires de la révision du procès, il faut aussi compter sans aucun doute Jean de Montigny, maître ès arts et docteur en 64droit canon de l’université de Paris283. Il avait eu entre les mains le dossier du jugement pendant quatre ou cinq jours284. L’inquisiteur, dépositaire de l’instrument authentique, lui demanda son avis à bref délai, et lui communiqua, avec les extraits qui constituaient le Summarium, la Consultatio de Paul Pontanus ; car, de même que Pierre L’Hermyte, Jean de Montigny donne dans les dernières pages de son Oppinio sa réponse aux dix huit questions de l’avocat consistorial285.
Un détail particulièrement intéressant à relever dans ce mémoire, c’est le plan que le célèbre professeur trace de la marche à suivre pour faire aboutir le procès, et surtout le conseil très habile et heureusement exécuté de faire intervenir la famille de la Pucelle comme demanderesse : Licet plures possint esse partes, cum ii omnes quorum interest sint audiendi, pluriumque intersit et in communi et in particulari, attamen pro præsenti proximiores ejusdem Puellæ sic defunctæ viderentur præ cæteris præponendi et ad hujusmodi processum admittendi tanquam suorum injuriam prosequentes in extinctione supradictæ Puellæ, seu suffocatione miserabili286.
Bréhal n’a pas hésité à ordonner l’insertion d’un travail si concluant287 au grand registre, ms. 5970 [f° 135 v°-159 r°], où Quicherat l’a retrouvé288. Le nom de l’auteur ayant été rogné lors de la reliure, le docte paléographe avec son habituelle perspicacité conjectura la véritable reconstitution du titre mutilé. Cette conjecture est devenue certitude par la confrontation du ms. latin 13837 de la Bibliothèque nationale, qui renferme [f° 20 r°] la suscription complète : Oppinio magistri Johannis de Montigny, decretorum famosi doctoris. Le texte du ms. 5970 a été édité par M. Lanéry d’Arc289 ; mais la lecture ne paraît pas toujours satisfaisante, ni la ponctuation bien conçue Il débute par ces mots : Præmissa excusatione, qua summe indigeo, tam ratione arduitatis materiæ, etc… La dernière phrase est celle-ci : Et quidquid sit, ex prædictis et aliis similibus concludi potest eam non fuisse hæreticam, et de hæresi per consequens minime condemnandam. — Le R. P. Ayroles290 a reproduit fort judicieusement, avec sa fidélité ordinaire, la substance de ce traité assez long.
65Les personnages dont nous venons de parler ne furent pas les seuls consultés par l’inquisiteur. Il était expédient de rassembler des suffrages en grand nombre, afin de les opposer victorieusement à la sentence des premiers juges et aux adhésions plus ou moins motivées des docteurs de l’université. Bréhal, toujours actif et zélé, ne négligeait aucune occasion de solliciter les avis de ceux qu’il estimait capables d’apporter à la cause de la Pucelle le secours de leurs lumières et de leur autorité. C’était pour ainsi dire le thème favori de ses entretiens avec les théologiens et les jurisconsultes. Les discussions de vive voix s’effacent, il est vrai, de la mémoire des hommes ; néanmoins elles avaient pour résultat de l’éclairer davantage et d’affermir dans son esprit l’évidence presque irréfragable
de la vérité, selon l’expression de sa lettre à Léonard de Brixenthal. Les écrits qu’il reçut à ce sujet ont pu disparaître aussi, lorsqu’ils n’ont pas été enregistrés au procès de réhabilitation, mais ceux qui nous restent suffisent amplement à démontrer de quel côté se trouvaient la justice et l’honneur.
Chapitre VIII Négociations avec Rome
La cour pontificale ne pouvait manquer d’être bien informée : le cardinal d’Estouteville, de retour auprès du pape, avait rendu compte de son enquête et des démarches que poursuivait l’inquisiteur de France. Jusqu’au jour où il quitta Rome pour aller prendre possession du siège archiépiscopal de Rouen291 que Nicolas V lui avait conféré, il fut tenu au courant de tout et s’employa, autant que les circonstances le permirent, à disposer favorablement les esprits et à préparer les voies qui devaient conduire à la révision du procès par l’autorité apostolique. Cependant, en dehors des atermoiements que les règles d’une sage réserve imposent d’ordinaire et imposaient surtout alors au Saint-Siège, indépendamment des hésitations que suscitait la nature même d’une cause où deux princes chrétiens avaient des intérêts si opposés, les préoccupations les plus graves semblent avoir absorbé l’attention de Nicolas V, et entravé ainsi durant deux années la marche de l’affaire.
La prise de Constantinople par les Turcs (29 mai 1453) était connue à Rome le 8 juillet292. Au premier sentiment de stupeur, que cette nouvelle produisit dans toute la 66chrétienté, succédèrent bientôt les agitations des peuples, les uns s’empressant, malgré les sollicitations pontificales, de conclure avec les vainqueurs des traités de paix et d’amitié pour se mettre à l’abri des invasions musulmanes, les autres, à l’appel du Pasteur suprême, cherchant dans les préparatifs d’une croisade les moyens d’arrêter les formidables entreprises de l’ennemi. On comprend que le pape, tout entier aux difficultés du moment et aux négociations qu’il fallait poursuivre activement et de plusieurs côtés à la fois pour amener l’entente des princes et conjurer le danger commun, ait différé par la force des choses, sinon de propos délibéré, l’examen d’une question ardue à coup sûr, et de plus compliquée par les prétentions des deux couronnes de France et d’Angleterre.
Le conseil donné par maître Jean de Montigny permettait de trancher le nœud gordien il était sage autant qu’habile de s’y conformer. L’inquisiteur fut bientôt convaincu que l’intervention de la famille de Jeanne d’Arc, s’appuyant sur la juste revendication de l’honneur d’un de ses membres, triompherait des hésitations, tandis que les vives instances de Charles VII demeureraient à bon droit suspectes de visées politiques. Il réussit à persuader le roi, qui consentit à s’effacer, au moins en apparence293. Dès lors, l’affaire s’engagea dans la voie qui devait aboutir au but tant désiré.
Une supplique294 fut rédigée au nom de la mère et des deux frères de la Pucelle295. Les demandeurs y rappelaient succinctement les faits et moyens de la cause : accusation fausse, procédure entachée de nullité, sentence injuste ; ils sollicitaient du Saint-Siège, avec l’autorisation de poursuivre la révision de la chose jugée pour la recouvrance de leur honneur et de celui de Jeanne
, la nomination de commissaires chargés de les entendre et de conduire à bonne fin le procès qui annulerait le jugement de condamnation et abolirait la note d’infamie indûment infligée.
Nous ne pouvons admettre le commentaire très succinct, mais dépourvu de bienveillance et peu exact, dont M. Fabre296 accompagne une des phrases de la supplique : Quondam Guillelmo de Estiveto referente bonæ memoriæ Petro episcopo Belvacensi.
Il voit sans doute une énormité dans les deux mots bonæ memoriæ, sur 67lesquels il appelle l’attention par des caractères italiques suivis d’un point d’exclamation. Ignore-t-il que cette formule de chancellerie n’a pas le moins du monde la signification qu’il croit y découvrir ? Elle ne décerne aucun certificat de sainteté, aucun témoignage de conduite irrépréhensible ; c’est le langage respectueux auquel un évêque décédé dans la communion du Saint-Siège est présumé avoir droit, fût-il accusé d’être un prévaricateur, tant que sa forfaiture n’est pas juridiquement établie. Les rédacteurs de la supplique et Bréhal qui a connu et approuvé le texte, malgré leur opinion personnelle de l’infamie de Pierre Cauchon, connaissaient trop bien la valeur des termes pour avoir à cet égard l’ombre d’une hésitation. M. Fabre ajoute : Il y a à remarquer le soin qu’on prend d’attribuer la principale responsabilité au promoteur Jean d’Estivet qui était mort peu de temps après le supplice de Jeanne et sur qui on pouvait dauber sans crainte d’éveiller aucune susceptibilité.
Singulière préoccupation en vérité, si elle avait existé dans l’esprit des hommes de loi. Les trois personnes, contre lesquelles on réclame justice, ont été soustraites par la mort aux revendications humaines297. Les demandeurs ne l’ont pas oublié, puisqu’ils accompagnent du mot quondam [feu], ou de l’expression équivalente bonæ memoriæ, le nom de chacun de ceux qu’ils rendent responsables de l’iniquité commise. Ils pourraient dauber sans crainte
aussi bien sur Cauchon et sur Le Maistre que sur d’Estivet. Ils n’ont aucun intérêt à s’attaquer à celui-ci plutôt qu’à ceux-là. Ils ont même si peu souci de la question d’individualité qu’ils n’ont pas pris la peine de s’assurer s’il s’appelait Jean ou Guillaume : au procès de condamnation en effet, le promoteur porte le nom de Johannes de Estiveto
; ici et aux autres pièces du procès de réhabilitation, il est dit Guillelmus
. Et afin qu’on ne puisse se méprendre sur leur intention de viser uniquement le fonctionnaire, ils ajoutent : ou tout autre en ce temps-là investi de la charge de promoteur des affaires criminelles de la cour épiscopale de Beauvais
. Si d’ailleurs d’Estivet est incriminé directement avec les deux juges du procès, il faut bien convenir qu’il a comme eux une responsabilité particulière : il a rempli l’office du ministère public ; rapporteur de la cause, il avait plus que tout autre le devoir strict de ne point se laisser suborner par les ennemis de la Pucelle, et de ne point trahir la justice et la vérité par des allégations au moins partiales et suspectes, sinon sciemment iniques et mensongères. Ces réflexions nous ont paru opportunes pour conserver à une pièce capitale, destinée à engager le procès dans une voie nouvelle, le caractère et la correction dont l’inquisiteur tenait à revêtir tous ses actes.
68Les documents ne nous apprennent pas la date précise de la signature par les intéressés, ni celle de la transmission à Rome et de la présentation au Souverain Pontife. Il est probable néanmoins, d’après la concordance des données de l’histoire, que ces divers évènements eurent lieu dans le courant de l’année 1454. Si, comme le pense M. Fabre298, ce fut le cardinal d’Estouteville qui remit cette supplique à Nicolas V, le fait serait certainement antérieur au mois de juillet, l’archevêque de Rouen ayant pris personnellement possession de son siège le 28 de ce mois. En toute hypothèse, Bréhal semble avoir joué un rôle important dans l’exécution de l’affaire car, par une coïncidence digne d’être remarquée, il fit vers cette époque un voyage à Rome, qui est noté dans le 5° compte de Matthieu Beauvarlet, sous la rubrique voyages, chevauchées et grosses messageries299 : Maistre Jehan Bréhal, docteur en théologie, frère prescheur, inquisiteur de la foy, six-vingt dix-sept livres dix sous pour aller à Rome devers N. S. P. le Pape touchant le procès de feue Jehanne la Pucelle ; et pour aller à Rouen devers le cardinal d’Estouteville luy porter ledit procès.
On s’explique d’ailleurs fort bien que ce voyage de l’inquisiteur ait eu lieu au moment où la cause prenait une direction nouvelle, et où il était par conséquent d’une extrême importance de sonder le terrain, de s’y engager à bon escient et d’activer les démarches pour aboutir. Quoique nous soyons réduits là-dessus aux conjectures, on admettra sans peine que Bréhal ait été le messager porteur de la supplique ; qu’il l’ait consignée entre les mains du cardinal d’Estouteville, ou à son défaut entre les mains du pape lui-même ; qu’il ait visité, à l’intention d’obtenir leurs suffrages, les membres du Sacré Collège auxquels Sa Sainteté ne pouvait manquer de demander leur avis en consistoire ; et que, profitant de ses anciennes relations avec Théodore de Leliis et Paul Pontanus, il ait réclamé de nouveau leur concours. C’est à cette circonstance — nous l’avons dit — qu’est due la composition d’un second mémoire par l’auditeur de Rote et par l’avocat consistorial.
Bréhal, auquel les fonctions de sa charge ne permettaient guère de séjourner longuement à la cour romaine300, n’attendit pas le résultat final des négociations. Laissant aux soins habiles et dévoués de ses procureurs la conduite désormais assurée de l’affaire, il reprit la route de France, et s’empressa de se rendre à Rouen, tant pour renseigner le cardinal d’Estouteville, qui résidait alors dans sa ville archiépiscopale, que pour consigner aux archives de l’officialité le dossier du procès, dont il avait été le dépositaire depuis l’enquête de 1452.
Sur ces entrefaites, le pape Nicolas V vint à mourir [24 mars 1455]. Avait-il mis fin à ses hésitations et accepté l’appel à son autorité souveraine ? La chose n’est pas invraisemblable, mais les preuves font défaut. Le R. P. Ayroles fait 69remarquer, il est vrai, qu’une pièce du second procès porte le nom de Nicolas V301 : il paraît croire que rien n’oblige à considérer le fait comme une erreur de transcription, imputable seulement à une distraction du greffier. Si nous interprétons bien sa pensée, ce serait plutôt l’indice révélateur d’un évènement disparu. Nous pensons au contraire avec Quicherat302 qu’il y a erreur, et qu’il faut substituer le nom de Calixte III à celui de Nicolas V. Ce dernier pourtant a pu mettre l’affaire en délibéré. Devant les plaidoiries des consulteurs et l’avis favorable du consistoire, le père commun des fidèles se laissa émouvoir par l’humble requête ; il sentit qu’il ne pouvait refuser de s’intéresser à l’honneur d’une victime innocente et d’une famille humiliée contre toute justice ; les appréhensions qu’il avait conçues, lorsque la question présentait un caractère politique dont il ne parvenait pas à se dissimuler les redoutables inconvénients, s’évanouirent peu à peu dans son esprit, maintenant que la personne et les prétentions du roi de France demeuraient hors du débat. Il agréa la supplique, et résolut de condescendre à ses conclusions. Peut-être même avait-il déjà institué la commission, quand la mort le surprit. Mais les délégués n’ayant pas encore usé de leur mandat, leurs pouvoirs devenaient caducs, conformément aux principes qui régissent les délégations au for contentieux303.
Quoi qu’il en soit de ces détails, qui d’ailleurs importent assez peu, l’affaire était certainement en bonne voie, lorsque Calixte III monta sur le trône pontifical. Aussi fut-elle promptement décidée par le nouveau pape. Élu le mardi de Pâques, 8 avril 1455, et couronné le 20 du même mois, ce vieillard de soixante dix sept ans, auquel S. Vincent Ferrier avait longtemps auparavant prédit son élévation au Siège de Pierre304, n’hésita pas à exécuter le projet soumis à l’approbation de son prédécesseur. Comme membre du Sacré Collège, il avait été appelé à donner son avis. La fermeté de son caractère peu enclin aux tergiversations et peu accessible à des conseils timorés l’avait du premier coup disposé à favoriser une juste cause. Maintenant surtout que les considérations d’ordre public étaient écartées, il n’avait pas à se déjuger, ni à reprendre l’examen de la question. Par un rescrit daté du 11 juin, mercredi dans l’octave de la 70Fête-Dieu, il fit droit à la supplique de la famille d’Arc305, et désigna les commissaires qu’il chargeait de rendre en dernier ressort une juste sentence
, avec pouvoir de la faire observer fermement au moyen des censures ecclésiastiques
.
Le choix des mandataires pontificaux mérite d’être remarqué : l’historien qui connaît le mieux les hommes et les choses du XVe siècle ne doute pas qu’il n’ait été suggéré par Charles VII lui-même306
. À coup sûr leur dévouement à la cause française et à la personne du monarque, non moins que leurs éminentes qualités, leur savoir, leur intégrité, et l’estime générale dont ils jouissaient, les rendaient dignes de la désignation royale et de la confiance que le pape leur accordait. Ils devaient être, à l’heure marquée par Dieu, les fidèles instruments de la Providence, qui ne voulait pas laisser ici-bas le nom de l’héroïque Pucelle couvert d’opprobre par le triomphe passager de l’iniquité.
Le premier des délégués auxquels est adressé le rescrit de Calixte III est Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims307. Sa haute dignité lui valait cette place d’honneur. À ce motif de préséance canonique, il convient d’ajouter les raisons d’ordre divers qui pouvaient l’appuyer. D’abord, il comptait Beauvais parmi les évêchés suffragants de sa province ecclésiastique, et, en sa qualité de métropolitain, il connaissait des appels qui n’avaient point été directement déférés au Saint-Siège. Par suite du recours au pape, le cas actuel ne ressortissait plus de droit à son tribunal, néanmoins il y avait une certaine convenance à investir de ce mandat le réformateur naturel des sentences mal rendues par les officialités de son territoire. Avant sa promotion à l’archevêché de Reims, il avait occupé pendant près de douze ans le siège de Beauvais comme successeur immédiat de Cauchon. Tant qu’il était demeuré l’Ordinaire de ce diocèse, il avait la même juridiction que son prédécesseur et ne pouvait par conséquent constituer, au sens juridique du mot, un tribunal différent et supérieur devant lequel il fût loisible à la partie lésée d’appeler. Maintenant cet empêchement légal n’existait plus ; mais Jean Juvénal des Ursins conservait le souvenir d’une église dont il avait jadis pris les intérêts, et il était naturel qu’il eût à cœur de lui rendre le bon renom obscurci par la prévarication d’un de ses pasteurs. On a lieu de croire également qu’il résidait à Poitiers en 1429, lorsque Jeanne d’Arc y fut examinée ; si donc il avait été quelque peu mêlé à cet évènement, il aurait eu encore de ce chef un titre d’idonéité à faire partie de la commission. De plus, il était devenu le successeur de saint Rémy il était destiné par là à prendre place dans le plan harmonieux des miséricordes 71de Dieu envers la France, par la réhabilitation de l’humble vierge, née dans un village dont le nom rappelle le saint pontife père du royaume, et envoyée du ciel pour faire sacrer à Reims le gentil dauphin
.
Les deux autres prélats, moins élevés dans la hiérarchie, étaient semblablement recommandés au choix du Souverain Pontife. Guillaume Chartier308 était très apte à remplir un devoir de réparation envers l’innocente victime des haines de l’université et du parti anglais. Normand d’origine, il avait fait ses études à la faculté de droit de Paris, où il fut escolier premier
de Charles VII, alors dauphin. Reçu docteur in utroque, il ne se laissa point entraîner par les déplorables exemples de beaucoup de ses collègues : il demeura toujours fidèle à son bienfaiteur et légitime souverain. Il enseignait à Poitiers en 1432 ; peut-être y était-il déjà lorsque la Pucelle comparut devant les examinateurs chargés de contrôler sa mission. Appelé en 1447 au siège épiscopal de Paris par l’élection unanime du Chapitre, il fut bien accueilli par l’université, qui avait d’ailleurs, sur la proposition de Robert Cybole, adressé à ce sujet des lettres de recommandation au pape, aux cardinaux et au roi. S’il eut ensuite à lutter vigoureusement durant plusieurs mois contre les abus et les turbulences du corps universitaire, ses relations redevinrent assez cordiales pour qu’il ait pu en 1457 — nous l’avons dit — être l’un des médiateurs dans la querelle des Ordres mendiants. Aussi vertueux que savant, il était l’édification de son peuple et de son clergé. Nul ne pouvait mieux représenter Paris et l’université dans l’œuvre de la réhabilitation.
Richard Olivier, évêque de Coutances, appartenait à la famille de Longueil et à la noblesse de Normandie309. Avec Chartier et Bréhal ses compatriotes, il était digne de représenter les véritables sentiments d’une province qui avait été la victime de l’invasion anglaise et le théâtre de l’iniquité commise contre la Pucelle. Membre du Chapitre de la cathédrale de Rouen, il avait pris une part très active aux négociations pour la reddition de la place et son retour à la France. Le zèle dont il faisait preuve dans l’administration de son diocèse et l’attachement qu’il professait aux prérogatives de l’Église catholique, engagèrent Calixte III à le revêtir de la pourpre cardinalice, l’année même où il avait si bien contribué à la gloire de Jeanne d’Arc.
Tels étaient les trois destinataires du rescrit pontifical, trois hommes de bien
, 72comme parle l’éminent éditeur des procès de Jeanne d’Arc310. Afin que l’exécution de leur mandat ne fut pas entravée par la mort ou par des empêchements imprévus, ils avaient pouvoir de procéder, soit ensemble, soit même par deux ou par un seul d’entre eux ; mais, conformément aux règles ordinaires, il leur était commandé de s’adjoindre un inquisiteur de l’hérésie résidant en France311
. C’est aussi pour laisser aux juges le moyen de remplir cette condition essentielle, dans le cas d’une impossibilité adventice, que le pape n’a pas inscrit ici le nom de Bréhal : il n’ignorait certes pas la part considérable qu’il était juste d’attribuer au grand inquisiteur de France dans la réussite des enquêtes préliminaires et des négociations poursuivies à la cour de Rome ; il présumait à bon droit — et son attente n’a pas été trompée — que toutes les lèvres s’ouvriraient d’elles-mêmes pour assigner ce poste de dévouement et d’honneur au vaillant dominicain d’Évreux, qui avait si heureusement préludé à son rôle de justicier par l’infatigable persévérance de ses efforts en faveur de la vierge de Domrémy.
Nous avons vu maître Jean Bréhal à l’œuvre comme pionnier de la cause de réhabilitation ; nous allons le suivre dans les travaux de la révision du procès, et, au spectacle de son incomparable activité, nous constaterons qu’il a été, selon l’expression si vraie de M. Fabre312, l’âme de toute la procédure
.
Notes
- [1]
M. Charles de Beaurepaire a fait connaître que l’exécuteur de la haute justice de Rouen,
celui-là, sans doute, qui alluma le bûcher de Jeanne d’Arc
, s’appelait Geoffroi Therage. — (Recherches sur le procès…, p. 38.)Pour le titre complet des livres que nous citerons dans le cours de cet ouvrage, voir notre index bibliographique.
- [2]
L’orthographe de ce nom varie suivant les manuscrits et les auteurs : Ysambard (Ysambardus, ou sous forme diminutive, Bardinus de Petra), Isembard, Isembert, etc. Nous avons adopté celle des procès-verbaux sauf la lettre initiale qu’un usage rationnel a remplacée par un I.
Plusieurs documents le disent de l’Ordre de Saint-Augustin. C’est une erreur : il était jacobin, selon l’appellation usitée en France, et appartenait au couvent de Rouen. Les Frères Prêcheurs vivent sous la règle de S. Augustin : telle est vraisemblablement l’origine de la confusion que nous venons de signaler. La même erreur a été commise quelquefois à propos de l’inquisiteur Jean Bréhal, ainsi qu’on le verra plus loin.
- [3]
Cette déposition fut faite le 5 mars 1449 (vieux style, c’est-à-dire 1450), lors de l’enquête commencée au nom du roi Charles VII par Guillaume Bouillé. Nous avons reproduit le texte publié par M. André du Bois de la Villerabel (Les Procès de Jehanne la Pucelle, p. 57) d’après le ms. n° 1234 de la bibliothèque de l’Université de Bologne. On le trouve également dans Quicherat, t. II, p. 7. — Cf. la déposition du mème témoin à l’enquête de 1452 (Quicherat, t. II, p. 348-353).
- [4]On trouvera, croyons-nous, la note vraie dans les judicieuses remarques de M. Marius Sepet (Jeanne d’Arc, livre IV chap. 2, 3e éd. p. 481 et suiv.) Ce livre, écrit de main de maître, est l’œuvre d’un savant, d’un penseur et d’un chrétien. — Cf. aussi : Histoire de Charles VII, par M. de Beaucourt, livre VI, chap. 1, t. V, p. 353 et suiv. Les documents qui peuvent élucider la question y sont exposés avec un talent égal à la fidélité scrupuleuse de l’historien.
- [5]
Elles sont signées :
Par le Roy, à la relacion du grant conseil, Daniel.
Quicherat en a reproduit le texte d’après les manuscrits (Procès, t. II, p. 1). Le ms. n° 1234 de Bologne, publié par M. l’abbé André du Bois de la Villerabel, contient aussi cette pièce importante : on peut y relever trois ou quatre légères variantes, par exemple : traictreusement au lieu de très cruellement, semblablement au lieu de finablement. - [6]
D’abord proviseur du collège de Beauvais à Paris, il avait été procureur de la nation de France de 1434 à 1437, et enfin recteur de l’Université en 1439. Cf. Gallia christiana, IX. col. 1035.
- [7]
Frère Jean Toutmouillé
n’a point assisté et comparu au procez
de condamnation ; dans sa déposition, il constate les sentiments pervers que la rumeur publique attribuait aux juges ; il rapporte aussi comme témoin oculaire ce qui se passa dans la prison le jour même du supplice.Frère Guillaume Duval ne fut pas non plus présent au procès ; il se trouva seulement à une séance, où il alla s’asseoir
au parmy de la table auprès de la Pucelle
, et fut député pour visiter la prisonnière ce jour-là avec frère Isambard et maître Jean de la Fontaine ; il rapporte la scène de violence qui eut lieu au château contre son compagnon de la part du comte de Warwick.Frère Isambard de la Pierre et Frère Martin Ladvenu,
espécial confesseur et conducteur de la dicte Jehanne en ses derreniers jours
, avaient été mêlés bien davantage aux faits du procès. Ces deux jeunes religieux (ils avaient alors vingt-cinq ans) ont été amenés au tribunal par le vice-inquisiteur Le Maistre, qui était prieur de leur couvent et qui les prenait, suivant l’usage monastique, pour l’accompagner. Le premier assista en cette qualité à une quinzaine de séances publiques ou privées, le second à trois ou quatre seulement. Ils ne faisaient point partie du consistoire des juges. Conformément aux coutumes de la procédure inquisitoriale, on leur demanda ainsi qu’à tous les personnages présents d’adhérer aux délibérations de l’Université de Paris : ce qu’ils firent sans doute sous la pression de l’autorité. Mais le rôle dévoué de conseillers et d’amis compatissants qu’ils ont rempli auprès de Jeanne pendant le procès et jusqu’à ses derniers instants, sans se laisser émouvoir par les menaces brutales de Cauchon et des Anglais, leur a mérité la reconnaissance de la Sainte et l’estime de la postérité. Cf. Jules Doinel : Jeanne d’Arc telle qu’elle est, p. 64 et suiv. - [8]
(1) Le notaire de la cour archiépiscopale, maître Guillaume Manchon, chanoine de la collégiale de Notre-Dame d’Andely et curé de S.-Nicolas le Paincteur à Rouen, avait été l’un des greffiers du procès. Homme de cœur, d’une loyauté réelle bien qu’elle n’ait pas toujours été inflexible, il était digne de la confiance que Jeanne lui témoigna à diverses reprises. Cf. Doinel, loc. cit., p. 67 ; R. P. Ayroles, La vraie Jeanne d’Arc, p. 626.
Maître Jean Massieu, curé de Saint-Cande à Rouen, avait rempli les fonctions d’appariteur ou d’huissier. Il n’avait pas craint de se compromettre par se charitable compassion envers la pauvre captive qu’il accompagnait de la prison au tribunal et à l’échafaud. Cf. Doinel, loc. cit., p. 68-69.
Quant à maître Jean Beaupère (Pulchri-Patris, comme disent les pièces latines du dossier), revenu depuis quelques jours de Besançon à Rouen pour y revendiquer sa prébende de chanoine (Cf. Ch. de Beaurepaire, Notes sur les juges, p. 27-30), on sent qu’il a gardé les préventions hostiles dont il était animé lors du procès. Il avait été l’adversaire résolu, parfois même hargneux, de la Pucelle. Sa déposition le montre devenu plus froid avec l’âge, mais toujours défavorable dans ses
conjectures
. - [9]
Procès, t. I, p. 322-326.
- [10]
Le roi d’Angleterre écrivit longuement toute l’histoire à l’empereur Sigismond. Ainsi s’exprime l’illustre inquisiteur dominicain, Jean Nider, dans son Formicarium (lib. V, cap. 8) :
… prout de hac historia rex anglie nostro imperatori Sigismondo satis late scripto tenus historiam innotuit.
Nous citons la phrase d’après un incunable, in-f°, caractères gothiques (impressum Auguste per Anthonium Sorg ; folio s 2 verso). C’est donc par erreur qu’Échard (Scriptores Ordinis Prædicatorum…, t. I, p. 793b), dit de l’ouvrage de Nider :
… editum bis in incunabilis typogr. fol. absque loco, typographo et anno.
Hain (Repertorium) en fait mention sous le n° 11832, ainsi que de deux autres, 11830 et 11831.
La lettre du roi d’Angleterre fut adressée non seulement à l’empereur Sigismond, mais aux princes de toute la chrétienté. Elle est datée de Rouen, 8 juin 1431. S’il faut appeler les choses par leur nom, c’est un chef-d’œuvre de mensonge et d’hypocrisie. Les prélats de France reçurent également une lettre spéciale du roi d’Angleterre sur le même sujet. Le texte de l’une et de l’autre a été publié par Quicherat, t. I, p. 485 et suiv.
- [11]
On voit en effet, dans le Formicarium (loc. cit.), que les entretiens du licencié de Paris, Nicolas Lamy, avaient fâcheusement impressionné Jean Nider : la conduite merveilleuse de Jeanne d’Arc et ses apparitions y sont appréciées dans le sens anglais. Néanmoins — et ceci a été trop peu remarqué — le savant et judicieux inquisiteur montre bien que sa conviction à cet égard n’est pas entière. Non seulement il indique ses sources d’information :
… prout a magistro nicolao amici licenciato in theologia audivi
comme pour en décliner la responsabilité, mais, dès le début de son récit, il prend soin d’avertir son interlocuteur qu’il entend réserver son jugement là-dessus :
… meum in sequentibus suspendo judicium, sed ea que publica vox tradit et fama referam (ibid. f° s 1 verso).
- [12]
L’Université de Paris, ennemie acharnée de la Pucelle après sa mort comme de son vivant, en écrivit au pape, à l’empereur, et au collège des cardinaux. Cf. Quicherat, t. I, p. 496 ; Du Boulay, Hist. Univers. Paris., t. V, p. 407-408.
- [13]
Le texte intégral de ce document se trouve dans Baronius : Annal. eccles., t. XXVIII, p. 556. Il n’y est pas question d’autre mission que de procurer la paix. Le pape envoie le cardinal tanquam pacis angelum et paciarium… cum potestate legati de latere [comme un ange de paix et pacificateur… avec le pouvoir d’un légat apostolique].
- [14]
Son aïeule maternelle était sœur du roi Charles V.
- [15]
D’abord bénédictin au prieuré de Saint-Martin des Champs, l’un des plus riches de l’Ordre de Cluny, il y prit le grade de docteur (doctor decretorum, dit Ciaconius), et fut bientôt après nommé prieur du monastère.
- [16]
Il fut promu au cardinalat dans le concile de Florence, et reçut le titre de cardinal-prêtre des SS. Sylvestre et Martin des Monts.
- [17]
Le cumul des bénéfices, archevêchés, évêchés, abbayes, prieurés et autres prébendes, était un abus malheureusement trop commun à cette époque. Le cardinal d’Estouteville eut la déplorable faiblesse de solliciter et d’accepter la collation simultanée ou successive de plusieurs sièges épiscopaux ou abbatiaux, où il ne résidait point. Titulaire de trois prieurés importants, il fut abbé du Mont-Saint-Michel, de Saint-Ouen à Rouen, de Montebourg ; évêque ou archevêque de Digne, de Béziers, de Lodève, et plus tard de Rouen, de Porto et Sainte-Rufine, de Saint-Jean de Maurienne, d’Ostie et Velletri. Il faut néanmoins reconnaître à sa décharge qu’il employa ses riches revenus avec une religieuse munificence, et qu’il se fit parfois un devoir de se substituer des prélats capables, afin d’accomplir par procuration les charges dont son absence l’empêchait de s’acquitter.
Pour tout ce qui concerne l’histoire de cet illustre personnage, voir : — Le P. Anselme, Hist. généalog. et chronolog…, t. VIII, p. 90 ; — dom Pommeray, Hist. des archev. de Rouen, p. 563-576 ; Ciaconius, Vitæ et res gestæ summ. pontif…, t. II p. 895-896 et 988 ; Gallia christiana, t. III, col. 1128-1129 ; t. VI, col. 360, 455, 562 ; t. XI, col. 90, 528, 852, etc. ; — Du Boulay, Hist. Univers. Paris., t. V, p. 56 ; — Crevier, Hist. de l’univ. de Paris, t. IV, p. 70 ; — de Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. V, p. 189 et suiv.
- [18]
L’ensemble des ordonnances qu’il édicta dans ce but est désigné sous le nom de réforme du cardinal d’Estouteville. Crevier (t. IV, p. 172) en a esquissé ainsi le caractère général :
C’est d’après ces précédentes loix [les anciens statuts] renouvelées, corrigées, suppléées, qu’implorant le secours du céleste et suprême législateur, il dresse son nouveau code, où brillent la sagesse, une fermeté accompagnée de modération, une grande attention aux mœurs, de sévères précautions contre les exactions indues et contre les fraudes.
Cf. Du Boulay, t. V, p. 552 et suiv.
- [19]
Sur les raisons du mécontentement royal, et sur les démarches habiles du légat pour le dissiper, cf. M. de Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. V, p. 193-198.
- [20]
M. Fabre (Procès de réhabilitation… t. I, p. 17) dit que le légat fut
sollicité par Isabelle Romée, la mère de Jeanne, qui réclamait auprès des autorités laïques et ecclésiastiques la réhabilitation de sa fille
. Nous mentionnons son affirmation à titre de conjecture plus ou moins vraisemblable ; mais elle ne nous paraît appuyée sur aucun document de l’enquête de 1452, et nous croyons, jusqu’à preuve du contraire, que le fait ne saurait passer pour historique. - [21]
Le légat fit, le 14 décembre 1451, son entrée solennelle à Lyon par la porte de la Lanterne (Archives de l’archevêché : Délibérations du chapitre de Lyon). Dans un ms. (1454 de la bibliothèque publique de Lyon), qui a pour titre Recueil sur Lyon, à l’article Cardinales legati, on lit la note suivante (f° 188 v°) :
Cardinalis d’Estouteville, olim canonicus ecclesie lugdunensis, legatus apostolicus Lugduni perhonorifice susceptus est, ex lib. 19 Actorum capituli 1451.
[Le cardinal d’Estouteville, autrefois chanoine de l’église de Lyon, légat apostolique, a été accueilli de manière très honorable à Lyon, selon le livre 19 des Actes du chapitre de 1451.]
Les évêques de Clermont et de Tulle qui avaient été députés pour le recevoir au nom du roi n’arrivèrent que le 29 décembre. Le 17 janvier suivant, les archives municipales de Lyon (BB 5 f° 157 v°) signalent encore sa présence dans la ville. Au mois de février, le cardinal rejoint Charles VII à Tours, et entame de suite les négociations avec une souplesse et une dextérité qui lui gagnent la bienveillance du souverain. Vers la fin d’avril, il se transporte à Rouen.
- [22]
Il faut être d’une incompétence absolue en matière de droit ecclésiastique pour ne pas reconnaître la régularité parfaite de la procédure. Dans les causes de ce genre, on peut agir juridiquement de trois manières différentes : par voie d’accusation, ou de dénonciation, lorsque la justice est saisie par des plaintes directes ; par voie d’enquête, quand la rumeur publique porte certains faits à la connaissance du juge. Tel est le cas ici, comme l’indique le protocole même de l’information préparatoire :
Propter famam currentem et multa quæ quotidie, ejus legatione durante, super dicto processu contra dictam Johannam agitato, ferebantur, assumpto secum prædicto venerabili patre magistro Johanne Brehal, inquisitore, nonnullas informationes præambulas et præparatorias fecit et fieri ordinavit. — (Quicherat, t. II, p. 292).
[En raison de la rumeur courante et des nombreuses choses qui, chaque jour, étaient rapportées pendant sa légation concernant le procès contre ladite Jeanne, avec le susdit vénérable père maître Jean Bréhal, inquisiteur, il a entrepris et ordonné de faire certaines informations préliminaires et préparatoires.]
D’après le Sexte de Boniface VIII et les Clémentines, le concours de l’inquisiteur était requis pour la validité de la sentence définitive. C’est sans doute la raison légale qui poussa le cardinal-légat à s’adjoindre Bréhal dès le début de l’enquête. Il est néanmoins loisible de conjecturer que des motifs de particulière confiance purent aussi déterminer le choix de la personne.
- [23]
Quétif et Échard : Scriptores Ord. Præd. t. I, p. 815b.
- [24]
R. P. Chapotin, O. P. : Études historiques sur l’ancienne province dominicaine de France.
- [25]
Les Chapitres généraux de l’Ordre de S. Dominique n’avaient pas encore fixé de la sorte l’âge canonique du baccalauréat, ni de la promotion au doctorat ; mais on peut aisément se rendre compte que ce laps de temps était nécessaire. Il fallait avoir terminé le cycle des études philosophiques et théologiques (c’est-à-dire un total de sept années, deux au Studium artium, deux au Studium naturalium, et trois au Studium Theologiæ), et le stage ordinaire dans l’exercice de l’enseignement (c’est-à-dire un minimum de quatre ans, continus ou non, de professorat théologique). Cf. Douais : Essai sur l’organisation des études dans l’Ordre des Frères Prêcheurs.
- [26]
Le chapitre Nolentes, au titre de hæreticis, dans les Clémentines, s’exprime ainsi :
Nolentes splendorem solitum negotii fidei per actus indiscretos et improbos quorumvis Inquisitorum hæreticæ pravitatis quasi tenebrosi fumi caligine obfuscari, hoc sacro Concilio approbante, statuimus nullis ex nunc, nisi qui quadragesimum ætatis annum attigerint, officium Inquisitionis prædictæ committi Inquisitoribus.
[Ne voulant pas que l’éclat ordinaire du travail de la foi soit obscurci par les actes indisciplinés et malhonnêtes d’un Inquisiteur de la perversité hérétique, tel un brouillard de fumée noire, le saint Concile approuvant, nous décrétons que désormais le bureau de l’Inquisition susmentionnée ne sera confié qu’à ceux qui auront atteint l’âge de quarante ans.]
- [27]
Le cilice de S. Louis y était conservé dans une châsse d’argent.
- [28]
Dans l’ordre de S. Dominique, chaque religieux appartient à une maison qui a la charge de son entretien ; sauf disposition contraire du Provincial, il y habite et y jouit des droits conventuels à titre de fils de la famille. — Cf. Constit. Ord. Præd. dist. I, cap. VII, textu II (Romæ, 1566, p. 29 verso).
- [29]
Crevier (t. IV, p. 135) rapporte que l’Université de Caen
avait obtenu une défense à tous les sujets de la province d’aller étudier à Paris
. Serait-ce le motif qui empêcha Bréhal d’être envoyé au couvent de Saint-Jacques de Paris pour y être gradué ?L’Université de Caen doit son origine à Henry VI, qui en 1432 établit d’abord les facultés de droit canon et de droit civil, puis, le 15 février 1437, y adjoignit une faculté des Arts et une faculté de Théologie. Le 30 mai suivant, une bulle du pape Eugène IV confirmait la fondation, et octroyait aux docteurs de Caen le pouvoir d’enseigner partout. Cf. Marcel Fournier : Statuts et privilèges des universités françaises, t. I, p. 145 et 148.
- [30]
Le bachelier, que dans certaines provinces de l’Ordre on désignait sous le nom de présenté, était le second des lecteurs chargés de professer la théologie au Studium solemne, ou Studium generale.
- [31]
Comptes de la ville, 1443 ; aux Archives de l’hôtel de ville d’Évreux.
La valeur intrinsèque de la livre correspondait, parait-il, à 6 francs 11 ou 12 centimes de notre monnaie actuelle. Mais la valeur relative était beaucoup plus grande, comme le montrent divers exemples que nous empruntons à M. Ch. de Beaurepaire :
les docteurs de l’Université employés au procès, dit-il, ont chacun 20 sous par jour ; le vice-inquisiteur a moins encore, vingt saluts d’or pour toutes ses vacations, ce qui revient à peu près à 15 sous par jour. Mais à la même époque, un président de l’Échiquier recevait 100 sous par jour, en outre de son traitement ordinaire de conseiller du roi, pendant toute la durée des assises, et l’on donnait à de simples ouvriers de 2 à 3 sous. — (Recherches, p. 105-106.)
- [32]
Le Saint Siège avait donné au maître général, et aux prieurs provinciaux des Frères Prêcheurs dans leurs territoires respectifs, commission de nommer inquisiteurs de la foi les religieux de leur Ordre, dont ils étaient mieux à même de connaître les aptitudes et l’idonéité. — Cf. Bernard Gui, Practica inquisitionis… (ms. 387, bibl. de la ville de Toulouse, f° 954) ; éd. Douais, p. 174 ; — Eymeric, Direct inquisit., part. III, quæst. III, p. 533. — Le commentateur Pegna cite à ce propos les rescrits des souverains pontifes Innocent IV et Alexandre IV qui concernent les dominicains, et ceux de Clément IV et d’Alexandre IV qui sont relatifs aux franciscains.
- [33]
Les documents de l’époque l’appellent
l’un des deux inquisiteurs de la perversité hérétique dans le royaume de France
. Il y avait en effet sur le territoire français deux inquisiteurs généraux : l’un, pour le Nord, résidait à Paris et portait le titre d’inquisiteur de France ; l’autre, pour le midi, résidait à Toulouse et portait le titre d’inquisiteur du Languedoc. - [34]
Nous empruntons ces expressions à la lettre Præ cunctis du pape Urbain IV :
Providimus igitur ibidem ad præsens personas aliquas circumspectas pro tanto negotio deputari, quarum honesta conversatio exemplum tribuat puritatis [alias pietatis], et doctrinam fundant erudita labia salutarem, ut sacro ipsarum ministerio præfatæ partes ab hujusmodi contagiis expurgentur… Quatenus in charitate Dei hominum timore postposito, virtutem spiritus induentes ex alto, prædictum officium, etc.
[Ainsi, nous avons prévu que, pour l’instant, une telle tâche ne serait confiée qu’à des personnes prudentes, dont la conduite honnête offre un exemple de pureté [ou de piété], et dont les paroles érudites fondent une doctrine salutaire, afin que par le saint ministère de ces personnes, les parties susmentionnées soient purgées de tels fléaux… Dans la charité de Dieu, négligeant la crainte des hommes, revêtant la puissance de l’Esprit d’en haut, le bureau susmentionné, etc.]
Cette lettre apostolique est datée de Montefiascone [V Kal. Aug.], le jeudi 28 juillet 1261. Elle est citée intégralement par Nicol. Eymeric : Direct. inquisit. 2a part. (pp. 129-131).
- [35]
Bernard Gui : Practica inquisit. ms. 387 de la bibl. de Toulouse, f° 127-1274 ; éd. Douais, p. 232-233.
- [36]
Échard (Script. ord. Præd., t. I, p. 815b) a noté ce cumul écrasant pour les forces d’un seul homme :
anno 1455 priorem agebat Parisiis in gymnasio San-Jacobaco, una et inquisitorem fidei generalem in regno Franciæ.
[En 1455, il exerçait la fonction de prieur au couvent Saint-Jacques de Paris, en même temps que celle d’inquisiteur général de la foi dans le royaume de France.]
La réunion de ces deux charges sur une même tête ne peut donner prise à un soupçon de cupidité, puisque le religieux élevé à la dignité priorale ne touche aucun émolument à raison de son titre.
- [37]
Sous le nom d’Ordres mendiants, il faut entendre les quatre grandes familles monastiques des dominicains, des franciscains, des carmes, et des ermites de S. Augustin.
- [38]
Cette constitution, qui n’est d’ailleurs que la confirmation de lettres apostoliques données par Eugène IV le 16 janvier 1447, est mentionnée dans une bulle de Calixte III en date du 23 mars 1457, où le pape raconte avec la plus scrupuleuse exactitude l’origine et les phases de la querelle. Nous nous sommes servis de ce dernier document pour compléter et rectifier les récits de Du Boulay, de Crevier, et surtout du continuateur de Fleury, dont le gallicanisme a troublé la vue jusqu’à lui faire prendre pour des réalités les fantômes de son imagination (Hist. ecclés., livre CXI ; t. XXIII, p. 9-12).
Pour les trois bulles dont nous venons de parler, cf. Bullarium Ord. FF. Præd. t. III : Const. CCCIV Eugen. IV, p. 206 ; — Const. XXVI Nicol. V, p. 256 ; — Const. XXVI Calixt. III, p. 362.
- [39]
Avec un souci minutieux de la vérité historique, Calixte III dit :
Dum pridem in vigilia Pentecostes proxime præterita præfatæ litteræ Nicolai Prædecessoris Nostri venerabili Fratri nostro episcopo Parisiensi, seu in ejus episcopali curia, præsentatæ forent, dilectus filius Guillelmus Riveti, Rector pro tunc Universitatis Parisiensis, easdem impediri fecit. etc. — (Bull. Ord. FF. Præd., t. III, p. 362.)
[Les lettres de notre vénérable prédécesseur Nicolas devaient été présentées la veille de la dernière Pentecôte à notre frère évêque de Paris, soit dans son épiscopat, soit dans sa cour épiscopale, quand notre cher fils Guillaume Rivet, alors recteur de l’Université de Paris, y fit obstacle.]
Les documents que nous avons sous les yeux ne nous apprennent pas pour quel motif les carmes se décidèrent à présenter la bulle de Nicolas V à l’évêque de Paris. Ces religieux savaient sans doute que le pape Calixte III venait de renouveler les mêmes privilèges, le 14 mars 1456. — Cf. Bull. Ord. FF. Præd., Const. XIV Calixt. III (t. II, p. 347). — Voir aussi Wadding : Annal. minor. t. VI, in Reg. Calixti III, act. XII, f° 81.
- [40]
Crevier, t. IV, p. 225-226. — Cf. du Boulay, t. V, p. 601-602 ; — Bull. Ord. FF. Præd. Const. XXVI Calixt. III, t. II, p. 362.
- [41]
À une réunion des facultés tenue le 9 juin 1456, le recteur s’en plaignit amèrement comme d’une chose contraire à la coutume et d’ailleurs étrangère aux attributions de l’inquisiteur. Après de vives récriminations et des menaces de citation reconventionnelle contre Bréhal, l’affaire paraît n’avoir pas eu de suites. — Cf. Crevier, t. IV. p. 241 ; — Du Boulay, t. V, p. 604 ; — Vallet de Viriville, Vie de Charles VII, t. III, p. 358.
Trois mois plus tard, le 31 août 1456, paraissait une bulle du pape Calixte III, qui pouvait servir à justifier la conduite de l’inquisiteur en cette circonstance. Bull. Ord. FF. Præd. Const. XIX Calixt. III, t. I, p. 354.
- [42]
L’archevêque de Reims, Jean Juvénal des Ursins, et l’évêque de Paris, Guillaume Chartier, avaient été avec Bréhal commissaires apostoliques dans l’affaire de la Pucelle. Il est vraisemblable que l’inquisiteur avait profité de ses relations presque quotidiennes pour les intéresser à la cause des Mendiants.
- [43]
Du Boulay, t. V, p. 615 ; Crevier, t. IV, p. 231-232.
- [44]
Le pape fut obligé d’intervenir par une bulle du 23 mars 1457, où il cassa les décisions de l’université de Paris, et confirma les privilèges des Mendiants relativement aux confessions et aux prédications. Cf. Archives du Rhône, fonds des dominicains, 1. Stephanus, no 110, une copie de cette bulle vidimée à Lyon à la requête des représentants des quatre ordres mendiants, le 26 avril 1457 par le cardinal Alain de Coëtivy du titre de Se Praxède, légat en France. Cf. aussi Bull. Ord. FF. Præd. Constit. XXVI Calixt. III (tom. II, p. 362-363).
- [45]
Cf. Quétif et Échard : Script. ord. Præd. t. I, p. 815-816a.
Nous avons pu le lire dans l’incunable même qui était à l’usage du P. Jacques Quétif et qui est conservé aujourd’hui à la bibliothèque nationale, Réserve, H-2. 120. Échard fait remarquer que l’édition n’indique ni le lieu ni l’année de l’impression, pas plus que le nom du typographe. C’est donc par erreur que cet exemplaire porte la date de 1479, ajoutée à la main ; car c’est celle de la seconde édition due aux presses d’André Boule. En tête du volume se trouve le Defensorium privilegiorum Mendicantium Engelberti Cultificis, dominicain hollandais dont le nom de famille, Messmaker, était ainsi traduit selon l’usage du temps.
- [46]
Cf. cap. IV.
On y remarque Alexandre de Halès, Pierre de Tarentaise, Pierre de la Palud, Darand de Saint-Pourçain, Scot, Noël Hervé, Aureolus, Robert Holcot, et plusieurs autres, dont le nom aujourd’hui ignoré brillait alors d’un vif éclat.
- [47]
Cf. cap. V :
Hoc expresse tenent et in suis lecturis ponunt doctores juris canonici nunc actu in Avenione legentes, a quibus etiam super hoc sententias petii, et recepi ; quorum primus est Johannes Payerii…
[Ceci est expressément soutenu et enseigné par les docteurs en droit canon d’Avignon, que j’ai sollicités sur cette question et dont j’ai reçu les opinions ; le premier d’entre eux, Jean Payer (évêque d’Orange)…]
- [48]
Cf. cap. VI.
- [49]
Cap. VII ad cap. XVI.
- [50]
Jacques Malbrancq (De morinis et morinorum rebus, t. II, p. 808) indique l’existence de ce ms. dans un passage qui a été reproduit par Échard. Il constate qu’on y trouve la description du mont Waten et les origines de l’ancien monastère de Notre-Dame ; mais il ne nous apprend rien de plus sur son contenu, ni sur les circonstances dans lesquelles il a été composé.
- [51]
Vallet de Viriville (Vie de Charles VII, t. III, p. 421) raconte le fait de la manière suivante :
Le roi envoya dans le pays une haute commission composée de l’archevêque de Reims, métropolitain de la Picardie, Jean Bréhal, supérieur des dominicains, et Guillaume Chartier, évêque de Paris. Ces délégués étaient précisément les promoteurs de la réhabilitation de la Pucelle… Au milieu d’un conflit qui agitait les populations, ils portèrent, avec l’autorité souveraine du roi, des paroles de paix, de conciliation, d’indulgence. Ces poursuites dirigées contre les Vaudois furent arrêtées, les prévenus mis hors de cause, et des actions civiles s’ouvrirent pour préparer à l’égard des biens les réparations compatibles avec les lois alors existantes.
Nous avons consulté à notre tour les sources auxquelles l’auteur dit avoir puisé : les Mémoires de Jacques du Clercq, et la Chronique de Mathieu d’Escouchy ; mais il nous semble qu’il les a interprétés trop largement, et aux dépens de la vérité historique. D’après les textes, il n’est nullement question d’un voyage fait à Arras par les trois personnages que Vallet de Viriville désigne comme composant la haute commission envoyée par le roi ; c’est à Paris même que ceux-ci ont vu et examiné les pièces du procès, qui leur avaient été rapportées d’Arras par deux délégués. Il ne s’agit pas davantage de la réhabilitation générale des Vaudois condamnés et exécutés ; l’affaire concerne un accusé seulement, qui avait fait défaut et avait été jugé par contumace. Quant au seigneur de Beaufort et à ses consorts, qui avaient appelé par devant le Parlement de Paris, le tribunal de l’inquisiteur n’eut pas à s’en occuper. Notre récit diffère donc sensiblement de celui que nous venons de citer ; mais nous tenions à ce qu’il fût strictement conforme aux données fournies par les Mémoires de Jacques du Clercq (liv. IV, chap. XXVII, p. 173-174, édition du Panthéon littéraire). La Chronique de Matthieu d’Escouchy (t. II, p. 420-421), publiée par M. G. du Fresne de Beaucourt, ne parle que de l’affaire du seigneur de Beaufort et de ses consorts.
- [52]
Cette expression de J. Du Clercq montre bien qu’il ne s’agit pas de Bréhal, qui est qualifié plus loin d’
inquisiteur de la foy ès marches de France
. - [53]
Telle est l’orthographe adoptée par l’archevêque de Reims dans quelques actes publics auxquels il apposa sa signature. Son père signait simplement Jehan Jouvenel, et ses frères Juvenel des Ursins.
Voir à ce sujet un intéressant article de M. Louis Batiffol dans Biblioth. de l’École des Chartes (1889, liv. 6, p. 537-558).
- [54]
On le voit, l’affaire est individuelle, ainsi que nous l’avons fait remarquer plus haut, et rien dans le texte de Jacques du Clercq n’autorisait Quicherat à généraliser comme il l’a fait, en écrivant que :
[Les commissaires] mirent à néant les poursuites exercées contre ces malheureux. Plusieurs ayant déjà péri, ils les réhabilitèrent comme ils avaient fait de Jeanne ; mais la réhabilitation cette fois entraîna des actions civiles, par suite desquelles le saint office eut à répondre en parlement. — (Aperçus nouveaux, p. 154).
Mais ce travestissement de l’histoire cadrait avec les idées de l’auteur, et fournissait un point de départ à une tirade contre le
joug inquisitorial
!Quant à l’effroi que Bréhal aurait conçu dès 1456 à la vue des
abus que pouvait enfanter un droit si contraire au droit naturel
, il faut avouer qu’il a été assez léger et surtout peu durable, ou bien que l’inquisiteur l’a surmonté avec un courage héroïque et une patience à toute épreuve, puisqu’il a continué pendant vingt ans encore à rendre la justice dans les mêmes conditions. - [55]
Ce manuscrit, coté à la Bibliothèque nationale sous le n° 13778, contient le récit des miracles opérés en 1299 par l’intercession de S. Louis, lors de la dédicace de l’église des Frères Prêcheurs d’Évreux. C’est vraisemblablement la meilleure des copies qui restent de cet ouvrage et d’après lesquelles, faute de posséder l’original, on a publié plusieurs éditions.
Cf. Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XX, p. 2.
- [56]
Quicherat, t. II, p. 68, note.
- [57]
Cf. Floquet, Histoire du parlement de Normandie, t. I, passim.
- [58]
On appelait ainsi les excuses que les prélats et barons empêchés d’intervenir aux séances présentaient à la cour souveraine, afin de ne pas encourir les pénalités qu’elle infligeait à ses membres dont l’absence ne paraissait pas justifiée.
- [59]
Un érudit, pour lequel les archives de Rouen n’ont pas de secrets, M. Ch. de Beaurepaire, a bien voulu nous assurer qu’il n’a pas été plus heureux dans cette recherche ; il estime que la citation est trop peu précise et qu’elle serait autrement formulée si elle eût été relevée par Quicherat lui-même. Le fait de l’erreur proviendrait de ce qu’il a été mal renseigné par un correspondant.
- [60]
Archives de l’Ordre à Rome : Reg. I Magistri Leon. de Mansuetis, f° 286 :
Conventus Ebroicensis, qui fuit reformatus a Provinciali, habuit confirmationem dictæ reformationis, et inde omnium secutorum ; et mandatur omnibus quod dictam reformationem observent ; et datur auctoritas Magistro Johanni Brehalli quod possit compescere prædicantes bullas in terminis dicti conventus, non obstantibus litteris eis concessis, si utantur in confusionem Ordinis et in scandalum. Datum Romæ, prima aprilis 1477.
[La réforme du couvent d’Évreux, entreprise par son Provincial, est confirmée et devra être observée par tous ses successeurs. Autorité est donnée à maître Jean Bréhal pour réprimer, dans les limites du couvent, ceux qui publieraient des bulles y entraînant confusion ou scandale, même lorsque des lettres leur avaient été accordées. Donné à Rome, le premier avril 1477.]
Il n’est pas nécessaire d’avoir étudié à fond l’histoire des Ordres religieux pour savoir les difficultés de toute sorte que les réformateurs rencontrent dans les entreprises de leur zèle. Sans parler des obstacles que les habitudes invétérées opposent à l’efficacité des meilleures intentions, il faut compter aussi avec la malice des hommes qui se complaisent dans les abus d’une vie relâchée et qui s’insurgent contre l’autorité lorsqu’elle s’emploie au rebours de leur manière de voir. Bréhal aura sans doute — la lettre du Maître général semble l’indiquer — été contraint de sévir et de rappeler au devoir ceux qui tentaient de se prévaloir de concessions apostoliques, vraies ou fausses, afin de se soustraire à la réforme. Que l’un des récalcitrants à l’obéissance soit allé jusqu’à se pourvoir devant une cour de justice séculière, comme l’Échiquier de Normandie, sous prétexte que le bailliage d’Évreux en dépendait, cela n’aurait rien de surprenant. Mais aucun document à notre connaissance n’appuie cette hypothèse, qui nous a été suggérée par la note de Quicherat mentionnée ci-dessus ; celle-ci toutefois ne saurait s’y rapporter, puisque la date de 1463 est antérieure de dix ans au moins aux évènements dont nous parlons.
- [61]
Archives de l’Ordre à Rome : Reg. II Magistri Leon. de Mansuetis, f° 18.
Magister Johannes Brehalli fuit factus vicarius super suo conventu Ebroicensi jam reformato, cum plenissima potestate ad manutenendam reformationem, et maxime communitatem camerarum, terminorum, pecuniarum et aliarum rerum, et potest Priorem absolvere et confirmare, et fratres expellere inutiles, et bonos recipere. Datum Romæ, 5 decembris 1478.
[Maître Jean Bréhal a été nommé vicaire de son couvent d’Évreux déjà réformé, avec autorité totale pour maintenir la réforme, en particulier la gestion commune des chambres, des domaines, des finances et d’autres biens ; et il a le pouvoir d’absoudre et de confirmer le Prieur, d’expulser les frères inutiles, et d’accepter les bons. Donné à Rome, le 5 décembre 1478.]
- [62]
Les manuscrits l’appellent fautivement Theodoricus. Ce canoniste, l’un des plus célèbres du XVe siècle, était né d’une famille noble de Teramo (Abruzze ultérieure).
Il tenait à vingt cinq ans les assises de la Rote. Pie II, qui l’appelait sa harpe à cause de son éloquence, le fit évêque de Feltre en 1462 ; en 1465, il fut transféré au siège de Trévise. Après avoir été sous trois papes la lumière du tribunal romain, après avoir fait abjurer Georges Podiebrad [Podebrady] et rempli les missions les plus importantes, il mourut à l’âge de 38 ans. — Quicherat (Procès, t. II, p. 22, note.)
Il fut créé cardinal en 1464, mais il ne put recevoir le chapeau (Cf. Ciaconius : Vitæ Pontificum, p. 961). Voir la lettre que le card. de Pavie écrivit au card. Bessarion à l’occasion de la mort de Théodore de Leliis ; elle est citée dans Bzovius : Annal. eccles. 1466. XI. (t. XVII, p. 566. col. 2), et dans Ciaconius et Oldoinus (t. II, col. 1115).
- [63]
Le ms. n° 1234 de l’Université de Bologne (publié par M. Du Bois de La Villerabel) a francisé son nom et l’appelle à tort Paul du Pont. Ce jurisconsulte éminent, né à Ceretto en Ombrie, était avocat consistorial dès 1440. — Cf. Louis Jacobilli, Bibliotheca umbrica, p. 219. (Fulginæ, 1658).
- [64]
Cf. de Beaurepaire, Recherches…, p. 97-98. — Archives de la Seine inf., fonds de l’archevêché, et fonds des Cordeliers.
- [65]
Cela résulte d’une lettre du légat à Charles VII (22 mai 1452), que nous citerons plus loin.
- [66]
Ces douze articles, enregistrés au ms. 5970 de la Bibliothèque nationale, ont été publiés par Quicherat, t. II, p. 293-295.
- [67]
Quicherat, Procès, t. II, p. 293 :
Examinati fuerunt testes infrascripti per prefatum reverendissimum Patrem in Christo Dominum Cardinalem de Estouteville, tituli Sancti-Martini in Montibus presbyterum cardinalem, Sanctæ Apostolicæ sedis de latere legatum in regno francie, et venerabilem virum fratrem Johannem Brehal, sacre theologie professorem, in regno francie alterum heretice pravitatis inquisitorem…
[Les témoins ci-dessous furent examinés par le révérendissime père en Christ, le seigneur cardinal d’Estouteville, prêtre cardinal au titre de Saint-Martin-des-Monts, légat du Saint Siège apostolique au royaume de France, et par le vénérable frère Jean Bréhal, professeur de théologie sacrée, également inquisiteur de la perversité hérétique au royaume de France.]
- [68]
Cf. Ch. de Beaurepaire, Notes sur les juges et les assesseurs, p. 108. D’autres auteurs écrivent Migier.
Le titre d’assesseurs, que les historiens ont coutume d’attribuer à un certain nombre de personnages ayant figuré au procès de condamnation, est la traduction du mot assidentibus employé par les greffiers. Mais il ne doit pas être pris ici dans l’acception étroite qu’on lui donne d’ordinaire dans les ouvrages de droit civil. Il ne s’agit pas de membres du tribunal : bien que partageant dans une certaine mesure la responsabilité, il ne leur appartenait pas de fixer le verdict et d’appliquer la loi. C’étaient, selon les usages juridiques de l’époque, des periti consulti, qu’on appelait à l’audience pour bénéficier de leurs lumières, surtout dans les questions théoriques. Leur présence à tous les actes du procès n’était pas requise ; ils pouvaient n’assister qu’à une ou à plusieurs séances, et s’ils y prenaient la parole soit pour donner leur avis, soit même pour interroger l’inculpé, ils ne le faisaient point en vertu d’une autorité judiciaire qui leur fût propre ; en d’autres termes, ils n’avaient aucune juridiction, et leurs votes étaient consultatifs, et non décisifs.
- [69]
Quicherat a publié le procès-verbal des interrogatoires, Procès, t. II, p. 297-309.
- [70]
Quicherat, t. II, p. 292 :
Quas quidem informationes, quia, obstante recessu suo, procedere sicut speraverat ad decretum citationis et ad examinationem processus non potuit, censuit apud ipsum inquisitorem et notarios dimittendas.
[Comme il ne put, en raison de son départ, procéder au décret de citation et à l’examen du procès comme il l’avait espéré, il décida d’en charger l’inquisiteur et les notaires.]
- [71]
Le décret de citation est en effet daté du 4 mai (Biblioth. nat., ms. 5970 f° 83 recto) :
Datum A. D. 1452 die jovis post Jubilate.
La messe dont l’introït commence par Jubilate est celle du 3e dimanche après Pâques.
[Note : Dans son Abrégé du procès en nullité (2023), Jean Gratteloup avance la date de citation d’une semaine, au 27 avril ; elle précède ainsi les auditions des témoins des 2 et 3 mai, ce qui paraît plus cohérent.]
- [72]
R. P. Ayroles, p. 235 :
Les voix se répartirent en nombre égal sur lui et sur Richard de Longueil, destiné à devenir comme évêque de Coutances un des juges apostoliques de la réhabilitation. Le litige fut porté devant le pape Nicolas V, qui le trancha en nommant, du consentement des deux candidats, le cardinal d’Estouteville lui-même à l’archevêché de Rouen.
- [73]
Quicherat en a publié le texte. Procès, t. II, p. 311-316.
- [74]
Voir le procès-verbal dans Quicherat, t. II, p. 317-377.
- [75]
Sur ces trois chanoines et sur les deux autres assesseurs, cf. de Beaurepaire, Notes sur les juges, p. 58, 69, 82, 118 et 109.
- [76]
Original, collection de D. Grenier, 238 (paquet 27, n° 2) ; publié par Quicherat, t. V, p. 366.
- [77]
Archives municipales d’Orléans, Reg. CC. 666 ; comptes de 1450 à 1452.
- [78]
Quicherat, t. V, p. 299.
- [79]
Il y séjourna un mois entier, du 20 mai au 21 juin.
- [80]
Cf. M. de Beaucourt, t. V, p. 209-210. Cf. M. de Beaucourt, t. V, p. 78 note, et p. 209.
- [81]
Bréhal l’atteste dans une lettre que nous reproduirons plus loin. Cf. Quicherat, t. II, p. 71.
- [82]
Ces deux paiements sont mentionnés dans les comptes de 1452 (Bibliothèque nationale, Cabinet des titres, vol. relié 685, f° 156 verso).
- [83]
Cf. M. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. V, p. 213 note.
- [84]
Le Summarium est sans contreseing ; l’auteur s’est contenté de mettre au colophon le titre de l’opuscule avec son nom, sans y ajouter aucune des qualifications honorifiques employées par les copistes, lorsqu’ils désignent une tierce personne. Nous y avons également remarqué en tête du premier traité de Pontanus [f° 2 r°] et du second mémoire de Théodore de Leliis [f° 49 r°] les mots Jhesus et Jhesus Maria, placés là suivant l’usage à peu près universel des écrivains religieux comme une sorte d’épigraphe ou de dédicace. Ils paraissent être de la même main que la signature de Bréhal. L’inspection du manuscrit tout entier, et surtout la comparaison des caractères, nous induit à penser que l’inquisiteur l’avait copié lui-même pour son usage personnel.
- [85]
Quicherat, t. II, p. 68.
- [86]
Quicherat, t. V, p. 498.
- [87]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 92 note.
- [88]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 92 note.
- [89]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 55 note, et p. 92 note.
- [90]
On lit en effet au f° 44 verso, ligne 6 :
Cetera suppleat prudencia consultorum
puis la signature de Paul Pontanus ; et immédiatement après, tout le paragraphe qui commence par ces mots :quia ipsa Johanna in cedula abjuracionis et in sentencia condempnacionis…
, et qui finit par ceux-ci :an juxta contenta in processu fuerit censenda talis
. Aucun titre, ni indication quelconque ne sépare ce paragraphe de celui qui est le premier du Summarium :Principaliora puncta atque graviora, etc…
L’examen du ms. 12722 de la Bibliothèque nationale nous a suggéré la cause probable de cette confusion. Le passage commençant par les mots :quia ipsa Johanna in cedula abjuracionis…
n’a pas été inséré à sa vraie place, c’est-à-dire f° 13 v° avant :cetera suppleat…
et la signature de Pontanus. Lorsque le copiste s’est aperçu de l’omission, il avait déjà transcrit sur le f° 14 r° le texte en langue vulgaire de l’abjuration de la Pucelle, et c’est seulement au f° 14 v° qu’il a réparé son oubli ; mais il a eu soin au f° 13 v° d’indiquer le renvoi :rerte f. ad tergum
.Un fait analogue a pu se produire dans l’exemplaire, aujourd’hui perdu, que l’inquisiteur envoya à Vienne. Le transcripteur allemand n’ayant pas pris garde au renvoi, ou ne l’ayant pas compris, ne l’a pas mentionné, et a laissé le paragraphe supplémentaire après la signature de Pontanus et en tête du Summarium de Bréhal. — Telle est, croyons-nous, l’origine de la confusion qui s’est perpétuée jusqu’ici.
- [91]
Quicherat, t. V, p. 429.
- [92]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 55-71.
- [93]
Un élève distingué de l’École française de Rome, M. Jean Guiraud, a bien voulu collationner pour nous le ms. ottobonien 2284. Nous ne saurions trop le remercier de son utile concours et de l’obligeance avec laquelle il s’est empressé de déférer à notre désir.
- [94]
Dans le ms. 12722, ce titre ne se trouve pas en tête, mais il est indiqué au colophon.
- [95]
Le cod. ottobonien 2284 est moins concis. On y lit :
Principaliora puncta atque graviora, super quibus Johanna Puella fuit tamquam heretica condemnata et ignis supplicio tradita, secuntur : necnon et ejus responsiones ad illa, subtancialiter de processu perstricta, etc.
Sauf l’etc. et quelques légères différences d’orthographe, c’est la leçon éditée par M. Lanéry d’Arc, p. 93.
- [96]
Il nous paraît superflu pour le but que nous poursuivons de spécifier en détail dans les notes à quelle date, à quelle séance, à quel interrogatoire, à quelle déposition de témoin, ou à quelle autre pièce du procès sont empruntées nos citations. Comme d’ailleurs nous renvoyons au volume et à la page de Quicherat, il sera toujours facile au lecteur de se renseigner, s’il le désire, sur ces divers points de fait. Par brièveté, nous indiquerons l’éditeur par les premières lettres de son nom.
- [97]
Quicherat, t. I, p. 51-52 :
Ulterius confessa fuit, quod, dum esset ætatis XIII annorum, ipsa habuit vocem a Deo, pro se juvando ad gubernandum. Et prima vice habuit magnum timorem. Et venit illa vox quasi hora meridiana, tempore æstivo, in horto patris sui…
Quicherat, t. I, p. 65 :
Item dixit quod ipsa tenet quod erat in ætate tredecim annorum vel circiter, quando prima vox venit ad cam.
Quicherat, t. I, p 216 :
Confessa fuit quod, dum erat ætatis XIII annorum, habuit vocem seu revelationem a Domino nostro, pro juvando eam ad se gubernandam ; et prima vice habuit magnum timorem ; et fuit hora quasi meridiei, tempore æstivali ; et erat in horto patris sui…
Quicherat, t. I, p. 170-171 :
Item respont que, à la première fois elle fist grant doubte se c’estoit sainct Michiel. Et à la première fois oult grant paour ; et si le vist maintes fois, avant quelle sceust que ce fust saint Michiel.
Interroguée pourquoy elle congneust plus tost… que c’estoit il, que à la fois première : respont que à la première fois, elle estoit jeune enfant, et onlt paour de ce ; depuis lui enseigna et monstra tant qu’elle creust fermement que c’estoit il.
Quicherat, t. I, p. 52 :
Postquam audivit ter illam vocem, cognovit quod erat vox angeli.
Quicherat, t. I, p. 217 :
Quam postquam audivit trina vice, cognovit eam esse vocem angeli.
- [98]
M. Lanéry d’Arc a lu :
quod Deus illam diligeret…
Quicherat, t. I, p. 274 :
Item dixit, quod credit quod erat sanctus Michael qui apparebat sibi, propter bonam doctrinam quam sibi ostendebat.
Quicherat, t. I, p. 171 ; et p. 257 :
Interroguée quelle doctrine il luy enseigna : respond, sur toutes choses il luy disoit qu’elle fust bon enfant, et que Dieu luy aideroit ; et entre les autres choses qu’elle veinst au secours du roy de France… ; et luy racontet l’ange la pitié qui estoit au royaume de France.
- [99]
Quicherat, t. I, p. 72 :
Item dixit quod habuerat confortacionem a sancto Michaele.
Quicherat, t. I, p. 218 :
Interrogata si sanctus Michael primo apparuit ei : respondit quod sic, a quo habuit confortationem.
Quicherat, t. I, p. 73 ; et p. 218 :
Interrogata quæ fuit prima vox veniens ad eam, dum esset ætatis XIII annorum vel circiter : respondit quod fuit sanctus Michael, quem vidit ante oculos suos ; et non erat solus, sed erat bene associatus angelis de coelo.
- [100]
Quicherat, t. I, p. 128 :
Item dit que la première fois qu’elle oy sa voix, elle voa sa virginité tant qu’il plairoit à Dieu. Et estoit en l’aage de XIII ans, ou environ.
- [101]
Quicherat, t. I, p. 187 ; et p. 211 :
Interroguée s’elle sçait rien de ceulx qui vont en l’erre avec les fées respond qu’elle n’en fist oncques, ou sceust quelque chose ; mais a bien ouy parler, et que on y aloit le jeudi ; mais n’y croist point, et croist que ce soit sorcerie.
- [102]
Cod. ottobonien. 2284 :
juxta arborem dez Faées
.Quicherat, t. I, p. 66-67 :
Interrogata fuit de quadam arbore existente prope villam ipsius. Ad quod respondit quod satis prope villam de Dompremi est quædam arbor vocata arbor Dominarum, et alii vocant eam arborem Fatalium, gallice des Faées, juxta quam est unus fons ; et audivit dici quod infirmi febricitantes potant de illo fonte, et vadunt quæsitum de aqua illius pro habenda sanitate.
Quicherat, t. I, p. 87 ; et p. 211 :
Interrogata si apud fontem qui est juxta arborem, prædictæ sanctæ [Katharina et Margareta] locutæ sunt cum ea : respondit quod sic, et quod audivit eas ibi ; sed quid sibi tunc dixerunt, nescit.
- [103]
Quicherat, t. I, p. 57 :
Item dixit dicta Johanna quod non est dies quin audiat illam vocem, et etiam bene indiget.
Quicherat, t. I, p. 73 :
Interrogata an vidit sanctum Michaelem et angelos illos corporaliter et realiter : respondit : Ego vidi cos oculis meis corporalibus, æque bene sicut ego video vos.
Quicherat, t. I, p. 93 :
Dixit etiam quod ipsum sanctum Michaelem et illas sanctas ita bene vidit quod bene scit eas esse sanctos et sanctas in paradiso.
Quicherat, t. I, p. 93 :
Interrogata an credit quod sanctus Michael et sanctus Gabriel habeant capita naturalia : respondit : Ego vidi ipsos oculis meis, et credo quod ipsi sunt, æque firmiter sicut Deus est.
Quicherat, t. I, p. 218 :
Interrogata si viderit sanctum Michaelem et angelos corporaliter et formaliter : respondit quod oculis suis corporcis, æque bene sicut videbat assistentes in judicio.
- [104]
M. Lanéry d’Arc :
ab omni parte ; usque ad voces audiebat, figurasque… etc.
Quicherat, t. I, p. 71 :
Et figuræ carum sunt coronatæ pulchris coronis, multum opulenter et multum pretiose.
Quicherat, t. I, p. 85 :
Interrogata si videt cas semper in eodem habitu : respondit quod videt semper eas in eadem forma ; et figuræ earum sunt coronatæ multum opulenter.
Quicherat, t. I, p. 52 :
Audivitque vocem a dextro latere versus ecclesiam, et raro eam audit sine claritate ; quæ quidem claritas est ab eodem latere in quo vox auditur, sed ibi communiter est magna claritas.
Quicherat, t. I, p. 75 :
Interrogata, quando vidit illam vocem quæ venit ad ipsam, utrum ibi erat lumen : respondit quod ibi erat multum de lumine ab omni parte, et quod hoc bene decet.
Quicherat, t. I, p. 75 :
Interrogata an ibi erat lumen : respondit : ibi erant plusquam trecenti milites, et quinquaginta tædæ seu torchiæ, sine computando lumen spirituale ; et raro habeo revelationes quin ibi sit lumen.
Quicherat, t. I, p. 64 :
Interrogata si in duobus diebus novissimis quibus audivit voces advenerit ibi aliquod lumen : respondit quod in no mine vocis venit claritas.
- [105]
Quicherat, t. I, p. 86 :
Interrogata qualem figuram ibi videt : respondit quod videt faciem.
Quicherat, t. I, p. 86 :
Interrogata an illac sanctæ apparentes habent capillos : respondit : bonum est ad sciendum.
Interrogata an aliquid erat medium inter coronas earum et capillos : respondit quod non.
Quicherat, t. I, p. 186 :
Interroguée s’elle baisa ou accola oncques sainctes Katherine et Marguerite : respond elle les a accolez toutes deux.
Interroguée se ilz fleuroient bon : respond : Il est bon à savoir, et sentoient bon.
Quicherat, t. I, p. 85 :
Interrogata qualiter scit quod res sibi apparens est vir vel mulier : respondit quod bene scit, et cognoscit eas ad voces ipsarum, et quod sibi revelaverunt.
Quicherat, t. I, p. 72 :
Interrogata, quomodo scit quod sunt illæ duæ sanctæ ; an bene cognoscat unam ab altera : respondit quod bene sci quod sunt ipsæ, et bene cognoscit unam ab altera.
Interrogata quomodo bene scit unam ab altera : respondit quod cognoscit eas per salutationem quam ei faciunt… Dixit etiam quod illas sanctas per hoc cognoscit quod se nominant ei.
- [106]
Quicherat, t. I, p. 86 :
Dixit etiam quod nescit an ibi aliquid erat de brachiis, vel an erant alia membra figurata.
- [107]
Quicherat, t. I, p. 86 :
Item dicit quod loquebantur optime et pulchre, et eas optime intelligebat.
Quicherat, t. I, p. 86 :
Interrogata qualiter loquebantur, cum non haberent membra : respondit : Ego me refero ad Deum. Item dicit quod vox illa est pulchra, dulcis et humilis, et loquitur idioma gallicum.
Quicherat, t. I, p. 52 ; et p. 217 :
Dixit etiam quod sibi videbatur esse digna vox.
Quicherat, t. I, p. 65 :
Vox ipsa est bona et digna.
- [108]
Quicherat, t. I, p. 64 :
Item dixit quod illa nocte, dixit [vox] sibi multa pro bono regis sui, quæ vellet ipsum regem tunc scire.
Quicherat, t. I, p. 88 :
Dixit etiam quod bene scit quod rex suus lucrabitur regnum Franciæ ; et hoc ita bene scit, sicut sciebat quod eramus coram ea in judicio.
Quicherat, t. I, p. 144-145 :
Interroguée se ce fut par le mérite d’elle que Dieu envoya son angle : respond, il venoit pour grande chose ; et fut en espérance que le roy creust le signe, et on laissast à la arguer, et pour donner secours aux bonnes gens d’Orléans, et aussi pour le mérite du roy et du bon duc d’Orléans.
Quicherat, t. I, p. 184 :
… respond que… Dieu l’a envoyée au secours du roy de France.
Quicherat, t. I, p. 171 :
Interroguée quelle doctrine il luy enseigna : respond, … et entre les autres choses qu’elle veinst au secours du roy de France…
Quicherat, t. I, p. 53 ; et p. 216 :
Dixit etiam…. quod vox illa dicebat sibi quod levaret obsidionem, coram civitate Aurelianensi positam.
Quicherat, t. I, p. 79 ; et p. 251 :
Dicit etiam quod erat bene secura quod levaret obsidionem Aurelianensem, per revelationem sibi factam : et ita dixerat regi suo antequam illuc veniret.
Quicherat, t. I, p. 145 :
Interroguée pourquoy elle, plus tost que ung autre : respond, il pleust à Dieu ainsi faire par une simple pucelle, pour rebouter les adversaires du roy.
- [109]
Quicherat, t. I, p. 173 :
Item dit quelle croist aussi fermement les ditz et les fais de saint Michiel, qui s’est apparu à elle, comme elle croist que Notre Seigneur Jeshu-Crist souffrit mort et passion pour nous.
Quicherat, t. I, p. 274-275 :
Item, dit qu’elle croist aussi fermement, qu’elle croist que nostre Seigneur Jeshu-Crist a souffert mort pour nous racheter des paines d’enfer, que ce soient saincts Michiel, Gabriel, sainctes Katherine et Marguerite que Nostre Seigneur luy envoye, pour la conforter et conseiller.
Quicherat, t. I, p. 67 :
Item dixit quod credit firmiter et æque firmiter sicut credit fidem christianam et quod Deus redemit nos a pœnis inferni, quod ista vox venit a Deo et ex sua ordinatione.
Quicherat, t. I, p. 63 :
Interrogata utrum illa vox quam dixit sibi apparere sit unus angelus, vel utrum sit a Deo immediate, vel an sit vox unius sancti, vel sanctæ : respondit : illa vox venit ex parte Dei.
Quicherat, t. I, p. 170 :
Et dit oultre que saint Michiel, quant il vint à elle, luy dist que sainctes Katherine et Marguerite vendroient à elle, et qu’elle feist par leur conseil, et estoient ordonnées pour la conduire et conseiller en ce qu’elle avoit à faire, et qu’elle les creust de ce qu’elles luy diroient, et que c’estoit par le commandement de Nostre Seigneur.
Quicherat, t. I, p. 157 :
Interroguée s’elle croist que ses voix soient saincte Marguerite et saincte Katherine : respond que ouil, et de Dieu.
- [110]
Quicherat, t. I, p. 174 :
Et ce qui la meust à le croire, c’est le bon conseil, confort et bonne doctrine qu’il luy a fais et donnés.
Quicherat, t. I, p. 72 :
Dixit etiam quod bene sunt septem anni elapsi, quod ipsam acceperunt [voces] gubernandam.
Quicherat, t. I, p. 72 :
Ulterius confessa fuit quod, dum esset ætatis XIII annorum, ipsa vocem habuit a Deo pro se juvando ad gubernandum.
Quicherat, t. I, p. 52 ; et p. 217 :
Interrogata quale documentum sibi dicebat illa vox pro salute animæ suæ : dixit quod docuit cam se bene regere, frequentare ecclesiam…
Quicherat, t. I, p. 128 :
Item dit que la première fois qu’elle oy sa voix, elle voa sa virginité, tant qu’il plairoit à Dieu.
Quicherat, t. I, p. 171 :
Et lui racontet l’ange la pitié qui estoit au royaume de France.
Quicherat, t. I, p. 169 :
Et dit oultre que, quelque chose qu’elle feist oncques en ses grans affaires, elles l’ont tousjours secourue, et ce est signe que ce soient bons esperits.
- [111]
M. Lanéry d’Arc :
quando pulsatur campana pro Ave Maria.
Le texte ms. 13873 [f° 10 r°] est fautif. On y lit :
Neque aliquid ab eis unquam petivit in salvacionem anime sue.
Quicherat, t. I, p. 61-62 :
Item interrogata qua hora, hesterno die, ipsam vocem audiverat : respondit, quod ter in illo die ipsam audiverat : scmel de mane, semel in vesperis, et tertia vice cum pulsaretur pro Ave Maria de sero ; et multociens audit eam pluries quam dicat.
Quicherat, t. I, p. 217 :
Prima mane, secunda in vesperis, et tertia à l’Ave Maria.
Quicherat, t. I, p. 395 :
Item interrogata an quotiens sanctæ Katharina et Margareta veniunt ad cam, ipsa se consignet signo crucis : respondi quod aliquando facit signum crucis, et aliquando non.
Quicherat, t. I, p. 179 :
Interroguée quel garant et quel secours elle se actend avoir de Nostre Seigneur, de ce qu’elle porte abit d’omme : respond que, tant de l’abit que d’autres choses qu’elle a fais, elle n’en a voulu avoir autre loyer, sinon la salvacion de son âme.
- [112]
Quicherat, t. I, p. 75 :
Respondit quod nihil mundi fecit in his quæ egit, nisi de præcepto Dei.
Quicherat, t. I, p. 78 :
Ego vobis satis dixi quod nihil feci nisi de præcepto Dei.
Quicherat, t. I, p. 132-133 :
Interroguée se la voix luy commanda qu’elle prinst abit d’omme : respond : tout ce que j’ay fait de bien, je l’ay fait par le commandement des voix.
Quicherat, t. I, p. 168 :
Interroguée s’elle fait et accomplist toujours ce que ses voix lui commandent respond que de tout son pouvoir elle accomplist le commandement de Nostre Seigneur à elle fait par ses voix, de ce qu’elle en sçait entendre ; et ne luy commandent rien sans le bon plaisir de Nostre Seigneur.
Quicherat, t. I, p. 45 :
Ipsa rursum respondit quod de patre et matre, et his quæ fecerat, postquam iter arripuerat in Franciam, libenter juraret ; sed de revelationibus ex parte Dei nunquam alicui dixerat seu revelaverat, nisi soli Karolo quem dicit regem suum ; nec etiam revelaret si deberet eidem caput amputari ; quia hoc habebat per visiones, sive consilium suum secretum, ne alicui revelaret.
Quicherat, t. I, p. 63 :
Interrogata an vox prohibuerit sibi ne diceret totum quod ab ea peteretur ; dixit : Ego non respondebo vobis de illo. Et habeo revelationes tangentes regem, quas ego non dicam vobis.
Quicherat, t. I, p. 71 :
De hoc quod tangit revelationes tangentes regem Franciæ, ipsa non dicet sine licentia vocis suæ.
Cf. Quicherat, t. I, p. 90.
- [113]
Quicherat, t. I, p. 62 :
Item interrogata quid vox dixit sibi, quando fuit excitata : respondit quod ipsa petivit eidem voci consilium de hoc quod ipsa debebat respondere ; dicens eidem voci ut peteret de hoc consilium a Domino ; ei dixit et quod Deus juvaret eam.
Quicherat, t. I, p. 140 :
Et luy a dit plusieurs fois qu’elle responde hardiennent aux juges de ce qu’ils demanderont à elle, touchant son procès.
- [114]
Quicherat, t. I, p. 109-110 :
Interroguée s’elle fut longuement en celle tour de Beaurevoir : respond qu’elle y fut quatre mois ou environ ; et dist, quant elle sceut les Anglois venir, elle fut moult courroucée ; et toutes voies, ses voix luy défendirent plusieurs fois qu’elle ne saillist ; et enfin, pour la doubte des Anglois, sailli et se commenda à Dieu et à Nostre-Dame, et fut blecée. Et quant elle eust sailli, la voix saincte Katherine lui dist qu’elle fit bonne chière [quod faceret bonum vultum], et qu’elle gariroit, et que ceulx de Compiègne auroient secours…
Quicherat, t. I, p. 151 :
Interroguée se ce sault, ce fut du conseil de ses voix : respond, saincte Katherine luy disoit presque tous les jours qu’elle ne saillist point, et que Dieu luy aideroit et mesmes à ceulx de Compiègne ; et la dicte Jehanne dist à saincte Katherine, puisque Dieu aideroit à ceulx de Compiègne elle y vouloit estre. Et saincte Katherine luy dist : sans faulte, il fault que prenés en grés, et ne serés point délivré, tant que aiés veu le roy des Anglais. Et la dicte Jehanne respondoit : Vrayement ! je ne le voulsisse point veoir ; j’aymasse mieulx mourir que d’estre mise en la main des Angloys.
Quicherat, t. I, p. 151-152 :
Item, dit que, puisqu’elle fut cheue, elle fut deux ou trois jours qu’elle ne vouloit mengier ; et mesmes aussi pour ce sault fut grevée tant, qu’elle ne povoit ne boire ne mangier ; et toutes voies fut réconfortée de saincte Katherine, qui luy dit qu’elle se confessast, et requérist mercy à Dieu de ce qu’elle avoit sailli ; et que sans faulte ceulx de Compiègne auroient secours dedans la saint Martin d’yver.
Quicherat, t. I, p. 169 :
Et quant est du sault du dongon de Beaurevoir qu’elle fist contre leur commandement, elle ne s’en peust tenir ; et quant elles virent sa nécessité, et qu’elle ne s’en sçavoit et povoit tenir, elles luy secourirent sa vie et la gardèrent de se tuer.
Quicherat, t. I, p. 172 :
Interroguée s’elle croist point grant péchié de courroucer saincte Katherine et saincte Marguerite qui se appairent à elle, et de faire contre leur commandement : dist que ouil, qui le sçait amender ; et que le plus qu’elle les courrouçast onc ques, à son advis, ce fut du sault de Beaurevoir, et dont elle leur a crié mercy, et des autres offenses qu’elle peust avoir faictes envers elles.
Quicherat, t. I, p. 160-161 :
Et après le sault s’en est confessée, et en a requis mercy à Nostre Seigneur, et en a pardon de Nostre Seigneur. Et croist que ce n’estoit pas bien de faire ce sault, mais fust mal fait. Item, dit qu’elle sçait qu’elle en a pardon par la relacion de saincte Katherine, après qu’elle en fut confessée ; et que, du conseil de saincte Katherine, elle s’en confessa.
- [115]
Quicherat, t. I, p. 73 :
Et quando recedebant a me, plorabam ; et bene voluissem quod me secum deportassent.
Quicherat, t. I, p. 144 :
Interroguée comme celluy ange se départit d’elle : respond : il départit d’elle en celle petite chappelle ; et fut bien courroucée de son partement ; et plouroit ; et s’en fust voulentiers allée avec luy : c’est assavoir son âme.
Quicherat, t. I, p. 144 :
Interroguée se au partement, elle demoura joyeuse, ou effrée et en grant paour : respond : Il ne me laissa point en paour ne effrée ; mais estoie courroucée de son partement.
- [116]
Quicherat, t. I, p. 87 :
Dicit etiam quod promiserunt ipsam Johannam conducere in paradisum, et ita ab eis requisivit.
Quicherat, t. I, p. 155 :
Et après lui dient ses voix : Pran tout en gré, ne te chaille de ton martire ; tu t’en vendras enfin en royaulme de Paradis. Et ce luy dient ses voix simplement et absoluement, c’est assavoir sans faillir ; et appelle ce, martire, pour la paine et adversité qu’elle souffre en la prison, et ne sçait se plus grand souffrira ; mais s’en actend à Nostre Seigneur.
- [117]
Quicherat, t. I, p. 181 :
Respond, tout l’estaindart estoit commandé par Nostre Seigneur, par les voix de sainctes Katherine et Margarite, qui luy dirent : Pren l’estaindart de par le Roy du ciel ; … elle y fist faire celle figure de Nostre Seigneur et de deux angles, et de couleur ; et tout le fist par leur commandement.
Quicherat, t. I, p. 182 :
Interroguée se alors elle leur demanda se, en vertu de celluy estaindart, elle gaigneroit toutes les batailles où elle se bouteroit, et qu’elle auroit victoire respond qu’ilz luy dirent qu’elle prinst hardiement, et que Dieu luy aideroit.
Quicherat, t. I, p. 182 :
Interroguée qui aidoit plus, elle à l’estaindart, ou l’estaindart à elle respond que de la victoire de l’estaindart ou d’elle, c’estoit tout à Nostre Seigneur.
Quicherat, t. I, p. 182 :
Interroguée se l’esperance d’avoir victoire estoit fondée en son estaindart ou d’elle : respond Il estoit fondé en Nostre Seigneur, et non ailleurs.
- [118]
Quicherat, t. I, p. 53 :
Dixit ulterius vocem præfatam sibi dixisse, quod ipsa Johanna iret ad Robertum de Beaudricuria, apud oppidum de Vallecoloris, Capitaneum dicti loci, et ipse traderet sibi gentes secum ituras : et ipsa Johanna tunc respondit quod erat una pauper filia, quæ nesciret equitare, nec ducere guerram.
- [119]
Quicherat, t. I, p. 130 :
Interroguée se ses voix l’ont point appellée fille de Dieu, fille de l’Église, la fille au grant cuer : respond que au devant du siège d’Orléans levé, et depuis, tous les jours, quant ilz parlent à elle, l’ont plusieurs fois appellée Jehanne la Pucelle, fille de Dieu.
Quicherat, t. I, p. 326 :
Interroguée s’elle a commandement de ses voix qu’elle ne se submecte point à l’Église militant, qui est en terre, ne au jugement d’icelle : respond qu’elle ne respond chose qu’elle prengne en sa tête ; mais ce qu’elle respond, c’est du commandement d’icelles ; et ne commandent point qu’elle n’obéisse à l’Église, nostre sire premier servi.
- [120]
Quicherat, t. I, p. 456 :
Interroguée qu’elles luy ont dit : respond qu’elles luy ont dit que Dieu luy a mandé par sainctes Katherine et Marguerite la grande pitié de la trayson que elle consenty en faisant l’abjuracion et révocacion, pour sauver sa vie ; et que elle se dampnoit pour sauver sa vie… Item, dist que, se elle diroit que Dieu ne l’avoit envoyée, elle se dampneroit ; que vray est que Dieu l’a envoyée. Item, dist que ses voix luy ont dit depuis, que avoit fait grande mauvestié de ce qu’elle avoit fait, de confesser qu’elle n’eust bien fait. Item, dist que de paour du feu, elle a dit ce qu’elle a dit.
- [121]
Quicherat, t. I, p. 279 :
Interroguée par quelle manière elle les requiert : respond : Je réclame Nostre Seigneur et Nostre Dame qu’il me envoye conseil et confort ; et puis le me envoye.
Interroguée par quelles paroles elle requiert : respond qu’elle requiert par ceste manière : Très doulx Dieu, en l’onneur de vostre saincte Passion, je vous requier, se vous me aimés, que vous me révélez que je doy respondre à ces gens d’église. Je scay bien, quant à l’abit, le commandement comme je l’ai prins ; mais je ne scay point par quelle manière je le doy laisser. Pour ce plaise vous à moy l’anseigner. Et tantoust ils viennent.
- [122]
Quicherat, t. I, p. 474 :
Dicimus et decernimus te revelationum et apparitionum divinarum mendosam confictricem, perniciosam seductricem, præsumptuosam, leviter credentem, temerariam, superstitiosam, divinatricem, blasphemam in Deum, sancet tos sanctas…
- [123]
Quicherat, t. I, p. 87 :
Sibi dixerunt [voces] quod Rex suus restitueretur in regnum suum, velint adversarii ejus aut nolint.
Quicherat, t. I, p. 88 :
Dixit etiam quod bene scit quod Rex suus lucrabitur regnum Franciæ ; et hoc ita bene seit sicut sciebat quod eramus coram ea in judicio.
- [124]
Quicherat, t. I, p. 53 ; et p. 216 :
Dixit etiam quod……. vox illa sibi dicebat quod levaret obsidionem coram civitate Aurelianensi positam.
Quicherat, t. I, p. 79 ; et p. 251 :
Dixit etiam quod erat bene secura quod levaret obsidionem Aurelianensem per revelationem sibi factam ; et ita dixerat regi suo antequam illuc veniret ». (Quicherat, t. I, p. 79 ; et p. 251).
Quicherat, t. I, p. 79 :
Bene dixit gentibus suis quod non dubitarent et levarent obsidionem.
Quicherat, t. I, p. 231-232 :
Item, cum dicta Johanna devenit ad præsentiam dicti Karoli, sie induta et armata ut præmissum est, inter alia tria sibi promisit : primum, quod levaret obsidionem Aurelianensem ; secundum, quod faceret eum coronare Remis ; et tertium, quod vindicaret eum de suis adversariis, cosque omnes sua arte aut interficeret, aut expelleret de hoc regno, tam Anglicos quam Burgundos. Et de istis promissis, pluries et in pluribus locis publice, dicta Johanna se jactavit.
Quicherat, t. I, p. 232 :
Respond qu’elle confesse qu’elle porta les nouvelles de par Dieu à son roy ; que nostre Sire lui rendroit son royaume, le feroit couronner à Reims, et mectre hors ses adversaires. Et de ce en fut messagier de par Dieu ; et qu’il la meist hardiement en œuvre ; et qu’elle lèveroit le siège de Orléans.
- [125]
Quicherat, t. I, p. 76 ; et p. 235 :
Dixit etiam, dum esset Turonis vel in Chaynone, misit quæsitum unum ensem existentem in ecclesia sanctæ Katherinæ de Fierbois retro altare ; et statim post repertus fuit omnino rubiginosus.
Interrogata qualiter sciebat illum ensem ibi esse : respondit quod ille ensis erat in terra rubiginosus in quo erant quinque cruces ; et scivit ipsum ibi esse per voces, nec unquam viderat hominem qui ivit quæsitum prædictum ensem.
Scripsitque viris ecclesiasticis illius loci quatenus placeret eis ut ipsa haberet illum ensem, et ipsi miserunt cum. Nec erat multum sub terra retro altare, sicut ei videtur ; tamen nescit proprie an erat ante altare vel retro, sed existimat se scripsisse tunc quod prædictus ensis erat retro altare…
- [126]
Quicherat, t. I, p. 178 :
Interroguée se Dieu hait les Angloys : respond que de l’amour ou haine que Dieu a aux Angloys, ou que Dieu leur feit à leurs âmes, ne scait rien ; mais scait bien que ilz seront boutéz hors de France, excepté ceulx qui y mourront ; et que Dieu envoyera victoire aux Francoys et contre les Angloys.
Quicherat, t. I, p. 84 :
Item dicit quod antequam sint septem anni, Anglici dimittent majus vadium quam fecerint coram Aurelianis, et quod totum perdent in Francia. Dicit etiam quod præfati Anglici habebunt majorem perditionem quam unquam habuerunt in Francia ; et hoc erit per magnam victoriam quam Deus mittet Gallicis.
Quicherat, t. I, p. 239 :
Item, dit que se les Anglois eussent creu ses lectres, ils eussent fait que saiges ; et que avant que soit sept ans, ils s’en appercevroient bien de ce qu’elle leur escripvoit.
Quicherat, t. I, p. 252 :
Dicit quod ante septennium Anglici dimittent majus pignus, quam fecerint ante villam Aurelianensem ; et quod totum perdent in Francia. Item dixit quod habebunt majorem perditionem quam unquam habuerint in Francia ; et erit per magnam victoriam quam Dominus noster mittet Gallicis. Et hæc scit per revelationem sibi factam ; et quod præmissa evenient ante septennium ; et bene dolens esset quod tantum tardaretur. Item dicit, ut prius, quod hoc scit per revelationem, et æque bene scit sicut quod nos, episcopus Belvacensis, eramus ante eam, gallice dicendo :
Je le sçay ussi bien comme vous estes ici.
- [127]
Quicherat, t. I, p. 115 :
Interroguée s’elle fist celle saillie du commandement de sa voix respond que en la sepmaine de Pasques dernièrement passé elle estant sur les fossés de Meleun, luy fut dit par ses vois, c’est assavoir saincte Katherine et saincte Marguerite, qu’elle seroit prinse avant qu’il fust la saint Jehan, et que ainsi failloit que fust fait, et qu’elle ne s’esbahist, et print tout en gré, et que Dieu luy aideroit.
Interroguée se, depuis ce lieu de Meleun, luy fut point dit par ses dictes vois qu’elle seroit prinse respond que ouil, par plusieurs fois et comme tous les jours. Et à ses vois requéroit, quant elle seroit prinse, qu’elle fust morte tantoust sans long travail de prison ; et ilz luy disrent qu’elle prinst tout en gré, et que ainsi le failloit faire ; mais ne luy disrent point l’eure ; et s’elle l’eust sceu elle n’y fust pas alé ? ; et avoit plusieurs fois demandé sçavoir l’eure et ilz ne lui disrent point.
Interroguée, se ses voix luy eussent commandé qu’elle fust saillie, et signifié qu’elle eust été prinse, s’elle y fust alée respond, s’elle eust sceu l’eure, et qu’elle deust estre prinse, elle n’y fust point alée voulentiers ; toutes voies elle eust fait leur commandement en la fin, quelque chose qui luy dust estre venue.
Interroguée se, quant elle fist celle saillie, s’elle avoit eu voix de partir et faire celle saillie : respond que ce jour ne sceut point sa prinse, et n’eust autre commandement de yssir ; mais toujours luy avoit esté dit qu’il failloit qu’elle feust prisonnière.
Quicherat, t. I, p. 147 ; et p. 300 :
Interroguée du Pont L’Évesque, s’elle eust point de révélacion : respond que, puis ce qu’elle oult révélacion à Meleun qu’elle seroit prinse, elle se raporta le plus du fait de la guerre à la voulenté des capitaines ; et toutes voies ne leur disoit point qu’elle avoit révélacion d’estre prinse.
- [128]
Quicherat, t. I, p. 79 ; et p. 250 :
Dixit etiam quod, in insultu dato contra bastiliam Pontis, fuit læsa de una sagitta seu viritone in collo ; sed habuit magnam confortationem a sancta Katherina, et fuit sanata infra XV dies ; sed non dimisit propterea equitare et negotiari.
Interrogata an bene præsciebat quod læderetur : respondit quod hoc bene sciebat, et dixerat suo regi ; sed quod, hoc non obstante, non dimitteret ulterius negotiari. Et fuerat hoc sibi revelatum per voces duarum sanctarum, videlicet beatæ Katherinæ et beatæ Margaretæ.
- [129]
Quicherat, t. I, p. 155 ; et p. 254 :
Interroguée quel est ce péril ou danger : respond que saincte Katherine luy a dit qu’elle auroit secours, et qu’elle ne sçait se ce sera à estre délivrée de la prison, ou quant elle seroit au jugement, s’il y vendroit aucun trouble, par quel moien elle pourroit estre délivrée. Et pense que ce soit ou l’un ou l’autre. Et le plus luy dient ses voix qu’elle sera délivrée par grande victoire ; et après luy dient ses voix :
Pran tout en gré, ne te chaille pas de ton martire ; tu t’en vendras enfin en royaulme de paradis.
Et ce luy dient ses voix simplement et absoluement, c’est assavoir sans faillir ; et appele ce, martire, pour la paine et adversité qu’elle souffre en la prison, et ne sçait se plus grand souffrera ; mais s’en actent à Nostre Seigneur. - [130]
Quicherat, t. I, p. 401 :
Item dit quelle a demandé à ses voix s’elle sera arse, et que les dictes voix luy ont respondu qu’elle se actende à nostre Sire, et il luy aidera.
- [131]
Quicherat, t. I, p. 156-157 :
Interroguée se, depuis que ses voix luy ont dit qu’elle ira en la fin en royaume de Paradis, s’elle se tient assurée d’estre sauvée, et qu’elle ne sera point dampnée en enfer respond qu’elle croist fermement ce que ses voix luy ont dit qu’elle sera saulvée, aussi fermement que s’elle y fust jà Et quant on luy disoit que ceste response estoit de grant pois : aussi respond-elle qu’elle le tient pour ung grant trésor.
Interroguée se, après ceste révélacion, elle croist qu’elle ne puisse faire péchié mortel, respond :
Je n’en scay rien, mais m’en actend du tout à Nostre Seigneur.
Et quant à cet article, par ainsi qu’elle tiegne le serement et promesse qu’elle a fait à Nostre Seigneur, c’est à sçavoir qu’elle gardast bien sa virginité de corps et de âme.
- [132]
Ce sont en partie les termes de la sentence déjà cités, à la fin du premier article.
- [133]
M. Lanéry d’Arc :
… sed ex postquam habuit voces.
- [134]
Quicherat, t. I, p. 67-68 :
Item dicebat quod aliquando ipsa ibat spatiatum cum aliis filiabus, et faciebat apud arborem serta pro imagine Beatæ Mariæ de Dompremi.
… Item dixit quod, postquam ipsa scivit quod debebat venire in Franciam, parum fecit de jocis sive spatiamentis, et quantum minus potuit.
Quicherat, t. I, p. 212 :
Item [dixit] quod aliquando ibat spatiatum cum aliis juvenculis, tempore æstivali, et ibi faciebat serta pro Nostra Domina de Dompremi… Dixit ulterius quod, postquam scivit quod debebat venire in Franciam, paucis spatiamentis, seu solatiıs, vacavit, et minus quam potuit.
- [135]
M. Lanéry d’Arc :
Angelos et Sanctos.
Le cod. ottobonien 2284 :
… credebant Angelos et Sanctas.
- [136]
Telle est aussi la leçon du ms. 13837. M. Lanéry d’Arc :
In quorum honorem offerebat quandoque munera sacerdotibus candelas. In ecclesia faciebat Missas celebrari et imaginibus eorum in ecclesiis quandoque capillos apponebat.
Quicherat, t. I, p. 167-168 :
Interroguée se, quant ses voix viennent, s’elle leur fait révérence absoluement comme à ung sainct ou saincte : respond que ouil. Et s’elle ne l’a fait aucunes fois, leur en a crié mercy et pardon depuis. Et ne leur sçait faire si grand révérence comme à elles appartient ; car elle croist fermement que ce soient sainctes Katherine et Marguerite. Et sembla-blement dit de sainct Michiel.
Interroguée pour ce que ès saincts de paradis on fait voulentiers oblacion de chandelles etc., se à ces saincts et saines tes qui viennent à elle, elle a point fait oblacion de chandelles ardans ou d’autres choses, à l’église ou ailleurs, ou faire dire des messes : respond que non, se ce n’est en offrant à la messe en la main du presbtre, et en l’onneur de saincte Katherine ; et croist que c’est l’une de celles qui se apparust à elle ; et n’en a point tant alumé comme elle feroit voulentiere à sainctes Katherine et Marguerite, qui sont en paradis, qu’elle croist fermement que ce sont elles qui viennent à elle.
Interroguée se, quant elle meict ces chandelles, devant l’ymaige saincte Katherine, elle les meict, ces chandelles, en l’onneur de celle qui se apparut à elle respond :
Je le fais en l’onneur de Dieu, de Nostre Dame et de saincte Katherine qui est en ciel ; et ne fais point de différence de saincte Katherine qui est en ciel et de celle qui se appert à moy.
Interroguée s’elle le meict en l’onneur de celle qui se apparut à elle respond que ouil ; car elle ne meict point de différence entre celle qui se apparut à elle, et celle qui est en ciel.
Quicherat, t. I, p. 186-187 :
Interroguée s’elle leur a point donné de chappeaulx : respond que, en l’onneur d’elles, à leurs ymaiges ou remembrance ès églises, en a plusieurs fois donné ; et quant à celles qui se appairent à elle, n’en a point baillé dont elle ait mémoire.
Interroguée, quant elle mectoit chappeaulx en l’arbre, s’elle les meictoit en l’onneur de celles qui luy appairoient : respond que non.
Interroguée se, quant ces sainctes venoient à elle, s’elle leur faisait point révérence, comme de se agenouillier ou incliner : respond que ouil, et le plus qu’elle povoit leur faire de révérence, elle leur faisoit ; que elle sçait que ce sont celles qui sont en royaume de paradis.
- [137]
Quicherat, t. I, p. 130 :
Interroguée se, quant elle vit sainct Michiel et les angles, s’elle leur faisoit révérence : respond que ouil ; et baisoit la terre après leur partement, où ilz avoient repposé, en leur faisant révérence.
Quicherat, t. I, p. 335 :
Item dicta femina dicit et confitetur, quod vocibus et spiritibus prædictis, quos Michaelem, Gabrielem, Katherinam et Margaretam vocat, ipsa reverentiam pluries exhibuit, caput discooperiendo, genua flectendo, osculando terram supra quam gradiebantur.
Quicherat, t. I, p. 227 :
Item… interrogata utrum, quando vidit sanctum Michaelem et Angelos, fecerit eis reverentiam : respondit quod sic ; et osculabatur terram, post eorum recessum, per quam transierant, faciendo eis reverentiam.
- [138]
Quicherat, t. I, p. 154 ; et p. 282 :
Dit qu’elle a demandé à ses voix trois choses : l’une, son expédicion ; l’autre, que Dieu aide aux François et garde bien les villes de leur obéissance ; et l’autre, le salut de son âme.
- [139]
Quicherat, t. I, p. 401 :
Item, dit qu’elle sçait bien que nostre Seigneur a esté tousjours maistre de ses fais, et que l’ennemi n’avoit oneques eu puissance sur ses fais.
Quicherat, t. I, p. 296 :
Respond… Et quant à la conclusion de l’article, la nyc et afferme par son serment qu’elle ne vouldroit point que le déable l’eust tirée dehors de la prison.
- [140]
M. Lanéry d’Arc :
… prout fingitur in processu ?
Quicherat, t. I, p. 471-472 :
Cum itaque… te Johannam vulgo dictam la Pucelle in varios errores variaque crimina schismatis, idolatriæ, invocationis dæmonum, et alia permulta incidisse justo judicio declaraverimus…
- [141]
Quicherat, t. I, p. 54 :
Item requisita ut diceret cujus consilio ipsa cepit habitum virilem : … dixit quod de hoc non dabat onus cuiquam homini.
Quicherat, t. I, p. 74 ; et p. 224-225 :
Interrogata an præceperit sibi [Deus] assumere vestem virilem : respondit quod de veste parum est, et est de minori ; nec cepit vestem virilem per consilium hominis mundi ; et non cepit ipsam vestem, neque aliquid fecit nisi per Dei ræceptum et Angelorum.
Interrogata an sibi videatur quod præceptum eidem factum, de assumendo vestem virilem, sit licitum respondit :
Totum quod feci est per preceptum Domini, et si aliam præciperet assumere, ego assumerem, postquam hoc esset per præceptum Dei.
Interrogata si hoc fecit per ordinationem Roberti de Baudricuria : respondit quod non.
Interrogata si credit se bene fecisse de assumendo vestem virilem respondit quod totum id quod fecit per præceptum Domini, credit se bene fecisse.
Quicherat, t. I, p. 133 :
Interroguée se, en prenant abit d’omme, elle pensoit mal faire : respond que non.
Quicherat, t. I, p. 161 :
Puisque je le fais par le commandement de nostre Sire, et en son service, je ne cuide point mal faire ; et quant il luy plaira à commander, il sera tantoust mis jus.
Quicherat, t. I, p. 332 :
Nec voluit aut vult habitum muliebrem resumere, pluries super hoc caritative requisita et monita, dicens quod mallet mori quam habitum virilem dimittere ; aliquotiens simpliciter dicendo, et aliquando
nisi esset de mandato Dei
.Quicherat, t. I, p. 394 :
Item, du seurplus qui luy fut exposé d’avoir prins abit d’omme, et sans nécessité, et en espécial qu’elle est en prison, etc. respond :
Quant je auray fait ce pourquoy je suis envoyée de par Dieu, je prendray abit de femme.
- [142]
Les mots :
non… ad recipiendum viaticum… vero
, ont été omis par M. Lanéry d’Arc. - [143]
Au lieu de :
et iterum
, le texte de M. Lanéry d’Arc porte :et ideo certificetis
.Quicherat, t. I, p. 165-166 :
Interroguée de prandre du tout l’abit de femme pour aler ouyr messe : respond :
je me conseilleray sur ce, et puis vous respondray
… Et aussi le plus instamment qu’elle peust, requiert que on luy lesse cest abit qu’elle porte, et que on la laisse oyr messe sans le changier.Quicherat, t. I, p. 165-166 :
Interroguée, puisqu’elle demande à oïr messe, que il semble que ce seroit le plus honneste qu’elle fust en abit də emme ; et pour ce, fut interroguée lequel elle aymeroit [mieulx], prandre abit de femme et ouyr messe, que demourer en abit d’homme et non oyr messe. Respond :
certiffiés-moy de oïr messe, se je suys en abit de femme, et sur ce je vous respondray.
À quoy luy fut dit par l’interrogant :Et je vous certiffie que vous orrez messe, mais que soyés en abit de femme.
Respond :Et que dictes vous, se je ay juré et promis à nostre roy non meictre jus cest abit ? Toutes voies je vous respond : Faictes moy faire une robe longue jusques à terre, sans queue, et me la baillez à aler à la messe ; et puis au retour, je reprendray l’abit que j’ay
… Et ad ce luy fut dit qu’elle prengne habit de femme simplement et absoluement. Et elle respond :Baillez moy abit comme une fille de bourgoys, c’est assavoir houppelande longue, et je e prendray, et mesmes le chaperon de femme, pour aler ouyr messe.
Quicherat, t. I, p. 192 :
… fuit autem sibi dictum quod loqueretur cum vocibus suis ad sciendum si resumeret habitum muliebrem, ut in Pascha posset percipere viaticum ; ad quod respondit dicta Johanna quod quantum est de ipsa, non perciperet ipsum viaticum mutando habitum suum in muliebrem ; rogabatque quod permitteretur audire missam in habitu virili dicens quod ille habitus non onerabat animam suam ; et quod ipsum portare non erat contra Ecclesiam.
Le nom de viatique est employé ici, non pas comme aujourd’hui dans un sens restreint pour signifier la réception de l’Eucharistie à l’heure de la mort, mais simplement pour désigner la sainte communion ; tel était en effet l’usage des fidèles, comme l’explique S. Thomas, 3. q. IXXIII, art. 4.
- [144]
Quicherat, t. I, p. 104 :
Interroguée, quant elle aloit par le païs, s’elle recepvoit souvent le sacrement de confession et de l’autel, quant elle venoit és bonnes villes : respond que ouil, à la fois.
Interroguée s’elle recepvoit les diz sacremens en abit d’omme : respond que ouil ; mais ne a point mémoire de le avoir receu en armes.
- [145]
Quicherat, t. I, p. 455 :
Respond qu’elle a nagaires reprins le dit abbit d’omme et lessié l’abit de femme. Interroguée pourquoy elle l’avoit prins, et qui luy avoit fait prandre : respond qu’elle l’a prins de sa voulenté, sans nulle contraincte, et qu’elle ayme mieulx l’abit d’omme que de femme… Interroguée pour quelle cause elle l’avoit reprins : respond que, pour ce qu’il luy estoit plus licite de le reprendre et avoir abit d’omme, estant entre les ommes, que de avoir abit de femme.
- [146]
Il s’agit des enquêtes de Guillaume Bouillé et du cardinal d’Estouteville.
Dans la première, on trouve à ce sujet les dépositions de trois dominicains : 1° de fr. Jehan Toutmouillé (Quicherat, t. II, p. 4) :
Et elle se complaignoit merveilleusement en ce lieu, ainsi que dit le déposant, des oppressions et violences qu’on luy avoit faictes en la prison par les geoliers, et par les autres qu’on avoit faict contre elle.
2° de fr. Isambard de la Pierre (Quicherat, t. II, p. 5) :
Item dit et dépose que, après qu’elle eust renoncé et abjuré, et reprins abit d’omme, luy et plusieurs autres furent présens, quant la dicte Jehanne s’excusoit de ce qu’elle avoit revestu hahit d’homme, en disant et affermant publicquement que les Anglois luy avoient faict ou faict faire en la prison beaucoup de tort et de violence, quant elle estoit vestue d’habits de femme ; et de fait, la veit éplourée, son viaire plain de larmes, deffiguré et oultraigié en telle sorte que celui qui parle en eut pitié et compassion.
3° de fr. Martin Ladvenu (Quicherat, t. II, p. 8) :
La simple Pucelle luy révéla que, après son abjuracion et renonciacion, on l’avoit tourmentée violemment en la prison, molestée, bastue et deschoullée ; et qu’un millourt d’Angleterre l’avoit forcée ; et disoit publicquement que cela estoit la cause pourquoy elle avoit reprins habit d’homme.
Dans la seconde enquête, le fr. Isambard de la Pierre dit encore (Quicherat, t. II, p. 305) :
Imo, sicut ab eadem Johanna audivit, fuit per unum magnæ auctoritatis tentata de violentia ; propter quod, ut illa esset agilior ad resistendum, dixit se habitum virilem, qui in carcere fuerat juxta eam caute dimissus, resumpsisse.
Le fr. Martin Ladvenu l’atteste également (Quicherat, t. II, p. 365) :
Interrogatus utrum sciverit vel audiverit quod aliquis accesserit ad eam occulte de nocte : deponit quod ex ore ejusdem Johannæ audivit quod quidam magnus dominus Anglicus introivit carcerem dictæ Johannæ, et tentavit eam vi opprimere ; et hæc erat causa, ut asserebat, quare resumpserat habitum virilem.
Devant ces odieuses tentatives, on se rappelle pour l’appliquer à la Pucelle captive, la noble réponse de sainte Lucie, vierge et martyre, à son persécuteur le préfet Paschasius :
Si invitam jusseris violari, castitas mihi duplicabitur ad coronam.
- [147]
Tel est le texte complet du manuscrit à l’usage de Bréhal ; c’est aussi probablement la rédaction primitive. Dans le cod. ottobonien 2284, et dans le ms. 9790 de la Bibliothèque nationale, cette énumération de faits déjà signalés antérieurement a été supprimée et remplacée par une phrase plus abrégée, que M. Lanéry d’Arc a fidèlement reproduite d’après son exemplaire ; la voici :
Quoad bella dixit quod ipsa erat missa ex parte Dei ad subveniendum calamitatibus regni Francie, et quod ipsamet portabat vexillum suum, etc.
Il faut sans doute attribuer l’abréviation à Bréhal lui-même ; car il n’est guère vraisemblable que le copiste de Vienne ait pris le souci d’améliorer les documents qu’il transcrivait.
- [148]
Quicherat, t. I, p. 78 :
Dixit etiam quod ipsamet portabat vexillum prædictum, quando aggrediebatur adversarios, pro evitando ne interficeret aliquem ; et dicit quod nunquam interfecit aliquem.
- [149]
M. Lanéry d’Arc :
in Gergonam
. Il s’agit de Jargeau, l’une des places fortes que les Anglais possédaient sur la Loire avant la délivrance d’Orléans par la Pucelle. - [150]
M. Lanéry d’Arc :
adversarios movebat
.Quicherat, t. I, p. 55 :
Item dixit quod ipsa misit litteras Anglicis existentibus coram Aurelianis, continentes quod inde recederent, quemadmodum continetur in copia litterarum, quæ sibi fuit lecta in hac villa Rothomagensi.
Quicherat, t. I, p. 80 :
Interrogata quare non recepit tractatum cum capitaneo de Gergucau : respondit quod domini de parte sua responderunt Anglicis quod ipsi non haberent terminum XV dierum, quem petebant ; sed quod recederent ipsi et equi eorum in hora præsenti. Dicit etiam quod, quantum ad ipsam, dixit quod ipsi de Gergolio recederent in suis gipponibus vel tunicis, vita eorum salva, si vellent ; alioquin caperentur per insultum.
Dans son réquisitoire, le promoteur formula contre la Pucelle l’accusation suivante :
Item dicta Johanna, quamdiu stetit cum dicto Karolo, totis viribus sibi et suis dissuasit ne attenderent quoquo modo alicui tractatui pacis seu appunctuamento cum adversariis suis, semper eos incitando ad occisionem et effusionem sanguinis humani, asserendo quod pax haberi non posset nisi cum buto lanceæ et ensis ; et quod a Deo erat sic ordinatum, quia adversarii regis alias non dimitterent illud quod occupant in regno ; quod sic debellare erat unum de magnis bonis quod posset contingere toti christianitati, ut dicebat.
Sur cet article, voici la réponse de Jeanne (Quicherat, t. I, p. 233-234) :
Quant à la paix dit, quant au duc de Bourgogne, elle l’a requis le duc de Bourgogne, par lectres et à ses ambassadeurs, que il y eust paix. Quant aux Angloys, la paix qu’il y fault, c’est qui s’en voysent en leurs pays, en Angleterre. Et du résidu, qu’elle a répondu ; à quoy elle se rapporte.
Le promoteur avait dit aussi dans son réquisitoire :
Dicta Johanna, officium angelorum usurpando, se dixit et asseruit fuisse et esse missam ex parte Dei, etiam ad ea quæ ad viam facti et sanguinis humani effusionem omnino tendunt ; quod sanctitati penitus alienum est, et omni piæ menti horrendum est et abominabile.
Voici là-dessus la réponse de la Pucelle : (Quicherat, t. I, p. 243) :
Premièrement elle requeroit que on feist paix, et que, au cas que on ne voudroit faire paix, elle estoit toute prête de combattre.
- [151]
Quicherat, t. I, p. 474 :
Dicimus et decernimus te… ipsius Dei in suis sacramentis contemptricem, legis divinæ, sacræ doctrinæ ac sanctionum ecclesiasticarum prævaricatricem, seditiosam, crudelem, apostatricem…
- [152]
Quicherat, t. I, p. 209 :
Et quant à son instruction, elle a prins sa créance et esté enseignée bien et deument, comme ung bon enfant doit faire.
Quicherat, t. I, p. 321 :
Dit qu’elle est bonne chrestienne ; et de toutes ses charges mises en l’article, qu’elle s’en rapporte à Nostre Seigneur.
Quicherat, t. I, p. 380 :
… verbis gallicis dictac Johannæ exposuit, dicendo eidem finaliter quod, nisi vellet se submittere Ecclesiæ et ei obedire, oporteret quod relinqueretur sicut una sarracena. Ad quod dicta Johanna respondit quod erat bona christiana et bene baptizata, et sicut bona christiana moreretur.
- [153]
Quicherat, t. I, p. 175 :
Interroguée de dire s’elle se rapportera à la déterminacion de l’Église respond :
Je m’en rapporte à Nostre Seigneur, qui m’a envoyée, à Nostre Dame et à tous les benoicts saincts et sainctes de paradis.
Et luy est advis que c’est tout ung de Nostre Seigneur et de l’Église, et que on n’en doit point faire de difficulté, en demandant pourquoy on fait difficulté que ce ne soit tout ung. - [154]
Quicherat, t. I, p. 397 :
Item, interroguée se on lui envoie deulx ou trois ou quatre des chevaliers [clercs] de son party, qui viennent par sauf conduit cy, s’elle s’en veult raporter à eulx de ses aparicions et choses contenues en cest procès : respond, que on les face venir, et puis elle respondra…
- [155]
Le scribe du codex ottobonien 2284 a défiguré plusieurs noms propres ; ici on lit :
in Chimone et Pictonis
; ailleurs Bréhal devient :Braballi
. - [156]
Quicherat, t. I, p. 75 :
Item dixit quod per tres hebdomadas fuit interrogata per clerum apud villam de Chinon et Pictavis ; … Et clerici de parte sua fuerunt hujus opinionis quod videbatur eis, in facto suo, non esse nisi bonum.
- [157]
Quicherat, t. I, p. 62 :
Item dixit nobis episcopo predicto :
Vos dicitis quod estis judex meus ; advertatis de hoc quod facitis, quia in veritate ego sum missa ex parte Dei, et ponitis vos ipsum in magno periculo.
Quicherat, t. I, p. 154 :
Interroguée, pour ce qu’elle avoit dit que Monseigneur de Beauvez ce mectoit en dangier de la meictre en cause quar c’estoit, et quel dangier, et tant de Monseigneur de Beauvez que des autres : respond, quar c’estoit, et est, qu’elle dist à Monseigneur de Beauvez :
Vous dictes que vous estes mon juge, je ne scay se vous l’estes ; mais advisez bien que ne ‘jugés mal, que vous vous mectriés en grant dangier, et vous en advertis, afin que se Nostre Seigneur vous en chastie, que je fais mon debvoir de le vous dire.
- [158]
Quicherat, t. I, p. 380-381 :
Interroguée, puisqu’elle requiert que l’Église luy baille son Créateur, s’elle se vouldroit submectre à l’Église, et on luy promectroit bailler : respond, que de celle submission, elle n’en respondra autre chose qu’elle a fait ; et qu’elle ayme Dieu, le sert, et est bonne chrestienne, et vouldroit aidier et soustenir saincte Église de tout son povoir.
Quicherat, t. I, p. 174 :
Interroguée s’elle se veut meictre de tous ses diz et fais, soit de bien ou de mal, à la déterminacion de nostre mère saincte Église respond que, quant à l’Église, elle l’ayme et la vouldroit soutenir de tout son povoir pour nostre foy chres-tienne ; et n’est pas elle que on doive destourber ou empescher d’aler à l’église, de ne ouyr messe…
- [159]
M. Lanéry d’Arc :
dicatur michi an sit…
- [160]
M. Lanéry d’Arc :
expellerem
. - [161]
M. Lanéry d’Arc :
frequenter vero præmissa repetiit
.Quicherat, t. I, p. 166 :
Interroguće se de ce qu’elle a dit et fait elle veult [se] submeictre et rapporter en la déterminacion de l’Église : respond que :
Toutes mes œuvres et mes fais sont tous en la main de Dieu, et m’en actend à luy ; et vous certiffie que je ne vouldroie rien faire ou dire contre la foy chrestienne ; et se je avoye rien fait ou dit qui fust sur le corps de moy, que les clercs sceussent dire que ce fust contre la foy chrestienne que nostre Sire ait établie, je ne vouldroie soustenir ; mais le bouteroye hors.
Quicherat, t. I, p. 162 :
Et toutes voies, s’il n’y a rien de mal contre la foy chrestienne que nostre Sire a commandée, elle ne vouldroit soustenir, et seroit bien courroucée d’aler encontre.
Quicherat, t. I, p. 322 :
… dit que les deliz proposés par le promoteur contre elle, elle ne les a pas fais ; et du sourplus s’en rapporte à Nostre Seigneur ; et que d’iceulz déliz proposés contre elle, n’en cuide avoir rien fait contre la foy chrestienne.
- [162]
M. Lanéry d’Arc :
non præcipiunt ei quando obediat…
Quicherat, t. I, p. 326 :
Interroguée s’elle a commandement de ses voix qu’elle ne se submecte point à l’Église militante, qui est en terre, ne aujugement d’icelle respond… [elles] ne commandent point qu’elle ne obéisse à l’Église, nostre Sire premier servi.
- [163]
Quicherat, t. I, p. 392 :
Item dit :
Je croy bien que l’Église militant ne peust errer ou faillir ; mais, quant à mes dis et mes fais, je les meicts et raporte du tout à Dieu, qui me a fait faire ce que je ay fait.
- [164]
Quicherat, t. I, p. 386 :
Requise s’elle veut s’amender : respond :
Je me actend à Dieu, mon Créateur, de tout ; je l’aime de tout mon cueur.
Et interroguée s’elle veult plus respondre à celle monicion générale : respond :Je m’en actend à mon juge : c’est le Roy du ciel et de la terre.
- [165]
M. Lanéry D’Arc :
dummodo
. - [166]
Quicherat, t. I, p. 324 :
Interroguée s’elle se veult rapporter au jugement de l’Église qui est en terre, de tout ce qu’elle a dit ou fait, soit bien ou mal, espécialement des cas, crimes et déliz que on luy impose, et de tout ce qui touche son procès : respond que, de ce que on luy demande, elle s’en raportera à l’Église militant, pourveu que elle ne luy commande chose impossible à faire. Et appelle ce qu’elle répute impossible, c’est que les fais qu’elle a diz et fais, déclairez eu procès, des visions et révélacions qu’elle a dictes, qu’elle les a faictes de par Dieu, et ne les révoquera pour quelque chose ; et de ce que Nostre Sire luy a fait faire et commandé, et commandera, et ne le lesra à faire pour homme qui vive, et luy seroit impossible de le révoquer.
- [167]
M. Lanéry D’Arc :
credebat in Papam
. C’est en effet la leçon du ms. 13837 ; mais nous suivons le manuscrit de Bréhal [n° 12722], dont l’expression est d’ailleurs plus correcte théologiquement.Quicherat, t. I, p. 82-83 :
Tenet et credit quod debemus obedire domino nostro Papæ in Roma existenti… Credit in dominum Papam qui est Romæ.
Quicherat, t. I, p. 205 :
Respond… qu’elle croist bien que nostre saint père le pape de Romme et les évesques… sont pour garder la foy chrestienne, et pugnir ceux qui défaillent.
Quicherat, t. I, p. 244 :
Sed quantum ad eam, ipsa tenet et credit quod debetur obedire domino nostro Papæ Romano… Ipsa credit in Papa Romano.
Quicherat, t. I, p. 394 :
Interroguée s’elle se veult submeictre à nostre saint père le pape : respond :
Menès m’y, et je luy respondray.
Quicherat, t. I, p. 184-185 :
Interroguée se il luy semble qu’elle soit tenue respondre plainement vérité au Pape, vicaire de Dieu, de tout ce qu’on, luy demanderoit touchant la foy et le fait de sa conscience : respond qu’elle requiert qu’elle soit menée devant luy, et puis respondra devant luy tout ce qu’elle devra respondre.
Cela se trouve aussi dans les dépositions d’Isambard de la Pierre, Quicherat, t. II p. 4, 304 et 349 ; Quicherat, t. I, p. 351 :
Semper se submisit Papæ, dummodo duceretur ad ipsum.
Le frère Martin Ladvenu dépose de même. Quicherat, t. II, p. 308 :
Respondit quod se submittebat judicio Summi Pontificis, rogando quod ad eum duceretur.
Quicherat, t. II, p. 365 :
Sæpe ex ore dictæ Johannæ audivit quod se submittebat summo Pontifici, et quod duceretur ad eum.
Richard de Grouchet l’atteste également. Quicherat, t. II, p. 358 :
Respondebat… quod se submittebat Papæ et Ecclesiæ catholicæ, petendo quod duceretur ad Papam.
Voir aussi le témoignage de Manchon (Quicherat, t. II, p. 12), et celui de De la Chambre (Quicherat, t. I, p. 52).
- [168]
Après la prédication, Jeanne répondit sur les divers griefs articulés contre elle (Quicherat, t. I, p. 445) :
Et à la submission de l’Église, dist :
Je leur ay dit en ce point de toutes les œuvres que j’ay faictes, et les diz, soient envoyées à Romme devers nostre saint père le Pape, auquel et à Dieu premier je me rapporte…
Interroguée se les fais et dis qu’elle a fais, qui sont reprouvez, s’elle les veult révoquer : respond :Je m’en rapporte à Dieu et à nostre saint père le Pape.
- [169]
M. Lanéry d’Arc :
censeri
. - [170]
M. Lanéry d’Arc :
Quod in sententia finaliter concluditur.
Quicherat, t. I, p. 474-475) :
Dicimus et decernimus te….. schismaticam, in fide nostra multipliciter errantem, et per præmissa te in Deum et sanctam Ecclesiam, modis prædictis, temere deliquisse. Ac insuper quia, licet debite et sufficienter, tam per nos, quam parte nostra, per nonnullos scientificos et expertos doctores ac magistros salutem animæ tuæ zelantes, sæpe et sæpius admonita fueris, ut de prædictis te emendare, corrigere, necnon dispositioni, determinationi et emendationi sanctæ matris Ecclesiæ submittere velles ; quod tamen noluisti nec curasti ; quin imo expresse, indurato animo, obstinate atque pertinaciter denegasti, ac etiam expresse et vicibus iteratis, domino nostro Papæ, sacro generali Concilio submittere recusasti : hinc est quod te tanquam pertinacem et obstinatam in prædictis delictis, excessibus et erroribus, ipso jure excommunica tam et hæreticam declaramus…
- [171]
Ainsi que nous l’avons expliqué plus haut, tout le chapitre sixième a été omis dans le ms. 2284 du fonds ottobonien au Vatican, et par suite dans la copie de la Bibliothèque nationale (fonds latin 9790,) d’après laquelle M. Lanéry d’Arc a édité le Summarium de Bréhal. Nous sommes heureux de publier pour la première fois ce texte important dans son intégrité.
- [172]
Quicherat, t. I, p. 455) :
Interroguée pour quoy elle l’avoit prins, et qui luy avoit fait prandre : respond qu’elle l’a prins de sa voulenté. sans nulle contraincte, et qu’elle ayme mieulx l’abit d’omme que de femme… que oncques n’entendi qu’elle cust fait serement de non le prandre.
L’abjuration avait eu lieu le matin du jeudi 24 mai ; dans l’après-dîner, les juges se rendirent à la prison, et firent à la Pucelle de nouvelles instances pour qu’elle reprit les vêtements de son sexe. Elle y consentit (Quicherat, t. I, p. 453).
Le registre constate que le lundi suivant, 28 mai, les juges revinrent à la prison, où ils la retrouvèrent vêtue en homme (Ibid., p. 454).
- [173]
Le manuscrit 13837 porte :
quia erat sibi
. - [174]
Quicherat, t. I, p. 455) :
Interroguée pour quelle cause elle l’avoit reprins : respond que, pour ce qu’il luy estoit plus licite de le reprendre et avoir habit d’omme, estant entre les hommes, que de avoir habit de femme.
- [175]
Dans le manuscrit de Bréhal [n° 12722] ce paragraphe se trouve en marge avec un renvoi. Nous l’avons inséré à sa place dans le texte.
Les tentatives odieuses, dont il est question ici, ont été racontées par divers témoins dans les enquêtes et nous les avons mentionnées plus haut à propos d’une des allégations de l’article IV du Summarium.
Voir : Quicherat, t. II, p. 4, 5, 8, 204, 298, 300, 305, 333, 365.
La substitution de vêtements faite par les geôliers est connue par la déposition de l’huissier Jean Massieu à l’enquête de 1450 et à celle de 1452 ; ce témoin termine ainsi son récit, Quicherat, t. I, p. 18 et 333 :
… finablement pour nécessité de corps fut contraincte de yssir dehors et prendre ledit abit ; et après qu’elle fust retournée, ne luy voulurent point en bailler d’autre.
- [176]
Quicherat, t. I, p. 455-456 :
Item, dit qu’elle avoit reprins, pour ce que on ne luy avoit point tenu ce que on luy avoit promis, c’est assavoir qu’elle iroit à la messe et recepvroit son Sauveur, et que on la mectroit hors de fers ; … qu’elle ayme mieulx à mourir que de estre ès fers ; mais se on la veult laisser aler à la messe, et oster hors des fers, et meictre en prison gracieuse, et qu’elle eust une femme, elle sera bonne et fera ce que l’Église vouldra… Item, dit que se les juges veuillent, elle reprandra habit de femme ; du résidu elle n’en fera autre chose.
- [177]
La première syllabe du mot à été omise par distraction, dans le ms. 12722 ; nous avions conjecturé d’abord qu’il fallait lire :
se miserat
, mais le ms. 13837 nous a donné le vrai texte, conforme à celui du procès-verbal latin de l’interrogatoire. - [178]
Quicherat, t. I, p. 466 :
Interroguée se, depuis jeudi, elle a point ouy ses voix : respond que ouil.
Interroguée qu’elles luy ont dit : respond qu’elles luy ont dit que Dieu luy a mandé par sainctes Katherine et Marguerite la grande pitié de la trayson qu’elle consenty en faisant l’abjuracion et révocacion, pour sauver sa vie ; et que elle se dampnoit pour sauver sa vie.
- [179]
Quicherat, t. I, p. 457 :
Dit oultre que ses voix luy disrent en l’ercharfault que elle respondit ad ce prescheur hardiement ; et lequel pres-cheur elle appelloit faulx prescheur, et qu’il avoit dit plusieurs choses qu’elle n’avoit pas faictes.
- [180]
Quicherat, t. I, p. 457 :
Item, dist que, se elle diroit que Dieu ne l’avoit envoyée, elle se dampneroit ; que vray est que Dieu l’a envoyée.
Item, dist que ses voix luy ont dit depuis, que avoit fait grande mauvestié de ce qu’elle avoit fait, de confesser qu’elle n’eust bien fait.
- [181]
Quicherat, t. I, p. 457-458 :
Item, dit que de paour du feu elle a dit ce qu’elle a dit… Item, dit qu’elle n’a point dit ou entendu révoquer ses apparicions, c’est assavoir que ce fussent sainctes Marguerite et Katherine ; et tout ce qu’elle a fait, c’est de paour du feu, et n’a rien révoqué que ce ne soit contre la vérité.
- [182]
Quicherat, t. I, p. 458 :
Item, dit qu’elle ne fist oncques chose contre Dieu ou la foy, quelque chose que on luy ait fait révoquer ; et que ce qui estoit en la cédule de l’abjuracion, elle ne l’entendoit point. Item, dit qu’elle dist en l’eure, qu’elle n’en entendoit point révoquer quelque chose, se ce n’estoit pourveu qu’il pleust à nostre sire.
- [183]
Quicherat, t. I, p. 458 :
Item, dit qu’elle ayme mieulx faire sa pénitance à une fois, c’est assavoir à mourir, que endurer plus longuement paine en chartre.
- [184]
Quicherat, t. I, p. 475 :
Tuisque erroribus in publica prædicatione propulsatis, te tanquam membrum Satanæ ab Ecclesia praccisum. lepra hæresis infectum, ne alia Christi membra pariter inficias, justitiæ sæculari relinquendum decernimus et relinquimus…
- [185]
M. de Beaucourt estime que ces mémoires ont été écrits lorsque le cardinal était
de retour à Rome
(Histoire de Charles VII, t. V, p. 366). Nous avons le regret de ne pouvoir nous ranger sur ce point à l’opinion d’un érudit, dont les consciencieuses recherches ont élucidé tant de problèmes historiques. Au mois de décembre 1452, c’est-à-dire avant le retour de la légation à Rome, les deux mémoires dont il s’agit étaient entre les mains de l’inquisiteur, qui les a expédiés alors de Lyon à Vienne, ainsi que nous le verrons plus loin. Ils ont donc été composés en France. - [186]
Le copiste du ms. 9790 a pris soin de donner, au bas du f° 68 recto, la raison de cette double reproduction :
Hace eadem defensio occurrit in cod. vaticano 3878, cujus exemplar jam descripsimus ; sed exscribere et hoc quoque placuit, non tantum ob epigraphum seu indiculum initio appositum, quam quod in plerisque, etsi non magni ponderis, a vaticano discrepat.
- [187]
Quicherat, t. V, p. 424. Le copiste, au service de l’ambassadeur de France, a en effet ajouté la remarque suivante à sa transcription du ms. 3878 :
Summarium hoc una cum præcedenti defensione ex codice vaticano descripta autographa sunt, idque tum e frequentissimis lituris, additionibus, emendationibus, tum ex characteris indole evincitur. Auctorem puto Theodorum de Leliis, sacri palatii apostolici auditorem, cujus multa extant in codicibus vaticanis propria manu, et huic perquam simillima exarata.
- [188]
Quicherat, t. II, p. 22-58. M. Marius Sepet, le premier, a eu l’heureuse pensée de la faire connaître au grand public par la traduction des passages les plus importants, dans l’édition de sa Jeanne d’Arc parue en 1885 (pp. 450 et suiv.). Le R. P. Ayroles a suivi son exemple (pp. 262-270).
- [189]
Les procès de Jehanne la Pucelle, p. 127-187.
- [190]
Il est également placé le premier dans le ms. 12722 à l’usage de Bréhal [f° 15 v°].
- [191]
Dans le texte édité par M. Lanéry d’Arc, on lit :
… et quod voces sunt circumamicle lumine et claritate.
- [192]
Quicherat, t. V, p. 426.
- [193]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 17-33.
- [194]
Cette conclusion est d’ailleurs peu vraisemblable : dans cette hypothèse en effet, on ne comprendrait pas bien pour quel motif l’auteur aurait composé simultanément ses deux mémoires.
- [195]
Au premier feuillet du manuscrit à l’usage de Bréhal [fonds latin n° 12722], se trouve une table des matières, dont l’écriture plus moderne nous paraît être du siècle dernier ou du commencement de celui-ci. Le quatrième des mémoires contenus dans ce registre est indiqué ainsi :
Abrégé du procès de la Pucelle fait par le même Thyerry advocat de la Rotte. Les pièces ont été faittes à Rome lorsqu’on sollicita Calixte III, l’an 1455, de nommer les commissaires pour faire revoir le procès.
Cette note est manifestement inexacte, si elle se rapporte sans distinction aux quatre pièces mentionnées auparavant ; elle est vraie au contraire si on l’applique seulement aux deux mémoires précédents, c’est-à-dire à l’Oppinio de Paul Pontanus, et au Summarium de Théodore de Leliis.
- [196]
À la table des matières de ce manuscrit, cette consultation de Pontanus est signalée comme hostile à la Pucelle : après avoir mentionné le traité de Théodore de Leliis envoyé par Bréhal, l’auteur de l’index dit avoir reçu en même temps
hunc tractatum et quemdam huic valde contrarium
(voir plus loin le texte intégral de cette observation reproduite à propos de la lettre de l’inquisiteur de France à Léonard de Brixenthal) ; et il ajoute infra :Folio XXXI incipit tractatus anglicorum predicto tractatui contrarius, etc.
Il est certain néanmoins que le traité de Pontanus, loin d’appuyer l’opinion anglaise, est très favorable à la Pucelle. Aussi le copiste, qui a transcrit à Rome le codex 2284, a-t-il inséré dans son registre (devenu le n° 9790 de la Bibliothèque nationale) la note suivante :
Auctor indiculi….. dicit esse tractatum ab anglicis compositum et superiori valde contrarium ; verum hallucinatur, et fortassis aut non legerat, aut saltem non intellexerat.
Nous croyons que l’erreur commise par le dominicain viennois pourrait être expliquée par une confusion provenant de la lecture d’un document contraire. Le plaidoyer du roi d’Angleterre et les lettres de l’Université de Paris lui avaient sans doute été communiquées ; et lorsque, plusieurs années après, il fit copier le traité de Pontanus, dont il n’avait pas gardé un souvenir distinct, une lecture superficielle du premier paragraphe qui énumère les griefs relevés au procès contre Jeanne d’Arc put lui faire imaginer qu’il avait sous les yeux la contre-partie du mémoire justificatif.
- [197]
Quicherat, t. I, p. 61-67.
- [198]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations…, p. 55-71. Le R. P. Ayroles a traduit cette consultation (La vraie Jeanne d’Arc, p. 243-260) sous le titre de Sommaire de Pontanus ; mais par un mélange que nous ne parvenons pas à nous expliquer, il lui donne comme exorde un abrégé des questions énoncées en tête de l’Opinion de Pontanus.
- [199]
Quicherat, t. II, p. 59-60.
- [200]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 35-54.
- [201]
Les procès de Jehanne la Pucelle, p. 89-126.
- [202]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 36 note.
- [203]
Cf. M. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. V, p. 178-181, et p. 217 note 3.
- [204]
Le texte que nous donnons ici est emprunté à Godefroy (Histoire de Charles VII, p. 903), qui avait eu entre les mains l’original du 4e compte de Matthieu Beauvarlet pour l’année finie en septembre 1453. Il a été reproduit tel quel par Quicherat (Procès, t. V, p. 277), et par le R. P. Chapotin (Études hist. sur la prov. dom. de France, p. 283 note).
Cependant le volume relié 685, Cabinet des titres à la Bibliothèque nationale [f° 164 v°], qui est une copie faite au XVIIe siècle, contient une leçon assez différente. La voici :
… maistre Jehan Bréhal, docteur en théologie, religieux augustin [par erreur, au lieu de jacobin], inquisiteur de la foy catholique, vint-sept livres dix sous en deniers, pour ses despens en besongnant au procès de feue Jehanne la Pucelle.
De là vient la remarque de M. de Beaucourt (Histoire de Charles VII, t. V, p. 368 note) au sujet de l’indication fautive de Quicherat. Nous ne pouvons nous expliquer cette divergence, mais nous devions la signaler.
- [205]
Quicherat (Procès, t. II, p. 1) l’appelle Léonard Wilzkehet. Nous savons par une note du codex ottobonien 2284 qu’il était chancelier de l’archiduc d’Autriche Sigismond. Quicherat ne donne pas d’autres renseignements sur ce personnage.
- [206]
Il y avait, outre les deux traités récemment composés par Théodore de Leliis et Paul Pontanus, le Summarium ou questionnaire de Bréhal. La lettre d’envoi n’indique ces documents qu’en termes généraux, mais ils sont spécifiés par leur insertion au codex 2284 du Vatican, et par la note que le destinataire a pris soin d’introduire dans la table des matières.
- [207]
Quicherat, t. II, p. 70 note.
- [208]
R. P. Ayroles, La vraie Jeanne d’Arc, p. 239.
- [209]
Les actes du Chapitre général de Cologne (1428) le nomment Régent, c’est-à-dire chef et directeur du Studium generale, à Bologne :
In primis conventui Bononiensi, provinciæ S. Dominici, damus in regentem fr. Leonardum de Utino, sacræ theologiæ professorem, cujus lecturam approbamus. — (Quétif et Échard : Scriptores ord. Præd., t. I, p. 845a.)
- [210]
Quétif et Échard : Scriptores ord. Præd., t. I, p. 816a (L. de Valle-Brixinensi, par Quétif) ; et p. 843a (L. Wiennæ, par Échard) ; — t. II, p. 823a (L. de Valie-Brixinensi, par Échard).
- [211]
C’est ainsi que le Père Léonard orthographiait son nom de famille, comme on le voit, entre autres, dans un autographe conservé au couvent des dominicains de Vienne. Cependant le Dr Aschbach écrit :
Leonhard Huntpichler von Brixen, oder vom Brixner Thal, de valle Brixensi
(Geschichte der Wiener Universität, p. 535). Il en est de même du Dr Wappler, (Geschichte der Theologischen Fakultät, p. 369), et de Sébastien Brunner, (Der Prediger-Orden In Wien, p. 34). - [212]
Voici la note élogieuse que lui a consacrée Fontana (Monumenta dominicana, part. III, cap. IV, p. 349) :
Anno 1454, P. Leonardus de Valle Brixinensi in Viennen. Universitate primarius S. Theologiæ Doctor, in regulari observantia enutritus, illiusque restitutor in Germania et Hungaria, scripsit librum De corpore Christi et communione laicali contra Hussitas hæreticos in Boemia vigentes, opus egregium, atque ipsis hæreticis invisum.
Cf. Ferrari : de rebus Hung. Prov. part. IV, cap. IX, p. 589-590.
- [213]
Brixen en Brixenthal [in valle brixinensi], qu’il ne faut pas confondre avec la ville épiscopale de Brixen, est aujourd’hui un doyenné du diocèse de Salzbourg ; la paroisse qui ne compte pas onze cents âmes est consacrée à l’Assomption de Notre-Dame. Cf. Personalstand der Säkular- und Regular-Geistlichkeit des Erzbisthums Salzburg auf das Jahr 1888. — Salzburg, Verlag der F. E. Consistorial-Kanzlei, p. 63.
- [214]
J. Aschbach : Geschichte der Wiener Universität, p. 535.
- [215]
On donnait ce titre au professeur chargé d’expliquer le livre des Sentences de Pierre Lombard.
- [216]
Son nom est mentionné dans les registres de l’Université, à propos des affaires engagées entre le pape et l’empereur Frédéric III, avec cette désignation : membre de la commission des Arts. — Cf. Act. fac. Art. 11, f° 181, à l’année 1447.
- [217]
Le Dr Aschbach dit :
nach dem Jahre 1447
(loc. cit., p. 535). L’entrée de Léonard Huntpüchler dans l’Ordre des Frères Prêcheurs est certainement antérieure à cette date ; car c’est lui qui fut chargé de prononcer le sermon d’usage au Chapitre provincial, tenu à Augsbourg en 1446. Le texte de cette conférence est conservé à la bibliothèque de notre couvent de Vienne, sous ce titre : Collacio fr. leonardi ad capitulum provinciale augustense, anno 46 : De nativitate beate virginis ; avec cette mention à la table des matières : Sermo ad capitulum Augustense M. leon. de valle, … quod incipit : Liber generationis. (Cod. 294, non paginé).Un autre registre (coté aujourd’hui 290) renferme une convention passée entre les couvents réformés d’Allemagne, à la fin d’août 1446. Les trois premières pages et une note au bas de la sixième sont transcrites de la main même de Léonard ; mais il peut se faire qu’il ait copié plus tard ce document sans en être l’auteur.
- [218]
Au couvent de Vienne. (Aschbach, loc. cit., p. 535).
- [219]
Dr Wappler, Geschichte der Theologischen Fakultät, p. 471-472. Le Dr Aschbach donne 1449 pour la date du premier décanat, au lieu de 1450 (nouveau style).
- [220]
Échard (Scriptores ord. Præd. t. I, p. 843b) l’appelle Wellens. Il était belge. Élu provincial de Teutonie vers 1445, il administra vingt ans cette province. † 1469.
La province dominicaine de Teutonie avait été divisée en 1303 par le Chapitre général de Besançon. La Teutonie proprement dite comprenait l’Autriche, la Bavière, la Souabe, la Franconie jusqu’à Cologne inclusivement avec le Brabant. (Cf. Échard, loc. cit., t. I, p. IX).
- [221]
Bibliothèque du couvent de Vienne, cod. 291, f° 79 V°.
La province ecclésiastique de Salzbourg était alors plus étendue que le duché d’Autriche.
- [222]
Cette commission, octroyée à maître Léonard de Brixenthal, porte la date suivante :
Scriptum Strigonii, feria quinta post festum pasche, anno domini M° CCCC° III°.
(Cod. 291 f° 39). - [223]
Un certain nombre de pièces intéressantes, concernant la réforme des couvents d’Allemagne et de Hongrie, sont demeurées inédites. (Bibliothèque du couvent de Vienne, cod. 291). D’autres ont été publiées par Sigismond Ferrari : de rebus hungaricæ prov. Ord. Præd.
- [224]
En 1467.
La Faculté des Arts lui fournit à cette occasion un subside de 30 florins d’or. (Act. fac. art. lib. III, f° 188).
- [225]
Bibliothèque du couvent de Vienne, ms. 5, f° 2.
- [226]
Il nous est impossible d’assigner une date précise à cette transcription. Cependant il est vraisemblable qu’elle a été faite à l’occasion même du procès de réhabilitation sous Calixte III, ou peu de temps après. Le manuscrit renferme en outre une lettre du cardinal de Rodez sur la prise de Constantinople, lettre datée du 8 juillet 1453.
- [227]
Il commence par un feuillet de parchemin, rogné dans le haut, qui appartenait sans doute à un autre codex, et dont le recto n’a pas de rapport avec le contenu du volume. C’est seulement au verso, à la suite de ce texte, qu’on lit la table des matières. Ces détails, ainsi que les renseignements très précis sur la personne et les actes du frère Léonard de Brixenthal, nous ont été fournis par notre ami, le R. P. Vincent Laporte, O. P., qui a bien voulu mettre à notre disposition ses connaissances paléographiques pour le contrôle des manuscrits de Vienne. Il est de notre devoir de lui rendre ici un témoignage public de notre reconnaissance.
- [228]
D’après le témoignage très compétent du R. P. Laporte, ces treize premiers mots sont manifestement de la main de Léonard de Brixenthal, et d’un caractère plus gros que le reste, qui a été transcrit par un copiste.
- [229]
Nous avons déjà fait remarquer que le copiste viennois défigure ainsi le nom de Bréhal. Il a écrit également Theodericus au lieu de Theodorus. Au f° XLIII r° du ms. 9790 de la Bibliothèque nationale, le transcripteur aux ordres de l’ambassade française a inséré la note suivante dont l’exactitude ne saurait être contestée :
Codex [2284] pertinuit olim ad conventum viennensem ord. Præd., ut ad calcem prioris paginæ notatur. Caret interpunctione, scatetque innumeris mendis.
[Le codex appartenait autrefois au couvent des dominicains de Vienne, comme indiqué au bas de la page précédente. Il est dépourvu de ponctuation et regorge d’erreurs.]
- [230]
On ne peut guère lire autrement : les lettres sont bien formées. Tout au plus pourrait-on lire vilszkeher.
- [231]
Quicherat, t. II, p. 70 ; t. V, p. 431. — Le R. P. Ayroles a donné une élégante traduction de ce document (La vraie Jeanne d’Arc, p. 238).
- [232]
Cette pagination est celle du manuscrit ottobonien que le copiste a omis de changer ; la lettre est en effet à la page 99 V° du registre de Paris [n° 9790], immédiatement après la sentence définitive, dont elle n’est séparée par aucun titre, sauf par l’en-tête dédicatoire : Jesus.
- [233]
Au point de vue de la correction historique, la formule du premier titre est préférable à celle du second. Lorsque Bréhal écrivit à Léonard, celui-ci n’était point encore inquisiteur de la foi pour la province ecclésiastique de Salzbourg.
Ce fut seulement le 25 avril 1453 que le R. P. Pierre Wellen, provincial de Teutonie, lui confia cette charge, comme il conste par les lettres patentes insérées au registre de la bibliothèque des FF. Prêcheurs de Vienne, coté aujourd’hui 291, f° 79 V°.
- [234]
En tête de la lettre, le ms. 101 du couvent de Vienne porte le titre suivant : Epistola inquisitoris fidei de francia ad fratrem leonardum.
- [235]
Les deux copies faites par les ordres du P. Huntpüchler, c’est-à-dire celle du cod. 101 du couvent de Vienne, et celle du ms. ottobonien 2284 du Vatican, portent suivant la coutume qu’il avait adoptée : fratri leonardo N.
- [236]
Le mot decorem manque dans le ms. 101 du couvent de Vienne.
- [237]
Pour que la construction de la phrase fût régulière, il faudrait, comme le propose Quicherat, (Procès……. t. 11, p. 70 note 2), suppléer au moins les mots : ceperunt et…
- [238]
Ms. 101 du couvent de Vienne : adversum.
- [239]
Par une étrange méprise, le copiste du ms. 101 du couvent de Vienne a écrit très lisiblement : zuccendio.
- [240]
Le sens exige qu’on lise de la sorte, bien que le ms. 101 du couvent de Vienne porte : judicare. Le copiste du cod. ottobonien 2284 a lu et écrit correctement : rei judicate.
- [241]
Le mot suo manque dans le ms. 101 du couvent de Vienne.
- [242]
Le ms. 101 du couvent de Vienne : percunctare.
- [243]
Le ms. 101 du couvent de Vienne a interverti : in causapeculiari.
- [244]
Peut-être y avait-il dans l’original : que rei ipsi prima facie congruere noveritis ; et le copiste par distraction a réuni les deux mots en un seul. Quoi qu’il en soit de cette conjecture, la phrase est manifestement incomplète : il doit manquer une ligne, omise par l’inattention du transcripteur.
- [245]
Dans le ms. 101 du couvent de Vienne, il n’est fait mention ni du lieu ni de la date.
- [246]
Quicherat, t. V, p. 431. — C’est vraisemblablement sur l’autorité seule de Quicherat que repose l’affirmation de M. Fabre datant cette lettre ; fin décembre 1453 (Procès de réhabilitation… t. 1, p. 188 note).
- [247]
Fontana, Monumenta dominicana, part. III, cap. II, p. 344 :
Anno 1450, convenere Patres nostri apud Lugdunum pro celebratione capituli novique Magistri generalis electione, in quo Magister Ordinis salutatus est P. Petrus de Rochim Gallus, et ipse de provincia Provinciæ, ejusdemque Prior Provincialis.
Cf. Quétif et Échard, Script. ord. Præd. t. I, p. 807b.
- [248]
Les chapitres généraux de l’Ordre de saint Dominique se tiennent normalement durant la semaine de la Pentecôte quand ils doivent procéder à la nomination du Maître général, cette élection a lieu la veille mème de la fête.
- [249]
Les auteurs l’ont appelé Flammochetti : la véritable orthographe de son nom de famille est celle que nous lui attribuons d’après les registres consulaires de la ville de Lyon (Archives municipales de Lyon : Registres consulaires BB 4, f° 90 délibération du 16 mai 1449, f° 93 v° délibération du 7 juin, et f° 99 r° délibération du 21 septembre 1449).
Fontana, Monumenta dominicana, part. III, cap. III, p. 345-346 :
Anno 1451, congregatum est Romæ, Nicolao Pontifice petente, Generale Ordinis Capitulum pro Magistri illius electione… In eo igitur ex majori Patrum voto nominatus est Magister P. Guido Flamochetti Gallus, cum esset ordinis Generalis Procurator et Vicarius.
Cf. Quétif et Échard, Script. ord. Præd. t. 1, p. 808b.
- [250]
Constit. Ord. FF. Præd. dist. II, cap. IV, declar. II. (Paris, 1872, p. 389, n. 753) :
Si Magister obierit, vel amotus fuerit, post Pentecosten et ante festum vel in festo S. Michaëlis, in proxima Pentecoste novus Magister eligatur. Si vero post festum S. Michaëlis et ante Pentecosten obierit, exspectetur pro capitulo electionis usque ad alterius anni Pentecosten.
[Si le maître décède ou est démis de ses fonctions entre la Pentecôte et la Saint-Michel, un nouveau maître sera élu à la Pentecôte suivante. Cependant, s’il décède entre la Saint-Michel et la Pentecôte, le Chapitre attendra la Pentecôte d’après pour procéder à l’élection.]
- [251]
Constit. Ord. FF. Præd. dist. II, cap. IV, declar. VIII. (Paris 1872, p. 404, n. 784) :
Mortuo vel amoto Magistro, Vicariatus totius ordinis devolvitur ad illum Provincialem, in cujus provincia proximum capitulum generale celebrandum occurrit.
[En cas de décès ou de destitution du maître, le vicariat général de l’Ordre revient au Provincial de la province dans laquelle se célébrera le prochain Chapitre général.]
- [252]
Masetti, Monumenta et antiquitates, t. I, p. 425 :
Frater Dominicus Gianni a Corella, S. Th. Mag., S. Mariæ Novellæ alumnus.
Ce religieux, qui gouverna l’Ordre deux fois en qualité de Vicaire général, était un savant théologien, et prit part, avec plusieurs autres dominicains, aux travaux du concile de Florence.
- [253]
Ces documents n’ont pas été insérés au Bullaire de notre Ordre, bien qu’on y trouve (t. II, p. 315) une bulle de Nicolas V, datée du 14 janvier 1453, où il est fait mention du P. Gianni comme vicaire général de l’Ordre ; mais nous croyons qu’ils existent dans les Régestes Pontificaux : le premier a dû suivre de près le décès du maître général, c’est-à-dire qu’il a été rédigé à la fin de novembre ou au commencement de décembre 1451 ; le second, que Bréhal a vu, appartient sans doute à l’année 1452.
- [254]
Fontana, Monumenta dominicana, parte III, cap. IV, p. 347-348 :
Post excessum Guidonis, convenere in unum Patres nostri pro alterius Generalis Magistri electione anno 1453, apud Nannetas in Britannia, in qua delectus est Magister ordinis P. Martialis Auribellus, Avenionensis, Vicarius Generalis ac provincialis provinciæ Provinciæ.
Échard (Script. Ord. Præd., t. I, p. 811a) dit que l’élection eut lieu :
… die sabbati XIX maii, vigilia Pentecostes.
- [255]
Nous ne doutons pas que les données historiques concernant l’ambassade de Léonard Wilzkcher ne fournissent de nouvelles preuves à l’appui de la démonstration que nous venons de faire d’après nos documents de famille. Mais, malgré nos recherches, nous n’avons pas réussi à nous procurer les pièces nécessaires, et il nous a fallu renoncer à résoudre le même problème par une voie où il y a pour nous trop d’inconnues.
- [256]
Il s’agit du jeune roi Ladislas V, mort inopinément le 23 novembre 1457. — Cf. Aschbach : Geschichte der Wiener Universität, p. 227.
- [257]
Bibliothèque du couvent des dominicains de Vienne, cod. 264, f° 21 V°.
- [258]
Viro sane inter doctos et eruditos sapientissimo
; cité par le R. P. Ayroles (La vraie Jeanne d’Arc, p. 272) d’après les lettres inédites de Machet (Bibliothèque nationale, ms. latin 8577, f° 37-40).Né à Ourches près de Breteuil (diocèse d’Évreux), Ciboule, comme on l’appelle généralement, a joué un rôle très honorable dans plusieurs affaires où Charles VII l’employa. Il aida de tout son pouvoir le cardinal d’Estouteville à la réforme de l’Université. Animé des sentiments les plus fidèles à l’égard du pape légitime, il s’efforça de combattre les œuvres et les tendances schismatiques d’un grand nombre de ses collègues. Il mourut en 1460, doyen du Chapitre de la cathédrale d’Évreux.
- [259]
Quum irrefragabilis auctoritas, cujus jussa mihi capessere fas est, et nefas eidem non obedire, jubeat me aliquid dicere super […] processu…
[Quand une autorité incontestable, envers qui l’obéissance est mon devoir et la désobéissance un crime, m’ordonne de parler sur un procès…]
dit-il lui-même dans le préambule de sa Consideratio. (Cf. Lanéry d’Arc : Mémoires et consultations, p. 351.)
- [260]
On voit que nous sommes loin de partager l’opinion de M. Fabre (Procès de réhabilitation, t. II, p. 182), qui déclare ce mémoire
assez médiocre malgré ses allures doctorales
. - [261]
Cette date est du vieux style, c’est-à-dire conforme à la computation qui ne faisait commencer l’année qu’à Pâques.
- [262]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p 351-333. Quicherat avait seulement reproduit le début et la conclusion (t. III, p. 326-328). Voir aussi t. V, p. 467.
- [263]
R. P. Ayroles, La vraie Jeanne d’Arc, p. 274-291.
- [264]
Ce digne fils du patriarche S. François d’Assise était né vers 1415 au château d’Agonac en Périgord d’une des plus anciennes familles du pays : son père était sénéchal et lieutenant du roi. Sur les instances des chanoines de Périgueux, le pape Eugène IV obligea l’humble religieux malgré sa jeunesse (il n’avait que 24 ans) à accepter le fardeau de l’épiscopat. Sa vie austère autant qu’active, détachée des honneurs et des richesses, a laissé dans l’Église un suave parfum de sainteté. Nommé archevêque de Tours [1468], il ne profita de la confiance et des faveurs de Louis XI que pour augmenter ses bonnes œuvres, et défendre avec une liberté apostolique les droits du Saint-Siège. Créé cardinal par Sixte IV, il mourut huit mois après, le 5 juillet 1484. (Cf. Ciaconius et Oldoinus : Vitæ pontificum, t. I, p. 81-82.)
- [265]
Les érudits ne manqueront pas de relever aussi quelques assertions très contestables, ou même entièrement erronées, qui émaillent son éloge des rois et du royaume de France. Il faut noter à sa décharge que la science historique de l’époque n’était pas fort avancée, et qu’il est simplement l’écho d’un enseignement accepté alors par les plus instruits.
- [266]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 93-185. — Il en existe plusieurs autres copies soit à Paris, soit au Vatican ; mais nous n’avons pas eu le loisir de les étudier.
- [267]
Quicherat, t. I, p. 306-308. Cf. t. V, p. 442 et 464.
- [268]
R. P. Ayroles, La vraie Jeanne d’Arc, p. 359-402.
- [269]
Issu en 1412 d’une famille riche de la bourgeoisie de Caudebec, il se fit recevoir maître ès arts à l’Université de Paris. Il étudia ensuite le droit civil à Louvain, et à Pavie où il prit ses grades. Revenu à Louvain, il y conquit les palmes du doctorat en droit canon. Sa vie très agitée nous est connue par son autobiographie et par un autre de ses opuscules intitulé : Apologie. Les services qu’il rendit à Charles VII lors de la conquête de la Normandie lui valurent le titre de conseiller royal. Ayant adhéré à la ligue du bien public, il eut à subir les ressentiments de Louis XI, et il mourut dans l’exil à Utrecht [1491], avec le titre d’archevêque de Césarée in partibus infidelium. Cf. R. P. Ayroles, La vraie Jeanne d’Arc, p. 313-318.
L’évêque de Lisieux est l’auteur d’une histoire de Charles VII, que les historiens avaient attribuée à un certain Amelgard. Cette erreur trop longtemps accréditée embarrassait fort les érudits, et les avait engagés à d’inutiles recherches dans les bibliothèques de l’Europe. Quicherat, dont la sagacité comme paléographe est au-dessus de tous les éloges, a fait connaître la vérité et publié pour la société de l’histoire de France une édition des œuvres de Thomas Basin (Paris, J. Renouard, 1855-1859, 4 volumes).
- [270]
Cité par Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 188, note :
Poterat processus hujusmodi ex multis capitibus argui vitiosus, quemadmodum ex libello, quem desuper, ab eodem Carolo expetito a nobis consilio, edidimus, si ei ad cujus venerit manus cum legere vacaverit, latius poterit apparere.
[Un tel procès aurait pu être contesté à cause de nombreuses irrégularités, comme il apparaît plus clairement dans le mémoire que nous avons publié à la demande même de Charles.]
Bzovius a cité sans nom d’auteur ce passage qu’il dit être d’un contemporain de la Pucelle (Annal. eccl. 1430. IX, t. XV p. 740 col. 2.)
- [271]
N’ayant pas actuellement sous les yeux le manuscrit de la Bibliothèque nationale, nous citons le texte édité par M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 235. Deux autres fois, Thomas Basin fait une mention expresse de l’ouvrage de Pontanus (ibid., p. 190 et p. 232).
- [272]
Voir les largesses du roi pour défrayer maître Guillaume Bouillé des voyages et travaux faits à cette occasion (Cabinet des titres, vol. relié 685, f° 188 v°, f° 195 r° et f° 198 r°).
- [273]
M. Fabre, dont la critique ne pèche pas par excès de bienveillance à l’égard des mémoires consultatifs, reconnaît que celui-ci est
remarquable par ses qualités didactiques
(Procès de réhabilitation, t. II, p. 179). - [274]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 187-235. — Une reproduction critique du texte, accompagnée de la vérification des citations et de renvois aux sources, exigerait un travail assez considérable, mais qui ne serait pas sans intérêt.
- [275]
R. P. Ayroles, La vraie Jeanne d’Arc, p. 319-353.
- [276]
Opinio domini Johannis Heremite
, selon le titre que lui donne M. Lanéry d’Arc (Mémoires et consultations, p. 73. On dit que ce personnage était conseiller intime de Charles VII, et peut-être même son confesseur ; il ne nous est pas connu autrement. - [277]
Les procès de Jehanne la Pucelle, p. 187-197.
- [278]
Quicherat, t. V, p. 431 et t. II, p. 215.
- [279]
Un exemple suffira pour preuve : la sentence rendue
per metum cadentem in constantem virum
(M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 76, ligne première) devient sous la plume du traducteurune folle et inconstante sentence
que l’inquisiteurpar craincte et grand peur fut contraint de donner
(Les procès de Jehanne la Pucelle, p. 189). - [280]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 73-81.
- [281]
Nous ne savons rien de lui, si ce n’est qu’il était chanoine de Saint-Gatien. Quicherat n’en parle pas, et ne mentionne pas son écrit sur la Pucelle. Nous supposons que Bréhal, passant à Tours pour aller porter au roi l’enquête de 1452, avait eu l’occasion de connaître maître Pierre L’Hermyte et maître Gui de Vorseilles, auxquels il écrivit quelque temps après pour leur demander leur avis.
- [282]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 83-90.
- [283]
Quoique sa voix n’ait pas toujours été écoutée au milieu des effervescences universitaires, quand il donnait à ses collègues trop susceptibles des conseils de paix et de modération, il jouissait d’une haute estime, comme l’atteste entre autres la mission qui lui fut confiée lors de la ligue du bien public.
M. de Beaucourt (Histoire de Charles VII, t. V, p. 368) rappelle sa double qualité de chanoine de Paris et de conseiller au parlement. — Cf. Quicherat, t. V, p. 466.
- [284]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 305 (ms. 5970 f° 157 r°) :
Et excusatus habear, supplico, si in hoc et pluribus aliis ubi bene opus esset quotatione processus, ipsum non quotavi, quia vix quatuor aut quinque diebus eum habere potui, et extracta mihi transmissa non omnia continere possunt.
[Je vous prie de bien vouloir m’excuser si, ici ou là je n’ai pas cité le procès là où des citations auraient été nécessaires, car je l’ai à peine eu quatre ou cinq jours en ma possession, et les extraits qu’on m’a transmis ne peuvent tout contenir.]
- [285]
Il est impossible de le méconnaître à la lecture du passage qui commence ainsi (Lanéry d’Arc, Mémoires et consullations, p. 314-317) :
Et per supra dicta sit responsum ad quæstiones plures, numero XVIII. Ad primam enim respondetur… etc.
- [286]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 318.
- [287]
M. Fabre (Procès de réhabilitation, t. I, p. 183) apprécie peu ce mémoire qu’il qualifie
prétentieux et banal
. Les commissaires apostoliques ne l’ont point jugé ainsi ; nous préférons nous ranger à leur avis, dont la compétence n’est pas contestable. La direction nouvelle donnée à l’affaire par suite des conseils expérimentés de Jean de Montigny montre assez l’estime que Bréhal et les juristes au service du roi lui ont accordée. - [288]
Quicherat, t. I, pp 319-322.
- [289]
M. Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations, p. 277-322.
- [290]
R. P. Ayroles, La vraie Jeanne d’Arc, p. 294-310.
- [291]
Quoique la nomination de l’archevêque ait eu lieu le 30 avril 1453, ce fut seulement le 28 juillet de l’année suivante que le cardinal fit son entrée solennelle dans la métropole de la Normandie, où il résida quelque temps. Durant cet intervalle, il était resté à Rome et s’était contenté de prendre possession par procureur. Cf. Gallia Christiana, t. XI, col. 90.
- [292]
Cf. M. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. V, p. 390 et suiv.
- [293]
Dans le 5e compte de Matthieu Beauvarlet, notaire du roi, receveur général de toutes finances au pays de Languedoc, pour l’année finie en septembre 1454 (Cabinet des titres, vol. relié 685, f° 175 V°) on trouve sous la rubrique Dons, récompensations et bienfaits, un nouveau subside accordé par le roi au mois de mai
… maître Jehan Bréhal, docteur en décret, religieux de l’ordre des jacobins, inquisiteur de la foy, C. livres pour ses despens, besoingnant au procès de feue Jehanne la Pucelle.
C’est manifestement par distraction que le notaire lui attribue le titre de docteur en décret ; car dans le même compte (au feuillet suivant), comme dans le quatrième et le huitième, il le qualifie exactement de docteur en théologie.
- [294]
La teneur de ce document nous a été conservée par le rescrit de Calixte III, du 11 juin 1455. Voir le texte latin dans Quicherat, t. II, p. 95-98. M. de Beaucourt en a donné la traduction, Histoire de Charles VII, t. V, p. 368-370.
- [295]
Le père et le frère aîné de Jeanne étaient morts. Sa mère, Isabelle Romée, et ses frères Jean et Pierre étaient seuls survivants ; ils agissaient comme représentant aussi un certain nombre de leurs proches, dont les noms ne figurent pas au rescrit pontifical.
- [296]
M. Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 19, note.
- [297]
Malgré le texte formel de la supplique, on a révoqué en doute la mort du vice-inquisiteur à l’époque du procès de réhabilitation. D’après les intéressantes recherches de M. Ch. de Beaurepaire (Notes sur les juges, p. 25), Jean Le Maistre est mentionné une dernière fois aux registres capitulaires de Rouen comme ayant prêché un sermon le 25 janvier 1452 dans l’église cathédrale. Rien ne prouve qu’il était encore vivant lorsque le cardinal d’Estouteville ouvrit son enquête au mois de mai de la même année. Bréhal d’ailleurs ne devait pas ignorer la mort de son subordonné ; s’il a laissé insérer devant son nom le terme quondam (feu) avec cette mention etiam tunc in humanis degenti, dans la supplique de la famille d’Arc, c’est que le fait n’était pas douteux.
- [298]
M. Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 18.
- [299]
Extrait du 5e compte pour l’année finie en septembre 1454. (Cabinet des titres, vol. relié 685, f° 176 v°.)
- [300]
Dans la troisième partie de son Directorium (pp. 459-460), Nicolas Eymeric recommande aux inquisiteurs de ne point prolonger leur séjour en cour de Rome ; les raisons d’expérience personnelle et d’ordre pratique qu’il apporte à l’appui de ce conseil sont assez curieuses.
- [301]
R. P. Ayroles, La vraie Jeanne d’Arc, p. 602. La pièce à laquelle il est fait allusion émane du procureur de la famille d’Arc : il y est dit que les commissaires apostoliques ont été choisis entre tous
a supremo justitiæ ministro Nicolao papa V, domino nostro
, pour être dans cette cause les ministres de la justice et de la vérité. - [302]
Quicherat, t. III, p. 276.
- [303]
Au premier livre des Décrétales, titre XXIX de officio et potestate judicis delegati, les chapitres XIX (Relatum), XX (Gratum) et XXX (Licet) déclarent que la juridiction déléguée expire à la mort de celui qui l’a concédée, si l’affaire est encore intacte, c’est-à-dire s’il n’y a pas eu prise de possession et exercice du pouvoir octroyé par l’ouverture du procès.
- [304]
Le grand thaumaturge dominicain était mort le 5 avril 1419. Il fut canonisé en 1455 par son compatriote, Alphonse Borgia, devenu pape sous le nom de Calixte III. Celui-ci, né à Valence (Espagne) le 31 décembre 1378, devait rendre à l’Église d’éclatants services, dont le frère Vincent Ferrier avait reçu la révélation prophétique Il travailla avec succès à l’extinction du schisme, et eut la joie de ramener à l’unité catholique l’antipape de Paniscola, (Gilles Muños), le soi-disant Clément VIII. Évêque de Valence et plus tard cardinal au titre des Quatre-Saints-Couronnés, il acquit de nouveaux mérites par ses soins à procurer la paix et à s’employer aux intérêts de la chrétienté. Nous lui devons l’heureuse conclusion de la cause de Jeanne d’Arc. Cf. Ciaconius, Vitæ Pontificum, t. II, p. 929-930.
- [305]
Humilibus supplicum votis libenter annuimus
, dit-il dans le rescrit. Cf. Quicherat, t. II, p. 95. - [306]
M. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. V, p. 371.
- [307]
Né en 1388, il était l’aîné des onze enfants de Jean Jouvenel, prévôt des marchands sous Charles VI. Après avoir conquis ses grades en droit civil et canonique, il fit d’abord sa carrière dans la magistrature et fut nommé en 1429 procureur général au parlement de Poitiers. Il abandonna bientôt cette charge pour se donner à l’Église. Évêque de Beauvais en 1432, puis transféré à Lyon (1443), il fut promu à l’archevêché de Reims, qu’il occupa jusqu’à sa mort (1473). Sa vie est remplie d’œuvres, dont la postérité a conservé un souvenir élogieux. Cf. Gallia Christiana, t. IX, col. 137, 552 et 758.
- [308]
Il était originaire de Bayeux. Frère du secrétaire de Charles VII, le célèbre littérateur Alain Chartier, il fut pourvu successivement ou simultanément de plusieurs bénéfices avant son élévation à l’épiscopat. Vers la fin de sa carrière, il encourut la disgrâce de Louis XI, pour s’être sacrifié au bien de ses ouailles pendant la ligue du bien public. Il est mort le 1er mai 1470, digne des regrets de son église. Cf. Gallia Christiana, t. VII, col. 150-152.
- [309]
Cf Ciaconius et Oldoinus, Vitæ pontificum, t. II, p. 995-997 ; — Gallia Christiana, t. XI, col. 893-894.
Lors de la vacance du siège archiépiscopal de Rouen (1452), il était archidiacre d’Auge. Les suffrages de ses collègues s’étant divisés par moitié entre lui et le trésorier Philippe de la Rose, tous les deux renoncèrent à leur élection.
Nicolas V nomma alors Richard Olivier à l’évêché de Coutances. Disgracié plus tard par Louis XI, il résida près du pape durant les dernières années de sa vie ; il mourut à Pérouse en 1470, pendant qu’il y exerçait les fonctions de légat. Le cardinal de Pavie disait de lui :
Quis… in dicendo sententia justior ? Quis in interpretationibus jurium verior ? Quis denique in suum cuique reddendo minus personarum acceptor ?
Et il rappelait les paroles élogieuses de Pie II :
Utinam Constantienses haberemus plures, bene consultum esset Ecclesiæ : vir gravis, vir bonus, vir mitis, vir doctus, in suis sententiis liber.
- [310]
Quicherat, Aperçus nouveaux, p. 154.
- [311]
Quicherat, t. II, p. 97 :
Fraternitati vestræ per apostolica scripta mandamus, quatenus vos, vel duo vel unus vestrum, assumpto per vos aliquo pravitatis hujusmodi in regno Franciæ deputato inquisitore… etc.
[Par la présente lettre apostolique nous mandons à votre fraternité, que vous [trois], ou deux, ou l’un d’entre vous, vous étant adjoint l’inquisiteur de l’hérésie dans le royaume de France…]
- [312]
M. Fabre, Procès de réhabilitation, t. 11, p. 183.