Avant-propos
Jeanne d’Arc
par l’abbé
(1916)
Éditions Ars&litteræ © 2024
Page de garde
Imprimatur :
Nil obstat, V. Prunier, censor. — Imprimatur, Sagii, die XXVII Maii 1916, Ch. Leconte, vic. gen.
Édition de 1916 (in-12 de XVI et 292 p.) :
Joseph Dupont, Jeanne d’Arc d’après ses propres déclarations, les dépositions juridiques des témoins de sa vie, les écrits de ses contemporains. — Paris, (ancienne librairie Poussielgue), J. de Gigord, éditeur, 15 rue de Cassette, 1916.
Édition de 1922 (in-12 de XX et 362 p.) :
Joseph Dupont, Sainte Jeanne d’Arc, d’après ses propres déclarations, les dépositions judiciaires des témoins de sa vie, les écrits de ses contemporains. Illustrations archéologiques de Rogatien Le Nail. — Deuxième édition, revue et complétée. — Librairie catholique Emmanuel Vitte, Lyon, 3 place Bellecour, Paris, 5 rue Garancière. 1922.
Galerie Table des illustrations de Rogatien Le Nail





Pour coudre et filer je ne crains femme de Rouen.



























VAvant-propos
Première édition
Ce modeste volume est le fruit d’études consciencieuses, faites à loisir, dans le calme d’une paisible retraite, et, poursuivies avec amour, pendant plus de sept ans.
Il a eu pour cause occasionnelle l’indignation que nous éprouvâmes à la lecture de l’odieux roman, dans lequel M. Anatole France s’est amusé à caricaturer indignement la sainte de la patrie, sous le titre menteur de Vie de Jeanne d’Arc.
Après avoir pris connaissance de cette œuvre malsaine, où la vérité est travestie et la religion bafouée, presque à chaque page, nous nous sentîmes poussé à étudier, plus à fond que nous ne l’avions fait jusque-là, cette figure d’héroïne et de sainte, dont la carrière, si courte qu’elle ait été, n’en est pas moins la merveille de notre histoire, et de toutes les histoires.
À cet effet, nous parcourûmes, l’un après l’autre, sans hâte et la plume à la main, les cinq gros volumes in-4°, dans lesquels le R. P. Ayroles a réuni le texte ou la traduction des documents originaux concernant la Pucelle. (Voir, à la fin du volume, les Sources historiques.)
Après avoir choisi, dans cette masse de documents, ceux qui présentent le plus d’intérêt et les meilleures garanties d’exactitude, VInous les avons coordonnés ensemble, citant textuellement les uns, résumant les autres, glissant çà et là quelques observations, de manière à former un tout intéressant et bien homogène.
Notre préoccupation constante a été de donner, en style simple et clair, une biographie aussi vivante et complète que possible, malgré sa concision. Y avons-nous réussi ? Des amis, bons juges en fait de littérature et d’histoire, ont bien voulu nous le dire. C’est sur leur conseil que nous nous hasardons à publier un travail que nous avons entrepris et achevé, sans autre but que d’occuper pieusement et agréablement nos loisirs.
On remarquera la place considérable que nous avons ménagée, dans notre récit, aux déclarations faites par la Pucelle, sous la foi du serment, pendant son procès, aux paroles qu’elle a prononcées en diverses circonstances, aux lettres qu’elle a dictées. Ce sont là, à nos yeux, des documents d’une valeur incomparable. Aussi, pour les mieux mettre en lumière, nous les avons fait imprimer en caractères italiques. [En fond gris dans la présente édition.]
L’action de notre sainte héroïne ne s’est pas terminée à son martyre, ni même à la libération du sol français, qui fut la conséquence immédiate de ses exploits. On verra, dans le livre IV, consacré à sa vie posthume, comment sa mémoire, outragée par ses bourreaux, réhabilitée par les délégués du Pape, longtemps méconnue, même en France, glorifiée enfin par l’Église, est devenue, de nos jours, un trait d’union, un signe de ralliement, au milieu de nos discordes civiles, et, par conséquent, un précieux gage d’espérance pour l’avenir du pays.
Actuellement, l’héroïsme de notre armée ne réalise-t-il pas VIIune prophétie de la Bienheureuse ? Nous le croyons et nous avons essayé de le montrer dans l’Épilogue.
Jeanne d’Arc a-t-elle su lire et écrire ? On trouvera, à la fin du volume, la réponse à cette question, qui a été inopinément soulevée, dans ces derniers temps.
Daigne la Bienheureuse bénir notre travail !
Deuxième édition
Notre Jeanne d’Arc parut en octobre 1916, deux ans après le commencement de la Grande Guerre, dont les angoissantes péripéties allaient encore ; durant plus de deux ans, absorber l’attention publique. Une nouvelle biographie de l’héroïne, éclose après tant d’autres, et paraissant dans des circonstances si défavorables, avait toutes chances de passer inaperçue.
C’est en effet ce qui arriva, sauf dans notre entourage, tant que dura la guerre, malgré les grands éloges que lui donnèrent quelques Revues1.
Cependant nous n’avons pas eu à regretter l’imprudence VIIIque nous commettions en éditant le volume à nos frais. Bien au contraire : non seulement l’édition a fini par s’écouler, mais d’assez nombreuses commandes nous sont parvenues après l’épuisement du stock et :
Beaucoup, — nous écrit Mgr Gibier, évêque de Versailles, — demandent une nouvelle édition.
IXCelle-ci est la reproduction fidèle de la première, à part deux ou trois corrections de détail. Mais la disposition typographique a été améliorée et le texte complété par le récit de deux faits d’importance majeure : cérémonie de la canonisation et institution de la fête nationale de Jeanne d’Arc.
J. Dupont.
École de Saint-François de Sales, à Alençon.
Le 17 avril 1921, en la Solennité de saint Joseph.

Notes
- [1]
Extraits de divers comptes-rendus.
1916-1917 :
Cette biographie de notre sainte héroïne… plaira au lecteur par sa netteté et l’excellence de la mise en œuvre des documents. (Revue du clergé français.)
Il (l’auteur) ne veut pas qu’on perde de vue l’héroïne. Elle est constamment sous nos yeux et, ce qui est le grand mérite de l’œuvre, elle y est vivante et peinte par elle-même. L’auteur a recueilli religieusement toutes ses paroles.
Parmi tant de vies de Jeanne d’Arc, destinées à un public qui veut connaître la merveilleuse figure, sans se soucier des questions de pure érudition, nous n’en connaissons pas de meilleure, pour ne pas dire d’égale. (Études ; article du R. P. Ayroles.)
Guide très sûr, qui n’avance rien sans l’avoir vérifié en remontant aux sources, il (l’auteur) inspire une juste confiance. Modeste, il est fidèle à s’effacer derrière son héroïne… Œuvre patriotique et édifiante, le livre de M. le chanoine Dupont nous paraît bien être de ceux qui n’ont rien à craindre du temps. (Bulletin de la Société historique de l’Orne.)
1920 :
Que l’on considère la Jeanne d’Arc de M. le chanoine Dupont dans son ensemble ou dans chacune de ses parties, partout règne le lucidus ordo, cet arrangement lumineux sans lequel l’érudition la plus estimable ne s’élève point à la dignité d’œuvre d’art. (Ami du Clergé.)
M. Dupont a publié sa Jeanne d’Arc afin d’opposer la vérité à l’odieux roman dans lequel Anatole France s’est amusé à caricaturer indignement la sainte de la patrie.
Son ouvrage est, avant tout, un exposé complet, malgré sa concision, de la vie et de la mission de Jeanne d’Arc, une biographie vivante en un style simple… et d’une rare limpidité. Bref, une bonne vie de sainte, un livre de rare qualité, un manuel classique sur Jeanne d’Arc. (Revue des Lectures.)