Collectif  : Jeanne d’Arc, une époque, un rayonnement (1982)

Introduction (Régine Pernoud)

7Introduction

L’antique Orléans sévère et sérieuse s’anime, on le sait, une fois l’an : elle se pare de drapeaux et d’oriflammes, ses parterres fleurissent, la rue de Bourgogne s’illumine et se couvre de créneaux de théâtre et, tandis que les magasins ferment, la foule s’amasse, au soir du 7 mai devant la Cathédrale embrasée, le 8 mai sur le parcours d’un long cortège…

Que toute libération soit saluée avec joie, cela se comprend. Mais que cette joie puisse se prolonger à travers un demi-millénaire et davantage, qui le croirait ? Pourtant l’événement que l’on fête, la libération d’Orléans par Jeanne d’Arc le 8 mai 1429, remontait, en 1979, à 550 ans en arrière. Et les festivités, loin de s’atténuer, devenaient plus solennelles encore que d’habitude en ce onzième jubilé que vint présider Valéry Giscard d’Estaing, Président de la République, en personne.

Dans l’ombre de ce grand anniversaire, un autre très modeste et ne comptant qu’un tout petit lustre : celui de la création, cinq ans plus tôt, par la Municipalité d’Orléans, du Centre Jeanne d’Arc, un centre de documentation historique auquel demeure attaché le grand nom d’André Malraux qui l’avait espéré et approuvé. L’existence de ce Centre consacré à réunir tout ce qui a pu être écrit sur Jeanne d’Arc en son temps sous forme de micro-fiches à la disposition des chercheurs, et que sont venues enrichir bibliothèque, photothèque et même cinémathèque, amenait à ajouter aux fêtes populaires une activité d’ordre scientifique. Aussi fut-il décidé que, cette année 1979, un Colloque d’histoire médiévale serait réuni à Orléans.

Ce projet allait être soutenu et mené à bien par la Délégation générale aux Célébrations nationales (que présidait alors le Préfet Maurice Roche), par le Préfet de la Région Centre, Préfet du Loiret, grâce à la générosité du Conseil Général du Loiret et de la Municipalité d’Orléans, dont il faut souligner l’intérêt qu’elle porte aux activités culturelles. Sous le haut patronage du Ministère de la Culture et de la Communication, Gaston Galloux, qui venait de succéder à René Thinat à la Mairie d’Orléans, le Docteur Lecompte, Adjoint au Maire chargé des activités culturelles, témoignèrent de l’attention personnelle qu’ils accordaient à cette réalisation qui, entre autres encouragements, reçut celui, très apprécié, de la Fondation de France.

À toutes ces hautes instances, hors desquelles semblable manifestation eût été impossible, vont nos remerciements ; et de même naturellement, à tous ceux, érudits et chercheurs français et étrangers qui, pressentis, nous adressèrent aussitôt leur adhésion ; on verra en feuilletant le présent volume que le Colloque d’Orléans réunit ainsi, sur tout ce qui concerne Jeanne d’Arc et 8son temps, les spécialistes les plus qualifiés, venant de tous les horizons de France et même du monde. La présidence de Pierre Marot et de Michel François, anciens directeurs de l’École des Chartes et Membres de l’Institut, indiquait d’emblée le niveau des communications prévues.

Semblable promesse fut largement tenue : Ce fut un beau Colloque, disait Michel François, tirant les conclusions de cette semaine de séances qui se déroula du 8 au 13 octobre 1979.

Ces séances avaient lieu, tantôt dans le cadre de la belle Collégiale Saint Pierre le Puellier, du XIIe siècle, admirablement restaurée, tantôt dans la Salle des Thèses de l’Ancienne Université d’Orléans, datant du milieu du XVe siècle (le plus ancien local universitaire qui subsiste en France), aimablement mise à la disposition du Colloque par la Société Archéologique et Historique de l’Orléanais. Des réceptions avaient lieu le soir, organisées par la Municipalité d’Orléans, par l’Université d’Orléans-La Source, par la Préfecture du Loiret, enfin par le Centre Jeanne d’Arc lui-même ; et finalement, une journée de détente fut consacrée à visiter trois monuments historiques du Loiret : l’église carolingienne de Germigny-des-Prés, à laquelle se rattache le souvenir de Théodulphe, le savant évêque d’Orléans, membre de l’Académie Palatine, l’Abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire et enfin le Château de Sully où Jeanne d’Arc fit plusieurs séjours ; évidemment de telles rencontres et réceptions avaient contribué à l’atmosphère d’amicale sympathie qui, de l’avis de tous, animait l’ensemble des réunions. Et on aura la plus haute idée de l’intérêt suscité à Orléans et au-delà par ce Colloque si l’on sait que sa séance de clôture, radiodiffusée par France-Culture en présence du Directeur de Radio-France, Yves Jaigu, comportait des interventions de savants venus non seulement de France, comme Philippe Contamine, mais d’Angleterre, des États-Unis, du Canada, d’Italie et même d’U.R.S.S. et du Japon. Le mot de la fin avait été laissé à un descendant de ceux qui combattirent aux côtés de Jeanne d’Arc, Jacques de Bourbon-Busset, cela dans la très belle salle du Théâtre d’Orléans obligeamment prêtée en la circonstance par le directeur, Pierre-Aimé Touchard.

Trois regrets seulement à exprimer à propos de ce colloque :

La mort de Yann Grandeau le 25 avril précédent, qui nous a privés de la communication qu’il prévoyait sur l’un de ses sujets de prédilection : Les dévotions d’Isabeau de Bavière, perte d’autant plus sensible que Yann Grandeau avait été un fervent ami du Centre Jeanne d’Arc depuis sa création. Il y eut aussi l’absence de Sœur Jung Ok Tjo, qui devait nous parler de la figure de Jeanne d’Arc vue de Corée, mais ne put quitter son lointain pays en raison des obligations qui venaient de lui être demandées par l’Ordre religieux auquel elle appartient. Enfin le refus brutal à la demande de visa du Professeur Vladimir Raytzès, de Léningrad, érudit de grande classe à qui ce déplacement fut interdit par une mesure de discrimination profondément regrettable ; la presse se fit écho du mouvement de protestation qu’elle provoqua chez tous les participants à ce Colloque.

Il nous reste à présent l’agréable devoir de remercier le Centre National de la Recherche Scientifique, dont le Directeur, M. Pouilloux, a bien voulu assumer l’impression des Actes du Colloque ; notre reconnaissance est profonde envers le Comité de publication qui, grâce au travail de Jean Glénisson et de toute son aimable équipe de l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes à Orléans-La Source, a mis au point, moyennant les difficultés qu’impose pareil travail, l’ensemble des communications que nous présentons ici au public.

Régine Pernoud

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