Hélie de Bourdeilles (1413–1484)
- Consideratio (1453)
- Hélie de Bourdeille (Bonaventure-Théodore Poüan, 1897-1900)
Chronologie
1413
-
Naissance d’Hélie au château d’Agonac (15 km au nord de Périgueux), cinquième fils du baron Arnaud de Bourdeilles, issu d’une des plus anciennes familles de France (le premier acte authentique date de 1044, plusieurs ancêtres se sont illustrés aux Croisades), et de Jeanne de Chamberlhac, fille d’un conseiller et chambellan du roi, apparenté aux Orléans et aux Berry.
L’écrivain Brantôme, alias Pierre de Bourdeilles (1535-1614), est son arrière-petit-neveux par son frère aîné Arnaud. Brantôme se plaint amèrement et en plusieurs occasions de ce riche aïeul qui ne leur laissa que son chapeau de cardinal (voir).
1414
(1 an)- 2 fév.
Le baron de Bourdeilles est fait sénéchal du Périgord (Périgueux, Sarlat, Bergerac).
Comme son père, il fut la terreur de l’Anglais, dans les contrées où ce commandement s’exerçait (Poüan).
De fait les Bourdeilles, attachés d’éternité à la couronne de France, furent d’indéfectibles partisans de Charles VII. 1418
(5 ans)- 10 sep.
Le baron de Bourdeilles entre comme capitaine au service du dauphin Charles (d’une compagnie de cent hommes d’armes et de cinquante hommes de trait, aux gages de cent livres par mois).
Le dauphin Charles (15 ans) s’était réfugié à Bourges où il avait installé son gouvernement et s’était déclaré
régent du royaume
. Les Bourguignons s’étaient en effet rendus maître de la capitale après l’avoir envahie (nuit du 28 au 29 mai 1418) et massacré tout ce qu’ils y trouvaient d’Armagnacs. 1420
(7 ans)- 1420–1423Hélie est éduqué à la maison. À sept ans il déclare vouloir entrer en religion. Ses parents le mettent à l’épreuve durant trois années, sans ébranler sa vocation.
1423
(10 ans)- 1423–1429
Couvent des Cordeliers de Périgueux.
Hélie a dix ans lorsqu’il entre au couvent franciscain. Son père l’escorte avec une troupe de soixante à quatre-vingts hommes ; mais Hélie fait remplacer son cheval richement harnaché par un âne,
car saint François chevauchait un âne
. 1429
(16 ans)- 1429–1434
Couvent des Cordeliers de Toulouse : docteur en théologie.
Ses supérieurs l’envoient étudier la théologie à Toulouse. On lui assigne comme compagnon d’étude le frère Pierre d’Aigrefeuille. Après trois années d’études il soutient sa thèse pendant huit jours, devant le chapitre provincial de l’Ordre.
- jul.Mort de son père.
1434
(21 ans)- 1434–1437
Couvent des Cordeliers de Mirepoix : professeur de théologie, prédicateur.
Il est envoyé enseigner la théologie au couvent de Mirepoix ; Pierre d’Aigrefeuille l’accompagne. En supplément de son rôle de professeur, il parcoure les environs, villes et campagne, pour évangéliser.
1437
(24 ans)-
Évêque de Périgueux.
À la mort de l’évêque de Périgueux (septembre), les chanoines de la ville élisent Hélie de Bourdeilles comme successeur (17 novembre 1437). Celui-ci refuse énergiquement. Le provincial de Guyenne l’envoie plaider son refus directement auprès du pape Eugène IV.
Accompagné de son frère Archambaud et de deux chanoines, il se rend à Bologne où résidait le pape, comptant invoquer l’impossibilité due à son jeune âge. Le pape reconnut toutefois ses grandes qualités : il délivra une dispense d’âge et confirma son élection. Hélie obéit.
Plusieurs historiens ont placé son élection en 1447 plutôt qu’en 1437. Poüan démontre qu’il y a lieu de distinguer la
prise de possession canonique
(17 novembre 1437) de l’entrée solennelle
à Périgueux (3 août 1447). Sa présence et son action comme évêque avant 1447, est attestée quoique rare. À cause des désordres de la guerre, le diocèse avait vécu près de soixante ans sans ses évêques. 1438
(25 ans)- jan.
Concile de Ferrare. — Hélie de Bourdeilles assiste à plusieurs sessions.
Le pape Eugène IV avait en effet décidé le transfert du concile de Bâle à Ferrare (18 septembre 1437). À Bâle ne restaient qu’une poignée de prélats schismatiques qui ne tardèrent pas à déposer Eugène (25 juin 1439) pour élire à sa place par Amédée VIII (30 octobre 1439). Le concile de Ferrare s’ouvrit par une première session le 8 janvier 1438.
- 13 avr.
Hélie reçoit la consécration épiscopale à Bologne vers Pâques (13 avril 1438), des mains de l’évêque de la ville, le cardinal Albergati.
Poüan note plusieurs similarités entre Bourdeilles et Albergati. Nicolas Albergati (1375-1443), est issu d’une noble famille de Bologne ; il entre en religion (Chartreux) ; est élu évêque de sa ville contre son gré. Il transforme sa maison en école qui fournira à l’Église deux papes : Nicolas V et Pie II ; il héberge les humanistes François Philelphe et Le Pogge ; il est créé cardinal en 1426, avec le titre de cardinal-prêtre de Sainte-Croix de Jérusalem. Il est béatifié en 1744.
1439
(26 ans)- 1439–1445
Le concile est transféré à Florence (16 janvier 1439, à cause de la peste apparue à Ferrare), puis à Rome (26 avril 1441). Hélie de Bourdeilles suit les pères, et assiste (probablement) aux sessions dans les deux villes.
1447
(34 ans)- 17 nov.
Il fait son entrée solennelle à Périgueux. La cérémonie donne lieu à une querelle protocolaire entre les quatre barons du Périgord, dont chacun réclame la préséance sur les autres : elle fut adjugée au frère de l’évêque, Arnaud de Bourdeilles.
Hélie de Bourdeilles se trouve à la tête d’un diocèse en ruine (qu’il administrait à distance), et qu’il va reprendre en main par l’exemple et la prédication : charité envers les pauvres (qu’il convie chaque semaine à sa table), restauration des édifices (avec ses propres deniers) comme l’église Saint-Astier en Dordogne, lutte contre les jurons, contre les abus des clercs et les privilèges indus.
1448
(35 ans)- 1448–1451
Capture par les Anglais.
Hélie de Bourdeilles tombe dans un guet-apens (une église avait été profanée pour l’y attirer) tendu par le bâtard de Grammont, un mercenaire au service des Anglais. Il est tout d’abord détenu au château d’Aubeterre, puis transféré dans la forteresse du château de La Roche-Chalais.
Les Anglais, sentant la province leur échapper, voulaient compenser les pertes par des rançons.
Il y passe peut-être plusieurs années et ne sera délivré qu’à l’occasion de son transfert à Libourne (d’où les Anglais comptaient sans doute le faire passer en Angleterre). Mis au courant de l’opération, l’archevêque de Bordeau, Pey Berland (75 ans!), prend la tête d’une petite troupe qui attaque le convoi et libère Bourdeilles. Les deux prélats sont accueillis triomphalement à Bordeaux.
De sa longue captivité, il témoignera que le plus douloureux fut d’endurer les jurons de ses geoliers anglais.
1451
(38 ans)- 24 jun.Son frère Arnaud est fait chevalier par le comte de Dunois (avec La Rochefoucauld, Turenne, Commercy, et d’autres), pendant la libération de la Guyenne (Fronsac).
1452
(39 ans)- jul.–aoû.
Légation du cardinal d’Estouteville.
Début juillet, il se rend à Bourges, pour une assemblée du clergé convoqué par Charles VII à la demande du cardinal d’Estouteville, légat du pape. Ce dernier souhaitait obtenir l’abandon de la Pragmatique sanction.
Quelques évêques du sud-ouest se montrèrent favorables au légat (outre Bourdeilles le nouvel évêque de Toulouse, Bernard de Rousier, et les représentants de l’archévêque de Bordeaux, Pey Berland) ; mais la plupart des prélats, groupés autours du confesseur du roi, Gérard Machet, et de l’archevêque de Reims Jean Jouvenel des Ursins, soutennaient la Pragmatique.
C’est au cours de cette assemblée que l’inquisiteur Jean Bréhal requiert son avis écrit sur le procès de Jeanne d’Arc.
Après l’enquête du cardinal d’Estouteville à Rouen (avril-mai), le roi avait chargé Bréhal de poursuivre la cause de révision du procès en interrogeant divers théologiens et canonistes.
Hélie de Bourdeille transmet sa
Considération sur la Pucelle de France
courant 1453, ou début 1454. 1461
(48 ans)- 22 jul.Mort de Charles VII. — Louis XI devient roi de France.
1462
(49 ans)- 1462–1464
Canonisation de Pey Berland (archevêque de Bordeau), décédé en 1458.
Pie II lui confie, ainsi qu’à Raymond du Treuil, évêque de Bazas, l’enquête canonique sur la vie, les vertus et les miracles de Pey Berland (lettre apostolique du 23 mars 1462). Des témoins sont interrogés courant 1464, sur un questionnaire en 25 points, fourni par Rome.
Huit papes se sont successivement intéressés à la cause, sans qu’elle n’aboutisse. En 1885, le chanoine Joseph-Henri Gaston de Laborie publiera une Biographie de Pey Berland
pour servir au rétablissement de son culte et à la reprise de sa canonisation
.C’est à cette période que Louis XI s’attache Hélie de Bourdeille et en fait son confesseur.
1463
(50 ans)- 22 mai
Élévation des reliques de saint Front (évangélisateur du Périgord au Ier siècle).
Hélie de Bourdeilles préside à la double translation des reliques du saint : la tête en l’église collégiale Saint-Front, le bras en l’église cathédrale Saint-Étienne.
Le 30 avril 1261, l’évêque de Périgueux, Pierre de Saint-Astier, procédait à l’invention du corps de saint Front qui fut inhumé en l’église Saint-Front, dans un tombeau sculpté en 1077 par un certain Guinamand, moine de l’abbaye de La Chaise-Dieu. Dès lors un conflit opposa les deux chapitres de Périgueux (le collégial et le cathédral) dont chacun réclamait les reliques du saint. En 1441, le collégial obtint du pape Eugène IV une autorisation à son avantage ; elle ne fut pas suivie d’effet. L’évêque Bourdeilles concilia les deux parties en obtenant la double translation des reliques, dont il finança les luxueux reliquaires.
En 1575, Périgueux fut prise par les Protestants menés par le seigneur de Caussade, Jean III de Cugnac. La collégiale fut pillée, le tombeau détruit et le reliquaire volé et emporté au château de Tiregand. Une demande de rançon n’ayant pas aboutie, les ossements du saint furent jetés dans la Dordogne. En 1577, la cathédrale fut à son tour la cible des Protestants qui y mirent le feu. Partiellement restaurée, elle fut de nouveau endommagée en 1652 lors de la Fronde. En 1669, le siège épiscopal fut transféré à l’église Saint-Front qui devint l’actuelle cathédrale.
1468
(55 ans)- 6–14 avr.
Il se rend aux États généraux convoqués à Tours par Louis IX, en tant que député ecclésiastique de Périgueux. Il prit une part active aux délibérations et provoqua l’admiration universelle.
La Gallia christiana parle de l’
assemblées des trois ordres
; en effet, chaque ville envoya trois députés, un de chaque ordre : clergé (oratores), noblesse (bellatores) et tiers état (laboratores) ; au total 64 villes envoyèrent 192 représentants. - 16 mai
Archevêque de Tours.
Le siège de l’archevêché de Tours étant devenu vacant, les chanoines de la ville élisent à l’unanimité Bourdeilles comme successeur (16 mai), choix agréé (et probablement imposé) par le roi. Le nouvel archevêque prête serment de fidélité à Louis XI le 23 décembre et prend possession de son église le samedi 13 mai 1469 (février 1469 selon Poüan).
Le siège de l’archevêché de Tours était devenu vacant suite au transfert de Géraud de Crussol au diocèse de Valence et de Die.
Louis XI résidait principalement au château de Plessis-lèz-Tours, à quelques kilomètres seulement du palais des archevêques ; aussi Hélie de Bourdeille cotoya régulièrement princes, seigneurs et grands du royaume.
1472
(59 ans)- oct.
Louis XI, qui avait abrogé la Pragmatique Sanction en 1461, l’avait rétablie en 1464, puis à nouveau abolie en 1467, signe à Amboise un
Concordat
avec le nouveau pape, Sixte IV (élu un an plus tôt). Mais l’opposition du clergé français, majoritairement acquis aux idées gallicanes, empêche son application.Hélie de Bourdeille, éternel opposant du gallicanisme, compose en réaction un Traité justificatif de l’abolition de la Pragmatique Sanction, qui passera à la postérité sous le nom de Defensorium Concordatorum (Défense du Concordat).
1483
(70 ans)- mai
Rencontre avec saint François de Paule.
Louis XI, gravement malade, obtient du pape Sixte IV qu’il lui envoie le
saint homme
à qui l’on attribue des guérisons miraculeuses. François de Paule (66 ans) arrive à Tours fin avril et demeurera auprès du roi jusqu’à son décès (30 août 1883). Une étroite amitié se noua entre Hélie et François ; les historiens de l’Ordre des Minimes signalent l’existence de lettres entre les deux hommes.Saint François, passera finalement les vingt-quatre années suivantes en France où il mourut à 91 ans, le 2 avril 1507, dans un monastère qu’il avait fondé au Plessis.
- 15 nov.Le pape Sixte IV l’élève au rang de cardinal avec le titre de cardinal-diacre de Saint-Lucie-en-Silice.
1484
(71 ans)- 5 jul.Il décède au château d’Artannes, lieu de plaisance des archevêques de Tours.
Références
- Brantôme, Œuvres complètes (éd. Lalanne, 1864-1882), t. XI (Index), p. 51, Gallica :
Bourdeille (Êlie de), cardinal, archevêque de Tours, engage Louis XI à restituer le vicomté de Thouars aux enfants de L. de la Trémoille, t. II, p. 401 ; ne laisse rien à sa famille, t. III, p. 112 ; son testament, t. X, p. 66 ; blâmé pour avoir préféré faire du bien aux pauvres qu’à ses parents, 66. t. V, p. 393.
T. III, p. 111-112 :
Je n’en allégueray que la nostre de Bourdeille, qui, par telles libéralitez, leurs biens se sont espuisez et leurs maisons se sont deffaictes, jusques à mon grand oncle le cardinal de Bourdeille, qui estoit du règne du roy Charles VIIe et Louys XIe, qui, estant pourveu de l’archevesché de Tours et évesché de Périgueux, et riche jusques à cinquante milles livres de rente de ces temps, n’en donna jamais rien à nostre maison, ny à son frère ce brave Arnaud de Bourdeille, lieutenant de roy en Périgord, et qui aida à chasser les Anglois de la Guyenne. Et tant s’en faut qu’il nous donnast, qu’il en prist de la maison pour bastir deux églises et chappelles qui sont encor en leur entier là, grâce à Dieu ; et pour sa souvenance il ne nous laissa que son chappeau de cardinal, que nous gardons par grande spéciauté. Voylà comme les églises se sont enrichies des despouilles des gentilshommes de jadis.
T. X, p. 66 :
Et, pour descendre aux plus récens, un Archambaud et Arnaud de Bourdeille servirent fort bien leurs roys de France, encontre les Anglois, et mesmes Arnaud et Jehan de Bourdeille, son tiers frere (qui s’en alla après aux guerres de Naples d’abord sous Charles, duc d’Anjou, et s’y acaza), accompaignerent tousjours ce grand foudre de guerre, le bastard d’Orleans, à chasser les Anglois de Guyenne, et furent faits chevaliers devant Fronssac avecques plusieurs autres ; et puis Arnaud fut créé par le roy son séneschal et lieutenant general en Périgord. Il s’en acquitta très-dignement, et avoit pour lors son frère le cardinal de Bourdeille, qui fut un prélat de très-bonne et saincte vie, qui pourtant, saisi par trop de superstitions vaines et resverie du temps passé, ne fit jamais de bien à la maison, estant de ceux qui disent qu’il valoit mieux faire du bien aux pauvres qu’à ses parens. Aussy ledict Arnaud ne s’en soucia guières, car il estoit un très riche et très-puissant seigneur tant d’antiquité et de ses biens que par ses services, devoirs et beaux faicts d’armes.
- Gallia christiana, t. II (province de Bourges), 1720, col. 1480-1481, Google Books :
Elias de Bordeilla Petracoricensis episcopus, dehinc Turonensis archiepiscopus, ac demum S. Romanæ Ecclesiæ cardinalis titulo S. Lucia, Arnaldi Petrocorensium senescalli et proregis, ex Johanna de Chambrillac, filius. Adolescens Minorum ordinem ingressus, maxima pietatis ac erga sacras litteras studii specimina dedit, tantamque vitæ arctioris et perfectioris famam adeptus est, ut annos duntaxat 24. natus a capitulo Petrogoricensi ad urbis episcopatum electus et postulatus fuerit an. 1447. Canonicorum votis, annuente Nicolao V. invitus licet ac omnimodo reluctans, huic ecclesiæ præficitur, ac jubente Papa a cardinali S. Crucis in pontificem consecratur, et Petrocorium ingressus est solemni pompa die Augusti ejusdem anni, ut patet ex instrumento quod exstat in libro Pater fol. 24.
Élie de Bourdeilles, évêque de Périgueux, puis archevêque de Tours, et enfin cardinal de la Sainte Église romaine, avec le titre de [cardinal-diacre] de Santa Lucia [in Silice], fils d’Arnaud, sénéchal et régent de Périgueux, et de Jeanne de Chambrillac. Il entra jeune dans l’ordre mineur, où il donna de grands exemples de piété et d’étude des saintes Écritures ; sa vie austère et parfaite lui acquit une telle réputation qu’en 1447, à seulement 24 ans, il fut élu évêque de Périgueux par le chapitre de la ville. Il se soumit à contrecœur au choix des chanoines et l’approbation de Nicolas V, fut nommé évêque, et consacré par le cardinal de la Sainte-Croix ; il prit possession de son siège à Périgueux en une grande pompe le jour de l’Assomption de cette même année, d’après l’instrument qui se trouve dans le Pater, folio 24.
Statim clerum ac populum bellorum confusione dissolutum ad meliorem vitæ morumque frugem verbo induxit et exemplo. Eminebant in eo fervor in sui status observantia retinenda, imo et augenda, paupertas in victu et vestitu eximia, summa in pauperibus sublevandis liberalitas, continua in muniis episcopalibus obeundis assiduitas, in concionibus ad populum, in administrandis sacramentis, et in vitiis extirpandis zelus cœlestis. Cathedralis suæ majus altare magnificum erexit, ruinas SS. Asterii et Georgii in suburbiis Petrocoricensibus reparavit, Anno 1463. corpus S. Frontonis levavit et in magnificentissima capsa sacrum ejus caput reclusit. Comitiis trium Galliæ ordinum a Ludovico XI. apud Turones convocatis interfuit anno 1467. Ab eodem rege in confessarium delectus est, ac tandem ad archiepiscopatum Turonensem traductus. Quæ post hæc de eo dicenda sunt, ubi de Turonensibus archiepiscopis agemus, referentur.
- L’Averdy, Notices des manuscrits, t. III, 1790, p. 295, l’appelle
Hélie Hervé
. - Gallia christiana, t. XIV (province de Tours), 1856, col. 130-131, Google Books :
Helias de Bordeilla, de quo supra inter episcopos Petrocoricenses, canonicis notus erat Turonensibus ab anno 1467, quo Turones venerat ad comitia trium ordinum hac in urbe coacta. Abeunte Gerardo, illum elegerunt ; qui fidem juravit regi die 23 decembris 1468, et metropolitanam ingressus est ecclesiam Sabbati die infra octavas Ascensionis 1469, uti legebat domnus Housseau in S. Juliani chartaceo codice…
Élie de Bourdeilles, mentionné précédemment parmi les évêques de Périgueux, était connu des chanoines de Tours dès 1467, année où il s’était rendu aux États généraux (assemblée des trois ordres) tenus dans cette ville. Ils l’élirent après le départ de Gérard ; celui-ci prêta serment de fidélité au roi le 23 décembre 1468, et prit possession de son église métropolitaine le samedi après l’Ascension de 1469, comme l’a lu le seigneur Housseau dans le registre papier de [l’église] Saint-Julien [de Tours]…
- Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, t. V, p. 295-295 Google Books :
Bourdeille (Hélie de), cardinal, archevêque de Tours, 5e fils d’Arnaud, baron de Bourdeille en Périgord, et sénéchal de cette province, et de Jeanne de Chamberlhac, naquit au château de Bourdeille vers l’an 1410. Sa vocation personnelle et le testament de son père le destinèrent à l’état ecclésiastique ; il entra de bonne heure dans l’ordre de St-François, y professa la théologie, et se livra à la prédication. L’évêché de Périgueux étant venu à vaquer dans le mois de septembre 1437, par la mort de Bérenger d’Arpajon, il fut élu par le chapitre, et obtint ses bulles du pape Eugène IV, dès le mois de novembre de la même année.
Les auteurs de la Gallia christiana se sont trompés en plaçant cette élection sous la date de 1447. L’entrée solennelle qu’il fit à la prise de possession de son évêché nous a été conservée par deux relations authentiques qui offrent des faits précieux pour l’histoire de la province. On y trouve les motifs de chacun des quatre barons du Périgord pour réclamer la préséance sur les autres, et on peut en tirer quelques conjectures sur l’origine même de cette distinction, qui n’est pas très-ancienne. Cette fois, la préséance fut adjugée au frère de l’évêque Arnaud II de Bourdeille. Les honneurs que recevait l’évêque à son entrée devaient lui paraître un peu onéreux ; car, par exemple, le seigneur de Barrière, fief enclavé dans la cité, était tenu
de adextrer ledit M. l’évêque au montoir de son cheval ou mule, et, lui monté, de tenir et mener par le frein, en chevauchant, jusqu à certain lieu, qu’il descend…; de présenter audit évêque, à table, viandes et mets, comme appartient, et servir et administrer à boire pareillement ; il avoit aussi le droit de prendre la monture dont l’évêque était descendu, de même que tout le buffet, savoir est la tasse ou gobelet d’or ou d’argent, cuillers, salières, écuelles, plats, pintes, flacons, nappes, serviettes, et tout autre ustensile dont l’évêque s’est servi
. Et jamais le féal n’y manqua.Hélie de Bourdeille fit, durant le cours de son épiscopat, de grandes libéralités à son église, et de larges aumônes à ses diocésains ; mais, malgré son exemple et ses soins, la corruption de ce siècle lui parut exiger de mettre la ville de Périgueux en interdit. Un ordre de Charles VII, donné à Chinon le 7 mai 1446, le fit lever, à cause des priviléges accordés par le pape aux rois de France, et que Périgueux, étant du domaine de la couronne, ne peut être mis en interdit. Ce fut peut-être là l’origine des écrits que composa Hélie de Bourdeille sur la pragmatique sanction, qu’il regarda comme contraire à l’ancienne liberté de l’Église…
Éd. Bruxelles, t. III, p. 69, Google Books (même notice amputée du second paragraphe).
- Quicherat, Procès, t. III, 1845, p. 306, note :
Élie de Bourdeille, cordelier, appelé à vingt-quatre ans à l’évêché de Périgueux, par les suffrages unanimes du chapitre de cette église (1447). Louis XI le transféra, vingt ans après, à l’archevêché de Tours. C’est de lui que Brantôme écrit :
Mon grand oncle le cardinal de Bourdeilles…. riche jusques à 50,000 livres de rente de ce temps-là, n’en donna jamais rien à nostre maison ; et tant s’en fault qu’il nous donnast, qu’il en prist de la maison pour bastir deux esglises et chappelles qui sont encore en leur entier, la grâce à Dieu ; et pour sa souvenance, il ne nous laissa que son chapeau de cardinal que nous gardons par grande spéciauté.
(Brantôme, Hommes illustres, Disc. sur les provisions aux bén.) - Abbé Carles, Monographie de Saint-Front, cathédrale de Périgueux, 1871, p. 30-31, Google Books :
Un des événements les plus importants du moyen-âge, à Périgueux, fut l’invention du corps de saint Front. Des doutes s’étaient élevés sur la possession de ses reliques, quelques-uns soutenant qu’elles avaient été enlevées par les Normands. Le pieux et saint évêque Pierre de Saint-Astier, en présence de son clergé et des principaux de la ville, fit ouvrir le tombeau du saint et y trouva ses ossements parfaitement conservés ; c’était le 30 avril 1261. On célébra à cette occasion une grande fête, qui se continua tous les ans, et qui est restée dans le calendrier ecclésiastique jusqu’à la fin du siècle dernier, au 30 avril. Pierre de Saint-Astier avait accordé pour cette solennité une indulgence de quarante jours. Cet illustre pontife voulait préparer une belle châsse pour recevoir et conserver dignement le précieux trésor découvert par ses soins, mais il ne put mettre à exécution ce projet ; il ne fut réalisé que deux cents ans plus tard par un autre évêque, un des plus grands prélats qui aient gouverné notre église, Elie de Bourdeilles. Dès l’année 1441, les chanoines de Saint-Front avaient obtenu du pape Eugène IV une bulle (Piam sanctorum) qui les autorisait à exhumer le corps de saint Front pour le renfermer dans une châsse d’argent, et à faire séparer par un évêque catholique la tête du reste du corps, pour la conserver à part dans un tabernacle ou vase précieux. Elle devait être placée sur le maître-autel ou dans tout autre lieu apparent. Mais ce ne fut qu’en 1463, vers la fin de mai (le 25 ou le 27), qu’Elie de Bourdeilles fit cette translation, assisté de l’évêque de Sarlat et de l’évêque de Rieux. La tête fut séparée du corps et mise dans un grand tabernacle richement décoré de lames de cuivre émaillées et dorées, et on la plaça au milieu du chœur(*). Jamais la basilique n’avait été plus glorieuse, et difficilement nous nous ferions idée de ce qu’elle était alors, n’ayant encore rien perdu de ses ornements, de ses trésors sacrés et de sa richesse. Ces deux fêtes du moyen-âge, célébrées à deux siècles de distance, par deux évêques religieux, l’un dominicain, l’autre franciscain, sont les plus belles dont elle ait été témoin. Nous ne retrouverons plus de semblables pompes, si ce n’est peut-être à la fin du XVIIe siècle, lorsqu’elle devint cathédrale, et, de nos jours, quand elle a vu un concile.
(*) Pie II avait accordé une indulgence plénière pour cette translation. Bulle Laudabilis, du 18 septembre 1462. On y trouve ces remarquables paroles :
Filius noster Ludovicus, Rex Francorum illustris, et plures alii principes ad eumdem sanctum singularem gerant devotionis affectum, […] ut per omnes mundi fines gloria prædicti S. Frontonis, discipuli D. N. J. C. dilatetur et in sancta catholica ecclesia per amplius sublimetur.
(Lepine. Mss. I, p. 319.) Il y eut à cette occasion une discussion entre les deux chapitres, qui revendiquaient chacun la tête du saint. L’évêque les mit d’accord en donnant à la cathédrale un bras. Cette relique y fut portée très-solennellement le jour de sainte Quiterie, 22 mai. Devenu archevêque de Tours et cardinal, Élie de Bourdeilles n’oublia pas Périgueux. En 1476, il obtint du Pape Sixte IV les indulgences du jubilé pour dix ans en faveur de ceux qui visiteraient Saint-Front et Saint-Étienne, et il fut nommé à cet effet grand pénitencier. Le Pardon de Saint-Front avait lieu à sa fête et durait trois jours. - Lanéry d’Arc : Mémoires et consultations, 1889, p. 99, note :
Élie de Bourdeilles, de l’ordre des Cordeliers, était évêque de Périgueux à vingt-quatre ans, il occupait ce siège depuis 1447 ; en 1467 il fut nommé archevêque de Tours, puis cardinal. Brantôme, son neveu, se plaint dans son Discours sur les provisions aux bénéfices (Hommes illustres) que le cardinal, qui était fort riche, dépensa toute sa fortune en œuvres pies, sans pitié pour sa famille.
- Ayroles, Vraie Jeanne d'Arc, t. I, 1890, p. 355-402 ; notice :
Avec Élie de Bourdeilles, Jeanne compte parmi ses défenseurs un des plus saints évêques de France, dans les six ou sept derniers siècles.
- Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, t. X, 1938 ; notice sur Élie de Bourdeilles, signée par Paul Calendini, col. 148-149, Internet Archive :
Bourdeille (Cardinal Hélie de), archevêque de Tours de 1468 à 1484). Né à Agonac, en 1410 selon les uns, en 1413 ou 1415 et même 1423 selon les autres, il était le cinquième fils d’Arnaud de Bourdeille, gouverneur du Périgord et ennemi acharné des Anglais. Entré chez les franciscains de Périgueux, il vint, après un an de noviciat, au couvent de Toulouse pour suivre les cours de l’université de cette ville. Après avoir obtenu le doctorat en théologie, il professa l’Écriture sainte chez les franciscains de Mirepoix. Entre temps, il évangélisait les populations des environs qui goûtaient fort son éloquence si pieuse et si entraînante. À la mort de Geoffroy d’Arpajon, évêque de Périgueux, les chanoines élurent, pour lui succéder, Hélie de Bourdeille. Mais celui-ci refusa et rien ne put le faire céder. Alors, le provincial des franciscains, pressé par le chapitre périgourdin, envoya Hélie plaider sa cause à Rome auprès d’Eugène IV. Mais le résultat fut tout autre que l’espérait l’évêque nommé : le pape en le voyant et l’entendant, comprit, approuva et maintint le choix des chanoines de Périgueux. Obligé de s’incliner, Hélie fut sacré le jour de Pâques 1438, par un chartreux, le cardinal Nicolas Albergati. Dès sa préconisation, fin novembre 1437, il s’était intéressé au concile de Bâle et lors du transfert de ce concile à Ferrare-Florence, le 10 janvier 1438, il avait déjà donné son avis plein de sagesse, de prudence et de charité sur les évêques schismatiques de Bâle. Pendant ses trente années d’épiscopat à Périgueux, il remplit son ministère avec un zèle vraiment apostolique, par exemple dans la visite de son diocèse, édifiant tout son peuple par sa bonté et sa sainteté.
En 1452, à l’assemblée de Bourges, il protesta contre la réapplication par Charles VII de la Pragmatique sanction, attentatoire à l’autorité du pape et à la liberté de l’Église. Loin de lui en tenir rigueur, le roi le nomma membre de la commission chargée de réviser le procès de Jeanne d’Arc. Dès 1452 ou 1453, Hélie, rapporteur des décisions de la commission présenta sa Considération sur la Pucelle de France. Ce travail est bien plutôt
une thèse pour une cause de béatification qu’un plaidoyer en faveur d’un condamné
. Les autres commissaires trouvèrent ce rapport si parfait qu’ils l’envoyèrent à Rome, où il fut toujours la base des enquêtes pontificales sur notre sainte française.En avril 1468, le roi convoqua les États généraux à Tours et l’évêque de Périgueux y fut député par le clergé. Son patriotisme lui inspira, à son habitude, les plus éloquents discours pour réclamer l’union de toutes les provinces au royaume de France. Il fut par là remarqué de Louis XI qui le choisira bientôt comme confesseur. Mais auparavant, il le vit avec plaisir désigné pour remplacer l’archevêque de Tours, Gérard de Crussol, qui venait de démissionner. Les honneurs n’empêchèrent jamais le nouvel archevêque de remplir les obligations de sa charge. C’est ainsi que très courageusement, après l’incarcération du cardinal La Balue et de l’évêque de Verdun, Guillaume d’Haraucourt, il sut rappeler au roi que ces évêques, traîtres à la vérité, ne relevaient cependant pas de sa justice mais de celle de l’Église. Louis XI, un moment irrité, ne tint cependant pas rigueur à l’archevêque qui avait tant aidé à la reconstitution de la France. C’est à lui qu’il confia le soin de le préparer à la mort en 1483. En cette même année, le 15 novembre, Sixte IV nomma Bourdeille cardinal-prêtre du titre de Sainte-Lucie. Il ne profita pas longtemps de cet honneur, car il mourut au château d’Artannes, le 5 juillet 1484 ; son corps fut ramené à la cathédrale de Tours. Quarante ans après sa mort, à la suite de quelques faits merveilleux survenus sur son tombeau, Rome fit faire une enquête pour procéder à sa canonisation mais celle-ci n’eut pas lieu. Ce qui n’empêcha pas la vox populi de le regarder comme saint ; du reste, l’Église l’honore le 5 juillet. Sa vie fut écrite, de 1485 à 1490, par son secrétaire et confesseur, Pierre de Bois-Morin ; c’est un témoignage de premier ordre.
Bourdeille a laissé, entre autres écrits :
- Contra pragmaticam Gallorum sanctionem, Rome, 1486 (cf. Gesamtkatalog der Wiegendrucke, t. IV, n. 4966), et Toulouse, 1518 ;
- Defensorium concordatorum, Paris, 1520, plusieurs fois réimprimé avec les concordats de Léon X et de François Ier ;
- Quand Charles VII fit réviser le procès de Jeanne d’Arc, les commissaires chargés de cette révision produisirent six traités en latin, dont le second est de Hélie de Bourdeille, évêque de Périgueux, sous le titre donné plus haut.
Luc d’Achery, Spicilegium, t. VII. — Baluze, Miscellanea, t. VII, p. 158. — Carré de Busserolle, Dictionnaire historique d’Indre-et-Loire, t. I, p. 350 ; t. VI, p. 200. — Chalmel, Histoire de Touraine, t. III, p. 461. — Dujarric-Descombes, dans Bull. de la soc. historique et archéologique du Périgord, t. XVI, 1889, p. 188-192. — Marcellin Fornier, Hist. génér. des Alpes-Maritimes et de leur métropolitaine, Embrun, 1889-1890, t. II, p. 381. — Gallia christiana, 1720, t. II, col. 1480-1481 ; t. XIV, col. 130-131. — La Chesnaye des Bois et Bordier, Dictionnaire de la noblesse, t. III, p. 802-803. — Lelong, Bibliothèque historique de la France, t. I, 1768, p. 519, n. 7543, p. 520 ; t. II, 1769, n. 17201, p. 183. — Mém. de la soc. hist. et arch. de Touraine, t. III, 1874-1876, p. 122 ; t. IV, 1876-1879, p. 136 ; t. VI, 1883-1885, p. 19 ; t. VII, 1886-1888, p. 84-96 ; t. IX, 1892-1894, p. 334. — Dr B.-Th. Pouan, Le saint cardinal Hélie de Bourdeille, Neuville, 1900. 2 vol. ; cf. An. boll., 1901, t. XX, p. 354.
P. Calendini.