Jean Bréhal (~1405–1479)
il fut l’âme de la réhabilitation de Jeanne d'Arc(Belon-Balme, Jean Bréhal et la réhabilitation, p. 8).
- Summarium (1454)
- Recollectio (1456)
- Jean Bréhal et la réhabilitation de Jeanne d’Arc (Père Marie-Joseph Belon, Père François Balme, 1893)
Chronologie
~1400
-
Naissance en Normandie.
Bréhal était normand : c’est tout ce que nous savons de son origine. — (Belon-Balme, Jean Bréhal et la réhabilitation, p. 9).
Note : aucun document connu ne mentionnent les dates exactes de naissance et de formation de Jean Bréhal ; les pères Belon et Balme les ont estimées d’après l’âge moyen — ou requis — des grades universitaires (35 ans pour devenir docteur en théologie) ou les fonctions (40 ans pour être inquisiteur).
1417
(12 ans)- 1417–1419Conquête de la Normandie par les Anglais. — Deux ans après sa victoire à Azincourt (25 octobre 1415), Henri V débarque en Normandie avec une puissante armée ; les villes tombent les unes après les autres : Caen se rend le 19 septembre 1417, Rouen le 19 janvier 1419, après six mois de siège.
~1425
(20 ans)-
Jean Bréhal entre novice au couvent des dominicains d’Évreux et prononce ses vœux un an plus tard.
~1427
(22 ans)- ~1427–~1443
Il étudie les arts (7 années) puis la théologie (bachelier, 5 ans, licencié, 2 ans) à l’université de Caen (fondée en 1432 par Henri VI d’Angleterre).
Note : Plusieurs documents attestent de la résistance de dominicains normands à la présence anglaise : en avril 1428, quatre dominicains du couvent de Caen sont arrêtés pour crime de lèse-majesté ; en 1432, le couvent d’Argentan est mise en cause.
Si on ne peut généraliser à tout l’ordre, il est indéniable que certains frères [...] ont été ouvertement hostiles à l’occupation anglaise. C’est dans ce milieu que la conviction de Jean Bréhal a dû se forger.
(Laurence Silvestre, Jean Bréhal, thèse de 2018 .) 1429
(24 ans)- 1429–1431Irruption de Jeanne d’Arc. — Jeanne fait lever le siège d’Orléans (8 mai 1429) et sacrer Charles VII à Reims (17 juillet) ; elle est prise par les Bourguignons à Compiègne (23 mai 1430) ; vendue aux Anglais ; jugée à Rouen (à partir du 9 janvier 1431) et brûlée vive (le 30 mai).
1443
(38 ans)-
Jean Bréhal est fait maître (docteur) en théologie. (Belon-Balme, p. 10.)
~1447
(42 ans)-
Il devient grand inquisiteur de France.
À quelle date eut lieu son assignation au couvent de Saint-Jacques de Paris et son institution comme inquisiteur général du royaume, nous ne sommes pas en mesure de le préciser, faute de pièces officielles. Il est vraisemblable néanmoins qu’il occupait sa charge depuis quelque temps déjà, lorsque le cardinal d’Estouteville se l’adjoignit vers la fin d’avril 1452. — (Belon-Balme, p. 12).
Note : Il y avait deux inquisiteurs généraux en France :
l’un, pour le Nord, résidait à Paris et portait le titre d’inquisiteur de France ; l’autre, pour le midi, résidait à Toulouse et portait le titre d’inquisiteur du Languedoc
(Belon-Balme, p. 10). 1449
(44 ans)- 1449–1450Recouvrement de la Normandie. — Les Français prennent Rouen (29 octobre 1449) ; Charles VII y fait son entrée solennelle le 10 novembre. Les Anglais sont écrasés à la bataille de Formigny (15 avril 1450) ; la prise de Cherbourg (12 août) marque la fin de leur présence en Normandie.
1450
(45 ans)- fév.–mar.
Enquête de Guillaume Bouillé. — La reconquête de la Normandie n’est pas achevée que Charles VII charge Guillaume Bouillé, membre de son Conseil, d’enquêter sur le procès de Jeanne (lettres de commission du 15 février 1450, moins d’une semaine après la mort d’Agnès Sorel le 9 février) ; les 4 et 5 mars il entend sept témoins.
Quatre dominicains rouennais : Jean Toutmouillé, Ysambart de La Pierre, Martin Ladvenu, Guillaume Duval, le notaire Guillaume Manchon, l’huissier Jean Massieu et le docteur parisien Jean Beaupère (proche de Cauchon).
1452
(47 ans)- avr.–mai
Enquête du cardinal d’Estouteville. — Guillaume d’Estouteville, légat du pape (depuis le 13 août 1451), est délégué par Nicolas V auprès de Charles VII, notamment pour rétablir la paix avec l’Angleterre. Accompagné de deux canonistes italiens Théodore de Lellis et par Paul Pontano, il se rend de Rome à Lyon (décembre 1451), puis à Tours où il rencontre le roi (février 1452), et arrive à Rouen (fin avril) ; sans délais il s’adjoint l’inquisiteur Jean Bréhal comme co-juge et ouvre l’enquête canonique sur le procès de Jeanne.
Les témoins sont convoqués (citation du 27 avril) : cinq sont interrogés sur un questionnaire en 12 articles (2 et 3 mai). Le cardinal, contraint de quitter Rouen, confie l’enquête à Philippe de La Rose (6 mai 1452) : 17 témoins sont interrogés (dont les 5 précédents de nouveau) sur un questionnaire en 27 articles (8 et 9 mai).
Voir : questionnaires et dépositions de l’enquête de 1452.
L’enquête terminée, le cardinal charge Jean Bréhal et Guillaume Bouillé d’aller porter l’enquête au roi, qu’ils trouvent au château de Chissay (Touraine).
- jul.
Début juillet, le cardinal obtient du roi que Jean Bréhal poursuive l’examen du procès de Jeanne d’Arc en allant recueillir les avis des savants théologiens et canonistes, en France et à l’étranger. Il reçoit 100 livres du roi pour mener à bien sa mission, puis 27 livres en août, à Bourges. Les pères Belon et Balme pensent que c’est là qu’il rédigea son Summarium, un résumé des principaux chefs d’accusation du procès de Jeanne d’Arc, destiné à être communiqué aux savants consultés.
Les deux premiers mémoires sont composés par les jurisconsultes romains qui accompagnent le cardinal : la Consultatio de Lellis et celle de Pontano.
- déc.
Bréhal est à Lyon où il reçoit de la part du roi une nouvelle somme pour
besogner au fait de l’examen du procès de feue Jeanne la Pucelle
.Voir : note du receveur général des finances du Languedoc (Quicherat, V, 277).
De là, il remet à l’ambassadeur du duc d’Autriche une lettre pour un confrère dominicain, Léonard Huntpichler de Brixental, professeur à l’Université de Vienne et l’un des inquisiteurs du Saint-Empire (BB, p. 53). Sa lettre est accompagnée des deux mémoires de Lellis et Pontano et de son Summarium (BB, p. 51).
1454
(49 ans)-
Il se rend à Rome solliciter la révision du procès de Jeanne d’Arc ; (BB, p. 48).
1455
(50 ans)-
Jean Bréhal est élu prieur du couvent des Jacobins de Paris, (Belon-Balme, p. 12, note 36), le plus prestigieux couvent dominicain de France, en plus de sa charge d’inquisiteur.
1456
(51 ans)- 1456–1457
Controverse entre les ordres mendiants et l’Université de Paris. — En plein procès de réhabilitation (et de rédaction de sa Recollectio), Jean Bréhal doit intervenir contre l’Université au nom de son ordre.
Dans une bulle du 29 juin 1448, le pape Nicolas V avait confirmé les privilèges des ordres mendiants (dominicains, franciscain, carmes, ermites de Saint Augustin). Cette bulle fut présentée à l’évêque de Paris la veille de la Pentecôte 1456 (17 mai) et déclencha l’ire de l’Université. Celle-ci contesta publiquement (22 mai) les privilèges (notamment celui concédé aux religieux d’entendre les fidèles en confession) et cita les mendiants à comparaître (24 mai) afin qu’ils y renoncent. Le jour dit ils s’y refusèrent et l’Université leur retira tous leurs droits académiques. Il fallut l’irruption du connétable Richemont, de l’archevêque de Reims Jean Jouvenel des Ursins et de l’évêque de Paris Guillaume Chartier (ces deux derniers, juges de la réhabilitation) lors d’une réunion de l’Université collège des Bernardins (18 février 1457) pour que l’Université rétablissent les religieux dans leurs droits académiques. Sur la confession par les religieux mendiants, Bréhal compose le traité : De libera auctoritate audiendi confessiones religiosis mendicantibus concessa. Le 23 mars 1457, une bulle du pape Calixte III confirme les privilèges.
1461
(56 ans)-
Jean Bréhal retrouve l’archevêque de Reims et l’évêque de Paris pour examiner une nouvelle cause : l’excomunication du bourgeois Guillaume Le Febvre par le diocèse d’Arras. Les trois juges concluent à l’innocence de Le Febvre et annule la sentence d’excommunication.
1474
(69 ans)- 23 déc.Après près de 30 années en tant qu’inquisiteur de France, Jean Bréhal est remplacé par Jean Watat, du couvent des dominicains de Châlons-sur-Marne. À sa mort quatre ans plus tard, la charge reviendra à Thomas Héron, du couvent de Coutances (10 décembre 1478).
1475
(70 ans)-
Il se retire dans le couvent d’Évreux, qu’on le charge de réformer. Dans une lettre du 1er avril 1877, Léonard de Mansuetis, maître général de l’Ordre, le félicite pour ses résultats ; le 5 décembre 1478 Mansuetis institue Bréhal son vicaire pour le couvent d’Évreux.
1479
(74 ans)-
Jean Bréhal s’éteint dans son couvent d’Évreux.