J.-B.-P. Jollois  : Histoire abrégée de Jeanne d’Arc (1821)

Avant-propos

IIIAu roi

Sire,

Votre Majesté a permis que mon ouvrage sur Jeanne d’Arc fût publié sous ses auspices. L’accueil qu’elle a daigné faire à cet écrit est la plus douce récompense de mes efforts et de mes travaux. Cette faveur précieuse, je ne la dois sans doute qu’au nom de l’héroïne dont j’ai cherché à retracer les hauts faits. Rappeler en effet le souvenir de Jeanne d’Arc, qui, par des vertus et un courage surnaturels, a raffermi le trône des Lis, c’était un moyen sûr d’intéresser le petit-fils de saint Louis, qui lui-même replacé miraculeusement sur ce trône, s’est montré dans tous les temps si juste appréciateur de la valeur française.

J’ai dû faire connaître tout ce qu’a fait Votre Majesté pour perpétuer le nom et la gloire de l’illustre guerrière. Mais ce n’était pas assez que le monument élevé par les ordres de Votre Majesté, d’après le vœu de vos fidèles sujets du département des Vosges, consacrât à jamais la reconnaissance nationale ; il IVfallait rappeler à la France toute l’étendue d’un autre bienfait qui a signalé en même temps la bonté inépuisable des Bourbons.

Ainsi auprès du buste où les habitants de Domremy viennent contempler les traits de leur illustre compatriote, leurs enfants et ceux de la contrée vont, dans l’asile ouvert à l’instruction par Votre Majesté, apprendre à répéter avec respect le nom du Dieu des armées, avec admiration celui de Jeanne, avec amour et reconnaissance celui de Louis XVIII.

Puisse ce faible ouvrage contribuer à entretenir dans le cœur de tous vos sujets l’impression durable de tous ces sentiments !

Je suis avec le plus profond respect,

Sire,

de Votre Majesté,

Le très humble, très dévoué et très fidèle sujet,
Jollois.

VAvant-propos

Le roi ayant ordonné l’érection d’un monument à la mémoire de Jeanne d’Arc dans le lieu de sa naissance, et fondé une école gratuite pour l’instruction des jeunes filles de Domremy, de Greux, et des communes environnantes, je fus chargé de rédiger les projets de ces établissements. Je conçus dès-lors l’idée de publier une notice accompagnée de gravures, qui fît connaître à la France ce que l’on doit à la munificence d’un monarque, juste appréciateur des actions héroïques, et au patriotisme éclairé du conseil général du département des Vosges. D’autres considérations encore m’attachaient fortement à mon projet. L’expérience nous apprend que souvent il ne suffit pas d’élever des monuments aux personnages illustres pour en conserver perpétuellement le souvenir. Notre héroïne en est elle-même un exemple. Le temps qui détruit tout, n’épargne point les monuments. Quelque durables que soient les matériaux qui y sont employés, ils finissent par disparaître. La gravure et l’imprimerie seules peuvent sauver de l’oubli les hommages rendus à la mémoire des grands hommes. Qui saurait, par exemple aujourd’hui, si Michel de Montaigne VIne l’avait consigné dans son journal de voyage en Italie, qu’en l’honneur de l’héroïne du quinzième siècle on avait revêtu de peintures qui représentaient ses exploits, le devant de la chaumière qu’elle avait habitée.

J’avais eu d’abord l’intention de déposer entre les mains de la directrice de l’école un certain nombre d’exemplaires de ma notice, pour être vendus, au profit de cet établissement, aux étrangers qui viendront visiter la maison de Jeanne d’Arc et le monument simple consacré à sa mémoire. J’étais encouragé dans mon projet par le premier magistrat du département des Vosges, M. Boula de Coulombiers, à qui il suffit de présenter des vues utiles pour qu’elles soient immédiatement accueillies. Ma notice était terminée, lorsque je pensai que je pouvais étendre mon plan, et mieux atteindre encore à mon but, en faisant précéder ce travail d’une histoire abrégée de la vie et des exploits de l’illustre Française qui sauva sa patrie au quinzième siècle. Mon cadre s’étant agrandi, des moyens d’exécution me furent offerts toujours sous l’influence de M. le Préfet. Je vis avec une grande satisfaction et une vive reconnaissance les personnes les plus notables du département des Vosges seconder mon projet. Animées du même zèle patriotique qui leur avait fait voter un monument dans le lieu de la naissance de Jeanne d’Arc, elles voulurent me faciliter les moyens de lui élever en quelque sorte un autre monument, en transmettant à la postérité la plus reculée le souvenir des établissements formés à Domremy, et dont le roi a si généreusement ordonné l’exécution.

Sans doute un grand nombre de livres ont été écrits sur Jeanne d’Arc, tant à l’époque où elle a paru sur la scène du monde que dans les siècles postérieurs. Parmi ceux que l’on peut considérer comme récents, il faut compter l’ouvrage publié par l’abbé Lenglet Dufresnoy. VIIC’est l’extrait d’un grand travail d’Edmond Richer resté inédit, et conservé aujourd’hui à la bibliothèque du roi parmi les nombreux manuscrits qui ont trait aux procès de condamnation et de révision de la Pucelle d’Orléans, ainsi qu’à l’histoire de cette fille extraordinaire. Ce travail d’Edmond Richer est le premier de ce genre qui ait été composé sur des pièces authentiques.

Parmi les ouvrages publiés sur le même sujet, on doit placer au premier rang les savantes notices de M. de l’Averdy, où cet académicien distingué a mis pour la première fois au jour les documents positifs sur Jeanne d’Arc. M. Chaussard a publié sous le titre de Jeanne d’Arc, recueil historique et complet, un ouvrage qui n’est en effet que l’extrait du travail de M. de l’Averdy. L’auteur y a joint toutefois des notices intéressantes, et un catalogue très nombreux, mais pourtant encore incomplet, de plus de quatre cents ouvrages sur la Pucelle d’Orléans, ou dans lesquels il en est fait mention.

Plus récemment encore d’autres ouvrages ont été publiés sur Jeanne d’Arc. Celui de M. Berriat-Saint-Prix se fait remarquer par la science et l’étendue des recherches. Cet auteur a donné une carte sur laquelle il a tracé les routes parcourues par l’héroïne dans le cours de ses expéditions, de manière qu’on peut la suivre, pour ainsi dire, pas à pas dans toutes ses conquêtes. Un plan à vue d’Orléans fait connaître toutes les dispositions du siège de cette ville, dont la délivrance a été le premier comme le plus grand des exploits de Jeanne d’Arc. M. Berriat-Saint-Prix, écartant toute idée de mission divine, ne voit que de l’héroïsme et un dévouement sublime dans les actions de cette jeune fille. Il cherche à expliquer d’une manière naturelle les circonstances les plus extraordinaires de sa vie.

M. Le Brun des Charmettes a publié dans la même année que M. Berriat-Saint-Prix le travail le plus étendu et en quelque sorte le VIIIplus complet qui ait été entrepris sur la Pucelle d’Orléans. Son ouvrage, en quatre volumes in-8°, est plein d’érudition et de recherches. Je ne pouvais donc mieux faire que d’y puiser les matériaux que comportait le cadre que j’avais à remplir. Aussi ne doit-on considérer ce que je publie aujourd’hui que comme un extrait de ce grand travail, où j’ai cherché à rapprocher les faits, à les presser davantage, afin de montrer, pour ainsi dire à la fois, tout ce qui a rapport à la libératrice de la France. J’ai augmenté d’ailleurs ce travail de tous les renseignements authentiques que j’ai recueillis dans le pays même, et des rapprochements nouveaux que l’examen attentif des localités m’a permis de faire.

À l’exemple d’Edmond Richer, M. Le Brun des Charmettes s’est proposé dans l’exposé des faits relatifs à la Pucelle de montrer qu’elle avait une mission divine. Il la considère tout à fait comme une guerrière inspirée.

Je dois indiquer ici un ouvrage publié assez récemment par M. P. Caze, sous ce titre : La Vérité sur Jeanne d’Arc. Quelque jugement que l’on porte sur cet écrit, qui renferme des hypothèses que peu de personnes admettront sans doute, sa singularité le fera lire avec intérêt. L’auteur, peu satisfait de toutes les explications données sur l’héroïne de Domremy, expose un système tendant à prouver que Jeanne d’Arc était fille d’Isabelle de Bavière et du duc d’Orléans, frère de Charles VI. Les limites que je me suis imposées ne me permettent pas de développer ce système contraire à tous les documents de l’histoire. Il faut lire l’ouvrage lui-même pour s’en bien pénétrer et pour l’apprécier.

En citant les travaux les plus récents sur Jeanne d’Arc, je ne puis omettre l’excellente notice fournie par M. Walkenaer à la biographie universelle. Dans cet écrit concis, le savant auteur a su resserrer IXet présenter sous le point de vue le plus intéressant tous les faits relatifs à l’héroïne, sans omettre aucun des traits principaux de sa vie extraordinaire.

Il a paru en 1819 un précis de l’histoire de Jeanne d’Arc, extrait de la collection des mémoires relatifs à l’histoire de France, par M. Petitot. L’auteur a réuni dans un cadre resserré tout ce qui concerne la Pucelle d’Orléans. Il donne quelques détails sur les dispositions prises par le roi et par le conseil général du département des Vosges pour lui consacrer un monument dans son pays natal.

Dans le plan dont je me suis proposé l’exécution, j’ai voulu m’attacher essentiellement aux faits bien constatés, sans me livrer à l’explication de ceux qui pourront paraître hors du cours naturel des choses. Je laisse au lecteur la satisfaction de porter son jugement sur l’héroïne, et sur un événement qui est le plus singulier de notre histoire, et peut-être le plus extraordinaire de toute l’histoire moderne.

La notice qui suit l’abrégé que je publie de la vie et des exploits de Jeanne d’Arc, renferme quelques rapprochements et quelques faits nouveaux qui sont le résultat de l’examen attentif des lieux où Jeanne a pris naissance et qu’elle a habités. Les planches de l’ouvrage accompagnent nécessairement cet écrit. Le lecteur s’apercevra facilement que c’est en quelque sorte la partie neuve de mon travail. Il fallait faire connaître en détail les établissements créés à Domremy en mémoire de l’héroïne qui a illustré ce modeste lieu, et c’est à quoi je me suis spécialement attaché. C’était apprendre au public que les vœux de la France sont désormais réalisés, vœux si bien exprimés dans les vers d’un jeune poète, déjà célèbre par des ouvrages remarquables. Voici comment s’énonce XM. Casimir Delavigne dans sa belle élégie sur la mort de Jeanne d’Arc :

Qu’un monument s’élève aux lieux de ta naissance,

Ô toi, qui des vainqueurs renversas les projets !

La France y portera son deuil et ses regrets,

Sa tardive reconnaissance ;

Elle y viendra gémir sous de jeunes cyprès :

Puissent croître avec eux ta gloire et sa puissance !

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