J.-B.-P. Jollois  : Histoire abrégée de Jeanne d’Arc (1821)

Notice sur le monument

153Notice sur le monument érigé à la mémoire de Jeanne d’Arc
sur la chaumière où l’héroïne est née, et les objets antiques qu’elle renferme, suivie de la description de la fête d’inauguration célébrée à Domremy le 10 septembre 1820

Lors de l’invasion de la France en 1815, le village de Domremy fut l’objet d’une curiosité toute particulière de la part des étrangers. Le nom de l’héroïne qui a sauvé son pays au quinzième siècle était bien propre à réveiller en eux des idées de gloire. Aussi venaient-ils avec empressement visiter le lieu de la naissance de Jeanne d’Arc et l’humble chaumière où elle avait vu le jour. C’est d’ailleurs un fait assez remarquable et tout à fait digne d’attirer l’attention que l’existence de cette maisonnette, pour me servir de l’expression de Michel de Montaigne, après plus de quatre siècles révolus. C’est encore le monument1 le plus durable qui nous soit resté pour rappeler la mémoire de cette fameuse Jeanne d’Arc, de cette valeureuse Française qui délivra sa patrie du joug étranger, et affermit le roi légitime sur son trône chancelant.

Ceux qui visitaient la chaumière ne s’en retournaient pas les mains vides. Ils arrachaient des éclats de la poutre du plancher de la chambre de Jeanne d’Arc, et ils les emportaient comme des reliques précieuses qui devaient leur rappeler un pèlerinage où s’attachaient des idées de valeur et d’héroïsme. Les princes de la maison d’Autriche vinrent eux-mêmes à Domremy, accompagnés d’une suite 154nombreuse de généraux et d’officiers, et lorsqu’ils furent devant la statue de Jeanne d’Arc, on les vit s’incliner et saluer la vertueuse héroïne. Ils demandèrent alors, les uns des parcelles de bois, les autres des éclats de pierre enlevés dans la maison de Jeanne. L’éclat de pierre, dont on voit encore la place au-dessus du linteau de la porte de la chambre de l’héroïne, a été détaché par l’archiduc Ferdinand. Des personnes de la suite des princes prirent jusqu’à des herbes qui se trouvaient sur les murailles extérieures de la chaumière. Mais tous les étrangers ne se bornèrent point à ces larcins innocents.

Un comte prussien porta plus loin ses prétentions. Il proposa au propriétaire de la maison de Jeanne d’Arc de lui vendre la pierre1 et la statue formant le couronnement de la porte d’entrée de son habitation.

Gérardin, ce propriétaire, qui sentait tout le prix de ce monument historique, ne voulut point condescendre au désir de l’étranger. Celui-ci crut qu’il lèverait toutes les difficultés, en proposant au propriétaire de lui vendre la maison tout entière. Mais le refus de ce vrai patriote, de ce bon citoyen, ne fut que plus obstiné, et dès lors toutes les propositions qu’on lui fit, furent rejetées avec indignation. C’est cette belle action que la ville d’Orléans a célébrée en faisant frapper une médaille2 en l’honneur de Gérardin.

Dès lors le propriétaire de la maison de Jeanne d’Arc s’occupa plus que jamais de conserver à la France une habitation qui est elle seule un monument historique précieux, et il s’empressa d’acquiescer aux ouvertures qui lui furent faites de vendre sa propriété au département des Vosges. L’étranger lui en avait offert six mille francs, et il traita avec le département pour une somme de deux mille cinq cents francs. L’acte3 de vente fut passé le 20 juin 1818, entre Gérardin et M. Muel, délégué à cet effet par le conseil général du département des Vosges.

Le roi, auquel son excellence le ministre de l’intérieur, M. Lainé, fit un rapport détaillé sur cette affaire, fut vivement ému de la conduite noble et désintéressée de Gérardin. Sa majesté en fit témoigner sa satisfaction à M. le préfet des Vosges, et elle daigna accorder à Gérardin la croix de la légion d’honneur, tant à cause des services de cet ancien militaire qu’en mémoire de Jeanne d’Arc.

L’acquisition de la maison de la famille d’Arc fut approuvée par une ordonnance royale4, du 5 août 1818. Plus tard le département des Vosges fit l’acquisition de tout l’îlot2 de maisons dans lequel est comprise l’habitation de la famille d’Arc.

155Le 12 octobre de la même année, sa majesté a accordé une somme de 20,000 fr. ; savoir, 12,000 fr. pour ériger un monument à la mémoire de l’héroïne, et fonder une école gratuite pour l’instruction des jeunes filles de Domremy, de Greux et des communes environnantes, et 8,000 fr. pour le capital d’une rente de 400 fr. destinée à l’entretien d’une sœur de charité chargée de tenir l’école.

En 1819 le conseil général du département des Vosges vota, sur la proposition de M. le préfet, une somme de 3,000 fr. destinée à compléter celle nécessaire pour faire face à la dépense des établissements projetés à Domremy. Le roi a bien voulu accorder le buste en marbre de Jeanne d’Arc, pour être placé sur le monument érigé à sa mémoire. Sa majesté ordonna en outre, pour l’ornement de la chambre où Jeanne d’Arc est née, l’acquisition d’un tableau de M. Laurent, peintre distingué, né dans le département des Vosges.

C’est avec ces moyens que l’on a pu exécuter les projets dont on va bientôt donner le développement. Mais il est nécessaire auparavant de décrire succinctement l’état des lieux tels qu’ils étaient antérieurement aux nouveaux établissements ordonnés par le roi.

Le village de Domremy est situé sur les bords de la Meuse3, à trois lieues de Neufchâteau. Il se trouve en même temps près des confins du département de la Meuse, et à très peu de distance des départements de la Meurthe et de la Haute-Marne. Il a une population d’environ trois cents âmes. Ce village ne renferme pas plus de quarante à cinquante maisons bâties irrégulièrement et sans goût. Il est traversé par la route royale de Neufchâteau à Mézières.

Domremy n’a de remarquable qu’un pont en bois de trois arches, jeté sur la Meuse. Tout près de là, sur la droite de la route, en venant de Neufchâteau, on aperçoit dans la prairie quelques monticules où sont cachés les restes du château de l’île4 qui paraît avoir été une maison de templiers. Des fouilles entreprises dans cet emplacement ont mis à découvert des débris de briques où sont représentées une maison de templier et des fleurs de lis. L’église du lieu, petite et délabrée, offre néanmoins un aspect très pittoresque5. Son clocher est une tour carrée, construite en assez bons matériaux et qui doit dater d’une haute antiquité. On 156voit dans l’arrondissement de Neufchâteau beaucoup de ces sortes de tours formant les clochers des villages, et dont on fait remonter l’origine jusqu’à l’époque des Romains. Elles servaient alors de fortifications.

Non loin de l’église se trouve le groupe6 de maisons au milieu duquel est enfermée l’ancienne habitation de la famille d’Arc. Le voyageur qui arrive en ces lieux sans avoir l’esprit préoccupé par les souvenirs de l’histoire ne voit dans ces constructions confuses et sans ordre que de misérables chaumières qui en entourent une autre plus misérable encore, parce qu’elle a plus longtemps éprouvé les ravages du temps. Mais, si l’on réfléchit que c’est en ce lieu que naquit l’héroïne la plus fameuse des temps anciens et modernes, que c’est là qu’elle a habité, que l’on foule au pied le sol où elle a eu les premières inspirations qui l’ont portée à voler au secours de la France qu’elle a sauvée, tout alors se présente sous un autre aspect. Les moindres vestiges, qui rappellent des temps déjà si loin de nous, sont interrogés avec la plus vive curiosité ; tout s’ennoblit et intéresse, et des idées de gloire et de patrie viennent se mêler à des débris qui, dans toute autre circonstance, n’eussent pas attiré le moindre regard.

La maison7 de Nicolas Gérardin, acquise par le département des Vosges, renferme incontestablement celle de la famille d’Arc. Mais il est bien certain que les premières pièces8 de cette habitation n’en faisaient point partie autrefois. Elles ont été construites, à n’en pas douter, postérieurement à la chaumière habitée par Jeanne d’Arc, qui se trouve indiquée en noir foncé sur les plans9. La maison de Gérardin n’a rien de remarquable que le couronnement de la porte d’entrée. Encore est-il masqué en partie par la vigne qui tapisse les murs10, de telle sorte que si l’on n’était pas prévenu de son existence, on pourrait bien ne pas l’apercevoir du tout.

Ce dessus de porte11 est composé de deux pierres ornées de sculptures gothiques. À la partie supérieure on remarque la représentation d’une gerbe de blé et 157de branches de vignes avec des grappes de raisin. On a écrit au-dessous de ces sculptures en caractères de l’époque,

⬪ vive ⬪ labeur ⬪
⬪ mil ⬪ iiiic ⬪ iiiixx ⬪ i

Plus bas sont trois écussons. Celui du milieu, plus élevé que les autres, est aux armes de France. L’écusson qui est à gauche renferme trois socs de charrue, comme pour rappeler que Jeanne d’Arc est issue d’une famille de laboureur ; une étoile se trouve entre les deux socs supérieurs. L’écusson de droite est aux armes de la famille d’Arc. Il renferme deux fleurs de lis entre lesquelles il y a une épée soutenant sur la pointe une couronne5. Dans l’intervalle qui sépare ces deux derniers écussons on a écrit

⬪ vive ⬪ le ⬪ Roy ⬪ Loys ⬪

Toutes ces sculptures, encore très reconnaissables aujourd’hui, ont été mutilées à l’époque de la révolution. Il paraît même qu’autrefois elles étaient revêtues de couleurs dont on n’aperçoit plus aujourd’hui de traces.

Des difficultés se présentent pour lire le millésime gravé sur cette pierre. Quelques personnes lisent mille quatre cent quarante et un. Dans le caractère en partie effacé qui se trouve au-dessus des centaines, nous reconnaissons indubitablement un C première lettre du mot cent, et dans les deux caractères qui sont au-dessus des quatre unités suivantes, nous voyons les chiffres XX indicatifs de dizaines dans toutes les écritures du quinzième siècle. On voit encore aujourd’hui dans la chapelle du cimetière de Mirecourt une inscription analogue à celle dont nous nous occupons, et qui a trait à la fondation de messes par des particuliers inhumés dans cette chapelle. La date est ainsi gravée en caractères très bien exécutés.

⬪ mil ⬪ iiiic ⬪ iiiixx ⬪ et ⬪ quatre ⬪

S’il faut lire le millésime tel que nous venons de l’indiquer, il est certain qu’il n’est point d’accord avec l’inscription vive le roi Louis gravée sur la pierre.

Louis XI en effet n’est monté sur le trône qu’en 1461. Mais alors on pourrait 158croire que cette inscription n’aurait été sculptée qu’après coup, à une époque mémorable pour la famille d’Arc, telle que pouvait être la confirmation par le roi Louis XI des privilèges et lettres de noblesse qui lui avaient été accordées par Charles VII, ou quelque autre faveur particulière d’une nature analogue.

À la vérité il faut admettre que la famille d’Arc montrait ses armes et ses privilèges avant la réhabilitation de la mémoire de l’héroïne qui l’avait illustrée ; car le jugement solennel de cette réhabilitation ne fut prononcé qu’en 1456.

Mais cette circonstance même ne répugnerait point à l’interprétation proposée ; car la famille d’Arc, habitant un pays soumis aux armes de Charles VII, devait s’enorgueillir des faveurs et des privilèges qui lui avaient été accordés, et l’inique jugement rendu à Rouen ne pouvait avoir aucune influence sur l’esprit du roi, pas plus que sur celui des Français attachés à sa noble cause. La révision du procès de l’héroïne avait en effet plutôt pour but de réhabiliter sa mémoire aux yeux de l’Europe qu’à ceux de la France.

Quelques personnes ont cru voir que les caractères placés au-dessus des quatre unités étaient deux unités de dizaines oubliées et qui n’avaient pu trouver place dans le corps du millésime. On lirait dans cette hypothèse la date de 1461 qui coïncide avec l’époque où Louis XI est monté sur le trône. Mais nous pouvons affirmer que les caractères placés au-dessus des quatre unités n’ont nullement la forme d’unités, et que d’ailleurs il y avait une place suffisante pour les mettre dans le corps de l’inscription, si on l’avait voulu. Il faut ajouter en outre que dans cette hypothèse il n’y aurait aucun caractère indicatif des dizaines, si ce n’est la place qu’elles occupent. Cette manière d’interpréter le millésime ne nous paraît donc nullement probable.

On lit aussi mil quatre cent quatre-vingt un, c’est-à-dire, quatre vingtaines, et c’est là l’interprétation à laquelle nous nous arrêtons avec d’autant plus de raison que nous trouvons à Domremy même les moyens de la justifier. En effet, on remarque encore dans l’église, ainsi que nous l’avons indiqué12, la tombe des Thiesselin dont nous avons rapporté en entier l’inscription. La date de cette inscription est ainsi écrite en caractères de l’époque.

Lan·mil·cccc·iiii·xx·et·le
quinsieme·jour·de·novembre.

159Il est évident que cette date est mil quatre cent quatre-vingt et trois le quinzième jour de novembre, et que quatre-vingt est écrit quatre fois vingt. Toute la différence entre l’inscription de la tombe et celle de la pierre de la chaumière de la famille de Jeanne d’Arc, consiste en ce que dans l’une les vingtaines sont à la suite des unités qui indiquent combien de fois elles doivent être répétées, tandis que dans l’autre elles sont au-dessus. Cette date de 1481 est alors d’accord avec l’inscription vive le roi Louis ; car Louis XI était encore alors sur le trône. On ignore seulement quel bienfait particulier la famille d’Arc a obtenu de Louis XI à cette époque, et quelles sont les circonstances qui l’ont déterminée à placer cette inscription.

Les pierres dont nous venons de parler ont été évidemment déplacées. Elles formaient autrefois le couronnement de la porte d’entrée de la maison de Jeanne d’Arc. C’est un fait dont on ne peut douter lorsqu’on vient à considérer les montants de cette porte. En effet c’est la même nature de pierre, et de plus les moulures coïncident parfaitement ; mais à quelle époque ce déplacement a-t-il eu lieu ? c’est ce qu’il est difficile d’indiquer. Ç’a été certainement au temps où des constructions élevées postérieurement masquaient la chaumière autrefois habitée par la famille d’Arc. On aura voulu alors, pour conserver des marques extérieures de cette habitation et l’indiquer encore aux étrangers, leur montrer un monument qui en attestait l’existence.

Au-dessus des sculptures que l’on vient de décrire est une statue en pierre13 de Jeanne d’Arc, incrustée dans la muraille et visible seulement depuis la tête jusqu’aux genoux. Avant qu’on l’eût dégagée de la maçonnerie, on pouvait déjà juger qu’elle était agenouillée, et c’est une opinion dans laquelle on a été pleinement confirmé par la suite. La statue est mutilée14 ; le bout du nez est cassé ; le coin gauche de la bouche est altéré ; le bras droit est rompu près de l’épaule ; le gauche est entier, à l’exception de la main qui n’existe plus. On aperçoit encore à l’extrémité de l’avant-bras le reste d’une manchette plissée à plis ronds comme la collerette qui entoure le col. L’une et l’autre faisaient partie du vêtement caché sous l’armure. Les jambes sont brisées ; celle de gauche a été rompue à l’articulation du genou ; la jambe droite l’est au milieu de sa longueur.

Jeanne d’Arc est représentée avec son armure ; les brassards et les cuissards 160formés de lames flexibles, en partie superposées les unes sur les autres, sont parfaitement exprimés. Le contour des cuissards et des épaulettes est terminé par des festons. La cuirasse dont la forme est à peu de chose près la même que celle encore en usage aujourd’hui, est composée de deux morceaux réunis de chaque côté par une petite courroie à boucles. Les brassards avec les épaulettes qui en font partie sont liés de la même manière à la cuirasse ; seulement on remarque que les courroies sont percées de plusieurs trous pour serrer à volonté. Les cuissards sont maintenus contre les cuisses par des lanières qui enveloppent en même temps une robe de couleur amaranthe dont l’héroïne est vêtue ; ils tiennent à la cuirasse par quatre courroies à boucles ; les jambes et les avant-bras étaient recouverts d’une enveloppe d’un métal très flexible, ou peut-être même de cuir d’un seul morceau fendu sur le côté extérieur dans toute sa longueur, et serré par deux petites courroies à boucles.

Au bas de la taille et à la réunion de la cuirasse et des cuissards, est un ceinturon qui est accroché sur le devant du corps et où sont attachés deux anneaux destinés à suspendre l’épée ; l’un de ces anneaux est sur le côté gauche de la figure, l’autre est sur la face et correspond au milieu de la cuisse droite ; le baudrier est suspendu à une agrafe passée dans le premier anneau ; il est en outre retenu par une lanière traversant obliquement le haut des cuisses, et attachée au second anneau ; six courroies à boucles, dont les extrémités sont cousues, forment une espèce de gaîne dans laquelle l’épée était passée ; on voit sur la pierre les traces de la poignée de cette arme qui étant tout à fait détachée du corps de la statue a été brisée ; mais on peut juger encore de la forme de cette poignée.

Les jointures des bras et des jambes sont composées de deux lames métalliques qui, se repliant l’une sur l’autre, facilitaient les mouvements du corps. Ces lames sont terminées par des trèfles sur lesquels on remarque encore de la couleur bleue.

Les bords de la cuirasse ont été dorés, et tout le corps de cette même cuirasse offre des restes d’une couleur argentine qui imite fort bien le brillant de l’acier.

La statue a la tête nue ; ses longs cheveux descendent presque jusqu’au bas des cuisses ; une mèche de ces cheveux, qui ne tenait à la statue que par un très mince tenon, a été brisée ; sur quelques parties de la chevelure on aperçoit encore des vestiges de dorures ; cependant la grande masse de la chevelure est actuellement recouverte d’une couleur noirâtre qui paraît avoir été le mordant dont on a fait 161usage pour appliquer la dorure. Dans l’hypothèse où les cheveux de la statue auraient été entièrement dorés, en devrait-on conclure que Jeanne d’Arc avait une chevelure blonde ? Cette conséquence serait entièrement contraire aux traditions historiques qui veulent que Jeanne d’Arc ait eu de beaux yeux noirs. Il ne faut donc voir dans cette dorure et dans les couleurs appliquées sur la statue, que le résultat de l’usage où l’on était de revêtir les sculptures de couleurs à l’époque où cet ouvrage a été fait. Il est essentiel d’ajouter ici qu’une teinte rose encore très bien conservée dans quelques parties colorait les joues de l’héroïne. En général cette figure est d’un assez bon travail.

Quelques recherches que nous ayons faites, nous n’avons pu découvrir à quelle époque cette statue a été placée au-dessus de la porte d’entrée de la chaumière. Déjà en 1756, au rapport de dom Calmet15, elle existait à cet endroit au-dessus des armoiries de la famille d’Arc. On montrait même encore à cette époque, dans les environs du village, quelques restes de la chapelle où Jeanne d’Arc allait si souvent prier.

En comparant la statue de Domremy avec celle qui existait sur le pont d’Orléans, il est aisé d’apercevoir que l’une et l’autre ont une analogie frappante. Le monument d’Orléans avait été érigé en 1458 sur la partie du pont la plus proche de la ville. Il nous a été conservé dans une gravure placée en tête de l’ouvrage6 que Jean Hordal descendant par les femmes de l’un des frères de la Pucelle, a publié en 1612 en l’honneur de l’héroïne. Une médaille7 frappée à Orléans en constate aussi l’existence, mais avec moins de détails. Voici en quoi consistait ce monument.

La vierge assise près de la croix, tient sur ses genoux le corps de Jésus-Christ : la couronne d’épines est aux pieds du Sauveur. On voit d’un côté la statue du roi Charles VII et de l’autre celle de la Pucelle. Ces deux figures sont à genoux et ont les mains jointes ; elles sont revêtues d’une armure complète ; la longue lance qu’elles ont entre les bras pose à terre par un bout et est appuyée par l’autre bout contre l’épaule ; son extrémité supérieure se termine par un fer pointu au bas duquel est attachée une petite banderole ; l’épée dont chaque figure est armée est suspendue à un baudrier accroché à un ceinturon noué au bas de la taille. Les cuissards et les épaulettes de l’armure sont bordés de festons ; les jambes sont 162enveloppées dans des espèces de guêtres ou de bottes au bas desquelles sont des éperons ; les deux statues ont la tête nue, mais leurs casques sont posés à terre un peu en avant d’elles ; le casque du roi est surmonté d’une couronne ; le roi et la Pucelle ont les mains jointes, et à-peu-près le même costume. Jeanne d’Arc est distinguée seulement par sa figure féminine et ses longs cheveux qui flottent sur ses épaules ; la croix contre laquelle s’appuie la vierge est surmontée d’un nid ou panier dans lequel on voit un pélican qui paraît nourrir ses petits de son sang.

Ce monument fut déplacé en 1545, à l’occasion des ouvrages de charpente entrepris pour la réparation du pont d’Orléans, et en 1567 les huguenots en avaient brisé les figures. Elles furent refondues en 1570, et replacées sur leurs bases le 15 mars de l’année suivante. En 1741 ce nouveau monument8 fut encore déplacé, et soustrait pendant trente années aux regards du public. Il fut enfin remis en honneur en 1771, et placé à l’angle que forme la rue royale et celle de la Vieille-Poterie. Mais il diffère, à beaucoup d’égards, de l’ancien monument érigé en 1458. Ce ne sont plus ni la même disposition, ni les mêmes costumes, ni les mêmes armures. Une seule lance est étendue sur le sol au pied du monument. La Pucelle, au lieu d’avoir les cheveux flottants, les a noués près du col. Les casques se présentent de face, tandis qu’ils sont de profil dans le premier monument. Dans l’intervalle qui les sépare est placé un écusson aux armes de France. Les deux statues sont à genoux sur des coussins. Il n’y a du reste aucun rapport entre les armures du roi et de la Pucelle dans l’un et l’autre des deux monuments. Les épées particulièrement ont une forme tout à fait différente. Elles sont accrochées au ceinturon sans l’intermédiaire d’un baudrier, et se trouvent ainsi suspendues au haut de la cuisse.

Il résulte de la comparaison détaillée de la statue de Domremy, avec celle du premier monument d’Orléans, qu’il existe entre elles la plus parfaite analogie. La position des figures est tout à fait la même, la ressemblance de l’armure est complète, l’épée, dans l’une et l’autre statue, est de forme semblable, et elle est suspendue de la même manière. Le costume caché sous l’armure est aussi le même, excepté cependant que dans le monument d’Orléans on ne voit paraître ni collerettes, ni manchettes. Les cheveux sont flottants sur les épaules dans l’une et l’autre figure.

Ainsi la statue de Domremy, sculptée probablement quelque temps après la réhabilitation de l’héroïne, faisait peut-être partie d’un monument analogue à celui d’Orléans, ou plutôt, comme on peut l’induire de ce que rapporte Charles du 163Lys, conseiller d’état, avocat-général en la cour des aides de Paris, dans son recueil d’inscriptions en l’honneur de la Pucelle, cette statue proviendrait de l’église même de Domremy, où elle était placée devant une effigie de la Vierge. Charles du Lys cite en effet un testament de Claude du Lys, descendant de Jean d’Arc, prêtre et curé de Domremy, par lequel il veut être enterré en l’église de Domremy dans la chapelle Notre-Dame de la Pucelle, où reposent les corps de ses prédécesseurs. En effet cette chapelle, en 1628, à l’époque de la publication du recueil de du Lys, était encore appelée la chapelle des du Lys et de la Pucelle. Cette dénomination provenait sans doute de ce que l’on y voyait la statue de l’héroïne à genoux en face de la Vierge, dans l’attitude où Jeanne d’Arc était elle-même lorsqu’elle venait dans ce lieu adresser de ferventes prières à la mère de Dieu, sous la protection de laquelle elle s’était mise.

Pour ce qui concerne la sépulture de la famille d’Arc, des actes authentiques prouvent qu’elle a existé dans la chapelle de la Vierge, dite de la Pucelle. Car on a constaté en 1581 qu’il existait sur l’une des tombes que l’on y voyait l’épitaphe suivante :

Cy git noble Catherine du Lys, fille de Pierre d’Arc, dit le chevalier du Lys, veuve de George Haldat, écuyer, capitaine d’infanterie, originaire de Naples, qui trépassa le 3 mai 1545, fort âgée. Priez Dieu pour eux, bienfaiteurs de cette chapelle.

Nous avons en vain cherché dans l’église de Domremy cette tombe, qui a sans doute été déplacée. On a voulu reconnaître la tombe de Jacques d’Arc, père de la Pucelle, sous une pierre tumulaire placée aussi dans la chapelle de la Vierge, qui n’offre aucune inscription, et ne présente d’autres sculptures qu’un écusson avec trois socs de charrue. Mais nous avons beaucoup questionné à ce sujet les plus anciens du pays, et il ne paraît pas que la tradition de ce fait se soit conservée jusqu’à nos jours.

Il nous est impossible de dire à quelle époque la statue, qui, suivant nos conjectures, existait dans la chapelle Notre-Dame de Domremy, a été enlevée de l’église pour être placée au-dessus de la porte d’entrée de la chambre de Jeanne d’Arc. Mais il résulte de tout ce qui vient d’être exposé, qu’elle doit retracer les véritables traits de Jeanne d’Arc, puisqu’elle a été faite à une époque où l’on n’en avait pas encore perdu le souvenir. Ainsi tout nous porte à croire que nous possédons un portrait authentique de l’héroïne d’Orléans. La pierre dont cette statue est faite est la même que celle du dessus de porte et du chambranle de la chambre de Jeanne d’Arc, qui a été tirée des carrières de Coussey. Il faut en conclure que 164cette statue a été sculptée dans le pays probablement par un sculpteur de la capitale de la Lorraine, où les arts étaient florissants vers ce temps.

Nous avions pensé d’abord que la statue de Domremy pouvait provenir de la petite chapelle16, connue sous le nom d’Ermitage de Sainte-Marie, située aux environs de Domremy, et où Jeanne d’Arc se rendait habituellement en pèlerinage. Mais l’autorité de Charles du Lys nous fait abandonner cette opinion. L’emplacement17 de cette chapelle se voit encore aujourd’hui à 1.400 mètres environ de distance des dernières maisons de Domremy, vers le sud. Elle fut, dit-on, détruite au temps des guerres de religion, peut-être à la même époque où la statue de l’héroïne fut brisée18 à Orléans. Il ne reste plus rien aujourd’hui dans cet emplacement, qu’un énorme tas de pierres ramassées dans les champs par les cultivateurs, et sous lequel sont cachées certainement les fondations de l’édifice. Les plus anciens de la commune de Domremy se souviennent encore de les avoir vues. Ils assurent même avoir aperçu dans les décombres une pierre que l’on disait être le dessus de l’autel.

C’est aux environs de cette chapelle que devait être l’arbre des fées19, à l’ombre duquel les jeunes garçons et les jeunes filles de Domremy venaient se reposer et se livrer aux jeux de leur âge. La tradition du pays a conservé le souvenir de cet arbre extraordinaire, qui était un hêtre d’une grande beauté, dont, suivant les expressions mêmes d’un habitant de Domremy, appelé à déposer au procès de la Pucelle, les antiques rameaux chargés d’un riche feuillage se courbaient en voûtes obscures, impénétrables, et descendaient jusqu’à terre. Les plus âgés de Domremy se rappellent encore avoir entendu dire que cet arbre avait été arraché par un habitant nommé Soudart.

L’arbre des fées était placé près d’une fontaine qui, d’après ce qu’en rapportent les plus anciens de Domremy, s’appelait la fontaine de l’Ermite. Comme il existe plusieurs sources sur le penchant de la côte où se trouve le vignoble connu sous le nom de la Pucelle, il est difficile d’indiquer quelle est cette fontaine ; mais il est assez probable que c’est celle même des groseilliers dont nous ferons bientôt mention, et qui alimente aujourd’hui la fontaine élevée sur la place de Domremy, à la mémoire de Jeanne d’Arc.

165L’ancienne chapelle, connue sous le nom d’Ermitage de Sainte-Marie, ou de Notre-Dame-de-Bellemont, était située à mi-côte sur une montagne dont le sommet est couronné de bois et au pied de laquelle coule la Meuse. Le spectacle dont on y jouit est admirable, la vallée présente aux regards ses riches prairies que la Meuse arrose en faisant mille détours. En face de l’ancienne chapelle se trouve la montagne20 de Julien, où la tradition veut que cet empereur ait établi un camp retranché dont on voit encore aujourd’hui des vestiges que nous avons visités. Dans le prolongement de la vallée on aperçoit des villages nombreux, des campagnes riches et bien cultivées. Le sommet des montagnes qui bordent l’horizon est couronné de forêts majestueuses. Ce paysage, vu par un beau ciel, offre l’aspect le plus pittoresque. On s’abandonne, en le considérant, au charme mélancolique d’une douce rêverie, qui ramène toutes les idées à la contemplation de la Divinité ; et l’on conçoit comment une âme aussi tendre et aussi pieuse qu’était celle de Jeanne d’Arc chérissait ce lieu de prédilection.

Mais continuons à faire connaître l’ancienne habitation de la famille d’Arc. Après avoir traversé les premières pièces qui composent la maison vendue par Gérardin, on arrive dans une petite cour21 obscure, qui précède cette habitation, et qui probablement en faisait partie. La pièce a est la chambre dans laquelle on suppose que l’héroïne est née. Ses quatre murailles sont sales, dégradées, et dans le plus mauvais état, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Michel de Montaigne, dans son journal9 de voyage en Italie, dit avoir visité l’habitation de la famille d’Arc, qui n’était qu’une simple maisonnette. Il vit sa façade couverte de peintures à la vérité fort endommagées, où les exploits de Jeanne d’Arc étaient représentés. Ce serait en vain que l’on chercherait aujourd’hui quelques restes de ces peintures, il n’en subsiste plus de vestiges.

La chambre est remplie par deux grandes cuves où l’on fait fermenter le vin à l’époque des vendanges. Le plancher supérieur est entièrement dégradé. Il ne reste plus d’intact que la poutre du milieu et deux demi-poutres engagées dans les murs latéraux, sur lesquelles portaient les madriers qui forment le plancher. On voit encore les entailles pratiquées dans ces poutres pour recevoir les bouts 166des madriers. Ces derniers sont aujourd’hui remplacés par de mauvaises solives toutes vermoulues, qui ne sont ni équarries ni dégrossies.

Sur la face latérale de droite, en entrant, on remarque deux petites armoires ménagées dans l’épaisseur de la muraille. Elles sont surmontées d’une corniche de pierre en partie détruite ; la face latérale de gauche offre les restes d’une cheminée dont le manteau se voit dans l’habitation22 de Gérardin. Le mur de face est percé d’une seule ouverture qui donne du jour dans la pièce. Il y avait autrefois une fenêtre dont l’encadrement était en pierre de taille et qui était partagée en deux compartiments par un montant aussi en pierre. Mais l’un de ces compartiments est aujourd’hui muré. On remarque dans la pierre de taille des trous qui annoncent l’ancienne existence de barreaux de fer.

De la chambre de Jeanne d’Arc on communique par une porte à droite dans une pièce servant aujourd’hui d’étable à vaches. C’est un véritable bouge qui ne reçoit de lumière que par une petite fenêtre ouverte sur le jardin. La porte du fond conduit à une pièce servant de cellier, mais qui paraît avoir été anciennement une chambre à four. On y voit en effet les débris d’un four et de sa cheminée.

Toutes ces pièces sont humides et sales à un point dont on ne peut se faire une juste idée, si on ne l’a vu soi-même. Elles sont plus basses de soixante à quatre-vingt centimètres que le sol du jardin dépendant de cette habitation ; les eaux y pénètrent dans les grandes crues de la Meuse.

On ne s’attache point à décrire ici les habitations adjacentes à celle de la famille d’Arc. Elles ne présentent aucune espèce d’intérêt. La planche 5, fig. 1, en fait d’ailleurs parfaitement connaître la disposition. Il suffit de dire qu’elles sont dans le plus mauvais état, et menacent ruine pour la plupart.

Au-devant du groupe d’habitations qui masquent la chaumière de la famille d’Arc, est la place publique de Domremy, qui confine à la Meuse. Son sol présente de grandes irrégularités, et elle est traversée par un ruisseau provenant de la source des trois fontaines23.

Tel était l’état des lieux avant qu’on y exécutât le monument érigé à la mémoire 167de Jeanne d’Arc, et les autres établissements que l’on doit à la munificence du roi et au patriotisme du conseil général du département des Vosges, et dont nous allons donner maintenant une description succincte.

Le monument plus spécialement consacré à rappeler la mémoire de l’héroïne du quinzième siècle est érigé sur la place24 de Domremy, qui a été à cet effet nivelée et exhaussée de manière à la mettre à l’abri des inondations ordinaires de la Meuse. Les terres rapportées sont maintenues par des murs en talus construits à pierres sèches. Sur le sommet de ces murs on a établi une barrière en bois qui dessine tout l’extérieur de la place. Le monument25 consiste en une fontaine d’eaux jaillissantes amenées de la source des Groseilliers, située à sept cents mètres de distance de la place de Domremy, et non loin, probablement, de l’endroit où existait l’arbre des fées. Ces eaux sont versées dans une vasque, par un masque de lion en bronze appliqué sur la face extérieure du piédestal. Le trop-plein se déverse par un tuyau en plomb dans un petit aqueduc26 qui le rejette à la rivière. Le corps du piédestal27 repose sur un socle en pierre, et il est surmonté d’une corniche dans le goût antique. Sur ce piédestal s’élèvent quatre piliers d’ordre dorique couronnés d’une architrave et d’une corniche qui reçoivent un toit en pierre terminé sur les faces antérieures et postérieures par un fronton. Au milieu de cette espèce de portique est posé sur un cippe le buste en marbre de Jeanne d’Arc sculpté par M. Legendre Héral, jeune sculpteur d’un mérite distingué.

Sur la frise antérieure du monument, on lit cette inscription en lettres de bronze :

À la mémoire de Jeanne d’Arc.

Sur la frise opposée on a placé cette autre inscription :

Monument voté par le dépt des Vosges.

Toute cette fontaine est construite en pierre d’Euville de la plus belle qualité. 168Chacune des assises est d’un seul bloc de pierre, et elles sont reliées entre elles par des tiges en fer autour desquelles on a coulé du plomb, ce qui tend à n’en former qu’une seule et même masse.

La somme fixée pour les dépenses a forcé de se tenir dans les limites de la plus grande simplicité, et l’on n’a point décoré ce monument de sculptures. Mais rien ne s’oppose à ce que l’on puisse par la suite s’occuper de son embellissement. Il sera toujours facile, quand on le voudra, d’incruster dans les faces du piédestal des bas-reliefs en marbre qui rappelleraient les brillants exploits de la Pucelle. Sur les faces du cippe, qui porte le buste de l’héroïne, on pourrait encore sculpter son étendard, son épée mystérieuse, les armoiries accordées par Charles VII à la famille d’Arc, et les armes de France.

La fontaine s’élève au milieu d’une plantation de peupliers28 dont la place de Domremy est ornée ; au-delà coule la rivière de Meuse, et plus loin on aperçoit la montagne de Julien, au pied de laquelle se trouve le petit village de Moncel, situé sur les bords du Vair.

Il eût été sans doute à désirer qu’on eût pu construire tout ce petit monument en granit des Vosges, et jamais on n’aurait fait un plus noble emploi de cette belle matière, que le département fournit en abondance ; mais la modicité des fonds ne l’a pas permis.

En face de la fontaine, et sur l’emplacement des habitations qui entouraient la chaumière de la famille d’Arc, s’élève un bâtiment29 de vingt et un mètres de long et de six mètres de large, destiné à une école d’enseignement mutuel pour les jeunes filles de Domremy, de Greux, et des communes environnantes. La classe30 disposée pour quarante élèves, se trouve à gauche en entrant, et le logement de la directrice est à droite. Le passage couvert qui conduit dans la cour sert de préau pour la réunion des élèves avant leur entrée en classe ; il est fermé par une grille en fer à travers laquelle on aperçoit la maison de Jeanne d’Arc ; la cour est plantée d’arbres31 ; toute l’étendue du terrain acquis par le département 169des Vosges est fermée par des murs de clôture établis suivant des alignements réguliers.

La façade de l’habitation de la famille d’Arc est remise dans son état primitif32 ; on y a rétabli au-dessus de la porte d’entrée33 les pierres chargées de sculptures qui étaient naguère au-dessus de la porte de la maison de Gérardin34. Quant à la statue de l’héroïne, dont nous avons donné la description, elle sera restaurée et placée sur un piédestal dans la chambre même de Jeanne d’Arc ; la double fenêtre qui éclairait cette pièce a été rouverte, et l’on y a employé des vitraux de la forme de ceux en usage au quinzième siècle ; une bordure étroite de verres de couleur alternativement rose et bleue, en forme l’encadrement ; la fenêtre à quatre compartiments qui donnait du jour dans le grenier, est aussi rétablie35 ; les baies de croisées sont défendues à l’extérieur par des barreaux en fer dont les trous de scellement existaient encore. On a replacé dans l’intérieur de la chambre de Jeanne d’Arc une cheminée36 qui en avait été enlevée autrefois pour la transporter dans l’une des pièces37 de la maison de Gérardin ; une corniche38 en pierre qui couronne la double armoire pratiquée dans la face latérale à droite a été réparée, sur la poutre du milieu et sur les deux demi-poutres encastrées dans les murs latéraux on a replacé dans les anciens encastrements, des solives et un plancher ; les poutres qui sont anciennes montrent encore les traces des mutilations honorables qu’elles ont éprouvées, et attesteront pendant longtemps les hommages rendus par les Français et les étrangers à la mémoire de l’illustre héroïne. Le plancher bas de la pièce est formé maintenant de grandes dalles de pierre.

Sur le mur du fond on a appliqué une table de marbre blanc39 maintenue par des clous dorés et sur laquelle est gravée cette inscription :

170L’an MCCCCXI
naquit en ce lieu
Jeanne d’Arc
surnommée la Pucelle d’Orléans
fille de Jacques d’Arc et d’Isabelle Romée
Pour honorer sa mémoire
le conseil général du département des Vosges
a acquis cette maison
Le roi
en a ordonné la restauration
y a fondé une école d’instruction gratuite
en faveur des jeunes filles
de Domremy de Greux et autres communes
et a voulu qu’une fontaine ornée
du buste de l’héroïne
perpétuât son image
et l’expression de la reconnaissance
publique.

Ces ouvrages ont été achevés le XXV août
MDCCXX.

Sur le manteau de la cheminée est placé un buste du roi, et dans l’encoignure du mur latéral de gauche près de la fenêtre, est suspendu le tableau peint par M. Laurent. Jeanne d’Arc, représentée dans ce tableau en habit de bergère, est au pied d’un autel où s’élève une statue de saint Michel terrassant un dragon. Elle a déposé sur les marches de l’autel sa quenouille et son fuseau ; un genou en terre et appuyée avec ses deux mains sur une épée dont elle s’est déjà saisie, l’héroïne est dans l’attitude d’une personne occupée de grands desseins ; elle va voler au secours de la France. Tout près de la quenouille et du fuseau est un casque que Jeanne d’Arc n’a point encore mis sur sa tête ; derrière elle sont suspendus aux colonnes qui soutiennent la voûte de la chapelle, des boucliers et des lances. À travers la fenêtre qui éclaire toute cette scène on aperçoit un riche paysage.

171De l’autre côté de la cheminée on a placé le drapeau de Jeanne d’Arc qui a été béni le jour de la fête du 10 septembre40.

Les autres pièces de la chaumière de la famille d’Arc ont été également restaurées ; les planchers supérieurs ont été rétablis, et le sol est recouvert par des dalles de pierre.

La première pierre de la fontaine élevée sur la place de Domremy à la mémoire de Jeanne d’Arc, a été posée le 25 juillet 1820 [25 juin écrit-il plus loin], en présence de M. Cherrier, sous-préfet de l’arrondissement de Neufchâteau, de M. Humblot, maire de Domremy, et au milieu d’un concours nombreux d’habitants de Domremy, de Greux et des communes environnantes.

Il a été pratiqué dans cette première pierre formant le socle du piédestal une cavité destinée à recevoir les objets que l’on voulait renfermer dans la fondation. Deux boîtes en plomb, insérées l’une dans l’autre, et entre lesquelles on a ménagé assez d’espace pour placer une couche de charbon pilé, de treize millimètres d’épaisseur, contiennent une troisième boîte en bois de noyer parfaitement sec et bien travaillé ; celle-ci est divisée en deux cases ; dans la première est la tragédie de Jeanne d’Arc par M. d’Avrigny, et les deux Messéniennes sur la vie et la mort de l’héroïne, par M. Casimir Delavigne. Ces deux ouvrages ont été reliés avec beaucoup de soin et de luxe en un seul volume, par Simier, relieur du Roi ; la seconde case de la boîte renferme les médailles suivantes :

Le retour de Louis XVIII en France. Cette médaille représente d’un côté l’effigie du Roi, et de l’autre la France tendant les bras vers le vaisseau qui lui ramène ce Monarque. Au bas est écrit : Il apporte la paix du monde. 1814.

La Charte constitutionnelle. Cette médaille représente sur un des revers l’effigie du Roi, et sur l’autre Sa Majesté assise sur son trône, présentant la Charte aux députés, qui prêtent serment de fidélité au Monarque et d’obéissance à cette loi fondamentale. On lit au bas : Charte constitutionnelle. 4 juin 1814.

La Légion d’Honneur. Cette médaille représente d’un côté l’effigie de Henri IV, et de l’autre la décoration de la Légion d’Honneur avec cet exergue : Ordre royal de la Légion d’Honneur.

La médaille frappée en mémoire de la statue érigée à Jeanne d’Arc, à Orléans. Elle représente d’un côté l’effigie du roi Louis XVIII, et de l’autre la statue de l’héroïne telle qu’elle existe sur la place du Martroi. On lit sur l’exergue : 172Monument rétabli à Orléans le 8 mai 1805. Le 8 mai 1429 elle sauva Orléans la France et son Roi.

Une médaille à l’effigie du roi Louis XVIII. Sur le revers est gravé au burin cette inscription : Le XXV juin MDCCCXX on a posé la première pierre du monument érigé à la mémoire de Jeanne d’Arc à Domremy.

Dans la même case on a renfermé des pièces de monnaies au millésime de 1820, savoir : deux pièces en or, l’une de quarante francs et l’autre de vingt francs ; deux pièces en argent de cinq francs ; quatre pièces d’un franc ; six pièces d’un demi-franc, et huit pièces d’un quart de franc.

On a en outre enfermé avec la boîte en noyer une plaque de bronze relative à la pose de la première pierre de la fontaine.

Elle porte cette inscription :

L’an de grâce MDCCCXX
le XXVe jour du mois de juin
sous le règne de sa majesté Louis XVIII
on a posé la première pierre de la fontaine monumentale
érigée à la mémoire de Jeanne d’Arc
M. Boula de Coulombiers maître des requêtes
étoit préfet du département des Vosges
M. Cherrier sous-préfet de l’arrondissement de Neufchâteau
et M. Humblot maire de Domremy
Le Conseil général du département des Vosges
étoit composé de messieurs

le duc de Choiseul, pair de France
Sautre
Lemarquis
d’Hennezel
Drouel
Derazey
Muel Vaulot
Husson
le comte Boursier de Villers
Falatieu
Champy
de Bruyères
de Bazelaire
Hugo

M. Jollois ingénieur en chef des Vosges a été chargé de rédiger les projets du monument et d’en suivre l’exécution.

173L’inauguration du monument s’est faite le 10 du mois de septembre. Dès le matin la fête fut annoncée par le bruit de l’artillerie et par le son des cloches de Domremy, de Greux et des communes environnantes. Le soleil sorti de l’horizon pur et sans nuage promettait la plus belle journée. À une heure, M. le préfet accompagné d’une députation du conseil général du département des Vosges, présidée par M. le duc de Choiseul-Stainville, arriva sur le pont de Domremy ; il était suivi par les députations des villes de Nancy, de Toul, de Commercy et de Vaucouleurs ; un arc de triomphe de verdure surmonté de la figure de Jeanne d’Arc à cheval, décorait le pont jeté sur la Meuse, à l’entrée de Domremy ; il était orné d’inscriptions relatives aux exploits de l’héroïne ; les avenues du village étaient gardées par la garde nationale de Neufchâteau, rangée en bataille, et remarquable par sa belle tenue. Toutes les rues de Domremy avaient été sablées ; les maisons étaient ornées de festons et de verdures ; tout enfin respirait la joie et la satisfaction qu’inspirait aux habitants la solennité de ce beau jour.

M. le maire de Domremy et M. le curé cantonal vinrent à la rencontre du premier magistrat du département, et lui exprimèrent au nom de leurs administrés des sentiments de reconnaissance pour lui, de fidélité au gouvernement, et d’attachement pour l’auguste famille de saint Louis.

Mais bientôt on vit venir à la rencontre de M. le préfet une députation de la ville d’Orléans, qui, partie le 7 septembre, était arrivée le 9 à Vaucouleurs après avoir parcouru la plupart des lieux marqués par le souvenir des hauts faits de la Pucelle. Cette députation était composée de M. le comte de Rocheplatte, maire d’Orléans ; de M. le vicomte de Gremion, premier adjoint ; de M. de Nourry, membre du conseil municipal, et de M. de Rabellau, conseiller de préfecture, délégué par M. le préfet du Loiret pour le représenter.

Après des félicitations réciproques, on se rendit au bâtiment d’école élevé dans l’enceinte de la maison de la famille d’Arc. Une haie formée des gardes nationales de Neufchâteau maintenait l’ordre au milieu de la foule qui était immense. Cependant les dispositions se faisaient pour la bénédiction d’un drapeau à l’instar de celui que Jeanne d’Arc portait dans les combats, et qui devait être déposé dans la chambre de l’héroïne.

Lorsque tout fut prêt, le cortège se rendit à l’église ; les différentes députations prirent auprès de M. le préfet les places qui leur étaient assignées ; le curé cantonal assisté des desservants des communes voisines, était à l’autel. Alors le commandant de la garde nationale de Neufchâteau présenta le drapeau à la bénédiction. M. le curé prononça 174dans cette circonstance un discours10 renfermant l’éloge le plus noble des vertus chrétiennes de l’héroïne, de ces vertus qui furent la source de ses hauts faits et de ses plus belles actions.

M. de Haldat-du-Lis, descendant de la famille d’Arc, secrétaire de l’académie de Nancy, monta ensuite en chaire et prononça l’éloge de Jeanne d’Arc, sujet mis au concours par cette académie. L’orateur produisit sur l’assemblée une vive impression en lui rappelant tous les traits de la vie héroïque de celle qui était l’objet de la solennité du jour ; le Te Deum fut ensuite chanté au son des cloches.

Après cette cérémonie on se rendit sur la place de Domremy. Elle était, ainsi que toutes ses avenues, remplie d’une foule immense41 ; les toits de l’église et des maisons étaient couverts de monde42 ; des échoppes avaient été dressées çà et là pour élever les spectateurs ; des curieux étaient placés même jusqu’à la sommité du clocher43 et montraient leur tête à travers les ogives qui le décorent ; de jeunes garçons suspendus aux simples baliveaux plantés sur la place et aux branches d’arbres44 des jardins voisins annonçaient un enthousiasme et un désir de voir qui excitaient un vif intérêt.

Au signal donné par M. le préfet, le voile qui couvrait le monument, tomba et laissa voir les traits de l’héroïne ; l’air retentit alors des cris mille fois répétés de vive le Roi. Honneur à Jeanne d’Arc. Les jeunes filles de Domremy et de Greux, vêtues de blanc et rangées autour du monument, n’attendaient que le moment de déposer sur le piédestal les couronnes qu’elles avaient à la main ; le signal leur en fut donné par la fille du maire, qui, montée sur une estrade, vint poser elle-même sur la tête de Jeanne d’Arc une couronne de laurier et d’immortelles. Alors M. le préfet, s’avançant sur le piédestal du monument, prononça un discours11 analogue à la circonstance, et qui respire l’amour du roi et de la patrie ; il fut accueilli par des applaudissements unanimes et aux cris répétés de vive le Roi, vivent les Bourbons.

M. le maire d’Orléans12 succéda à M. le préfet, et ses paroles excitèrent un vif intérêt ; il était lui-même ainsi que ses collègues de la députation d’Orléans l’objet des questions empressées de tous les spectateurs ; 175chacun voulait voir les députés de cette ville héroïque qui donnait dans cette circonstance une preuve si éclatante de sa reconnaissance envers l’illustre guerrière à laquelle elle avait dû sa délivrance au quinzième siècle. Ce n’était plus alors une simple fête de village destinée à remettre en honneur, au lieu de sa naissance, la mémoire de Jeanne d’Arc. La présence des députés d’Orléans, de ceux de Nancy, de Commercy, de Toul, de Vaucouleurs, et des personnes marquantes de Lunéville, de Ligny, de Bar-le-Duc, de Joinville, de Wassy et de Chaumont, que l’on apercevait parmi les assistants, lui donnait l’aspect d’une fête nationale à laquelle toute la France prenait part.

M. le duc de Choiseul, président du conseil général du département des Vosges, ne pouvait dans cette occasion rester spectateur oisif de tout ce qu’il avait en quelque sorte créé par son influence et par son crédit. Dans un discours13 noblement exprimé, il paya aux vertus de l’héroïne, à ses hauts faits, un juste tribut d’éloges, et exposa tout ce que l’on devait à la bonté et à la munificence du Roi, pour remettre en honneur dans son pays natal la mémoire de la célèbre Jeanne d’Arc.

La cérémonie d’inauguration étant terminée, le cortège se sépara, et chacun alla prendre part aux jeux préparés dans la prairie45 située à la sortie du pont à gauche de la route de Domremy à Neufchâteau. Dans cette immense plaine qui pourrait aisément contenir plus de cent mille hommes, on avait enfermé par une enceinte de piquets et de cordes un vaste emplacement destiné à la fête. Des tentes y étaient dressées de toutes parts ; des cafés et des restaurants y offraient aux spectateurs toutes sortes de comestibles et de rafraîchissements ; des marchands y avaient établi une espèce de foire ; des orchestres distribués çà et là invitaient à la danse toutes les personnes accourues pour fêter l’illustre héroïne ; des groupes de chanteurs exécutaient au son des instruments des chansons composées exprès pour la solennité du jour ; des mâts de cocagne offraient aux jeunes paysans les moyens d’exercer leur adresse et leur agilité ; des bateleurs attiraient la foule par la gaieté de leurs facéties ; des chevaux de bois, des roues tournantes, offraient aux assistants des spectacles aussi variés qu’agréables.

Enfin un carrousel à cheval vint ajouter à la diversité du spectacle ; des chevaliers, le casque en tête et la visière baissée, armés de cuirasses et la lance à la main, vinrent enlever au galop des couronnes attachées au sommet d’une arcade élevée. Tout le cortège assistait 176à ces jeux, et les vainqueurs reçurent les prix des mains de M. le préfet.

Les jeux terminés on se rendit à un banquet qui avait été préparé sous une vaste tente dressée dans la prairie. Une table de soixante couverts était garnie de tout ce que pouvaient offrir les ressources du pays. M. le préfet et M. le duc de Choiseul en firent les honneurs ; des toasts furent portés au roi et à la famille royale, à la mémoire de Jeanne d’Arc, à la députation d’Orléans, au conseil général du département des Vosges et à celui du Loiret, à l’auteur du monument et à l’ordonnateur de la fête. Ces toasts étaient répétés avec enthousiasme par le peuple qui environnait la tente et assistait pour ainsi dire au banquet.

L’heure du feu d’artifice étant arrivée, on se transporta dans la prairie à l’endroit où il devait être tiré. Les illuminations brillaient de toutes parts ; des milliers de lampions disposés autour du cirque en dessinaient la forme et produisaient un effet merveilleux. Le château et la tour de Moncel situés sur le penchant de la montagne de Julien, à la rive droite du Vair, répandaient au loin la clarté de leurs feux ; l’arc de triomphe était brillant de lumières, et le transparent qui représentait Jeanne d’Arc à cheval, produisait le meilleur effet ; la maison d’école et le monument étaient dessinés par des illuminations d’un très bon goût ; le clocher de Coussey montrait à l’horizon son sommet couronné d’un cordon de feux, de manière que la fête paraissait s’étendre à deux lieues à la ronde. Les étrangers ne pouvaient se lasser, d’admirer la beauté du site, et cette riche prairie arrosée par la Meuse et le Vair, et ces montagnes dont les sommets couverts d’épaisses forêts bornaient l’horizon de la manière la plus pittoresque.

Le feu d’artifice fut très beau, et termina dignement cette fête vraiment patriotique et nationale qui a laissé dans le pays les impressions les plus vives, et dont le souvenir ne s’effacera jamais de la mémoire des Français accourus de toutes parts pour en contempler le spectacle. On estime que plus de quinze mille personnes y assistèrent. Il est certain que toute la population de Neufchâteau s’y rendit, et qu’il ne resta pour garder la ville que les personnes hors d’état de marcher. Ce jour-là tous les châteaux et tous les hameaux des environs de Domremy étaient déserts.

Toute l’ordonnance de cette fête est due au talent, au zèle et à l’activité de M. Gérardin, maire de Neufchâteau, éminemment secondé par M. Cherrier, sous-préfet de l’arrondissement.

Quelques jours avant la fête, la première légion de la Manche passant à Domremy 177avait rendu à Jeanne d’Arc un hommage digne d’elle. Son buste n’était pas encore placé sur le monument ; mais la légion demanda à en contempler les traits. Il fut apporté sur la place de Domremy et déposé avec respect sur une table couverte d’un tapis. Alors la musique exécutant des airs nationaux, le corps entier défila devant l’image de l’illustre héroïne, en présentant les armes et en inclinant les drapeaux. Les habitants de Domremy émus jusqu’aux larmes sautèrent au cou des militaires, et mêlèrent leurs acclamations à celles de cette brave légion.

Le colonel voulant consacrer le souvenir des hommages rendus par ses soldats à la guerrière fit graver sur une table de bronze cette inscription :

À Jeanne d’Arc

la Ire légion de la Manche
le 6 septembre 1820.

Cette table de bronze est dans la chambre même de Jeanne d’Arc au-dessus de la première case de l’armoire ménagée dans l’épaisseur de la muraille. Elle attestera longtemps la noble conduite de la première légion de la Manche.

Une autre table de bronze votée par le conseil municipal de la ville d’Orléans est placée au-dessus de la seconde case de l’armoire. On y voit gravées les armes de la ville fidèle, ainsi que celles de la famille d’Arc, avec ces mots :

Hommage à Jeanne d’Arc

députation de la ville d’Orléans
à Domremy
pour l’inauguration du monument érigé
à la mémoire de cette héroïne
le 10 septembre 1820.

Au-dessous de cette inscription sont les noms de messieurs :

Florizel-Louis de Drouin, comte de Rocheplatte, chevalier de l’ordre royal de la légion d’honneur, maire de la ville d’Orléans ;

Adrien, vicomte de Gremion, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, premier adjoint à la mairie d’Orléans ;

178François de Noury, écuyer, membre du conseil municipal de la ville d’Orléans ;

Étienne-Louis-Isidore-Victor de Rabelleau, écuyer, conseiller de préfecture, délégué de M. le vicomte de Riccé, préfet du département du Loiret.

Entre les deux plaques de bronze on a placé un tableau offert par M. Doublat, receveur-général du département des Vosges. Il représente l’héroïne enfermée dans la tour du château de Rouen au moment le plus critique de sa vie, celui où ses perfides ennemis la mettent dans la nécessité de reprendre ses habits d’homme pour la faire condamner comme relapse. Jeanne d’Arc est assise sur son lit de douleur, elle n’a qu’une simple chemise. Les mains jointes et les yeux levés vers le ciel, elle semble implorer le Dieu de miséricorde. Ses vêtements d’homme et son casque sont à terre non loin de son lit. La porte de sa prison entrouverte laisse voir ses infâmes gardiens et quelques uns de ses iniques juges, qui semblent jouir d’avance de la nécessité où l’héroïne va être réduite de faire une action qui lui coûtera la vie.

Fin de la notice.

179Notes

  1. [1]

    Parmi les monuments consacrés à la mémoire de Jeanne d’Arc, on doit compter principalement ceux érigés à Orléans sur le pont, et à Rouen dans l’emplacement même où l’héroïne a été brûlée. Le monument d’Orléans, que l’on a fait connaître en détail dans la Notice, a été érigé en 1458, détruit en 1567, et refondu en 1570. Il a disparu entièrement en 1793. Il a été remplacé en 1805 par une statue en bronze de l’héroïne, qui orne aujourd’hui la place du Martroi.

    Le monument érigé primitivement à Rouen était d’un travail très délicat et composé de trois rangs de colonnes posées l’une sur l’autre dans un plan triangulaire. Le tout était orné d’arabesques, de statues de saints, et de la statue de Jeanne d’Arc au sommet. L’eau sortait par trois robinets terminés par des têtes de cheval. Cet ancien monument tombant de vétusté fut remplacé en 1755 par un autre qui subsiste encore aujourd’hui. Ce dernier consiste en une fontaine formée d’un piédestal triangulaire à chacune des faces duquel est un robinet par où l’eau s’écoule. Aux angles du piédestal sont des dauphins. La statue de la Pucelle qui surmonte cette fontaine a des vêtements de femme et la tête nue. Elle s’appuie sur une épée la pointe en bas. Les inscriptions qui décoraient ce monument ont été arrachées au moment de la révolution ; il aurait été lui-même renversé en 1792, sans la présence d’esprit du maire de Rouen, qui fit observer au peuple que Jeanne d’Arc étant du tiers-état, il fallait respecter sa statue.

    On ne peut passer sous silence le monument érigé à la mémoire de Jeanne d’Arc, dans la cathédrale de Toul, vers la fin du seizième siècle, par Claude Hordal, doyen de cette cathédrale, et l’un des descendants en ligne féminine de Pierre d’Arc, dit le Chevalier du Lys, troisième frère de la Pucelle. Je me suis rendu à Toul exprès pour m’assurer si ce monument avait échappé aux fureurs révolutionnaires. Mais j’ai bientôt acquis la certitude qu’il avait été détruit, ainsi que beaucoup d’autres qui faisaient l’ornement de la cathédrale de Toul. La description que je vais en donner est le résultat de renseignements recueillis auprès de nombre de personnes du pays, qui ont bien conservé le souvenir de ce monument pour l’avoir vu souvent pendant leur jeunesse.

    Il consistait en une statue agenouillée, d’un mètre un tiers à peu près de hauteur (4 pieds). Elle était placée dans l’allée latérale de gauche, en entrant dans la cathédrale, et soutenue à plus de trois mètres (9 pieds) de hauteur, par une espèce de console scellée dans un pilier qui porte la voûte de la chapelle Saint-Nicolas. La console n’existe plus aujourd’hui, mais on voit encore la rainure de scellement qui est pratiquée dans ce pilier sur une hauteur verticale d’un mètre, une largeur de huit centimètres, et une profondeur de cinq centimètres. L’héroïne était représentée à genoux, tenant à la main droite une épée nue, la pointe en haut ; elle avait la main gauche appuyée sur la poitrine ; la guerrière était couverte d’une armure complète, sans casque toutefois ; sa chevelure flottait sur ses épaules, et descendait très bas. Elle était peinte en jaune d’or. La cuirasse dont son corps était revêtu, était d’une couleur qui imitait le fer ou l’acier ; les bras, les cuisses, et les jambes étaient couverts de lames de fer, de la même couleur que la cuirasse ; les vêtements qui paraissaient sous l’armure étaient de couleur rouge. Cette statue avait la tête d’une beauté remarquable, elle était de proportion colossale ; en la renversant, on l’a jetée sur une tombe où elle a été brisée.

  2. [2]

    Sur cette médaille est le buste du Roi avec l’exergue :

    Louis XVIII, roi de France et de Navarre.

    Au revers est écrit :

    La ville d’Orléans à Nicolas Gérardin, de la famille de Jeanne d’Arc,
    pour avoir par un louable désintéressement conservé à la France la maison où naquit la Pucelle d’Orléans.

    180Il est nécessaire de consigner ici, pour ne pas perpétuer une erreur, que Gérardin n’est pas de la famille de Jeanne d’Arc, circonstance qui d’ailleurs rend son action plus honorable encore, puisqu’elle est plus désintéressée ; la famille d’Arc cependant n’est pas éteinte, il existe encore à Nancy et à Strasbourg des personnes qui en descendent.

    MM. de Haldat du Lys ont bien voulu me communiquer des preuves authentiques de leur descendance, d’où il résulte qu’ils tirent leur origine par les femmes de Pierre d’Arc, dit le Chevalier du Lys ; leur aïeul, George Haldat, écuyer, capitaine d’infanterie au service de France, épousa Catherine d’Arc du Lys, fille de Pierre d’Arc ; ils eurent pour fils, Jacques Haldat du Lys, avocat au parlement de Paris, qui épousa Suzanne Raulin, desquels est issu Jean Haldat du Lys, receveur général des ville et comté de Clermont ; celui-ci épousa Jeanne Pierrat, dont il eut Antoine Haldat du Lys, gouverneur et commissaire des ville et château de Bar-le-Duc ; ce dernier épousa Marie l’Allemant, et eut pour fils, Antoine Haldat du Lys, deuxième du nom, baron de Bonnet, seigneur de Morenlieu, qui épousa Anne Pierrot ; de ce mariage, est né Jean Haldat du Lys, seigneur de Bonnet et de la tour de Saint-Blaise, capitaine, prévôt de Gondrecourt, qui épousa Marie Minette, descendue de Jean d’Arc, prévôt de Vaucouleurs ; ils eurent pour fils, Nicolas Alexandre Haldat du Lys, seigneur et baron de Bonnet, capitaine prévôt des ville et château de Gondrecourt, qui épousa Françoise Duparge, dont le fils François Alexandre Haldat du Lys, capitaine prévôt, Gruier, chef de police de Gondrecourt, et receveur des finances du roi, épousa Françoise Claire Haldat ; de ce mariage est né Alexandre de Haldat du Lys, avocat au parlement, qui épousa Jeanne Agnès de Roussel ; ils ont eu pour fils, Charles Nicolas Alexandre de Haldat, aujourd’hui docteur en médecine, professeur et secrétaire de la société royale des sciences, lettres et arts de Nancy, et Jean Baptiste de Haldat du Lys, son frère.

    M. Denis, membre de la société royale des antiquaires de France, et rédacteur du Narrateur de la Meuse, m’a communiqué une lettre que lui a adressée M. Piquart du Lys, et qui renferme sur la famille des du Lys, des détails curieux, ce qui m’engage à la citer ici.

    J’ai vu dans votre narrateur que vous désirez avoir des éclaircissements sur la famille de la Pucelle d’Orléans. Je vous dirai que Catherine d’Arc du Lys, sœur de la Pucelle, veuve de Nicolas Alexandre, baron de Haldat, chevalier du Lys, tué à la bataille de Saint-Aubin, en 1489, a été enterrée à Domremy, dans l’église de Saint-Remi, l’an 1492, où était son épitaphe ; je vous dirai aussi que les enfants de Jean d’Arc, prévôt de Vaucouleurs, frère de la Pucelle, mort en 1460, et leurs descendants ont demeuré, tant à Greux, qu’à Domremy, plus de 200 ans, et l’on voyait leurs épitaphes dans les églises de ces villages ; monuments qui ont été détruits dans la révolution ; qu’ensuite ils se sont dispersés dans différentes communes voisines où étaient aussi leurs épitaphes, notamment à Gibeaumé, dont ils furent seigneurs, et à Vaucouleurs. Mais depuis plus de 100 ans, il n’existe plus dans le pays de du Lys, qui soient issus de mâle en mâle ; il ne s’y trouve que des familles qui sont alliées aux filles des du Lys, et qui ont pris ce nom, parce que Charles VII avait donné le surnom de du Lys aux descendants de cette famille et à tous ses parents, pour faire croire à jamais à la postérité qu’il devait à cette famille le rétablissement de son royaume. Voilà pourquoi vous avez trouvé des Noël du Lys, comme vous trouveriez des Hordal du Lys, des Haldat du Lys, des Gratas du Lys, des Piquart du Lys et des Darbamont du Lys.

    Pour ce qui regarde Pierre du Lys Chevalier, frère cadet de la Pucelle, il a eu plusieurs filles et deux garçons ; ceux-ci furent nommés tous les deux Jean : l’aîné mourut sans postérité en 1501 ; Jean du Lys, son puîné, eut plusieurs enfants. Charles du Lys, avocat à la Cour des aides de Paris, et Lucas du Lys son frère en descendaient, comme il est démontré par les lettres de confirmation de noblesse qu’ils obtinrent en l’an 1612. Il ne serait pas étonnant que la branche mâle de Charles du Lys se fût éteinte en 1762, par la mort de François de Coulombe du Lys ; pourtant on m’a assuré qu’il y avait un du Lys à Saint-Malo en Bretagne, venant de cette famille, ce que je ne certifie pas ; de plus, des descendants des du Lys, qui demeuraient à Domremy, sont passés en Alsace ; je ne sais s’ils y ont des lignées.

    Beaumont, 29 août 1817.

    181M. Denis m’a également communiqué une lettre d’un M. Hordal du Lys, datée de Strasbourg, 2 avril 1818 ; c’est l’un des du Lys dont il a été fait mention dans la lettre ci-dessus.

    Il paraît qu’il existe encore dans les environs d’Orléans des descendants de Pierre d’Arc, dit le Chevalier du Lys, qui avait établi sa résidence dans cette ville.

    Le parlement, par un arrêt de 1614, avait, malgré les dispositions de l’ordonnance de Charles VII, réduit la noblesse aux seuls mâles de la famille.

  3. [3]

    Acte de vente :

    Du vingt juin mil huit cent dix-huit, à Domremy la Pucelle, trois heures de relevée ;

    Devant Claude Edme, notaire, à la résidence et pour l’arrondissement de Neufchâteau,

    Fut présent Nicolas Gérardin, dragon au service de France, retraité pour causes de blessures reçues à la défense du territoire français, de présent, vigneron, domicilié audit Domremy la Pucelle, son pays natal ;

    Lequel, déterminé par le désir de faire, en faveur des habitants du département des Vosges, une concession qui leur soit agréable, et plus encore, par l’amour de sa patrie, et du Roi, son bien aimé souverain, a bien volontairement et de son plein gré, déclaré céder et transporter en toute propriété, avec promesse de garantir ainsi qu’il est exprimé par la loi :

    Au département des Vosges, dont le village de Domremy fait partie ; agissant par M. Boula de Colombiers, maître des requêtes, chevalier de l’ordre royal de la légion d’honneur, préfet dudit département, et par MM. les membres du conseil général, acceptant au cas présent, par M. Florentin Muel, propriétaire de forges, domicilié à celle de Sionne, l’un des membres dudit conseil général, aussi comparaissant en personne ;

    La maison qu’il habite en ce lieu de Domremy, à lui provenant d’Ancien, comme seul enfant et unique héritier d’Albert Gérardin son père, décédé, et appartenant originairement à Jacques d’Arc et à Isabelle Romée, à Jeanne d’Arc, leur fille, surnommée la Pucelle d’Orléans, qui l’a habitée, et où elle est née, au plus tard, en l’an quatorze cent douze, au surplus ainsi qu’il est de toute notoriété et de tradition certaine ;

    Comme ladite maison se contient actuellement, de haut en bas, et de fond en comble, avec tous ses bâtiments ; son jardin potager au derrière, le buste de ladite Jeanne d’Arc, placé à l’extérieur, au-dessus de la couverte de l’entrée principale ; ses terrains et accints, tant intérieurs qu’extérieurs, ses aisances et dépendances, au-devant, au derrière, et de chaque côté, sans en rien réserver ; la totalité située près l’église dudit Domremy, en la rue du Moulin, entre Toussaint Humblot, au nord ; Élophe Liétard, au midi ; ayant ses jours et entrées principaux sur ladite rue au levant ; confinée au couchant, par les filles Boudin, et ledit Élophe Liétard ;

    Ainsi transmise, franche de tous cens, charges, servitudes et redevances foncières ; pour par le département en faire et disposer en toute propriété et jouissance, à compter de ce jour ; néanmoins sous les réserves ci-après :

    Cette cession ainsi faite, et consentie par ledit Gérardin, à la condition que, quelle que soit à l’avenir, la disposition du local, son objet principal, et quels que soient les changements qu’il doive éprouver, il en sera le gardien tant qu’il vivra ; au surplus, tant que par sa conduite, il méritera d’être chargé de ce gardiennat ; garde qu’il demande, au reste, comme faveur spéciale, et pour le maintenir, lui et sa famille dans le souvenir d’une habitation à laquelle il tenait, à raison des vertus et de l’héroïsme de Jeanne d’Arc.

    Moyennant, en outre, la somme de deux mille cinq cents francs en principal, à compte de laquelle il reconnaît avoir reçu à l’instant par les mains et des deniers de mondit sieur Muel, celle de six cents francs, dont d’autant quittance ; quant à la somme de dix-neuf cents francs restant, M. Muel s’engage d’en faire le paiement entre les mains dudit Gérardin, au plus tard dans un an, date de ce jour, et sans intérêts jusque-là ; obligation que le même Muel a, en tant que de besoin, déclaré contracter personnellement et directement envers ledit Gérardin, qu’il autorise au surplus à en exiger 182de lui l’exécution, sans égard à la qualité sous laquelle il contracte ici au nom du département des Vosges ; clause que M. Muel a fait insérer ici expressément en témoignage de la bonne volonté que le même Gérardin a mise à lui faire cette concession, se recommandant au reste ledit vendeur à la bienveillance des autorités du département, et aux bontés de sa majesté, dont il n’a rien de plus à cœur que de se rendre digne, à la considération de la nombreuse famille dont il est chargé, et de l’état de pauvreté dans lequel il se trouve.

    Dont acte lu aux parties, fait et passé en la maison vendue, en présence de messieurs Jean-Baptiste Laurent Humblot, maire de la commune, et Claude Joseph Boucirot, prêtre desservant la succursale de Maxey sur Meuse, domiciliés audit Domremy la Pucelle, témoins connus, requis et soussignés avec les comparants et le notaire, les an et jour avant dits.

    Enregistré à Neufchâteau, le 29 juin 1818, vol. 69, fol. 58, ver. 6, pag. 1 et suivantes ; reçu provisoirement un franc dix centimes, d’après l’ordre de M. Boiteux, directeur, suivant sa lettre du vingt juin. Signé Pontarlier.

    Pour copie conforme, délivrée d’office sous cette forme, à la réquisition de M. le préfet du département des Vosges, par le notaire instrumentaire soussigné,

    Edme.

  4. [4]

    Ordonnance :

    Louis par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre.

    Sur le rapport de notre ministre secrétaire d’état au département de l’intérieur.

    Notre conseil d’état entendu, Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

    Article premier.

    L’acquisition faite de la maison de Jeanne d’Arc, commune de Domremy, département des Vosges, pour le prix fixé à 2,500 fr., être payé sur les fonds du département, conformément au vœu du conseil général, et à l’avis du préfet, est et demeure approuvée aux clauses et conditions portées dans l’acte passé à cet égard, devant notaire, le 20 juin 1818, et pour l’enregistrement duquel il ne sera payé qu’un franc.

    Article II.

    Notre ministre secrétaire d’état au département de l’intérieur est chargé de l’exécution de la présente ordonnance.

  5. [5]

    Des lettres de noblesse furent accordées par Charles VII à la Pucelle, et à toute sa famille46. Il n’y est point fait mention d’armoiries qui leur auraient été données à cette époque. Mais il paraît que plus tard, suivant le témoignage même de l’héroïne, il en fut accordé à ses frères d’après leur requête ; ces armoiries étaient un écu d’azur, deux fleurs de lis d’or et une épée parmi.

    On fait dire à Henri VI dans une lettre adressée après la mort de la Pucelle, aux prélats, aux églises, aux comtes, aux nobles et aux villes du royaume47, que cette jeune fille avait pour armoiries, elle et ses frères, un écu en champ d’azur avec deux fleurs de lis d’or, et une épée la pointe en haut, fermée d’une couronne ; ce sont là effectivement les armoiries sculptées sur la pierre qui nous occupe. Il paraît bien que c’est de l’époque où ces armoiries furent données aux frères de la Pucelle qu’ils changèrent leur nom d’Arc en celui de du Lys. Cardans les lettres de noblesse accordées à la Pucelle et à toute sa famille, il n’est point question de ce changement.

    M. Le Brun des Charmettes annonce dans son ouvrage qu’il ne connaît aucun acte établissant le droit de la famille d’Arc à ses armoiries. À la vérité, on ne peut en citer, mais il faut pourtant bien qu’il en ait existé, et la pierre que nous décrivons ici, fait foi de l’existence d’un acte semblable.

    Les lettres patentes de Louis XIII qui permettent aux sieurs Charles et Luc du Lys, frères, et à leur 183postérité, de reprendre les armoiries des frères de la Pucelle, rappellent qu’elles consistaient en un écu d’azur à deux fleurs de lis d’or, et une épée d’argent à la garde dorée, la pointe en haut feruë en une couronne d’or. Les sieurs du Lys, pour obtenir ces lettres patentes, à défaut des titres primitifs, n’eurent qu’à citer le dessus de la porte d’entrée de la chambre de Jeanne d’Arc, où ces armoiries subsistaient alors, puisqu’elles nous ont été conservées jusqu’à ce jour.

  6. [6]

    Titre de l’ouvrage :

    Heroinæ nobilissimæ, Joanne d’Arc lotharingæ, vulgo aurelianensis puellæ historia, ex variis gravissimæ, atque incorruptissimæ fidei scriptoribus excerpta. Ejusdem mavortiæ virginis innocentia à calumniis vindicata.

    Authore Joanne Hordal serenissimi ducis lotharingiæ consiliario, et doctore ac professore publico in alma universitate Ponti-Mussana.

    Ponti Mussi M. DC. XII.

  7. [7]

    Description de la médaille, extraite de l’ouvrage de Jacques de Bie, intitulé : La France Métallique, pl. 38, et p. 127 du texte.

    Carolus. VII. Dei. Gra. Franc. Rex. Christianiss.

    La partie droite conserve aux yeux de la postérité l’effigie du monarque nommé, en position d’allant, et armé, de buste entier, le chef orné d’une couronne couverte à fleurs de lis et perles.

    Revers :

    A Domino. factum. est. istud.

    Il représente une vierge au pied de la croix, tenant sur ses genoux le corps mort de son fils, descendu par ses amis : les deux effigies agenouillées de part et d’autre sont pour faire voir en cette action de grâce le roi d’un côté armé de toutes pièces, et Jeanne la Pucelle de l’autre, aussi armée, ses cheveux épars sur ses armes pour la reconnaître.

    Sous l’exergue :

    Aurel. Civit. obsid. liber. Grati. animi. civ. h. m. p. cc.

    [Aurelianensis Civitatis obsidione liberatrici. Grati animi cives hoc monumentum poni curaverunt. À la libératrice de la ville d’Orléans assiégée, les citoyens reconnaissants ont fait ériger ce monument.]

    et ce monument se voit encore de bronze, de grandeur naturelle, sur le pont de la cité nommée, à main droite de ceux qui entrent.

  8. [8]

    Il a été publié une très belle gravure de ce monument, par M. Diot en 1817 ; elle se trouve chez l’auteur à Orléans ; elle est accompagnée d’une feuille de texte explicatif. Les détails consignés dans la notice en ont été extraits ainsi que des Essais historiques sur Orléans. Les antiquités nationales par M. Millin, renferment aussi la gravure de ce monument ; mais elle est incorrecte et faite avec peu de soin.

  9. [9]

    Extrait du Journal de Voyage de Michel de Montaigne en Italie par la Suisse et l’Allemagne, en 1580 et 1581, édition de Rome 1774.

    Domremy sur Meuse, à trois lieues de Vaucouleurs d’où était native cette fameuse Pucelle d’Orléans, qui se nommait Jeanne d’Ay (d’Arc) ou Dallis. Ses descendants furent annoblis par faveur du roi, et nous monstrarent les armes que le roi leur donna, qui sont d’azur à une espée droite couronnée et poignée d’or, et deux fleurs de lys d’or, au côté de ladite épée, de quoi un receveur de Vaucouleurs donna un écusson peint à M. de Caselis ; le devant de la maisonnette où elle naquit, est tout peint de ses gestes, mais l’aage en a fort corrompu la peinture. Il y a aussi un arbre le long d’une vigne qu’on nomme l’arbre de la Pucelle qui n’a nulle autre chose à remarquer.

  10. [10]

    184Discours de M. Boucirot, curé cantonal, adressé à messieurs les officiers et sous-officiers, présentant le drapeau.

    Mes chers frères,

    La démarche que vous faites en présentant ce drapeau à bénir, vous met sur les traces de l’héroïne que vous vous proposez d’honorer ; car si elle s’est distinguée par des actions d’éclat, elle ne s’est pas moins fait remarquer par son éminente piété. Ce fut toujours dans la force et la puissance du Dieu des armées qu’elle mit sa confiance, et jamais elle n’entreprit rien d’important sans avoir auparavant imploré la protection du ciel.

    Les nombreuses victoires dont le ciel a couronné ses efforts, sa vie conservée au milieu des rangs ennemis, la terreur qu’elle inspirait à ceux qu’elle ne pouvait atteindre de son glaive, toutes ces merveilles nous apprennent ce dont est capable celui que le ciel protège, et combien la confiance en Dieu est bien fondée.

    Ayez la foi, la piété de Jeanne d’Arc : comme elle, efforcez-vous de vous rendre le ciel propice ; et comme elle, vous trouverez un appui, un soutien dans le bras du Seigneur. Il n’a jamais délaissé ceux qui ont eu recours à lui dans la sincérité de leur cœur.

    Si jamais la paix et le bonheur de la France étaient troublés, si ce drapeau que vous allez déposer comme un trophée dans l’habitation de Jeanne d’Arc, devait en sortir, pour aller combattre quelque ennemi, rappelez-vous et répétez à vos frères d’armes la belle leçon que nous a donnée cette héroïne, que c’est principalement dans la protection du ciel qu’il faut chercher la victoire.

  11. [11]

    Discours prononcé par M. Boula de Coulombiers, maître des requêtes, préfet du département des Vosges.

    Messieurs,

    Bientôt quatre siècles seront écoulés depuis que Jeanne d’Arc a quitté l’humble toit qui l’a vue naître, pour voler à la défense de son roi et pour délivrer son pays. Le temps, qui détruit tant de renommées, forcé de reconnaître l’empire de la vraie gloire, semble en s’écoulant ajouter encore un nouveau lustre à celle de notre héroïne ; son nom, consacré à l’immortalité, traverse les âges, entouré de la vénération et de la reconnaissance des Français : en est-il une preuve plus éclatante que ce nombreux et brillant concours aux lieux qui la virent naître ? Qu’il est noble et touchant cet unanime hommage rendu à la vierge de Domremy, par cette affluence de personnages éminents, de fonctionnaires distingués et par les députations de tant de cités diverses ! Que leur présence au milieu de nous embellit et décore cette solennité ! Comment exprimer l’attendrissement qui nous pénètre, lorsque nous possédons, au berceau de Jeanne d’Arc, le délégué du premier magistrat du Loiret et les dignes représentants de la ville célèbre, toujours prête à signaler sa reconnaissance envers sa libératrice ? avec quels sentiments aussi ne voyons-nous pas les illustres et savants députés de l’antique capitale de la Lorraine, aux lieux où tant de motifs excitent à s’enorgueillir d’une commune patrie ?

    Ô Domremy ! l’éclat dont tu brilles n’égale-t-il pas en effet celui des villes les plus puissantes ? Longtemps ton unique ornement fut une chaumière, mais les grands de la terre venaient s’incliner devant elle ; la vénération générale l’assimilait aux plus superbes monuments.

    Il était digne du monarque désiré, qui, comme Charles VII, a rendu une patrie aux Français, d’être en ces lieux l’interprète de la reconnaissance nationale.

    Grâce à la munificence du Roi, sur cette terre glorieuse s’élève un monument décoré de l’image de celle que nous révérons ; une école gratuite est fondée en faveur des jeunes filles, des compagnes de Jeanne d’Arc ! Ainsi, les bienfaits de l’enseignement répandus à la source même des actions généreuses, attesteront à jamais les grandes idées qui animent Sa Majesté, et l’intérêt qu’elle porte aux compatriotes libératrice de la de la France ; les souvenirs viendront ici fortifier les préceptes, et produiront les plus pures inspirations.

    Comme si tout ce qui tient à la mémoire de Jeanne d’Arc devait porter avec soi un caractère particulier 185d’élévation, c’est par une belle action que le département des Vosges est devenu propriétaire de son humble demeure. Brave Gérardin ! pourrais-je passer sous silence le noble désintéressement qui t’a fait rejeter l’or de l’étranger, et qui a conservé à la France cette précieuse habitation qu’il voulait nous ravir ? Redirai-je aussi l’enthousiasme et l’unanimité avec lesquels fut accueillie, au sein du conseil général, interprète d’une population éminemment française, la proposition de M. Muel, un de ses membres, d’acquérir, au nom du département, l’antique asile de l’honneur48 ?

    Dans ces lieux tout est riche de souvenirs, tout semble encore animé du souffle de Jeanne d’Arc. C’est dans le riant vallon qui se déploie devant nous qu’elle allait avec ses compagnes s’occuper de ses travaux champêtres. Là, souvent elle gémissait sur les maux de sa patrie. Ses vœux ardents pour le roi et pour la France montaient vers la divinité, dont elle recevait les plus nobles inspirations.

    C’est en effet dans l’amour de Dieu et du Roi, qui dominait toutes ses vertus, qu’il faut chercher le mobile de ces sublimes actions que la faiblesse humaine ne peut expliquer, mais que l’histoire atteste.

    Sans quitter le toit rustique de ses pères, Jeanne eut le bonheur de trouver au sein de sa famille des préceptes aussi bien que des exemples. Elle y apprit à être modeste, respectueuse, soumise pour les personnes élevées au-dessus d’elle, bienveillante pour tout ce qui l’approchait, compatissante pour ses ennemis.

    Cette âme forte et généreuse, qu’elle reçut de la nature, formée par les meilleurs principes, ne se démentit jamais. Sous le chaume, comme au milieu des grandeurs, notre héroïne fut toujours la même.

    Elle sut braver l’adversité, comme elle sortit triomphante et pure des épreuves de la prospérité.

    Son nom remplissait l’Europe d’admiration ; ses exploits avaient délivré la ville d’Orléans ; à travers mille périls, des bords de la Loire ; elle avait conduit Charles VII à Reims pour y recevoir l’onction sainte ; au faîte des honneurs, elle était appelée à en jouir auprès du trône qu’elle avait relevé ; toutes les séductions de la gloire l’environnaient, mais elles ne pouvaient maîtriser son âme héroïque.

    C’est à cette époque même que Jeanne d’Arc, croyant que sa mission était terminée, ne sollicita plus que le repos et le bonheur d’une vie ignorée près du foyer de ses pères. Pressée par les instances les plus vives, il fallut les ordres du monarque pour qu’elle pût consentir à continuer de sacrifier ses goûts simples aux fracas des camps et aux pompes qui environnent la majesté des rois.

    Comment se fait-il que les passions aient pu se déchaîner contre tant de vertus et de hauts faits ? Comment ceux qui se disaient les ministres d’un Dieu de douceur et de bonté, sont-ils devenus les artisans de la vengeance et de la perfidie ! Déplorons, messieurs, les funestes effets des discordes civiles ; sous leur maligne influence, les talents et les vertus sont regardés comme des crimes ; le nom même, le nom sacré de religion est profané ; il devient l’instrument de la fureur des partis.

    Cependant la providence ne permet point que le triomphe du crime puisse se perpétuer. Le moment arrive enfin où la vérité peut se faire entendre. Elle ne tarda pas à se montrer dans tout son lustre à l’égard de Jeanne d’Arc : quatre siècles d’hommages et d’admiration ont vengé sa mémoire de l’arrêt fatal, éternel opprobre de ses juges.

    Qu’il est doux de penser que du haut des demeures célestes, notre héroïne s’intéresse encore au sol qui l’a vue naître ! Sans doute elle tourne quelquefois ses regards vers cette terre qu’elle chérissait ; elle a reconnu les Français, en voyant la profonde émotion de nos âmes, lorsqu’une voix éloquente49 et si digne d’elle, celle d’un descendant des du Lys, la célébrait au milieu de nous. N’en doutons pas, du séjour de l’immortalité elle protégera cette école, élevée par les soins des dignes ministres d’un prince ami des lumières50.

    Jeunes vierges de Domremy et de Greux, vous qui donnez tant de charmes et d’intérêt à cette fête, dirigée par le goût et les talents, ne perdez jamais de vue que c’est sous les auspices de Jeanne d’Arc 186que vous allez jouir des avantages de l’éducation chrétienne, que notre monarque veut répandre sur toutes les classes de ses sujets. Venez souvent contempler ce monument du génie et des arts ; imitez les modestes vertus de celle dont vous admirez les traits ; rappelez-vous qu’au milieu des grandeurs, elle regrettait souvent les vertes forêts et les riantes campagnes de Domremy ; n’oubliez pas que les champs sont le véritable asile de la sagesse et du bonheur. Pénétrées de reconnaissance envers votre auguste bienfaiteur, comme Jeanne d’Arc, confondez dans les mêmes sentiments le roi et la patrie.

    Et nous, Messieurs, qui avons vu la France veuve de ses rois, en proie à tous les déchirements, à toutes les calamités, n’avons-nous pas aussi d’utiles leçons à puiser au pied de ce monument ? S’il nous rappelle les malheurs qui pesèrent sur la patrie, au temps des Armagnacs et des Bourguignons, il nous atteste avant tout ce que peuvent les Français réunis pour défendre leurs princes et leurs pays. Par l’intrépidité de nos phalanges, combattant sous l’étendard que guidait l’héroïque Pucelle, par l’oubli des fatales divisions qui avaient fait la seule force de nos ennemis, le fier léopard, qui se croyait fermement assis sur le trône des lis, fut repoussé dans son île, et la dynastie de saint Louis rétablie dans tous ses droits. Que le passé nous éclaire : tous nous cherchons le bonheur de la patrie ; eh bien, tout nous dit ici que le sceptre vénéré des Bourbons peut seul l’assurer. Oubliant les haines, les dissensions, rallions-nous donc à cette race auguste, la plus illustre du monde dès le temps de Jeanne d’Arc, et qui depuis a donné à la France tant de rois dont la mémoire vivra à jamais dans tous les cœurs français ! Pénétrons-nous du bienfait de la légitimité, dogme sacré qui garantit tous les intérêts, qui, préservant à-la-fois des factions anarchiques, des révolutions prétoriennes et des prétentions étrangères, peut seul poser entre le pouvoir et les libertés, les limites que ne peuvent franchir ni la licence, ni le despotisme, ni la force des armes. Vive le Roi ! Vivent les Bourbons !

  12. [12]

    Discours prononcé par M. le comte de Rocheplatte, maire de la ville d’Orléans.

    Messieurs,

    La ville d’Orléans célèbre depuis 1428, par une cérémonie annuelle et religieuse, sa reconnaissance pour l’illustre héroïne qui fut sa libératrice, en même temps qu’elle affranchit la France du joug étranger. Toujours empressée de payer à l’immortelle Jeanne d’Arc le tribut d’hommage dû à sa mémoire, elle n’a pas voulu rester étrangère à ceux qui lui sont rendus en ce jour solennel, au lieu qui la vue naître. Nous venons, au nom de cette ville, connue par sa fidélité à ses rois, ses mœurs antiques et son attachement aux saines doctrines, mêler nos voix aux acclamations de cette heureuse contrée. Et vous, honnête et brave Gérardin, nous venons aussi vous féliciter de votre louable désintéressement ; conservez à la France le berceau de cette valeureuse fille. Vous avez ému le cœur de votre bon roi, et obtenu de sa royale munificence une récompense digne de vous.

    Quand des bords de la Loire aux rives de la Meuse le même sentiment nous rassemble ici, messieurs, qu’il est doux de penser qu’héritiers de l’amour de Jeanne d’Arc pour son roi, nous saurions, comme elle, faire de notre fidélité un rempart à son trône, et rappeler, après des temps malheureux, les plus beaux jours de l’empire des lys.

    Honneur à toi, noble Pucelle d’Orléans, dont tous les points de la route que nous venons de parcourir nous ont retracé les hauts faits et la marche triomphante !

    Honneur à vous, premier magistrat des Vosges, l’amour de ce département, vous à qui est dû l’éclat de la solennité qui fixe en ce moment l’intérêt et les regards de la France ! Au milieu du concours imposant de tant de magistrats, de tant de guerriers, de tant de bons Français, quel charme vous ajoutez à cette fête brillante, sexe aimable qui, alliant les grâces au courage, nous enseignez comme on aime et son Dieu et son roi. Vos âmes tendres et pieuses portent au pied des autels les vœux de la France ; si j’en crois un légitime espoir ils seront comblés, et bientôt les échos des Vosges et du Loiret se renverront les cris joyeux qui rediront à l’envi, vive le Roi ! vivent les fils de Saint-Louis !

  13. [13]

    187Discours prononcé par M. le duc de Choiseul, pair de France, président du conseil général du département des Vosges.

    Messieurs,

    S’il existe un bonheur réel, s’il existe une gloire et des honneurs durables, c’est dans l’accomplissement de ses devoirs de citoyen, c’est dans l’estime et la vénération de ses compatriotes, c’est dans la certitude d’avoir mérité l’honorable nom de bon Français. Ces sentiments se manifestent plus particulièrement encore, lorsque des services rendus à la patrie répandent leur éclat sur le lieu où l’on a pris naissance ; tout devient commun alors ; on se sent couvert d’une partie de la réputation acquise ; les liens sociaux en deviennent plus sacrés et plus durables.

    C’est le sentiment que nous éprouvons tous, messieurs, en entrant dans cette enceinte ; tout y respire l’héroïsme, et l’on se sent plus heureux encore d’être habitant des Vosges, lorsque l’on y célèbre et que l’on immortalise les exploits de cette fille célébre, de cette Jeanne d’Arc, née à Domremy.

    En effet, messieurs, est-il une gloire comparable à celle dont elle s’est couverte ? Sa valeur, ses hautes et saintes inspirations, cet amour de la religion et de la patrie qui remplissait son âme ; tout a fait de cette jeune fille l’appui de son roi, la libératrice de son pays, l’héroïne de la France.

    Ici, messieurs, il est permis peut-être de rappeler les sentiments patriotiques qui ont animé le sage administrateur de ce département51, et le conseil général que j’avais alors l’honneur de présider.

    Il me serait difficile de peindre l’enthousiasme avec lequel le conseil général décida, à l’unanimité, sur la proposition d’un de ses membres52, l’acquisition de cette maison célèbre, et chargea M. le préfet, ainsi que moi, de solliciter la sanction royale. Nous devions tout espérer de la bonté et de la munificence du roi, et cette espérance ne fut pas déçue : c’est un devoir et un hommage rendu à la vérité que de faire connaître avec quels sentiments cette proposition fut reçue par l’auguste monarque qui nous gouverne.

    À peine le vœu du département fut-il communiqué au ministre de l’intérieur d’alors53, que non seulement il l’accueillit avec ce zèle qu’il a toujours mis à ce qui était bon et utile, mais il alla au-delà de nos espérances.

    Sur son rapport, le roi ordonna que le buste de la Pucelle serait donné par sa bonté et sa munificence : une somme considérable fut accordée pour restaurer cet antique asile ; et par une de ces idées grandes et justes, qui distinguent si éminemment notre auguste monarque, il ordonna qu’une école spéciale de jeunes filles fût établie dans l’enceinte même de la modeste demeure de la Pucelle ; que son buste, que son tableau, fruits des talents d’un artiste habile, notre compatriote54, que l’histoire de sa vie, fussent placés, et fussent toujours sous les yeux des jeunes élèves, afin que sous la protection de celle qui portait l’étendard royal, qui délivra la ville d’Orléans, qui fit sacrer le roi à Reims, elles apprissent que rien n’est impossible à l’amour de la patrie, à la fidélité envers le roi, et à la confiance que Dieu inspire.

    Quel spectacle plus imposant peut-on en opposer et comparer à celui que présente aujourd’hui ce simple village ? il réunit à la députation de la ville délivrée par la Pucelle, des députations des villes voisines, celles des corps les plus instruits, des premiers administrateurs de l’état ; cette foule immense, cette réunion toute populaire, toute française ; ces jeux, ces fêtes, quel en est l’objet ? C’est pour honorer la mémoire d’une jeune fille pauvre, obscure, qui n’avait que son cœur, son courage et sa vertu, une simple paysanne.

    Mais gloire à cette jeune fille, cette paysanne modeste ! elle a effacé les plus nobles, les plus antiques origines ; elle a délivré la France, elle a rétabli son prince sur le trône, elle est morte martyre…

    188Je m’arrête : n’attristons pas ce beau jour par de pénibles souvenirs ; ne pensons qu’à la gloire de notre héroïne, imitons son dévouement pour la France ; consacrons son cri de guerre, vive le Roi ! vive la France ! et ajoutons vive l’auguste mémoire de la Pucelle !

    Et vous, monsieur le maire de la ville d’Orléans ; vous tous, messieurs les membres de cette illustre députation, en retournant dans vos riches et belles contrées, portez à vos concitoyens l’expression de la reconnaissance profonde des habitants des Vosges. Dites-leur que si nous avons souvent lu avec admiration l’histoire héroïque de cette jeune fille, qui partit de ce village pour aller délivrer leur capitale, nous avons vu avec un attendrissement inexprimable, quelques siècles après, une députation de cette même ville venir apporter sur le seuil de cette chaumière un tribut d’honneur et de reconnaissance, consacrer cette fête nationale par sa noble présence, et mêler ses acclamations à celles dont nous entourons la statue de l’héroïne française.

Fin des notes.

Notes

  1. [1]

    Voyez le dessin de cette pierre, planche V, figure 2, n° 1 et 2.

  2. [2]

    Voyez planche V, fig. 1, et l’explication de cette planche.

  3. [3]

    Voyez le plan topographique, planche I.

  4. [4]

    Voyez le plan général, planche I, n° 6.

  5. [5]

    Voyez les vues pittoresques, planche III et planche IV.

  6. [6]

    Voyez la planche V, fig. 1, et l’explication de cette planche.

  7. [7]

    Voyez la planche V, fig. 1, et l’explication de cette planche.

  8. [8]

    Celles f, g, h. Voyez la même planche.

  9. [9]

    Voyez la planche V, fig. 1, et la planche VI.

  10. [10]

    Voyez la vue pittoresque, planche III.

  11. [11]

    Voyez la planche V, fig. 2, n° 1.

  12. [12]

    Voyez l’Histoire abrégée, p. 131.

  13. [13]

    Voyez la vue, planche III, n° 3, et planche V, fig. 2, n° 2.

  14. [14]

    Voyez planche V, fig. 2, n° 2 et 3.

  15. [15]

    Voyez la Notice de la Lorraine, par dom Calmet, t. I, p. 371, Nancy, 1759.

  16. [16]

    Voyez ce qui a été dit de cette chapelle dans l’Histoire abrégée, p. 27.

  17. [17]

    Voyez le plan topographique, planche I, n° 5, et l’explication de cette planche.

  18. [18]

    Voyez ce qui a été dit dans cette Notice, p. 162, à l’occasion du monument d’Orléans.

  19. [19]

    Voyez l’Histoire abrégée, p. 28.

  20. [20]

    On aperçoit cette montagne dans la vue perspective de la fontaine. Voyez planche VII, n° 7.

  21. [21]

    Voyez le plan, planche V, en e, fig. 1.

  22. [22]

    C’est dans la pièce g. Voyez planche V, fig. 1.

  23. [23]

    Voyez le plan général, planche VI, et l’explication de cette planche.

  24. [24]

    Voyez la planche VI, et l’explication de cette planche.

  25. [25]

    Voyez la vue perspective, planche VII, n° 1, et les plan et élévation, planche VIII.

  26. [26]

    Voyez la planche VI, et l’explication de cette planche.

  27. [27]

    Voyez les plan et élévation, planche VIII.

  28. [28]

    Voyez la vue perspective de la fontaine, planche VII, et l’explication de cette planche. Voyez aussi la planche VI.

  29. [29]

    Voyez la planche VI, et l’explication de cette planche.

  30. [30]

    Voyez le plan particulier, planche X, fig. I en a.

  31. [31]

    Voyez la planche VI.

  32. [32]

    Voyez la vue perspective, planche IX, fig. 1.

  33. [33]

    Voyez même planche, fig. 1, n° 3.

  34. [34]

    Voyez la vue pittoresque, planche III, n° 3.

  35. [35]

    Voyez la vue perspective, planche IX, fig. 1, n° 2.

  36. [36]

    Voyez la planche IX, fig. 2, n° 1.

  37. [37]

    C’est dans la pièce g. Voyez la planche V, fig. 1, et son explication.

  38. [38]

    Voyez la vue intérieure de la chambre de Jeanne d’Arc, planche IX, fig. 2, n° 3.

  39. [39]

    Voyez la vue intérieure de la chambre de Jeanne d’Arc, planche IX, fig. 2, n° 4.

  40. [40]

    Voyez ci-après.

  41. [41]

    Voyez la planche XI.

  42. [42]

    Voyez même planche, n° 6, 7, 8.

  43. [43]

    Voyez même planche, n° 6.

  44. [44]

    Voyez même planche, n° 2 et 7.

  45. [45]

    Voyez la planche II, n° 5, et l’explication de cette planche.

  46. [46]

    Voyez le texte de ces lettres dans les Pièces justificatives, p. 138 et suiv.

  47. [47]

    Voyez cette lettre dans les Pièces justificatives, p. 144 et suiv.

  48. [48]

    Le conseil général des Vosges, présidé par M. le duc de Choiseul, vota à l’unanimité, sur la proposition de M. Muel, l’acquisition de la maison de Jeanne d’Arc.

  49. [49]

    M. de Haldat du Lys, descendant de Catherine d’Arc du Lys, venait de prononcer dans l’église de Domremy l’éloge de l’héroïne des Vosges.

  50. [50]

    LL. EE. MM. Lainé, le duc Decazes, le comte Siméon, qui ont accordé toute leur protection à l’établissement de l’école de jeunes filles.

  51. [51]

    M. le préfet, Boula de Coulombiers.

  52. [52]

    M. Muel.

  53. [53]

    M. le comte maintenant le duc Decazes.

  54. [54]

    M. Laurent.

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