Manuscrit Stowe 84 de la British Library
Description
- Localisation : British Library
- Cote : Stowe MS 84
- Description : 182 ff. de vélin ; 50x30 cm.
- Contenu : Procès de réhabilitation complet
(moins 3 mémoires, ceux de Thomas Basin, Jean de Montigny et Jean Bochard ; mais avec le Brevis epilogus de Bréhal)
- Version numérisée : BL
Premières pages (sommaire du procès)


Repères dans le manuscrits
- Préface des notaires : f° 1r°
- Chapitre 1 : f° 2
- Chapitre 2 : f° 10v°
- Chapitre 3 : f° 13v°
- Chapitre 4 : f° 20v°
- Chapitre 5 : f° 33v°
- Chapitre 6 : f° 94v°
- Chapitre 7 : f° 103
- Chapitre 8 : f° 108v°
- Jean Gerson : f° 108v°
- Élie de Bourdeilles : f° 109v°
- Thomas Basin
- Martin Berruyer (donné sans nom d’auteur) : f° 129
- Jean Bochard
- Jean de Montigny
- Jean Bréhal (Recollectio) : f° 136
- Jean Bréhal (Brevis epilogus)
- Guillaume Bouillé : f° 164
- Robert Ciboule : f° 171
- Chapitre 9 : f° 180
Observations
Stowe MS 84 est l’un des trois manuscrits authentiques du procès de révision, avec Latin 5970 et Latin 17013.
Stowe MS 84 ne contient pas les mémoires de Thomas Basin, Jean de Montigny et Jean Bochard (présents dans Latin 5970), mais inclut le Brevis epilogus de Jean Bréhal, qui n’est pas ailleurs.
Il servit de base à l’édition de Pierre Duparc (Procès en nullité, 5 vol. 1977-1988). Quicherat, qui en ignorait l’existence, a utilisé Latin 5970 pour la sienne (Procès, t. II et III, 1844-1845).
Identification récente du manuscrit
Pierre Champion, premier à l’avoir identifié, le considère comme l’exemplaire royal remis par Louis XI au Trésor des Chartes
(Notice des manuscrits, 1930, p. 18).
À la fin de son édition de l’Histoire de Charles VII par Jean Chartier, Godefroy reproduit la sentence de réhabilitation d’après un manuscrit du procès qu’il a consulté au Trésor des Chartes (voir). Or Pierre Champion reconnaît l’écriture de Godefroy dans une note en marge du manuscrit Stowe 84 et en déduit qu’il s’agit bien du même manuscrit (Notice, p. 19, note).
De plus, il est le seul exemplaire à correspondre à la description que Jean Hordal a faite de celui qu’il trouva au Trésor vers 1612.
Hordal énumère les mémoires justificatifs : 1. Bourdeilles, 2. Ciboule, 3. Bréhal (voir).
— Stowe MS 84 : Bourdeilles, (Berruyer non nommé), Ciboule, Bréhal.
— Latin 5970 : Bourdeilles, Basin, Berruyer, Bochard, Montigny, Bouillé, Ciboule, Bréhal.
— Latin 17013 : Aucun.
Quicherat, qui ne connaissait que deux des trois exemplaires authentiques de la réhabilitation (Latin 5970 et Latin 17013, conservés à la Bibliothèque nationale), mais savait qu’un exemplaire du procès avait été déposé par Louis XI au Trésor des Chartes, en avait conclu — par défaut — que le manuscrit Latin 5970 était celui du Trésor (Procès, t. V, p. 448).
Le manuscrit a-t-il appartenu à Thomas Astle ?
La question n’est pas anodine puisque la trace du manuscrit n’est plus attestée entre 1661 (Denis Godefroy le consulte à la Sainte-Chapelle) et 1849 (il est listé dans l’inventaire de la bibliothèque Stowe).
Pierre Champion, — le premier qui a identifié le manuscrit à la bibliothèque du British Museum de Londres, — sous-entend que celui-ci faisait partie de la collection particulière de Thomas Astle, acquise en 1804 par le marquis de Buckingham pour sa bibliothèque de Stowe (Notice, p. 16). Or le manuscrit n’apparaît pas dans l’inventaire Stowe de 1818 (voir). En revanche, il figure bien dans celui de 1849 (voir) ; ce qui suggérerait qu’il ne provient pas de la collection Astle mais des acquisitions faites entre 1818 et 1849.
Chronologie
1456
-
Charles VII fait déposer le manuscrit à la Chambre des comptes.
1473
-
Louis XI le retire de la Chambre des comptes et le fait passer dans le Trésor des Chartes, à la Sainte-Chapelle, conformément à la requête formulée par la famille d’Arc lors du procès de réhabilitation.
Lire : Demande par écrit des plaignants, 18 décembre 1455 (Gratteloup, Abrégé du procès). — Indication sur le transfert donnée par les anciens inventaires de la Chambre des Comptes (Quicherat, Procès, t. V, p. 254).
1565
-
Jean du Tillet le consulte pour son Recueil des Roys de France (voir).
1612
-
Jean Hordal le consulte pour son Histoire (voir).
1661
-
Le manuscrit est toujours au Trésor des Chartes où Denis Godefroy, historiographe de Louis XIV, le consulte (voir).
- 1661–1849Entre 1661 (mention par Godefroy) et 1849 (catalogue de vente de la collection Stowe), le manuscrit n’est plus mentionné. Lorsqu’il réapparaît, il se trouve en Angleterre, sans que l’on sache quand ni comment il y est arrivé.
1793
- 1793–1849
Les manuscrits Stowe (collection du duc de Buckingham).
Après avoir quitté la vie politique (septembre 1789), le marquis de Buckingham, George Nugent-Temple-Grenville (1753-1813), se retire à Stowe House, propriété familiale au nord-ouest de Londres. En 1793 il transforme l’aile orientale du bâtiment en bibliothèque (Stowe Library) et commence à se constituer une importante collection de manuscrits.
En 1804, il fait notamment l’acquisition de la collection de manuscrits de Thomas Astle (1735-1803), ancien gardien des archives de la Tour de Londres, pour 500 £. Peu après il acquiert la collection de l’érudit irlandais Charles O’Conor (1710-1791), puis, en 1808, les archives familiales des comtes d’Essex.
À sa mort (1813), l’œuvre est poursuivie par son fils Richard (1776-1839), second marquis de Buckingham, créé duc en 1822. Quand il meurt à son tour (1839), la bibliothèque devient propriété de son fils Richard (1797-1861), second duc de Buckingham.
1849
-
Le comte d’Ashburnham acquiert les manuscrits Stowe.
Richard, duc de Buckingham, croule bientôt sous les dettes. Il est déclaré en faillite (1847) ; plusieurs domaines sont vendus ; et finalement le contenu de Stowe House mis aux enchères. La vente de la bibliothèque (996 manuscrits), organisée par Sotheby, est annoncée pour les 11-19 juin 1849 et le catalogue publié.
Le manuscrit du procès est le lot n° 486 de la vente (voir le catalogue). Note : il s’agit probablement de la première trace du manuscrit depuis 1661.
Une négociation parallèle permet cependant à Bertram Ashburnham (1794-1878), 4e comte d’Ashburnham, d’acquérir l’ensemble, moyennant 8 000 £.
Ashburnham, dont la passion des livres remontait à l’enfance (il aurait acheté son premier livre rare, alors élève à la Westminster School) avait installé une grande bibliothèque dans la propriété familiale (Ashburnham Place) ; celle-ci se divisait en quatre fonds : 1. fonds Libri (1923 volumes, collection de l’escroc italien, Guglielmo Libri, 1803-1869, acquise en mars 1847, 8 000 £ ; celle-ci contenait de nombreux manuscrits originaux et livres rares que Libri avait volé en France) ; 2. fonds Barrois (702 volumes, collection du bibliophile français Joseph Barrois, 1780-1855, acquise en mai 1849, 6 000 £) ; 3. fonds Stowe (996 volumes, juin 1849, 8 000 £) ; et 4. fonds Appendix, constitué d’acquisitions éparses (250 volumes).
Le comte meurt en 1878 ; la bibliothèque, l’une des plus riche du royaume, devient propriété de son fils Bertram (1840-1913), 5e comte d’Ashburnham.
1883
-
Le British Museum acquiert les manuscrits Stowe.
Dès 1880, le nouveau comte d’Ashburnham fait connaître son intention de se séparer de la collection de son père.
Il prend contact avec le British Museum ; un accord est trouvé (mars 1883) pour l’achat en bloc de tous les manuscrits pour 160 000 £, dont 166 réclamés par la France seraient rétrocédés moyennant 24 000 £ ; mais le gouvernement britannique refuse d’allouer la somme. Les négociations reprennent ; le British Museum acquiert finalement le seul fonds Stowe, pour 45 000 £ (juillet 1883).
Le manuscrit entre au catalogue de la British Library sous la cote : Stowe 84.
Au printemps 1884, l’Italie put acquérir les manuscrits du fonds Libri (moins ceux volés en France) pour 23 000 £ ; ils rejoignirent les collections nationales de la bibliothèque Laurentienne (Florence). Faute de financement, la partie française n’avait pu faire offre commune. Il fallut attendre 1888 pour récupérer les 166 volumes des fonds Libri et Barrois. Le 7 février 1888 en effet, Léopold Delisle, administrateur général de la Bibliothèque nationale, signait un accord avec l’éditeur alsacien, Karl Ignaz Trübner : ce dernier s’engageait à acheter le lot aux conditions de 1883 (24 000 £, soit environ 600 000 fr.) puis à le remettre à la France en échange du Codex Manesse, un manuscrit allemand du XIVe siècle conservé à la Bibliothèque nationale que souhaitait récupérer l’Allemagne (plus une somme de 150 000 fr). Delisle se rendit à Londres et prit possession des volumes le 23 février. Le même jour, à Paris, le Codex Manesse était porté de la Bibliothèque nationale à l’ambassade allemande.
Références
- Jean du Tillet, Recueil des Roys de France, 1565, (éd. Mettayer, Paris, 1618, 2e partie, p. 364, Google) :
Procés & ſentence de iuſtification de Ieanne d’Arc, vulgairement appellee la Pucelle. Au threſor, à part.
- Jean Hordal, Heroinæ Nobilissimæ Ioannæ Darc..., 1612, p. 205, Archive :
Porro in eodem sacrosanctæ Capellæ palatii regii Parisiensis thesauro, eodeque in volumine in quo præfatam delegatorum a sede Apostolica iudicum sententiam vidi & legi, extant varia in honorem puellæ scripta, atque in primis opus Domini Heliæ Episcopi Petragoricensis. Secundo, tractatus magistri Roberti Cyboli Academiæ Parifiensiæ Cancellarii. Tertio opulculum F. Ioannis Brehalli ordinis fratrum Prædicatorum, quibus animi magnitudo, & constantia Ioannæ puellæ mirifice prædicatur, ipsiusque probitas ac integritas ab hostium, & maledicorum, calumniis insigniter vindicatur.
De plus, dans le même trésor de la Sainte-Chapelle du palais royal de Paris, et dans le même volume où j’ai vu et lu la sentence des juges délégués par le Siège apostolique, se trouvent divers écrits en l’honneur de la Pucelle, et en particulier l’œuvre de Monseigneur Élie, évêque de Périgueux. En second lieu, un traité du maître Robert Ciboule, chancelier de l’Université de Paris. En troisième lieu, un petit ouvrage du frère Jean Bréhal, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, où sont magnifiquement exaltées la grandeur d’âme et la constance de Jeanne la Pucelle, et où sa probité ainsi que son intégrité sont vigoureusement défendues contre les calomnies de ses ennemis et détracteurs.
- Denis Godefroy, Histoire de Charles VII par Jean Chartier, 1661, p. 903, Google :
Et comme cette déclaration [la sentence de révocation du procès de Jeanne la Pucelle] est authentique, je la rapporterai ici comme en lieu où elle lui convient entièrement, afin d’en mieux conserver la mémoire ; ayant été tirée du Trésor des Chartes du Roi, qui se gardent à la Sainte-Chapelle du Palais à Paris ; et exactement conférée sur l’original, et sur des anciennes copies de difficile lecture.
- Charles O’Conor (1764–1828, bibliothécaire du marquis de Buckingham, petit-fils de l’érudit irlandais du même nom), Bibliotheca Ms. Stowensis: A Descriptive Catalogue of the Manuscripts in the Stowe Library, vol. 1, 1818, Google, vol. 2, 1819, Google.
Note : nous n’y avons pas trouvé le manuscrit du procès.
- Catalogue of the Stowe collection of manuscripts, 1849, Google.
Catalogue de la vente des manuscrits du duc de Buckingham, initialement prévu chez Sotheby du 11 au 19 juin 1849. Le manuscrit du procès est le n° 486 de la vente, p. 118 :
486. Processus justificationis Johanne d’Arc. On vellum. Large folio, bound in purple morocco. This is the original account of the trial, signed on each page by the notaries, and attested by them at the end of the volume. It is dated July 7, 1456.
- Catalogue of the Manuscripts at Ashburnham Place, 1853, t. III (Stowe), Google.
Le manuscrit du procès a conservé le n° 486 du catalogue de la vente Stowe de 1849 :
Arc, Johanne d’. Processus justificationis. 1456. s.486
- Eight report of the Royal commission on historical manuscripts. Appendix. Part III., 1881, Google (catalogue des manuscrits du comte d’Ashburnham, qu’il cherche à vendre).
Le manuscrit du procès est le n° 34 des Stowe Manuscripts, section Miscellaneous Manuscripts, p. 19 :
34. Processus Justificationis Johanne d’Arc. This is the original account of the trial, signed on each page by the notaries, and attested by them at the end of the volume. It is dated July 7, 1456. Large folio, vellum.
- Léopold Delisle (administrateur général de la Bibliothèque nationale), Les manuscrits du comte d’Ashburnham, rapport à M. le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts, 22 juin 1883, dans Bibliothèque de l’École des Chartes, t. XLIV, 1883, p. 202, Google.
Compte-rendu des premières négociations infructueuses pour récupérer les manuscrits volés ; détails des volumes revendiqués.
- Léopold Delisle, Catalogue des manuscrits des fonds Libri et Barrois, 1888, Google.
- Catalogue of the Stowe Manuscripts in the British Museum, 1895, p. 52, Google :
84. PROCESSUS Justificationis Johanne D’Arc : an official copy of the proceedings in the inquiry instituted in 1455-56. [...] Vellum; ff. 182, measuring 20 inches by 12. The volume thus corresponds almost exactly in size with the Paris 5970, and is slightly larger than the Notre Dame volume. Modern binding of purple morocco. Large Folio.
- Pierre Champion, Notice des manuscrits du procès de réhabilitation, 1930, p. 13-9.
En étudiant récemment au British Museum de Londres le manuscrit décrit dans le catalogue du fonds Stowe, je n’ai pas eu de peine à reconnaître, à la suite de l’auteur du catalogue, la seconde copie authentique des duo magni processus inconnue de Jules Quicherat et de tous ceux qui ont parlé du procès de Réhabilitation de Jeanne d’Arc. Le ms. Stowe 84 a été décrit très exactement par le rédacteur du catalogue anglais. C’est un grand volume oblong du même format et ayant la même apparence que le ms. de la Bibliothèque Nationale lat. 5970. Il comprend 182 ff. de vélin.
- Pierre Duparc, Procès en nullité, t. I, 1977, p. XIII :
Le ms. Stowe 84 du British Museum à Londres est de même format que le précédent, avec 182 folios de vélin. Il est signé à chaque recto par le notaire François Ferrebouc, à chaque verso par le notaire Denis Le Comte, le fol. 1 portant les deux signatures au recto et au verso, et le fol. 182 portant les attestations finales et les seings des notaires. De rédaction plus sobre ou rapide, il a cependant quelques lettres ornées. Il contient les mêmes pièces que le précédent, sauf en ce qui concerne les mémoires judiciaires du chapitre VIII : manquent en effet les mémoires de Thomas Basin, de Jean de Montigny et de l’évêque d’Avranches ; en revanche est ajouté le Brevis epilogus de Jean Bréhal. Ce manuscrit, examiné par Pierre Champion, n’a jamais été utilisé pour une édition. C’est cependant, semble-t-il, l’exemplaire royal qui fut déposé au Trésor des chartes.