Témoignages : Lettres, actes et autres pièces
95Lettres, actes et autres pièces détachées
I. Lettre de la Pucelle aux Anglais
(22 mars 1429)
(22 mars 1429)
Voici la cinquième fois que cette lettre revient dans le présent ouvrage. On la trouve insérée 1e dans le Procès de condamnation (t. I, p. 240), 2e dans le Journal du siège d’Orléans (t. IV, p. 139), 3e dans la Chronique de la Pucelle (Ibidem, p. 215), 4e dans le Registre delphinal de Thomassin (Ibidem, p.306). Contre l’usage établi, nous la reproduisons tant de fois, non à cause des différences qu’il y a entre tous ces textes, mais au contraire à cause de leur conformité. Comme dans son interrogatoire du 22 février, Jeanne nia qu’elle eût dicté les mots rendez à la Pucelle, je suis chef de la guerre, corps pour corps, et que sur ce fondement les juges de la réhabilitation et tous les historiens venus après eux, ont accusé les Anglais d’avoir falsifié la lettre, il importe à la critique de posséder la preuve que, si falsification il y a, il ne faut pas l’imputer aux Anglais. Les mots contestés sont dans les trois textes reproduits par les historiens du parti français, et on les trouvera de même dans celui-ci qui est encore moins suspect que les autres, s’il est possible.
Il provient d’une copie du temps qui peut-être n’existe plus, mais dont il fut fait, au siècle dernier, deux transcriptions, toutes deux conservées aujourd’hui à la Bibliothèque royale. L’une est au Cabinet des titres, dans le dossier d’Arc ; l’autre, exécutée par l’archiviste Battenay, fut envoyée pour la collection de chartes 96de M. Moreau. Or, de cette double transcription, il résulte que la copie perdue était sous le pli d’une autre lettre en latin dont il ne reste plus qu’un fragment, fragment très altéré, il est vrai, mais d’après lequel on ne peut douter ni du patriotisme de celui qui écrivait, ni de sa sympathie pour Jeanne. On le trouvera ci-après et on se convaincra, en le lisant, qu’une telle attache garantit suffisamment l’authenticité de l’envoi.
Jhesus Maria.
Roy d’Angleterre, et vous duc de Bethfort qui vous dites regens le royaulme de France ; Guillaume de Lapoula, conte de Suflort, Jehan sire de Thalebot, et vous Thomas, sire d’Escalles, qui vous dictes lieu tenans dudit de Bethfort, faites rayson au roy du ciel de son sang royal30 ; rendés à la Pucelle cy envoiée de par Dieu le roy du ciel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avés prises et violées en France. Elle est ayci31 venue de par Dieu le roy du ciel, pour reclamer le sang royal ; elle est toute preste de faire paix, se vous luy vollés faire rayson par ainssi que France vous mectés sur32 et paiés de ce que l’avez tenu. Entre vous archiers, compaignons de guerre gentilz, et autres qui estes davant la bonne ville d’Orliens, alés vous an, de par Dieu, en vous païs ; et se ainssi ne le faictes, attendés lez nouvelles de la Pucelle qui vous ira veoir briefment à vostre bien grant domaige. Roy d’Angleterre, se ainssi ne le faites, je suis 97chief de guerre, et en quelque lieu que je attaindré | vous gens en France, je lez en feray aller, veulhent ou non veulhent ; et se ilz ne veullent obéir, je le feré toulx mourir33, et se ilz veullient obéir, je lez prandray à mercy. Je suis cy venue34 de par Dieu, le roy du ciel, corps pour corps pour vous bouter hors de toute France, encontre tous ceulx qui vouldroient porter traison, malengin ne domaige au royaulme de France35. Et n’aiés point en vostre oppinion, que vous ne tenrés mie le royaulme de France de Dieu, le roy du ciel, filz de saincte Marie ; ains le tenra le roy Charles, vray héritier ; quar Dieu, le roy du ciel, le vieult ainssi, et luy est revelé par la Pucelle : lequel entrara à Paris à bonne compaignie. Se vous ne voulés croire lez nouvelles de par Dieu de la Pucelle36, en quelque lieu que nous vous trouverons, nous ferrons dedans à horions37, et si ferons ung si gros hahaye, que encores ha mil années que en France ne fut fait si grant, se vous ne faictes rayson. Et créés fermement que le roy du ciel trouvera38 plus de force à la Pucelle que vous ne luy sauriés mener de toulx assaulx, à elle et à ses bonnes gens d’armes ; et adonc verront39 les quielx auront meilleur droit, de Dieu du ciel ou de vous40. Duc de Bethfort, la Pucelle 98vous prie et vous requiert que vous ne vous faictes pas destruire. Se vous faictes rayson, y pouverra venir lieu41 que les François feront le plus biau fait qui oncques fut fait pour la crestienté. Et faites reponse en la cité d’Orliens, se voulés faire paix ; et se ainssi ne le faictes, de voz bien grans doumaiges vous souviengne briefment. Escript le mardi de la sepmaine saincte.
De par la Pucelle42.
Et desus : Au duc de Bethfort, soy disant régent le royaulme de France, ou à ses lieutenans estans devant
la ville d’Orliens.
II. Fragment d’une lettre écrite au dos de la précédente
Sans adresse, sans signature, incomplet et d’un latin très corrompu, ce fragment semble avoir appartenu à une lettre écrite par un chevalier de Saint-Jean de Jérusalem à un commandeur de son ordre. Cela résulte des qualifications de pater et de præceptor placées dans le préambule. Il est certain d’ailleurs que des chevaliers de Saint-Jean guerroyaient sous la bannière de Charles VII, puisque parmi les héros du siège d’Orléans figure Nicole de Giresme, grand prieur de l’ordre en France.
Le texte qui suit a été fait avec les deux transcriptions indiquées en tête de l’article précédent.
99Reverendissime pater et præceptor noster metuendissime, post humilem recognitionem, dignemini scire quod omnipotens Dominus, qui plagam satis crudelem in regno christianissimo fecerat, quod et multi lamentabiliter occubuerunt, et alii, variis tormentis oppressi, nimis solvi a medio desideraverunt : nunc minime suæ antiquitatis memor, sua altissima gratia prospiciens super filios, pro veritate maxime inexulabili43 ab arvis propriis exules, excelsam valde et inter cætera sua opera mirabilia pro digno micatam44 medelam adhibere dignatus est, per Puellam ætatis decem octo annorum, acceptamque45 ad curam totalem et reformationem regni christianissimi electione privilegiata, et insuper ad regem nostrum Francorum, qui tunc gravi persecutione adeo insequebatur ut pluries de totali occasu quisque sanæ mentis præsumeret, ut oculis intuentium aliquis petebat46 validus successor. Audiat, quæso, vestra reverendissima potestas, et exultet animus in dono puellari tam cœlesti, quod temporibus nostris cunctipotens præstare dignatus est. Adaccessit cœlestis Puella47 et quod ipse pater cunctipotens virgini Mariæ præcæteris præstitit, scilicet ut eam tam pulchram aspicientes, quisque ille esset, qualiscumque et ex vita immorali, dies duxit suos ab omni concupis centia sæculi. Qui tamen diceretur eadem asseri et de virgine nobis missa, cujus nomen Joanna ? Joanna, 100inquam, Puella, habitu pastorali induta, et quasi virili, de mandato Dei omnipotentis accessit ad regem per diversa formidabilia itinera, sine violentia, illæsa, illibata, associata cum personis ; accessit ad regem, et quum res tam informidata (?) fuit, ex dispositione regalis consilii ordinatum fuit ut non illico regem alloqueretur, sed pluribus a viris et exquisitissimis clericis, doctoribus in sacra pagina, et aliis diligenter noscere[tur]. Sed evenit ut, non obstante illa proposita dispositione, sine mora ad reginam access[er]it Puella, et peteret regem quem Dalphinum appellabat. Non continuit rex, sed statim ad eam accessit…
III. Lettre de Charles VII aux habitants de Narbonne
(10 mai 1429)
(10 mai 1429)
Lettre en forme de mandement, présentant à la manière d’un bulletin d’armée toutes les phases de la délivrance d’Orléans.
Elle fut écrite à trois reprises différentes entre le soir du 9 mai et le matin du 10, à mesure que les nouvelles arrivaient à Chinon où se tenait le roi. M. Félix Ravaisson ayant remarqué cette pièce parmi les papiers de l’hôtel de ville de Narbonne, m’en donna connaissance. Sur ma demande, M. le ministre de l’instruction publique voulut bien m’en faire délivrer copie. C’est cette copie que je livre à l’impression. Elle a été exécutée par M. Tournal, secrétaire de la commission archéologique de Narbonne et correspondant des travaux historiques.
L’original est coté 23, deuxième caisson des Archives municipales de Narbonne.
101De par le Roy.
Chers et bien amez, nous croyons que avez bien sceu les continuelles diligences par nous faites de donner tous secours possibles à la ville d’Orléans dès piéça assegie par les Anglois, anciens ennemis de nostre royaume, et le devoir en quoy nous en sommes mis par diverses fois, ayans toujours bonne esperance en nostre Seigneur que finablement il y extendroit sa grace et ne permettroit une si notable cyté et un si loyal peuple de périr ne cheoir en la subjection et tirannie des dits ennemis. Et pour ce que bien savons que gregneur joye et consolation ne pourriez, comme loyaux subjets, avoir, que d’en oïr annoncer bonnes nouvelles : nous vous apprenons que, la mercy nostre Seigneur dont tout procede, nous avons de nouvel fait advitailler à puissance et par deux fois en une seule sepmaine la dite ville d’Orléans bien et grandement, au veu et sceu des dits ennemis, sans ce qu’ilz y ayent pu resister. Et depuis, c’est à savoir mercredy dernier, nos gens envoyez avecque le dit advitaillement, ensemble ceulx de la dite ville, ont assailli l’une des plus fortes bastides des dits ennemis, c’est assavoir celle de Saint-Loup ; laquelle, Dieux aydant, ilz ont prinse et gaignée par puissance et de bel assault, qui dura plus de quatre ou cinq heures. Et y ont esté mors et tués tous les Anglois qui dedens estoient, sans ce qu’il y soit mort des nostres que deux seules personnes ; et combien que les Anglois des autres bastides fussent alors yssus en bataille, faisans mine 102de vouloir combattre, toutes voiz quand ils vidrent nos dites gens à l’encontre d’euls, ils s’en retournèrent hastement, sans les oser attendre. Et se sont encores demourez par delà nos dites gens en esperance de faire plus grandes choses.
D’autre part avons presentement receu lettres de beau cousin de Vendosme, par les quelles il nous fait savoir que son castel du dit lieu de Vendosme auquel, par le moyen d’un varlet de la garnison, les ennemis estoient de nouvel entrés, a esté prestement recouvert par nos gens estans esdites ville et marches48.
Toutes les quelles choses bien considerées, avons bien fiance en la misericorde de nostre Seigneur, moyennant aussi la bonne diligence que entendons faire à poursuivre nostre bonne fortune, que nos affaires vendront à bonne yssue. Ce que vous voulons bien communiquer, sachant que ainsi le vouldroyez et desirez ; vous prians et exortans bien cordialement que, en recongnoissance de toutes ces choses, veuillez par notables processions, prières et oroisons, bien loer et regracier nostre Créateur en le requerant toujours de nous estre en ayde et de conduire noz affaires ; car en vos bonnes prières avons bien grant espoir. Et en ce faisant, ferez bien et vostre devoir, et vous en saurons très bon gré. Et ainsi que les autres nouvelles nous surviendront, toujours les vous ferons savoir.
103Depuis ces lettres faittes, nous est cy venu un hérault, environ une heure après mye nuit, lequel nous a raporté sur sa vie que vendredy dernier, nos dites gens passèrent la rivière par bateaux à Orléans, et assegèrent du costé de la Soloigne la bastide du bout du pont. Et le mesmes jour gangnèrent le logis des Augustins ; et le samedi aussi assaillirent le demourant de la dite bastide, qui estoit le boulevert du pont, où avoit bien VIc combatans anglois, sous deux bannières et l’estendart de Chandos ; et finablement, par grant prouesse et vaillance d’armes, moyenant toujours la grace de nostre Seigneur, gangnèrent toute la dite bastide. Et ont esté tous les dits Anglois que y estoient, mors ou pris. Pour ce, plus que devant, devez louer et regracier nostre dit Créateur que de sa divine clémence ne nous a voulu mettre en oubly ; et ne pourriez assez honorer les vertueux faits et choses merveilleuses que le dit hérault, qui a esté present, nous a tout rapporté, et autres aussi, de la Pucelle, laquelle a toujours esté en personne à l’exécution de toutes ces choses.
Et depuis encore, avant la perfection de ces lettres, sont arrivez devers nous deulx gentils hommes qui ont esté à la besoigne, les quelz certifient et confirment tout par la manière et plus amplement que le dit hérault ; et de ce nous ont apporté lettres de la main du syre de Gaucourt. En oultre nous eusmes ce dit soir certaines nouvelles que, après que nos gens eurent samedy dernier prinse et desconfite la bastide du bout du pont, le lendemain au point du jour, les Anglois qui estoient demourez, s’en sauvèrent et deslogèrent si hastement qu’ils laissèrent leurs bombardes, 104canons, artillerie et la plupart de leurs vivres et bagages.
Donné à Chinon, le Xe jour de may.
Signé Charles, contresigné Budé49.
IV. Collecte introduite dans l’office à l’occasion de la Pucelle
Déjà publiée par M. Buchon d’après le manuscrit français 7301 de la Bibliothèque royale. Ces sortes d’oraisons sont alléguées comme un grief contre Jeanne dans le procès de condamnation. Voyez t. I, p. 101 et 290.
Antiphona. Congregati sunt inimici nostri, et gloriantur in virtute sua. Contere fortitudinem eorum, Domine, et disperge illos, ut cognoscant quia non est alius qui pugnet pro nobis, nisi tu, Deus noster.
V. Da illis formidinem et tabefac audaciam illorum :
R. Commoveantur a conditione sua.
Domine, exaudi orationem, etc.
Dominus vobiscum, etc.
Oremus.
Deus, auctor pacis, qui sine arca et sagitta inimicos in te sperantes elidis, subveni, quæsumus, Domine, ut nostram propitius tuearis adversitatem, ut, sicut 105populum tuum per manum fœminæ liberasti, sic Carolo, regi nostro, brachium victoriæ erige ut hostes qui in sua confidunt multitudine ac sagittis et suis lanceis gloriantur, queat in præsenti superare, et tandem ad te, qui via, veritas et vita es, una cum sibi commissa plebe, gloriose valeat pervenire. Per Dominum nostrum Jesum Christum.
Explicit oratio Puellæ per regnum Franciæ.
V. Lettre de Gui et André de Laval aux Dames de Laval, leurs mère et aïeule
(8 juin 1429)
(8 juin 1429)
L’original, aujourd’hui perdu, paraît avoir fait partie des archives de la Chambre des comptes. Il y en a une copie dans le vingtième volume des manuscrits de Duchesne, à la Bibliothèque royale, et Delaroque, au quarante-troisième chapitre de son Traité de la Noblesse, en a publié un fragment d’après une autre copie qu’il tenait de M. Vyon d’Hérouval. Un troisième texte, imprimé intégralement parmi les suites à l’histoire de Charles VII, de Godefroy, a été reproduit depuis à satiété.
Il est à noter que l’auteur principal de cette lettre, Gui de Laval, quatorzième du nom, fut le premier de sa maison qui ait porté le titre de comte, et que ce titre lui fut conféré au sacre même de Charles VII ; qu’André de Laval, son frère, devint aussi un homme illustre, tour à tour amiral et maréchal de France, et que c’est lui qui figure si souvent dans les chroniques sous le nom de maréchal de Loheac ; que leur mère, Jeanne de Laval, était une femme de grand cœur qui, pendant le temps d’un long veuvage, sut non-seulement suffire à l’éducation d’une nombreuse famille, mais encore défendre contre les Anglais le patrimoine de ses enfants ; enfin que l’aïeule, Anne de Laval, non 106moins énergique que sa fille, avait été dans sa jeunesse mariée au connétable Bertrand Du Guesclin. Ces deux dames, chassées de Laval par un revers passager de leurs armes, habitaient le château de Vitré au commencement de 1429.
Mes très redoutées dames et mères, depuis que je vous escrivis de Saincte-Catherine de Fierbois, vendredy dernier, j’arivay arivay le samedyy à Loches, et allay voir monseigneur le Dauphin au chastel, à l’issue de vespres, en l’église collégiale, qui est très bel et gracieux seigneur, et très bien formé et bien agile et habile, de l’aage d’environ sept ans qu’il doit avoir ; et illec vis ma cousine, la dame de La Trimoille, qui me fit très bonne chère ; et, comme on dit, n’a plus que deux mois à porter son enfant.
Le dimanche, j’arivay à Sainct-Agnan, où estoit le roy, et envoiay querir et venir de[dans] mon logis le seigneur de Trèves, et s’en alla au chastel avec luy mon oncle50, pour signifier au roy que j’estois venu, et pour sçavoir quand luy plairoit que je allasse devers luy : et je eus response que je y allasse sitost qu’il me plairoit ; et me fit très bonne chère, et me dit moult de bonnes paroles. Et quand il estoit allé par la chambre ou parlé51 avec aucun aultre, il se retournoit chacune fois devers moy, pour me mettre en paroles d’aucunes choses, et disoit que j’estois venu au besoing, sans mander, et qu’il m’en sçavoit meilleur gré. Et quand je luy disois que je n’avois pas amené telle compaignie que je desirois, il respondoit, qu’il 107suffisoit bien de ce que j’avois amené, et que j’avois bien pouvoir d’en recouvrer greigneur nombre. Et dit le sire de Trèves à sa maison au seigneur de La Chapelle, au … que le roy et tous ceux d’environ luy avoient esté bien contens des personnes de mon frère et de moy, et que nous leur revenions bien ; et jura bien fort qu’il n’estoit pas mention que à pas un de ses amis et parens qu’il eust, il eût fait si bon accueil, ne si bonne chère, dont il n’est pas meshitre de faire bonne chère, ne bon accueil, comme il disoit.
Et le lundy, me party d’avec le roy, pour venir à Selles en Berry, à quatre lieues de Sainct-Agnan ; et feit le roy venir au devant de luy la Pucelle, qui estoit de paravant à Selles. Disoient aucuns que ce avoit esté en ma faveur, pour ce que je la veisse ; et fit ladite Pucelle très bonne chère à mon frère et à moy, armée de touttes pièces, sauf la teste, et tenant la lance en main. Et après, que feusmes descendus à Selles, j’allay à son logis la voir ; et fit venir le vin, et me dit qu’elle m’en feroit bientost boire à Paris ; et semble chose toutte divine de son faict, et de la voir et de l’ouïr. Et s’est partie ce lundy aux vespres de Selles, pour aller à Romorantin, à trois lieues en allant avant et approchant des advenues, le mareschal de Boussac et grand nombre de gens armés et de la commune avec elle ; et la veis monter à cheval, armée tout en blanc, sauf la teste, unne petite hache en sa main sur un grand coursier noir, qui à l’huis de son logis se demenoit très fort, et ne souffroit qu’elle montast ; et lors elle dit : Menés-le à la croix
, qui estoit devant l’église auprès, au chemin. Et lors elle monta, sans ce qu’il se meust, comme s’il fust lié. Et lors se tourna 108vers l’huis de l’église, qui estoit bien prochain, et dit en assés voix de femme : Vous, les prestres et gens d’église, faites procession et prières à Dieu.
Et lors se retourna à son chemin, en disant : Tirés avant, tirés avant
, son estendart ployé que portoit un gracieux paige, et avoit sa hache petite en la main. Et un sien frère52 qui est venu depuis huit jours, partoit aussy avec elle, tout armé en blanc.
Et arriva ce lundy à Selles monseigneur le duc d’Alençon, qui ha très grosse compagnie ; et ay aujour d’huy gagné de luy à la paulme unne convenance53. Et n’est encor point icy venu mon frère de Vendosme54. J’ay icy trouvé l’un des gentilshommes de mon frère de Chauvigny55, pource qu’il avoit desjà ouy que j’estois arrivé à Saincte-Catherine ; et m’a dit qu’il avoit escrit aux nobles de ses terres, et qu’il pense estre bientost par deçà ; et dit que ma seur est bien sa mie, et plus grasse qu’elle n’a accoustumé. Et dict l’en icy que monseigneur le connestable vient avec six cens hommes d’armes, et quatre cens hommes de traict, et que Jehan de La Roche vient aussy, et que le roy n’eut piéçà si grande compagnie que on espère estre icy ; ne oncques gens n’allèrent de meilleure volonté en besongne, que ils vont à ceste. Et doit ce jour d’huy icy arriver mon cousin de Rais56, 109et croist ma compagnie ; et quoy que ce soit, ce qu’il y a est bien honneste et d’appareil ; et y est le seigneur d’Argenton, l’un des principaux gouverneurs, qui me fait bien bon recueil et bonne chère ; mais de l’argent n’y en a-il point à la cour, que si estroittement, que pour le temps présent je n’y espère aucune rescousse ny soustenue. Pour ce, vous, madame ma mère, qui avés mon sceau, n’espargniés point ma terre par vente ne par engage, où advisés plus convenable affaire, là où nos personnes sont à estre sauvés, ou aussy par deffault abbaisés, et par adventure en voie de périr ; car si nous ne fasismes ainsy, veu qu’il n’y a point de soulde, nous demeurerons tous seuls. Et jusques icy nostre fait a encore esté et est en bon honneur ; et a esté nostre venue au roy et à ses gens tous, et aussy aux aultres seigneurs qui viennent de touttes parts, bien agréable ; et nous font tous meilleure chère que ne vous pourrions escrire.
La Pucelle m’a dit en son logis, comme je la suis allé y voir, que trois jours avant mon arrivée, elle avoit envoyé à vous, mon aïeulle, un bien petit anneau d’or, mais que c’estoit bien petite chose, et qu’elle vous eust volontiers envoyé mieulx, considéré vostre recommandation.
Ce jour d’huy, monseigneur d’Alençon, le bastard d’Orléans et Gaucour doivent partir de ce lieu de Selles, et aller après la Pucelle. Et avés fait bailler je ne sçay quelles lettres à mon cousin de La Trimoille et seigneur de Trèves, par occasion desquelles le roy s’efforce de me vouloir retenir avecques luy, jusques [à ce que] la Pucelle ait esté devant les places anglesches d’environ Orléans, où l’on va mettre le 110siége ; et est desjà l’artillerie pourveue ; et ne s’esmaye point la Pucelle qu’elle ne soit tantost avec le roy, disant que lors qu’il prendra son chemin à tirer avant vers Reims, que je irois avec luy ; mais jà Dieu ne veille que je le face et que je ne aille57. En entretant58 en dit mon frère, et comme monseigneur d’Alençon, ce que abandonné qui seroit celuy qui demeureroit59. Et pense que le roy partira ce jeudy d’icy, pour s’y approcher plus près de l’ost ; et viennent gens de touttes parts chacun jour.Après, vous feray sçavoir, sitost qu’on aura aucune chose besoigné, ce qui aura esté exécuté. Et espère l’on que, avant qu’il soit dix jours, la chose soit bien advencée de costé ou d’aultre. Mais tous ont si bonne espérance en Dieu, que je croy qu’il nous aidera.
Mes très redoutées dames et mères, nous recommandons, mon frère et moy, à vous, le plus humblement que pouvons ; et vous envoye des blancs signés de ma main, affin, si bon vous semble, du datte de ceste présente, escrire aucune chose du contenu cy dedans, à monseigneur le duc60, que luy en escrivés ; car je ne luy escripts oncques puis ; et vous plaise aussy sommairement nous escrire de vos nouvelles ; et vous, madame ma mère, en quelle santé vous vous trouvés après les médecines qu’avés prises, 111car j’en suis à très grand malaise. Et vous envoie dessus ces présentes, minute de mon testament, afin que vous, mes mères, m’advertissés et escrivés par les prochainement venans, de ce que bon vous semblera que y adjouste ; et y pense encore de moy y adjouster entre deux ; mais je n’ay encor eu pue peu de loisir.
Mes très redoutées dames et mères, je prie le benoist fils de Dieu qu’il vous doint bonne vie et longue, et nous recommandons aussy tous deux à nostre frère Loys61. Et pour le liseur de ces présentes, que nous saluons, le seigneur du Boschet62, et nostre cousine sa fille, ma cousine de la Chapelle, et toutte vostre compagnie. Et pour l’accès et …63 de solliciter de la chevance au mieulx que faire se pourra ; et n’avons plus en tout qu’environ trois cens escus du poids de France.
Escrit à Selles, ce mercredy huictiesme de juin.
Et ce vespres sont arrivés icy monseigneur de Vendosme, monseigneur de Boussæ, et aultres ; et La Hire s’est approché de l’ost, et aussy on besongnera bientost. Dieu veille que ce soit à nostre désir !
Vos humbles fils, Guy et André de Laval64.
112VI. Fourniture d’un habillement faite à la pucelle aux frais du duc d’Orléans
(14 ou 20-24 juin 1429)
(14 ou 20-24 juin 1429)
Deux cédules, l’une portant l’ordonnancement de la somme nécessaire à la confection d’un habillement complet, l’autre contenant la quittance des fournisseurs. Les originaux en parchemin appartiennent à M. Lemareschal, de Beauvais. Ils ont été publiés déjà dans la Bibliothèque de l’École des chartes (t. I de la deuxième série). La fourniture ayant pour date le séjour de la Pucelle à Orléans au mois de juin 1429, se rapporte soit au 14, soit au 20 ou jours suivants de ce mois ; car Jeanne alla prendre quelque repos à Orléans et après la prise de Jargeau et après la bataille de Patay.
1. — Charles, duc d’Orléans et de Valois, conte de Blois et de Beaumont et seigneur de Coucy, à nos amez et féaulx les gens de noz comptes, salut et dilection. Nous vous mandons que la somme de treize escuz d’or viez du poiz de soixante et quatre au marc, qui par nostre amé et féal trésorier général Jacques Boucher65 a esté paiée et delivrée ou mois de juing derrenier passé à Jehan Luillier66, marchant, et Jehan Bourgois, taillendier, demourans à Orléans, pour une robe et une huque67 que les gens de nostre 113conseil firent lors faire et délivrer à Jehanne la Pucelle estant en nostre dicte ville d’Orléans ; ayans considéracion aux bons et agréables services que la dicte Pucelle nous a faiz à l’encontre des Anglois, anciens ennemis de monseigneur le Roy et de nous : c’est assavoir audit Jehan Luillier, pour deux aulnes de fine Brucelle vermeille68 dont fut faicte ladicte robe, au pris de quatre escuz d’or l’aulne, huit escuz d’or ; pour la doublure d’icelle, deux escuz d’or ; et pour une aulne de vert perdu69 pour faire ladicte huque, deux escuz d’or ; et audit Jehan Bourgois, pour la façon desdictes robe et huque, et pour satin blanc, sandal et autres estoffes, pour tout, ung escu d’or : vous, icelle somme allouez ès comptes de nostre dit trésorier et rabatez de sa recepte, sans aucun contredit ou difficulté, par rapportant ces présentes et quictance sur ce des dessusdiz tant seulement, non obstant ordonnances, restrinccions, mandemens ou deffenses quelzconques à ce contraires. Donné audit lieu d’Orléans, le dernier jour de septembre, l’an de grâce mil CCCC vint et neuf.
Par Monseigneur le Duc, à la relacion de vous ad ce par lui commis. Signé Labbé.
2. — Jehan Luillier, drappier, et bourgois d’Orléans, 114et Jehan Bourgois, taillendier dudit lieu, confessèrent avoir eu et receu de Jacques Boucher, trésorier général de Mgr le duc d’Orléans, la somme de treize escuz d’or viez du poix de soixante et quatre au marc, pour une robe et une huque que les gens du conseil de mondit seigneur le duc firent faire et délivrer dès le mois de juing CCCC vint neuf à Jehanne la Pucelle, estant lors audit lieu d’Orléans : c’est assavoir, ledit Luillier, pour deux aulnes de fine Brucelle vermeille dont fut faicte ladicte robe, huit escuz ; pour la doubleure d’icelle deux escuz ; et pour une aulne de vert perdu pour faire ladicte huque, deux escuz d’or ; et ledit Bourgois, pour la façon desdictes robe et huque et pour satin blanc, sandal et autres estoffes, pour tout, ung escu d’or ; si comme, etc. Et s’en tindrent à bien contens, etc., quictes, etc. Fait le Ve jourd’aoust, l’an mil CCCC et trente. Signé Cormier.
VII. Lettre de Perceval de Boulainvilliers au duc de Milan Philippe-Marie Visconti
(21 juin 1429)
(21 juin 1429)
Publiée d’après un manuscrit de la Chartreuse de Moelk dans le Codex historico-diplomaticus, faisant suite au Thesaurus anecdotorum de Pez (part. III, p. 237). M. Voigt, qui ignorait cela, imprima comme document inédit une traduction en vieil allemand de la même pièce trouvée par lui dans les archives secrètes de Kœnigsberg (voir la Gazette littéraire de Leipsick, n° du 3 juin 1820). Ce nouveau texte, où le nom de Boulainvilliers était travesti en celui de Boulourmak, servit à faire une traduction française que M. Buchon a placée dans le Panthéon littéraire.
115Perceval de Boulainvilliers, auteur de cette épître, était un homme très important à la cour de Charles VII. Il s’intitule dans sa souscription, conseiller-chambellan du roi et sénéchal de Berry. Avant d’être appelé à cette charge, il avait eu à remplir plusieurs commissions pour le recrutement des auxiliaires écossais et lombards. Il se trouvait tout naturellement en relation avec la famille Visconti, ayant épousé la fille de Perceval de Gournai, gouverneur d’Ast pour le duc d’Orléans.
Il a été expliqué précédemment (p. 22) comme quoi la lettre de Perceval de Boulainvilliers fut mise en vers et accommodée aux événements de 1430 par le poète Antoine Astezan.
Illustrissimo et magnifico principi domino Johanni70 Angelo Mariæ, duci Mediolanensi, domino meo honorando.
Illustrissime et magnifice princeps et domine mi honorandissime, mortalium cura et præcipue studiosi excellentesque animi nova et alias inusitata scire desiderant, inveterataque quasi diu degustata fastidiunt. Hinc est, magnifice princeps, quod, attentis vestræ serenitatis laudibus, præconiis et vestrorum desideriorum mirandorum investigatione et conatibus, præsumpsi vobis significare qualia et quanta regi nostro Franciæ regnoque suo noviter contigerunt.
Jam, ut reor, auribus vestris insonuit fama cujus dam Puellæ, nobis, ut pie creditur, divinitus missæ, cujus ut vitam, actus, statum moresque paucis attingam, ipsius ortus narrabo principia.
Nata est in uno parvo villagio nominato Donpremii in ballivia Bassignata71, infra et in finibus regni Franciæ, 116super fluvium de Meuse. Quæ juxta Lottringiam, justis et simplicibus parentibus noscitur progenita.
In nocte Epiphaniarum Domini, qua gentes jucundius solent actus Christi reminisci, hanc intrat mortalium lucem, et (mirum) omnes plebeii loci illius inæstimabili commoventur gaudio, et, ignari nativitatis Puellæ, hinc inde discurrunt, investigantes quid novi contigisset. Nonnullorum corda novum cousenserant gaudium. Quid plura ? galli, velut novæ lætitiæ præcones, præter solitum in inauditos cantus prorumpunt, et alis corpora tangentes, fere per duas horas novæ rei prænosticare videntur eventum.
Alitur infans, quæ ut crevisset et annos attigisset septenos, agricolarum gentium more, agmorum custodiæ a parentibus deputatur, in qua nec ovicula noscitur deperiisse, nec quicquam a fera exstitit devoratum ; et quando affuit in paterna domo, omnes familiares tanta securitate protexit ut, nec hostis, fraus barbarorum vel malitia in minimo contingerent. Tandem peractis ætatis suæ duodecim annis, prima sibi revelatio facta est in hunc modum :
Ipsa cum puellis custodiente oves parentum suorum, quædam vagabantur in prato. A circumstantibus accessitur ; utrum pro florum pugillo aut pro aliquo tali, cursitare vellet, interrogant. Annuit illa et, sponsione facta, tanta celeritate secundo et tertio in cursu movebatur quod minime eam terram calcare credebant, adeo ut una puellarum exclamaret : Johanna (sic est nomen ejus), video te volantem juxta terram.
Quæquum cursum peregisset et in fine prati quasi rapta et a sensibus alienata, spiritus resumendo, corpus pausaret fatigatum, juxta eam affuit 117quidam juvenis qui eam sic est allocutus : Johanna, domum pete ; nam mater dixitseopera tua indigere.
Et credens quod frater esset aut aliquis convicinorum puerorum, festinans domum venit. Mater obviat quæ causam adventus aut derelictarum ovium quærit et increpat. Et respondens innocens Puella ait : Num quid pro me mandasti ?
Cui mater : Non.
Tunc credens se esse de puero delusam, volens ad sodales reverti, subito ante ipsius oculos nubes prælucida objicitur, et de nube facta est vox ad eam dicens : Johanna, oportet te aliam vitam agere et mirandos actus exercere ; nam tu illa es quam elegit Rex cœli ad regni Francorum reparationem et Karoli regis, expulsi a dominio suo, auxilium et protectionem. Tu virili indueris veste ; arma sumens caput eris guerræ ; omnia tuo consilio regentur.
Hac autem facta voce, disparuit nubes et Puella, tanti prodigii stupefacta, dictis nec pro primo fidem adhibens, sed manens perplexa, utrum credere deberet an non, innocens ignorat. Diebus noctibusque consimiles apparitiones dictæ Puellæ fiunt et vicibus repetitis renovantur. Tacet illa ; mulli, nisi soli curato presbytero, animum detexit et in hac perplexitate fere quinque annorum perseverat spatio.
Tandem comite Salseberiensi ex Anglia in Franciam appellente, præmissæ apparitiones et revelationes dictæ Puellæ ultra solitum reinnovantur et multiplicantur. Concutitur juvenculæ animus, mens anxietate æstuat, et quodam die, dum contemplaretur in agro, insolita apparitio grandior et clarior quam unquam vidisset ei visa fuit, et facta est ad eam vox dicens : Usquequo tardas ? Quare non festinas ? Aut 118cur non pergis cito gradu quo Rex cœli te destinavit ? Nam in absentia tua destruitur Francia, devastantur oppida, justi obeunt, proceres occiduntur, inclytus sanguis funditur.
Et illa aliquantisper animata, curato suo monita, respondit : Quid faciam aut quomodo faciam ? Ibo ? Non novi viam, gentem nescio, w regem non cognosco ; mihi non credent ; cunctis ero in derisum et merito. Quid stultius quam magnatibus dicere quod puella Franciam reparet, regat exercitus, de hoste triumphum reportet ? Quid ludibrius quam quod puella virili induatur veste ?
Quumque hæc et plura alia disseruisset, responsum sic accepit : Rex cœli ordinat et vult ; ne amplius quæras quomodo hæc fient : quoniam sicut voluntas Dei est in cœlo, sic erit et in terra. Perge hic prope jacentem villam, nominatam Vaucolors72 quæ sola in Campaniæ partibus regi fidem servat, et villæ illius custos mullo impedimento te ducet quo petes.
Sic egit, et multis præostensis mirandis, jussit eam nobilibus associatam per vias conduci ad regem. Qui venientes, per medios hostes transierunt, nulla repulsa interjecta. Et quum usque pervenissent ad castrum de Caynone73 in Turonensibus partibus quo se rex muniebat, consilio regio deliberatum erat quod faciem regis non videret neque ei præsentaretur usque in diem tertiam. Sed hominum corda subito mutantur. Accersitur Puella. Mox et de equo descendit et per archiepiscopos, episcopos, abbates et utriusque facultatis doctores diligentissime examinatur in fide et moribus. 119Demum rex eam ad suum parlamentum ducit, ul strictius et vigilantius adhuc quæstionaretur. Et in his omnibus, reperta est fidelis catholica, bene sentiens in fide, sacramentis et institutis Ecclesiæ. Amplius per mulieres doctas, peritas virgines, viduas et conjugatas curiosissime percunctatur, quæ nihil aliud quam [quod] muliebrem honestatem atque naturam decet, sentiunt.
Præterea adhuc spatio sex septimanarum custoditur, intuitur, consideratur, si saltem aut aliqua levitas vel mutatio ab incoepto concipiatur. Sed immobilis Deo serviendo, missam audiendo, Eucharistiam percipiendo, prima proposita continuat ; regem omni die lacrimosis suspiriis efflagitat ut licentiam invadendi hostes det aut domum paternam repetendi. Et difficulter licentia obtenta, cum victualibus conducendis Aurelianum intrat. Cito post castra obsidentium invadit, quæ licet inexpugnabilia judicarentur, tamen in trium dierum spatio ipsa devicit. Hostes non pauci occiduntur, plures capiuntur, reliqua pars fugatur.
Nunc civitas ab obsidione liberatur. Quibus actis, ad regem revertitur. Rex ei obviam properat, jucunde suscipit, et aliquanto temporis intervallo cum rege manet, festinat, sollicitat, ut expeditiones evocet, congreget acies ad reliquam partem adversariorum devincendum. Et redintegrato exercitu, villam quæ vocatur Jarguellum74 obsidet ; in crastinum conflictum dat ; vi capitur, sexcentis bellatoribus nobilibus ibi victis, inter quos comes Suffordiæ, Angiicus, et 120frater germamus capiuntur, reliquus vero frater occiditur.
Post tamen trium dierum interjecto spatio, Magdunum super Ligerim et Baugenceium, oppida fortia et munita, invadit, expugnat et devincit. Nec moram ponit, et die illa sabbati quæ XX. erat junii, exercitui Anglicorum ad succursum properanti occurrit. Invaduntur hostes ; victoria nostri potiuntur, interfectis mille quingentis viris bellatoribus, mille captivatis, inter quos quidam capitanei capti sunt, scilicet domini de Taleboth, et de Fastechat, et filius domini de Hendesfort, et quamplures alii. De nostris autem non reperti tres occisi. Quæ omnia miraculo divinitus facto attribuimus. Hæc et multa alia Puella operata est et, Deo largiente, majora horum faciet.
Hæc Puella competentis est elegantiæ, virilem sibi vindicat gestum, paucum loquitur, miram prudentiam demonstrat in dictis et dicendis. Vocem mulieris ad instar habet gracilem, parce comedit, parcius vinum sumit ; in equo et armorum pulchritudine complacet, armatos viros et nobiles multum diligit, frequentiam et collocutionem multorum fastidit, abundantia lacrimarum manat, hilarem gerit vultum, inaudibilis laboris et in armorum portatione et sustentatione adeo fortis, ut per sex dies die noctuque indesinenter et complete maneat armata. Dicit Anglicos nullum habere jus in Francia, et dicit se missam a Deo ut illos inde expellat et devincat, monitione tamen ipsius facta. Regem summe veneratur. Ipsum dicit esse dilectum a Deo et specialiter præservatum et præservandum. Dominum ducem Aurelianensem, 121nepotem vestrum75, dixit miraculose liberandum, monitione tamen prius super sua libertate Anglicis detinentibus facta. Et ut, illustrissime princeps, finem faciam verbis, mirabiliora sunt et fiunt quam vobis possem scribere aut lingua fari.
Ultra scribendo præsenter evenit quod præfata Puella jam perrexit ad partes civitatis Remis in Campania, ubi rex festinanter tendit ad consecrationem et coronationem suam, Deo juvante76.
Me vobis humiliter recommando. Scriptum die XXI. junii, anno Domini 1429.
Vester humillimus servitor, Paranalio77, dominus de Bolanvillari, consiliarius et camerarius regis Francorum et domini ducis Bituricensis senescalcus.
VIII. Fragment d’une lettre sur des prodiges advenus en Poitou
(Vers le 25 juin 1429)
(Vers le 25 juin 1429)
Publié pour la première fois par M. Buchon, d’après le manuscrit français 7301 de la Bibliothèque royale. La lettre à laquelle ce morceau appartenait originairement, dut être écrite à Maillezais ou dans quelque autre ville du diocèse de Luçon, peu de temps après la bataille de Patay. Cet événement y est annoncé.
Des nouvelles de vers le roy nostre sire, [on dit] que les Anglois ont estés tués dedans Jargueux six 122cens hommes d’armes. Le conte de Suffort c’est rendu à la Pucelle, agenoillys ; La Poule son frère, mors ; tous deux et l’autre frère, prisonyer. Assez a d’autres nouvelles, dont nostre Seigneur soit loué.
Certaine chose est la destrousse des Anglois, la quelle a esté faicte entre Meung et Orléans, en belle bataille. Et là ont estés mors deux mil cinq cens Anglois, et le seurplus de leur compaignie se sont fuicts.
Leurs cappitaines estoient Thallebot, Fastol et Escalles ; lesquelz l’on dist estre prins et mors. Les places de Boygency et dudit Meung sont rendues, et plusieurs autres ; et sont les besongnes du roy en plus haut gré que me furent oncques, et seront encores, au plaisir de nostre Seigneur78.
Hom voit avenir de pardecza des plus merveilleuses choses que hom vit oncques, comme des hommes armés de toutes pièces chevaucher en l’aer sur ung grant cheval blanc, et dessus les armeures une grant bende blanche, venent devers la mer d’Espaigne, et passer par dessus deux ou trois forterasses près de Talamont, et tirer vers Bretaigne : dont tout le pays de Bretaigne est espavanté, et mondict seigneur le duc, dont il a fait le serement aux Anglois, disent79 qu’il cognoissent leur destruccion par luy. Le roi a envoyé devers l’évesque de Luczon pour savoir la vérité de ceste besoigne. Lequel s’en est informé et a trouvé par informacion 123que plusieurs gens l’ont vu en pluseurs lieux de son eveschié et que, ainsi que il passoit par dessus ung chastel près dudit Talamont, nommé Bien80, les gens dudit chastel, quant le virent venir, cuidrent estre tous perdus et foudroyés, quar il estoit hu milieu d’ung grant feu qui n’atouchoit à luy près de deux brasses ; et tenoit en sa main une espée toute nue, et venoit chevauchant en l’air de si grant rendon, que il sembloit que le chastel fust tout embrasé. Et ceulx du chastel commencèrent à crier à haulte voix ; et lors ledit homme ainssi armé, leurs dist trois foyx : Ne vous esmayez.
Et ces choses ont estées affermées au roy estre vrayes par ledit évesque de Luczon et par deux gentilz hommes, envoyés devers le roy pour ceste cause, qui ont affermé l’avoir veu, et plus de deux cens personnes ; et tant d’autres merveilles que c’est ung grant fet.
IX. Lettre de la Pucelle aux habitants de Tournay
(25 juin 1429)
(25 juin 1429)
On n’ignore pas que la ville de Tournay fut du domaine de la couronne de France jusqu’au commencement du XVIe siècle. Quoique isolée au milieu de la puissance bourguignonne, elle reconnut Charles VII en 1426 et tint pour lui tout le temps de son infortune. Elle dut cette force de résistance à la forme de son gouvernement qui était une démocratie constituée avec une rare sagesse. 124La lettre de la Pucelle est tirée de l’un des registres où l’on inscrivait les réponses du peuple aux communications faites par la magistrature. Elle fut apportée à Tournay le 7 juillet. Aussitôt les quatre consaux ou comités administratifs mandèrent le clergé et les délégués du roi, pour aviser avec eux sur le contenu de la dépêche. Il fut décidé, après délibération, qu’on la communiquerait aux bannières, c’est-à-dire aux trente-six sections formant l’universalité des citoyens. L’envoi fut fait sous une attache ainsi conçue :
Pour ce que nous savons vous estre tousjours desirans de oyr et savoir bonnes nouvelles de l’estat et prosperité du roy nostre Sire, nous avons fait copier les lettres que la Puchielle, qui de present est devers le roy nostre dit seigneur, nous a envoiées.
Les bannières, après avoir entendu lire la lettre, déclarèrent s’en rapporter à la sagesse des consaux : sur quoi ceux-ci nommèrent des députés pour aller trouver le roi, conformément à l’invitation de Jeanne. Le retour de ces mandataires est consigné au même registre, dans les termes suivants :
Jeudi au soir, XXIe jour de juillet, Bettremieu Carlier, grand-doyen, Jacques Queval, juré, et maistre Henry Romain, conseiller général de la ville, revinrent de l’ambassade où ilz avoient esté envoiés devers le roy nostre sire à son sacre et couronnement à Rains et aux entrées qu’il avoit faictes ès villes de Troyes, Chalons et autres. Et le lendemain XXIIe jour dudit mois, lesdictz ambassadeurs feirent leur relation à le pierre dessus les degrés de l’entrée de la halle du conseil de la ville, en la présence et audience du peuple, et si présentèrent les lettres du roy nostre sire adrechans aux consaulx et communalté, qui furent leues en l’audience dudit peuple ; et contenoient la responce que le roi faisoit sur ladicte ambassade. Et le XXVIe jour ensuivant, lesdictes lettres furent leues par devant les consaulx et commis en halle.
Nous tirons ces détails d’un article de M. Hennebert, inséré dans les Archives historiques et littéraires du nord de la France (nouvelle série, t. I, p. 520, année 1837), article qui accompagne 125la publication du document lui-même dont la découverte est due également à M. Hennebert.
✝ Jhesus ✝ Maria.
Gentilz loiaux Franchois de la ville de Tournay, la Pucelle vous faict savoir des nouvelles de par dechà, que en VIII jours elle a cachié les Anglois hors de toutez les places qu’ilz tenoient sur la rivire de Loire, par assaut ou aultrement ; où il en a eu mains mors et prinz, et lez a desconfis en bataille. Et croiés que le conte de Suffort, Lapoulle son frère, le sire de Tallebord, le sire de Scallez et messires Jehan Falscof81 et plusieurs chevaliers et capitainez ont esté prinz, et le frère du conte de Suffort et Glasdas mors. Maintenés vous bien loiaux Franchois, je vous en pry, et vous pry et vous requiers que vous soiés tous prestz de venir au sacre du gentil roy Charles à Rains où nous serons briefment, et venés au devant de nous quant vous saurés que nous aprocherons. A Dieu vous commans, Dieu soit garde de vous et vous doinst grace que vous puissiés maintenir la bonne querelle du royaume de France. Escript à Gien le XXVe jour de juing.
Sur l’adresse : Aux loiaux Franchois de la ville de Tournay.
X. Lettre de la Pucelle au duc de Bourgogne
(17 juillet 1429)
(17 juillet 1429)
Publiée deux fois comme inédite : d’abord par l’archiviste Godefroy, dans le Journal de la littérature, des sciences et des arts, de l’abbé Grosier (année 1780, t. IV, p.448), et en second lieu par M. Berriat-Saint-Prix, dans l’histoire de Jeanne d’Arc, qu’il fit paraître en 1817. Dans l’intervalle, l’original s’était perdu et retrouvé. Il n’a jamais quitté le dépôt d’archives de Lille, autrefois archives de la chambre des comptes de Flandre, aujourd’hui archives du département du Nord.
Notre texte a été établi d’après un fac-simile parfaitement exécuté que possédait M. Aimé Martin.
✝ Jhesus Maria.
Hault et redoubté prince, duc de Bourgoingne, Jehanne la Pucelle vous requiert de par le Roy du ciel, mon droicturier et souverain seigneur, que le roy de France et vous, faciez bonne paix ferme, qui dure longuement. Pardonnez l’un à l’autre de bon cuer, entièrement, ainsi que doivent faire loyaulx chrestians ; et s’il vous plaist à guerroier, si alez sur les Sarrazins. Prince de Bourgoingne, je vous prie, supplie et requiers tant humblement que requerir vous puis, que ne guerroiez plus ou saint royaume de France, et faictes retraire incontinent et briefment voz gens qui sont en aucunes places et forteresses dudit saint royaume ; et de la part du gentil roy de France, il est prest de faire paix à vous, sauve son honneur, s’il ne 127tient en vous. Et vous faiz à savoir de par le Roy du ciel, mon droicturier et souverain seigneur, pour vostre bien et pour vostre honneur et sur voz vie, que vous n’y gaignerez point bataille à l’encontre des loyaulx François, et que tous ceulx qui guerroient oudit saint royaume de France, guerroient contre le roy Jhesus, roy du ciel et de tout le monde, mon droicturier et souverain seigneur. Et vous prie et requiers à jointes mains, que ne faictes nulle bataille ne ne guerroiez contre nous, vous, voz gens ou subgiez ; et croiez seurement que, quelque nombre de gens que amenez contre nous, qu’ilz n’y gaigneront mie, et sera grant pitié de la grant bataille et du sang qui y sera respendu de ceulx qui y vendront contre nous. Et a trois sepmaines que je vous avoye escript et envoié bonnes lettres par ung hérault, que feussiez au sacre du roy qui, aujourdui dimenche, XVIIe jour de ce présent mois de juillet, ce fait en la cité de Reims : dont je n’ay eu point de response, ne n’ouy oncques puis nouvelles dudit hérault. A Dieu vous commens et soit garde de vous, s’il lui plaist ; et prie Dieu qu’il y mecte bonne pais. Escript audit lieu de Reims, ledit XVIIe jour de juillet.
Sur l’adresse : Au duc de Bourgoigne.
XI. Lettre de trois gentilshommes angevins à la femme et à la belle-mère de Charles VII
(17 juillet 1429)
(17 juillet 1429)
Imprimée, pour la première fois, dans la Bibliothèque instructive du P. Menestrier (t. II, p. 90), d’après l’original que possédaient 128dans leurs archives les religieux de l’abbaye de Bénissondieu en Forez. Le P. Griffet en eut connaissance et s’en servit pour annoter Daniel à l’endroit du sacre de Charles VII. Nous avons dit (t. IV, p. 380) que la date de cet événement avait été longtemps un sujet de controverse par suite d’erreurs de chiffre introduites dans toutes les éditions de Monstrelet. M. Buchon, qui ne soupçonnait pas cela, fit tout le contraire du P. Griffet : il corrigea par le texte imprimé de Monstrelet la lettre de l’abbaye de Bénissondieu et la réimprima avec la date du 27 juillet, sans prévenir du changement qu’il y faisait. Il est bien constaté aujourd’hui que les bons manuscrits de Monstrelet, ainsi que les lettres particulières, ainsi que tous les documents ayant quelque autorité, s’accordent à placer le sacre au 17.
Nos souveraines et très redoubtées dames, plaise vous sçavoir que yer le roy arriva en ceste ville de Rains, ouquel il a trouvé toute et pleine obéissance. Aujourd’hui a esté sacré et couronné ; et a esté moult belle chose à voir le beau mystère, car il a esté auxi solempnel et accoustré de toutes les besongnes y appartenans, auxi bien et si convenablement pour faire la chose, tant en abis royaux et autres choses à ce nécessaires, comme s’il eust mandé un an auparavant ; et y a eu autant de gens que c’est chose infinie à escrire, et auxi la grande joye que chacun en avoit.
Messeigneurs le duc d’Alençon, le conte de Clermont, le conte de Vendosme, les seigneurs de Laval et La Trimoille, y ont esté en abis royaux, et monseigneur d’Alençon a fait le roy chevalier, et les des susditz représentoient les pairs de France ; monseigneur d’Albret a tenu l’espée durant ledit mystère devant le roy ; et pour les pairs de l’église y estoient avec leurs croces et mitres, messeigneurs de Rains, de Chalons, qui sont pairs ; et en lieu des autres, les 129évesques de Séez et d’Orléans, et deux autres prélas ; et mondit seigneur de Rains y a fait ledit mystère et sacre qui luy appartient.
Pour aller querir la sainte ampolle en l’abaye de de Saint-Remy, et pour la apporter en l’église de Nostre-Dame, où a esté fait le sacre, furent ordonnez le mareschal de Bossac, les seigneurs de Rays, Graville, et l’admiral avec leurs quatre bannières que chacun portoit en sa main, armez de toutes pièces et à cheval, bien accompagnez pour conduire l’abbé dudit lieu, qui apportoit ladite ampolle ; et entrèrent à cheval en ladite grande église et descendirent à l’entrée du chœur, et en cest estat l’ont rendue après le service en ladite abaye ; lequel service a duré de puis neuf heures jusqu’à deux heures. Et à l’heure que le roy fut sacré, et auxi quand l’on lui assist la couronne sur la teste, tout homme cria Noël ! et trompettes sonnèrent en telle manière, qu’il sembloit que les voultes de l’église se deussent fendre.
Et durant ledit mystère, la Pucelle s’est tousjours tenue joignant du roy, tenant son estendart en sa main.
Et estoit moult belle chose de voir les belles manières que tenoit le roy et auxi la Pucelle. Et Dieu sache si vous y avez esté souhaitées.
Aujourd’hui ont esté faitz par le roy contes le sire de Laval et le sire de Sully, et Rays mareschal82.
130Vendredy eut huit jours, le roy mist le siége devant Troye, et leur fit moult forte guerre ; si vindrent à obéissance ; et y entra le dimanche après par composition. Et s’ilz ne lui eussent fait obéissance à son plaisir, il les eust prins par puissance ; car c’est une chose merveilleuse de voir la grande puissance des gens qui sont en sa compagnée. Le lundy suivant se partit le roy de Troye tenant son chemin à Chalons. Ceux de Chalons ont envoyé devant demi-journée rendre obéyssance. Le roy y entra jeudy et s’en parti vendredy, tenant son chemin en ceste ville. Et pareillement ceux de ceste ville sont venus rendre obéissance, et sont bien joyeulx de sa venue, comme ilz monstrent à leur pouvoir.
Demain s’en doibt partir le roy tenant son chemin vers Paris. On dit en ceste ville que le duc de Bourgongne y a esté et s’en est retourné à Laon, où il est de présent ; il a envoyé si tost devers le roy qu’il arriva en ceste ville. A ceste heure nous espérons que bon traité y trouvera avant qu’ils partent. La Pucelle ne fait doubte qu’elle ne mette Paris en l’obéissance.
Audit sacre, le roy a fait plusieurs chevaliers, et aussi lesdits seigneurs pairs en font tant que merveilles ; il y en a plus de trois cents nouveaux.
Nos souveraines et redoubtées dames, nous prions le benoist Saint-Esprit qu’il vous donne bonne vie et longue.
Escript à Rains, ce dimanche XVIIe de juillet.
Vos très-humbles et obéissants serviteurs, Beauvau83, Moreal, Lussé.
131Et au dos est écrit : A la royne et à la royne de Secile, nos souveraines et très-redoubtées dames.
XII. Lettre d’Alain Chartier à un prince étranger
(Fin de juillet 1429)
(Fin de juillet 1429)
Imprimée une seule fois par Lami, dans les Deliciæ eruditorum (t. IV, p. 38, d’après un manuscrit de la bibliothèque Ricardi, à Florence. Le manuscrit 8757 latin de notre Bibliothèque royale en contient une autre leçon ; mais les deux textes sont tellement vicieux que même après les avoir travaillés l’un par l’autre, il faut renoncer à établir le sens de plusieurs passages.
La lettre est sans adresse, sans souscription et sans date. On l’attribue à Alain Chartier, parce que les deux manuscrits où elle se trouve sont des recueils de lettres de cet homme célèbre. Lami conjectura qu’elle avait été écrite pour l’empereur Sigismond ; mais un secrétaire du roi de France écrivant à l’empereur d’Allemagne ne l’aurait pas appelé illustrissime princeps. Il s’agit d’un prince qui avait envoyé un exprès à Bourges pour prendre des informations sur la Pucelle auprès de l’abbé de Saint-Antoine en Dauphiné ou de l’archevêque de Vienne. Le choix de ces deux dignitaires ecclésiastiques, tous deux appartenant à la même province, tous deux voisins de la Savoie, me semblerait devoir porter les conjectures de ce côté. Si Amédée VIII, duc de Savoie, n’est pas le personnage auquel s’adresse Alain Chartier, on pourra choisir entre son fils Louis, prince de Piémont, le marquis de Montferrat, le marquis de Saluces ou le duc de Milan.
Illustrissime princeps, nuntius vester Corardus Bituris pridie me convenit ; qui se a vobis in Galliam missum [asseruit], ut, cum abbate Sancti Anthonii vel 132archiepiscopo Viennensi84, quæ de Puella dicerentur, litteris impetrare posset ; sed neutro horum invento, rogavit me vehementer, ut si gratam, si jucundam rem vobis facere cuperem, has litteras de Puella conficerem. Ego vero splendore ac magnitudine vestri commotus, libenter operam dedi, ne magnarum rerum atque illustrium, et quæ vos scire magnopere cupitis, inanis vester nuntius vacuusque rediret.
Primum, ut opinor, cuja sit Puella vultis scire. Si nationem quæritis, de regno est ; si patriam, de Valle-Colorum, oppido quod est prope flumen Meusæ ; parentibus nata qui agriculturæ pecoribusque vacarent. Ftatem pueritiæ ingressa, curæ pecudum est posita. Ubi vero duodecimum annum attigit, voce ex nube mata, sæpenumero admonita est uti regem ad iret regnoque labenti succurreret. Sed quum Anglici valido exercitu, validis castellis ac bastidiis Aurelianis obsedissent, non admonita tantum fuit Superorum oraculo, verum quoque minis adfecta, quod pœnam gravissimam lueret misi raptim ad regem accederet. Interroganti [quomodo] proficisceretur, quid vel perfectam85 facere oporteret, responsum est : Habitu muliebri deposito,virilem adsume, [et socios] qui te concomitentur ad regem et conducant a capitaneo Vallis Colorum. Profecta ubi sis, et cum rege loquuta, a fac liberes Aurelianis ab obsidione. Hinc regem consecrandum Remis adducas ; coronato Parisius reddas regnumque restituas.
133Non fuit in mora Puella ; capitaneum adiit, comites accepit, virilem vestem induit, et ascendens equum, quod nusquam antea, iter adgreditur, atque per rura, per castra, per civitates hostiles et media hostium tela, ipsa incolumis et sociis salvis omnibus, progressa, tandem ubi rex erat advenit. At rex, audito adventu Puellæ, perceptoque quamobrem veniat, quidve se facturam dictitaret, sapientissimi regis consilio usus, neque contemnendam eam, neque admittendam prius statuit, quam experimento adgnosceret quid illa haberet rei bonæ aut malæ, fictum vel verum, compositum aut pravum. lgitur Puella apud doctissimos viros, velut in pugnam, in examen adducitur, ubi de multis arduisque rebus humanis ac divinis etiam atque etiam interrogata, nihil nisi egregium et dignum laude respondit ; ut non in agris pecudes pavisse, sed in scholis litteras addidicisse videretur. Spectaculum profecto pulcherrimum : fœmina cum viris, indocta cum doctis, sola cum multis, infima de summis disputat ! Sed quum rex accepit quibus verbis quave constantia uteretur, accersiri coram se jussit, loquentem audivit diligenter. Quid loquuta sit, nemo enim est qui sciat illud. Tamen manifestis simum est regem velut Spiritu86, non mediocri fuisse alacritate perfusum.
Post hæc Puella, quum divina arderet præcepta adimplere, petiit confestim sibi dari exercitum quo Aurelianis succurratjam periclitanti : cui,ne quidquam temere ageretur, negatum principio, tandem est concessum. Quo accepto, cum ingenti copia victualium 134Aurelianis concedit. Transeuntes sub hostium castris nihil hostile percipiunt ; hostes enim velut ex inimicis amici, ex viris mulieres facti aut cuncti ligati manibus forent, victualia in urbem transire æquo animo patiuntur. Delatis in urbem victualibus, ipsa castra aggrediens, quoddam miraculum est quonam modo, vel quam brevi spatio, ceperit illa, præsertim quod iu medio quasi pontis87 erectum, ita validum erat et tam munitum omnibus rebus ac vallatum, ut, si gentes, si mationes omnium oppugnassent, non tamen posse capi crederetur. Oppugnat demum unum, demum aliud, ac tertium oppidum, quæ ut erant circumamicta fluminibus, plena armatorum et præsidiis universis, nullo pacto expugnari posse videbantur. Quæ quidem oppida victa hæc bellatrix velut tempestas obruit, ac dehinc audito Anglicos cum exercitu prope esse, exercitum et aciem ducit in hostes, magno animo invadit. Neque eo remota est quod essent hostes longe numero superiores. Non potuerunt Anglici sustinere impetum Puellæ, ita quod victi, in modum pecudum usque ad unum cæsi sunt omnes. Posthæc pronuntiat non esse ignorandum advenisse tempus quo suscipienda corona regi esset ; eundum ergo Remis : quod multis, non tantum difficile, sed impossibile visum est, quippe quod ab hostibus per eas(?) oporteret civitates atque locos procedere. At ipsæ civitates ultro sese regi dabant. Igiturque ventum est Remis et rex, Puella duce, consecratus est.
Cæterum ne longius progrediar et paucis, si possim, 135multa perstringam : nemo mortalium est, qui si ipsam cogitet, non admiretur, dictis stupeat, factis et gestis, quæ tam multa et mirabilia brevi tempore egerit. Sed quid mirum ? Quid enim eorum est quæ habere duces oportet in bellis, quod Puella non habeat ? An prudentiam militarem ? Habet mirabilem. An fortitudinem ? Habet animum excelsum, superque omnes. An diligentiam ? Vincit superos. An justitiam ? an virtutem ? am felicitatem ? Et his præter cæteros est ornata. Et si est conflictura cum hoste, ipsa exercitum ducit, ipsa castra locat, ipsa prælium, ipsa aciem instruit, et fortiter opera militis utitur et quam pridem opera ducis exsequitur. Dato enim signo, hastam rapit, raptam concutit, vibrat in hostes, et, tacto
calcaribus equo, magno impetu in agmen irrumpit.
Hæc est illa quæ non aliunde terrarum profecta est, quæ e cœlo demissa videtur ut ruentem Galliam cervice et humeris sustineret. Hæc regem in vasto gurgite procellis et tempestatibus laborantem in portum et littus evexit, [et] erexit animos ad meliora sperandum. Hæc Anglicam ferociam comprimens, Gallicam excitavit audaciam, Gallicam prohibuit ruinam, Gallicum excussit incendium. O virginem singularem, omni gloria, omni laude dignam, dignam divinis homoribus ! Tu regni decus, tu lilii lumen, tu lux, tu gloria non Gallorum tantum, sed christianorum omnium. Non Hectore reminiscat et gaudeat Troja, exsultet Græcia Alexandro, Annibale Africa, Italia Cæsare et Romanis ducibus omnibus glorietur. Gallia etsi ex pristinis multos habeat, hac tamen una Puella contenta, audebit se gloriari et laude bellica 136cæteris nationibus se comparare, verum quoque, si expediet, se anteponere.
Hæc sunt quæ de Puella impræsentiarum habui ; quæ si brevius dixi quam forte velitis, eo factum existimetis quia si ea fusius dixissem, non in litteras, sed in librum exiissent. Valete.
XIII. Fragment d’une lettre du duc de Bethford
(Fin de juillet ?)
(Fin de juillet ?)
Imprimé dans les Pacta, Fœdera, etc., de Rymer, t. X, p. 408, sous le titre suivant : Super morte comitis Sarum, super incantamentis diabolicæ fœminæ quam Puellam nuncupant, et de statu tunc rerum in Francia, inter alia hæc memorantur ducis Bedfordiæ ad regem verba. À cause qu’il y est parlé de la mort de Salisbury, Rymer l’a placé parmi les pièces de l’an 1428, mais à tort, puisque non-seulement la Pucelle avait paru au moment de la dépêche, mais que déjà même elle avait étonné le monde de ses succès.
And alle thing there prospered for you, til the tyme of the siege of Orleans taken in hand, God knoweth by what advis. At the whiche tyme, after the adventure fallen to the persone of my cousin of Salysbury, whom God assoille, there felle, by the hand of God, as it seemeth, a greet strook upon your peuple that was assembled there in grete nombre, caused in grete partie, as y trowe, of lakke of sadde beleve, and of unlevefulle doubte that thei hadde of a disciple and lyme of the Feende, called the Pucelle, that used fals enchauntements and sorcerie. The which strooke and discomfiture nought oonly lessed in grete partie the 137nombre of youre people, there, but as well withdrowe the courage of the remenant in merveillous wyse, and couraiged youre adverse partie and ennemys to assemble hem forthwith in grete nombre, etc.88
XIV. Exemption d’impôts accordée aux habitants de Greux et de Dompremy en considération de la Pucelle
(31 juillet 1429)
(31 juillet 1429)
Un vidimus de l’an 1483, conservé naguère à la mairie de Greux89, a fourni le texte de cette pièce à M. Jollois, qui le fit imprimer, pour la première fois, dans son Histoire abrégée de la vie et des exploits de Jeanne d’Arc. Lenglet Dufresnoy avait promis de la donner dans la troisième partie de son ouvrage ; mais il ne le fit pas, sans doute parce que la copie ne lui vint pas à temps.
Le privilège des concitoyens de Jeanne d’Arc a subsisté jusqu’au siècle dernier. J’en ai vu une confirmation de Louis XV en date du 10 août 1723, où étaient allégués, comme antécédents, une ordonnance du mois de mars 1656 et un arrêt du conseil du 28 février 1682. D’anciens mémoires, rédigés au commencement du 138dix-septième siècle, fondent la perpétuité du même usage sur la reproduction constante de la formule Néant, la Pucelle, mise devant les noms des villages de Greux et Domremy sur tous les rôles de taille des temps antérieurs.
Charles, par la grâce de Dieu roy de France, au bailly de Chaumont, aux trésoriers90 et commissaires commis et à commettre pour asseoir et imposer les aides, tailles, subsides et subventions audit bailliaige, et à tous nos autres justiciers et officiers ou à leurs lieuxtenans, salut et dilection. Sçavoir vous faisons [que] en faveur et à la requeste de nostre bien amée Jehanne la Pucelle ; [considéré] le grant, haut, notable et prouffitable service qu’elle nous a fait et fait chacun jour au recouvrement de nostre seigneurie : nous avons octroyé et octroyons de grace espéciale par ces présentes aux manans [et] habitans des ville [et] villaige de Greux et Domremy, oudit bailliaige de Chaumont en Bassigny91, dont ladite Jehanne est natifve, qu’ilz soyent d’ores en avant francs, quictes et exemptz de toutes tailles, aides, subsides et subvencions mises et à mettre oudit bailliaige. Si vous mandons et enjoingnons et à chacun de vous [que d’iceulx] affranchissement, quittance et exempcion, vous faites92, et laissez lesditz manans et habitans joyr et user pleinement, sans leur mettre ou donner ni souffrir estre mis ou donné aucun destourbier ou empeschement au contraire, lors ni pour le temps 139à venir ; et en cas que lesditz manans et habitans soient assis ou imposés auxdites tailles et aides, chacun de vous endroit soy les en faire tenir quictes et paisibles : car ainsi nous plaist et voulons estre fait, non obstans quelxconques ordonnances, restrictions, mandemens ou deffenses au contraire. Donné au Chasteau-Thierry, le derrenier jour de juillet, l’an de grace mil quatre cens vingt-neuf, et de nostre règne le septiesme.
Ainsi signé : Par le roy en son Conseil. Budé93.
XV. Lettre de la Pucelle aux habitants de Reims
(5 août 1429)
(5 août 1429)
Imprimée pour la première fois en 1844, par M. Varin, dans les Archives administratives de Reims (t. I, p. 596). L’original était conservé à l’hôtel-de-ville de Reims au commencement du dix-septième siècle ; il n’en existe plus qu’une copie du même temps qui se trouve intercalée dans le manuscrit de Rogier, à la Bibliothèque royale (Supplément français, n° 1515-2) ; c’est de là que M. Varin l’a exhumée.
Mes chiers et bons amis les bons et loyaux François de la cité de Rains, Jehanne la Pucelle vous faict à 140savoir de ses nouvelles, et vous prie et vous requiert que vous ne faicte nul doubte en la bonne querelle que elle mayne pour le sang royal ; et je vous promet et certiffy que je ne vous abandoneray poinct tant que je vivray. Et est vray que le roy a faict trêves au duc de Bourgoigne quinze jour durant, par ainsi qu’il ly doibt rendre la cité de Paris paisiblement au chieff de quinze jour. Cependant ne vous donnés nule merveille se je ne y entre si brieffvement, combien que des trêves qui ainsi sont faictes je ne soy point contente et ne sçay si je les tendroy ; mais si je les tiens, ce sera seulement pour garder l’honneur du roy ; combien aussy que ilz ne rabuseront point le sang royal, car je tiendray et maintiendray ensemble l’armée du roy pour estre toute preste au chief desdictz quinze jours, s’ils ne font la paix. Pour ce, mes très chiers et parfaicts amis, je vous prie que vous ne vous en donnés malaise tant comme je vivray ; mez vous requiers que vous faictes bon guet et gardez la bonne cité du roy ; et me faictes savoir scil y a nuls triteurs qui vous veullent grever, et au plus brief que je pourray, je les en osteray ; et me faictes sçavoir de vos nouvelles. A Dieu vous commande qui soit garde de vous.
Escript ce vendredy, cinquiesme jour d’aoust, emprès un logis sur champ ou chemin de Paris.
Sur l’adresse : Aux loyaux Francxois habitans en la ville de Rains.
141XVI. Délibération de la ville de Reims
(5 septembre 1429)
(5 septembre 1429)
Imprimée d’après ce qui reste des registres de l’hôtel de ville de Reims, par M. Varin ; même ouvrage et même volume que la pièce précédente, p. 743.
Lundi Ve de septembre M CCCC XXIX, par Anthoine de Hellande, cappitaine, et présens monseigneur de Saint Denis, maistre N. Syrene, maistre C. Duguet ; J. Caillart, C. Hurtaut, eschevins ; G. Hodierne, G. Lescot, maistre P. Chardon, maistre J. Cabert, maistre P. de Montfaulcon, maistre H. La Barbe, et pluseurs esleuz et autres jusques au nombre de IIIIxx personnes,
A esté délibéré de paier les despens du père de la Pucelle94 et de lui bailler un cheval pour s’en aller.
Item d’escripre au roy et à monseigneur de Reins, sur les appatis que font les gens de Poton estant à Chastel-Thierry et autres garnisons, et qu’il leur plaise y pourveoir ; et pareillement à la Pucelle, et que on y pourvoye.
142XVII. Outrage public fait à la magistrature d’Abbeville à propos de la Pucelle
(Vers le 15 septembre 1429)
(Vers le 15 septembre 1429)
Rémission du Trésor des chartes, publiée ici pour la première fois, d’après le registre J, 175 (pièce 125) des Archives du royaume. Les Bénédictins l’ont citée au mot Persina de leur supplément au Glossaire de Du Cange, à cause de la locution sentir la persinée qui y est employée deux fois.
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d’Angleterre, savoir faisons à tous présens et advenir nous avoir esté humblement exposé de la partie de Colin Gouye, dit le Sourt, et Jehannin Daix, dit Petit, natifs de la ville d’Abbeville, prisonniers en noz prisons d’Amiens :
Comme de tout leur temps ilz se soient maintenuz et gouvernez soubz nostre obéissance et de leurs povoirs emplaiez en mostre service ; lesquelz, tantost après que noz ennemis et adversaires, estant en leur compaignie la femme vulgaument nommée la Pucelle, furent venuz en nostre royaume et paiis de France et par especial devant nostre ville de Paris, en un certain jour lesditz supplians estans en la compaignie d’un nommé Colin Broyart devant et assez près de l’ostel d’un mareschal nommé Guillaume Dupont, en nostre ville d’Abbeville, entendirent que aucuns parloient des faiz et abusions de ladicte nommée vulgaument la Pucelle, et par especial un hérault ; auquel hérault ledit Petit eust dit : Bran, bran
, et 143que chose que dist ne fist icele femme, n’estoit que abusion ; et pareillement le dirent ledit Colin et autres dessusditz ; et que à icele femme l’en me devoit adjouster foy ; et que ceulx qui en icele avoient créance estoient folz et sentoient la persinée, ou paroles semblables en substance ; et oultre que il en y avoit en ladicte ville plusieurs autres qui sentoient la persinée ; non pensant donner charge à aucuns des bons bourgois et manans et habitans de nostredicte ville ;
Pour lequel cas et autres paroles dont ilz estoient souspeçonnez par les maire et eschevins de nostredicte ville d’Abbeville, lesditz supplians et ledit Colin Broyart furent faiz prisonniers par lesditz maire et eschevins et longuement tenuz en estroictes et dures prisons et depuis mis en noz prisons à Abbeville, où ilz furent certaine espace de temps à grant rigueur du lez desditz maire et eschevins. Et eulx estans ès dictes prisons, eurent congnoissance que nous et nostre très chier et très amé oncle et cousin le duc de Bourgoigne, faisions assemblée de gens d’armes et de trait | pour résister à l’entreprise de noz ennemis et adversaires : pour quoy, lesditz supplians et ledit Broyart ensemble furent meuz de eulx partir. Et de fait se partirent desdictes prisons par un trou qu’ilz firent entre deux coulombes et alèrent jusques à la forteresce par laquelle ilz se devalèrent par une corde ès fossez, passèrent oultre et alèrent en nostre service tant au siége de Compieigne comme ailleurs ; là où ilz ont tousjours continué jusques à certain temps qu’ilz estoient retournez en nostredicte ville, nous estant en nostre ville de Rouen, en entencion d’aler vers nous pour estre pourveu sur ledit cas.
144Et eulx estans ylec, eurent congnoissance que un nommé Jehan Laudée, bourgois et manant en nostre dicte ville d’Abbeville, pourchassoit moult fort de eulx donner empeschement : par quoy se conclurent et envaïrent environ le soir ledit Jehan Laudée et sur lui tirèrent leurs espées, sans ce que ledit Laudée feust aucunement blecié ne navré ; et doubtant la puissance dudit Jean Laudée qui faisoit grant assemblée de peuple pour trouver et porter danger ausditz supplians de leurs corps, passèrent par dessus les murs de ladicte ville et oultre lesditz fossez secretement.
Pour lesquelz cas lesditz supplians ont esté appelez à noz droiz et bannis de nostre royaume de France à tousjours. Et néantmoins ont continué en plusieurs lieux en nostre service et telement que derrenierement, ainsi qu’ilz s’en aloient en la compaignie du seigneur d’Omont en entencion d’aler au siége de Laigny, ont esté prinz par noz gens et officiers de Monstereul et menez vers nostre bailli d’Amiens, où ilz sont prisonniers, en voie de finir leursjours miserablement se, sur ce, ne leur est impartie nostre grace et miséricorde, si come ilz dient, etc.
Pourquoy nous, ces choses considérées, voulans misericorde estre préférée à rigueur de justice, ausditz supplians et à chacun d’eulx oudit cas, avons quicté, remis et pardonné, remectons, quictons et pardonnons de nostre grace especial, pleine puissance et auctorité royal, les faiz et choses dessusdictes, etc.
Donné aux champs devant Laigny-sur-Marne, le VIe jour de juillet l’an de grâce mil CCCC XXXII et de nostre règne le dixiesme.
Ainsi signé : Par le roy à la relacion de monseigneur 145le gouvernant et regent de France, duc de Bedford. J. de Rivel.
XVIII. Communications du Roi et de la Pucelle aux habitants de Troyes
(2 octobre 1429)
(2 octobre 1429)
Extrait du Registre des assemblées faictes des congié, licence et auctorité de M. le bailli de Troies ou son lieutenant, par MM. les gens du clergé, bourgois et habitans de la ville de Troies, depuis le mercredi XXIe jour du mois de septembre l’an 1429
; aux archives de l’Aube. Communiqué par M. Ph. Guignard, archiviste du département.
Le dimenche, IIe jour du mois d’octobre l’an mil CCCC XXIX, furent assemblez en la Sale royal à Troies, par l’ordonnance et commandement de Mgr. le bailli de Troies, les personnes qui s’ensuyvent, c’est assavoir, etc… et aultres plusieurs, en grant nombre advenuz, pour oïr la lecture de certaines lectres envoyeez par le roy à MM. le clergié, bourgois et habitans ; lesquelles feurent leues et exposées mot à mot ; contenans en substance que le roy a escript à Mgr. de Vendosme qu’il nous secoure en nostre nécessité, et qu’il viengne par deçà, pour faveur des nécessitez de par deçà, et furent escriptes à Gien, XXIIIe septembre.
Furent en la dicte assembléé publiées certaines lectres de Jehanne la Pucelle, escriptes à Gien, XXIIe jour dudict mois, par lesquelles elle se recommande à MM., leur fait sçavoir de ses nouvelles, et qu’elle a esté bléciée devant Paris95.
146XIX. Note de diverses provisions de guerre fournies par la ville de Clermont-Ferrand à la requête de la Pucelle
(7 novembre 1429)
(7 novembre 1429)
Extrait du registre appelé le Papier du chien ou Livre des mémoires et diligences de la ville de Clermont, fol. 47 verso ; imprimé par M. Buchon dans le Panthéon littéraire, corrigé d’après une copie nouvelle de M. Desbouis, archiviste de la ville de Clermont.
Mémoyre soit que la Pucelle Jehanne, message de Dieu, et monseigneur de Lebret, envoyèrent à la ville de Clermont le VIIe jour de novembre l’an mil quatre cens et vint et neuf, unes lettres faysant mencion que la ville leur voulsist ayder de poudre de canon et de traict et d’artillerie pour le sciège de La Charité. Et fut ordonné par messeigneurs d’églize, esleuz et habitans de laditte ville, de leur envoier les chauses qui s’enssuivent, lesquelles leur furent envoiées par Jehan Merle, fourier de monseigneur le Daulphin, comme appert par sa quictance, laquelle est en cest papier : et premièrement deux quintaux de saupestre, un quintal seuphre, deux quaysses de traict contenant un malher ; et pour la personne de la dicte Jehanne, une espée, deux dagues et une apche d’armes. Et fut escript à messire Robert Andrieu, qui estoit devers ladicte Jehanne, qu’il présentast ledit arnoys à la dicte Jehanne et seigneur de Lebret96.
147XX. Lettre de la Pucelle aux habitants de Riom
(9 novembre 1429)
(9 novembre 1429)
Pièce découverte en 1844 parmi les papiers de l’hôtel de ville de Riom, par M. Tailhand, président à la cour royale de cette ville. Elle fut publiée alors par plusieurs journaux quotidiens. Nous donnons un fac-simile de l’original qui est en papier, signé de la main même de la Pucelle. Cette circonstance s’accorde très bien avec l’aveu qu’elle fit à ses juges de ne savoir pas écrire. La forme incertaine et écrasée des lettres fait voir qu’elle ne parvint à donner cette signature qu’en se faisant guider la main. L’original de Riom, que j’ai vu et tenu, avait été scellé d’un cachet en cire rouge dont l’empreinte a été détruite. Le revers seul est conservé : on y voit la marque d’un doigt et le reste d’un cheveu noir qui paraît avoir été mis originairement dans la cire.
Chers et bons amis, vous savez bien comment la ville de Saint-Pierre le Moustiera esté prinse d’assault ; et, à l’aide de Dieu, ay entencion de faire vuider les autres places qui sont contraires au roy ; mais pour ce que grant despense de pouldres, trait et autres habillemens de guerre a esté faicte devant ladicte ville, et que petitement les seigneurs qui sont en ceste ville et moy en sommes pourveuz pour aler mectre le siége devant La Charité, où nous alons présentement : je vous prie sur tant que vous aymez le bien et honneur du roy et aussi de tous les autres de par deçà, que vueillez incontinant envoyer et aider pour ledit siége, de pouldres, 148salpestre, souffre, trait, arbelestres fortes et d’autres habillemens de guerre. Et en ce faictes tant que, par faulte desdictes pouldres et autres habillemens de guerre, la chose ne soit longue, et que on ne vous puisse dire en ce estre négligens ou refusans. Chiers et bons amis, Nostre Sire soit garde de vous. Escript à Molins, le neufviesme jour de novembre.
Signé : Jehanne.
Sur l’adresse : A mes chers et bons amis, les gens d’église, bourgois et habitans de la ville de Rion.
XXI. Lettre du sire d’Albret aux mêmes
(Même date)
(Même date)
Même provenance que la pièce précédente ; imprimée pour la première fois par M. Tailhand, dans la Presse judiciaire (journal de Riom) du 10 août 1844.
Très chers et grans amis, vous avez bien peu savoir comment la ville de Saint-Pierre le Moustier a esté prinse d’assault ; à laquelle prinse avons fait grant despense de pouldres, trait et autres habillemens de guerre : parquoy de présent en sommes petitement pourveuz. Et pour ce que mostre entencion est, à l’aide de Dieu, de poursuir et besoigner au demourant de la délivrance et vuidange des autres places contraires et ennemies de Mgr. le roy, et de ses païs et subgez, et mesmement de La Charité, Cosne et autres : nous soit besoing et necessité d’avoir présentement grant quantité de pouldres, trait et autres habillemens de guerre, desquelles choses recouvrer, ne de l’argent que pour ce conviendroit, ne pourrions pas si largement 149ne présentement finer, comme besoing est, sans l’aide de vous et des autres bonnes villes et loyaulx subgez de Mgr. le roy : pourquoy vous, qui desirez, comme nous créons fermement, la widange et déli vrance desdictes places ; mesmement que par les adversaires et ennemis de Mgr. le roy, qui détiennent et occupent icelles places, vous et les autres subgiez de mon dit seigneur sont grandement oppressés et en dommagés, et aussi que nul prudomme ne bons marchans n’osent aler me converser par le païs pour doubte desdiz ennemis : vous prions et requerons très acertes et sur tant que aimez et desirez la widange et delivrance desdictes places, et le bien de vous et des païs voisins d’icelles, que nous vueillez aider et en voyer présentement par nostre amé Jehan Merle, que pour ceste cause envoyons par devers vous, le plus largement que vous pourrez et saurez présentement aider de pouldres à canon, salepestre, souffre, arbelestes et autres habillemens de guerre, afin que nostre entreprinse ne soit longue, et que par faulte de pouldres et autres choses dessus dictes, le fait ne soit aucunement [empesché] ne retardé. Et de ce que le porteur de cestes vous dira de par nous touchant ledit fait, le vueillez croire et adjouster à lui plaine foi et créance ; et incontinant le délivrez et lui baillez et faictes bailler et delivrer ce qui sera nécessaire pour amener et conduire devant la ville de La Charité où Jehanne la Pucelle, Mgr. de Montpensier et nous, alons présentement mettre le siege. Et de quoy nous voudrez aider et de vous volentez et entencion, sur ce que dit est, nous faictes savoir par ledit Jehan Merle ; avec ce se riens voulez que faire puissions, et nous le 150ferons : ce scet Nostre Seigneur, qui vous ait en sa garde. Escript à Molins, le neufme jour de novembre.
Signé : Le sire de Lebret, conte de Dreux et de Gavre, lieutenant du païs de Berry pour Mgr. le roy, sur le fait de la guerre, Charles.
Sur l’adresse : A mes très chers et grans amis, les gens d’église, bourgois et habitans de la ville de Rion.
XXII. Anoblissement de Jeanne d’Arc et de sa famille
(Décembre 1429)
(Décembre 1429)
Imprimé pour la première fois par Jean Hordal, dans son histoire de Jeanne d’Arc ; reproduit par Delaroque et quantité d’autres. Le présent texte est corrigé d’après un vidimus de Henri II qui se trouve dans le registre 260 (pièce 306) du Trésor des chartes, aux Archives du royaume. L’auteur de l’opuscule intitulé : De l’extraction et parenté de la Pucelle, dit que la charte originale était de son temps (1610) entre les mains d’un membre de la famille qui habitait la Normandie.
Karolus, Dei gratia Francorum rex, ad perpetuam rei memoriam. Magnificaturi divinæ celsitudinis uberrimas nitidissimasque gratias, celebri ministerio Puellæ, Johannæ d’Ay97 de Dompremeyo, caræ et dilectæ nostræ, de ballivia Calvimontis seu ejus ressortis, nobis elargitas, et, ipsa divina cooperante clementia, amplificari speratas : decens arbitramur et opportumum, 151ipsam Puellam, et suam, nedum ejus ob officii merita, verum et divinæ laudis præconia, totam parentelam dignis honorum nostræ regiæ majestatis insigniis attollendam et sublimandam, ut divina claritudine sic illustrata, nostræ regiæ liberalitatis aliquod munus egregium generi suo relinquat, quo divina gloria et tantarum gratiarum fama perpetuis temporibus accrescat et perseveret. Notum igitur facimus universis præsentibus et futuris, quod nos, præmissis attentis, considerantes insuper laudabilia, grataque et commodiosa servitia, nobis et regno nostro jam per dictam Johannam Puellam multimode impensa, et quæ in futurum impendi speramus, certisque aliis causis ad hoc animum nostrum inducentibus : præfatam Puellam ; Jacobum d’Ay dicti loci de Dompremeyo, patrem ; Ysabellam ejus uxorem, matrem ; Jacqueminum et Johannem d’Ay, et Petrum Prerelo98, fratres ipsius Puellæ, et totam suam parentelam et lignagium, et in favorem et pro contemplatione ejusdem, etiam eorum posteritatem masculinam et fœminimam, in legitimo matrimonio natam et nascituram, nobilitavimus, et per præsentes, de gratia speciali, et ex nostra certa scientia ac plenitudine potestatis, nobilitamus et nobiles facimus ; concedentes expresse ut dicta Puella, dicti Jacobus, Ysabella, Jacqueminus, Johannes et Petrus, et ipsius Puellæ tota parentela et lignagium, ac ipsorum posteritas nata et nascitura, in suis actibus, in judicio et extra, ab omnibus pro nobilibus habeantur et reputentur ; et ut privilegiis, 152libertatibus, prærogativis aliisque juribus, quibus alii nobiles dicti nostri regni ex nobili genere procreati, uti consueverunt et utuntur, gaudeant pacifice et fruantur. Eosdemque et dictam eorum posteritatem, aliorum nobilium dicti nostri regni ex nobili stirpe procreatorum consortio aggregamus ; non obstante quod ipsi, ut dictum est, ex nobili genere ortum non sumpserint, et forsan alterius, quam liberæ conditionis existant : volentes etiam, ut iidem prænominati, dictaque parentela et lignagium sæpe fatæ Puellæ, et eorum posteritas masculina et fœminina, dum, et quotiens eisdem placuerit, a quocumque milite militiæ cingulum valeant adipisci, seu decorari. Insuper concedentes eisdem et eorum posteritati tam masculinæ, quam fœmininæ in legitimo matrimonio procreatæ et procreandæ, ut ipsi feoda, et retrofeoda, et res nobiles a nobilibus et aliis quibuscumque personis acquirant, et tam acquisitas quam acquirendas retinere, tenere et possidere perpetuo valeant atque possint, absque eo quod illas vel illa, nunc vel futuro tempore, extra manum suam innobilitatis occasione ponere cogantur ; nec aliquam financiam nobis, vel successoribus nostris, propter hanc nobilitationem, solvere quovis modo teneantur aut compellantur : quam quidem financiam, prædecessorum intuitu et consideratione, eisdem supranominatis, et dictæ parentelæ et lignagio prædictæ Puellæ, ex nostra ampliori gratia donavimus et quitavimus, donamusque et quitamus per præsentes, ordinationibus, statutis, edictis, usu, revocationibus, consuetudine, inhibitionibus, et mandatis factis, vel faciendis ad hoc contrariis, non obstantibus quibuscumque. Quocirca 153dilectis et fidelibus nostris gentibus compotorum nostrorum, ac thesaurariis necnon generalibus et commissariis super facto financiarum nostrarum ordinatis seu deputandis, et ballivo dictæ balliviæ Calvimontis, cæterisque justiciariis nostris, vel eorum locatenentibus præsentibus et futuris, et cuilibet ipsorum, prout ad eum pertinuerit, damus harum serie in mandatis quatenus dictam Johannam Puellam, et dictos Jacobum, Ysabellam, Jacqueminum, Johannem et Petrum, ipsiusque Puellæ totam parentelam et lignagium, eorumque posteritatem prædictam in legitimo matrimonio, ut dictum est, natam et nascituram, nostris præsentibus gratia, nobilitatione et concessione uti, et gaudere pacifice nunc et in posterum faciant et permittant, et contra tenorem præsentium eosdem nullatenus impediant, seu molestent, aut a quocumque molestari, seu impediri patiantur. Quod ut perpetuæ stabilitatis robur obtineat, nostrum præsentibus apponi fecimus sigillum, in absentia magni ordinatum ; nostro in aliis, et alieno in omnibus, jure semper salvo. Datum Magduni super Ebram, mense decembri, anno Domini millesimo quadringentesimo vicesimo nono, regni vero nostri octavo.
Sur le repli : Per Regem, episcopo Sagiensi, dominis de La Tremoille et de Trevis, et aliis præsentibus. Signé, Malliere.
Et plus bas : Expedita in Camera compotorum regis, decima sexta mensis januarii, anno Domini millesimo CCCCo XXIXo, et ibidem registrata, libro cartarum hujus temporis, fol. CXXI. Signé, Agrelle.
Scellées du grand scel de cire verte, sur double queue, en laz de soie rouge et verte.
154XXIII. Délibération du conseil de la ville de Tours sur une demande de la Pucelle
(19 janvier et 7 février 1430)
(19 janvier et 7 février 1430)
Extraites de l’un des anciens registres conservés aux archives de la mairie de Tours. Ces documents ont été publiés pour la première fois par M. Vallet de Viriville dans la Bibliothèque de l’École des chartes, t. IV (première série), p.488.
Le XIXe jour de janvier, l’an mil IIIIc XXIX, au Tablier de la dicte ville, présent Guion Farineau, juge de Touraine, se sont assemblez sire Jehan Dupuy99, conseiller de la Royne de Secille ; les esleus de la ville, maistre Léonnart Champenoys, chamoine de l’église de Tours, commis par ladicte église ; maistres Jehan Chemier et Rigaut de Voillon, chanoines de l’église de Tours, pour le chapitre de Tours ; maistres Jehan Deslandes, chanoine de Monseigneur Saint Martin ; Pierre Briçonnet, Olivier Duboillon, Estienne Gemier ;
Pour délibérer sur unes lettres closes envoyées par Jehanne la Pucelle aux quatre esleus de la ville et sire Jehan Dupuy, faisans mencion que on baille à Heuves Polnoir, paintre100, la somme de cent escus pour vestir sa fille, et que on la lui garde.
Appointé que sur ce on parlera audit Heuves et rescripra 155en à sire Jehan de Pontchier et maistre Jehan
Lepicart, estans à Bourges101, etc.
— Le VIIe jour de février, l’an M IIIIc XXIX, au lieu de la Massequière, présens Jehan Godeau, lieutenant, etc., et Guion Farineau, juge de Touraine, se sont assemblez les esleuz : Maistre Pierre Léonart, official de Tours, pour Mgr. l’arcevesque ; maistre Jehan Chemier, chanoine et arcepresbtre de l’église de Tours, pour la dicte église ; maistre Jehan Deslandes dit Bonamy, pour le chappitre de Monseigneur Saint Martin ; Jehan Debrion, Macé de la Bretonnière, Pierre Briçonnet, Jehan Vesantier, Guillaume de Montbazon, Jehan Laillier, Colas de Montbazon, Jehan Herviet, Jehan Peslieu, Roulet Berthelot, Gillet Debrion et autres.
Par les quelx a esté delibéré que à la fille de Heuves Polnoir, paintre, qui de nouvel est mariée, pour l’onneur de Jehanne la Pucelle, venue en ce royaume devers le roy pour le fait de la guerre, disant à luy avoir esté envoyée de par le roy du ciel contre les Anglois ennemis de ce royaume ; la quelle a escript à la ville que, pour le mariage de ladicte fille, icelle ville lui paie la somme de cent escus : que, de ce, riens ne lui sera paié ne baillé, pour ce que les deniers de la ville convient emploier ès réparacions de la ville et non ailleurs. Mais, pour l’amour et honneur de la dicte Pucelle, iceulx gens d’église, bourgeois et habitans feront honneur à ladicte fille à sa bénédicion, qui sera juedi prouchain ; et d’icelle feront prier au nom de ladicte ville ; et pour faire ladicte prière aux 156hommes notables d’icelle ville, est ordonné Michau Hardoin, notaire de ladicte ville. Et à icelle fille sera donné du pain et du vin le jour de sadicte bénédicion ; c’est assavoir, le pain, d’un septier de froment, et quatre jalayes de vin102.
XXIV. Lettre de la Pucelle aux Hussites de Bohême
(3 mars 1430)
(3 mars 1430)
Traduction allemande d’une lettre qu’on reconnaît facilement avoir été écrite primitivement en latin. Elle a été mise en lumière par M. de Hormayr, dans le Taschenbuch für vaterlaendische Geschichte de 1834. Quoique l’éditeur se taise sur la provenance de cette pièce, elle ne laisse pas que d’être d’une incontestable authenticité. Composée par un clerc, elle respire la recherche d’un esprit formé aux exercices littéraires, et ne peut être comparée par conséquent à aucune des autres lettres de la Pucelle.
Nous renvoyons le lecteur à notre tome quatrième (p. 503), pour prendre connaissance du témoignage que le dominicain Jean Nider a porté sur cette lettre.
Jesus Maria.
Schon lange kam es durch das unbestaendige Gernecht, kuerzlich aber neuerdings durch die bestaendige 157Stimme des Volkes als Gottesstimme zu meinen Ohren zu meiner, des Maedchens Johanna, Kenntnisz, dasz ihr aus Christen, Ketzer, dasz ihr blinde Heiden und Sarazenen geworden seyd, dasz ihr den aechten Glauben und alles Erbauliche des Gottesdienstes aufgehoben habt, dafuer aber einem empoerenden Aberglauben froehnet, dasz ihr ihn durch diese Mittel des Schreckens und der Schmach gewaltsam fortzupflanzen erlaubt, heilige Bilder zerstoert, heilige Gebaende in Schutt und Truemmer legt ! Seyd ihr denn voellig rasend ?Welche sinnlose Wuth istin euch losgelassen ? Ihr meint, den erhabenen Glauben zu verfolgen, zu untergraben, ja auszurotten, den der allmaechtige Gott, der Sohn und der heilige Geist erweckt, einge setzt, erhoeht, durch den erhabensten Opfertod besiegelt, durch Tausende von Wundern bekraeftiget 158haben. Die des Gesichts und des Augenlichtes entbehren, sind hellsehend gegen euch, ihr Erste der Blinden. Meinet ihr etwa, straflos auszugehen ? Wisset ihr nicht, dasz Gott euere Ruchlosigkeit vorwaerts schreiten, euere Irrthuemer wachsen, euere Finsternisz wuchern, euere moerderischen Schwerter obsiegen laeszt, um euch, wenn ihr den Gibel der Gottlosigkeit erstiegen habt, urploetzlich in den Abgrund zu stuerzen.
Ich, das Maedchen Johanna, haette Euch, um wahr von dem Wahren zu reden, laengst mit strafenden Arm heimgesucht, wenn der Krieg mit den Englaendern mich nicht noch immer hier festhielte. Aber hoere ich nicht bald von Euerer Besserung, von Euerer Rueckkehr in den Schoosz der Kirche, so lasse ich vielleicht von den Englaendern und kehre mich gegen Euch, um den empoerenden Aberglauben mit des Eisens Schaerfe auszutilgen und Euch entweder 159die Ketzerei oder das Leben zu nehmen. Kehrt ihr jedoch zum vorigen Lichte, kehrt ihr in den Schoosz des katholischen Bekenntnisses zurueck, so sendet Euere Gesandten zu mir. Ich werde ihnen sagen, was Ihr zu thun habt. Verstockt Ihr aber in Euerer Widerspentigkeit, so moege die Grauengestalt des Schadens, den Ihr angerichtet, der Laster, womit Ihr Euch befleckt habt, Euern Muth erschuettern. Erwartet mich mit der staerksten menschlichen und goettlichen Macht um Euch Gleiches mit Gleichem zu vergelten.
Gegeben zu Sully, am 3 Maerz.
(Traduction en français)
Jesus Maria.
Déjà depuis longtemps l’inconstante renommée, mais depuis peu la voix certaine du peuple comme la voix de Dieu, ont porté à mes oreilles, à moi la Pucelle Jeanne, la connaissance de ceci : que d’hérétiques chrétiens, vous êtes devenus des païens aveugles et des Sarrasins ; que vous avez aboli la vraie croyance et toute édification du serviteur de Dieu ; que vous travaillez à une révoltante superstition ; que vous la défendez par le sang et la flamme ; que par le moyen de la crainte et de l’outrage, vous lui permettez de se répandre puissamment ; que vous renversez les saintes images, que vous mettez les saints édifices en ruines et en décombres ! Êtes-vous donc tout à fait enragés ! Quelle fureur insensée vous possède ? Vous voulez persécuter la sublime croyance, la détruire, l’extirper, celle que le Dieu tout-puissant, le Fils et le Saint Esprit ont créée, instituée, élevée, qu’ils ont scellée par le plus sublime sacrifice, qu’ils ont fortifiée par des milliers de miracles. Ceux qui sont privés de la vue et de la lumière des yeux sont clairvoyants auprès de vous, les premiers des aveugles. Pensez-vous que quelque chose d’impuni se commette ? Ne savez-vous pas que Dieu laisse votre scélératesse augmenter, vos erreurs se répandre, vos ténèbres fructifier, vos glaives meurtriers l’emporter, afin, quand vous aurez atteint le comble de l’impiété, de vous lancer tout d’un coup dans le précipice ?
Moi, la pucelle Jeanne, pour vous dire vraiment la vérité, je vous aurais depuis longtemps visité avec mon bras vengeur, si la guerre avec les Anglais ne m’avait toujours retenue ici. Mais si je n’apprends bientôt votre amendement, votre rentrée au sein de l’Église, je laisserai peut-être les Anglais et me tournerai contre vous pour extirper l’affreuse superstition avec le tranchant du fer et vous arracher ou l’hérésie ou la vie. Si vous revenez vers la lumière qui luit maintenant, si vous rentrez dans le sein de la croyance catholique, adressez-moi vos envoyés.Je vous dirai ce que vous avez à faire. Mais si vous vous endurcissez dans votre résistance, puissent la noirceur du mal que vous avez fait, les crimes dont vous vous êtes souillés, ébranler votre obstination.Attendez-moi avec la plus forte puissance humaine et divine pour vous payer en vous rendant la pareille.
Donné à Sully, le 3 mars.
XXV. Lettre de la Pucelle aux habitants de Reims
(16 mars 1430)
(16 mars 1430)
Copie du XVIIe siècle intercalée dans le manuscrit de Rogier (Suppl. fr., n° 1515-2, à la Bibliothèque royale), et imprimée 160par M. Varin, dans les Archives législatives de la ville de Reims, deuxième partie, t. I, p. 596.
L’original, conservé autrefois à l’hôtel de ville de Reims, était signé de la main de Jeanne comme la lettre ci-dessus, p.147, et scellé d’un sceau en cire rouge tout à fait brisé.
Très chiers et bien amés et bien desiriés à veoir, Jehanne la Pucelle ay recue vous letres faisent mancion que vous vous doptiés d’avoir le sciege. Veilhés savoir que vous n’arés point, si je les puis rencontrer ; et si ainsi fut que je ne les rencontrasse, ne eux venissent devant vous, si vous fermés vous pourtes, car je serey bien brief vers vous ; et sy eux y sont, je les ferey chausser leurs esperons si à aste qu’il ne sauront por ho les prendre, et leur seil103 y est si brief que ce sera bientost. Autre chouse que104 ne vous escry pour le present, mès que soyez toutjours bons et loyals. Je pry à Dieu que vous yait en sa guarde. Escrit à Sully, le XVIe jour de mars.
Je vous mandesse anquores augunes nouvelles de quoy vous seriés bien joyeux ; mais je doubte que les letres ne fussent prises en chemin et que l’on ne vit les dittes nouvelles.
Signé : Jehanne.
Sur l’adresse : A mes très chiers et bons aimés, gens d’église, bourgois et autres habitans de la ville de Rains.
161XXVI. Lettre de la même aux mêmes
(28 mars 1430)
(28 mars 1430)
Même provenance que la précédente, et publiée également par M. Varin. Le sceau était encore entier sur l’original ; mais l’auteur de la copie déclare n’avoir pu en discerner la figure ni la légende.
Très chiers et bons amis, plese vous savoir que je ay rechu vous letres, lesquelles font mantion comment on a raporté au roy que dedens la bone cité de Rains il avoit moult de mauvais. Si veulez savoir que c’est bien vray que on luy a raporté, voirement qu’il y en avait beaucoup qui estoient d’une aliance, lesquelz estoient d’une aliance105, et qui devoient traïr la ville et mettre les Bourguiguons dedens. Et depuis, le roy a bien seu le contraire, par ce que vous lui en avez envoyé la certaineté : dont il est très contens de vous ; et croiez que vous estes bien en sa grasce ; et si vous aviez à besoingnier, il vous secouroit, quant au regard du siege ; et cognoie bien que vous avez moult à soufrir pour la durté que vous font ces traitrez Bourguignons adversaires ; si vous en delivrera au plesir Dieu bien brief, c’est assavoir le plus tost que fere se pourra. Si vous pris et requier, très chiers amis, que vous guardiez bien laditte bonne cité pour le roy, et que vous faciez très bon guet. Vous orrez bien tost 162de mes bonnes nouvelles plus à plain. Austre chose quant à présent ne vous rescry, fors que toute Bretaigne est fransaise et doibt le Duc envoyer au roy III mille combatans paiez pour II moys. A Dieu vous commant, qui soit guarde de vous. Escript à Sully, le XXVIIIe de mars.
Sur l’adresse : A mes très chiers et bons amis les gens d’église, eschevins, bourgois et habitans et maistres de la bonne ville de Reyms.
XXVII. Édit contre les capitaines et soldats anglais qui refusaient de passer en France par crainte de la Pucelle
(3 mai 1430)
(3 mai 1430)
Imprimé dans les Pacta fœdera, etc., de Rymer, t. X de l’ancienne édition, p. 459. La Pucelle n’est pas nommée une seule fois dans toute la longueur de l’acte ; mais une rubrique du temps, reproduite par l’éditeur, lui attribue l’intitulé que voici : De proclamationibus contra capitaneos et soldarios tergiversantes incantationibus Puellæ terrificatos.
Rex, vicecomitibus Londoniæ salutem. Quia datum est nobis intelligi quod quamplures capitanei et soldarii, qui ad proficiscendum nobiscum in præsenti viagio nostro, versus partes transmarinas, retinentur, qui juxta vim et effectum indenturarum, inter nos et dictos capitaneos confectarum, se primo die maii proxime præterito, coram commissariis nostris monstrasse, et extunc deinceps, durante termino retentionis suæ hujusmodi, nobis servire debuissent, in civitate 163prædicta moram faciunt et exspectationem, in nostri grave præjudicium et contemptum, et contra formam et effectum retentionis suæ prædictæ, personam nostram, qui in partibus transmarinis personaliter simus, ac patriam et subditos nostros ibidem, quantum in eis est, periculo manifesto exponendo : nos, eorum perversitati, contemptui et præjudicio obviare volentes, vobis districtius quam possumus injungendo, præcipimus quod statim, visis præsentibus, in singulis locis, in civitate prædicta et suburbiis ejusdem, ubi magis expedire videritis, publice ex parte nostra proclamari faciatis, quod omnes et singuli hujusmodi capitanei et soldarii, in civitate prædicta existentes, et ad eam confluentes, cujuscumque fuerint status, gradus seu conditionis, qui ad proficiscendum nobiscum, in viagio nostro prædicto, versus partes prædictas, sunt retenti, versus costeras maris usque villam nostram Sandewici vel Dovorriæ, omni dilatione ac retardatione postpositis, pro eskippatione sua ac equorum et hernesiorum suorum, ac penes personam nostram cum omni celeritate possibili se trahant, properent et festinent sub pœna amissionis equorum, hernesiorum ac imprisonamenti corporum suorum ad voluntatem nostram ; et omnes illos quos post et contra proclamationem prædictam, post diem proclamationis hujusmodi per vos factæ, absque licentia nostra, seu carissimi avunculi nostri Humfredi, ducis Gloucestriæ, custodis Angliæ, causam moræ suæ in scriptis continente, sigillo nostro seu signeto custodis signata, habita, moram in civitate prædicta facientes inveneritis, sine dilatione, una cum equis et hernesiis suis prædictis, arestari et capi, et corpora ipsorum arestatorum 164in prisona nostra, ac equos et hernesia sua prædicta sub salva et secura custodia, quousque aliter pro deliberatione eorumdem duxerimus ordinandum, poni et custodiri faciatis. Et hoc, sicut nos et honorem nostrum diligitis, ac gravem indignationem nostram evitare volueritis, nullatenus omittatis. Teste Humfrido, duce Gloucestriæ, custode Angliæ, apud civitatem regis Cantuariæ. Tertio die Maii.
XXVIII. Messe chantée pour Charles VII et pour la Pucelle
(5 mai 1430)
(5 mai 1430)
Extrait d’un manuscrit inédit des miracles de sainte Catherine de Fierbois, qui est à la Bibliothèque royale (n° 7335 latin). Je dois prévenir que ce recueil, exécuté vers l’an 1472, ne contient aucune mention ni du passage de la Pucelle à Sainte-Catherine, ni de la découverte de la fameuse épée.
Ego Johannes Boucher, in legibus licentiatus, ecclesiarum Turonensis et Andegavensis, canonicus, ac Sancti Johannis Andegavensis decanus, die martis post festum paschæ, hoc est XVIIIa mensis aprilis, anno Domini millesimo CCCC XXX, in domo mea Andegavis, de nocte quasi hora nona, graviter infirmari incepi. Unde tantus dolor capitis me invasit et intolerabilis (qui mihi duravit quasi usque ad quartam horam post mediam noctem) quod plus sperabam præ dolore tanto decedere, quam reconvalescere. Qua hora, memor gloriosæ virginis Katherimæ, quod semper in necessitatibus consuevi habere recursum, me ejus 165precibus et meritis confidens adjuvari, eidem me recommandando vovi ; et subito et absque intervallo, Dei gratia et ipsius virginis gloriosæ, ut firmiter credo, dolor tantus importabilis disparuit ; et infra dies paucos sospitatem recuperavi ; et iter pedes arripui, causa voti adimplendi. Et, Deo gratias, in præsenti capella missam alta voce tam pro rege, Puella Deo digna, et regni hujus prosperitate et pace, celebravi, die veneris quinta maii, anno quo supra.
XXIX. Séjour de la Pucelle dans la paroisse d’Élincourt
(Commencement de mai 1430)
(Commencement de mai 1430)
Le fait est consigné en ces termes dans l’histoire manuscrite de Beauvais, par M. Hermant (Bibliothèque royale, Supplément. fr., n° 5-2, t. III).
L’on tient par une ancienne tradition, dans l’extrémité de ce diocèse106, que la Pucelle Jeanne a demeuré quelque temps au chasteau de Borenglise, de la paroisse de Élincourt, entre Compiègne et Ressons ; et cette créance populaire est tout à fait vraysemblable107.
166XXX. Lettre du duc de Bourgogne aux habitants de Saint-Quentin sur la prise de la Pucelle
(23 mai 1430)
(23 mai 1430)
Copiée sur l’original en papier qui est aux archives de Saint-Quentin, par M. Janin, archiviste-paléographe. Le dépôt des manuscrits de la Bibliothèque royale possède deux copies de la même pièce. L’une fait partie du Cabinet des chartes, l’autre appartient à la collection de Dom Grenier (paquet 13, n° 5).
De par le duc de Bourgongue, conte de Flandres, d’Artois, de Bourgogne et de Namur.
Très chiers et bien amez, sachans que vous desirez savoir de noz nouvelles, vous signifions que ce jour d’uy XXIIIe de may, environ six heures après midi, les adversaires de monseigneur le roy108 et les nostres, qui s’estoient mis ensemble en très grosse puissance et boutez en la ville de Compiengne, devant la quelle nous et les gens de nostre armée sommes logiez, sont sailliz de la dicte ville à puissance sur le logis de nostre avangarde le plus prouchain d’eulx ; à la quelle saillie estoit celle qu’ilz appellent la Pucelle, avecques pluseurs de leurs principaulx capitaines. A l’encontre desquelx, beau cousin, messire Jehan de Lucembourg qui y estoit present, et autres nos gens et aucuns des gens de monseigneur le roy qu’il avoit envoié par devers nous pour passer oultre et aler à Paris, ont fait très grant et aspre resistence ; et prestement en nostre personne y arrivasmes, et trouvasmes que les diz adversaires estoient jà reboutez ; et par le plaisir de 167nostre benoist Créateur, la chose est ainsi avenue et nous a fait tele grace que icelle appellée la Pucelle a esté prise, et avecques elle plusieurs capitaines, chevaliers, escuiers et autres prins, noiez et mors, dont à ceste heure nous ne savons encores les noms, sans ce que aucuns de noz gens ne des gens de mon dit seigneur le roy y aient esté mors ou prins, ne qu’il y ait eu de noz gens bleciez vint personnes, la grâce Dieu. De la quelle prise ainsi que tenons certainement, seront grans nouvelles partout, et sera congneue l’erreur et fole créance de tous ceulx qui ès faiz d’icelle femme se sont rendus enclins et favorables ; et ceste chose vous escrivons pour noz nouvelles, esperans que en aurez joye, confort et consolation et en rendrez graces et louenges à nostre dit Créateur qui tout voit et cognoist, et qui, par son benoist plaisir, vueille conduire le surplus de noz emprises au bien de nostre dit seigneur le roy et de sa seigneurie et au relievement et reconfort de ses bons et loyaulx subgez. Très chiers et bien amez, le Saint Esperit vous ait en sa sainte garde.
Escript à Codun emprès Compiengne, le XXIIIe jour de may.
Signé : Milet.
Au dos est écrit : A noz très chiers et bien amez les gens d’église, bourgois et habitans de Saint-Quentin en Vermendois.
168XXXI. Analyse d’une lettre du chancelier de France aux habitants de Reims sur le même sujet
(Même date)
(Même date)
Jean Rogier, dans ses Mémoires, donne cette analyse d’une pièce qui, de son temps, existait en original aux archives de l’hôtel de ville de Reims, et qui malheureusement est perdue aujourd’hui. Le passage fait partie du fragment de Rogier, mis au jour par M. Varin (voyez le quatrième volume du présent ouvrage, p.284 et suiv.). Il se trouve au milieu d’une énumération très confuse des dépêches envoyées par l’archevêque Regnault de Chartres, chancelier de Charles VII, au peuple de sa ville métropolitaine.
Il donne advis de la prise de Jehanne la Pucelle devant Compiègne, et comme elle ne vouloit croire conseil ; ains faisoit tout à son plaisir. Qu’il estoit venu vers le roy ung jeune pastour, gardeur de brebys des montaignes de Gévaudan en l’évesché de Mande, lequel disoit ne plus ne moings que avait faict Jehanne la Pucelle ; et qu’il avoit commandement de Dieu d’aller avec les gens du roy ; et que sans faulte les Anglais et Bourguignons seroient desconfis. Et sur ce que on luy dict que les Anglois avoient faict mourir Jehanne la Pucelle109, il respondit que tant plus il leur en mescherroit ; et que Dieu avait souffert prendre 169Jehanne la Pucelle pour ce qu’el s’estoit constitué en orgueil, et pour les riches habitz qu’el avoit pris ; et qu’el n’avoit faict ce que Dieu luy avoit commandé, ains avoit faict sa volonté.
XXXII. Renseignements sur le berger par lequel on voulut remplacer la Pucelle
Je place ici ces fragments pour la plus complète intelligence du document qui précède. Ce sont tous extraits de chroniqueurs, concernant une rencontre de Français et d’Anglais qui eut lieu entre Beauvais et Gournay, au commencement d’août 1431.
L’auteur du Journal de Paris
Item, celle année fut la Saint-Dominique au dimenche ; et ce jour revint le régent à Paris, lequel avoit esté espié des Arminaz quant il cuida passer Mante, et le cuidèrent prendre ; mais, comme bien advisé, repassa la rivière, et vint jour et nuyt tant qu’il fut à Paris. La nouvelle de ce courut jusques à ceulx de l’ost qui estoient devant Louviers ; si laissèrent deux ou trois cappitaines le siége à touttes leurs gens, qui cuidoient que le régent fust prins. Quant ilz sorent que non estoit, si s’en hardirent et alèrent jusques devant Biauvoys et s’embuschèrent. Si fut dit à ceulx de la cité ; si se hastèrent d’yssir qui mieulx mieulx. Les gens du régent sorent leur manière par leurs espies : si en yssit une partie qui se misdrent entre la ville et les Arminaz, et les autres vindrent par devant et les assaillirent moult asprement, et eulx se deffendirent très bien ; mais quant ilz veirent venir par derrière 170les autres, si cuidèrent que plus feussent trop qu’ilz n’estoient ; sise desconfirent d’eulx mesmes ; et furent prins les plus gros cappitaines ou tuez. Et entre les autres avoit ung meschant, nommé Guillaume le Bergier qui, faisait les gens ydolastrer en luy, et chevaulchoit de costé, et monstroit de fois en aultre ses mains et piez, et son costé ; et estoient tachez de sanc, comme Saint François. Et fut prins ung cappitaine nommé Poton de Sainctrailles de moult grant renommée, et autres assez, et furent menez à Rouen.
— Item, le jour Saint André, darrain jour de novembre, vint gesir Henry, aagié de nuef ans ou environ, en l’abbaye de Saint-Denis en France, à ung venredy ; lequel se nommoit roy de France et d’Angleterre.
Item, le dimenche ensuiant, premier jour des advens, vint le dit roy à Paris, par la porte Saint-Denis, etc.
Item, devant luy avoit les neuf preux et les neuf preues dames, et après, foison chevaliers et escuiers ; et entre les autres estoit Guillaume, qui se disoit le Bergier, qui avoit monstré ses playes comme Saint François, dont devant est parlé ; mais il ne pouvoit avoir joye ; car il estoit fort lié de bonnes cordes, comme ung larron.
Jean Lefèvre de Saint-Remy
De la battaille du Bregier où les Franchois furent desconfiz des Anglois (ch. 172).
Bien avez ouy parler comment aulcuns de legier et credance voullaige se bouttèrent à croire que les faiz 171de la Pucelle estoient choses miraculeuses et permises de par Dieu, et fort y furent pluiseurs enclins de ce croire. Or advint apprès la mort de Jehenne la Pucelle que aussi aulcuns de folle créance mirent sus un fol bregier, lequel, comme avoit dit la Pucelle Jehenne, disoit qu’il avoit revélacion divine afin qu’il se mist sus en armes, pour aidier ce noble roy de France. Icelle follie fut experimentée à la charge, perte et deshonneur du royaulme. Et advint que pluiseurs nottables seigneurs et cappitaines, eulx confians en icelluy bregier, se mirent aulx champs ; et quant les Anglois le sceurent, ilz firent une grande assemblée pour resister allencontre d’eulx. De la part des Franchois estoient le maressal de Boussac, Pothon de Saint-Trailles, La Hire, et pluiseurs aultres cappitaines ; en leur compaignie, le chief, ce meschant bregier. De la part des Anglois estoient le conte d’Arondel, le seigneur de Tallebot et pluiseurs aultres. Les quelz Franchois et Anglois assemblèrent à battaille et combatirent très vaillamment les ungs et les aultres. Touttefoiz la fortune tourna sur les Franchois ; et là furent pluiseurs mors et prins. Le vaillant Pothon de Saint-Trailles, qui depuis fut mareschal de France, y fut prins ; et se y fut prins le povre Bregier sur lequel estoit l’espérance des Franchois. Le maressal Boussacq, La Hire et aultres, se retrayrent à Beauvais ; et les Anglois à grant honneur, triumphe et gloire s’en retournèrent à Rouen à tout leurs proies et conquestes ; et là fut mené le Bregier. Qu’il devint depuis, je ne sçay, mais je ouy dire qu’il avoit esté gecté en la rivière de Saine et noyé. Icelle battaille fut appelée du Bregier : laquelle battaille est plus au 172long escripte ès livres de ceulx qui ont cronicqué110. Et atant je m’en passe, et me souffist d’en faire mencion.
Monstrelet
En l’an desusdit, le mareschal de Boussac, Pothon de Sainte-Treille, messire Loys de Wancourt et aulcuns autres cappitaines tenans le party du roy Charles, acompaigniés de huict cens combatans ou environ, se partirent de la ville de Beauvaix pour aler querir leur adventure et fourrer le pays entour Gournay en Normandie ; avoecq lesquelx y estoit ung que Franchois nommoient Pastourel, et le voulloient exauchier en renommée comme et par telle manière, que par avant avoit esté Jehenne la Pucelle. Si fut sceue leur entreprise et reportée au conte de Warwich, etc., etc.
Berri
En ce temps fut le sire de Saincte-Sevère et de Boussac, mareschal de France, Poton de Saincte-Traille et plusieurs autres capitaines en la ville de Beauvais où estoit messire Regnault de Chartres, archevesque de Rheims et chancelier de France ; les quelz s’estoient assemblez à tout pluiseurs gens d’armes pour aler à Rouen, et s’estoient deliberez de y aler avec un petit bergier d’enfant qui disoit avoir esté envoyé pour les y introduire, et résolurent de partir le lendemain. Si le sceurent les Anglois, etc.
173Jean Chartier
Finablement furent les François desconfitz : dont il en y ot pluiseurs mors et prins par ycellui conte d’Arondel. Mesmement y furent mors pluiseurs gens d’ycelle ville de Beauvais qui estoient à pié ; et y fut prins le dit Poton de Saintraille et ung valleton qui se nommoit Bergier, lequel disoit qu’il venoit de par Dieu ; et le tenoit on pour fol.
Martial d’Auvergne
Et fut aussi prins audit lieu
Ung jeune enfant, bergier tout sot,
Soy disant envoyé de Dieu,
Pour l’amour de la feue Pucelle
Qu’on avoit veu ainsi conquerre.
Chascun vouloit faire comme elle
Et s’entremettre de la guerre.
XXXIII. Extrait d’un mémoire à consulter sur Guillaume de Flavy
Pièce inédite dont l’original est au cabinet des titres de la Bibliothèque royale (dossier Flavy). Ce mémoire, qui peut dater du temps de Henri II, est un résumé des plaidoiries prononcées pour Guillaume de Flavy ou pour sa mémoire, dans la suite interminable de procès criminels dont le parlement resta saisi à son occasion jusque par delà le XVe siècle. Les documents allégués par l’auteur du mémoire sont : une abolition, en date du 4 novembre 1437, accordée à Guillaume de Flavy ; la rémission de son assassinat délivrée au mois de juillet 1449 à sa femme Blanche d’Aurebruche, mais entérinée seulement par arrêt du parlement du 5 juin 1500 ; un autre arrêt du 9 septembre 1509 qui terminait, aux dépens de Jeanne de Flavy, petite-nièce 174de feu Guillaume, l’instance commencée dès 1440 pour la séquestration du maréchal de Rochefort. Des recherches à la section judiciaire des Archives du royaume ne m’ont fait retrouver aucun de ces actes. À leur défaut, je m’estime encore heureux de pouvoir produire quelque chose du factum qui les résume, parce qu’il s’y rencontre sur la situation de Compiègne au moment du siège des détails tout à fait ignorés.
Le XVIIIe aoust 1429, ceulx de Compiengne aians présenté au roy Charles VIIe, y faisant son entrée après son sacre, messire Guillaume de Flavi qu’ils avoient esleu capitaine de la dicte ville comme le plus experimenté et fidelle qui fut au pays, pour, suivant leur previlège, le confirmer et admettre, messire George de la Trimouille, grand-maitre de France, qui avait représenté l’un des donze pers audit sacre, aiant la faveur de Sa Majesté et principale autorité près de sa personne et conseil, auroit obtenu ladicte capitainerie et fait en sorte que ledict de Flavi se serait contenté de la lieutenance ; et en cette quallité auroit esté délaissé en ladicte ville, où néantmoins les habitans l’auroient tousjours tenu pour capitaine.
Le roy tost après son departement, aiant envoié mandement tant audit de Flavi que aux attornés111 et habitans, pour recevoir en icelle les gens et commissaires du duc de Bourgogne, auquel, par traitté fait audit Compiegne le 28 dudit mois d’aoust avec les deputtés dudict duc, avoit esté acordé trève jusques au jour de Noel, prorogée depuis de trois mois, pendant laquelle ladicte ville de Compiègne seroit mise ès mains dudit duc ou de ceulx qui seroient pour ce par lui commis : lequel de Flavi auroit de sa part 175offert satisfaire, et pour les empeschemens et refus que faisoient les habitans, se seroit departi de la ville ; en laquelle messire Regnault de Chartres, archevesque de Reims et chancelier de France, se seroit acheminé et autres principaulx conseillers et ministres du roy, qui auroient fet assembler les principaulx habitans en la maison de ville et remonstré que, veue la nécessité des affaires du roy, qui desiroit gratiffier le duc de Bourgogne pour le retirer et faire departir de l’alliance de l’Anglois, il estoit nécessaire de lui mettre la ville ès mains pendant les trèves, ainsi qu’il avoit désiré et lui avoit esté acordé. A quoi les habitans d’une commune voix auroient fet response qu’ils estoient très humbles sujects du roy, desiroient lui obéir et le servir de corps et de bien ; mais de se commettre audit sieur duc de Bourgogne, ils ne pouvoient pour la grand haine que ledit duc avoit conceue contre eux, à cause qu’ils n’avoient voullu fere ce qu’il desiroit au préjudice du bien et service de Sa Majesté, ainsi qu’ils exposeroient à Sa Majesté par leur très humble supplicacion et remonstrance ; en sorte que ledit sieur chancellier, ni touttes les jussions plusieurs fois réitérées, n’auroient peu les faire departir de leurs remonstrances, resollus de se perdre eulx, leurs femmes et enffans [plutost] que d’estre exposés à la merci dudit duc.
Lequel, au content de ce refus, Pont Sainte-Maxence aiant esté mis en ses mains pour ce que Compiègne ne voulloit obéir, auroit sur le déclin de la trève donné rendévous à toute sa force et au conte de Mongomeri et de Houtiton ès environs de Compiengne, qu’il auroit investi le mois d’avril 1429 (vieux style), 176et avant que prendre le plus proche logement, reduit par force ou composition touttes les places et chasteaux voisins à son obéissance pour n’en recevoir incommodité ; entre autres Choisi où commandoit Loys de Flavi, Gournai tenu par Tristan de Maingnelers, Saintinnes. Et comme il designoit de s’aprocher par tranchées, les eaues de bord des rivières d’Oysse, d’Ayne et d’Aronde l’en aiant alors empesché, plusieurs trouppes seroient entrés en la ville du costé de la forest de Cuise, entre lesquelles estoit la Pucelle. Ils feirent entreprise pour lever le logement de messire Baudo de Noielle, mareschal de l’armée, qui avoit son quartier au village de Marigni, au plus proche de la ville. Sortirent à cette fin le mercredi 24 mai112, cinq heures du soir, cinq ou six cens hommes partie à pied et partie à cheval, et y trouvèrent grand resistance pour ce que tous les chiefs et capitaines y estoient assemblés pour resouldre ce qui estoit à faire aux aproches. La résistance de ceulx-ci donna loisir à touttes les trouppes logées à Venette, Clairoix et Bienville, mesme au duc de Bourgogne logé à Coudun, de secourir leurs capitaines engagés au combat avec telle ardeur et poursuitte que, sur la retraitte, ils se trouvèrent pesle mesle jusque aux barrières ; la Pucelle et les capitaines estans sur le derriere de leurs trouppes pour arrester la viollence des ennemis. Lesquels se voians confortés par toutte l’armée qui venoit fondre sur ceulx qui estoient sortis, entroient ès barrières ne pouvans estre arrestés par les archers, arbalestriers 177et coulevriniers que Flavi avoit disposé pour les deffendre et favoriser la retraitte. Et n’eust esté les petits basteaus couverts, garnis d’archers et arbalestriers, rangés au bordage de la rivière, où la pluspart des gens de pied furent recueillis, les ennemis eussent occupé les barrières et mis la ville en danger ; en laquelle ne y estoit que des habitans qui avec leur capitaine arrestèrent la fureur des ennemis, le désordre et confusion estant demeuré sur les chefs de cavallerie, qui furent tellement acueillis et pressés que la Pucelle, Pothon le Bourguignon et cinq ou six autres des plus vaillans, furent contraints donner leur foy et demeurer prisonniers. La Pucelle tirée bas de son cheval par ses longs habits, donna sa foy au bastard de Vendonne qui estoit de la compagnie et suitte de messire Jean de Luxembourg, au logis duquel elle fut menée après avoir parlé au duc de Bourgogne.
Cela défavorisa grandement la deffence de la ville peu fournie d’hommes, vivres et munitions de guerre, ceulx qui y estoient entrés avec la Pucelle s’estant dès le lendemain retirez en leurs garnisons ; et n’y seroit demeuré que Barette, lieutenant de ladicte Pu celle, et xxxIII hommes d’armes de sa compagnie.
Les aproches furent fectes par tranchées dès le len demain ; la ville batue et minée en plusieurs endroits ; le pont et les moullins rompus, sans pour ce quitter aux enmemis un pouce de terre : les habitans aians esté contraints de fere un pont de cordes couvert de toilles, pour passer par dessus la rivière d’Oyse et deffendre le boullevert qui estoit au bout du pont ; où ils furent trois mois retranchés et aux mains avec les ennemis.
178XXXIV. Répartition d’un dixième de l’impôt voté par les États de Normandie pour l’achat de la Pucelle et la continuation de la guerre
(septembre 1430)
(septembre 1430)
Cette pièce est imprimée dans les Recherches historiques sur Orléans de M. Lottin (première partie, t. I, p. 256), d’après une copie conservée à la bibliothèque d’Orléans. L’original faisait partie, avant la révolution, du cabinet des chartes du prieuré de Saint-Martin des Champs. La copie d’Orléans fut exécutée en 1775 par Barthélemy Mercier, ancien bibliothécaire de Sainte-Geneviève, abbé de Saint-Léger de Soissons et prieur de Saint-Pierre de Montluçon. L’Académie des inscriptions et belles-lettres en possédait une autre copie, sur laquelle M. de L’Averdy avait fait une dissertation dont il parle dans son Mémoire sur Jeanne d’Arc ; mais ce travail n’a pas vu le jour, et la copie en question ne se retrouve pas à la bibliothèque de l’Institut.
L’assiete faicte par nous Édouard Apparvel, escuier, esleu d’Argenthen, Exmes, Dampfront et Sainct Silvin, l’an mil CCCC trente, le XXe jour de septembre, présans ad ce et appellés Gilles Brochart, lieutenant général du bailli d’Alençon, Macé Delahaye, lieutenant général du viconte d’Argenthen et Exmes, Guillaume Millet et Jehan de Pierres, procureur et advocat du roy nostre sire, les sergens et autres notables personnes, de la somme de IIIm VIc trente livres tournois sur les communs et habitans des villes et paroisses de ladite viconté d’Argenthen et d’Exmes ; icelle assiete faicte par vertu des lettres dont la teneur ensuit :
Thomas Blount, chevalier, trésorier et général 179gouverneur des finances du roy nostre sire en Normandie, et Pierre Surreau, receveur général desdictes finances, commissaires du roy nostre dit seigneur en ceste partie, aux esleuz sur le fait des aydes à Argenthen et Exmes, et au viconte dudit lieu, ou à leurs lieuxtenans, salut.
Receues par nous les lettres du roy nostredit seigneur, données à Rouen, le second jour de ce présent moys de septembre, par lesquelles nous est mandé et commis asseoir, faire cueillir et lever, et recepvoir dedans le derrenier jour d’iceluy moys la somme de quatre vint mil livres pour le premier paiement de l’ayde de VIxx mil livres tournois octroiez au roy nostre dit seigneur par les gens des trois estas du duchié de Normandie et païs de conqueste faicte par feu de bonme mémoire son feu seigneur et père dont Dieu ait l’âme, en l’assemblée faicte à Rouen ou moys d’aoust derrenier passé ; pour tourner et convertir, c’est assavoir dix mil livres tournois, au paiement de l’achapt de Jehanne la Pucelle que l’en dit estre sorcière, personne de guerre, conduisant les ostz du Daulphin ; dix mil livres tournois du fait du siége de Louviers ou Bons-Moulins, se sans siége Louviers se peult délivrer, et le demourant ou paiement des gaiges des cappitaines et souldoyers dudict duchié de Normandie et pays de conqueste, du quartier d’an fini à la Sainct Jehan, et de ce présent quartier finant à la Sainct Michel prouchain venant ; et avecques laditte somme de VIxx mil livres tournois, nous est mandé asseoir sur les dits bourgeois, manans et habitans, la somme de dix mil livres tournois, pour tourner et convertir ou paiement de plus grant nombre de gens 180que des cent lances qui avoient esté avisez pour ledit siége, et entendu du second moys d’icelluy :
Nous, eu sur ce, l’advis et déliberacion de plusieurs conseillers et officiers du roy nostre dit seigneur, avons ordonné et ordonnons par ces présentes estre assiz, cueilli et levé sur les habitans desdictes villes et vicontés d’Argenthen et Exmes, pour leur cotte part et portion d’icelles sommes, la somme de trois mil deux cens soixante et une livres, et par assietes par vous faictes sur chacune des villes et paroisses d’icelle viconté ; non comprins en ce les gens d’église, nobles vivans noblement, fréquentans les armes ou qui par impotence du corps en sont excusez, et misérables personnes, lesquelx le roy nostre dit seigneur en exempte par ses dittes lettres.
Si vous mandons, et par povoir à nous donné, commetons que, tantost et sans délay, appellez avecques vous les conseiller et procureur du roy aux ditz lieux d’Argenthen et Exmes, les sergens d’icelle viconté et autres personnes notables en nombre suffisant, vous faictes assiete bonne et loyalle de ladicte sommede trois cens soixante cinq livres tournois par sergenterie, sur chacune des villes et paroisses d’icelle viconté, selon la puissance des habitans d’icelles, au mieulx et plus loyalement et également que faire se pourra ; et icelle assiete faicte, la bailliez ou faites bailler aux habitans d’icelles villes et paroisses, particulièrement, sous vos seingz manuels, pour leur portion asseoir sur eulx, et la cueillir, lever et apporter par devers vous, par Jehan Duval, viconte dudit lieu d’Argenten, lequel nous avons commis et par ces présentes commettons à icelles sommes recepvoir hastivement, tellement que 181dedens ledit derrenier jour de ce présent moys de septembre, elles puissent estre païées, délivrées et apportées franchement, entièrement et sans aucune diminucion pardevers nous, Pierre Surreau, receveur général de Normandie dessusdit, pour les convertir et emploier ès choses dessus dictes. De toutes lesquelles choses, leurs circonstances et deppendances faire et accomplir, donnons povoir à vous, audit viconte et à chacun de vous, si comme à lui appartiendra ; mandans à tous les officiers et subgiés d’icelui seigneur que à vous et à voz commis et députez sur ce faisant, obéis sent et entendent diligamment.
Donné à Rouen, le tiers jour de septembre l’an mil CCCC et trente.
Ainsi signé, V. Fabre.
Item ensuit la tenneur d’unes lettres closes envoyées par messire Thomas Blount, chevalier, trésorier, et Pierre Surreau, receveur général de Normandie.
Chiers et bons amis,
Il nous a présentement, par le roy nostre sire et par ses lectres patentes données ce jour d’uy, esté ordonné et mandé asseoir et faire cueillir et lever eu duchié de Normandie et païs de conqueste, la somme de dix mil livres tournois oultre et pardessus l’impost que vous a derrenièrement esté envoié, pour convertir ou paiement de certain nombre de gens d’armes et de trais de creue, advisez estre nécessaires pour le siége que l’en met présentement devant Louviers. Si vous mandons et estroictement enjoingnons, par vertu du povoir à nous donné et commis par icelui seigneur, 182que, incontinent et sans délay, vous asseoiez, cueillez et levez sur les habitans de vostre viconté, avecque l’impost dessus dit, par dessus icelui, et tout par un assis, la somme de trois cens soixante et une livre tournois, pour vostre part et portion de laditte somme de deux mil livres tournois. Et icelle assiete faicte, vous, Viconte, cueilliés et recepvés, telement et si diligamment que dedens le derrenier jour de ce présent moys, elle soit par vous apportée ou envoyée par devers nous en la ville de Caen, sur paine d’encourir l’indignation du roy et privacion de vostre office. Si gardez qu’en ce n’ait faulte ; et de la récepcion de ces lettres nous certifiez par cest message. Nostre Seigneur soit garde de vous.
Escript à Rouen, le XIVe jour de septembre, l’an mil CCCC et trente.
Et en la marge est escript : Thomas Blount, chevalier, trésorier, et Pierre Surreau receveur général de Normandie ; et signé, V. Fabre.
Et avecques ce y est assis la somme de dix livres de laditte assiete dix soulx tournois pour les coustages et despenses baillée à honnorable homme et saige Jehan Duval, viconte de laditte viconté, pour en faire recepte soubs nostre signet et seing manuel de Jehan de Dampierre, clerc de laditte eslection.
Les parties par sergenteries ensuivent :
La victomté d’Argenthen
La sergenterie d’Argenthen
St.-Germain et St.-Martin d’Argenthen IXXX livres.
Manneville XX
183Collandon XX
La Granville LX soulx.
La sergenterie d’Almenesches
Boissay XXXIII
Saint-Christofle VII
Juvigny XIII
La sergenterie de l’Auge
Carel IV X
Escos XIX X
Launay X
Aubri-le-Pantouf XXIV
Ameville XII
Guarquessalle XXX
Lisorres XV
Labeurière XVIII
Mesnil-Durant XXIX
Saint-Glore (?) VII X
Nostre-Dame de Viette XV
Saint-Michel de Livet XIII X
Roiville XXI X
Les Escolles (Argenth et Exmes) LX
Mesnil Bacquelley VI
La sergenterie d’Escouchie
Escouchie IIcX
Trezesseaux XV
Joué du Plan XXIV
Vieux-Pont XXXV
Avoignes XXX
Goult VII X
Sevrey XXXIII
Sainte-Crois sur Ourne X
Putangle XII
Lande de Goult XV
184Bonu (?) XXX
Carrouges X X
Lonu (?) XXX
Sainte-Marie la Robert LXXV
N. D. du Chasteler et Le Homme XV
Mesnil-Seelleur VI
Saint-Gerves de Messie LIII
Saint-Andrieux de Messie XXX
Saveau (?) XXII
La sergenterie Gieffroy-Lebreton
Fresney-le-Buffard IX
Rouctemy (?) LXXV
Chancellieres, tauxé en Exmes ”
Vaulx le Baudril (Argenthen et Exmes) XVIII
Merry XXXI
N. D. et St.-Nicholas de Vignats. XVI X
Perteville LX
St.-Bertholomieu des Houguettes XXI
Brieux X X
Criu (Argenthen et Exmes) XXXVIII X
Montabar, tauxé en Exmes ”
Beaumais, tauxé en Exmes ”
Hablouville, tauxé en Exmes ”
Lacourbe (Argenthen et Exmes) C
Englescheville, néant ”
Fourcheu IV X
St.-Lambert (Argenthen et Exmes) XXXIV X
Pont Escreppin (Argenthen et Exmes) LX
Segrie (?) Fontaine XX
La Lande Saint Syméon XXXIII
Mesnilage et Courtilles, tauxé en Exmes ”
Milli XXXIV
Ru (Argenthen et Exmes) X
Pierre-Ficte (Argenthen et Exmes) IV X
185Say IV
Goullet (Argenthen et Exmes) XXXI
Montgueroul (Argenthen et Exmes) XII
Cuy X
Moulins (Argenthen et Exmes). XIII
Centilly VII
Urou XVIII
Ners, néant ”
Fontenoy, tauxé en Exmes ”
La Gouppillière VI
La sergenterie de Trun
Trun, tauxé en Exmes ”
Saint-Pierre de la Rivière XI X
Avernes (Argenthen et Exmes) XVI X
Néauffle VI
Ligneries (Argenthen et Exmes) VI X
Tournay (Argenthen et Exmes) XLIII
Fontaines les Bassez, tauxé en Exmes ”
Les Moussiers (Argenthen et Exmes) XV
Bailleul XXXII
Champpeaux (Argenthen et Exmes) XII
Mesnil-Geuffroy XII
Crouptes IV X
Montgommery (Argenthen et Exmes) XXXIV
Pont de Vie C
Camenbert XXIII
La Chapelle-Hastegon (Argenthen et Exmes) VI
Mesnil-Ybert IV
Regnouard (Argenthen et Exmes) XXXIII
Bonmesnil, néant ”
Champposoul, tauxé en Exmes ”
Aubert en Exmois X X
Fresnoy le Sanxon XXVII
186Tertu, tauxé en Exmes ”
Sainte-Eugénie IV X
St.-Gervès des Sablons, tauxéen Exmes ”
Le Marescq (Argenthen et Exmes) LX
Saint-Légier des Araceys, néant ”
Sourmes, tauxé en Exmes ”
Louvieres, tauxé en Exmes ”
La victomté d’Exmes
La sergenterie d’Exmes
Exmes CV
Chaigny VI
Court-Mesnil XVII
Argentelle XVIII
St.-Arnoul VIII
Villebadin VII
Fel XXVIII
Mesnil-Hubert XXIII
Anneperus (?) XXV X
Champauber et Courgeron XIII
Avernes, tauxé en Argenthen ”
Gysnay XX
Sourmes (Argenthen et Exmes) XX
Saint-Pierre de la Rivière XXVII
Champposoul (Argenthen et Exmes) XIX
Champpeaulx, tauxé en Argenthen ”
Néauffle XX
Chambon XLIII
Saint-Anataize (?) XVII
Le Pin C
Ville-Adam XLV
Belestel IV
Lacochiere C
Chauffour X
187St.-Lambert, tauxé en Argenthen ”
Le bourg St.-Losnard X
St.-Denys des Yfz C
Hommeel C
Avernelles XX
Nonnant L
Mermouilliers XXVII
La Roche de Nonnant XXVII
Mont-Marion X
St.-Germain de Clerefeuille XLII
Godisson XXVIII
La Fresnoe-Fayel XIV
Mesnil-Frogier XXVIII
Montormel X
Saint-Legier des Aracys IV
Grebert IV
Les Astelles, néant ”
Lamessoure LX
La sergenterie Mesnil
Sancloux XXVIII
Fontenay (Argenthen et Exmes) XXVIII
Tanques XXV
Breveraulx VI
Goullet, tauxé en Argenthen ”
Cuigny IX
Moulins, tauxé en Argenthen ”
Vaulx-le-Bardoul, tauxé en Argenthen ”
Ru, tauxé en Argenthen ”
Poumanville IV X
Savigny XVIII
Silly XXII
Vieux Brou LX
Pierre-Ficte, tauxé en Argenthen ”
Aunou XXX
188Le Hammel de Chantellou VI
Mesnilage (Argenthen et Exmes) XXX
Sogus (?) XXVIII
Lacourbe, tauxé en Argenthen ”
Pont Escrepin, tauxé en Argenthen ”
Commeaulx VII
Montgommery, tauxé en Argenthen ”
Chancellieres (Argenthen et Exmes) VIII
La sergenterie Auberton
Marigny XL
Marcey IV
Les Reppers C
Belfons XI
St.-Ypolite LX
Francheville C
La Lande Dermil (?) XL X
St.-Christofle XV
St.-Lohier IX
St.-Père de Vrigny VII
St.-Martin (Argenthen et Exmes) XXX
La sergenterie de Montagne
Collonces XXI
Lhommay XX
Lapoterie LX
Guesprey XVI
Fontaines les Bassez (Argenthen et Exmes) XV
Louvieres (Argenthen et Exmes) XXV X
Monstereul VI
Quatre-Faveris XII
Le Fouqueran LX
Les Lignères, tauxé en Argenthen ”
Escorches et Vary XVI
189Vymoustiers XXXIV X
Crouptes XXIV
Renouard, tauxé en Argenthen ”
Montgueroul, tauxé en Argenthen ”
Guernetot VII X
St.-Gervès des Sablons (Argenthen et Exmes) VII X
La Chapelle-Hastigon, tauxé en Argenten ”
Le Marescq, tauxé en Argenthen ”
La sergenterie aux Truns
Occaignes XVII
Montabar XVII
Tournay, tauxé en Argenthen ”
Tertu (Argenthen et Exmes) L
Fougie VII
Grentes-Mesnil XX
Norey XVIII
Abbeville XIV
Barou XVIII
Les Moustiers, tauxé en Argenthen ”
Sentilly XIV
Mannoier LX
Beaumais (Argenthen et Exmes) XXVIII
Morteaux XVIII
Englescheville (Argenthen et Exmes) XLV
Mesnil-Glaize, néant ”
Crosy C
Olendon, néant ”
La sergenterie de Montpinçon
Revillon LX
Vaudeloges XII
Louvaigny XVII
190Jort XLVII X
Pont près Jort XXX
N. D. de Fresney XVI
Huertevent XXII X
Mont-Pinçon XVIII
Lagravelle LX
Sainte-Busve VII X
La sergenterie de Habloville
Criu, tauxé en Argenthen ”
Giel LX
Habloville (Argenthen et Exmes) VII X
La sergenterie de Mellerault
Le Mellerault XLV
St.-Losnard IV X
Les Ostielx près le Merlerault IX
Gasprée XL
Sainte-Collombe VII
Tallonay XVIII
Carnettes XX
Lagenevraye XX
St.-Germain-le-Vieil, néant pour ce que n’y demoure personne ”
Ainsi signé, Dompierre, avec paraphe.
XXXV. Achat de monnaie d’or pour solder le prix de la Pucelle
(octobre 1430)
(octobre 1430)
Ordre du lord trésorier de Normandie pour faire ledit achat, et Restitution au caissier particulier du roi, fournisseur des espèces demandées. Ces deux pièces ont été imprimées dans le même ouvrage que la précédente (p. 265) ; elles ont la même provenance.
1911° — Thomas Blount, chevalier, trésorier et général gouverneur des finances du roy nostre sire ou païs et duchié de Normandie. Pierre Surreau, receveur général des dittes finances, accomplissiés le contenu ès lectres du roy nostre sire auxquelles ces présentes sont attachées soubs nostre signet113, en faisant achater des deniers de vostre recepte, en despence du roy nostre dit seigneur, la somme de deux mil six cens trente et six nobles d’or de deux solz ung denier esterling, monnoie d’Angleterre ; et en paiant, baillant et delivrant icelle somme à Jehan Bruyse, escuyer, garde des coffres du roy nostre dit seigneur, tout ainxi, pour les causes et par la forme et manière que le roy nostre dit seigneur le veult et mande par ses dictes lettres, et que contenu est en icelles. Donné à Rouen, le XXIVe jour d’octobre, l’an mil CCCC et trente.
Ainsi signé, Luilier, avec paraphe.
2° — Sachent tous que je, Jehan Bruyse, escuyer, garde des coffres du roy nostre sire, confesse avoir eu et receu de Pierre Surreau, receveur général de Normandie, la somme de cinq mil deux cens quarante neuf livres dix neuf soulx dix deniers obole tournois, pour le pourpaiage et restitucion de deux mil six cens trente six nobles d’or de deux soulx cinq deniers esterlins, monnoie d’Angleterre, qui, par lectres du roy nostre dit seigneur, données à Rouen le XXe jour d’octobre derrenier passé, expédiées par monseigneur 192le trésorier de Normandie, m’ont esté ordonnez estre paiés et restituez par ledit receveur ; pour ce que, par l’ordonnance du roy nostre dit seigneur, je les avoye bailliés des deniers de ses ditz coffres et trésor, pour emploier en certaines ses affaires touchant les dix mil livres tournois paiées par ledit seigneur pour avoir Jehanne qui se dit la Pucelle, prisonnierre de guerre ; lesquelx ont esté évalués à la somme de cinq mil deux cens quarante neuf livres dix neuf soulx dix deniers obole tournois. De laquelle somme de cinq mil deux cens quarante neuf livres dix neuf soulx dix deniers obole tournois à moi paiée comptant ; c’est assavoir en deux cens nobles d’or, et le demorant en monnoie, je suis content et bien paié, et en quicte par ces présentes le roy nostre dit seigneur, ledit receveur et tous autres. Et en tesmoing de ce, j’ai signé ceste présente quictance de mon seing manuel et scellée de mon signet le VIe jour de décembre, l’an mil CCCC trente.
Ainsi signé, Johan Bruyse, avec paraphe.
XXXVI. Édit contre les sujets anglais qui désertaient par crainte la Pucelle
(12 décembre 1430)
(12 décembre 1430)
Imprimé dans les Pacta, Fœdera, etc., de Rymer (t. X, p.472), sous le titre : De fugitivis ab exercitu, quos terriculamenta Puellæ exanimaverant, arestandis.
Henricus, Dei gratia, rex Angliæ et Franciæ, et dominus Hiberniæ, vicecomiti Kantiæ, salutem. 193Quia datum est nobis intelligi quod quamplures ligei et subditi nostri, qui nobiscum in comitiva nostra ad partes regni nostri Franciæ, ibidem in obsequio nostro, ad vadia nostra, tam pro salva custodia nostræ personæ, quam partium earumdem, usque ad certum tempus nondum elapsum moraturi, nuper retenti fuerunt, etiam et profecti, ab eisdem partibus in dictum regnum nostrum Angliæ, infra tempus prædictum, absque licentia nostra speciali in hac parte habita, fraudulenter, subdole et inique se diverterunt et recesserunt, et in dies non desistunt, personam nostram et regnum nostrum Franciæ supradicta, quantum in eis est, exponendo periculis et omnino relinquentes indefensa : Nos, ipsorum ligeorum et subditorum mostrorum infidelitatibus et malitiis obviare, et nostræ et dicti regni nostri Franciæ securitati providere volentes in hac parte, tibi præcipimus districtius quo possumus, firmiter injungentes quod omnes hujusmodi ligeos et subditos nostros, qui a partibus prædictis in dictum regnum nostrum Angliæ, absque licentia nostra speciali, ut prædictum est, se diverterunt, ubicumque in ballivia tua, infra libertates et extra, inveniri poterunt, arrestes et capias ; et eos, cum sic arrestati fuerint, penes Consilium nostrum Angliæ adducas, seu adduci facias indilate, ibidem super præmissis responsuros. Et hoc, sicut securitatem personæ nostræ diligis et affectas, ac, sub gravi indignatione nostra, nullatenus omittas.
Teste Humfredo, duce Gloucestriæ, custode Angliæ, apud Wyx, XII. die decembris, anno regni nostri nono.
Consimilia bievia diriguntur vicecomitibus subscriptis, 194sub eadem data ; videlicet : vicecomiti Norffolciæ et Suffolciæ. — Vicecomitibus Londoniæ. — Vicecomitibus Surreii et Sussexiæ. — Vicecomiti Suthamptonensi. — Constabulario castri regis Dovorriæ ac Custodi Quinque-portuum regis, et ejus locum tementi ibidem.
XXXVII. Indemnité à Pierre Cauchon pour les négociations qui précédèrent l’achat de la Pucelle
(31 janvier 1431)
(31 janvier 1431)
Quittance publiée ici pour la première fois, d’après la cédule originale en parchemin conservée à la Bibliothèque royale, collection Gaignières, Titres scellés des évêchés, t. IV.
Nous Pierre, évesque et conte de Beauvaiz, per de France, vidame de Gerberoy, conseiller du roy nostre sire, confessons avoir eu et receu de Pierre Surreau, receveur général de Normandie, la somme de sept cens soixante cinq livres tournois qui deue nous estoit pour sept vins treize jours que nous affermons avoir vacquez ou service du roy nostre dit seigneur, et pour ses affaires, tant en la ville de Calais, comme en plusieurs voiages, en allant devers monseigneur le duc de Bourgongne et devers messire Jehan de Luxembourg, conte de Guise, en Flandres, au siege devant Compiengne, à Beaurevoir, pour le fait de Jehanne que l’en dit la Pucelle, comme pour plusieurs autres besongnes et aflaires du roy nostre dit seigneur, et aussi en la ville de Rouen, par l’ordonnance et commandement 195du roy nostre dit seigneur et de son grant conseil ; iceulx VIIxx XIII jours, commençans le premier jour de may CCCCXXX et finans le derrenier jour de septembre ensuivant derrenier passé, inclus, au pris de C sols tournois par jour à nous ordonnez prendre et avoir sur la dicte recepte, pour la moitié de X livres tournois par jour à nous ordonnez et tauxez par le roy, nostre dit seigneur, pour chacun jour que nous avons vacqué et vacquerons pour ses affaires ou voiage en quoy sommes présentement et jusques à nostre retour en la ville de Paris ; comme par lettres de tauxacion du roy nostre dit seigneur, données le XIVe jour dudit mois de may, expédiées par le trésorier et général gouverneur des finances de Normandie, appert. De laquelle somme de VIIxx LXV livres tournois, nous nous tenons pour contens et bien paiez, et en quictons le roy nostre dit seigneur, ledit receveur général et tous autres. En tesmoing de ce, nous avons mis à ces présentes nostre signet et saing manuel, le derrenier jour de janvier, l’an mil CCCC et trente.
Signé, P. Episcopus Belvacensis.
XXXVIII. Tour baptisée du nom de la Pucelle à Poitiers
(3 mars 1431)
(3 mars 1431)
Pièce communiquée par M. Redet, archiviste du département de la Vienne. L’original, écrit sur parchemin, existe aux archives de ce département, sous la cote J, 939.
Sachent touz que en droit en la court du seel aux contraiz à Poictiers, establi pour le roy nostre sire, 196personnellement establi Geoffroi Jambin, maçon demourant à Poictiers, lequel a cognu et confessé avoir eu et receu de Pierre Gautier, procureur et receveur de MM. les mayre, eschevins et bourgoys de la ville de Poictiers, la somme de troys cens soixante neuf livres douze solz de et sur la somme de cinq cens quarente livres qu’il doit avoir de ladite ville, par marché fait avecques luy, à cause de sa ferme ou tasche de la tour de Tranchepié, appellée la Tour de la Pucelle. De laquelle somme de IIIc LXIX liv. XII s. ledit Jambin s’est tenu et tient pour bien content et paié, et en a quicté et quicte ladite ville, ledit receveur et tous autres par ces présentes seellées à sa requeste du contre seel du seel dessusdit. Donné et fait le tiers jour du moys de mars, l’an mil quatre cens et trente.
Signé, Richard, à la requeste dudit Jambin. Paquet, à la requeste dudit Jambin.
XXXIX. Payement fait aux docteurs appelés de Paris pour vaquer au procès
(4 mars 1431)
(4 mars 1431)
Mandat et quittance collectifs, imprimés dans les Recherches historiques sur Orléans de M. Lottin (première partie, t. I, p. 255), d’après une copie de la bibliothèque d’Orléans, exécutée par le Genovéfin Barthélemi Mercier. Les originaux étaient à Saint-Martin des Champs, comme ceux des pièces nos XXXIV et XXXV.
1° — Thomas Blount, chevalier, trésorier et général gouverneur des finances du roy nostre sire ou païs et duchié de Normandie. Pierre Surreau, receveur général 197des dittes finances, veu par vous les lettres du roy nostre dit seigneur auxquelles ces présentes sont attachées soubs nostre signet, nous vous mandons que, des deniers de vostre recepte, vous paiez, baillez et délivrez à maistres Jehan Beaupère, Jaques de Thouraine, Nicole Midi, Pierre Morice, Girard Fueillet, docteurs, et à Thomas de Courcelles, bachelier formé en théologie, et à chacun d’iceulx, la somme de vint sols tournois pour chacun jour qu’ilz affirmeront avoir vacqué en la matière déclairée ès dittes lettres royaulx, tout ainsi pour les causes et par la forme et manière que le roy nostre dit seigneur le veult et mande par sesdittes lettres et que contenu est en icelles. Donné à Rouen, le premier jour de mars mil CCCC et trente.
Ainsi signé, Luilier, avec paraphe.
2° — Vénérables et discrettes personnes, maistres Jehan Beaupère, Jaques de Thouraine, Nicole Midi, Pierre Morice, Girard Fueillet, docteurs, et Thomas de Courcelles, bachelier formé en théologie, confessent avoir eu et receu de honnorable homme et saige Pierre Surreau, receveur général des finances du roy nostre sire, en Normandie, la somme de six vint livres tournois, en déduccion et rabat de ce qu’il leur peut et pourra estre deu à cause de certaine tauxacion à eulx faicte par le roy nostre dit seigneur ; c’est assavoir de XX soulx tournois pour chascun d’iceulx maistres et bachelier, pour chascunjour qu’ilz affirmeront vacquer ou avoir vacqué au procès ecclesiastique commencé 198contre celle femme qui se fait appeler Jehanne La Pucelle, à compter du XVIIIe jour de fevrier derrenier passé, inclus, jusques à leur retour à Paris. De laquelle somme de VIxx livres tournois lesdits maistres et bachelier se tiennent pour bien paiez et contens, et en quictent le roy nostre dit seigneur, icelluy receveur et tous autres. Tesmoing le seing manuel de moy, Jehan Thiessart, notaire du roy, icy mis le IVe jour de mars, mil CCCC et trente.
Ainsi signé, Thiessart, avec paraphe.
XL. Gratification accordée à Jean Beaupère en sus de ses journées de présence au procès
(2 avril 1431)
(2 avril 1431)
Ordonnance du roi d’Angleterre, publiée ici pour la première fois d’après une copie moderne du portefeuille de Fontanieu n° 136, à la Bibliothèque royale.
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d’Angleterre, à nostre amé et féal chevalier Thomas Blount, trésorier et gouverneur général de toutes nos finances de Normandie, salut et dilection. Comme puis certain temps en çà, nostre très chière et très amée fille l’Université de Paris eust ordonné plusieurs docteurs et maistres aler au saint Consil général que l’on disoit qui se devoit tenir prochainement à Balle, et entre les autres docteurs et maistres eust ordonné nostre bien amé maistre Jehan Beaupère, docteur en la faculté de théologie, pour aler audit saint Consil ; et à ceste 199cause se soit abillié et monté ledit maistre Beaupère de trois chevaulx, si comme il dit ; et il soit ainsi que pour faire et ordonner le procès de Jehanne qui se dit La Pucelle, nous avons eu et avons à faire de plusieurs docteurs et maistres qui sont de présent en ceste nostre ville de Rouen, et lesquelz nous avons fait venir en ceste dicte ville, et mesmement dudict maistre Jehan Beaupère, lequel nous avons retenu pour vacquer et entendre à faire ledict procès avecques les autres ; et à ceste cause aions tauxé et ordonné à chascun de eulx vint sols tournois par jour pour aider à supporter les fraiz et despens que leur convient faire pendant le temps dudict procez : savoir vous faisons que nous, considérans les grans fraiz, mises et despens qu’il a convenu et convient faire audit maistre Jehan Beaupère à cause de sesditz chevaulx et autrement, à icelui maistre Jehan Beaupère avons tauxé et tauxons, par ces présentes, la somme de trente livres tournois, pour une fois, pour lui aider à supporter lesditz fraiz, mises et despens qu’il lui a convenu faire durant le temps qu’il a séjourné en ceste dicte ville jusques à présent, oultre et pardessus la somme de XX s. t. par jour dont dessus est faite mencion. Si, vous mandons et expressement enjoingnons que par nostre amé Pierre Surreau, receveur général de noz dictes finances de Normandie, vous, des deniers de sa recepte faites paier et bailler audit maistre Jehan Beaupère ou à son certain commandement, laditte somme de trente livres tournois oultre et pardessus lesdictz XX s. t. par jour ; et par rapportant ces présentes et quictance sur ce souffisant, seulement, nous voulons ladite somme de XXX l. t. estre allouée ès comptes dudit Pierre Surreau 200et rabatue de sa recepte par noz amez et féaulx les gens de noz comptes et trésoriers à Paris ; ausquelz nous mandons par ces mesmes présentes que ainsi le facent sanz aucun contredict ou difficulté ; car ainsi voulons et nous plaist estre fait. Donné en nostre ville de Rouen, soubz nostre seel ordinaire ordonné en l’absence du grant, le IIe jour d’avril, l’an de grâce mil CCCC trente et ung et le IXe de nostre règne, après Pasques.
Par le roy, à la relacion du Grant Conseil estant par devers lui.
Signé, Callot, avec paraphe114.
XLI. Deuxième payement aux docteurs de Paris
(9 avril 1431)
(9 avril 1431)
Quittance imprimée dans les Recherches sur la ville d’Orléans de M. Lottin (première partie, t. I, p. 269), d’après une copie de Barthélemy Mercier. L’original était jadis à Saint-Martin des Champs, comme celui de la pièce n° XXXIX.
Vénérables et discrettes personnes, maistres Jehan Beaupère, Jacques de Thouraine, Nicole Midi, Pierre Morice, Girard Fueillet, docteurs, et Thomas de Courcelles, bachelier formé en théologie, confessent avoir eu et receu de honnorable homme et saige, Pierre Surreau, receveur général des finances du roy nostre sire, en Normandie, la somme de six vint livres 201tournois, oultre et pardessus deux cent quarante livres tournois qu’ils ont receue pour XL jours, en déduction et rabat de ce qu’il leur peut et pourra estre deu à cause de certaine tauxacion de XX s. tournois à eulx faicte par le roy nostre sire, pour chascun d’iceulx, pour chascun jour qu’ils affirmeront avoir vacqué ou procès ecclésiastique commencé contre celle femme qui se fait appeler Jehanne la Pucelle, à compter du XVIIIe jour de février derrenier passé, inclus,jusques à leur retour à Paris ; auquel procès ils ont affirmé avoir vacqué continuellement, depuis ledit XVIIIe jour de février jusques au jour d’uy, et vacquent encore de jour en jour. De la quelle somme de six vint livres tournois lesdits maistres et bachelier se tiennent pour bien paiés et contens, et en quictent le roy nostre dit seigneur, icelluy receveur et tous autres. Tesmoing le seing manuel de moy, Jehan Thiessart, notaire du roy. Le IXe jour d’avril, l’an mil CCCC et trente ung, après
Pasques.
Ainsi signé, Thiessard, avec paraphe.
XLII. Délibérations du chapitre de Rouen sur le procès de la Pucelle
(13 et 24 avril 1431)
(13 et 24 avril 1431)
Ces pièces, extraites d’un registre capitulaire aujourd’hui conservé aux archives départementales de la Seine-Inférieure, ont été imprimées en note avec le procès de condamnation. (Voy. t. I, p. 354.)
202XLIII. Gratification à l’inquisiteur Jean Lemaître
(14 avril 1431)
(14 avril 1431)
Ordonnance publiée dans les Recherches historiques sur la ville d’Orléans de M. Lottin (l. c., p. 269), d’après une copie de même provenance que celles qui ont été indiquées ci-dessus, p. 178, 196 et 200. Je me dispenserai de reproduire le mandat de Thomas Blount adressé à Pierre Surreau en date du 27 avril. Cette pièce, qui répète en les abrégeant, les termes de la présente, est imprimée aussi dans l’ouvrage de M. Lottin, p.272.
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d’Angleterre, à nostre amé et féal Thomas Blount, chevalier, trésorier et général gouverneur de toutes noz finances de noz païs et duchié de Normandie, salut et dilection. Nous voulons et vous mandons que, par l’advis des gens de nostre Grant Conseil estant à présent par devers nous, que par nostre amé Pierre Surreau, receveur général de noz dittes finances et des deniers de sa recepte, faites paier, bailler et délivrer à nostre chier et bien amé maistre Jehan Lemaistre, prieur du couvent des Frères Prescheurs de Rouen, et vicaire audit lieu de l’Inquisiteur de la foy, la somme de vint salus d’or ; laquelle nous, par l’advis que dessus, lui avons ordonnée et tauxée, ordonnons et tauxons, par ces présentes, avoir et prendre de nous pour une fois, des deniers de nos dittes finances : pour ses peines, travaulx et diligences d’avoir esté et assisté au procès qui s’est fait de Jehanne qui se dit la Pucelle, accusée en la matière de la foy, avecques révérend 203père en Dieu nostre amé et féal conseiller l’Evesque de Beauvais, son juge ordinaire ; et par rapportant, avecques ces présentes, quictance suffisant sur ce dudit vicaire de l’Inquisiteur, nous voulons la ditte somme de XX salus estre allouée ès comptes et rabatue de la recepte de nostre dit receveur général, par noz amés et féaulx les gens de noz comptes, ausquelz nous mandons que ainsi le facent sans contredit ou aucune difficulté. Donné en mostre ville de Rouen, soubs nostre seel ordonné en l’absence du grant, le XIVe jour d’avril après Pasques, l’an de grâce mil CCCC et trente ung et le IXe de nostre règne.
Sur le repli : Par le roy à la relacion du Grant Conseil estant devers lui.
Signé, Calot, avec paraphe.
XLIV. Indemnité aux docteurs envoyés à Paris pour soumettre le procès aux facultés
(21 avril 1431)
(21 avril 1431)
Pièce de même provenance que la précédente, imprimée comme elle dans les Recherches sur la ville d’Orléans, l. c., p. 270. Le mandat de Thomas Blount à Pierre Surreau, qu’on ne reproduit point ici, est daté du lendemain 22 avril.
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d’Angleterre, à nostre amé et féal Thomas Blount, trésorier et général gouverneur de toutes noz finances en Normandie, salut et dilection. Nous voulons et vous mandons que, à noz bien amés maistre Jehan Beaupère, maistre Jaques de Thouraine, frère mineur, 204maistre Nicole Midi et maistre Girart Fueillet, docteurs en théologie, lesquelx vont présentement de par nous, en nostre bonne ville de Paris, par devers nostre très chier et très amé oncle le duc de Bedford, les gens de nostre Grant Conseil estans illec et nostre très chière et très amée fille l’Université de Paris, exposer, dire et déclairer le procès et demené touchant le faict de celle qui se dit Jehanne la Pucelle, et tout ce qui en ceste partie a esté fait par deçà, affin que, sur ce, lesdits de l’Université renvoyent leur déliberacion et conclusion, et que, se mestier est, lesditz docteurs pour ceste cause retournent par devers nous à Rouen ou ailleurs où nous serons : vous, des deniers de noz dittes finances de Normandie, faites par nostre bien amé Pierre Surreau, receveur général d’icelles, paier et délivrer la somme de cent livres tournois pour une fois : c’est assavoir, à chacun d’eulx vint cinq livres tournois. Laquelle somme de cent livres tournois, pour aidier aus dessusdits quatre docteurs à supporter les frais qu’il leur conviendra faire, tant en allant en nostre ditte ville de Paris, si comme en retournant d’icelle par devers nous, leur avons, par l’advis des gens de nostre Grant Conseil estant à Rouen par devers nous, tauxé et ordonné, tauxons et ordonnons par ces présentes ; et par rapportant, avecques ces présentes, quictances souffisant sur ce de chacun desdits quatre docteurs pour sa ditte part et portion seulement, nous voullons laditte somme de cent livres tournois estre allouée ès comptes de nostre dit receveur général et rabatue de sa recepte par nos amés et féaulx les gens de noz comptes à Paris, ausquelz nous mandons que ainsi le facent sans contredit. Donné en 205nostre ville de Rouen, soubs nostre seel ordonné en l’absence du grant, le XXIe jour d’avril, l’an de grâce mil CCCC trente ung, et le IXe de nostre règne, après Pasques.
Sur le repli : Par le roy à la relacion du Grant Conseil estant devers lui.
La signature et le sceau sont tombés.
XLV. Payement à Guillaume Érard pour sa participation au procès
(6-8 juin 1431)
(6-8 juin 1431)
Ordonnance royale suivie d’un mandat du trésorier à deux jours d’intervalle (ledit mandat non rapporté ici), et Quittance de la partie prenante. Ces pièces, de même provenance que les précédentes, sont également imprimées dans les Recherches historiques sur la ville d’Orléans, l. c., p. 275 et 276.
1° — Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d’Angleterre, à nostre amé et féal conseiller Thomas Blount, chevalier, trésorier et général gouverneur de nos finances en Normandie, salut et dilection. Sçavoir vous faisons que nous, considérans les grans peines, diligances et labeurs que nostre chier et bien amé maistre Guillaume Erard, docteur en théologie, a prins par plusieurs jours pour vacquer et entendre avecque autres maistres, docteurs et clercs, tant en théologie comme en droit canon, ou procès ecclésiastique de celle femme qui se faisoit nommer Jehanne la Pucelle, naguères condempnée comme errant en nostre saincte foy catholique ; le voulant aucunement 206récompenser des charges, despenses et frais qu’il lui a convenu faire à la cause dessus dicte, à icellui, par l’advis et déliberacion des gens de nostre Grant Conseil estant par devers nous, avons tauxé et ordonné, tauxons et ordonnons par ces présentes, la somme de vint sols tournois pour chacun jour qu’il a vacqué, besongné et entendu en la matière dessus dicte. Si vous mandons, commandons et enjoingnons expressement que, par nostre bien amé Pierre Surreau, receveur général de noz dictes finances de Normandie, vous faciez bailler et délivrer audict maistre Guillaume Erard la dicte somme de vint sols tournois pour chacun jour qu’il affirmera avoir vacqué, besongné et entendu en icelle matière ; et par rapportant ces présentes ou vidimus d’icelles fait soubs seel royal, avec quictance d’icellui maistre Guillaume, affirmatoire des jours qu’il aura vacqué, besongné et entendu en ce que dict est, tout ce que paié et baillé aura esté audit maistre Guillaume Erard, sera alloué, compté et rabattu de la recepte dudit Pierre Surreau par noz amés et féaulx les gens de noz comptes à Paris, ausquels nous mandons que ainsi le facent sans contredit et difficulté aucune. Donné à Rouen, le VIe jour de juing, l’an de grâce mil CCCC et trente ung, et de nostre règne le neufviesme.
Sur le repli : Par le roy à la relacion du Grant Conseil estant devers lui.
Signé, De Rivel, avec paraphe.
2° — Je, Guillaume Erard, docteur en théologie, confesse avoir eu et receu de Pierre Surreau, receveur général de Normandie, la somme de trente une livres 207tournois que deue m’estoit à cause de vint sols tour mois à moy tauxés par le roy nostre sire, pour chacun jour que j’ay vacqué et entendu avecque autres seigneurs, maistres, docteurs et clercs, tant en théologie comme en droit canon, ou fait et procès de celle femme qui se faisoit nommer Jehanme la Pucelle, naguères condempnée comme errant en la foy chrétienne ; avecque lesquelx je affirme avoir vacqué et entendu ou fait et procès dessus dit, en ceste ville de Rouen, par trente ung jours commençant le VIe jour de may derrenier passé et finant le Ve jour de ce présent moys de juing, inclus, et encores y vacque, et ay vacqué depuis lors jusques au jour d’uy ; ce paiement à moy fait par ledit receveur, par vertu des dittes lectres du roy nostre dit seigneur, données le VIe jour de ce présent moys, expédiées par monseigneur le trésorier de Normandie. De laquelle somme de trente une livres tournois je suis content et bien paié, et en quicte par ces présentes le roy nostre dit seigneur, ledit receveur général et tous autres.Tesmoing mon seing manuel icy mis, le VIIIe jour de juing, l’an mil CCCC et trente ung.
Signé, G. Erard, avec paraphe.
XLVI. Règlement de compte définitif avec les docteurs de Paris
(12 juin 1431)
(12 juin 1431)
Quittance conservée comme les précédentes pièces, et imprimée de même dans les Recherches historiques sur la ville d’Orléans, l. c., p. 277. On remarquera que le compte des docteurs de Paris, qui est toujours collectif comme par le passé, n’embrasse plus que quatre personnes au lieu de six. Jacques de Touraine et Gérard Feuillet, 208dénommés dans les pièces analogues du 4 mars et du 9 avril, ne figurent pas ici.
Vénérables et discrettes personnes, maistres Jehan Beaupère, Nicole Midy, Pierre Morice et Thomas de Courcelles, bachelier formé en théologie, confessent avoir eu et receu de honnourable homme et saige, Pierre Surreau, receveur général de toutes les finances du roy nostre sire, en Normandie, la somme de cent deux livres tournois à eulx deue de reste, à cause de la tauxacion de xx sols tournois à eulx faicte par le roy nostredit seigneur, pour chascun d’iceulx, pour chascun jour qu’ils affermeront avoir vacqué ou procès ecclésiastique qui fait a esté contre ceste femme qui se faisoit appeler Jehanne la Pucelle. Ou quel procez les dessusdictz ont affermé et afferment avoir vacqué en la manière que s’ensuit :
C’est assavoir, ledit Beaupère, depuis le XXIIIe jour de février an M CCCC XXX inclus, jusques au XXVIIIe jour de may suivant, semblablement inclus ; auquel temps a cent jours qui à la ditte estimacion de XX s. tournois pour chascun des ditz jours, montent cent livres tour mois, dont il a receu dudit receveur IIIIxx V l. tournois ; ainsi reste à lui deu XV l. tournois ;
Ledit Nicole Midy, depuis ledit XVIIIe jour de février jusques au Xe jour de juing ensievant, l’un et l’autre inclus, compris en ce son retour à Paris, ou quel temps a cent treze jours qui à l’estimacion dessusditte valent C XIII l. tournois, sur quoy il a receu dudit receveur en quatre parties IIIIxx V l. tournois ; ainsi reste à lui deu XXVIII l. tournois ;
Ledit Pierre Morice, depuis le XVIIIe jour de février au VIIe jour de juing ensievant, l’un et l’autre inclus, 209ou quel temps a cent dix jours dont sont à déduire XII jours qu’il a esté absent pour ses propres besongnes et affaires, restent IIIIIxx XVIII jours, qui à l’estimacion dessusditte montent IIIIIxx XVIII l. tournois, sur quoy il a receu dudit recepveur en quatre parties LXXVI l. tournois ; ainsi reste à lui deu XXII l. tournois ;
Et ledit Thomas de Courcelles, depuis ledit XVIIIe jour de février jusques au Xe jour de juing ensievant l’un et l’autre inclus, compris en ce son retour, ou quel temps a cent treze jours qui, à l’estimacion des susditte, montent cent treze livres tournois, sur quoy il a receu dudit recepveur en quatre parties, LXXVI l. tournois ; ainsi reste à lui paier XXXVII l. tournois.
Lesquelz restes font ensemble laditte somme de cent deux livres tournois. De laquelle somme les dits maistres se trouvent pour bien paiez et contens, et en quittent le roy nostredit seigneur, icellui recepveur et tous autres. Tesmoing le seing manuel de moy Jehan Thiessart, notaire du roy, cy mis, le douziesme jour de juing, l’an mil CCCC et trente ung.
Signé, Thiessart.
XLVII. Tumulte à Serqueux en Champagne, pour le payement d’une dette contractée par Pierre du Lys, prisonnier des Bourguignons
(1439)
(1439)
Pièce inédite du Trésor des chartes (J, 177, n° 45), aux Archives du royaume.
Charles, etc. Savoir faisons à tous présens et avenir, nous avoir receu l’umble supplicacion de Nicolas de 210Verrecourt, jeune compaignon de guerre, natif du lieu de Verrecourt ou bailliage de Chaumont en Bassigny, contenant que, tout son temps et mesmement depuis qu’il se congnoist, il nous a servy à l’encontre de noz adversaires, tant en la compaignie de feu Philibert de Brecy, en son vivant chevalier, que autrement, et y a employé son corps, son temps et ses biens. Et lui estant avec ledit feu de Brecy, advint que Pierre Dalix, chevallier, frère de Jehanne la Pucelle, auquel avions lors baillé le proufit et revenue de noz haulx passaiges en nostre dit bailliaige de Chaumont, bailla audit feu de Brecy, par manière de gaigière, ce que povoit devoir la ville de Serqueulx115 en nostre prevosté de Montigny, à cause desdiz haulx passaiges, pour certaine somme de deniers que ledit Dalix lui devoit pour prest à lui fait par icellui de Brecy, pour lui aidier à paier sa finance au bastard de Vergey qui le tenoit prisonnier116 ; laquelle ville de Serqueulx et les habitans d’icelle furent reffusans de paier audit de Brecy ce qu’ilz lui devoient à certain terme lors escheu ; et pour ce que lesditz habitans, après plusieurs longues sommacions à eulx faictes par ledit feu de Brecy, furent tousjours reffusans de paier ledit de Brecy, en l’an mil CCCC XXXIX ou environ, commanda audit suppliant et trois ou quatre autres compaignons de guerre, ses serviteurs, qu’ilz alassent audit lieu de Serqueulx et qu’ilz preissent et gaigeassent lesdiz habitans de leurs biens pour sondit paiement. Lesquelz 211diz suppliant et autres, en obéissant au commandement de leurdit maistre, alèrent audit lieu de Serqueulx où ilz prindrent certains chevaulx, bestail et autres biens, lesquelz ilz enmenoient et s’en retournoient devers leur dit maistre sans faire mal à personne ; mais les habitans dudit Serqueulx saillirent dudit lieu armez et embastonnez, et vindrent audit suppliant et autres compaignons de guerre cryans : A mort aux trahistres ! ilz seront penduz.
Et leur coururent sus et par espécial audit suppliant, et se mirent en tout effort de leur faire et porter dommaige et de les tuer. Et quant icellui suppliant vit que on les pressoit, et pourceque lesdiz habitans durant les guerres avoient esté contraires et portoient toute hayne audit suppliant et sesdiz compaignons, qui toutes leurs vies avoient esté en nostre service, doubtant cheoir en leur mercy, se mist en deffense contre aucuns desdiz habitans qui fort le pressoyent ; et en soy deffendant ledit suppliant frappa d’une lance qu’il tenoit ung nommé Jehan Landrey dudit lieu de Serqueulx, par la teste ou autre part, tellement que mort s’en ensuy en la personne dudit Landrey. Pour occasion duquel cas icellui suppliant se absenta du pays, etc… et n’oseroit jamais retourner ne seurement demourer en nostre royaume, se noz grâce et miséricorde ne lui estoient sur ce imparties, comme il nous a fait dire et remonstrer, etc. etc. Pour ce est il que nous, considéré ce que dit est, voulans miséricorde préferer à rigueur de justice, audit Nicolas de Verrecourt, suppliant, avons quicté, remis et pardonné, quictons remectons et pardonnons de grâce especial, plaine puissance et auctorité royal, par ces présentes, les faiz 212et cas dessusdiz, etc. etc. Donné à Saint-Mihiel en Barrois, le XXIIIe jour de may, l’an de grâce mil CCCC XLV et de nostre règne le XXIIIe.
Ainsi signé : Par le roy en son conseil, Delaloere.
Visa, contentor. P. Le Picart.
XLVIII. Donation de l’Île-aux-Bœufs au même Pierre du Lys
(28 juillet 1443)
(28 juillet 1443)
Cet acte, enregistré jadis à la Chambre des comptes de Paris, ne se retrouve plus aujourd’hui. Estienne Pasquier, dans ses Recherches sur la France (l. VI, ch. 5), en signala le premier l’existence et en fit connaître les considérants. Il y en a un extrait plus étendu (et c’est celui que nous rapportons ici) dans le Traité sommaire du nom et des armes de la Pucelle, revu en 1628 (p. 27). La donation faite par le duc d’Orléans portait sur un grand banc de sable qui est encore aujourd’hui dans le lit de Loire, à une lieue au-dessus d’Orléans. Les historiens d’Orléans, et en dernier lieu M. Jollois, ont cru que l’Île aux Bœufs était l’Île Saint-Loup ; mais c’est une erreur, puisqu’aux termes du fragment ci-après, l’Île aux Bœufs était située à la hauteur de Chécy. C’était un lieu de pâturage dont le revenu ne pouvait constituer un riche cadeau, ni digne des services rendus au duc d’Orléans par la famille d’Arc. En 1481, l’Île aux Bœufs ne rapportait que huit écus d’or de location au fils de Pierre du Lys ; il est vrai qu’on exceptait du bail une certaine étendue de prairies et de terres labourables ; mais il faut tenir compte de trente-huit années de possession, pendant lesquelles les du Lys n’avaient pas été sans améliorer ce domaine117.
213L’Île aux Bœufs sortit de la famille du Lys en 1524 et fut réunie au domaine peu d’années après.
Voici ce qui nous a été conservé des termes de la donation :
Ouye la supplicacion de messire Pierre du Lis, chevalier, contenant que pour acquiter sa loyaulté envers le roy nostre sire et nous, il se partist de son pays pour venir au service du roy nostre dit seigneur et de nous, en compaignie de Jehanne la Pucelle, sa soeur ; avecque la quelle, jusques à son absentement, et depuis jusques à present, il a exposé son corps et ses biens audit service et ou fait des guerres du roy, tant à la résistance des anciens ennemis du royaulme qui tindrent le siége devant nostre ville d’Orlians, comme à plusieurs voyaiges faictz et entreprins pour le roy nostredit seigneur et ses chiefz de guerre, et autrement, en plusieurs et divers lieux ; et par fortune des dictes guerres a esté prisonnier desdits ennemis et contraint vendre les héritages de sa femme pour payer sa rançon ; requerant qu’il nous pleust luy donner, etc. Pour quoy nous, en considération des choses dessus dictes, avons donné et donnons audit messire Pierre du Lis, chevalier, de grâce espéciale, en faveur et contemplation de ladite Pucelle, sa soeur germaine, et des grands et notables services qu’elle et ledit messire 214Pierre, son frère, ont fait au roy nostre dit seigneur et à nous, les fruicts, profits, usufruicts, revenus et émolumens d’une isle appelée l’Isle aux Bœufs, size en la rivière de Loire près la Salle, au droit de Chécy, comme elle se comporte ; pour en jouyr sa vie durant et de Jehan du Lis, son ainsné fils, chacun d’eux tant que le survivant d’eux deux vivra et aura vie en corps, etc.
XLIX. Aumône du duc d’Orléans à l’un des frères de la Pucelle
(31 juillet 1450)
(31 juillet 1450)
On ne peut qualifier autrement, et à cause de sa modicité, et à cause des termes dans lesquels il est fait, le cadeau constaté par le document qui suit. L’original en parchemin est conservé à la bibliothèque particulière du Roi au Louvre. Il a fait partie des archives de Joursanvault, et est inscrit au catalogue de cette collection sous le n° 155.
Je, Remon Fricon, chevalier et premier maistre d’ostel de monseigneur le duc d’Orléans, certiffie à tous qu’il appartiendra que Jehan Chardon, trésorier et receveur général des finances de mon dit seigneur, a paié la somme de cinquante cinq sols tournois pour don par monseigneur fait : c’est assavoir XXVII s. VI d. au muet qui demeure à Orléans, qui autresfois a esté galopin ; et au frère de la feue Pucelle118 XXVII s. VI d. ; 215pour eulx aidier à avoir leurs necessitez ; dont ils se sont tenuz pour contens. Tesmoing mon seing manuel cy mis, le dernier jour de juillet l’an mil CCCC cinquante.
Signé Fricon.
L. Travaux pour la réhabilitation pendant que le cardinal d’Estouteville informait à Rouen
(4 mai 1452)
(4 mai 1452)
Extrait de l’un des registres capitulaires de la cathédrale de Rouen, aujourd’hui aux archives départementales de la Seine Inférieure. Communiqué par M. Floquet.
Audita requesta magistri Guillelmi du Desert119 pro se et magistro Johanne de Gonnys120 deputatis per dominum archiepiscopum in materia fidei in causa tangente materiam Puellae : concluserunt quod expec tetur finis materiæ.
LI. Notice sur le Mémoire de Pierre Lhermite, sous-doyen de Saint-Martin de Tours, relatif aux irrégularités du procès de Jeanne
(1452)
(1452)
M. de L’Averdy, p. 518 de son Mémoire sur Jeanne d’Arc, a donné en cinq lignes l’analyse sommaire de cet ouvrage qu’il ne 216connaissait que par une traduction française contenue dans le manuscrit de Soubise. Je le placerais volontiers au nombre des pièces perdues, malgré l’existence du manuscrit 144 (Jurisprudence française) de l’Arsenal qui passe pour être la copie de celui de Soubise. Dans ce volume, il est vrai, je trouve bien une consultation, non pas théologique, comme dit M. de L’Averdy, mais toute judiciaire, sous le nom de Pierre Lhermite, je puis même reconnaître que cette consultation est une réponse à dix-sept des articles proposés par Paul Pontanus, en dehors des questions de dogme (voy. le tome II, p. 64). Mais outre que la transcription est faite avec très peu de soin, la traduction est si fautive, elle accuse tellement l’ignorance de son auteur en matière de droit, qu’on ne peut véritablement pas attribuer la valeur d’un document à un morceau si défiguré.
Qu’il suffise de rapporter ici le premier et le dernier paragraphe de cette traduction, pour la commodité de ceux qui feront des recherches sur le même objet.
Incipit.
Ensuit l’opinion de messire Pierre Lhermite sous doyen de l’église de Saint-Martin de Tours.
Il me semble, sous correction, qu’aux questions et demandes faites au procès de defuncte Jeanne la Pucelle, on peut dire et respondre en cette manière à ce qu’est demandé à un article, c’est asçavoir si le procès et la sentence estoient valables et raisonnables, etc :
Puisque ladicte defuncte n’offensa point au territoire de l’évesque de Beauvais et qu’autrement elle n’estoit point sa sujette, je dis qu’il ne pouvoit et devoit avoir la connaissance de son cas, ne avoir puissance de la retenir en sa juridiction. Car elle n’estoit pas sa sujette pour avoir passé seulement par dessus sa terre ou pour avoir esté prinse dedans son territoire ; car, ainsi que dit une loy, il seroit moult dur 217à pèlerin ou à un nautonnier de se deffendre par tous les lieux où il passe, s’il y estoit accusé ou appréhendé d’aucun maléfice ; et par conséquent je veux dire que tout ce que ledit évesque a fait et prononcé contre elle, est injuste, déraisonnable et de nulle valeur, ainsi qu’il est escrit au chapitre Ac si clerici, où il est parlé de l’Office des Juges.
Explicit.
Au 17e article et dernier, je prouve quelle est incoulpable : 1° à cause qu’un vray et juste juge doit tousjours avoir devant les yeux de sa conscience la vérité et équité, sans tendre rets, corde ny filets à quelqu’un pour le decevoir et tromper, par le chapitre De viduis ; 2° à cause qu’il doit toujours tendre à sauver et délivrer de mort un pauvre prisonnier ou prisonnière. Mais pour ce que cet évesque a fait tout à l’opposite, c’est à sçavoir qu’à la simple, rustique et innocente Pucelle, laquelle ne congnoissoit rien en procès, il a proposé et demandé questions difficiles, subtiles et captieuses pour la prendre et condemner par ses paroles, mettre à confusion et fraudulente diception : je dis et conclus que faussement et iniquement.
En l’honneur et révérence de la saincte, sacrée et inséparable Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
218LII. Coopération du chapitre de la cathédrale de Rouen au procès de réhabilitation
(19 décembre 1455)
(19 décembre 1455)
Extrait d’un registre capitulaire conservé aux archives de la Seine-Inférieure, cité par M. Chéruel dans un article de la Revue de Rouen et de Normandie du mois de juin 1845.
Veneris XIX. decembris, capitulantibus domino et magistro Roberto Sutore, etc. Domini capitulantes deputaverunt M. Nicolaum de Bosco, decanum ; Philippum de Rosa, thesaurarium ; Hectorem de Coquerel ; Guillelmum Roussel ; Laurentium Surreau ; Johannem Du Bec et Johannem de Gonnys, ad assistendum cum dominis judicibus ordinatis pro processu Puellæ. Et quod prælibati habeant suas distributiones, quamdiu assistent et fuerint occupati in dicto negotio.
LIII. Legs d’un exemplaire du procès de réhabilitation à l’église de Paris
(1472)
(1472)
Extrait de l’exécution testamentaire de l’évêque Guillaume Chartier, consignée sur l’obituaire de Notre-Dame de Paris (t. IV, p. 55, du Cartulaire de l’église de Paris, publié par M. Guérard). L’exemplaire du procès dont il s’agit est celui qui avait été remis à Guillaume Chartier, comme juge de la réhabilitation, et qui se trouve encore dans le fonds des manuscrits de Notre-Dame à la Bibliothèque royale (n° H, 10).
Duodecim librorum volumina, cum quodam alio in papiro et pargameno, continente processum Puellæ 219aurelianensis, executores dicti reverendi in Christo patris nobis expediverunt et actualiter tradiderunt ; reponique fecimus in libraria et alligari in duobus pulpitris ligneis, ad arma ejusdem reveremdi patris, ferramentis, sedibus et aliis ad hoc pertinentibus121, factis sumptibus et de bonis executionis dicti reverendi in Christo patris.
LIV. Confirmation du privilège de noblesse accordé aux descendants de la famille d’Arc
(octobre 1550)
(octobre 1550)
Plusieurs fois imprimée partiellement d’après un registre, aujourd’hui détruit, de la Chambre des comptes. Godefroy l’a fait connaître le premier (Histoire de Charles VII, p.897). Le présent texte a été corrigé et complété sur le registre 260 du Trésor des chartes (pièce 306). De La Roque, au chapitre XLIII de son Traité de la Noblesse, parle d’un arrêt d’enregistrement rendu par la cour des aides de Normandie, en date du 13 décembre 1608.
Henry, par la grâce de Dieu, roy de France, sçavoir faisons à tous présens et advenir, nous avoir receu l’humble supplication de noz chers et bien amez Robert Le Fournier, baron de Tournebeu, et Lucas du Chemyn, seigneur du Feron, son nepveu, pour eulx et leurs parens, issuz et descenduz de la lignée de la Pucelle Jehanne d’Ay122, de Domp-Remy, près Vaucouleur, ou bailliage de Chaulmont, contenant 220que le feu roy Charles VIIe, que Dieu absolve, pour certaines, bonnes, justes et raisonnables grandes causes et considérations, auroit anobly ladite Pucelle Jehanne d’Ay, Jacques d’Ay, son père, Ysabeau, sa femme, mère de ladicte Jehanne, Jacquemyn et Jean d’Ay, et Pierre Prerel, frères d’icelle Pucelle ; ensemble tout leur lignage et postérité en ligne masculine et féminine ; et de ce, en auroit fait expédier ses lettres en forme de chartres, de ceste teneur :
Carolus, Dei gratia, Francorum rex, ad perpe tuam rei memorian, etc.123
Du contenu desquelles lectres de ce faictes par noz prédecesseurs, les hoirs et successeurs d’icelle Pucelle, sesditz père,‘mère, et frères, auroient tousjours depuys joy et usé, mesmement lesditz supplians, comme ilz font encores de présent ; mais doubtans que au moien du trespas de feu de bonne mémoire le roy nostre très honnoré seigneur et père, dernier déceddé, que Dieu absolve ; et que depuys icelluy et nostre advènement à la couronne, ilz n’ont de nous eu confirmation, doubtent à l’advenir y estre empeschez s’ilz n’avoient sur ce noz lectres de confirmacion, lesquelles ilz nous auroient très humblement faict supplier et requerir leur voulloir octroyer, et sur ce leur impartir noz grace et liberalité : pour ce est-il que nous, inclinant liberallement à l’umble supplicacion et requeste desditz supplians, deuement certiorez des justes occasions et services divinement faictz à nos prédecesseurs et royaulme par ladicte Pucelle en expulsant les ennemys usurpans nostredit royaulme, qui ont meu nosditz 221prédecesseurs à donner et octroier ledit anoblissement ; ne voullans moins faire que eulx en cest endroit : ausdiz supplians, ensemble aux aultres successeurs yssuz et descenduz de la lignée masculine et féminine de ladicte Pucelle et de sesditz père et mère et frères, avons de nostre certaine science, plaine puissance et auctorité royal, continué et confirmé, continuons et confirmons, par ces présentes, ledit anoblissement cy dessus inséré, pour d’icelluy joyr et user par eulx d’oresnavant à perpetuité, tant et si avant, et par la forme et manière contenue ausdictes lettres et chartres cy dessus insérées, et qu’ilz en ont cy devant bien et deuement joy et usé, et qu’ilz en joissent encores de présent. Si donnons en mandement, etc. Donné à Rouen, ou moys d’octobre, l’an de grace mil
cinq cens cinquante, et de nostre règne le quatriesme.
Et au dessoubz est escrit : Collation des lettres cy-dessus transcriptes a esté faicte à leurs originaulx par moy, notaire et secrétaire du roy, Mahieu.
Et sur le reply : Par le roy, Mahieu. Visa. Contentor, Goret, et scellées de cire vert sur laz de soye.
LV. Marchés pour la restauration du monument de la Pucelle à Orléans
(1570-1571)
(1570-1571)
Deux pièces dont les originaux, l’un en parchemin, l’autre en papier, font partie du manuscrit n° 411 de la bibliothèque d’Orléans. La première a été imprimée, mais d’une manière très incomplète, dans les Recherches historiques sur Orléans, de M. Lottin (première partie, t. I, p.480).
222Le peu qu’on sait sur l’origine du monument a été dit dans notre quatrième volume (p. 449). Il s’agit ici de la forme nouvelle qu’il reçut après avoir été presque entièrement détruit, à la seconde occupation d’Orléans par les calvinistes, en 1567. De grands changements furent faits à la disposition primitive. Tandis qu’autrefois le groupe principal consistait en un Christ sur la croix avec une Mater dolorosa placée debout devant lui, depuis la restauration, le Christ fut étendu mort sur les genoux de sa mère et celle-ci assise au pied de la croix contre un rocher figurant le Calvaire. Les statues agenouillées de Charles VII et de la Pucelle qui, dès l’origine, avaient été mises à droite et à gauche du groupe, y furent maintenues ; mais il fallut refaire d’imagination la seconde, dont les iconoclastes n’avaient laissé subsister que les jambes et les bras.
L’état ancien du monument est constaté par un tableau du musée d’Orléans représentant une vue du pont et de la ville vers l’an 1560. On peut se faire une idée de ce qu’il fut depuis 1571, tant par les jetons frappés à la fin du seizième siècle pour la maison commune d’Orléans, que par deux gravures de Gaultier exécutées l’une pour le livre de Jean Hordal, l’autre pour le Recueil d’inscriptions à la gloire de Jeanne d’Arc, qui parut en 1628. La Fontaine le visita en 1633 ; il s’en ouvre ainsi à sa femme dans la seconde lettre de son voyage à Limoges :
En allant sur le pont, je vis la Pucelle ; mais, ma foi, ce fut sans plaisir. Je ne lui trouvai ni l’air, ni la taille, ni le visage d’une amazone. L’infante Gradafillée en vaut dix comme elle ; et si ce n’est que M. Chapelain est son chroniqueur, je ne sais si j’en ferais mention.Je la regardai pour l’amour de lui, plus longtemps que je n’aurais fait. Elle est à genoux devant une croix, et le roi Charles en même posture vis-à-vis d’elle ; le tout fort chétif et de petite apparence. C’est un monument qui se sent de la pauvreté de son siècle.
Voir ci-après les inscriptions mises sur le piédestal refait en 1771.
Travaux de fonte.
Par devant Girard Dubois, notaire du roy nostre sire en son Chastellet d’Orléans, est comparu Hector Lescot, 223fondeur, demourant à Orléans parroisse de Saint-Pierre-Pullier, dist Jaqueminot, lequel a confessé qu’il avoit entreprist et entreprent des maire et eschevins qui luy ont baillé et baillent à faire ce qui s’ensuist :
En ce qui convient refondre et ressoulder les effigyes Nostre-Dame de Pitié et la Pucelle, qui soulloient estre d’ancienneté sur les ponts de ceste ville : premièrement, fault ressouder tout le corps de ladicte Pucelle reservé les jambes, brats et mains ; plus ressoulder de neuf une lance avec le guidon tournant au bout de ladicte lance, son armet avec ung panache, une espée et des esperons, une croix, ung pellican, trois cloux, ung chapeault d’espines audessus de la croix, une aultre lance de l’aultre cousté de la croix et une esponge ; plus reffondre ung brats au crucifix, et mectre une grande pièce à l’estommact ; faire une encollecture au col et plusieurs aultres pièces qu’il convient faire et ressouldre ; et encores réparer plusieurs coups de harquebuzes au corps et à la teste du roy, et luy reffaire une couronne qui se mist sur ses armoyrys ; et généralement de faire tout ce quy conviendra de faire, et accomoder et asseoir ladicte Pucelle, et en pareille façon qu’elle soulloit estre.
Pour quoy faire, lesdicts maire et eschevins fourniront de cuyvre ou potin, fer, plomb et aultres macttières ad ce necessaires. Et quant aux moulles, ledict preneur les fera faire à ses cousts et despens. Et ladicte Pucelle et tout le contenu cy dessus, ycelluy preneur rendra reparré, faict et parfaict, assi sur les ponts où yalle a accoustumé d’estre assise, le tout bien duement, comme il appartient, dedans le sixiesme jour de janvier prochain, moyennant la somme de syx 224vingt dix livres tournoys que lesdictz maire et eschevins ont promis payer et faire payer par le recepveur des deniers commungs de ladicte ville : assavoir, par advance, cincquante livres tournois, et le seurplus montant à quatre vings livres tournois, incontinent les dessusdictz euvres receues bien et duement faictes et perfectes, delivrées ausdictz maire et eschevins par ledict preneur, coustz obligent et renonçans. Présents Robert Charpentier et Jean Cornu, de mourant ou dict Orléans, tesmoyns, le IX octobre M CCCC LXX. Signé Duboys.
Et le quatorziesme dudict moys d’octobre, ledict Lescot a confessé avoir eu et receu de honnorable homme, Jacques Alleaume, recepveur des deniers communs de la ville d’Orléans, la somme de cinquante livres tournoys d’advance sur les œuvres des susdictes ; dont quittance ès presence de Joseph Morcheron et Jacques Sayntonge dudict Orléans, tesmoings.
Signé Duboys.
Travaux de maçonnerie.
Le vingt deuxiesme jour de mars, l’an mil cinq cens et soixante unze.
Les maire et eschevins de la ville d’Orléans, en nombre suffisant assemblez en l’hostel commung de ladicte ville, en la présence de Girard Dubois, notaire du roy nostre sire en son Chastellet d’Orléans, greffier dudict hostel commung, ont advisé et délibéré que par honnorable et prudent homme Jacques Aleaume, receveur des deniers commungs de la ville d’Orléans, payera et baillera à maistre Pierre Guillaumect, maistre 225masson et tailleur de pierre de ceste ville d’Orléans, la somme de quarente cinq livres tournoys à laquelle lesdicts maire et eschevins ont cy devant faict marché verbal avec ledict Guillaumect, de faire la massonnerye qu’il a faicte, tant de taille que aultre, qu’il convenoit faire au lieu et endroict où l’effigie de Nostre Dame, du roy et de la Pucelle, ont esté puis naguères mis et assis sur ledict pont de ceste dicte ville ; et à ce faire fourny par ledict Guillaumect de pierre d’Apremont, chau, sable et cyment, qu’il y avoit convenu. Et en rapportant les présentes par le dict receveur avec quictance dudict Guillaumect, la dicte somme de XLV s. t. luy sera allouée en son compte. Faict et arresté oudict Hostel de ville, les an et jour dessusdictz.
Signé Duboys.
Les an et jour que dessus, ledict Guillaumect, dessus nommé, confesse avoir receu dudict Aleaume, receveur susdict, ladicte somme de quarente cinq livres tournois pour les causes susdictes, si comme, etc. ; dont est quictance. Tesmoings, Jacques Sainctonge et Jacques Colas, clercs trésoriers.
Signé Duboys.
LVI. Permission à la branche cadette de la famille du Lys de reprendre les armoiries de la Pucelle
(25 septembre 1612)
(25 septembre 1612)
Lettres patentes dont une ampliation existe à la section judiciaire des Archives du royaume (Cour des aides, liasse de 1611 à 1614). Elles ont été imprimées pour la première fois à part, en un petit cahier de format in-12, sans date ni nom d’imprimeur. 226Godefroy les reproduisit p. 899 de l’Histoire de Charles VII. On les trouve encore dans le Recueil général des anciennes lois françaises (t. XVI, p. 33), et dans la Collection des chroniques nationales de M. Buchon, t. IX de Monstrelet, ainsi que dans le Panthéon littéraire.
Louys, par la grace de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous présents et à venir, salut.
Nos amez et féaux M. Charles Dulis, nostre conseiller et advocat général en nostre Cour des Aydes, à Paris, et Luc Dulis, escuyer, sieur de Reisnemoulin, aussi conseiller, notaire et secrétaire de nostre maison et couronne de France, et audiencier en nostre chancellerie de Paris, frères ; nous ont fait humblement remonstrer que, comme durant les guerres et divisions qui furent en ce royaume, sous les roys Charles VI et Charles VII d’heureuse mémoire, nos prédécesseurs, les Anglois ayans par un long espace de temps usurpé nostre ville de Paris et une grande partie des autres meilleures villes et provinces de nostre royaume, il eust pleu à Dieu, vray protecteur de nostredit royaume, de susciter des frontières d’iceluy cette magnanime et vertueuse fille, nommée Jeanne d’Arc, depuis vulgairement appelée la Pucelle d’Orléans ; laquelle, contre l’opinion d’un chacun et contre toute apparence humaine, fit miraculeusement en fort peu de temps, et comme par la main de Dieu, lever le siége que les Anglois tenoient devant nostre ville d’Orléans, et sacrer ledit seigneur roy Charles VII, en mostre ville de Rheims, avec tant de prospérité, que de là en avant les Anglois furent entièrement débellez et expulsez de nostre royaume : en recognoissance desquels grands et signalez services rendus à 227l’Estat et couronne de France, elle fut non seulement annoblie avec ses père, mère, frères, et toute leur postérité, tant en ligne masculine que féminine, mais par un privilége spécial dudit seigneur roy CharlesVII, lui fut permis, ensemble à sesdits frères et à leur postérité, de porter le lis, tant en leurs noms qu’en leurs armoiries, qui leur dès lors furent octroyées et blasonnées d’un escu d’azur, à deux fleurs de lis d’or, et une espée d’argent à la garde dorée, la pointe en haut, férue en une couronne d’or ; desquels frères de ladite Pucelle, l’aisné, Jean d’Arc, dit Dulis, prévost de Vaucouleur, et les descendants d’icelui, auroient continué de porter lesdits noms et armes Dulis jusques à ce jourd’huy ; et le puisné Pierre d’Arc, aussi dès lors surnommé Dulis, suivant la profession des armes, après estre parvenu à l’ordre et degré de chevalerie, par lettres patentes du duc d’Orléans, données à Orléans, le vingt-huictiesme de juillet mil quatre cent quarante-trois, auroit esté recognuet rescompensé, sous le nom Dulis, et en qualité de frère germain de ladite Pucelle, des signalez services par luy rendus, en faict d’armes, avec sadite sœur, et après le déceds d’icelle, tant audit seigneur roy Charles VII, qu’audit duc d’Orléans, depuis l’heureuse deslivrance qu’il eut de sa longue prison, sous les auspices de ladite Pucelle, comme il en appert amplement par plusieurs extraicts de nostre Chambre des comptes, et autres titres attachez sous le contreseel des présentes124 ; mesmes que dudit Pierre Dulis, chevalier, frère puisné de ladite Pucelle, seroient issus et descendus en droite ligne 228lesdits exposant, frères, enfans de Michel Dulis, leur père, fils de Jean Dulis, leur ayeul, qui fut fils d’autre Jean Dulis le jeune : lequel estoit aussi fils puisné dudit Pierre Dulis, chevalier, frère encore puisné de ladite Pucelle : lequel Jean Dulis le jeune, bisayeul desdits exposans, fut nommé et envoyé pour estre l’un des eschevins en la ville d’Arras, par le roy Louys XI, fils et successeur dudit seigneur roy Charles VII, lorsqu’il la voulut faire restablir et repeupler, par ses lettres patentes données à Chartres, au mois dejuillet mil quatre cent quatre-vingt-un125, vérifiées en nostre Cour des Aydes, le dixiesme septembre en suivant, et y demeura jusques en l’année mil quatre cent quatre-vingt-onze, que s’estant ladite ville soustraite de l’obéissance de la couronne de France par l’entremise de l’archiduc Maximilian, les bons et vrays François qui y avoient esté establis par ledit sieur roy Louys XI, furent tous pillez et chassez de ladite ville, notamment ledit Jean Dulis, lequel fut contraint de se retirer à Lihoms en Santerre, sans néant moins discontinuer la profession des armes ; et se voyant le puisné des puisnés des frères de ladite Pucelle d’Orléans, il se seroit contenté de porter le nom Dulis, retenant les armes du nom et de leur ancienne famille d’Arc, qui sont d’azur à l’arc d’or mis en fasce, chargé de trois flèches entrecroisées, les pointes en haut férues, deux d’or, ferrées et plumetées d’argent, et une d’argent, ferrée et plumetée d’or, et le chef d’argent au lion passant de gueule ; et d’autant que 229lesdits noms Dulis et armes d’Arc, se trouvent estre passez de père en fils jusques ausdits exposants, et qu’iceux sont recognus aujourd’huy seuls représentans ledit Pierre Dulis, leur trisayeul, frère germain de ladite Pucelle, au moyen de ce que Jean Dulis le vieil, de son vivant tousjours surnommé la Pucelle, fils aisné dudit Pierre Dulis, chevalier, frère de ladite Pucelle, seroit décédé sans hoirs126, désireroient reprendre les armes Dulis, octroyées à ladite Pucelle et ses frères, avec celles d’Arc, que ledit Jean Dulis le jeune, leur bisayeul et ses descendans se trouvent avoir retenues et gardées jusques à présent ; et qu’il leur fust permis les porter toutes deux ensemble, escartelées en mesme escusson, et timbrées de telle façon qu’il nous plaira leur ordonner, pour marque des actes valeureux de ladite Pucelle et de leurs ancestres, mesmes y employer la bannière qu’elle portoit à la guerre, laquelle estoit de toile blanche semée de fleurs de lis d’or, avec la figure d’un ange qui présentoit un lis à Dieu, porté par la Vierge sa mère ; ce qu’ils doutent pouvoir faire, sans avoir sur ce nos lettres convenables et nécessaires, humblement requérant icelles : pour ce est-il que nous, recognoissans les grands, mystérieux et signalez services faits à l’Estat et couronne de France par ladite Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans, et désirans continuer la reconnoissance et gratification qui en a esté faite à elle et à ses frères, et leur postérité, et d’ailleurs, bien et favorablement traiter lesdits exposans, tant en contemplation de leur dite extraction, dont il nous est 230suffisamment apparu par les titres et extraits attachez sous nostredit contreseel, que de plusieurs bons et agréables services qu’il nous ont rendus, et au défunt roy Henry le Grand, nostre très honoré seigneur et père, d’heureuse mémoire, non seulement en l’exercice de leurs offices, mais en plusieurs autres charges, commissions et négociations où ils ont esté employez, et s’en sont dignement acquittez : A ces causes et autres grandes considérations à ce nous mouvans, de l’advis de la reyne régente, nostre très honorée dame et mère, et de nostre conseil, avons, de nostre certaine science, pleine puissance et autorité royale, par ces présentes signées de nostre main, permis et permettons ausdits exposans, d’adjouster les armes Dulis à celles d’Arc, dont ils avoient accoustumé d’user ; et icelles porter à l’advenir eux et leur postérité, escartelées au quartier droict de celles Dulis, qui furent accordées à ladite Pucelle d’Orléans et ses frères, ainsi que les ont retenues et les portent à présent ceux qui sont reconnus issus et descendus du frère aisné de ladite Pucelle, Jean Dulis, qui fut prévost à Vaucouleur, et au second et troisiesme quartier de celles d’Arc, que lesdits exposans ont retenues, et gardées de père en fils, dudit Jean Dulis le jeune, leur bisayeul, qui fut nommé, comme dit est, pour eschevin en la ville d’Arras, par ledit sieur roy Louis XI, ainsi qu’elles sont cy-dessus blasonnées, et représentées sous le contreseel des présentes ; comme aussi voulons et permettons que lesdits exposans puissent porter leur heaume comblé du bourrelet de chevalerie et noblesse, des couleurs armoriales, et timbré, sçavoir est ledit Charles et les siens, d’une figure de ladite 231Pucelle, vestue de blanc, portant en sa main droite une couronne d’or soustenue sur la pointe de son espée, et à la gauche, sa bannière blanche, figurée et représentée comme de son vivant elle la portoit ; et ledit Luc Dulis, puisné, et les siens, d’une fleur de lys d’or naissante entre deux pennarts de mesme blazon que la bannière de ladite Pucelle ; et que le cri dudit Charles et des siens soit La Pucelle ! et celui dudit Luc, sieur de Reisnemoulin, soit Les Lys ! sans qu’ils en puissent estre troublez, molestez ny inquiétez en façon quelconque, ny que ledit changement ou escartelure et addition leur puisse nuire, ny estre imputé au préjudice de nos ordonnances. Si donnons en mandement à nos amez et féaux conseillers les gens tenant nos cours de Parlement et des Aydes à Paris, et à tous autres justiciers et officiers qu’il appartiendra, que ces présentes ils fassent registrer, et du contenu en icelles jouyr et user lesdits exposans et leur postérité, sans leur estre sur ce fait aucun trouble ni empeschement ; et si aucun leur estoit fait ou donné, ils le fassent lever et oster, nonobstant toutes ordonnances, défenses, et quelconques lettres à ce contraire : car tel est nostre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre nostre seel à cesdites présentes. Données à Paris, le vingt cinquiesme jour d’octobre, l’an de grace mil six cent douze, et de nostre règne le troisiesme.
Signé, Louys. Et sur le reply, Par le roy, la reine régente, sa mère, présente, Brulard, et scellée de cire verte. Et à costé est escrit : Visa. Et sur ledit repli est encore escrit : Registrées, ouy le Procureur général du roy, pour jouyr par les impétrans du contenuenicelles, selon leur 232forme et teneur. Fait en Parlement, le dix-huitiesme de décembre mil six cent douze. Signé, Du Tillet. Et sur le mesme repli est escrit : Registrées en la Cour des Aydes, ouy le Procureur général du roy, pour jouir par les impétrans du contenu en icelles, suivant l’arrest de ladite cour du jourd’huy. Fait à Paris, le trente-uniesme jour de décembre, mil six cent douze. Signé, Du Puys.
Extrait des registres du Parlement. — Veu par la Cour les lettres patentes du 25 octobre dernier, signées LoUYs, et sur le reply, Par le roy, la reyne régente, sa mère, présente, Brulard ; par lesquelles inclinans à la supplication de MM. Charles Dulis, advocat du roy en la Cour des Aydes, et Luc Dulis, secrétaire et audiencier en la chancellerie, descendus de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans, leur est permis aux armes d’Arc adjouster celles du Lis, octroyées à ladite Pucelle et aux siens, ainsi qu’au long contiennent lesdites lettres ; la requeste par eux présentée à la Courafin d’enthérinement ; conclusions du Procureur général du roy ; tout considéré : ladite Cour a ordonné et ordonne que lesdites lettres seront registrées en icelle, ouy le Procureur général du roy, pour jouyr par les impétrans du contenu en icelles. Fait en Parlement, le dix-huitiesme jour de décembre, mil six cent douze. Signé, Voisin.
Extrait des registres de la Cour des Ardes. — Veu par la Cour les lettres patentes du roy, données à Paris le vingt-cinquiesme jour d’octobre dernier, signées Louys, et sur le reply, Par le roy, la reyne régente, sa mère, présente, Brulard, à costé visa, et seellées de 233cire verte sur lacs de soye rouge et verte, portans permission à messire Charles Dulis, son conseiller et advocat général en ladite Cour, et Luc Dulis, escuyer, sieur de Resnemoulin, aussi conseiller, notaire et se crétaire de Sa Majesté, maison et couronne de France, et audiencier en la chancellerie de Paris, d’adjouster les armes Dulis à celles d’Arc, et icelles porter à l’advenir, et leur postérité, comme estans descendus d’un des frères de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans, ainsi que plus au long le contiennent lesdites lettres ; requeste des impétrans à fin de vérification d’icelles ; conclusions du Procureur général du roy, et tout considéré : la Cour a ordonné et ordonne que lesdites lettres seront registrées au greffe d’icelle, pour jouir par les impétrans du contenu en icelles. Prononcé le trente-uniesme jour de décembre, mil six cent douze. Signé, Du Puys.
LVII. Réduction du privilège de noblesse pour les descendants de la famille d’Arc
(juin 1614)
(juin 1614)
Cette disposition est portée par l’article 10 de l’édit de 1614, pour la réduction des privilèges en matière de tailles. Elle est énoncée une seconde fois dans l’édit du mois de janvier 1634 sur la même matière. J’en emprunte le texte au Recueil général des anciennes lois françaises de MM. Isambert et Taillandier, t. XVI, p. 48 et 398.
Les descendans des frères de la Pucelle d’Orléans qui vivent à présent noblement, jouiront à l’avenir des priviléges de noblesse, et leur posterité, de masle en masle vivant noblement, mesme ceux qui pour cet 234effet ont obteuu nos lettres patentes et arrestz de nos cours souveraines. Mais ceux qui n’ont vescu et me vivent à présent noblement, ne jouiront plus à l’avenir d’aucuns priviléges. Les filles et femmes aussi descendues des frères de ladite Pucelle d’Orléans, n’annobliront plus leurs maris à l’avenir.
LVIII. Donation du chapeau de Jeanne d’Arc aux oratoriens d’Orléans
(22 avril 1631)
(22 avril 1631)
Certificat imprimé par Lenglet Dufresnoy dans son Histoire de Jeanne d’Arc, partie III, p. 278. Lenglet vit ce chapeau qui existait encore de son temps. Il était de satin bleu, dit-il, avec quatre rebras brodés d’or, et enfermé dans un étui de maroquin rouge à fleurs de lys d’or. Aujourd’hui il n’est personne à Orléans qui sache dire ce que cette relique est devenue.
Jesus Maria.
Régnant le très chrestien roy Louis le Juste, XIIIe de ce nom, j’ai, Paul Metezeau, prestre de la congrégation de l’Oratoire de Jésus, donné à nostre maison de l’Oratoire en cette ville d’Orléans, ce chapeau que je certifie estre le véritable de l’héroïque et fameuse fille Jeanne d’Arcq, communément appellée la Pucelle d’Orléans, en l’ordre et succession qu’il m’est ainsi échu de damoiselle Marguerite de Therouanne, femme de Jean de Metezeau mon frère, secrétaire du roy, et fille unique de Monsieur de Therouanne, conseiller en la cour de Parlement à Paris, et de damoiselle Marguerite de Bongars, native d’Orléans,à laquelle damoiselle de Bongars ce chapeau estoit demeuré par ancienne 235succession héréditaire et toujours descendante jusqu’à elle, par alliance de la famille et maison en laquelle fut receue et logée ladite Pucelle lorsqu’elle arriva à Orléans pour en chasser de devant la ville et hors du royaume de France les Anglois ; et ainsi soigneusement gardé l’espace de deux cens ans, et laissé par hérédité de parens aux enfants sous ce nom, pour titre mémorable de l’antiquité de leur maison, jusqu’à ce qu’enfin il m’a esté donné et mis entre les mains par celle qui dans ce rang de succession l’a possédé, pour estre, par providence divine, rapporté en laditte ville et donné par moy à nostre maison de l’Oratoire avec cet estuy, pour y estre dignement conservé à l’avenir, le sauver des cendres et le recommander à la postérité, suivant la piété, valeur, mérite et sainteté de cette fille et vierge héroïque en laquelle a paru le bras de Dieu, et qu’elle estoit esleue de luy pour le salut et la liberté de la France. En tesmoignage de quoy et du don que je fais, je signe cet escrit fait de main, ce 22 avril 1631.
Signé, Paul Metezeau, prestre de l’Oratoire de Jésus, avec paraphe.
LIX. Inscriptions de la fontaine élevée à Rouen
(1756)
(1756)
Monument construit sur la place dite de la Pucelle, qui est un démembrement de l’ancienne place du Vieux-Marché. Une statue de femme en costume héroïque, représentant Jeanne d’Arc, sur monte une base triangulaire d’où l’eau s’échappe par trois jets disposés sur chacune des faces. La statue est due au ciseau du sculpteur Slodz ; l’ensemble du monument est du dessin de l’architecte Dubois. Cet ouvrage est tout en marbre blanc. Il a remplacé 236une vieille fontaine de style renaissance, élevée dans un coin de la même place, à l’endroit où avait été plantée la croix expiatoire décrétée par les juges de la réhabilitation. On peut voir le dessin de cette fontaine, gravé à la suite du Mémoire de M. de L’Averdy (Notices des manuscrits, t. III, p. 604). C’est en vain que les auteurs rouennais ont voulu soutenir qu’elle datait du règne de Charles VII. Ils n’ont prouvé qu’une chose, c’est qu’elle existait en 1525, lorsque fut exécuté le fameux Livre des fontaines de Rouen. D’après son architecture, il est évident qu’elle ne remontait pas au delà du règne de Louis XII.
Quant à la fontaine moderne, elle fut sauvée en 1793 par la présence d’esprit des administrateurs de la commune, qui firent remarquer que Jeanne d’Arc était du tiers état, et qu’à ce titre on devait conserver son image. On se contenta d’effacer les inscriptions, dont voici la teneur, d’après le Dictionnaire indicateur des rues et places de Rouen, par P. Périaux.
Sur la première face.
Regnante Ludovico XV,
Normanniam gubernante Fr. Fred. Monmorancio
Duce Luxemburgio,
D. D. Antonio de Gaugy, Equite et Sancti Lazari,
Et honorario in curia præsidiali
Urbis majore ;
Joanne Petro declere ; Elia Lefebure ; Car. Nic. Bordier ; Joann. B. Fr. Chapais ; Hen. Jos. Vachier, scutifero ; Nic. Prevel, Ædilibus :
Jac. Ph. Mullot, scutifero, pro. reg. ; N. B. E. Coignard, tab. et scr. ; Jac. L. Mullot, scutif. quest. ; P. Jarry op. mag.
Virgini Bellatrici
Dicatum monumentum, vetustate prolapsum,
Sic renovari
Opera et genio d. Alex. Dubois, curavit civitas
Anno MDCCLV.
237Sur la seconde face.
Joanne d’Arc,
Quæ sexu fœmina, armis vir,
Fortitudine heros,
Post Aureliam obsidione liberatam,
Ductum per medios hostes ad sacra
Rhemesia
Carolum VII,
Assertum eidem pluribus victoriss solium,
Ad compendium capta, Anglis tradita,
Immerita sorte
In isto urbis angulo
Combusta, die XXX maii, anno
M. CCCC. XXXI.,
Exuit flammis quod mortale.
Gloria superest nunquam moritura,
Et in hac eadem urbe
Solemniter vindicata
Die VII julii, anno M. CCCC. LVI.
Sur la troisième face.
Flammarum victrix, istro rediviva tropheo,
Vitam pro patria ponere virgo docet :
Eminet exemplum, succendat, pectora, regno
Suscitet heroas, neustria detque suos.
Stemma vides, sculpsit victoria, facta puellæ
Rite triumphali sunt ibi scripta manu ;
Regia virgineo deffenditur ense corona,
Lilia virgineo tuta sub ense nitent.
238LX. Inscriptions du monument de la Pucelle à Orléans après sa seconde restauration
(1771)
(1771)
Le monument, enlevé en 1745 de dessus le pont qui menaçait ruine, fut porté dans un cellier de la maison commune, où il resta seize ans enseveli. Après ce laps de temps, les sollicitations de M. Desfriches, amateur distingué des beaux-arts et conseiller de ville, le firent remettre en lumière. On le plaça à l’encoignure des rues Royale et de la Vieille-Poterie, sur un piédestal dont M. Soyer, ingénieur des turcies et levées, avait fourni le dessin. Millin en a donné une gravure dans le tome II, article IX de ses Antiquités nationales.Deux tables de marbre noir, encastrées sur les faces principales du monument, portaient les inscriptions suivantes, composées par M. Colas de Guyenne, chanoine de Saint-Aignan.
Côté de la Rue Royale.
Du règne de Louis XV
Ce monument érigé sur l’ancien pont
Par le roi Charles VII, l’an 1458127,
En actions de grâce de la délivrance
De cette ville, et des victoires remportées
Sur les Anglais par Jeanne d’Arc,
Dite la Pucelle d’Orléans,
A été rétabli dans sa première forme,
Du vœu des habitants et par les soins de
M. Jacques du Coudray, maire,
239MM. Isambert de Bagnaux, Vandebergue de Villebouré, Boillève de Domcy, Deloynes de Gautiray ; Échevins.
MM. Desfriches, Chaubert, Colas de Malmusse, Arnault de Nobleville, Boillève, Lhuillier de Planchevilliers ; Conseillers.
L’an M. DCC. LXXI.
Côté de la rue de la Vieille-Poterie.
D. O. M.
Pietatis in Deum
Reverentime in Deiparam
Fidelitatis in Regem
Amoris in Patriam
Grati animi in Puellam
Monumentum
Instauravere cives Aureliani
Anno Domini MDCCLXXI.
LXI. Destruction du monument de la Pucelle à Orléans
(août 1792-juillet 1793)
(août 1792-juillet 1793)
Extraits divers des registres du Conseil général de la commune d’Orléans et de ceux de l’Administration du département du Loiret, 240imprimés dans les Recherches historiques sur Orléans, de M. Lottin, deuxième partie, t. I, p. 340, 344 et 417 ; Ibidem, t. II, p. 62 et 164.
Conseil général de la commune, séance du 23 août 1792.
Lecture est donnée de la pétition suivante, soumise aux membres du Conseil général de la commune :
Pétition des membres de la section de Saint-Victor à MM. les Administrateurs composant le conseil permanent du département du Loiret.
Administrateurs, ayant justifié la confiance de la section permanente de Saint-Victor, par le zèle que vous avez apporté à faire droit aux pétitions présentées par vos concitoyens, elle s’adresse à vous pour un objet important qu’ils soumettent à votre discussion.
L’Assemblée nationale a rendu un décret pour armer de piques tous les citoyens qui ne peuvent payer des fusils ; ces citoyens ainsi armés seront de peu de défense s’ils ne sont appuyés par une artillerie imposante.
La ville d’Orléans, formant sept bataillons, ne possède que deux pièces de canon de campagne, les deux autres canons ne lui appartenant pas, et ne pouvant servir que de pièces de rempart. Il serait donc essentiel de trouver des moyens d’augmenter notre artillerie. Pour y parvenir, la section de Saint-Victor vous propose de faire démolir le monument de Charles VII, monument qui insulte à la liberté du peuple français, et qui n’est propre qu’à irriter des hommes qui ont trop longtemps gémi sous la servitude des rois.
Les bronzes que l’on retirera donneront, d’après les 241artistes, deux ou trois pièces de quatre livres de balles. Ce sont là maintenant les seuls monuments qui doivent exister chez une nation libre, pour faire trembler les tyrans.
Le Conseil général de la commune d’Orléans, sur la pétition des citoyens de la seconde section de cette ville, estime que le monument de la Pucelle, loin de pouvoir être regardé comme un signe de féodalité insultant à la liberté du peuple français, n’annonce au contraire qu’un acte de reconnaissance envers l’Être suprême, et un témoignage glorieux de la valeur de nos ancêtres qui ont délivré la nation française du joug que les Anglais voulaient lui imposer. Au surplus, le Conseil général de la commune, reconnaissant la nécessité d’une artillerie imposante, arrête de se retirer sans délai par une députation auprès des corps administratifs pour la lui faire procurer.
Fait et arrêté en la maison commune.
Administration du département du Loiret. Séance du 28 août 1792.
Un membre a rendu compte au Comité des rapports, des observations et de l’opinion de ce Comité sur la pétition présentée à l’Administration par les citoyens composant la section de Saint-Victor de la ville d’Orléans, tendant à ce que le monument en bronze de Charles VII, placé sur la rue 242Royale de cette ville, fût converti en canons pour augmenter l’artillerie de la garde nationale.
L’assemblée, après avoir entendu le rapport de son Comité de rapports et le Procureur général syndic, Considérant que le monument élevé sur la rue Royale de la ville d’Orléans me représente pas les services de l’héroïne dont il est destiné à perpétuer le souvenir ;
Considérant que les citoyens de la ville ne peuvent retrouver dans ce monument aucun signe, aucun caractère qui puisse leur rappeler la haine que leurs aïeux portaient aux Anglais :
A arrêté que le monument de Charles VII, élevé sur la rue Royale de la ville d’Orléans, ainsi que les inscriptions existant sur les faces de son piédestal, seront, à la diligence du Procureur de la commune, enlevés sur-le-champ et déposés dans un lieu sûr pour être examinés par un artiste nommé par la municipalité, sur le rapport duquel il sera statué pour la conversion et l’emploi du métal ce qu’il appartiendra128.
Conseil général de la commune. Séance du soir du 21 septembre 1792.
Il a été représenté que la municipalité ayant fait enlever les différentes figures en bronze dont la réunion formait le monument dit de la Pucelle, et ce monument ne pouvant être remplacé qu’à grands frais, il serait à propos d’en employer la matière, dont le poids s’élève à 1,700 livres, pour la fabrication des quatre canons projetés.
Le Conseil général de la commune, considérant que la loi du 14 août 1792 ordonne la conversion en bouches à feu de tous les monuments et inscriptions en bronze, a unanimement arrêté que les figures en bronze, formant le monument de la Pucelle, seraient 243employées à la fabrication des canons, et que pour conserver la mémoire du monument de la Pucelle, un des canons porterait le nom de Jeanne d’Arc, sur nommée la Pucelle d’Orléans.
Conseil général de la commune. Séance du 6 avril 1793.
Un membre demande la suppression des grilles qui entourent le piédestal où était ci-devant le monument de la Pucelle, pour être converties en piques. On proposait d’abattre aussi le piédestal ; mais la proposition a été combattue.
Conseil général de la commune. Séance du 26 juillet 1793.
Le Conseil général adopte la proposition du Comité qui propose de faire disparaître les restes du piédestal du monument de la ci-devant Pucelle d’Orléans.
LXII. Approbation de Napoléon Bonaparte, premier consul, au projet d’élever un nouveau monument en l’honneur de Jeanne d’Arc
(29 pluviôse an XI / 18 février 1803)
(29 pluviôse an XI / 18 février 1803)
Apostille autographe écrite sur la pétition que le corps municipal d’Orléans avait adressée au Premier Consul à la date du 26 pluviôse précédent (15 février 1803). Cette note a été imprimée par M. Lottin dans ses Recherches historiques sur la ville d’Orléans (IIe partie, t. IV, p. 349), lorsque la pièce d’où elle est tirée était encore aux archives de la mairie d’Orléans. Il faut qu’elle ait été volée depuis, car elle a passé en vente publique à Paris dans ces derniers temps.
En vertu de cette approbation fut ouverte une souscription dont le produit servit à faire les frais de la statue de bronze placée aujourd’hui sur la place du Martroi. Ce monument a été composé 244par le sculpteur Gois fils, d’après une terre cuite que M. Lenoir avait fait faire pour le Musée des monuments français. Il fut inauguré le 18 floréal an XII (8 mai 1804).
La délibération du conseil municipal m’est très agréable. L’illustre Jeanne d’Arc a prouvé qu’il n’est point de miracle que le génie français ne puisse opérer lorsque l’indépendance nationale est menacée. Unie, la nation française n’a jamais été vaincue ; mais nos voisins, abusant de la franchise et de la loyauté de notre caractère, semèrent constamment parmi nous ces dissensions d’où naquirent les calamités de l’époque où vécut l’héroïne française, et tous les désastres que rappelle notre histoire.
LXIII. Acquisition de la maison de Jeanne d’Arc par le département des Vosges
(1818)
(1818)
Acte de vente du 20 juin 1818 et Ordonnance approbative du 5 octobre suivant, imprimés dans l’Histoire abrégée de la vie et des exploits de Jeanne d’Arc, par M. Jollois, p. 181.
La maison, au moment de la vente, était engagée dans un massif de constructions élevées autour d’elle, et on peut dire à ses dépens, puisque, pour donner plus d’apparence à celles-ci, on l’avait dépouillée de ses moulures et sculptures. Aussitôt l’acquisition faite, non-seulement on lui rendit ses ornements, mais encore on démolit les bâtiments parasites qui l’obstruaient, de manière à l’isoler sur toutes ses faces. Sur l’excédant du terrain, on a pratiqué un jardin et élevé deux pavillons, l’un occupé par une école de filles, l’autre servant à la réception des visiteurs. Une grille posée entre ces deux pavillons, permet de voir la maison du côté de sa façade principale. Elle est en pierre, plafonnée et couverte d’un toit à une seule pente. Elle se compose de quatre petites pièces par bas, dont une est munie d’une cheminée antique ; l’étage 245supérieur, pratiqué sous les combles, n’est à proprement parler qu’un grenier. Si modeste que soit ce petit édifice, c’est à tort qu’on le regarde comme la chaumière où Jeanne d’Arc vint au monde.La solidité de la bâtisse décèle à elle seule une recherche qui n’eût pas été dans les goûts d’une simple famille de laboureurs. Les d’Arc, devenus gentilshommes, élevèrent ce logis plus durable à la place de la cabane paternelle. La date de cette reconstruction est vraisemblablement celle qu’on lit au-dessus de la porte d’entrée. Le couronnement de cette porte, remis en place depuis 1818, forme un tympan arqué en accolade, dont le champ, divisé en plusieurs compartiments par des nervures en relief, porte les inscriptions suivantes :
Sous l’angle de l’accolade :

Immédiatement au-dessous de cette première inscription :

Tout au bas du tympan :

Trois écussons accompagnent ces devises : l’un (mutilé en 1830) aux armes de France ; l’autre aux armes de la Pucelle ; le troisième chargé de trois socs de charrue avec une étoile en abîme. Ces dernières armes se retrouvent dans l’église de Domremy, gravées sur la tombe de Jacob Thiesselin, qui mourut en 1483. La réunion de l’écu des Thiesselin avec celui des Dulys s’explique tout naturellement par ce fait que le chef de la famille d’Arc, et par conséquent le possesseur de la maison, en 1481, était Claude Dulys, fils aîné de Jean, frère de la Pucelle, marié à Nicolle Thiesselin. On sait d’ailleurs par des actes authentiques que ce Claude Dulys administrait les villages de Domremy et de Greux, comme procureur fiscal de plusieurs seigneurs qui jouissaient par indivis de la propriété de ces lieux129. Tout s’accorde donc on ne peut mieux pour faire dater des dernières années de Louis XI le petit manoir de Domremy. À en juger par la teneur des inscriptions rapportées ci-dessus, il ne serait même pas invraisemblable que 246ce monarque y eût contribué de ses deniers. Une précieuse décoration, et tout à fait digne de la munificence royale, relevait autre fois la devanture de l’édifice. On y avait peint les exploits de la Pucelle ; Michel Montaigne en vit encore quelque chose en 1580130 ; mais les derniers vestiges de couleur et même d’enduit ont disparu depuis longtemps.
Totalement oubliée des Français, la maison de Jeanne d’Arc reçut en 1815, probablement à cause de la tragédie de Schiller, la visite des princes de la maison d’Autriche. L’archiduc Ferdinand, aujourd’hui empereur, en fit détacher des parcelles de bois et de pierre qu’il emporta comme de précieuses reliques. À son exemple, tous les gens de sa suite voulurent en avoir. Un officier prussien renchérissant sur les autres, témoigna même l’envie d’acquérir les sculptures de la porte, et comme il ne put les obtenir du propriétaire, il lui offrit six mille francs de la maison toute entière : proposition qui fut également repoussée. Le propriétaire était un nommé Gérardin, homme peu fortuné, mais qui conservait sa maison comme une chose sacrée, prétendant la tenir par succession non interrompue des collatéraux de la Pucelle. Son désintéressement parut surtout en ce que plus tard, lorsqu’il s’agit de la céder au département des Vosges, il accepta le marché au prix de deux mille cinq cents francs131.
M. Jollois, ingénieur en chef à Épinal à l’époque de l’acquisition, a mis les lieux dans l’état où on les voit aujourd’hui. Je ne crois pas cependant que ce soit lui qui ait fait placer au-dessus 247du couronnement de la porte une statue agenouillée en pierre, qui passe à tort pour un portrait authentique de la Pucelle. Ce morceau de sculpture est de l’époque de Louis XIII et me paraît être la copie d’une autre statue que les Hordal, issus des Dulys, avaient fait ériger dans la cathédrale de Toul en l’honneur de leur illustre parente. Cette copie se trouvait au-dessus de la porte de Gérardin, sur l’avant corps démoli en 1818. Elle est spécifiée dans l’acte de vente sous la dénomination de buste, parce qu’alors elle était engagée dans le mur jusqu’au-dessus de la ceinture.
Dans l’intérieur de la maison il y a une copie réduite de la statue due au ciseau de la princesse Marie. Sur le mur du fond de la principale pièce, est scellée une table de marbre blanc portant l’inscription suivante :
L’an MCCCXII
Naquit en ce lieu
Jeanne d’Arc
Surnommée la Pucelle d’Orléans
Fille de Jacques d’Arc et d’Isabelle Romée
Pour honorer sa mémoire
Le conseil général du département des Vosges
A acquis cette maison
Le Roi
En a ordonné la restauration
Y a fondé une école d’instruction gratuite
En faveur des jeunes filles
De Domremy, de Greux et autres communes
Et a voulu qu’une fontaine ornée
Du buste de l’héroïne
Perpétuât son image
Et l’expression de la reconnaissance
Publique.
—
Ces ouvrages ont été achevés le XXV août M DCCC XX.
248Comme le dit cette inscription, Louis XVIII accorda en effet, sur sa cassette, une somme de vingt mille francs à la commune de Domremy : savoir douze mille francs pour ériger un monument à la mémoire de Jeanne d’Arc, et construire une école de filles attenant à la maison ; et huit mille francs pour le capital d’une rente de quatre cents francs destinée à la rétribution d’une sœur de charité, maîtresse de l’école. Avec de si faibles ressources, M. Jollois ne put pas élever quelque chose de bien monumental. Sa fontaine est un édicule d’ordre toscan, soutenu par quatre piliers entre lesquels est posé un mauvais buste de la Pucelle. L’eau qui s’échappait de la base de ce monument était celle de la fameuse fontaine des Groseilliers. Elle a cessé de couler à cause d’une fuite des conduits.
On trouvera, dans l’Histoire abrégée de Jeanne d’Arc, des gravures très soigneusement exécutées de la fontaine, de la maison dans son état ancien, des sculptures y appartenant, et enfin le plan de la propriété telle qu’elle se comportait aux termes de l’acte de vente, que voici :
Acte de vente.
Du vingt juin mil huit cent dix-huit, à Domremy-la-Pucelle, trois heures de relevée ; devant Claude Edme, notaire, à la résidence et pour l’arrondissement de Neufchâteau,
Fut présent Nicolas Gérardin, dragon au service de France, retraité pour cause de blessures reçues à la défense du territoire français, de présent, vigneron, domicilié audit Domremy-la-Pucelle, son pays natal ;
Lequel, déterminé par le désir de faire, en faveur des habitants du département des Vosges, une con cession qui leur soit agréable, et plus encore, par l’amour de sa patrie et du roi, son bien-aimé souverain, a bien volontairement et de son plein gré, déclaré céder et transporter en toute propriété, avec 249promesse de garantir ainsi qu’il est exprimé par la loi :
Au département des Vosges, dont le village de Domremy fait partie, agissant par M. Boula de Colombiers, maître des requêtes, chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur, préfet dudit département, et par MM. les membres du Conseil général, acceptant au cas présent par M. Florentin Muel, propriétaire de forges, domicilié à celle de Sionne, l’un des membres dudit Conseil général, aussi comparaissant en personne ;
La maison qu’il habite en ce lieu de Domremy, à lui provenant d’ancien, comme seul enfant et unique héritier d’Albert Gérardin son père décédé, et appartenant originairement à Jacques d’Arc et à Isabelle Romée, à Jeanne d’Arc, leur fille, surnommée la Pucelle d’Orléans, qui l’a habitée, et où elle est née, au plus tard en l’an 1412, au surplus ainsi qu’il est de toute notoriété et de tradition certaine ;
Comme ladite maison se contient actuellement de haut en bas et de fond en comble avec tous ses bâtiments, son jardin potager au derrière, le buste de la dite Jeanne d’Arc, placé à l’extérieur, au-dessus de la couverte de l’entrée principale, ses terrains et accints, tant extérieurs qu’intérieurs, ses aisances et dépendances, au-devant, au derrière et de chaque côté, sans en rien réserver ; la totalité située près l’église dudit Domremy, en la rue du Moulin, entre Toussaint Humblot, au nord ; Élophe Liétard, au midi ; ayant ses jours et entrées principaux sur ladite rue au levant ; confinée au couchant par les filles Boudin et le dit Élophe Liétard ;
250Ainsi transmise, franche de tous cens, charges, servitudes et redevances financières, pour par le département en faire et disposer en toute propriété et jouissance, à compter de ce jour, néanmoins sous les réserves ci-après :
Cette cession ainsi faite et consentie par ledit Gérardin, à la condition que, quelle que soit à l’avenir la disposition du local, son objet principal, et quels que soient les changements qu’il doive éprouver, il en sera le gardien tant qu’il vivra ; au surplus, tant que par sa conduite il méritera d’être chargé de ce gardiennat ; garde qu’il demande, au reste, comme faveur spéciale, et pour le maintenir, lui et sa famille dans le souvenir d’une habitation à laquelle il tenait, à raison des vertus et de l’héroïsme de Jeanne d’Arc.
Moyennant, en outre, la somme de deux mille cinq cents francs en principal, à compte de laquelle il reconnaît avoir reçu à l’instant, par les mains et des deniers de mondit sieur Muel, celle de six cents francs, dont d’autant quittance ; quant à la somme de mille neuf cents francs restant, M. Muel s’engage d’en faire le payement entre les mains dudit Gérardin, au plus tard dans un an, date de ce jour, et sans intérêts jusque-là ; obligation que le même Muel a, en tant que de besoin, déclaré contracter personnellement et directement envers ledit Gérardin, qu’il autorise au surplus à en exiger de lui l’exécution, sans égard à la qualité sous laquelle il contracte ici au nom du département des Vosges ; clause que M. Muel a fait insérer ici expressément en témoignage de la bonne volonté que le même Gérardin a mise à lui faire cette concession, se 251recommandant au reste ledit vendeur à la bienveillance des autorités du département, et aux bontés de Sa Majesté dont il n’a rien de plus à cœur que de se rendre digne, à la considération de la nombreuse famille dont il est chargé, et de l’état de pauvreté dans lequel il se trouve.
Dont acte lu aux parties, fait et passé en la maison vendue, en présence de MM. Jean-Baptiste-Laurent Humblot, maire de la commune, et Claude Joseph Boucirot, prêtre desservant la succursale de Maxey-sur-Meuse, domiciliés audit Domremy-la-Pucelle, témoins connus, requis et soussignés avec les comparans et le notaire, les an et jour avant dits.
Enregistré à Neufchâteau, le 29 juin 1818, vol. LXIX, fol. 58, vers. 6, p. 1 et suivantes ; reçu provisoirement un franc dix centimes, d’après l’ordre de M. Boiteux, directeur, suivant sa lettre du vingt juin.
Signé Pontarlier.
Pour copie conforme délivrée d’office sous cette forme, à la réquisition de M. le Préfet du département des Vosges, par le notaire instrumentaire soussigné Edme.
Ordonnance royale.
Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre ;
Sur le rapport de notre ministre secrétaire d’État au département de l’intérieur ;
Notre conseil d’État entendu,
Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Art. 1er. L’acquisition faite de la maison de Jeanne d’Arc, 252commune de Domremy, département des Vosges, pour le prix fixé à deux mille cinq cents francs, être payé sur les fonds du département, conformément au vœu du Conseil général, et à l’avis du préfet, est et demeure approuvée aux clauses et conditions portées dans l’acte passé à cet égard, devant notaire, le 20 juin 1818, et pour l’enregistrement duquel il ne sera payé qu’un franc.
Art. 2. Notre ministre secrétaire d’État au département de l’intérieur est chargé de l’exécution de la présente ordonnance.
Donné en notre château des Tuileries, le 5 août de l’an de grâce 1818, et de notre règne le vingt-quatrième. Signé Louis.
Par le roi, le ministre secrétaire d’État au département de l’intérieur. Signé Lainé.
LXIV. Pièces signalées par divers auteurs modernes et qui n’ont pu être retrouvées
1. Dispense obtenue par Jeanne d’Arc pour son cousin Nicolas Rommée (1429)
Nicolas Rommée, dit de Vouthon, religieux profès en l’abbaye de Cheminon, ordre de Cîteaux, diocèse de Châlons, reçoit dispense de son abbé, à la requête de la Pucelle, et par commandement du roi, de suivre ladite Pucelle aux armées pour lui servir de chapelain et aumônier, comme étant son cousin germain.
Cette pièce est ainsi rapportée dans le Traité sommaire du nom 253et des armes de la Pucelle, revu en 1628 ; opuscule composé par l’un des membres de la famille Dulys.
2. Lettre de la Pucelle au roi de Navarre (1429)
Indication consignée dans la table des archives du Parlement de Le Nain, volumineux inventaire manuscrit que possède la Bibliothèque royale. On renvoie au registre 70, folio 67 ; mais ce chiffre se rapporte à un classement qui n’existe plus depuis longtemps, et toutes les recherches pour retrouver la pièce en question, à la section judiciaire des archives du royaume, ont été infructueuses.
3. Lettre de Bonne Visconti à la Pucelle (1429 ?)
Requête présentée par Bonne Vicomtesse de Milan, à la Pucelle pour être remise dans le duché de Milan.
Par vicomtesse entendez Visconti. C’est l’historien orléanais Lemaire qui cite ainsi cette pièce (Histoire et antiquitez de la ville et duché d’Orléans, p. 197). Il en tire la preuve que Jeanne était regardée de son vivant comme envoyée du ciel, à cause de la suscription qui était ainsi conçue :
A très honorée et très devote Pucelle, Jeanne, envoyée du roy des cieux pour la réparation et extirpation des Anglois tyrannisans la France.
4. Deuil public à Tours après la prise de Jeanne (1430)
Pièce constatant qu’il y eut deuil public à Tours, à la nouvelle de la prise de Jeanne d’Arc.
Carreau, auteur d’une histoire inédite de Touraine dont le manuscrit est à la Bibliothèque royale (t. XXVIII de la collection de D. Housseau), résume dans les termes suivants ce document, dont il n’indique pas la nature :
On ordonna des prières publiques pour demander à Dieu sa délivrance (de la Pucelle). On fit une procession générale le mercredi suivant, à laquelle assistèrent les 254chanoines de l’église cathédrale, le clergé séculier et régulier de la ville, tous marchant nuds pieds.
5. Sermon de Guillaume Érard le jour de l’abjuration de Jeanne d’Arc (1431)
Sermon de Guillaume Érard, prononcé au cimetière de Saint-Ouen de Rouen le 24 mai, jour de l’abjuration de la Pucelle.
Edmond Richer le cite au nombre des documents originaux qu’il consulta pour composer son Histoire de Jeanne d’Arc, dont le manuscrit est entré à la Bibliothèque avec le fonds de Fontanieu (vol. coté P. 285).
6. Dépôt du procès dans le Trésor des chartes (1473)
Louis XI tire le procès de la Pucelle de la Chambre des comptes, où il avait été déposé, pour le faire passer dans le Trésor des chartes.
Indication donnée par les anciens inventaires de la Chambre des comptes, qui renvoient au folio 91 du Registre mémorial coté O. Ce registre a péri dans l’incendie du Palais, en 1723, et la pièce ne paraît pas avoir été copiée antérieurement : du moins elle ne se trouve pas dans les collections connues.
Il est à noter que le dépôt du procès au Trésor des chartes avait été demandé par les ayants cause de la Pucelle, en 1455. Voir le dernier article de leur requête, p. 261 du tome II.
Notes
- [30]
De son sang royal manque dans la version insérée au procès ; mais ces mots se trouvent dans les textes rapportés p. 139 et 215 de notre t. IV.
- [31]
Ayci est la lecture de Battenay. La copie du Cabinet des titres porte ayte ; le texte inséré au procès, ci.
- [32]
Jus dans la lecture de Battenay et dans le procès.
- [33]
Occire dans le texte du procès.
- [34]
Envoiée dans le texte du procès.
- [35]
Tout ce membre de phrase depuis encontre tous ceulx n’est nulle par ailleurs.
- [36]
Texte du procès : Et la Pucelle.
- [37]
A horions manque au procès.
- [38]
Envoiera, dans le texte du procès.
- [39]
Et aux horrions verra-on, ibidem.
- [40]
Bonne variante au texte du procès, où manquent les mots ou de.
- [41]
Le texte du procès est ici préférable : encore pourrez venir en sa compaignie l’où que les François, etc. C’est une invitation indirecte au duc de Bedford de coopérer à un triomphe universel de la foi que la Pucelle avait alors en pensée.
- [42]
Cette souscription n’est nulle part ailleurs.
- [43]
L’une des transcriptions donne inexcusabili, l’autre inerusabili.
- [44]
Corrigez pro digno micatam, par prodigio micantem.
- [45]
Il y a acceptam quam dans les deux textes.
- [46]
Patebat ?
- [47]
Corrigez cœlesti Puellæ.
- [48]
L’auteur du Journal de Paris, seul de tous les chroniqueurs a eu connaissance de ce fait, qu’il rapporte en termes fort inexacts d’ailleurs. Voyez t. IV, p. 463.
- [49]
Pareille lettre à celle-ci fut envoyée aux habitants de la Rochelle, comme il paraît d’après l’histoire de cette ville écrite par Arcère (t. l, p. 271). L’auteur ajoute que les Rochelais reçurent la nouvelle avec les témoignages de la plus grande joie, et qu’ils voulurent marquer cet événement par la pompe d’une fête solennelle.
- [50]
Sans doute l’un des seigneurs de Montfort, frère de Jean de Montfort, dit Gui XIII de Laval.
- [51]
Peut-être allant, parlant.
- [52]
Pierre d’Arc.
- [53]
Un pari.
- [54]
Louis de Bourbon, comte de Vendôme, était beau-frère du sire de Laval, ayant épousé sa sœur Jeanne de Laval. Son arrivée est annoncée en post-scriptum.
- [55]
Gui de Chauvigny, seigneur de Châteauroux, mari de Catherine de Laval.
- [56]
Gilles de Laval, maréchal de Rais.
- [57]
C’est-à-dire,
Dieu ne veuille que je sois retenu auprès du roi jusqu’au voyage de Reims et que je n’aille pas au siège desdites places.
- [58]
Corrigez et autretant, c’est-à-dire tout autant.
- [59]
Godefroy corrige : que abandonné seroit celui qui demeureroit. Mais en substituant qu’il au premier qui (confusion continuelle dans les textes de ce temps-là), on arrive à une ancienne locution équivalente de notre tant exclamatif : Tant abandonné serait celui qui, etc.
- [60]
Le duc de Bretagne.
- [61]
Louis de Laval, seigneur de Châtillon, qui fut gouverneur de Champagne et grand maître des eaux et forêts sous Louis XI.
- [62]
Chevalier qui s’illustra en reprenant la ville de Laval sur les Anglais le 25 septembre de la même année. Une procession annuelle perpétua dans le pays la mémoire de cet événement.
- [63]
Lacune de la copie.
- [64]
Godefroy ajoute : et Guy de Laval, puis il conjecture en note, qu’au lieu de Guy on doit lire Gilles. Mais il ne faut voir là qu’un redoublement inutile du nom de Guy, qui, sur l’original, aura signé de sa main, après avoir été mis dans la souscription par son secrétaire.
- [65]
Voyez tome III, p. 68, et IV, p. 153.
- [66]
Le même qui a déposé au procès de réhabilitation, t. III, p.23.
- [67]
Robe, sorte de lévite longue à l’usage des hommes. Huque, blouse ou cotte courte qui se portait soit par-dessous la robe, soit par-dessus l’armure.
- [68]
Drap cramoisi superfin de Bruxelles.
- [69]
Vert sombre tirant sur le noir. Le vert et le cramoisi étaient les couleurs de la livrée de la maison d’Orléans. Le vert fut gai ou clair du temps du duc Louis. Après qu’il eut été assassiné, son fils remplaça le vert gay par le vert brun. Le vert perdu succéda à ce dernier après la bataille d’Azincourt, où le prince fut fait prisonnier. (Voyez Catalogue des Arch. de Joursanvault, t. I, p. 129.)
- [70]
Corrigez Philippo. Le manuscrit portait Ph. qu’on aura lu Jh.
- [71]
Sans doute Bassignacensi.
- [72]
Ventelori dans le texte de Pez.
- [73]
Gavenio dans Pez ; Chinon dans la traduction de M. Buchon.
- [74]
Frangulam dans le texte de Pez.
- [75]
Valentine de Milan, mère du duc d’Orléans, était sœur de Philippe-Marie.
- [76]
Il faut supposer que ce paragraphe est un post-scriptum ajouté plusieurs jours après la lettre écrite. Le départ pour Reims n’eut lieu que le 29.
- [77]
Lisez Parcevallis, correction indiquée par les généalogies de la maison de Boulainvilliers et par le document de Kœnigsberg.
- [78]
J’ai interverti l’ordre de ces deux paragraphes en mettant le second celui qui est le premier dans la copie très défectueuse du manuscrit 7301. L’ordre des faits et celui des idées réclamait ce changement.
- [79]
Disent pour disant, comme plus haut venent pour venant. Ce membre de phrase se rapporte aux Bretons qui accusaient leur duc de les mener à leur perte parce qu’il avait prêté serment aux Anglais.
- [80]
Je crois qu’il faut lire Chien, car il y avait un château de ce nom près de Talmont.
- [81]
Sir John Fastolf ne fut point fait prisonnier à la bataille de Patay, puisque ce fut lui qui dirigea la retraite de l’armée anglaise. Voici cependant le troisième document (voyez ci-dessus p. 120 et 122) où la nouvelle de sa prise se trouve annoncée. Ici on ne peut plus supposer un faux bruit ; c’est de la bouche de Jeanne même que le fait est attesté. Il faut croire que les Français furent trompés un moment ou par la ressemblance d’un de leurs prisonniers avec Fastolf, ou par la ruse de quelque chevalier anglais qui s’était rendu à eux en se faisant passer pour Fastolf.
- [82]
Cela n’est pas dit dans l’Histoire généalogique du P. Anselme qui atteste, au contraire, d’après l’autorité des comptes de cette année, que Rais était maréchal dès le 21 juin 1429 ; mais les comptes n’ayant été rendus qu’à la fin de septembre, on conçoit qu’on lui ait appliqué pendant tout le temps de l’exercice 1428-1429 le titre qu’il n’eut que pendant deux mois et demi de ce même exercice.
- [83]
Sans doute Pierre de Beauvau, dont il est parlé ci-dessus, p. 38.
- [84]
Remensi dans l’édition de Lami.
- [85]
Endroit visiblement altéré par les copistes. L’édition donne quod nil vel au lieu de quid vel. Je proposerais quidve profectam.
- [86]
Spretum dans l’édition de Lami.
- [87]
L’édition et le manuscrit, Pontem au lieu de pontis ; l’une et l’autre indiquent par un blanc qu’il y a lacune entre medio et quasi.
- [88]
Voici la traduction littérale de ce morceau :
Et toute chose a prospéré pour vous jusqu’au temps du siège d’Orléans entrepris, Dieu sait par quel conseil. Auquel temps, après l’aventure arrivée à la personne de mon cousin de Salisbury, que Dieu absolve, arriva par la main de Dieu, comme il semble, un grand méchef sur vos gens qui étoient rassemblés là en grand nombre ; lequel provint en grande partie, comme je pense, par enlacement des fausses croyances et folle crainte qu’ils ont eues d’un disciple et limier de l’Ennemi (c’est-à-dire du Diable), appelé la Pucelle, qui a usé de faux enchantements et de sorcellerie. Lesquels méchef et déconfiture non-seulement ont diminué d’une grande partie le nombre de vos gens, mais aussi bien ont ôté le courage du restant d’une façon merveilleuse, et ont encouragé vos adversaires et ennemis à s’assembler incontinent en grant nombre.
- [89]
M. Melcion. maire actuel de Greux, a, sur ma demande, cherché ce titre parmi les papiers de sa commune et ne l’a plus retrouvé.
- [90]
Aux tiers, dans l’édition de M. Jollois.
- [91]
Plus tard les élections ayant été multipliées, Domremy seul resta de celle de Chaumont. Greux fut du bureau de Bar.
- [92]
Ici un second verbe que la copie reproduite par M. Jollois interprète, doubliez.
- [93]
Le nom du secrétaire n’a pu être déchiffré par l’auteur de la copie qu’a imprimée M. Jollois ; mais ce nom est donné, avec l’analyse de la pièce, dans le Traité sommaire du nom et des armes de la Pucelle, p. 4. On lit dans le même ouvrage, au même lieu :
Par autres patentes données à Chinon le 6 février 1459, se void comme les habitans desditz villages de Greux et Dompremy estant troublez en ladite exemption, est mandé par le roy de les y conserver et maintenir suivant lesdites premières patentes l’an 1429, en ces mots : En faveur de ladite Pucelle native d’icelle paroisse et en laquelle sont ses parens : lesdites secondes patentes vérifiées et exécutées par sentence des éleus de Langres du premier avril, audit an 1459 avant Pasques.
- [94]
Voir l’article des comptes de la ville qui constate le payement de cette dépense, ci-après au chapitre des Extraits empruntés aux livres des comptes, titre du voyage et séjour de la Pucelle à Reims.
- [95]
Voir la première lettre écrite par la Pucelle aux habitants de Troyes, le mois de juillet précédent, dans l’extrait de Rogier, t. IV, p. 284.
- [96]
Voir les deux pièces qui suivent, ainsi que le compte des fournitures faites par la ville d’Orléans pour la même expédition, ci-après parmi nos Extraits des registres des comptes.
- [97]
On s’est très étonné de ce que le nom de famille de la Pucelle ait été altéré de la sorte dans un document si capital ; cela vient de la manière de prononcer des Lorrains qui alors encore plus qu’aujourd’hui faisaient les a étroits et éteignaient les r. Pour les gens de Dompremy, le nom d’Arc était étranger ; vraisemblablement Jacques d’Arc, né en Champagne, prononçait son nom d’une façon et ses enfants d’une autre.
- [98]
On croit que ce nom doit être lu Pierrelot, et que c’est ainsi que Pierre d’Arc était appelé au village.
- [99]
Hôte de la Pucelle quand elle était à Tours. Voyez t. III, p. 101.
- [100]
C’était le peintre qui avait décoré la bannière et l’étendard de Jeanne à son départ pour Orléans. Voy. ci-après les Extraits des livres de comptes.
- [101]
Ils étaient tous les deux en cour pour les affaires de la ville.
- [102]
Voir parmi nos Extraits des livres de comptes, le payement de la somme votée pour ce cadeau.
- [103]
Sic. Quoique la copie de Rogier ait été faite avec soin, collationnée et corrigée par quelqu’un d’exercé à la lecture des vieux titres, il est impossible qu’il n’y ait pas quelque faute en cet endroit. On pourrait conjecturer scil au lieu de seil, comme on aurait dit en meilleur français, et leur essil est si bref, autrement,
leur destruction est si prochaine
, etc. - [104]
Lisez je au lieu de que, ou suppléez ce après que.
- [105]
Sic. Voyez t. IV, p. 299 ce que dit Rogier au sujet de cette affaire.
- [106]
De Beauvais.
- [107]
D’autant plus vraisemblable que le vocable de la paroisse d’Élincourt, dédiée à sainte Marguerite, était une raison pour Jeanne de lui faire rechercher le voisinage de cette église.
- [108]
Henri VI.
- [109]
D’après ces mots, quelques-uns pourront croire que Rogier a fondu ensemble deux lettres, l’une sur la prise de Jeanne, l’autre postérieure à son supplice. Cela me paraît peu probable eu égard à la façon de procéder de Rogier dans le reste de son inventaire. La mention de la mort de la Pucelle peut très bien s’expliquer comme un faux bruit rapporté au Berger soit de bonne foi, soit pour l’éprouver.
- [110]
Il parle là de chroniqueurs dont les ouvrages ne sont pas connus.
- [111]
C’est le nom que portaient les échevins de Compiègne.
- [112]
La date du mardi 23, est établie d’une manière incontestable par la pièce ci-dessus, p. 166, et par le registre du Parlement de Paris rapporté au tome IV, p. 458.
- [113]
Ces lettres n’ont pas été conservées.
- [114]
La copie de Fontanieu ajoute :
Aux dites lettres sont attachés le mandement de Thomas Blount du 13 du même mois et la quittance de Jean Beaupère.
- [115]
Aujourd’hui dans le département de la Haute-Marne, canton de Bourbonne.
- [116]
Il avait été fait prisonnier en même temps que sa sœur à la sortie de Compiègne.
- [117]
Extrait du bail passé le 15 octobre 1481, par-devant Courtin, notaire au Chastelet d’Orléans ; rapporté à la p. 31 du Traité sommaire du nom et des armes de la Pucelle.
Noble homme Jean du Lis, dit la Pucelle, escuier, sieur de Villers en la paroisse d’Ardon, confesse avoir baillé à ferme et pension, de la Toussaincts prochaine jusques à six ans, à Estienne Mignon, marchand boucher du grand bourg d’Orléans, l’Isle aux Bœufs, en ce qui est enclos en eau, non comprins les prez ny les terres qui sont à present en labour, que le bailleur retient à soy, moyennant et pour la somme de dix escus d’or de ferme et de pension par chascun an.
M. Lottin, dans ses Recherches sur Orléans (partie Ie, t. I, p. 311), cite un compte de 1477 qui constate que 115 sous de forestage furent payés cette année au même Jean du Lys, pour 2,300 fagots de saule, pris sur l’Île-aux Bœufs.
- [118]
Probablement Pierre, qui n’avait certainement pas de quoi vivre avec l’Île-aux-Bœufs. Le catalogue des livres et documents historiques du cabinet de M. de Courcelles, imprimé en 1834, mentionne une autre cédule émanée de la trésorerie du même duc d’Orléans, laquelle constatait le don d’une somme de dix livres tournois fait en 1463 à messire Pierre Dulis, chevalier, frère de feue Jehanne la Pucelle.
- [119]
Ce chanoine déposa comme témoin de l’irrégularité du premier procès, le 8 mai 1452. Voyez t. II, p.337.
- [120]
Je me rends à l’autorité de M. Chéruel, professeur d’histoire au collège royal de Rouen, en corrigeant de la sorte un nom que j’ai souvent imprimé dans les volumes précédents sous la forme Gouys et Gouvis.
- [121]
Voyez ci-dessus, p. 78.
- [122]
Ils étaient issus de Catherine du Lys, seconde fille de Pierre du Lys, frère de Jeanne. (Traité sommaire du nom et des armes de la Pucelle, revu en 1628, p. 42.)
- [123]
Voyez ci-dessus, p. 150, cette pièce rapportée tout entière.
- [124]
Voyez ci-dessus, p. 213.
- [125]
Voyez en effet l’article 11 de cette ordonnance dans le Recueil des Ord. t. XVIII, p. 643.
- [126]
Il laissa une fille qui mourut sans postérité.
- [127]
La critique plus avancée aujourd’hui n’oserait pas se prononcer d’une manière si absolue sur l’origine du monument. Voyez t. IV, p. 448.
- [128]
Cet arrêté fut notifié à la commune et exécuté le jour même. Ce jour aussi la rue Royale perdit son nom et fut transformée en rue de l’Égalité.
- [129]
Tous ces détails sur le neveu de Jeanne d’Arc se trouvent, avec allégation des pièces à l’appui, dans le Traité sommaire tant du nom que des armes de la Pucelle, etc., revu en 1628, p. 20.
- [130]
Le passage de cet illustre écrivain mérite d’être rapporté tout entier. Il se trouve dans le Journal de son voyage en Italie :
Domremy sur Meuse, à trois lieues de Vaucouleurs, d’où estoit native cette fameuse Pucelle d’Orléans qui se nommait Jeanne d’Ay (voyez ci-dessus, p. 150) ou Dallis. Ses descendans furent annoblis par faveur du roy ; et nous monstrarent les armes que le roy leur donna, qui sont d’azur à une espée droicte, couronnée et poignée d’or, et deux fleurs de lys d’or au costé de ladicte espée ; de quoy un receveur de Vaucouleurs donna un escusson peint à M. de Caselis. Le devant de la maisonnette où elle naquit, est tout peint de ses gestes ; mais l’aage en a fort corrompu la peinture. Il y a aussi un arbre le long d’une vigne qu’on nomme l’Arbre de la Pucelle, qui n’a nulle autre chose à remarquer.
- [131]
La ville d’Orléans pour l’en récompenser lui fit frapper une médaille.