Tomes I-II (LA) : Avant-propos
Tome I
VIIAvant-propos de Pierre Marot
Le Conseil général des Vosges depuis deux décennies accorde à la Société de l’histoire de France une subvention annuelle, pourcentage prélevé sur le droit perçu pour l’entrée à la maison natale de Jeanne d’Arc dont il est le propriétaire depuis 1817 et dont il assume la conservation et cela afin d’assurer la publication d’ouvrages concernant l’héroïne.
Grâce à ce généreux appui a pu être entrepris le renouvellement de l’édition des procès de condamnation et de réhabilitation, œuvre fameuse de Jules Quicherat publiée dans notre collection en cinq volumes, de 1841 à 1849, recueil qui est à la base des recherches innombrables qui ont été consacrées à la Pucelle.
Le regretté Pierre Tisset, professeur à la Faculté de droit de Montpellier, assisté de Mlle Yvonne Lanhers, conservateur aux Archives nationales, a établi une nouvelle édition du Procès de condamnation qui a fait l’objet de trois volumes publiés de 1960 à 1971. Texte de l’instrument latin, traduction française, substantielle introduction consacrée au procès, index détaillé ont été successivement publiés ; la science juridique de Pierre Tisset a donné à l’édition du procès une valeur exemplaire.
C’est encore un juriste qui a bien voulu poursuivre l’œuvre si bien commencée : M. Pierre Duparc, titulaire de la chaire d’histoire du droit civil et du droit canonique de l’École des Chartes, a entrepris l’édition de l’instrument du procès qui, un quart de siècle après l’exécution de Jeanne, aboutit à une sentence déclarant la nullité de la condamnation de la Pucelle. Aussi le nouvel éditeur préfère-t-il user de l’appellation procès en nullité
, appellation du temps qui correspond à la nature juridique, plutôt que de celle communément employée depuis VIIIle XIXe siècle, procès de réhabilitation
. Au XVIIe siècle, Edmond Richer qui l’analysa dans son Histoire de la Pucelle d’Orléans, disait procès de révision
, expression dont se servit L’Averdy dans la notice qu’il lui consacra dans son fameux mémoire publié en 1791 par l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres dans le tome III des Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du roi ; l’abbé Lenglet du Fresnoy, dans son Histoire de Jeanne d’Arc, éditée en 1775, l’avait cité sous le nom de procès de justification
.
Jamais, depuis Quicherat, ce procès n’a été l’objet d’une édition. On a sans doute publié des extraits en traduction soit dans l’ordre de l’instrument, soit en fonction d’un plan propre à ceux qui voulaient mettre en valeur les témoignages, mais il ne s’agissait là que de choix plus ou moins copieux.
Pierre Champion qui avait donné une nouvelle édition du procès de condamnation, accompagnée d’une traduction française et de notes historiques, en 1920-1921, avait projeté de rééditer dans de semblables conditions le procès de réhabilitation
. En vérité, il ne produisit en 1936, qu’une Notice des manuscrits dudit procès, précieuse sans doute.
Le P. Doncœur et Mlle Yvonne Lanhers entreprirent d’éditer une série de textes concernant la réhabilitation
: d’abord l’enquête ordonnée en 1450 par Charles VII sur la condamnation que Quicherat avait publiée en préambule du procès de réhabilitation
d’après une copie défectueuse, qu’ils firent suivre du texte de la consultation qu’avait rédigée Guillaume Bouillé à la demande du roi pour dénoncer l’injustice du procès de 1431, le tout accompagné d’une traduction française (1956), ensuite l’enquête sur les conditions dans lesquelles Jeanne avait été condamnée que le cardinal d’Estouteville avait entreprise en 1452, à l’occasion d’une légation en France, en s’adjoignant Jean Bréhal, enquête qui avait été incorporée dans l’instrument de la réhabilitation
et qui constituait la première partie de son chapitre V (1958), enfin la rédaction épiscopale
du IXprocès qu’ils s’efforcèrent de reconstituer à partir du ms. lat. 8838 de la Bibliothèque nationale, dit manuscrit d’Urfé (rédaction établie au nom des évêques, délégués comme juges par Calixte III) et qui précéda la rédaction notariale
avec laquelle elle présente quelques différences (1961).
L’édition du procès en nullité offre beaucoup de difficultés. La tradition de l’instrument est assez médiocre. M. Duparc s’est attaché à améliorer l’édition de Quicherat. Celle-ci est d’ailleurs incomplète. Pour ne pas alourdir par trop les volumes consacrés à l’édition des procès qu’il avait fait suivre d’un corpus où il avait réuni un grand nombre de pièces concernant la Pucelle, Quicherat avait renoncé à publier les neuf mémoires consultatifs rédigés par les théologiens et canonistes que l’on avait insérés dans l’instrument dont ils constituaient le chapitre VIII.
Le vœu de la Société de l’Histoire de France, observe-t-il, était de publier intégralement le procès de réhabilitation. Sans la faire manquer au but qu’elle voulait atteindre, j’ai cru pouvoir lui conseiller une réduction notable sur le chapitre VIII, à l’égard des mémoires consultés ainsi que la récollection de Jean Bréhal. Ces ouvrages, en effet, n’ont rien d’historique. On ne fait qu’y discuter de l’orthodoxie de Jeanne ou de la légalité de sa condamnation, d’après les circonstances consignées au procès. Ouvrage de jurisprudence et de théologie, ces mémoires auraient grossi mal à propos d’un volume la présente édition.
Une telle économie
a été malencontreuse. Ces mémoires sont utiles pour la connaissance de Jeanne : ils précisent l’idée que l’on se faisait de sa mission et de son personnage. C’est ce que reconnut Pierre Lanéry d’Arc, érudit qui consacra beaucoup de travaux à la Pucelle. Rendant hommage à Quicherat, il voulut réparer cette lacune : C’est pour nous, dit-il, non seulement un honneur, mais un devoir de mettre ce modeste travail sous la protection du nom de l’illustre érudit.
Il publia, en 1889, les Mémoires et consultations en faveur de Jeanne d’Arc par les juges du procès de réhabilitation d’après les manuscrits authentiques. XMalheureusement, Lanéry d’Arc était peu préparé pour réaliser un tel ouvrage. Le P. Doncœur et Mlle Y. Lanhers pouvaient, à propos de son édition du mémoire de Bouillé, dire que celle-ci est un tissu de si mauvaises leçons qu’elles en rendent la lecture souvent inintelligible
. M. Pierre Duparc maintient, dans son édition, les mémoires et consultations qui avaient été insérés dans l’instrument du procès, ce qui apporte un enrichissement sensible à l’œuvre de Quicherat.
Le texte du Procès dûment établi comprendra deux volumes. Une deuxième partie, constituant le troisième tome, sera consacrée à la traduction française de l’instrument latin (à l’exclusion toutefois des consultations) enrichie d’une annotation historique, une troisième partie, formant le quatrième tome, à l’étude du procès et en particulier aux commentaires juridiques, ainsi qu’aux index.
Nous espérons que l’œuvre, malgré son ampleur, pourra être menée avec promptitude si toutefois nos moyens financiers permettent de répondre au zèle dont le courageux éditeur apporte ici même la preuve1.
Pierre Marot.
XIIntroduction à l’édition
I. Les manuscrits
Le procès en nullité nous est parvenu dans un assez grand nombre de manuscrits, dont quelques-uns ont des caractères d’authenticité ou d’ancienneté, dont d’autres sont des copies plus tardives. Leur composition et leur contenu diffèrent souvent. L’étude en a déjà été faite par Quicherat et surtout par Pierre Champion2. Il n’y a probablement rien à ajouter à l’énumération donnée par ce dernier, si ce n’est quelques textes fragmentaires. On possède ainsi treize manuscrits du procès, rédigés entre la deuxième moitié du XVe siècle et le XVIIIe siècle, plus quatre manuscrits au moins contenant seulement les mémoires judiciaires, et quelques autres contenant des fragments du procès.
A. Les expéditions authentiques
L’édition est fondée sur les expéditions authentiques qui nous sont parvenues en forme de procès-verbaux XIIdes pièces de la procédure rédigés par deux notaires. Quicherat avait déjà adopté ce principe, et de même P. Tisset pour le procès de condamnation. Trois exemplaires furent ainsi authentifiés.
1) Le ms. latin 5970 de la Bibliothèque nationale à Paris, grand in-folio de 207 folios de vélin, est signé à chaque recto par les notaires Denis Le Comte et François Ferrebouc ; il comporte leurs attestations et leurs seings à la fin. Cet exemplaire soigné, avec quelques lettres ornées, fut probablement remis à Charles d’Orléans, ou à son frère naturel, le comte de Dunois, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc. Conservé d’abord dans la bibliothèque du château de Blois, il entra dans la bibliothèque du roi avec l’avènement de Louis XII. C’est le manuscrit de base pris par Quicherat pour son édition.
2) Le ms. Stowe 84 du British Museum à Londres est de même format que le précédent, avec 182 folios de vélin. Il est signé à chaque recto par le notaire François Ferrebouc, à chaque verso par le notaire Denis Le Comte, le fol. 1 portant les deux signatures au recto et au verso, et le fol. 182 portant les attestations finales et les seings des notaires. De rédaction plus sobre ou rapide, il a cependant quelques lettres ornées. Il contient les mêmes pièces que le précédent, sauf en ce qui concerne les mémoires judiciaires du chapitre VIII : manquent en effet les mémoires de Thomas Basin, de Jean de Montigny et de l’évêque d’Avranches ; en revanche est ajouté le Brevis epilogus de Jean Bréhal.
Ce manuscrit, examiné par Pierre Champion, n’a jamais été utilisé pour une édition. C’est cependant, semble-t-il, l’exemplaire royal qui fut déposé au Trésor des chartes. Mais il en sortit dans des circonstances regrettables. Au début du XVIIIe siècle il était entre XIIIles mains de Charles du Lys, avocat à la Cour des aides, qui le consulta probablement à l’occasion des recherches généalogiques qu’il entreprit afin de se rattacher à la famille de Jeanne d’Arc. Il passa en Angleterre, peut-être avec un émigré au moment de la Révolution et fit partie au début du XIXe siècle de la collection Stowe, acquise ensuite par le British Museum. À cause de son origine, et parce qu’il n’a jamais été utilisé, le manuscrit de Londres servira à la présente édition. Nous préciserons cependant plus bas, dans les Règles pour l’établissement du texte
, quelles limitations il faut apporter au principe du manuscrit de base.
3) Le ms. latin 17013 de la Bibliothèque nationale, à Paris, diffère assez sensiblement des précédents. C’est un petit in-folio comprenant 180 folios de papier ou de vélin ; il porte au bas de chaque page et à la fin la signature des deux notaires. Cet exemplaire soigné, avec une lettre enluminée, contient une version abrégée, comme l’indique une mention marginale du début (fol. 3) ; il ne comporte pas, comme les deux grands procès
(entendons : les deux grands exemplaires), les mémoires judiciaires, sauf celui de Gerson, à cause de leur trop grande prolixité
. Ce manuscrit fut déposé en 1472, à la mort de Guillaume Chartier, évêque de Paris, à la bibliothèque du chapitre Notre-Dame et fut acquis en 1756 par la Bibliothèque du roi.
B. La rédaction dite épiscopale
épiscopale
1) Le ms. latin 8838 de la Bibliothèque nationale à Paris conserve une rédaction du procès d’un type différent. De format grand in-folio, ce manuscrit comporte 294 feuillets de vélin, avec au moins deux écritures distinctes, une de la deuxième moitié du XVe siècle, l’autre du XVIe siècle. La reliure ancienne XIVest aux armes de la maison d’Urfé. Il semble que le manuscrit soit parvenu à Claude d’Urfé au début du XVIe siècle, par sa femme, descendante de Jean Mallet, sieur de Graville, compagnon de Jeanne d’Arc. Après la bibliothèque d’Urfé, le manuscrit passa en diverses mains connues, puis, à la fin du XVIIIe siècle au Dépôt des chartes et enfin à la Bibliothèque du roi.
Ce manuscrit se présentait comme un recueil de textes disparates, comme une collection faite sans intelligence. Pour expliquer cette confusion
(Quicherat, V, p. 438), ce chaos
(Champion, I, p. IX), on a supposé un accident qui aurait fait disparaître des feuillets ou des cahiers entiers, puis un remplacement, au moins partiel, de ces pertes par des copies de documents divers, exécutées peut-être à l’initiative de Claude d’Urfé, mais intercalées sans méthode. Écritures du XVe siècle et écritures du XVIe siècle étaient d’ailleurs réparties au hasard. Dans ces conditions le Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale a pris le parti de faire dérelier le volume, en 1960, et d’en regrouper les éléments de même date. Actuellement la nouvelle présentation offre un ensemble plus cohérent.
Dans la rédaction les notaires n’apparaissent plus au premier plan : ce sont les trois évêques délégués comme juges par le pape qui prennent la parole pour relater le procès. On aurait ainsi, à côté de la rédaction notariale, une rédaction dite épiscopale
. Le Père Doncœur a exposé pour quelles raisons il préférait celle-ci et la choisissait en vue de la publier (Doncœur, V, p. 25-33). Cette rédaction serait la version primitive avant l’arrangement que représenterait la rédaction notariale. Les trois expéditions authentiques seraient des rédactions tardives par les greffiers et destinées aux juges ; tandis que la rédaction épiscopale XVserait celle des deux volumes destinés au roi et dont les greffiers trouvent qu’ils ont une trop grande prolixité.
Remarquons d’abord que Quicherat avait admis lui-même l’antériorité possible de la rédaction épiscopale, tout en pensant, soit qu’elle n’avait pas été approuvée définitivement, soit qu’elle avait été reprise et complétée (Quicherat, I, p. XXIII ; V, p. 341). Peut-on cependant affirmer que la rédaction épiscopale serait la forme officielle juridiquement et textuellement la plus autorisée
? (Doncœur, V, p. 32). Nous ne pensons pas pouvoir admettre cette hypothèse.
Nous avons vu que lorsque les notaires, dans le ms. latin 17013, opposent ce manuscrit aux deux grands procès
trop prolixes, ils visent les deux autres expéditions authentiques, faites par eux, et contenant les mémoires judiciaires. Rien ne laisse supposer qu’ils visent une autre rédaction, non faite par eux et comportant hypothétiquement deux volumes. D’autre part rien n’indique que les trois expéditions authentiques étaient destinées aux trois juges du procès ; pour le ms. latin 5970 et le ms. Stowe 84 on a même des indices contraires.
La rédaction dite épiscopale
se présente comme un assemblage de documents divers, y compris le procès de condamnation. Elle ne contient aucun signe de validité, aucune indication de sceau de juges en particulier (Quicherat, V, p. 435. Doncœur, V, p. 30) ; il est vrai que les lacunes y sont nombreuses et ne permettent pas d’affirmer cette carence à la fin.
On est en tout cas mal fondé, pour renforcer l’autorité textuelle du ms. 8838, dit d’Urfé, à invoquer l’absence des sceaux dans la rédaction notariale des trois expéditions authentiques (Doncœur, V, p. 31-32). En effet ces expéditions sont suffisamment et normalement XVIvalidées par les seings des notaires. Certes, par une erreur du copiste, les sceaux des évêques sont annoncés dans le ms. latin 5970 publié par Quicherat, et ils manquent matériellement sans même qu’il y ait une trace de scellement (Quicherat, III, p. 362-363). Mais il s’agit seulement du ms. latin 5970, que nous ne retenons pas comme étant toujours le meilleur manuscrit. Le ms. latin 17013 n’annonce ni seing ni sceau, et a le seing des notaires (Champion, planche I ; Doncœur, V, p. 32). Quant au ms. Stowe de Londres, que nous préférons souvent pour notre édition, il mentionne seulement les seings des notaires, qui existent en fait à chaque folio (Champion, planche XX ; Doncœur, V, p. 32). Nous ne pensons donc pas qu’il y ait dégradation dans la valeur des textes, depuis le ms. latin 8838, rédaction prétendument originale et scellée, au ms. latin 5970, expédition notariale avec seings et sceaux annoncés, mais manquants, et enfin au manuscrit de Londres, Stowe 84, avec corroboration régulière, annoncée et effective, par les seings des notaires. Nous pensons plutôt que l’autorité textuelle décroît en sens inverse.
En somme le ms. latin 8838, dit d’Urfé, serait une compilation réunissant diverses pièces du procès et des parties rédigées par les notaires, travail peut-être fait pour la famille de Graville. Sur certains points ce manuscrit peut d’ailleurs apporter quelques compléments d’information, quelques précisions délaissées par la rédaction définitive. Mais la rédaction dite épiscopale
ne serait ni une rédaction originale du procès, ni une rédaction authentique ; elle ne peut être comparée à la minute française du procès de condamnation. Nous reviendrons sur ces aspects de la procédure à propos de l’étude consacrée au procès.
2) Le ms. d’Orléans 518, avec 307 pages de papier, XVIIrédigé entre 1498 et 1515 pour l’amiral de Graville, contient le procès de condamnation ; il peut apporter un complément aux lacunes du manuscrit précédent en donnant la rédaction épiscopale
et en français de la sentence de nullité (Doncœur, I, p. 29-38 ; V, excursus B, p. 327-334 ; Tisset, I, p. XXV-XXVI). Cette version en français de la sentence présente certains caractères particuliers. Un dispositif plus long rappelle l’incompétence de l’évêque de Beauvais, affirme que Jeanne a toujours été bonne chrétienne et réserve les droits de la famille d’Arc à entreprendre des poursuites ultérieures au civil et au criminel. Ces additions paraissent ou inutiles, ou, à propos des poursuites ultérieures, contraires à l’esprit du procès. On relève d’ailleurs de nombreuses erreurs, spécialement pour la date et les attestations (Doncœur, V, p. 328).
C. Les copies de la fin du XVe siècle
1) À la Bibliothèque du Vatican, fonds de la reine Christine, le ms. 1916 contient une copie ancienne et authentique. C’est un in-folio de 266 feuillets de papier et parchemin, rédigé en 1475, d’après une des expéditions authentiques, probablement le ms. latin 17013 de la Bibliothèque nationale. Il est muni des attestations des deux notaires parisiens qui l’ont rédigé (Quicherat, V, p. 457-460 ; Champion, p. 7).
2) Le ms. latin 14665 à la Bibliothèque nationale (ancien Saint-Victor 285), grand in-4° de 571 feuillets, papier et parchemin, contient Le siège d’Orléans
en français et les deux procès en latin. Le procès en nullité est aux fol. 350-370 ; au début le E de Exigit est orné d’une miniature voulant représenter la Pucelle
. C’est une copie soignée, faite pour l’abbé de Saint-Victor de Paris, Nicaise de l’Orme, c’est-à-dire entre 1488 et 1516, mais incomplète (Quicherat, V, XVIIIp. 398-400 et 452-453 ; Champion, p. 24 ; Tisset, p. XXIX).
3) À la Bibliothèque de Genève le ms. français 86, in-folio de parchemin contient le Journal du siège d’Orléans
et les deux procès. C’est une copie, faite probablement d’après le ms. latin 14665 de la Bibliothèque nationale, par un scribe nommé Roussel au temps de Louis XII. Il fut donné en juin 1755 à la Bibliothèque de Genève par Jean-Jacques Rousseau qui l’avait acheté sur les quais à Paris (Champion, p. 26 ; Tisset, p. XXX ; Gagnebin, Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque de Genève, p. 13).
D. Les copies tardives
Il ne peut être question de donner une liste complète des copies qui ont été faites du XVIe siècle à l’époque contemporaine. Nous signalons simplement les plus importantes de celles exécutées sous l’ancien régime.
1) Le ms. français 7602 de la Bibliothèque nationale (ancien supplément français 35011) est un in-folio de 196 feuillets de papier rédigé au XVIe siècle, avec lettres ornées ou en réserve. Il contient la majeure partie des procès en latin ; le procès en nullité est aux fol. 132-195, d’une écriture différente, sans les mémoires judiciaires. On trouve à la suite un Argument des procès
en français, fol. 195 v°-196, écrit en 1576 par Claude de Han, auteur de la copie pour l’évêque de Toul (Quicherat, V, p. 402 ; Champion, p. 26).
2) Le ms. français 7601 de la Bibliothèque nationale (ancien supplément français 35010) est un in-folio de 8 + 314 feuillets de papier, copie du précédent faite au XVIIe siècle. Le procès en nullité est aux fol. 177-312. Il est suivi d’une pièce en vers sur les femmes héroïnes.
3) Le ms. latin 9028 de la Bibliothèque nationale XIX(ancien supplément latin 952) est un grand in-fol. de 446 feuillets de papier, rédigé au XVIIe siècle. Il contient le procès latin en nullité, précédé d’un Argument des procès
en français (Quicherat, V, p. 455).
4) À la Bibliothèque nationale encore le ms. 7152 des nouvelles acquisitions françaises (ms. 181 de la collection Brienne) est un petit in-folio de 381 feuillets de papier, datant du XVIIe siècle, avec une reliure aux armes des Loménie de Brienne. Il contient le procès en latin, précédé d’un Argument des procès
en français. Les mémoires judiciaires manquent (Quicherat, V, p. 456 ; Champion, p. 26).
5) Aux Archives nationales à Paris le ms. U 820, provenant de la Bibliothèque de Caumartin, 323 feuillets de papier, contient les deux procès. Il a été écrit au XVIIe siècle (Champion, p. 26 ; Tisset, p. XXVII).
E. Les extraits
De nombreux manuscrits contiennent des pièces ou des mémoires relatifs au procès. Il s’agit le plus souvent de mémoires extra-judiciaires, non compris dans cette édition, comme à la Bibliothèque du Vatican le 3878 du fonds Ottoboni, à la Bibliothèque nationale le latin 12722 et le latin 9790. Mais il existe aussi des extraits du procès, dont nous ne citerons que les plus anciens et les plus importants :
1) À Cambridge le ms. 197 du Corpus Christi College (et non du Bennet’s College, comme on l’a écrit parfois), in-4° papier et vélin des XVe et XVIe siècles contient des textes divers : Chronique de Westminster, Processus contra Johannam ; le Processus pro Joanna galla dicta la Puzelle, aux fol. 38-78, est signé Robertus Cyboule, exscriptum ex originali (Quicherat, V, p. 409 ; Champion, p. 7 ; Tisset, p. XXVIII).
2) À la Bibliothèque nationale le ms. latin 13837 XX(Saint-Germain des Prés 1421) est un in-4° de papier, de 97 feuillets (quelques feuillets arrachés avant le numérotage) écrit au XVe siècle : Extractus a processu contra Johannam puellam per Anglos facto et ipsius processus annullatione in quo continentur opiniones plurium doctorum
(Lanéry d’Arc, p. 18 n.)
II. Règles pour l’établissement du texte
A. — L’édition est faite d’après les expéditions authentiques des notaires, et en tenant compte spécialement du ms. Stowe 84 du British Museum, resté jusqu’à présent inutilisé. Le texte de ce manuscrit, désigné par le sigle L, est très proche de celui conservé par le ms. latin 5970 de la Bibliothèque nationale, dont l’édition par Quicherat est désignée par le sigle Q. Les divergences entre les deux manuscrits sont en général de peu d’importance ; ceci n’a rien de surprenant puisqu’il s’agit de deux expéditions authentiques et contemporaines. Il ne peut être question pour un texte de ce genre d’adopter le principe d’un manuscrit de base unique. Nous avons parfois préféré la version de Q, quand elle nous semblait meilleure pour l’intelligence du texte ; nous l’avons surtout utilisée en cas de lacune, quand le scribe de L, par inattention, omet des mots ou des membres de phrase. À l’occasion nous avons rectifié quelques mauvaises lectures de Q en recourant au texte même du ms. latin 5970. Dans tous les cas ont été indiquées en note les variantes, additions ou omissions de L ou de Q. En principe les variantes de simple graphie ont été omises (damnum ou dampnum par exemple), sauf pour les mots en langue vulgaire.
Le ms. latin 17013 (N), la troisième expédition, authentique mais incomplète, n’a été utilisé que d’une XXImanière exceptionnelle. En revanche la rédaction dite épiscopale du ms. latin 8838 a été rapprochée de celle de L et Q, pour les parties du procès qui sont comparables dans l’édition du Père Doncœur ; les variantes citées en note sont désignées par le sigle D.
À l’intérieur du procès, avant le prononcé de la sentence, les rédacteurs ont inséré des mémoires judiciaires, œuvres de théologiens, juristes ou canonistes connus. Mais ces mémoires sont en nombre variable suivant les expéditions. Le ms. latin 17013, version abrégée, comme nous l’avons vu, ne retient que l’exposé de Gerson. Le manuscrit du British Museum, L, possède les mémoires de Gerson, Élie de Bourdeilles, Martin Berruyer, Guillaume Bouillé, Robert Ciboule et Jean Bréhal. Le ms. latin 5970 contient en plus les mémoires de Thomas Basin, Jean Bouchard et Jean de Montigny ; en revanche il n’a pas une annexe au mémoire de Jean Bréhal. Ces textes forment dans leur ensemble presque la moitié du texte complet du procès ; or ils ont été omis pour la plupart dans l’édition de Quicherat, ou y sont représentés seulement par de très courts extraits. Lanéry d’Arc en a assuré ultérieurement la publication d’après le ms. latin 5970 essentiellement. Pour leur édition nous suivrons également le texte du manuscrit du British Museum, désigné par L ; nous l’avons complété ou rectifié par le texte du ms. latin 5970, désigné surtout par le sigle LA, d’après la publication de Lanéry d’Arc, et occasionnellement par le sigle Q pour les extraits de Quicherat. N’ont pas été retenus les mémoires préliminaires ou extra-judiciaires que Lanéry d’Arc a publiés également.
B. — L’orthographe des mots a été respectée en principe. Ainsi nous n’avons pas remplacé les finales XXIIen e par ae, alors que les règles du latin classique l’auraient exigé. En revanche j a été mis à la place de i quand cela était nécessaire (Johanna et non Iohanna) ; de même les lettres t et c ont été distinguées (miseratione et non miseracione).
Les mots en français sont en italique. Les titres de chapitres sont en capitales. Les mots restitués ou proposés sont entre crochets.
C. — Les notes contiennent : a) les variantes non retenues, et autres que de simple graphie, du ms. L, des éditions Quicherat, Doncœur, Lanéry d’Arc, et éventuellement de certains manuscrits ayant servi à ces éditions comme le latin 5970 ; b) les mots ou passages supplémentaires non retenus de certaines de ces sources, indiqués comme additions (add.) ; c) l’indication du mot ou du nombre de mots du texte omis dans certaines de ces sources (omis ou X mots omis pour le mot ou les mots précédents).
D. — Au bas de chaque page ont été indiquées les concordances avec l’édition de Quicherat (Q + volume et page), et éventuellement avec l’édition du Père Doncœur (D + volume et page) ou celle de Lanéry d’Arc (LA + page). En outre dans le corps du texte publié ont été marquées les coupures correspondant aux changements de page des textes cités en référence : une barre simple pour Q (|), une barre double pour LA ou pour D (||). On a mentionné aussi sous le sigle L la référence au manuscrit de Londres.
E. — Le texte du procès est réparti en neuf chapitres qui suivent le déroulement de la procédure. Ce sont les notaires eux-mêmes, dans un exorde auquel on donne le nom de Notariorum prefatio, qui mentionnent ces divisions et leur contenu. Mais dans les manuscrits XXIIIces chapitres ne sont matériellement pas indiqués. Nous en avons introduit la mention aux places nécessaires en la faisant suivre d’un titre court et analytique (entre crochets comme toutes les additions ou restitutions).
À l’intérieur des chapitres nous avons de même introduit en guise de subdivisions des intitulés entre crochets.
Notes
- [1]
Le CNRS a bien voulu accorder une subvention pour aider à l’impression du présent volume.
- [2]
Les ouvrages cités dans cette introduction sont les suivants : — Jules Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc dite la Pucelle, Paris, 1841-1849, Société de l’histoire de France, 5 vol. in-8° (Le texte du procès de
réhabilitation
se trouve dans les volumes II, p. 72-471, et III, p. 1-387) ; — Pierre Champion, Notice des manuscrits du procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc, Paris, 1936, in-8° (Bibliothèque du XVe siècle, t. XXXVII) ; — P. Doncœur et Y. Lanhers, Documents et recherches relatifs à Jeanne la Pucelle. T. III : La réhabilitation de Jeanne la Pucelle. L’enquête ordonnée par Charles VII en 1459 et le codicille de Guillaume Souillé. T. IV : La réhabilitation de Jeanne la Pucelle. L’enquête du cardinal d’Estouteville en 1452. T. V : La réhabilitation de Jeanne la Pucelle. La rédaction épiscopale du procès de 1455-1456, Paris, 1957, 1958, 1961, 3 vol. in-8° ; — Pierre Lanéry d’Arc, Mémoires et consultations en faveur de Jeanne d’Arc par les juges du procès de réhabilitation… pour servir de complément et de tome VI aux Procès de condamnation et de réhabilitation de Quicherat, Paris, 1889, in-8°.