J. Quicherat  : Procès de Jeanne d’Arc (1841-1849)

Témoignages : Notice du procès de réhabilitation

419Notice des pièces de la réhabilitation

I.
Préliminaire non insérés au procès

Cette classe est celle des documents imprimés en tête du second volume. On y a mis ce qui reste des travaux antérieurs au rescrit apostolique du 11 juin 1455, par lequel fut autorisée la révision du jugement de la Pucelle, sauf toutefois certains mémoires consultatifs composés à la requête de Charles VII et deux informations faites en 1452 par le cardinal d’Estouteville, qu’il n’était pas possible de distraire de la rédaction définitive du procès où ces pièces ont trouvé leur place.

1.
Informatio prævia super iniquitate prioris processus

J’ai donné ce titre pour l’uniformité de la publication à la première pièce qui se présente dans l’ordre chronologique. C’est une enquête ordonnée par Charles VII pendant que s’effectuait la conquête de la Normandie, au commencement de l’année 1450. Entre beaucoup de choses redites par la plupart des mêmes témoins en 1452 et en 1456, elle offre quelques faits qui ne furent point articulés plus tard. Il se trouve en outre que trois personnes, interrogées alors, ne figurent plus dans les informations 420postérieures. L’ordre d’informer, ainsi que les dépositions des témoins, sont en français et d’un français qui est bien celui de l’époque à laquelle l’opération se rapporte.

Il existait au siècle dernier deux manuscrits de ce précieux document, tous deux égarés aujourd’hui. Il ne nous reste qu’une copie tronquée et fautive de l’un d’eux, conservée à la bibliothèque de l’Arsenal et dont la condition est telle que nous en serions réduits à considérer comme perdue l’information de 1450, si M. de L’Averdy n’avait eu l’heureuse idée de l’imprimer intégralement dans son mémoire256. Il faut tenir compte cependant de trois dépositions publiées auparavant par Lenglet-Dufresnoy257.

En outre, Edmond Richer avait inséré dans son histoire manuscrite de Jeanne d’Arc une copie du mandement de Charles VII qu’il avait vu en original, probablement au Trésor des chartes258.

J’ai reproduit l’édition de M. de L’Averdy, et, sur les manuscrits, voici les notions que j’ai pu recueillir.

Manuscrit de Soubise. — Celui dont se servirent Lenglet-Dufresnoy et M. de L’Averdy appartenait à la bibliothèque du cardinal de Rohan. C’était un volume petit in-fol. très large, en vélin, relié en veau avec filets dorés. L’un des plats de la reliure ne tenait plus en 1788 ; le parchemin était piqué de vers. La seule indication d’appartenance qu’on y lût, étaient les mots Bibliothecæ Subisianæ, écrits sur le premier et sur le dernier feuillet ; mais la première initiale du manuscrit décelait jusqu’à un certain point son origine, par un écusson dont elle était ornée, savoir : un lion d’azur lampassé de gueules sur un champ d’or sommé d’un 421chef de gueules. Ces armes sembleraient avoir été une brisure de celles de Grancey en Champagne.

Les vingt et un premiers feuillets étaient occupés par un sommaire du procès de condamnation commençant, sans titre aucun, par une petite introduction historique dont M. de L’Averdy nous a conservé seulement deux phrases à la louange de Pierre de Brézé et de la Pucelle. Il aurait pu, comme on verra plus loin, en citer d’autres passages plus instructifs pour établir l’âge du manuscrit. L’abrégé du procès avait été fait sur l’instrument latin, car le récit y était mis dans la bouche des juges.

Venaient ensuite (fol. 21 verso) une consultation visiblement traduite du latin : puis au fol. 39 les lettres patentes de Charles VII pour l’information de 1450, et enfin les dépositions des témoins qui remplissaient vingt feuillets.

Ce qui suivait jusqu’à la fin du manuscrit était la copie de diverses traductions de pièces latines dont il sera parlé en leur lieu259.

M. de L’Averdy a attribué le manuscrit de Soubise au règne de Charles VII et Lenglet-Dufresnoy aux dernières années du XVe siècle. On prouve dans l’article suivant qu’il n’a pu être exécuté qu’à une époque assez avancée du XVIe siècle : ce qui n’empêche pas les informations d’être un document d’une authenticité incontestable.

Manuscrit de l’Arsenal. — Ce volume qui a appartenu au marquis de Paulmy, a été signalé pour la première fois par Fevret de Fontette qui dit en avoir fait tirer copie260.

Il est coté : Jurisprudence française n° 144. C’est un in-4° en papier d’une mauvaise écriture du XVIIIe siècle, avec cette indication ex musaeo du Tillet, anno 1716. Le titre 422est ainsi conçu :

Procès de Jeanne d’Arc, pucelle d’Orléans, tiré d’un manuscript donné à M. le cardinal d’Armaignac, le 25 de mars 1569.

D’après la conformité du manuscrit de Paulmy, dont il eut connaissance, avec celui de Soubise, M. de L’Averdy avait conjecturé que ce dernier et le volume donné au cardinal d’Armagnac ne faisaient qu’un ; mais cela n’est pas possible, car, de l’aveu même de M. de L’Averdy, les feuillets 119 et 120 laissés en blanc dans le manuscrit de Soubise, rendaient incomplète une pièce qui se présente sans lacune dans le manuscrit de Paulmy ; preuve que le manuscrit du cardinal d’Armagnac ne manquait de rien là où l’autre était défectueux.

L’introduction historique signalée par M. de L’Averdy commence ainsi dans le manuscrit de l’Arsenal :

Tous hommes désirent et appètent naturellement connoître et savoir, ainsi que dit le philosophe ; et Tulle dit que nous sommes induits et attirez à science par la puissance et vertu de notre nature, etc.

Ce n’est certainement pas là le style du temps de Charles VII ; mais ce qui prouve encore mieux que la rédaction de l’ouvrage appartient au XVIe siècle, c’est que l’auteur cite Gaguin et la Mer des Histoires, livres dont on n’a fait usage que sous Louis XII ou François Ier.

Après le récit abrégé du procès conçu comme il l’était dans le manuscrit de Soubise, on arrive à l’information de 1450 par cet en-tête que M. de L’Averdy ne dit pas avoir existé dans le manuscrit de Soubise :

Icy ensuivent les noms, surnommez et disposition de tesmoins par moy, Guillaume Bouilie, docteur en théologie, en vertu et vigueur de commission que le roy de France m’a donnée sur cette affaire, l’an et le jour dattez cy devant, de ceux qui furent jurez et examinés à ce procès, et invité discrete et notable personne Du Soucy, prêtre sacré en cour de Rome et notaire juré en la cour de M. l’archevêque 423de Rouen, sur aucuns articles declarez en la commission, du procès de Jeanne la Pucelle qui depuis naguères a esté brûlée en la cité de Rouan, lorsqu’elle étoit détenue par les Anglois.

Les interrogatoires qui viennent ensuite sont copiés avec beaucoup de négligence et fort mutilés.

Les mêmes mémoires que ceux du manuscrit de Soubise terminent l’ouvrage, mais non le manuscrit auquel on a donné pour appendice un mémoire historique sur Gilbert de La Curée, par Gui de La Tour, sieur d’Hermay.

2.
Consultatio D. Theodorici auditoris Rotæ in curia romana

On verra en son lieu que l’auteur s’appelait Theodorus de Leliis ; Theodoricus est une faute des manuscrits.

L’ouvrage est une réfutation des douze articles qui servirent à perdre Jeanne dans l’opinion publique. Il peut être considéré comme l’un des mémoires que commanda le cardinal d’Estouteville, au dire de la sentence de réhabilitation261. Les informations faites par l’ordre de ce prélat, en 1452, y sont mentionnées en un endroit262. Théodore de Leliis s’est servi pour le composer d’un exemplaire du procès aux feuillets duquel il renvoie pour chacune de ses citations. La discussion finie, comme elle ne concerne que le dogme, il indique les points de droit sur lesquels les juristes auront à se prononcer.

Par suite des recherches que M. de L’Averdy fit faire à Rome pendant qu’il préparait son grand travail sur les sources de l’histoire de Jeanne d’Arc, l’ambassade de France envoya pour la Bibliothèque du roi un registre de copies, contenant tout ce qui s’était trouvé de pièces dans les manuscrits du Vatican. Ce registre a été décrit par 424M. de L’Averdy lui-même, lorsqu’il venait d’être placé parmi les manuscrits du roi sous le n° 5970 bis263. Il est aujourd’hui dans le Supplément latin (n° 1033) de la Bibliothèque nationale. Il renferme deux copies de la consultation ; l’une tirée du manuscrit du Vatican 3878 et l’autre du manuscrit 2284.

Le premier de ces textes, au dire de celui qui en a fait la transcription, est le brouillon même de l’auteur. Il est plein de ratures, dénué de titre et de souscription. L’inventaire des manuscrits du Vatican le désigne ainsi :

Consultatio ad favorem Joannæ vulgo dictæ la Pucelle ejusque defensio super capita contenta in processu contra ipsam efformato.

Le manuscrit d’où est tirée l’autre copie, entré au Vatican avec la Bibliothèque ottobonienne, consiste en un volume in-4° de parchemin et de papier, d’exécution allemande. On y lit sur plusieurs feuillets :

Iste liber est conventus Wiennensis ord. Fratrum Predicatorum in Austria.

Le mémoire pour Jeanne commence au premier feuillet après le titre :

Tractatus justificationis Johanne Darc per Theodricum auditorem curie romane.

Il est souscrit à la fin :

Theodoricus auditor rote curie romane.

Enfin une note du temps, tracée sur la feuille de garde du manuscrit, apprend au lecteur à quelle occasion y fut copiée la justification de la Pucelle. Je transcris cette note d’après le registre manuscrit de la Bibliothèque nationale :

Folio primo habetur justificatio Johanne, famate per mundum Virginis Francie, que mira gessit in rebus bellicis pro rege Francie contra Anglicos, qui et finaliter eam ad supplicium mortis condempnarunt. Tractatum hujus justificationis edidit domnus Theodoricus auditor Rote curie romane, et finitur fol. 23. Hunc 425tractatum et quemdam huic valde contrarium264 de sua gratia reverendus pater, sacre pagine professor, frater Johannes Brahalli, inquisitor fidei in regno Francie, in magnis sexternis, de sua gratia misit mihi dudum per nobilem virum domnum Leonardum Vilszkehet, cancellarium atque ambasiatorem illustrissimi principis, ducis Sigismundi, ad gloriosissimum regem Francie. Et quia idem domnus Leonardus, cancellarius, petivit sibi per me memoratos sexternos concedi, idcirco procuratum fuit ut prius rescriberentur ad cautelam pro manuductione fratrum, si forte aliqui similes casus et cause emergerent futuris temporibus265.

En rapprochant cette note de la lettre de Jean Brehal imprimée dans notre second volume266, on reconnaît que le personnage à qui fut fait l’envoi de ce mémoire, par conséquent l’auteur de la note elle-même, n’est autre que le prieur des Dominicains de Vienne.

Indépendamment des deux textes de Rome, il en existe à Paris un troisième que ne connut point M. de L’Averdy. On le trouve dans le manuscrit 51 (olim 334) de S. Germain Harlay, à la Bibliothèque nationale. Ce manuscrit de Harlay est un recueil de mémoires pour la justification de la Pucelle, composé à peu près des mêmes pièces que celui d’Ottoboni, écrit en cursive gothique du XVe siècle, et marqué à plusieurs endroits du nom de F. Jo. Brehalli. Ainsi il a appartenu à Jean Brehal, inquisiteur de France, nommé juge au procès de réhabilitation, et, comme on vient de le voir, auteur de l’envoi fait aux Dominicains de Vienne.

La consultation de Théodore de Leliis commence au 426fol. 14 verso de ce manuscrit sous ce titre :

Extractum domini Theodorici auditoris rote curie romane.

Et à la fin on lit :

Opus domini Theodorici, etc.

M. de L’Averdy a signalé encore l’existence du même ouvrage traduit en français dans le manuscrit de Soubise :

Ensuit l’extrait de vénérable personne messire Théodore des auditeurs de la Roe en cour romaine.

Même version sous le même titre, dans le manuscrit de l’Arsenal Jur. fr. 144.

Le manuscrit du Vatican 3878 jugé autographe, nous a paru devoir être suivi de préférence pour notre édition.

Dans le même volume et de la même main, il y a un sommaire du procès que l’auteur des copies envoyées de Rome à Paris, avait pensé être aussi de Théodore de Leliis, quoiqu’il fût sans nom d’auteur267. Cette conjecture est justifiée par le manuscrit de S.-G. Harlay où le même morceau est donné (fol. 47) sous ce titre :

Summarium tocius processus habiti contra Johannam vulgo dictam la Pucelle per dominum Theodoricum auditorem Rote in curia romana.

Notons encore que Théodore de Leliis lui-même, cite le Summarium dans sa consultation268.

Voici comment cette pièce débute dans le manuscrit du Vatican :

Jhesus et gloriosus Hieronimus. Summarium tocius processus habiti contra Janetam vulgo dictam la Pulcela. Inchoatus fuit processus per dominum Petrum, tunc Belvacensem episcopum, contra quandam Johannam vulgo appellatam la Pulcela, anno Domini 1430, secundum ritum et computacionem Galliarum, indictione 9, die 9 mensis januarii, pontificatus felicis recordacionis domini Martini pape quinti anno quarto decimo. Qui episcopus 427pretendens se jurisdictionem habere in dictam Janetam, ex eo quod fuerat infra limites sue diocesis capta in quodam conflictu bellico, per gentes armigeras domini ducis Burgundie ; ac primum dictus episcopus, uti patet ex processu, ut creditur a rege Anglie instigatus, personaliter adiit castra domini ducis Burgundie, tunc sita apud Compendium, et ipsum ac dominum Johannem de Luzemburgo, sub cujus custodia ipsa Johanna detinebatur, requisivit ut dictam Johannam traderent regi Anglie, ut inde rex Anglie eaim traderet et assignaret Ecclesie, etc., etc.

Le dernier paragraphe est de grande importance, parce qu’il prouve qu’en 1452 on ne songeait pas à contester l’authenticité de l’information posthume rejetée à la fin du procès. Théodore de Leliis en donne cette analyse :

Post condempnacionem et execucionem sentencie, aliquos dies post, videlicet VII junii, judices fecerunt examinari aliquos testes de dictis et confessis per eam quando adducenda erat ad judicium, que in effectu continent ipsam Johannam fuisse deceptam et delusam ab illis vocibus que promiserunt eidem liberacionem suam. Dicebat tamen se realiter illa vidisse que de apparicionibus dixit et de angelis, quos minutis quibusdam corporibus apparuisse dicebat : excepto eo quod dixerat de corona delata Regi suo per angelum, asserens semet fuisse angelum delatorem, et coronacionem in promissione corone attulisse. Ex quo videtur satis congrue interpretata sermonem suum primum. An tamen esset boni spiritus vel mali, dicebat se referre ad judicium ecclesiasticorum. Fertur eciam eam devote confessam et magna contricione dominici corporis sacramentum assumpsisse.

Nous nous en tiendrons à ces notions sur le Summarium auquel nous n’avons pu donner place dans notre édition.

3.
Domini Pauli Pontani advocati consistorialis quædam allegationes in processum Puellæ

C’est un avis que l’auteur donna à première vue, pro prima summaria visione, d’après les pièces dont il eut communication en 1452, année où il vint en France 428comme secrétaire de la légation du cardinal d’Estouteville269. Je ne connais de texte de cette pièce que dans le manuscrit St-Germain Harlay 51 (fol. 34), où elle est transcrite sous le titre ci-dessus. Chaque allégation y donne lieu à des développements que je me suis abstenu de reproduire. Ils sont tous en faveur de la Pucelle et tirés, soit du procès de condamnation, soit des informations de 1452.

Le manuscrit de Soubise, au témoignage de M. de L’Averdy, contenait une traduction française de ce mémoire, intitulée :

Ensuit aucunes allégations de messire Raoul de Pont, advocat consistorial et en Parlement, touchant le procès de la Pucelle.

Mais Paulus Pontanus n’a jamais été Raoul de Pont, et il n’y a pas d’apparence , que ce jurisconsulte, attaché à la cour romaine, ait jamais siégé dans notre parlement. L’erreur n’est pas particulière au manuscrit de Soubise. Celui de l’Arsenal (Jur. fr. 144) va plus loin, car il attribue au mémoire, non pas seulement un titre, mais une souscription où Pontanus se serait dit lui-même avocat en parlement. Je ne crois pas à ce témoignage-là plus qu’à l’autre.

4.
Consultatio ejusdem Pauli Pontani

Ouvrage plus approfondi du même auteur, et fait, on dirait, sur le modèle de la consultation de Théodore de Leliis ; c’est-à-dire qu’on y démontre l’inexactitude des douze articles en finissant par indiquer quels sont les points de droit qu’auront à élucider les praticiens. De même que Théodore de Leliis, Pontanus s’est aidé du procès de condamnation (qu’il appelle primum registrum), et des deux informations faites par ordre du cardinal d’Estouteville (processus præparatorius, processus ultimus).

Nous avons à la Bibliothèque nationale deux textes de 429ce mémoire. L’un dans le volume St-Germain Harlay 51, sans autre suscription que le mot Jhesus ; l’autre dans le manuscrit Suppl. fr. 1033 (fol. 68 v.), d’après le manuscrit ottobonien 2284, au Vatican, où il est signé Paulus Pontanus advocatus consistorialis. La notice écrite en tête du manuscrit ottobonien270 par le prieur des dominicains de Vienne, tendrait à faire croire que l’ouvrage de Pontanus est dirigé contre la Pucelle ; car le religieux allemand dit que Brehal lui envoya, en même temps que le traité de Théodore de Leliis, quemdam huic valde contrarium ; et un peu plus loin il ajoute :

folio XXXI. incipit tractatus Anglicorum predicto tractatui contrarium, et incipit sic : Primus articulus continet quasi summam.

Mais ce n’est qu’une lecture superficielle qui a pu lui faire voir là un traité conçu dans l’opinion anglaise.

Je n’ai donné de la consultation de Pontanus que ce qu’elle offre d’intéressant pour l’histoire.

5.
Summarium fratris Johannis Brehalli

Opuscule composé par l’Inquisiteur de France pour diriger les docteurs consultés au sujet de la réhabilitation.

Je l’ai réduit au simple énoncé des propositions sur lesquelles l’auteur argumente en s’appuyant des réponses de Jeanne enregistrées au procès.

J’ai eu à ma disposition deux textes de ce morceau. L’un sans titre ni souscription dans le manuscrit Suppl. fr. 1033 de la Bibliothèque nationale, d’après le volume ottobonien 2284 du Vatican ; l’autre à la fin du manuscrit St-Germain Harlay 51, également sans titre, mais terminé par ces mots :

Finit summarium fratris Johannis Brehalli inquisitoris fidei.

La leçon du manuscrit ottobonien est précédée d’une sorte d’argument que voici :

430Quia ipsa Johanna in cedula abjurationis et in sententia condemnationis reputatur revelationum et apparitionum divinarum mendosa confictrix, perniciosa seductrix, presumptuosa, leviter credens, supersticiosa, divinatrix, blasphema in Deum, sanctos et sanctas, ipsius Dei in suis sacramentis contemptrix, legis divine, sacre doctrine, et sanctionum ecclesiasticarum prevari catrix, seditiosa, crudelis, apostatrix, scismatica, in fide nostra multipliciter errans, in Deum et sanctam Ecclesiam multis modis delinquens, ipsi Ecclesie, domino Pape, ac generali concilio expresse, obdurato animo, obstinate atque pertinaciter submittere se recusans, pertinax, obstinata, excommunicata atque heretica : an juxta contenta in processu fuerit censenda ?

Principaliora puncta atque graviora super quibus Johanna Puella fuit tanquam heretica condemnata, et ignis supplicio tradita, secuntur ; necnon et ejus responsiones, et ad illa substantialiter de processu perstricta.

Suivent les énoncés que j’ai imprimés d’après le manuscrit de Harlay, en supprimant les discussions établies sur chacun.

Une traduction en français du même morceau existait dans le manuscrit de Soubise, quoique celui de l’Arsenal n’offre rien de semblable271. Elle était précédée d’un petit recueil des réponses de Jeanne sur le fait de ses révélations, dont M. de L’Averdy nous a conservé l’intitulé :

Ensuivent les poincts plus principaulx et grants, sur lesquels Jehanne la Pucelle fut prinse en gardant les brebis, comme hérectique et idolâtre, et fut condamnée et finalement par supplice de feu consumée au Vieil Marché de Rouen devant Saint-Sauveur ; et les réponses qu’elle feist et que on peult tirer et extraire à son procès, à cause qu’elle a dict et affirmé avoir eu visions et apparitions corporelles de saint Michel, oy et receu souventes foys les voix et révélations de saincte Marguerite, saincte Catherine et autres esperitz.

4316.
F. Johannis Brehalli, epistola F. Leonardo, Prædicatorum Viennensium scripta

Cette lettre accompagnait l’envoi ci-dessus spécifié272 que fit l’Inquisiteur de France au prieur des Dominicains de Vienne. Elle est datée de Lyon, le 31 décembre. Je n’ai pas pu en fixer l’année quoiqu’il y ait dedans deux faits historiques : l’ambassade en France du chancelier d’Autriche, et la remise des Dominicains de Nantes en jouissance de leur chapitre provincial273. Je suppose que cela concorde avec l’hiver de 1453.

Parmi nos manuscrits, le seul n° 1033 S.-F. de la Bibliothèque nationale, donne cette pièce d’après le volume ottobonien si souvent cité dans les précédents paragraphes. Elle y est consignée dans la table des matières sous deux titres différents, d’abord :

Folio 58 habetur copia epistole prefati inquisitoris ad fratrem Leonardum conventus Viennensis ;

et ensuite :

Folio 58 epistola inquisitoris fidei in regno Francie ad F. inquisitorem fidei per provinciam Saliztburgensem.

7.
Consultation de Pierre Lhermite, sous-doyen de Saint-Martin de Tours

Mémoire en réponse à dix-sept des articles proposés par Paul Pontanus en dehors de la question de dogme. Le texte original est perdu ; il n’en reste qu’une détestable traduction française dans le manuscrit de l’Arsenal. Il faisait partie également des matières contenues dans le manuscrit de Soubise ; mais avec une lacune dont il a été parlé précédemment274.

J’ai longtemps hésité à reproduire quoi que ce fût de la très fautive version de l’Arsenal. J’ai fini par en donner 432un spécimen parmi les pièces détachées du présent volume275 où on ne l’irait peut-être pas chercher, si je n’avertissais ici qu’elle y est.

II.
Procès de réhabilitation

1.
Des premières écritures du procès

Les greffiers du procès de réhabilitation furent Denis Comitis ou Lecomte et François Ferrebouc, tous deux notaires en l’Université de Paris. Présents à la première journée de la cause, institués légalement à la seconde, ils minutèrent et instrumentèrent sans interruption depuis le commencement jusqu’à la fin. Mais l’instance établie sur divers points du royaume à la fois, les obligea de commettre plusieurs substituts en leur lieu et place.

Les dépositions des témoins, qui sont la partie capitale du procès, se trouvent par là avoir été généralement recueillies et traduites en latin par des clercs étrangers.

Sans parler des informations de 1452 dont les écritures avaient pour auteurs Socius ou Compaing Votes et Jean Dauvergne, tous deux de Rouen, celles de Lorraine faites en janvier 1456 à Domremy, à Vaucouleurs et à Toul, furent rédigées par Dominique Dominici, notaire d’Église à Toul ; celle d’Orléans, faite en février et mars de la même année, eut pour greffier Guillaume ou Gérard de la Salle276, que les juges appelèrent encore à recueillir, 433au mois de mai, les dépositions des cinq derniers témoins de Paris. Hugues et Henry Bellièvre, attachés à la cour ecclésiastique de Lyon, reçurent à la fin de mai, le témoignage de Jean d’Aulon, maître d’hôtel de Jeanne d’Arc, et l’envoyèrent aux juges sans l’avoir traduit de français en latin ; ce qui est peut-être cause qu’il fut inséré tel quel au procès. Il est le seul qui soit dans ce cas. Quant à Comitis et Ferrebouc, ils rédigèrent seulement les informations de Rouen et de Paris commencées en décembre et janvier, complétées en mai 1456. Il ne paraît pas du reste qu’ils aient eu besoin de substituts pour la rédaction des procès-verbaux ni pour l’instrumentation des actes du tribunal.

On n’a jamais signalé l’existence dans aucun dépôt d’archives des originaux ou minutes qui formèrent le dossier de la réhabilitation. Il est vraisemblable que tout cela a péri depuis longtemps. Je crois en avoir trouvé trace dans un document postérieur de peu d’années au procès. C’est un inventaire dressé vers 1460 des

Sacs et lectres du Roy estans à Tours277.

L’article 15 en est ainsi conçu :

Item ung autre sac de besongnes communes, ouquel est l’appoinctement de Xaincoins, le seellé de monseigneur Prégent de Coictivy, le fait de la Pucelle et plusieurs autres besoingnes.

S’il faut entendre par le fait de la Pucelle les papiers de la réhabilitation, on concevra que ces papiers aient été de bonne heure perdus ou détruits, ayant été portés dans un château de province au lieu d’avoir leur place dans l’un des grands dépôts de la couronne.

4342.
De deux modes de rédaction appliqués à l’instrument de procès

Il s’en faut que le mérite des hommes à qui nous devons la rédaction de ce procès ait égalé celui des auteurs de l’instrument de la condamnation.Aussi n’existe-t-il aucune proportion entre le mérite littéraire des deux ouvrages.

Autant l’un est rapide, dégagé, clair, autant l’autre est diffus et confus. Cela dépend de ce que le tribunal ne s’immisça pas dans la rédaction. Les deux greffiers en eurent toute la charge, et quoique Ferrebouc ait joui dans son temps d’une certaine réputation de lettré278, il est certain qu’il n’était qu’un écolier en comparaison de Thomas de Courcelles.

Leur tâche, il faut le reconnaître, fut rendue très laborieuse par la quantité et la longueur des pièces produites au tribunal, pièces qui d’après l’usage de ce temps-là, devaient être transcrites intégralement dans l’acte définitif. Or, le procès de condamnation tout entier, minute, rédaction latine et instrument de la sentence, avait été remis entre les mains des juges, qui agréèrent en outre les informations de 1452, et huit mémoires consultatifs choisis dans le nombre de ceux que la solennité du débat et les exhortations du roi avaient fait pleuvoir de toutes parts. Tout cela faisait bien en volume deux fois autant que la cause déjà fort longue par elle-même. En présence de cette masse de documents, Comitis et Ferrebouc ne songèrent pas d’abord à s’éloigner des pratiques ordinaires. Ils rédigèrent l’instrument de la réhabilitation en forme de lettres patentes où les juges, qui y parlaient d’un bout à l’autre à la première personne, énonçaient toute la suite de la procédure, insertion faite en leur 435lieu des actes décernés et des pièces produites. Dans cette forme fut exécutée une copie du procès dont il nous reste des fragments considérables dans le fameux manuscrit de d’Urfé de la bibliothèque nationale. Mais cette copie une fois faite ne reçut point de caractère authentique, soit que les juges ne l’aient point approuvée, soit que de leur chef les greffiers aient trouvé leur travail trop peu satisfaisant pour l’expédier dans cet état.

Ils recommencèrent donc à frais nouveaux, et cherchèrent cette fois à convertir en un recueil méthodique ce qu’ils n’avaient pas pu rédiger convenablement dans la forme accoutumée des documents judiciaires. Les copies authentiques que nous avons du procès, sont le résultat de ce deuxième travail.

Voici en quoi la seconde rédaction diffère de celle qui l’a précédée :

1° Le protocole est précédé d’une préface où les greffiers exposent le mode de division qu’ils ont cru devoir appliquer à leurs matières.

2° Les faits de la cause ne sont plus présentés sous la garantie des juges, mais sous celle des greffiers qui nomment les juges à la troisième personne et eux-mêmes à la première toutes les fois qu’ils interviennent dans le récit.

3° La déduction du procès est scindée en sept périodes qui forment sept chapitres, entre lesquels ont été intercalés deux chapitres complémentaires pour contenir, l’un les informations, l’autre les avis doctrinaux admis par le tribunal.

4° Les greffiers, selon ce qu’ils disent dans leur préface279, ayant délivré sous leurs seings trois expéditions du procès, ne crurent devoir insérer que dans une seule 436les écritures de la condamnation. Or, comme de ces trois expéditions, nous en possédons seulement deux qui ne contiennent pas lesdites écritures, il résulte de cette absence même, que les manuscrits qui sont pour nous l’instrument légal de la réhabilitation, présentent une différence de plus avec la rédaction première.

La description des manuscrits achèvera de mettre en relief le fait, dont personne ne s’est aperçu jusqu’ici, de deux rédactions consécutives données à la procédure de 1456.

3.
De la rédaction vicieuse de l’instrument définitif

Pour avoir subi les divisions et réductions qui viennent d’être énumérées, l’instrument définitif de la réhabilitation n’en est pas d’une lecture plus facile. On se perd dans la prolixité des procès-verbaux et dans celle, non moins grande, des pièces justificatives dont ils sont surchargés, comme citations, rapports, requêtes, mémoires de parties, etc.

En outre, les manuscrits témoignent d’une extrême négligence de la part des greffiers, non-seulement par l’incorrection des textes, mais encore par des fautes de rédaction qu’on est surpris de rencontrer dans un acte revêtu d’un caractère légal.

Ainsi, par exemple, les nombres, qu’ils soient exprimés en chiffres ou écrits en toutes lettres, sont presque toujours fautifs. Dès le début de la cause, cela produit une confusion inextricable. On y a daté du 17 novembre 1455 une première comparution, à la fin de laquelle les parties sont ajournées pour le 7 du même mois280. Cette date impossible du 7 novembre revient dans le procès-verbal suivant281. 437En recourant à la rédaction primitive282, on trouve l’ajournement prononcé pour le 17, tandis que la démarche préliminaire n’est datée que par à peu près a paucis citra temporibus. D’après cela, si l’on est dans le vrai en attribuant à l’ajournement la date de la comparution, l’est-on également en opérant la transposition inverse ?

Les prénoms, tant des témoins que des officiers du tribunal, sont une source d’erreurs non moins fréquentes. L’un des premiers fonctionnaires du royaume, Raoul de Gaucourt, est appelé Jean de Gaucourt283 ; Nicolas Taquel, greffier au premier procès et témoin au second, est devenu Pierre Taquel284 ; un certain De la Salle, notaire d’église employé plusieurs fois par le tribunal pour recueillir les informations, est appelé tantôt Guillaume tantôt Gérard, comme je l’ai déjà fait remarquer285 ; etc., etc.

Pour ce qui est du style même des procès-verbaux, il arrive qu’en plusieurs endroits le discours est resté dans la bouche des juges, comme il était primitivement, faute d’avoir changé de personne les verbes et les pronoms. On trouvera de nombreux exemples de cela dans l’édition286.

Ailleurs, c’est la rédaction du procès-verbal d’une même audience qui diffère de l’un à l’autre des deux manuscrits287. Une irrégularité encore plus grave se présente sur le procès verbal de l’audience du 9 juin 1456, où les intimés furent forclos par contumace du droit de parler contre les productions. Les deux manuscrits commencent par être d’accord 438sur une certaine rédaction, d’après laquelle le tribunal aurait, le même jour, entendu la requête des demandeurs et prononcé la forclusion des intimés288. Puis après cela se présente dans l’un des mêmes textes un récit tout différent d’après lequel les juges, ouïe la demande, auraient remis au lendemain à se prononcer, tam ex officio quam alias : ce qui amène une audience de plus, laquelle a son procès-verbal à part289.

Tout cela démontre que les expéditions authentiques sont sorties du greffe sans avoir été collationnées ; que Comitis et Ferrebouc les ont signées les yeux fermés, s’en remettant des fautes commises par leurs clercs à l’excellence de la cause.

4.
Description du manuscrit unique de la rédaction première

Bibliothèque nationale, manuscrit de d’Urfé. — C’est un volume in-folio maximo, en vélin de choix de 51 sur 30 centimètres ; doré sur tranche, avec reliure en veau vert, le dos maroquiné rouge, au chiffre de Napoléon. Sur les plats ont été rapportés des cuivres ciselés qui appartenaient à une reliure plus ancienne, savoir, deux écussons vairés et timbrés, qui sont les armes de la maison d’Urfé, plus huit encoignures composées d’emblèmes où s’entrelacent, avec la devise Vni, les chiffres I et C.

294 feuillets cotés d’abord en chiffres romains de j à xxxj, puis de 1 à 261 en chiffres arabes.

Deux écritures bien distinctes alternent l’une avec l’autre à diverses places du manuscrit. L’une est la cursive coulée du temps de Louis XII, l’autre est la plus belle gothique de la chancellerie de Charles VII. Ces alternatives produisent une telle confusion que personne jusqu’ici n’a pu s’y 439reconnaître. La description du volume doit donc être en même temps une discussion, d’où ressortira avec plus d’évidence le fait précédemment allégué, qu’il y a eu deux rédactions différentes de procès de réhabilitation.

La clef du manuscrit de d’Urfé consiste à bien séparer ce qui est d’une écriture et ce qui est de l’autre. C’est pour quoi je vais opérer d’abord la distinction en dénombrant les matières du manuscrit par groupes qui indiqueront de laquelle des deux mains elles sont tracées.

Écriture du XVIe siècle. Du fol. coté j. au fol. xxxj. se trouve le journal du siège d’Orléans commençant, sur la première page, par son titre ordinaire :

Petit traicté par manière de cronique, etc.290

Ensuite, à partir du premier feuillet marqué en chiffres arabes, vient l’instrument du procès de condamnation :

In nomine domini amen. Incipit processus, etc.,

jusqu’aux mots :

ego non deponerem sine licentia dei

de l’interrogatoire du 3 mars, lesquels terminent le verso du fol. 16, et sont suivis d’une réclame Item dit qui annonce la suite au recto fol. 17.

Écriture du XVe siècle. En haut du recto fol. 17

Item dit que la demoiselle de Luxambourg, etc.,

et toute la suite de ce que j’ai dit être la minute française291.

Cela se termine au verso fol. 34 où commence une nouvelle transcription de l’instrument latin :

In nomine domini amen. Incipit processus, etc.,

lequel instrument est cette fois complet. Il est suivi de l’instrument de la sentence :

Deinde sequitur tenor sentencie seu sentenciarum contra eamdem Johannam late seu latarum,

qui va du verso fol. 96 au verso fol. 100. Après vient la déposition de Jean d’Aulon :

Sequitur consequenter deposicio nobilis viri, etc.292,

440qui nous transporte en plein procès de réhabilitation, c’est-à-dire aux procès-verbaux des audiences du 9 et du 10 juin 1456, interrompus au bas du verso fol. 103 par les mots :

per deffunctum magistrum Petrum Cauchon,

et la réclame :

loquentes,

d’une écriture plus moderne, qui annonce le fol. 104.

Écriture du XVIe siècle. Recto fol. 104 :

Loquentes qui veritatem non enunciarunt, etc.

C’est le dernier paragraphe de je ne sais quel mémoire qui nous ramène au premier procès par la copie des annexes de la condamnation ; et à la fin de ces annexes, au verso fol. 1 10 :

Finis processus condemnacionis libri Sancti Victoris.

Puis, au fol. 111 :

Hic est initium libri absolucionis,

titre qui est suivi de la préface des greffiers mise en tête de la seconde rédaction :

Exigit racionis ordo, etc.

Écriture du XVe siècle. Recto fol. 113. L’intitulé du procès de réhabilitation tel que nous le rapportons p. 367 de notre troisième volume :

Continet istud opus processum judicialem, etc.,

avec toute la suite de la procédure mise en forme de récit dans la bouche des juges. Le document continue dans cette forme jusqu’au bas du verso fol. 240, où il s’interrompt par la phrase :

brevissimo temporis spacio Cenomannia, Normannia, Acquitania que multis annis perAnglicos occuppata fuerat absque pene sanguinis Gallorum effusione…,

phrase qui est d’un mémoire justificatif écrit par Martin Berruyer, évêque du Mans.

5° Écriture du XVIe siècle. Recto fol. 241. Copie de la rédaction définitive du procès de réhabilitation tel qu’il existe dans le manuscrit de Saint-Victor, à partir de l’audience du 4 juin 1456. On lit au fol. 261 et dernier, après 441la sentence :

Hic est finis libri absolutionis Johanne Darc dicte vulgariter la Pucelle.

Tel est le contenu, on peut dire le chaos, du manuscrit de d’Urfé. M. de L’Averdy y a le premier discerné une chose : c’est que toutes les écritures du XVIe siècle étaient autant de compléments destinés à combler des lacunes qui existaient dans un texte plus anciennement écrit. M. de L’Averdy a encore très bien jugé, quoique par conjecture, que la partie de cet ancien texte où sont les interrogatoires en français, était la copie de la minute française. Hors de là, il n’y a vu que du feu, et il le prouve en disant que, sans la présence de la minute, le manuscrit de d’Urfé ne serait d’aucune utilité293.

Sans doute on serait admis à prononcer un tel arrêt si, à part la minute française, le manuscrit de d’Urfé était la copie exacte du texte authentique de la réhabilitation ; mais en est-il ainsi ? nullement, puisque la quatrième section de ce manuscrit nous montre la procédure de réhabilitation se déroulant d’une tout autre manière ; puisqu’on y voit cette procédure commencer par un long intitulé qui n’est que là294 ; puisqu’on y entend parler, non plus les greffiers, mais les juges. Voilà certes une différence assez capitale pour que le manuscrit de d’Urfé ne soit remplacé par aucun autre, tous ceux qu’on connaît n’offrant que la copie de l’instrument définitif, où l’exposition est faite par les greffiers.

Ce n’est pas tout : les pièces insérées au procès ne sont pas disposées dans la quatrième partie du manuscrit de d’Urfé comme elles le sont dans les originaux ou dans les copies de la rédaction authentique. Là on les a réunies dans un ordre méthodique, toutes les informations ensemble, toutes les consultations ensemble. Ici, au contraire, elles 442viennent à l’endroit où elles ont été produites. C’est ainsi qu’à la suite de la première audience on trouve l’information de 1452 et le mémoire de Guillaume Bouillé, parce que ces pièces furent déposées par les demandeurs le jour même où les juges se saisirent de la poursuite.

La quatrième section du manuscrit de d’Urfé prenant ainsi l’aspect d’un monument original, il s’agit d’en faire l’objet d’un examen attentif, et de s’assurer si la procédure y est déduite d’une manière complète. En se livrant à une étude suivie du texte, on découvre une solution de continuité que n’a pas aperçue M. de L’Averdy.

Au bas du fol. 204, verso, on lit cet intitulé :

Deinde sequitur minuta seu notula notariorum processus agitati contra eandem Johannam la Pucelle, tradita seu tradite in vim compulsorie per magistrum Guillelmum Manchon, alterum notariorum, et pro majori parte ejus manu scripta : in qua minuta inter alia inscribitur quoddam foliolum faciens mentionem de correctione certorum articulorum de quo in acto precedenti fit mentio.

Et le recto du fol. 205 commence par un autre titre :

Opinio reverendi in Christo patris domini Helie Petragoricensis.

Rien ne correspond au premier de ces titres ; le mémoire de l’évêque de Périgueux arrive ainsi que le second l’annonce : il y a donc une lacune entre les deux.

Maintenant, ce titre auquel rien ne correspond annonce bien clairement la copie de la minute du premier procès.

Existe-t-il quelque raison pour que cette copie ait été insérée là ? Oui, car ce qui précède est le procès-verbal de la journée du 5 juin 1456, où il est dit que les demandeurs produisirent, avec plusieurs autres pièces, le procès de Jeanne, texte français et texte latin.

Comme le dépôt de ces pièces est consigné d’une manière plus expresse dans le procès-verbal en question que dans 443celui de la rédaction définitive295, je crois utile d’en rapporter les termes même :

Ad satisfaciendum assignationi diei, ipsi procuratores exhibuerunt et produxerunt quandam litteram regis Anglie signatam per magistrum Laurentium Calot, secretarium suum, cujus signum fuit probatum per testes infrascriptos ; nec non quoddam papirum in quo dicebatur contineri quoddam opus per magistrum Johannem de Jarson, factum ; nec non processum olim factum et deductum contra eamdem Johannam la Pucelle, tam in gallico quam in latino per magistros Guillermum Manchon, Guillermum Colles, alias Boysguillaume, et Nicolaum Tasquel, notarios dicti processus, recognitum et confessatum ; et signanter quoddam foliolum papireum manu ipsius Manchon scriptum et signatum et per eumdem recognitum, in quo cavebatur fuisse appunctuatum articulos in processu et sententia contentos, debere corrigi et mitti sic correctos apud deliberantes ; et tamen constat eosdem minime fuisse correctos, etc.296.

Reportons-nous maintenant à la seconde section du manuscrit de d’Urfé, celle où commencent les écritures du XVe siècle. Nous y trouvons d’abord la copie décapitée des interrogatoires en français avec intercalation de notes de procès-verbal en latin, c’est-à-dire la pièce que M. de L’Averdy a conjecturée, et qu’il eût affirmée être la minute du procès s’il eût connu l’intitulé sans suite rapporté précédemment. La rédaction latine et l’instrument des sentences qui viennent ensuite dans la même section, complètent le dépôt effectué aux termes du procès-verbal du 5 juin.

La déposition de d’Aulon, reçue à Lyon le 28 mai, et qui, par conséquent, ne put parvenir aux juges que dans les 444premiers jours de juin, arrive également dans son ordre chronologique, étant placée après les copies du procès ; enfin les audiences des 9 et 10 juin, par lesquelles se termine la seconde section du manuscrit, achèvent de prouver que cette section tout entière, pour être à sa place, devrait être intercalée dans la quatrième entre les feuillets 204 et 205.

À la vérité, il y aura encore une lacune entre le verso du feuillet 204 et le texte ainsi rapporté ; il y aura lacune de tout ce qui manque à la minute ; c’est un vide irréparable aujourd’hui, comme il l’était déjà au commencement de XVIe siècle, puisque lorsqu’on voulut le combler, il fallut recourir au manuscrit de Saint-Victor297, simple copie de l’instrument authentique. J’ajoute que la perte était déjà ancienne au moment de cette restauration, si l’on en juge par l’état du folio 17, car il est visible que ce feuillet, taché d’humidité et sali, servit longtemps de couverture au manuscrit.

L’endroit où la seconde section se termine, ne se rattache pas non plus d’une manière immédiate au fol. 205 du manuscrit. Il existe là une autre solution de continuité qui provient de la perte des feuillets où étaient transcrits les procès-verbaux du 18 juin, du 1er et du 2 juillet, les conclusions du promoteur et diverses autres choses encore.

Mais ces mutilations n’empêchent pas que la deuxième section du manuscrit ne doive être intercalée dans la quatrième à l’endroit indiqué, c’est-à-dire qu’il ne soit nécessaire de transposer les feuillets 17 à 103, entre les deux feuillets 204 et 205.

Les vieilles écritures qui finissent avec la quatrième section sur le feuillet 240, sont loin de nous conduire au terme du procès. Il y manque quatre des mémoires consultatifs 445agréés par le tribunal, la visite et la recollection de ces mémoires, la conclusion en la cause et la sentence. Ces lacunes, jointes à celles qui ont été déjà signalées, peuvent être évaluées à un tiers du procès environ, de sorte que le dommage survenu au manuscrit entre le moment de son exécution et celui de sa restauration, est de plus de cent feuillets, la somme des feuillets subsistants du XVe siècle étant de deux cent quinze.

Quant aux soixante-dix neuf feuillets qui forment les première, troisième et cinquième sections du manuscrit, ils sont la copie d’un autre texte que l’on reconnaîtrait facilement à la chronique du siège d’Orléans qui en forme le début, quand bien même sa provenance ne serait pas indiquée au fol. 110 où on lit :

Finis processus condemnacionis libri Sancti Victoris.

Ainsi c’est avec le manuscrit de S. Victor, copie très défectueuse et très postérieure de la rédaction authentique des deux procès, que l’on crut pouvoir recomposer la rédaction sans analogue dont le manuscrit de d’Urfé contient les débris. L’inintelligence de cette conception n’est surpassée que par celle de l’exécution, puisque l’état actuel du manuscrit prouve qu’on ne sut ni reconnaître les lacunes, ni remettre à leur place les cahiers transposés.

Je me résume :

1° Le manuscrit de d’Urfé est l’exemplaire unique d’une rédaction d’essai appliquée au procès de réhabilitation de la Pucelle, mais non pas adoptée pour l’expédition des grosses dudit procès.

2° Dès le XVe siècle, lorsque les cahiers de cet exemplaire furent attachés, une transposition malencontreuse fit coudre en tête du volume la copie des écritures de la condamnation, qui aurait dû prendre place dans l’intérieur, à la suite du procès-verbal du 5 juin.

3° Au XVIe siècle, probablement sous le règne de 446Louis XII, le manuscrit très délabré et réduit environ aux deux tiers de son volume par la destruction de plusieurs cahiers, fut réparé en y ajoutant de nouveaux cahiers dont on prit la matière dans le manuscrit de S. Victor et que l’on rapporta avec aussi peu de discernement que le relieur en avait mis à attacher ensemble les anciens.

4° Tout ce qui est de l’écriture la plus ancienne dans le manuscrit de d’Urfé a le prix d’un original ; tout ce qui est d’une main postérieure est sans valeur aucune.

Il ne reste plus qu’à résumer les notions historiques que nous possédons sur ce singulier ouvrage.

Les lettres C et I qui font partie des ornements de la couverture, sont les initiales de Claude d’Urfé (1502-1558) et de sa femme Jeanne de Balzac. Cette dame étant morte en 1542, son mari, pour exprimer le regret que lui causait sa perte, adopta la devise uni qui se trouve aussi sur la ciselure du manuscrit. Claude d’Urfé était grand amateur de livres. Les anciens auteurs du Forez parlent avec admiration d’une bibliothèque magnifique qu’il avait formée dans son château de La Bâtie. Il possédait surtout des manuscrits d’un prix inestimable, et ces manuscrits, il les devait pour la plupart à sa femme qui en avait hérité de sa mère Anne de Graville, fille de l’amiral de Louis XII, personne non moins illustre par ses goûts littéraires que par sa naissance298. D’après tout cela je suis amené à induire que le manuscrit de d’Urfé nous vient de l’amiral Louis Mallet de Graville : conjecture qui se confirme encore par cette autre que j’ai faite précédemment299, savoir que le même manuscrit dut se trouver entre les mains du compilateur employé par Louis XII à l’instigation dudit amiral. 447En outre, il devient très probable, d’après l’âge de l’écriture, que c’est encore Louis de Graville qui fit compléter avec le texte du manuscrit de Saint-Victor, celui de la rédaction primitive de la réhabilitation qui était arrivé tout mutilé entre ses mains.

Outre les armes et emblèmes de Claude d’Urfé, le manuscrit porte pour marque le nom de Baluze écrit sur le premier feuillet. Ce qu’on sait des transmissions dont il fut l’objet, n’explique pas la présence du nom de cet érudit. Fevret de Fontette qui le possédait en 1769 et qui lui a consacré un important article dans la Bibliothèque historique de la France300, dit qu’il le tenait d’un M. Thomas d’Islan, qui l’avait eu de M. de Chavannes, qui l’avait eu d’Honoré d’Urfé, l’auteur de l’Astrée, petit-fils de Claude d’Urfé dont il a été question tout à l’heure.

En 1787, M. de L’Averdy trouva ce volume au dépôt des Chartes et monuments historiques de la place Vendôme, et ne put savoir comment il y était arrivé301. Il échut à la Bibliothèque nationale au moment de la révolution, et fut relié sous l’empire tel qu’on le voit aujourd’hui, parce que l’ancienne couverture, qui était de bois et de velours vert, tombait en lambeaux.

5.
Description des manuscrits de la rédaction définitive

§1.
Bibliothèque nationale, n° 5970 latin

Volume très grand in-folio, en vélin, de 526 millimètres de haut sur 323 de large, doré sur tranche, relié en maroquin rouge aux armes de France sur les plats, filets dorés, nervures au dos avec le titre :

Processus justificatio. Joannæ d’Arc.

Il est composé de 207 feuillets dont les 204 premiers seulement sont cotés en chiffres romains. Belle cursive gothique du temps de Charles VII avec initiales ornées 448de fioritures à la plume ; soixante-dix lignes à la page ; quatre vingt-cinq lettres à la ligne.

Des deux copies authentiques, c’est de beaucoup la plus belle. C’est celle aussi dont le texte a le plus constamment servi pour notre édition. Elle est légalisée au bas de chaque feuillet (mais seulement à partir du troisième), par la formule sic affirmo que suivent les deux signatures Comitis et Ferrebouc. Les mêmes signatures sont généralement répétées dans l’intérieur du texte après la transcription des actes décernés par le tribunal.

En haut du recto fol. 1, après un blanc réservé pour une initial qui n’a pas été exécuté :

xigit racionis ordo et recta disposicio equitatis docet, etc.

La fin du procès est sur le recto fol. 204. Elle est annoncée par les attestations autographes des mêmes Comitis et Ferrebouc, attestations dont on trouvera le texte dans l’édition302. La signature de l’une et de l’autre consiste, outre le paraphe, en un dessin d’entrelacs, comme les notaires du XVe siècle en apposaient aux actes d’une grande solennité.

Les trois derniers feuillets qui ne sont pas cotés, contiennent un poème latin sur la Pucelle. Ce morceau disposé sur deux colonnes et séparé en deux livres ou chants, paraît écrit de la même main que le procès. Il est sans titre ni nom d’auteur. On en trouvera le texte imprimé pour la première fois dans le présent volume (p. 42).

Le manuscrit 5970 a été primitivement marqué :

Tab. juris civilis j. super fine liber xvj ;

puis postérieurement, en gros chiffres 187 et enfin 6817.

Je crois reconnaître dans les deux premières de ces marques d’anciennes cotes du Trésor des chartes, et dans mon opinion, le manuscrit provient de ce dépôt. Il y a de bonnes raisons à en donner. Louis XI (c’est un fait constant) 449fit déposer au Trésor des chartes l’exemplaire royal de la réhabilitation qui avait été gardé jusque là à la chambre des comptes303. En 1540, 1565, 1612 et 1661, Hector Boethius, Du Tillet304, Jean Hordal305, Denys Godefroy306 consultèrent tour à tour le procès de réhabilitation du Trésor des chartes. Au siècle dernier il n’est plus trace au Trésor des chartes d’un pareil manuscrit. Or, il a été exécuté trois expéditions authentiques du procès ; l’une qui resta à Notre-Dame jusqu’en 1785 et qui par conséquent n’est pas celle du Trésor ; l’autre qui contenait toutes les écritures de la condamnation, entre autres la minute en français des interrogatoires, inconnue à Hordal et à tous les auteurs avant M. de L’Averdy, et ce n’est pas celle-là non plus qui a pu reposer jadis au Trésor des chartes. Reste donc le troisième manuscrit, celui auquel est consacré cet article, pour répondre aux conditions du dépôt effectué par l’ordre de Louis XI.

§2.
Bibliothèque nationale, fonds de Notre-Dame, n° 138

Volume in-fol. moyen en papier et vélin entremêlés, de trente-sept sur vingt-sept centimètres, piqué des vers dans les derniers cahiers ; cartonné et couvert de parchemin vert, la tranche peinte en jaune.

Cent quatre-vingts feuillets numérotés en chiffres arabes anciens. Écriture cursive, sauf au commencement des alinéas dont le premier mot est en grosse gothique moulée. Initiales ornées de fioritures à la plume.

Expédition authentique, l’une des trois mentionnées dans la préface des greffiers ; paraphée au bas de tous les feuillets Comitis et Ferrebouc, sans formule approbative.

450Le texte commence au recto fol. 1 après une garde en parchemin :

Exigit racionis ordo et recta disposicio equitatis docet, etc. ;

l’E d’exigit richement enluminé de rinceaux sur un fond d’or et accosté d’une vignette en miniature qui descend le long de la marge. Il finit au recto du fol.180, par la date de la sentence finale, die septima mensis julii, après quoi viennent immédiatement, sans formule d’attestation, les deux signatures Comitis et Ferrebouc.

Marqué primitivement :

Invent. cxy. ;

puis en coulée du XVIe siècle et en encre rouge :

Je suys de la librairie de Notre-Dame de Paris.

Plus récemment :

À l’église de Paris H. 10.

Enfin, l’ancien timbre de la Bibliothèque du roi.

Quoique destiné à faire foi du procès aussi bien que le précédent, ce manuscrit ne lui est pourtant pas tout à fait conforme. D’abord il ne renferme pas les mémoires consultatifs agréés par le tribunal, si ce n’est celui de Gerson. Les greffiers ont prévenu le lecteur de cette suppression par une note marginale mise en regard de l’article huitième de leur préface annonçant l’insertion desdits mémoires :

Tractatus de quibus in hoc octavo articulo fit mentio solum sunt inscripti in duobus magnis processibus propter eorum prolixitatem.

On a signalé déjà307 des différences de procès-verbaux entre le manuscrit 5970 et celui-ci. Enfin il contient de plus que l’autre l’instrument de la sentence qui y est transcrit parmi les productions du 5 juin.

On lit encore sur le dedans de la couverture du manuscrit de Notre-Dame, une note déjà fort ancienne qui est conçue en ces termes :

M. P. Louvet, advocat en parlement, en son histoire de Beauvais, l. 2, sous Pierre Cauchon, évesque de Beauvais, en 1420, p. 558, dit p. 560 que Monstrelet a fait la description de la prise, 451emprisonnement de la Pucelle, et de son jugement en carmes qu’il rapporte, où entre autres il y a :

Au procès de son innocence

Il y a choses singulières

Et est une grande plaisance

De voir toutes les deux matières.

Le dit procès est enchaisné

En la librairie Notre-Dame

De Paris, et fut là donné

Par l’évesque dont Dieu ait l’âme.

Ces vers ne sont pas de Monstrelet, mais de Martial d’Auvergne, et ils sont extraits des Vigiles de Charles VII, qu’on trouvera plus amplement citées ci-dessus, p. 78. C’est bien notre manuscrit qu’ils concernent. Après avoir appartenu à l’évêque de Paris, Guillaume Chartier, qui était l’un des juges de la réhabilitation, ce volume fut légué par lui à son église. En 1472, année de la mort du prélat, ses exécuteurs testamentaires le livrèrent au chapitre qui le fit relier entre deux ais, aux armes du donateur, avec agrafes et ferrements308. Ces ferrements consistaient, entre autres pièces, en une chaîne qui tenait le volume fixé sur l’un des pupitres de la librairie ou bibliothèque de Notre-Dame ; voilà pourquoi Martial d’Auvergne dit qu’il est enchaîné. Dès 1475 la chaîne est mentionnée dans l’acte authentique d’une transcription qui est aujourd’hui à Rome309 ; le témoignage de Martial est de 1484.

Quelques années plus tard, mais toujours sous le règne de Charles VIII, le manuscrit de Notre-Dame servit pour l’exécution de celui de Saint-Victor. À la fin du XVIe siècle, le jésuite Mariana consulta le même texte, et y puisa les matériaux d’un récit qu’il introduisit plus tard dans son 452histoire d’Espagne310. Edmond Richer avoue en avoir fait aussi usage pour son histoire inédite de Jeanne d’Arc. Lenglet Dufresnoy est l’un des derniers qui l’ait vu à Notre-Dame. Il passa dans la Bibliothèque du roi en 1756, lorsque le chapitre de l’église de Paris céda ses manuscrits à Louis XV, qui lui faisait bâtir une sacristie monumentale. M. de L’Averdy l’a mentionné, mais non pas étudié, le présumant plus conforme au manuscrit 5970 qu’il ne l’est réellement.

§3.
Bibliothèque nationale, fonds de Saint-Victor, n° 285

Volume déjà décrit avec les textes de la condamnation311.

La copie du procès de réhabilitation y commence au fol. 350, après cinq feuillets laissés en blanc dans l’origine, et où ont été transcrits depuis les premiers arrêts rendus par le parlement de Paris contre les protestants, entre autres, celui de Louis Berquin. L’e initial de la préface des notaires, Exigit rationis ordo, renferme une miniature assez finement exécutée, représentant une femme en cotillon et coiffe de paysanne avec des bottines rouges, une épée et une hallebarde. Pour qu’on ne se méprît pas sur le personnage qu’il a voulu représenter, l’artiste a colorié sur une banderole le nom de la Pucelle.

Le manuscrit de Saint-Victor est une copie de celui de Notre-Dame, ainsi que le prouve la note relative à la suppression des mémoires consultatifs qui y est reproduite textuellement. Tout à la fin du manuscrit, à la place des attestations finales, le copiste a écrit cette note :

Certiores omnes facimus quod originalem jam dicte Puelle processum a quo hic extractus immediate constitit, in quolibet sui folio signatum Comitis et Ferrebouc extare.

453La vieille table analytique, placée en tête du volume, indique de la manière suivante les parties principales de la réhabilitation :

Item processus alius factus circa annum Domini 1455 ex ordinatione et rescripto sedis apostolice sub reverendis patribus, Johanne archiepiscopo Remensi, Guillelmo Parisiensi, et Ricardo Constantiensi, episcopis, iuris professoribus, et imagistro Johanne Brehal, sacre theologie doctore, in regno Francie fidei inquisitore, judicibus in hac parte ad instanciam Ysabellis, matris Johanne Puelle, fratrumque ac parentum ipsius, pro innocentia et justificatione dicte Johanne declaranda ; in quo processu ponuntur ad longum informationes et inqueste facte in loco originis dicte Johanne et alibi a folio 350 usque 568. Et notandum quod in processu inseruntur ad longum plures tractatus plurium episcoporum et prelatorum sacre theologie et jurium professorum et aliorum qui super materia dicti processus sollenniter et ad plenum scripserunt ; que tamen in hoc volumine minime scripta sunt.

Item tenor diffinitive sententie late et promulgate per deputatos judices supranominatos in civitate Rothomagensi, in palatio archiepiscopali, anno domini 1456, mense julio ; per quam sententiam declaratur processum, sententias et executiones factas sub domino Petro Cauchon belvacensi episcopo contra Johannam Puellam, dolum, calumpniam, repugnantiam jurisque et facti errorem continere manifestum ; dictum processum cum sequelis irritando et omnino evacuando, ipsamque Johannam ac ejus parentes nullam infamie notam seu maculam ex hoc contraxisse, immunemque a sibi impositis criminibus et expurgatam esse declarando ; ordinando finaliter presentem dominorum judicum sententiam solenniter et protinus publicandam in civitate Rothomagensi in locis duobus : uno videlicet in promptu in platea S. Audoeni, generali processione precedente, et publico sermone ; et in alio loco, die sequenti, in Veteri Foro, in loco scilicet in quo dicta Johanna crudeli ignis crematione ab Anglis exterminata est, cum solenni ibidem predicatione et affixione crucis honorifice ad memoriam perpetuam dicte Johanne, etc, f° 568.

454§4.
Bibliothèque nationale, Supplément français, n° 35011

Volume déjà décrit avec les textes de la condamnation.

Les écritures de la réhabilitation sont d’une main différente, plus négligée et un peu plus moderne. Ægidius Perrini, dont l’ex libris se trouve sur la première page du manuscrit, semblerait en être l’auteur. Elles commencent au fol. 132 recto par la préface des greffiers précédée du titre :

Commissio et ordinatio notariorum ex parte delegatorum episcoporum judicum.

La note Certiores omnes facimus, etc., placée au fol. 195 après la sentence finale, prouve que cette copie, d’ailleurs fort abrégée, a été faite sur le manuscrit de Saint-Victor.

Après la réhabilitation, vient une notice de trois pages, d’écriture encore plus moderne, sous ce titre :

Argument des procès cy devant contenus, extrais par moy Claude du Han, seigneur audit lieu312, et curé de Punerey. 1576.

Cette notice commence de la sorte :

L’an mil quatre cens vingt neuf, du temps de Charles septiesme, la pucelle de Dompremy agée de dix huict ans, etc.

À la fin est répété le nom de Claude du Han, dont nous avons déjà signalé la présence sur l’un des premiers feuillets du volume313.

§5.
Bibliothèque nationale, Supplément français, n° 35010

Volume déjà décrit avec les textes de la condamnation, et signalé comme ayant été collationné et rendu conforme au précédent.

Les feuillets non cotés, qui précèdent le texte, sont chargés de notes, dont celle-ci :

Il y a pareille copie de ces deux procez transcripte en ung volume qui est en la bibliothèque Saint-Victor avec ceste inscription 455Hic liber est, etc.314 ; lequel abbé vivoit quasi du même temps de la dicte Pucelle d’Orléans et avoit esté prieur du prioré (de Bussi) dépendant de la dite abbaye, ce qui lui avoit donné plus de curiosité de recouvrer la coppie desditz deux procez. L’original de celuy de la revision et de sa justification est en un grand volume escrit en parchemin, fort authentique, au Trésor des chartes de France315 en la saincte chappelle à Paris.

Vient ensuite la notice de Claude du Han, mentionnée à propos du manuscrit S. F. 35011. Tout cela précède la copie du procès de condamnation. Celle de la réhabilitation commence au fol. 177 par le titre :

Commissio et ordinatio notariorum, etc.,

et finit au fol. 312, sans les attestations finales des greffiers, par cette addition de la main de l’annotateur du manuscrit :

En l’original signé du Han, que j’ay, est escrit ce qui suit : Certiores omnes facimus, etc.316.

§6.
Bibliothèque nationale, Supplément latin, n° 952

Ouvrage déjà décrit avec les textes de la condamnation. Le tome I, qui contient la réhabilitation, est pareil au tome II, et muni, avec plus de raison, du même faux titre.

Au fol. 1 :

Argument des procès tant de la condamnation que de la justification de Jeanne ditte la Pucelle,

et le texte :

Du temps du roy Charles septiesme, etc.

C’est la notice de Claude du Han signalée à propos du manuscrit, suppl. fr. n° 35011.

Fol. 3 verso :

Commissio et ordinatio notariorum ex parte delegatorum episcoporum.

Quatre cent quarante-six feuillets.

456§7.
Bibliothèque nationale, Collection Brienne, n° 181

Volume en papier, in-fol., relié comme celui de l’autre procès qui appartient au même fonds317 ; également signé et paraphé de Petau et Pithou, sous la même formule.

Faux titre après 6 feuillets blancs :

Procès de la justification de l’innocence de Jeanne d’Arc dite la Pucelle d’Orléans, 1456.

Et après trois autres feuillets blancs, au recto coté 1 : Argument du procès tant de la condamnation que justification de Jeanne dicte la Pucelle. C’est la notice de Claude du Han, dont la rédaction originale est au manuscrit S. F. 35011 :

L’an mil quatre cens vingt neuf, du temps du roy Charles septiesme, la Pucelle de Domremy, etc.

Le procès paraît copié sur l’original contenu dans le n° 5970, mais avec de nombreuses suppressions. Il finit sur le feuillet 381 du volume.

§8.
Bibliothèque nationale, Collection Serilly, n° 181

Un vol. in-fol. en papier ; reliure veau marbré, nervures, filets dorés, les armes de Colbert sur les plats.

Copie textuelle du manuscrit de Brienne qui précède.

§9.
Bibliothèque nationale, Manuscrit de Saint-Germain Harlay, n° 51

Volume en papier, de condition pareille à celui du premier procès qui appartient au même fonds, et qu’on a décrit avec les textes de la condamnation.

Pas de titre. Le texte commence sur la première page :

Exigit rationis ordo, etc.

À la fin :

Cecy est extrait d’un manuscript de la Bibliothèque de S. Victor, qui contient le procès de la Pucelle d’Orléans et sa justification, et dont le titre est : Iste liber 457est Sti Victoris Parisiensis quem fecit fieri Fr. Nicasius de Ulmo abbas hujus ecclesiæ ; et le numéro est 29.

Coté autrefois 335.

§10.
Bibliothèque de Genève, manuscrit fr. 86

Volume déjà décrit avec les textes de la condamnation.

La copie de la réhabilitation commence au feuillet 128 :

Exigit rationis ordo, etc.

Nous avons déjà prévenu qu’elle était incomplète et qu’on renvoyait pour la suite au manuscrit de Saint-Victor. Elle est en effet interrompue au quatrième chapitre de la procédure, vers la fin du quatre vingt-dixième article du mémoire présenté par les demandeurs :

Unde cum talis non esset qualem cedulla exprimebat, id potuit dicere…

Cela ne fait pas le quart de l’instrument.

§11.
Bibliothèque du Vatican, fonds de Christine, n° 1916

Volume petit in-fol. en papier et parchemin entremêlés ; 266 feuillets. Intitulé au catalogue :

Johannæ dictæ la Pucelle processus jussu Calixti papæ institutus.

Copie authentique exécutée en 1475 par deux notaires d’église parisiens, Jean Cordier et Pierre Mesnart, à la requête d’illustres personnages qui voulaient que la mémoire des belles actions de la Pucelle se perpétuât. Le travail de transcription fut fait d’après un original signé Comitis et Ferrebouc et muni d’une chaîne, enseignes auxquelles on reconnaît le manuscrit de Notre-Dame, d’autant que les mémoires consultatifs y manquaient, et par conséquent manquent dans la copie.

Voici l’instrument qui constate les circonstances dans lesquelles ce manuscrit fut exécuté :

In nomine Domini, amen. Noverint universi et singuli hoc presens publicum instrumentum inspecturi, visuri et audituri quod, anno Domini millesimo quadringentesimo septuagesimo 458quinto, indictione octava, mensis vero augusti die quarta, pontificatus sanctissimi in Christo patris et domini nostri domini Sixti, divina providencia pape quarti, anno quarto, nos, notarii subscripti, oppinione, consilio et instancia quorumdam illustrium virorum, qui verissimiliter in suis mentibus revolvebant quod, cum pro communi utilitate aliqua statuuntur, publice honestatis et honoris est illorum procurare augmentum, ne illorum memoria in damnum pereat, sed perpetuetur : hunc presentem librum sive presens volumen, inter duos asseres religatum, corio pertusco coopertum, in primo folio suo incipientem Exigit racionis ordo, et in suo ultimo, per nos notarios signato, finientem die septima mensis julii ; negocium processus digne memorie deffuncte Johanne d’Arc, vulgariter nuncupate La Pucelle, facti, deducti et completi per collendarum memoriarum deffunctos reverendissimum ac reverendos in Christo patres et dominos, dominos archiepiscopum Remensem, et Parisiensem ac Constanciensem episcopos, a sancta sede apostolica, ut ibidem narratur, judices specialiter deputatos, cum clausula : Quatenus vos, vel duo, aut unus vestrum, etc. contra et adversus quondam reverendum in Christo patrem et dominum, dominum Belvacensem episcopum, et subinquisitorem heretice pravitatis in diocesi Belvacensi constitutum, ac promotorem negociorum criminalium curie Belvacensis, omnesque alios in hac parte interesse habentes sive tunc habituros, continentem sive continens ; cum quodam alio volumine sive libro inter duos asseres similiter religato, corio albo cooperto, cum cujus altero assere pendebat quedam cathenulla : quiquidem liber sive volumen continebat hujusmodi negocium processus dicte digne memorie Johanne La Pucelle agitati et coram eisdem judicibus deducti et diffiniti et per providos et discretos viros magistros Franciscum Ferrebouc, licenciatum, et Dyonisium Comitis, baccalarium in decretis, auctoritatibus apostolica et imperiali notarios publicos, qui dicebantur ut notarii et graffarii in hujusmodi negocio processus interfuisse, in quolibet suo folio suis signis manualibus signatus sive signatum existebat, de verbo ad verbum, pluribus et diversis dictis legimus, perlegimus et finaliter die predicta, opus perficiendo, collationavimus ; sicque omnia et singula in hujusmodi presenti libro sive volumine contenta 459et descripta cum omnibus et singulis in dicto libro sive volumine, signis manualibus predictorum Ferrebouc et Comitis signato, contentis et descriptis concordare ad invicem et insimul comperimus et invenimus. Ad cujus amprobacionem et ne addi aut diminui in eodem possit, unde mutacio sentencie haberi possit, eundem librum sic per nos collationatum, in quolibet suo folio nostris signis manualibus signavimus una cum nostrarum subscriptionum et signorum nostrorum publicorum apposicione, ut fides et assercio veritatis adhiberentur. De quibus premissis omnibus et singulis, a nobis, notariis subscriptis, petitum fuit publicum instrumentum seu publica instrumenta. Acta fuerunt hec Parisius, in vico Nucum, per nos, notarios subscriptos, anno, indictione, mense, die et pontificatu predictis.

Et quia ego, Johannes Cordier, clericus parisiensis, artium magister, publicus auctoritatibus apostolica et imperiali venerabiliumque curiarum conservacionis privilegiorum apostolicorum Universitatis et episcopalis parisiensis, notarius juratus, hunc presentem librum sive presens volumen una cum notario subscripto, cum alio volumine auctentico signis manualibus duorum notariorum publicorum signato lacius in predicto instrumento descripto, debite collationatum, de verbo ad verbum et ad invicem concordare inveni : idcirco quodlibet folium cum subscripto notario, signo meo manuali signavi, et in majus veritatis robur, signum meum publicum et consuetum, hic me propria manu subscribendo, cum supradicto subscripto notario huic presenti publico instrumento manu alterius fideliter scripto, apposui, requisitus et rogatus.

Signé, J. Cordier.

Et ego, Petrus Mesnart, clericus de Parisius oriundus, in jure canonico baccalarius, publicus apostolica et imperiali auctoritatibus notarius ; quia hunc presentem librum sive presens volumen una cum notario suprascripto, cum alio volumine auctentico signis manualibus duorum notariorum publicorum signato, lacius in prescripto instrumento specificato, debite de verbo ad verbum collacionavi et ad invicem concordare inveni : idcirco quodlibet folium cum predicto notario signo meo manuali signavi et in majus veritatis robur huic presenti publico instrumento manu propria 460fideliter scripto, signum meum publicum et consuetum una cum prescripto notario, hic me eadem manu subscribendo apposui, requisitus et rogatus.

Signé, P. Mesnart.

Le document qu’on vient de lire occupe les feuillets 222 et 223 du manuscrit. Du fol. 224 à 266 est la copie du mémoire d’Élie de Bourdeille, évêque de Périgueux, pour prouver la fausseté des accusations portées contre Jeanne.

§12.
Bibliothèque de Bennett College à Cambridge

Lenglet-Dufresnoy a signalé l’existence dans cette bibliothèque d’une copie intitulée :

processus pro Johanna dicta la Puzil,

qui fait le pendant d’un manuscrit de la condamnation.

Voir la notice préliminaire du premier procès, n°22.

§13.
Manuscrits cités par divers auteurs

Edmond Richer, dans l’advertissement au lecteur de son histoire inédite de Jeanne d’Arc, dit avoir consulté, outre le manuscrit de Notre-Dame, un autre original appartenant à M. Du Lys, avocat général à la cour des aides. Il était signé, ajoute-t-il, Franciscus Ferrebouc, Dionysius Comitis, et ne contenait, en fait de mémoires justificatifs, que les suivants : celui de Gerson ; celui d’Élie de Bourdeille ; un traité souscrit M. E. N. ; la récapitulation de Jean Brehal ; l’opinion de Robert Cibole, et enfin celle de Guillaume Bouillé.

Il faut bien croire Richer quand il dit son manuscrit original, et alors ce texte serait le troisième sorti du greffe, d’après ce que témoignent les notaires dans leur préface.

Mais comment se fait-il que notre auteur n’ait trouvé là que trois mémoires au lieu de neuf, lorsqu’il est certain que le troisième manuscrit de la réhabilitation était le plus 461complet de tous ? Comment se fait-il encore que Richer ne semble avoir eu aucune connaissance des interrogatoires en français, lorsque le même manuscrit devait les contenir, toutes les pièces de production y ayant été insérées ?

Trop d’éléments nous manquent pour discuter là-dessus. Ou Richer s’est mal expliqué, ou le manuscrit de M. Du Lys n’était plus un texte complet. Tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’après Richer comme avant lui, la trace du troisième exemplaire authentique de la réhabilitation nous échappe entièrement.

Pour compléter cette revue, il faut dire qu’à la connaissance de M. de L’Averdy, deux bibliothèques particulières, celle de M. de Saint-Genis et celle de M. de Flandres de Brunville, renfermaient en 1789 chacune une copie moderne de la réhabilitation. La dernière adhérait à un texte du premier procès.

6.
Des consultations insérées au procès

Suivant la procédure en matière de foi, la cause amenée à un certain point, devait être soumise au plus grand nombre possible de canonistes et de théologiens en renom, pour avoir leur opinion tant sur le fond que sur la forme. Ils la donnaient de vive voix ou par écrit, à la discrétion des juges, et elle était enregistrée au procès. Pierre Cauchon sur ce point suivit rigoureusement les prescriptions de la loi ; les délégués du saint-siège préposés à la réhabilitation se montrèrent moins sévères formalistes. D’abord ils n’usèrent point du pouvoir qui les autorisait à exiger des réponses écrites, ce qui fit que presque toutes les personnes consultées préférèrent opiner de bouche. Pour appuyer le jugement si solennel qu’ils allaient rendre, ils ne reçurent que quatre mémoires rédigés. Ensuite, au 462lieu de consigner au procès les opinions orales telles qu’elles avaient été recueillies par les greffiers ou leurs substituts (car les greffiers déclarent n’avoir pas assisté à cette opération)318, le tribunal décréta qu’elles seraient fondues ensemble par l’inquisiteur, de manière à en former une récapitulation méthodique où l’autorité des consulteurs disparaîtrait sous celle du juge coordonnant leurs réponses. De là sortit un ouvrage considérable qui a pris place dans le huitième chapitre de la rédaction définitive319. Il est intitulé :

Recollectio fratris Johannis Brehalli.

Tout naturellement, les quatre mémoires rédigés entrèrent dans la même division du procès. On y mit en outre la transcription de plusieurs autres mémoires, qui étaient bien des consultations de docteurs sur le fait de Jeanne d’Arc, mais qui avaient été la plupart commandés par le roi et dont la composition avait devancé le procès de plusieurs années. Sans doute le tribunal jugea qu’en agréant ces écrits, ils vaudraient autant pour la cause que s’ils avaient été rédigés par son ordre ; et sans doute aussi cette manière de voir fut ce qui le rendit plus coulant sur la formalité des consultations.

Les mémoires tant agréés que commandés, qui ont pris place dans l’instrument du procès, sont au nombre de huit. Ils ont pour auteurs Jean Gerson ; Élie de Bourdeille, évêque de Périgueux ; Thomas Basin, évêque de Lisieux ; Martin Berruyer, évêque du Mans ; Jean Bochard, évêque d’Avranches ; Jean de Montigny, chanoine de Paris et conseiller au parlement ; Guillaume Bouillé, doyen du chapitre de Noyon ; enfin Robert Ciboule, chancelier de l’Université de Paris.

Celui de Gerson est le dernier ouvrage sorti de la plume 463de ce grand homme. Il fut composé à Lyon, peu de jours après la délivrance d’Orléans, en 1429. Les autres qui sont antérieurs à la cause, datent de l’année 1452, où l’Église commença à prendre un parti dans l’affaire de Jeanne. Le moment où ils furent accueillis par le tribunal n’est pas spécifié dans la rédaction définitive ; mais le manuscrit de d’Urfé nous apprend que le mémoire de Guillaume Bouillé fut remis par Isabelle d’Arc, le jour qu’elle vint demander justice à l’auditoire de l’évêque de Paris320. D’après le même texte, l’opuscule de Gerson fut déposé à l’audience du 5 juin 1456321.

Par la note marginale qui accompagne la préface du manuscrit de Notre-Dame322, les greffiers avertissent qu’ils n’ont mis la totalité de ces mémoires que dans les deux grandes expéditions du procès, in duobus magnis processibus. Le seul ouvrage de Gerson avec le procès verbal des opérations faites sur les avis énoncés, remplit le huitième chapitre du manuscrit de Notre-Dame. Le manuscrit 5970 qui est l’un des deux grands procès, contient effectivement les huit mémoires et la recollection de Jean Brehal. Il n’en reste que cinq dans le manuscrit de d’Urfé, qui sont ceux de Bouillé, Gerson, Élie de Bourdeille, Thomas Basin et Martin Berruyer. Enfin le manuscrit prétendu original par Edmond Richer323 en contenait six sous les noms de Gerson, Élie de Bourdeille, Jean Brehal, Robert Ciboule, Guillaume Bouillé et un inconnu, dont la souscription en sigles était composée d’un M, d’un E et d’un N. Je suppose que cet inconnu est Martin Berruyer, et que les trois initiales de sa 464souscription étaient non pas M. E. N., mais M. E. C., Martinus episcopus Cenomannensis.

Il reste à faire quelques remarques critiques sur chacun des mémoires en particulier.

1° L’opuscule de Gerson est connu depuis longtemps et figure, tant dans la collection de ses œuvres publiée par du Pin324, que dans le recueil de Melchior Goldast intitulé Sibylla Francica325. J’en connais une transcription du XVe siècle dans le manuscrit de Saint-Victor n° 732 (fol.201), à la Bibliothèque nationale. Elle a pour titre :

Super facto Puelle et credulitate sibi prestanda.

La date et le nom de l’auteur sont à la fin :

Lugduni, millesimo cccc. vicesimo nono, die xiiij. maii in vigilia penthecostes, post signum habitum Aurelianis in depulsione obsidionis anglicane. Actum autem est a famosissimo et solennissimo sacre theologie professore magistro Joh. Jarson, cancellario parisiensi.

Le manuscrit de Saint-Victor est un recueil de plusieurs traités de Gerson. Le mémoire sur la Pucelle doit se trouver dans quantité de recueils analogues de la même époque.

2° Le mémoire d’Élie de Bourdeille existe à part dans un manuscrit de l’Arsenal (fonds latin, Histoire, n° 88), qui a appartenu aux Célestins de Paris. C’est un très beau texte du XVe siècle. Il porte ce titre :

Justificatio Puelle Francie que a rege celorum sempiterno, arbitratur Karolo regi Francorum directa adipsius consolationem et gubernationem ; sed olim per gentem Anglorum capta dignoscitur et morti tradita.

Le manuscrit du procès de réhabilitation qui est à Rome326 contient une autre transcription du même ouvrage, 465transcription rejetée à la suite du procès et en dehors des formules qui en garantissent l’authenticité. L’auteur dans son exorde dit avoir été engagé par lettres patentes du roi à donner son opinion, et qu’il n’eut pour la former que le Sommaire du procès et l’Instrument de la sentence dont on lui avait envoyé copie327.

3° Thomas Basin dans son histoire du règne de Charles VII dit en parlant du Procès de la Pucelle :

Poterat processus hujusmodi ex multis capitibus argui vitiosus, quemadmodum ex libello, quem desuper ab eodem Carolo, expetito a nobis consilio, cdidimus, si ei ad cujus venerit manus, eum legere vacaverit, latius poterit apparere328.

Comme jusqu’à ces derniers temps l’Histoire de Charles VII, par Thomas Basin, a passé pour être d’Amelgard, on a mis Amelgard au nombre des docteurs consultés sur l’affaire de la Pucelle, et on a fouillé toutes les bibliothèques de l’Europe pour retrouver son mémoire329. Cette recherche n’avait garde de porter fruit. L’ouvrage annoncé par l’Histoire de Charles VII n’était autre que la pièce insérée au procès sous le nom de Thomas, évêque de Lisieux.

Edmond Richer déclare en avoir eu un exemplaire à part330. Peut-être est-ce le même qui est aujourd’hui à la bibliothèque du Vatican sous le n° 1832331.

Thomas Basin dit dans son épilogue qu’il prit connaissance du fait de la Pucelle d’après un registre expédié à son adresse par Guillaume Bouillé et qui contenait, outre la 466copie des douze articles et celle de l’abjuration, le mémoire à consulter de Paul Pontanus332.

4° L’opinion de Martin Berruyer porte la date du 7 avril 1456. Elle a donc été donnée à la requête des juges de la réhabilitation. On voit par les citations que fait l’auteur qu’il a eu entre les mains, non-seulement l’instrument du procès de condamnation, mais encore les enquêtes du cardinal d’Estouteville.

M. de L’Averdy a lu le nom de Martin Berruyer, Martin de Beuzines ou de Wesines333, quoique Lenglet Dufresnoy eût donné avant lui la véritable lecture de ce nom334.

5° Le mémoire de l’évêque d’Avranches n’est qu’un avis très succinct donné à la requête du tribunal pendant un court séjour que ce prélat fit à Paris en 1456335. Il déclare n’avoir lu, pour former son opinion, que le sommaire du procès qu’il attribue à Paul Pontanus, lorsqu’il est prouvé que ce sommaire est de Théodore de Leliis336.

6° Il n’y a qu’un texte du mémoire de Jean de Montigny ; c’est celui du manuscrit 5970, où le nom de l’auteur se trouve avoir été rogné lors de la reliure, de sorte qu’il n’en reste que la première syllabe :

Opinio domini Johannis de mo… decretorum doctoris.

Parmi les hommes célèbres du temps, Jean de Montigny est le seul que j’aie trouvé répondant aux conditions de ce titre mutilé. Il tenait à la fois à l’Université de Paris, à l’église de Paris et au parlement. Son ouvrage est adressé aux juges de la réhabilitation.

4677° Le mémoire de Guillaume Bouillé a échappé à M. de L’Averdy quoiqu’il fût à la fois dans le manuscrit de d’Urfé et dans le n° 5970 de la Bibliothèque nationale. Le protocole expliquait primitivement qu’il avait été écrit en l’honneur de Dieu et du roi de France337. L’hommage au roi a été effacé dans la rédaction définitive.

L’ouvrage est plutôt de théologie que de droit ; il a aussi un côté politique en ce que l’auteur s’applique à démontrer à tout propos que le roi était tout à fait résolu à provoquer la révision du procès de Rouen. Il semble résulter de là que le mémoire de Bouillé précéda tous les autres, même ceux des jurisconsultes romains.

8° La consultation de Robert Ciboule est datée du mois de janvier 1452 (v. st.). Cette date peut s’accorder avec le titre où il est dit de l’auteur :

qui tam ante hunc inchoatum processum quam etiam post inchoationem, requiren tibus ejus consilium, etc., delegatis, scripsit super facto dicti processus.

Robert Ciboule, consulté par les juges de la réhabilitation, leur aurait envoyé, après correction, un mémoire qu’il avait écrit en 1453.

Étienne Pasquier attribue la date de 1456 à un manuscrit séparé du même ouvrage qu’il avait vu :

ès mains du Feron, ce grand rechercheur d’armoiries,

et d’où il put extraire une analyse des arguments soulevés par Robert Ciboule contre les juges de Jeanne d’Arc338.

7.
De l’édition du procès

Depuis deux cent cinquante ans que les manuscrits de la réhabilitation n’ont cessé d’être consultés, ils ne sont pas sans avoir fourni des pièces à nos divers recueils historiques. 468Godefroy rapporte la sentence finale d’après le manuscrit du Trésor des chartes, à la suite de son Histoire de Charles VII339. En 1753 Lenglet Dufresnoy publia dans l’Histoire de Jeanne Darc l’acte de garantie donné par le gouvernement anglais aux juges de la Pucelle, ainsi que la déposition de Jean d’Aulon340. Le même érudit dressa en outre pour la commodité du public, la table des autres pièces et dépositions contenues au procès. Enfin il se proposait de faire entrer dans une seconde édition de son livre341, les informations du cardinal d’Estouteville ; trois des dépositions recueillies à Domremy ; treize de celles qu’on reçut à Orléans ; celle de Thibaud d’Armagnac, recueillie à Paris ; huit de celles que donnèrent les témoins de Rouen ; enfin les mémoires de Thomas Basin, de Martin Berruyer et de l’évêque d’Avranches.

Cette édition, comme je l’ai dit, ne se fit pas, et il appartint à M. de L’Averdy de donner au public la connaissance la plus complète qu’on eût encore possédée de la réhabilitation, tant par une longue et consciencieuse analyse de la procédure, que par les nombreux extraits qu’il tira des dépositions des témoins. Ces extraits ne remplissent pas moins de cinquante pages in-4° en petit texte ; mais ils ont l’inconvénient d’avoir été réduits à un ordre systématique.

Tels sont les essais qui ont précédé la présente édition. Il me reste à indiquer dans quels principes je l’ai conçue.

Je me suis efforcé de la rendre conforme autant qu’il m’a été possible à l’impression du premier procès. Le texte a été divisé en paragraphes ; le français distingué du latin par l’emploi d’un caractère plus petit ; les intitulés détachés par le même moyen des pièces auxquelles ils se rapportent ; 469enfin, pour les points notables de la procédure que rien ne faisait ressortir, j’ai intercalé des titres de ma façon, que j’ai mis entre crochets pour faire voir qu’ils n’existent pas dans les manuscrits.

Le texte que j’ai suivi de préférence est celui du manuscrit 5970. Je l’ai corrigé quelquefois par le manuscrit de Notre-Dame, mais jamais sans en prévenir le lecteur. Je me suis borné le plus souvent à mentionner comme simples variantes les leçons de ce second manuscrit. Pour plusieurs procès-verbaux des chapitres VI et VII où les deux manuscrits ne concordent plus, j’ai cru devoir donner en regard le texte de l’un et de l’autre, en usant de la même disposition qui m’a permis, dans mon premier volume, de mettre en regard la rédaction définitive et la minute.

Le vœu de la Société de l’Histoire de France était de publier intégralement le procès de réhabilitation. Sans la faire manquer au but qu’elle voulait atteindre, j’ai cru pouvoir lui conseiller une réduction notable sur le chapitre VIII, à l’égard des mémoires consultatifs ainsi que de la recollection de Jean Brehal. Ces ouvrages en effet n’ont rien d’historique. On ne fait qu’y discuter l’orthodoxie de Jeanne ou la légalité de sa condamnation, d’après les circonstances consignées au procès. Ouvrages de jurisprudence ou de théologie, ces mémoires auraient grossi mal à propos d’un volume la présente édition ; joint à cela qu’ils sont si mal digérés la plupart, qu’Edmond Richer, tout théologien qu’il était, avait lui-même prononcé leur exclusion lorsqu’il projetait la publication du procès ;

et ne seroit besoin, [dit-il], de les faire imprimer pour ce qu’ilz sont trop peu élabourez et polis, et tumultuairement escrits, mesme en un siècle auquel la barbarie triomphoit342.

Je me suis donc borné à en publier de courts 470extraits là où j’ai vu pour l’histoire la possibilité d’en tirer parti, non pas quant au fait de la Pucelle, sur laquelle ils n’apprennent rien de nouveau, mais relativement à la composition de ces écrits eux-mêmes. Les prologues où les auteurs déclarent les motifs qui les ont mis à l’œuvre, les exordes où ils établissent la division de leur discours, les conclusions où ils résument leur pensée et souvent énumèrent les documents dont ils ont fait usage : telles sont les parties où j’ai pris exclusivement mes extraits. Comme la recollection de Jean Brehal offrait, contrairement aux autres mémoires, un chapitre où la discussion repose sur des faits puisés en dehors du procès, ce chapitre a été imprimé intégralement. Il concerne les anciennes prophéties qui annonçaient Jeanne ou du moins qu’on avait appliquées à sa venue343.

Quant au manuscrit de d’Urfé, qui offre dans sa partie ancienne une rédaction si différente de celle des copies authentiques, pour faire mieux ressortir les points capitaux par lesquels il s’éloigne de ces copies, j’ai cru devoir en donner à part un spécimen et une analyse. On trouvera l’un et l’autre à la suite de l’instrument du procès344. Comme spécimen, j’ai reproduit le texte des deux premières séances ; et l’analyse a pu se faire sans les longueurs du discours, tant au moyen des rubriques fournies par le manuscrit lui même, qu’en désignant les parties sans intitulé par les titres appliqués aux parties correspondantes de la rédaction définitive. Bien entendu, le relevé consigné d’après ce système, l’a été abstraction faite des interpolations modernes du manuscrit. J’ai aussi remis dans l’ordre qui leur convenait les feuillets déplacés, de manière que la suite des titres rapportés représente la déduction chronologique de la procédure. Je l’ai interrompue au 5 juin pour insérer, sous la 471rubrique qui l’annonce, l’instrument de la sentence. C’est une pièce dont la valeur a été signalée dans la notice préliminaire du procès de condamnation345. Son absence du manuscrit 5970 est la cause pour laquelle je l’ai reléguée à cet endroit, malgré son importance.

III.
Opinions et mémoires extrajudiciaires publiés du vivant de Jeanne

J’ai réuni dans cette division, qui occupe la fin du troisième volume, tous les mémoires des contemporains de la Pucelle auxquels on n’a pas fait, comme à Gerson, l’honneur de les agréer parmi les consulteurs de la réhabilitation.

1.
Résumé des conclusions données par les docteurs réunis à Poitiers

La Pucelle, durant son procès, invoqua plusieurs fois, contre ses juges, le livre de Poitiers346. Elle entendait par là le procès-verbal de l’examen qu’elle avait subi dans cette ville en présence d’une commission ecclésiastique nommée par le Roi. Les membres connus de cette commission sont : Regnauld de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France, président ; Pierre de Versailles, alors abbé de Talmont ; Pierre Turelure, inquisiteur de Toulouse ; Jean Lombard, professeur à Paris ; Guillaume Aimeri et Séguin Seguini, dominicains ; Jean Érault, professeur de théologie ; 472Guillaume Lemaire, chanoine de Poitiers, Mathieu Mesnaige et Jourdain Morin347.

L’examen dura trois semaines : il donna donc lieu à des écritures considérables. Le but qu’on poursuivait en le faisant, garantit assez le soin qu’on dut apporter à la tenue de ces écritures. Cependant, au moment de la réhabilitation, cette pièce si capitale pour la mémoire de Jeanne ne fut point produite. Les juges furent obligés de mettre dans leur sentence qu’ils n’avaient connu l’examen fait à Poitiers que par le rapport de témoins348. Encore n’eurent-ils la déposition que d’un seul des examinateurs nommés ci-dessus, Seguin Seguini, lorsqu’il est constant qu’il en vivait encore plus d’un. Pierre Turelure, par exemple, ne mourut qu’en 1466349, et pourtant ne déposa point. Cela est cause que la postérité regrettera à tout jamais les procès verbaux de Poitiers, le plus beau document, je n’en doute pas, qu’elle pût posséder sur Jeanne d’Arc, puisque cette immortelle fille se montrait là dans toute la fraîcheur de son inspiration : pleine de gaieté, de vigueur, d’entraînement, et répondant sans contrainte à des juges de bonne foi qu’elle était sûre de subjuguer.

La commission s’étant suffisamment éclairée, envoya au conseil du roi ses conclusions, dont un résumé, qui est la pièce en question dans cet article, paraît avoir été répandu par le gouvernement de Charles VII à un grand nombre d’exemplaires. Je conjecture cela, parce que le chroniqueur allemand Eberhard de Vindeck, qui puisa dans la correspondance de l’empereur Sigismond la matière d’un curieux chapitre sur la Pucelle, se trouve avoir eu à 473sa disposition le même résumé qu’il fit entrer dans son récit350. Notre texte français n’a toutefois rien d’officiel. Il existe, avec d’autres fragments sur la Pucelle, dans le manuscrit français 7301 de la Bibliothèque nationale, à la suite d’une histoire en prose de la Passion de Jésus-Christ. Un clerc breton, nommé A. de Kaerrymell, qui a signé les écritures de la Passion, paraît être aussi l’auteur des extraits sur Jeanne ; et, circonstance plus importante, paraît avoir été contemporain.

M. Buchon a publié deux fois le résumé des délibérations de Poitiers, d’abord dans sa Collection des Chroniques nationales351, et ensuite dans le Panthéon littéraire. Le texte que je donne a été revu sur le manuscrit.

2.
Traité de Jacques Gelu, archevêque d’Embrun

Cet ouvrage fut écrit après la levée du siège d’Orléans pour affermir le roi dans l’opinion favorable que le plus grand nombre des théologiens français pensaient qu’il devait avoir de la Pucelle. Le texte en est inédit ; mais il a été depuis longtemps signalé et même analysé352. Lenglet Dufresnoy se proposait de l’imprimer dans la seconde édition qu’il n’a pas faite de son Histoire de Jeanne Darc353. Le manuscrit où j’en ai pris connaissance est à la Bibliothèque nationale (latin, Cange, n° 6199). C’est une plaquette en parchemin, de format in-4°, dont la première lettre est ornée de la peinture d’un écusson de France : indice probable que cet exemplaire est celui qui fut présenté au roi. Néanmoins il fourmille de fautes.

474L’ouvrage, lors de son apparition, avait été jugé digne d’être entériné à la chambre des comptes de Grenoble. Il était transcrit sur le registre de cette cour, intitulé :

Processus super insultu et guerra Anthonii de anno M CCCC XXX.

M. de Boissieu, premier président de ladite chambre, en fit expédier à MM. du Puy une copie, qu’on trouve encore aujourd’hui dans le volume 639 de la Collection Du Puy à la Bibliothèque nationale. Elle est intitulée :

Epistola directa serenissimo regi Francorum, compilata per reverendissimum in Christo dominum Jacobum Gelu, archiepiscopum Ebredunensem, super adventum Johannæ Domini N. J. C. ancillæ præfato regi ab alto directæ.

Le traité de Jacques Gelu est un fatras peu instructif. Je l’ai réduit de beaucoup en élaguant les longueurs de la discussion sur les points de dogme. Le lecteur peut être assuré que ces suppressions ne portent sur aucun passage de quelque valeur historique. Là où il y avait un seul mot à recueillir pour l’historien, plutôt que de le perdre, j’ai mieux aimé reproduire des périodes entières d’une inutilité manifeste et d’une obscurité fatigante.

3.
Propositions de maître Henri de Gorcum pour et contre la Pucelle

Le début de cet opuscule est celui d’un écrit composé pendant que Jeanne était à l’apogée de sa gloire. Il a reçu des copistes le titre suivant :

Opus collativum de quadam Puella quæ olim in Francia equitavit.

Le premier éditeur des œuvres de Gerson l’ayant trouvé dans un manuscrit, sans nom d’auteur et à la suite du mémoire écrit à Lyon en 1429354, l’imprima sous le nom de Gerson. Ellies du Pin a restitué à Henri de Gorcum la propriété de cet ouvrage, 475quoiqu’il l’eût trouvé également anonyme dans un manuscrit de Saint-Victor355 ; mais Melchior Goldast, dans son recueil De Sibylla francica, publié en 1606, avait donné un texte en tête duquel est nommé le véritable auteur :

Henrici de Gorckeim propositionum de Puella militari in Francia libri duo.

Il est à remarquer que les éditions les plus complètes de la Bibliothèque de Fabricius ne mentionnent pas cet ouvrage d’Henri de Gorcum.

N’ayant pu retrouver le manuscrit de Saint-Victor cité par du Pin, j’ai dû me contenter des éditions pour réimprimer cet opuscule.

4.
Sibylla francica

Melchior Goldast publia cet ouvrage en tête du recueil cité dans l’article précédent. Il le mit sous un titre contenant tout ce qu’il savait de l’auteur et de la provenance :

Laudayani cujusdam anonymi clerici, de Sibylla franciæ rotuli duo, quos Goldasto communicavit R. P. Johannes Myntzenbergius, prior monasterii Carmelitarum apud Francofurdianos.

Son édition est très fautive. Un texte manuscrit, non moins corrompu, existe parmi les manuscrits de Christine au Vatican (n° 507). Ce dernier est distribué non plus en deux parties, mais en quatre. Il n’a ni titre, ni nom d’auteur ; mais il est porté au catalogue sous cette indication :

De Puella Aurelianensi seu Sibylla Gallica disputatio duplex, una cum votis theologorum.

Le manuscrit Supplément latin n° 1033 de notre Bibliothèque nationale renferme une copie exécutée en 1787 du texte de la Vaticane.

Les deux parties du Sibylla francica (car il n’y en a que deux) furent écrites à peu d’intervalle l’une de l’autre, 476et la seconde porte la date du 27 septembre 1429. Les faits allégués dans la première sont mis sous la garantie d’un chevalier qui avait combattu en France au siège d’une ville dont le nom est resté en blanc dans les manuscrits356. L’auteur cite encore le témoignage d’un religieux français de l’ordre de Prémontré, avec qui il s’était entretenu à Laudaya357. Cette circonstance est ce qui a porté Goldast à appeler anonymus Laudayanus l’auteur du Sibylla francica.

La seconde dissertation (secundus rotulus) est le résultat d’une conférence que l’anonyme eut, dans un château qu’il ne nomme point, avec un docteur en droit qui revenait d’Angleterre358. Comme ce docteur avait donné des raisons contre la Pucelle, notre écrivain s’efforce de le réfuter. Il dédie son ouvrage à Pierre de Grumbach, coutre de Saint-Germain de Spire et vicaire-général du diocèse, qui avait reçu également l’hommage de la première dissertation.

Quoique les deux livres du Sibylla francica soient pleins de divagations et d’une obscurité extrême à cause du mauvais état des textes, je les ai reproduits en entier, comme un monument curieux de l’opinion qu’on avait pu se faire de notre Jeanne à l’étranger. Pour l’ecclésiastique allemand, c’était une sibylle, sibylle agréée de Dieu, comme ses devancières de l’antiquité. Aussi s’enquiert-il bien moins de ses exploits que de ses prédictions ou de la manière dont elle regardait le ciel pendant la nuit.

Notes

  1. [256]

    Notices et Extraits des Manuscrits, t. III, p. 492.

  2. [257]

    Histoire de Jeanne Darc, 2° partie, p. 67.

  3. [258]

    Voyez notre tome Il, p. 2, note 3.

  4. [259]

    Notices des Manuscrits, t. III, p. 189.

  5. [260]

    Bibliothèque Historique de la France, t. II, n° 17210.

  6. [261]

    Tome III, p. 357.

  7. [262]

    Tome II, p. 31.

  8. [263]

    Notices et Extraits des Manuscrits, t III, p. 201.

  9. [264]

    Erreur de l’auteur de la note. Ce mémoire est celui de Paul Pontanus, dont il sera question tout à l’heure.

  10. [265]

    Bibl. nat. Manuscrit Suppl. l. 1033, fol. 44.

  11. [266]

    Page 70.

  12. [267]

    Bibl. Nat. Suppl. lat. 1033, fol. 41.

  13. [268]

    Tome II, p. 57.

  14. [269]

    Ci dessus, p.301.

  15. [270]

    Voy ci-dessus, p, 425.

  16. [271]

    Notice des Manuscrits, t. III, p. 192.

  17. [272]

    Page 425.

  18. [273]

    Tome II, p.71.

  19. [274]

    Ci-dessus, p. 422.

  20. [275]

    P. 215.

  21. [276]

    On le trouve dans l’instrument sous ces deux prénoms. Voyez tome III, p. 2 et 118.

  22. [277]

    L’original de cet inventaire est dans le manuscrit 8438 de la Bibliothèque nationale, fol. 81.

  23. [278]

    Voyez t. II, p. 95, note 1.

  24. [279]

    T. II, p. 76.

  25. [280]

    T. II, p. 82, 90 et 91.

  26. [281]

    T. II, p. 92.

  27. [282]

    T. III, p. 372.

  28. [283]

    T. III, p. 16.

  29. [284]

    T. III, p. 195.

  30. [285]

    Ci-dessus, p. 432.

  31. [286]

    T. II, p. 151, 152, 262, 266 ; III, p. 118, 246.

  32. [287]

    T. III, p.256, 258,297.

  33. [288]

    T. III, p. 247.

  34. [289]

    T. III, p. 252 et 253.

  35. [290]

    Voy. la suite à notre t. IV, p. 95.

  36. [291]

    Ci-dessus, p. 385 et 397.

  37. [292]

    Il est inutile de compter un feuillet moderne (fol. 101), intercalé dans la déposition de d’Aulon et qui la complète. Ce document n’étant pas de forme est partout le même.

  38. [293]

    Notices et extraits des manuscrits, t. III, p. 201.

  39. [294]

    T. III, p. 367.

  40. [295]

    Voy. t. III, p. 232.

  41. [296]

    Manuscrit de D’Urfé, fol. 202, verso. Ce passage ne fait point partie des fragments du même manuscrit que j’ai imprimés à la fin de mon troisième volume.

  42. [297]

    Ci-dessus, p. 440.

  43. [298]

    Les D’Urfé, Souvenirs historiques et littéraires du Forez, par Aug. Bernard, in-8°. Paris, 1839.

  44. [299]

    Notice littéraire du procès de condamnation, ci-dessus, p. 413 et 416.

  45. [300]

    T. II, n° 17207.

  46. [301]

    Notices et extraits des manuscrits, t. III, p. 198.

  47. [302]

    Tome III, p. 352.

  48. [303]

    Voyez ci-dessus, p. 254.

  49. [304]

    Recueil des Rois de France, 2e partie, p. 364, édition de 1618. Voir ci-après la description du manuscrit, S. F. 350-10.

  50. [305]

    Heroinæ nobilissimæ Joannæ Darc, etc., Historia, etc. Préface et p. 205.

  51. [306]

    Histoire de Charles VII, p.903.

  52. [307]

    Ci-dessus, p. 437.

  53. [308]

    Voyez l’acte d’exécution, p. 218 de ce volume.

  54. [309]

    Ci-après, p. 458.

  55. [310]

    Livre XX.

    Æternum Galliæ decus, omnibus sæculis nobile, uti dati in causa judices a Calixto romano pontifice pronunciarunt ; quæ acta in scrinio summi templi Lutetiæ cum fide servantur.

  56. [311]

    Ci-dessus, p. 398.

  57. [312]

    La seigneurie du Han était en Barrois, entre Bar et Saint-Michel. Elle est devenue au siècle dernier le duché de Franquemont.

  58. [313]

    Ci-dessus, p. 492.

  59. [314]

    Voyez à la description des manuscrits du procès de condamnation, p. 399, cette marque rapportée tout au long.

  60. [315]

    Voyez ci-dessus, le manuscrit 5970, p. 449.

  61. [316]

    Voir la suite ci-dessus, l. c.

  62. [317]

    Notice des manuscrits de la condamnation, n° 9, p. 400.

  63. [318]

    T. III, p.332.

  64. [319]

    T. III, p. 334.

  65. [320]

    T. III, p. 372.

  66. [321]

    Ci-dessus, p. 443.

  67. [322]

    Ci-dessus, p. 450.

  68. [323]

    Ci-dessus, p. 460.

  69. [324]

    T. IV, p. 864.

  70. [325]

    In-4° 1606.

  71. [326]

    Ci-dessus, n° 11.

  72. [327]

    T. III de cette édition, p.307.

  73. [328]

    T. IV, p. 355 de cette édition.

  74. [329]

    De L’Averdy, Notice des Manuscrits, t. III, p. 513.

  75. [330]

    Histoire inédite de Jeanne d’Arc, Bibl. Nat. manuscrit Fontanieu, p. 285.

  76. [331]

    Indiqué dans la Bibliothèque historique de la France, t II, n° 17211.

  77. [332]

    T. III de cette édition, p. 313.

  78. [333]

    Notices et extraits des Manuscrits, t. III, p.519.

  79. [334]

    Histoire de Jeanne Darc, 2e partie, p. 190.

  80. [335]

    T. III de cette édition, p. 317.

  81. [336]

    Voyez ci-dessus la Notice de ce sommaire, p. 426.

  82. [337]

    Tome III, p. 322.

  83. [338]

    Recherches sur la France, l. VI, c. 5.

  84. [339]

    Page 903.

  85. [340]

    Deuxième partie, p. 57 et 104.

  86. [341]

    Voyez ci-dessus, p. 390.

  87. [342]

    Manuscrit Fontanieu, P. 285 à la Bibl. Nat.

  88. [343]

    Voyez t. III, p. 337.

  89. [344]

    T. III, p.367.

  90. [345]

    Ci-dessus, p. 410.

  91. [346]

    T. I, p. 73.

  92. [347]

    T. III, p. 19, 74, 102, 203.

  93. [348]

    Attentis testium depositionibus super examinatione ipsius in præsentia plurimorum prœlatorum, doctorum et peritorum, in præsentia R. P. Reginaldi, olim archiepiscopi Remensis, etc. Pictavis et alibi facta. — (T. III, p.357.)

  94. [349]

    Notre tome III, p.203.

  95. [350]

    Voyez notre t. IV, p. 487.

  96. [351]

    Tome IX de Monstrelet.

  97. [352]

    Lenglet Dufresnoy, Histoire de Jeanne Darc, t. I, p. 34.

  98. [353]

    Voyez ci-dessus, p. 390 et 468.

  99. [354]

    Ci dessus, p. 464.

  100. [355]

    Opera Gersonii, t. IV, col. 859.

  101. [356]

    T. III, p. 422.

  102. [357]

    Lauda ou Landau ? Voy. t. III, p. 433.

  103. [358]

    T. III, p. 439.

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