J.-B.-J. Ayroles  : Jeanne d’Arc sur les autels (1885)

Pièces justificatives

459Pièces justificatives

A
Prière latine antérieure au IXe siècle, consacrant les Francs protecteurs de l’Église

(Livre I, ch. IV, art. II, note 36.)

Oremus.

Omnipotens sempiterne Deus, qui ad instrumentum divinissimæ tuæ voluntatis per orbem et ad gladium et propugnaculum Ecclesiæ sanctæ tuæ Francorum imperium constituisti, cœlesti lumine, quæsumus, filios Francorum supplicantes semper et ubique præveni, ut ea quæ agenda sunt ad regnum tuum in hoc mundo efficiendum videant, et ad implenda quæ viderint, charitate et fortitudine perseveranter convalescant. Per Christum Dominum nostrum. Amen270.

Note B
Lettre de Grégoire IX à saint Louis

(Livre I, ch. IV, art. II, note 37.)

Source : Labbe, t. XI, p. 366-367. Epist. Gregorii IX ad Stum Ludovicum.

… Sicut tribus Juda inter cæteros filios patriarchæ ad specialis benedictionis dona suscipitur, sic regnum Franciæ præ cæteris terrarum populis a Domino prærogativa honoris et gratiæ insignitur.

Nam velut præfata tribus regni præfigurativa prædicti undique fugabat hostium cuneos, terrebat ac conterebat undique, ac suis subjugabat pedibus per circuitum inimicos ; non aliter idem regnum pro exaltatione catholicæ fidei Dominica prælia dimicans, et in Orientis et Occidentis partibus pro defensione ecclesiastica libertatis, ecclesiæ hostes expugnans, sub vexillo claræ memoriæ prædecessorum tuorum ; quandoque terram sanctam superna dispositione 460de manibus paganorum eripuit, quandoque Constantinopolitanum imperium ad obedientiam Ecclesiæ Romanæ reducens dictorum prædecessorum studio Ecclesiam ipsam a multis periculis liberavit, pravitatem hæreticam quæ in partibus Albigensibus fere fidem exstirpaverat Christianam, totis viribus expugnare non destitit, donec, ea quasi penitus confutata, fidem ipsam ad pristini status solium revocavit.

Sicut præfata tribus velut reliquæ a cultu Dominico nunquam declinasse legitur, sed idololatras et infideles multis expugnasse præliis perhibetur ; sic in eodem regno quod a devotione Dei et Ecclesiæ nullo casu avelli potuit, nunquam libertas ecclesiastica periit, nullo unquam tempore vigorem proprium Christiana fides amisit : quin imo pro earum conservatione reges et homines dicti regni sanguinem proprium fundere et se periculis multis exponere minime dubitarunt : Ex quibus evidenti ratione perpendimus, quod regnum Francia prædictum, benedictum a Domino, Redemptor noster quasi specialem divinarum voluntatum executorem eligens, et ipsum sibi sicut pharetram circa femur accingens, ex ipsa sæpius sagittas electas extrahit, et eas in tuitionem ecclesiasticæ libertatis et fidei, in contritionem impiorum et defensionem Justitiæ, in arcu brachii potentis emittit.

Propter quod prædecessores nostri Romani Pontifices a progenie in progenies tam laudabilia dictorum progenitorum opera recensentes, ad ipsos continuum in necessitatibus suis habuere recursum illique credentes quod non petentium, sed causa Dei potius agebatur, petitum nunquam negavere subsidium ; quin potius non nunquam non postulatum Ecclesiæ opportunitatibus in manu forti indulsere succursum.

Note C
Extrait de la sentence de condamnation de Jeanne d’Arc

(Livre II, ch. V, art. IV, note 121 et note 157.)

Source : Procès, t. I, p. 474-475.

Dicimus et decernimus te revelationum et apparitionum divinarum mendosam confictricem, perniciosam seductricem, præsumptuosam, leviter credentem, temerariam, superstitiosam, divinatricem, blasphemam in Deum, sanctos et sanctas, et ipsius Dei in suis sacramentis contemptricem, legis divinæ, sacræ doctrinæ ac sanctionum Ecclesiasticarum prævaricatricem, seditiosam, crudelem, apostatricem, schismaticam, in fide nostra multipliciter errantem ; et per præmissa, te in Deum et sanctam Ecclesiam, 461modis prædictis temere deliquisse… te tanquam pertinacem et obstinatam in prædictis delictis, excessibus et erroribus, ipso jure excommunicatam et hæreticam declaramus ; te tanquam membrum satanæ, ab Ecclesia præcisum, lepra hæresis infectum, ne alia Christi membra pariter inficias, justitiæ sæculari relinquendam decernimus et relinquimus.

Note D
Lettre de Marie Lataste à son directeur (20 novembre 1843)

(Livre V, ch. IV, art. III, note 268.)

Source : Vie et œuvres de Marie Lataste, t . III, p. 405, 2e édit.

Marie Lataste, née le 21 février 1822, à Mimbaste, village des landes de Gascogne, ne reçut d’autre éducation que celle que lui donna sa mère. Or cette dernière avait cessé de fréquenter l’école dès l’âge de dix ans.

Les écrits et la correspondance de la jeune fille, morte le 10 mai 1847, sœur converse au Sacré-Cœur, ont été publiés avec l’approbation de Mgr l’évêque d’Aire, qui les déclare conformes à la foi et propres à nourrir la piété.

Ils renferment un exposé de l’enseignement catholique, qui ferait honneur à un grand théologien.

On y trouve de nombreux aperçus sur la France.

Le suivant résume admirablement le fond de notre livre. La jeune fille écrit à son directeur en date du 20 novembre 1843 ce qu’elle croit avoir entendu de la bouche de Notre-Seigneur même.

C’est donc le divin Maître qui parle :

Le premier roi, le premier souverain de la France, c’est moi. Je suis maître de tous les peuples, de toutes les nations, de tous les royaumes, de tous les empires, de toutes les dominations ; je suis particulièrement le maître de la France.

Je lui donne prospérité, grandeur et puissance au-dessus de toutes les autres nations quand elle est fidèle à écouter ma voix. J’élève ses princes au-dessus de tous les autres princes du monde quand ils sont fidèles à écouter ma voix. Je bénis ses populations plus que toutes les autres populations de la terre, quand elles sont fidèles à écouter ma voix.

J’ai choisi la France pour la donner à mon Église comme sa fille de prédilection. À peine avait-elle plié sa tête sous mon joug qui est suave et léger, à peine avait-elle senti le sang de mon cœur tomber sur son cœur pour la régénérer, pour la dépouiller de sa barbarie et lui communiquer ma douceur et ma charité, qu’elle devint l’espoir de mes pontifes et bientôt après leur défense et leur soutien.

462Ils lui donnèrent le nom bien mérité de fille aînée de l’Église. Or vous le savez, tout ce qu’on fait à mon Église, je le regarde comme fait à moi-même. Si on l’honore, je suis honoré en elle ; si on la défend, je suis défendu en elle ; si on la trahit, je suis trahi en elle ; si on répand son sang, c’est mon sang qui coule de ses veines.

Eh bien, ma fille, je le dis à l’honneur, à la gloire de votre patrie. Pendant des siècles la France a défendu, protégé mon Église ; elle a été mon instrument plein de vie, le rempart indestructible et visible que je lui donnais pour la protéger contre ses ennemis. Du haut du ciel, je la protégeais, elle, ses rois et leurs sujets.

Que de grands hommes elle a produits, c’est-à-dire que de saints dans toutes les conditions, sur le trône comme dans les plus humbles chaumières que de grands hommes elle a produits, c’est-à-dire que d’intelligences amies de l’ordre et de la vérité ! que de grands hommes elle a produits, c’est-à-dire que d’esprits uniquement fondés pour leurs actions sur la justice et sur la vérité ! que de grands hommes elle a produits, c’est-à-dire que d’âmes embrasées du feu brûlant de la charité ! C’est moi qui lui ai donné ces hommes qui feront sa gloire à jamais.

Ma générosité n’est point épuisée pour la France : J’ai les mains pleines de grâces et de bienfaits que je voudrais répandre sur elle. Pourquoi a-t-il fallu, faut-il encore et faudra-t-il donc que je les arme de la verge de ma justice ?

Quel esprit de folle liberté a remplacé dans son cœur l’esprit de la seule liberté véritable descendue du ciel, qui est la soumission à la volonté de Dieu !

Quel esprit d’égoïsme sec et plein de froideur a remplacé dans son cœur l’esprit ardent de la charité descendue du ciel qui est l’amour de Dieu et du prochain !

Quel esprit de manœuvres injustes et de politique mensongère a remplacé dans son cœur la noblesse de sa conduite et la droiture de sa parole, conduite et parole autrefois dirigées par la vérité descendue du ciel, qui est Dieu lui-même !

Je vois encore, je verrai toujours dans le royaume de France des hommes soumis à ma volonté, des hommes enflammés de charité, des hommes amis de la vérité ; mais, à cette heure (1843), ma fille, le nombre en est petit.

Aussi elle brise le trône de ses rois, exile, rappelle, exile encore ses monarques, souffle sur eux le vent des tempêtes révolutionnaires et les fait disparaître comme les passagers d’un navire englouti dans les abîmes de l’Océan.

463Je lui ai suscité des rois ; elle en a choisi d’autres à son gré.

N’a-t-elle point vu, ne voit-elle pas que je me sers de sa volonté pour la punir, pour lui faire lever les yeux vers moi ? ne trouve-t-elle pas aujourd’hui le joug de son roi pénible et onéreux ? ne se sent-elle pas humiliée devant les nations ? (En 1843 et depuis !!) Ne voit-elle pas la division parmi les esprits de ses populations ? elle n’est point en paix.

Tout est dans le silence à la surface (en 1843) ; mais tout gronde, tout mugit, tout fermente en dessous, dans le peuple, dans ceux qui se trouvent immédiatement au-dessus du peuple, comme parmi les grands.

L’injustice marche tête levée et semble être revêtue d’autorité ; elle n’a pas d’obstacle ; elle agit comme elle veut agir.

L’impiété fait ses préparatifs pour dresser son front orgueilleux et superbe dans un temps qu’elle ne croit pas éloigné et qu’elle veut hâter de tout son pouvoir (1843). Mais en vérité, je vous le dis, l’impiété sera renversée, ses projets dissipés, ses desseins réduits à néant, à l’heure où elle les croira accomplis et exécutés pour toujours (elle se vante aujourd’hui de les voir prochainement réalisés).

France ! France ! combien tu es ingénieuse pour irriter et pour calmer la justice de Dieu !

Si tes crimes font tomber sur toi les châtiments du ciel, ta vertu de charité criera vers le ciel : miséricorde et pitié, Seigneur.

Il te sera donné, ô France, de voir les jugements de ma justice irritée, dans un temps qui te sera manifesté, et que tu connaîtras, sans crainte d’erreur.

Mais tu connaîtras aussi les jugements de ma compassion et de ma miséricorde, et tu diras louange et remerciement, amour et reconnaissance à Dieu à jamais dans les siècles et dans l’éternité !

Oui, ma fille, au souffle qui sortira de ma bouche, les hommes, leurs pensées, leurs projets, leurs travaux disparaîtront comme la fumée au vent.

Ce qui a été pris (la déclaration des droits de l’homme) sera rejeté ; ce qui a été rejeté (Jésus-Christ roi) sera pris de nouveau. Ce qui a été aimé et estimé sera détesté et méprisé ; ce qui a été méprisé et détesté (la monarchie chrétienne) sera de nouveau estimé et aimé.

Quelquefois, un vieil arbre est coupé dans une forêt, il ne reste plus que le tronc ; mais un rejeton pousse au printemps, et les 464années le développent et le font grandir ; il devient lui-même un arbre magnifique et l’honneur de la forêt.

Priez pour la France, ma fille, priez beaucoup, ne cessez point de prier.

Sainte Geneviève, Jeanne la Pucelle, Marguerite-Marie, Marie Lataste, quatre françaises, quatre villageoises, toutes d’accord pour révéler de siècles en siècles le caractère surnaturel de la France et en manifester les célestes aspects ! quel peuple possède semblables figures ?

Notes

  1. [270]

    L’érudition de l’Éminentissime cardinal Pitra a tiré cette perle d’un missel du neuvième siècle. Le très digne frère de Mabillon pense que cette prière était usitée dès le septième siècle.

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