Avant-propos
Les Rois thaumaturges Étude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre
par
(1924)
Éditions Ars&litteræ © 2022
Présentation
VAvant-propos
Peu de livres autant que celui-ci auront mérité d’être dits l’œuvre de l’amitié : n’ai-je pas le droit, en effet, de donner le nom d’amis à tous les collaborateurs bénévoles qui ont accepté de m’aider, quelques-uns d’entre eux avec une obligeance d’autant plus admirable qu’elle ne s’adressait même pas à ma personne, puisqu’ils ne m’avaient jamais vu ? L’extrême dispersion des sources, la complexité des problèmes auxquels j’étais contraint de toucher auraient rendu ma tâche proprement impossible, si je n’avais rencontré en si grand nombre des secours précieux. Je rougis en songeant à tous les maîtres ou collègues de Strasbourg, de Paris, de Londres, de Tournai, de Bologne, de Washington, ou d’ailleurs, que j’ai importunés pour leur demander un renseignement ou une suggestion et qui toujours m’ont répondu avec le plus délicat empressement. Je ne saurais les remercier tous ici, un par un, sous peine d’infliger à la patience du lecteur une liste infiniment trop longue. Aussi bien leur bonté a-t-elle été trop désintéressée, pour qu’ils m’en veuillent de passer, au moins dans cet Avant-Propos, leurs noms sous silence. Je croirais toutefois manquer à un véritable devoir, si, dès maintenant, je n’exprimais tout spécialement ma reconnaissance aux bibliothécaires ou archivistes qui ont bien voulu me guider dans leurs dépôts : M. Hilary Jenkinson au Record Office, MM. Henri Girard, André Martin et Henri Moncel à la Bibliothèque Nationale, M. Gaston Robert aux Archives de Reims ; si je n’indiquais sans plus tarder combien d’informations utiles j’ai dues à l’inlassable obligeance de Miss Helen Farquhar et du Révérend E.-W. Williamson ; si je ne rappelais enfin que d’innombrables faux pas, sur un terrain que je sentais glissant, m’ont été épargnés grâce à l’aide quasi-quotidienne qu’a consenti à me prêter un historien de la médecine particulièrement compétent, le Dr Ernest Wickersheimer. Qu’il me soit permis aussi de dire ma respectueuse VIgratitude à l’Institut de France qui, en m’ouvrant sa Maison de Londres, m’a facilité l’accès des archives et bibliothèques anglaises.
Mais c’est surtout dans notre Faculté des Lettres, dont la constitution et les habitudes de vie sont si favorables au travail en commun, que je me suis senti entouré de sympathies agissantes. En particulier mes collègues Lucien Febvre et Charles Blondel retrouveront trop d’eux-mêmes dans certaines des pages qui vont suivre, pour que je puisse les remercier autrement qu’en leur signalant ces emprunts même faits, en toute amitié, à leur propre pensée1.
Quand on publie un ouvrage tel que celui-ci, il serait présomptueux de parler de seconde édition. Tout au moins est-il légitime d’envisager la possibilité de compléments. Le principal avantage que j’attends de mes recherches, c’est d’attirer l’attention sur un ordre de questions jusqu’ici trop négligé. Parmi les personnes qui me liront, beaucoup sans doute seront choquées par des erreurs et surtout par des omissions ; il est des travaux que l’on garderait éternellement en portefeuille, si l’on voulait s’astreindre à y éviter, non seulement les lacunes imprévues, mais encore celles-là même que l’on pressent, sans pouvoir les combler ; celui que je présente aujourd’hui au public est du nombre. Je serai toujours profondément reconnaissant à mes lecteurs de me signaler fautes et oublis, de la façon qui leur conviendra le mieux. Rien ne me paraîtrait plus agréable que de voir ainsi se poursuivre une collaboration à laquelle ce livre, sous sa forme actuelle, doit déjà tant.
Marlotte, 4 octobre 1923.
En relisant, au cours de la correction des épreuves, ces quelques lignes de remerciement, je ne puis me résigner à les laisser telles quelles. Deux noms y manquent, qu’une sorte de pudeur sentimentale, peut-être trop ombrageuse, m’avait empêché d’écrire ; je ne puis plus supporter aujourd’hui de les voir passés sous silence. Je n’aurais sans doute jamais eu l’idée de ces recherches, sans l’étroite communauté intellectuelle où, de longue date, j’ai vécu avec mon frère [Louis Bloch, 1879-1922] ; médecin et passionné de son art, il m’a aidé à réfléchir sur le cas des rois-médecins ; attiré vers l’ethnographie comparée et la psychologie religieuse par un goût VIIsingulièrement vif — dans l’immense domaine que parcourait, comme en se jouant, son inlassable curiosité, c’étaient, là, pour lui, des terrains de prédilection, — il m’a aidé à comprendre l’intérêt des grands problèmes que j’effleure ici. J’ai dû à mon père [Gustave Bloch, 1848-2 déc. 1923] le meilleur de ma formation d’historien ; ses leçons, commencées dès l’enfance et qui, depuis, n’avaient jamais cessé, m’ont marqué d’une empreinte que je voudrais ineffaçable. Le livre que voici n’aura été connu par mon frère qu’à l’état d’ébauche et presque de projet. Mon père l’a lu en manuscrit ; il ne le verra pas imprimé. Je croirais manquer à la piété filiale et fraternelle si je ne rappelais pas ici la mémoire de ces deux êtres chéris, dont seuls, désormais, le souvenir et l’exemple pourront me servir de guides.
Le 28 décembre 1923.
1Bibliographie
On trouvera ci-dessous deux catégories d’indications bibliographiques.
Les unes, les moins nombreuses de beaucoup, qui forment la section I, concernent un certain nombre d’ouvrages relatifs à la royauté en général ou aux royautés française ou anglaise en particulier, destinés à être cités à plusieurs reprises au cours de mon exposé ; elles n’ont d’autre objet que de faciliter les renvois ; je n’ai nullement visé à donner sur ce point une bibliographie — même une bibliographie choisie — de caractère exhaustif. J’ai indiqué entre parenthèses, pour chaque livre ou mémoire, quand il y avait lieu, les pages qui concernent particulièrement la royauté thaumaturgique.
Les indications du second ordre — section II et suivantes — se rapportent plus précisément au pouvoir guérisseur, et — dans la section VII — à cette autre forme de la croyance au caractère miraculeux des rois que fut la superstition du signe
royal. Je les ai faites aussi complètes que possible, — non pas absolument complètes, cependant. Par cette restriction, je n’entends pas seulement réserver les omissions involontaires que, sans aucun doute, j’ai dû commettre. J’ai, en toute connaissance de cause, laissé de côté quelques rares articles de revue, qui m’ont semblé trop insignifiants pour valoir la peine d’être nommés. En un sujet qui a toujours offert trop d’attrait aux amateurs de curiosités
historiques pour ne pas avoir tenté parfois, notamment en Angleterre, des écrivains plus hardis ou plus naïfs que compétents, un pareil émondage était indispensable. J’y ai procédé avec beaucoup de discrétion. Je me suis souvenu qu’au cours de mes recherches souvent une courte note, dont le fond était sans portée, m’avait donné une référence précieuse ; quand les sources sont si dispersées, le travailleur le plus inexpérimenté, lorsqu’il verse au dossier un texte inédit, doit être le bienvenu2.
J’ai compris dans cette bibliographie, à côté des travaux consacrés spécialement au pouvoir thaumaturgique, ou bien au signe royal, un grand nombre de livres ou d’articles qui, traitant de sujets plus généraux, se trouvaient fournir, par occasion, sur l’une ou l’autre de ces deux manifestations d’une même idée, des indications utiles ; et cela, en mentionnant chaque fois les pages à consulter. Les ouvrages de cette sorte ne sont pas toujours les moins précieux. Bien entendu, j’ai laissé de côté tout ce qui n’était que simple allusion à des faits déjà bien connus par ailleurs, sans vues originales.
2J’ai marqué d’un * astérisque quelques travaux dont les titres seuls me sont connus ; il importait de les signaler aux chercheurs, qui pourront peut-être les découvrir dans des collections où je n’ai point eu accès.
L’ordre suivi à l’intérieur de chaque subdivision est, en principe, l’ordre alphabétique des noms d’auteurs (ou, pour les anonymes, des titres). Je n’ai fait exception que pour la section III, où sont recensés les ouvrages publiés, sur le toucher des écrouelles, avant le début du XIXe siècle. Là j’ai adopté le classement chronologique ; j’ai pensé fournir ainsi un tableau plus fidèle du développement d’une littérature dont l’évolution intéresse, au premier chef, l’histoire de la croyance au miracle royal.
J’ai, pour faire bref, supprimé toute indication de format, quand il s’agissait de volumes in-8° ; toute indication de lieu quand il s’agissait de volumes publiés à Paris. La même règle sera suivie pour les références, dans le cours du livre.
I. Ouvrages généraux sur la royauté
- John Neville Figgis, The divine right of the kings ; 2e éd., Cambridge, 1914.
- James George Frazer, The Golden Bough ; 12 vol., 3e éd., Londres, 1922 ; Part I, The magic art and the evolution of Kings, I, p. 368-371 ; cf. Part II, Taboo and the perils of the soul, p. 134.
- James George Frazer, Lectures on the early history of Kingship ; Londres 1905 (notamment p. 126) ; traduction française sous le titre : Les origines magiques de la royauté, 1920, p. 135-137.
- Frantz Funck-Brentano, L’ancienne France, Le Roi ; 1912 (notamment p. 176-181).
- Joseph Hitier, La doctrine de l’absolutisme ; Annales de l’Université de Grenoble, XV (1903).
- Fritz Kern, Gottesgnadentum und Widerstandsrecht im früheren Mittelalter : Zur Entwicklungsgeschichte der Monarchie ; Leipzig, 1914 (cf. mon compte rendu, Revue Historique, CXXXVIII (1921) p. 247).
- Georges Lacour-Gayet, L’éducation politique de Louis XIV ; 1898.
- Hans Schreuer, Die rechtlichen Grundgedanken der französischen Königskrönung ; Weimar, 1911.
II. Le pouvoir guérisseur des rois : bibliographies
- Ulysse Chevalier, Topobibliographie, I ; in-4°, I894-99, au mot Écrouelles (voir aussi le mot Corbeny et dans la Biobibliographie II, 2e éd., 1907, le mot Marcoul (st).
- 3Index-catalogue of the Library of the Surgeon-General’s Office, United States Army, XII in-4°, Washington, 1891, au mot Scrofula, p. 793 et suiv. et plus particulièrement 805 et suiv. ; Second Series, XV, 1910, p. 347.
- Alphonse Pauly, Bibliographie des sciences médicales ; 1874, col. 1092-94.
- Julius Rosenbaum, Addimenta ad Lud. Choulant Bibliothecam medico-historicam ; Halle, 1842-1847, I, p. 43, II, p. 63-64.
III. Le toucher des écrouelles : ouvrages antérieurs au XIXe siècle
1. Ouvrages français
- Vincentius [Cigualdus] (Vincent Cigault), Allegationes super bello ytalico ; 1512, dernier chapitre p. XXXIX, v° ; réimprimé dans V. Cigauld, Opus laudabile et aureum [1516].
- Johannes Ferraldus (Jean Ferrault), Insignia peculiaria christianissimi Francorum regni, numero viginti, seu totidem illustrissimae Francorum coronae prerogativae ac preeminentiae, 1520 ;
Ius quartum
, p. 45-47. - Jacques Bonaud de Sauzet, Panegyricus ad Franciam Franciaeque regem, en appendice à Joannes de Terra Rubea, Contra rebelles suorum regum (trois traités édités par Bonaud lui-même) ; Lyon, 1526, p. CX v°.
- Carolus Degrassalius (Charles de Grasaille), Regalium Franciae jura omnia ; Lyon, 1538, lib. I, p. 62-65.
- Bartholomeus Faius (Bartholomée Faye d’Espeisses), Energumenicus ; 1571, p. 154-156.
- Stephanus Forcatulus (Étienne Forcadel), De Gallorum imperio et philosophia libri VII ; Lyon, 1595, p. 128-132.
- Hubertus Morus (Hubert Meurier), De sacris unctionibus libri tres ; 1593, p. 260 262.
- Andreas Laurentius (André du Laurens), De mirabili strumas sanandi vi solis Galliae Regibus Christianissimis divinitus concessa ; 16093.
- André Favyn, Histoire de Navarre ; fol. 1612, p. 1055-1063.
- 4I. Barbier (Josué Barbier), Les miraculeux effects de la sacrée main des Roys de France Tres-Chrestiens : pour la guarison des Malades et conversion des Hérétiques; 1618.
- Pierre de L’Ancre, L’incrédulité et mescreance du sortilège plainement convaincue ; in-4°, 1622, p. 156-173.
- Michael Mauclerus (Michel Mauclerc), De monarchia divina, ecclesiastica et seculari christiana, deque sancta inter ecclesiasticam et secularem iliam coniuratione, amico respectu, honoreque reciproco, in ordine ad aeternam non omissa temporali felicitatem ; fol. 1622, lib. VII, cap. X, col. 1565-1569.
- Hippolyte Raulin, Panegyre orthodoxe, mystérieux et prophétique sur l’antiquité, dignité, noblesse et splendeur des fleurs de lys ; 1625, p. 116-180.
- René de Ceriziers, S. J., Les heureux commencements de la France chrestienne sous l’apostre de nos roys S. Remy ; in-4°, Reims, 1633, p. 190-206.
- Bésian Arroy, Questions décidées, sur la Justice des Armes des Rois de France, sur les Alliances avec les hérétiques ou infidelles et sur la conduite de la Conscience des gens de guerre ; 1634, P. 39-46.
- [Daniel de Priézac], Vindiciae gallicae adversus Alexandrum Patricium Armacanum, theologum ; 1638, p. 60-65.
- Louis Maimbourg, S. J., De Galliae regum excellentia, ad illud D. Gregorii Magni : quanto caeteros homines Regia dignitas antecedit ; tanto caeterarum gentium Regna Regni Francici culmen excedit, Panegyricus in solemnibus Rhotomag. gymnasii comitiis… dictus XIII Kal. Decemb. anno 1640 ; petit in-4°, Rouen, 1641, p. 26-34.
- Dom Guillaume Marlot, Le Théâtre d’honneur et de magnificence préparé au sacre des roys ; in-4°, Reims, 1643 ; 2e éd., 1654, P. 710-724 et 757-760.
- Guillaume Du Peyrat, L’histoire ecclésiastique de la Cour ou les antiquitez et recherches de la chapelle et oratoire du Roy de France ; in-4°, 1645, p. 793-819.
- Théodore et Denys Godefroy, Le cérémonial françois ; 2 vol., folio, 1649.
- Jean-Baptiste Thiers, Traité des superstitions ; in-12, 1679, p. 424-441 (chap. XXXVI) ; 4e édition sous le titre de Traité des superstitions qui regardent les sacremens, I ; in-12, 1777, p. 431-462 (livre VI, chap. IV).
- [Nicolas] Menin, Traité historique et chronologique du sacre et couronnement 5des rois et reines de France ; 2e éd., in-12, Amsterdam, 1724 (la première de 1723), p. 323-329.
- [Charles-Drouin Regnault, chanoine de Saint-Symphorien de Reims], Dissertation historique touchant le pouvoir accordé aux Rois de France de guérir des Ecroüelles, accompagné (sic) de preuves touchant la vérité de la sainte Ampoule : à la suite de l’Histoire des sacres de nos rois, du même auteur ; Reims, 1722.
- Pierre Le Brun, Histoire critique des pratiques superstitieuses ; nouv. éd. II, in-12, 1750, p. 112-135.
- [Abbé Étienne] Oroux, Histoire ecclésiastique de la Cour de France ; in-4°, 1776, p. 180-1844.
2. Ouvrages anglais
- William Tooker, Charisma sive donum sanationis seu explicatio totius quaestionis de mirabilium sanitatum gratia, in qua praecipue agitur de solenni et sacra curatione strumae, cui Reges Angliae rite inaugurati divinitus medicati sunt et quan serenissima Elizabetha, Angliae, Franciae et Hiberniae Regina, ex coelesti gratia sibi concessa, Applicatione manuum suarum, et contactu morbidarum partium, non sine Religiosis ceremoniis et precibus, cum admirabili et faelici successu in dies sanat ; pet. in-4°, Londres, 1597.
- William Clowes, A right frutefull and approved treatise for the artificiall cure of that malady called in Latin, Struma, and in English, the Evill, cured by Kynges and Queenes of England ; pet., in-4°, Londres, 1602. — To the Kings most Excellent Majesty The Humble Petition Of divers hundreds Of the Kings poore Subjects, Afflicted with that grievous Infirmitie Called the Kings Evill. Of which by his Majesties absence they have no possibility of being cured, wanting all meanes to gain accesse to his Majesty, by reason of His abode at Oxford ; London, Printed for John Wilkinson, Feb. 20, Anno 6Dom. 1643, plaquette [8 p.]. (British Museum Thomason Tracts E 90 (6)5.)
- John Bird, Ostenta Carolina, or the late Calamities of England with the Authors of them. The great happiness and happy govemment of K. Charles II ensuing, miraculously foreshewn by the Finger of God in two wonderful diseases, the Rekets and Kings-evil. Wherein is also proved, I that the rekets after a while shall seize in no more children but vanish by means of K. Charles II, II that K. Charles II is the last of Kings which shall so heal the Kings-evil ; pet. in-4°, Londres, 1661.
- Χειρεξοχη. The Excellency or Handywork of the Royal Hand ; pet. in-4°, Londres, 1665.
- Richard Wiseman, Severall Chirurgical Treatises ; Book IV : A treatise of the King’s Evil, chap. I, Of the Cure of the Evil by the King’s touch ; 1re éd., Londres, 1676 ; 6e éd., 1734, I, p. 392-397.
- J. Browne (John Browne) Adenochoiradelogia ; or an anatomick-chirurgical treatise of gandules and strumaes, or king’s evil swellings ; together with the royal gift of healing, or cure thereof by contact or imposition of hands, performed for above 640 years by our kings of England, continued with their admirable effects and miraculous events ; and concluded with many wonderful examples of cures by their sacred touch ; Londres, 1684 (La 3e partie intitulée Charisma Basilikon or the Royal Gift of Healing Strumaes or Kings-Evil, est spécialement consacrée au miracle royal ; elle est paginée à part ; sauf indication contraire, mes citations se rapportent à elle.)
- Richard Carr, Epistolae medicinales variis occasionibus conscriptae ; Londres, 1691, ep. XIV, p. 152-158.
A Letter from a gentleman at Rome to his friend in London, giving an account of some very surprizing Cures in the King’s Evil by the Touch, lately effected in the Neighbourhood of that City… Translated of the Italian ; pet. in-4°, Londres, 1721.
- William Beckett, A free and impartial inquiry into the antiquity and efficacy of touching for the cure of the King’s evil… Now first published in order to a compleat confutation of that supposed supernatural power lately fustified in a pamphlet, intituled A letter from a gentleman at Rome to his friend in London… ; pet. in-4°, Londres, 1722.
- 7Richard Blackmore, Discourses on the Gout, a Rheumatism and the King’s Evil ; in-12, Londres, 1726.
- [Samuel Werenfels], Occasional thoughts on the power of curing for the king’s-evil ascribed to the kings of England ; pet. in-4°, Londres, 1748 (forme la seconde partie, avec titre et pagination séparés, de la brochure intitulée A Dissertation upon superstition in natural things ; pet. in-4°, Londres, 1748).
- * John Badger, Cases of Cures of the King’s Evil perfected by the royal touch ; Londres, 1748 (indiqué Notes and Queries, 3th series I (1862), p. 258 ; paraît manquer au Musée Britannique.
- [John Douglas], The Criterion or Miracles examined with a view to expose the pretensions of Pagans and Papists to compare the Miraculous Powers recorded in the New Testament with those said to subsist in Later Times, and to shew the great and material Difference between them in Point of Evidence : from whence it will appear that the former must be True, and the latter may be False ; in-12, Londres, 1754, p. 191-205.
3. Ouvrages composés par des écrivains étrangers à l’Angleterre et à la France
- Martin Delrio, S. J., Disquisitionum magicarum libri sex ; Lib. I, cap. III, Qu. IV, Mayence, 1606 I, p. 57-656 ; à compléter sur quelques points par l’éd. de 1624, in-4°, Mayence, p. 24-27.
- Oscar Wieselgren,
The Kings Evil
, Zwei gleichzeitige Berichte ; Archiv für Kulturgeschichte, XII (1916), p. 410-411 (récits des voyageurs suédois Rosenhane — à Londres, 1629 — et Gyldenstolpe — à Versailles, 1699). - Alexander Patricius Armacanus [pseudonyme de Jansénius, Cornelius Jansen, évêque d’Ypres], Mars Gallicus seu de iustitia armorum et foederum regis Galliae libri duo : editio novissima (2e éd.) s. l., 1636, lib. I, c. 13, p. 65-72 (la première édition, fol. 1635).
- Doctor Francisco Martí y Viladamor, Cataluna en Francia Castilla sin Cataluna y Francia contra Castilla. Panegyrico glorioso al christianissimo monarca Luis XIII el Iusto ; Barcelone, 1641, cap. XI, p. 81-84.
- Philipp Camerarius, Operae horarum subcisivarum sive medita-tiones historicæ ; Centuria tertia, cap. XLII, De peculiaribus 8donis Regum et Principum nonnullorum sanandi aegrotos et peculiaribus eorum notis ; in-4°, Francfort, 1644, p. 143-1467 ; cf. la traduction française par S. G. [Simon Goulart] : Le Troisiesme volume des méditations historiques de M. Philippe Camerarius ; in-4°, Lyon, 1610, p. 171-175 (avec additions).
- Johannes Jacobus Chifletius (Jean-Jacques Chifflet), De ampulla Remensi nova et accurata disquisitio ; fol., Anvers, 1651 (notamment P. 57-58).
- Joannis Lazari Gutierrii (Juan Lázaro Gutiérrez), Opusculum de Fascino ; in-4°, Lyon, 1653, p. 153-156.
- * Ge. Trinkhusius (Georg Trinckhus), De curatione regum per contactum ; Iéna, 1667 indiqué Rosenbaum, Addimenta II, p. 64).
- Gaspar a Reies, Elysius jucundarum quaestionum campus ; in-4°, Francfort s. le Main, 1670, qu. XXIV et XXVIII.
- Daniel Georgius Morhovius (Daniel Georg Morhof), Princeps medicus ; plaquette petit in-4°, Rostock, 1665 48 p. ; reproduit dans D. G. Morhofi, Dissertationes academicae ; in-4°, Hambourg, 1699.
- Johannes Joachimus Zentgraf (Johann Joachim Zentgraf / Jean Joachim Zentgraff), Disputatio prior de tactu Regis Franciae, quo strumis laborantes restituuntur ; plaquette petit in-4°, Wittenberg, 1667 (16 p.) ; Disputatio posterior de tactu Regis Franciae ; plaquette pet. in-4°, mêmes l. et d. (16 p.).
- Johann Christian Luenig, Theatrum ceremoniale historico-politicum, II ; in-4°, Leipzig, 1720, p. 1015 et 1043-47.
- * S. P. Hilscher (Simon Paul Hilscher), De cura strumarum contactu regio facta ; in-4°, Iéna, 17308.
9IV. Le toucher des écrouelles : ouvrages postérieurs à 1800
1. Généralités
- Chr. Barfoed, Haands Paalaeggelse (Medicinsk-Historiske Smaas-kriften ved Vilhelm Maar, 8) ; m-12, Copenhague, 1914.
- Joseph M. Batista y Roca, Touching for the King’s Evil ; Notes and Queries, 12th series III (1917), p. 480-82.
- * John Shaw Billings, The King’s Touch for Scrofula ; Proceedings of Charaka Club New-York, II.
- Paulus Cassel, Le roi te touche ; Berlin, 1864 (* 2e éd., Berlin, 1878).
- Achille Chéreau et Amédée Dechambre, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. 32, 1885, article Écrouelles, p. 481-86.
- L. Choulant, Die Heilung der Skrofeln durch Königshand ; Denk-schrift zur Feier der fünfzigjährigen Amtsführung… J.A.W. Hedenus… hgg. von der Gesellschaft fur Natur- und Heilkunde in Dresden ; Dresde, 1833.
- Raymond Crawfurd, The king’s evil ; Oxford, 1911.
- Wilhelm Ebstein, Die Heilkraft der Könige ; Deutsche mediz. Wochenschrift, 1908, I, p. 1104-1107.
- Wilhelm Ebstein, Zur Geschichte der Krankenbehandlung durch Handauflegung und verwandte Manipulation ; Janus, 1910, p. 220-28 et 1911, p. 99-101.
- Ernst Gurlt, Geschichte der Chirurgie und ihrer Ausübung ; 3 vol., Berlin, 1898, I, p. 104, 108, no ; II, p. 139 et 871 ; III, p. 570.
- Louis Landouzy, Le Toucher des Écrouelles. L’Hôpital Saint-Marcoul. Le Mal du Roi ; in-4°, 1907 (imprimé pour la session rémoise de l’Association française pour l’Avancement des sciences ; développement d’un article plus court paru dans la Presse Médicale, 10 mai 1905).
- * Moses Allen Starr, The king’s evil and its relation to psychotherapy ; Medical Record New-York, 1917 et 1918.
2. Ouvrages relatifs au rite français
- Édouard Brissaud, Le mal du roi ; Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, XXII (1885), p. 481-92.
- Dr Augustin Cabanès, Remèdes d’autrefois ; 2e série, in-12, 1913, p. 5-74.
- Abbé Charles Cerf, Du toucher des écrouelles par les rois de France ; Travaux Acad. Reims, XLIII (1865-66), p. 224-288.
- 10Alfred Franklin, Les rois de France et les écrouelles ; Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, IV (1891), p. 161-166 ; article reproduit dans A. FRANKLIN, La vie privée d’autrefois, Les médecins ; in-12, 1892, p. 254-268.
- Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d’histoire au mot Écrouelles 2e éd., 1872, p. 522-3.
- C. Leber, Des cérémonies du sucre, 1825, p. 447-461 et 523-524.
- Adolphe Lecocq, Empiriques, somnambules et rebouteurs beaucerons ; Chartres, 1862, p. 11-19.
- [Père] E. Marquigny, L’attouchement du roi de France guérissait-il des écrouelles ? Études religieuses, historiques et littéraires, 4e série, I (1868), p. 374-90.
- Giovanni Martinotti, Re taumaturghi : Francesco I a Bologna nel 1515 ; L’Illustrazione Medica Italiana, IV (1922), p. 134-137.
- René de Maulde-La Clavière, Les origines de la Révolution française au commencement du XVIe siècle ; 1889, p. 26-28.
- René de Maulde-La Clavière, La diplomatie au temps de Machiavel ; 1892, I, p. 52 et 60 (paru aussi en 1893 sous le titre Histoire de Louis XII, Deuxième partie : La diplomatie, I).
- [Dr] Julien Roshem, Les écrouelles, leur étiologie, leur traitement vers 1690 ; Paris Médical, XIII (1923, numéro du 17 mars), Variétés, p. VI-X.
- Karl Wenck, Philipp der Schöne von Frankreich, seine Persönlich-keit und das Urteil der Zeitgenossen ; in-4°, Marbourg, 1905, p. 54-57.
3. Ouvrages relatifs au rite anglais
- William Andrews, The doctor in history, literature, folklore etc. ; Hull et Londres, 1896, p. 8-23.
- Henri-François Delaborde, Du toucher des écrouelles par les rois d’Angleterre ; Mélanges d’histoire offerts à M. Ch. Bémont, 19139.
- Helen Farquhar, Royal Charities ; The British Numismatic Journal, XII (1916), p. 39-135 ; XIII (1917), p. 95-163 ; XIV (1918), p. 89-120 ; XV (1919), p. 141-184.
- Karl Feyerabend, Bilder aus der englischen Kulturgeschichte : 11I. Die königliche Gabe ; Die Grenzboten, 1904, I, p. 703-714 et 763-773.
- Fielding Hudson Garrison, A Relic of the King’s Evil in the Surgeon General’s Library (Washington D.C) ; Proceedings of the Royal Society of Medicine, VII (1914), Section of the History of Medicine, p. 227-23410.
- Emanuel Green, On the Cure by Touch, with Notes on some Cases in Somerset) Proceedings of the Bath Natural History and Antiquarian Field Club, V (n° 2, 1883), p. 79-98.
- Edward Law Hussey, On the cure of scrofulous diseases attributed to the royal touch; The Archaeological Journal, X (1853), p. 187-211 ; cf. ibid., p. 337.
- Thomas Lathbury, A history of the convocation of the Church of England ; 2e éd., Londres, 1853, p. 428-439.
- William Edward Hartpole Lecky, History of England in the Eighteenth Century ; Londres, 1892, I, p. 84-90.
- Cornelius Nicholls, On the obsolete custom of touching for the King’s Evil ; The Home Counties Magazine, XIV (1912), p. 112-122.
- Thomas Pettigrew, On superstitions connected with the history and practice of medicine and surgery ; Londres, 1844, p. 117-154. The royal cure for the King’s Evil ; British Medical Journal, 1899, II, p. 1182-1184 ; cf. ibid., p. 1234.
- [Rév.] William John Sparrow Simpson, On the forms of prayer recited
at the healing
or touching for the King’s Evil ; The Journal of the British Archaeological Association, 1871, p. 282-307. - Archibald John Stephens, The book of common prayer with notes legal and historical (Ecclesiastical history Society) ; in-4°, Londres, 1850, II, p. 990-1005.
V. Les anneaux guérisseurs11
- Raymond Crawfurd, The blessing of cramp-rings. A chapter in the history of the treatment of epilepsy ; Studies in the history and method of science, edited by Charles Singer, I, Oxford, 1917, p. 165-187.
- George Frederick Kunz, Rings for the finger, from the earliest known times to the present ; Philadelphie et Londres, 1917, p. 336 et suiv.
- Hermentrude, Cramp rings ; Notes and Queries, 5th series, IX (1878), p. 514.
- William Jones, Finger-ring lore ; 2e éd., Londres, 1890 p. 522-526 (reproduction à peu près textuelle de l’article de Waterton ci-dessous indiqué).
- J. Stevenson, On cramp-rings ; The Gentleman’s Magazine. 1834, I, p. 48-50 ; reproduit dans The Gentleman’s Magazine Library, éd. George Laurence Gomme [t. III], Popular Superstitions, Londres, 1884, p. 39-42.
- Charles J. S. Thompson, Royal cramp and other medycinable rings ; plaquette, pet. in-4°, Londres, 1921 (10 p.).
- Edmund Waterton, On a remarkable incident in the life of St Edward the Confessor, with Notices of Royal Cramp-Rings ; The Archaeological Journal, XXI (1864), p. 103-113.
VI. Saint Marcoul et le pèlerinage de Corbeny
- Balthasar Baedorf, Untersuchungen über Heiligenleben der westlichen Normandie ; Bonn, 1913, p. 24-42.
- Édouard de Barthélemy, Notice historique sur le prieuré Saint-Marcoul de Corbeny ; Soc. académique des sciences, arts… de Saint-Quentin, troisième série, XIII (1874-75), p. 198-299.
- Auguste Benoît, Un diplôme de Pierre Beschebien, évêque de Chartres : les reliques de Saint Marcoul ; Procès-verbaux, Société archéologique d’Eure-et-Loir, V (1876), p. 44-55.
- [Abbé] Charles Blat, Histoire du pèlerinage de Saint Marcoul à Corbeny ; 2e éd., in-12, Corbeny, 1853.
- 13Dom Oudard Bourgeois, Apologie pour le pèlerinage de nos roys à Corbeny au tombeau de S. Marcoul, abbé de Nanteuil, contre la nouvelle opinion de Monsieur Faroul, licencié aux droits, doyen et official de Mantes ; pet. in-4°, Reims, 163812.
- [Abbé] Hubert-Marie Duplus, Histoire et pèlerinage de Saint Marcoul ; in-18, Dijon, 1856.
- Simon Faroul, De la dignité des roys de France et du privilège que Dieu leur a donné de guarir les escroüelles : ensemble la vie de saint Marcoul abbé de Nantueil ; 1633.
- Charles Gautier, Saint Marcoul ou Marculphe abbé de Nanteuil, sa vie, ses reliques, son culte… ; in-16, Angers, 1899.
- Émile Henri Van Heurck, Les drapelets de pèlerinage en Belgique et dans les pays voisins. Contribution à l’iconographie et à l’histoire des pèlerinages ; in-4°, Anvers, 1922.
- Abbé Joseph Ledouble, Notice sur Corbeny, son prieuré et le pèlerinage à Saint Marcoul ; Soissons, 1883.
- Le Poulle, Notice sur Corbeny, son prieuré et le pèlerinage de Saint-Marcoul ; Soissons, 1883. — Notice sur la vie de Saint Marcoul et sur son pèlerinage à Archelange ; in-16, Cîteaux, 1879.
- Constant-Joseph Schépers, Le pèlerinage de Saint-Marcoul à Grez-Doiceau (canton de Wavre) ; Wallonia, t. VII (1899), p. 177-183.
- Louis Texier, Extraict et abrégé de la vie de S. Marcoul Abbé ; plaquette, Saumur, 1648, 8 p. (à la suite du Discours touchant la fondation de la chapelle Nostre-Dame de Guarison à Russé).
VII. Le signe royal
13
signe royal13
- Otto Geissler, Religion und Aberglaube in den mittelenglischen Versromanzen ; Halle, 1908, p. 73-74.
- 14Hermann von Grauert, Zur deutschen Kaisersage ; Histor. Jahrbuch, XIII (1892), p. 122 et 135-136.
- Ferdinand Lot, La croix des royaux de France ; Romania, XX (1891), p. 278-281 (avec une note de Gaston Paris).
- Pio Rajna, Le origini dell’epopea francese ; Florence, 1884, cap. XII, p. 294-299.
- Antoine Thomas, Le
signe royal
et le secret de Jeanne d’Arc ; Revue Historique, CIII (1910), p. 278-282.
VIII. Note relative aux citations de documents manuscrits et à la chronologie
J’ai indiqué par les abréviations suivantes les principaux dépôts auxquels se rapportent les renvois :
Arch. Nat. : | Archives Nationales. |
Bibl. Nat. : | Bibliothèque Nationale. |
Brit. Mus. : | British Museum. |
E. A. : | fonds dit Exchequer Accounts au Public Record Office de Londres. |
R. O. : | Record Office, à Londres (fonds autres que les Exchequer Accounts). |
Sauf mention contraire, toutes les dates sont réduites au nouveau style (commencement de l’année au 1er janvier). Les dates anglaises antérieures au 14 sept. 1752 (de même bien entendu que les dates françaises avant le 20 déc. 1582) sont données selon le calendrier julien.
15Introduction
Ce roi est un grand magicien.
— Montesquieu, Lettres Persanes, l. 24.
Le seul miracle qui est demeuré perpétuel en la religion des Chrestiens et en la maison de France…
— Pierre Mathieu, Histoire de Louys XI, roi de France, 1610, p. 472.
Le 27 avril 1340, Frère François, de l’ordre des Prêcheurs, évêque de Bisaccia dans la province de Naples, chapelain du roi Robert d’Anjou et pour l’instant ambassadeur du roi d’Angleterre Édouard III, se présenta devant le Doge de Venise14. Entre la France et l’Angleterre venait de s’ouvrir la lutte dynastique, qui devait être la Guerre de Cent Ans ; les hostilités avaient déjà commencé ; mais la campagne diplomatique se prolongeait encore. De toutes parts en Europe les deux rois rivaux cherchaient des alliances. Frère François était chargé par son maître de solliciter l’appui des Vénitiens, et leur intervention amicale auprès des Génois. Nous avons conservé un résumé de son discours15. Il y vantait, comme de juste, les dispositions pacifiques du souverain anglais. Le très sérénissime prince 16Édouard
, ardemment désireux d’éviter le massacre d’une foule de chrétiens innocents, avait, à l’en croire, écrit à Philippe de Valois, qui se dit roi de France
pour lui proposer trois moyens, au choix, de décider entre eux, sans guerre, la grande querelle ; d’abord le combat en champ clos, vrai jugement de Dieu, soit sous la forme d’un duel entre les deux prétendants eux-mêmes, soit sous celle d’un combat plus ample entre deux groupes de six à huit fidèles ; ou bien l’une ou l’autre des deux épreuves suivantes (ici je cite textuellement) : Si Philippe de Valois était, comme il l’affirmait, vrai roi de France, qu’il le démontrât en s’exposant à des lions affamés ; car les lions jamais ne blessent un vrai roi ; ou bien qu’il accomplît le miracle de la guérison des malades, comme ont coutume de l’accomplir les autres vrais rois
, — entendez sans doute les autres vrais rois de France. En cas d’insuccès il se reconnaîtrait indigne du royaume
. Philippe — toujours au témoignage de Frère François — avait, dans sa superbe
, rejeté ces suggestions16.
On peut se demander si Édouard III en réalité les avait jamais faites. Le dossier des négociations anglo-françaises nous est parvenu en assez bon état ; on n’y trouve point trace de la lettre résumée par l’évêque de Bisaccia. Peut-être ce dernier, qui tenait à éblouir les Vénitiens, l’imagina-t-il de toutes pièces. Supposons même qu’elle ait véritablement été envoyée ; il ne faudrait pas prendre l’épreuve des lions ou celle du miracle plus au sérieux que l’invitation au duel, défi classique qu’échangeaient en ce temps, au moment d’entrer en guerre, les souverains qui savaient vivre, sans que jamais, de mémoire d’homme, on eût vu aucun d’eux entrer dans la lice. Simples formules diplomatiques que tout cela, ou mieux, dans le cas qui nous occupe, paroles en l’air d’un diplomate trop bavard.
Ces vains propos méritent pourtant de faire réfléchir les historiens. 17Malgré leur apparente insignifiance, ils jettent un jour très vif sur des choses profondes. Qu’on les compare par la pensée à ceux que tiendrait aujourd’hui un plénipotentiaire, placé dans des circonstances semblables. La différence révèle l’abîme qui sépare deux mentalités ; car de pareilles protestations, qu’on destine à la galerie, répondent forcément aux tendances de la conscience collective. Frère François ne persuada point les Vénitiens : ni les preuves, étalées devant eux, de l’esprit pacifique dont Édouard III — leur disait-on — avait jusqu’au dernier moment donné les marques, ni les promesses plus positives contenues dans la suite du discours ne les décidèrent à sortir de la neutralité, qu’ils estimaient profitable à leur commerce. Mais les prétendues offres, censées faites par le roi d’Angleterre à son rival de France, ne les trouvèrent peut-être pas aussi incrédules qu’on pourrait l’imaginer. Sans doute ne s’attendaient-ils pas à voir Philippe de Valois descendre dans la fosse aux lions ; mais l’idée
K’enfant de roys ne peut lyons menger
leur était rendue familière par toute la littérature d’aventure de leur temps. Ils savaient très bien qu’Édouard III n’était pas disposé à céder à son rival le royaume de France, même si ce dernier devait réussir des cures miraculeuses. Mais que tout vrai roi de France — comme d’ailleurs tout vrai roi d’Angleterre — fût capable de pareils prodiges, c’était, en quelque sorte, un fait d’expérience que les plus sceptiques, au XIVe siècle, ne songeaient guère à mettre en doute. On croyait à la réalité de ce singulier pouvoir à Venise, comme dans toute l’Italie, et au besoin on y avait recours : un document, échappé par hasard à la destruction, nous a conservé le souvenir de quatre braves Vénitiens qui, en 1307 — trente-trois ans avant la mission de Frère François, — se rendirent en France pour obtenir de Philippe le Bel leur guérison17.
Ainsi le discours d’un diplomate quelque peu hâbleur vient opportunément nous rappeler que nos ancêtres, au moyen âge et jusqu’au cœur des temps modernes, se firent de la royauté une image très différente de la nôtre. En tous pays, les rois passèrent alors pour des personnages sacrés ; en certains pays tout au moins ils passèrent pour des thaumaturges. Pendant de longs siècles, les rois de France et les rois d’Angleterre ont — pour employer une expression jadis classique — touché les écrouelles
; entendez qu’ils prétendaient 18guérir, par le seul contact de leurs mains, les malades atteints de cette affection ; autour d’eux on croyait communément à leur vertu médicinale. Pendant une période à peine moins étendue, on vit les rois d’Angleterre distribuer à leurs sujets et même au delà des bornes de leurs États des anneaux (les cramp-rings) qui, pour avoir été consacrés par eux, avaient reçu, pensait-on, le pouvoir de rendre la santé aux épileptiques et de calmer les douleurs musculaires. Ces faits, au moins dans leurs grandes lignes, sont bien connus des érudits et des curieux. Pourtant on doit admettre qu’ils répugnent singulièrement à notre esprit : car ils sont le plus souvent passés sous silence. Des historiens ont écrit de gros livres sur les idées monarchiques sans les mentionner jamais. Les pages qu’on va lire ont pour principal objet de combler cette lacune.
L’idée d’étudier les rites guérisseurs, et, plus généralement, la conception de la royauté qui s’exprime en eux m’est venue, il y a quelques années, alors que je lisais dans le Ceremonial des Godefroy les documents relatifs au sacre des rois de France. J’étais loin de me représenter à ce moment l’étendue véritable de la tâche à laquelle je m’attelais ; l’ampleur et la complexité des recherches où j’ai été entraîné ont de beaucoup dépassé mon attente. Ai-je eu raison de persévérer néanmoins ? Je crains bien que les personnes auxquelles je confiais mes intentions ne m’aient considéré plus d’une fois comme la victime d’une curiosité bizarre et, somme toute, assez futile. Dans quel chemin de traverse n’étais-je pas allé me jeter ? This curious by-path of yours
, me disait en propres termes un aimable Anglais. J’ai pensé pourtant que ce sentier détourné méritait d’être suivi et j’ai cru m’apercevoir, à l’expérience, qu’il menait assez loin. Avec ce qui n’était jusqu’à présent que de l’anecdote, j’ai estimé qu’on pouvait faire de l’histoire. Il serait hors de propos de chercher, dans cette Introduction, à justifier en détail mon dessein. Un livre doit porter son apologie en lui-même. Je voudrais simplement indiquer ici très brièvement comment j’ai conçu mon travail et quelles sont les idées directrices qui m’ont guidé.
Il ne pouvait être question d’envisager les rites de guérison isolément, en dehors de tout ce groupe de superstitions et de légendes qui forme le merveilleux
monarchique : c’eût été se condamner d’avance à ne voir en eux qu’une anomalie ridicule, sans lien avec 19les tendances générales de la conscience collective. Je me suis servi d’eux comme d’un fil conducteur pour étudier, particulièrement en France et en Angleterre, le caractère surnaturel longtemps attribué à la puissance royale, ce que l’on pourrait, en usant d’un terme que les sociologues ont légèrement détourné de sa signification première, nommer la royauté mystique
. La royauté ! Son histoire domine toute l’évolution des institutions européennes. Presque tous les peuples de l’Europe Occidentale ont jusqu’à nos jours été gouvernés par des rois. Le développement politique des sociétés humaines, dans nos pays, s’est résumé presque uniquement, pendant une longue période, dans les vicissitudes du pouvoir des grandes dynasties. Or pour comprendre ce que furent les monarchies d’autrefois, pour rendre compte surtout de leur longue emprise sur l’esprit des hommes, il ne suffit point d’éclairer, dans le dernier détail, le mécanisme de l’organisation administrative, judiciaire, financière, qu’elles imposèrent à leurs sujets ; il ne suffit pas non plus d’analyser dans l’abstrait ou de chercher à dégager chez quelques grands théoriciens les concepts d’absolutisme ou de droit divin. Il faut encore pénétrer les croyances et les fables qui fleurirent autour des maisons princières. Sur bien des points tout ce folklore nous en dit plus long que n’importe quel traité doctrinal. Comme l’écrivait justement, en 1575, Claude d’Albon, jurisconsulte et poète dauphinois
, dans son traité De la maiesté royalle, ce qui a mis les Rois en telle vénération, a esté principalement les vertus et puissances divines qui ont esté veuës en eux seuls, et non és autres hommes
18.
Bien entendu, Claude d’Albon ne croyait point que ces vertus et puissances divines
fussent la seule raison d’être du pouvoir royal. Est-il nécessaire de protester que je ne le pense pas non plus ? Sous prétexte que les rois du passé, y compris les plus grands d’entre eux — un saint Louis, un Édouard Ier, un Louis XIV — ont, tout comme les panseux de secret de nos campagnes, prétendu guérir les maladies par simple attouchement, rien ne serait plus ridicule que de ne vouloir voir en eux que des sorciers. Ils furent des chefs d’État, des juges, des chefs de guerre. Par l’institution monarchique, les sociétés anciennes satisfaisaient à un certain nombre de besoins éternels, parfaitement concrets et d’essence parfaitement humaine, que les sociétés actuelles ressentent pareillement, quitte à les contenter, d’ordinaire, d’autre façon. Mais un roi, après tout, c’était, aux yeux de ses 20peuples fidèles, bien autre chose qu’un haut fonctionnaire. Une veneration
l’entourait, qui n’avait pas sa source uniquement dans les services rendus. Comment pourrions-nous comprendre ce sentiment loyaliste qui, à certaines époques de l’histoire, eut une telle force et un accent si particulier, si, de parti pris, nous refusions de voir, autour des têtes couronnées, leur auréole surnaturelle ?
Cette conception de la royauté mystique
, nous n’aurons pas à l’examiner ici dans son germe et son premier principe. Ses origines échappent à l’historien de l’Europe médiévale et moderne ; elles échappent, en vérité, à l’histoire tout court ; seule l’ethnographie comparée semble capable d’apporter sur elles quelque lumière. Les civilisations dont la nôtre est immédiatement issue reçurent cet héritage de civilisations plus anciennes encore, perdues dans l’ombre de la préhistoire. Serait-ce donc que nous ne trouverons ici pour objet de notre étude que ce que l’on appelle parfois, un peu dédaigneusement, une survivance
?
Nous aurons plus tard l’occasion d’observer que ce mot, de toutes façons, ne saurait légitimement s’appliquer aux rites guérisseurs, considérés en eux-mêmes ; le toucher des écrouelles nous apparaîtra en effet comme une création de la France des premiers Capétiens et de l’Angleterre normande ; quant à la bénédiction des anneaux par les souverains anglais, nous ne la verrons prendre place dans le cycle de la royauté miraculeuse que plus tard encore. Reste la notion même du caractère sacré et merveilleux des rois, donnée psychologique essentielle dont les rites envisagés ne furent qu’une manifestation entre plusieurs. Plus vieille de beaucoup que les plus antiques dynasties historiques de la France ou de l’Angleterre, on peut dire d’elle, si l’on veut, qu’elle survécut longtemps au milieu social, presque ignoré de nous, qui d’abord avait conditionné sa naissance. Mais si l’on entend, comme on le fait d’ordinaire, par survivance
une institution ou une croyance d’où toute vie véritable s’est retirée et qui n’a plus d’autre raison d’être que d’avoir un jour répondu à quelque chose, une sorte de fossile, témoin attardé d’âges périmés, en ce sens l’idée qui nous occupe, au moyen âge et jusqu’au XVIIe siècle au moins, n’eut rien qui autorise à la caractériser par ce terme ; sa longévité ne fut pas une dégénérescence. Elle conserva une vitalité profonde ; elle resta douée d’une force sentimentale sans cesse agissante ; elle s’adapta à des conditions politiques et surtout religieuses nouvelles ; elle revêtit des formes jusque là inconnues, parmi lesquelles, précisément, les rites guérisseurs eux-mêmes. Nous 21ne l’expliquerons pas dans ses origines, puisque nous devrions, pour ce faire, sortir du champ propre de notre étude ; mais nous aurons à l’expliquer dans sa durée et son évolution : ce qui est une part aussi, et très importante, de l’explication totale. En biologie, rendre compte de l’existence d’un organisme ce n’est pas seulement rechercher ses père et mère, c’est tout autant déterminer les caractères du milieu qui à la fois lui permet de vivre et le contraint à se modifier. Il en va de même — mutatis mutandis — des faits sociaux.
En somme, ce que j’ai voulu donner ici, c’est essentiellement une contribution à l’histoire politique de l’Europe, au sens large, au vrai sens du mot.
Par la force même des choses, cet essai d’histoire politique a dû prendre la forme d’un essai d’histoire comparée : car la France et l’Angleterre ont toutes deux possédé des rois médecins, et quant à l’idée de la royauté merveilleuse et sacrée, elle fut commune à toute l’Europe occidentale : heureuse nécessité, s’il est vrai, comme je le crois, que l’évolution des civilisations dont nous sommes les héritiers ne nous deviendra à peu près claire que le jour où nous saurons la considérer en dehors du cadre trop étroit des traditions nationales19.
Il y a plus. Si je n’avais craint d’alourdir encore un en-tête déjà trop long, j’aurais donné à ce livre un second sous-titre : Histoire d’un miracle. La guérison des écrouelles ou de l’épilepsie par la main royale fut en effet, comme le rappelait aux Vénitiens l’évêque de 22Bisaccia, un miracle
: un grand miracle en vérité, qui doit compter parmi les plus illustres sans doute, en tout cas parmi les plus continus que présente le passé ; d’innombrables témoins l’ont attesté ; son éclat ne s’est éteint qu’au bout de près de sept siècles d’une popularité soutenue et d’une gloire presque sans nuages. L’histoire critique d’une pareille manifestation surnaturelle pourrait-elle être indifférente à la psychologie religieuse, ou, pour mieux dire, à notre connaissance de l’esprit humain ?
La plus grande difficulté que j’ai rencontrée au cours de mes recherches est venue de l’état des sources. Non que les témoignages relatifs au pouvoir thaumaturgique des rois ne soient dans l’ensemble, et toute réserve faite sur les débuts, assez abondants ; mais ils sont dispersés à l’extrême et surtout de natures prodigieusement diverses. Qu’on en juge par ce seul exemple : notre plus ancien renseignement sur le toucher des écrouelles par les rois de France se rencontre dans un petit ouvrage de polémique religieuse intitulé Traité sur les reliques ; le même rite en Angleterre est attesté pour la première fois, d’une façon certaine, par une lettre privée, qui n’est peut-être qu’un exercice de style ; la première mention que l’on possède des anneaux guérisseurs, consacrés par les rois anglais, doit être cherchée dans une ordonnance royale. Pour la suite du récit, il a fallu mettre à contribution une foule de documents d’espèces différentes : livres de comptes, pièces administratives de toute catégorie, littérature narrative, écrits politiques ou théologiques, traités médicaux, textes liturgiques, monuments figurés, — et j’en passe ; le lecteur verra défiler sous ses yeux jusqu’à un jeu de cartes. Les comptes royaux, tant français qu’anglais, ne pouvaient être exploités sans un examen critique ; je leur ai consacré une étude spéciale ; mais elle eût encombré inutilement l’Introduction ; je l’ai rejetée à la fin du volume. Le dossier iconographique, assez pauvre, était relativement facile à inventorier ; j’ai cherché à en dresser un état exact que l’on trouvera également en appendice. Les autres sources m’ont paru trop nombreuses et trop disparates pour qu’un recensement dût en être tenté ; je me contenterai de les citer et de les commenter au fur et à mesure de leur utilisation. Du reste, en pareille matière, que pourrait être une nomenclature des sources ? quelque chose en vérité comme une liste de coups de sonde. Il est bien peu de documents dont il soit 23permis de dire à l’avance, avec quelque certitude : il fournira, ou ne fournira pas, une indication utile sur l’histoire du miracle royal. Il faut aller à tâtons, se fier à la fortune ou à l’instinct et perdre beaucoup de temps pour une maigre récolte. Encore si tous les recueils de textes étaient munis d’index — j’entends d’index par matières ! Mais est-il besoin de rappeler combien en sont dépourvus ? Ces indispensables instruments de travail semblent devenir plus rares à mesure qu’on a affaire à des documents de date plus récente. Leur absence trop fréquente constitue un des vices les plus choquants de nos méthodes actuelles de publication. J’en parle avec quelque rancœur peut-être, car cette malencontreuse lacune m’a souvent beaucoup gêné. D’ailleurs, lors même que l’index existe, il arrive que son auteur ait négligé systématiquement d’y comprendre les mentions relatives aux rites guérisseurs, sans doute parce que ces vaines pratiques sont jugées au-dessous de la dignité de l’histoire. Bien des fois je me suis fait l’effet d’un homme placé entre un grand nombre de coffres fermés, dont les uns renfermeraient de l’or et les autres des pierrailles, sans qu’aucune inscription aidât à distinguer trésors et cailloux. C’est dire que je suis très loin de prétendre à être complet. Puisse le présent livre inciter les chercheurs à de nouvelles découvertes !
Heureusement je ne m’avançais pas, tant s’en faut, sur un terrain entièrement neuf. Il n’existait pas à ma connaissance, sur le sujet que j’ai entrepris de traiter, d’ouvrage historique présentant l’ampleur et le caractère critique que je me suis efforcé de donner au mien. Pourtant la littérature
des guérisons royales est assez riche. En vérité elle est double : il y a deux littératures d’origines différentes qui se côtoient et le plus souvent s’ignorent entre elles : l’une comprend des travaux dus à des érudits de profession, l’autre — plus abondante — est l’œuvre de médecins. Je me suis efforcé de les connaître et de les utiliser toutes les deux. On trouvera ci-dessus une liste bibliographique qui paraîtra sans doute passablement longue. Je ne voudrais pas que quelques ouvrages particulièrement distingués, où j’ai sans cesse puisé, demeurent perdus dans cette foule. Je tiens à nommer ici mes principaux guides. Les études déjà anciennes de Law Hussey et de Waterton m’ont rendu de grands services. Parmi les auteurs encore vivants, je dois plus que je ne saurais dire à M. Henri-François Delaborde, au Dr Crawfurd et à Miss Helen Farquhar.
J’ai contracté aussi une large dette de reconnaissance envers des prédécesseurs d’un autre âge. Du XVIe au XVIIIe siècle, on a 24beaucoup écrit sur les rites guérisseurs ; dans cette littérature d’Ancien Régime même le fatras est intéressant, car on y peut puiser des renseignements curieux sur l’état d’esprit de l’époque ; mais elle ne renferme pas que du fatras. Le XVIIe siècle en particulier a vu naître, à côté d’ouvrages ou de pamphlets d’une rare ineptie, quelques travaux remarquables, tels que les pages consacrées aux écrouelles par Du Peyrat dans son Histoire ecclésiastique de la Cour ; surtout je dois mettre hors de pair deux thèses académiques : celles de Daniel Georges Morhof et de Jean Joachim Zentgraff ; je n’ai trouvé nulle part une pareille abondance de renvois utiles. J’éprouve un plaisir tout particulier à rappeler ici tout ce dont je suis redevable à la seconde de ces deux dissertations : car je puis saluer en son auteur un collègue. Jean Joachim Zentgraff était Strasbourgeois ; né dans la ville libre, il devint sujet de Louis XIV, prononça l’éloge de Henri le Grand20 et fit, dans sa cité natale, passée à la France, une brillante carrière universitaire. Le livre que voici paraît parmi les Publications de notre Faculté des Lettres ressuscitée ; il m’est agréable d’y continuer en quelque façon, dans un esprit qui se ressent de la différence des temps, l’œuvre amorcée jadis par un Recteur de l’ancienne Université de Strasbourg.
Notes
- [1]
Je dois également une reconnaissance toute spéciale à mes collègues P. Alfaric et E. Hœpffner, qui, entre autres services, ont bien voulu, avec L. Febvre, me prêter leur concours pour la correction des épreuves.
- [2]
J’ajoute que les excellents articles publiés par Miss Helen Farquhar sous le titre de Royal Charities (ci-dessus VI, § 3) ont rendu inutile tout ce qui avait été écrit avant eux sur la numismatique du toucher anglais ; ils m’ont permis d’éliminer plusieurs travaux plus anciens qui eussent inutilement encombré mes listes.
- [3]
Pour les éditions successives de cet ouvrage et ses traductions, ainsi que pour la biographie de son auteur, voir E. Turner, Bibliographie d’André du Laurens…, avec Quelques remarques sur sa biographie ; Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie XVIII (1880) p. 329, 381, 413.
- [4]
L’ouvrage de René Moreau, De manu Regia, oratio panegyrica et inauguralis habita in collegio Cameracensi regio, Paris, 1623, cité par Rosenbaum, I, p. 43, et Pauly, col. 1092, à propos du toucher, est en réalité un panégyrique de Louis XIII où il n’est fait mention du toucher qu’incidemment (p. 5 et surtout p. 18-19).
- [5]
La page de titre reproduite par Ch. Cox, The parish register of England (The Antiquary’s Books), Londres [1910], p. 181.
- [6]
La première édition 1593, folio, Mayence (je ne l’ai point vue).
- [7]
J’indique la plus ancienne des éditions que j’ai pu consulter ; la première édition de la Troisième Centurie parut à Francfort en 1609 (cf. Meusel, Bibliotheca historica, I, 2, Leipzig 1784, p. 338) ; l’ouvrage, qui eut beaucoup de succès, fut maintes fois réimprimé et traduit.
- [8]
Rosembaum, Addimenta, II, p. 64, cite comme relatif au toucher ou du moins au pouvoir guérisseur des rois l’ouvrage suivant : Mich. Bernh. Valentin, De herniis arcano regis Galliarum absque sectione curandis, Giessen 1697 ; il faut vraisemblablement l’identifier avec la Disputatio VI : De nova herniarum cura, contenue dans la Polychresta exotica de Michael Bernhardus Valentinus, in-4°, Francfort 1700 ; il y est question d’un remède pour la hernie appelé le secret du Roy, simple recette pharmaceutique au nom destiné à frapper l’imagination des foules, mais sans rapport aucun avec le miracle royal.
- [9]
L’article du même auteur paru sous le titre Le toucher des écrouelles par les rois d’Angleterre ; Bulletin soc. antiquaires de France, 1913, p. 86-88, est une sorte de résumé de celui des Mélanges Bémont.
- [10]
Un résumé de cet article avait paru en allemand sous le titre de Medizinisch-Historische Denkmäler des Königsübels in der Medizinischen Bibliothek des Kriegsministeriums zu Washington ; Archiv für die Geschichte der Naturwissenschaften und der Technik, VI (1913), p. 113-116.
- [11]
Il convient de noter que plusieurs des ouvrages recensés plus haut aux sections III et IV renferment, par occasion, quelques indications sur les anneaux guérisseurs.
- [12]
E. de Barthélémy, dans sa Notice historique sur le prieuré Saint-Marcoul, écrit (p. 210) :
Oudard Bourgeois publia un second ouvrage la même année : Traité des droits, privilèges et immunités de l’église et monastère de Corbeny, in-12, 1638.
Je n’ai pu mettre la main sur ce livre que ne possède pas la Bibl. Nationale. Ne s’est-il pas produit quelque confusion dans l’esprit de E. de Barthélémy ? Comme moi, l’abbé Ledouble (Notice sur Corbeny, p. 131) a cherché le Traité et ne l’a point trouvé.
- [13]
Ajouter à cette liste comme ouvrage ancien le livre de Camerarius, Operae horarum subcisivarum, recensé ci-dessus, III, § 3.
- [14]
Il se pose au sujet de ce personnage une petite difficulté. Le document vénitien, cité ci-dessous, n. 2, l’appelle Richard :
fratri Ricardo Dei gratia Bisaciensis episcopus, incliti principis domini regis Roberti capellano et familiari domestico.
Mais, en 1340, l’évêque de Bisaccia, qui était un Prêcheur et, par conséquent, un
frère
, se nommait François : cf. Eubel, Hierarchia catholica, 2e éd., 1913 et Ughelli, Italia sacra, t. VI, in-4°, Venise, 1720, col. 841. On ne peut guère douter que ce ne soit frère François qui ait pris la parole devant le doge ; le scribe vénitien aura commis quelque part une erreur d’écriture ou de lecture (fausse interprétation d’une initiale ?) ; j’ai cru devoir la réparer. - [15]
Venise, Archivio di Stato, Commemoriali, vol. III, p. 171 ; analysé Calendar of State Papers, Venice, I, n° 25. Je dois une copie de cette pièce curieuse à l’extrême obligeance de M. Cantarelli, professeur à l’Université de Rome. Il n’est pas fait mention de l’ambassade de l’évêque de Bisaccia dans E. Deprez, Les préliminaires de la Guerre de Cent Ans, 1902 (Bibl. Athènes et Rome). L’analyse du Calendar n’est pas exempte d’erreurs ; elle traduit comitatum de Pontyus in Picardiam (le Ponthieu) : the counties… of Pontoise.
- [16]
… ne tanta strages Christianorum, que ex dicto belo orta et oritur et oriri in posterum creditur, ipsi serenissimo principi Eudoardo imputaretur aliquatenus, in principio dicte guerre suas literas supradicto destinavit Philipo, continentes quod ad evitandum mala super inocentes ventura eligeret alterum trium : silicet quod de pari ipsi duo soli duelum intrarent, vel eligeret sibi sex vel octo aut quot velet, et ipse totidem, et si[c] questio terminaretur inter paucos, Altissimo de celo justitiam querenti victoriam tribuente ; aut si verus rex Francie esse[t], ut asserit, faceret probam ofiferendo se leonibus famelicis qui verum regem nullactenus lesunt ; aut miraculum de curandis infirmis, sicut solent facere ceteri reges veri, faceret (ms : facerent) ; alias indignum se regni Francie reputaret. Que omnia supradicta, ac plures et diversos (ms : diversi) pacis tractatus contempsit, se in superbiam elevando.
- [17]
Pour la croyance relative aux lions, voir ci-dessous, p. 256. Pour le voyage des quatre Vénitiens, v. ci-dessous, p. 109
- [18]
Claude d’Albon, De la maiesté royalle, institution et prééminence et des faveurs Divines particulières envers icelle, Lyon, 1575, p. 29, v°.
- [19]
Je ne me dissimule d’ailleurs nullement que dans mon enquête je ne suis pas toujours parvenu à tenir la balance égale entre les deux pays dont je voulais suivre les destinées parallèles. On trouvera peut-être quelquefois l’Angleterre un peu sacrifiée. J’ai pu y étudier l’histoire des rites guérisseurs, à quelques détails près, aussi complètement, je crois, qu’en France, mais l’histoire de la royauté sacrée, en général, non pas. L’état présent de l’Europe, peu favorable aux voyages et aux achats de livres étrangers par les bibliothèques publiques ou privées, rend plus malaisées que jamais les recherches d’histoire comparée. Le remède serait sans doute dans une bonne organisation du prêt international, pour les livres imprimés et pour les manuscrits ; on sait que la Grande-Bretagne, notamment, n’est pas encore entrée dans cette voie. Mon travail ne m’a d’ailleurs été rendu possible, comme je l’ai déjà indiqué, que par la générosité du donateur — M. de Rothschild — à qui l’Institut de France doit sa Maison de Londres. Malheureusement je n’ai pu faire en Angleterre qu’un seul séjour, au début, ou peu s’en faut, de mes recherches, c’est-à-dire à un moment où les problèmes n’apparaissent jamais avec toute l’ampleur et la complexité qu’on leur découvre plus tard : d’où certaines lacunes que, malgré l’obligeance de mes amis londoniens, je ne suis pas toujours arrivé à combler.
- [20]
Le 17 mai 1691 ; le discours fut imprimé : Speculum boni principis in Henrico Magno Franciae et Navarras rege exhibitum exercitatione politica Deo annuente, in inclyta Argentoratensium Academia… Argentorati, Literis Joh. Friderici Spoor, plaquette pet. in-4°, 54 p. Ce petit ouvrage doit être fort rare ; je n’en connais d’autres exemplaires que ceux de la Bibl. Nat. et de la Bibl. Wilhelmitana à Strasbourg. On y lit, p. 12, un éloge de l’Édit de Nantes qui, malgré sa brièveté, put, en son temps, paraître significatif. Sur la carrière de Zentgraff (outre les articles de l’Allgemeine deutsche Biographie et de la France protestante), on peut voir Oscar Berger-Levrault, Annales des professeurs des Académies et Universités alsaciennes, Nancy 1892, p. 262.