M. Bloch  : Les Rois thaumaturges (1924)

Livre II (5-6)

309V.
Le miracle royal au temps des luttes religieuses et de l’absolutisme

1.
Les royautés thaumaturgiques avant la crise

Aux alentours de l’an 1500 et jusque très avant dans le XVIe siècle, le miracle royal, sur les deux rives de la Manche, nous apparaît en plein épanouissement630.

310En France d’abord. Nous devons, pour cette période, des données numériques d’une exceptionnelle précision à quelques livres de comptes de l’Aumône, qui, par grand hasard, ont échappé à la destruction. Le plus ancien remonte aux derniers jours de Charles VIII, le plus récent appartient au règne de Charles IX, en pleine lutte religieuse : 1569631. Les renseignements qu’ils fournissent pour les exercices financiers qu’ils couvrent sont parfaitement complets ; au temps où nous sommes parvenus, la générosité royale ne faisait plus, comme jadis sous Philippe le Bel, de choix entre les miraculés. Tous les malades touchés, sans distinction aucune, avaient part à ses largesses632. Voici les statistiques annuelles qu’il est possible d’établir : Louis XII, du 1er octobre 1507 au 30 septembre 1508, toucha 528 personnes seulement633 ; mais François Ier, en 1528, au moins 1326 ; en 1529, plus de 988 ; en 1530, au moins 1731634 ; chose curieuse, le record revient à 311 Charles IX : en 1569, année de guerre civile, mais illuminée par des victoires monarchiques, — l’année de Jarnac et de Moncontour, — ce roi fit distribuer par les soins de son aumônier, l’illustre Jacques Amyot, les sommes accoutumées à 2092 scrofuleux, sur les plaies desquels sa jeune main s’était posée635. Ces chiffres sont dignes d’être mis en balance avec ceux que nous avaient révélés, pour une autre époque et un autre pays, les comptes d’Édouard Ier et Édouard III ; comme autrefois en Angleterre les Plantagenets, les Valois de France, au XVIe siècle, voyaient venir à eux les malades par milliers.

Ces malades, d’où accouraient-ils ainsi en larges troupes ? Sur ce point, les documents du XVIe siècle sont moins explicites que les tablettes de Philippe le Bel ; les bénéficiaires du toucher qu’on y trouve recensés sont d’ordinaire anonymes ou, si parfois leur nom est connu, leur lieu d’origine demeure presque toujours caché. Toutefois une catégorie spéciale d’étrangers, à qui l’usage voulait que l’on remît une aumône particulière pour leur ayder à eulx retirer en leur païs, est signalée à plusieurs reprises, du moins sous Henri II — dont les comptes trop fragmentaires pour permettre des statistiques annuelles ont dû plus haut être passés sous silence — et sous Charles IX : ce sont les Espagnols636. D’autres textes témoignent de leur empressement. L’antagonisme politique de la France et de l’Espagne, presque constant durant tout le siècle, n’atteignait donc point la foi que les populations de la péninsule, ravagées par les écrouelles, avaient vouée aux vertus surnaturelles d’un prince ennemi de leurs maîtres. D’ailleurs, en dépit de la rivalité des gouvernements, les relations entre les deux pays demeuraient fréquentes ; il y avait des Espagnols en 312 France ; il y avait surtout beaucoup de Français en Espagne ; ces migrations ne pouvaient que répandre, au delà des Pyrénées, la renommée du miracle français. Aussitôt la paix momentanément rétablie, les scrofuleux, nobles aussi bien que gens de peu, passaient les monts et se hâtaient vers leur royal médecin ; ils semblent avoir formé de véritables caravanes, conduites chacune par un capitaine637. À l’arrivée, ils recevaient de larges dons, allant, pour les personnes de qualité, jusqu’à 225 ou 275 livres ; ces générosités attestaient le prix que la cour de France mettait à favoriser, hors du royaume, le prestige thaumaturgique de la dynastie638. À côté des Espagnols, d’autres, étrangers dont la nationalité n’est pas précisée, sont mentionnés parmi la foule qui se pressa vers Henri II à Corbeny, au retour du sacre639.

Au delà même des frontières de la France, nos rois guérissaient parfois. En Italie notamment, où en ce temps leurs ambitions les conduisirent si souvent. À dire vrai, Charles VIII, accomplissant à Naples le rite merveilleux, Louis XII répétant ce geste à Pavie ou à Gênes, opéraient dans des villes qu’ils considéraient comme partie intégrante de leurs États ; mais ils ne craignaient pas, à l’occasion, de pratiquer leur art tout aussi bien sur un sol notoirement étranger, les domaines du pape par exemple. François Ier, en décembre 1515, se trouvant à 313 Bologne l’hôte de Léon X, fit annoncer publiquement qu’il toucherait les malades, et les toucha en effet dans la chapelle du palais pontifical : entre autres un évêque polonais. Et c’est à Rome même, dans la chapelle Sainte-Pétronille, que Charles VIII, le 20 janvier 1495, avait touché environ 500 personnes, jetant ainsi, s’il faut en croire son panégyriste André de la Vigne, les Italiens dans une extraordinaire admiration640. À la vérité, comme nous aurons à le constater plus tard, ces manifestations miraculeuses n’allaient pas sans soulever quelque scepticisme chez les libres esprits de là-bas ; mais le peuple sans doute, et même les médecins, étaient moins difficiles à convaincre641. Il y a plus. Lorsque François Ier, prisonnier après Pavie, prit terre à la fin de juin 1525 sur le sol de l’Espagne, à Barcelone d’abord, puis à Valence, il vit se présenter à lui, écrivait quelques jours plus tard le président de Selve au Parlement de Paris, tant et si grand nombre de malades d’escrouelles… avec grant espérance de guérison que, en France, ne fut oncques en si grant presse642. Vaincu, l’auguste guérisseur avait autant de succès auprès des Espagnols que lorsqu’ils venaient l’implorer dans toute la pompe des fêtes du sacre. Le poète Lascaris chanta cet épisode en deux distiques latins qui furent célèbres en leur temps :

Voici donc que le roi d’un geste de sa main guérit les écrouelles ;— captif il n’a pas perdu les faveurs d’En Haut. — Par cet indice, ô le plus salut des rois. — je crois reconnaître que tes persécuteurs sont en haine aux Dieux643.

Comme il convenait à un État mieux policé et à une cour plus 314 splendide, le rituel des écrouelles avait pris peu à peu, en France, à la fois une régularité et une solennité nouvelles. Louis XI, on s’en souvient, touchait encore toutes les semaines ; depuis Charles VIII, blâmé sur ce point, semble-t-il, par Commines, la cérémonie n’a plus guère lieu qu’à des dates assez espacées644. Sans doute, parfois encore le roi, au cours d’un déplacement, comme fit François Ier lorsqu’il traversa la Champagne en janvier 1530, consent à admettre près de lui presque à chaque étape quelques malades645 ; ou bien il se laisse émouvoir, étant sur les champs, par la plainte d’un pauvre homme isolé646. Mais d’ordinaire les scrofuleux, à mesure qu’ils arrivent, sont groupés par les soins du service de l’Aumône et, recevant pour leur ayder à vivre jusqu’au jour favorable quelques secours, attendent à la suite du roi qu’arrive le moment choisi pour le miracle ; à moins que pour débarrasser la cour, sans cesse en mouvement, de ce cortège encombrant et selon toute vraisemblance médiocrement agréable à voir et à coudoyer, on ne préfère leur donner au contraire quelque argent pour leur persuader de se retirer et de ne reparaître qu’au jour fixé647. Ces jours où le roi veut bien enfin faire office de thaumaturge, 315 ce sont, bien entendu, en principe les principales dates de l’année religieuse, en nombre d’ailleurs variable648 : la Chandeleur, les Rameaux, Pâques ou un des jours de la Semaine Sainte, Pentecôte, l’Ascension, la Fête-Dieu, l’Assomption, la Nativité de la Vierge, Noël ; exceptionnellement une fête étrangère au calendrier liturgique : le 8 juillet 1530, François Ier, célébrant à Roquefort, près de Mont-de-Marsan, ses espousailles avec Eléonore d’Autriche, se montra à la nouvelle reine de France dans tout l’éclat du miracle héréditaire649. Grâce à ce système de groupement, ce sont de vraies foules, plusieurs centaines de personnes souvent, que le roi, après le triage accoutumé parle médecin de la cour650, trouve rassemblées au moment prescrit. La cérémonie revêt par là un caractère particulièrement imposant. Avant d’y procéder, le roi, chaque fois, communie : sous les deux espèces, comme de juste, selon ce privilège dynastique qui semblait, au même titre que le don de guérison, affirmer le caractère sacré de la monarchie française. Un petit tableau du début du XVIe siècle nous fait sentir le rapprochement que l’opinion loyaliste établissait entre ces deux glorieuses prérogatives : à gauche, sous une chapelle ouverte, le roi, à qui un évêque vient de présenter la patène, tient le calice ; à droite, dans une cour et jusque sur les marches de la chapelle, des malades attendent651. Les traits essentiels du rite n’ont pas changé depuis le moyen âge : contact de la main nue effleurant les plaies ou tumeurs, puis signe de croix. Depuis le XVIe siècle, la formule que le prince prononce sur chaque patient se fixe : c’est le Le roi te touche et Dieu te guérit qui se maintiendra, avec quelques variantes, jusqu’aux derniers temps de la monarchie652. Surtout, une liturgie, d’ailleurs fort 316 courte, précède maintenant la solennité ; on a vu que, depuis Henri II du moins, elle se rapporte tout entière à saint Marcoul, devenu le patron du miracle royal653. Le même missel qui nous l’a transmise nous présente une belle miniature, qui met sous nos yeux le spectacle vivant d’un jour de toucher : Henri II, suivi de l’aumônier et de quelques seigneurs, fait le tour de la foule agenouillée, allant de malade en malade. Nous savons que c’était bien ainsi que les choses se passaient654. Mais il ne faudrait pas prendre cette petite peinture trop à la lettre : le costume royal — couronne, grand manteau fleurdelisé doublé d’hermine — est, en l’espèce, tout conventionnel : le souverain n’endossait pas à chaque toucher les vêtements du sacre. La scène paraît se dérouler dans une église ; tel était en effet souvent le cas ; non pas toujours, cependant. À l’architecture de fantaisie, dans le goût de la Renaissance, que l’artiste s’est plu à composer, il faut que notre imagination substitue des décors à la fois moins irréels et plus variés : 317 par exemple les piliers gothiques de Notre-Dame de Paris, le long desquels le 8 septembre 1528, sous les regards des bons bourgeois — l’un d’eux en a consigné le souvenir dans son journal — vinrent se ranger 205 scrofuleux655 ; ou bien, car l’acte n’avait pas toujours lieu dans un édifice religieux ni même dans une salle couverte, ce cloître du palais épiscopal d’Amiens où, le jour de l’Assomption de Tan 1527, le cardinal Wolsey contempla François Ier touchant à peu près le même nombre de malades656, ou encore, en temps de troubles, un paysage guerrier : tel ce camp des Landes, près de St-Jean d’Angély, qui, à la Toussaint 1569, vit Charles IX échanger pour un instant le rôle de chef d’armée contre celui de guérisseur657.

En Angleterre, même tableau, au moins dans les grandes lignes. On ne peut, en ce qui concerne le toucher des écrouelles, le marquer de traits aussi nets : les statistiques font défaut ; les rares mentions relatives à des malades guéris par le roi qui se rencontrent, éparses, dans les livres de comptes de Henri VII ou Henri VIII, ne se rapportent vraisemblablement qu’à des cas exceptionnels ; les archives de l’Aumônerie, qui, selon toute apparence, contenaient le relevé des sommes distribuées à l’ensemble des miraculés, ont à tout jamais disparu658. On ne doit pas douter que la popularité des rois d’Angleterre comme médecins du mal royal, au XVIe siècle, n’ait été grande : des écrivains nombreux vantent en eux ce pouvoir ; mesurer cette popularité par des chiffres nous demeure interdit. Du moins connaissons-nous fort exactement le rituel du miracle, tel qu’il était pratiqué sous Marie Tudor, sans doute déjà sous 318 Henri VIII659, peut-être même dès Henri VII660. La cérémonie anglaise différait sur bien des points des usages suivis à la cour de France ; il vaut la peine de préciser ces divergences. D’abord une liturgie sensiblement plus développée accompagne d’un bout à l’autre toute la cérémonie ; elle comporte essentiellement un Confiteor prononcé par le roi, une absolution prononcée en réponse par le chapelain et la lecture de deux passages des Évangiles : le verset de Saint Marc relatif aux miracles opérés par les apôtres — l’allusion est claire — et les premiers mots de l’Évangile de Saint Jean, d’un emploi courant dans toutes les formules de bénédiction ou d’exorcisme661. 319 Comme de juste, il n’y est point question de saint Marcoul ni d’aucun saint particulier. Contrairement aux coutumes françaises, le souverain reste immobile et sans doute assis ; un ecclésiastique lui amène chaque malade tour à tour. Ainsi le prince conserve peut-être plus de dignité ; mais, dans la salle où il opère, il se produit un perpétuel va-et-vient, qui, si l’on en juge du moins par certaines gravures du XVIIe siècle, époque où les mêmes règles s’étaient maintenues, présentait l’aspect assez fâcheusement pittoresque d’un défilé de Cour des Miracles662. Sans doute le principe était-il ancien : une miniature du XIIIe siècle nous montre déjà Édouard le Confesseur touchant assis une femme que l’on guide vers lui663.

Le va-et-vient était d’autant plus intense que chaque malade allait trouver le roi deux fois. D’abord tous passaient successivement devant Sa Majesté, qui posait sur les parties atteintes ses mains nues ; puis, quand ce premier mouvement était achevé, ils revenaient, toujours un par un ; le roi faisait alors sur les plaies le signe de croix traditionnel ; mais non pas, comme son émule français, de la main seulement ; dans les doigts qui traçaient le symbole sacré, il tenait une pièce de monnaie, une pièce d’or ; aussitôt son geste accompli, il suspendait cette même pièce, qu’on avait préalablement percée d’un trou et munie d’un ruban, au cou de chaque patient. C’est dans cette partie de la cérémonie que s’accuse le plus nettement le contraste avec la France. À la cour des Valois aussi, les scrofuleux recevaient quelque argent, en principe deux sous tournois par tête ; mais cette aumône, beaucoup plus modeste au surplus que l’aumône anglaise, leur était remise, sans apparat, par un ecclésiastique qui suivait discrètement le roi. En Angleterre, au contraire, le cadeau royal s’était placé au centre même du rite. Il faut voir là l’effet d’un curieux transport de croyances qu’il convient de retracer dès maintenant une fois pour toutes. Pendant la guerre des Deux Roses, les souverains anglais, on s’en souvient, avaient contracté l’habitude d’attirer à eux les malades 320 en leur offrant l’appât d’un cadeau très fort, qui revêtit la forme, rapidement devenue traditionnelle, d’une monnaie d’or, toujours la même : un angel. Bien que ces pièces aient continué, au moins jusqu’à Jacques Ier, à avoir cours comme numéraire, on tendit de plus en plus à les considérer moins comme un moyen d’échange économique que comme de véritables médailles, destinées spécialement au toucher : si bien qu’on s’attacha à adapter leur légende à la nature particulière de cette cérémonie. Sous Marie Tudor, à la vieille formule banale qui depuis longtemps courait sur leur exergue : O Christ Rédempteur, sauve-nous par ta Croix, on substitua celle-ci, mieux appropriée au miracle royal : Ceci a été fait par le Seigneur et a été une chose merveilleuse devant nos yeux664. Et l’on verra tout à l’heure que, lorsque Jacques Ier modifia le rite, il modifia du même coup l’aspect et la légende de l’angel. Dès le XVIe siècle, le public avait cessé de voir dans cette pièce d’or, si étroitement associée au rite guérisseur, ce qu’elle avait été tout simplement à l’origine : un don charitable. Désormais elle passa communément pour un talisman, pourvu d’une vertu médicinale propre. Si l’on en croit le vénitien Faitta qui, arrivé en Angleterre dans la suite du Cardinal Pole, vit, le 4 avril 1556, Marie Tudor toucher les malades, la reine aurait fait promettre à chaque patient de ne jamais se séparer de la pièce de monnaie [qu’elle leur suspendait au cou] sauf en cas d’extrême besoin665. Que ce propos ait été tenu ou non par la souveraine, le fait même qu’on le lui attribuait prouve que, dès ce moment, on ne considérait plus l’angel comme une monnaie ordinaire. Pour le règne d’Elisabeth, la croyance dans les vertus médicinales de cette nouvelle amulette est nettement attestée par le chapelain de la reine, Tooker, à qui l’on doit le premier livre qui ait été écrit en Angleterre sur le pouvoir guérisseur des rois. Il la rejette comme une superstition vulgaire666. Cette attitude s’imposera par la suite à tous les apologistes du miracle royal. Mais au XVIIe siècle ils ne la soutiennent plus qu’avec peine ; les plus graves auteurs, tels 321 que les médecins Browne et Wiseman, ne protestent plus que pour la forme contre une idée populaire que la conscience commune impose alors à tous les esprits amoureux de surnaturel667. On racontait couramment en Angleterre une historiette dont les héros changeaient, mais dont le thème était toujours le même : une personne avait été touchée par le roi qui, bien entendu, lui avait remis l’angel de rigueur ; tant qu’elle avait conservé ce gage de santé, elle avait paru guérie ; un jour elle l’avait perdu ou s’en était défait ; elle avait aussitôt été reprise du mal ancien668. Toutes les classes de la société partageaient cette opinion : le médecin hollandais Diemerbroeck, qui mourut en 1674, nous raconte qu’il soigna un jour un officier anglais au service des États-Généraux ; ce gentilhomme, ancien miraculé, portait au cou, attaché par un ruban, la pièce qui lui avait jadis été donnée dans son adolescence par son prince ; il refusait de s’en séparer, persuadé que sa guérison ne tenait qu’à elle669. Les personnes charitables offraient dans les paroisses aux pauvres scrofuleux le renouvellement du morceau d’étoffe où pendait leur angel670. Aussi bien le gouvernement s’associait parfois au préjugé commun : une Proclamation du 13 mai 1625 mentionne les personnes qui autrefois guéries, ayant disposé des pièces d’or [du toucher] autrement qu’il n’était prévu, ont par là éprouvé une rechute671. Comment ces individus mal inspirés avaient-ils 322 disposé du cadeau royal, il n’est pas difficile de l’imaginer : ils l’avaient vendu. Nous savons en effet qu’il se faisait tout un commerce de ces talismans672. Les malades qui, pour une raison ou pour une autre, étaient empêchés de se rendre à la cour, ou que peut-être effrayaient les dépenses du voyage, les achetaient, pensant ainsi se procurer, sans doute à frais réduits, une part dans les bienfaits merveilleux distribués par la main sacrée du souverain ; d’où l’indignation des zélotes de la royauté, pour qui le soulagement ne pouvait être obtenu que par le contact direct de cette auguste main. Les septièmes fils, en Angleterre, comme en France, fidèles imitateurs des monarques, prirent l’habitude, eux aussi, de pendre au cou de leurs patients des pièces de monnaie, qui étaient d’argent, leurs moyens ne leur permettant pas d’égaler la munificence de leurs concurrents royaux ; ils conservèrent cet usage, au moins en certaines régions, jusqu’au XIXe siècle673. Nous verrons plus tard que, en ce siècle également, c’est sous la forme de l’amulette monétaire que survécut le plus longtemps en Grande-Bretagne la croyance au don thaumaturgique des rois. Ainsi, en plein XVIe siècle, la foi dans le miracle royal avait encore assez de vigueur pour donner naissance à une superstition nouvelle. Comment l’idée était-elle venue aux Anglais de considérer les angels comme les véhicules du pouvoir guérisseur ? L’emploi, dans la cérémonie du toucher, de cette pièce d’or toujours la même, imposé sans doute à l’origine par les ambitions de dynasties rivales, fixé ensuite par la tradition, avait vraisemblablement conduit peu à peu les esprits 323 à imaginer qu’un objet si essentiel au rite ne pouvait y jouer le rôle d’une simple aumône ; les rois eux-mêmes, à partir de Henri VIII au moins, en prenant l’habitude de tenir la monnaie en main pendant le signe de croix, avaient, volontairement ou non, encouragé une pareille conclusion. On doit supposer cependant que l’opinion commune n’y inclina si aisément que parce qu’un autre rite, définitivement annexé au cérémonial monarchique vers la fin du moyen âge, donnait déjà l’exemple de talismans consacrés par les rois ; je veux parler des anneaux médicinaux, conçus dès lors comme recevant du contact des mains royales une vertu qui s’incorporait à leur substance. Dans l’imagination commune, le vieux miracle du toucher finit en quelque façon par se modeler sur le jeune miracle du Vendredi Saint. N’en arriva-t-on pas à se persuader que le toucher revêtait une efficacité particulière lorsqu’il avait lieu, lui aussi, le jour du Bon Vendredi674 ? C’est que la plus récente des deux manifestations du privilège surnaturel des rois était, vers l’an 1500, en pleine popularité et, si l’on peut dire, en pleine verdeur. Le succès du toucher des écrouelles se mesure au nombre des malades accourus aux cérémonies ; celui des anneaux à l’empressement que mettait le public à rechercher les cercles d’or ou d’argent bénis après l’adoration de la croix. Cet empressement, autant qu’on en peut juger par les correspondances ou récits du temps, paraît bien avoir été sous les Tudors extrêmement vif. Rien n’est plus caractéristique à cet égard que l’exemple de Lady Lisle. Honor Grenville avait épousé en 1528 le vicomte Lisle, fils naturel du roi Édouard IV ; en 1533, elle suivit son mari à Calais, dont il était gouverneur ; de là elle entretint avec l’Angleterre un commerce épistolaire très actif. Le hasard d’une confiscation, à la suite d’un procès politique, nous a valu de conserver les lettres qu’elle recevait. Lorsqu’on les parcourt, on est tout étonné de la place qu’y tiennent les cramp-rings. Lady Lisle, qui était peut-être rhumatisante, les collectionnait avec une sorte de ferveur ; son estime pour leur vertu allait jusqu’à les lui faire considérer comme souverains contre les douleurs de l’enfantement ; ses enfants, ses amis, ses hommes d’affaires s’ingéniaient à lui en procurer ; c’était évidemment le moyen le plus sûr de lui plaire. Sans doute une passion si forte n’était point commune ; cette grande dame avait, peut-on croire, quelque excentricité dans l’esprit ; vers 324 la fin de sa vie, son cerveau se dérangea tout à fait675. Mais, à un moindre degré, sa foi paraît avoir été généralement partagée. Les cramp-rings figurent souvent dans les testaments de cette époque parmi les biens précieux légués aux intimes676.

La réputation du rite du Vendredi Saint ne s’arrêtait point aux frontières de l’Angleterre. L’Écosse appréciait les anneaux médicinaux ; l’envoyé anglais en donnait aux notables de là-bas qu’il voulait se rendre favorables677 ; en 1543 un grand seigneur écossais, Lord Oliphaunt, fait prisonnier par les Anglais et relâché ensuite sous promesse de servir les intérêts de Henri VIII, repartait pour sa patrie chargé de cramp-rings678. Sur le continent même, la gloire des anneaux miraculeux était largement répandue. Les rois d’Angleterre s’en faisaient personnellement les propagandistes : Henri VIII offrait 325 de sa main aux étrangers de distinction présents auprès de lui les cercles de métal qu’il avait consacrés679. Ses propres envoyés en distribuaient dans les pays où ils étaient accrédités : en France680, à la cour de Charles-Quint681, à Venise682 et, avant le schisme, à Rome même683.

À vrai dire, les visiteurs que recevait le roi magicien, quels que fussent leurs sentiments secrets, ne pouvaient guère faire autrement que de paraître recevoir avec reconnaissance ces cadeaux merveilleux. D’autre part, en réclamant avec insistance au gouvernement anglais les talismans bénis par le roi, les diplomates que ce gouvernement détachait dans les diverses cours de l’Europe pensaient peut-être autant à flatter leur maître dans son orgueil thaumaturgique qu’à servir ses intérêts par d’habiles générosités. Les cramp-rings, importés d’une façon ou d’une autre dans ces contrées, y étaient devenus, comme d’ailleurs en Angleterre même, un objet de commerce ; c’est vraisemblablement afin d’en faire argent que, au mois de juin 1515, le 326 génois Antoine Spinola, agent secret au service de la cour de Londres, retenu à Paris par ses créanciers, en réclamait une douzaine à Wolsey, car, disait-il, il m’en a été demandé avec instance par de riches gentilshommes684. Mais, si on en vendait ainsi un peu partout, on ne les vendait pas toujours très cher. Benvenuto Cellini, dans ses Mémoires, voulant donner l’idée d’anneaux de peu de prix, cite ces petits anneaux contre la crampe qui viennent d’Angleterre et valent un carlin — une petite pièce de monnaie—ou environ685. Après tout, cependant, un carlin, c’était encore quelque chose. Et nous avons, par divers témoignages qu’on ne peut, comme ceux des diplomates, soupçonner d’insincérité protocolaire, la preuve que, en dehors même de l’Angleterre, les anelli del granchio, sans être peut-être réputés aussi précieux qu’on le persuadait à Henri VIII, étaient plus recherchés que la phrase de Benvenuto ne pourrait le faire penser ; et cela même dans les milieux qu’on eût pu croire le moins accessibles à ce genre de superstitions. En Allemagne, Catherine de Schwarzbourg, qui fut l’amie de Luther, en demandait à ses correspondants686. L’humaniste anglais Linacre, médecin de son état, en commerce d’amitié avec le grand Guillaume Budé, pensait certainement lui faire plaisir en lui en adressant quelques-uns, accompagnés d’une belle lettre grecque ; peut-être dans la réponse de Budé, écrite dans la même docte langue, une certaine ironie se joue-t-elle, mais si légère et si voilée qu’elle laisse le 327 lecteur indécis687. En France, sous Henri IV encore, si l’on en croit le médecin Du Laurens, beaucoup de particuliers conservaient dans leurs trésors quelques exemplaires de ces anneaux guérisseurs qu’à cette époque les rois d’Angleterre, depuis cinquante ans environ, avaient cessé de faire fabriquer688. Dans l’Europe de la Renaissance la foi au miracle royal sous tous ses aspects était encore bien vivante et, comme au moyen âge, ne faisait guère acception de rivalités nationales. Pourtant, vers la seconde moitié du XVIe siècle, elle devait subir le contre-coup du grand ébranlement qui secouait alors, de par le monde occidental, tant d’institutions politiques et religieuses.

2.
Renaissance et Réforme

En 1535, Michel Servet fit paraître à Lyon une traduction, avec notices additionnelles, de la Géographie de Ptolémée ; on y lisait, parmi les suppléments, ces mots : On rapporte des rois de France deux choses mémorables : premièrement, qu’il existe dans l’église de Reims un vase éternellement plein de chrême, envoyé du ciel pour le couronnement, dont tous les rois sont oints ; deuxièmement que le Roi, par son seul contact, guérit les écrouelles. J’ai vu de mes propres yeux ce roi toucher plusieurs malades atteints de cette affection. S’ils furent vraiment rendus à la santé, c’est ce que je n’ai point vu. Le scepticisme, encore que discrètement exprimé, ne se dissimule guère… En 1541, à Lyon toujours, une seconde édition du même livre sortit des presses ; la dernière phrase, supprimée, était remplacée par celle-ci : J’ai ouï dire que maint malade a été rendu à la santé689. 328 C’était une palinodie. Ce petit épisode bibliographique est fort instructif. On y voit d’abord dans quelle famille d’esprits eurent chance, pendant longtemps, de se recruter les écrivains assez osés pour mettre en doute le miracle royal ; on ne saurait guère les rencontrer ailleurs que parmi des hétérodoxes impénitents, habitués à rejeter bien d’autres croyances reçues jusque-là comme articles de foi : hommes fort capables, comme Servet lui-même, ou comme plus tard Vanini que nous verrons aussi paraître sur notre route, de finir sur des bûchers élevés par l’une ou l’autre des orthodoxies religieuses du temps. Mais Servet s’était rétracté ; il est permis de supposer que ce repentir n’avait pas été spontané ; on le lui imposa sans doute. Il ne fut guère possible, pendant de longues années, dans un livre imprimé en France ou, ajoutons-le tout de suite, en Angleterre, d’attaquer ouvertement une superstition à laquelle le prestige de la monarchie était intéressé ; à tout le moins c’eût été une témérité inutile, qu’on ne commettait pas volontiers. Les mêmes réserves, comme de juste, ne s’imposaient pas aux écrivains étrangers. Il y eut alors — au XVIe siècle et dans les premières années du siècle suivant — en Italie un groupe de penseurs que l’on peut appeler naturalistes, si l’on entend par là que, ayant reçu de leurs prédécesseurs l’image d’un univers plein de merveilleux, ils s’efforcèrent d’en éliminer les influences surnaturelles. Sans doute leur conception de la nature était bien éloignée de la nôtre ; elle nous paraît aujourd’hui toute pleine de représentations contraires à l’expérience ou à la raison ; personne plus volontiers que ces libres esprits ne fit appel à l’astrologie ou à la magie ; mais cette magie ou cette astrologie qui, à leurs yeux, étaient parties intégrantes de l’ordre des choses, leur servaient précisément à expliquer une foule de phénomènes 329 mystérieux dont la science de leur temps ne leur permettait pas de rendre compte et qu’ils se refusaient pourtant à interpréter, selon les doctrines professées avant eux et autour d’eux, comme les manifestations arbitraires de volontés surhumaines. Or, qui, à cette époque, étant préoccupé par le miracle, eût pu laisser de côté ce miracle patent, familier, quasi quotidien : les guérisons royales ? Parmi les principaux représentants de cette école italienne, plusieurs et des plus notoires, Pomponazzi, Cardan, Jules-César Vanini, auxquels on peut ajouter l’humaniste Calcagnini, tinrent en effet à exprimer, au moins en passant, leur opinion sur ce sujet d’actualité ; aucun d’eux ne doutait qu’il n’y eût effectivement des guérisons ; mais ils s’attachèrent à les expliquer par des causes naturelles, je veux dire correspondant à l’idée qu’ils avaient de la nature. Nous aurons plus tard l’occasion d’examiner les solutions qu’ils proposèrent lorsque nous devrons revenir, à notre tour, à la fin de cette étude, sur le problème qu’ils eurent le mérite d’énoncer. Ce qu’il importe de retenir ici, c’est leur refus d’accepter la théorie traditionnelle : pour eux, le caractère sacré des rois n’est plus une raison suffisante de leur pouvoir guérisseur690.

Mais les idées de cette poignée de libertins, étrangers du reste aux deux pays directement intéressés par le don royal, ne pouvaient guère avoir d’influence sur l’opinion commune. Plus décisive devait être l’attitude des réformateurs religieux. Ceux-ci ne niaient pas le surnaturel, tant s’en faut, et ils ne songeaient pas, du moins tant qu’ils ne furent pas persécutés, à s’attaquer aux royautés. Sans vouloir parler de Luther, n’a-t-on pas pu dire avec juste raison de Calvin lui-même que, dans son Institution chrétienne, la thèse de la monarchie de droit divin se trouve… aussi solidement fondée sûr les propres paroles de l’Ecriture Sainte qu’elle le sera dans l’œuvre de Bossuet691 ? Nettement conservateurs pour la plupart, au moins dans le principe, 330 en matière politique, aussi bien qu’ennemis résolus de toute interprétation purement rationnelle de l’univers, pourquoi eussent-ils de but en blanc pris position contre la croyance aux vertus thaumaturgiques des rois ? Nous allons voir en effet que pendant longtemps ils s’en accommodèrent fort bien L’exemple de la France est à ce propos peu instructif. On n’y perçoit pendant de longues années, dans le camp réformé, aucune protestation contre le toucher des écrouelles ; mais, comme on l’a vu, ce silence était, à défaut d’autre raison, commandé par la plus élémentaire prudence. Il s’étendait à tout ce qui avait rapport au miracle dynastique : ce n’est vraisemblablement pas par oubli que, en 1566 encore, dans son Apologie pour Hérodote, Henri Estienne omettait de la liste des saints qui doivent à un calembour leur rôle de guérisseur le nom de saint Marcoul. Mais regardons vers les pays protestants eux-mêmes. Nous savons déjà qu’en Allemagne Luther, d’ailleurs dominé sur tant de points par les représentations populaires anciennes, admettait avec candeur qu’un remède donné par la main d’un prince recevait de cette circonstance une efficacité particulière. Catherine de Schwarzbourg, héroïne de la foi nouvelle, recherchait les cramp-rings anglais692. En Angleterre, les deux rites guérisseurs continuèrent à être pratiqués après le schisme ; et cela non seulement par Henri VIII, qu’on ne peut guère qualifier de souverain protestant, mais même par Édouard VI, si préoccupé d’effacer en toutes choses la trace des superstitions papistes. Sous le règne de ce prince, l’office du Vendredi Saint s’était dépouillé des formes romaines ; depuis 1549 au moins, il était interdit aux Anglais de ramper vers la croix693 ; pourtant le petit roi théologien ne cessa jamais de consacrer, au jour anniversaire de la Passion, les anneaux médicinaux ; l’année même de sa mort, déjà presque mourant, il accomplit encore le geste ancestral selon l’ancien ordre et l’ancienne coutume, disent, peut-être avec une nuance d’excuse, ses livres de comptes694.

331La Réforme cependant devait à la longue porter aux guérisons royales des atteintes très rudes. Le pouvoir thaumaturgique des rois découlait de leur caractère sacré ; celui-ci était créé ou confirmé par une cérémonie, le sacre, qui se rangeait parmi les pompes de l’ancienne religion. Le protestantisme regardait avec horreur les miracles que l’opinion commune prêtait aux saints : les miracles attribués aux rois ne rappelaient-ils pas ceux-là de fort près ? Au surplus, saint Édouard en Angleterre, saint Marcoul en France étaient les patrons attitrés du toucher des écrouelles : patronages, aux yeux de certains, bien compromettants. Les novateurs étaient très loin d’exclure de leur univers les influences surnaturelles ; mais beaucoup d’entre eux répugnaient à admettre, de la part de ces forces, une intervention aussi fréquente dans la vie quotidienne que l’avaient supposé les générations précédentes ; écoutez les raisons que, selon le récit d’un espion pontifical, Jacques Ier d’Angleterre donnait, en 1603, pour justifier sa répugnance à accomplir le rite du toucher : il dit… qu’il ne voyait pas comment il pourrait guérir les malades sans miracle ; or les miracles avaient cessé et ne se faisaient plus695. Dans l’atmosphère merveilleuse qui enveloppait les monarchies occidentales, presque tout était appelé à choquer les adeptes d’une foi épurée ; on devine l’effet que sur des hommes épris d’une sorte de sobriété religieuse pouvait produire la légende de la Sainte Ampoule. Comment les réformés, à mesure qu’ils prenaient de leurs propres idées une conscience plus claire, et surtout dans l’aile avancée du calvinisme, n’auraient-ils pas fini par reconnaître 332 dans le miracle royal une des pièces de ce système de pratiques et de croyances, étrangères selon eux au vrai et primitif christianisme, qu’ils rejetaient comme l’innovation sacrilège d’âges idolâtres, par voir en lui, en un mot, ainsi que le diront nettement les non-conformistes anglais, une superstition qu’il fallait déraciner. Mais ce n’est pas seulement, ce n’est peut-être pas surtout par son action proprement religieuse que la Réforme mit en péril le vieux respect pour la puissance médicinale des rois. Ses conséquences politiques furent, à ce point de vue, très graves. Dans les troubles qu’elle déchaîna à la fois en Angleterre et en France, les privilèges de la royauté se trouvèrent subir un redoutable assaut : parmi eux le privilège thaumaturgique. Cette crise du don de guérison eut d’ailleurs une acuité bien différente dans les deux grands royaumes, dont l’histoire, au XVIe et au XVIIe siècles, s’engage dans des voies à tous égards différentes. C’est en Angleterre qu’elle fut de beaucoup la plus forte et la plus décisive. Commençons donc par ce pays. Le dernier né des actes par où se manifestait la puissance surnaturelle des monarques anglais fut aussi le premier à succomber devant l’esprit nouveau. La consécration des anneaux ne survécut pas au XVIe siècle. Elle était déjà menacée sous Édouard VI. Un jour de mercredi des Cendres, peut-être en l’année 1547, un prédicateur d’avant-garde, Nicolas Ridley, parlant devant ce prince et sa cour, s’éleva contre un certain nombre de pratiques qu’il tenait pour idolâtres, notamment contre l’adoration des images et l’usage de l’eau bénite dans les exorcismes ; osa-t-il du même coup s’en prendre ouvertement aux anneaux médicinaux ? Il semble bien, en tout cas, avoir donné à ses auditeurs l’impression qu’il les condamnait, au moins implicitement. Les partisans d’une réforme plus modérée, héritiers légitimes de la pensée de Henri VIII, s’efforçaient alors de retenir à eux le jeune roi ; ils avaient tout intérêt à porter la lutte sur un terrain où la gloire de la monarchie pouvait paraître engagée. L’un d’eux, et des plus notoires, l’évêque Gardiner, écrivit à Ridley une lettre de protestation696 ; il s’y faisait le champion de tout ce que l’ardent sermonnaire avait attaqué, expressément ou par allusion, et notamment de la bénédiction des cramp-rings, don de Dieu, prérogative héréditaire des rois de ce royaume. On voit assez bien par cette 333 controverse ce qui dans l’ancienne coutume magique, davantage encore que dans le toucher des écrouelles, choquait les ennemis du culte romain ; ils ne pouvaient manquer de sentir en elle à juste titre une sorte d’exorcisme ; l’eau bénite, dont les anneaux étaient aspergés, était à leurs yeux une marque certaine de superstition697. Édouard VI par la suite persécuta Gardiner ; il fit de Ridley un évêque de Londres ; pourtant, au sujet du miracle royal, c’est, on l’a déjà vu, le vœu du premier — ne negligat donum curationis — qu’il remplit jusqu’au bout ; chez lui le point d’honneur monarchique l’emporta, à cet égard, sur les doctrines évangélistes. Sous Marie Tudor, bien entendu, la cérémonie du Vendredi Saint continua à être régulièrement célébrée : avec quelle pompe, nous le savons déjà. Mais, après l’avènement d’Elisabeth (1558), dans une cour de nouveau protestante, elle cessa d’avoir lieu : elle disparut sans bruit, vraisemblablement dès le début du règne698. Pendant quelque temps, on continua dans le public à thésauriser les cramp-rings bénis par les souverains d’autrefois699 ; puis, peu à peu, on cessa d’attacher du prix à ces cercles de métal sans apparence, que rien extérieurement ne distinguait des bagues les plus banales. Aucun cramp-ring royal authentique n’est venu jusqu’à nous700 ; ou du moins, s’il s’en est conservé, 334 nous les manions sans les reconnaître : le secret de leurs vertus, devenu indifférentes à des générations incrédules, ne nous a pas été transmis. Elisabeth avait vraiment tué le vieux rite. Pourquoi, beaucoup moins fervente réformée que son frère Édouard, avait-elle cru devoir rompre avec une tradition que, en dépit de Ridley et de son parti, il avait toujours maintenue ? Peut-être la réaction catholique, qui avait sévi sous le règne de Marie, avait-elle rendu les esprits plus chatouilleux. On peut supposer aussi que la reine, résolue à sauvegarder, envers et contre tous, le toucher des écrouelles, tint à donner quelques satisfactions aux adversaires des croyances anciennes en leur sacrifiant celui des deux rites guérisseurs qui, ne mettant pas le souverain en présence de la foule souffrante, importait le moins au prestige monarchique. Elisabeth, en effet, ne cessa jamais de guérir les scrofuleux701. Elle conserva fidèlement le cérémonial traditionnel, se bornant à éliminer de la liturgie une prière où il était question de la Vierge et des saints et, selon toute vraisemblance, à transposer en anglais le rituel latin des âges antérieurs702. Nous n’avons pas pour son règne de documents nous donnant le nombre exact des malades accourus vers elle ; mais tout semble indiquer qu’elle exerça son merveilleux pouvoir avec plein succès703. Non sans rencontrer une assez forte 335 opposition cependant. Le scepticisme discret de certains libres esprits, comme ce Réginald Scot qui, directement inspiré par les philosophes italiens, fut en Angleterre un des premiers adversaires de la croyance à la sorcellerie, ne devait pas être bien dangereux704. Mais deux groupes d’hommes influents refusaient de reconnaître à leur souveraine le don du miracle : les catholiques, parce qu’elle était hérétique et excommuniée ; les protestants avancés, les puritains comme on commençait à les appeler, dont la position était définitivement prise, pour les raisons doctrinales que j’ai déjà indiquées, vis-à-vis d’une pratique qu’ils traitaient sans ambages de superstitieuse. Il fallait défendre contre les incrédules le vieux privilège de la dynastie anglaise. Les prédicateurs officiels s’y employaient du haut de la chaire705, et aussi, dès ce moment, les écrivains, par le livre. De ce règne date le premier ouvrage qui ait été consacré au toucher, le Traité du charisme de la guérison que publia en 1597 le très humble chapelain de sa Majesté très Sacrée, William Tooker. Dédié à la reine elle-même, c’est bien, entendu, un dithyrambe à l’éloge du miracle royal : production assez misérable au reste et dont on a peine à croire qu’elle ait jamais converti personne706. Cinq ans plus tard, un des chirurgiens 336 de la reine, William Clowes, jaloux de l’exemple donné par le chapelain, écrivit à son tour — en anglais cette fois, alors que l’homme d’Église était resté fidèle au latin — un traité fructueux et approuvé sur la guérison des écrouelles par les rois et reines d’Angleterre707. L’apparition de ces plaidoyers était un signe des temps. La vieille foi dans la vertu thaumaturgique des rois était loin d’être morte en Angleterre ; mais elle n’était plus unanimement partagée ; c’est pourquoi elle avait besoin d’apologistes. L’avènement de Jacques Ier, en 1603, faillit lui porter un coup mortel. Il est curieux que ce prince qui, dans ses écrits politiques, se montre à nous comme un des théoriciens les plus intransigeants de l’absolutisme et du droit divin des rois708, ait pu hésiter à pratiquer un rite dans lequel s’exprimait si parfaitement le caractère surhumain de la puissance monarchique. Ce paradoxe apparent est pourtant aisément explicable. Jacques avait été élevé en Écosse, dans un milieu rigoureusement calviniste. En 1603, il était encore tout pénétré des leçons de ses premiers maîtres ; s’il prit néanmoins dès le début de son règne la défense de l’épiscopat, c’est qu’il considérait la hiérarchie ecclésiastique comme le soutien le plus sûr de la puissance royale ; mais ses sentiments religieux étaient restés ceux qu’on lui avait enseignés : d’où sa répugnance à accomplir un prétendu miracle, où on lui avait appris à ne voir que superstition ou imposture. Il demanda d’abord expressément à en être dispensé709. Il se résigna par la suite, 337 sur les remontrances de ses conseillers anglais ; mais non sans répugnance. Un espion de la cour de Rome nous a laissé un récit piquant de son premier toucher, qui eut lieu sans doute en octobre 1603. La cérémonie fut précédée d’un prêche par un ministre calviniste. Puis le roi lui-même qui, comme l’on sait, ne dédaignait ni la théologie ni la pratique de l’art oratoire, prit la parole. Il exposa le cruel dilemne dans lequel il se trouvait pris : ou bien commettre une action peut-être superstitieuse, ou bien rompre avec un usage antique, jadis instauré dans l’idée de procurer un bienfait aux sujets du royaume ; il s’était donc résolu à tenter l’expérience, mais il ne voulait considérer le rite qu’il allait accomplir que comme sorte de prière adressée au ciel pour la guérison des malades, prière dans laquelle il demandait aux assistants de se joindre à lui. Sur ce, il commença à toucher les scrofuleux ; et, ajoute malignement notre informateur, pendant tout ce discours on observa que le roi tourna plusieurs fois les yeux vers les ministres écossais qui étaient près de lui, comme s’il en attendait une marque d’approbation, ayant précédemment conféré à ce sujet avec eux710.

338On ne sait si dès ce moment le thaumaturge récalcitrant avait épuré le cérémonial traditionnel. Il le fit en tout cas peu après. Elisabeth, comme ses prédécesseurs catholiques et comme Henri VIII lui-même, traçait le signe de croix sur les parties malades, au grand scandale, du reste, de certains de ses sujets protestants711. Jacques refusa de l’imiter sur ce point. Il se contentait, lorsque les malades, après avoir été une première fois touchés, repassaient devant lui, de leur suspendre ou faire suspendre au cou la pièce d’or, sans accomplir le geste symbolique qui rappelait de trop près l’ancienne foi. En même temps, la croix disparut des angels qu’elle avait ornés jusqu’alors, et leur légende fut abrégée de manière à supprimer le mot de miracle (mirabile712). Grâce à ces modifications, grâce aussi, peut-on croire, à l’accoutumance et au temps qui l’écart ait des enseignements de sa jeunesse, Jacques Ier finit par accepter d’accomplir régulièrement la fonction de guérisseur, vraisemblablement sans l’accompagner chaque fois des mêmes précautions oratoires qu’à son premier essai. Il ne paraît d’ailleurs pas l’avoir toujours prise très au sérieux. Lorsque, en 1618, un ambassadeur turc, par un éclectisme 339 religieux, à vrai dire assez plaisant, lui demanda de toucher son fils qui souffrait des écrouelles, le roi, nous dit-on, sans refuser de s’exécuter, rit de tout son cœur713.

C’est dans les premières années de ce règne que Shakespeare produisit sur la scène son Macbeth. La pièce était faite pour plaire au nouveau souverain ; les Stuarts ne passaient-ils pas pour issus de Banquo ? Dans la vision prophétique du quatrième acte, lorsqu’apparaît sous les yeux de Macbeth épouvanté la lignée qui doit sortir de sa victime, le dernier des huit rois qui défilent au son des hautbois, c’est Jacques lui-même portant le triple sceptre de ses trois royaumes. Il est frappant que dans cette même tragédie le poète ait cru bon, comme on l’a vu, d’insérer un éloge du pouvoir thaumaturgique : A most miraculous work in this good king714. Allusion ? conseil discret ? ou simplement ignorance des hésitations que le dernier des descendants de Banquo avait d’abord montrées quand il s’était agi pour lui d’accomplir cette tâche miraculeuse ? Comment le dire ? En tous cas, Shakespeare, sur ce point comme sur tant d’autres, était l’interprète fidèle de la conscience populaire. La masse de la nation ne concevait pas encore qu’un roi fût vraiment roi sans la grâce de la bénédiction qui guérit. 1’opinion des fidèles de la monarchie était assez forte pour triompher des scrupules du monarque lui-même. Charles Ier toucha comme son père, mais, ayant été élevé dans l’anglicanisme, sans les mêmes inquiétudes de conscience que lui. Sous les premiers Stuarts, les positions se sont donc définitivement 340 fixées. La croyance au miracle royal fait partie de ce corps de doctrines mi-religieuses, mi-politiques auquel demeurent attachés les partisans de la prérogative royale et de l’Église établie, c’est-à-dire la grande majorité du pays ; elle est rejetée par de petits groupes animés d’une religiosité ardente, qui voient en elle à la fois le triste héritage de superstitions anciennes et une des manifestations de cet absolutisme royal qu’ils s’habituent à détester. En France, nous l’avons vu, les Calvinistes gardèrent pendant longtemps, au sujet du pouvoir guérisseur attribué aux rois, un silence respectueux, ou prudent. Il est vrai que ce silence même n’était pas toujours sans éloquence : quoi de plus significatif par exemple que l’attitude d’un Ambroise Paré, évitant, contrairement à l’usage de la littérature médicale de son temps, dans le chapitre Des Scrophules ou Escrouelles de son traité de Chirurgie, toute allusion au traitement miraculeux du mal royal715 ? Il semble bien, au reste, que, du moins après le commencement des troubles, on ait, dans le parti réformé, été quelquefois plus loin qu’une protestation muette. Le père Louis Richeome, de la Compagnie de Jésus, dans ses Trois discours pour la religion catholique parus en 1597, traitant du don de guarir les escrouelles donné aux très Chrestiens Rois de France s’élève contre la mescreance ou l’impudence de quelques François chirurgiens de mauvaises mains et de pire conscience, et de certains gloseux de Pline endrogués des boettes de Luther qui ont tasché d’exténuer et ravaler par calomnies ce miracle716. Je n’ai pu découvrir le sens de ces allusions 341 qui visent évidemment des personnes déterminées ; du moins est-il clair qu’elles s’appliquent à des auteurs protestants. Mais dans l’ensemble la polémique des réformés ne paraît pas s’être jamais portée bien activement de ce côté-là ; sans doute les écrivains de ce camp ne tenaient-ils pas beaucoup à attaquer dans un de ses privilèges les plus populaires la royauté, que pour la plupart ils ne désespérèrent jamais tout à fait, malgré tant de déboires, de se rendre favorable ou du moins tolérante. C’est d’un autre côté que vint l’attaque la plus vive contre la vertu thaumaturgique, non pas des rois en général, mais d’un roi en particulier. Quand Henri III se fut définitivement brouillé avec la Ligue, les ligueurs estimèrent qu’il s’était par son impiété rendu indigne d’exercer le surnaturel pouvoir imparti à sa race ; on racontait qu’un de ses familiers, ayant été atteint des écrouelles, avait en vain été touché à plusieurs reprises par la main royale. Le chanoine Meurier, qui écrivit, après la mort de Henri III, et contre Henri IV, un Traité de l’Onction, voyait dans cette incapacité médicale un avertissement divin donné au peuple de France ; si celui-ci acceptait un roi qui ne fût pas régulièrement sacré (Henri IV en ce temps était encore protestant et Reims aux mains de ses ennemis), plus jamais les scrofuleux n’obtiendraient le bienfait de la guérison miraculeuse717.

342Le Béarnais se fit catholique ; il fut sacré, non pas, il est vrai, à Reims ni avec le baume de la Sainte Ampoule, mais du moins à Chartres, avec une huile qu’un ange, disait-on, avait remise autrefois à saint Martin ; il toucha à son tour et, quoiqu’en pussent penser les adeptes de Meurier, les foules vinrent à lui. La première cérémonie eut lieu, non pas tout de suite après le sacre, mais à Paris, le dimanche de Pâques 10 avril 1594, dix-huit jours après l’entrée des troupes royales. Paris n’avait plus vu d’acte de ce genre depuis la fuite de Henri III en 1588 ; les malades se présentèrent en grand nombre ; ils étaient de 6 à 700 selon Favyn, 960 selon de Thou718. Par la suite Henri IV continua, aux quatre grandes fêtes, Pâques, Pentecôte, la Toussaint, Noël, et même plus souvent quand il y avait lieu, à dispenser la grâce de la guérison aux scrofuleux, qui toujours accouraient par centaines, voire par milliers719. Il estimait cette besogne fatigante720 — comme firent tous les rois de France, il touchait debout, — mais il n’avait garde de s’y soustraire. Désireux de reconstruire la monarchie, comment eût-il négligé cette part de sa tâche royale ? Pour affermir solidement l’autorité, ébranlée par tant d’années de lutte civile, des mesures administratives ne pouvaient suffire ; il fallait fortifier dans les cœurs le prestige de la dynastie et la foi dans la légitimité du prince régnant ; le miracle héréditaire n’était-il pas un des meilleurs instruments de ce prestige et de cette légitimité la preuve la plus éclatante ? C’est pourquoi Henri IV ne se contenta pas de pratiquer effectivement le rite merveilleux ; de lui ou de son entourage partit toute une propagande en faveur du don thaumaturgique. Par le livre d’abord : le propre médecin du roi, André Du Laurens, publia en 1609 et dédia à son maître un traité sur Le pouvoir merveilleux de guérir les écrouelles, divinement concédé aux seuls Rois Très 343 Chrétiens, longue plaidoirie dont le thème est suffisamment indiqué par ces titres de chapitres : Le pouvoir miraculeux de guérir les écrouelles, concédé aux rois de France, est surnaturel et ne vient pas du Démon… Il est une grâce, gratuitement donnée par Dieu721. L’ouvrage semble avoir eu un grand succès ; il fut plusieurs fois réimprimé et traduit722. On ne sait, écrivait en 1628 Gui Patin dans une sorte de préface en vers latins mise en tête d’une des éditions nouvelles, ce qui paraît avec le plus d’éclat en lui, ou la gloire du roi, ou la science de l’écrivain. Mais à côté du public qui lit de gros livres, il convenait d’atteindre le public plus vaste qui regarde les images. Le graveur P. Firens — un Flamand établi rue St- Jacques à l’enseigne de l’Imprimerie de Taille Douce — mit en vente vers le même temps une estampe où l’on voyait représentée au naturel la cérémonie du toucher723. Le roi longe les rangs des malades agenouillés ; ses aumôniers le suivent ; le premier médecin tient la tête de chaque miraculé au moment où la main du prince vient se poser sur ses plaies ; la scène se passe en plein air, au milieu d’architectures un peu lourdes, parmi un grand déploiement d’appareil militaire. Au bas de la gravure on lit une longue légende à l’honneur des rois en général, vifs portraits de la Divinité, et en particulier du roi Très Chrétien et de ses miracles ; elle se termine comme il suit : Excusez donc, Lecteurs, ma hardiesse, i’ ay pour deffence l’appuy d’un grand Roy, et pour sauvegarde l’ardent désir que i’ay de faire voir les merveilles du Grand Dieu724. L’appuy d’un 344 grand Roy : je pense qu’il convient de prendre ces mots à la lettre. Aussi bien savons-nous par ailleurs que Firens mit à plusieurs reprises son burin au service de la propagande monarchiste725. Premier médecin et graveur servaient chacun à leur façon la même politique, dont le thème était donné d’en haut. Ainsi, en France comme en Angleterre, après les luttes du XVIe siècle, la vieille croyance dans le don surnaturel des rois avait, en apparence du moins, triomphé une fois de plus. Elle forme un des articles de cette foi monarchique qui va s’épanouir en France dans l’absolutisme louisquatorzien et en Angleterre, au contraire, succomber peu à peu, mais non sans sursauts, dans un nouveau drame politique et religieux. C’est de cette foi en général qu’il convient maintenant de dire un mot : faute de quoi, la vitalité du pouvoir thaumaturgique risquerait de paraître inexplicable.

3.
Absolutisme et royauté sacrée ; la dernière légende du cycle monarchique français726

La manière d’agir et de sentir de la majorité des Français, au temps de Louis XIV, sur le terrain politique a pour nous quelque chose de surprenant et même de choquant ; de même celle d’une partie 345 de l’opinion anglaise, sous les Stuarts. Nous comprenons mal l’idolâtrie dont la royauté et les rois étaient alors l’objet ; nous avons peine à ne pas l’interpréter fâcheusement, comme l’effet de je ne sais quelle bassesse servile. Cette difficulté où nous sommes de pénétrer, sur un point si important, la mentalité d’une époque que la tradition littéraire nous rend pourtant très familière tient peut-être à ce que nous n’en étudions trop souvent les conceptions en matière de gouvernement que dans ses grands théoriciens. L’absolutisme est une sorte de religion : or, ne connaître une religion que par ses théologiens, ne sera-ce pas toujours en ignorer les sources vives ? La méthode en l’espèce est d’autant plus dangereuse que ces grands doctrinaires ne donnent trop souvent de la pensée ou de la sensibilité de leur temps qu’une sorte de déguisement : leur éducation classique leur avait inculqué, avec le goût des démonstrations logiques, une insurmontable aversion pour tout mysticisme politique ; ils laissent tomber ou ils masquent tout ce qui dans les idées de leur entourage n’était pas susceptible d’une exposition rationnelle. Cela est vrai de Bossuet, si imprégné d’aristotélisme, directement ou par l’intermédiaire de saint Thomas, presque autant que de Hobbes. Il y a un contraste frappant entre la Politique tirée des propres paroles de l’Écriture Sainte, au fond si raisonnable, et les pratiques de quasi-adoration monarchique auxquelles son auteur, comme tout le monde autour de lui, s’est associé : c’est qu’il y avait un abîme entre le souverain abstrait que nous présente ce traité de haute science et le prince miraculeux, sacré à Reims avec l’huile céleste, auquel Bossuet croyait vraiment de toute son âme de prêtre et de fidèle sujet727.

PLANCHE III. HENRI IV, ROI DE FRANCE, TOUCHE LES ÉCROUELLES. Gravure au burin, exécutée entre 1594 et 1610.

Ne nous y trompons donc pas. Pour comprendre même les plus 346 illustres docteurs de la monarchie, il est bon de connaître les représentations collectives, legs des âges précédents, qui vivaient encore à leur époque d’une vie singulièrement forte ; car, pour reprendre la comparaison dont je me servais à l’instant, comme tous les théologiens, leur œuvre a surtout consisté à revêtir d’une forme intellectuelle des sentiments très puissants, répandus près d’eux et dont eux-mêmes, plus ou moins inconsciemment, étaient pénétrés. Hobbes soumet la foi des sujets aux décisions du prince ; il écrit en termes dignes des polémistes impérialistes du XIe siècle : bien que les rois n’assument pas la prêtrise en tant que ministère, néanmoins ils ne sont pas à ce point de purs laïques qu’ils ne possèdent la juridiction sacerdotale728. Pour bien saisir l’origine profonde de ces idées, il ne suffit pas de les expliquer par le pessimisme social et l’indifférentisme politique dont Hobbes faisait profession ; ce n’est même pas assez que de se remémorer que ce grand philosophe était citoyen d’un pays dont le souverain s’intitulait : suprême gouverneur du royaume dans les matières spirituelles ou ecclésiastiques aussi bien que les temporelles ; en vérité, c’est toute la vieille conception de la royauté sacrée qui est derrière elles. Quand Balzac affirme que les personnes des Princes, quels qu’ils soient, nous doivent estre inviolables et saintes ou bien lorsqu’il parle des characteres du doigt de Dieu imprimés sur les rois729, ce qui s’exprime ainsi en lui n’est-ce pas au fond, sous un aspect épuré, le même sentiment qui depuis tant de générations continuait de pousser les pauvres scrofuleux vers le roi de France ? Plutôt que de consulter sans cesse ces grands premiers rôles de la pensée, l’historien trouverait peut-être plus de profit à fréquenter les auteurs de second ordre, à feuilleter ces précis de droit public monarchique ou ces éloges de la monarchie — traités de la majesté royale, dissertations sur l’origine et autorité des rois, fianégyres des fleurs de lis — que le XVIe et le XVIIe siècles français ont produits avec tant d’abondance. Non qu’on doive espérer de cette lecture une grande jouissance intellectuelle. Ces ouvrages se tiennent en général à un niveau idéologique assez bas. Jean Ferrault, Claude d’Albon, Pierre 347 Poisson de la Bodinière, H. Du Boys, Louis Rolland, les P. Hippolyte Raulin ou Balthazar de Riez, tous ces noms auxquels on pourrait aisément en ajouter d’autres, n’ont aucun titre à figurer avec honneur dans une histoire de la philosophie sociale ; ceux même de Charles Grassaille, d’André Duchesne et de Jérôme Bignon, bien que peut-être plus dignes d’estime, n’en méritent pas moins l’oubli où ils sont tombés730. Mais les écrits de cette nature, par leur médiocrité et souvent leur grossièreté même, ont l’avantage de se tenir très près des conceptions communes. Et s’ils sont parfois suspects d’avoir été composés par des pamphlétaires à gages, plus soucieux de bien gagner leur argent que de poursuivre le fil d’une pensée désintéressée, c’est tant mieux pour nous, qui cherchons avant tout à saisir, dans son vif, le sentiment public : car les arguments que ces professionnels de la propagande développent avec prédilection sont évidemment ceux qu’ils s’attendaient à voir agir sur la masse des lecteurs. Les idées qu’exposent couramment les publicistes royalistes du XVIe et du XVIIe siècles paraissent souvent banales à quiconque a feuilleté la littérature des périodes précédentes. Elles n’étonnent que si l’on ne sent pas en elles le long héritage médiéval ; pas plus en histoire des doctrines politiques qu’en toutes autres sortes d’histoires, il ne convient de prendre trop au sérieux la coupure traditionnelle que, à la suite des humanistes, nous pratiquons d’ordinaire dans le passé de l’Europe aux alentours de l’an 1500. Le caractère sacré des rois, tant de fois affirmé par les écrivains du moyen âge, reste aux temps modernes une vérité d’évidence sans cesse mise en lumière731. 348 De même, mais d’une voix moins unanime, leur caractère quasi-sacerdotal.

Sur ce point il y avait toujours eu des hésitations, même chez les royalistes les plus fervents. Il y en eut, semble-t-il, de plus en plus. Grassaille, si pénétré de la grandeur de la monarchie française, si accueillant à toutes les légendes qui lui formaient une sorte de halo merveilleux, croit devoir pourtant, à plusieurs reprises, spécifier que le roi, malgré tous ses privilèges ecclésiastiques, n’est au fond qu’un laïque732. Plus tard, au moins dans la France catholique, après le Concile de Trente, la Contre-Réforme, renforçant la discipline dans l’Église, vint établir entre le sacerdoce régularisé et la condition des laïques une distinction mieux tranchée qu’autrefois : d’où, chez beaucoup d’esprits, une répugnance plus vive que par le passé à admettre la situation mal définie d’un roi presque prêtre sans l’être tout à fait. Malgré tout, la vieille notion incorporée dans tant d’usages et tant de rites garda de nombreux adeptes, même dans les rangs du clergé. La majesté des rois de France, écrit en 1597 l’évêque d’Evreux, Robert Ceneau, ne peut être dite tout à fait laïque. De cela on a diverses preuves : d’abord l’onction sainte qui tire son origine du Ciel même ; puis le privilège céleste de la guérison des écrouelles, dû à l’intercession de saint Marcoul ; … enfin le droit de régale, surtout de régale spirituelle, comportant, comme on le voit couramment, le pouvoir de conférer par droit spécial les bénéfices ecclésiastiques733. Pour 349 André Duchesne, en 1609, nos grands Roys… n’ont jamais esté tenus purs laïques, mais ornez du Sacerdoce et de la Royauté tout ensemble734. En 1611, un prêtre, Claude Villette, publie, sous le titre Les Raisons de l’office et cérémonies qui se font en l’Église catholique, un traité de liturgie dont le succès est attesté par les nombreuses rééditions qui en seront données par la suite ; il y commente longuement les rites du sacre ; de plusieurs d’entre eux, l’onction sur les mains, les offrandes faites par le roi, surtout la communion sous les deux espèces, il conclut que le roi est personne mixte et ecclésiastique735. Plus nettement encore, en 1645, l’aumônier Guillaume Du Peyrat présente du privilège eucharistique reconnu aux monarques français la justification que voici : La raison qu’on en peut donner est à mon advis, qu’encores que les Roys de France ne soient pas Prestres comme les Roys des Payens… si est ce qu’ils participent à la Prestrise et ne sont pas purs laïques736. Et c’est le sacre toujours qui, au gré du P. Balthasar de Riez, écrivant en 1672 un long et lourd éloge de la dynastie, rend les personnes royales sacrées et en quelque façon sacerdotales737. L’état d’esprit était le même chez les royalistes anglais. Témoin ces paroles que l’auteur de l’Eikon Basilikè met dans la bouche de Charles Ier prisonnier, à propos du refus qu’on lui avait fait d’un chapelain : peut-être ceux qui me refusèrent pareille chose estimaient-ils que j’avais par moi-même un pouvoir suffisant pour accomplir mes 350 devoirs envers Dieu comme prêtre… En vérité, je crois que les deux offices, royal et sacerdotal, peuvent être séants à la même personne, comme anciennement ils étaient réunis sous un même nom738.

La science des antiquités chrétiennes était d’ailleurs venue offrir à l’appui de cette très ancienne confusion entre les deux offices des arguments inconnus aux polémistes des âges précédents. Le Bas Empire, après la conversion de Constantin et même après que Gratien, en 382, eut renoncé au titre traditionnel de grand-pontife, n’avait pas tout de suite abandonné l’idée d’une sorte de dignité pontificale, s’attachant à l’Empereur. On exhuma au XVIIe siècle quelques vieux textes, ignorés du moyen âge, où s’exprimait cette conception. Longue vie au prêtre, au basileus ! s’étaient écriés en 451 les Pères de Chalcédoine, saluant Marcien. C’est cette acclamation, fixée sans doute par le cérémonial de la cour byzantine, que Daguesseau, dans son Réquisitoire pour l’enregistrement de la Bulle contre les Maximes des Saints, prononcé en 1699 devant le Parlement de Paris, transpose à la louange de Louis XIV, roi et prêtre tout ensemble, ce sont les termes du concile de Chalcédoine739. Surtout, la vie de Constantin, par Eusèbe, plusieurs fois imprimée, fournissait le passage célèbre où l’on voit l’empereur s’intituler τών έϰτόϛ δπό Θεοΰ ϰϰΘεσταμένοϛ έπίσϰοποϛ, ce que l’on traduisait couramment, à tort ou à raison, peu nous importe ici : évêque extérieur, ou encore : évêque du dehors740. À partir du XVIIe siècle, ce devint une banalité que de faire l’application de ces mots au roi de France741. 351 Ainsi l’érudition renaissante assurait une nouvelle survie, sous le masque chrétien, à ces vestiges du paganisme. Jamais époque n’a plus nettement et, peut-on dire, plus crûment que le XVIIe siècle, accentué la nature quasi-divine de l’institution et même de la personne royales : Donc, ô mon fils, disait, en Angleterre, le roi Jacques Ier au prince héritier, avant toute chose apprenez à connaître et à aimer Dieu, envers qui vous avez une double obligation : d’abord parce qu’il vous a fait homme, ensuite parce qu’il a fait de vous un petit dieu, appelé à s’asseoir sur son trône et à régner sur les hommes742. Pour le Français Jean Savaron, président et lieutenant-général en la sénéchaussée d’Auvergne, les monarques sont des Dieux corporels743 ; pour André Duchesne des Dieux en terre744. Le 13 novembre 1625, l’évêque de Chartres, parlant au nom de l’Assemblée du Clergé, s’exprime comme il suit : il est donc à sçavoir, qu’outre l’universel consentement des peuples et des nations, les Prophètes annoncent, les Apôtres confirment, et les Martyrs confessent, que les Roys sont ordonnez de Dieu ; et non cela seulement, mais qu’eus mesmes sont Dieux, Chose qu’on ne peut pas dire avoir esté inventée par la servile flaterie et complaisance des Payens ; mais la vérité mesme le montre si clairement en l’Ecriture saincte que personne ne le peut nier sans blasphème ny en douter sans sacrilège745 On pourrait citer bien d’autres exemples et jusqu’au titre 352 de ce pamphlet royaliste du temps de la Fronde : L’Image du Souverain ou l’Illustre Portrait des Divinités Mortelles746. Vous êtes des dieux, encore que vous mouriez, et votre autorité ne meurt pas, s’écriait Bossuet, parlant au Louvre, le jour des Rameaux 1662, sur les Devoirs des rois747 ; personne, ce jour-là, ne dut s’étonner d’entendre cette expression dans la bouche d’un prédicateur : elle nous paraît aujourd’hui singulièrement hardie et presque blasphématoire ; elle était alors parfaitement banale. Il n’est pas malaisé de découvrir à quelles sources écrivains et orateurs l’avaient puisée. Dans la Bible d’abord. On considérait communément les rois comme visés dans ces deux versets du Psaume 82 : J’ai dit : Vous êtes des Dieux et vous êtes tous enfants du Souverain — Toutefois vous mourrez comme des hommes. Calvin, dans son Commentaire sur les Psaumes748, de même que Bossuet, dans le Sermon que je viens de citer, leur font tous deux l’application de ce texte. Ce n’est pas tout. Les lettrés de ce temps, nourris de la Sainte Ecriture, l’étaient également de littérature antique. L’évêque de Chartres a beau stigmatiser la servile flatterie et vile complaisance des Païens ; il reconnaît qu’ils ont vu juste en égalant les rois aux dieux ; avant lui déjà Claude d’Albon s’autorisait de l’exemple des anciens Philosophes pour déclarer le Prince plus qu’homme… voyre Dieu ou tout au moins demi-dieu749. Ici encore, des souvenirs érudits 353 imposèrent à ces fervents chrétiens un langage tout chargé de paganisme. Ce serait ici le lieu de répéter ce que le grand humaniste du XIIe siècle, Jean de Salisbury, qui fut en même temps un des plus vigoureux champions de la suprématie du spirituel, disait des Romains : Ce peuple a inventé les mots dont nous nous servons pour mentir à nos maîtres750. Au moyen âge déjà, ces influences s’étaient quelquefois fait sentir. Vers la fin du XIIe siècle, Godefroy de Viterbe, parlant à l’empereur Henri VI, s’écriait : Tu es Dieu, de la race des dieux ; Godefroy était un pédant, digne émule de son compatriote et contemporain Pierre d’Eboli qui, lui, traitait couramment le même souverain de Jupiter Tonnant et son épouse de Junon751. Environ un siècle plus tard, Egidio Colonna appelait les rois des demi-dieux752 ; 354 Egidio, lui aussi, avait beaucoup pratiqué les auteurs anciens ; c’est leur lecture qui le poussa à employer un terme qui jure avec l’ensemble de son système politique, médiocrement favorable au pouvoir temporel. En somme, au moyen âge, de pareils écarts sont rares ; il faut bien reconnaître que cet abus du nom divin ne se généralisa guère qu’au XVIIe siècle. Bien entendu, on ne doit pas exagérer la gravité d’excès verbaux de cette sorte ; ce qu’il y a en eux de réminiscences purement littéraires suffit à nous avertir de ne pas les prendre trop au sérieux, Pourtant, n’en diminuons pas trop la portée non plus : les mots ne sont jamais tout à fait séparables des choses. Il est bien frappant de trouver ainsi constamment employées, à cette époque de foi, des tournures que les âges précédents auraient, presque unanimement, rejetées comme idolâtres. Et qu’eût pensé un Grégoire VII du discours de l’évêque de Chartres753 ?

Un moment, les luttes religieuses, vers la fin du XVIe siècle et au début du siècle suivant, avaient paru réveiller les vieilles polémiques du regnum et du sacerdotium ; la controverse entre Bellarmin et Jacques Ier d’Angleterre offre comme un dernier écho des temps grégoriens754 ; de même la longue discussion entre théologiens au sujet du tyrannicide. Mais, en France notamment, l’opinion ecclésiastique, dans son ensemble, était devenue de plus en plus favorable à la royauté sacrée. L’Église inclinait à voir dans le caractère de sainteté auquel prétendaient les rois moins un empiétement sur les privilèges du clergé qu’un hommage à la religion. En particulier, aucun catholique ne songeait plus à frapper pour des raisons théologiques le miracle royal d’ostracisme. En 1572, un prêtre espagnol, gardien jaloux de la doctrine 355 orthodoxe, le Bienheureux Louis de Grenade, dans son Introduction au Symbole de la Foi, maintes fois rééditée et traduite, citait tout naturellement, comme jadis Bradwardine, parmi les miracles du temps présent, la vertu que les rois de France détiennent de guérir un mal contagieux et incurable, celui des écrouelles et lui consacrait un assez long développement755. Aussi bien, dès 1547, le pape Paul III, en un temps où ses différends avec Charles-Quint le disposaient à traiter aimablement les Valois, avait expressément reconnu l’authenticité de cette vertu ; dans la bulle de fondation de l’Université de Reims, datée du 5 janvier de cette année, il vantait la cité rémoise où les rois très Chrétiens reçoivent, des mains de l’archevêque, comme un bienfait envoyé du ciel, l’onction sainte et le don de guérir les malades756.

Pourtant ce don merveilleux ne fut pas, à toutes les époques, traité de la même façon par les écrivains. Au XVIe siècle, tous les apologistes de la royauté, ou peu s’en faut, de Vincent Cigauld sous Louis XII ou de Grassaille sous François Ier à Forcatel sous Henri III lui donnent une place d’honneur dans leurs ouvrages757. Au XVIIe siècle, au contraire, il peut servir de pierre de touche pour distinguer les deux catégories entre lesquelles, très nettement, se répartit alors la littérature politique de l’absolutisme : ce qu’on peut appeler la littérature philosophique et la littérature vulgaire. Les écrits du second ordre — ceux d’un Arroy, d’un Hippolyte Raulin, d’un Maimbourg — en font un large emploi comme d’un argument éminemment propre à frapper leurs lecteurs. Ceux du premier évitent de le nommer. Ni Balzac par exemple dans son Prince ou dans son Aristippe, ni Bossuet dans aucune de ses œuvres essentielles n’accordent la moindre 356 allusion aux guérisons royales. Scepticisme ? non, certes. On ne doit voir dans ce silence qu’une manifestation, entre beaucoup d’autres, de la répugnance qu’éprouvaient ces penseurs pour tout ce qui n’était pas construction strictement rationnelle. Il n’en constituait pas moins pour l’avenir du toucher un symptôme assez menaçant. À ce grand miracle, sans doute, on croyait encore dans presque tous les milieux — Bossuet dans une lettre familière le mentionnait comme une chose tout évidente758 — mais on avait une espèce de pudeur à en parler, comme d’une croyance un peu trop populaire ; plus tard on aura honte d’y croire.

C’est l’onction, on l’a vu plus haut, et spécialement l’huile miraculeuse de la Sainte Ampoule, que Paul III, conformément à une tradition ancienne, considérait comme la source du don de guérison. Par là, ce pouvoir, toujours un peu suspect en son principe, se rattachait à un rite parfaitement chrétien. Cette idée ne trouvait plus guère d’adversaires que parmi les partisans les plus acharnés de saint Marconi ; encore ceux-ci, on le sait, baissèrent-ils rapidement pavillon. Parmi les royalistes les plus fervents, personne ne songeait plus à contester, en cette matière, le rôle attribué à l’onction. Sans doute demeurait-il bien entendu, pour tous les théoriciens de ce bord, que le sacre n’était, comme disait du Haillan, qu’une cérémonie pleine de révérence, ne concernant point l’essence de la souveraineté et à défaut de laquelle le roi ne laissait pas d’estre roi ; les événements qui marquèrent les débuts du règne de Henri IV offrirent l’occasion aux écrivains politiques de proclamer, une fois déplus, cette doctrine, passée à l’état de dogme officiel759. On n’admettait pas que la dignité 357 royale dépendît d’une solennité ecclésiastique. Mais en ce qui concerne le pouvoir thaumaturgique, on se montrait, semble-t-il, moins chatouilleux. Henri IV fut roi bien avant que d’être sacré ; mais il ne toucha point avant son sacre. Il n’alla jamais à Corbeny, dont l’accès, au moment de son couronnement, lui était interdit ; c’était donc bien la consécration par l’huile sainte et non pas l’intercession de saint Marcoul que lui du moins avait attendue pour guérir760. Au sujet de l’origine du miracle royal, comme sur beaucoup d’autres points, il se produisit, au XVIIe siècle, une sorte de réconciliation entre les défenseurs des droits de l’Église et les fidèles les plus ardents de la royauté. Les anciennes légendes sur la Sainte Ampoule, les fleurs de lis ou l’oriflamme continuaient à avoir cours en France. Vers la fin du XVIe siècle, un nouveau récit vint s’ajouter au cycle traditionnel ; ce fut la légende, qui nous intéresse ici tout particulièrement, de la première guérison des écrouelles par Clovis. Le sacre, selon l’opinion la plus généralement répandue, conférait aux rois le droit de guérir ; or Clovis, disait-on, avait été le premier prince français à recevoir l’onction, et cela directement du ciel même ; il était tout naturel de penser que ce monarque favorisé d’En-haut avait été également le premier à savoir soulager les scrofuleux. À dire vrai, une seule chose étonne : c’est que ce mythe ait apparu si tard761. Il fallut, pour le produire au jour, la faconde d’un publiciste méridional. Étienne Forcatel, de Béziers, a acquis dans l’histoire de la science juridique une célébrité d’assez mauvais aloi pour avoir été préféré par les professeurs de Toulouse au grand Cujas, lorsque ce dernier, dont les méthodes nouvelles effrayaient le traditionnalisme du corps universitaire, brigua une chaire dans la Faculté de Droit de cette ville. Un niais incapable d’enseigner, homine insulso et ad docendum 358 minus idoneo, a dit de lui le biographe de Cujas, Papire Masson762. En tout cas un penseur sans originalité et un écrivain dépourvu au plus haut point d’ordre et de clarté, comme en témoigne son Traité de l’empire et la philosophie des Français, paru pour la première fois en 1579. Ce livre, si médiocre, eut pourtant plusieurs éditions763. Bien mieux : c’est à lui, semble-t-il, qu’appartient l’honneur d’avoir lancé de par le monde cette anecdote sur Clovis thaumaturge qui devait par la suite parvenir à tant de célébrité. Pas plus que les écrivains du XVIIe siècle qui la citent, je n’ai pu la trouver dans aucun texte antérieur ; il faut bien admettre qu’elle sortit tout armée du cerveau inventif de Forcatel. La voici, brièvement résumée764. Clovis avait un écuyer qu’il aimait beaucoup ; cet homme, appelé Lanicet — on voit que notre auteur n’était que médiocrement familier avec l’onomastique mérovingienne — fut atteint des écrouelles ; il essaya en vain de divers remèdes, notamment, et par deux fois, de celui que prescrit Celse, qui est de manger un serpent. Alors Clovis eut un songe : il se vit guérissant Lanicet par simple attouchement ; en même temps sa chambre paraissait se remplir d’une flamboyante lumière. Aussitôt réveillé, après avoir rendu grâces à Dieu, il toucha en effet l’écuyer, dont, bien entendu, le mal disparut765. Ainsi naquit le don merveilleux, qui de Clovis passa à ses fils et à tous ses successeurs. Ce qui prouve que cette fable médiocre répondait à une sorte de besoin logique des imaginations, c’est sa prodigieuse fortune. Dès 1597, le chanoine 359 Meurier la reproduit766. Très rapidement elle devient pour les apologistes de la royauté un lieu commun ou, mieux, un article de foi767 ; sans doute les bons historiens, un Du Peyrat, un Scipion Dupleix la rejettent768 ; mais qui les écoute ? malgré les objurgations de Du Peyrat, le médecin Du Laurens lui donne place dans son célèbre traité sur la guérison des écrouelles, qui bientôt fait autorité769. Elle passe les frontières ; on la retrouve dès 1628 chez un historien espagnol770. Elle s’incorpore pleinement au patrimoine légendaire et sentimental de la France. L’auteur du petit ouvrage intitulé Codicilles de Louis XII1 roi de France et de Navarre à son très cher fils aîné., ., qui parut sous la minorité de Louis XIV, développant un curieux programme de fêtes patriotiques, propose d’en placer une au second Dimanche d’après Pasques pour en ce jour remercier Dieu, du don qu’il a fait audit S.-Clovis (sic) et à tous les Roys de France de la Saincte Am-poulle et de la guérison des escrouelles771. Un peu plus tard, Desmarets de Saint-Sorlin, composant sa grande épopée nationale et religieuse Clovis ou la France chrestienne, n’a garde d’oublier un si bel 360 épisode ; et, s’il l’arrange un peu pour corser le dramatique du récit, c’est pour le fond toujours la même historiette qu’avait pour la première fois élaborée Étienne Forcatel772. Le juriste toulousain, que ne retenait vraisemblablement aucun scrupule d’érudition ou de simple honnêteté, avait eu l’audace de fournir au public la légende nécessaire pour compléter le cycle de la royauté miraculeuse. On s’étonnerait du succès de cette espèce de supercherie, si le même cycle n’offrait déjà tant d’exemples de la facilité qu’une invention individuelle a à se propager quand elle est portée par un courant collectif 773.

Mais ce qui prouve mieux que tous les propos de publicistes et que toutes les légendes même la puissance de la royauté merveilleuse, c’est dans la France du XVIIe siècle la popularité du miracle royal et en Angleterre, à la même époque, son rôle dans les luttes civiles.

4.
Le toucher des écrouelles au temps de l’absolutisme français et des premières luttes civiles anglaises

Dans la monarchie française du XVIIe siècle, le toucher des écrouelles a définitivement pris rang parmi les pompes solennelles dont s’entoure la splendeur du souverain774. Louis XIII et Louis XIV y procèdent régulièrement aux grandes fêtes, Pâques, Pentecôte, Noël ou le Jour de l’An, parfois la Chandeleur, la Trinité, l’Assomption, 361 la Toussaint775. Quand la cérémonie a lieu à Paris, le Grand Prévôt la fait annoncer quelques jours à l’avance à son de trompe et par affiches ; nous avons conservé quelques-uns de ces placards du temps de Louis XIV776 ; on en trouvera un ci-dessous, tel que bien souvent les badauds de ce temps les lurent en plein vent sur les murs de leur ville. La scène se passe dans des lieux différents, selon les nécessités du moment ; à Paris d’ordinaire dans la grande galerie du Louvre, 362 ou plus rarement dans une salle basse du même palais, ailleurs dans des salles ou des cours de châteaux, des parcs, des cloîtres ou des églises. Comme il vient beaucoup de monde, la cérémonie est fatigante, surtout par les chaleurs et pour un roi enfant, tel que Louis XIII au début de son règne777 ; mais le souverain, sauf s’il est sérieusement indisposé, ne saurait se soustraire à ce devoir de sa charge ; il se sacrifie à la santé de ses sujets. En temps d’épidémie seulement, on n’admet pas les malades, par crainte de propager la contagion, qui pourrait gagner le roi778. Mais les malades venaient tout de même : ils me persécutent si fort. Ils disent que les rois ne meurent point de la peste…, ils pensent que je sois un Roi de Cartes, disait le petit Louis XIII que cette persécution mettait fort en colère779. C’est que le don 363 thaumaturgique n’a rien perdu de son antique popularité ; nous avons quelques chiffres pour Louis XIII et — d’ordinaire avec moins de précision — pour Louis XIV ; ils sont pareils aux chiffres anciens : plusieurs centaines, parfois plus d’un millier par séance, en 1611 pour toute l’année au moins 2210, en 1620 3125, le jour de Pâques 1613 en une seule fois 1070780 ; le 22 mai 1701, jour de la Trinité, 2400781. Quand, pour une raison ou une autre, la périodicité régulière s’était trouvée interrompue, l’affluence, à la première reprise, avait quelque chose d’effrayant ; à Pâques 1698, Louis XIV, pris d’un accès de goutte, n’avait pu toucher ; à la Pentecôte suivante, il vit se présenter près de trois mille scrofuleux782. En 1715, le samedi 8 juin, veille de la Pentecôte, par une très grande chaleur, le Roi, déjà bien près de la mort, fit pour la dernière fois acte de guérisseur ; il toucha environ 1700 personnes783.

Affiche annonçant que Louis XIV touchera les écrouelles le jour de Pâques 1657

Comme par le passé, c’était une foule cosmopolite dont les flots pressés venaient, aux jours prescrits, encombrer les abords des palais royaux ; pas plus qu’autrefois, la réputation du miracle français ne s’arrêtait aux frontières du royaume. En vérité, pour parler comme le P. Maimbourg, l’empire de ce roi merveilleux n’était borné par aucune frontière naturelle, ni par les chaînes des Pyrénées ou des Alpes, ni par le Rhin, ni par l’Océan ; car la nature même lui était sujette784. Un témoin oculaire, Josué Barbier, qui se trouvait en juin 1618 à Saint-Germain en Laye auprès de la cour, nous a laissé un tableau pittoresque de tout ce peuple bigarré tant Espagnols, Portugais, Italiens, Allemans, Suisses, Flamans que François qu’il vit, le jour de la Pentecôte, rangé tout le long du grand chemin et sous les ombrages du parc, attendant le royal adolescent785. Les hommes d’Église accouraient comme les autres ; nous connaissons au moins trois jésuites portugais qui, en ce temps, firent le voyage 364 de France pour être touchés786. Les arts se mettaient parfois au service de cette renommée universelle. Lorsque les bourgeois de Bologne visitaient leur Palais municipal, ils n’avaient qu’à lever les yeux pour qu’aussitôt leur fût rappelé l’étonnant pouvoir que le roi de France possédait sur la nature. Entre 1658 et 1662, le cardinal Jérôme Farnèse, qui gouvernait cette ville en qualité de légat, avait fait décorer une galerie du vieux Palazzo de fresques exécutées dans le goût pompeux et théâtral de l’école bolonaise : huit grandes compositions dont chacune retraçait un épisode de l’histoire, légendaire ou réelle, de l’antique cité ; membre d’une maison princière que des liens politiques assez étroits rattachaient alors à la France, le cardinal Farnèse se souvint opportunément que François Ier, en 1515, s’était montré aux gens de Bologne dans le rôle de thaumaturge ; sur le mur de droite on peut voir encore aujourd’hui le roi, tel que l’ont peint Carlo Cignani et Emilio Taruffi, effleurant de sa main le cou d’une femme agenouillée, tandis qu’auteur de lui des pages, des hommes d’armes, des malades debouts ou accroupis forment des groupes habilement balancés selon les lois de l’art classique787.

Parmi les étrangers qui venaient ainsi solliciter du roi de France leur guérison, les plus nombreux étaient toujours les Espagnols. Comme pour récompenser leur zèle, on leur donnait le premier rang, lorsqu’on disposait les malades en ordre, avant la cérémonie788. 365 D’ailleurs, comme ils étaient, en tant que nation, regardés généralement avec peu de faveur par l’opinion française, on se moquait volontiers de leur singulier empressement. L’on sait bien, disaient sous Louis XIII les politiques et les protestants, pourquoi, au temps de la Ligue, Bellarmin, Commolet et les autres lumières de la Compagnie de Jésus tenaient tant à donner le royaume de France à la maison d’Espagne : c’était par charité, afin de rendre plus facile à ce peuple scrofuleux l’accès de son médecin attitré789. Ou bien l’on racontait cette plaisante historiette dont, un jour de distribution des prix, le P. Maimbourg fit les délices des élèves du collège de Rouen : un grand seigneur de là-bas avait les écrouelles ; il savait que seul le contact du roi de France lui rendrait la santé ; mais par orgueil il ne voulait avouer ni son mal ni surtout sa foi dans les vertus d’un prince ennemi ; il se rendit donc, comme en visite, à Fontainebleau où résidait alors Henri IV, dissimulant sous sa cuirasse et dans les plis de sa large fraise, à la mode de son pays, son cou tout gâté par la maladie ; le roi l’embrassa pour lui souhaiter la bienvenue ; il guérit790. Mais les politiques avisés ne raillaient pas ; ils se servaient des sentiments bien, connus des malades espagnols comme d’un moyen de propagande. Au temps de Richelieu, on vit un publiciste du parti fiançais en Catalogne 366 invoquer l’argument du miracle pour chercher à convertir ses compatriotes à la cause des Bourbons791.

Ce rayonnement européen donnait du souci aux dynasties rivales. Quel plus bel hommage que leurs inquiétudes, attestées par les âpres attaques des écrivains aux gages de la maison d’Autriche ? Tous ces pamphlétaires, nombreux surtout pendant la première moitié du siècle, se montrent extrêmement préoccupés par le privilège miraculeux des rois de France ; souvent ils revendiquent pour leurs maîtres — Habsbourg de Vienne ou de Madrid — un privilège pareil, sans autre fondement, comme on l’a déjà vu, que le souvenir de tentatives anciennes, depuis longtemps tombées en discrédit, ou même, plus simplement, que les inspirations de leur propre imagination ; de toutes façons ils s’efforcent de diminuer la valeur de ce don si populaire. Voici un exemple assez curieux de cet état d’esprit. En 1635 parut sous le titre de Mars Gallicus un opuscule hispanisant qui eut quelque célébrité ; son auteur signait Alexander Patricius Armacanus ; il ne niait point le miracle français : nier un miracle ! l’audace eut été forte ; mais il s’attachait à prouver que le don du miracle est reçu de Dieu à titre purement gratuit et ne prouve nullement ni la sainteté ni une supériorité quelconque de la part de celui à qui la volonté divine l’a décerné. L’ânesse de Balaam a prophétisé ; dirons-nous pour cela qu’elle devait posséder sur la gent des ânes les prérogatives du pouvoir suprême792 ? Théorie en son fond rigoureusement orthodoxe, mais qu’on voir rarement développée avec autant d’outrance ; c’est que sous le pseudonyme d’Armacanus se cachait un grave théologien, l’évêque 367 d’Ypres, Jansenius ; la passion politique trouvait en l’espèce son appui dans certaines théories sur la grâce et l’arbitraire divin, qui devaient faire quelque bruit de par le monde. Mais les faiseurs de livres avaient beau dire : les Espagnols n’en continuaient pas moins d’accourir vers le roi de France. Quant aux visiteurs de marque, même luthériens, qui faisaient leur tour de Paris, on ne manquait pas de les mener au toucher ; c’était une des curiosités de la capitale, un spectacle qu’il fallait voir, entre une messe en musique et une séance solennelle de l’Académie des Inscriptions793. Ainsi l’histoire du miracle royal dans la France du XVIIe siècle est une histoire très paisible. Sans doute il y avait des incrédules. Il semble bien que la plupart des protestants fussent décidément de ce nombre. Un écrivain sorti de leurs rangs, l’ancien pasteur Josué Barbier, converti au catholicisme vers le début du règne de Louis XIII et très désireux, selon toute apparence, d’utiliser au mieux de ses intérêts ce changement de religion, ne crut pas pouvoir mieux faire sa cour qu’en consacrant au miracle royal un ouvrage d’un ton dithyrambique : Les miraculeux effects de la sacrée main des Roys de France très chrestiens : four la guarison des Malades et conversion des Hérétiques, Il y accuse nettement ses ex-coreligionnaires de ne pas croire à ces miraculeux effects, soit qu’ils attribuent les prétendues guérisons à des illusions du diable, soit que tout simplement ils en nient la réalité794. Ce n’est pas, bien entendu, que, avant la Révocation et même par la suite, l’opinion réformée, dans son ensemble, ait été hostile à la monarchie. Il y a une littérature absolutiste d’origine protestante. Le Discours sur la Souveraineté des Roys, publié en 1650 par le pasteur Moyse Amyraut et dirigé contre les révolutionnaires anglais, le Traité du pouvoir absolu des Souverains, publié en 1685 par le pasteur Elie Merlat, sont l’œuvre, vraisemblablement sincère, de sujets profondément soumis. Mais la monarchie dont ces fidèles serviteurs du roi offrent l’image à leurs lecteurs est une monarchie sans légendes et sans miracles, qui n’a guère d’autre appui sentimental que le respect 368 de la Bible, interprétée dans un sens favorable au droit divin des princes. Il est permis de se demander si le loyalisme des masses pouvait à la longue se soutenir, dans toute son aveugle ferveur, sans ce fondement merveilleux et mystique que le calvinisme lui enlevait. Moyse Amyraut avait pris comme thème de son Discours le texte biblique : Ne touchez point à mes oints ; mais cette parole, si riche de sens pour le peuple croyant qui, le jour du sacre, voyait oindre son maître avec le baume céleste jadis apporté par la colombe, ne sonnait-elle pas creux quand elle s’adressait à des hommes qui, loin de reconnaître à l’huile de Reims quoi que ce fût de surnaturel, devaient à leur foi de refuser au rite de l’onction lui-même toute efficacité propre, ne lui attribuant, comme le leur enseignait Amyraut en personne, qu’une valeur purement et sèchement symbolique795 ? En ce sens Josué Barbier n’avait peut-être pas tout à fait tort d’établir une sorte d’incompatibilité entre la religion réformée et le sentiment monarchique, au moins tel que l’entendaient d’ordinaire dans la France du XVIIe siècle les royalistes exaltés. À la cour même, tout le monde ne prenait pas le miracle très au sérieux. La propre belle-sœur de Louis XIV, la duchesse d’Orléans, élevée d’ailleurs dans le protestantisme, osait exprimer son opinion intime dans une lettre écrite, il faut le dire, après la mort du Grand Roi : On croit ici aussi que le septième fils peut guérir les écrouelles par le toucher. Pour ma part, je pense que son toucher a bien autant de force que celui du roi de France, entendez évidemment : aussi peu de force796. Nous verrons plus tard l’avis de Saint-Simon, exprimé il est vrai, lui aussi, au cours d’un autre règne et peut-être sous l’influence inconsciente d’un mouvement d’idées nouveau797. Il y avait vraisemblablement, dans l’entourage royal, surtout parmi les libertins, d’autres personnes de peu de foi, qui se taisaient. Nul doute cependant que la masse ne fût pleinement croyante. L’empressement des malades prouve suffisamment leur ferveur. L’histoire du miracle anglais, au même temps, fut plus agitée.

369Sous Charles Ier, rien à ce point de vue, semble-t-il au premier abord, qui ne rappelle presque de tous points ce qui se passait en France. Le toucher a lieu à des dates en général plus rapprochées qu’à la cour des Bourbons. Il s’interrompt en temps d’épidémie ou par les chaleurs trop vives. Les jours sont indiqués à l’avance par proclamations royales dans tout le pays798. La solennité se déroule selon les formes liturgiques adaptées par Elisabeth et Jacques Ier aux usages de l’Église d’Angleterre. L’empressement est grand ; nous n’avons pas pour ce règne de chiffres précis ; mais tout concorde à montrer que la foi et le zèle des malades ne s’étaient nullement ralentis. Il fallut même se défendre contre un excès d’affluence qui risquait d’imposer au roi des fatigues trop dures et sans doute aussi à son trésor une charge inutilement lourde ; certaines personnes, après avoir été touchées une première fois, cherchaient à récidiver, soit que, insuffisamment soulagées par ce premier essai, elles eussent conçu l’espoir d’obtenir par un nouveau contact un résultat meilleur, soit que, tout simplement, elles fussent tentées par l’aumône très forte et d’ailleurs facile à négocier comme talisman que constituait l’angel traditionnel ; pour empêcher cet abus, on interdit de se présenter plus d’une fois. Afin d’assurer l’exécution de cette prescription, tout scrofuleux désireux de participer à la cérémonie dut se munir à l’avance d’un certificat délivré par le pasteur et les diverses autorités de sa paroisse, établissant qu’il n’avait pas encore été touché799. Sous ce règne le 370 rite merveilleux s’incorpora pleinement à la vie religieuse régulière du pays ; depuis 1633, par une innovation significative, le service pour la guérison figura au livre de prières — The boke of Common prayer — que l’Église nationale mettait aux mains de tous800. En somme tout le tableau d’un miracle achalandé, devenu une des institutions d’un État monarchique bien ordonné801.

D’un État nettement absolutiste aussi. En France, la monarchie de Louis XIII et de Louis XIV se montrait tolérante aux septièmes garçons, qui pourtant faisaient au roi médecin une concurrence assez rude. Sous Louis XIII, il est vrai, l’archevêque de Bordeaux, Henri de Sourdis, avait défendu à certaines personnes— des septièmes probablement — qui, dans sa ville archiépiscopale, prétendaient guérir les écrouelles, de continuer à exercer leur art ; il fondait son interdiction sur ce principe que le privilège de toucher tels malades est réservé à la personne sacrée de nostre roy très chrétien802. Mais 371 une telle manifestation apparaît comme absolument isolée. En Angleterre, au contraire, Charles Ier ou ses ministres déclarèrent une guerre acharnée aux concurrents de la prérogative royale ; toucher les scrofuleux quand on n’était pas roi, c’était un crime de lèse-majesté, justiciable au besoin de la célèbre Chambre Étoilée803 : susceptibilité bien chatouilleuse qui peut-être est l’indice d’un pouvoir absolu moins fermement assis que celui des Bourbons. On conçoit du reste sans peine que les Stuarts préférassent se réserver le monopole du miracle. Les malades guéris et qui croyaient tenir leur guérison de la main royale étaient pour la monarchie des fidèles assurés. Un hasard trop rare nous a conservé un document où se peint au vif l’état d’âme qu’un toucher heureux était capable de créer. Un seigneur, lord Poulett, avait une fille, misérable enfant toute gâtée de scrofules ; il l’envoya à la cour ; elle fut touchée en 1631 et aussitôt alla mieux. Un secrétaire d’État, Lord Dorchester, s’était obligeamment chargé de la présenter au roi ; après l’événement le père lui écrivit pour le remercier ; nous avons encore cette lettre, d’un accent vraiment émouvant : le retour d’une enfant malade à ce point soulagée fait revivre un père malade… ç’a été une grande joie pour moi que Sa Majesté ait daigné toucher ma pauvre enfant de ses mains bénies ; par là, la bénédiction de Dieu aidant, il m’a rendu une enfant que j’avais si peu d’espoir de garder que j’avais donné des instructions pour faire rapporter son cadavre… ; elle est revenue saine et sauve ; sa santé s’améliore de jour en jour ; sa vue me 372 donne chaque fois l’occasion de me rappeler la gracieuse bonté de Sa Majesté envers elle et envers moi et de lui rendre grâces en toute humilité et en toute gratitude804. Les sentiments qu’exprimait ce jour-là le noble lord, plus d’un père ou d’une mère plus humbles, dont la voix n’est pas venue jusqu’à nous, dut sans doute les partager. Que nous importe aujourd’hui que de pareilles joies soient nées sans doute d’une illusion ? on ne saurait apprécier sainement la force du loyalisme monarchique, si de parti pris l’on rejette hors de l’histoire les effusions de ces cœurs reconnaissants. Lord Poulett, bien que d’ascendance puritaine, prit plus tard parti contre le Parlement pour le roi ; le souvenir du miracle ancien ne fut sans doute pas la seule raison, ni même la principale, qui détermina son attitude ; mais comment croire que le jour où il prit sa décision, il n’ait pas accordé une pensée à la petite malade, jadis guérie contre tout espoir ? Vint en effet la guerre civile. La croyance au don thaumaturgique est alors un des dogmes de cette foi royaliste que rejettent les partisans du Long Parlement, mais qui vit toujours dans l’âme des foules. En 1642, Charles Ier avait quitté Londres où la bourgeoisie et les artisans faisaient cause commune avec les parlementaires ; il établit bientôt son quartier général à Oxford. L’année suivante on imprima et fit circuler à Londres une humble pétition à l’excellente Majesté du Roi, présentée par plusieurs centaines de ses pauvres sujets affligés de cette douloureuse infirmité appelée mal royal. Nous sommes, disent en substance les scrofuleux, atteints d’un mal surnaturel, qui ne peut être guéri que par ces moyens de guérison surnaturels qui sont inhérents à la main de votre sacrée Majesté. Nous ne pouvons approcher votre Majesté à Oxford où elle est environnée de tant de légions de soldats ; nous supplions votre Majesté de revenir à Whitehall. Les prétendus pétitionnaires affirment qu’ils ne veulent 373 point se mêler de politique, ayant assez à faire de considérer nos propres misères. On ne saurait prendre cette protestation au sérieux. Ce petit écrit n’est évidemment qu’un pamphlet royaliste. Ses auteurs levaient le masque, lorsque, en terminant, ils déclaraient espérer du retour du roi, non seulement la guérison des malades, mais aussi celle de l’État, qui a langui depuis que Votre Altesse a quitté son palais de Whitehall, et ne peut pas plus que nous être délivré de ses maux, tant que votre gracieuse personne n’y sera pas revenue805. D’ailleurs ce n’était pas Charles Ier qui refusait de rentrer à Londres ; les Londoniens refusaient de l’y admettre, au moins en souverain absolu ; c’était sur eux qu’il fallait agir. Un publiciste ingénieux eut l’idée d’émouvoir l’opinion de la grande ville en faisant parler les pauvres scrofuleux. Il avait sans doute ses raisons pour choisir de frapper cette corde. Les spectacles auxquels on devait assister pendant la captivité du roi permettent de supposer qu’en effet les personnes affligées d’écrouelles regrettaient le départ de leur médecin ordinaire. En février 1647, Charles, que les Écossais venaient de livrer, était emmené vers le sud par les commissaires du Parlement ; pendant tout le voyage les malades accoururent vers lui, apportant avec eux la pièce de monnaie — d’or, s’il se pouvait, ou, à défaut, d’argent — que le prince n’était plus assez riche pour donner de sa propre bourse et que pourtant, si l’on voulait le rite vraiment efficace, il fallait bien, croyait-on, qu’il suspendît autour du cou des patients. Les commissaires s’efforçaient de les écarter, sous le prétexte assez hypocrite d’une contagion possible, beaucoup de ces gens-là étant en réalité atteints [non des écrouelles, mais] d’autres maladies dangereuses et 374 étant par là tout à fait indignes d’être admis en présence de Sa Majesté806. Quand le roi, toujours prisonnier, fut établi à Holmby, les mêmes scènes se renouvelèrent. La Chambre des Communes décida alors d’y couper court ; un comité fut désigné pour rédiger une Déclaration destinée à être répandue dans le peuple au sujet de la Superstition du Toucher807. Le texte de cette proclamation paraît perdu ; c’est grand dommage ; on aimerait en connaître l’exposé des motifs, qui jetterait sans doute un jour curieux sur les sentiments d’un certain parti au sujet de la royauté sacrée. Nous avons d’ailleurs des raisons de douter qu’elle ait eu beaucoup d’action sur la masse. Ce n’est pas tout à fait à tort que les prétendus pétitionnaires de 1643 affirmaient que le toucher était la seule prérogative dont ne 375 pût jamais être privée la personne royale808. Quand Charles eut été exécuté, c’est à ses reliques, spécialement aux mouchoirs trempés dans son sang, que l’on attribua le pouvoir de guérir qu’avait de son vivant possédé sa main sacrée809. Un roi martyr, même en pays protestant, avait toujours tendance à se transformer en une espèce de saint.

Les royalistes ont plus tard prétendu que Cromwell avait essayé d’exercer le don miraculeux, usurpant ainsi à son profit jusqu’aux privilèges surnaturels de la royauté810 ; mais ce n’est là certainement qu’une calomnie gratuite. Sous la République et le Protectorat, personne ne touchait plus en Grande-Bretagne. La vieille foi pourtant n’était pas morte. Charles II, en exil, accomplissait le miracle héréditaire, distribuant aux malades, vu la pénurie de son trésor, des pièces d’argent au lieu de pièces d’or ; on venait à lui ; un ingénieux commerçant faisait métier d’organiser les voyages par mer des scrofuleux anglais ou écossais vers les villes des Pays-Bas où le prince tenait sa pauvre cour811. Il y a plus : on prêtait aux reliques — si j’ose ainsi parler — du prétendant vivant le même pouvoir qu’à celles du roi mort : un mouchoir dans lequel il avait saigné du nez, pendant sa fuite en Écosse, après Worcester, passa pour apte à guérir les écrouelles812. Il est bon d’avoir présent à l’esprit ces faits quand il s’agit d’expliquer la Restauration de 1660 ; non bien entendu qu’on doive penser que le roi fut rappelé tout exprès pour soulager les scrofuleux ; mais la persistance de la foi au don thaumaturgique est un des symptomes 376 d’un état d’âme que l’historien de ces événements ne saurait négliger. Aussi bien les artisans de la Restauration, voulant raviver dans les cœurs la religion monarchique, n’oublièrent point le prestige du miracle. Dès le 30 mai 1660, Charles II, que le Parlement venait de reconnaître, mais qui se tenait encore en terre étrangère, à Bréda, procéda à une cérémonie de guérison particulièrement solennelle813 ; aussitôt rentré en Angleterre, il toucha à plusieurs reprises, dans la Salle des Banquets du Palais de Whitehall, les malades accourus en foule814. De la parole et de la plume les défenseurs de la royauté stimulaient l’enthousiasme populaire. Sancroft, prêchant à Westminster le 2 décembre 1660, exhortait les fidèles à espérer le soulagement des plaies du peuple et de l’Église de ces mains sacrées auxquelles Dieu a donné en partage un miraculeux don de guérison815 ; allégorie significative qui fait encore en 1661 le fond d’un pamphlet très verbeux et un peu fou, les Ostenta Carolina de John Bird816. En 1665, on vit paraître un petit ouvrage anonyme, consacré, sans plus de métaphores, au toucher en lui-même : Χειρεοχη ou De l’excellence et efficacité de la Main Royale817. Enfin, en 1684, ce fut le tour d’un des médecins du roi, John Browne, dont l’Adenochoidarelogia, à plus de soixante-dix ans de distance, forme en Angleterre l’exact pendant du traité de Du Laurens ; c’est une longue démonstration, à grand renfort 377 d’arguments et d’anecdotes, en faveur du pouvoir guérisseur du prince818.

Il n’appartient pas à l’historien de sonder le secret des cœurs. Nous ne saurons jamais ce que Charles II pensait au fond de lui-même du singulier talent que lui attribuaient si libéralement ses sujets. Ne nous hâtons point cependant de crier au scepticisme et à la fourberie ; ce serait ne pas estimer à sa juste valeur la puissance de l’orgueil dynastique ; au surplus, une certaine légèreté morale n’exclut pas la crédulité. En tout cas, quels que fussent les sentiments intimes du roi, l’accomplissement du miracle de guérison est peut-être celle de ses tâches royales qu’il exécuta avec le plus de conscience. Il touchait bien plus fréquemment que son voisin de France, en principe chaque vendredi, sauf pendant les grandes chaleurs. Le cérémonial resta le même que sous son père et son grand-père. Seulement, depuis 1665, à la pièce de monnaie remise aux malades, on substitua une médaille frappée spécialement pour la circonstance et qui n’avait plus cours comme numéraire819. De nos jours encore, dans les collections numismatiques anglaises, on retrouve assez souvent ces belles médailles d’or qui portent, comme les anciens Angels, la figure de Saint Michel terrassant le dragon, avec la légende Soli Deo gloria, et au revers un trois-mâts dont les voiles se gonflent au vent ; les miraculés les gardaient précieusement, comme des amulettes ; beaucoup sont venues jusqu’à nous, parce qu’un bien plus grand nombre encore ont été distribuées.

Nous pouvons mesurer par des chiffres la popularité de Charles II comme médecin. En voici quelques-uns : de mai 1660 — début du rite — à septembre 1664, soit un peu plus de quatre ans, environ 23 000 personnes touchées ; du 7 avril 1669 au 14 mai 1671 — à peine plus de deux ans — au moins 6666, peut-être davantage ; du 12 février 1684 au 1er février 1685 — environ un an, et l’extrême fin du règne (Charles II mourut le 6 février suivant) — 6610. Certainement Browne exagérait, lorsqu’il affirmait en 1684, que près de la moitié de la Nation a été touchée et guérie par Sa Majesté Sacrée depuis son heureuse Restauration820. Mais on peut, sans craindre d’erreur, estimer 378 à une centaine de mille le nombre des scrofuleux que Charles vit défiler devant lui pendant les quinze années de son gouvernement821 : foule mélangée où, si l’on doit en croire Browne, ne manquaient pas les étrangers : Allemands, Hollandais, et jusqu’à des Français, — où figurèrent en tout cas (nous le savons par des documents certains) quelques colons d’Amérique ; de la Virginie, du New Hampshire, à travers l’Océan, on venait chercher la guérison à Whitehall822. Nul doute d’ailleurs que les Anglais ou Écossais ne fussent en majorité. En somme, jamais roi thaumaturge ne connut plus beau succès. La longue interruption 379 du miracle au temps du Long Parlement et de Cromwell n’avait fait qu’aviver la foi commune ; les malades longtemps privés du remède surnaturel, se précipitèrent vers leur auguste guérisseur dès son retour avec une sorte de rage ; mais cette affluence ne fut pas un feu de paille ; elle se maintint, comme on l’a vu, durant tout le règne. L’idée de la royauté merveilleuse, traitée si dédaigneusement de superstition par la Chambre des Communes en 1647, était bien loin d’être morte.

Planche. IV. CHARLES II, ROI D’ANGLETERRE, TOUCHE LES ÉCROUELLES. Gravure au burin, par Robert White : frontispice de J. Browne, Charisma Basilikon, 1684.

Elle avait pourtant ses adversaires, qui ne désarmaient pas. La polémique de Browne dans son Adenochoiradelogia contre les non-conformistes, et jusqu’aux historiettes édifiantes, où il se plaît, de non-conformistes convertis au respect de la royauté par l’effet de guérisons miraculeuses prouvent éloquemment que tout le monde ne partageait point la croyance populaire. En 1684, un ministre presbytérien fut poursuivi pour avoir mal parlé du toucher823. Cependant, même dans ce parti, on ne croyait pas pouvoir négliger l’arme du merveilleux. En 1680, Monmouth, fils naturel de Charles II, considéré par les Whigs comme l’héritier désigné au lieu et place de son oncle le duc d’York, que sa foi catholique devait, pensait-on, écarter du trône, fit à travers les comtés de l’ouest un voyage triomphal ; il semble bien, — encore qu’il ne fût après tout, même aux yeux de ses partisans, que le futur roi — avoir dès lors, au moins une fois, touché les écrouelles824. Lorsque, en 1685, toujours au nom du protestantisme, il disputa à main armée la couronne à son oncle devenu Jacques II, il accomplit tous les actes royaux : entre autres le rite de guérison. Ce fut un des griefs que retint plus tard contre lui l’acte d’accusation posthume que dressèrent les magistrats de Jacques II825. Il n’y avait pas encore de vrai roi sans miracle.

Cependant, le vieux rite, qui jetait ainsi ses derniers feux, était, en Angleterre, proche de la mort et, en France, tout au moins de la décadence.

381VI.
Le déclin et la mort du toucher

1.
Comment se perdit la foi au miracle royal

La disparition définitive du toucher eut pour cause immédiate, en Angleterre d’abord, en France ensuite, des révolutions politiques ; mais ces contingences n’agirent efficacement que parce que la foi dans le caractère surnaturel de la royauté, presque sans qu’il y parût, avait été profondément ébranlée dans les âmes d’une partie au moins des deux peuples. On ne saurait prétendre ici décrire vraiment cet obscur travail des esprits, mais seulement indiquer quelques-unes des raisons qui contribuèrent à ruiner l’ancienne croyance.

Les guérisons opérées par les rois n’étaient qu’un cas, parmi beaucoup d’autres, de ces guérisons merveilleuses qui, pendant longtemps, ne rencontrèrent guère de sceptiques. Quelques faits mettent bien en lumière cette mentalité. En France, c’est, de Henri II au moins à Henri IV, la longue réputation de la famille des Bailleul, vraie dynastie de rebouteux qui, de père en fils, possèdent cette vertu secrette de remettre les os démis par une cheutte violente, ou brisez par quelque coup receu, de remédier aux contusions des nerfs et des membres du corps, de les remettre en leur place s’ils en sont sortis, et de leur rendre leur première vigueur. Après avoir plus ou moins obscurément exercé ce talent héréditaire dans leur province natale, au Pays de Caux, les Bailleul paraissent à la cour sous Henri II ; et là, tout en occupant les plus grands emplois, Jean, abbé de Joyenval et aumônier du roi, Nicolas premier du nom, écuyer ordinaire de l’Écurie royale et gentilhomme de la Chambre, peut-être aussi Nicolas II qui devait être sous Louis XIII président à mortier et surintendant 382 des finances, continuent à guérir les entorses ou les fractures. Sans doute ils semblent bien n’avoir dû leurs succès qu’à une technique habile qu’ils se transmettaient de génération en génération et qui n’avait rien du tout de surnaturel ; mais visiblement, autour d’eux, on n’en jugeait pas ainsi. Ce n’est pas sans raison que le poète Scévola de Sainthe-Marthe, qui écrivit leur éloge en latin parmi ceux des illustres des Gaules, rapproche les grâces accordées par Dieu à cette famille de la faveur extraordinaire et toute céleste qui permet aux rois très chrétiens par le seul attouchement de leurs mains, de guérir le mal sensible et incurable des escroûelles826. Pour la plupart des contemporains, les deux pouvoirs guérisseurs avaient une même origine surhumaine, et la foi qu’ils accordaient à l’un comme à l’autre était la manifestation d’une même attitude intellectuelle. Des médecins héréditaires, il y en avait d’ailleurs de toute sorte et pour toute espèce de maux. Nous avons déjà rencontré, à plusieurs reprises, les parents de saint Paul, en Italie, les parents de sainte Catherine en Espagne, ceux de saint Roch, de saint Martin, de saint Hubert en France. Ces derniers surtout eurent, au XVIIe siècle, une destinée extrêmement brillante. Nous connaissons plusieurs d’entre eux, gentilshommes, ou prétendus tels — cette illustre descendance n’était-elle pas à elle seule un titre de noblesse ? — ou bien religieuses, qui faisaient l’honneur de leurs couvents. Le plus célèbre fut ce Georges Hubert, que des lettres patentes royales, datées du 31 décembre 1649, reconnurent expressément comme issu de la lignée et génération du glorieux Saint Hubert d’Ardenne, et comme capable, en raison de cette filiation de guérir toutes les personnes mordues de 383 loups et de chiens enragés et autres bestiaux atteints de la rage en touchant au Chef sans autre application de remède ni médicament. Le chevalier de Saint Hubert — ainsi se faisait-il appeler — exerça son art, pendant de longues années, avec beaucoup d’éclat et de profit ; on cite encore de lui en 1701 un prospectus imprimé où il marquoit son adresse à ceux qui voudroient se faire toucher ; il compta parmi ses clients (d’autant plus nombreux que son contact passait également pour avoir un effet préventif) deux rois de France — Louis XIII et Louis XIV, — Gaston d’Orléans, le prince de Conti, un prince de Condé qui est sans doute le vainqueur de Rocroy ; pour tous ces grands seigneurs, passionnés de vénerie, les morsures de chiens n’étaient pas un danger imaginaire. Par permission spéciale de l’archevêque Jean François de Gondi, renouvelée sous les successeurs de ce prélat, il touchait, quand il se trouvait à Paris, dans une chapelle de la paroisse Saint-Eustache. Plus de trente évêques ou archevêques lui accordèrent l’autorisation de pratiquer dans leurs diocèses. Le 8 juillet 1665, les États de la province de Bretagne lui votèrent une gratification de 400 livres. Là encore, l’opinion commune ne manqua pas d’établir un rapprochement entre le merveilleux talent de ce thaumaturge-né et les vertus miraculeuses officiellement attribuées aux rois. Lorsque d’odieux sceptiques osaient mettre en doute les cures opérées par le chevalier ou ses confrères, les croyants, au témoignage de l’abbé Le Brun, lui-même incrédule, répondaient en invoquant l’exemple du Prince ; puisque tout le monde admet l’efficacité du toucher royal, pourquoi trouver si extraordinaire, disaient-ils, que des personnes d’une certaine race guérissent certains maux827 ?

Aussi bien les Bourbons n’étaient pas, dans leur royaume même, tout à fait les seuls à guérir les écrouelles par droit de naissance. Sans vouloir même parler ici des septièmes garçons, dont il a été suffisamment question plus haut, la France du XVIIe siècle a connu au moins une famille où se transmettait par le sang un don tout pareil à celui qui 384 faisait l’orgueil de la dynastie. Les aînés de la maison d’Aumont —une maison noble de la Bourgogne, possessionnée aussi en Berry — passaient pour capables de rendre la santé aux scrofuleux en leur distribuant du pain béni. Tradition controuvée, écrivait André Favyn dans son Histoire de Navarre ; elle répugnait aux apologistes habituels de la monarchie : ne convenait-il pas de réserver jalousement aux rois le privilège de soulager le mal royal ? Trop d’auteurs graves la mentionnent pour qu’elle n’ait pas joui de quelque popularité, au moins régionale828.

En Angleterre, sous Charles II, un gentilhomme irlandais, Valentin Greatrakes, se découvrit un beau jour, par révélation divine, le talent de guérir les écrouelles. Il vit venir à lui des malades de tous les mondes. La municipalité de Worcester — vers le même temps où les États bretons votaient une allocation au chevalier de Saint Hubert — offrit au toucheur d’Irlande (the Stroker) un splendide banquet. Rien ne manqua au succès de Greatrakes, pas même de soulever toute une guerre de plume : entre ses partisans et ses adversaires s’échangèrent de doctes pamphlets. Ses fidèles n’étaient pas tous des personnages sans conséquence. Robert Boyle, membre de la Société Royale, un des fondateurs de la chimie moderne, proclama sa foi en lui, en même temps d’ailleurs que dans le miracle royal829.

Au surplus, l’état d’esprit des croyants du toucher se reflète 385clairement dans les ouvrages mêmes qui traitent de la vertu thaumaturgique des rois. Browne par exemple, un médecin cependant et un contemporain de Newton, apparaît tout pénétré encore des notions d’une magie primitive. Voyez chez lui l’extraordinaire histoire de cet aubergiste de Winton qui, atteint d’écrouelles, avait acheté chez un apothicaire un flacon de terre cuite plein d’une eau médicinale ; il usa d’abord du remède sans succès ; mais ayant reçu de loin la bénédiction de Charles Ier, que les soldats du Parlement l’empêchèrent d’approcher, il revint à son eau et guérit ; à mesure que ses plaies se cicatrisaient et que les tumeurs se résorbaient, des excroissances mystérieuses se montraient sur les flancs du flacon, faisant crever le revêtement de vernis ; quelqu’un eut un jour l’idée malheureuse de les gratter, le mal récidiva ; on arrêta le nettoyage et ce fut la guérison définitive ; en d’autres termes, bien que Browne ne le dise pas expressément, la scrofule était passée de l’homme au vaisseau de terre830… En vérité, l’idée du miracle royal était apparentée à toute une conception de l’univers.

Or, il n’est pas douteux que cette conception n’ait peu à peu perdu du terrain depuis la Renaissance et surtout au XVIIIe siècle. Comment ? ce n’est pas ici le lieu de le rechercher. Il suffisait de rappeler — ce qui est évident — que la décadence du miracle royal est étroitement liée à cet effort des esprits, au moins dans l’élite, pour éliminer de l’ordre du monde le surnaturel et l’arbitraire, en même temps que pour concevoir les institutions politiques sous un aspect uniquement rationnel.

Car il y a là un second aspect de la même évolution intellectuelle, qui fut aussi fatal que le premier à la vieille croyance dont le destin nous intéresse ici. Les philosophes, habituant l’opinion à ne plus considérer les souverains que comme des représentants héréditaires de l’État, la désaccoutumèrent en même temps de chercher en eux et, par conséquent, de trouver quoi que ce soit de merveilleux. On demande volontiers des miracles à un chef de droit divin, dont le pouvoir même a ses racines dans une sorte de sublime mystère ; on n’en demande pas un fonctionnaire, si élevé que soit son rang et si indispensable que puisse paraître son rôle dans la chose publique. Des causes plus particulières agirent pour précipiter la ruine de la foi que les peuples des deux royaumes avaient longtemps vouée 386 aux vertus du toucher royal. Elle se trouva atteinte par le contre-coup des luttes civiles et religieuses. En Angleterre, comme on l’a vu, les protestants extrêmes lui furent de bonne heure hostiles, à la fois pour des raisons doctrinales et par haine contre la monarchie absolue qui les persécutait. Surtout, dans l’un comme dans l’autre des deux pays, les prétentions au miracle élevées en même temps par une dynastie catholique et une dynastie protestante ne manquèrent pas de jeter le trouble parmi les croyants des deux confessions. Jusqu’à la Réforme, les sujets du roi de France avaient pu accepter d’un cœur tranquille les ambitions du roi d’Angleterre, et réciproquement ; quand la rupture religieuse eut été consommée, cette équanimité ne fut plus de saison. À dire vrai, les écrivains anglicans ne font en général pas grande difficulté pour admettre les cures opérées par les monarques français ; ils se contentent de revendiquer pour leur pays — au mépris de l’histoire — le privilège d’avoir été le premier à posséder des rois médecins831. Les catholiques se montrèrent d’ordinaire plus intransigeants. Tant que les princes anglais maintinrent le signe de croix, leurs sujets papistes, répugnant malgré tout, ne fût-ce que par orgueil national, à contester la merveilleuse prérogative en quoi tant de générations d’Anglais avaient cru, eurent encore comme dernière ressource d’attribuer au symbole sacré l’efficacité d’accomplir par ses propres forces, même lorsqu’il était tracé par des mains hérétiques, l’œuvre de guérison832. Jacques Ier leur enleva ce dernier échappatoire. En France, et d’une façon générale sur le continent, les écrivains catholiques, n’étant retenus par aucun scrupule patriotique, allèrent presque tous jusqu’à la solution extrême : ils nièrent le miracle anglais833. Telle est, dès 1593, la position du jésuite espagnol Delrio dont les Recherches sur les choses magiques, maintes fois éditées, 387 firent longtemps autorité834 ; de même, peu d’années plus tard, celle des Français Du Laurens et Du Peyrat835 ; pour ces auteurs, le toucher des rois d’Angleterre est sans puissance ; leur prétendu privilège n’est qu’imposture ou illusion. C’était reconnaître la possibilité d’une large erreur collective : audace périlleuse ; car, en somme, la réalité du don merveilleux qu’on attribuait aux Bourbons ne se fondait pas sur des preuves différentes de celles qu’invoquaient en faveur des Tudors ou des Stuarts les publicistes d’Outre-Manche ; si les Anglais se trompaient sur la vertu de la main royale, ne pouvait-il en être de même des Français ? Delrio en particulier déploya dans cette controverse une vigueur critique bien redoutable ; n’étant pas Français, il se sentait vraisemblablement plus libre ; non qu’il contestât la réalité des prodiges accomplis par la dynastie catholique qui régnait sur la France ; le zèle pour la religion l’emportant chez lui sur l’orgueil national, il les reconnaissait expressément pour authentiques ; mais sans doute le souci de ne rien avancer qui pût même de loin risquer d’ébranler le prestige de nos rois médecins ne le préoccupait pas au même degré que s’il avait été leur sujet. Cherchant à expliquer, sans appel au miracle, la renommée thaumaturgique d’Elisabeth, il hésite entre trois solutions : usage d’emplâtres secrets, autrement dit une grossière supercherie, — influence diabolique, — enfin simple fiction, la reine ne guérissant que les personnes qui ne sont point vraiment malades ; car, observe Delrio, il est constant qu’elle ne guérit point tous ceux qui lui sont présentés836. Cette dernière remarque surtout et l’hypothèse à laquelle elle servait de base étaient pleines de menaces. Parmi les nombreux lecteurs des Recherches sur les choses magiques, croira-t-on qu’aucun n’ait jamais eu l’idée d’en 388 faire l’application aux rois de France eux-mêmes ? En 1755, le chevalier de Jaucourt publia, dans l’Encyclopédie, l’article Ecrouelles ; certainement, il ne croyait pas, même pour son pays, au pouvoir thaumaturgique des rois ; en son temps, les philosophes avaient définitivement secoué la vieille foi ; mais il n’osa pas attaquer de front le privilège revendiqué par la dynastie française ; il se contenta, à ce sujet, d’une brève mention et réserva toute sa critique et toute son ironie pour les prétentions des souverains anglais : simple détour, évidemment, pour se tirer, sans avoir maille à partir avec l’autorité, d’une situation délicate ; le lecteur saurait comprendre que les coups devaient porter également sur les deux monarchies. Mais cette rouerie d’encyclopédiste représente ce qui a dû être chez beaucoup d’esprits une démarche intellectuelle sincère : on commença par douter du miracle étranger que l’orthodoxie religieuse interdisait d’admettre ; le doute s’étendit peu à peu au miracle national.

2.
La fin du rite anglais

C’est en Angleterre que les événements politiques mirent fin tout d’abord à la coutume antique du toucher. Jacques II, bien entendu, n’était pas homme à laisser tomber en désuétude la plus merveilleuse des prérogatives monarchiques. Il eût plutôt ajouté sur ce point au patrimoine transmis par ses prédécesseurs. On ne saurait guère douter que, dans son entourage, certaines personnes n’aient caressé le projet de faire revivre le vieux rite des anneaux médicinaux : simple velléité d’ailleurs, qui ne fut point suivie d’effet837. Jacques, en revanche, toucha fréquemment 389 et vit, comme son frère, venir à lui les malades en grand nombre : 4422 du mois de mars 1685 — le premier mois, semble-t-il, où il commença à exercer — jusqu’au mois de décembre de la même année838 ; les 28 et 30 août 1687, à peine plus d’un an avant sa chute, dans le chœur de la cathédrale de Chester, respectivement 350 et 450 personnes839. Au début de son règne il avait accepté pour cette cérémonie, l’assistance des prêtres anglicans ; mais à partir de 1686, il eut de moins en moins volontiers recours à eux et fit appel de préférence à des membres du clergé catholique. En même temps, semble-t-il, il remplaça le rituel en vigueur depuis Jacques Ier par l’ancienne liturgie qu’on attribuait à Henri VII ; il reprit les prières en latin, l’invocation à la Vierge et aux saints, le signe de croix840. Ce retour 390 en arrière ne put que contribuer à discréditer dans une partie du public protestant le miracle royal, qui paraissait ainsi se confondre avec les pompes d’un culte abhorré841.

Guillaume d’Orange, qui fut porté au trône par la révolution de 1688, avait été, comme jadis Jacques Ier, élevé dans le calvinisme ; comme lui, il ne voyait dans le rite guérisseur qu’une pratique superstitieuse ; plus ferme en son propos que son prédécesseur, il refusa de toucher et se tint toujours à ce refus842. Différence entre deux tempéraments individuels, entre un homme de faible volonté et une âme résolue ? sans doute ; mais différence aussi entre deux états de la conscience collective : le renoncement que l’opinion publique n’avait pas accepté de Jacques Ier paraît avoir été, un peu moins d’un siècle plus tard, admis sans trop de scandale. Dans certains milieux bien pensant, on se contentait de raconter qu’un malade, sur lequel le roi, tout en proclamant son scepticisme, s’était laissé aller à poser la main, avait parfaitement guéri843. Les Tories cependant ne se tenaient pas pour satisfaits. En 1702, la reine Anne prit le pouvoir ; dès l’année suivante, ils obtinrent d’elle qu’elle renouât la tradition miraculeuse. Elle toucha comme ses ancêtres, mais avec un rite simplifié, des scrofuleux qui paraissent avoir été nombreux844. Contester la réalité de ce miracle héréditaire, écrivait encore sous ce règne Jérémie Collier, auteur d’une célèbre Histoire ecclésiastique de la Grande-Bretagne, c’est aller aux pires excès du scepticisme, nier le témoignage 391 de nos sens et pousser l’incrédulité jusqu’au ridicule845. Un bon tory devait faire profession de croire à l’efficacité de la main royale : Swift n’y manquait point846. Un jeu de cartes patriotique, gravé en ce temps, montrait comme vignette sur son neuf de coeur Sa Majesté la Reine touchant les écrouelles847. Sa Majesté accomplit le geste guérisseur pour la dernière fois, semble-t-il, le 27 avril 1714, un peu plus de trois mois avant sa mort848 : date mémorable qui marque le terme d’un rite ancien. Depuis ce jour, jamais plus roi ou reine d’Angleterre, sur le sol anglais, ne suspendit la pièce de monnaie au cou des malades.

En effet, les princes de la maison de Hanovre, appelés à régner sur la Grande-Bretagne en 1714, ne tentèrent jamais de reprendre à leur compte le miracle des écrouelles. Pendant de longues années encore, jusqu’en plein règne de Georges II, le Prayer-book officiel continua à présenter le service liturgique pour la guérison des 392 malades par le roi849 ; mais depuis 1714, ce n’était plus là qu’une vaine survivance ; les vieilles prières ne servaient plus. D’où vint cette carence de la dynastie nouvelle ? horreur des Whigs, qui la soutenaient et la conseillaient, pour tout ce qui rappelait l’ancienne monarchie de droit divin ? désir de ne point choquer une certaine forme du sentiment protestant ? Sans doute ; mais il semble bien que ces considérations, qui eurent incontestablement leur part d’influence dans la décision prise par les princes hanovriens, ne l’expliquent pas tout entière. Peu d’années auparavant, Monmouth, qui s’appuyait, lui aussi, sur le plus rigoureux protestantisme, avait touché les malades ; on ne voit point que ses amis s’en fussent scandalisés. Appelé au trône à peu près par le même parti, pourquoi Georges Ier n’eût-il pas, à son tour, tenté de guérir ? Il l’eût peut-être essayé, s’il n’y avait eu, entre Monmouth et lui, du point de vue du droit monarchique strict, une bien grande différence. Monmouth, fils de Charles II et de Lucy Walter, se disait né en justes noce ; il se posait donc en roi par le sang. Une pareille prétention ne pouvait guère être avancée sans ridicule par cet Electeur de Hanovre, arrière petit-fils de Jacques Ier, dont les nécessités de la Succession Protestante avaient fait un roi d’Angleterre. On racontait dans les milieux jacobites qu’un certain gentilhomme, étant venu supplier Georges de toucher son fils, le roi lui avait conseillé sur un ton de mauvaise humeur d’aller trouver le prétendant Stuart, qui vivait exilé au delà de la mer ; l’avis, ajoutait-on, avait été suivi et le gentilhomme, dont l’enfant avait été rendu à la santé, était devenu un fidèle de l’ancienne dynastie850. Il se peut que cette historiette ait été inventée de toutes pièces par l’esprit de parti ; mais elle ne manque pas d’une sorte de vraisemblance psychologique, qui assura son succès ; elle exprimait sans doute assez exactement l’état d’esprit de ces Allemands, transplantés sur la terre anglaise. Ils n’étaient point les héritiers légitimes de la race sacrée ; ils ne se considéraient pas comme aptes à succéder au miracle héréditaire, En exil, ni Jacques II, ni son fils après lui, ne cessèrent de pratiquer le geste guérisseur. Ils touchèrent en France, à Avignon, en Italie851. 393 On venait encore à eux d’Angleterre, en même temps, selon toute probabilité, que des pays avoisinant leurs résidences Le parti jacobite entretenait soigneusement la vieille croyance. En 1721, un polémiste de ce groupe fit paraître une prétendue lettre d’un gentilhomme de Rome rendant compte de certaines cures surprenantes récemment accomplies dans le voisinage de cette Cité. Sous une forme plus voilée, c’est toujours le même thème que nous avons vu développé un peu moins d’un siècle plus tôt dans la pseudo-pétition des scrofuleux réclamant le retour à Londres de Charles Ier : Éveillez-vous, Bretons… considérez que vous devrez être tenus pour indignes de la connaissance que vous avez de cette merveilleuse Puissance et des bénéfices que vous pouvez en retirer, si vous la méprisez ou la négligez852. Il faut bien que ce petit ouvrage ait eu quelque succès, puisque dans le camp adverse on crut nécessaire d’y répondre. Le médecin William Beckett s’en chargea. Son Enquête libre et impartiale sur l’antiquité et l’efficacité du toucher des écrouelles est un ouvrage d’esprit rationaliste et raisonnable, d’un accent modéré, en somme un des plus sensés qui aient jamais été consacrés à la vieille superstition monarchique. Cette dignité de ton ne fut pas observée par tout le monde ; la polémique antijacobite ne craignait pas toujours les ironies un peu lourdes et — l’ère victorienne n’avait pas encore passé par là — les allusions rabelaisiennes : témoin le violent petit article anonyme qui parut en 1737 dans un journal whig, le Common Sense853. La controverse reprit avec une vigueur nouvelle en 1747. Cette année-là, l’historien Carte, dans une Histoire générale d’Angleterre, glissa en note au bas d’une page une anecdote relative à un habitant de Wells en Somerset 394 qui, en l’an 1716, souffrant des écrouelles, avait été guéri à Avignon par l’aîné des descendants en ligne directe d’une race de rois qui, en vérité, pendant de longs siècles, avaient possédé le pouvoir de guérir ce mal par leur toucher royal854. La note ne passa point inaperçue ; la Cité de Londres retira au pauvre Carte la souscription dont elle avait honoré son ouvrage ; et les journaux whigs furent pendant quelques mois remplis de lettres de protestation855.

À dire vrai, les adversaires des Stuarts avaient, à ce moment, quelques raisons de se montrer chatouilleux. Il n’y avait pas encore deux ans que Charles-Édouard était entré triomphalement, à Edimbourg, dans le vieux château royal de Holyrood. Il ne se donnait point pour roi, mais seulement pour le représentant et l’héritier du vrai roi qui, aux yeux des jacobites, était son père, Jacques III. Il est curieux qu’il ait néanmoins pratiqué, au moins une fois, à Holyrood précisément, le rite de guérison856. Déjà, on l’a vu, Monmouth, en 1680, n’étant encore qu’un prétendant à l’héritage et non point à la couronne, avait osé accomplir le rite royal857. Ces incorrections que les âges précédents, mieux au fait des dogmes de la religion monarchique, n’auraient sans doute pas tolérées, prouvent, à leur manière, la décadence de la vieille foi.

Charles-Édouard rentré en Italie et devenu, par la mort de son père, le roi légitime, continua à accomplir le geste miraculeux858. On a de lui, comme de Jacques II et de Jacques III, des médailles frappées sur la terre étrangère pour être pendues aux cous des malades touchés ; ces touch-pieces des Stuarts exilés sont d’ordinaire en argent, très rarement en or ; le malheur des temps ne permettait plus guère 395 l’emploi du métal précieux traditionnel. Après la mort de Charles-Édouard, son frère Henri, le cardinal d’York, passé au rang de prétendant, pratiqua à son tour le rite guérisseur ; son graveur ordinaire, Gioacchimo Hamerani, exécuta encore pour lui la médaille habituelle ; on y voit, comme le voulait la coutume, Saint Michel archange terrassant le dragon et, au revers, en latin, la légende : Henri IX, roi de Grande-Bretagne, de France et d’Irlande, cardinal, évêque de Tusculum859. Henri IX mourut en 1807. En lui s’éteignit la lignée des Stuarts ; du même coup le toucher des écrouelles cessa d’être pratiqué : le miracle royal n’était mort qu’en même temps que la race royale. Hume écrivait, en 1755, dans son Histoire d’Angleterre : la pratique [du toucher] a été abandonnée pour la première fois par la présente dynastie — la maison de Hanovre—, laquelle observa que cet usage n’était plus capable d’impressionner la populace et était atteint de ridicule aux yeux de tous les hommes de bon sens860. Sur le second point, on sera aisément d’accord avec Hume ; mais sur le premier, entraîné par cet optimisme qui était la marque commune de tous les rationalistes de son temps, trop prompt, comme tant de ses contemporains, à croire au triomphe des lumières, il se trompait certainement. L’âme populaire ne devait pas, de longtemps, déserter la vieille croyance, à laquelle le refus des Hanovriens n’avait pas enlevé tous ses aliments. Sans doute, il ne fut plus désormais donné qu’à bien peu de malades d’obtenir le contact immédiat d’une main royale ; au temps de Hume, les Stuarts faisaient encore, dans leur exil, figure de thaumaturges ; mais le nombre des Anglais qui venaient les trouver dans leurs résidences lointaines pour leur demander la santé ne paraît pas avoir jamais été très considérable. Les fidèles du miracle devaient le plus souvent se contenter de succédanés. Les médailles, frappées 396 jadis pour être distribuées aux jours du toucher, fondues dans une matière durable, gardèrent auprès du vulgaire la valeur d’amulettes. En 1736, les fabriciens — churchwardens — de la paroisse de Minchinhampton, dans le comté de Gloucester, n’avaient pas cessé d’offrir aux scrofuleux, jadis touchés par un roi, le renouvellement du ruban où pendait leur pièce d’or861. De même et plus longtemps encore, on attribua une vertu pareille à certaines pièces de monnaie, frappées à l’origine uniquement pour servir de numéraire, mais auxquelles l’effigie de Charles Ier, le roi martyr, conférait en quelque sorte une dignité spéciale : des couronnes ou demi-couronnes de ce prince, considérées comme autant de remèdes souverains contre les écrouelles, se transmirent de génération en génération, dans les îles Shetland, jusqu’en 1838 et peut-être au-delà862. Une puissance de même nature s’attachait aussi à certaines reliques personnelles : tel ce mouchoir taché par le sang du cardinal d’York qui, en 1901 encore, en Irlande, passait pour capable de guérir le mal du roi863. Aussi bien, pourquoi parler de reliques ? sous le règne de Victoria, dans le comté de Ross, en Écosse, c’étaient les monnaies d’or les plus banales dans lesquelles les paysans voyaient d’universelles panacées, parce qu’elles portaient le portrait delà Reine864. Bien entendu, on sentait parfaitement que tous ces talismans, si appréciés fussent-ils, n’étaient après tout que des moyens détournés pour entrer en rapport avec la personne royale ; quelque chose de plus direct eût mieux valu. Voici ce que racontait en 1903, dans une note sur les survivances du temps jadis dans le comté de Ross, Miss Sheila Macdonald : Nous avions un vieux berger qui souffrait de la scrofule ; il se plaignait souvent de ne pouvoir approcher, assez près pour la toucher, feu Sa Gracieuse Majesté [la reine Victoria]. Il était convaincu que, s’il y avait réussi, son mal eût sur le champ été guéri. Hélas ! non,, disait-il tristement, au lieu de cela il faut que je me contente d’aller en Lochaber un de ces jours et d’essayer de me faire guérir par le sorcier — c’était un 397 septième garçon865… À dire vrai, si les circonstances n’avaient imposé aux Anglais une dynastie qui ne pouvait guère prétendre tenir sa légitimité que du choix de la nation et non d’un sang sacré, on se demande jusqu’à quand la conscience populaire eût exigé des rois la pratique de l’antique miracle. À l’avènement, en 1714, d’un prince étranger qui ne pouvait s’appuyer ni sur le droit divin ni sur aucune popularité personnelle, la Grande-Bretagne a dû la consolidation de son régime parlementaire ; elle lui dut aussi, sans doute, d’avoir, par la suppression du vieux rite, en quoi s’exprimait si parfaitement la royauté sacrée des âges anciens, éliminé plus tôt que la France le surnaturel de la politique.

3.
La fin du rite français

Dans la France du XVIIIe siècle, le rite guérisseur continua d’être solennellement pratiqué par les rois. Nous ne connaissons pour Louis XV qu’un seul chiffre, d’ailleurs approximatif, de malades touchés : le 29 octobre 1722, lendemain de son sacre, plus de deux mille scrofuleux se présentèrent à lui dans le parc de Saint-Rémi de Reims866. On voit que l’ancienne affluence populaire n’avait pas diminué.

Pourtant ce règne, si remarquable de toute façon par la décadence du prestige monarchique, porta à l’antique cérémonie un coup très rude. A trois reprises au moins, elle ne put avoir lieu par la faute du roi. Une vieille coutume voulait que le souverain n’y procédât qu’après avoir communié ; or, en 1739, Louis XV, dont l’intrigue avec Mme de Mailly venait de se nouer, se vit interdire par son confesseur l’accès de la Sainte Table et ne fit point ses Pâques ; de même, le jour de Pâques 1740 et, en 1744, à Noël, il dut s’abstenir de la communion ; les trois fois il ne toucha point. Le scandale fut grand à Paris, 398 au moins en 1739867. Ces interruptions dans le miracle, provoquées par l’inconduite royale, risquaient de déshabituer les foules d’y avoir recours. Quant aux cercles cultivés, le scepticisme s’y voilait de moins en moins. Les Lettres Persanes, dès 1721, traitent le roi magicien avec quelque légèreté868. Saint-Simon, rédigeant ses Mémoires entre 1739 et 1751, se gausse de la pauvre princesse de Soubise ; maîtresse de Louis XIV, elle serait morte des écrouelles. L’anecdote est d’une jolie férocité ; mais elle est vraisemblablement inexacte : Madame de Soubise ne fut peut-être jamais la maîtresse du roi ; il paraît avéré qu’elle n’eut point les écrouelles. Saint Simon avait probablement puisé la matière de ce récit calomnieux dans des ragots de cour, entendus dans sa jeunesse ; mais le tour qu’il lui donne semble bien prouver qu’il avait subi, bon gré, mal gré, l’influence de l’esprit nouveau. Ne va-t-il pas jusqu’à parler du miracle qu’on prétend attaché à l’attouchement de nos rois869 ? Voltaire, non seulement dans sa Correspondance, mais même, plus ouvertement, dans les Questions sur l’Encyclopédie, ne se prive point de railler les vertus miraculeuses de la dynastie ; il se plaît à relever quelques échecs retentissants : à l’en croire, Louis XI se serait trouvé incapable de guérir saint François de Paule, et Louis XIV une de ses maîtresses — Madame de Soubise sans doute, — quoique elle eût été très bien touchée. Dans l’Essai sur les Mœurs il offre en 399 modèle aux rois de France l’exemple de Guillaume d’Orange, renonçant à cette prérogative, et ose écrire : Le temps viendra que la raison, qui commence à faire quelque progrès en France, abolira cette coutume870. Ce discrédit où le rite séculaire était tombé a pour nous un très grave inconvénient. Il rend particulièrement difficile d’en écrire l’histoire. Car les journaux de la fin du XVIIIe siècle, même les plus abondants en nouvelles de cour, semblent avoir toujours considéré comme au-dessous d’eux de relater une cérémonie aussi vulgaire. Louis XVI cependant, le lendemain de son sacre, fidèle au vieil usage, trouva encore devant lui 2400 scrofuleux871. Continua-t-il comme ses prédécesseurs à toucher aux grandes fêtes ? Cela est infiniment vraisemblable ; mais je n’en ai pas trouvé de preuve documentaire. En tout cas, il est certain que le miracle ne se déroulait plus dans la même atmosphère de foi paisible qu’autrefois. Déjà, semble-t-il, sous Louis XV, et cela dès le sacre, le roi, assurément sans y entendre malice et croyant en toute sincérité suivre la coutume ancienne, avait légèrement modifié la formule traditionnelle qui accompagnait chaque fois le geste même du toucher ; dans le second membre de phrase, les mots Dieu te guérit avaient été remplacés par ceux-ci : Dieu te guérisse872. Il est vrai que, dès le XVIIe siècle, quelques 400 écrivains, dépeignant la cérémonie, donnent cette tournure ; ce sont des témoins sans valeur, voyageurs rédigeant après coup leurs souvenirs ou folliculaires sans autorité et sans attaches officielles ; tous les bons auteurs, et le cérémonial lui-même, rédigé en ce siècle, emploient l’indicatif ; Du Peyrat rejette expressément le subjonctif comme malséant. Il était réservé à nos derniers rois thaumaturges d’incliner inconsciemment vers un mode dubitatif. Nuance presque imperceptible, mais qu’il est permis néanmoins de trouver symptomatique. Plus instructif encore est l’épisode des certificats de guérison, qui marque un contraste assez vif entre le début et la fin du XVIIIe siècle. Peu après le couronnement de Louis XV, le marquis d’Argenson, alors intendant du Hainaut, découvrit dans sa généralité un malade qui, ayant été touché par le roi pendant le voyage de Reims, s’était trouvé à trois mois de là délivré de son mal ; il fit aussitôt constituer, à grand renfort d’enquêtes et d’attestations authentiques, le dossier de ce cas, si flatteur pour l’orgueil monarchique, et se hâta de l’expédier à Paris ; il pensait ainsi faire sa cour ; il fut déçu ; le secrétaire d’État La Vrillière lui répondit sèchement que voilà qui était bien et que personne ne révoquait en doute le don qu’avaient nos rois d’opérer ces prodiges873. Vouloir prouver un dogme, n’est-ce pas, pour les vrais croyants, déjà paraître l’effleurer d’un soupçon ? Cinquante-deux ans plus tard, les choses avaient bien changé. Un certain Rémy Rivière, de la paroisse de Matougues, avait été touché par Louis XVI à Reims ; il guérit. L’intendant de Châlons, Rouillé d’Orfeuil, apprit le fait ; il s’empressa, le 17 novembre 1775, d’envoyer à Versailles un certificat signé du chirurgien du lieu ainsi que du curé et des principaux habitants ; le secrétaire d’État, chargé de la correspondance avec la Champagne, qui était Bertin, lui répondit, dès le 7 décembre, en ces termes :

J’ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m’avez écritte concernant la guérison du nommé Remy Rivière et je l’ai mise sous les yeux du Roi ; si, par 401 les suites, vous avés connaissance de pareilles guérisons, vous voudrés bien m’en faire part874.

Nous possédons encore quatre autres certificats qui furent établis dans la même généralité et dans celle de Soissons, en novembre et décembre 1775, pour quatre enfants que Louis XVI, les touchant après son sacre, avait, disait-on, rendu à la santé ; nous ne savons pas de source sûre s’ils furent communiqués au ministre et au roi ; mais on doit supposer que la lettre de Bertin décida les intendants, s’ils en eurent connaissance, à ne pas les garder en portefeuille875. On n’en était plus à dédaigner les preuves expérimentales du miracle. Un moment vint certainement, en 1789 selon toute vraisemblance, où Louis XVI dut renoncer à l’exercice du don merveilleux, comme à tout ce qui rappelait le droit divin. Quand eut lieu, sous ce roi, le dernier toucher ? je n’ai malheureusement pu le découvrir. Je ne puis que signaler aux chercheurs ce curieux petit problème ; à le résoudre, on déterminerait assez exactement la date où la vieille royauté sacrée cessa de paraître supportable à l’opinion876. Parmi les Reliques du Roi Martyr, il ne semble pas qu’aucune ait jamais passé pour posséder, comme jadis celles de Charles Ier d’Angleterre, le pouvoir de 402 guérir le mal du roi. Le miracle royal semblait mort, avec la foi monarchique. On chercha pourtant une fois encore à le ressusciter. Charles X, en 1825, fut sacré. Dans un dernier sursaut de splendeur la royauté sainte et quasi-sacerdotale déploya ses pompes un peu désuètes. Le voilà prêtre et roi, s’écriait Victor Hugo, dépeignant, dans l’Ode du Sacre, la consécration du nouvel oint du Seigneur877. Devait-on également reprendre la tradition du toucher ? L’entourage du souverain était divisé. Le baron de Damas, alors ministre des Affaires étrangères et lui-même animé d’une foi ardente dans les vertus de la main royale, nous a laissé, dans ses Mémoires, un écho de ces dissensions. Plusieurs hommes de lettres, dit-il, chargés d’étudier la question, avaient gravement affirmé que cet attouchement des écrouelles était une vieille superstition populaire qu’il fallait se garder de raviver. Nous étions chrétiens, et pourtant on adopta cette idée, et il fut décidé, malgré le Clergé, que le roi n’irait pas. Mais le peuple ne l’entendit pas ainsi878 Ces hommes de lettres se reconnaissaient sans doute le droit de choisir, à leur gré, dans l’héritage du passé ; ils aimaient le moyen âge, mais accommodé au goût du jour, c’est-à-dire édulcoré ; ils voulaient faire revivre ceux de ses usages où ils trouvaient de la poésie, mais rejetaient tout ce qui leur paraissait sentir trop fortement la barbarie gothique. Un historien catholique, qui pensait qu’on ne saurait être traditionaliste à demi, a raillé cette délicatesse : La chevalerie était délicieuse, la sainte ampoule était déjà une audace, quant aux écrouelles, on ne voulut pas en entendre parler879. Et puis, comme l’écrivait après coup l’Ami de la Religion, on redoutait de fournir un prétexte aux dérisions de l’incrédulité880. Cependant, un petit groupe actif, qui avait à sa tête un prêtre ultra, l’abbé Desgenettes, curé des Missions Étrangères, 403 et l’archevêque de Reims lui-même, Mgr. Latil, était résolu à renouer, sur ce point comme sur les autres, avec le passé. Ces hommes entreprenants semblent bien avoir voulu forcer la main du monarque indécis ; dédaignant les vœux des habitants de Corbeny, qui avaient demandé à Charles X de renouveler sur leur sol l’antique pèlerinage, ils réunirent à Reims même, dans l’Hospice Saint-Marcoul — c’était un hôpital fondé au XVIIe siècle — tout ce qu’ils purent trouver de scrofuleux881. Il est d’ailleurs possible que, comme l’indique le baron de Damas, sinon le peuple en son entier, du moins une fraction de l’opinion populaire leur ait aisément prêté quelque appui ; tout souvenir des prodiges anciens et de l’enthousiasme qui les avait jadis accompagnés n’était sans doute point éteint chez les humbles. Jusqu’au dernier moment, Charles eut peine à se laisser persuader ; il prescrivit un jour que l’on renvoyât les pauvres gens rassemblés dans l’attente du rite guérisseur ; puis il se ravisa. Le 31 mai 1825, il se rendit à l’hospice. L’ordre de renvoi avait éclairci les rangs des malades ; ils n’étaient plus que 120 à 130 environ. Le roi, premier médecin de son royaume, comme dit un publiciste du temps, les toucha, sans beaucoup d’apparat, prononçant la formule devenue traditionnelle : Le Roi te touche, Dieu te guérisse, et leur donnant de bonnes paroles882. Plus tard, comme on avait fait pour Louis XVI, les religieuses 404 de Saint-Marcoul firent établir quelques certificats de guérison, sur lesquels nous aurons à revenir par la suite883. En somme, cette résurrection d’un rite archaïque, que la philosophie du siècle précédent avait ridiculisé, paraît bien avoir été jugé assez déplacée dans presque tous les partis, à l’exception de quelques ultras exaltés. Chateaubriand, la veille du sacre, avant, par conséquent, que Charles X n’eût arrêté sa décision, écrivait, si l’on en doit croire les Mémoires d’Outre-Tombe, sur son journal les mots suivants : Il n’y a plus de main assez vertueuse pour guérir les écrouelles884. Après la cérémonie, la Quotidienne et le Drapeau Blanc ne se montrèrent pas beaucoup plus chauds que le Constitutionnel. Si le roi, lit-on dans la Quotidienne, en accomplissant le devoir imposé par un antique usage, s’est approché de ces infortunés pour les guérir, son esprit juste lui a fait sentir que, s’il ne pouvait porter remède aux plaies du corps, il pouvait au moins adoucir les chagrins de l’âme885. À gauche, on railla le thaumaturge :

Oiseaux, ce roi miraculeux

Va guérir tous les scrofuleux,

chantait, d’ailleurs assez platement, Béranger dans le Sacre de Charles le Simple886.

Il va de soi que Charles X, infidèle sur ce point à l’exemple de ses ancêtres, ne toucha jamais aux grandes fêtes. Depuis le 31 mars 1825, aucun roi, en Europe, ne posa plus sa main sur les plaies des scrofuleux.

405Rien ne fait mieux sentir le déclin définitif de l’ancienne religion monarchique que cette dernière tentative, si timide et si médiocrement accueillie, pour rendre à la royauté le lustre du miracle. Le toucher des écrouelles disparut en France plus tard qu’en Angleterre ; mais, à la différence de ce qui se passa Outre-Manche, chez nous, lorsqu’il cessa d’être pratiqué, la foi qui avait si longtemps soutenu le rite avait elle-même presque péri et était bien près de périr tout à fait. Sans doute, les voix de quelques croyants attardés se feront encore quelquefois entendre. En 1865 un prêtre rémois, l’abbé Cerf, auteur d’un mémoire estimable sur l’histoire du toucher, écrivait : En commençant ce travail, je croyais, mais faiblement, à la prérogative des rois de France de guérir les écrouelles. Je n’avais pas terminé mes recherches, que cette prérogative pour moi était une vérité incontestable887. C’est là un des derniers témoignages d’une conviction devenue d’ailleurs toute platonique, puisqu’elle ne risquait plus, dans le temps présent, d’être mise à l’épreuve des faits. Aux survivances populaires de l’ancienne croyance que l’on a encore pu relever dans le Royaume-Uni au XIXe siècle, je ne vois guère à comparer en France que la marque royale — la fleur de lis — dont les septièmes fils, comme on l’a vu, avaient hérité des rois ; mais qui donc, parmi les clients du marcou de Vovette ou de tant d’autres marcoux, pensait au lien que la conscience populaire avait autrefois obscurément établi entre le pouvoir du septième et le privilège de la main royale ? Parmi nos contemporains, beaucoup ne croient plus à aucune manifestation miraculeuse : pour eux la question est toute tranchée. D’autres n’ont point rejeté le miracle ; mais ils ne pensent plus que le pouvoir politique ou même une filiation royale puissent conférer des grâces surnaturelles. En ce sens, Grégoire VII a triomphé.

Notes

  1. [630]

    Avec l’époque moderne, nous rencontrons, pour l’étude des rites guérisseurs, une nouvelle catégorie de sources : les récits de voyage, et accessoirement, les guides pour voyageurs. Ce sont, en règle générale, des documents médiocrement sûrs. Beaucoup d’entre eux, rédigés sans doute après coup sur des notes incomplètes ou des souvenirs déformés, renferment les erreurs les plus étonnantes. Quelques exemples suffiront. Abraham Gölnitz, Ulysses Belgico-Gallicus, in-12, Amsterdam 1655, p. 140 et suiv., donne de la cérémonie française une description qui paraît en partie construite sur des renseignements d’origine livresque, en partie inventée de toutes pièces ; il affirme que chaque fois on porte devant le roi deux sceptres, l’un surmonté de la fleur de lis, l’autre de la main de justice. Le cardinal Chigi, dans sa relation de sa légation (1664), fait jeûner le roi de France trois jours avant chaque toucher ; il le représente baisant les malades (traduction Emmanuel Rodocanachi, Rev. d’histoire diplomatique, 1894, p. 271). Ajoutez cette curieuse incapacité d’observer exactement, qui est la tare de certains esprits : Hubert Thomas de Liège a visité la France, où il a vu François Ier toucher, à Cognac, et l’Angleterre, où Henri VIII lui a, de sa main, remis des cramp-rings (ci-dessous p. 325, n. 1) ; il semble, en général, digne de foi ; il n’en déclare pas moins expressément que les rois d’Angleterre ne touchent point les écrouelles : Hubertus Thomas Leodius (Hubert Thomas), Annalium de vita illustrissimi principis Frederici II… in-4°, Francfort 1624, p. 98. Certaines relations de voyage pourtant, œuvres d’esprits particulièrement précis et justes, font exception ; c’est le cas de celle que rédigea le secrétaire de l’ambassadeur vénitien Jérôme Lippomano, chargé de mission à la cour de France en 1577 : Relations des ambassadeurs vénitiens, éd. Niccolò Tommaseo (Doc. inédits), II ; toutes les fois que j’ai pu la contrôler par d’autres documents, parfaitement certains, je l’ai trouvée d’une rigoureuse exactitude.

  2. [631]

    Pour plus de détails, v. ci-dessous l’Appendice I, p. 434 et suiv.

  3. [632]

    Chaque malade recevait en principe 2 sous tournois (exceptionnellement : — 1°, le 31 octobre 1502, 2 carolus, ce qui ne faisait, selon Adolphe Dieudonné, Monnaies royales françaises, 1916, p. 305, que 20 deniers tournois ; le total en monnaie du compte donné par le livre d’aumônes est d’ailleurs visiblement faux (Bibl. Nat. franc. 26108, fol. 392) ; — 2°, le 14 août 1507 : 2 sous 6 deniers : (KK 88, fol. 209 v°). Peut-être, toutefois, sous Charles VIII ne reçurent-ils pendant quelque temps qu’un sou tournois ; c’est du moins ce que pourrait faire supposer un article du livre des aumônes, KK 77, fol. 17 (24 oct. 1497) ; mais cet article (A IIIIXX XII malades des escrouelles… chacun XII d. t., pour eux ayder a vivre…) est rédigé avec tant d’imprécision qu’on ne sait s’il s’applique à des aumônes distribuées au moment du toucher, ou bien remises à des scrofuleux attendant le bon plaisir du roi guérisseur. Le 28 mars 1498, qui fut le dernier jour où Charles VIII pratiqua le rite des écrouelles, les malades eurent par tête 2 sous, comme sous les règnes suivants (KK 77, fol. 93).

  4. [633]

    D’après KK 88. Le 28 mars 1498, Charles VIII avait touché 60 personnes : KK 77, fol. 93. Au retour du sacre, à Corbeny, Louis XII en toucha 80 : Ibid., fol. 124 v° ; pendant le mois d’octobre 1502, 92 (et non 88, comme le dit par erreur de Maulde, Les origines, p. 28) : Bibl. Nat. Franc. 26108, fol. 391-392.

  5. [634]

    D’après KK 101, complété par Bibl. Nat. franc. 6732 ; le registre comporte d’assez nombreuses lacunes — sensibles surtout pour l’année 1529, — de sorte qu’on ne peut arriver qu’à des chiffres minima ; cf. infra, p. 434. Des touchers par François Ier sont mentionnés dans le Journal d’un bourgeois de Paris, éd. Victor-Louis Bourrilly (Collection de textes pour servir à l’étude… de l’histoire), p. 242 (Tours, 15 août 1526) et dans la Chronique publiée par Bourrilly, en appendice au précédent ouvrage, p. 421 ; cf. ci-dessous p. 317, n. 1.

  6. [635]

    D’après KK 137. Bartholomaeus Faius (Barthélemy Faye) dans son petit traité de polémique anti-protestante intitulé Energumenicus, 1571, p. 154, fait allusion au rôle joué par Amyot, comme aumônier, dans la cérémonie du toucher ; le traité est d’ailleurs dédié précisément à Amyot.

  7. [636]

    Henri II : K K III, fol. 14, 35 v°, 36, 37 v°, 38 v°, 39 v°. Charles IX : KK 137, fol. 56 v°, 59 v°, 63 v°, 75, 88, 89, 94 (d’où est extraite la citation relative à l’objet de l’aumône spéciale accordée aux Espagnols), 97 v°, 100 v°, 108. Cf. relation du voyage de Jérôme Lippomano, p. 54 ; l’auteur dit du toucher

    … pare quasi cosa incredibile et miracolosa, ma pero tanto stimata per vera et secura in questo regno et in Spagna, dove piu che in ogni altro luogo del mondo questo maie e peculiare.

    De même, Faius, Energumenicus, p.155.

  8. [637]

    André Du Chesne, Les antiquitez et recherches de la grandeur et maiesté des Roys de France, 1609, p. 167, mentionne :

    … le grand nombre de tels malades, qui vient encore tous les ans d’Espagne, pour se faire toucher à nostre pieux et religieux Roy ; dont le Capitaine qui les conduisoit en l’année 1602, rapporta attestion des Prélats d’Espagne, d’un grand nombre de guéris par l’attouchement de sa Maiesté.

  9. [638]

    Sur le grand nombre de Français établis en Espagne, cf. Jean Bodin, République, livre V, § 1, éd. de 1579, fol., Lyon, p. 471, tout le développement qui se termine ainsi : de faict l’Espagne n’est quasi peuplée que de François ; sur le mouvement inverse, on peut voir Jules Mathorez, Notes sur la pénétration des Espagnols en France du XIIe au XVIIe siècle ; Bulletin hispanique, XXIV (1922), p. 41 (il n’y est guère question que des étudiants). Paiement de 275 l. t. à une dame espagnole venue pour se faire toucher : Catal. des actes de François Ier, III, n° 7644 (21 déc. 1534) ; — à une dame espagnole venue pour faire toucher sa fille, ibid. VIII, n° 31036 (janv. 1539). La popularité du miracle français en Espagne a trouvé un écho chez un théologien, Louis de Grenade ; cf. ci-dessous p. 355, n. 1.

  10. [639]

    KK III, fol. 39 v° :

    Aus malades d’escrouelles Espaignolz et autres estrangers la somme de quarante sept livres dix solz tournois a eulx ordonnée par ledit sr. grant aumosnier pour leur aider a vivre et aller a St Marcoul attendre pour estre touchez.

    Le toucher à Corbeny eut lieu le 31 juillet 1547 : références ci-dessous p. 492.

  11. [640]

    Charles VIII à Rome, le 20 janvier 1495 : André de La Vigne, Histoire du Voyage de Naples…, dans Denis Godefroy, Histoire de Charles VIII, fol., 1684, p. 125 ; à Naples, le 19 avril, Ibid., p. 145. Louis XII à Pavie, le 19 août 1502, à Gênes, le 1er sept. suivant, Théodore Godefroy, Le Cérémonial françois, I, p. 702 et 700 ; François Ier à Bologne, le 15 décembre 1515 : Journal de Jean Barillon, éd. Pierre de Vaissière (Soc. de l’hist. de France), I, p. 174 ; André-Joseph-Ghislain Le Glay, Négociations diplomatiques entre la France et l’Autriche (Doc. inédits), II, p. 88 ; Caelius Calcagninus (Celio Calcagnini), Opera, fol., Bâle 1544, Epistolicarum quaestionum…, lib. I, p. 7. Sur une fresque du XVIIe siècle représentant la cérémonie de Bologne, cf. ci-dessous p. 364.

  12. [641]

    Sur les sceptiques, ci-dessous p. 329 ; sur les médecins, p. 118, n. 2.

  13. [642]

    Aimé Champollion-Figeac, Captivité du roi François Ier (Doc. inédits), 1847, p. 253. n° CXVI (18 juillet 1525). Cf. Louis-Prosper Gachard, Études et notices historiques, I, 1890, p. 38.

  14. [643]

    Janus Lascaris, Iani Lascaris Rhyndaceni Epigrammata, in-4°, Paris 1544, p. 19 v° :

    Ergo manu admota sanat rex choeradas, estque

    Captivus, superis gratus, ut ante fuit.

    Iudicio tali, regum sanctissime, qui te

    Arcent, inuisos suspicor esse deis.

    Distiques très souvent cités encore au XVIIe siècle par exemple André du Laurens, De mirabili, p. 21-22, Guillaume du Peyrat, Histoire ecclésiastique de la Cour, p. 817.

  15. [644]

    Philippe de Commines, VI, c. VI, éd. Bernard de Mandrot (Collection de textes pour servir à l’étude… de l’histoire), II, 1903, p. 41 :

    Quant les roys de France veulent toucher les mallades des escrouelles, ilz se confessent, et nostre roy n’y faillit jamais une foiz la sepmaine. Si les aultres ne le font, ilz font très mal, car tousjours y a largement malades.

    de Maulde, Les origines, p. 28, voit dans cette phrase une allusion à Louis XII. Mais le livre VI des Mémoires de Commines a été rédigé sous Charles VIII. D’ailleurs le livre des aumônes de Charles VIII, KK 77, ne signale du 1er octobre 1497 à la mort du roi (8 avril 1498) qu’un toucher certain, le 28 mars 1498 — fol. 93 —, jour qui, du reste, ne correspond à aucune fête ; on peut y ajouter une mention obscure, se rapportant au 24 oct. 1497 — fol. 17 — (cf. ci-dessus p. 310, n. 2) ; en somme une bien faible fréquence dans l’exercice du pouvoir guérisseur.

  16. [645]

    KK 101, fol. 273 v° et suiv.

  17. [646]

    KK 101, fol. 68, avril 1529 :

    Au dessus dit aulmosnier pour bailler a ung mallades d’escrouelles que le Roy avoit guary sur les champs la somme de cinq solz tournoys.

    Il faut ajouter que les personnes d’un rang distingué jouissaient souvent de la faveur d’être touchées à part de la foule ; mais ces touchers privés pouvaient avoir lieu le même jour que la cérémonie générale ; en voir un exemple (pour Henri IV) ci-dessous p. 342, n. 1 (texte de Thou).

  18. [647]

    Le 26 mai 1530, à Angoulême, au cours du voyage de la cour dans le Sud-Ouest, le grand aumônier distribue à 87 malades des écrouelles 2 sous tournois par tête affin de leur retirer sans plus retourner jusques a la feste de Penthecouste, KK 101, fol. 360 v°. Mention de même sens : Ibidem fol. 389.

  19. [648]

    Ou les veilles de ces fêtes ; quelquefois la veille et le jour même.

  20. [649]

    KK 101, fol. 380 v°.

  21. [650]

    KK 101, fol. 29 v°, août 1528 :

    Au dessus dit aulmosnier pour baillier a maistre Claude Bourgeoys cirurgien du roy, qui avoit visité les mallades d’escrouelles, la somme de quarante ung solz tournoys.

    Cf. la relation du voyage de Jérôme Lippomano (citée supra, p. 309, n. 1), p. 545 :

    Prima che il re tocchi, alcuni medici e cerusichi vanno guardando minutamente le qualita del male ; e se trovano alcuna persona che sia infetta d’altro male che dalle scrofole, la scacciano.

    Et Faius, Energumenicus, p. 155.

  22. [651]

    Ci-dessous Appendice II, n° 3 et pl. I. Cf. ce qui a été dit plus haut, p. 245, du vitrail du Mont-Saint-Michel.

  23. [652]

    Attestée pour la première fois dans la relation du voyage de Jérôme Lippomano, p. 545. Il y a, au XVIIe siècle, une certaine divergence dans les témoignages au sujet de cette formule. Quelques textes donnent la rédaction suivante, où le subjonctif semble mettre une nuance dubitative : Le Roi te touche, Dieu te guérisse (ou autres tournures analogues, comportant également l’emploi du subjonctif). Mais on ne rencontre de pareilles rédactions que chez des écrivains d’autorité médiocre : chez un obscur hagiographe, Louis Texier, Extraict et abrégé de la vie de Saint Marcoul, 1648, p. 6 ; chez l’absurde auteur du Traité curieux de la guérison des écrouelles… par l’attouchement des septennaires, Aix 1643, p. 34 ; chez Nicolas Menin, Traité historique et chronologique du sacre, 1724, p. 328, et divers autres de même acabit, cités par Guillaume du Peyrat, Histoire ecclésiastique de la Cour, p. 819 ; surtout dans des récits de voyage dont on connaît la valeur presque toujours infime : Abraham Gölnitz, Ulysses Belgico-Gallicus, p. 143 ; Joachim Christoph Nemeitz, Séjour de Paris, Francfort 1717, p. 191 ; relation du comte Gyldenstope, 1699, Archiv für Kulturgeschichte, 1916, p. 411. Les garants les plus dignes de foi : André du Laurens, De mirabili, p. 9 ; André Favyn, Histoire de Navarre, p. 1057 ; Pierre de L’Ancre, p. 170 ; Josué Barbier, p. 26 ; Guillaume du Peyrat, p. 819 donnent unanimement la formule avec l’indicatif ; de même le Cérémonial du XVIIe siècle, éd. Alfred Franklin, La vie privée d’autrefois : Les médecins, p. 304 ; cf. ci-dessous p. 360, n. 3. Du Peyrat polémique expressément contre les auteurs qui ont voulu attribuer au roi l’autre formule. Il ne peut donc guère y avoir de doute sur le texte officiel ; mais il paraît bien s’être produit un certain flottement dans la tradition courante. Pour Louis XV et ses successeurs, ci-dessous p. 399. Le et joignant les deux membres de phrases semble être tombé de bonne heure.

  24. [653]

    Je n’ai rien trouvé qui concerne la liturgie des écrouelles ni dans les Heures de Charles VIII (Bibl. Nat. lat. 1370), ni dans celles de Louis XII (latin 1412), non plus que pour le siècle suivant dans les belles Heures de Louis XIV (latin 9476).

  25. [654]

    Relation du voyage de Jérôme Lippomano, p. 545 :

    Essendo gl’infermi accomodati per fila […] il re li va toccando d’uno in uno…

  26. [655]

    KK 101, fol. 34 :

    A deus cens cinq mallades d’escrouelles touchez par ledit seigneur en l’église Nostre Dame de Paris le VIIIe jour dudit moys la somme de vingt livres dix solz tournois.

    La Chronique publiée par Victor-Louis Bourrilly, à la suite de son édition du Journal d’un bourgeois de Paris, p. 421, mentionne cette cérémonie (plus de deux cens malades). Autres exemples de toucher dans les églises : KK 88, fol. 142 v° (Grenoble), 147 (Morant ?) ; K 101, fol. 273 v°, 274 et v° (Joinville, Langres, Torchastel). Cf. relation du voyage de Jérôme Lippomano, p. 545 :

    Essendo gl’infermi accomodati per fila o nel cortile regale, o in qualche gran chiesa.

  27. [656]

    George Cavendish, The Life of Cardinal Wolsey, éd. Samuel Weller Singer, Chiswick 1825, I, p. 104.

  28. [657]

    KK 137, fol. 94 ; il n’y eut du reste ce jour-là — par exception — que 14 malades touchés.

  29. [658]

    Cf. ci-dessous p. 443 et 440 n. 1.

  30. [659]

    La liturgie du temps de Marie Tudor est contenue dans le missel de cette souveraine, conservé aujourd’hui dans la bibliothèque de la cathédrale catholique de Westminster ; elle fait constamment mention d’un roi, jamais d’une reine ; elle n’a donc pas été composée exprès pour Marie ; on peut supposer qu’elle était en vigueur sous Henri VIII, au moins au début du règne — avant le schisme ou avant que ses conséquences ne se fussent développées —, et peut-être même antérieurement à Henri VIII lui-même. Elle a été imprimée plusieurs fois : notamment William John Sparrow Simpson, On the forms of prayer, p. 295 ; Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 60.

  31. [660]

    En 1686, l’imprimeur Henry Hills publia par ordre de Sa Majesté (by His Majesties Command) un petit in-4° de 12 p. renfermant The Ceremonies us’d in the Time of King Henry VII for the Healing of Them that be Diseas’d with the Kings Evil (texte réimprimé dans The Uterary museum, Londres 1792, p. 65 ; William Maskell, Monumenta ritualia Ecclesiae anglicanae, 2e éd., III, p.386 ; Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 52 : texte latin bien entendu ; un autre volume, publié en même temps, donnait la traduction anglaise (réimprimée Crawfurd, ibid. p. 132). Ainsi l’on posséderait le service des écrouelles tel qu’il était en vigueur sous Henri VII. Mais l’authenticité de ce document doit-elle être considérée comme absolument certaine ? Je n’oserais pas l’affirmer. Il reproduit exactement la liturgie du temps de Marie Tudor et de Henri VIII (v. la note précédente). Cela, bien entendu, n’offre rien de suspect. Mais les conditions dans lesquelles il a été livré à l’impression laissent quelque place au doute. Si Jacques II ordonna de le publier, c’est que, comme on le verra, il s’efforçait de remettre en usage, pour le toucher, les anciennes formes catholiques. Quoi de plus naturel, en pareil cas, que de chercher à se rattacher au dernier souverain d’avant la Réforme, lequel, par surcroît, était l’ancêtre direct des Stuarts ? On peut se demander si l’imprimeur royal n’utilisa pas tout simplement un manuscrit donnant — de façon peut-être anonyme — le service de Henri VIII ou de Marie, en l’attribuant à Henri VII. Tant qu’on n’aura pas découvert de manuscrit authentifiant le texte livré à la publicité par H. Hills, il faudra, non pas certes arguer de faux l’attribution traditionnelle proposée pour ce texte, mais du moins éviter de l’accepter comme rigoureusement sûre.

  32. [661]

    Cf. Decretales, 1. III, t. XLI, 2 (d’après le synode de Seligenstadt, de 1023) :

    Quidam etiam laicorum et maxime matronae habent in consuetudine ut per singulos dies audiant evangelium : In principio erat verbum… et ideo sancitum est in eodem concilio ut ulterius hoc non fiât, nisi suo tempore.

  33. [662]

    Appendice II, n° 12 et 13 ; et pl. IV.

  34. [663]

    Appendice II, n° 1. La remarque est de Miss Helen Farquhar, I, p. 5.

  35. [664]

    L’ancienne formule Per Crucem tuam salva nos Christe Redemptor : Helen Farquhar, I, p. 70 (pour une variante, sous Henri VII, ibid. p. 71). La nouvelle (extraite de Psalm CXVII, 23) :

    A Domino factum est istud, et est mirabile in oculis nostris (Ibid. p. 96).

    Il convient de rappeler que l’ouvrage de Miss Farquhar a définitivement mis au point l’histoire numismatique du rite anglais.

  36. [665]

    Calendar of State Papers, Venice. VI. 1, n° 473, p. 436-437 : cf. ci-dessus p. 181, n. 2.

  37. [666]

    William Tooker, Charisma, p. 105.

  38. [667]

    Les explications de John Browne à ce sujet reflètent un grand embarras : Adenochoiradelogia, p. 106-108, 139, 142, 148 ; cf. Richard Wiseman, Severall Chirurgical Treatises, I, p. 396. Sur la superstition de la pièce d’or au XVIIe siècle, voir aussi Relation en forme de journal du voyage et séjour que le sérénissime et très puissant prince Charles II roy de la Grande Bretagne a fait en Hollande, in-4°, La Haye 1660, p. 77.

  39. [668]

    Cf. John Browne, p. 106, 148 ; John Douglas, The Criterion, p. 199.

  40. [669]

    Isbandis de Diemerbroeck, Opera omnia anatomica et medica, Utrecht 1683, Observationes et curationes medicae centum, Obs. 85, p. 108. Cet officier raffinait même sur la croyance commune ; il pensait, en effet, que s’il venait à se défaire de sa pièce d’or, rien, même un second toucher royal, ne pourrait prévenir sa rechute ; généralement, on considérait qu’un second toucher et la remise d’une seconde pièce d’or, soigneusement gardée cette fois, suffisaient à ramener la guérison : cf. John Browne, Adenochoiradelogia, p. 106. Pièce d’or portée encore en 1723 par un vieillard — appartenant évidemment à la gentry — qui l’avait reçue de Charles II : Helen Farquhar, IV, p. 160 (d’après une lettre de Thomas Hearne, Reliquiae Hearnianae, 1857, II, p. 680).

  41. [670]

    Comptes des Churchwardens de Minchinhampton, Archaeologia, XXXV (1853), p. 448-452.

  42. [671]

    Citée Nicholas Harris Nicolas, Privy Purse of Henry VIII, p. 352 :

    Amongst the Conway Papers (MSS.) there is an order for a proclamation, dated 13th May 1625… that for the future ail shall bring certificates from the minister etc. of the parish, for that many being healed, have disposed of their pieces of gold otherwise than was intended, and thereby fall into relapse.

    Il s’agissait d’exiger des certificats assurant que les personnes qui se présentaient au roi n’avaient pas déjà été touchées une première fois : cf. p. 369, n. 2.

  43. [672]

    John Browne, Adenochoiradelogia, p. 93 :

    … were this not true and very commonly put in practice, without all question His Majesties touching Medals would not be so frequently seen and found in Gold-Smiths shops.

    Cf. ibid. p. 139, l’histoire du marchand russe, atteint d’écrouelles, à qui une dame anglaise apporte un Angel de Charles Ier, et qui guérit. Cas de prêt d’une touch-piece, Helen Farquhar, IV, p. 159.

  44. [673]

    Au moins dans l’île de Lewis : William Henderson, Notes on the Folk-Lore of the Northern Counties of England and the Borders, 2e éd. (Publications of the Folk-Lore Society, II), Londres 1879, p. 306 ; Folk-Lore, XIV (1903). p. 371, n. 1. Sous Charles Ier, Boisgaudre, un aventurier français qui, étant né lui dernier d’une série de sept fils, touchait les écrouelles dans la prison pour dettes où on l’avait enfermé, suspendait au cou de ses patients un simple morceau de papier, où l’on avait écrit : In nomine Jesu Christi, ipse sanetur : Calendar of State Papers, Domestic, Charles I, 7 juin 1632.

  45. [674]

    Superstition attestée par John Browne, p. 106-107 (qui d’ailleurs la combat).

  46. [675]

    Sur Lord et Lady Lisle, article Plantagenêt (Arthur) dans le Dictionary of Nat. Biography. Lettres analysées dans Letters and papers, Foreign and Domestic, Henry VIII, XIII, I, n° 903, 930, 954, 1022, 1105 ; XIV, 1, n° 32, 791, 838, 859, 923, 1082, 1145 ; XIV, 2, n° 302. Cf. Hermentrude, Cramp-rings ; Crawfurd, Cramp-Rings, p. 175 et 176. L’emploi des anneaux contre les douleurs de l’enfantement me paraît ressortir du passage suivant d’une lettre du comte de Hertford à Lady Lisle, publié par Hermentrude, loc. cit. et Crawfurd, p. 175 :

    Hussy told me you were very desirous to have some cramp-rings against the time that you should be brought a bedd…

    Le sens usuel de ces derniers mots est bien connu. Je dois toutefois ajouter que le Dict. of Nat. Biogr. ne mentionne pas d’enfants de Lady Lisle, nés à Calais.

  47. [676]

    Wills and Inventories from the registers of the Commissary of Bury St-Edmunds, éd. Samuel Tymms (Camden Society), Londres 1850, p. 41 (1463) ; p. 127 (1535) ; William Maskell, Monumenta ritualia…, 2e éd., III, p. 384 (1516). Il convient, il est vrai, d’ajouter, que ces anneaux sont simplement qualifiés de cramp-rings ; on ne peut donc être absolument sûr qu’il ne s’agisse pas d’anneaux magiques quelconques, efficaces contre la crampe ; pourtant il semble bien que ce terme s’appliquât dès lors de préférence aux anneaux consacrés par les rois.

  48. [677]

    Thomas Magnus à Wolsey, 20 mars 1526 : State Papers, Henry VIII, IV, n° CLVII, p. 449 ; fragment dans Joseph Stevenson, On cramp-rings, p. 41 de The Gentleman’s Magazine Library. Cf. un envoi fait par Cromwell à la reine Marguerite d’Écosse, fille de Henri VII (14 mai 1537) : ibid. IV, 2, n° CCCXVII et Roger Bigelow Merriman, Life and letters of Thomas Cromwell, II, n° 185.

  49. [678]

    Letters and Papers, Foreign and Domestic, Henry VIII, XVIII, 1, n°17 (7 janv. 1543) ; Oliphaunt fut définitivement relâché seulement le 1er juillet (ibid. n° 805) ; mais dès janvier le gouvernement anglais négociait avec lui et les autres lords prisonniers pour obtenir leur appui après leur rentrée en Écosse (ibid. n° 37) ; ce n’est vraisemblablement pas pour son usage personnel qu’il reçut le 7 janv. 12 cramp-rings d’or et 24 d’argent.

  50. [679]

    Hubertus Thomas Leodius (Hubert Thomas), Annalium de vita illustrissimi principis Frederici II…, éd. de 1624, in-4°, Francfort, p. 182 :

    Discedenti autem mihi dono dedit… sexaginta anulos aureos contra spasmum.

    D’après Charles J. S. Thompson, Royal cramp and other medycinable rings, p. 7, il y aurait trace de cette libéralité dans un compte de Henri VIII, de 1533.

  51. [680]

    Letters and papers, Foreign and Domestic, Henry VIII, XV, n° 480 ; Merriman, Life and letters of Thomas Cromwell, II, n° 185 ; la lettre de Thomas Cromwell, publiée par Merriman (30 avril 1536) est adressée à l’évêque Gardiner, à ce moment ambassadeur en France ; le même Gardiner écrivait en 1547 à Nicolas Ridley à propos des cramp-rings :

    And yet, for such effect as they have wrought, when I was in France, I have been myself much honoured ; and of all sorts entreated to have them, with offer of as much for them, as they were double worth (lettre citée infra p. 332, n. 1, p. 501).

  52. [681]

    Letters and papers, Foreign and Domestic, Henry VIII, II, 2, n° 4228 et 4246 ; XX, 1, n° 542. Même chose sous Marie, lors du séjour de l’Empereur à Bruxelles, avant son abdication : Calendar of State Papers, Foreign, Mary : 25 avril, 26 avril et 11 mai 1555. En revanche, c’est par erreur, semble-t-il, que M. Crawfurd a cru lire dans William Stirling-Maxwell, The Cloister Life of the Emperor Charles the Fifth, Londres 1853, que l’Empereur possédait dans son trésor des cramp-rings anglais ; je n’y ai trouvé — p. 290 — que la mention d’anneaux magiques contre les hémorroïdes.

  53. [682]

    Letters and Papers, Foreign and Domestic, Henry VIII, XVIII, 1, n° 576.

  54. [683]

    Livre de comptes de l’Hôtel, dans Trevelyan Papers (Camden Society), I, p. 150 :

    … to Alexander Grey, messenger, sente the VJth day of Aprill [1529] to Rome with letters of great importance, at which tyme the Kinges cramp rings were sent.

    Lettre d’Ann Boleyn à Gardiner, du 4 avril 1529 : Gilbert Burnet, The History of the Reformation…, éd. Nicholas Pocock, V, 1865, p. 444.

  55. [684]

    Letters and papers, Foreign and domestic Henry VIII, II, 1, n° 584 (15 juin 1515). Vente des cramp-rings en Angleterre même : Hubertus Thomas Leodius, loc. cit., p. 98 :

    [Rex Angliae] anulos aureos et argenteos quibusdam ceremoniis consecrat, quos dono dat, et vendunt aurifabri…

  56. [685]

    La vita di Benvenuto Cellini…, éd. Arturo Jahn Rusconi et Antonio Valeri, Rome 1901, l. II, c. I, p. 321 :

    Al ditto resposi, che l’anello che Sua Eccellenzia [le duc de Ferrare] m’aveva donato, era di valore d’un dieci scudi in circa, e che l’opera che io aveva fatta a Sua Eccellenzia valeva piu di ducento. Ma per mostrare a Sua Eccellenzia che io stimavo l’atto delia sua gentilezza, che solo mi mandassi uno anello del granchio, di quelli che vengon d’Inghilterra che vagliono un carlino in circa : quello io lo terrei per memoria di Sua Eccellenzia in sin che io vivessi…

  57. [686]

    Fragment de lettre cité — en traduction — par Mrs. Henry Cust (Nina), Gentlemen Errant, Londres 1909, p. 357, n. 1 ; Mrs. Cust s’étant abstenue de donner aucune référence, je n’ai pu retrouver la lettre en question ; je crois néanmoins pouvoir l’utiliser, car j’ai pu vérifier par ailleurs que les indications de Mrs. Cust sont dignes de foi. La popularité du rite des anneaux est attestée par ailleurs pour l’Allemagne dès la fin du XVe siècle par Gottschalk Hollen, Praeceptorium divinae legis, Nuremberg 1497, fol. 25 v°, col. 1.

  58. [687]

    Epistolae Guillelmi Budei, in-4°, Paris 1520, p. 18 (Linacre à Budé, 10 juin 1517) ; fol. 16 v° (Budé à Linacre, 10 juillet). Budé écrit au sujet des anneaux :

    ών δή τουϛ πλείουϛ ηδη ταίϛ τών φίλων ϰαί συγγεών όιενειμάμην γυναιξι παραόούϛ τε μεγαλοπρεπώϛ ϰαί έπομοσάμενοϛ η μην άλεξιϰάουϛ είναι ϰαί νή Δία ϰαί συϰοφάντου γε δήγματοϛ (j’en ai distribué la plupart aux femmes de mes parents et amis ; je les ai remis solennellement et j’ai juré qu’ils préservaient des maux et même de la morsure de la calomnie).

    L’envoi était d’un anneau d’or et 18 d’argent.

  59. [688]

    De mirabili, p. 29 :

    Reges Angliae… curavere comitialem morbum, datis annulis quos epileptici pro amuleto gestarent, quales hodie dicuntur extare nonnulli in thesauris plerisque Galliae.

  60. [689]

    La première édition : Claudii Ptolomaei Alexandrini geographicae enarrationis libri octo, fol., Lyon, Trechsel, atlas, 6e feuillet v° :

    De Rege Galliae duo memoranda feruntur. Primum quod sit in Remensi ecclesia vas crismati perenni redundans, ad regis coronationem coelitus missum, quo Reges omnes liniuntur. Alterum, quod Rex ipse solo contactu strumas sive scrofulas curet. Vidi ipse Regem plurimos hoc langore correptos tangentem, an sanati fuissent non vidi.

    La deuxième édition, fol., Lyon, Delaporte 1541, atlas, 6e feuillet v° ; la dernière phrase (après tangentem) sous la forme pluresque senatos [sic] passim audivi. Je dois l’indication de cette curieuse divergence à l’Extrait d’une lettre de M. Des Maizeaux à M. De La Motte paru dans la Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savans de l’Europe, III, 2, 1729, p. 179. Sur les deux éditions de Ptolémée — la seconde soigneusement expurgée — cf. Julien Baudrier, Michel Servet, ses relations avec les libraires et les imprimeurs lyonnais ; Mélanges Émile Picot, I, 1913, p. 42 et 50. Dans l’exemplaire que la Bibl. Nat. possède de la seconde édition l’atlas manque ; j’ai consulté celui du Musée Britannique.

  61. [690]

    Pour les renseignements bibliographiques relatifs à l’école naturaliste italienne — connue d’ordinaire sous le nom d’école padouane, — v. ci-dessous p. 414 et suiv., où on trouvera aussi des indications précises sur leur attitude vis-à-vis du miracle royal. Est-ce en partie sous leur influence que l’ambassadeur vénitien Contarini, envoyé à la cour de Henri II, s’exprimait avec quelque scepticisme sur l’efficacité du toucher ? v. sa relation traduite par Armand Baschet, La diplomatie vénitienne. Les princes de l’Europe au XVIe siècle, 1862, p. 436.

  62. [691]

    Lucien Romier, Le royaume de Catherine de Médicis, II, in-12, 1922, p. 222.

  63. [692]

    Pour Luther, ci-dessus p. 139 ; pour Catherine de Schwarzbourg, p. 326.

  64. [693]

    Le creeping to the cross fut interdit en 1549 par la grande ordonnance proscrivant les pratiques cultuelles ainsi que les croyances de l’ancienne foi : Gilbert Burnet, The History of the Reformation…, éd. Nicholas Pocock IV, Oxford 1865, p. 244, art. 9, et David Wilkins, Concilia magnae Britanniae…, in-4, 1737, IV, p. 32. Il figurait encore en 1536 parmi les cérémonies recommandées par la Convocation : Burnet, loc. cit., p. 284.

  65. [694]

    Sur les comptes d’Édouard VI, qui nous le montrent consacrant les anneaux, v. ci-dessous p. 445, n. 3. On n’a pas de témoignage certain qu’il ait touché ; mais on ne concevrait pas qu’il ait maintenu l’un des deux rites — et, qui plus est, le plus étroitement associé aux cérémonies de l’ancien culte, celui-là même que devait abolir Élisabeth — tout en rejetant l’autre. Sur son attitude vis-à-vis des cramp-rings, v. encore ci-dessous p. 333. Nous ne savons quelle liturgie était suivie sous son règne pour le toucher ; on peut supposer qu’il modifia l’usage précédent dans un sens protestant. Nous ignorons également s’il n’y avait pas déjà eu des changements sous Henri VIII, après le schisme ; la chose, à vrai dire, semble peu probable ; mais on ne saurait la donner comme absolument impossible : le service de Henri VIII ne nous est connu que par sa reproduction dans le missel de Marie Tudor (ci-dessus p. 318, n. 1) ; évidemment Marie le fit copier tel qu’on l’employait avant la rupture avec Rome ; s’il y eut des retouches postérieures, elle n’en tint certainement pas compte. Hamon L’Estrange, qui écrivait en 1659, (Alliance of Divine Offices, p. 240) prétend qu’Édouard VI conserva le signe de croix, comme devait après lui le faire Élisabeth ; mais que vaut ce témoignage tardif ? Cf. pour les renseignements numismatiques — qui nous inclinent également à supposer qu’Édouard toucha — Helen Farquhar, I, p. 92.

  66. [695]

    Texte cité ci-dessous p. 337, n. 1

  67. [696]

    Lettre publiée dans The works of Nicholas Ridley (The Parker Society), Cambridge 1841, p. 495.

  68. [697]

    C’est en 1548, peu de temps après le sermon de Ridley, que l’eau bénite — à la suite de bien des hésitations — fut définitivement proscrite ; v. W. P. M. Kennedy, Studies in Tudor History, in-12, Londres 1916, p. 99.

  69. [698]

    Dans les ouvrages de William Tooker et de William Clowes sur le toucher (v. infra p. 335-336) il n’est jamais fait mention des cramp-rings.

  70. [699]

    L’historien anglais — catholique — Richard Smith, qui mourut en 1654, en conservait qui avaient été bénis par Marie Tudor (texte cité p. 386, n. 2) ; de même, sous Henri IV, en France, certaines personnes en gardaient encore précieusement dans leurs coffres (André du Laurens, témoignage cité p. 327, n. 2). Dans la littérature anglaise du XVIIe et même du XVIIIe siècle, on rencontre encore quelquefois la mention de cramp-rings (cf. Charles J. S. Thompson, Royal cramp and other medycinable rings, p. 9-10) ; mais s’agit-il de cramp-rings royaux ou d’anneaux rendus efficaces contre la crampe par d’autres pratiques magiques ? il est impossible de le déterminer. Il est certain par ailleurs que, au temps de Jacques II, le souvenir du rite du Vendredi Saint n’était pas perdu ; dans l’entourage de ce roi, on semble bien avoir conçu le projet de le ressusciter : ci-dessous p. 388.

  71. [700]

    Le fait a été remarqué souvent : par exemple Edmund Waterton, On a remarkable incident…, p. 112-113 ; Charles J. S. Thompson, Royal cramp and other medycinable rings, p. 10. Bien entendu il tient essentiellement à l’absence de tout signe distinctif sur les anneaux consacrés par les rois ; au contraire, les pièces de monnaie destinées au toucher — pour ne pas même parler des médailles, depuis Charles II spécialement frappées pour cet usage — sont toujours reconnaissables au trou foré afin d’y passer le ruban. Mais si la croyance au pouvoir des cramp-rings royaux s’était maintenue jusqu’à des temps suffisamment proches de nous, il est probable que quelques anneaux au moins de cette sorte seraient parvenus jusqu’à nous avec un état civil authentique.

  72. [701]

    Plus tard on imagina qu’Élisabeth ne s’était pas résignée sans hésitations à toucher les malades ; le Dr Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 75-76, a bien montré que cette tradition repose sans doute sur une interprétation erronée d’un passage du Charisma de William Tooker.

  73. [702]

    La liturgie du temps d’Élisabeth nous est connue par William Tooker, Charisma (reproduite William John Sparrow Simpson, On the forms of prayer, p. 298 ; traduite Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 72). Tooker la donne en latin ; mais comment croire qu’elle était vraiment en usage sous cette forme ? L’anglais était alors la langue officielle de l’Église ; pourquoi le service du toucher eût-il fait exception à la règle générale ? Dès Jacques Ier d’ailleurs, nous savons de façon sûre qu’il se célébrait effectivement en anglais (ci-dessous p. 338, n. 2). Comme l’ont déjà supposé Crawfurd, loc. cit., p. 71 et Miss Helen Farquhar, Royal charities, I, p. 97, il est probable que Tooker, en ne publiant de ce service qu’un texte latin, voulut simplement maintenir dans son livre une sorte d’harmonie linguistique ; car le livre tout entier est écrit en latin ; une longue citation anglaise y eût fait tache.

  74. [703]

    Il faut reconnaître cependant que les quelques chiffres de malades touchés par Élisabeth qui sont venus jusqu’à nous sont assez modestes : 38 le jour du Vendredi Saint qui précéda l’apparition du livre de Tooker, 1597 ou 1598 par conséquent (William Tooker, loc. cit., cité par Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 74) ; 9 à Kenilworth le 18 juillet 1575 (récit contemporain de Robert Langham, cité Helen Farquhar, I, p. 70, n. 1, et Shakespeare’s England, I, Oxford 1917, p. 102). Mais on ne peut tirer aucune conclusion de renseignements si rares.

  75. [704]

    The discoverie of witchcraft, éd. Brinsley Nicholson, Londres 1886, l. 13, chap. IX, p. 247 ; à propos du pouvoir guérisseur revendiqué par les rois de France :

    But if the French king use it no woorse than our Princesse doth, God will not be offended thereat : for hir maiestie onelie useth godlie and divine praier, with some aimes, and refereth the cure to God and to the physician.

    Il est remarquable que [Jean Duns] Scot cite [Pietro] Pomponazzi, le plus important peut-être de ces penseurs naturalistes italiens dont il a été fait mention plus haut. La 1re éd. parut en 1584.

  76. [705]

    John Howson, A sermon preached at St. Maries in Oxford the 17 Day of November, 1602, in defence of the festivities of the Church of England and namely that of her Maiesties Coronation, 2e éd., in-4°, Oxford 1603. Énumérant les grâces accordées par Dieu aux rois, Howson s’écrie :

    Thirdly, they have gifts of healing incurable diseases, which is miraculous and above nature, so that when Vespasian was seen to perform such a cure the people concluded he should be Emperour, as Tacitus notes.

    Sur cette allusion à l’histoire romaine, cf. ci-dessus p. 62, n. 2.

  77. [706]

    Pour le titre exact, v. ci-dessus p. 5. Polémique contre les catholiques, p. 90 et suiv. (notamment p. 91-92, l’histoire édifiante d’un catholique qui, ayant été guéri par le toucher royal reconnut que l’excommunication était nullius plane… momenti ; contre les puritains, p. 109. L’épître dédicatoire est signée Sacratissimae Maiestatis vestrae — humillimus capel-lanus — Guilielmus Tooker.

  78. [707]

    Titre exact voir p. 5. C’est peut-être du temps d’Élisabeth que date également la plus ancienne gravure anglaise représentant le toucher : ci-dessous Appendice II, n° 7.

  79. [708]

    Cf. ci-dessous p. 351.

  80. [709]

    Lettre d’un informateur anonyme à l’évêque de Camerino, nonce en France (janvier 1604). Arch. Vatican, Francia Nunziatura, t. XLIX, fol. 22 : copie au Record Office, Roman Transcripts, Gener. Series, t. 88, fol. 8 et suiv. ; extraits Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 82 :

    E però anco vero, che il Re dal principio della sua entrata nel Regno d’Inghilterra desiderò e domandò queste tre cose… 2° di non toccare le scrofole, non volendosi vanamente arrogare tal virtù et divinità di potere col solo tatto guarire le malattie… intorno alle quali domande fu risposto dalli consiglieri, che non poteva Sua Maestà senza suo gran pericolo e del Regno fuggir queste cose.

    Voir aussi une lettre de l’envoyé vénitien Scaramelli, Calendar of State Papers, Venetian, X, n° 69 (4 juin 1603) ; un passage de l’historien Arthur Wilson, The History of Great Britain, Being the Life and Reign of King James the First, 1653, p. 289 (cité Helen Farquhar, IV, p. 141) ; unrécit du voyage que fit en 1613, à la Cour d’Angleterre, le duc Jean Ernest de Saxe Weimar, publié par von Kunhardt, Am Hofe König Jacobs I von England [À la cour de Jacques Ier d’Angleterre] ; Nord und Süd, p. 109 (1904), p. 132. Sur les sentiments religieux de Jacques, voir les observations très fines de George Macaulay Trevelyan, England under the Stuarts (A history of England, éd. Charles Oman, VII), p. 79, et se rappeler qu’il semble bien avoir été le premier souverain à refuser de se faire sacrer avec l’huile miraculeuse de saint Thomas : ci-dessus p. 242. — Peut-être, bien qu’aucun texte ne mentionne cette interprétation, doit-on supposer que l’antipathie de Jacques pour le rite du toucher, née de ses convictions calvinistes, fut encore accrue par la répulsion que ne pouvait manquer d’inspirer à ce nerveux une besogne aussi peu ragoûtante.

  81. [710]

    Extrait d’une lettre [anonyme] de Londres, du 8 oct. 1603 : Arch. Vatican, Inghilterra : copie Record Office, Roman Transcripts, General Series, t. 87 ; fragments Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 82 :

    Il Re s’abbia questi giorni intricato in quello ch’haveva di fare intorno di certa usanza anticha delli Re d’Inghilterra di sanare gl’infermi del morbo regio, et cosi essendogli presentati detti infermi nella sua antecamera, fece prima fare una predicha per un ministre calvinista sopra quel fatto, et poi lui stesso disse che se trovava perplesso in quello ch’haveva di fare rispetto, che dell’una parte non vedeva come potessero guarire l’infermi senza miracolo, et già li miracoli erano cessati et non se facevano più : et cosi haveva paura di commettere qualche superstitione ; dell’altra parte essendo quella usanza anticha et in beneficio delli suoi sudditi, se risolveva di provarlo, ma solamente per via d’oratione la quale pregava a tutti volessero fare insiemi con lui ; et con questo toccava alli infermi. Vederemo presto l’effeto che seguitarà. Si notava che quand’ il Re faceva il suo discorso spesse volte girava l’occhi alli ministri Scozzesi che stavano appresso, com’ aspettando la loro approbatione a quel che diceva, havendolo prima conferito con loro.

  82. [711]

    Cf. William Tooker, Charisma, p. 109.

  83. [712]

    La liturgie du temps de Jacques Ier est connue par un broadside (feuille imprimée sur le r° seulement), conservé à la Bibliothèque de la Société des Antiquaires de Londres et publié Crawfurd, p. 85. Elle est identique avec celle de Charles Ier, bien connue grâce à sa présence dans le Book of Common Prayer de 1633, et reproduite plusieurs fois : William Beckett, A free and impartial inquiry… ; William John Sparrow Simpson, On the forms of prayer, p. 299 ; Raymond Crawfurd, p. 85. Elle est à peu près semblable à celle d’Élisabeth ; mais, parmi les indications relatives aux gestes du souverain, celle qui se rapportait au signe de croix a disparu. Divers témoignages, recueillis par Crawfurd, p. 88, confirment, au sujet de cette modification subie par le rite ancien, les conclusions que l’examen de la liturgie suffirait à fonder ; il y a un témoignage discordant, que nous trouverons cité à la n. suivante ; devant l’unanimité des autres, il ne peut être considéré que comme erroné. Il s’est trouvé des catholiques pour prétendre que Jacques faisait le signe de croix en cachette (ci-dessous p. 386, n. 3) : pur racontar destiné à expliquer de façon orthodoxe les guérisons que le roi hérétique passait pour opérer. — Disparition de la croix sur les angels (elle figurait au revers, sur le mât d’un vaisseau) et suppression dans la formule A Domino factum est istud et est mirabile in oculis nostris des mots et est mirabile in oculis nostris : Farquhar, I, p. 106-107 ; l’auteur, à tort à mon sens, ne paraît pas attacher d’importance à la dernière modification.

  84. [713]

    Lettre from Mr. Povy to Sir Dudley Carleton citée (avec une référence inexacte) par Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 84. Selon Sir John Finett, qui fut maître des cérémonies sous Charles Ier, Jacques aurait fait le signe de la croix sur l’enfant turc ; mais sans doute Sir John fut-il trompé par ses souvenirs : Finetti Philoxenis : som choice observations of Sr. John Finett knight, and master of the ceremonies to the two last Kings, touching the reception, and precedence, the treatment and audience, the puntillios and contests of forren ambassadors in England, pet. in-8°, Londres 1656, p. 58. Pierre de L’Ancre, L’incrédulité et mescreance du sortilège…, 1622, p. 165, rapporte que Jacques Ier toucha une fois l’ambassadeur de France, marquis de Trenel ; je ne sais quel fond il faut faire sur cette histoire. Il toucha à Lincoln, le 30 mars et le 1er avril 1617, respectivement 50 et 53 malades (John Nichols, The Progresses… of King James the First, III, p. 263-264, cité Farquhar, I, p. 109). Le prince Otton de Saxe le vit accomplir, en 1611, le rite guérisseur ; Karl Feyerabend dans Die Grenzboten, 1904, I, p. 705.

  85. [714]

    Vers cités ci-dessus p. 43, n. 2.

  86. [715]

    Œuvres éd. Joseph-François Malgaigne, I, 1840, p. 352. Ce silence devait paraître d’autant plus frappant que la littérature médicale du temps, héritière de la littérature médiévale, faisait couramment place au miracle royal : cf., en France, Jean Tagault, De chirurgica institutione, libri quinque, in-4°, 1543, l. I, c. XIII, p. 93 ; Antoine Saporta (mort en 1573) dans son traité De tumoribus praeter naturam (cité Ernst Julius Gurlt, Geschichte der Chirurgie…, II, p. 677) ; en Angleterre Andrew Boorde dans son Breviary of Health paru en 1547 (cf. Raymond Crawfurd, p. 59), Thomas Gale, dans son Institution of a chirurgian de 1563 (cité Gurlt, Geschichte…, III, p 349), John Banister dans son traité Of tumors above nature (ibid. III, p. 369). Pour les Italiens, v. ci-dessus p. 118, n. 2 ; cf. aussi ce qui a été dit p. 336 de William Clowes, ce qui sera dit p. 341 d’André du Laurens ; mais pour un cas analogue à celui de Paré, v. la n. suivante.

  87. [716]

    Premier Discours. Des miracles, chap. XXXVI, § 4 ; éd. de 1602, Rouen, in-12, p. 183. Sur l’auteur cf. Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, I, 1916, p. 18 et suiv., et Henri Busson, Les sources et le développement du Rationalisme dans la littérature française de la Renaissance (thèse lettres Paris) 1922, p. 452. Je ne sais si le médecin dont parle Richeome doit être identifié avec le Petrus de Crescentiis, Medicus Gallus qui, selon Pierre Le Brun (Histoire critique des pratiques superstitieuses, II, p. 120, à la note), lequel lui-même se réfère à Crusius ( ?) De preeminentia, aurait nié les guérisons royales. On pourrait également penser à Jacques Daléchamps (1513-1588), à qui l’on doit une célèbre édition de Pline (j’ai consulté l’impression de Lyon, fol., 1587, où je n’ai rien trouvé qui nous concerne) ; il est de fait que Daléchamps, au chap. XXXV de sa Chirurgie françoise — Lyon 1573 — où il traite des Escroueles passe sous silence, tout comme Paré, le miracle royal ; mais je ne vois pas qu’il fût protestant.

  88. [717]

    De sacris unctionibus, p. 262. (Le livre daté de 1593 a dû être rédigé dès 1591, car il porte une approbation de Jean Dadré, pénitentier de Rouen, et de Jean Boucher, prochancelier de Paris, du 17 octobre de cette année). Janus Jacobus Boissardus (Jean-Jacques Boissard) (mort en 1602), De divinatione et magicis praestigiis, in-4°, Oppenheim s. d., p. 86, croit que l’admirable vertu de guérison a pris fin sous les fils de Henri II. On trouve encore un écho de la tradition relative à l’insuccès de Henri III dans David Blondel, Genealogiae francicae plenior assertio, in-4°, Amsterdam 1654, I, fol. LXX*), qui justifie le roi par l’exemple de saint Paul qui fut, dit-il, incapable de guérir Timothée. En fait, Henri III, comme de juste, toucha, de même que ses prédécesseurs et, peut-on croire, avec le même succès : notamment il fit acte de guérisseur à Chartres en 1581, 1582, 1586 (Jean-Baptiste Souchet, Histoire de la ville et du diocèse de Chartres ; Public. Soc. Histor. Eure-et-Loir, VI, Chartres 1873, p. 110, 111, 128) ; à Poitiers, le 15 août 1577 (Charles Cerf, Du toucher des écrouelles…, p. 265).

  89. [718]

    Pierre de L’Estoile, Mémoires-Journaux, éd. Gustave Brunet, IV, p. 204 (6 avril 1594) ; Jacobus Augustus Thuanus (Jacques Auguste de Thou), Historia sui temporis, Lib. CIX, t. V, folio, 1620, p. 433 : IƆLX egenis strumosis in area, ac circiter XX honestioris condicionis seorsim ab aliis in conclavi ; André Favyn, Histoire de Navarre, p. 1555.

  90. [719]

    André du Laurens, De mirabili, p. 5 ; Du Laurens déclare avoir vu une fois 1500 malades se présenter (p. 6) ; ils étaient surtout nombreux à la Pentecôte. Le jour de Pâques de l’année 1608, le roi, selon son propre témoignage, toucha 1250 malades : lettre à la marquise de Verneuil, du 8 avril, Recueil des lettres missives de Henri IV, éd. Jules Berger de Xivrey (Doc. inéd.), VII, p. 510. Le médecin bâlois Thomas Platter vit le 23 décembre 1599 Henri IV toucher, au Louvre : Souvenirs, trad. Louis Sieber, Mém. Soc. Hist. Paris, XXIII (1898), p. 222. Cf. aussi Pierre de L’Estoile, au 6 janvier 1609.

  91. [720]

    V. la lettre à la marquise de Verneuil, citée à la n. précédente.

  92. [721]

    Cap. IX :

    Mirabilem strumas sanandi vim Regibus Galliae concessam supra naturam esse, eamque non a Daemone. Vbi Daemones morbos inferre variis modis eosdemque sanare demonstratur.

    Cap. X : :

    Vim mirabilem strumas sanandi Galliae Regibus concessam, gratiam esse a Deo gratis datam concluditur.

    Pour le titre exact de l’ouvrage, ci-dessus p. 3.

  93. [722]

    À dire vrai, jamais à part, mais dans la réédition de 1628 des Œuvres complètes — en latin — et dans les quatre ou cinq éditions de ces mêmes œuvres, qui s’échelonnent de 1613 à 1646 et peut-être 1661 : v. l’article de Édouard Turner cité p. 3, n. 1 ; la poésie de Gui Patin y est citée, p. 416 :

    Miranda sed dum Regis haec LAURENTIUS

    Sermone docto prodit, et ortam polis

    Aperire cunctis nititur potentiam,

    Dubium relinquit, sitne Rex illustrior

    Isto libello, sit vel ipse doctior.

  94. [723]

    Appendice II, n° 8, et pi. III.

  95. [724]

    Noter également, dans la même légende, la phrase suivante, où le dessein de propagande s’exprime nettement, — avec une allusion caractéristique au rétablissement de la paix intérieure :

    C’est pourquoy i’ay pensé que ce seroit fort à propos de mon devoir, de tailler en cuivre ladite figure pour (en admirant la vertu divine operer en nostre Roy) estre d’avantage incitez a l’honorer, et luy rendre obeyssance pour l’union de la paix et concorde qu’il entretient en ce Royaume de France, et pour les commoditez qui nous en proviennent.

  96. [725]

    On a de lui un portrait de Henri IV, et un autre de Louis XIII, gravé dès 1610 : cf. Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs et dessinateurs de tous les temps et de tous les pays, II.

  97. [726]

    Nous ne possédons malheureusement sur les doctrines absolutistes, envisagées non comme une théorie de philosophie sociale propre à tel ou tel écrivain, mais comme l’expression d’un mouvement d’idées ou de sentiments commun à toute une époque, aucun ouvrage d’ensemble vraiment satisfaisant. Il va de soi que les indications sommaires qui vont suivre n’ont nullement la prétention de combler cette lacune. On ne trouve dans John Neville Figgis, The Divine right of the kings et dans Joseph Hitier, La doctrine de l’absolutisme que des considérations très rapides et d’un caractère beaucoup trop théorique. Cf. aussi, dans le même esprit trop strictement juridique, André Lemaire, Les lois fondamentales de la monarchie française d’après les théoriciens de l’ancien régime (th. droit Paris) 1907. Le livre de Georges Lacour-Gayet, L’éducation politique de Louis XIV, fournit un grand nombre de renseignements utiles, qu’on chercherait en vain ailleurs ; mais les problèmes n’y sont qu’effleurés. On trouvera également profit à consulter Henri Sée, Les idées politiques en France au XVIIe siècle, 1923. Pour la littérature de propagande royaliste, bibliographie commode encore aujourd’hui dans la Bibliotheca historica de Burkhard Gotthelf Struve, rééditée par Johann Georg Meusel, X, 1, Leipzig 1800, p. 179 : Scriptores de titulis, praerogativis, majestate et auctoritate Regum [Franciae].

  98. [727]

    Peut-être, d’ailleurs, les époques les plus facilement méconnues sont-elles précisément celles que l’on voit à travers une tradition littéraire toujours vivante. Une œuvre d’art ne vit que si chaque génération tour à tour y met un peu de soi-même : ainsi son sens va se déformant progressivement, parfois jusqu’au contre-sens ; elle cesse de nous renseigner sur le milieu où elle naquit. Nourris de littérature ancienne, les hommes du XVIIe siècle n’ont que bien imparfaitement compris l’Antiquité. Nous sommes aujourd’hui vis-à-vis d’eux un peu dans la même situation où ils se trouvaient par rapport aux Grecs et aux Romains.

  99. [728]

    De Corpore Politico, II, VIII, 11 (éd. William Molesworth, IV, p. 199) :

    And though kings take not upon them the ministerial priesthood, yet they are not so merely laic, as not to have sacerdotal jurisdiction.

  100. [729]

    Aristippe, Discours septiesme, 2e éd., in-12, 1658, p. 221. Sur les conceptions politiques de Balzac, on peut voir Joseph Declareuil, Les idées politiques de Guez de Balzac, Revue de droit public, 1907, p. 633.

  101. [730]

    Les ouvrages de Jean Ferrault, Hippolyte Raulin, Charles de Grassaille sont cités ci-dessus à la Bibliographie, p. 3-4 ; celui de Claude d’Albon, p. 19, n. 1. Pierre Poisson, sieur de La Bodinière, Traité de la Majesté Royale en France, 1597 ; H. Du Boys, De l’origine et autorité des roys, in-12, 1604 ; Louis Roland, De la dignité du Roy ou est montré et prouvé que sa Majesté est seule et unique en terre vrayment Sacrée de Dieu et du Ciel, petit in-4°, 1623 ; le R. P. Balthasar de Riez (Louis Balthasar Phélypeaux), prédicateur capucin : L’incomparable piété des très chrétiens rois de France et les admirables prérogatives qu’elle a méritées à Leurs Majestés, tant pour leur royaume en général que pour leurs personnes sacrées en particulier, 2 vol. in-4°, 1672-1674 ; André Du Chesne, Les antiquitez et recherches de la grandeur et maiesté des Roys de France, 1609 ; Jérôme Bignon, De l’excellence des rois et du royaume de France, 1610 ; le même sous le pseudonyme de Théophile Dujay, La Grandeur de nos roys et leur souveraine puissance, 1615.

  102. [731]

    Les textes à citer seraient innombrables. Il suffira de rappeler que Bossuet, dans sa Politique tirée des propres paroles de l’Écriture Sainte, intitule l’Article II du Livre Troisième : L’autorité royale est sacrée, et la IIe Proposition de cet Article : La personne des rois est sacrée.

  103. [732]

    Voir dans son Regalium Franciae iura omnia, 1538, le deuxième chapitre du livre II. Arnoul Ruzé, dans son célèbre traité sur le droit de régale (Tractatus juris regaliorum, Praefatio, Pars III dans Opera, pet. in-4°, 1534, p. 16-17) se contente assez timidement d’attribuer au roi une situation mixte grâce à quoi il sera censé clerc ; ratione illius mixturae censentur utclerici. En revanche, le 16 nov. 1500 Lemaistre [parlant] pour le procureur general du Roy déclarait devant le Parlement de Paris, conformément aux principes anciens ; Nam licet nonnulli reges coronentur tantum, alii coronentur et ungantur, ipse tamen rex Francie his consecracionem addit, adeo quod videatur non solum laicus, sed spirituaiis, et invoquait, immédiatement après, à l’appui de cette thèse, la régale spirituelle : Arch. Nat. X 1 A 4842, fol. 47 v° (cf. Roland Delachenal, Histoire des avocats…, p. 204, n. 4).

  104. [733]

    Gallica historia in duos dissecta tomos, folio 1557, p. 110 :

    Regia enim Francorum maiestas non prorsus laica dici debet. Primum quidem ex recepta coelitus unctione sacra : deinde ex coelesti privilegio curandi a scrophulis, a beato intercessore Marculpho impetrato : quo regni Francici successores in hunc usque diem fruuntur. Tertio iure regaliae magna ex parte spirituali in conferendis (ut passim cernere est) ecclesiasticis peculiari iure beneficiis.

    On peut voir sur cet auteur Antoine Bernard, De vita et operibus Roberti Cenalis (thèse lettres Paris), 1901.

  105. [734]

    Les antiquitez et recherches, p. 164 ; cf. Henri Sée, loc. cit., p. 38, n. 3.

  106. [735]

    In-4°, Paris, 1611, notamment p. 220-222. Villette connaissait le traité du sacre de Jean Golein (cf. ci-dessous p. 479) ; modifiant la formule plus prudente employée par Golein à propos de la communion sous les deux espèces, il écrit :

    … [le roi] communie sous les deux espèces, comme fait le Prestre, Et, dit le vieil Autheur, Afin que le Roy de France sache sa dignité estre Presbiterale et Royale.

  107. [736]

    Histoire ecclésiastique de la Cour, p. 728. Cf. la relation du sacre de Louis XIII, Théodore Godefroy, Le Cérémonial françois, p. 452 :

    Il communia au précieux Corps et Sang de Nostre Seigneur sous les deux espèces du pain et du vin, après quoi on lui donna l’ablution comme aux Prestres pour montrer que sa dignité est Royale et Presbyterale.

  108. [737]

    L’incomparable piété des très chrétiens rois de France, I, p. 12 :

    … icy nous pouvons et devons dire par occasion, que le sacre de nos rois n’est pas nécessaire pour leur asseurer leur droit sur la Couronne de France, lequel ils tirent de la naissance et de la succession. Mais que c’est une sainte cérémonie, qui attire sur eux des grâces particulières du Ciel, qui rend leurs personnes sacrées, et en quelque façon Sacerdotales. Aussi sont-ils vestus en cette action d’un habillement semblable, à une tunique de nos Diacres et d’un manteau royal approchant de la ressemblance d’une Chappe, ou anciene Chasuble d’un Prestre.

  109. [738]

    It may be, I am esteemed by my deniers sufficient of myself to discharge my duty to God as a priest : though not to men as a prince. Inded I think both offices, regal and sacerdotal, might well become the same person, as anciently they were under one name, and the united rights of primo-geniture.

    Cité John Neville Figgis, The Divine right…, p. 256, n. 1. L’auteur de l’Eikon parlait sérieusement. Il est curieux que la même idée, passée en plaisanterie, se soit retrouvée un jour dans la bouche de Napoléon Ier, prisonnier à Sainte-Hélène : Vous vous confessez — disait-il au baron Gourgaud — Eh bien ! moi, je suis oint, vous pouvez vous confesser à moi (Général Gaspard Gourgaud, Sainte-Hélène, s. d., II, p. 143).

  110. [739]

    Œuvres, éd. Jean-Marie Pardessus, 1819, I, p. 261. Sur le texte du concile et les autres textes analogues, cf. ci-dessus p. 187, n. 3.

  111. [740]

    Eusèbe, IV, 24. Ernest-Charles Babut, Revue critique, nouv. série, LXVIII (1909), p. 261, pense que Constantin a voulu dire : évêque des païens.

  112. [741]

    Par exemple : Bernard de La Roche-Flavin, Treize livres des Parlemens de France, livre XIII, chap. XLIV, § XIV, folio, Bordeaux 1617, p. 758 : Evesque commun de France : qui est l’Eloge que le fragment des Conciles donne à l’Empereur Constantin ; Henri-François d’Aguesseau, loc. cit., p. 261 (évêque extérieur). Au XVIIIe siècle encore, arrêt du Conseil du 24 mai 1766 (François-André Isambert, Recueil général, XXII, p. 452) : évêque du dehors.

  113. [742]

    Basilikon Doron, livre I, éd. Charles Howard McIlwain (Harvard political classics I) 1918, p. 12 :

    Therefore (my Sonne) first of ail things, learne to know and love that God, whom-to ye have a double obligation ; first, for that he made you a man ; and next, for that he made you a little God to sit on his Throne, and rule over other men.

  114. [743]

    Troisième traité De la souveraineté du Roy, 1620, p. 3 :

    Le tout puissant… vous ayant estably son Vicaire au temporel de vostre Royaume, constitué comme un Dieu corporel pour estre respecté, servy, obéy de tous vos subjects…

  115. [744]

    Les Antiquitez et recherches, p. 124 ; cf. p. 171.

  116. [745]

    Déclaration de l’Assemblée du Clergé, portant censure de deux libelles, intitulés Misteria Politica et Admonition de G. G. R. Théologien au Très Chrétien Roy de France et de Navarre Louis XIII, qui tous deux blâmaient l’alliance de la France avec les puissances protestantes : Mercure françois, XI (1626), p. 1072. L’évêque de Chartres précise ensuite sa pensée, et en atténue la forme, dans ce qu’elle aurait pu avoir de trop choquant, comme il suit :

    Pourtant il s’ensuit que ceux qui sont appellez Dieux, le soient, non par essence, mais par participation, non par nature, mais par grâce, non pour tousiours, mais pour un certain temps, comme estant les vrays Lieutenans du Dieu Tout-puissant, et qui par l’imitation de sa divine Majesté, représentent icy bas son image.

  117. [746]

    Célestin Moreau, Bibliographie des mazarinades (Soc. de l’hist. de France), II, n° 1684. Voir d’autres citations caractéristiques dans Georges Lacour-Gayet, L’éducation politique de Louis XIV, p. 357-358. C’est d’ailleurs à cet ouvrage que je dois l’indication des trois derniers textes qui viennent d’être cités. Cf. aussi H. Du Boys, De l’origine et autorité des roys, 1604, p. 80 (à comparer avec la p. 37).

  118. [747]

    Sermon sur les Devoirs des Rois (2 avril 1662), Œuvres oratoires, éd. Joseph Lebarq, revue par Charles Urbain et Eugène Levesque, IV, p. 362.

  119. [748]

    Opera (Corpus Reformatorum), XXXII, Psalm CXI, col. 160 ; voir un passage plus défavorable aux rois-dieux In Habacuc, I, II, col. 506. Les versets 6 et 7 du Ps. 82, cités ci-dessus, ont embarrassé les commentateurs modernes ; on y a vu parfois une ironie à l’adresse des rois des peuples non juifs, qui se qualifiaient de dieux : cf. Friedrich Baethgen, Die Psalmen (Hand-kommentar zum Alten Testament de Göttingen), 1897, p. 252.

  120. [749]

    De la maiesté royalle, p. 6 :

    … le Prince par sa vertu, générosité, magnanimité, douceur et libéralité envers son peuple, surpasse tous les autres hommes de tant, qu’à bon droict, et iuste raison plusieurs des anciens Philosophes l’ont estimé plus qu’homme, voyre estre Dieu. Et ceux qui de moins se sont fallis les ont (à raison de leurs perfections) dict et prononcé demi dieux.

  121. [750]

    Policraticus, III, X, éd. Clement Charles Julian Webb, I, p. 203 :

    Voces, quibus mentimur dominis, dum singularitatem honore multitudinis decoramur, natio haec invenit.

    Il s’agit ici, comme l’on voit, du pluriel de majesté ; mais un peu plus haut Jean de Salisbury a traité des apothéoses impériales et ajoute (p. 202-203) :

    Tractum est hinc nomen quo principes virtutum titulis et verae fidei luce praesignes se divos audeant nedum gaudeant appellari, veteri quidam consuetudine etiam in vitio et adversus fidem catholicam obtinente.

  122. [751]

    Godefroy de Viterbe, Speculum regum ; Monum. Germ., SS., XXII, p. 39, v. 196 :

    Nam Troianorum tu regna tenebis avorum — Filius illorum deus es de prole deorum.

    Cf. l’exposé evhémériste, p. 138, v. 178 et suiv. Cf. aussi, un peu plus tard, en 1269, des expressions analogues dans l’Adhortatio rédigée par un partisan italien des Hohenstaufen, ce Pierre de Prezza déjà mentionné ci-dessus p. 217, n. 1 : texte cité par Hermann von Grauert, Historisches Jahrbuch, XIII (1892), p. 121. — Des magisters Petrus de Ebulo liber ad honorem Augusti, éd. Eduard Winkelmann, Leipzig 1874, citations rassemblées p. 82, n. 9 (il y a une autre édition par Giovanni Battista Siragusa, Fonti per la storia d’Italia, 1906). Appliqué ainsi à l’Empereur, le nom divin l’a-t-il été aussi parfois à son grand adversaire, le pape ? Dans la Revue des sciences religieuses, II (1922), p. 447, M. l’abbé Jean Rivière s’est demandé : Le pape est-il un Dieu pour Innocent III ? il répond, bien entendu, par la négative. Mais ce qu’il paraît ignorer, c’est que l’erreur doctrinale qu’on a, bien à tort, attribuée à Innocent III, figure parmi les superstitions que, en 1260, l’Anonyme de Passau reprochait à ses contemporains : Abhandlungen der Historischen Klasse der Königlich bayerischen Akademie der Wissenschaften, XIII 1, (1875), p. 245 :

    Peregrinacioni derogant… qui dicunt quod Papa sit deus terrenus, maior homine, par angelis et quod non possit peccare, et quod sedes romana aut invenit sanctum aut reddit ; quod sedes romana non possit errare…

  123. [752]

    De regimine principum, Venise 1498, l. I, pars I, cap. IX :

    … quare cum regem deceat esse totum diuinum et semideum.

    Cf. cap. VI :

    … dictum est enim quod decet principem esse super hominem et totaliter divinum.

  124. [753]

    En 1615, un théologien de Paris, Jean Filesac, fit paraître un traité De idololatria politica et legitimo principis cultu commentarius, dont le titre semblait promettre une discussion intéressante. Malheureusement ce petit ouvrage témoigne d’une pensée extrêmement indécise ; l’auteur paraît assez peu favorable à l’idée que l’onction confère au roi un caractère sacerdotal (p. 72), mais ne la combat pas ouvertement ; les sujets doivent au roi le même culte qu’un fils à son père. La réputation de versatilité de Filesac était d’ailleurs bien établie chez ses contemporains : on l’appelait Monsieur le voici, le voilà (Pierre Féret, La faculté de Théologie de Paris, Époque moderne, IV, 1906, p. 375). L’emploi du nom divin appliqué à des princes temporels a été critiqué au moyen âge, par exemple, par Charlemagne et par Jean de Salisbury (ci-dessus p. 64, n. 3 et p. 353, n. 1).

  125. [754]

    Cf. les travaux de Joseph de La Servière, S. J., De Jacobo I, Angliae rege, cum cardinali Roberto Bellarmino, super potestate cum regia tum pontificia disputante, 1900. — Une controverse au début du XVIIe siècle : Jacques Ier d’Angleterre et le cardinal Bellarmin, Études, t. 94, 95, 96 (1903).

  126. [755]

    Fray Luis de Granada (frère Louis de Grenade), Segunda Parte de la introduction del symbolo de la fe, Saragosse 1583 (je n’ai pu voir l’édition princeps, Anvers 1572), p. 171, § VIII :

    … la virtud que los reyes de Francia tienen para sanar un mal contagioso, y incurabile, que es delos lamparones.

  127. [756]

    Dom Guillaume Marlot, Théâtre d’honneur, p. 760, 5 janvier 1547 :

    Civitas Remensis, in qua Christianissimi Francorum Reges sibi coelitus missum Sanctae Unctionis, et curandorum languidorum munus, a pro tempore existente Archiepiscopo Remensi suscipiunt, et Diademate coronantur.

  128. [757]

    Il est curieux que Bernard de Girard du Haillan, ni dans son traité De l’estat et succez des affaires de France (la première éd. de 1570 ; j’ai consulté celle de 1611), — où il énumère, au début du livre IV, les prérogatives, droicts, dignitez et privilèges des rois — ni, semble-t-il, dans son Histoire générale des rois de France, fol., 1576, ne mentionne le toucher. Il est vrai que la monarchie qui a ses préférences est une monarchie tempérée et raisonnable, dont il fait la théorie, sans ombre de mysticisme.

  129. [758]

    Ci-dessus, p. 302, n. 1.

  130. [759]

    Bernard de Girard du Haillan, De l’estat et succez des affaires de France, 1611 (la première édition est de 1570), p. 624 :

    … le Roy ne laisse pas d’estre Roy, sans le couronnement et Sacre, qui sont cérémonies pleines de révérence, concernans seulement l’approbation publique, non l’essence de la souveraineté.

    Même théorie chez François de Belleforest et Jean de Belloy : Georges Weill, Les théories sur le pouvoir royal en France pendant les guerres de religion, 1892 (thèse lettres Paris), p. 186 et 212. Pour la position du problème au début du règne de Henri IV, voir notamment les décisions de l’Assemblée du Clergé de Chartres, en 1591, dans Pierre Pithou, Traitez des droitz et libériez de l’église gallicane, p. 224, et le curieux opuscule écrit en janvier 1593 par Claude Fauchet, Pour le couronnement du roy Henri IIII, Roy de France et de Navarre. Et que pour n’estre sacré, il ne laisse d’estre Roy et légitime Seigneur (recueilli dans l’édition des Œuvres, in-4°, 1610).Pour l’Angleterre cf. John Neville Figgis, The Divine right…, p. 10, n. 1. Sur l’importance attribuée par la papauté au sacre, au XVIIIe siècle, voir un fait curieux, relatif aux Habsbourg, Mgr Pierre Batiffol, Leçons sur la messe, in-12, 1920, p. 243.

  131. [760]

    Dom Oudard Bourgeois affirme qu’il avait fait sa neuvaine à saint Marcoul dans le château de Saint-Cloud ; mais son témoignage est suspect : ci-dessous p. 492. L’opinion commune et quasi-officielle au sujet de l’origine du pouvoir guérisseur est nettement exprimée par un cérémonial du XVIIe siècle éd. Alfred Franklin, La vie privée d’autrefois : Les médecins, p. 303 (cf. ci-dessous p. 360, n. 3).

    La charité de nos Roys est grande en cette cérémonie en laquelle le Ciel les a obligez, en leur en baillant les privilèges par dessus les aultres Roys, le jour de leur sacre. (C’est moi qui souligne).

  132. [761]

    Les ambassadeurs de Charles VII auprès de Pie II, dans le discours cité ci-dessus p. 141 et n. 1, s’expriment comme s’ils pensaient que Clovis avait déjà guéri les écrouelles ; mais ils semblent bien avoir été tout simplement entraînés par un mouvement d’éloquence, plutôt qu’ils ne font allusion à un trait légendaire précis.

  133. [762]

    Voir Jacques Berriat-Saint-Prix, Vie de Cujas, en appendice à son Histoire du droit romain, Paris 1821, p. 482 et suiv., où se trouve cité le mot de Papire Masson, que rappelait déjà — à propos de la légende de la guérison des écrouelles par Clovis — Guillaume du Peyrat, Histoire ecclésiastique de la Cour, p. 802. Sur l’auteur quelques mots dans Georges Weill, Les théories sur le pouvoir royal en France pendant les guerres de religion, p. 194. Kurt Glaser, Beiträge zur Geschichte der politischen Literatur Frankreichs in der zweiten Hälfte des 16. Jahrhunderts ; Zeitschrift fur französische Sprache und Literatur, XLV (1919), p. 31, ne lui accorde qu’une mention dédaigneuse.

  134. [763]

    Deux rééditions à part en 1580 et 1595, sans compter les réimpressions dans les œuvres complètes : v. le catalogue de la Bibl. Nat.

  135. [764]

    De Gallorum imperio, p. 128.

  136. [765]

    Selon Eudes de Mézeray, Histoire de France depuis Faramond jusqu’au règne de Louis le Juste, folio, 1685, 1. VI, p. 9, la maison de Montmorency aurait émis la prétention de remonter à Lanicet. André Duchesne dans son Histoire généalogique de la maison de Montmorency, folio, 1624, et Joseph-Louis Ripault Desormeaux, Histoire de la maison de Montmorenci, 2e éd., 5 vol., 1768, ont ignoré ou dédaigné cette tradition, reproduite encore par Nicolas Menin, Traité historique et chronologique du sacre, 1724, p. 325.

  137. [766]

    De sacris unctionibus, p. 260.

  138. [767]

    Par exemple : [Daniel de Priézac], Vindiciae gallicae adversus Alexandrum Patricium Armacanum, theologum, 1638, p. 61 ; Balthasar de Riez (Louis Balthasar Phélypeaux), L’incomparable piété, I, p. 32-33 et II, p. 151 ; Oudard Bourgeois, Apologie, p. 9. Cf. aussi Pierre de L’Ancre, L’incrédulité et mescreance du sortilège…, 1622, p. 159. Parmi les historiens, Pierre Matthieu, Histoire de Louys XI, 1610, p. 472 et, avec quelques hésitations, Jacques de Charron, Histoire universelle, fol., Paris, 1621, chap. XCV, p. 678-679 ; Charron écrit, à propos de l’histoire de Lanicet : un de mes amis m’a aussi assuré ravoir leu a Rheims, dans un très ancien Manuscrit. Dom Guillaume Marlot, Théâtre d’honneur, p. 715, fait également allusion à ce manuscrit, dont l’existence me paraît pourtant plus que problématique.

  139. [768]

    Guillaume du Peyrat, Histoire ecclésiastique de la Cour, p. 802 et suiv. ; sur ses tentatives pour persuader Du Laurens de la fausseté de la légende, p. 805 ; cf. ci-dessus p. 32 ; Scipion Dupleix, Histoire générale de France, II, p. 321-322. L’attitude de Mézeray (passage cité p. 358, n. 4) est celle d’un doute poli.

  140. [769]

    De mirabili, p. 10 et suiv. Cf. aussi Michel Mauclerc, De monarchia divina, 1622, col. 1566.

  141. [770]

    Batista y Roca, Touching for the King’s Evil, la signale chez Esteban de Garibay, Compendio historial de las chronicas y universal historia de todos los Reynos de España, III, Barcelone 1628, 1. XXV, c. XIX, p. 202.

  142. [771]

    P. 46, 4. Sur l’ouvrage, qui porte la date, certainement fictive de 1643, voir Georges Lacour-Gayet, L’éducation politique de Louis XIV, p. 88 et suiv. Sur le titre de saint attribué à Clovis, cf. Jean Savaron, De la Saincteté du roy Louys, dict Clovis avec les preuves et auctoritez, et un abrégé de sa vie remplie de miracles, 3e éd., in-4°, Lyon 1622, — où d’ailleurs il n’est point fait mention du toucher.

  143. [772]

    Au livre XXV ; l’enfant que guérit Clovis est, non plus Lanicet, mais le fils du Burgonde Genobalde. Dans l’édition de 1673, où la disposition des livres est modifiée, l’épisode fait partie du livre XIX.

  144. [773]

    D’autres princes que Clovis se sont d’ailleurs vu attribuer, par aventure, l’honneur d’avoir été les premiers guérisseurs d’écrouelles ; Jacques de Charron, Histoire universelle, folio, 1621, p. 679, témoigne d’une tradition prêtant ce rôle à Charles Martel ; l’historien espagnol Antoni Beuter, Segunda parte de la crónica general de España…, in-4°, Valence 1551, chap. L, fol. CXLIII, considère que le privilège de guérison a été conféré à saint Louis, prisonnier pendant la croisade d’Égypte, par le même ange qui, selon une légende beaucoup plus ancienne, lui fit retrouver son bréviaire. Telle paraît être également la théorie de Louis de Grenade, dans le passage cité ci-dessus p. 355, n. 1.

  145. [774]

    Description très précise du toucher dans Guillaume du Peyrat, Histoire ecclésiastique de la Cour, p. 819, pleinement d’accord avec celle qu’avait donnée à la fin du règne de Henri IV André du Laurens, De mirabili, p. 6. La Bibl. Nat. possède — sous la cote ms. franc. 4321 — un Recueil general des cérémonies qui ont esté observées en France et comme elles se doibvent observer, qui date du XVIIe siècle (sans doute règne de Louis XIII) ; on y trouve — p. 1 et 2 — la Cérémonie a toucher les malades des escrouelles. Le même texte a été publié d’après le ms. 2734 de la Mazarine par Alfred Franklin, La vie privée d’autrefois : Les médecins, p. 303 et suiv. Johann Christian Lünig dans son Theatrum ceremoniale historico-politicum, II, p. 1015, donne une description du toucher français, qui n’apprend rien de nouveau. Pour Louis XIII, nombreux renseignements et chiffres dans le journal de son médecin Héroard : Journal de Jean Héroard sur l’enfance et la jeunesse de Louis XIII, éd. Eudore Soulié et de Édouard de Barthélemy, II, 1868 ; cette publication malheureusement n’est que fragmentaire ; je l’ai complétée sur divers points par le ms. conservé à la Bibl. Nat. (v. les n. suivantes). Pour Louis XIV, renseignements utiles, mais souvent numériquement imprécis, dans divers Mémoires, notamment le Journal du marquis de Dangeau et surtout les Mémoires du marquis de Sourches, prévôt de l’Hôtel du Roi et grand prévôt de France (1681-1712), que ses fonctions amenaient à accorder une attention particulière au toucher : éd. Gabriel-Jules de Cosnac et Arthur Bertrand, 13 vol., 1882 et suiv. Les journaux du temps renferment également des indications intéressantes : par exemple nous savons par le gazetier Robinet que, le Samedi Saint 1666, Louis XIV toucha 800 malades : Les continuateurs de Loret, éd. James de Rothschild, 1881, I, p. 838. Pour les renseignements iconographiques, v. ci-dessous l’Appendice II.

  146. [775]

    Saint-Simon, Mémoires, éd. Arthur de Boislisle, XXVIII, p. 368-369 :

    [Louis XIV] communioit toujours en collier de l’Ordre, rabat et manteau, cinq fois l’année, le samedi saint à la Paroisse, les autres jours à la chapelle, qui étoient la veille de la Pentecôte, le jour de l’Assomption, et la grand messe après, la veille de la Toussaint et la veille de Noël,… et à chaque fois il touchoit les malades.

    En fait, la régularité ne semble pas avoir été tout à fait aussi absolue.

  147. [776]

    On les trouve à la Bibliothèque Nationale, dans la série des Registres d’affiches et publications des jurés crieurs de la Ville de Paris. Bien que cette série — F 48 à 61 — comporte 14 vol. in-folio, allant de 1651 à 1745, seuls les deux premiers volumes renferment des affiches relatives au toucher : dans F 48, fol. 419, celle qui annonce la cérémonie de Pâques 1655 ; dans F. 49, fol. 15, 35, 68, 101, 123, 147, 192, celles qui annoncent les cérémonies de la Toussaint 1655, des 1er janvier, Pâques et Toussaint 1656 ; 1er janvier et Pâques 1657 ; 1er janvier 1658. Elles sont toutes rédigées sur le même type. Cf. Adolphe Lecocq, Empiriques, somnambules et rebouteurs, p. 15. L’usage de faire publier à l’avance, par les soins du Grand Prévôt, l’annonce de la cérémonie par la ville de Paris, ou autre lieu où Sa Majesté se trouve est signalé par Du Peyrat, p. 819.

  148. [777]

    Jean Héroard, Journal, II :

    Il blémissoit un peu de travail et ne le voulut jamais faire paraître (p. 32). […] Il se trouve foible (p. 76).

  149. [778]

    Une ordonnance de Henri IV, du 20 octobre 1603, avertissant qu’en raison de la malladie contagieuse qui règne dans certaines villes et provinces, il n’y aura pas de toucher à la Toussaint suivante a été publiée par Jacques-Joseph Champollion-Figeac, Le palais de Fontainebleau, folio 1866, p. 299.

  150. [779]

    Jean Héroard, II, p. 237.

  151. [780]

    Jean Héroard, Journal, II, p. 59, 64, 76 (et Bibl. Nat., ms. franc. 4024) ; Héroard, ms. franc. 4026, fol. 294, 314 v°, 341 v°, 371 v° ; Héroard, Journal, II, p. 120.

  152. [781]

    Gazette de France, 1701, p. 251.

  153. [782]

    Dangeau, Journal, éd. Eudore Soulié, V, p. 348.

  154. [783]

    Ibid. XV, p. 432.

  155. [784]

    De Galliae regum excellentia, 1641, p. 27 :

    Imperium non Pyrenaeorum jugis aut Alpium, non Rheni metis et Oceani circumscriptum, sed ultra naturae fines ac terminos, in aegritudinem ipsam et morbos, a quibus nulla Reges possunt imperia vindicare, propagatum acceperunt… Ita Galliae Regum arbitrio subiectam esse naturam.

  156. [785]

    Des miraculeux effects, p. 25.

  157. [786]

    Jean Héroard, ms. franc. 4026, fol. 341 v° (1,5 août 1620) : touché deux jésuites portugais malades ; Antonio Franco, Synopsis annalium Societatis Jesu, texte cité ci-dessous, p. 427, n. 2 (les dates rendent peu vraisemblable que le jésuite mentionné par Franco, mort en 1657, sans doute assez peu d’années après avoir été touché, soit un des deux personnages signalés en 1620 par Héroard).

  158. [787]

    Ci-dessous Appendice II, n° 11. Sur le rôle des Farnèse et l’appui que leur donna, à partir de 1658, la France contre la papauté, v. Charles Gérin, Louis XIV et le Saint Siège, 2 vol., 1894 ; en 1667, le cardinal Farnèse fut mis sur la liste des candidats à la tiare agréables au roi de France (ibid., II, p. 185).

  159. [788]

    Nombreux témoignages, par exemple : Jean Héroard, II, p. 215, 233 ; André du Laurens, p. 8 ; Pierre de L’Ancre, p. 166 ; Guillaume du Peyrat, p. 819 ; René Moreau, De manu regia, 1623, p. 19 ; cérémonial publié par Alfred Franklin, p. 305. Les étrangers recevaient sous Louis XIII une aumône plus forte que les Français : un quart d’écu au lieu de deux sols : Du Peyrat, p. 819 ; cf. Jean Héroard, II, p. 33. Sous Louis XIV, selon Étienne Oroux, Histoire ecclésiastique de la Cour, I, p. 184, n. q, la valeur des aumônes en général, au moins en monnaie de compte, avait augmenté, mais une différence subsistait toujours entre les étrangers et les naturels françois : 30 s. pour les premiers, 15 pour les seconds. D’après Bonaventure de Soria, Abrégé de la vie de très auguste et très vertueuse princesse Marie-Thérèse d’Austriche reyne de France et de Navarre, in-12, 1683, p. 88, cette reine eût fait établir à Poissy un hospice pour y loger tous les malades qui venoient des païs éloignez afin de se faire toucher. Mais des documents cités par Octave Noël, Histoire de la ville de Poissy, Paris 1869, p. 254 et p. 306 et suiv., il semble bien ressortir que l’hospice de Poissy fut fondé pour les soldats du camp d’Achères et autres soldats passants. Comme par le passé, on faisait — au moins sous Louis XIII — attendre, en leur remettant une aumône, les malades qui arrivaient en dehors des jours du toucher : Du Peyrat, p. 819. Espagnols touchés par Louis XIV que son état de santé empêchait de toucher les autres malades : Sourches, Mémoires, IX, p. 259 ; XI, p. 153 ; Espagnols et Italiens touchés dans les mêmes conditions : Ibid. VII, p. 175.

  160. [789]

    La plaisanterie se trouve dans un pamphlet d’André Rivet : Andreae Riveti Pictavi… Jesuita vapulans : sive castigatio notarum Silvestri Petrasanctae, Loyolae sectarii, in epistolam Petri Molinaei ad Balzacum, Leyde 1635, c. XIX, p. 388. Sur la polémique à laquelle ce petit livre doit sa naissance, cf. Charles Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, article Pietra-Santa, VI, col. 740, n° 14. Le piquant, c’est que Daniel Georg Morhof, Princeps medicus (Dissertationes academicae), p. 157, paraît avoir pris cette plaisanterie au sérieux.

  161. [790]

    De excellentia, p. 31 et suiv.

  162. [791]

    Francisco Martí y Viladamor, Cataluna en Francia, 1641 (cf. ci-dessus p. 7). En tête du livre, deux dédicaces : à Louis XIII, à Richelieu ; le chapitre sur les écrouelles est suivi d’un autre sur les légendes des fleurs de lis et de l’oriflamme.

  163. [792]

    Mars Gallicus, éd. de 1636, p. 65 et suiv. Voir dans le miracle des écrouelles la preuve que les rois de France possèdent un pouvoir plus sublime que celui des autres rois ce serait fidei Christianae fides… evellere être plus fou que les Hussites pour qui la légitimité de l’autorité dépendait de la vertu de ses dépositaires, mais qui du moins n’allaient pas jusqu’à exiger de ceux-ci des grâces extraordinaires. Dieu a fait parler des ânes : An forte et asinis inter asinos tribues praerogativas alicujus potestatis ? Le Mars Gallicus, sur lequel on peut consulter Gustave Hubault, De politicis in Richelium lingua latina libellis (thèse lettres Paris), Saint-Cloud [1856], p. 72 et suiv., était une réponse au livre de Besian Arroy, Questions décidées, cité ci-dessus, p. 4. Il a été cité avec éloge et le point de vue hispanisant a été adopté par l’illustre médecin Van Helmont, qui était Bruxellois : De virtute magna verborum ac rerum ; Opera omnia, in-4°, Francfort 1707, p. 762, col. 2.

  164. [793]

    Voir le curieux petit ouvrage de Joachim Christoph Nemeitz, Séjour de Paris (le titre seul est en français, le texte en allemand), Francfort 1717, p. 191 ; Nemeitz était venu à Paris en 1714 avec les deux fils du général suédois comte Stenbock, ses élèves.

  165. [794]

    P. 69-73 (l’ouvrage parut en 1618). Sur l’auteur France protestante, 2e éd., I, col. 797 et Jacques Pannier, L’Église réformée de Paris sous Louis XIII (thèse théolog. prot. Strasbourg), 1922, p. 501.

  166. [795]

    Cf. Moïse Amyraut, p. 77-78.

  167. [796]

    Briefe der Prinzessin Elisabeth Charlotte von Orleans an die Raugräfin Louise, éd. Wolfgang Menzel (Bibliothek des literarischen Vereins in Stuttgart, VI), 1843, p. 407 ; 25 juin 1719 :

    Man meint hier auch dass der 7bente sohn die Ecruellen durch anrühren könte. Ich glaube aber dass Es Eben so Viel Krafft hatt alss der König In frankreich ahnrühren.

  168. [797]

    Ci-dessous p. 398.

  169. [798]

    Un certain nombre de proclamations du règne de Charles Ier (et une de Charles II) fixant les dates du toucher, interdisant l’accès de la cour aux malades en tant d’épidémie, ou de toute façon réglant les conditions de la cérémonie, ont été publiées par Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 163 et suiv. Cf. Calendar of State Papers, Domestic, Charles I, aux dates : 13 mai, 18 juin 1625 ; 17 juin 1628 ; 6 avril, 12 août 1630 (cette dernière p. 554 du vol. relatif aux années 1629-1631) ; 25 mars, 13 octobre, 8 novembre 1631 ; 20 juin 1632 ; 11 avril 1633 ; 20 avril, 23 septembre, 14 décembre 1634 ; 28 juillet 1635 ; 3 septembre 1637.

  170. [799]

    Pour la première fois exigés, semble-t-il, par une proclamation du 13 mai 1625, citée ci-dessus p. 321, n. 5 (prescription renouvelée le 18 juin 1626 : Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 164), les certificats resteront en vigueur sous les règnes suivants. Sous Charles II il fut prescrit qu’un registre en serait tenu dans chaque paroisse : Notes and Queries, 3rd series, I (1862), p. 497. À partir de cette période, par conséquent, ils nous ont été très bien conservés. Beaucoup, surtout pour le règne de Charles II, ont été signalés ou publiés ; voir par exemple John Charles Cox, The parish registers of England (The Antiquary’s Books), Londres [1910], p. 180 ; Thomas Pettigrew, On superstitions connected with the history and practice of medicine, p. 138 ; Thomas Firminger Thiselton-Dyer, Old English social life as told by the parish registers, 1898, p. 79 ; Henry Barnes dans Transactions of the Cumberland and Westmorland Antiquarian and Archaeological Society, XIII, p. 352 ; William Andrews, The doctor in history…, p. 15 ; Notes and Queries, 8th series, VIII (1895), p. 174 ; 10th series, VI (1906), p. 345 ; Helen Farquhar, III, p. 97 et suiv. Leur abondance est une preuve de plus de la popularité du toucher. Bien entendu en Angleterre comme en France les malades étaient soumis à un examen médical préalable ; sous Charles Ier le médecin de service distribuait à ceux qu’il admettait des jetons métalliques qui leur servaient de tickets d’entrée : Farquhar, I, p. 123 et suiv. ; de même sans doute sous Charles II, Farquhar, II, p. 124 et suiv.

  171. [800]

    The boke of common prayer, 1633, British Museum, 3406, fol. 5. Le service réapparut dans le Book of Common Prayer dès la Restauration : éd. De 1662 (Brit. Mus. C 83, e, 13) ; cf. déjà [Simpson], A collection of articles of the Church of England, Londres 1661, p. 223 ; il se maintint par la suite dans les éditions successives du livre, même après que les rois d’Angleterre eurent cessé de pratiquer le miracle : ci-dessous p. 392, n. 1. Description du rite anglais, sans grand intérêt : Johann Christian Lünig dans son Theatrum ceremoniale historico-politicum, II, p. 1043-1047.

  172. [801]

    Comme en France, à côté des grandes cérémonies, il y avait pour les personnes que leur rang empêchait de confondre avec la foule, des touchers dans le particulier ; c’est de cette façon, semble-t-il, que fut guérie la fille de Lord Poulett, dont il sera question plus bas.

  173. [802]

    Ordonnance citée par Gustave Brunet, Notice sur les sculptures des monuments religieux du département de la Gironde ; Rev. Archéolog., 1re série, XII, 1, (1855,) p. 170 :

    En 1679, on y touchait [dans la chapelle Saint-Louis, en l’église Saint-Michel de Bordeaux] encore les malades atteints des écrouelles ; une ordonnance de l’archevêque Henri de Sourdis, du 23 août de cette année, interdit cette pratique parce que ce privilège de toucher tels malades est réservé à la personne sacrée de nostre roy très chrétien, et quand bien même il se trouveroit quelque personne qui eût ce don, elle ne le pourroit sans notre permission expresse par écrit.

    On voit par cette dernière phrase que l’interdiction n’était peut-être pas absolue. Quant à la date de 1679, elle est certainement le résultat d’un lapsus, Henri de Sourdis ayant été archevêque de Bordeaux de 1629 au 18 juin 1645, date de sa mort. M. Jean-Auguste Brutails, archiviste de la Gironde, a bien voulu me faire savoir qu’il ne semble pas y avoir trace de ce texte aux archives de son département. Il n’y a pas lieu de s’étonner de voir les toucheurs d’écrouelles de Bordeaux exercer leur art dans une chapelle ; nous verrons plus tard, à la même époque, un charlatan de même acabit, le chevalier de Saint-Hubert, obtenir de l’autorité diocésaine la permission de toucher contre la rage dans une chapelle de Paris.

  174. [803]

    En 1632, affaire de Jacques Philippe Gaudre ou Boisgaudre : Calendar of State Papers Domestic : Charles I, 13 janv. et 7 juin 1632. En 1637, procès de Richard Leverett (devant la Chambre Étoilée) : Charles Goodall, The Royal College of Physicians of London, in-4°, Londres 1684, p. 447 et suiv. : Calendar of State Papers Domestic : Charles I, 19 sept. 1637 ; cf. Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 95. En 1637 également, affaire des Gilbert, de Prestleigh en Somerset : ci-dessus p. 296.

  175. [804]

    Lettre (du 30 avril 1631), publiée par Emanuel Green, On the cure by touch, p. 80. Cf. Calendar of State Papers Domestic : Charles I, à sa date :

    Ye returne of my sicke childe with so much amendment hath much revived a sick Father… I am much joyed that his Majesty was pleased to touch my poor child with his blessed hands, whereby, God’s blessing accompanying that means, he hath given me a child which I had so little hope to keep, that I gave direction for her bones, doubting she would never be able to return, but she is corne safe y home and mends every day in her health ; and ye sight of her gives me as often occasion to remember his Majestees gratious goodness towards her and me, and in all humilitye and thankfulness to aknowledge it.

    Sur John Poulett, premier baron Poulett (1586-1649) v. le Dict. of National Biography.

  176. [805]

    Pour le titre, v. ci-dessus, à la Bibliographie, p. 5. De la maladie traitée, p. 4, de that miraculous and supernatural evill, il est dit p. 6 :

    Tall maladies may have a remedy by physick but ours, which proceeding from unknowne mysterious causes claime onely that supernaturall meanes of cure which is inherent in your sacred Majesty.

    Même page, les pétitionnaires déclarent ne pas vouloir se mêler des malheurs et iniquités du temps,

    … having enough to reflect and consider our owne miseries.

    Page 8, ils se plaignent de ne pouvoir approcher le roi :

    … so long as your Majestie resides at Oxford, invironed with so many legions of souldiers, who will be apt to hinder our accesse to your Court and Princely Person, which others that have formerly laboured with our Malady have so freely enjoyed at London.

    Même page :

    … your palace at Whitehall, where we all wish your Majestie, as well as for the cure of our infirmitie, as for the recovery of the State, which hath languished of a tedious sicknesse since your Highnesse departure from thence, and can no more be cured of its infirmitie then wee, till your gracious returne thither.

  177. [806]

    Journal of the House of Lords, IX, p. 6 : Lettre des commissaires chargés de garder le roi, en date du 9 février 1647 nouv. st. Ils signalent que pendant le voyage du roi, tant à Ripon qu’à Leeds :

    … many diseased Persons came, bringing with them Ribbons and Gold, and were only touched, without any other Ceremony.

    Ils envoient copie de la déclaration qu’ils ont publiée à Leeds le 9 février :

    Whereas divers People do daily resort unto the Court, under Pretence of having the Evil ; and whereas many of them are in Truth infected with other dangerons Diseases, and are therefore altogether unfit to come into the Presence of His Majesty.

    Sur l’empressement des malades à venir trouver le roi, pendant ce voyage, voir aussi le témoignage cité Farquhar, I, p. 119. Dès avant d’être fait prisonnier, pendant la guerre civile, Charles, manquant d’or, avait dû lui substituer l’argent pour les aumônes du toucher : Χειρεξοχη, p. 8 ; Richard Wiseman, A treatise of the King’s Evil, p. 247. Des passages de John Browne cités à la n. suivante, il ressort que les personnes qui allaient trouver Charles pendant sa captivité pour se faire toucher apportaient tantôt une pièce d’or, tantôt une pièce d’argent ; quand le roi fournissait la pièce, elle était d’argent.

  178. [807]

    Journal of the House of Commons, V, en date du 22 avril 1647. La Chambre a reçu a letter trom the Commissionners from Holdenby of 20° Aprilis 1647, concerning the Resort of great Numbers of People thither, to be Touched for the Healing. Un comité est désigné pour préparer a Declaration to be set forth to the People, concerning the Superstition of being Touched for the Healing of the King’s Evil. Les commissaires devront take care that the Resort of People thither, to be touched for the Evil, may be prevented et feront publier la Déclaration dans le pays. Cf. Bulstrode Whitelocke, Memorials of the English affairs, fol., Londres 1732, p. 244. Je n’ai pu retrouver cette Proclamation ; elle ne figure pas dans l’abondante collection de Lord Crawford, inventoriée par Robert Steele, A bibliography of royal proclamations, 1485-1714. (Bibliotheca Lindesiana V-VI) . Cas d’un enfant touché à Holmby : John Browne, Adenochoiradelogia, p. 148 ; autres cas de personnes touchées par le roi prisonnier, plus tard : ibid. p. 141-146. Cf. aussi ibid. p. 163 et ci-dessous p. 385.

  179. [808]

    Page 4.

  180. [809]

    John Browne, Adenochoiradelogia, p. 109 et 150 et suiv. ; il ressortirait d’une anecdote rapportée à la p. 150 que des reliques de cette sorte étaient conservées et considérées comme efficaces même par des officiers de l’armée parlementaire, ce qui n’est après tout pas impossible. Cf. les pamphlets royalistes de 1649 et 1659 cités The Gentleman’s Magazine, 81 (1811), p. 125 (reproduit The Gentleman’s Magazine Library, éd. George Laurence Gomme, III, 1884, p. 171) ; Richard Wiseman, Several Chirurgical Treatises, I, p. 195 ; Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 101 ; Helen Farquhar, Royal charities, II, p. 107 ; William George Black, Folk-Medicine, p. 100.

  181. [810]

    John Browne, Adenochoiradelogia, p. 181.

  182. [811]

    John Browne, Adenochoiradelogia, p. 156 et suiv. ; Relation en forme de journal du voyage et séjour que le sérénissime et très puissant prince Charles II roy de la Grande-Bretagne a fait en Hollande, in-4°, La Haye 1660, p. 77.

  183. [812]

    Helen Farquhar, II, p. 103-104, d’après les témoignages de royalistes contemporains, Blount et Pepys ; cf. Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 102 (sans références).

  184. [813]

    Relation (citée ci-dessus, p. 375, n. 4), p. 75 et 77.

  185. [814]

    Samuel Pepys, Diary et Mercurius Politicus, tous deux à la date du 23 juin 1660, cités Helen Farquhar, Royal charities, II, p. 109 ; Diary and Correspondence of John Evelyn, éd. William Bray, pet. in-8°, Londres 1859, I, p. 357 (6 juillet 1660). Le rituel de Charles II est le même que celui de son père. On le trouve dans les Books of Common Prayer : cf. ci-dessus p. 370, n. 1 ; reproduit par Raymond Crawfurd, p. 114. Description très détaillée dans John Evelyn, Diary, loc. cit.

  186. [815]

    William Sancroft (W. S.), A sermon preached in St. Peter’s Westminster on the first Sunday in Advent…, Londres 1660, p. 33 :

    … therefore let us hope well of the healing of the Wounds of the Daughter of our People, since they are under the Cure of those very Hands, upon which God hath entailed a Miraculous Gift of Healing, as it were on purpose to raise up our Hopes in some Confidence, that we shall ow one day to those sacred Hands, next under God, the healing of the Church’s, and the People’s Evils, as well, as of the King’s.

  187. [816]

    Bird paraît considérer que les succès de Charles II seront tels qu’il fera disparaître de son royaume, pour jamais, les écrouelles, ainsi que le rachitisme (rickets).

  188. [817]

    Dédié au duc d’York (le futur Jacques II). Χειρεοχη doit se traduire : Excellence de la Main.

  189. [818]

    Comme le traité d’André du Laurens, l’Adenochoiradelogia renferme une étude purement médicale sur les écrouelles. Seule la troisième partie, intitulée Charisma Basilikon, concerne exclusivement le toucher.

  190. [819]

    Helen Farquhar, II, p. 134 et suiv.

  191. [820]

    P. 105 :

    I do believe near half the Nation hath been Touched and Healed by His Sacred Majesty since His Happy Restauration.

  192. [821]

    Les chiffres des malades touchés par Charles II nous sont fournis par deux sources : — 1° par John Browne, qui, dans un appendice de son Adenochoiradelogia, p. 197-199 donne a) d’après un registre tenu par Thomas Haynes sergeant de la chapelle royale, les chiffres, mois par mois, de mai 1660 à sept. 1664 ; b) d’après un registre tenu par Thomas Donkly, keeper of his Majesties closet (registre conservé à la chapelle royale) les chiffres, également mois par mois, de mai 1667 à avril 1682 ; — 2° par les certificats, relatifs aux médailles délivrées, dont il sera question ci-dessous à l’Appendice I, p. 444. Cette seconde source est évidemment la plus sûre ; pour un bon nombre de mois on peut comparer les chiffres qu’elle présente avec ceux de Browne ; il y a quelques divergences tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre ; la plupart doivent s’expliquer selon toute vraisemblance soit par des fautes de copie commises par Browne ou son informateur, soit tout simplement par des fautes d’impression : mais il n’y a en elles rien qui soit susceptible de modifier sensiblement les totaux ou atteigne en tout cas l’ordre de grandeur des statistiques.

    Les indications que je donne dans le texte sont empruntées : — 1° pour la période, mai 1660 à sept. 1664, à Browne (chiffre exact 23.801) ; — 2° pour la période 7 avril 1669 au 14 mai 1671 aux certificats, conservés au Record Office ; la restriction au moins 6666 s’impose parce que nos certificats présentent quelques lacunes (du 15 juin au 4 juillet 1670 ; du 26 février 1671 au 19 mars) dont il est impossible de savoir si elles sont l’effet du hasard ou bien si elles correspondent à des laps de temps où le toucher n’eut pas lieu ; 30 pour la période 12 févr. 1684 au 1er février 1685 également d’après les certificats (une seule lacune, du 1er au 14 janv. 1684). Le total des chiffres donnés par Browne pour les deux périodes envisagées par lui (c’est-à-dire pour tout le règne moins deux périodes d’environ 2 ans 1/2 chacune : 1er oct. 1664 au 1er mai 1667 et 1er mai 1682 au 6 février 1685) est de 90.761 (cf. Farquhar, II, p. 132) : d’où mon approximation pour le règne tout entier : environ 100.000.

    Toutefois, il convient de ne pas oublier qu’un élément d’appréciation nous échappe : selon toute vraisemblance certains malades, malgré les ordres si souvent renouvelés, se présentaient plusieurs fois au toucher ; quelle était la proportion de ces récidivistes ? c’est ce que nous ne saurons jamais. Sur l’empressement aux jours du toucher, cf. John Evelyn, Diary, II, p. 205 (28 mars 1684), cité Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 107, n. 2.

  193. [822]

    Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 111-112.

  194. [823]

    William Cobbett, Cobbett’s Complete Collection of State Trials…, X, p. 147 et suiv. L’accusé, nommé Rosewell, condamné par le jury sur des témoignages peu sûrs, fut d’ailleurs gracié par le roi. Le gouvernement de Charles II était beaucoup moins jaloux de la prérogative miraculeuse du roi, que celui de Charles Ier. Il est remarquable que Greatrakes (sur lequel v. ci-dessous p. 384) ne fut jamais inquiété. Cf. Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 120.

  195. [824]

    Emanuel Green, On the cure by touch, p 86 et suiv., cf. Gentleman’s Magazine, t. 81 (1811), p. 125 (reproduit The Gentleman’s Magazine Library, éd. George Laurence Gomme, III, Londres 1884, p. 171).

  196. [825]

    Thomas Bayly Howell, State Trials, XI, col. 1059.

  197. [826]

    Scaevola Sammarthanus (Scévole de Sainte-Marthe), Gallorum doctrina illustrium qui nostra patrumque memoria floruerunt elogia, 1e éd., 1598. J’ai vu l’édition de 1633 : Scaevolae et Abelii Sammarthanorum patris et filii opera latina et gallica, I, p. 155 à 157 (la notice a certainement été au moins remaniée après la mort de Henri IV). Je cite la traduction de Guillaume Colletet : Scévole de Sainte-Marthe, Éloge des hommes illustres, in-4°, Paris 1644, p. 555 et suiv. Sur l’ouvrage voir Auguste Hamon, De Scaevolae Sammarthani vita et latine scriptis operibus (thèse Lettres Paris), 1901. Généalogies des Bailleul dans François Blanchard, Les présidents à mortier du Parlement de Paris, fol., 1647, p. 399 et le père Anselme, Histoire généalogique de la maison royale de France, II, fol., 1712, p. 1534, qui, ni l’un ni l’autre, non plus que le père Pierre Le Moine dans son Épistre panégyrique à Mgr. le Président de Bailleul, à la suite de Le Ministre sans reproche, in-4°, 1645, ne font allusion au don miraculeux. Il ne me paraît pas impossible que Nicolas II — expressément mentionné par Sainte-Marthe comme participant au don paternel — ait plus tard cessé de l’exercer.

  198. [827]

    Sur les parents des saints en général, v. ci-dessus p. 176 n. 1 et p. 300. Sur ceux de saint Hubert et plus particulièrement sur Georges Hubert, il suffira de renvoyer à Henri Gaidoz, La rage et saint Hubert, p. 112-119, où on trouvera une bibliographie. J’ai pris les renseignements relatifs au prospectus de 1701 et le passage sur le toucher royal dans Pierre Le Brun, Histoire critique des pratiques superstitieuses, II, p. 105 et 112. Jean-Marie Tiffaud, L’exercice illégal de la médecine dans le Bas-Poitou, 1899, p. 18, signale aussi des descendants de saint Marcoul.

  199. [828]

    André du Laurens, De mirabili, p. 21 ; André Favyn, Histoire de Navarre, p. 1058 ; Guillaume du Peyrat, Histoire ecclésiastique de la Cour, p. 794 ; Traité curieux de la guérison des écrouelles par l’attouchement des septennaires, p. 13 et 21 ; Jean-Baptiste Thiers, Traité des superstitions, p. 443. Ces auteurs se rectifient souvent les uns les autres (v. p. ex. Du Peyrat, loc. cit.) : preuve qu’ils ne se sont pas simplement copiés entre eux. On mettait le pouvoir merveilleux de cette maison en rapport avec les Reliques des Rois Mages qui, sous Frédéric Barberousse, transportées de Milan à Cologne, auraient été un moment déposées à Aumont ; et aussi avec une fontaine sacrée, vénérée au même lieu ; il est permis de soupçonner là-dessous quelques contaminations de croyance, analogues à celle qui fit de saint Marcoul le patron du miracle royal. Konrad von Maurer, Die bestimmten Familien zugeschriebene besondere Heilkraft ; Zeitschrift des Vereins fur Volkskunde, 1896, p. 443, a étudié quelques exemples de familles pourvues héréditairement d’un pouvoir guérisseur, mais en les empruntant à la Sicile (cf. Ibid., p. 337) et aux légendes Scandinaves. Jean-Baptiste Thiers, loc. cit., p. 449, signale la maison de Coutance dans le Vendômois dont les membres passaient pour guérir les enfants de la maladie appelée le carreau, en les touchant.

  200. [829]

    On trouvera les indications nécessaires, et la bibliographie, dans le Dictionary of National Biography ; v. aussi Crawfurd, King’s Evil, p. 143 et Farquhar, III, p. 102.

  201. [830]

    Adenochoiradelogia, p. 133 et suiv. (avec une lettre, témoignant de la véracité de l’anecdote, adressée à Browne par le warden de Winchester-College).

  202. [831]

    William Tooker, Charisma, p. 83 ; John Browne, Adenochoiradelogia, p. 63 ; cf. ci-dessus p. 42.

  203. [832]

    C’est au sujet des cures opérées par Élisabeth, la théorie de Smitheus [Richard Smith], Florum historiae ecclesiasticae gentis Anglorum libri septem, 1654, folio, Paris, l. III, cap. 19, sectio IV, p. 230, qui fait entrer en jeu aussi l’influence de saint Édouard le Confesseur ; la reine guérissait non virtute propria… sed virtute signi Crucis et ad testandam pietatem S. Edwardi, cui succedebat in Throno Angliae. Smith — qui fut vicaire apostolique en Angleterre de 1625 à 1629 — ne paraît pas admettre les guérisons accomplies par les successeurs d’Élisabeth.

  204. [833]

    Pierre de L’Ancre, L’incrédulité et mescreance du sortilège…, 1622, p. 165, fait exception ; il admet les guérisons opérées par Jacques Ier, mais pense que ce roi — sans doute en cachette — dispose sa main en forme de croix.

  205. [834]

    Disquisitionum, éd. de 1606, p. 60 et suiv.

  206. [835]

    André du Laurens, De mirabili, p. 19 ; Guillaume du Peyrat, Histoire ecclésiastique de la Cour, p. 796-801.

  207. [836]

    Loc. cit. p. 64 :

    … sed ea cogimur dicere, vel fictitia, si non vere aegri : vel fieri physica aliqua vi emplastrorum, aut aliorum adhibitorum : vel ex pacto tacito vel expresso cum daemone.

    Pour l’observation sur les personnes présentées au toucher et non guéries, v. p. 61 ; cf. ci-dessous p. 421-422. L’année où parut la première édition des Disquisitionum (1593) est celle même de la conversion de Henri IV ; on pouvait alors à peine considérer la France comme régie par des rois catholiques ; Delrio, dans son développement sur les écrouelles, faisait-il alors allusion à cette difficulté ? Je ne sais, n’ayant pu voir d’édition antérieure à celle de 1606, où se trouve (p. 65) la formule prudente De Franciae regibus ; quorum adhuc nullus aperte haeresim professus fuit, reproduite par les éd. suivantes.

  208. [837]

    La Bibliothèque du Surgeon General de l’armée américaine, à Washington, possède — parmi une collection de pièces relatives au toucher des écrouelles — une petite brochure in-8° de 8 p., intitulée The Ceremonies of blessing Cramp-Rings on Good Friday, used by the Catholic Kings of England. Je dois une copie de ce document à l’extrême obligeance du Lieutenant-Colonel F. H. Garrison, qui l’avait signalé dans son article intitulé A relic of the King’s Evil ; on trouve le même texte reproduit 1° d’après un manuscrit, par The literary magazine, 1792 ; 2° par William Maskell, Monumenta ritualia…, 2e éd., III, p. 391 ; Maskell s’était servi d’un ms. daté de 1694, relié à la suite d’un exemplaire des Ceremonies for the Healing of them that be Diseased with the King’s Evil, used on the Time of King Henry VII, imprimées en 1686 sur ordre du roi (cf. W. J. Sparrow Simpson, On the forms of prayer, p. 289) ; 3° sans doute d’après Maskell par Raymond Crawfurd, Cramp-Rings, p. 184. C’est la traduction fidèle de l’ancienne liturgie, telle que la présente le missel de Marie Tudor. La brochure conservée à Washington porte la date de 1694 ; elle a donc été imprimée après la chute de Jacques II (1688). Mais une note parue dans Notes and Queries, 6th series, VIII (1883), p. 327, qui signale l’existence de ce même opuscule, indique qu’il ne faut sans doute le considérer que comme une réimpression ; la première édition semble avoir paru en 1686. C’est l’année même où l’imprimeur royal publiait, par ordre, l’ancienne liturgie des écrouelles (infra n. 3) ; où, par ailleurs, Jacques II s’efforçait de plus en plus de se soustraire, pour la cérémonie du toucher, au ministère du clergé anglican. Il semble, du reste, que dans les milieux jacobites le bruit ait couru que les derniers Stuarts avaient béni les anneaux : voir au sujet de Jacques III la lettre — qui d’ailleurs nie le fait — du Secrétaire du Prince, citée Farquhar, IV, p. 169.

  209. [838]

    D’après les certificats relatifs à la distribution des médailles, conservés au Record Office : ci-dessous Appendice I, p. 444.

  210. [839]

    The Diary of Dr Thomas Cartwright, bishop of Chester (Camden Society, XXII, 1843), p. 74 et 75.

  211. [840]

    On trouvera tous les témoignages sur l’attitude de Jacques II diligemment rassemblés et judicieusement discutés par miss Helen Farquhar, Royal charities, III, p. 103 et suiv. À dire vrai, nous ne connaissons pas exactement le service employé par Jacques II. Nous savons seulement qu’en 1686 l’imprimeur du roi publia, par ordre, l’ancienne liturgie catholique, qu’on attribuait à Henri VII, et cela en deux volumes différents, l’un renfermant le texte latin (cf. ci-dessus p. 318, n. 2), l’autre une traduction en langue anglaise : Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 132. D’autre part, une lettre confidentielle de l’évêque de Carlisle en date du 3 juin 1686 (éd. John Richard Magrath, The Flemings in Oxford, II, Oxford Historical Society’s Publications, LXII, 1913, p. 159 : citée Farquhar, III, p. 104), porte les mots suivants :

    Last week, his Majesty dismissed his Protestant Chaplains at Windsor from attending at ye Ceremony of Healing which was performed by his Romish Priests : ye service in Latin as in Henry 7th time.

    Ce qui paraît devoir trancher définitivement la question. Sur le scandale soulevé par les formes papistes du service, cf. les témoignages sur la cérémonie du toucher qui eut lieu en 1687 à Bath, rassemblés par Emanuel Green, On the cure by touch, p. 90-91.

  212. [841]

    En 1726, Sir Richard Blackmore, Discourses on the gout, a rheumatism, and the King’s Evil, Preface, p. LXVIIJ, considère nettement la superstition du toucher comme une imposture des prêtres papistes.

  213. [842]

    Gazette de France, n° du 23 avril 1689, p. 188 :

    De Londres le 28 avril 1689. Le 7 de ce mois le Prince d’Orange dîna chez Mylord Newport. Il devoit ce jour la suivant l’usage ordinaire, faire la cérémonie de toucher les malades, et laver les pieds à plusieurs pauvres comme ont toujours fait les Roys légitimes. Mais il déclara qu’il croyoit que ces cérémonies n’estoient pas exemtes de superstition ; et il donna seulement ordre que les aumônes fussent distribuées aux pauvres selon la coutume.

    Cf. aussi Sir Richard Blackmore, Discourses, Preface, p. LX ; Paul de Rapin de Thoyras, Histoire d’Angleterre, livre V, chap. relatif à Édouard le Confesseur, éd. de La Haye 1724, in-4°, t. I, p. 446 ; Thomas Macauley, The history of England, chap. XIV, éd. Bernhard Tauchnitz, I, p. 145-146 ; Helen Farquhar, Royal charities, III, p. 118 et suiv.

  214. [843]

    Thomas Macauley, loc. cit.

  215. [844]

    John Oldmixon, The history of England during the reigns of King William and Queen Mary, Queen Anne, King George I, folio, Londres 1735 (inspiration whig), p. 301 ; le toucher reprit dès mars ou avril 1703 au plus tard : Helen Farquhar, Royal charities, IV, p. 143. On a souvent rappelé que le Dr Johnson, enfant, fut touché par la reine Anne : James Boswell, Life of Samuel Johnson, éd. Roger Ingpen, Londres 1907, in-4°, I, p. 12, cf. Farquhar, IV, p. 145, n. 1. Un nouveau rituel fut mis en vigueur sous ce règne ; la liturgie est plus courte et le cérémonial considérablement simplifié ; les malades ne sont plus présentés qu’une fois au souverain ; chacun d’eux reçoit la pièce d’or immédiatement après avoir été touché : Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 146 (publie le texte du service) ; Helen Farquhar, Royal charities, IV, p. 152. Le Wellcome Historical Medical Museum, à Londres, possède un aimant, qui provient de la famille de John Rooper, Deputy Cofferer de la reine Anne, et passe pour avoir servi à cette souveraine pour le toucher ; afin d’éviter le contact direct des malades, elle aurait tenu en main cet aimant, en accomplissant le geste de guérisseur, et l’aurait interposé entre ses doigts et les parties atteintes. Cf. Farquhar, IV, p. 149 et suiv. (avec photographie ;) je dois aussi des renseignements utiles à l’obligeance de M. Charles J. S. Thompson, conservateur du Musée. Il est d’ailleurs difficile de se prononcer sur la valeur de cette tradition. Sur un anneau orné d’un rubis qu’Henri VIII portait les jours du toucher, pour se préserver de la contagion, semble-t-il : Farquhar, IV, p. 148.

  216. [845]

    An ecclesiastical history of Great Britain, éd. Francis Foster Barham, I, Londres 1840, p. 532 (la 1e édition de 1708) :

    King Edward the Confessor was the first that cured this distemper, and from him it has descended as an hereditary miracle upon ail his successors. To dispute the matter of fact is to go to the excesses of scepticism, to deny our senses, and be incredulous even to ridiculousness.

  217. [846]

    Journal to Stella, lettre XXII (28 avril 1711), éd. Frederick Ryland, p. 172.

  218. [847]

    Ci-dessous, Appendice II, n° 17.

  219. [848]

    Emanuel Green, On the cure by touch, p. 95.

  220. [849]

    Dans les éditions en langue anglaise jusqu’en 1732 ; dans les éditions latines jusqu’en 1759 : v. Helen Farquhar, Royal charities, IV, p. 153 et suiv., dont les recherches annulent les travaux antérieurs.

  221. [850]

    Robert Chambers, History of the rebellion in Scotland in 1745-1746, éd. de 1828, in-16, Édimbourg, I, p. 183. On raconta également que Georges Ier, sollicité par une dame, consentit, non à la toucher, mais à se laisser toucher par elle ; on ne nous dit point si elle guérit : Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 150.

  222. [851]

    Jacques II à Paris et Saint-Germain : Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. XV, éd. Garnier, XIV, p. 300 ; Questions sur l’Encyclopédie, art. Écrouelles, ibid. XVIII, p 469 (dans le Dictionnaire philosophique). Jacques III à Paris, Helen Farquhar, Royal charities, IV, p. 161 ( ?) ; à Avignon, ci-dessous p. 394, n. 1 ; aux Bains de Lucques, Farquhar, p. 170 ; à Rome ci-dessous n. 2. Pour les documents numismatiques, Farquhar, p. 161 et suiv. Jacques II passa pour avoir accompli, comme un saint, des miracles posthumes ; mais aucune guérison d’écrouelles ne figure sur la liste (v. Gaston du Boscq de Beaumont et Émile-Paul Bernos, La Cour des Stuarts à Saint-Germain en Laye, 2e éd., in-12, 1912, p. 239 et suiv.) ; cf. aussi Helen Farquhar, Royal charities, III, p. 115, n. 1.

  223. [852]

    Pour le titre ci-dessus p. 6. P. 6 :

    For shame, Britons, awake, and let not an universal Lethargy seize you ; but consider that you ought to be accounted unworthy the knowledge and Benefits you may receive by this extraordinary Power, if it be despised or neglected.

  224. [853]

    Reproduit Gentleman’s Magazine, t. 7 (1737), p. 495.

  225. [854]

    A general history of England, l. IV, § III, p. 291, n. 4 :

    … the eldest lineal descendant of a race of kings, who had indeed, for a long succession of ages, cured that distemper by the royal touch.

    Sur la localité où le toucher eut lieu, Helen Farquhar, Royal charities, IV, p. 167.

  226. [855]

    Gentleman’s Magazine, t. 18 (1748), p. 13 et suiv. (The Gentleman’s Magazine Library, III, p. 165 et suiv.) ; cf. Helen Farquhar, Royal charities, IV, p. 167, n. 1.

  227. [856]

    Robert Chambers, History of the rebellion in Scotland in 1745-1746, éd. de 1828, I, p. 184. Jacques III avait déjà touché en Écosse en 1716 : Helen Farquhar, Royal charities, IV, p. 166.

  228. [857]

    Il semble même que sa sœur Marie (qui n’avait jamais été reconnue par Charles II) ait touché : Raymond Crawfurd, King’s Evil, p. 138.

  229. [858]

    Toucher pratiqué par Charles-Édouard à Florence, Pise, et Albano en 1770 et 1786, Helen Farquhar, Royal charities, IV, p. 174. La numismatique du toucher sous les Stuarts exilés a été étudiée par miss Farquhar avec son soin, habituel, IV, p. 161 et suiv.

  230. [859]

    Helen Farquhar, Royal charities, IV, p. 177 (reproduction). Il semble que, peut-être au temps des guerres de la Révolution, Henri IX ait dû avoir recours à des pièces de cuivre ou d’étain argentés : Farquhar, loc. cit., p. 180.

  231. [860]

    Chap. III, éd. de 1792, p. 179 :

    … the practice was first dropped by the present royal family, who observed, that it could no longer give amazement to the populace, and was attented with ridicule in the eyes of all men of understanding.

    Voltaire écrit dans les Questions sur l’Encyclopédie, article Écrouelles, éd. Garnier, t. XVIII, p. 470 :

    Quand le roi d’Angleterre, Jacques II, fut reconduit de Rochester à Whitehall [lors de sa première tentative de fuite, le 12 déc. 1688], on proposa de lui laisser faire quelques actes de royauté comme de toucher les écrouelles ; il ne se présenta personne.

    Cette anecdote est peu vraisemblable, et doit sans doute être rejetée comme purement calomnieuse.

  232. [861]

    Archaeologia, XXXV, p. 452, n. a. Cf. pour le port d’une pièce sous le règne de Georges Ier, Helen Farquhar, Royal charities, IV, p. 159.

  233. [862]

    Thomas Pettigrew, On superstitions…, p. 153-154. Les monnaies de saint Louis, que l’on perçait d’un trou pour les suspendre au cou ou au bras, ont parfois été employées en France comme talismans contre les maladies : cf. François Le Blanc, Traité historique des monnoyes, in-4°, Amsterdam 1692, p. 176.

  234. [863]

    Helen Farquhar, Royal charities, IV, p. 180 (et communication personnelle de miss Farquhar).

  235. [864]

    Sheila Macdonald, Old-World Survivals in Ross-shire ; The Folk-Lore, XIV (1903), p. 372.

  236. [865]

    Loc. cit. p. 372 :

    An old shepherd of ours who suffered from scrofula, or king’s evil, often bewailed his inability to get within touching distance of Her late Gracious Majesty. He was convinced that by so doing his infirmity would at once be cured. Ach ! no he would say mournfully, I must just be content to try and get to Lochaber instead some day, and get the leighiche (healer) there to cure me.

  237. [866]

    Relation imprimée, publiée par la Gazette de France, Arch. Nat., K 1714, n° 20.

  238. [867]

    Pâques 1739 : duc de Luynes, Mémoires sur la Cour de Louis XV, éd. Louis Dussieux et Eudore Soulié, II, 1860, p. 391 ; Edmond-Jean-François Barbier, Journal, éd. de la Soc. de l’Hist. de France, II, p. 224 (cela a causé un grand scandale à Versailles et fait beaucoup de bruit à Paris ; Barbier estime d’ailleurs que nous sommes assez bien avec le pape pour que le fils aîné de l’Église eût une dispense pour faire ses Pâques, en quelque état qu’il fût, sans sacrilège et en sûreté de conscience) ; marquis d’Argenson, Journal et Mémoires, éd. Edmé-Jacques-Benoît Rathery (Soc. de l’Hist. de France), II, p. 126. — Pâques 1740, Luynes, III, p. 176. — Noël 1744, Luynes, VI, p. 193. L’indication de Pierre de Nolhac, Louis XV et Marie Leczinska, in-12, 1902, p. 196 (pour 1738) est certainement erronée : cf. Luynes, II, p. 99. Louis XIV, à Pâques 1678, s’était déjà vu refusé l’absolution par le père de Champ, qui suppléait comme confesseur le père de la Chaise, malade (marquis de Sourches, Mémoires, I, p. 209, n. 2) ; il est vraisemblable qu’il ne toucha point à cette fête.

  239. [868]

    Cf. ci-dessus, p. 52.

  240. [869]

    Éd. Arthur de Boislisle, XVII, p. 74-75. Saint-Simon croit aussi — sans doute à tort — que plusieurs des enfants de Madame de Soubise moururent des écrouelles. Il écrit, après la phrase citée sur le miracle prétendu, celle-ci dont je n’ai pu déterminer la signification exacte :

    La vérité est que quand ils [les rois] touchent les malades, c’est au sortir de la communion.

  241. [870]

    Questions sur l’Encyclopédie, article Écrouelles (éd. Garnier, dans le Dictionnaire philosophique, XVIII, p. 469) où se trouve — p. 470 — l’anecdote sur François de Paule :

    Le saint ne guérit point le roi, le roi ne guérit point le saint.

    Essai sur les Mœurs, Introduction, XXIII (t. XI, p. 96-97), où on lit, à propos du refus de Guillaume III :

    Si l’Angleterre éprouve jamais quelque grande révolution qui la replonge dans l’ignorance, alors elle aura des miracles tous les jours.

    Et chap. XLII, ibid. p. 365, d’où vient la phrase citée dans le texte ; elle manque dans la première version de ce chapitre parue dans le Mercure de mai 1746, p. 29 et suiv. ; je n’ai pu consulter la véritable édition princeps, celle de 1756 ; celle de 1761, I, p. 322, renferme notre phrase. — Lettre à Frédéric II du 7 juillet 1775 (anecdote sur la maîtresse de Louis XIV). — Cf. aussi les notes manuscrites connues sous le nom de Sottisier, t. XXXII, p. 492.

  242. [871]

    Relation imprimée, publiée par la Gazette de France : Arch. Nat. K 1714, n° 21 (38) ; Voltaire à Frédéric II, 7 juillet 1775. Tableau représentant Louis XVI en prière devant la châsse de saint Marcoul : Appendice II, n° 23.

  243. [872]

    Pour Louis XV, relation citée ci-dessus p. 397, n. 2 (p. 598) . Cf. Charles-Drouin Regnault, Dissertation historique, p. 5. Pour Louis XVI, relation citée ci-dessus n. 2, (p. 30) ; Le Sacre et couronnement de Louis XVI roi de France et de Navarre, in-4°, 1775, p. 79 ; [Pons Augustin Alletz], Cérémonial du sacre des rois de France, 1775, p. 175. On notera que, d’après la relation du Sacre de Louis XV et les divers textes relatifs au sacre de Louis XVI, l’ordre des deux membres de phrase fut également interverti : Dieu te guérisse, le Roi te touche. Jean-Claude Clausel de Coussergues, Du sacre des rois de France, 1825, donne une relation du sacre de Louis XIV qui présente la formule avec le subjonctif (p. 657, cf. p. 150) ; mais il ne cite pas sa source ; sur les textes officiels du XVIIe siècle, ci-dessus p. 315, n. 5. Charles X employa lui aussi le subjonctif devenu traditionnel ; mais on voit que c’est à tort que Louis Landouzy, Le toucher des écrouelles, p. 11 et 30, lui en a attribué l’initiative.

  244. [873]

    Journal et Mémoires du marquis d’Argenson, I, p. 47.

  245. [874]

    La lettre de Rouillé d’Orfeuil et la réponse de Bertin, Arch. de la Marne, C. 229 ; la première publiée, Joseph Ledouble, Notice sur Corbeny, p. 211 ; je dois une copie de la seconde à l’amabilité de M. l’Archiviste du département.

  246. [875]

    Certificats publiés par Charles Cerf, Du toucher des écrouelles…, p. 253 et suiv. ; et (avec deux corrections) par Joseph Ledouble, Notice sur Corbeny, p. 212 ; dates extrêmes : 26 nov.-3 déc. 1775, Aucun des deux éditeurs n’indique sa source avec précision ; il semblerait qu’ils aient puisé aux archives de l’Hospice Saint-Marcoul ; pourtant l’inventaire du fond de Saint-Marcoul aux Archives hospitalières de Reims, dont il existe une copie aux Arch. Nat., F2 I 1555, n’indique rien de pareil. Les localités habitées par les malades guéris sont Bucilly, dans la généralité de Soissons (deux cas), Condé-lès-Herpy et Château-Porcien, dans celle de Châlons.

  247. [876]

    Il paraîtrait naturel, au premier abord, de chercher la solution de l’énigme dans les journaux du temps. Aucun de ceux que j’ai pu voir (la Gazette de France pour tout le règne, de nombreux sondages dans le Mercure et le Journal de Paris) ne mentionnent jamais l’accomplissement de la solennité du toucher, même pour la période du règne où, selon toute probabilité, elle avait encore lieu ; j’ai déjà signalé plus haut cette espèce de pudeur que l’on avait alors à parler de ce rite si propre à choquer les esprits éclairés. On pourrait songer également à consulter le Journal de Louis XVI ; il a été publié pour la période 1766-1778 par le comte de Beauchamp, en 1902 (non mis dans le commerce ; j’ai eu en mains l’exemplaire des Arch. Nat.) ; on n’y trouve aucune mention relative au toucher.

  248. [877]

    Odes et Ballades, Ode quatrième, vu. La note (p. 322 de l’éd. des Œuvres Complètes, Hetzel et Quantin) dit :

    Tu es sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisédech. — L’église appelle le roi l’évêque du dehors ; à la messe du sacre il communie sous les deux espèces.

  249. [878]

    Mémoires, II, 1923, p. 65. On trouvera en Appendice au tome II, p. 305-306, une note sur le toucher, rédigée par Damas en 1853 à la suite d’une visite qu’il fit alors à Mgr Gousset, archevêque de Reims. Nous aurons à l’utiliser plus loin.

  250. [879]

    Léon Aubineau, p. 14 de la Notice citée ci-dessous, p. 403, n. 1. On sait que Léon Aubineau a fait des théories d’Augustin Thierry une critique qui n’est pas sans valeur.

  251. [880]

    9 nov. 1825, p. 402.

  252. [881]

    Sur le rôle de l’abbé Desgenettes, voir Léon Aubineau, Notice sur M. Desgenettes, in-18, 1860, p. 13-15 (reproduit dans la Notice Biographique mise par l’abbé G. Desfossés en tête des Œuvres inédites de M. Charles-Éléonore Dufriche-Desgenettes, in-18 [1860], p. LXVI-LVII). Cf. aussi Charles Cahier, Caractéristiques des saints dans l’art populaire, 1867, I, p. 264. Pétition des habitants de Corbeny publiée par S. A. L’hermite de Corbeny ou le sacre et le couronnement de Sa Majesté Charles X roi de France et de Navarre, Laon 1825, p. 167, et Joseph Ledouble, Notice sur Corbeny, p. 245.

  253. [882]

    Les récits contemporains les plus complets de la cérémonie de l’Hospice Saint-Marcoul se trouvent dans l’Ami de la Religion, 4 juin et surtout 9 novembre 1825 et dans Edme-François-Antoine-Marie Miel, Histoire du sacre de Charles X, 1825, p. 308 et suiv. où on lit p. 312 :

    Un des malades disait après la visite du roi que Sa Majesté était le premier médecin de son royaume.

    Voir aussi, à la date du 2 juin, le Constitutionnel, le Drapeau Blanc, la Quotidienne, et les deux petits opuscules suivants : Précis de la cérémonie du sacre et du couronnement de S. M. Charles X, in-12, Avignon 1825, p. 78 et Promenade à Reims ou journal des fêtes et cérémonies du sacre… par un témoin oculaire, in-12, 1825, p. 165 ; cf. Charles Cerf, Du toucher des écrouelles…, p. 281. Sur l’hôpital Saint-Marcoul (dont les beaux bâtiments, datant du XVIIe siècle, à demi ruinés par le bombardement, abritent aujourd’hui l’Ambulance Américaine), Henri Jadart, L’hôpital Saint-Marcoul de Reims, Travaux Acad. Reims, CXI (1901-1902). On chercha à Reims à profiter de l’événement pour raviver le culte de saint Marcoul ; on réimprima un Petit Office du saint qui avait paru précédemment en 1773 (Biblioth. de la Ville de Reims, R. 170 bis). Quant à la formule prononcée par le Roi, le Constitutionnel écrit qu’il toucha sans prononcer une seule fois la formule d’antique usage : Le Roi te touche, Dieu te guérisse. Mais il semble bien, d’après l’unanimité des autres témoignages que ce soit là une erreur, déjà relevée par l’Ami de la Religion, 4 juin 1825, p. 104, n. 1. Sur le nombre des malades, les sources donnent des indications légèrement différentes : 120 d’après le baron de Damas, 121 d’après E. F. A. M. Miel, environ 130 d’après l’Ami de la Religion du 9 nov., (p. 403,) 130 d’après Charles Cerf, (p. 283).

  254. [883]

    Ci-dessous p. 424, n. 2.

  255. [884]

    Éd. de 1860, IV, p. 306.

  256. [885]

    2 juin, Correspondance particulière de Reims. Dans le même numéro. Extrait d’une autre lettre de Reims du même ton. Comparer les paroles que Miel, loc. cit. p. 312, prête à Charles X lui-même :

    Le roi aurait dit en quittant les malades : Mes chers amis, je vous ai apporté des paroles de consolation ; je souhaite bien vivement que vous guérissiez.

  257. [886]

    Œuvres, éd. de 1847, 11, p. 143.

  258. [887]

    Du toucher, p. 280. Dans le même sens, on peut voir encore le père E. Marquigny, L’attouchement du roi de France guérissait-il des écrouelles ? Études, 1868 et l’abbé Joseph Ledouble dans sa Notice sur Corbeny, 1883, p. 215. En 1853, Mgr Gousset, archevêque de Reims, exprimait au baron de Damas sa foi dans le toucher ; mais il n’en considérait pas les effets comme tout à fait miraculeux : Damas, Mémoires, p. 305 et ci-dessous, p. 425, n. 2.

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