Jeanne d’Arc : recueil historique et complet (1806)
- Pierre-Jean-Baptiste Chaussard (1766–1823)
Présentation
En 1804, P.-J.-B. Chaussard est transféré à Orléans comme professeur de belles-lettres du nouveau lycée. Quelques mois plus tôt, le 8 mai, on venait d’inaugurer place du Martroy la statue d’Étienne Gois, voulue par Bonaparte sous le Consulat. La ville était alors tout occupée de sa Pucelle, et cette atmosphère inspira à l’homme de lettres — ancien révolutionnaire rallié à l’Empire — un vaste et érudit recueil en l’honneur de la libératrice.
L’ouvrage se compose de plusieurs notices :
- Un Coup d’œil sur le siècle de Charles VII, qui plante le contexte.
- Une Notice historique sur Jeanne d’Arc, tirée des deux procès d’après la description qu’en avait donnée L’Averdy en 1790 (dans les Notices des manuscrits du roi), ouvrage auquel il rend hommage tout en déplorant sa rareté.
- Une Notice des manuscrits : la description des trente et un manuscrits connus, pour l’essentiel ceux des procès ; Chaussard se targue d’être allé vérifier lui-même les originaux et d’avoir corrigé quelques erreurs de L’Averdy.
- Une Notice bibliographique : une suite d’environ deux cents notices d’ouvrages parus depuis l’époque de Jeanne d’Arc, assorties de quelques commentaires et, parfois, d’extraits.
- Une Notice iconographique : une recension des portraits, gravures et médailles représentant Jeanne d’Arc, relevés dans les galeries, musées et cabinets.
- Une Notice des monuments érigés à Rouen et à Orléans : elle s’attarde sur la nouvelle statue d’Orléans, encore sans inscription, et se prolonge par une réflexion sur celle qui pourrait l’accompagner, avec les propositions de plusieurs de ses élèves.
L’ouvrage se place sous le signe de l’actualité impériale et de la lutte contre l’Anglais. Ainsi Chaussard écrit-il, dans son introduction sur le siècle de Charles VII :
La France était alors plongée dans un abyme de calamités et d’humiliation : aujourd’hui elle vient d’atteindre l’apogée de la gloire ; les Anglais dictaient alors des lois au sein même de Paris : aujourd’hui ils tremblent dans Londres […] les Aigles des légions françaises sont prêtes à s’élancer au premier signal du héros qui vient de ceindre les deux couronnes de Charlemagne.
De même, les inscriptions composées par ses élèves pour la statue d’Orléans inaugurée en 1804, qui représente Jeanne foulant aux pieds les léopards d’Angleterre :
Voilà, fière Albion, le prix de ma victoire !
Ce monument redit et ta honte et ma gloire.
D’un point de vue historiographique, on retrouve dans ce volumineux ouvrage une manière — une manie ? — qui semble frapper nombre d’historiens de Jeanne d’Arc : compiler tout ce que leurs devanciers ont écrit au fil des siècles. Cette accumulation de témoignages ne serait-elle pas une manière de compenser le fait que toute histoire de Jeanne fidèle aux documents tourne à l’hagiographie ? Hordal l’avait fait dans son Histoire de Jeanne d’Arc (1612), Richer dans son Histoire de la Pucelle (~1630, restée manuscrite), Lenglet-Dufresnoy dans son Histoire de Jeanne d’Arc (1753-1754, que Chaussard accuse d’ailleurs, à la suite d’autres, d’avoir plagié celle de Richer, éléments à l’appui) ; et après eux Pierre Lanéry d’Arc dans son Livre d’or (1894), et tant d’autres encore.
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Édition
Orléans, Darnault-Maurant. (2 vol. de 295 et 244 p.)
Jeanne d’Arc. Recueil historique et complet, publié par M. Chaussard, de plusieurs Société Savantes, Nationales et Étrangères, Professeur de Belles-Lettres au Lycée et Membre du Jury d’Instruction publique à Orléans. Première partie [Seconde partie] À Orléans, chez Darnault-Maurant, imprimeur-libraire, éditeur. 1806
