P. J. B. Chaussard  : Jeanne d’Arc (1806)

Tome 1 : Préface

Jeanne d’Arc
Recueil
historique et complet

par

Pierre-Jean-Baptiste Chaussard

(1806)

Éditions Ars&litteræ © 2026

Première partie

Avertissement

On n’a rien négligé pour justifier dans toute son étendue le titre de cet ouvrage.

Précédé d’un Coup-d’œil sur le règne de Charles VII, et terminé par un Projet d’Inscriptions pour le Monument, il a été rédigé d’après les copies authentiques des pièces du procès, tirées des manuscrits de la Bibliothèque impériale et royale, mises en lumière par M. de L’Averdy, et vérifiées de nouveau.

On a ajouté à ces recherches la table analytique de tous les ouvrages publiés sur ce sujet et deux dissertations, l’une sur les Portraits de Jeanne d’Arc, et l’autre sur les Monuments érigés à Rouen et à Orléans.

Trois gravures au trait ornent ce recueil.

VÉpître à M. Crignon-Désormeaux,
maire d’Orléans, membre de la Légion d’honneur

Monsieur,

C’est dans votre ville et sous votre magistrature que nous avons vu s’élever le premier monument durable et réparateur, ce bronze de Jeanne d’Arc, présage, en quelque sorte, et symbole heureux de la force et de la durée de l’Empire.

Associé alors aux noms les plus illustres, votre nom se trouve également lié aux plus mémorables souvenirs.

VIVotre administration véritablement paternelle, est un monument moins éclatant, mais plus touchant peut-être.

En vous offrant cet ouvrage concernant l’histoire d’Orléans, je me plais à rendre à la fois hommage à vos qualités personnelles et à l’honorable cité que vous représentez si dignement.

Daignez agréer,

Monsieur,

Mon profond respect,

Chaussard.

VIIPréface

Le Coup-d’œil sur le règne de Charles VII donne une idée de la manière dont l’auteur aurait pu traiter l’histoire héroïque de Jeanne d’Arc. Il l’a réduite aux éléments d’une discussion des faits et des opinions contradictoires, travail moins brillant, qui n’en sera peut-être que plus utile.

En effet ce sujet renferme plusieurs problèmes historiques1, et les principes compliqués de leur solution divisent depuis quelques siècles les écrivains.

L’opinion particulière d’un nouvel historien n’aurait été qu’un jugement isolé, contesté d’ailleurs par ces passions, par ces préjugés qui s’élèvent toujours contre celui qui n’admet que des vérités indépendantes des temps et des lieux.

Mais l’évidence des faits est irrésistible ; mais quand l’impartialité rassemble dans un VIIIseul foyer toutes les opinions, même les plus divergentes, alors tout lecteur, doué d’un sens droit et d’un cœur pur, décide d’après sa conviction personnelle, et exerçant en quelque sorte, et comme dans un grand procès, les fonctions de juge suprême, réforme et casse au tribunal de sa propre conscience les arrêts erronés des siècles, des partis et de toute autorité qui sépare sa puissance de celle de la raison.

Ces considérations ont conduit à diviser cet ouvrage en deux parties. La première présente à la suite du Coup-d’œil sur le règne de Charles VII, le tableau de tous les faits concernant Jeanne d’Arc, exposés d’après les pièces du procès avec une simplicité nue, relevée par le seul intérêt de ces extraordinaires événements.

On a mis à profit le savant travail de M. de L’Averdy2, mais en le resserrant dans de justes bornes : on a élagué de longs IXet ennuyeux détails de procédure, sans négliger cependant d’en indiquer la marche et d’en extraire les actes caractéristiques et essentiels : on a vérifié de nouveau3 les manuscrits de la Bibliothèque impériale et royale, dont les conservateurs ont ouvert à l’auteur tous les trésors4.

Ces sources étaient non seulement les plus abondantes et les plus pures, mais encore les plus rares. En effet l’analyse des manuscrits publiés par M. de L’Averdy, est peu connue, elle est même en quelque sorte hors de la circulation commune5, puisque ce volume fait partie de la riche collection in-4° des Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Notre but a été de donner à cette analyse, plus de publicité, en la réduisant sous un format plus commode et moins dispendieux, un nouveau caractère d’authenticité, en reconnaissant de nouveau la valeur, et le Xpoids des autorités qui lui ont servi de base ; enfin un intérêt plus piquant, plus direct, en bornant d’abord ces recherches à la juste mesure de la curiosité historique, ensuite en augmentant leur utilité par une table systématique et raisonnée de tous les ouvrages publiés jusqu’à ce jour sur ce sujet toujours traité et toujours neuf.

Cette riche bibliographie est non seulement distribuée dans un ordre méthodique, et beaucoup plus étendue que celles qui l’ont précédée6, mais encore elle contient le précis impartial de toutes les opinions intéressantes et extraordinaires7, l’indication des meilleures éditions et quelques réflexions sur le caractère et le degré de mérite de chaque historien8. Un astérisque marque les ouvrages qui doivent être distingués des autres.

Des notices sur les Portraits de Jeanne d’Arc, sur les Monuments érigés à Rouen XIet à Orléans, ferment le cercle immense de ces recherches.

Si l’on demandait à l’auteur pourquoi il ne s’est pas expliqué lui-même plus souvent, il répondrait par ce mot de Montesquieu, il s’agit moins de dire que de faire penser.

Notes
sur la préface

  1. [1]

    Cinq problèmes historiques :

    1. Jeanne d’Arc a-t-elle été l’instrument de la Religion ou celui de la Politique ?

      Voir p. 184-192, 374-378, 411-418.

    2. Jeanne d’Arc a-t-elle été soustraite au supplice, et faudrait-il absoudre le fanatisme du crime, d’avoir livré cette héroïne aux flammes ?

      Voir p. 117-134, 366, 368-376, 401-411.

    3. Est-il vrai que cette tragédie n’eut lieu que pour ouvrir en France à l’horrible Inquisition un chemin de feu et de sang ?

      Voir la dernière page du Coup-d’œil sur le règne de Charles VII, et p. 113 et 159.

    4. Que sont devenues les minutes originales des pièces du procès ? A-t-on l’espérance de les recouvrer ? Quel est le degré d’authenticité des copies manuscrites ?

      Voir p. 244-256, surtout les notes p. 252, 254 et 197.

    5. XIILes traits de Jeanne d’Arc sont-ils parvenus jusqu’à nous ?

      Voir p. 440-447.

  2. [2]

    Voir le supplément aux Mémoires de l’Académie des Inscriptions, t. III, in-4°, Paris, de l’imprimerie Royale, 1790.

  3. [3]

    Voir la note p. 197, et celle p. 207.

  4. [4]

    Voir p. 258.

  5. [5]

    Des hommes instruits en ignorent l’existence. Un académicien publie à Rouen un discours avec un extrait de quelques pièces du procès, sans indication d’autorités, et se paie pas de celles-ci. Voir p. 436. L’auteur de la tragédie de Jeanne d’Arc [La mort de Jeanne d’Arc], M. Dumolard, m’a dit qu’il n’avait consulté que les Causes célèbres : en rendant compte de son ouvrage dans les journaux, on a cité Mézeray. L’article de Mézeray est incomplet, et celui des Causes célèbres est romanesque. Voir p. 265, 266 et 358.

  6. [6]

    Voir la note préliminaire, p. 257-261.

  7. [7]

    Voir p. 264, 265, 322, 365-367, 374-376, 378-417.

  8. [8]

    Voir p. 263, 273-288, 294, 301-304, 308-310, 314, 345-365, 368-377, 431-435.

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