P. J. B. Chaussard  : Jeanne d’Arc (1806)

Tome 1 : Notice des manuscrits

195Notice générale historique et critique
de trente-un manuscrits concernant les procès criminels et l’histoire de Jeanne d’Arc ; dite la Pucelle d’Orléans

196Avertissement

À la suite de la notice de condamnation de Jeanne d’Arc, et de celle du procès d’absolution, j’ai cru devoir rassembler dans une analyse générale tout ce qui a rapport aux manuscrits précités.

J’ai divisé cette analyse en trois parties, relativement :

  1. au procès de condamnation ;
  2. au procès d’absolution ;
  3. à l’Histoire de Jeanne d’Arc.

Le complément de cette analyse est une dissertation sur la disparition des minutes originales.

197Première partie
Procès de condamnation

Manuscrits de la Bibliothèque du roi

I. Le premier manuscrit9 du procès de condamnation de Jeanne d’Arc, en langue 198latine, est un petit in-folio, relié en veau, et assez bien conditionné. Il est écrit au dos, processus Joannis Puellæ, n° 5965 ; le papier est gris, l’écriture courante, de la fin du quinzième siècle.

C’est une grosse en bonne forme de ce procès, délivrée par Guillaume Colès, dit Bos-Guillaume, l’un des notaires greffiers nommés par l’évêque de Beauvais. Son attestation qui porte qu’il est conforme à la minute originale, est accompagnée de sa signature et de son paraphe au bas du premier folio-recto, et il a pareillement signé et paraphé chaque folio-recto, jusqu’au cent cinquante-huitième feuillet, où il est écrit : affirmo et subscribo, je l’affirme et le signe, avec la même signature originale et le même paraphe : ainsi ce volume est vraiment authentique.

Au folio 158, on trouve l’attestation de la vérité de cette grosse ; faite séparément 199par trois notaires greffiers, Colès, dit Bos-Guillaume, Guillaume Manchon, nommés tous deux par l’évêque de Beauvais ; et Nicolas Tacquel, nommé par le vice-inquisiteur, avec les signatures et leurs paraphes, ce qui ajoute encore à l’authenticité de ce manuscrit.

Celui-ci présente ensuite une information d’office faite après la mort de Jeanne, mais sans aucune signature ni attestation, ni paraphe : un procès fait à un religieux qui avait mal parlé d’un jugement rendu contre elle ; deux lettres du roi d’Angleterre, une aux souverains de l’Europe, l’autre aux évêques, aux nobles et habitants des principales villes de la France ; et enfin deux lettres de l’Université de Paris, l’une au pape et l’autre au collège des cardinaux. Ces dernières additions sont de simples copies, elles paraissent de la même main que le manuscrit.

200II. Le second manuscrit du procès en latin, est un petit in-folio relié en basane ; n° 5966, le papier est épais ; c’est une écriture de chicane, du quinzième siècle, un peu moins serrée que celle du précédent manuscrit ; il a deux cent vingt feuillets cotés : c’est encore une expédition authentique de ce procès, avec les mêmes attestations, signatures et paraphes de Colès, dit Bos-Guillaume, à chaque feuillet, et des deux autres notaires au folio 206 verso. Après quoi on trouve les mêmes informations postérieures à la mort de Jeanne ; le procès fait à un religieux, les lettres du roi d’Angleterre et celles de l’Université de Paris.

III. Le troisième manuscrit du procès en latin, in-folio, est une copie collationnée par Mrs Pithou et Petau, le 15 janvier 1652, n° 180, et faisant partie de la collection de Brienne. Il est relié et armorié 201de même que les deux manuscrits de cette collection. La signature de ces deux magistrats est au premier feuillet ; il y en a cinq qui sont en blanc, ensuite le septième ne contient que ce titre : procès criminel fait à Jeanne d’Arc, de Vaucouleurs, vulgairement appelée la Pucelle, ès années 1430 et 1431 ; après quoi sont encore trois feuillets blancs.

Le premier feuillet dans l’ordre des chiffres commence par ces mots ; processus in causa fidei, contra quamdam mulierem, vulgariter dictam la Pucelle. Il paraît d’abord contenir quatre cent quarante-cinq feuillets, mais il n’en a que trois cent vingt-cinq, parce qu’après le feuillet deux cent neuf, le copiste a coté deux cent trente ; et qu’après le feuillet deux cent trente-deux le copiste a coté deux cent trente-trois, et continué ainsi jusqu’à la fin, en sorte que ce volume n’a que 648 pages écrites, et il finit par sept feuillets blancs. Au surplus 202les erreurs de chiffres ne présentent aucune lacune dans le texte (ainsi que je l’ai vérifié), et la copie est entière.

Ce manuscrit est copié sur l’un des deux précédents ; il est complet. Les notes marginales d’indication des actes y sont mises en titre ; les alinéas sont placés où ils doivent l’être, les attestations et signatures des trois notaires y sont copiées à leur place.

IV. Le quatrième manuscrit du procès latin est un volume petit in-folio, relié en carton avec une couverture blanchâtre de parchemin, au dos de laquelle on lit : procès de la Pucelle Jeanne, n° 5967 ; il est sur du papier fort, d’une écriture du quinzième siècle. Les notes marginales y sont intégrées. Il a deux cent soixante-sept feuillets cotés, et de plus, à la fin trois feuillets non cotés, où on trouve une table du procès, avec renvois aux pages du volume.

203V. Le cinquième manuscrit du procès latin, est un petit in-folio sur papier, dont la reliure est en veau, aux armes de la France. Le n° est 5968. Le papier est moins épais ; l’écriture est du même temps que celle du précédent ; les derniers mots indiquent qu’il a fait partie de la bibliothèque de Thou, Thuan. Les notes marginales y sont.

VI. Le sixième manuscrit du procès latin, est encore une copie non collationnée petit in-folio, relié en veau, percé par les vers aux premiers feuillets. Le n° est 5969 ; l’écriture est du quinzième siècle ; mais coulée et difficile à lire. Il est écrit sur papier, les alinéas y sont bien observés.

Manuscrits de la Chambre des comptes

VII. Un in-folio, contenant ce même procès en latin ; il n’est ni signé ni collationné. On a jugé aux armes du manuscrit ; 204qu’il provenait de la bibliothèque de Caumartin.

Manuscrits de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés

VIII. Un manuscrit in-folio non collationné ni signé, du procès en latin, de la bibliothèque de Harlay. Ces deux copies de la Chambre des comptes et de Saint-Germain-des-Prés, ont paru correctes et entières.

Manuscrits de la bibliothèque de M. de Flandre de Brunville

IX. Manuscrits de ce procès en latin, provenant du fonds de M. le président Duret de Meinières, in-folio ; il contient dans le même volume, le procès de condamnation et celui d’absolution. La copie du premier qui n’est ni signée ni collationnée, a paru exacte.

205Manuscrits de la bibliothèque de M. de Saint-Genis, Auditeur des Comptes

X. Manuscrit provenant du fonds de livres de M. Dulys, Avocat général de la Cour des Aides, qui était de la famille de la Pucelle d’Orléans, c’est une copie in-folio, non collationnée, du procès de condamnation : elle a paru exacte.

Manuscrits de la bibliothèque de Saint-Victor

XI. Un gros volume in-folio, n° 417 ; c’est une copie entière, non collationnée du procès de condamnation de Jeanne. Elle tient du folio 73 jusqu’au folio 342.

Manuscrits du dépôt de législation et des Chartes et monuments historiques, place Vendôme

XII. Dans un gros volume in-folio, maxima carta, sur vélin, écriture du quinzième siècle, on trouve pour troisième 206article, une copie non signée ni collationnée du procès de condamnation de Jeanne d’Arc. Elle est complète.

Observations

Ces douze expéditions soit authentiques, soit copies collationnées ou non collationnées du procès de condamnation de Jeanne d’Arc, ne remplissent pas encore tout ce qu’on peut désirer, parce qu’il y manque la minute même du procès, tant en latin, que pour ce qui a dû être écrit en Français, savoir ; celle des interrogatoires de Jeanne, et autres actes du procès, où on lui a parlé et où elle a parlé elle-même, puisqu’elle n’entendait pas le latin. On ignore de même ce qu’ont pu devenir ces minutes, ainsi que celles des deux procès de condamnation et d’absolution en latin. M. le baron de Breteuil avait engagé Louis XVI à donner des ordres pour diverses recherches à cet égard : elles ont été infructueuses.

207Deuxième partie
Procès d’absolution

Manuscrits de la Bibliothèque du roi

XIII. Le septième manuscrit10 du roi, concernant Jeanne d’Arc, est le premier du procès d’absolution ou révision. C’est un manuscrit superbe au fond et dans la forme.

Il est in-folio de vingt pouces de hauteur relié en maroquin rouge, aux armes de France dorées, dans un cartouche doré avec des filets d’or. On lit sur le dos, processus justificationis Joannæ d’Arc, procès de justification de Jeanne d’Arc, et son n° est 5970. Ce procès est en latin, en entier, même dans 208les dépositions des témoins, à l’exception d’une seule qui est en français. Le parchemin est bien choisi ; il a deux cent quatre feuillets, après lesquels on trouve trois feuillets non cotés, qui contiennent un poème latin, à la louange de Jeanne d’Arc.

L’écriture qui est celle du temps, est belle pour ce siècle, mais si fine qu’elle devient fatigante ; les lettres majuscules des alinéas sont formées en plusieurs endroits avec des dessins tracés à la plume. Les tranches sont dorées. C’est une grosse en forme de tout le procès de révision : chaque page est signée paraphée par deux notaires greffiers, commis par les juges que le pape avait délégués (ils se nommaient Denis le Comte Comitis, et François Ferrebouc) avec ces mots : sic affirmo, je le certifie ainsi. À la fin des actes principaux du procès, sont les attestations, signatures et paraphes des deux greffiers, et d’un troisième, nommé apparemment 209par l’inquisiteur, qui instruisait et jugeait avec les juges délégués ; ainsi c’est une expédition entièrement authentique.

Le manuscrit commence par une longue préface des greffiers ; elle forme en quelque sorte une espèce de procès, qu’ils ont continué dans l’expédition des actes du procès, comme des récits intermédiaires propres à en faciliter l’intelligence aux lecteurs, et à transmettre au souvenir des hommes ce qui s’est passé relativement à chaque acte de l’instruction, et en quelque sorte hors de son contenu ; méthode sévèrement prohibée depuis avec tant de raison.

Le titre en est, commissio et ordinatio notariorum delegatorum, commission et ordonnance du procès par les notaires commis.

Ce procès a été instruit, disent-ils, par l’autorité du pape Calixte III. Les juges par lui délégués ont été l’archevêque de 210Rheims, les évêques de Paris et de Coutances, et Jean Bréhal, Frère-prêcheur, l’un des inquisiteurs de France.

Ils disent ensuite que ce procès fut instruit à la requête d’Isabelle d’Arc, veuve, mère de la Pucelle, et à celle de Jean et Pierre d’Arc ses frères, et que le jugement qui intervint, déclara le procès fait contre elle invalide, inique, contenant des erreurs de droit et de fait, et jugé au préjudice des soumissions de Jeanne au Saint-Siège, qui avaient la force d’un véritable appel, etc…

XIV. Le huitième manuscrit de la Bibliothèque du roi, et le second du procès de révision, en latin, vient originairement de la Bibliothèque du chapitre de Notre-Dame de Paris ; il avait été donné au chapitre par Chartier, évêque de Paris, ainsi qu’il est écrit sur la reliure en dedans. Ce prélat était un des commissaires du Saint-Siège. 211Il est numéroté H. 10, et c’est depuis quelques années seulement qu’il a passé dans la Bibliothèque du roi.

C’est un in-folio relié en veau, ayant pour titre : processus puellæ aurelianensis, procès de la Pucelle d’Orléans.

Le premier feuillet est blanc et en parchemin, ainsi que le second feuillet qui est écrit ; et tout le volume est composé de manière que les premier et dernier feuillets de chaque cahier sont de parchemin et le surplus du cahier est un papier très fort. Le volume a cent quatre-vingt-un feuillets, et au bas de chaque feuillet recto, sont les signatures et paraphes des deux notaires, le Comte et Ferrebouc ; ce qui en fait une expédition authentique, tel qu’est le manuscrit de l’article précédent : il y a lieu de présumer que c’est celle qui fut remise à l’évêque de Paris, comme ayant été un des juges, ce qui la rend précieuse.

212XV. Le neuvième manuscrit de la Bibliothèque du roi, et le troisième du procès de révision en latin, est celui qui fait partie de la collection de Brienne, n° 181, relié et armorié comme tous ceux de cette collection qui contiennent des procès criminels. Il est in-folio, et la copie est collationnée comme ceux dont il a été parlé jusqu’à présent.

Cette copie collationnée a pour titre : procès de justification de la Pucelle, 1456. Sur le septième feuillet blanc est le titre qui suit : procès de l’innocence de Jeanne d’Arc dite la Pucelle d’Orléans.

Manuscrits de la Chambre des comptes

XVI. Une copie in-folio non signée ni collationnée du procès d’absolution de Jeanne, qui paraît venir de la bibliothèque de Caumartin ; elle est conforme à la copie collationnée de la collection de Brienne.

213Manuscrits de la bibliothèque de M. de Saint-Genis

XVII. Une copie in-folio non signée ni collationnée du procès d’absolution de Jeanne, mais conforme à la copie de la collection de Brienne.

Manuscrits de la bibliothèque de M. de Brunville

XVIII. Une copie non collationnée ni signée de ce procès ; elle a paru exacte. Elle est reliée avec la copie du procès de condamnation.

Manuscrits de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés

XIX. Une copie non signée ni collationnée du procès de justification, n° 336. Elle vient de la bibliothèque de Harlay.

214Manuscrits de la bibliothèque de Saint-Victor

XX. Une copie non collationnée ni signée, faisant partie du n° 417, indiqué dans l’article XI ci-dessus ; elle a paru conforme à la copie collationnée de la collection de Brienne. Ce volume est d’une écriture de la fin du quinzième siècle.

Manuscrits du dépôt de législation et des Chartes et monuments historiques, place Vendôme

XXI. L’in-folio manuscrit maxima carta, dont on a parlé article XII ci-dessus, contient pour quatrième et dernier manuscrit, le procès d’absolution ou de révision en entier, avec les traités des docteurs consultés par les juges que Calixte III avait nommés ; mais ces traités ou avis doctrinaux ne sont pas complets, et ce manuscrit n’est ni signé ni collationné : l’écriture est du quinzième 215siècle, excepté les quatre derniers cahiers où elle est du seizième siècle, ainsi que quelques cahiers qui ont été interpolés dans le cours du manuscrit.

216Troisième partie
Concernant l’histoire de Jeanne d’Arc

Manuscrits de la Bibliothèque du roi

XXII. On y trouve un manuscrit intéressant d’Edmond Richer, le célèbre syndic de la faculté de théologie. Il l’a composée en l’année 1628, ainsi qu’il le dit lui-même dans la deuxième partie, folio 4 ; il vient du fonds de Fontanieu : son titre est histoire de la Pucelle d’Orléans, et le n° est p. 285. Il est in-folio et très épais. Il paraît être autographe en quelque sorte, puisqu’il est corrigé de la main même de son auteur. Richer a composé cet ouvrage en langue Française avec le plus grand soin, sur les manuscrits authentiques des deux procès en latin qu’il cite dans son avertissement. 217On a la preuve dans le volume même, qu’on a eu dessein de faire imprimer cette histoire en 1694, par une lettre de privilège qui est volante, mais conservée dans le volume, et qu’on l’a voulu même en 1740, comme l’indique l’approbation du censeur.

N. B. L’ouvrage de l’abbé Lenglet Dufrenoy, intitulé : Histoire de Jeanne d’Arc, vierge, héroïne et martyre d’état, etc., chez Coustelier, Pissot et Chardon, 1753, trois volumes in-12, n’est qu’un extrait assez mal fait de l’ouvrage de Richer, dont cependant l’abbé Lenglet dit du mal. Il cherche même à rendre suspectes les autorités sur lesquelles Richer avait dirigé son travail, afin qu’en détournant du dessein de consulter le manuscrit, on ne puisse pas reconnaître aisément le plagiat. Il est vrai que si on imprimait à présent l’ouvrage de Richer, sa forme un peu scolastique et son style antique lui 218nuiraient beaucoup. Le manuscrit n’en est pas moins précieux, et il peut être utile à ceux qui voudront écrire dans la suite l’histoire de Jeanne.

L’avertissement contient huit feuillets ; l’auteur y désigne toutes les autorités authentiques, d’après lesquelles il a composé son histoire, et il y fait connaître son désir de voir imprimer les deux procès en entier, il offre même ses soins et son travail pour y parvenir.

Manuscrits de la bibliothèque de Rohan-Soubise

XXIII. C’est un manuscrit français, petit in-folio très largo, relié en veau, filets dorés, dont un côté de la reliure ne tient presque plus, et qui est piqué des vers, même dans les premiers feuillets du parchemin vélin ; son écriture est du quinzième siècle ; en général c’est un très bon manuscrit.

219Ce volume ouvre par une gravure de Jeanne d’Arc habillée en femme et tenant une épée de la main droite. On y lit imprimées deux pièces de vers. La première est de huit vers attribués par une note manuscrite à P. Patris, gentilhomme de Caen. La deuxième est le sixain si connu de Malherbe, dans lequel il compare le genre de mort de Jeanne à celui d’Hercule.

L’auteur entre de suite en matière ; il parle des personnages qui se sont distingués, dont il ne cite que deux :

Messire Pierre de Brezé, qui en son temps fit maintes belles courses sur les Anglais, et les repoussa jusque sur leurs fumiers et territoires ; et de Jeanne la Pucelle, vrai honneur des dames et jeunes pucelles, qui nous vengea de l’injure insupportable que nous avaient faite les Anglais nos anciens adversaires, lesquels furent contrains de prendre la fuite ou de faire leur cimetière en ce pays.

220Voici comment il fixe l’objet de son travail :

En ce petit livret est contenu le traictié du procès de Johanne la Pucelle, lequel fut faict à Rouen par l’évêque de Beauvais favorable aux Anglois. J’ai sommairement extraict et redigé, ajoute-t-il, le pays, la nativité et les noms du père et de la mère d’icelle, anciennes prouesses et œuvres miraculeuses qu’elle feist.

Manuscrits de la bibliothèque de M. le Marquis de Paulmy

XXIV. Un manuscrit in-4°, portant pour titre : Histoire de Jeanne la Pucelle ; c’est précisément le même ouvrage que celui de la bibliothèque de Soubise dont on vient de donner la notice.

Manuscrits de la bibliothèque de Sainte-Geneviève

XXV. Le seul objet relatif à la Pucelle que 221l’on trouve dans cette Bibliothèque, est un manuscrit in-4°, qui contient un poème en vers latins, divisé en quatre livres ; l’auteur se nomme Valerianus Varrantius. Le titre de l’ouvrage est de gestis Johannæ Puellæ lotharingæ, des faits de Jeanne Pucelle de Lorraine. Ce poème est plus que médiocre, malgré quelques vers bien faits qui s’y rencontrent de temps en temps. Il ne peut avoir d’autre intérêt que celui des événements décrits par un auteur qui vivait peu de temps après Jeanne.

Manuscrits du dépôt des Chartes et monuments historiques, place Vendôme

XXVI. Le premier manuscrit renfermé dans ce gros volume, maxima carta, dont on va parler à l’article XXVIII, a pour titre : Petit traité par manière de chronique, contenant en brief le siège mis par les Anglais devant la ville d’Orléans, la venue 222et les vaillans faits d’armes de Jehanne la Pucelle, et comment feist partir les Anglois, et enleva le siège par grace divine et force d’armes.

Ce récit qui a trente feuillets in-folio commence au mercredi 12 octobre 1428, avec le siège d’Orléans dont il rend compte jour par jour, ainsi que de l’arrivée et des faits de Jeanne dans cette ville. Il se prolonge, mais avec bien moins de détails, jusqu’à la soumission de la ville de Paris en 1436, à Charles VII. L’auteur paraît sage, réservé et sans enthousiasme ; l’écriture est du seizième siècle.

Manuscrits de la bibliothèque de Saint-Victor

XXVII. Ce même traité brief ou chronique du siège d’Orléans, est le premier manuscrit compris dans le volume de la bibliothèque de Saint-Victor, n° 417, dont on a parlé dans les articles XI et XX ci-dessus ; 223il y remplit soixante-dix feuillets, c’est pareillement une simple copie.

Minute Française du procès de condamnation, au dépôt des Chartes et monuments historiques, place Vendôme

XXVIII. Ce manuscrit mérite une attention singulière ; il est à présumer qu’il contient la copie d’une très grande partie de la minute du procès de condamnation en Français.

C’est un très gros billot écrit sur du parchemin vélin de toute beauté ; il est d’une écriture du quinzième et du seizième siècle, très bien formée et facile à lire ; il a deux cent quatre-vingt-dix feuillets, ils ne sont cotés qu’aux feuillets cent, deux cent et deux cent quatre-vingt-dix qui est le dernier.

Au bas de chacun des cahiers qui composent tout le corps du volume, se trouve une réclame contenant les premiers mots du cahier 224suivant ; ce volume a quatorze pouces et demi de hauteur et douze de largeur.

La reliure, quant aux deux côtés, est de bois couvert d’un velours vert déchiré ; Il y a au milieu de chacune des deux couvertures un cartouche d’armoiries ; et ce sont celles d’Honoré d’Urfé, le célèbre auteur de l’Astrée. Aux quatre coins de chacune de ces deux couvertures est appliquée de même une plaque en triangle ces plaques paraissent avoir été dorées autrefois.

J’ignore par quel événement ce volume, contenant quatre manuscrits, se trouve dans le dépôt de la législation et des Chartes et monuments historiques place Vendôme ; mais on voit par la Bibliothèque historique de la France, tome II, page 184, qu’il appartenait auparavant à M. Fevret de Fontette, qui le décrit en peu de mots. Il dit qu’il appartenait avant lui à Thomas d’Istan, lequel le tenait de M. de Chavannes, et 225qu’il avait appartenu autrefois à Honoré d’Urfé, raison pour laquelle il est garni de ses armes en plaques de cuivre doré.

M. de Fontette rend compte des quatre manuscrits qu’il contient ; et relativement au second, il dit que le morceau qui contient le procès de condamnation, n’est pas aussi complet que le suivant, et qu’il renferme une partie des pièces du procès et des interrogatoires de la Pucelle, moitié en latin et moitié en français.

J’observerai à cette occasion, qu’en parlant du quatrième morceau de ce volume, qui est le procès de révision, M. de Fontette appelle un des notaires Perimitis ; mais que son véritable nom est celui de Dionysius Comitis, qui doit signifier Denis le Comte : le nom de l’autre notaire est Franciscus, François Ferrebouc.

Ce gros volume renferme quatre manuscrits ; le premier est la chronique du siège 226d’Orléans ; le second manuscrit compris dans ce volume, contient vraisemblablement la minute française du procès de révision ; le troisième est le procès de condamnation de Jeanne d’Arc ; le quatrième est le procès d’absolution ou révision.

Tout ce volume est composé de deux écritures, l’une du quinzième siècle ; l’autre plus récente et qui paraît du seizième siècle ; il commence par l’écriture la moins ancienne et celle du quinzième siècle ne commence précisément qu’au cahier où on trouve la copie de ce que je soupçonne être la minute de condamnation, à la suite du treizième interrogat. de la séance du 3 mars 1430 : tout ce qui suit est de la même écriture, non seulement jusqu’à la fin de cette minute française, mais aussi tout le procès d’absolution en entier et tout le procès de révision, compris les avis des docteurs jusqu’à une certaine époque, à laquelle recommence à 227un nouveau cahier l’écriture du seizième siècle ; la fin de l’avis d’un docteur consulté, qu’on commence à écrire n’est point achevée ; enfin, le parchemin est plus récent et plus neuf que celui de l’ancienne écriture.

Ainsi, les six premiers cahiers du volume qui contiennent la chronique du siège d’Orléans, et deux cahiers du procès de condamnation en latin, sont de l’écriture et du parchemin du seizième siècle. C’était donc un vieux manuscrit tronqué qu’on a complété ensuite.

Les quatre derniers cahiers du manuscrit sont précisément dans la même position, écriture et parchemin récents, avec une lacune dans l’avis des docteurs consultés dans le procès de la révision. Il y avait aussi dans le manuscrit quelques feuilles perdues, qui ont été suppléées par une nouvelle copie d’écriture du seizième siècle, mais elles n’ont aucun rapport à l’objet principal, celui de 228la minute française. Ainsi le manuscrit ne serait d’aucune utilité, s’il ne comprenait pas la copie d’une partie au moins de la minute française du procès de condamnation, qui lui donne un prix considérable, surtout si on ne peut recouvrer ou son original, ou du moins une copie en bonne forme.

Vingt-neuvième manuscrit et trente-unième inclusivement

Observation préliminaire

Sur la demande de M. de Breteuil et par les soins du cardinal de Bernis, on a reçu à défaut de la minute du procès, de nouveaux extraits ou manuscrits tirés de la bibliothèque du Vatican.

M. le Baron de Bréteuil a adressé ces manuscrits à la Bibliothèque du roi, le tout est sous le n° 5970 bis. Ce numéro a 229été choisi afin que ce nouveau manuscrit de la Bibliothèque du roi servît de supplément au n° 5970, qui est le procès de révision et justification de Jeanne d’Arc, grand in-folio.

Ce volume renferme trois manuscrits ; le premier va jusqu’au folio 47 ; le deuxième jusqu’au folio 103, où commence le troisième qui termine le volume.

Premier manuscrit

Le manuscrit et le suivant, peuvent donner quelques lumières sur les démarches que fit Charles VII, avant de faire procéder à la révision du procès de Jeanne ; ce que nous exposerons dans les observations à la suite de la notice des deux premiers manuscrits de ce volume.

Le premier manuscrit, ce volume ne contient que deux pièces prises dans le n° 3878 de la bibliothèque du Vatican ; la première pièce est une consultation pour la défense de Jeanne d’Arc, sur les points contenus 230dans le procès fait contre elle ; et la seconde un sommaire de tout le procès de condamnation. Ces deux ouvrages paraissent avoir été composés par Théodore de Leliis.

Cette consultation rédigée en faveur de Jeanne, et qui attaque avec force la condamnation prononcée contre elle, existe en français dans le manuscrit de la bibliothèque de Soubise, sous le nom de Théodore.

Le deuxième ouvrage a pour titre : sommaire de tout le procès fait contre Jeanne, dite la Pucelle : il est au folio 147 du même manuscrit : de eodem codice manuscripto chartaceo, n° 3878, p. 147.

C’est en effet un sommaire très exact de tout le procès de condamnation, composé par Théodore, pour pouvoir rédiger ensuite sa consultation ; il y reprend par ordre tout ce procès, en plaçant de temps en temps quelques mots d’observations critiques ; il y rend compte de toutes les séances des interrogatoires, 231des monitions, mais il est très court sur le surplus des procédures.

On ne sait pas au juste l’époque dans laquelle Théodore a pu composer ces deux ouvrages ; il est seulement certain que leur date est antérieure au procès de la révision, qui a commencé en 1455, et postérieure aux informations faites par Guillaume Bouillé en 1449.

Au surplus, il n’y a point de ponctuation dans le manuscrit du Vatican.

Second manuscrit

Il commence au folio 42 du nouveau volume, et il renferme un plus grand nombre de pièces qui le précèdent.

En voici d’abord le titre : Codex 2284, Joannæ aurelianensis, vulgo dictæ la Pucelle, processus. On trouve huit pièces dans ce nouveau manuscrit.

La première pièce est désignée par l’inventaire du Vatican, une défense et consultation en faveur de Jeanne, par Théodore de Leliis, auditeur du palais apostolique ; 232c’est la même que celle qui est dans le précédent manuscrit. Celui du n° 3878, qui est autographe, est le brouillon même de l’auteur, et le manuscrit dont il s’agit est la mise au net de son travail.

La troisième pièce du manuscrit du Vatican, folio 31, est une consultation pour la défense de Jeanne, rédigée par Paul Pontanus Dupont, avocat consistorial ; elle est antérieure à la révision du procès de Jeanne, de même que celle de Théodore et par les mêmes raisons. Elle se trouve en traduction française dans le manuscrit de la bibliothèque de Soubise.

Le quatrième ouvrage du manuscrit est le mémoire à consulter, sur lequel ont été rédigées les consultations, il ne se trouvait point dans les manuscrits de la Bibliothèque du roi ; il était seulement traduit en français dans le manuscrit de l’hôtel Soubise.

Ce mémoire rappelle les points principaux 233du procès ; à la fin de chacun, il présente la question qui en résulte à décider.

C’est ce morceau important qui est la base sur laquelle a été édifié tout ce qui a procuré le procès de la révision, et le rétablissement de l’honneur de Jeanne et de sa famille, que le jacobin auteur de la préface a pris pour un ouvrage rédigé par les Anglais, tandis que ce doit être celui que Charles VII avait fait dresser pour avoir des avis et des consultations raisonnées. Il est heureux que ce morceau qui manquait à la Bibliothèque du roi, se soit trouvé dans les manuscrits de celle du Vatican.

La dernière pièce du manuscrit est une lettre de Jean Bréhal, dominicain inquisiteur de la foi en France, au frère Léonard, autre dominicain de Vienne, ainsi qu’il est porté, dit l’inventaire, au bas de la première page, par une note que n’ont pas copiés ceux qui ont été chargés de l’ouvrage par M. le 234cardinal de Bernis ; mais voici ce que dit l’inventaire du Vatican : Codex pertinuit olim ad Conventum Viennensem, uti ad calcem prioris paginæ notatur.

Au surplus, ce manuscrit manque de ponctuation, et il est défiguré par des fautes innombrables de copiste.

Bréhal mande dans cette lettre à son confrère, que le roi de France est persuadé que les Anglais, ses ennemis, l’ont vivement attaqué dans son honneur, en procédant en matière de foi, contre une jeune fille vierge et remplie de simplicité, parce qu’elle avait fait la guerre pour lui.

Bien plus, ajoute-t-il, par un jugement rendu en matière de foi, ils l’ont fait périr dans le feu par l’effet de leur haine, à la honte du roi et du royaume.

C’est par cette raison que ce prince désire avec ardeur, dit-il, de connaître ce qu’on doit penser du jugement qui a été rendu contre elle.

235Le roi l’a chargé en conséquence, tout médiocre personnage qu’il s’estime lui-même, de faire passer les documents fidèles et nécessaires pour avoir les avis des personnes capables, et surtout des étrangers, demeurant hors de son royaume, afin qu’on voie que le désir d’obtenir sa faveur n’y est entré pour rien.

Bréhal envoie en conséquence à Léonard tout ce qui a rapport à cette affaire ; il le prie de lui répondre et de lui adresser son avis, après quoi il lui parle de faits relatifs à l’ordre des dominicains.

Cette lettre est écrite de Lyon, et elle porte pour date le 31 décembre, mais sans désignation de l’année.

Troisième manuscrit

Cette copie a été faite, sur quatre pièces insérées dans le manuscrit 507 de la bibliothèque du Vatican, appelée Alexandrine, ou du fond de celle de la reine de Suède, Christine.

236Ces quatre ouvrages sont rédigés par des auteurs inconnus ; ils les ont composés dans le temps même où Jeanne d’Arc était couverte de gloire, par la levée du siège d’Orléans, par la soumission forcée des villes situées le long de la Loire, et par les victoires qu’elle venait de remporter sur les Anglais.

N. B. Ces quatre traités composés dans une pareille époque sont précieux, parce qu’ils font connaître quelles étaient les opinions qui régnaient alors sur un événement d’une nature aussi singulière.

C’est avec raison que ces traités ont été mis à la Bibliothèque du roi, parce qu’ils sont preuve des opinions alors reçues parmi les hommes, des effets qu’avaient produits sur les esprits l’arrivée et les actions de Jeanne d’Arc, et en même temps du genre de goût qui régnait dans le commencement du quinzième siècle ; ils peuvent même être 237bons à consulter à ce titre, par les écrivains qui s’occupent de la décadence et du progrès des opinions humaines, pendant le cours des différents siècles, dans les différents pays.

Quatrième manuscrit

Voici tout ce que porte l’inventaire du Vatican : songe de la Pucelle d’Orléans ; codex 1323, folio 144, Aurelianensis Puellæ somnium.

Cet ouvrage est écrit en vers, et ils sont en langue française.

Une jeune fille est livrée au sommeil : l’amour lui apparaît d’un côté, et la honte de l’autre.

Ce qu’on doit regarder comme certain, c’est qu’ils n’ont aucun rapport direct ni indirect à Jeanne d’Arc, malgré le titre du manuscrit du Vatican. Ce sont des moralités communes et absolument triviales. On aura imaginé de les appliquer à Jeanne d’Arc, en fixant le titre, songe de la 238Pucelle, et on y aura ajouté d’Orléans, sur cette seule indication.

Le dernier manuscrit, appartenait à M. Laurent, directeur du vingtième à Orléans, et décédé dans cette ville vers 1783. Il contient le procès de condamnation.

[Observations de M. Laurent :]

Ce manuscrit est une copie collationnée de la version latine du procès de condamnation de Jeanne d’Arc. Il a cela de précieux, qu’il est complet, très bien conditionné, paraphé à chaque page par les deux notaires Touchet et Patarin, et qu’il a été copié dans le siècle même où le jugement fut rendu, c’est-à-dire en l’année 1475, sur la minute originale, ou du moins sur une grosse authentique, signée à chaque page de la propre main du notaire Bos-Guillaume, et qui portait au dernier feuillet la signature et le sceau public des trois notaires greffiers du procès, Guillaume Bos-Guillaume, Guillaume 239Manchon et Nicolas Taquet, ainsi qu’il est constaté par les actes de vérification qui terminent le manuscrit. En marge des deux articles ci-dessus, sont les noms des deux notaires Patarin et Touchet, figurés avec les marques et emblèmes du sceau dont ils usaient dans les actes publics.

Enfin, ce manuscrit a été soigneusement examiné il y a quelques années par M. Chevreul, archiviste du roi, qui l’a trouvé dans la meilleure forme, des plus authentiques et des mieux conservés qu’il eut vus.

Mais relativement aux recherches de l’Académie, il n’apprend rien autre chose, sinon qu’en 1475, c’est-à-dire, quarante-quatre ans après l’exécution de la Pucelle, il se trouvait à Orléans sinon la minute originale, du moins une grosse authentique et pour ainsi dire autographe, telle qu’on dit qu’il en existe à la Bibliothèque du 240roi, du procès de condamnation, signée, délivrée et certifiée par les notaires greffiers qui avaient instrumenté dans ce procès. Le nombre de ces différentes grosses donne seulement lieu de présumer que la minute originale est restée assez longtemps dans l’étude de ces notaires, puisqu’ils en délivraient des expéditions certifiées par eux, conformes à l’original.

N. B. Cette copie collationnée, est en si bonne forme, et si voisine du temps même du procès, qu’elle approche du mérite d’une grosse ; elle est, certainement la copie la meilleure et la plus parfaite de tous les manuscrits que j’ai vus jusqu’à présent dans les dépôts publics, à l’exception néanmoins des grosses authentiques qui sont dans la Bibliothèque du roi.

Le trente-unième manuscrit, concernant Jeanne d’Arc, faisait partie de la bibliothèque du chapitre d’Orléans.

[Observations de M. Laurent :]

241M. L’abbé Lenglet Dufresnoy, dans son histoire de la Pucelle, fait mention de ce manuscrit, qu’il dit être un in-folio ; il se trompe, c’est un in-4°. Ce manuscrit est sans nom d’auteur, et il ne s’y trouve aucune signature : celui qui l’a fait, dit l’avoir écrit par ordre de Louis XII, et à la prière de l’amiral de Graville11. L’auteur du manuscrit, en travaillant à sa compilation, s’aidait de diverses copies du procès, dans lesquelles il pouvait se trouver quelques différences, ce qui est une preuve qu’il n’avait pas en main, lors de son travail, la minute française ou latine en original.

Ce n’est point à proprement parler le procès de cette héroïne, c’est un abrégé 242de ses faits et gestes, composé par ordre de Louis XII et de l’amiral de Graville. Les deux procès, celui de condamnation et celui de révision font, il est vrai partie du manuscrit ; mais ils sont l’un et l’autre incomplets ; le procès est plutôt rapporté en forme historique qu’en forme judiciaire ; ce ne sont pas les juges qui parlent, c’est l’écrivain qui raconte à sa manière ce qui s’est dit et fait à chaque session. Les procès-verbaux qui précédent chaque interrogatoire sont supprimés ; les points essentiels s’y rencontrent néanmoins, et les interrogatoires, dans tout ce qui en est cité, sont à quelques différences près, conformes au texte latin de la copie authentique.

Le texte français du manuscrit est dans le style naturel, et non dans le style gêné d’un traducteur. La date de ce manuscrit est inconnue, ainsi que le nom de l’auteur ; 243le caractère de l’écriture le fait juger de la fin du quinzième siècle ou du commencement du seizième. J’observe à cet égard, que ce doit être plutôt du commencement du seizième siècle, ce qui se rapporte avec l’époque du règne de Louis XII, qui a commencé en 1498.

P. S. La bibliothèque de Genève possède un manuscrit in-folio, les pages ne sont pas chiffrées, on y trouve le Journal du siège d’Orléans conforme à celui qui est dans la Bibliothèque du roi, le procès de condamnation en latin, et celui de la révision en latin, le tout écrit de la même main, mais sans aucune rature ni collation.

N. B. La plupart des manuscrits précités, provenant des bibliothèques Saint-Germain-des-Prés, Sainte-Geneviève, Colbert, Baluze, Chambre des comptes, etc., ont passé dans la Bibliothèque impériale.

244Complément de la notice
ou
Dissertation sur les minutes originales des deux procès, de condamnation et d’absolution, de Jeanne d’Arc

L’examen des trente-un manuscrits concernant cette affaire si célèbre, a nécessité la recherche des minutes de ces deux procès, qui a été jusqu’à présent inutile.

Trois opinions se sont répandues à l’égard de la perte de ces minutes : les uns prétendent que les Anglais ont soustrait les minutes du procès de condamnation ; d’autres les ont fait livrer aux flammes par les juges de la révision ; il en est enfin qui les ont successivement placées avec celles de ce dernier procès, dans les dépôts du Trésor des chartes ou de la Chambre des comptes.

245Sur la première opinion de soustraction de la minute du procès de condamnation de Jeanne d’Arc, c’est mal à propos qu’on prétend que les Anglais, honteux de la grande injustice qu’ils avaient fait commettre par des juges français, ont voulu cacher à la postérité la connaissance d’une procédure aussi monstrueuse ; ils n’y ont même pas pensé. En effet les notaires qui avaient rempli la fonction de greffiers dans cette affaire, et dont le principal se nommait Guillaume Manchon, ont délivré plusieurs grosses de ce procès en forme probante et authentique ; elles se trouvent réunies aujourd’hui dans la Bibliothèque impériale. Si les Anglais avaient voulu supprimer les minutes, ils n’auraient pas laissé courir des grosses qui en tiennent lieu, à moins qu’elles n’eussent été infectées de faussetés faites exprès, tandis qu’on verra au contraire que les grosses sont fidèles et exactes.

246Ceci n’est à la vérité qu’une présomption ; mais d’ailleurs elle n’est pas nécessaire, attendu que la preuve de la conservation des minutes du procès de condamnation est formellement écrite dans le procès de révision.

En effet, le 15 décembre 1455 à Rouen, Guillaume Manchon accompagné de ses deux confrères, Guillaume Colès, autrement dit Bos-Guillaume, et Nicolas Tacquel, comparurent devant Juvenel des Ursins, archevêque de Rheims, Étienne Chartier, évêque de Paris, et Jean Bréhal, dominicain inquisiteur de la foi, qui étaient les juges de la révision.

Manchon y déclara qu’il était resté dépositaire des deux minutes du procès, composées, l’une en français et l’autre en latin. Il dit qu’il avait d’abord écrit le commencement de la minute en latin, mais qu’à une certaine époque il s’était vu obligé de prendre le parti de l’écrire en français, et que ce 247n’était que longtemps après l’exécution de Jeanne, qu’on avait traduit le tout en latin pour former la seconde minute. Il décrit ainsi la minute française : certum codicem, in quo continetur tota notitia processus quondam facti contra dictam Johannam, la Pucelle, in gallico, manu sua propria factum, et il la représente aux juges.

Il leur représente aussi la minute latine, in libro conscripto, qu’il assure avoir été rédigée sur la minute française, et super quod asserit a latino in libro conscripto ostenso fuisse factum : les seings, les souscriptions et les sceaux des juges de la condamnation étaient apposés à la minute latine. Les juges de la révision les firent vérifier sur le champ par des experts, l’audience tenant toujours. L’écriture de la minute française fut aussi avérée être de la main de Manchon, et un des témoins la reconnut depuis à la vue d’une note qu’il avait écrite lui-même 248de sa main en marge de cette minute, par l’ordre d’un des assesseurs dont il était le clerc.

Les juges de la révision ordonnèrent que ces deux minutes française et latine, apportées par Manchon, resteraient en dépôt à leur greffe, et pourraient être examinées, sans déplacer, par les parties intéressées.

Il est donc prouvé sans réplique, que les Anglais ont laissé les minutes du procès dans l’étude du notaire greffier, et qu’elles ont passé de là dans le greffe des juges de la révision. Tout est décidé à cet égard, et il ne peut plus être question que de savoir ce qu’elles sont devenues depuis.

Sur cette question, que sont devenues les deux minutes latine et française du procès de condamnation de Jeanne d’Arc, après qu’elles ont été déposées au greffe des juges de la révision, les notaires greffiers de la révision, Denis le Comte et François Ferrebouc, nous apprennent eux-mêmes dans le procès-verbal, 249qu’ils ont placé en tête de ce procès et qu’ils y ont réuni, en vertu de l’ordonnance des juges, les minutes de la condamnation avec celles de la révision ; on reconnaît donc ici toutes les minutes des deux procès réunies ensemble, par la volonté expresse des juges de la révision, et surtout par la raison déterminante des notes qu’ils avaient écrites sur les minutes de la condamnation, et qui rendaient en quelque sorte ces minutes des parties intégrantes du procès de révision. Ainsi il n’y a plus qu’un seul corps de minutes, et toutes ont dû suivre le même sort.

Une troisième question se présente, que sont devenues les minutes des deux procès ainsi réunies ?

On observe d’abord que l’intérêt de recouvrer ces minutes, n’est pas aussi grand qu’on peut l’imaginer au premier aspect.

La minute du procès de révision est parfaitement 250suppléée par les grosses authentiques qui existent de ce procès. On ne peut pas soupçonner de fraude, ni même d’inexactitudes importantes dans ces grosses, puisque ce procès présente ce qui est déposé contre Jeanne d’Arc, de même que ce qui est déposé en sa faveur ; ainsi cette perte est à peine sensible.

Il en est de même de la minute latine du procès de condamnation ; ce n’est qu’une traduction de la minute française faite par les notaires greffiers, avec le secours de Thomas Courcelles, mort doyen de l’Église de Paris, et laissant après lui la réputation d’un savant docteur en théologie : les grosses authentiques de ce premier procès, délivrées par les notaires greffiers, existent ; elles se trouvent réunies aujourd’hui à la Bibliothèque impériale.

Le véritable intérêt ne peut donc porter que sur la minute française du procès de 251condamnation ; elle seule pourrait mettre à portée de connaître si la traduction en latin est fidèle, ou si on y a ajouté des endroits préjudiciables à Jeanne, qui n’étaient pas dans la minute française ; c’est ce qui n’est guère vraisemblable, puisqu’on ne faisait pas disparaître cette minute originale, et puisque les demandeurs en révision, et les juges qui avaient les deux minutes latine et française sous les yeux, n’en ont relevé aucune infidélité.

C’est précisément pour éclaircir cet objet, que M. L’Averdy a fait toutes les recherches qui pouvaient dépendre de lui ; il n’a rien trouvé dans les bibliothèques du roi, de Sainte-Geneviève, de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Victor, de la Doctrine Chrétienne, de Louis le Grand, de la faculté de Médecine, du Collège Mazarin, de Saint-Martin-des-Champs, des Avocats et de l’Oratoire, qui pût avoir le moindre rapport à ces minutes.

252Les recherches ont été aussi infructueuses dans les bibliothèques particulières de feu M. le marquis de Paulmy, de M. de Flandres de Brunville, qui a réuni celles du président Durey de Meinières et de M. de Saint-Genis, auditeur des Comptes, dont une partie des manuscrits vient de M. Dulys, avocat général de la Cour des Aides, lequel était parent de Jeanne d’Arc.

Il en a été de même12 des examens faits dans les dépôts du Louvre, du Cabinet des ordres du roi, des généalogies de la Bibliothèque du roi, et enfin du duché de Lorraine, si voisin de Domremy où Jeanne était née.

Il n’y a que le dépôt de la législation 253des Chartes et autres monuments historiques dans lequel M. de L’Averdy a trouvé un manuscrit contenant quatre articles, dont un lui a paru être la copie de la majeure partie au moins de la minute française.

Une opinion singulière s’est répandue sur les minutes du procès de condamnation ; on a prétendu qu’elles avaient été brûlées après le jugement de la révision ; mais c’est une erreur dictée par le peu d’attention avec lequel on parcourt quelquefois les manuscrits, au lieu de les étudier.

La mère et les frères de Jeanne d’Arc qui étaient les demandeurs en révision, ont conclu dans ce procès, à ce qu’il plût aux juges d’ordonner que le procès de condamnation serait brûlé par la main du bourreau, et que le procès de révision serait déposé aux Chartes de France. En voilà assez pour qu’on ait imaginé qu’on avait accordé la demande tendant à brûler le premier procès : 254mais quand on lit le manuscrit en entier, on voit qu’au contraire les juges ont ordonné de réunir les minutes des deux procès ; qu’ils se sont bien donné de garde de laisser croire qu’ils avaient voulu soustraire à la postérité, un procès qui prouve par lui-même l’iniquité du jugement qui l’a suivi et qu’ils ont rétracté. Que s’ils n’ont point ordonné le dépôt des minutes, c’est parce que cette disposition n’étant point dans leur pouvoir, ils ne pouvaient que laisser au roi à prescrire ce qu’il jugerait à propos13.

Quelques écrivains prétendent que Charles VII fit placer ces minutes dans le Trésor des chartes ; que Louis XI les en a fait sortir pour les mettre dans le dépôt de la 255Chambre des comptes. Si ce fait est vrai, ces minutes ont été consumées lors du dernier incendie de la Chambre des comptes, puisque tout ce dépôt a été la proie des flammes à un tel degré, qu’il ne resta pas même de catalogue de ce qui y était renfermé avant l’incendie.

Enfin, d’après les recherches faites au dépôt de la législation des chartes et monuments historiques, place Vendôme, et l’examen des manuscrits qui s’y trouvent, il y a tout lieu de présumer que la copie française du manuscrit du roi est celle de la minute en français du procès de condamnation. Ainsi donc, si on ne peut parvenir à retrouver la minute française, écrite de la main de Guillaume Manchon, la copie du manuscrit du roi, place Vendôme, peut y suppléer en quelque sorte ; elle est concordante en tout avec le latin ; elle comprend tous les interrogatoires véritablement essentiels, et 256elle a en faveur de sa fidélité les présomptions les plus complètes.

Dans une pareille circonstance ce manuscrit du roi devient unique dans son genre, parce qu’il contient et parce qu’il sert en même temps à appuyer la vérité de la déclaration des trois notaires, que la minute du procès de condamnation a été rédigée avec fidélité. Il a également servi de base à notre travail.

Notes

  1. [1]

    Lorsqu’on trouve dans l’histoire de ces temps un nombre quelconque d’hommes d’armes ou de lances, il faut le tripler, parce que chaque homme d’armes ou lancier était toujours accompagné de deux archers ; ainsi douze cens lances supposent trois mille six cens hommes.

  2. [2]

    Soixante-six mille livres de notre monnaie.

  3. [3]

    Le rôle de Loyseleur doit paraître plus odieux que celui du traître Sinon [l’artisan de la ruse du cheval de Troie, Énéide, chant II]. Loyseleur était à la fois juge et délateur, il fit plus encore… comme prêtre, il reçut la confession de Jeanne, sous le sceau du serment et la révéla.

  4. [4]

    L’Université de Paris donna la première naissance à tant de persécutions et d’atrocités, par ses clameurs et par ses démarches. À peine la Pucelle était tombée dans les mains de Luxembourg, par la remise que lui en avait faite, à prix d’argent, le bâtard de Vendôme ; à peine celui-ci avait-il été obligé de laisser dépendre le sort de Jeanne, de la disposition du duc de Bourgogne, vengeur, contre Charles VII, de l’assassinat de son père ; que l’Université écrivit deux lettres au duc, pour qu’on fît le procès à l’héroïne infortunée.

  5. [5]

    Ici l’auteur examine avant ces trois questions, celle d’une prétendue rétractation de Jeanne : mais la fausseté de cette pièce est généralement reconnue.

  6. [6]

    La politique a dû en effacer les traces.

  7. [7]

    Collection des mémoires relatifs à l’histoire de France, tome VII. C’est par une erreur de typographie sans doute, mais bien grossière qu’on y a imprimé 1552 et 1557, pour 1452 et 1455, p. 2, préf.

  8. [8]

    Histoire d’Orléans, partie 2, p. 126.

  9. [9]

    Je l’ai vérifié. La note de M. L’Averdy est très exacte ; il a seulement oublié de faire observer que les feuillets ne sont point numérotés. Ch.

  10. [10]

    Je l’ai vérifié : c’est un des plus intéressants que je connaisse. Il a servi de base au travail de M. de L’Averdy. Ch.

  11. [11]

    Extrait de la Notice rédigée par M. d’Autroche de Talcy, doyen de l’Église d’Orléans, et des observations de M. Laurent.

  12. [12]

    Il est à observer que la Sorbonne refusa à M. de L’Averdy la communication des livres et des manuscrits de sa bibliothèque. Ch.

    Vid. Notice des manuscrits de la Bibl. du roi, t. III, p. 234.

  13. [13]

    Une opinion mitoyenne se présente : ce que la justice devait refuser n’a-t-il pas été obtenu par faveur, par considération particulière ? Le problème cesserait alors d’en être un. Ch.

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