P. J. B. Chaussard  : Jeanne d’Arc (1806)

Tome 2 : Notice bibliographique

Seconde partie

257Note préliminaire

Les nombreux ouvrages publiés, soit en général sur le siècle de Charles VII, soit particulièrement sur l’histoire de la Pucelle, ne font que confirmer la véracité des manuscrits que nous avons employés.

Le degré de certitude de ces derniers écrits, est en rapport exact, avec la mesure qui les éloigne ou les rapproche de ces premières autorités : elles sont à la fois les matériaux les plus solides et les bases les plus pures ; l’auteur qui n’aurait point édifié sur elles, élèverait sans doute un monument plus brillant, mais bâti sur le sable et sans consistance.

Si quelqu’un désirait répéter d’après nous ces observations, notre travail aurait du moins l’avantage de préparer le sien. C’est dans cette intention, et pour justifier autant de la pureté de nos vues que de l’étendue de 258nos recherches, qu’il nous a paru utile de présenter une nomenclature systématique ordonnée d’après un plan vaste et nouveau : en effet pour rédiger cette nomenclature raisonnée, exposée dans un nouvel ordre et beaucoup plus ample que toutes les notices bibliographiques publiées jusqu’à ce jour, on a compulsé :

  1. Tous les catalogues imprimés et manuscrits de la Bibliothèque impériale que MM. les conservateurs se sont empressés de communiquer à l’auteur, avec cette bienveillance éclairée que les véritables hommes de lettres n’ont jamais sollicitée en vain, et pour laquelle ceux-ci leur doivent un juste tribut de reconnaissance.
  2. Les Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du roi, lus au Comité de l’Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, t. III, p. 171-228.
  3. Les catalogues les plus célèbres, tels que ceux de la Vallière, de Bure, 259Gaignac, sans négliger les catalogues étrangers. On a été utilement secondé dans ces recherches, par M. Ollivier, l’un des employés à la Bibliothèque impériale.
  4. La Bibliothèque historique de la France, par le P. le Long, de l’Oratoire, nouvelle édition, revue, corrigée et considérablement augmentée, par Fontette, Paris, J. C. Hérissan, 1768-1778, in-folio, 5 vol., § III, règne de Charles VII, depuis l’an 1422 jusqu’en 1461, p. 178-195.
  5. Les collections de médailles, tableaux, gravures, galeries, etc.
  6. Les collections de journaux et annonces, soit antérieurs, soit postérieurs aux catalogues précités, inclusivement jusqu’à l’époque actuelle.
  7. La bibliothèque et les dépôts d’Orléans, soit publics, soit particuliers. L’auteur s’empresse ici de consigner sa reconnaissance envers M. Septier, bibliothécaire de la 260commune, et M. Percheron, avocat, dont la complaisance et les lumières lui ont ouvert des sources abondantes de connaissances.

C’est à l’aide de ces secours et de ces travaux multipliés, qu’on est parvenu à dresser ce tableau bibliographique. On aurait pu l’étendre encore, mais on a senti la nécessité de le borner. En effet, les seuls historiens de la Pucelle, s’élèvent à plus de quatre cents.

Un astérisque * indique les ouvrages qui méritent d’être distingués de la foule. Les notes tirées des ouvrages cités sont comprises entre des guillemets, celles de l’auteur portent ses initiales. Ch.

N. B. On a indiqué sommairement les principales histoires générales, et avec plus d’étendue les historiens particuliers de Charles VII et de la Pucelle : on y a joint des jugements motivés, en prenant pour devise celle d’Horace :

Nullius jurare in verba magistri.
[Ne jurer sur la parole d’aucun maître.]

261
Histoire générale

Ms. Chronique de France, commençant à Pharamond et finissant en 1440, in-fol.

Ce manuscrit était dans la bibliothèque Sainte-Geneviève, (réunie aujourd’hui à la Bibliothèque impériale).

Ms. Annales de France, par un moine de Saint-Denis, jusqu’en 1450. Ces annales étaient conservées dans la bibliothèque des Minimes de Lyon. Cet exemplaire vient de la bibliothèque de Saint-Denis.

Ms. Aniani, monachi sancti Winnoci, deinde abbatis Aldenburgensis, chronicon universale, ab orbe condito ad sua usque tempora (1457). Cette chronique est conservée dans la bibliothèque du monastère d’Aldembourg : Sanderus, au tome premier de sa Bibliothèque des manuscrits de 262Flandres, p. 225. Cet auteur fleurissait l’an 1457. Vossius liv. III, p. 175, de Historicis lat. dit que cette chronique a été emportée en temps de guerre.

Ms. Chronique de France, depuis Adam jusqu’à Louis XI, par Pierre Lemoine, curé de Saint-Fargeau.

Cette chronique était conservée dans la bibliothèque de Notre-Dame de Paris, I, 9, et est aujourd’hui dans celle impériale.

Histoire de France en latin, par Paul-Émile, in-folio, Paris, Vascosan, 1543, réimprimé en 1601, in-folio, traduit en Français, par J. Renard, 1644, in-folio. Cette histoire en dix livres, commence à Pharamond et finit à la cinquième année de Charles VIII, en 1488.

Histoire de France en latin, depuis Pharamond jusqu’à l’année 1499, par Gaguin, in-folio, Lyon, 1524, traduit en mauvais français, en 1514, par Desrey.

263Il parle avec exactitude des événements qu’il a vu et de ceux dont il était rapproché. Il a été copié par les historiens qui l’ont suivi. Ch.

Inventaire de l’histoire de France, par de Serres, 3 vol. in-12, et retouché en 2 vol. in-folio, 1660. Ce n’est qu’un abrégé de la chronique de Saint-Denis. Il est plein d’erreurs et de fautes de chronologie. Ch.

Histoire de France, en 6 vol. in-folio, et un épitome en 2 vol. in-8°, par Scipion Dupleix, 1647.

Il a censuré amèrement de Serres et ne vaut pas mieux. Il est dévoué aux Jésuites, mercenaire et inexact. Ch.

Histoire générale des rois de France, contenant les choses mémorables advenues tant au royaume de France, qu’à provinces étrangères sous la domination des Français, depuis Pharamond jusqu’à Charles VII inclusivement : écrite par Bernard de 264Girard, sieur du Haillan, premier historiographe de France, in-folio, Paris, 1576, 2 vol. in-8°, Pierre de Saint-André, 1577-1580.

Cette dernière édition est de Genève.

La même corrigée et augmentée, avec une nouvelle épître dédicatoire au roi Henri III, in-folio, Paris, 1584, 2 vol. in-8°, Paris, 1580-1585.

La même augmentée et continuée jusqu’à Louis XI, par un auteur du temps, et jusqu’à la fin du règne de François Ier, par Arnoul Duferron ; et depuis par plusieurs autres, jusqu’en 1615, 2 vol. in-fol., Paris, Felipus, 1615.

C’est le premier corps d’histoire de France, composé en Français ; mais ce n’est pas le meilleur. L’auteur n’adopte pas à la vérité toutes les fables qui étaient en vogue de son temps. Il rejette même diverses traditions qu’un zèle indiscret pour la gloire 265de la France avait répandues, et s’explique assez librement sur la Pucelle d’Orléans, et sur d’autres objets.

Il révoque en doute la mission divine de Jeanne, qu’il représente comme un instrument, comme un agent fanatique d’une politique toute humaine : opinion propagée depuis par Juste Lipse et par Naudé. On n’a cessé de répéter que du Haillan est le premier qui ait soutenu cette opinion près de cent-cinquante ans après l’évènement : on se trompe, cette opinion fut celle d’un des assesseurs au procès, nommé Beaupère. Vid. la notice précédente, p. 184. Ch.

Histoire de France, par François Eudes de Mézerai, etc., Paris, Guillemot, 1643, 1646 et 1651, 3 vol. in-fol.

Cette édition est rare et recherchée à cause des traits hardis qu’elle renferme. Elle a été réimprimée en 1685.

L’auteur, au lieu d’aller aux sources, ce 266qui, avouait-il, donne trop de peine, a composé son histoire sur Paul-Émile, du Haillan et Dupleix, etc.

Abrégé chronologique de l’histoire de France, etc., par le même, 1668, in-4°, 3 vol.

La même, 1673, 6 vol. in-12.

C’est une contrefaçon réimprimée en Hollande, plus recherchée que l’édition originale.

Dupuy, Launois et Dirois, savants critiques du temps, dirigèrent Mézerai dans cet abrégé incomparablement meilleur que sa grande histoire.

Cet écrivain ordinairement hardi, a traité avec une timide circonspection l’histoire de la Pucelle ; on y désirerait plus de détails. Il semble avoir méconnu ou redouté l’étendue de ce grand sujet historique. Ch.

Histoire de France depuis l’établissement de la monarchie, etc., par le P. G. Daniel, augmentée de notes et de dissertations critiques, 267historiques, etc., Paris, 1755, 17 vol. in-4°.

Il y en a plusieurs éditions, mais celle-ci est la meilleure à cause des notes, dissertations, dont le P. Griffet l’a enrichie.

Elle est moins vraie que celle de Mézerai. Boulainvilliers disait qu’il était impossible qu’un Jésuite écrivît bien l’histoire de France, et trouvait dans celle-ci près de dix mille erreurs.

Il suffira pour juger des dispositions de l’historiographe, de rapporter qu’il en dut le brevet à la composition d’un livre sur les Bâtards des rois de France, livre qu’il eut l’adresse de publier au moment où Louis XIV s’occupait de légitimer les siens. Ch.

Histoire de France depuis l’établissement de la monarchie, jusqu’à Louis XIV, par l’abbé Velly, Paris, 1755 et suivant, in-12, continuée par Villaret et Garnier.

Quoique membre du clergé, il a eu 268assez d’impartialité pour s’élever contre ses privilèges abusifs. Il a souvent copié l’Essai sur les mœurs des nations, etc., par Voltaire, sans le citer.

L’histoire de Charles VII occupe tout le t. XV.

L’histoire de la Pucelle, t. XIV et XV, p. 1-80.

Abrégé chronologique de l’histoire de France, Paris, 1760, in-4°, 2 vol., par le président Henault.

Cet ouvrage qui a réuni tous les suffrages, est le plus court sur l’histoire de France, et le plus instructif. Voyez ce qu’il dit sur la Pucelle ; une jeune fille se présente, se croit inspirée, etc.

Essai sur l’esprit et les mœurs des nations, par Voltaire, édit. de Kell, t. XVII, p. 386.

Le nom de l’historien semble suspect : il faut se rappeler cependant que le célèbre 269Robertson a rendu en général témoignage à sa véracité. (vid. l’introduction à l’histoire de Charles Quint, p. 477 et 478, édition de 1774.) Ce suffrage d’un théologien est d’un grand poids.

Ici l’historien examine la mission de la Pucelle sous le rapport de la politique. Il rend justice à sa sagesse, à son courage, il déplore ses malheurs, il s’élève avec éloquence contre la superstition à laquelle l’héroïne fut immolée ; mais il ne la considère que comme un instrument et une victime de parti. Ch.

Portraits des Rois de France, par Mercier, Neufchâtel, 1783, in-8°, 2 vol.

Charles VII, p. 1-36. Ce portrait est ressemblant et bien fait. Les événements de ce règne, surtout le dévouement de la Pucelle, sont présentés sous un nouveau jour ; l’auteur animé de l’amour de l’humanité et de la Patrie, rend à cette héroïne la justice qui 270lui est due et s’élève avec l’indignation d’un bon Français et d’un vrai philosophe, contre le fanatisme et la barbarie des Anglais, l’ingratitude et la lâche indifférence de Charles VII, plus incroyables encore. Ch.

Collection universelle des mémoires particuliers, relatifs à l’histoire de France, Londres et Paris, 1785, in-8°.

Vid. t. VII, Mémoires concernant la Pucelle d’Orléans, dans lesquels se trouvent plusieurs particularités du règne de Charles VII, depuis 1422, jusqu’en 1429, avec des observations, p. 1-214.

Ibid. Une lettre de Guy XIV, du nom Sire de Laval, à ses mère et aïeule, p. 215.

Ibid. Mémoires d’Artus III, duc de Bretagne, comte de Richemont, et connétable de France, p. 225-442.

Ibid. Mémoires de Florent d’Illier, capitaine au service de Charles VII, p. 443-467, 271etc., et les mémoires d’Ollivier de la Marche, t. VIII et IX.

Les compilateurs de ces mémoires ont puisé dans de bonnes sources. Ils ont joint aux mémoires de la Pucelle, publiés par Denys Godefroy, éditeur (le nom du rédacteur est inconnu), des détails puisés dans Alain Chartier, qui nous a donné l’histoire de Charles VII. Ce complément était d’autant plus nécessaire, que les mémoires de la Pucelle finissent un an avant sa mort.

La lettre du Sire de Laval, offre des particularités curieuses. Il accompagna la Pucelle, il en fait un portrait naïf, p. 217. Sa lettre a dû être écrite vers 1429.

Le rédacteur des mémoires de Richemont, Guillaume Gruel, lui était attaché, ce qui ôte à ses récits le caractère d’impartialité. M. de Fontanieu, dans une histoire manuscrite de Charles VII, déposée à la Bibliothèque du roi, critique assez durement les 272mémoires de Richemont, cependant en les comparant à ce que disent les historiens du temps, on est obligé de les trouver exacts.

Les mémoires de Florent d’Illier ne sont pas moins intéressants. Il eut la meilleure part aux exploits de la Pucelle, et contribua à son entrée dans Orléans. Vid. p. 454 et 455.

Les mémoires d’Ollivier de la Marche, l’emportent sur tous les autres par le ton de franchise qui semble y régner. L’auteur avait été Page et Gentilhomme de Philippe le Bon. Il a vu et il peint la Cour des Ducs de Bourgogne, leurs intrigues, leur politique, leurs aventures, en homme qui n’y avait pas été étranger. Ch.

Éléments de l’histoire de France, depuis Clovis, jusqu’à Louis XV, par l’abbé Millot, nouv. édit., etc., Paris, Durand, 1770, in-12.

Vid. sur Charles VII, p. 220-253.

Sur la Pucelle, p. 223-229.

273Éléments de l’histoire d’Angleterre, depuis la conquête des Romains jusqu’au règne de Georges II, par l’abbé Millot, des Académies de Lyon et de Nancy, troisième édit. Paris, Durand, 1776, in-12.

Vid. sur la Pucelle, p. 409-419.

Millot dit positivement qu’elle fut brûlée à petit feu et s’élève contre les assertions de Monstrelet, partisan des Bourguignons. Ch.

Mémoires historiques, critiques et anecdotes des reines de France, etc., par Dreux du Radier, Paris, 1759, 6 vol.

Vid. sur Agnès Sorel, t. II, p. 338-389.

Il y a diverses pièces curieuses qui la concernent. L’auteur en général lui est peu favorable : il dévoile son avidité, ses intrigues. Ch.

Histoire d’Angleterre, depuis la première descente de Jules César, écrite sur un nouveau plan, par Robert Henry, l’un des ministres d’Édimbourg ; traduite par A. M. S. 274Cantuel et Boulard, Paris, Maradan, 1789, 6 vol. in-4°.

Vid. l’histoire de la Pucelle, p. 69-82.

The history of England from the invasion of Julius Cesar, to the revolution, in 1668, in eight vol. by, David Hume, etc. London 1782, t. III, p. 138-160.

Abridged from Hume by the author of the abridged of Gibbon’s, roman history, London, 1795, vol. I, p. 199-304.

A complete history of England, from the descent of Jules Cesar, to the Treaty of Aix-la-Chapelle, 1748, etc., by T. Smollett, M. D. London, 1758.

Memoirs of the kings of France, of the race of Valois, etc. by Nath Wraxall, London, 1777, in-8°. 2 vol.

Vies des Rois de France jusqu’en 1671, sous Louis XIV, Nuremberg, 1671, in-12, en allemand, avec des portraits, page 147.

275
Histoire de Charles VII

✽ Ms. Guillelmi Bardin, Senatoris Tolosani, regnante Carolo VII, Historia chronologica, ab anno 1031 ad annum 1454.

Cette histoire était conservée dans la bibliothèque de M. le chancelier Seguier, et dans celle de M. Colbert. Le second exemplaire est dans la Bibliothèque impériale, le premier, qui était l’original a disparu de la bibliothèque de M. Seguier, et on ne sait ce qu’il est devenu. L’auteur, qui était un conseiller d’Église, a assuré avoir composé sa chronique des faits qu’il avait tirés de divers mémoires et livres authentiques, et des choses aussi qui s’étaient passées, de son temps et dont il avait été le témoin. Elle est écrite en un latin assez simple ; mais, beaucoup plus pur que le latin ordinaire des écrivains de ce temps-là. Lafaille, 276dans la préface de son Histoire de Toulouse. Elle est imprimée dans le t. IV de l’Histoire de Languedoc, par D. Vaissette.

✽ Ms. Faits aucuns au Royaume de France, depuis 1403 jusqu’en 1454. Ce manuscrit est indiqué dans le catalogue de M. Sardière, n° 534, suivant lequel on trouve à la fin du manuscrit ces mots écrits d’une main moderne :

Ce livre mérite d’être lu et vu par les curieux.

Ms. Bartholomei Facii, geriuensis, de origine belli inter Gallos et Britannos. Cet auteur est mort en 1457. Son manuscrit et le suivant étaient conservés dans la bibliothèque des Carmes de la ville de Clermont en Auvergne, nos 81 et 95, selon le père Labbe, p. 209, de sa Nouvelle Bibliothèque des manuscrits.

Ms. Historia Francorum, ab anno 1418, simul cum conditionibus pacis factæ inter Gallos et Anglos.

277Humberti Montismorelani, poëtæ, oratorisque clarissimi, Bellorum Britannicorum à Carolo VII, Francorum Rege, in Henricum Anglorum Regem, felici ductu, auspice Puella franca, gestorum, prima pars versibus expressa, continens bellum Craventicum, bellum Brossimerianum, bellum Vernolianum et bellum Aurelianum : Parisiis (Badius) 1512, in-4°.

Liber primus Caroleidos de miseriis belli Anglici.

Ce livre est conservé dans la Bibliothèque impériale, n° 1983.

Dialogus cujus interlocutores sunt milites duo ; unus Francus, alter Anglus, contendentes de querelis Franciæ et Angliæ.

Ce dialogue est imprimé au t. II des œuvres de Gerson, page 854, in-folio, Parisiis, 1606, in-folio. Il ne paraît pas être du chancelier Gerson.

Le Quadrilogue invectif (composé par 278Alain Chartier). Cet ouvrage est imprimé à la p. 402 de ses œuvres, Paris, 1617, in-4°.

Ce quadrilogue fut composé environ l’an 1422, comme le dit l’auteur dans son prologue. Il y représente la France sous l’emblème d’une femme respectable qui se plaint des abus qui règnent dans le clergé, la noblesse et le tiers-état. Cet ouvrage est médiocre.

Voyez Lenglet, méth. hist., in-4°, t. IV, p. 62.

Dialogus familiaris amici et sodalis ; seu deploratio gallicæ calamitatis : ab Alano Auriga editus, ac primum à codice manuscripto vulgatus.

Cet écrit et le suivant du même Alain Chartier, sont imprimés dans le même vol., p. 455 et 477.

Alani Aurigæ epistolæ de detestatione belli gallici et suasione pacis.

Ms. Dialogus de calamitate Regni 279Franciæ : auctore Guillelmo Majoris, monacho Dionysiano, sub nomine Alani Chartier : in-4°.

Ce dialogue était conservé dans la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, n° 603, (aujourd’hui à la Bibliothèque impériale).

Ms. Histoire des différents des Rois de France et d’Angleterre : par Jean Chartier, in-folio.

Ms. Ad Carolum VII Francorum Regem et Franciæ Domus Principes, Libellus per Robertum Blondel, editus, exhortativus ad pestem Anglicæ tyrannidis à Regni finibus extirpandam, in-folio.

Conservé autrefois dans la bibliothèque de M. le chancelier Seguier. Ce manuscrit a passé dans celle impériale, il est parmi les manuscrits de M. Colbert, n° 4148, et de M. Baluze, n° 428.

✽ Ms. Histoire ancienne des différents sur les affaires entre les rois de France et d’Angleterre, in-folio.

280Ces deux histoires conservées dans la bibliothèque de M. le Chancelier Seguier, nos 641 et 665, depuis à Saint-Germain-des-Prés, sont présentement à la Bibliothèque impériale.

Joannis Petri, Cameracensis, dialogi duo de querelis Franciæ et Angliæ.

Ces dialogues sont imprimés dans le vol. intitulé : Sybilla Francica, Ursellis, 1606, in-4°.

Historia assertionis seu reductionis Normaniæ per Regem Carolum VII, fere unius anni decursu, prospere consummatæ : a Roberto Blondel edita.

Cette histoire est conservée dans la Bibliothèque impériale, n° 935 et n° 428 (ibid.), de M. Baluze.

Ms. Annales Francici, ab anno 1107, ad annum 1430, in-folio.

Ces annales, conservées dans la bibliothèque de M. Baluze, n° 431, sont aujourd’hui en celle impériale.

281Ms. Chronicon, res Franciæ, Flandriæ et Burgundiæ maxime spectans, ab anno 1107, ad annum 1430.

Cette chronique était conservée dans la bibliothèque de M. de Colbert, entre les manuscrits de Duchesne (elle est aujourd’hui dans celle impériale). Ce manuscrit et le précédent paraissent être la même chose.

✽ Ms. Conquête de la Normandie sur les Anglais.

Cet écrit est conservé dans la Bibliothèque impériale, n° 1810, des manuscrits de Colbert.

Ms. Le débat de la France et de l’Angleterre, et de la Sainte Église, tiré d’un registre de la Chambre des Comptes de Dauphiné. Intitulé : Liber in quo inseruntur plura tangentia factum discordiæ Franciæ Angliæ et Sanctæ matris Ecclesiæ, sous Charles VII, in-folio.

Cet écrit était conservé dans la bibliothèque 282de M. de Camps, qui a passé à M. de Beringhen.

Ms. Chronique abrégée depuis l’an 1403 jusqu’en 1442.

Cette Chronique était conservée dans la bibliothèque de M. le Chancelier Daguesseau.

Chronique du Doyen de St.-Thibault, de Metz.

Elle commence en 1429, et finit en 1445. Elle est imprimée dans l’Histoire de Lorraine de Dom Calmet, t. II. Le P. le Long l’a rapporté comme manuscrit, à l’histoire de la ville de Metz, article Lorraine ; mais il fallait encore la placer ici. Ch.

✽ Ms. Chronique de Charles VI et de Charles VII, depuis l’an 1402 jusqu’en 1458.

Cette chronique est conservée dans la Bibliothèque impériale, nos 2095, 2126. C’est la chronique qu’on doit à Jacques le Bouvier, dit Berry. Il fut héraut d’armes de Charles VII. Ch.

283N. B. Godefroy a publié cette chronique dans l’Histoire de Charles VI et de Charles VII, en 1653 et en 1661, in-folio.

Ms. Chronique de France, commençant au règne de Philippe de Valois, et finissant en 1459.

Cette chronique est conservée dans la même bibliothèque, n° 489.

Chronique abrégée, depuis l’an 1407 jusqu’en 1424.

Cette chronique est conservée dans la Bibliothèque impériale, parmi les manuscrits de M. Colbert, n° 1724.

Recueil des choses mémorables, advenues du temps de George Chastelain, judiciaire de Philippe, duc de Bourgogne, décrites en vers.

Ce recueil est imprimé avec les Dits et faits de Jean Molinet ; Paris, 1537, in-8°, l’auteur vivait en 1480.

Ms. Diarium rerum gallicarum sub Carolo VII.

284Ce journal est conservé dans la bibliothèque du Vatican, entre les manuscrits de la reine de Suède, n° 803.

Ms. Chronique depuis 1403 jusqu’en 1433.

Cette chronique est conservée dans la Bibliothèque impériale, n° 621 des manuscrits de M. de Baluze.

Ms. Abrégé des choses arrivées en France depuis l’an 1403 jusqu’en 1433, in-8°.

Cet abrégé est conservé dans la Bibliothèque impériale, entre les manuscrits de M. Bigot, n° 430.

Histoire qui contient partie du règne de Charles VII, depuis l’an 1422 jusqu’en 1429, dans laquelle se voient diverses circonstances qu’on ne rencontre point dans les pièces précédentes, surtout de la Pucelle d’Orléans, du nom de laquelle cette histoire est communément appelée avec plusieurs pièces qui la concernent.

Cette histoire est imprimée à la p. 481 285de l’Histoire de Charles VII, publiée par Denis Godefroy, qu’on appelle ordinairement le recueil Godefroy, in-folio, Paris, 1661. Il y a dans ce fragment des choses fort curieuses, surtout à l’égard de cette héroïne, quoique l’ouvrage finisse en 1429, environ un an avant sa mort.

Voyez le recueil des mémoires pour servir à l’histoire de France, Ch.

Ms. Le recouvrement du duché de Normandie, et du reste de la Guienne par la vaillance du Roi Charles VII, l’an 1448, par Berry, héraut d’armes, in-folio.

Ce manuscrit est conservé dans la Bibliothèque impériale, à la fin d’un manuscrit de la chronique de Monstrelet, n° 8326.

Ms. Histoire de la Normandie et du recouvrement de la Normandie, in-folio.

Cette histoire était conservée dans la bibliothèque de M. Colbert, n° 1416, (elle est aujourd’hui, en celle impériale).

286Ms. Histoire des rois de France, jusqu’à la mort de Charles VII, in-8°.

Cette histoire est conservée dans la Bibliothèque impériale, entre les manuscrits de M. de Gaignières.

N. B. Ce manuscrit n’est pas marqué dans la dernière édition du P. le Long. Ch.

✽ Ms. Historia Caroli VII, Francorum Regis : per Joannem, monachum sancti Dionysii.

Cette histoire est conservée dans la bibliothèque du Vatican, entre les manuscrits de la reine de Suède, n° 759. Cet auteur serait-il différent de Jean Chartier, moine de Saint-Denis, qui a écrit en français la vie de ce roi, indiquée ci-après ?

De rebus gestis Caroli VII, historiarum libri quinque : Auctore Amoldo, presbytero Eecodensi, in-folio.

Cette histoire était conservée dans la bibliothèque de M. Colbert, n° 866, et dans 287celle de M. Baluze, no. 262, (toutes deux réunies à celle impériale).

Chronique du XVe siècle, règne de Charles VII et Louis XI.

Elle est d’écriture gothique, c’est un abrégé très court. L’histoire de la Pucelle est à la page de la réclame, fol. 11, les pages ne sont pas numérotées.

Les gestes de Charles VII, par Sébastien Mamerot.

Ces gestes sont imprimés à la fin de la continuation de la chronique Martinienne, Paris, 1500, in-folio.

Ms. Abrégé des chroniques du roi Charles VII, composées par le doyen de Saint-Thibault, in-4°.

Ce manuscrit qui est cité p. 19 du Catalogue de M. du Cange, est conservé parmi ses manuscrits dans la Bibliothèque impériale. C’est probablement le même ouvrage que les chroniques rapportées ci-dessus.

288Histoire du Roi Charles VII, par François de Belle Forest.

Cette histoire est imprimée dans celle des neuf Charles, Paris, 1568, in-folio.

Ms. Mémoires de Charles VII, in-4°, 2 vol.

Ces mémoires étaient conservés dans la Bibliothèque du prince de Condé, n° 114-115, (aujourd’hui à la Bibliothèque impériale).

Histoire de Charles VII, roi de France, qui contient les choses mémorables advenues depuis l’an 1422, jusqu’en 1461, mise en lumière et enrichie de plusieurs titres, mémoires, traités et autres pièces historiques : par Denis Godefroy, historiographe de France ; Paris, de l’imprimerie Royale, 1661, in-folio.

Ce volume comprend un morceau de notre histoire, qui est fort beau et très curieux par les événements singuliers qu’il renferme.

289Les auteurs compris dans ce volume, sont Jean Chartier, Gilles Bouvier, dit Berry, Mathieu de Coucy, et autres, mais anonymes.

On y trouve :

Histoire de Charles VII, par Jean Chartier, qui commence en 1422 et finit en 1461.

Jean Chartier était historiographe de France. Il s’attacha de bonne heure au service du roi, et le suivit dans plusieurs de ses expéditions. On a regardé son ouvrage quoique mal lié et mal tissu, comme la pièce la plus originale de ce temps-là, son langage est naïf ; ses narrations portent le cachet de la vraisemblance.

Éloge de Charles VII, tiré d’un manuscrit anonyme.

Recueil d’autres histoires composées par divers auteurs, du règne de Charles VII ; pour servir d’éclaircissement et de 290supplément à celle de Jean Chartier, savoir : suite d’un abrégé d’histoire chronologique non encore imprimé, commençant l’an 1400 et finissant l’an 1467, que mourut Philippe, surnommé le bon duc de Bourgogne. Il comprend l’histoire du gouvernement du temps de ce prince, au service duquel l’auteur (dont on ignore le nom) paraît avoir été attaché, aussi bien qu’au parti des Anglais, durant leurs prospérités. Le commencement de cette histoire a été joint à celle de Charles VII ; par Jean Juvenel des Ursins.

Une partie de cette chronique se trouve augmentée et continuée jusqu’en 1476, sur les notes des journaux tenus par les maîtres d’hôtel du duc de Bourgogne.

Éloge de Philippe Lebon, en latin, extrait de la Flandria illustrata, par Antoine Sanderus.

Les lettres de la fondation de la Chartreuse 291de Dijon, où ce duc est inhumé, données en 1384.

Suite d’une chronique qui va depuis l’an 1402, jusque vers la fin du règne du roi Charles VII, composée par Juvenel des Ursins, depuis la page 411 jusqu’à 444.

Deux autres morceaux, ajoutés par l’éditeur, pour remplir le vide depuis 1455, où finit la chronique précédente, jusqu’en 1461 que mourut Charles VII.

Histoire par un auteur inconnu, contenant partie du règne du même Charles VII ; savoir, depuis l’an. 1422 jusqu’en 1429, dans laquelle se voient diverses circonstances curieuses et des particularités mémorables qui ne se rencontrent point dans les précédentes, et qui par conséquent peuvent leur servir d’éclaircissement, surtout par rapport à la Pucelle d’Orléans, du surnom de laquelle cette histoire est 292communément appelée, bien qu’elle finisse un peu avant la mort de cette illustre fille, c’est-à-dire plus d’une année auparavant. Il est à regretter que nous n’ayons pas de la même main toute l’histoire de cette héroïne.

Histoire d’une partie du règne de Charles VII, depuis 1444 jusqu’en 1461, mis en écrit par Mathieu d’Escouchy, ou Mathieu de Couchy, résident en la ville de Péronne en Vermandois, dont il était originaire, et natif de Quesnay-le-Comte, en Hainaux. Son histoire est médiocre, mais curieuse surtout par le détail des fêtes et cérémonies du temps, aux descriptions desquelles il emploie une grande partie de son ouvrage.

Extrait de l’histoire des antiquités de l’abbaye de Saint-Denis, mise en lumière par Jacques Doublet, religieux d’icelle, contenant le règne de Charles VII.

Mémoires concernant les vies ou les 293emplois des personnes les plus illustres, dont il est parlé dans le corps de cette histoire, avec quelques actes, titres et observations, pour le plus grand éclaircissement de tout ce recueil.

On trouve dans ce morceau bien des faits curieux et une infinité de recherches profondes et savantes qui font autant d’honneur à leur auteur, (M. Godefroy) qu’aux familles dont il fait mention. Voyez sur ce recueil, Lenglet, méthode historique, in-4°, tome IV, page 61, Bibliothèque Harley, t. II, p. 510. Le P. Niceron, t. XVII, p. 82. Le Gendre, t. II, p. 56.

Les mêmes sous ce titre : Histoire mémorable des grands troubles du royaume de France sous le roi Charles VII, ou chronique des rois Charles VI et Charles VII, par Alain Chartier, clerc, notaire et secrétaire de ces rois ; Nevers, 1594, in-4°.

294Le titre de mon édition est :

Les chroniques du feu roi Charles septième de ce nom, que Dieu absolve, contenant les faits et gestes dudit Seigneur, lequel trouva le royaume en grand désordre, et néanmoins le laissa paisible : l’avènement de la Pucelle, faits et gestes d’icelle, et autres choses singulières advenues de son temps, rédigées par écrit ; par feu maître Alain Chartier, homme bien estimé en son temps, secrétaire dudit feu roi Charles VII ; Paris, Jean Longis.

Au privilège François Regnault est nommé avec Longis ; et ce privilège est du samedi 5 décembre 1528. Cette édition est en caractères gothiques ; et à la tête Chartier est représenté écrivant son histoire.

Les mêmes sous ce titre : Histoire du roi Charles VII, par Alain Chartier.

Cette histoire est imprimée sous le nom d’Alain Chartier, dans ses œuvres augmentées 295et publiées par André Duchesne ; Paris, 1617, in-4°.

Voyez Le Gendre, t. II, p. 59.

Les mêmes sous ce titre : Histoire chronologique de Charles VI, et de Charles VII, par Jacques le Bouvier, dit Berry, héraut d’armes de Charles VII.

Cette histoire depuis 1402, jusqu’en 1422, est imprimée, dans Denis Godefroy, p. 369 ; de l’histoire de Charles VI, jusqu’en 1455 ; avec deux continuations jusqu’en 1461 ; dans l’histoire de Charles VII.

Lettres de Charles VII, sur la réduction de la ville de Troyes en son obéissance en 1429.

Ces lettres sont imprimées dans les Mélanges historiques de Cainuzat.

Journal du règne de Charles VI, et de Charles VII ; attribué à un bourgeois de Paris, qui écrit les choses advenues en la ville de Paris, depuis l’an 1409, jusqu’en 1449.

296Ce journal est imprimé dans Denis Godefroy, Histoire de Charles VI, p. 497, in-folio ; Paris, 1653.

Ce journal de plusieurs choses mémorables arrivées durant une partie des règnes de Charles VI et Charles VII, père et fils, servant de mémoires particuliers pour leur histoire, est attribué par aucuns, à un curé de Paris et docteur en théologie, d’un esprit fort passionné, et favorisant en toute rencontre avec excès le parti des Bourguignons : au contraire il se montre furieux ennemi de ceux qu’on appelait Orléanais ou Armagnacs. Outre ce il parle hardiment, et reprend avec la même liberté ; de sorte qu’on pourrait bien intituler cet écrit du nom de chronique scandaleuse, donnée à une autre semblable du roi Louis XI. (Godefroy.)

Il est aussi imprimé dans les Mémoires pour servir à l’histoire de France et de 297Bourgogne, publiés par M. de la Barre ; Paris, 1729, in-4°.

Extrait d’une lettre de Bourgogne, (par l’abbé Jean Lebœuf) sur le Journal de Paris, sous les règnes de Charles VI et Charles VII ; Mercure, 1730, Décembre, vol. I.

De Charles VII, Paris, 1661, in-folio.

Cette chronique a été d’abord imprimée sans nom d’auteur, ensuite elle l’a été sous celui d’Alain Chartier, même par Duchesne, qui a reconnu dans la suite, par la préface de cette histoire, insérée dans l’édition de Godefroy, que Gilles le Bouvier, héraut d’armes, dit Berry, en était l’auteur.

N. B. Elle finit dans les manuscrits de la Bibliothèque impériale, nos 2095, 2116, à l’an 1458. Ce qui suit a été ajouté des grandes chroniques de Saint-Denis, afin d’achever l’Histoire du règne de Charles VII.

Thaumas de la Thaumasière, p. 79, 298de son histoire de Berry, dit

que Gilles le Bouvier, premier héraut d’armes de Berry, était natif de Bourges, que sa chronique a été longtemps attribuée à Alain Chartier ; mais qu’à présent il passe pour constant que c’est notre Gilles le Bouvier qui en est l’auteur.

Cette chronique est assez fautive, selon Sorel, p. 325, de sa Bibliothèque française, et l’on y trouve si peu de certitude, que Jeanne la Pucelle y est appelée Jeanne Dulys, nom qu’elle n’a jamais portée, mais qui a été donné à ses frères en sa considération.

N. B. Ce surnom ne se trouve que dans l’édition de Duchesne, qui dit à la p. 831 de ses notes, l’avoir ajouté suivant un exemplaire à la main ; ce pourrait bien être une faute du copiste, et non de l’auteur.

Berry, dans sa chronique, dit qu’en 1402 il avait seize ans, date que Duchesne attribue 299mal à propos à Alain Chartier ; c’est une suite de sa première erreur. À l’égard de son nom de baptême, Gilles ou Jacques, sur lequel le père le Long ne semble pas d’accord avec lui-même, il est certain que Bouvier avait nom Gilles. Dans son ouvrage, manuscrit d’armoiries, il dit lui-même :

Je Gilles Bouvier, dit Berry, premier hérault de très haut et très chrétien le Roi Charles VII. Par lui créé hérault en 1420, et depuis couronné à Roi d’armes du pays et marche de Berry.

C’était sans doute dans le temps où il ne restait que le Berry à Charles VII, et qu’on l’appelait le roi de Bourges.

Les œuvres de maître Alain Chartier, clerc, notaire et secrétaire des rois Charles VI et Charles VII, contenant l’histoire de son temps, l’espérance, le curial, le quadrilogue et autres pièces toutes nouvellement revues et corrigées, et de beaucoup augmentées 300sur les exemplaires écrits à la main, particulièrement sur un manuscrit de la bibliothèque de M. le Président de Thou, écrit et additionné de la propre main de l’auteur ; par André Duchesne, Tourangeau ; Paris, 1617, in-4°.

On y trouve entre autres :

  • Préface sur la vie et les ouvrages d’Alain Chartier.
  • Histoire de Charles VII, etc.
  • Généalogie des rois de France, depuis Saint-Louis, jusqu’à Charles VII, et l’extinction du faux droit et musie querelle prétenduz sur le royaume de France, par les Anglais.
  • Description de la Gaule.
  • L’Espérance ou la consolation des trois vertus.
  • Le Curtal, fait par Alain Chartier ; lequel il envoya à un sien compagnon qui avait voulant de venir en cour.
  • 301Le Quadrilogue invectif.
  • Dialogus familiaris amici et sodalis ; seu deploratio gallicæ calamitatis, ab Alano Auriga editus.
  • Alani Aurigæ epistola de detestatione belli gallici et suastione pacis.
  • Poésies de maître Alain Chartier.
  • Annotations (de Duchesne) sur les œuvres de maître Alain Chartier et premièrement sur l’Histoire de Charles VII.
  • Discours sur l’histoire de Charles VII, jadis écrite par Alain Chartier, où se peut voir que Dieu n’abandonne jamais la couronne de France, par Blaise de Vigenere ; Paris, Langelier, 1589, in-8°.

Ce discours est de Blaise de Vigenère. Il fut composé avant l’absolution du roi Henry IV. L’auteur marche sur les traces des écrivains sans préjugés, des recherches sont curieuses et philosophiques.

N. B. Le père le Long a marqué cet 302ouvrage sous la date de 1589. Mon édition est de 1594, et il paraît que c’est la première, puisque le privilège est de Paris, le 1er. Octobre de cette année, à moins que ce n’en fut un second. Le titre est :

Discours sur l’histoire de Charles VII, jadis écrite par maître Alain Chartier, son secrétaire, où se peut voir que Dieu jamais n’abandonna cette très chrétienne, invincible couronne, en ses plus fort déplorées affaires, et que tout ce que ses plus conjurés ennemis y ont oncques voulu entreprendre, s’est enfin comme en moins de rien dissipé et évanoui en fumée ; Paris, Abel Langelier, 1594, in-8°, 400 pages.

On peut voir sur cette histoire les mémoires du père Niceron, t. XVI, p. 33, Ch.

Ms. Discours en forme de vision, sur les guerres du temps de Charles VII, 303adressé aux états de France et d’Angleterre, en prose, in-folio, vélin.

Ce manuscrit se trouve indiqué au catalogue de la bibliothèque de M. Danet, p. 17.

Chronicon Carmelizanti Fliet Sancti Jacobi Leodiensis monachi, etc.

Elle s’étend de 1230 à 1461, dans la Collectio veterum scriptorum, de D. Marleau, t. V. p. 67.

Histoire de Charles VII, par Jean Chartier, chantre de l’église abbatiale de Saint-Denis.

Cette histoire est imprimée dans les Grandes chroniques de France, Paris, 1476, 1493, 1514, in-folio, et dans Godefroy, page première de l’Histoire de Charles VII, Paris, 1661, in-fol.

La charge d’historiographe de France, que le roi Charles VII conféra à Jean Chartier, chapitre de l’église abbatiale 304de Saint-Denis, et l’auteur de cette histoire, l’obligeait souvent d’être à la cour. Il raconte qu’il fut à la réduction d’Harfleur : il marque aussi qu’il était aux gages du roi, et défrayé en voyage lui et ses chevaux. Il fut de trop bonne heure au service de ce prince, pour n’avoir pas été parfaitement bien informé de tout ce qui le regardait. D’ailleurs, comme il s’est trouvé aux actions qu’il décrit ; ou qu’il en a été instruit en qualité d’historien de la nation ; il n’y a pas lieu de douter de sa fidélité et de son exactitude… Aussi a-t-on fait l’honneur à son ouvrage de le regarder comme la pièce la plus originale que nous ayons de ce temps-là. — (Dom Michel Felibien, p. 360 de son Histoire de l’abbaye de Saint-Denis.)

Ce n’est pas proprement une histoire, où les événements sont liés les uns aux autres 305autres, (dit l’abbé Le Gendre) mais des annales où l’auteur ramasse les événements, grands et petits, sans liaison, d’un style clair et en un langage qui n’est pas mauvais pour ce temps.

On voit dans cette histoire la naïveté de ces temps-là. Elle contient des détails piquants. L’auteur paraît s’être attaché à la description des fêtes qui se firent alors.

Il est vraisemblable que Chartier a été présent à une partie des expéditions contenues dans ce volume, ou du moins a été chargé de s’en informer avec exactitude, ayant la charge de chroniqueur. Il y a aussi apparence que le manuscrit sur lequel Godefroy a fait imprimer l’histoire de Chartier, a été altéré par des copistes postérieurs, puisque Monstrelet, qui est du même temps, et qui l’a copié, parle un langage qui sent mieux le siècle de ces deux auteurs. Il est surprenant que Godefroy n’ait fait 306aucune remarque sur leur conformité, en ce qui regarde Charles VII.

Éloge de Charles VII, ou abrégé de l’histoire de ce prince, tiré d’un manuscrit anonyme, qui porte pour titre : de la vie, complexion et condition dudit roi.

Cet éloge est imprimé dans le volume de Charles VII, publié par Denis Godefroy.

Ms. Considérations sur Charles VII, par N., inspecteur des manufactures et de l’Académie d’Amiens. Registres de cette Académie.

Histoire d’une partie du règne de Charles VII, depuis 1444, jusqu’en 1461, par Mathieu Descouchy, (ou de Coucy, du Quesnoy en Hainaux).

Cette histoire est imprimée dans le même volume, p. 531. On trouve beaucoup de choses curieuses dans cet auteur ; nous avons déjà observé qu’il s’attache surtout aux descriptions des fêtes ; mais il les rend si longues 307et si fréquentes, qu’il en devient ennuyeux.

Ms. La vie privée de Charles VII.

Il est conservé dans la Bibliothèque impériale, n° 2128.

Les vigiles de la mort du feu Roi Charles VII, de neuf pseaumes et de neuf leçons ; contenant la chronique et les faits advenus durant la vie dudit feu roi : composées par maître Martial de Paris, dit d’Auvergne, procureur au parlement ; Paris, Dupré, 1493, ibid., le Noir, 1505, ibid, 1528, in-4°.

Martial de Paris, dit d’Auvergne, n’était point de ce pays, mais Limousin selon Lacroix du Maine. Les Vigiles du roi Charles VII, contiennent la vie de ce prince : la versification n’en est pas correcte ; mais l’auteur y déploie le génie de l’invention. Il célèbre le triomphe des armes françaises. Cet auteur était l’homme de son siècle qui 308écrivait le mieux et avec le plus d’esprit. Cet ouvrage lui a acquis beaucoup de réputation. Il mourut en 1508.

Ce que dit Lacroix du Maine, qu’il se souvenait avoir lu qu’il mourut d’une fièvre chaude, et que pressé de la fureur de son mal, il se précipita dans la Seine, est faux ; car Lacroix du Maine ne se souvenait pas bien alors de ce qu’il avait lu dans la chronique scandaleuse, qu’en 1466, Martial d’Auvergne, malade d’une fièvre chaude, s’étant précipité de sa chambre dans la rue, fut en grand danger de mourir de ce saut, qui lui avait rompu une cuisse et froissé tout le corps.

Voyez sur son ouvrage, Lenglet, méth. hist., in-4°, t. IV, p. 63. — Le père Niceron, t. IX, p. 182. — Bibliothèque Française, t. X, p. 48. — Le Gendre, t. II, p. 70, et mém. de litt., t. II, p. 450 et 460.

309Ms. Complainte sur la mort de Charles VII, en prose et en vers, in-4°.

Ce petit ouvrage qui est du temps même, et écrit sur papier, se trouve dans la Bibliothèque impériale, parmi ceux de Lancelot.

Suite des chroniques de Saint-Denis, depuis 1380, jusqu’en 1461, n° 7274.

N. B. N’est pas relatée dans la dernière édition du père le Long.

La chronique scandaleuse. L’histoire de Louis XI, n’est autre que la chronique scandaleuse.

La même écrite jusqu’à Louis XI, et augmentée de plusieurs auteurs, tant de Paul Émile, Philippe de Comines, Arnoul du Ferron, le sieur Dubellay, qu’autres, jusqu’à présent ; deux volumes in-folio ; Paris, Petitpas, 1627.

Ces deux dernières éditions sont les plus recherchées. L’auteur mourut en 1610. On 310ne rapporte point de jugement sur cet auteur ; on peut consulter le mémoire sur sa vie et ses ouvrages. Il se trouve au commencement de la Bibliothèque française du père le Long.

Éloge historique de Jean d’Orléans, comte de Dunois, contenant les plus glorieux exploits, depuis l’an 1423, jusqu’en 1461, par Jean le Laboureur.

Cet éloge est imprimé dans le Laboureur, page 801, de son Histoire de Charles VI ; Paris, 1663, in-folio.

Histoire de Charles VII, deux volumes in-12 ; Paris, Deluyne, 1697.

Cette histoire contient la vie de ce roi, depuis l’an 1417, qu’il se mit à la tête des affaires en qualité de dauphin, pendant la maladie de son père Charles VI, c’est-à-dire, cinq ans avant son avènement à la couronne, jusqu’à sa mort en 1461.

Elle n’est pas de M. l’abbé Genest, mais 311de M. Nicolas Baudot de Juilly, auteur de quelques autres histoires et de quelques romans, de l’histoire de Philippe Auguste imprimée à Paris en 1702, de celle des hommes illustres, tirées de Brantôme, imprimées aussi à Paris, de celle du Connétable de Bourbon, et de celle de Catherine de France, reine d’Angleterre, toutes deux publiées à Paris, Gosselin, 1696.

Selon que le rapporte Prosper Marchand, dans sa 19e lettre, sur la lettre cent quatre-vingt-dix-huitième de Bayle, p. 751, ce livre est bien écrit ; l’auteur le composa dans une grande jeunesse, ce qui lui a fait appréhender depuis de n’avoir pas choisi ses mémoires avec assez de discernement.

L’auteur du Journal des savants, du 26 novembre 1686, dit

que les événements de cette histoire sont disposés dans le plus bel ordre du monde, et mis dans tout leur 312jour ; que rien ne s’y peut désirer, si ce n’est quelques circonstances qui ne se trouvent point dans les livres imprimés, dont l’auteur s’est servi, mais seulement dans des mémoires et des pièces écrites à la main.

Au jugement d’un de ses critiques, cet ouvrage est écrit avec beaucoup de feu, d’ordre et de prudence : c’est ainsi que parle l’auteur des aménités de la critique, page 242. Il relève dans la suite quelques fautes qui sont échappées à cet habile historien.

Voyez sur cet ouvrage, — Mercure, 1696, Novembre. — Lenglet, méth. hist., in-4°, t. II, p. 268 et t. IV, p. 61. — Plan de l’histoire de France, par le même, t. II, p. 11. — Année littéraire 1755, t. I, p. 96.

Ajoutons la liste des auteurs qu’il a consultés. Il suit et commente Mezeray, de 313Serres, Dupleix, du Tillet, la chronique de Normandie, Mainbourg, Aubry, Rohan, du Verdier, de Prad, Belleforest, Sainte-Marthe, Montrelet, Alain Chartier, du Haillan. C’est l’auteur lui-même qui nous fournit cette note. D’après cette citation d’autorités, la sienne doit paraître suspecte. Il y avait de meilleurs matériaux à employer. Ch.

Mémoires secrets de la cour de Charles VII, roi de France : par Madame D., deux volumes in-12 ; Paris, Ribou, 1700.

Catherine Bedacier, œuvre de M. Durand, a composé ces mémoires.

C’est un inconvénient, qui augmente tous les jours, par la liberté qu’on prend de publier les amours secrètes, l’histoire secrète, etc., de tels et tels personnages fameux dans les histoires. Les libraires et les auteurs font tout ce qu’ils peuvent pour faire accroire que ces histoires ont 314des puissances dans des manuscrits anecdotes ; ils savent bien que les intrigues d’amour et telles autres aventures plaisent davantage, quand on croit qu’elles sont réelles, que quand on se persuade que ce sont des inventions. De là vient que l’on s’éloigne autant que l’on peut de l’air romanesque dans les nouveaux romans ; mais par là on répand mille ténèbres sur l’histoire véritable. C’est ainsi que s’exprime Bayle, en parlant de ces sortes de livres, dans son dictionnaire historique et critique, sous D. sous le nom de Nibard.

✽ Ms. Histoire de Charles VII, par M. Gaspard-Moyse de Fontanieu, conseiller d’état ordinaire, in-4°, 2 vol., et in-folio, (copie et original).

Cette histoire est conservée dans la Bibliothèque impériale.

Mémoires secrets et intrigues de la cour de France sous Charles VII, par 315Mademoiselle de Lussan ; Paris, 1741, in-12.

Cet ouvrage est de M. Baudot de Juilly.

Lettres de Charles le Hardi, duc de Bourgogne, au sieur de Neufchâtel du Bay, gouverneur du Luxembourg ; et plusieurs autres monuments très utiles pour l’éclaircissement de l’histoire des guerres et quinzième siècles.

Ces lettres sont imprimées dans les mémoires pour servir à l’histoire de France et de Bourgogne, par M. de la Barre ; Paris, 1789, in-4°.

Ms. Notices, du règne de Charles VII, par M. l’abbé (François) de Camps, avec nombre de pièces qui le concernent.

C’est ce qui est renfermé dans des porte-feuilles 113-124, de la collection de M. de Fontanieu, réunie à la Bibliothèque impériale. On trouve à la suite, nos 125 et 126, l’histoire de Charles VII, écrite par M. de Fontanieu.

316Ms. Divers événements arrivés en France ; sous les règnes de Charles VI et Charles VII, depuis l’an 1390, jusqu’en l’an 1445, en vers héroïques, in-folio.

Ce manuscrit original dédié à Monseigneur de Croy, était conservé dans la bibliothèque de la ville de Paris, (aujourd’hui à l’Arsenal).

On peut consulter encore, pour l’histoire de ce règne, les chroniques de Monstrelet, — la vie de Jean, comte d’Angoulême, — les chapitres IV et V du livre VI, des Recherches de Pasquier, — l’histoire d’Artus III, duc de Bretagne, jusqu’en 1457, — les mémoires d’Ollivier de la Marche, depuis 1485, — le livre premier de l’histoire de Louis XI, par Duclos, depuis 1439.

Les notes XXXIII et XXXIV, du t. IV, de l’Histoire du Languedoc, par D. D. de Vic Vaissette.

La France sous les cinq premiers 317Valois, ou histoire de France, depuis l’avènement de Philippe de Valois, jusqu’à la mort de Charles VII, etc., par M. Levêque ; Paris, Debure l’aîné, 1788, 4 vol.

L’histoire de Charles VII, contient tout le quatrième volume, et celle de la Pucelle y occupe les p. 78-159.

Cette histoire est écrite avec discernement et sans préjugés, le style en est pur et concis. Ch.

Histoire de la querelle de Philippe de Valois et d’Édouard III, continuée sous leurs successeurs. Pour servir de suite et de seconde partie, à l’histoire de la rivalité de la France et de l’Angleterre. Par M. Gaillard de l’Académie Française, et de celle des inscriptions et Belles-Lettres. À Paris, chez Moutard, 1774.

Vid. t. III, pages 229-370. On y 318trouve un tableau correctement dessiné et vivement coloré du règne de Charles VII, des exploits et des malheurs de la Pucelle. Ch.

Essais historiques sur Paris, par M. de Sainte-Foix, Londres et Paris, 1757, in-12.

Vid. sur Charles VII (Dauphin), IVe partie, pages 155-176, vous y trouverez des remarques très curieuses, sur l’infâme traité secret de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, avec les Anglais, ignoré de la plupart des historiens, p. 141.

N. B. Sainte-Foix disculpe Charles VII, et Tanneguy du Chatel, d’avoir prémédité l’assassinat du Duc de Bourgogne, p. 155 et suiv., 193 et suiv., IVe partie.

Vid. ibid. l’histoire abrégée des guerres entre la France et l’Angleterre, jusqu’à la fin du règne de Charles VII.

Elle se trouve partie III, p. 48-182, partie IV, p. 91-216, partie V, p. 3191-20. On y relève les fables de plusieurs historiens, surtout de Rapin de Thoyras. Ch.

L’art de vérifier les dates, etc., troisième édition ; Paris, Desprès ; 1770 ; in-fol.

Histoire de Charles VII, p. 562-569 ; de la Pucelle, 562-563.

Le grand dictionnaire historique, etc., par L. Moréri, nouvelle édition, dans laquelle on a refondu les suppléments de l’abbé Gouget, revu, corrigé et augmenté, par Drouet ; Paris, 1759, 10 vol. in-fol.

Charles VII, lettre C., t. III, p. 494. La Pucelle, lettre A. (Arc), tome Ier, p. 258. Cet article est intéressant et bien fait.

Nouveau Dictionnaire historique, ou histoire abrégée de tous les hommes qui se sont fait un nom par des talents, des vertus, etc., par une société de gens de lettres ; Caen et Lyon, 1789, 9 vol. in-8°.

Charles VII, son article, lettre C., t. II 320, p. 521. La Pucelle, art., Jeanne d’Arc, lettre J., t. IV, p. 700.

N. B. Il est étonnant que par un oubli inexplicable, Bayle n’ait point fait mention de Jeanne d’Arc, dans son dictionnaire, Ch.

321
Histoire de la Pucelle

Ms. Jacobus Gelu Archiepiscopus Ebrodunensis, de Puella Aurelianensi, in-4°, inter latinos, n° 6199, à la Bibliothèque impériale.

L’auteur de cet ouvrage, qui avait été archevêque de Tours, fut transféré au siège d’Embrun en 1427, où il est mort en 1432. Comme il avait été consulté en 1429, par ordre du roi Charles VII, il répondit par ce traité aux cinq questions, qui lui furent faites. Ce manuscrit contient environ soixante-douze pages ; mais il est écrit à la manière des anciens scolastiques, d’un style fort embarrassé : Lenglet du Fresnoy en a donné un extrait succinct.

Sibylla Francica ; ou, de admirabili Puella Johannis lotharingi, pastoris filia, ductrice exercitus francorum sub Carolo VII. Dissertationes aliquot copiosorum scriptorum. 322Ex Bibliotheca Melchioris Haiminsfeldius Goldasti, in-4°, Urselis 1606.

Ce petit ouvrage qui ne contient que soixante-dix-neuf pages, renferme plusieurs traités faits au sujet de la Pucelle : savoir :

1. Laudayani capitulum anonymi clerici de sybilla Franciæ Reduli duo.

L’auteur était allemand, d’après de Spire, peut-être de Landau. Dans la première partie de son ouvrage, il compare la Pucelle aux anciennes sibylles ; et dans la seconde, il paraîtrait croire qu’il y aurait eu en elle quelque connaissance des sciences occultes. Il a écrit avant sa prise ; vers l’an 1430.

2. Henrici de Gorckeim propositionum de Puella militari in francia libelli duo.

Cet auteur, qui était théologien flamand, et ainsi du parti bourguignon, a écrit aussitôt que la Pucelle était paru. Tout son traité ne contient que six pages ou douze 323propositions. Les six premières en faveur de la Pucelle, et les six dernières contre elle. Ce traité fut écrit avant la prise de Jeanne.

3. Joannis Gerson, cancellarii Parisiensis apologia pro Johanna Puella.

C’est une espèce d’apologie de la Pucelle, faite longtemps avant sa prison. Goldast, et après lui le père Berthier, doutent que ce traité soit de Gerson.

4. Joannis Gerson veritas ad justificationem Puellæ ductricis exercitus francorum.

C’est une apologie de la Pucelle sur son changement d’habit.

5. Petri Episcopi Cameracensis et S. R. E. Cardinalis dialogi duo, de querelis Franciæ et Angliæ, et jure successionis in regno Franciæ.

Ces deux dialogues qui ne contiennent que vingt-six pages, sont du cardinal Pierre d’Ailli, mort en 1425, quatre ans avant que la Pucelle ait paru.

324Processus condemnationis Joannæ d’Arc Puellæ Aurelianensis, factus anno domini 1431, Rothomagi, in-folio. Manuscrit dans la Bibliothèque impériale, parmi les manuscrits latins, n° 5965. Seculo XV exaratus.

Idem. In eadem Bibliotheca, n° 5966, XV seculi.

Idem. In eadem Bibliotheca, n° 5967, XV seculi.

Idem. In eadem Bibliotheca, n° 5968, XV seculi.

Idem. In eadem Bibliotheca, n° 5969, XV seculi.

Le même procès, manuscrit d’écriture moderne, mais fautif. Parmi les manuscrits de Brienne, n° 180.

Idem. Processus condemnationis, parmi les manuscrits de M. de Cotte, président de la seconde Chambre des requêtes du palais ; in-folio carré, authentique, coté et signé à chaque feuillet par les greffiers de 325la commission, et où étaient à la fin les sceaux de l’évêque de Beauvais et du vice-inquisiteur ; mais ils en ont été arrachés.

Processus condemnationis Johannæ d’Arc dictæ la Pucelle, grand volume in-folio du XVe siècle, à la Bibliothèque impériale.

Procès ou histoire de la Pucelle d’Orléans, in-folio large et assez court, coté d’une main moderne jusqu’au nombre de cent trente feuillets, faisant 260 pages. Le manuscrit est de la fin du XVe siècle. On y trouve des pièces essentielles et originales, en leur langue naturelle et non en traduction, comme dans les autres manuscrits.

Ce manuscrit était dans la bibliothèque du cardinal de Rohan ou du prince Soubise.

Processus justificationis Johannæ d’Arc Puellæ Aurelianensis, in-folio maximo, inter latinos, n° 5970, à la Bibliothèque impériale.

Ce manuscrit qui est authentique, contient dans sa 8e partie les huit traités suivants, savoir :

  1. 326Joannes Gerson, de Puella Aurelianensi, fol. 119 du manuscrit 5970 de la Bibliothèque impériale, dans les manuscrits latins.

    C’est un original de ce procès, paraphé à chaque feuillet par les deux greffiers de la commission, grand vol. in-folio. Ce traité fut fait avant la prison de la Pucelle. Ce traité attribué à Gerson, est daté de Lyon, le 14 mai 1429, six jours après que les Anglais eurent levé le siège d’Orléans. Il y a sur le même sujet de la Pucelle, deux traités attribués à ce théologien, et qui se trouvent à la fin du t. IV de ses œuvres, édit. de 1706.

  2. Helias Petracoriensis Episcopus, de Puella Aurelianensi.

    Traité fort ample, qui fut fait au temps de la justification de la Pucelle. L’auteur qui était habile, fut ensuite archevêque de Tours, et se nommait Élie de Bourdeilles. Nous avons de lui un traité sur la pragmatique de Charles VII.

  3. 327Thomas Basin, Episcopus Lexoviensis de Puella Aurelianensi.
  4. M. Berruyer de Puella Aurelianensi.
  5. Joannes Episcopus Lexoviensis, de Puella Aurelianensi.
  6. Joannes de Mo… doctor in utroque jure de eodem.
  7. Magister Mathiæ… decanus, de Joannæ Puellæ.
  8. Fratris Joannis Brehal, ordinis prædicatorum, inquisitoris in regno Franciæ, recapitulatio prædictorum tractatum.

    Après quoi suit la sentence de justification de la Pucelle.

  9. Après ces traités et hors du procès, est une pièce de poésie d’environ sept cent vers latins.

Les huit premiers énoncés ci-dessus, ne roulent que sur les visions, les apparitions, et sur les prophéties de la Pucelle. Ce fut principalement ce qui la fit condamner 328comme sorcière ; on parle aussi dans quelques-uns de ces traités de son changement d’habit.

Processus justificationis Johannæ d’Arc Puellæ Aurelianensis, in-fol. à la Bibliothèque impériale.

Manuscrit moderne assez peu exact parmi ceux de M. de Loménie, n° 181, conféré avec le manuscrit 5970 de la Bibliothèque impériale. Il y manque les huit traités énoncés ci-dessus, après le manuscrit authentique du roi.

Un pareil manuscrit doit se trouver dans les archives de l’église de Coutances, dont l’évêque Richard Olivier était un des commissaires nommés par le pape Calixte III, pour la révision du procès de la Pucelle.

Processus justificationis Johannæ d’Arc Puellæ Aurelianensis, in-fol. magno ex Bibliotheca insignis ecclesiæ Metropolitanæ Parisiensis, littera H, n° 10.

329Manuscrit authentique, signé à chaque feuillet par les deux greffiers de la commission. Ce manuscrit vient de Guillaume Chartier, alors évêque de Paris depuis l’an 1447, jusqu’en 1472 qu’il mourut. Il contient cent quatre-vingt feuillets écrits selon l’usage du temps, partie sur vélin, partie sur papier ; il est pour le fond le même que le manuscrit 5970 de la Bibliothèque impériale, excepté les huit traités et les vers énoncés ci-dessus. Au folio 153, sont les lettres de garantie de Henri VI, Roi d’Angleterre, pour l’évêque de Beauvais et ses consorts ; et au fol. 178 est la sentence de justification.

Petit traité en manière de chronique, contenant en bref le siège mis par les Anglais devant la cité d’Orléans, etc., en 1428, in-folio court, n° 417, de la bibliothèque de l’abbaye Royale de Saint-Victor, contient soixante-dix feuilles ou 139 pages. On trouve dans cette chronique la lettre de 330la Pucelle d’Orléans, telle qu’elle l’écrivait alors aux Anglais. C’est au folio 20 verso, et à la première page du folio 21. Au folio 73, commence le procès de condamnation de la Pucelle, ce qui continue jusqu’au folio 348, après quoi dans le même volume au folio 350, commence le procès de justification de cette héroïne : il finit au folio 870. Au folio 531 verso, commence la déposition du seigneur Dunois. Mais les huit traités énoncés ci-dessus, y manquent, aussi bien qu’au manuscrit de l’église métropolitaine de Notre-Dame. Ce manuscrit qui est une copie, paraît être du XVe siècle, écrit selon l’usage du temps, partie sur vélin, partie sur papier.

N. B. La chronique du siège d’Orléans, est différente de celle de Léon Trippault.

Opus collectivum, de quadam Puella, que olim in Francia equitavit , cujus editio mag. Joanni de Gerson adscribitur, 331sed magis apparet stilus mag. Henrici de Gorickem.

Cet ouvrage est imprimé au tome II, des œuvres de Gerson, page 870, Parisiis, 1606, in-folio, et page 854, Antverpiæ, 1706, in-folio.

Ms. Processus Puellæ Aurelianensis, in-folio.

Ce procès était conservé dans la bibliothèque de Notre-Dame de Paris, et est aujourd’hui dans celle impériale. Il était aussi chez M. de Meaux, sous ce titre : Processus Joannis Puellæ. Il est semblable à celui qui est énoncé en français dans l’article suivant.

Dans la révision de ce procès, on produisit six traités latins, pour servir de griefs et de contredits contre les actes et prétendues accusations des ennemis de la Pucelle. Le premier est un opuscule que fit Jean Gerson, en faveur de cette fille, aussitôt après la levée du siège d’Orléans. Le second, 332est d’Élie de Bourdeilles, cordelier, évêque de Périgueux, depuis archevêque de Tours et cardinal. Le troisième est souscrit M. E. N. Le quatrième est de Jean Bréhal, dominicain, docteur en théologie, inquisiteur de la foi au royaume de France, par commission du Saint-Siège. Le cinquième est de Robert Cibole, docteur en théologie, chancelier de l’Université de Paris. Le sixième est de Guillaume Bouillé, docteur en théologie, doyen de l’église de Noyon. Ces auteurs déclarent que la Pucelle n’était point justiciable de l’évêque de Beauvais.

Ms. Procès fait à Jeanne d’Arc de Vaucouleurs, vulgairement appelée la Pucelle d’Orléans, en 1430 et en 1431, in-folio.

Ce procès est conservé dans la Bibliothèque impériale, entre les manuscrits de M. de Brienne, n° 180. Ceux de M. de Baluze et ceux de M. de Colbert, n° 1642. Ce dernier est l’original. Il y en avait aussi un 333exemplaire dans la bibliothèque du collège des Jésuites de Paris, nos 62 et 63, dont les manuscrits ont été acquis par M. Moerman, de Rotterdam.

Ms. Processus contra Joannam dictam la Puzil, (la Pucelle).

Ce procès se trouve dans la Bibliothèque du collège de Saint-Benoît, à Cambridge.

Processus pro eadem Johanna, dans la même Bibliothèque.

Ms. Processus et sententia justificationis Johannæ d’Arc, vulgo dictæ Puellæ Aurelianensis, in-folio.

Ce manuscrit était au Trésor des chartes de la couronne. Il est énoncé par de Tillet, p. 364, de son Recueil des rois de France, seconde partie, édition de 1618. Jean Hordal, page 205, de son traité latin sur la Pucelle d’Orléans, marque l’avoir lu dans ce dépôt.

Ms. Processus condemnationis et absolutionis 334in causa fidei contra quamdam mulierem dictam Johannam vulgariter, la Pucelle, anno 1430.

Ces procès étaient conservés dans la bibliothèque de M. le président Bouthier, à Dijon, A. 22.

Il n’y en a qu’une copie très récente, faite sur le manuscrit qui suit.

✽ Ms. Le procès de la Pucelle, sur vélin, (qui appartient à Honoré d’Urfé) grand in-fol., relié en bois, couvert de velours vert, avec garnitures de vermeil.

Ce manuscrit précieux, qui est du temps, et un des plus beaux et des plus entiers, était dans la bibliothèque de M. Fevret de Fontette, conseiller au parlement de Dijon. Il appartenait auparavant à M. Thomas-d’Issan, qui l’avait eu de M. de Chevannes.

Il a appartenu au célèbre Honoré d’Urfé, auteur du roman de l’Astrée ; il est garni de ses armes en plaques de cuivre doré.

335Il contient les morceaux suivants :

  1. Petit traité en forme de chronique, concernant en bref le siège mis par les Anglais devant la cité d’Orléans, et les saillies, assauts escarmouches, qui durant le siège y furent faites de jour en jour. La venue et vaillant fait d’armes de Jeanne la Pucelle et comment elle en fit partir les Anglais, et en leva le siège par grâce divine et force d’armes.

    C’est probablement le même que celui qui était à la Bibliothèque du St.-Victor ; rapporté ci-dessus.

  2. In nomine domini, amen. Incipit processus in causa fidei, contra quamdam mulierem Johannam, vulgariter dictam la Pucelle.

    Ce morceau qui n’est pas aussi complet que le suivant, contient une partie des pièces de ce procès et des interrogatoires de la Pucelle, moitié en latin et moitié en français.

  3. 336In nomine domini, etc., ibid. au précédent.

    Ce morceau, qui est presque tout en latin, contient en entier les pièces et procédures du procès de la Pucelle. On y trouve à la fin ces mots : finis processus condemnationis libri sancti Victoris. Hic est initium libri absolutionis.

    On trouve d’abord à la tête de cette partie le préambule des notaires Perimitis et Fereboucq, qui ont fait cette collection sur les titres originaux, et ensuite cet intitulé :

    Continet istud opus processum judicialem gravi maturitate digestum, juris ordine definitum mandato æquissimo sanctæ apostolicæ sedis, ac universalis ecclesiæ summi pontificis spectabilis, indictum reverendissimis presbyteris electissimis, et disertissimis judicibus directum infra scriptis per… justitia prævalente. Iniquus ille, detestabilis, falsus et calumniosus 337processus generaliter damnatus, cassatus et revocatus est, quo mediante Johanna d’Arc, dicta Puella, subdola fictaque fidei suspicione causata, violenta manu inique damnata, igne feroce tandem consummata, in fide solida persistens post pias exclamationes sancti nominis Jesus spiritum creatoris, in conspectu populi lachrimosis, suspiriis condolentis, palam reddere edita est, post latam ante hujus… Processus celebris definitivam in archiepiscopali, palatio rotomagensi sententiam ; executio publica processionibus generalibus et prædicationibus publicis solemniter et devotissime celebratis subsecuta est : ubi palam universæ plebi præcedentis iniqui processus abominatio revelata est.

    À la fin de cette partie on trouve ces mots :

    Acta fuerunt hæc in palatio archiepiscopali, 338anno Domini 1456, die septima mensis Julii, sic signatum : Peremittis et Fereboucq. Hic est finis libri absolutionis Johannæ, dictæ vulgariter la Pucelle.

Ensuite sont les six traités latins mentionnés ci-dessus, et qui furent produits dans la révision du procès.

Ms. Processus in causa Johannæ de Arca Puellæ Aurelianensis, autoritate Calisti IIII, confectus cum aliis ad Pucellam spectantibus.

Ce procès se trouve dans la Bibliothèque Vaticane, entre les manuscrits de la Reine de Suède, n° 256.

Processus justificationis Pucellæ Aurelianensis.

Il y en a trois exemplaires dans la même Bibliothèque, parmi les manuscrits du célèbre Pétau, nos 237, 744 et 836.

Ms. Procès de Jeanne d’Arc, Pucelle d’Orléans, tiré d’un manuscrit donné à 339M. le cardinal d’Armagnac, le 25 de mars 1569, in-4°.

Ce manuscrit contient une espèce de précis fort abrégé du procès de la Pucelle. On trouve à la suite deux consultations sur Jeanne d’Arc et son procès. La première intitulée : Aucunes allégations de Messire Paul Dupont, avocat consistorial en Parlement, touchant le procès de la Pucelle. La seconde intitulée : L’extrait de vénérable personne M. Théodore, des auditeurs de la rote en cour de Rome.

On trouve à la tête un abrégé de la vie de Jeanne d’Arc, et à la fin la sentence de réhabilitation rendue à Rouen en 1456, par l’archevêque de Rheims, l’évêque de Paris et l’évêque de Coutances, assistés de l’évêque du Mans et plusieurs autres.

Il y avait une copie de ce manuscrit dans la bibliothèque de M. Fevret de Fontette, conseiller au Parlement de Dijon.

340Ms. Opinio et concilium Thomæ Lexoviensis Episcopi, super processus Johannæ Puellæ Aurelianensis.

Cette pièce se trouve dans la Bibliothèque Vaticane, n° 1832.

✽ Ms. Procès tant de la condamnation que de la justification de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans, in-fol.

Ce manuscrit est écrit sur papier et était conservé dans la bibliothèque du Chapitre de l’église cathédrale d’Orléans, (réunie à la Bibliothèque du département) il fut fait par ordre du roi Louis XII, et de l’amiral de Graville. On y trouve des pièces intéressantes.

De la Pucelle d’Orléans et de son procès, par Étienne Pasquier.

Ce discours est imprimé au chapitre quatre et cinquième du sixième livre de ses Recherches de France.

Il contient un assez grand détail sur ce 341procès : Pasquier avait eu en mains un original du temps, signé du greffier Bosquille, et où se voyaient les sceaux de l’évêque de Beauvais, etc. L’abbé Lenglet a porté un jugement avantageux de ces deux chapitres, dans son Histoire de Jeanne d’Arc, t. I, partie II, p. 197.

Ms. Démonstration très claire que Dieu a plus de sollicitude de la France, qu’il n’a de tous les états temporels, et principalement déclaration qu’elle fut la Pucelle Lorraine, Jeanne de Vaucouleurs, par Guillaume Postel, in-folio.

Cet écrit était conservé dans la bibliothèque de Baluze, il est aujourd’hui dans celle impériale.

Les très merveilleuses victoires des femmes et comme elles doivent à tout le monde par raison commander et même à ceux qui auront la monarchie du monde vieil. Livret écrit par G. Postel, à Madame 342Marguerite de France ; Paris, de l’imprimerie de Jean Goullard, à l’enseigne du Phenix, près le collège de Rheims : 1553, in-24.

Il est parlé de cet ouvrage dans les Mémoires de littérature de Salengre, t. II, part. I, p. 196 et suivantes. C’est selon cet auteur, un des écrits les plus rares et les moins connus ; et ce sont ces raisons qui l’ont engagé à en donner un extrait. On voit par là que Postel mettait la Pucelle d’Orléans au nombre des plus illustres héroïnes.

Elle fait le sujet de tout un chapitre, p. 18. Il déclame contre ceux qui traitaient de fable toute cette histoire là. Il voudrait qu’on punit de mort, ou du moins qu’on bannit tous ces incrédules. La raison, ce semble, pourquoi il introduit Jeanne d’Arc, qui naturellement n’a aucun rapport à son sujet, c’est qu’il veut en tirer quelques conséquences en faveur de sa mère Jeanne ; 343mais ce qu’il dit est si obscur, qu’il n’y a pas moyen d’y entrevoir le moindre sens raisonnable : le titre du chapitre est assez peu intelligible,

résolution de ce qu’il faut tenir tant de Jeanne la Pucelle, comme de la souveraine puissance féminine en ce monde.

Johannæ d’Arc, Aurelianensis, liberatricis res gestæ, imago et judicium, latine et gallice, a Leone Trippault ; Aureliæ 1583, in-12.

Ce n’est proprement que le jugement des commissaires pour la justification de la Pucelle, que Trippault a traduit en français, à la tête duquel sont trois pages latines et françaises, des faits et gestes de cette héroïne, et qui ont été insérées dans l’ouvrage qu’il avait fait auparavant ; édition de 1606 et 1611.

La vie et la mort de la Pucelle d’Orléans ; Lyon, 1619, in-12.

Cet ouvrage n’est qu’une copie de ceux 344qui sont énoncés ci-dessus, avec un changement de titre, publié d’après Léon Trippault : il contient deux cent cinquante-une pages. On y a joint aussi quelques discours qui ne sont pas de la Pucelle, mais formés sur ce qu’elle aurait pu dire.

La Pucelle d’Orléans restituée, par l’industrie de François de Beroalde, sieur de Verville ; Tours, Guillemot, 1599, in-12.

Les ouvrages de cet auteur, dit Lenglet, sont assez médiocres quoique peu communs. Celui-ci est un mauvais roman absolument inutile. Bayle en a porté le même jugement dans son Dictionnaire, art. Beroalde, note F.

Aureliæ urbis memorabilis obsidio, anno 1428, et Joannæ, Virginis Lotharingæ, res gestæ : autore Joanne Ludovico Miquello, juventulis Aureliæ moderatore ; Aureliæ 1560, in-8°. ; Parisiis, Wechel, 1570, in-12.

345Cet ouvrage est dédié au cardinal de Lorraine. Micqueau a recueilli d’une manière exacte et curieuse, ce qu’il a trouvé de plus véritable dans plusieurs manuscrits, et mis en ordre les principales circonstances de ce fameux siège. Par un fragment de lettres de Gentian Hervet, insérée en tête de l’ouvrage, on voit que ce dernier fit part à Micqueau de plusieurs observations, et de quelques recherches sur son ouvrage.

Idem. Opus recognitum. Accessit historia supplementum seu innocentia et fortitudo Puellæ plurimis et gravibus testimoniis comprobata, contra hostiles calumnias Petri Cauchonii, Episcopi, et Ducis Bedfordiensis, Anglorum præfecti, cum adjuncta sententia delegatorum a Calixto III, Pontifice maximo, de Joannæ Puellæ innocentia Rothomagi, anno 1456, data ; Parisiis, Auger, 1631, in-12.

Cette seconde édition qui est dédiée à 346MM. les maire et échevins de la ville d’Orléans, par un anonyme qui signe R. L. M., est préférable à la première, en ce que, outre l’ouvrage de Micqueau, l’éditeur y a joint un supplément, dans lequel il fait voir la fausseté des accusations dont on avait chargé la Pucelle, et il rapporte plusieurs témoignages en sa faveur, avec la sentence de justification donnée à Rouen, par les légats du pape, le 7 juillet 1456.

Voyez Lenglet, méth. hist., in-4°, t. IV, p. 62. — Hist. de Jeanne d’Arc, par le même, t. I, p. 195.

Micqueau a recueilli ce qu’il a trouvé de plus véritable dans plusieurs manuscrits français, et a mis en ordre les principales circonstances de ce fameux siège.

La historia della donzella de Orléans, y de sus grandes hechos, sacados de la chronica real : por un cavallero discreto, embiada per Embaxador de Castilla en 347Francia por los Reies Ferdinando y Isabel, en Burgos, 1562, in-8°.

L’abbé Lenglet dit n’avoir pu trouver cet ouvrage.

L’histoire et discours du siège mis par les Anglais devant Orléans en 1428, et de sa délivrance par Jeanne d’Arc, dite la Pucelle ; prise d’un vieil exemplaire écrit à la main, mise en lumière par la diligence de Léon Trippault ; Orléans et Paris, 1576 ; in-8°.

La même histoire publiée sous ce titre : Jeanne la Pucelle d’Orléans, ou L’histoire du siège d’Orléans, avec la continuation de l’histoire de la Pucelle, jusqu’à sa mort ; Orléans, 1606, in 8°. ; ibid., Boynard, 1611 et 1612, in-12 ; Lyon, 1619 ; Troyes, 1621 ; Paris, 1622, in-8°.

L’édition de 1606, porte le titre suivant : L’histoire et discours vrai du siège qui fut mis devant la ville d’Orléans par les 348Anglais en 1428, sous le Roi Charles VII, avec la venue de Jeanne la Pucelle, et comment elle fit lever le siège ; prise mot à mot d’un vieil exemplaire manuscrit, en parchemin, trouvé en la Maison de ville d’Orléans ; illustrée d’annotations en marge et augmentée de la harangue du Roi Charles VII, à ses gens ; de celle de la Pucelle au Roi, pour l’induire à aller se faire sacrer à Rheims, et de la continuation de son histoire jusqu’à sa mort, arrivée à Rouen en 1430, ensemble le jugement rendu en 1456, par les commissaires du Pape, qui casse celui rendu contre la Pucelle par ceux qui l’avaient fait mourir, en latin et en français. Plus, l’antiquité de la ville d’Orléans, et chose plus notable d’icelle, recueillies par Léon Trippault, et un avertissement touchant la procession annuelle d’Orléans pour la délivrance de la ville d’Orléans ; Boynard, 1606, in-8°.

349Cette histoire du siège d’Orléans est tirée d’un vieil livre manuscrit trouvé dans les archives de la maison de ville d’Orléans, écrite en vieil langage gaulois, selon la phrase de ce temps-là. Symphorien Guyon en a inséré, partie dans son histoire d’Orléans, part. II, p. 185, n° 68-146, retranchant quelques choses non nécessaires, et y ajoutant quelques autres qui avaient été omises.

Ce petit ouvrage est un des plus intéressants que nous ayons sur cet objet, c’est un journal exact qui contient jour par jour, depuis le mardi 12 octobre 1428, jusqu’au 8 mai 1429, les principaux événements de ce siège. On y rapporte aussi les suites avantageuses qu’eut la levée du siège d’Orléans, l’expulsion des Anglais des principales villes du Royaume, les progrès successifs de Charles VII sur ses ennemis, son sacre à Rheims, et les divers avantages qui le mirent en possession 350de ses états. La harangue du roi Charles VII est une exhortation qu’il fait aux principaux de sa cour, pour les engager à lui donner des preuves de leur valeur et de leur fidélité, et à secourir promptement la ville d’Orléans. Celle de la Pucelle est un discours qu’elle fait au roi d’aller à Rheims pour s’y faire sacrer, enfin le jugement de justification de la Pucelle qui termine les pièces contenues dans cet ouvrage écrit d’une manière sincère et véridique. Il est en outre de cela rempli de traits naïfs et singuliers, et au milieu de l’ancien langage dans lequel il est rédigé, il règne dans les expressions un certain naturel qui en rend la lecture intéressante.

Voyez l’Histoire de Jeanne d’Arc, par l’abbé Lenglet, t. I, p. 196, t. II, p. 295.

Livre de la Pucelle native de Lorraine, qui réduisit la France entre les mains du roi. Ensemble le jugement et comment 351elle fut brûlée au vieil marché de Rouen, l’an 1431, avec les procédures et interrogatoires.

Ce livre est imprimé avec la Chronique de Normandie, in-8°. ; Rouen 1580, et avec l’Histoire de Normandie ; Rouen 1610, in-8°.

Histoire du siège d’Orléans et de la Pucelle Jeanne, mise en notre langue, par du Breton ; Paris, Villery, 1631, in-8°.

On dit dans la préface que cette histoire avait été composée par un principal du collège d’Orléans, au temps de Charles VII, (on peut croire que c’est Louis Micqueau,) elle commence par ces paroles :

Je puis après plusieurs excellents historiens dire à bon droit au commencement de cette histoire que j’écrirai la plus signalée et la plus mémorable, etc.

Cet ouvrage, au rapport de l’abbé Lenglet, est une histoire suivie et assez curieuse du siège d’Orléans. Mais l’auteur n’ayant pas 352connu toutes les pièces nécessaires à son sujet, est tombé dans plusieurs fautes. Outre cela il met dans la bouche du comte de Dunois et de la Pucelle, des discours qui paraissent plutôt de sa composition, que de ce héros et de la Pucelle.

Histoire du siège d’Orléans et des faits de Jeanne la Pucelle, Guillelmi Cardinalis Destouteville et Theobaldi (Thibault d’Aussigny), ac Francisci (François de Brihac) Aurelianensis Episcoporum, et Joannis Rolin, (Episcopi Augustodunensis et Cardinalis) Diplomata, de processione pro libertate ejusdem urbis.

Ces actes se trouvent dans la Bibliothèque Vaticane, n° 770, parmi ceux de la reine de Suède. L’abbé Lenglet les a fait insérer à la fin de la troisième partie de son Histoire de Jeanne d’Arc, p. 267, d’après les originaux qui sont en l’hôtel de ville d’Orléans.

Histoire mémorable du siège d’Orléans par 353les Anglais, commencé le 12 octobre 1428, et levé le 8 mai 1429, par la valeur de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans ; enrichie de la vie de Jean d’Orléans, comte de Dunois et de Longueville, etc., général des armées du roi Charles VII, grand-maître de France, etc., ornée des noms de MM. les maire et échevins de ladite ville, depuis leur création avec le temps de leurs exercices ; Orléans, Jacob, 1739, in-8°.

Cet ouvrage qui commence par une description de la Ville d’Orléans, est du sieur Étienne Barrois, qui l’a dédié aux maire et échevins. Il donne une idée assez exacte et assez suivie du siège d’Orléans ; mais il n’est point entré dans de grandes recherches, ni dans l’examen de la plupart des ouvrages faits sur cet événement. (La seule pièce originale qu’il renferme, est la Lettre de la Pucelle aux Anglais, p. 18.)

354L’auteur paraît d’ailleurs avoir travaillé d’après quelques bons mémoires, et le journal que Trippault avait publié en 1576, lui a été d’un grand usage. Il est vrai comme l’a observé l’abbé Lenglet, qu’il est insuffisant pour ceux qui voudraient approfondir la matière, et qui doivent recourir aux sources. On y trouve cependant un précis assez méthodique de ce siège fameux. Le style est languissant et l’expression vicieuse.

La vie du fameux comte de Dunois est dans le même genre, c’est une compilation médiocre.

La Parthenie Orléanaise ou l’histoire de la ville d’Orléans assiégée par les Anglais, tirée de l’histoire d’Orléans, de M. Symphorien Guyon ; Orléans, Borde ; 1654, in-8°.

Voyez ce que dit de ce livre, qui n’est pas commun, l’abbé Lenglet dans son Histoire 355de Jeanne d’Arc, t. I, partie II, p. 203.

Puellæ Aurelianensis causa, adversariis orationibus disceptata : autore Jacobo Jolio, Parisiis, 1608, in-8°.

Ce sont onze petits plaidoyers que l’auteur fit réciter par les écoliers. L’un accuse et l’autre défend la Pucelle. Les chefs d’accusation, se réduisent à quatre : le changement d’habits, le port d’armes, le libertinage et la magie. Tous ces points sont discutés pour et contre ; et enfin le juge qui est Anglais, prononce la sentence de mort. On y trouve aussi deux pièces en vers. L’auteur promettait de faire l’apologie de cette fille ; mais il ne paraît pas l’avoir faite. Son ouvrage est très médiocre. Ces plaidoyers furent récités dans le collège de Navarre à Paris.

Voyez l’Histoire de Jeanne d’Arc, par l’abbé Lenglet, t. I, p. 198, et t. II, p. 297.

356Heroïna nobilissimæ Joannæ d’Arc, Lotharingæ, vulgo Aurelianensis Puellæ, historia, ex variis gravissimæ incorruptissimæ que fidei scriptoribus excerpta, ejusque innocentia à calumniis vindicata : auctore Johanne Hordal, J. U. doctore et professore in alma civitate Ponte Mussana, Ducis à Lotharingia consiliario, in-4° : Ponti Mussi.

C’est l’apologie de Jeanne d’Arc que cet auteur a entreprise. Dans la première partie, il donne un sommaire de l’état de la France au temps où la Pucelle vint se présenter au roi Charles VII. Il compare cette fille aux héroïnes les plus renommées dans l’histoire, et rapporte les textes des écrivains qui en ont parlé. Dans la seconde partie, il prouve son innocence. Cet ouvrage est bien écrit, il contient les extraits de plus de cinquante auteurs, tant historiens que théologiens, médecins, poètes, etc.

357Consultez le Gendre, t. II, page 61. — Histoire de Jeanne d’Arc, t. I.

On voit en tête quelques estampes représentant la Pucelle en amazone guerrière. Jean Hordal, auteur de cet ouvrage, était parent de la Pucelle, et descendait d’une fille d’un de ses frères. Ce fut ce motif qui l’engagea à travailler à son histoire et il y avait en outre été engagé par Charles Dulys, avocat-général en la cour des Aides de Paris, qui descendait de Pierre d’Arc, troisième frère de la Pucelle, et qui n’a rien négligé pendant qu’il a vécu, pour recueillir tout ce qui pouvait servir à illustrer la mémoire de cette héroïne.

L’auteur a ajouté à la fin de sa première partie, p. 153-157, une notice de tous les ouvrages faits sur la Pucelle. Cette notice renferme plus de soixante ouvrages ; parmi lesquels il y en a beaucoup qui ne méritent aucune attention. Nous indiquons ici 358les meilleurs. On peut cependant, si l’on veut, y avoir recours.

Innocence opprimée par des juges iniques.

Cette pièce, qui concerne la Pucelle d’Orléans, se trouve dans le t. IX, des Causes célèbres ; Paris, 1750, in-12, p. 1 et 2. On y trouve nombre de fautes, surtout dans les noms propres, et par rapport à des faits essentiels. Il y a du roman et du mauvais.

Histoire mémorable de Jeanne d’Arc, appelée la Pucelle, extraite du procès de sa condamnation, et des dispositions des témoins ouïs pour sa justification en 1455, publiée par Jean Masson ; Paris, 1612, in-8°.

Cette histoire est divisée en cent soixante-dix-sept petits chapitres. Elle renferme tout ce qu’on sait et tout ce qu’on a pu savoir de cette fille, tant par ses interrogations que par la déposition des témoins. Elle commence 359sa naissance, et finit à la sentence d’absolution, donné à Rouen le 7 juillet 1456, par les juges délégués par le Pape ; mais elle est écrite d’une manière fastidieuse et rebutante.

La Pucelle d’Orléans et ses frères, extrait des titres et autres bonnes preuves ; Paris, 1612, in-8°.

C’est un livre passable, mal écrit, où néanmoins se trouve une partie de la généalogie de la Pucelle.

Voyez l’Histoire de Jeanne d’Arc, par l’abbé Lenglet, t. I, p. 209, et t. II, p. 297.

Traité sommaire du nom, des armes, naissance et parenté de la Pucelle d’Orléans, avec les preuves ; Paris, 1633, in-4°.

Il paraît que ce livre est une seconde édition de l’ouvrage précédent, mais augmentée de preuves et d’un plus grand détail, dit l’abbé Lenglet : ibid.

360Les armes de la Pucelle, de ses frères et de sa postérité étaient d’azur, à une épée d’argent posée en pal, la pointe en haut, croisée et pommetée d’or, accolée de chaque côté d’une fleur-de-lys d’or, et surmontée d’une couronne d’or ; c’est ce que témoigne Monstrelet, contemporain de la Pucelle, au livre II de ses Chroniques, aussi bien que Wassebourg, Belleforest, Étienne Pasquier, André Thevet, Claude Paradin, la Roque et autres. Ce dernier (la Roque) dans le chapitre XLIII de son traité de la noblesse, après avoir parlé de celle de Jeanne d’Arc, rapporte les circonstances les plus considérables de sa vie et de sa mort. Il marque ensuite les principaux auteurs qui ont écrit ses faits généreux, et qui ont réfuté les crimes que la calomnie lui imputait. La Pucelle avait été anoblie avec toute sa parenté, par lettres patentes du roi Charles VII, données à Meung, près Orléans, au mois 361de décembre 1429. La noblesse par femme des descendants des frères de la Pucelle a été supprimée, par arrêts du Parlement de 1614.

La famille de cette célèbre Héroïne s’est éteinte, par messire Henri-François de Coulombe Dulys, chanoine de Champeaux, et prieur de Coutras, mort le 29 juin 1760 ; il en était le dernier mâle. La pension qu’il recevait de la cour en cette qualité est également éteinte.

Le même traité du nom et des armes de la Pucelle, etc., se trouve encore imprimé à la suite de l’ouvrage suivant.

Recueil d’inscriptions proposées pour remplir les tables d’attente, étant sous les statues du roi Charles VII, et de la Pucelle d’Orléans, qui sont élevées également armées et à genoux sur le pont de la ville d’Orléans, dès l’an 1458, avec le discours sommaire tant du nom et des armes que 362de la naissance et parenté de la Pucelle, etc. ; Paris, 1613, in-4°.

Le même recueilaugmenté considérablement de diverses poésies faites à la louange de cette Pucelle, de ses frères et de leur postérité ; Paris, Meurats, 1628, in-4°.

Ce recueil qui est rare et curieux est préférable à l’autre édition, parce qu’il contient des pièces qui ne se trouvent pas dans la première. Il a été fait par Charles Dulys, conseiller d’état, avocat-général en la cour des Aides de Paris, descendu d’un des frères de la Pucelle. Il contient un grand nombre d’inscriptions et beaucoup de vers d’auteurs différents et très célèbres, comme Charles de la Sussaie, Nicolas Rigaud, Jacques Goutier, Nicolas Bergier, Jean-Louis Fabrot, Charles-Annibal Fabrot, Étienne Pasquier, Jean Dorat, archidiacre de Rennes, Jean Sirmond, Balthazar de Vias, de Marveille, Sébastien Rouillard, etc., voyez pages 363suivantes de cet ouvrage (article inscriptions) notre opinion particulière. Ch.

✽ Ms. Histoire de la Pucelle d’Orléans, en quatre livres ; par Edmond Richer, docteur en théologie, in-folio.

L’abbé Lenglet qui dit avoir lu et bien examiné cet ouvrage, n’en parle pas avantageusement. Il ajoute qu’avant d’avoir lu les deux procès de la Pucelle et les autres pièces du temps, il l’avait cru bon et bien fait :

Mais, ajoute-t-il, dès que j’eus parcouru les originaux, j’ai remarqué qu’Edmond Richer n’avait pas travaillé d’une manière assez lumineuse ni assez instructive.

En cela il s’en faut de beaucoup que cet écrivain rende justice à Richer.

Cette histoire était conservée dans le cabinet de M. Thuillier d’Orléans, docteur en médecine de la faculté de Paris. Le livre premier contient l’histoire de la Pucelle ; le second, son procès de condamnation, avec des 364réflexions sur chaque article et chaque séance, et les pièces originales qui y furent produites ; le livre troisième contient la révision du procès ; avec les pièces originales servant de preuves ; et dans le quatrième se trouvent l’énumération de tous ceux qui ont écrit de la Pucelle. L’auteur est mort en 1633.

Ce manuscrit qui est l’original de Richer, se trouve aujourd’hui dans la Bibliothèque impériale, où il est venu par M. de Fondaneur. On peut voir ce qui en est dit dans les Mémoires de l’abbé d’Artigny, t. VII, p. 324 et suiv. Cette histoire a obtenu une approbation des docteurs en 1630, et un privilège pour l’impression en 1691.

Vid. M. de L’Averdy, Notice des manuscrits de la Bibliothèque du roi, t. III, p. 186-189. Lenglet Dufresnoy n’est que le plagiaire de Richer. Vid. son article. Ch.

Histoire de la Pucelle d’Orléans, par François Lemaire.

365Cette histoire est imprimée dans celle qu’il a composée de la ville d’Orléans, p. 185 et 304 ; Orléans, Maria Paris, 1648, in-folio. L’auteur ne pouvait manquer de développer ce qui concerne l’héroïne qui fait la gloire d’Orléans. Il parle de la procession qui se fait tous les ans, le 8 mai, en mémoire de sa délivrance.

Lettre de M. Vignier, écrite en 1684, dans laquelle il prétend prouver contre l’opinion commune, que la Pucelle d’Orléans n’a pas été brûlée, et qu’après ses exploits elle fut mariée.

Lettre sur la Pucelle d’Orléans, écrite par M. de Vienne-Plancy, à M. Vignier, de Richelieu, en 1684, Mercure 1725, février et mars.

Elles se trouvent aussi dans les Variétés historiques ; (Paris, Nyon, 1752) t. II, p. 499.

Réponse de M. Vignier, à M. de Vienne-Plancy, en mars 1684 : ibid.

366Ces trois lettres roulent sur un vrai paradoxe en histoire. Ce fut le père Vignier de Motaire, qui y donna lieu, fondé sur un ancien manuscrit qu’il trouva à Metz, et sur le contrat de mariage de Robert des Armoises, qu’il prétend avoir épousé cette héroïne. C’est au lecteur à juger si les preuves qu’il en donne doivent l’emporter sur le témoignage de tous les auteurs qui ont parlé de cette fille. D’ailleurs, on sait que quelques années après sa mort il parut une prétendue Pucelle, (mariée en effet) qui prétendait avoir échappé aux flammes, que Charles VII convainquit de fourberie, et qui fut montrée au peuple dans la cour du Palais. Voyez ce qui en est dit dans le fragment qui suit ; intitulé Remarques sur la Pucelle d’Orléans, par l’abbé Nicolas Lenglet. Ch.

Remarques sur la Pucelle d’Orléans, par l’abbé Nicolas Lenglet.

367Elles sont imprimées dans l’ouvrage intitulé : Histoire justifiée contre les Romains ; Amsterdam, Paris, 1735, in-12, p. 263 et 288. On y trouve encore parmi les pièces à la fin (p. 45-50) un extrait d’un ouvrage de Postel sur le même sujet.

Essai sur la question : Jeanne d’Arc a-t-elle subi réellement l’arrêt qui la condamnait au supplice du feu ; par M. de Lumezere, ancien mousquetaire. Mercure, 1764, novembre, p. 44.

Autre lettre sur la même question, par M. Lemoine : ibid.

Lettre écrite de Munich, sur la bataille d’Azincourt et sur la Pucelle d’Orléans, à l’occasion des tomes XIII et XIV de l’Histoire de France ; par M. Villaret. Gazette littéraire ; 1764, tome III, page 63.

Lettre de M. Villaret, (en réponse à la précédente : ibid., p. 263).

L’histoire de Jeanne d’Arc, vierge, 368héroïne et martyre d’État, suscitée par la Providence pour rétablir la monarchie française, tirée des procès et autres pièces originales du temps ; par M. l’abbé N. Lenglet-Dufresnoy ; Paris, 1753, in-12, 2 vol.

Le tome Ier a deux parties ; la première contient une préface assez ample, des réflexions de l’auteur sur les aventures de la Pucelle et sur les procédures, l’histoire de la Pucelle et son procès de condamnation ; la seconde partie renferme l’histoire du procès de sa justification, et un extrait de quelques pièces concernant les deux procès. On trouve à la fin une liste des pièces manuscrites et imprimées sur Jeanne d’Arc, avec des remarques sur chacune ; par M. Lenglet.

Le tome II, contient la troisième partie, qui comprend : — Divers témoignages ou extraits de différents auteurs sur la Pucelle, avec des notes et réfutations de quelques-uns. — Différents systèmes imaginés pour expliquer 369le phénomène de la Pucelle d’Orléans. — Parallèle héroïque du courage de Jeanne d’Arc, avec celui de plusieurs autres dames. — Indulgences accordées à la ville d’Orléans. — Lettres de noblesse données par le roi Charles VII, à la Pucelle et à toute sa parenté et postérité. — Additions à la liste rapportée à la fin de la seconde partie.

Cet ouvrage n’est que l’abrégé d’une histoire manuscrite de la Pucelle, qui avait été composée par Edmond Richer, docteur de Sorbonne, célèbre par ses écrits, et plus encore par ses malheurs. Le manuscrit in-folio avait été disposé pour l’impression, par Richer même ; mais il est mort sans l’avoir fait imprimer. Un libraire (Debure l’aîné) ayant eu vers l’an mil sept cent cinquante communication de ce manuscrit, le donna à examiner à M. l’abbé Lenglet et à M. Burigny, connu par les vies de Grotius, d’Érasme, 370et des cardinal du Perron : ils portèrent un jugement fort avantageux de cet ouvrage sur la Pucelle d’Orléans, et crurent qu’au moyen de quelques légers changements il pourrait être reçu favorablement du public. D’après ce jugement, le libraire engagea un autre libraire (M. l’abbé d’Artigny) à vouloir bien se charger de l’édition de l’ouvrage de Richer, et d’y faire les changements et corrections nécessaires. M. d’Artigny avait acquiescé à la demande du libraire et avait commencé son travail, lorsque l’ouvrage de l’abbé Lenglet parut. Pendant les trois ou quatre mois que ce dernier avait eu le manuscrit de Richer entre ses mains pour l’examiner, il en avait tiré ce qu’il y avait de plus essentiel et en avait formé son ouvrage. Ensuite il envoya le manuscrit au libraire, sans lui parler du travail qu’il avait fait, et aussitôt il fit imprimer son ouvrage. Cette histoire 371ne peut donc être regardée que comme un extrait et un abrégé de l’ouvrage même de Richer. Sans la précipitation avec laquelle l’abbé Lenglet a rédigé son travail, il eût pu nous donner une excellente histoire de la Pucelle ; avec plus d’examen et aidé du précieux manuscrit de Richer, il eût formé un très bon ouvrage. Mais il avait intérêt de hâter son travail et la crainte d’être prévenu, l’empêcha de mettre à profit tous les secours qu’il avait. Les divisions et l’ordre que l’abbé Lenglet a donnés à son ouvrage sont peu différents de l’histoire composée par Richer. M. L’abbé d’Artigny le dit d’une manière positive ; et il ajoute que

l’abbé Lenglet ne rapporte pas un seul fait qui ne soit dans le manuscrit de Richer, que j’ai eu (dit-il) entre les mains. L’arrangement des faits est aussi le même dans les deux histoires, à commencer depuis la naissance de Jeanne d’Arc, jusqu’à sa mort.

372Voyez sur cette histoire l’Année littéraire 1754, t. I, p. 217. — Mémoires d’Artigny, t. II, p. 41, t. VII, p. 326. — Journal des savants, 1753, novembre. Et M. de L’Averdy, p. 185, du t. III, des Manuscrits de la Bibliothèque impériale.

Lenglet Dufresnoy dans son second volume de l’histoire de la Pucelle, rapporte les divers témoignages en faveur de Jeanne d’Arc, tirés d’un grand nombre d’auteurs étrangers. Il les produit par ordre des temps, depuis le moment que la Pucelle fut présentée au roi Charles VII, jusques vers la fin du quinzième siècle.

Ceux qui sont venus depuis, dit l’abbé Lenglet Dufresnoy, ont parlé comme copistes des premiers ; et d’autres pour s’éloigner du commun, ont cru devoir suivre leur imagination, mais il appuie, ajoute-t-il, sur les historiens anglais et bourguignons ; le 373témoignage favorable d’un ennemi vaut seul une douzaine de témoins qui sont amis.

Les auteurs qu’il cite dans la troisième partie de son histoire, sont — Philelfe littérateur italien, dans une épître adressée par lui à Charles VII, vers 1450 ; — Saint-Antonin, archevêque de Florence ; — Eneas Sylvius, élu Pape en 1458, sous le nom de Pie II, et qui parle de la Pucelle, au chapitre XLIII, de sa description de l’Europe ; — Baptiste Fulgose, doge de Gênes, dans son Recueil des faits les plus remarquables de l’histoire moderne ; — Philippe de Bergame, augustin, dans son ouvrage De claris mulieribus, cap. CLVII ; — Jean Nider, célèbre dominicain allemand, mort en 1438, par conséquent contemporain de la Pucelle, dont il parle dans son livre De maleficiis, cap. VIII ; — Polydore Virgile, italien et historiographe d’Angleterre ; — Hector Boetius, historiographe d’Écosse, au livre 16 de son 374Histoire d’Écosse ; — Larrey, historiographe d’Angleterre ; — Paul Jove, évêque de Nocera, au royaume de Naples ; — Jean Ferrier, piémontais, libro 18, Historia Scotorum ; — Jacques Meyer, flamand, qui parle de l’arrivée de la Pucelle auprès de Charles VII, libro 15, Annalium Flandriæ ; — Pontus Heuterus, prévôt d’Arnheim en Gueldres ; — Mariana, Jésuite espagnol, lequel fait l’éloge de la Pucelle, au livre 20 de son Histoire d’Espagne. Ch.

L’Année littéraire de Fréron 1754, t. I, p. 217, en rendant compte de l’ouvrage de Lenglet Dufresnoy, intitulé : Histoire de Jeanne d’Arc, vierge, héroïne et martyre d’État, etc., fait cette question : Cette fille était-elle suscitée de Dieu pour maintenir Charles VII sur le trône ? ou bien ne fit-elle que se prêter à une intrigue de courtisans qui la jugèrent propre à jouer le rôle d’inspirée, pour relever le courage des Français et retirer le Roi de son assoupissement ? 375C’est un problème qu’on se flatte de résoudre dans un livre nouveau, dont voici le titre : Histoire de Jeanne d’Arc, etc. Après l’extrait de l’ouvrage qui contient les interrogatoires des juges et les réponses de la Pucelle, le critique conclut ainsi.

Les Anglais avaient supposé des crimes à Jeanne d’Arc, parce qu’ils étaient intéressés à la trouver coupable : il était pareillement de l’intérêt des Français de la croire inspirée ; est-il étonnant qu’on lui ait attribué des miracles ? Il ne faut donc pas plus compter sur le témoignage des uns que sur les dépositions des autres. Il est toujours incertain que Jeanne d’Arc ait été suscitée de Dieu pour rétablir la monarchie française, plus incertain qu’elle ait eu des révélations, comme il paraît que l’auteur le croit trop légèrement sur la foi de ses manuscrits.

Ainsi le problème que l’abbé Lenglet 376s’était flatté de résoudre est encore un problème pour ceux qui ne savent pas se décider.

Malgré cela cet ouvrage est extrêmement curieux ; il contient de véritables anecdotes. L’auteur détruit d’une façon victorieuse la fable adoptée par quelques écrivains qui ont cru que la Pucelle n’avait point été brûlée, etc.1

Mémoire sur un projet qu’avait formé l’auteur des Mémoires d’Artigny, de donner au public une histoire de la Pucelle d’Orléans, composée par Edmond Richer, préface et commencement de cette histoire.

Cette pièce forme le douzième article du tome VII, des Mémoires de l’abbé d’Artigny, p. 323 ; Paris, Debure l’aîné, 1749-1756 ; in-12, 7 volumes. Nous avons dit ci-dessus, en parlant de l’Histoire de Jeanne d’Arc, par l’abbé Lenglet, que le libraire 377Debure avait engagé l’abbé d’Artigny à revoir le manuscrit de Richer.

Je commençai (dit cet abbé) à travailler avec toute l’application qu’exigeait l’importance de la matière, et l’envie de plaire au public… Mais sur la nouvelle que je reçus que l’abbé Lenglet faisait imprimer une histoire de la Pucelle, je discontinuai mon travail. Pour donner au public une idée de la manière dont Richer traitait son sujet, je transcrirai la préface et le commencement de son histoire avec les changements et corrections dans le style qu’un éditeur est en droit de se permettre.

C’est ce qui fait l’objet de ce Mémoire, lequel donne une idée avantageuse de l’ouvrage de Richer. L’abbé d’Artigny lui rend toute la justice qui est due à son travail ; plus équitable en cela que l’abbé Lenglet… aussi n’avait-il aucun motif de déguiser la vérité. Ch.

378Examen de deux articles des Mémoires de M. l’abbé d’Artigny (tome II) ; touchant la Pucelle d’Orléans ; par (M. Daniel) Polluche, Mercure, 1750, mai.

Le même avec des notes de M. l’abbé d’Artigny, dans ses Mémoires, t. VIII, p. 57.

Ce qui a donné occasion à la pièce de M. Polluche, c’est que l’abbé d’Artigny avait semblé approuver ce que M. de Labarre dit p. 119, du t. I de ses Mémoires, pour servir à l’histoire de France et de Bourgogne (Paris, 1729, in-4°). Voici de quoi il s’agit. Il y avait, dit-on du temps de la Pucelle d’Orléans, un frère Richard, cordelier, grand prédicateur et missionnaire, qui avait à sa suite et sous sa direction, trois ou quatre dévotes, du nombre desquelles était la Pucelle. On prétend que ce directeur les entretenait de visions et de révélations, remplissant leur imagination de mille idées extravagantes. 379On ajoute que Jeanne d’Arc, dans laquelle le frère Richard avait reconnu beaucoup de dispositions à l’enthousiasme, fut préférée à ses compagnes, et qu’à l’aide des instructions de ce cordelier, elle fut produite sur la scène, où elle joua le rôle le plus remarquable qui ait jamais été exécuté par personne de son sexe. On ajoute qu’une de ses compagnes fut brûlée un dimanche 3 septembre 1430.

L’objet de M. Polluche est de détruire les conséquences des liaisons qu’on suppose avoir existé entre la Pucelle et ce cordelier, persuadé qu’il importe extrêmement à l’honneur de cette héroïne, et à sa mémoire, de n’avoir pas été sous la direction de ce religieux. Il s’attache à faire voir que la Pucelle n’a jamais pu connaître frère Richard, et que dans le cas où elle l’aurait pratiqué, cette connaissance ne pourrait avoir eu lieu que longtemps après que la Pucelle aurait eu exécuté ses principaux 380dessins, et entre autres la levée du siège d’Orléans ; et qu’ainsi on ne saurait raisonnablement supposer que la Pucelle ait été instruite par ce cordelier, avant de paraître sur la scène. Il adresse son Mémoire à M. d’Artigny, qui avait paru approuver le récit de M. de Labarre, et ce sentiment injurieux à la Pucelle. M. Polluche en justifiant cette fille à cet égard, n’entreprend point l’apologie de frère Richard ; au contraire, il le représente comme un intrigant très propre à conduire et faire réussir une fourberie.

Dissertation sur la Pucelle d’Orléans, par Rapin de Thoyras.

Elle est imprimée dans son Histoire d’Angleterre, t. IV, p. 180 et suiv. Thoyras suppose qu’il n’y a que Monstrelet parmi les auteurs contemporains, qui ait parlé de la Pucelle, et qui mérite quelque créance. Cette supposition est fausse comme l’a fort 381bien démontré le père Berthier, dans le premier article de la dissertation suivante, en convenant que M. Thoyras, a traité la matière avec étendue, et que sa dissertation est raisonnée.

Discours sur la Pucelle d’Orléans, par le P. Guillaume-François Berthier, Jésuite.

Ce discours est imprimé dans l’Histoire de l’Église gallicane, t. XVI, p. 449. Il est fort étendu, et il fut composé pour servir de réponse à la dissertation précédente de Thoyras. Il est divisé en quatre parties, dans lesquelles on examine les différentes opinions sur la Pucelle d’Orléans. Dans le premier article on propose les témoignages et les raisons qui font voir qu’elle fut inspirée de Dieu : ce sentiment est appuyé de trois raisons principales ; dans le second article on expose les témoignages dont on se servit pour montrer qu’elle était coupable de sortilège ; dans le troisième, ceux qui ont fait croire 382à quelques-uns que l’entreprise de cette fille fut une ressource ménagée à Charles VII, par une intrigue politique ; dans le quatrième enfin, ceux qui prouvent que la Pucelle était dans l’illusion ; et c’est en particulier le sentiment de M. Thoyras.

Le Marquis de Luchet dans son Histoire de l’Orléanais, 2 vol. in-4°. 1766, réfute le P. Berthier et tous les auteurs qu’il a cités l’un après l’autre. Il lui seconde une érudition profonde, une habileté rare qui persuaderait bien davantage qu’une prévention outrée… J’avoue, dit M. de Luchet, qu’il a répondu sans réplique à plusieurs difficultés de son adversaire (Rapin Thoyras), mais ces difficultés étaient celles de M. de Thoyras, et non celles du commun des auteurs ; qui ne voient rien de merveilleux dans ce phénomène historique. Les doutes réels qu’il est difficile de ne pas former ne sont point levés. Voyez cet ouvrage très philosophique ; 383mais trop sévère à l’égard de la Pucelle. Ch.

Ms. Remarques historiques sur Jeanne d’Arc, Pucelle d’Orléans.

Ce manuscrit était conservé dans la bibliothèque de M. Fevret de Fontette, conseiller en Parlement de Dijon.

Nouveau Mémoire pour l’histoire, t. II, p. 52, t. VII, p. 57, par l’abbé d’Artigny.

Il établit que Jeanne avait pour directeur un frère Richard, cordelier, lequel avait été à Jérusalem et était passé à Vaucouleurs, avant le départ de la Pucelle, il instruisit cette fille de concert avec Baudricourt.

Lettres sérieuses et badines, t. III, p. 26.

Jeanne était une enthousiaste, dit M. de Beaumarchais. Elle et trois autres femmes, Peronne avec sa compagne et Catherine de Larochelle, avaient été séduites par le fameux 384prédicateur (frère Richard). Il les avait entretenues de visions et de révélations, il avait ainsi échauffé leurs cerveaux déjà faibles. Elles se croyaient des saintes sur sa parole ; et dès lors elles n’avaient point de fantaisies qu’elles ne considéraient comme des inspirations. Jeanne fut préférée à ses compagnes, le roi mit sa pieuse folie à profit et affecta pour elle un profond respect, afin de ranimer son parti, en lui faisant croire que Dieu lui envoyait cette autre Débora pour chasser les étrangers.

Le journal de Charles VII dit expressément toutes ces quatre pauvres femmes, frère Richard les avaient toutes gouvernées ; car il était leur beau-père, c’est-à-dire leur confesseur.

Vies des femmes illustres de la France ; Paris, 1762, in-12, avec cette épigraphe : Soutenez vos droits au bon sens, et montrez aux hommes que la raison n’est pas faite 385pour eux seuls, tiré d’une pièce de vers anglais.

Cette Notice est une des plus piquantes que j’aie lues. Mais laissons parler l’auteur :

J’ai prévenu, dit-il, que je ne donne ni des satyres, ni des panégyriques. L’histoire de la Pucelle d’Orléans suffira seule pour en convaincre. Je n’irai point avec les Anglais la désigner comme une magicienne, une sorcière, etc., ni avec certains Français la faire converser avec Saint-Michel, Sainte-Catherine, et à chaque instant la représenter comme une fille qui n’a rien entrepris que par l’inspiration divine. Je raconte en historien sa vie, ainsi je ne rapporte que des faits authentiques, et je conclus que telle que fut la Pucelle2, Charles VII lui eut les plus grandes obligations, ainsi que la France.

386Jeanne d’Arc fut une fille extraordinaire, ses actions l’ont élevée au-dessus de son sexe… Elle eut des faiblesses, qui n’en a pas ? Ne nous aveuglons point, et ne demandons pas que tout soit vertu.

Il est inutile de se déchaîner contre les Anglais. La postérité les a condamnés sans appel ; elle les a flétris plus que nous ne pourrions le faire, en pareilles occasions il ne faut jamais épuiser la matière. Si je suivais ce plan je tomberais dans le cas d’un écrivain de nos jours, (le Jésuite Berthier) qui ne cherchant qu’à faire un volume, à quelque prix que ce fut, dit, pour réfuter Rapin Thoyras, des absurdités… Il faut se mettre au-dessus de certains préjugés, ce qui est exposer aux coups de ces gens qu’un faux zèle aveugle, et qui dénués de lumières sont toujours prêts à dire, que Dieu, ou que le diable eut part aux actions de la Pucelle.

Jeanne naquit en 1412 ; elle eut pour 387père Jacques d’Arc, pour mère Isabelle Romée, habitants de Domremy, hameaux de la paroisse de Gréaux, sur la Meuse, proche de Vaucouleurs. Elle eut une éducation telle qu’ont les enfants de la campagne… Dans un roman je saurais suppléer à ce qu’on ignore ; mais donnant une histoire, je dirai qu’on ne sait rien de sa jeunesse. Ceux qui ont voulu ne rien taire, disent que pendant sa première jeunesse, elle aimait à se retirer dans un bois appelé le bois Chenu, qu’on l’y voyait au pied d’un chêne nommé l’Arbre Fée, ou au bord d’une fontaine qui portait ce nom. Les uns ont dit que c’était là qu’elle faisait apprentissage de magie, d’autres qu’elle s’y exerçait à la vertu. Je dirai que Jeanne, étudiant son propre caractère, comprit qu’elle n’était point née pour être renfermée dans un village.

Elle était fort belle : les exercices de la campagne ne firent que la fortifier et lui donnèrent 388ces charmes naturels qu’on ne trouve que chez les filles de son état. Elle quitta fort jeune ses parents et fut tenter fortune. Comme elle fut toujours très sage elle ne la chercha que par des voies honnêtes, elle résolut de servir ayant vu quelques-unes de ses compagnes s’élever par-là au-dessus des autres. Dénuée d’expérience, elle se mit servante d’hôtellerie, ignorant que ces lieux sont un gouffre où la pudeur fait toujours naufrage. Ce qui eut perdu un caractère d’une autre trempe, fut le salut de Jeanne. Quoiqu’elle n’eut que treize à quatorze ans, et que ses occupations, ses sociétés, ses liaisons, fussent devenues pour elle autant d’objets nouveaux et séduisants, elle n’y contracta que l’habitude de ce qui pouvait lui être utile. Comme elle avait dès lors une fermeté, un courage à toute épreuve, elle prit soin de mener boire les chevaux ; circonstance à remarquer, parce qu’elle prenait plaisir à les monter, 389les pousser, les fatiguer ; elle ne s’était occupée de ce soin que pour faire, pour ainsi dire, son académie. Elle s’y perfectionna tellement que lorsqu’elle parut à l’armée, il n’y avait point de gendarmes qui sut manier un cheval avec plus d’adresse et mieux qu’elle, ce qui contribua à lui attirer l’admiration : je pense que ce fut à cette école qu’elle apprit à se former et à s’instruire des affaires du royaume. Il n’y a personne en effet qui sache plus de nouvelles qu’un domestique d’hôtellerie, lorsqu’il a assez de bon sens, pour y prêter l’oreille, et qu’il est assez prudent pour n’y point paraître faire attention. Elle en apprit plus en servant, que dans toutes les conversations qu’on prétend qu’elle eut avec Saint-Louis, Saint-Michel, Saint-Gabriel et Sainte-Catherine.

Pendant que Jeanne servait, elle eut un amant, elle était trop belle pour que personne ne désirât la posséder. Sur quelques paroles qu’il interpréta à son gré, il fit assigner 390Jeanne à l’officialité de Toul, pour qu’elle eut à l’épouser. Jeanne y comparut, et répondit avec tant de bon sens et de modestie, qu’on décida que la prétention de son amant n’avait aucun fondement. Il fit tout ce qu’il pût pour arracher un oui, qui devait faire son bonheur, en vain il eut recours à ses parents ; mais Jeanne occupée de soins bien différents resta inébranlable et pour se débarrasser de ses poursuites, elle se retira chez son père.

On peut dire que ce fut pendant cette retraite qu’elle se disposa à sa mission ; dès lors elle se regarda comme une fille que le ciel destinait à l’honneur d’arracher la France aux Anglais : il n’est point douteux que son imagination n’ait pris des impressions d’une dévotion extatique ; (voyez ce qu’on a dit, au sujet des conférences et des prédications du frère Richard, cordelier exalté) car elle avoua dans la suite avoir eu plusieurs visions. 391Son père à force d’entendre dire à sa fille qu’elle voulait aller au secours du roi, crut avoir vu, en dormant des soldats qui emmenaient Jeanne…

Jeanne persuadée que le ciel voulait se servir de son bras, ayant eu occasion d’aller avec son oncle chez Baudricourt, Gouverneur de Vaucouleurs, lui dit : Capitaine Messire, sachez que Dieu, depuis un temps en ça m’a plusieurs fois fait sçavoir et commandé que j’allasse devant le gentil dauphin, qui doit être et est vrai roi de France, et qu’il me baillât des gendarmes, et que je leverois le siège d’Orléans. Baudricourt ne la regarda que comme une folle et la traita avec mépris ; Longpont, vieux Gentilhomme, voyant en elle beaucoup de bon sens, ne la rebuta pas si fort. Les affaires de Charles VII, étaient si désespérées, que quoique le bras d’une fille de dix-sept ans, ne put être d’un grand secours, il ne pouvait 392suivre, et pouvait causer une révolution favorable… La venue d’une jeune fille qu’on aurait regardée comme envoyée du ciel, était capable de rendre le courage aux assiégeants ; Longpont fit faire, sans doute, ces réflexions à Baudricourt. Jeanne étant revenue quelques jours après, elle le détermina en disant : En mon Dieu, vous mettez trop à m’envoyer, aujourd’hui le gentil dauphin a eu assez près d’Orléans, un bien plus grand dommage ; et sera-t-il encore raillé de l’avoir plus grand, si ne m’envoyez bientôt vers lui. Elle parlait du combat de Rouvray-Saint-Denis, appelé la journée des harengs. Baudricourt ayant appris cette défaite, l’envoya au roi, réduit au point d’avoir besoin d’un simple soldat ; il lui donna des armes, un cheval qu’elle mania avec tant d’habileté, que cela seul eut suffi pour en imposer au peuple. Il fit prévenir le roi. Elle parut devant lui habillée en guerrier, et le reconnut 393au milieu de ses courtisans, ce qui ne serait pas étonnant, dit le père Daniel, parce que la majesté d’un roi imprime toujours un certain respect qu’on ne peut perdre. Cela fit connaître Henri IV, à Marie de Médicis, qui, déguisé la voulut voir souper… D’ailleurs l’effigie du prince ne devait-elle pas se trouver sur les monnaies. N’en existait-il aucun portrait ? Ceux qui conduisirent Jeanne, ce Saint-Michel qu’elle voyait sous les traits d’un homme vénérable, ne purent-ils pas lui faire remarquer le prince. Le roi était charmé qu’on la regardât comme l’ange tutélaire de la France. Elle parut le 29 avril, à la tête de 12,000 hommes… Dunois pour favoriser ce secours, sortit de la place avec toute ses troupes et vint au-devant d’elle. On prétend que ce général connaissant Jeanne, et ayant trouvé en elle de la valeur, de l’intrépidité, du jugement, fut celui qui la mit en œuvre, 394pour ranimer le courage des Français, et que son artifice, la bravoure et le courage de cette fille furent tout le miracle À l’attaque des Tourelles, elle reçut un coup de flèche dans la gorge, qui alarma fort. La Pucelle dissimula sa douleur et dit pour rassurer, c’est de la gloire et non du sang qui coule de cette plaie : elle fut la faire bander, aussitôt revint à l’assaut. Giresme s’étant rendu maître des Tourelles, fit perdre tout espoir aux Anglais, le chemin pour ravitailler la place fut libre. Les Anglais présentèrent le combat, la Pucelle conseilla de ne point répondre à cette bravade… Le connétable Artus de Richemont, venant une seconde fois offrir ses services, la Trimouille son ennemi, voulait qu’on quittât le siège de Baugenci pour le combattre, la Pucelle représenta que c’était se couper un bras… On l’envoya au-devant de lui. Le Connétable lorsqu’il 395vit Jeanne lui dit : On m’a rapporté que vous voulez me combattre, je ne sais qui vous êtes, ni de par qui vous êtes envoyée : si c’est de par Dieu, je ne vous crains point ; car il connaît mon bon vouloir, si vous êtes de par le Diable, encore moins, et faites du mieux ou du pire que vous voudrez. Après la bataille de Patay où la Pucelle fit des merveilles, voici comme l’Anglais parle d’elle : Cela est arrivé en partie par la confiance que les ennemis ont eu en une femme née du limon de l’enfer, et disciple de Satan, qu’ils appellent la Pucelle, laquelle s’est servie d’enchantements et de sortilèges. Ses enchantements étaient sa bravoure. Après ce succès la Pucelle promit contre toute apparence de mener sacrer le roi à Rheims, ce qui réussit. Lorsqu’il fut sacré, elle se jeta à ses pieds en pleurant de joie et lui dit : Enfin gentil roi, or est exécuté le plaisir de 396Dieu, qui vouloit que vous vinssiez à Rheims, recevoir votre digne sacre, en montrant que vous êtes vrai roi. Le roi lui témoigna sa reconnaissance ; telle qu’elle fut, il lui avait les plus grandes obligations. Il fit frapper une médaille en son honneur, d’un côté on voyait son effigie, et de l’autre une main portant une épée, et pour légende, ces mots, consilio firmata Dei… Elle fut blessée au siège de Paris, à la porte Saint-Honoré, et le roi forcé de lever le siège, ce qui fit grand plaisir aux jaloux de cette héroïne. La Pucelle trop habile pour ne pas s’apercevoir qu’on ne peut être toujours heureux, et que l’envie ruine souvent les affaires des princes, voulut se retirer ; Dunois l’en dissuada… En sortant de Compiègne où elle fut prise, soit qu’elle eut vu ou entendu quelque chose, elle s’était écriée : Je suis trahie. Ce qui est incompréhensible, c’est que le roi n’ait fait aucune démarche 397pour la ravoir. Les Français ne formèrent aucune plainte des traitements qu’on fit à leur prisonnière : ils avaient dans leurs mains des prisonniers anglais de la première condition, on ne proposa aucun échange ; on ne menaça pas de représailles. Un historien, quoique Français, ne peut déguiser l’ingratitude dont on paya les services de Jeanne. Dès qu’elle fut prisonnière on ne songea plus à elle. Les envieux, les jaloux purent former les oreilles du prince, et le rendre insensible aux peines de Jeanne ; mais en serait-il moins excusable. Ignorait-il ce que la Pucelle avait fait pour lui ? À la nouvelle de la prise de la Pucelle, les Anglais firent des réjouissances extraordinaires. Le duc de Bedford, en faisant sonner si haut sa prise, croyait rendre le courage à son parti, il oubliait que c’était publier sa honte. Qu’avait-il entre les mains ? Une fille de dix-huit ans ; mais, disaient les 398Anglais, c’est parce que cette magicienne avait enchanté les armes de nos chevaliers.

La Pucelle fut conduite à Rouen, pour qu’on lui fit son procès. On tâcha d’abord de la faire passer pour une fille de débauche. On accuse le duc de Bedford, d’avoir eu la curiosité cruelle d’assister, dans un endroit d’où il voyait sans être vu, aux détails de l’inspection des matrones. Ils furent forcés de recourir à un autre genre de déshonneur, et la firent passer pour magicienne, sorcière, hérétique, ressources de l’ignorance, de la malice et de la superstition. Aussitôt l’évêque de Beauvais, demanda qu’elle lui fut livrée pour la juger, comme ayant été prise dans son diocèse… La Pucelle dans toutes ses réponses aux interrogatoires captieux et indécents de ses juges, répondit toujours avec beaucoup de bon sens, de fermeté et de courage. Elle ne voulut pas répondre lorsqu’on lui 399parla des affaires de la cour, lorsqu’on lui demandait des choses intéressant les secrets de son roi. Elle vit ses derniers moments sans horreur… La vue du bûcher ne fit sur elle aucune impression qui la troubla ; elle marcha d’un pas ferme, monta sur le bûcher avec le même courage, qu’elle avait fait voir lorsqu’elle montait à l’assaut… Elle fut liée à un poteau, et dans cette triste situation elle était encore un objet d’admiration… À peine eut-on mis le feu au bûcher, qu’elle fut étouffée… Telle que fut la Pucelle, sa mort couvre de honte les Anglais, et elle, les souille d’un crime qui n’est commun que chez cette sanguinaire nation. Jeanne pour eux était étrangère, et n’avait d’autre crime que d’être prisonnière de guerre ; elle devait être traitée comme telle. Il est inouï qu’on ait condamné juridiquement, qui que ce soit, pour avoir défendu son pays et combattu par des 400voies légitimes et honnêtes contre ses ennemis. Les crimes prétendus de sortilège, de visionnaire, d’hérésie, ne font connaître que la faiblesse des moyens que les Anglais employèrent pour la faire condamner ; les juges n’avaient ni juridiction temporelle, ni spirituelle sur cette généreuse fille. Ch.

Histoire de l’Orléanais, depuis l’an 703 de la fondation de Rome jusqu’à nos jours ; par le Marquis de Luchet ; Amsterdam et Paris 1766, in-4°.

L’auteur qui a fait cet ouvrage dans sa jeunesse tombe souvent dans des contradictions, dans des erreurs et avance légèrement des paradoxes parce qu’il aime la singularité. (Vid. la lettre d’un Orléanais, etc., dont le titre suit). Cependant il a écrit avec hardiesse et philosophie, et semble chercher avec zèle la vérité. Il rapporte et combat, l’opinion de Berthier et des auteurs qu’il a cités, et donne des détails sur les fêtes qui avaient 401lieu à Orléans le 8 mai, anniversaire de la levée du siège.

L’histoire de ce siège et celle de la Pucelle sont écrites p. 307-428.

On trouve encore à la fin du volume, p. 94-101, des preuves historiques, une dissertation assez curieuse intitulée :

Problème historique sur la Pucelle d’Orléans (par D. Polluche).

Il parut en 1683, dans le Mercure Galant, du mois de novembre, une lettre adressée à M. de Grammont : l’auteur y avança que Jeanne d’Arc n’avait point été brûlée à Rouen, le 30 mai 1431, mais que sauvée des mains des Anglais, elle avait été mariée en 1436, à un gentilhomme de Lorraine, dont elle avait eu des enfants, et il apporta en preuves l’extrait d’un manuscrit que le P. Vignier de l’Oratoire avait trouvé à Metz.

Ce manuscrit a été depuis imprimé sous le titre de Chronique de Metz, composé par 402le doyen de St-Thibaut de la même ville. Elle va jusqu’à l’an 1445. Le P. Calmet l’a donnée dans les pièces justificatives de son histoire de Lorraine. L’extrait en question se trouve aux colonnes CXXI et CXXII du XI volume. Ce récit est appuyé du contrat de mariage de Robert des Hermoises avec la Pucelle ; que le P. Vignier assurait avoir vu dans les titres de la maison des Hermoises, et autres pièces.

Je viens de trouver, dit M. Polluche, de nouvelles preuves à l’appui de l’opinion du P. Vignier… Dans les Comptes des receveurs de notre Hôtel-de-Ville (d’Orléans) ; je suis tombé par hasard sur celui de Jacques l’Argentier, pour les années 1435 et 1436, où j’ai lu l’article des dépenses pour la Pucelle et son frère.

En continuant mes recherches et parcourant le compte de Gilles Marchoasne, pour les années 1439 et 1440, j’ai de plus trouvé quelques articles des 28, 29 et 30 juillet 4031439, pour vin et rafraîchissements présentés à dame Jeanne des Armoises, et enfin

à Jeanne d’Armoises, pour don à elle faict le premier jour d’aoust 1439. Par délibérations faictes avecques le conseil de la ville, et pour le bien qu’elle a faict à la dicte ville durant le siège, deux cent dix livres par. Pour ce 210 livres. paris.

De pareils témoignages sont bien capables de faire douter de l’opinion qu’on a communément que la Pucelle est morte en 1431. Le récit du doyen de Saint-Thibaut et les extraits de notre Hôtel-de-Ville sont précis. La Pucelle après s’être sauvée des mains des Anglais, vint à Metz où on la croyait avoir 404été brûlée à Rouen ; elle y fut reconnue par plusieurs personnes dignes de foi, et plus particulièrement par ses deux frères ; ces derniers pouvaient-ils méconnaître leur sœur, eux qui étaient venus en France et qui avaient servi avec elle. Jean l’aîné, deux mois après avoir retrouvé sa sœur, part de Lorraine, retrouver le roi à Loches, pour lui confirmer cette découverte ; il repasse à Orléans pour se rendre auprès de cette même sœur qui, trois ans après, vient elle-même dans cette ville, où elle devait être bien connue ; elle y séjourne cinq à six jours ; elle y est reconnue et traitée aux dépens de la ville, qui lui fait à son départ, présent d’une somme très considérable pour le temps3. Peut-on s’imaginer que les Orléanais aient 405pris la charge, et que cette Jeanne des Hermoises, si elle avait été une fausse Pucelle, se fut maintenue dans la réputation du contraire ; le propre du mensonge est de se dissiper bientôt, nous le verrons plus bas, par l’histoire des fausses Pucelles convaincues d’imposture, la première en 14404, en 14415, et en 14736

Enfin, on doit se souvenir qu’aussitôt après le 30 mai 1431, le bruit courut que la Pucelle n’était point morte, et que les Anglais avaient substitué à sa place une malheureuse, qui méritait par ses crimes le supplice qu’ils voulaient qu’on crût enduré 406par la Pucelle : quelques-uns même avancèrent qu’elle n’était point tombée entre les mains des Anglais ; voyons-en les preuves.

La Chronique de Lorraine, imprimée parmi les pièces justificatives de l’histoire de cette province, par le P. Calmet, col. IX, et qui ne passe pas l’an 1544, parlant du siège de Compiègne, dit que la Pucelle

là fut perdue, et on ne sçeut ce qu’elle devint : plusieurs disaient que les Anglais la prirent dedans. Qu’à Rouen fut menée, que les Anglais ce le firent brûler ; d’autres disaient qu’aucuns de l’armée l’avaient faict mourir ; pour cause qu’elle attribuait tous les faits d’armes à elle.

La Chronique de Metz est plus décisive, col. CC.

La Pucelle fut prise par les Anglais et par les Bourguignons, qui estoient contre la gentille flor-de-lys… Puis envoyée dans la cité de Rouen en Normandie, et là fut-elle échaffaudée et arce en ung feu, 407 ce voit-on dire, mais depuis fut trouvé le contraire.

… La précaution que prirent les Anglais, de mettre sur la tête de la malheureuse qu’ils conduisirent au supplice, une mitre élevée qui la déguisait, et de faire porter devant elle un tableau plein d’injures et d’outrages7 contre elle, n’étaient-ils pas autant de moyens de distraire l’attention des spectateurs, dont à l’exception d’un petit nombre, les uns ne l’avaient jamais vue, et les autres ne l’avaient vue qu’en passant ?

Mais on objecte que si la Pucelle a échappé à la cruauté des Anglais, il est impossible qu’il n’en ait pas été fait quelque mention dans le procès de sa justification, surtout, après une audition aussi ample que celle de cent douze témoins. Il est facile de répondre 408avec le P. Vignier, qui se faisait la même objection, que la commission de ceux que le pape Calixte III, délégua en 1445 pour cette affaire, n’était pas de montrer que la Pucelle n’avait pas subi la mort à Rouen, mais d’examiner si on avait eu raison de l’y condamner comme hérétique, relapse, apostate et idolâtre ; et quoiqu’il soit assez vraisemblable qu’ils sussent que cette fille n’avait pas été brûlée, c’était un fait étranger à leur commission, et sur lequel ils pouvaient aisément passer…

Je finis en disant que comme l’arrivée de la Pucelle en France, est un de ces événements où beaucoup de personnes ont cru voir un mystère, caché : il en est peut-être de même de son supplice, dont le secret se découvrira quelque jour.

Les historiens qui soutiennent cette opinion, disent encore que l’évêque de Beauvais, qu’on avait rendu maître de la personne 409de la Pucelle, était François ; que cinq semaines entières s’écoulèrent, entre la dernière sentence et l’exécution, ce qui est un délai extraordinaire en justice, et qui était ordonné afin d’avoir le temps de préparer ce qui était nécessaire pour faire réussir la feinte…

Mais l’éditeur de ces observations, estime que les faits avancés sur la foi du P. Vignier, de D. Calmet et de M. Polluche, ne doivent pas prévaloir contre une vérité dont on ne peut douter, si l’on fait réflexion sur les actes du procès, rapportés par Duhaillan et autres historiens ; sur le jugement des commissaires délégués par le pape en 1445, pour la justification de cette héroïne, et sur son apologie que le chancelier de l’Université fit en 1456. Il n’y a pas d’apparence que les célèbres historiens qui ont parlé d’elle, aient ignoré une aventure si surprenante ; et que les délégués du pape, qui 410firent une information de sa vie à Rouen et ailleurs, n’en aient pas eu connaissance, ou n’aient pas voulu en parler.

À l’égard de cette guerrière dont il est parlé dans la Chronique de Metz, ce n’est pas la première fois qu’on a vu de pareilles impostures. Ceux qui ont vu cette prétendue Jeanne d’Arc, le chevalier des Armoises qui l’a épousée, Pierre et Jean, frères de la véritable Pucelle d’Orléans, se sont laissés surprendre : mais ceux-ci furent désabusés quelque temps après, comme on le voit dans la sentence des commissaires délégués du pape en 1456, où sont nommés Pierre et Jean, frères de défunte Jeanne d’Arc de bonne mémoire, vulgairement appelée la Pucelle. De plus les lettres de privilèges et exemption qui leur furent accordées, tant par le Duc d’Orléans, que par le roi même, voyez ces pièces à la fin du rect., Godefroy, ou Histoire de Charles VII, par, etc. 411in-folio, portant expressément que c’était en considération de leur défunte sœur.

Lettres d’un Orléanais, sur la nouvelle histoire de l’Orléanais, par le marquis de Luchet ; Bruxelles, (Paris) in-12.

Ce petit vol de quarante pages, est une critique de l’ouvrage du marquis de Luchet ; l’auteur y relève plusieurs erreurs et omissions échappées à cet historien de l’Orléanais, tant dans sa préface, que dans tout l’ouvrage, sur l’origine, la topographie, la description et l’histoire de l’Orléanais : c’est ainsi qu’il en parle8.

L’auteur de la nouvelle histoire de l’Orléanais a-t-il satisfait aux engagements qu’il semblait avoir contractés par le prospectus qu’il a répandu dans le public ? Ce que j’ose vous assurer, c’est que cette description topographique n’apprend pas même à connaître 412la situation du pays ; elle ne saurait donner une idée de l’état actuel de la ville d’Orléans ; de ses fortifications, de ses promenades, de ses portes, de son pont, de ses faubourgs, etc.

Je ne saurais finir cette lettre9, ajoute-t-il ; sans dire un mot de la manière dont l’auteur parle du siège d’Orléans, sous Charles VII. Bien loin de s’arrêter sur ce siège fameux, qui dura près de sept mois, et produisit tant d’événements mémorables, M. de Luchet néglige même de parler de la bataille de Rouvrai-Saint-Denis ; il semble qu’il n’ait eu d’autre but que de vouloir jeter du ridicule sur ce morceau si intéressant de notre histoire…

Ce siège conduit naturellement l’historien à l’événement à jamais fameux de la vie de Jeanne d’Arc, si connue sous le nom de la 413Pucelle d’Orléans : mais comment traite-t-il cet article si célèbre dans notre histoire ? C’est en s’efforçant de détruire tout ce qu’on a dit jusqu’ici à la louange de cette fille extraordinaire… Ce n’est plus cette fille célèbre guidée par une main divine, dont le bras toujours invincible sauva la France d’un esclavage honteux, soutint le trône chancelant, et raffermit la couronne sur la tête de son roi ; si ferme dans ses réponses, victime funeste de la passion, de l’injustice, de l’ingratitude des grands et de la méchanceté des hommes : c’est une malheureuse insensée10, une visionnaire extravagante, laide, folle, brutale, faible, opiniâtre, dont la vie n’est qu’un tissu de fanatisme et de superstitions, qui ne connaît 414point les droits de la nature, à qui on refuse même la qualité d’être vertueuse ; dont toutes les réponses ne sont qu’un amas grossier de contradictions, d’extravagances, d’illusions, de faiblesse et de mensonges.

Je ne m’arrêterai point à réfuter les raisons sur lesquelles l’auteur appuie un sentiment aussi singulier.

Ce n’est pas qu’on doive soutenir que Jeanne d’Arc, ait été réellement inspirée. L’histoire de cette fille singulière est remplie de tant de circonstances, de tant de faits extraordinaires, qu’on a besoin de la discussion la plus exacte, de l’examen le plus scrupuleux, pour pouvoir déterminer son jugement. On trouve à la fin de cette histoire, quelques particularités sur la vie du célèbre Dunois, grand capitaine, excellent citoyen, et joignant aux talents plus de vertus encore. L’auteur place sa mort en 415145811, cette date n’est pas exacte ; puisque le comte de Dunois a vécu sous Louis XI, qui n’est monté sur le trône qu’en 1461…

On y trouve à chaque instant des noms défigurés, des dates dérangées, etc.

Le public serait satisfait si l’on découvrait dans cet ouvrage l’impartialité, l’amour du vrai, le respect pour la vertu12 c’est cet amour pour la vérité qui m’a engagé à écrire ces remarques…

C’est du milieu, dit-il13, de nos mensonges, de nos rêveries, de nos contradictions, de nos bévues, de nos prolixités qu’on pourrait quelquefois tirer d’utiles vérités. On doit au moins lui savoir gré de la bonne foi avec laquelle il nous a tenu parole14.

416Dissertation sur Jeanne d’Arc, vulgairement nommée la Pucelle d’Orléans, par M. Luchet, ancien Officier de Cavalerie ; 1776, in-8°.

L’auteur est souvent, dans cet ouvrage, en contradiction avec ce qu’il a écrit de la Pucelle, dans son Histoire de l’Orléanais en 1766, et généralement dans cette dissertation comme dans son premier ouvrage, il n’est pas toujours d’accord avec lui-même. Cependant il répète en partie ce qu’il a dit dans son Histoire de l’Orléanais ; le résultat que j’ai transcrit est absolument le même.

Pour résumer, dit-il, ce que nous avons écrit sur cette fille extraordinaire, nous pensons qu’elle n’a mérité ni les louanges dont on ne cesse de la combler, ni le supplice dont on l’a flétrie. Elle nous paraît plus à plaindre qu’à admirer.

Il n’est pas démontré qu’elle servit aux ressources d’une politique grossière et peu éclairée : mais 417c’est de tous les systèmes celui qu’on ne détruit pas, celui qui souffre le moins d’impossibilité. Sa mort est une grande leçon. La justification de la Pucelle est une consolation et un exemple… L’Église elle-même détruit ces erreurs, les répare autant que les hommes sont capables de réparer le mal. La quantité d’histoires qu’on nous a données, de cette fille singulière, prouve combien peu nous sommes avancés dans l’art de connaître la vérité, combien peu d’écrivains pensent d’après eux-mêmes, et nous croyons que si notre histoire était examinée aussi scrupuleusement que ce fait particulier, il faudrait étrangement réformer nos idées15.

418Acte de la donation du chapeau de la Pucelle, faite à la maison de l’Oratoire d’Orléans, par le père Mézeteau, prêtre de ladite congrégation, du 22 avril 1631.

Cet acte se trouve inséré à la fin de la troisième partie de l’Histoire de Jeanne d’Arc, par l’abbé Lenglet, p. 278. Ce chapeau a été conservé dans cette maison : il est permis de douter de l’authenticité de cette relique.

Valerandi Varani, Galli, Doctoris theologi Parisiensis, de gestis Joannæ virginis egregiæ, libri quatuor versu heroïco, in-4°, Parisiis, 1516.

Ce poème de Jeanne d’Arc, est aussi imprimé dans le recueil de Jean Ravisius Textor, intitulé : de Claris mulieribus, in-folio, Parisiis, 1521 et 1529. Ce docteur en théologie de la faculté de Paris, était d’Abbeville ; il vivait sous le règne de Louis XII.

Il a décrit en plus de trois mille vers héroïques, assez bons pour le temps, la naissance, 419les mœurs, la vie, les actions et la mort de la Pucelle : il termine à la révision du procès de cette fille célèbre, fait par ordre du pape en 1456. Ce poème est sans fiction, et sans aucun de ces ressorts qui sont l’âme de l’épopée.

Voyez Lenglet, méth. hist., t. IV, p. 62. Histoire de Jeanne d’Arc, par le même, t. I, p. 194, et t. II, p. 295.

Histoire tragique de la Pucelle de Domremy, autrement d’Orléans, nouvellement départie par actes et représentée par personnages, avec chœurs des enfants et filles de France, et un avant-jeu en vers, et des épodes chantées en musique, dédié par Jean Barnet, à M. le comte de Salms, seigneur de Domremy la Pucelle ; Nanci, veuve Sanson, 1581, in-4°. Ce Jean Barnet n’était pas l’auteur, mais seulement le réviseur et l’éditeur de cette pièce, qui n’est pas commune, et que le père Niceron 420attribue avec fondement, au père Fronton Le Duc, savant Jésuite.

Elle fut représentée le 7 septembre 1580, à Pont-à-Mousson, en présence de Charles III, duc de Lorraine. Ce prince en fut si content qu’il fit donner une somme assez considérable au poète, afin qu’il s’achetât une robe neuve, celle qu’il avait sentant un peu trop la pauvreté évangélique. C’est ce qui est rapporté dans un fragment des manuscrits du père Oudin, insérés dans les Mémoires de M. Michault ; Paris, 1654, t. II, p. 277.

Voyez aussi le père Niceron, t. XXXVIII, p. 114. Histoire de Jeanne d’Arc, t. III, p. 296, et le Nouveau dict. hist.

La Pucelle d’Orléans, tragédie en prose ; Paris, 1642, in-12.

Voyez à ce sujet, l’Histoire de Jeanne d’Arc, par Lenglet, partie III, p. 295.

Paul Boyer, dans sa Bibliothèque universelle, p. 167, attribue cette pièce à 421Benserade ; mais Samuel Chapuzeau, dans son Histoire du théâtre français, la donne à Hyppolite Jules de la Menardière, officier de la maison du roi, et duquel nous avons quelques poésies médiocres. L’auteur du Dictionnaire des théâtres, croit le sentiment de Boyer plus sûr, que celui de Chapuzeau.

La Pucelle d’Orléans, autre tragédie en prose, de l’abbé d’Aubignac (François Hedelin), donnée la même année 1642. On sent que toutes ces pièces ne sont pas d’un grand secours pour l’histoire. Nous les rapportons pour ne rien omettre, des détails, dans lesquels les bibliographes ont coutume de descendre.

N. B. On conserve au Vatican, parmi les manuscrits de la reine de Suède, un ouvrage dramatique, intitulé le mystère du siège d’Orléans.

Les trois états de l’innocence, par le sieur de Cérisiers, aumônier du roi. 422Paris, Camusat et Lepetit, 1646 ; Toulouse, 1650, in-8°.

René de Cérisiers, est dit de la compagnie de Jésus, dans l’approbation de l’ouvrage. On trouve dans la première partie l’innocence affligée ; savoir, l’histoire de la Pucelle. L’abbé Lenglet a observé que cet ouvrage était une rhapsodie du temps, digne d’être assimilée à l’article de la Pucelle, que le père Caussin, Jésuite, a inséré dans la cour sainte. Les vues de l’un et de l’autre de ces deux auteurs, pouvaient être fort louables et leurs écrits ont reçu quelque accueil dans le temps où ils ont paru ; mais à un siècle de distance, leur mérite a beaucoup diminué.

La Pucelle d’Orléans, ou la France délivrée : poème héroïque de Jean Chapelain, de l’Académie Française, avec les figures de Bosse ; Paris, 1656, in-folio, ibid., 1656, in-12 ; troisième édition, Paris, 1657, in-12.

423Vid. Baillet au tome IX des Jugements des savants, p. 56.

Chapelain consuma trente ans à composer ou à promettre son ouvrage, qui parut enfin en 1656, toute la France l’attendait avec impatience ; mais l’impression en fut l’écueil. Il serait difficile de trouver rien de plus ennuyeux que la lecture de la Pucelle, dont les vers sont prodigieusement durs, forcés et pleins de transpositions monstrueuses. Brossette dans ses notes sur les œuvres de Despreaux, tome I, p. 70.

Ce poème eut six éditions en dix-huit mois. Dict. hist., voy. Chapelain.

Ce qu’on a repris principalement dans ce poème est, que contre la règle des poèmes épiques, dont la conclusion doit toujours être glorieuse pour le héros, le poème de la Pucelle finit par la prison de l’héroïne ; le poète pour s’excuser disait qu’il n’avait donné que la moitié de son ouvrage ; et que dans 424les douze autres chants, le comte de Dunois, qui était le véritable héros du poème, le terminait par la délivrance du royaume, et par la défaite des ennemis de la France. Ces douze chants, ont passé, de la bibliothèque de Flechier, et de Huet, évêque d’Avranches, dans celle du roi. Cet exemplaire des douze derniers livres, est corrigé de la main de l’auteur, qui est mort en 1674.

Il fut loué par Huet, par Menage, par Segrais, etc. Van-Effe a fait un parallèle de l’Iliade d’Homère, avec le poème de la Pucelle. Le croirait-on, dans un livre intitulé École de littérature, par l’abbé Prévost, on a osé imprimer que Chapelain, était né plus poète que Boileau. Vid. École de littérature, t. XVII, p. 417, ad. 419 ; de pareils professeurs, méritent d’être renvoyés à l’école… de Chapelain. Vid. le Segraisiana, etc. ; Paris, 1722, in-12, Amsterdam, 4251723. Voyez aussi sur le poème de la Pucelle, — Charlatanerie des savants, p. 71. — Mathanasius, p. 267. — Siècle de Louis XIV, t. II, p. 361. — Histoire de Jeanne d’Arc, t. I, p. 209. — Histoire critique des journaux, p. 182. — Huetiana, p. 51.

Lettre d’Eraste, sur le poème de la Pucelle, in-4°. ; Paris, Champd’houry, 1656.

Lettre du sieur du Rivage (Jean de Montigny) contenant des observations sur le poème épique de la Pucelle ; Paris, de Saummaville, 1656, in-4°.

Lettre à Eraste, pour répondre à son libelle contre la Pucelle, in-4°. ; Paris, Courbé, 1656.

Jean Chapelain est l’auteur de cette lettre. L’abbé de Marolles dit à la fin de ses considérations sur le poème de Clovis, p. 171,

qu’il en a fait de semblables, 426sur le poème de Saint-Louis, du père Lemoine, et sur la Pucelle de Chapelain, mais qu’il les réserve pour une autre édition.

Elles n’ont point été jusqu’ici imprimées.

Aurelia, ou Orléans délivré, poème latin, traduit en Français, par M. Roussy ; Paris : Mérigot, 1738, in-12.

Ce poème en prose, n’a jamais eu d’original latin, comme le suppose le titre, c’est tout ce que j’en peux dire. Voyez le Journal des savants, novembre 1738. L’abbé Lenglet a parlé de cet ouvrage, comme un homme qui ne l’a jamais vu.

Ce n’est pas une pièce de poésie comme il le dit ; c’est une pièce de prose, un poème en prose, composé de douze chants, dans lequel l’auteur a célébré toutes les actions de la Pucelle, et les principaux événements du siège d’Orléans, et qu’il a entremêlé d’épisodes et de récits pour donner une juste 427étendue à son poème. Ce traducteur nous apprend dans un avis préliminaire, que l’original latin de ce poème n’a jamais vu le jour et que l’auteur a toujours refusé de le publier ; qu’il en avait eu communication, et que ce même auteur, qui était un de ses amis, lui avait seulement permis de le traduire. L’auteur ou le traducteur de ce poème est le sieur Roussy, chanoine de la Rochelle, et de l’Académie de cette ville : au reste l’ouvrage ne saurait être d’usage et d’aucune utilité pour la partie historique ; quant à la partie littéraire, le sujet n’est que médiocrement traité.

Aurelia liberata a Puella, vulgo dicta Jeanne d’Arc.

Dominus mecum quasi

Bellator fortis.

Aurelia typis Couret de Villeneuve, typographi, via regia, 1762.

Le poème est de M. Charbuy, professeur de 428rhétorique, la traduction Française par l’un de ses anciens élèves, professeur de troisième.

La traduction nous a paru préférable au poème, dont la latinité est obscure, peu conforme à celle des auteurs du beau siècle d’Auguste, et remplie d’ailleurs de gallicisme.

C’est un poème historique, qui n’a ni le mérite d’un poème ni celui d’une histoire.

Le cantique de Débora en vers latins, et l’ode latine qui suivent, sont du même style.

La France sauvée, ou le siège d’Orléans levé.

Épître suivie d’une autre, sur le bon usage de la poésie, et d’une ode tirée du psaume Miserere, par M. Servant, d’Orléans ; Orléans, Le Gall, 1772 : au-dessous de l’ouvrage précédent.

L’Amazone française, poème nouveau, contenant l’histoire de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans, par le père Néon, 429ou le Philopole ; Orléans, Jacob, 1721, in-4°.

On ne sait ce qui prédomine le plus dans cet ouvrage, dédié à MM. les magistrats de la ville d’Orléans, ou du mauvais goût de l’auteur, et de son peu de talent pour la poésie, ou du ridicule qui y règne. L’auteur, chanoine régulier de la congrégation de France, et demeurant alors à Orléans, dans le monastère de Saint-Euverte, se nommait le père Lejeune, et avait jugé à propos de tourner son nom en grec, par celui de Néon. Son poème contient environ douze cents vers.

Le père Lemoine avait aussi célébré la Pucelle dans sa Galerie des femmes illustres ; enfin on trouve dans le Mercure de septembre, 1776, p. 25, une héroïde, intitulée : Jeanne d’Arc, à Charles VII.

La France délivrée par la Pucelle d’Orléans : poème qui a remporté le prix 430des jeux floraux en 1734, par Charles-Simon Favart.

C’est un poème de cent vers, qui se trouve réimprimé au second volume du Trésor du Parnasse, ou le plus joli des recueils ; Londres, Orléans, Couret de Villeneuve, 1762, in-12. Il mérite d’être distingué.

Poème Français, et cantique latin, sur la délivrance d’Orléans ; Orléans, Rousseau, 1729, in 4°, de six pages.

L’auteur est M. Perdoux de Laperridre, qui dans l’épître dédicatoire à MM. les maire et échevins, s’est caché sous le nom de Roussel. Cet auteur ne tenait pas un rang illustre sur le Parnasse, et son poème n’offre rien d’instructif.

Ode aux habitants d’Orléans, pour les engager à rétablir le monument de la Pucelle ; Orléans, Couret, in-12, brochure de huit pages, qui a paru en 1758.

Cette ode fut composée par M. Beauvais 431fils, de la congrégation de l’Oratoire, et professeur de grec, au collège de Dijon : les vers en sont exacts et la versification pure et châtiée ; mais on y désirerait un peu plus d’instruction et de chaleur : il n’y a rien d’historique.

La Pucelle d’Orléans, tragédie de Schiller, traduite par Mercier. Drame germanique, plein de beautés et de défauts.

La Pucelle d’Orléans, tragédie représentée sur le théâtre d’Orléans le 8 mai, 1805, par M. H. F. Dumolard ; cette pièce offre des tirades éloquentes, mais le poète n’a pu vaincre les difficultés attachées à ce sujet.

N. B. L’auteur de la pièce des Templiers, a dit-on composé sur le même sujet une tragédie.

Parmi les discours ou panégyriques, on distingue celui de M. Loyseau, chanoine de Sainte-Croix. Il examine la révolution opérée 432par la Pucelle. L’abbé Gery et plusieurs Chanoines de Sainte-Geneviève, se sont exercés avec avantage sur ce sujet.

Discours sur la Pucelle d’Orléans, prononcé le 8 mai 1759, (mulierem fortem quis inveniet, prov. 31) Orléans, Couret ; Paris, Expilly, 1759, in-12.

Ce discours, ou plutôt ce panégyrique, est du père de Maroles, de la compagnie de Jésus. On ne sait sur quel fondement l’auteur de l’Année littéraire, p. 63, du t. VII, année 1759, en annonçant ce discours, dit que MM. du corps de ville, frappés de sa bonté, l’ont fait imprimer eux-mêmes, chez Couret de Villeneuve.

Discours sur la délivrance d’Orléans, prononcé le 8 mai 1760 ; par le même, ibid. 1760, in-12. (Habebitis hanc diem in monumentum, et celebrabitis eam solenne unis generationibus vestris, exod., ch. 12).

Ces deux ouvrages beaucoup trop vantés, sont 433comme tous ceux qu’on doit à la plume des Jésuites ; il y a infiniment d’esprit, peu de vérité ; des mots à la place des choses. L’auteur, craint et doit craindre de s’expliquer. De là cette singulière division du premier discours.

Je m’attacherai dans le premier point, à justifier nos pères, de ce qu’on appelle leur extrême simplicité, et dans le second, à justifier la providence, de ce qu’on est tenté de nommer ses excessives rigueurs ; en deux mots : apologie de la conduite de nos ancêtres, et de celle de Dieu, soit dans le début éclatant, soit dans la triste catastrophe de Jeanne d’Arc.

Dans le second discours il se livre aux mêmes écarts, il combat l’Anglomanie, il réfute cette opinion qui tombe d’elle-même, que la France eut alors gagné à recevoir la constitution Anglaise. Il compare les mœurs et les exploits des deux peuples.

On sent que l’orateur n’a pas eu le courage 434de dévoiler le fanatisme dont Jeanne d’Arc fut la victime. N’osant envisager toute l’étendue de son sujet, il jette ses regards de côté et n’aborde que les généralités. C’est ce qui arrivera à tous ceux, dont les sentiments enchaînés par leur profession ne peuvent s’élever à la hauteur de la vérité. C’est l’absence de la liberté de pensée qui frappe de mort tant de discours.

Ce défaut est remarquable dans la plupart de ceux que nous avons ensuite parcourus. Jetés dans un moule uniforme, ils sont tous marquées du sceau de la médiocrité.

Le style du père de Marolles est en général brillant, mais entaché d’affectation : il a du mouvement, mais ses images sont incohérentes, car il n’est pas rare de trouver, dans ses discours, une citation de Virgile et d’Horace, à côté d’une citation des Prophètes, du Psalmiste et des Pères, etc.

Dans la péroraison il propose une Inscription 435pour le Monument de Jeanne d’Arc, cette Inscription n’est pas latine : la voici,Aurelia Gloria, Franciæ Felicitas, Johanna spicula Anglorum. Certes on n’a jamais appliqué à une femme les mots de gloria et de felicitas pris dans ce sens : c’est du latin de poème. Il fallait dire Aureliæ decus et Galliæ præsidium, d’après Horace et præsidium et dulce decus meum. Ch.

P. S. Après avoir parlé d’un des plus éloquents de ces panégyriques sacrés, on nous dispensera de grossir ce recueil des noms inaperçus de ceux qui lui ont succédé.

L’éloge de la Pucelle a aussi été proposé par plusieurs Académies. Le dernier prix que le plus ancien des Athénées, l’Académie de l’Immaculée Conception, devait décerner, était sur cette question : quelle a été l’influence du siècle de Jeanne d’Arc, sur le jugement et le supplice de cette Héroïne ?

436Un discours ayant pour épigraphe Mitis cum rosis, avait mérité une mention honorable ; mais le prix ne fut point décerné.

L’Académie des Palinods, à Rouen, a reçu plusieurs pièces sur la Pucelle : une des plus anciennes est le sonnet de Rault, de Rouen, qui remporta le prix en 1667. On a imprimé à Orléans, in-8°, avec figures, un recueil de vers à peu près semblables.

M. Prévost a composé sur la Pucelle une Ode française, imprimée dans le recueil des Palinods en 1704. M. Bailey, de Caen, composa l’année suivante une Ode latine.

Éloge historique de Jeanne d’Arc, surnommée la Pucelle d’Orléans ; suivi de notes, des pièces justificatives de son procès et de diverses remarques historiques ; par Ph. J. Et. Vt. Guilbert, avec cette épigraphe :

Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit ;

La vertu nous y jette, et la gloire nous suit.

Corneille.

437à Rouen de l’imprimerie de Vincent Guilbert, rue Nationale, n° 29, brochure de 84 pages.

Ce qu’on appelle les pièces justificatives du procès, ne contient que 28 pages. L’auteur n’indique pas les sources où il les a puisées. J’ai cru reconnaître qu’il avait copié l’extrait d’un ancien livre écrit à la main et curieusement, contenant le procès de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans, auquel il y a quelques feuillets rompus, dont le commencement défaut, commençant par ces mots en la ville de Rouen pour ses démérites, et finissant par ceux-ci lequel procès j’ai extrait, par le commandement du roi Louis XII, de ce nom et de M. de Graville, Amiral de France. L’auteur paraît avoir ignoré l’existence de l’ouvrage de M. de L’Averdy, il a négligé de consulter les manuscrits du procès de condamnation et du procès de révision, (Bibliothèque 438impériale, n°s. 5965 et 5970) c’est-à-dire les monuments les plus certains, ceux qui doivent servir de base à un pareil travail.

L’éloge est plus oratoire qu’historique.

L’Héroïne française, dit M. Guilbert, a eu le courage de Clélie, la vertu de Lucrèce, la stoïque fermeté de Porcie, et par-dessus tout cela, l’intrépidité d’un chevalier français.

Antiq. nat., 1791, in-4°, n° 9, pages 2 et 3.

Voici ce que dit M. Millin.

Un gentilhomme des frontières de Lorraine, nommé Baudricourt, trouva dans une jeune servante de Vaucouleurs, un personnage propre à jouer le rôle de guerrière et d’inspirée. On la fit passer pour une bergère de dix-huit ans, quoiqu’elle en eût vingt-sept. Cette entreprise qui aurait été ridicule, si elle eût échoué, devint héroïque par le succès. Les 439matrones déclarèrent Jeanne d’Arc vierge, les docteurs et le parlement inspirée. Son courage suppléa à son éducation, et elle opéra des prodiges… Jeanne vêtue en homme et conduite par d’habiles capitaines, entreprend de secourir la place d’Orléans, les soldats qui croient voir une divinité combattre pour eux, la suivent avec courage : elle marche à leur tête, bat les Anglais et délivre Orléans.

Ces assertions sont rapides et tranchantes. Nous devons en relever quelques-unes. Jeanne d’Arc naquit en 1412 : elle avait donc dix-huit ans. Le docte antiquaire aurait dû rapporter les preuves sur lesquelles il croit fondé un anachronisme aussi gratuit. En second lieu il réunit des pièces du procès, que Baudricourt refusa longtemps de céder à l’enthousiasme de Jeanne. Ch.

Notes

  1. [1]

    Année littéraire, t. I, 1754 ; p. 226 et 227.

  2. [2]

    Pages 1, 9 et 39.

  3. [3]

    L’argent ne valait alors que 210 liv. le marc, et 210 Parisis, reviennent aujourd’hui à plus de 1,700 liv.

  4. [4]

    Journal de Charles VII, page 514.

  5. [5]

    Ms. de la Bibliothèque du roi, du temps de Charles VII, intitulé exemples de hardiesse de plusieurs Rois et Empereurs, et coté 180, suivant le P. Labbe (dans ses mélanges, t. II, p. 714).

  6. [6]

    J. Nider, liv. V, For. P. Calmet, t. II, p. 206.

  7. [7]

    Recherches de Pasquier, page 464.

  8. [8]

    Pages 12 et 13.

  9. [9]

    Ibid., pages 36 et suivantes.

  10. [10]

    Pages 385, 400, 351, 364 et passim ; 452, 319, 332, 352, 328, 329, 321, 338 et passim ; 345, 328 et 347.

  11. [11]

    Page 419.

  12. [12]

    Préface, page 19.

  13. [13]

    Préface, page 6.

  14. [14]

    Pages 36 et 40.

  15. [15]

    Pages 130 et 131, Dissertation sur Jeanne d’Arc, par Luchet, etc., in-8°, 1776, et histoire de l’Orléanais, par le même, 1766, in-4°, pages 414 et 415, tome I.

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