J. Fabre  : Procès de condamnation (1884)

Personnages

Personnages du procès

Tu étais mue par l’amour qui meut le soleil et les étoiles. Eux, ils étaient des clercs de grand renom, secs comme leurs parchemins. Ils se firent tes ennemis à cause de tout ce que tu fis de bien ; et il devait en être ainsi : ce n’est pas parmi les âpres sorbiers qu’il convient que mûrisse la douce figue. Par cette vilaine engeance tu fus libérée d’un monde trompeur, et du martyre tu arrivas à la paix.

Dante.

Pierre Cauchon

Pierre Cauchon, né à Reims, docteur en théologie, licencié en droit canon, maître ès arts, ancien recteur de l’Université de Paris, évêque de Beauvais, dirige le procès. La nature hypocrite de ce docte scélérat perce à travers les formes bénignes de son langage. Rien de plus caractéristique que les avertissements patelins qu’il adresse à Jeanne. Cauchon n’obtint pas cet archevêché de Rouen dont l’appât avait fait de lui l’âme damnée des autorités anglaises. Il fut nommé évêque de Lisieux en 1432 et mourut de mort subite en 1442. On raconte que les dernières années de sa vie furent empoisonnées par le remords et que le peuple, au lendemain du procès de réhabilitation, déterra son cadavre pour le jeter à la voirie.

Jean Lemaître

Jean Lemaître, prieur d’un couvent de dominicains, bachelier en théologie, avait été commis pour représenter l’Inquisition dans le diocèse de Rouen. Après quelques façons, il se joignit à l’évêque de Beauvais comme juge de Jeanne. La timidité de Lemaître contraste avec l’effronterie de Cauchon. Il ne devint criminel que par faiblesse.

Jean Graverent

Jean Graverent, religieux dominicain, professeur de théologie, grand inquisiteur de France, donna ordre au vice-inquisiteur Jean Lemaître, ci-dessus nommé, de siéger comme juge au procès de Jeanne, et, le 4 juillet 1431, glorifia le supplice de Jeanne, à Paris, en l’église Saint-Martin-des-Champs, dans un sermon plein d’injures contre la Pucelle.

Martin Bellorme

Martin Bellorme, religieux dominicain, professeur de théologie, vice-gérant du grand inquisiteur, intervint pour faire livrer Jeanne et pour la faire juger.

Jean d’Estivet

Jean d’Estivet, dit Benedicte, chanoine de Bayeux et de Beauvais, ami intime de Cauchon, remplit le rôle de promoteur ou procureur général dans la cause de Jeanne. On verra que c’était un être grossier et brutal, fait pour les besognes viles. Il s’acharna à la perte de l’héroïne. Quelque temps après la mort de la Pucelle, on le trouva mort dans un bourbier. Âme de boue, Benedicite avait péri dans son élément.

Jean de La Fontaine

Jean de La Fontaine, maître ès arts, licencié en droit canon, joua un rôle important dans le procès comme conseiller instructeur. Menacé de châtiment, le 27 mars, pour avoir secrètement adressé des exhortations amicales à Jeanne, il prit peur et quitta Rouen.

Les notaires

Guillaume Manchon, Guillaume Colles, dit Boisguillaume, et Nicolas Taquel furent les trois greffiers du procès. Tous les trois étaient notaires de l’officialité de Rouen. Taquel fut curé de Bacqueville-le-Martel ; Boisguillaume fut curé de Notre-Dame-la-Ronde ; Manchon fut chanoine et curé de la paroisse Saint-Nicolas-le-Painteur. On doit à Manchon les plus intéressants témoignages sur le procès de Jeanne. Le supplice de l’héroïne lui avait causé une profonde émotion. On l’entendra dire en termes touchants : Jamais je ne pleurai tant pour chose qui m’advint. Encore un mois après, je ne m’en pouvais bonnement apaiser. C’est pourquoi d’une partie de l’argent que j’avais eu du procès j’achetai un petit missel que j’ai encore, afin d’avoir cause de prier pour elle.

Jean Massieu

Jean Massieu, curé doyen, remplit les fonctions d’huissier dans le procès de Jeanne, se montra compatissant pour elle, et ne la quitta point jusqu’à ses derniers moments. De même que frère Martin et frère Isambard, il pleurait à chaudes larmes, le jour du supplice, en entendant les pieuses lamentations de Jeanne.

Les gardes anglais

John Gris, écuyer, garde du corps du roi d’Angleterre, fut préposé à la garde de Jeanne.

John Berwoit et William Talbot furent adjoints à John Gris, comme surveillants de Jeanne. Ils avaient sous leurs ordres des soudards, dits houspilleurs, qui, nuit et jour, étaient les gardiens immédiats de la prisonnière.

Le comte de Warwick

Richard, comte de Warwick, capitaine renommé, était le gouverneur du jeune roi Henri VI et avait la direction du château où fut enfermée Jeanne. Impitoyable ennemi de l’héroïne, à qui il ne pardonnait pas d’avoir fait reculer les Anglais, il fut une personnification de ce patriotisme monstrueux qui étouffe tout sentiment humain dans les étroitesses du sentiment national.

Le duc de Bedford

Jean, duc de Bedford, fils du roi Henri IV, frère du roi Henri V, oncle du roi Henri VI, était régent du royaume de France. Il a laissé la réputation de grand politique et de grand capitaine. Toujours invisible et présent dans le procès, il présida à l’assassinat juridique de Jeanne et eut l’air d’y demeurer étranger.

Le cardinal d’Angleterre

Henri de Beaufort, cardinal-prêtre de la sainte Église romaine, chancelier d’Angleterre et évêque de Winchester, était le grand oncle de Henri VI et l’oncle du duc de Bedford. Quoique ne figurant que dans le procès-verbal relatif à l’abjuration de Jeanne, il fut un des grands meneurs du procès. Ce prélat mourut en 1447, dans un accès de folie, quelques semaines après la mort de son neveu Glocester, qu’il avait fait assassiner.

L’évêque de Thérouanne

Louis de Luxembourg, évêque de Thérouanne et chancelier de France au service des Anglais, servit plusieurs fois d’intermédiaire entre le cardinal de Winchester et l’évêque de Beauvais, et figura dans trois séances du procès. C’est à lui qu’échut l’archevêché de Rouen, si convoité et si espéré par Cauchon.

L’évêque de Noyon

Jean de Mailly, évêque de Noyon, fut un des promoteurs du procès de Jeanne et un des auxiliaires de Cauchon. En 1456, ce renégat, redevenu aussi Français qu’il s’était montré Anglais, signa la condamnation du crime dont il avait été le complice.

L’évêque de Norwich

William Alnwick, évêque de Norwich et garde du sceau privé de Henri VI, roi d’Angleterre, fut mêlé, comme l’évêque de Thérouanne et l’évêque de Noyon, à l’élaboration et à la conduite du procès.

L’évêque de Lisieux

Zanon de Castriglione, évêque de Lisieux, intervint dans le procès par voie de consultation et se prononça pour la condamnation de Jeanne. Sa principale raison fut que Jeanne était fille de trop basse condition pour être inspirée de Dieu. Quoi ! l’héroïsme s’encanailler ! L’esprit de Dieu loger dans une âme roturière ! Le prélat gentilhomme n’admettait point que cela pût être. Comme tant d’autres, il ne comprenait pas que les splendeurs de l’inspiration et de la vertu peuvent éclater là où manquent cette chose inférieure, la science, et ces choses infiniment plus inférieures, la fortune et la naissance. Que ne se souvenait-il, au moins, lui chrétien, de telle épître où l’apôtre Paul montre ce qu’il ya de plus fort renversé par ce qu’il y a de plus faible ?

L’évêque de Coutances

Philibert de Montjeu, évêque de Coutances, donna, lui aussi, une consultation sur le cas de Jeanne, et se fit contre elle l’écho docile de l’évêque de Beauvais.

L’évêque d’Avranches

Jean de Saint-Avit, évêque d’Avranches, ayant été consulté, eut la pudeur de donner un avis défavorable aux juges de Jeanne. Son avis ne figure point au procès.

Jean Beaupère

Jean Beaupère, maître ès arts, docteur en théologie, ancien recteur de l’Université, chanoine de Paris et de Besançon, fut un de ceux qui eurent mission spéciale d’interroger Jeanne. Il prit la plus grande part à la condamnation de la Pucelle, de même que les cinq autres représentants de l’Université de Paris, nommés ci-après.

Thomas de Courcelles

Thomas de Courcelles, bachelier en théologie, recteur émérite de l’Université, chanoine d’Amiens, de Laon et de Thérouanne, fut un des principaux interrogateurs de la Pucelle, lut les articles de l’accusation dressée contre elle et se prononça pour qu’elle subit la torture. Supérieur à tous les théologiens de son temps, Courcelles devint l’un des plus célèbres professeurs de l’Université et fut une des lumières de l’Église au concile de Bâle. Il était réputé très modeste, et marchait toujours les yeux baissés, avec l’air d’un homme qui voudrait se cacher. À la mort de Charles VII, il fut chargé de prononcer l’oraison funèbre du roi, lui un des assassins de la libératrice du royaume. Quand il mourut, en 1469, il était doyen du chapitre de Notre-Dame de Paris.

Gérard Feuillet

Gérard Feuillet, docteur en théologie, après avoir pris une part active au procès jusqu’au 18 avril, accompagna ses trois collègues universitaires, Jacques de Touraine, Midi et Beaupère, dans le voyage qu’ils firent à Paris pour soumettre les douze articles à l’Université, et ne revint pas avec eux à Rouen.

Nicolas Midi

Nicolas Midi, docteur en théologie, prédicateur renommé, se montra aussi assidu qu’hostile. C’est à lui qu’est attribuée la rédaction des douze articles qui servirent de base aux délibérations des théologiens que Cauchon consulta avant de condamner Jeanne. C’est lui qui prêcha la pauvre fille sur la place du Vieux Marché, le jour de son supplice. Peu après la mort de Jeanne, Nicolas Midi fut atteint de la lèpre. Mais il ne succomba point, quoi qu’en ait dit un des témoins du procès de révision. L’histoire nous le montre figurant à l’entrée triomphale de Charles VII dans sa bonne ville de Paris. Il eut même le cynisme d’adresser au roi une harangue de félicitations au nom des Facultés qui, sept ans auparavant, se prononçaient pour le supplice de Jeanne.

Pierre Morice

Pierre Morice, docteur en théologie, ancien recteur de l’Université de Paris, chanoine de Rouen, se montra très ardent contre Jeanne durant tout le cours du procès et lui adressa, le 23 mai, une admonestation des plus véhémentes.

Jacques de Touraine

Jacques de Touraine, docteur en théologie, frère mineur, fut un des universitaires qui montrèrent le plus d’acharnement contre Jeanne, ainsi que l’a témoigné, au procès de révision, le greffier Manchon.

Les six docteurs de l’Université de Paris furent, après l’évêque de Beauvais, les grands meneurs du procès et les principaux interrogateurs de Jeanne.

Les docteurs, bacheliers et licenciés

Nicolas Loiseleur, maître ès arts, bachelier en théologie, chanoine de la cathédrale de Rouen, créature de Cauchon, se présenta d’abord à Jeanne en habits laïques ; se révéla à elle comme prêtre quand il eut capté sa confiance ; l’amena à devenir sa pénitente, et aposta des scribes qui, pendant qu’elle se confessait, prenaient note de toutes ses paroles. Quand on posa la question de savoir s’il fallait infliger à Jeanne la torture, Loiseleur fut un des théologiens qui se prononcèrent pour la torture. Le jour du supplice de Jeanne, il fut pris de remords et courut au-devant d’elle pour lui demander pardon. Mais son remords fut court. Peu après la mort de Jeanne, Loiseleur prêta la main aux calomnies posthumes dont l’évêque de Beauvais essaya de salir sa victime. Loiseleur, c’est Tartufe au service de l’inquisition. Il mourut à Bâle de mort subite.

Raoul Roussel de Vernon, docteur en droit civil et en droit canon, chanoine trésorier de la cathédrale de Rouen, remplit les fonctions de rapporteur dans le procès de Jeanne. Il devait devenir archevêque de Rouen en 1443.

Robert Barbier, licencié en droit civil et en droit canon, était chanoine de la cathédrale de Rouen.

Nicolas Coppequesne, bachelier en théologie, était chanoine de la cathédrale de Rouen.

Nicolas de Venderès, licencié en droit canon, était chanoine de la cathédrale de Rouen, archidiacre d’Eu et chapelain de l’évêque de Beauvais.

Les chanoines Barbier, Coppequesne, Loiseleur, Roussel et Venderès, familiers de Cauchon, prirent part aux premiers conciliabules où fut combiné le procès de Jeanne, et exercèrent une pression néfaste sur le chapitre de Rouen.

Jean Alépée, licencié en droit civil, bachelier en droit canon, chanoine de la cathédrale de Rouen, est un de ceux qui, après avoir condamné Jeanne, ne purent s’empêcher de la pleurer. De même que l’évêque de Thérouanne, il versa des larmes abondantes pendant le supplice. Lorsque Jeanne eut été brûlée, il s’écria : Plût à Dieu que mon âme fût où est son âme !

Raoul Auguy, licencié en droit canon, avocat près l’officialité de Rouen, était chanoine de la cathédrale.

Jean Basset, maître ès arts, licencié en droit canon, était ancien promoteur de l’Université de Paris et chanoine official de Rouen.

Guillaume de Baudribosc, bachelier en théologie, était chanoine de la cathédrale de Rouen.

Jean Brullot, licencié en droit canon, était chanoine et chantre de la cathédrale de Rouen.

Nicolas Caval, licencié en droit civil, bachelier en droit canon, était chanoine de la cathédrale de Rouen.

Jean Colombel, licencié en droit canon, était chanoine de la cathédrale de Rouen.

Bureau de Cormeilles, licencié en droit civil, était chanoine de la cathédrale de Rouen.

Geoffroy de Crotay, licencié en droit civil, était chanoine de la cathédrale de Rouen.

Gilles Deschamps, licencié en droit civil et en droit canon, était chanoine chancelier de la cathédrale de Rouen et ancien aumônier de Charles VI.

Guillaume Desjardins, docteur en médecine, était chanoine de la cathédrale de Rouen et chancelier de l’église de Bayeux.

Jean Duchemin, licencié en droit canon, était chanoine de la cathédrale de Rouen.

Guillaume Dudésert était chanoine de la cathédrale de Rouen.

Jean Garin, maître ès arts, docteur en droit canon, était chanoine de la cathédrale de Rouen et ancien doyen de la Faculté des décrets de Paris.

Denis Gastinel, maître ès arts, licencié en droit civil et en droit canon, était chanoine de Notre-Dame la-Ronde et de la cathédrale de Rouen.

Jean Ledoux, licencié en droit civil et en droit canon, était avocat près l’officialité de Rouen et chanoine de la cathédrale.

Jean Leroy était chanoine de la cathédrale de Rouen.

André Marguerie, licencié en droit civil, était chanoine de la cathédrale de Rouen et archidiacre de Caux.

Jean Maugier était chanoine de la cathédrale de Rouen.

Aubert Morel, licencié en droit canon, un des assesseurs qui se prononcèrent pour la torture, était avocat près l’officialité de Rouen et chanoine de la cathédrale.

Robert Morellet, maître ès arts, était chanoine de la cathédrale de Rouen.

Jean Pinchon, licencié en droit canon, était chanoine de Rouen et de Paris.

Richard de Saulx, licencié en droit canon, était chanoine de la cathédrale de Rouen.

Pasquier de Vaulx, docteur en droit canon, était chanoine de la cathédrale de Rouen et plus tard devint tour à tour évêque de Meaux, évêque d’Évreux et évêque de Lisieux. Personnage considérable, Pasquier de Vaux se montra l’âme damnée des Anglais, encouragea les sentiments hostiles des vingt-neuf chanoines ci-dessus énumérés, et se prononça comme eux contre Jeanne.

Les prieurs et abbés

Voici venir maintenant une nouvelle catégorie de complices de l’évêque de Beauvais. Ce sont les chefs de grandes maisons religieuses, des prieurs, des abbés, dont plusieurs, crossés et mitrés, avaient rang de prélats dans la hiérarchie ecclésiastique.

Pierre de la Cricque, licencié en droit civil et en droit canon, était prieur de Sigy.

Guillaume Lebourg, licencié en droit civil et en droit canon, était prieur de la collégiale de Saint-Lô de Rouen.

Pierre Migiet, docteur en théologie, était prieur de Longueville. Il fut un des grands confidents de Cauchon et se montra de beaucoup le plus assidu des trois prieurs qui participèrent au procès. Après avoir toujours voté contre Jeanne, il s’avisa de pleurer sur elle le jour de son supplice et, plus tard, lors du procès de réhabilitation, il infligea aux juges de Jeanne des flétrissures qui retombaient sur lui-même. Comme nombre d’assesseurs, Migiet appartenait à cette classe de consciences malléables dont les sentiments ne sont que l’empreinte du dernier pied qui les a foulées.

Aux trois prieurs il faut joindre onze seigneurs abbés.

Gilles Duremort, docteur en théologie, était abbé de Fécamp. Dans la fatale séance du 29 mai, Gilles formula l’avis auquel se rallia le troupeau des assesseurs et qui fut l’arrêt de mort de Jeanne. Type de zèle servile, il était une espèce de chef de chœur parmi les complaisants de l’évêque de Beauvais. Son obséquiosité lui valut l’évêché de Coutances.

Guillaume Bonnel, docteur en droit civil et en droit canon, était abbé du monastère de Cormeilles.

Guillaume de Conti, docteur en droit civil et en droit canon, était abbé de la Trinité du Mont Sainte-Catherine.

Jean Dacier, licencié en droit, ancien aumônier du pape Martin, était abbé deSaint-Corneille de Compiègne.

Thomas Frique, était abbé du Bec.

Robert Jolivet, docteur en théologie, était chancelier de Normandie et abbé du Mont-Saint-Michel-au Péril-de-la-Mer. L’abbaye du Mont-Saint-Michel, se dressant au milieu de la mer sur la crête d’un roc escarpé, était, au temps de Jeanne d’Arc, un lieu célèbre de pèlerinage. On y venait de divers points du royaume pour demander remède aux maux des individus et aussi aux maux de la patrie. L’archange biblique, cher à Israël, était devenu populaire parmi les chrétiens de France. Saint Michel occupait dans les imaginations la place qu’y avaient tenue jadis saint Martin et saint Denis.

Jean Labbé, licencié en droit civil et en droit canon, était abbé de Saint-Georges de Bocherville.

Nicolas Leroux, docteur en droit canon, était abbé de Jumièges.

Guillaume du Mesle, licencié en droit civil et en droit canon, était abbé de Saint-Ouen de Rouen.

Jean Moret, licencié en droit civil et en droit canon, était abbé de Préaux.

Guillaume Theroude, docteur en théologie, était abbé de Mortemer.

Il y aurait encore à nommer — outre les docteurs des quatre facultés de l’Université de Paris — une soixantaine d’assesseurs ou de consulteurs, tous plus ou moins bacheliers, licenciés ou docteurs. Les uns, au nombre de trente-cinq, n’ont fait que siéger dans des séances d’importance secondaire. Les autres se sont formellement prononcés pour la condamnation de Jeanne, soit par un vote, soit par des adhésions écrites.

Laissant de côté une nomenclature superflue, je me bornerai à citer, parmi ceux sur qui pèse la responsabilité d’avoir conclu à la condamnation de Jeanne, les personnages les plus notables.

Jean de Châtillon

Jean de Châtillon, chanoine et archidiacre d’Évreux, est un des docteurs en théologie qui, tout en s’étant prononcés pour la condamnation de Jeanne, ont désapprouvé quelques-unes des questions captieuses dont on l’accablait. Le 2 mai, il adressa à Jeanne une admonition publique où il énumérait toutes les charges accumulées contre elle.

Guillaume Érard

Guillaume Érard, chanoine de Langres, de Laon et de Beauvais, était docteur en théologie et recteur émérite. Non content de figurer parmi les théologiens qui jugèrent Jeanne et la condamnèrent, il se signala, le jour de son abjuration, par le sermon le plus perfide. Sauf quelques éclats violents, la brutalité de son fanatisme se déguise sous des allures doucereuses, et sa parole a des caresses assassines. Un zèle si adroit méritait récompense. On gratifia Érard d’une grasse prébende, à Rouen. Mais ce n’était pas assez. Il se fit nommer chapelain du roi d’Angleterre. Ce titre lui valut la propriété d’un beau manoir dans le comté de Southampton et une pension annuelle de vingt livres sterling. Il mourut doyen du chapitre de Rouen, en 1444.

William Haiton

William Haiton, prêtre anglais, bachelier en théologie et secrétaire des commandements du roi d’Angleterre, fut assidu à toutes les séances du procès. Il était sans doute un de ceux que le cardinal de Winchester avait chargés d’espionner les autres assesseurs et de constater s’ils faisaient bonne besogne.

Martin Ladvenu

Martin Ladvenu, bachelier en théologie, était dominicain. Quoique s’étant formellement prononcé pour la condamnation de Jeanne, Ladvenu lui témoigna pitié et charité. Au dernier jour, il assista la condamnée et reçut ses suprêmes confidences. Après sa mort, il lui rendit ce témoignage qu’elle était une sainte.

Isambard de la Pierre

Isambard de la Pierre, bachelier en théologie, appartenait au même couvent de dominicains que frère Martin. Jeune comme lui, il avait comme lui cédé au commun entraînement et voté pour la condamnation de Jeanne. Comme lui il assista pieusement l’héroïne le jour de son supplice et lui voua une admiration dont on trouvera l’écho dans les dépositions du procès de réhabilitation.

Érard Émengart

Érard Émengart, théologien renommé, compte parmi les docteurs dont le rôle fut le plus actif. Il présida cette réunion du 12 avril où fut rédigée la consultation collective qui servit de point de départ à la condamnation de Jeanne.

Thomas Fiefvet

Thomas Fiefvet, docteur en droit civil et en droit canon, eut l’honneur d’être nommé ambassadeur de l’université de Paris au concile de Bâle.

Jacques Guesdon

Jacques Guesdon, docteur en théologie, appartenait à l’ordre des frères mineurs.

Jean Lefèvre

Jean Lefèvre, religieux augustin, professeur de théologie, devenu plus tard évêque de Démétriade, compte parmi les docteurs qui mirent à réhabiliter Jeanne le même zèle qu’ils avaient mis à la condamner. Après avoir été, en 1431, le satellite de l’évêque de Beauvais poursuivant la mort de Jeanne, il se fit, en 1456, le collaborateur de l’archevêque de Reims travaillant à sa réhabilitation. C’était un de ces ambitieux qui spéculent sur les lâches oublis de l’opinion, et qui, fidèles à leur seul intérêt, servent avec un zèle égal les causes les plus contraires.

Guillaume Delachambre

Guillaume Delachambre, licencié en médecine, participa à contre cœur au procès et à la condamnation de Jeanne.

Jean Tiphaine

Jean Tiphaine, docteur en médecine, maître ès arts, chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, partagea les répugnances et les faiblesses de son confrère Guillaume Delachambre. S’il consentit à siéger et à signer la fatale délibération du 29 mai, ce fut, de son aveu, par crainte des Anglais, dont il ne voulait pas encourir la colère.

Outre de bons emplois et de beaux bénéfices, de grosses sommes d’argent (grosses eu égard à l’époque) furent allouées par le gouvernement anglais aux personnages qui participèrent au procès de Jeanne.

Quelques quittances nous ont été conservées.

Voici d’abord celles qui concernent les six théologiens venus de l’université de Paris, gens dont les comptes étaient tenus en règle.

À la date du 4 mars 1431, vénérables et discrètes personnes les six docteurs de l’université de Paris, appelés à Rouen pour vaquer au procès, déclaraient avoir reçu la somme de cent vingt livres tournois, c’est-à-dire de 1 010 francs 10 centimes, en déduction de ce qui pouvait leur être dû, la journée de chacun étant taxée à vingt sols tournois, c’est-à-dire à environ 7 francs 25 centimes par jour.

Le 9 avril 1431, quittance était donnée par les six universitaires d’un nouveau payement qui leur était fait de cent vingt livres tournois, et il était rappelé qu’ils avaient déjà reçu antérieurement deux cent quarante livres tournois (2 020 francs 20 centimes).

Le 21 avril 1431, par ordonnance du roi d’Angleterre, une indemnité de cent livres tournois (841 francs 75 centimes) était partagée entre les quatre universitaires envoyés à Paris pour soumettre aux facultés les articles de l’accusation.

Le 12 juin 1431, était rédigée une nouvelle quittance des six universitaires déclarant avoir reçu une somme de cent deux livres tournois (858 francs 47 centimes), qui leur était restée due.

De plus, à la date du 2 avril 1431, de par une ordonnance du roi d’Angleterre, une gratification spéciale de trente livres tournois (252 francs 42 centimes), avait été accordée à l’universitaire Jean Beaupère, en sus de la solde de ses journées de présence au procès.

En dehors de ces pièces concernant les hommes d’Église qui, dans le procès de Jeanne, représentèrent l’université de Paris, il n’a été retrouvé que trois autres pièces, savoir : une ordonnance de payement relative au vice-inquisiteur Lemaître et deux quittances émanant, l’une du chanoine Guillaume Érard, l’autre de l’évêque Cauchon.

À la date du 14 avril 1431, de par une ordonnance du roi d’Angleterre, le vice-inquisiteur Jean Lemaître, son cher et bien-aimé, était gratifié d’une somme de vingt saluts d’or, c’est-à-dire de 240 francs 80 centimes, pour ses peines, travaux et diligences dans le procès de la Pucelle.

Le 8 juin 1431, Guillaume Érard signait un reçu de trente et une livres tournois (260 francs 84 centimes), à lui données pour avoir vaqué, avec d’autres clercs, au procès de cette femme qui se faisait nommer Jeanne la Pucelle, naguère condamnée comme errant en la foi chrétienne.

Le 31 janvier 1431, Pierre Cauchon confessait avoir reçu de Pierre Surreau, receveur général de Normandie, la somme de sept cent soixante-cinq livres tournois (5,569 francs 15 centimes), comme indemnité qui lui était due pour cent cinquante-trois jours employés à ses voyages et négociations en vue de l’achat de Jeanne, à raison de cent sols tournois par jour. De laquelle somme, selon la formule, il se tenait pour content et bien payé et en quittait le roi son seigneur. D’après cela, on imagine quel joli total de livres tournois dut rapporter à l’évêque de Beauvais le procès de Jeanne.

La cupidité et la crainte, éternels ressorts des actions mauvaises, furent certainement pour beaucoup dans la complicité de tous ces hommes d’Église qui participèrent à la condamnation de Jeanne. Mais on se tromperait en imaginant qu’ils eurent la claire vision du crime qu’ils commettaient. Loin de là : plusieurs crurent accomplir une œuvre pie. À eux, comme à tant d’autres persécuteurs, s’applique le mot de Pascal : Jamais on ne fait le mal si pleinement et si gaiement que quand on le fait par conscience. Ces scholars, bouffis de vaine science, étaient impuissants à comprendre la vierge aux grands instincts. Leur galimatias théologique les avait abêtis, et ils se firent féroces avec une placidité béate.

Inconséquence humaine ! L’usage de l’habit d’homme fut un des crimes capitaux de Jeanne devant ses juges ; c’est pour avoir repris cet habit qu’elle fut déclarée relapse et envoyée de la prison perpétuelle au bûcher. Et bien, voici ce que racontent les pieux hagiographes. Un religieux, au temps où il vivait dans le monde, avait eu une fille. Il lui donna un costume masculin et la fit entrer en qualité de frère dans le monastère où il était. La fillette avait dix-sept ans quand son père mourut. Elle ne quitta pas son travestissement et continua à passer pour un homme, le modèle des religieux. Non loin du couvent était une hôtellerie où les frères couchaient quelquefois, à l’occasion de leurs quêtes. La fille de cette hôtellerie fut mise à mal. C’est le jeune frère qu’elle accusa. Le frère avait un moyen décisif de se disculper. Il n’en usa point et se laissa chasser. Pendant trois ans on le vit couché à la porte du monastère, pleurant, jeûnant, priant. Il vivait de rogatons que lui apportaient de bons frères, plus compatissants que le seigneur abbé. À la fin, celui-ci céda aux supplications de ses religieux. Il fit grâce. Trop tard. Le jeune frère ne rentra que pour mourir. On se dispose à laver son corps. Ô surprise ! Le frère était une fille. Cette fille a été canonisée : c’est sainte Marine.

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