J. Fabre  : Procès de condamnation (1884)

IV. Abjuration de Jeanne

Quatrième partie
Abjuration de Jeanne

Elle ne paraîtrait pas si forte, si elle n’eût été capable de crainte. La nature de l’homme n’est pas d’aller toujours ; elle a ses allées et venues.

Pascal.

I. Prédiction d’Érard et réponses de Jeanne

(Le jeudi matin, après la Pentecôte, 24 mai. — Dans le cimetière de l’abbaye de Saint-Ouen. Il y a une grande multitude de peuple. L’évêque de Beauvais et le vicaire inquisiteur sont assistés du révérendissime père en Christ Henri, évêque de Winchester, cardinal d’Angleterre, des révérends pères en Christ, les seigneurs de Thérouanne, de Noyon et de Norwich. Sont présents : les seigneurs abbés de Fécamp, de Saint-Ouen de Rouen, de Jumièges, du Bec, de Cormeilles, de Saint-Michel-au-Péril-de-la-Mer, de Mortemer et de Préaux, les prieurs de Longueville et de Saint-Lô ; les maîtres Jean de Châtillon, Jean Beaupère, Nicolas Midi, Maurice du Quesney, Guillaume Lebouchier, Jean Lefèvre, Pierre Houdenc, Pierre Morice, Jean Fouchier, docteurs en théologie ; Guillaume Haiton, Nicolas Coppequesne, Thomas de Courcelles, Raoul Sauvage, Richard de Grouchet, Pierre Minier, Jean Pigache, bacheliers en théologie ; Raoul Roussel, docteur en droit canon et en droit civil ; Jean Garin, Nicolas de Venderès, Jean Pinchon, Jean Ledoux, Robert Barbier, docteurs en droit canon ; André Marguerie, Jean Alépée, docteurs en droit civil ; Aubert Morel, Jean Colombel, Jean Duchemin, [Denis Gastinel304] licenciés en droit canon, et un grand nombre d’autres305.)

L’évêque*. — Maître Guillaume Érard, homme de mérite insigne, docteur en théologie sacrée, va d’abord faire entendre un sermon solennel pour l’admonition salutaire de Jeanne et pour l’édification de tout le peuple venu en si grande multitude306.

Maître Guillaume Érard. — Je prendrai pour thème cette parole de Dieu, en saint Jean, chapitre XV : La branche ne peut porter de fruits d’elle-même si elle ne demeure attachée à la vigne. C’est ainsi que tous les catholiques doivent rester attachés à la vraie vigne de notre sainte mère l’Église que la main du Christ a plantée. Or, Jeanne que voici, tombant d’erreur en erreur et de crime en crime, s’est séparée de, l’unité de notre sainte mère l’Église et a scandalisé en mille manières le peuple chrétien307.

Le sermon fini, le docteur susdit parla à Jeanne en ces termes308 :

Jeanne, voici nos seigneurs les juges qui, à diverses reprises, vous ont sommée et requise de vouloir bien soumettre tous vos dits et faits à notre sainte mère l’Église, en vous faisant voir et remontrant que, dans vos paroles et dans vos actes, se trouvaient, comme il semblait aux clercs, beaucoup de choses mauvaises qu’il ne fallait ni dire ni défendre.

Jeanne. — Je vous répondrai.

Maître Guillaume Érard*. — Parlez.

Jeanne. — Quant à ce qui est de la soumission à l’Église, j’en ai répondu aux juges. Je leur ai dit que toutes les choses par moi faites ou dites soient envoyées à Rome près notre saint père le pape, auquel, et à Dieu le premier, je m’en rapporte.

L’évêque*. — Reconnaissez-vous qu’il y a des choses mauvaises dans vos dits et vos faits ?

Jeanne. — Quant aux dits et aux faits que j’ai faits, je les ai faits de par Dieu.

L’évêque*. — Avouez donc que le roi ou d’autres vous ont quelquefois poussée à agir comme vous l’avez fait.

Jeanne. — De mes faits et dits je ne charge personne quelconque, ni mon roi ni autre. S’il y a quelque faute c’est à moi, non à personne autre.

L’évêque. — Les faits et dits que vous avez faits, qui sont réprouvés par les clercs, voulez-vous les révoquer ?

Jeanne. — Je m’en rapporte à Dieu et à notre saint-père le pape.

L’évêque. — Mais cela ne suffit pas. On ne peut aller quérir notre saint-père si loin. Les ordinaires sont juges chacun en son diocèse. Ainsi, il est nécessaire [ou, il est besoin] que vous vous en rapportiez à notre sainte mère l’Église, et que vous teniez [pour vrai] ce que les clercs et les gens entendus dans la matière disent et ont déterminé au sujet de vos dits et faits.

Jeanne*. — Je ne puis le tenir pour vrai309.

L’évêque*. — Une seconde fois, Jeanne, je vous requiers de vous en rapporter à notre sainte mère l’Église et de tenir pour vrai ce que les clercs et les gens en cela se connaissant ont dit et déterminé au sujet de vos dits et faits. Y consentez-vous ?

Jeanne*. — Non.

L’évêque*. — Une troisième fois je vous somme de vous en rapporter à notre sainte mère l’Église et de tenir pour vrai ce que les clercs ont dit et déterminé au sujet de vos dits et faits.

Jeanne*. — Je n’ai rien d’autre à dire que ce que j’ai dit.

L’évêque*. — Puisque cette femme ne veut dire autre chose, nous allons prononcer notre sentence définitive310.

II. Sentence de l’évêque condamnant Jeanne comme Hérétique et concessions de Jeanne

L’évêque, lisant la sentence. — Au nom du Seigneur, ainsi soit-il. Tous les pasteurs de l’Église qui ont à cœur de prendre un soin fidèle de leur troupeau doivent s’efforcer avec le plus grand zèle pour que, plus le perfide semeur d’illusions s’applique, en multipliant ses ruses et ses artifices empoisonnés, à infester la bergerie du Christ, plus ils redoublent d’active vigilance et de pressante sollicitude pour tâcher de résister efficacement à ses pernicieux efforts, et cela surtout en ces temps périlleux, où la sentence de l’apôtre a prédit que viendraient dans le monde tant de faux prophètes, introduisant des sectes de perdition et d’erreur. Par des doctrines de toute couleur et de toute origine, ces faux prophètes pourraient détacher beaucoup de fidèles du Christ, si notre sainte mère l’Église, avec les secours de la saine doctrine et des sanctions canoniques, ne s’évertuait avec la plus diligente application à repousser leurs inventions erronées.

Donc, vu que, — devant nous, Pierre, par la miséricorde divine évêque de Beauvais, et frère Jean Le maître, vicaire en cette cité et en ce diocèse de l’illustre docteur maître Jean Graverent, inquisiteur du mal hérétique au royaume de France, et par lui spécialement délégué pour la présente cause, tous deux juges compétents en l’espèce, — toi Jeanne, vulgairement nommée la Pucelle, tu as été traduite et citée en cause de foi, à raison d’une foule de crimes pernicieux ; ayant été considérés et soigneusement examinés le développement de ton procès et tous les points qui y ont été agités, principalement tes réponses, tes aveux, tes assertions ; attendu la très insigne délibération des maîtres de la Faculté de théologie et de la Faculté des décrets de l’Université de Paris, bien plus, de l’Université tout entière ; attendu les délibérations d’autres prélats, docteurs et maîtres, habiles tant en théologie sacrée qu’en droit civil et en droit canon, qui, à Rouen et ailleurs, en grande multitude, ont été appelés à qualifier et à caractériser tes assertions, tes dires et tes faits ; après avis et mûre consultation de zélateurs actifs de la foi chrétienne ; ayant été considéré et examiné par nous en cette matière ce qui devait être considéré et examiné, et qui était de nature à frapper la conscience d’un juge impartial :

Nous, juges, ayant devant les yeux le Christ et l’honneur de la foi orthodoxe, afin que notre jugement soit comme un rayonnement de la face du Seigneur311, nous disons et décrétons que tu as été mensongère inventrice de révélations et apparitions prétendues divines ; séductrice pernicieuse, présomptueuse, légère en sa foi, téméraire, superstitieuse ; devineresse ; blasphématrice envers Dieu, les saints et les saintes ; contemptrice de Dieu même dans ses sacrements ; prévaricatrice de la loi divine, de la doctrine sacrée et des sanctions ecclésiastiques ; séditieuse, cruelle, apostate, schismatique, engagée en mille erreurs dans notre foi, et, à tous ces titres, témérairement coupable envers Dieu et la sainte Église312.

[En outre, vu que, quoique dûment et suffisamment avertie, souvent et très souvent, soit par nous, soit de notre part, par nombre de docteurs et maîtres savants et habiles, pleins de zèle pour le salut de ton âme, d’avoir à t’amender et à te corriger en tous les points qui précèdent, et de vouloir te soumettre à la disposition, décision et correction de la sainte mère l’Église, tu ne l’as pas voulu ; tu n’en as eu cure ; bien plus, d’une manière expresse, dans l’endurcissement de ton cœur, tu as opposé des dénégations obstinées et opiniâtres, et enfin, catégoriquement, à plusieurs reprises, tu as refusé de te soumettre à notre saint-père le pape et au saint concile général ;

Pour ces causes, comme persévéramment obstinée dans les susdits délits, excès et erreurs, nous te déclarons de plein droit excommuniée et hérétique ; et, tes erreurs ayant été réprouvées dans une prédication publique, nous décrétons que, comme membre de Satan retranché de l’Église, infecté de la lèpre de l’hérésie, et pour empêcher que tu ne communiques ta souillure à d’autres membres du Christ, tu dois être abandonnée à la justice séculière ; et nous t’abandonnons à elle, priant ce même pouvoir que, en deçà de la mort et de la mutilation des membres, il veuille bien à ton égard modérer son jugement, et, si de vrais signes de repentir apparaissent en toi, que te soit administré le sacrement de pénitence.]

Jeanne. — Je veux tenir tout ce que l’Église ordonne et tout ce que vous, juges, voudrez dire et sentencier. Du tout j’obéirai à votre ordonnance et volonté.

L’évêque*. — Renoncez-vous à ajouter foi à vos apparitions ou révélations et à les défendre ?

Jeanne. — Puisque les gens d’Église disent que mes apparitions et révélations ne sont point à soutenir ni à croire, je ne les veux point soutenir ; mais du tout je m’en rapporte aux juges et à notre sainte mère l’Église.

L’évêque. — Eh bien ! devant les docteurs et maîtres qui nous assistent, en présence de tout ce peuple et de tout ce clergé, vous allez révoquer vos erreurs, conformément à la formule d’abjuration qui va vous être lue en langue française313.

(Suit, rédigée en français [et traduite ensuite en latin] dans le procès-verbal, la formule de l’abjuration que Jeanne aurait prononcée elle-même et signée.)

III. Abjuration et nouvelle sentence

Texte de l’abjuration : Toute personne qui a erré et failli en la foi chrétienne, et depuis, par la grâce de Dieu, est retournée en la lumière de vérité et à l’union de notre mère sainte Église, se doit moult bien garder que l’ennemi d’enfer ne la reboute et fasse recheoir en erreur et en damnation. Pour cette cause, moi Jeanne, communément appelée la Pucelle, misérable pécheresse, après ce que j’ai connu les lacs de l’erreur où j’étais tenue, et que, par la grâce de Dieu, je suis retournée à notre mère sainte Église, afin qu’on voie que, pas par feinte, mais de bon cœur et de bonne volonté, je suis retournée à elle, je confesse que j’ai très grièvement péché en feignant mensongèrement avoir eu révélations et apparitions de par Dieu, par les anges et sainte Catherine et sainte Marguerite ; en séduisant les autres ; en croyant follement et témérairement ; en faisant superstitieuses divinations ; en blasphémant Dieu, ses saints et ses saintes ; en outrepassant la loi divine, la Sainte-Écriture, les droits canons ; en portant habit dissolu, difforme et déshonnête, contre la décence de nature, et cheveux rognés en rond en guise d’homme, contre toute honnêteté du sexe de femme ; en portant aussi armure par grande présomption ; en désirant cruellement l’effusion du sang humain ; en disant que toutes ces choses je les ai faites par le commandement de Dieu, des anges et des saintes susdites ; et que, en ces choses, j’ai bien fait et n’ai point failli ; en méprisant Dieu et ses sacrements ; en faisant séditions ; en accomplissant œuvre d’idolâtrie et en invoquant de mauvais esprits. Je confesse aussi que j’ai été schismatique, et par plusieurs manières ai erré en la foi. Lesquels crimes et erreurs, de bon cœur et sans fiction, mais de la grâce de Notre-Seigneur, retournée dans la voie de la vérité, par la sainte doctrine et par le bon conseil de vous et des docteurs et maîtres que vous m’avez envoyés, j’abjure, déteste, renie, et totalement je renonce et m’en dépars. Et, sur toutes ces choses, ci devant dites, je me soumets à la correction, disposition, amendement et totale détermination de notre mère sainte Église et de votre bonne justice. Aussi, je vous jure et promets, à monseigneur saint Pierre, prince des apôtres, à notre saint-père le pape de Rome, son vicaire, et à ses successeurs, et à vous, messeigneurs, révérend père en Dieu monseigneur l’évêque de Beauvais et religieuse personne frère Jean Lemaître, vicaire de mon seigneur l’inquisiteur de la foi, comme à mes juges, que jamais, par quelques persuasions ou par autre manière, je ne retournerai aux erreurs susdites, des quelles il a plu à Notre-Seigneur me délivrer et ôter ; mais toujours demeurerai en l’union de notre mère sainte Église et en l’obéissance de notre saint-père le pape de Rome. Et ceci je dis, affirme et jure par Dieu le tout-puissant et par ces saints Évangiles. Et, en signe de ce, j’ai signé cette cédule de mon signe.

Ainsi signée : Jehanne ✝.

Le procès-verbal porte :

Sa révocation et son abjuration, telle qu’elle vient d’être reproduite, ayant été acceptée par nous, juges, nous, évêque, nous avons porté notre sentence définitive en ces termes314 :

Suit la sentence de l’évêque.

Après avoir formulé le commencement de la sentence dans les mêmes termes que ci-dessus (1er et 2e paragraphes), l’évêque continue :

Nous juges, ayant devant les yeux le Christ et l’honneur de la foi orthodoxe, afin que notre jugement soit comme un rayonnement de la face du Seigneur, nous disons et avons décrété315, que tu as été très gravement délinquante en feignant mensongèrement des révélations et apparitions divines ; en séduisant les autres ; en croyant légèrement et témérairement ; en faisant superstitieusement œuvre de devineresse ; en blasphémant Dieu et les saints ; en prévariquant la loi, la sainte Écriture et les sanctions canoniques ; en méprisant Dieu dans ses sacrements ; en excitant des séditions ; en apostasiant ; en encourant l’accusation de schisme ; en tombant dans mille erreurs touchant la foi catholique.

Mais parce que, bien des fois charitablement avertie et bien longtemps attendue, tu reviens enfin, avec le secours de Dieu, dans le sein de notre sainte mère l’Église ; parce que, d’un cœur contrit, comme nous aimons à le croire, et d’une foi non feinte, tu as de ta propre bouche révoqué tes erreurs, après qu’elles venaient d’être réprouvées dans une prédication publique, et les as abjurées de vive voix, avec toute hérésie, nous, selon la forme voulue par les sanctions ecclésiastiques, nous t’affranchissons, par les présentes, des liens de l’excommunication qui te tenaient enchaînée, pourvu cependant que tu sois revenue à l’Église avec un cœur vrai et une foi non feinte, et que tu observes ce qui t’a été enjoint ou devra l’être.

Toutefois, parce que, comme nous venons de le constater, tu as péché témérairement envers Dieu et envers la sainte Église, nous, juges, pour que tu fasses une pénitence salutaire, notre clémence et notre modération étant sauves, nous te condamnons finalement et définitivement à la prison perpétuelle, avec le pain de douleur et l’eau d’angoisse, de telle sorte que là tu pleures tes fautes et n’en commettes plus qui soient à pleurer316.

IV. Visite du vicaire inquisiteur à la prison

(Après-midi du même jour, jeudi 24 mai. — Dans la prison. — Nicolas Midi, Nicolas Loiseleur, Thomas de Courcelles et frère Isambard de la Pierre, ainsi que plusieurs autres hommes d’Église317, assistent le vice-inquisiteur.)

Le vicaire inquisiteur*. — Jeanne, nous frère Jean Lemaître, vicaire inquisiteur318, assisté des seigneurs et maîtres ici présents, nous nous sommes rendus dans votre prison pour vous exposer combien Dieu, en ce jour, vous a fait grande miséricorde, et combien miséricordieusement se sont aussi comportés envers vous les ecclésiastiques, puisqu’ils vous ont reçue en grâce et admise au pardon de notre sainte mère l’Église. En retour, Jeanne, il faut que vous vous soumettiez et que vous obéissiez humblement à la sentence et aux ordonnances des juges et des ecclésiastiques ; que vous fassiez total abandon, pour n’y jamais plus revenir, de vos erreurs et inventions passées. Au cas où vous retourneriez à vos errements, l’Église ne pourrait plus vous recevoir en sa clémence ; mais vous abandonnerait complètement. Nous ajoutons qu’il vous faut laisser là les habits d’homme et prendre des habits de femme, selon la prescription qui vous en a été faite par l’Église.

Jeanne. — Volontiers je prendrai les habits de femme, et en tout je me soumettrai et obéirai aux gens d’Église.

Des vêtements de femme lui ayant été présentés, Jeanne a immédiatement quitté ses habits d’homme pour les revêtir. En même temps, elle a volontiers permis qu’on lui enlevât et rasât ses cheveux qu’elle portait précédemment taillés en rond.

Notes

  1. [304]

    La minute seule nomme Gastinel.

  2. [305]

    [Assistentibus] quam pluribus aliis.

  3. [306]

    Le procès-verbal porte :

    In primis solemnem prædicationem per magistrum Guillelmum Erardi, virum egregium, sacræ theologiæ doctorem, ad salutarem admonitionem ipsius Johannæ et totius populi cujus illic erat copiosa multitudo, pronuntiari fecimus.

  4. [307]

    Les développements où dut entrer Guillaume Érard dans son sermon ne nous sont pas donnés.

  5. [308]

    Texte officiel du procès :

    Qua quidem prædicatione finita, præfatus doctor eamdem Johannam hujuscemodi verbis allo cutus est.

    Minute :

    Post prædicationem, dominus prædicator dixit eidem Johannæ.

  6. [309]

    À partir de ces mots, j’ai paraphrasé le texte en restant dans son esprit. Le procès-verbal porte simplement :

    Et de hoc fuit monita per nos usque ad trinam monitionem.

    Et de ce elle fut admonestée par nous jusqu’à la troisième monition.

  7. [310]

    Deinceps, cum dicta mulier aliud dicere non vellet, nos episcopus prædictus incepimus proferre sententiam nostram definitivam.

    Enfin, comme la dite femme ne voulait rien dire d’autre, nous évêque susdit nous avons commencé à prononcer notre sentence définitive.

  8. [311]

    Ut de vultu Domini judicium nostrum prodeat.

  9. [312]

    D’après les paroles que va prononcer Jeanne, il me paraît probable que c’est jusqu’à cet endroit que fut lue la sentence. Le procès-verbal porte :

    Incepimus proferre sententiam nostram definitivam.

    Nous avons commencé à prononcer notre sentence définitive ;

    et une note marginale renvoie au texte complet de la sentence qui se trouve à la fin du procès :

    Dicta sententia est scripta in fine hujus libri.

    À la fin du procès, là où se trouve le texte de la sentence, une note marginale placée à côté des mots : In nomine Domini, amen Au nom du Seigneur, ainsi soit-il, porte :

    Ista sententia fuit in parte pronuntiata ante abjurationem.

    Cette sentence fut en partie prononcée avant l’abjuration.

    Mais à quelle partie de la sentence l’évêque s’est-il arrêté ? Le procès-verbal ne le précise pas. Il indique seulement qu’elle avait été lue en grande partie au moment où Jeanne prit la parole :

    Quam cum pro magna parte legissemus eadem Johanna incepit loqui.

    De plus, en marge, les manuscrits contiennent une nouvelle note ainsi conçue :

    Ante finem sententiæ Johanna, timens ignem, dixit se velle obedire Ecclesiæ.

    Avant la fin de la sentence, Jeanne, craignant le feu, a dit qu’elle voulait obéir à l’Église.

    Au reste, j’ai cru devoir traduire ici la sentence dans son entier, en barrant la fin à partir de l’endroit où la lecture dut être interrompue.

  10. [313]

    Le procès-verbal porte :

    Tunc quoque, præsentibus prænominatis et in conspectu copiosæ multitudinis cleri et populi fecit et protulit revocationem et abjurationem, secundum formam schedulæ sibi tunc lectæ, verbis gallicis confectæ, quam ipsamet etiam pronunciavit, atque ipsam schedulam propria manu signavit, sub forma quæ sequitur.

    Alors, étant présents les susnommés et à la vue d’une multitude considérable de clergé et de peuple, elle fit et formula la révocation et l’abjuration selon la forme de la cédule qui alors lui fut lue, rédigée en langue française. Elle prononça cette abjuration de sa propre bouche, et signa de sa propre main ladite cédule, dont le texte suit.

  11. [314]

    Tandem vero sua revocatione et abjuratione, ut præfertur, per nos judices recepta, nos, episcopus præfatus, protulimus sententiam nostram definitivam in hunc modum.

  12. [315]

    Dicimus et decrevimus.

  13. [316]

    In perpetuum carcerem, cum pane doloris et aqua tristitiæ, ut ibi commissa defleas et deflenda postea non committas ; gratia et moderatione nostris salvis, finaliter et definitive condemnamus.

  14. [317]

    Minute :

    Et plures alii viri ecclesiastici.

  15. [318]

    Le procès-verbal porte :

    Nos, frater, etc., accessimus ad locum carceris in quo protunc dicta Johanna aderat, sibique per nos et per assistentes fuit expositum…

    Nous, frère, etc., nous nous sommes rendus au lieu de la prison où Jeanne était alors, et il lui a été exposé par nous et par ceux qui nous assistaient.

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