#Opinion sur le procès
14 témoins :
- Guillaume Manchon, principal notaire du procès
- Pierre Miget
- Isambert de La Pierre
- Nicolas de Houppeville
- André Marguerie
- Richard de Grouchet
- Martin Lavenu
- Jean Le Fèvre
- Thomas Marie
- Guillaume de la Chambre
- Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne
- Jean Lemaire
- Pierre Cusquel
- Laurent Guesdon, alors lieutenant du bailli de Rouen
Guillaume Manchon(principal notaire du procès)
- Enquête du cardinal d’Estouteville (2 mai 1452)
Elle fut jugée avec haine et hostilité et non pas selon la vérité ; c’est pourquoi il vit plusieurs personnes pleurer après sa condamnation.
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
De même Jean Lohier fut sollicité pour donner son avis ; devant Cauchon il dit que le procès était nul pour plusieurs raisons : 1. il ne se déroulait pas en lieu sûr et Jeanne n’était pas gardée dans une prison d’Église ; 2. on y traitait de la cause d’un roi absent et non cité. Voyant que ses paroles ne plaisaient pas à l’évêque et aux seigneurs anglais, Lohier ne voulut pas attendre davantage et quitta Rouen le lendemain pour la cour de Rome.
Elle répondait parfois savamment et parfois avec simplicité. Croit qu’elle n’aurait pas été capable de se défendre seule contre tant de docteurs si elle n’avait été inspirée.
Pierre Miget
- Enquête du cardinal d’Estouteville (2 mai 1452)
La majorité de ceux qui virent son exécution la plaignirent, disant qu’on procédait injustement et par haine.
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Croit qu’elle était naïve au point de penser que les Anglais ne cherchaient pas sa mort et d’espérer s’en sortir moyennant argent.
En raison de la haine des Anglais le procès peut à bon droit être dit injuste et par conséquent la sentence injuste.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Elle paraissait simple et aussi bonne catholique qu’une autre.
Attendu la haine des Anglais on peut déclarer le procès et donc la sentences injustes.
Ignore tout des habits d’homme qui furent apportés. Avoir porté un vêtement d’homme ne valait pas d’être jugée hérétique ; c’est au contraire, la juger hérétique pour cette seule raison qui devrait être puni de la peine du talion.
Beaucoup d’assesseurs étaient fort irrités par la sentence rigoureuse et mauvaise. Pour la voix publique le jugement était mauvais.
Isambert de La Pierre
- Enquête du cardinal d’Estouteville (3 mai 1452)
Les Anglais cherchaient à déshonorer le roi de France.
Jeanne était bonne et vraie catholique. Elle n’était ni hérétique, ni schismatique, comme on le lui reprochait dans un libelle qui lui avait été remis.
Quand elle parlait du royaume et de la guerre, elle paraissait mue par le Saint Esprit ; mais, quand elle parlait de sa personne, elle imaginait parfois. En tout cas, ses dits ne pouvaient la condamner comme hérétique ; s’en rapporte au procès.
Nicolas de Houppeville
- Enquête du cardinal d’Estouteville (8 mai 1452)
Le croit véridique et que la constance de Jeanne avait convaincu beaucoup de gens des secours spirituels reçus par elle.
Déclare, comme il l’a senti et le sent encore, on doit parler de persécution voulue et recherchée, plutôt que de jugement.
Croit que Jeanne fut bonne catholique et communia le matin de l’exécution.
- Enquête à Paris et à Rouen (13 mai 1456)
Croit que Jeanne fut bonne catholique.
Croit que tout fut fait par haine du roi de France et pour le diffamer. On disait que le procès était nul, et Jeanne victime d’une très grande injustice.
André Marguerie
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Estime que Jeanne était avisée dans certaines de ses réponses.
Croit plutôt le contraire, car il a entendu Jeanne dire que ses convictions ne venaient de personnes, prélats ou Pape, mais uniquement de Dieu. C’est sans doute pourquoi on chercha sa rétractation.
Ne sait rien, ni si elle a été condamnée injustement, ni si quelque injustice fut commise.
Richard de Grouchet
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Elle était ignorante du droit et de la procédure ; mais répondait avec sagesse et très exactement. Il entendit dire à l’abbé de Fécamp qu’un grand clerc aurait bien pu faillir dans les réponses aux interrogations difficiles qui lui étaient faites.
La sentence lui a toujours paru injuste, et la condamnation injustifiée. S’en rapporte au droit.
Martin Lavenu
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
Elle était très ignorante, savait à peine le Pater noster ; l’a entendue parfois répondre avec foi et sagesse.
Déclare qu’il était évident pour les juges qu’elle s’était soumise à la décision de l’Église et qu’elle était fidèle catholique et pénitente ; c’est avec leur autorisation sur leur ordre, qu’il donna la communion à Jeanne.
Croit que si elle avait tenu le parti des Anglais, on n’aurait pas ainsi procédé contre elle.
Entendit le bourreau dire qu’elle avait été condamnée à mort d’une manière abusive.
Jean Le Fèvre
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
A dit tout ce qu’il sait ; pour la nullité de la sentence s’en rapporte au droit.
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Jeanne était en prison au château de Rouen, mais ignore dans quelles conditions. Il déplaisait fort à plusieurs assesseurs qu’elle ne soit pas en prison d’Église ; lui-même murmura plusieurs fois, jugeant irrégulier qu’ayant été livrée à l’Église on l’ait remise à des laïcs, et surtout des Anglais ; plusieurs étaient de cette opinion, mais personne n’osait en parler.
Thomas Marie
- Enquête du cardinal d’Estouteville (9 mai 1452)
A entendu de plusieurs assistants au procès qu’elle répondait avec autant de sagesse aux questions que l’aurait fait un excellent clerc.
Déclare que où il n’y a pas libre arbitre, ni procès ni sentence ne valent ; mais ne peut rien dire d’autre que sa déposition ci-dessus si les juges et les assesseurs furent libres.
Guillaume de la Chambre
- Enquête à Paris et à Rouen (2 avril 1456)
A entendu dire que les Anglais la poussèrent à reprendre son habit d’homme, que ceux de femme lui furent enlevés et remplacés ceux d’homme. C’est pourquoi on disait que Jeanne avait été injustement condamnée.
Jean Pasquerel(aumônier de Jeanne)
- Enquête à Paris et à Rouen (4 mai 1456)
Est stupéfait que de si grands docteurs, comme ceux qui la vouèrent à la mort en la ville de Rouen, aient osé faire mourir une chrétienne, aussi modeste et simple, d’une manière si cruelle et sans cause, du moins sans cause suffisante pour la faire mourir ; ils auraient pu la garder en prison ou ailleurs. Mais ils étaient ses ennemis mortels, et rendirent un jugement injuste.
Jean Lemaire
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Le bruit courait à Rouen que les Anglais avaient fait faire le procès contre Jeanne à cause de la haine et de la crainte qu’ils en avaient. Dans le procès et les sentences, la justice fut très offensée. On disait plusieurs assesseurs dégoûtés du procès ; certains furent en grand danger de mort, notamment Pierre Morice, l’abbé de Fécamp et Nicolas Loiseleur.
Pierre Cusquel
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Ce procès fut fait non pour la foi ou la justice, mais par haine et à cause de la crainte qu’inspirait Jeanne aux Anglais. Le tribunal procédait avec partialité et sur les instances des Anglais.
Il entendit toute sorte de bruits au sujet de la reprise de l’habit d’homme. André Marguerie avait déclaré qu’il fallait bien rechercher la vérité sur le changement d’habit mais quelqu’un lui dit de se taire au nom du diable.
Personne n’aurait osé conseiller ou aider Jeanne.
Jeanne fut brûlée au Vieux Marché après une prédication. Il ne voulut pas y assister, son cœur n’aurait pu le supporter, par pitié pour Jeanne. Presque tout le monde disait que Jeanne avait subi un grand outrage et une injustice.
Il vit secrétaire du roi d’Angleterre Jean Tressart revenir du supplice, triste et plein d’affliction, déplorant la scène à laquelle il avait assisté ; il disait : Nous sommes tous perdus, car une sainte a été brûlée !
; selon lui l’âme de Jeanne dans la main de Dieu, car au milieu des flammes elle criait toujours le nom de Jésus.
Après la mort de Jeanne les Anglais firent recueillir ses cendres et les firent jeter dans la Seine : car ils avaient craint son évasion, et craignaient qu’on ne crût à une évasion.
Laurent Guesdon(alors lieutenant du bailli de Rouen)
- Enquête à Paris et à Rouen (12 mai 1456)
Ignore l’intention des juges, mais croit que si Jeanne avait été du parti anglais, on n’aurait pas procédé pareillement contre elle.