Dépositions de Nicolas de Houppeville
A été entendu 2 fois :
1452 :
1456 :
Messire Nicolas de Houppeville, bachelier en théologie, natif de Rouen, âgé d’environ 60 ans, entendu le 8 mai 1452.
Art. 1. Les Anglais haïssaient Jeanne pour les avoir combattus, et voulaient la faire mourir
Le croit véridique ; jamais il n’estima que les Anglais agissaient par zèle de foi ou pour ramener Jeanne à une bonne ligne de conduite.
Art. 2. Les Anglais la craignaient
Le croit véridique ; la renommée publique était telle dans toute la cité.
Art. 3. Les Anglais organisèrent un faux procès de foi à Rouen où ils étaient maîtres
Confirme le début de l’article.
Quant à la crainte et aux pressions, n’y croit pas quant aux juges ; croit au contraire qu’ils ont agi volontairement, surtout l’évêque de Beauvais. Il vit celui-ci revenir, après avoir conduit Jeanne, racontant sa mission au roi et au sire de Warwick, et dire, joyeux et exultant, certaines paroles qu’il ne comprit pas ; ensuite l’évêque parla en secret avec le comte de Warwick, mais ce qu’il dit alors le témoin l’ignore. [La mission au roi est probablement son ambassade auprès du duc de Bourgogne pour obtenir Jeanne. Cauchon s’entretenait directement avec Henri VI.]
Art. 4. Juges et conseillers agirent sous leur menace
Pense que la plupart des assesseurs ont agi sans contrainte ; pour les autres, croit que plusieurs avaient peur, comme Pierre Minier, dont l’avis déplut à Cauchon, disant qu’à son avis maître Pierre Minier n’aurait pas dû mêler droit canonique et théologie, et qu’il aurait dû laisser le droit canonique aux juristes.
A entendu dire que Warwick aurait menacé de noyade frère Isambard de La Pierre, car il tentait de diriger les paroles de Jeanne pour qu’elle les répétât ensuite aux notaires ; croit l’avoir entendu de la bouche du sous-inquisiteur Lemaître, du même ordre que La Pierre (Frères prêcheurs).
Lui-même fut convoqué au procès mais fut renvoyé par Cauchon parce qu’il avait dit auparavant, en parlant avec maître Michel Colles [est-ce le notaire Guillaume Colles, dit Boisguillaume ?], qu’il était périlleux d’engager ledit procès pour plusieurs raisons, paroles qui furent répétées à l’évêque ; l’évêque le fit mettre en prison et on l’aurait peut-être exilé en Angleterre sans l’intervention de l’abbé de Fécamp et de quelques amis qui obtinrent sa libération.
De même il sait avec certitude que le sous-inquisiteur avait très peur, et il le vit très embarrassé pendant le procès.
Art. 5. Les notaires ne purent écrire fidèlement les paroles de Jeanne
Jean Lemaître lui rapporta que Jeanne se plaignit une fois des questions difficiles, et d’être trop tourmentée par des questions ne concernant pas le procès.
Art. 6. Les notaires devaient retrancher les paroles qui la justifiaient et en ajouter d’autres qui l’accablaient
A entendu dire qu’on interdisait aux notaires d’écrire certaines de ses paroles.
Art. 7. Aucun conseiller n’osa la défendre par crainte pour sa vie
Le croit véridique et conforme à la rumeur publique.
Art. 8. Jeanne était confiée à la garde des Anglais, entravée de fer et isolée
Sait que Jeanne était dans la prison du château et gardée par des Anglais seulement. Confirme la rumeur.
Art. 9. Jeune fille d’environ 19 ans, Jeanne était inapte à se défendre seule
Le croit véridique et que la constance de Jeanne avait convaincu beaucoup de gens des secours spirituels reçus par elle.
Art. 10. Les Anglais allaient la nuit feindre des révélations pour l’inciter à ne pas se soumettre à l’Église
Entendit dire qu’on introduisit auprès d’elle certains individus feignant d’être des soldats du roi de France, pour la persuader de ne pas se soumettre au jugement de l’Église, et que c’est pour cette raison que Jeanne varia ensuite dans sa soumission à l’Église.
Art. 11. Les interrogatoires étaient difficiles
Dépose comme à l’article 5 ; il tient de Lemaître qu’elle se plaignait de questions trop difficiles et hors du sujet.
Art. 12. Les interrogatoires étaient longs et éprouvants
Le croit véridique ; on prétendait que les interrogatoires étaient partiels et captieux.
Art. 13. Jeanne affirma souvent ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique
Le croit véridique, cf. réponses précédentes.
Art. 14. Jeanne déclara plusieurs fois soumettre ses paroles et ses actes à l’Église et au pape
Le croit véridique et conforme à la rumeur publique.
Art. 15. Les Anglais interdirent que soient écrites ses paroles de soumission
S’en rapporte au procès.
Art. 16. Il fut écrit au contraire qu’elle refusa de se soumettre
S’en rapporte au procès.
Art. 17. Si certaines paroles paraissent suggérer qu’elle refusa de se soumettre, c’est qu’elle comprenait l’Église comme les ecclésiastiques du tribunal, partisans des Anglais
Renvoie à sa réponse à l’article 10.
Art. 18. La traduction en latin retrancha des paroles qui la justifiaient et en ajouta qui l’accablaient
L’ignore.
Art. 19. Le tribunal jugea sous la crainte
Déclare, comme il l’a senti et le sent encore, on doit parler de persécution voulue et recherchée, plutôt que de jugement.
Art. 20. Le procès est mensonger, incomplet et vicié
S’en rapporte au procès.
Art. 21. Les juges n’ayant pas suivi le droit étaient incompétents
Renvoie à sa réponse à l’article 19.
Art. 22. Jeanne n’eut pas la possibilité de se défendre
Le croit véridique.
Art. 23. En lui accordant la communion les juges reconnaissaient qu’elle s’était soumise
Croit que Jeanne fut bonne catholique et communia le matin de l’exécution.
Croit vrai le reste de l’article.
Art. 24. Les Anglais la brûlèrent sans sentence séculière
Déclare avoir vu Jeanne pleurant beaucoup au sortir du château, et conduite au lieu du supplice et de la dernière prédication par cent vingt hommes environ, dont quelques-uns portaient des massues et d’autres des glaives ; aussi, mû de compassion, il ne voulut pas aller jusqu’au lieu du supplice.
Art. 25. Jeanne se comporta en bonne catholique jusqu’à son dernier souffle ; tous les assistants pleurèrent, même les Anglais
Le croit véridique et conforme à la rumeur.
Art. 26. Les Anglais agirent par haine de Jeanne et pour déshonorer le roi de France très chrétien
Le croit véridique.
La rumeur à Rouen était que les Anglais procédaient par haine et peur, et aussi pour déshonorer le roi de France.
Art. 27. Tous ces points sont notoires et admis, tant à Rouen que dans le royaume de France
Contient la vérité, sans contredit.
Maître Nicolas de Houppeville, maître ès arts et bachelier en théologie, âgé d’environ 65 ans. Précédemment interrogé [date non indiquée, le 19 décembre d’après la relation d’exécution] et réinterrogé le 13 mai.
Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne
N’eut connaissance de Jeanne et de sa famille qu’au moment du procès.
Elle paraissait vingt ans ; était simple et ignorante du droit ; pas en état de se défendre elle-même, elle conservait cependant une grande fermeté : beaucoup en déduisaient qu’elle avait un soutien spirituel.
Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture
N’a jamais estimé que Cauchon procédait pour la foi ou la justice, afin de ramener Jeanne dans le bon chemin, mais par haine contre elle, car elle favorisait le parti du roi de France ; il n’agissait non par crainte mais volontairement. Certains participèrent par complaisance envers les Anglais, les autres par craintes. — L’avis de Pierre Minier n’avait pas été agréable à Cauchon.
Pression contre La Pierre Tient du sous-inquisiteur Le Maistre, que Warwick menaça le frère Ysambert de La Pierre de le noyer dans la Seine, s’il continuait de conseiller Jeanne et de rapporter ses paroles aux notaires.
Pression contre lui-même Au début du procès il participa à quelques délibérations ; il fut d’avis que le tribunal était incompétent, attendu que les juges était du parti opposé à Jeanne, et qu’elle avait déjà été interrogée par le clergé de Poitiers et par l’archevêque de Reims, métropolitain de l’évêque de Beauvais. Cet avis provoqua la colère de Cauchon qui le fit citer devant lui ; il comparut, affirma qu’il ne lui était pas soumis, et que son juge était, non pas l’évêque, mais l’official de Rouen, et se retira. Comme il allait comparaître devant l’official de Rouen, il fut pris et enfermé dans la prison royale. Il demanda ce qu’il faisait là, on lui répondit que c’était à la requête de Cauchon ; il se douta que c’était à cause de sa prise de position, ce que lui confirma son ami Jean de La Fontaine en lui faisant parvenir un billet. On parla alors de l’exiler en Angleterre ou ailleurs, mais l’abbé de Fécamp et quelques amis parvinrent à le faire sortir de prison.
Pression sur Lemaître Frère Jean Le Maistre n’intervenait à ce procès que forcé, et plein de crainte ; il le vit extrêmement embarrassé pendant ce procès.
Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération
Jeanne était en prison au château de Rouen, gardée par les Anglais.
Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires
Il n’assista pas au procès, mais tient du sous-inquisiteur Jean Lemaître que Jeanne se plaignit qu’on la harcelait trop de questions difficiles et hors de propos. — Le bruit courait qu’on interdisait aux notaires d’écrire certaines des paroles de Jeanne.
S’en rapporte au procès.
Art. 22. Emploi de notaires cachés et de conseillers déguisés
On disait que certaines personnes, se faisant passer pour hommes d’armes partisans du roi de France, furent introduits secrètement auprès de Jeanne, pour la persuader de ne pas se soumettre à l’Église, et que sinon les juges poursuivraient leur procès. C’est à cause de ces conseils qu’elle aurait varié plusieurs fois sur le fait de la soumission. Nicolas Loyseleur aurait été l’un de ces trompeurs.
Religion de Jeann Croit que Jeanne fut bonne catholique.
Art. 28-33. Deuxième sentence et supplice
Elle communia le jour de sa mort.
Il la vit sortir du château pour aller au lieu du supplice toute en pleurs ; plus de cent vingt hommes d’armes la conduisaient, dont les uns portaient des lances, les autres des glaives. Mû par la compassion, il n’eut pas la force d’aller jusqu’au lieu du supplice.
Opinion sur le procès Croit que tout fut fait par haine du roi de France et pour le diffamer. On disait que le procès était nul, et Jeanne victime d’une très grande injustice.
A entendu maître Pierre Minier dire que son avis cosigné avec Richard de Grouchet et Pierre Pigache avait été écarté, parce qu’ils ne plaisaient pas, et qu’ils alléguaient le Décret de Gratien.