Déposition de Guillaume de la Chambre
Voir : Guillaume de La Chambre (~1403–?)
Interrogé une fois en 1456.
Maître Guillaume de la Chambre, maître ès arts et en médecine, âgé d’environ 48 ans.
Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne
N’a connu Jeanne que pendant son procès, auquel il assista plusieurs fois. — C’était une bonne jeune fille. Il apprit ensuite de Pierre Maurice, qui avait entendu Jeanne en confession, qu’il n’avait jamais entendu pareille confession, qu’elle fût d’un docteur ou de quiconque. Il en déduit que Jeanne marchait selon la justice et saintement avec Dieu.
Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture
Sur la passion des juges, s’en rapporte à leur conscience.
Lui-même n’a jamais donné son opinion au cours du procès, bien qu’il eût souscrit, forcé par Cauchon [il fait référence à la dernière délibération du 29 mai]. Il s’était excusé plusieurs fois que ce n’était pas de son métier d’opiner sur un tel sujet ; mais on lui fit savoir que s’il ne souscrivait pas comme les autres il lui arriverait malheur ; et il souscrivit. — De même Jean Lohier et Nicolas de Houppeville furent menacés d’être noyés, s’ils refusaient d’assister au procès.
Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération
Jeanne se trouvait dans la prison du château de Rouen ; il l’y vit.
Art. 10. Dissimulation de l’examen de virginité
A entendu dire que Jeanne avait été examinée pour savoir si elle était vierge et trouvée telle. — Lui-même put constater selon la science médicale, qu’elle était intacte et vierge. En effet il la visita pour une maladie, la vit presque nue, la palpa aux reins et, autant qu’il put voir, elle était très étroite.
Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires
A vu une fois Jeanne, interrogée par l’abbé de Fécamp, être coupée de manière intempestive par Jean Beaupère qui lui posait d’autres questions. Elle ne voulut pas tout répondre en même temps et se plaignit qu’on lui faisait une grande injustice en la poursuivant ainsi, et qu’elle avait déjà répondu à ces questions.
Maladie Le cardinal d’Angleterre et le comte de Warwick l’envoyèrent chercher, ainsi que Guillaume Desjardins et d’autres médecins. Warwick leur dit qu’on disait Jeanne malade et nous ordonna de l’examiner et de la guérir, car le roi ne voulait à aucun prix qu’elle mourût de mort naturelle : il l’avait achetée cher, et ne voulait pas qu’elle mourût sans être jugée et brûlée. Le témoin et les autres médecins allèrent alors la voir ; lui-même et Desjardins la palpèrent sur le flanc droit et la trouvèrent fiévreuse ; ils préconisèrent une saignée mais Warwick s’y opposa : Gardez-vous de la saigner, car elle est rusée et pourrait se faire mourir.
Néanmoins elle fut saignée et aussitôt après guérie. — Sur ce arriva un certain Estivet, qui invectiva violemment Jeanne, l’appelant putain, paillarde, si bien qu’elle retomba malade. Warwick interdit à d’Estivet de l’injurier de nouveau.
Art. 15. Poursuite du procès après la récusation des juges et l’appel au pape
Se rappelle que lors d’un interrogatoire elle dit à Cauchon et aux autres qu’ils n’étaient pas ses juges.
Art. 17-18. Soumission à l’Église
A entendu Jeanne se soumettre au pape.
Art. 20-21. Infidélité des douze articles
Ignore qui a forgé les douze articles et ne croit pas avoir donné son avis dessus.
Art. 23-25. Première sentence et abjuration
Était présent lors du sermon de Guillaume Evrard mais ne se rappelle pas de sa teneur. Se souvient bien de l’abjuration de Jeanne ; elle hésitait beaucoup et Evrard la poussait, disant que si elle suivait ses conseils elle serait libérée de sa prison. Elle le fit sous cette condition, et non autrement. Elle lut alors une petite cédule de six ou sept lignes sur une feuille de papier double ; le témoin était si près qu’il pouvait vraiment voir les lignes et leur forme.
Art. 26-27. Reprise des habits d’homme.
A entendu dire que les Anglais la poussèrent à reprendre son habit d’homme, que ceux de femme lui furent enlevés et remplacés ceux d’homme. C’est pourquoi on disait que Jeanne avait été injustement condamnée.
Art. 28-33. Deuxième sentence et supplice
Fut présent lors de la dernière prédication, faite au Vieux Marché de Rouen par maître Nicolas Midi. Après ce sermon, Jeanne fut brûlée. Le bois pour la brûler était déjà en place ; elle faisait si pieuses lamentations et exclamations que plusieurs pleuraient ; mais quelques Anglais riaient. Il l’entendit s’exclamer quelque chose comme : Ah !Rouen ! J’ai grand peur que tu n’aies à souffrir de ma mort !
. Ensuite elle se mit à crier : Jésus
, et à invoquer saint Michel ; puis enfin disparut dans le feu.