Dépositions de Guillaume Manchon (principal notaire du procès)
Messire Guillaume Manchon, prêtre, notaire de la cour archiépiscopale de Rouen, âgé d’environ 58 ans, entendu le mardi 2 mai 1452.
Art. 1. Cauchon haïssait Jeanne car elle avait combattu les Anglais
Véridique [affirme par serment que l’article est véridique] ; car l’a entendu et compris par les actes, et cela est notoire.
Art. 2. Cauchon négocia son rachat en donnant la priorité aux Anglais sur l’Église
Véridique ; a entendu que Jeanne avait été prise par un homme du comte de Ligny, conduite au château de Beaurevoir, détenue trois mois ; puis conduite à Rouen en vertu de lettres de Henri VI et Cauchon.
Art. 3. Les Anglais voulaient sa mort car elle les terrorisaient
Croit que si Jeanne avait été du parti des Anglais, ils n’auraient pas procédé aussi rigoureusement.
Art. 4. Cauchon confia Jeanne à la garde des Anglais plutôt qu’à l’Église
Cauchon tenait le parti des Anglais ; lui-même vit Jeanne enchaînée avant le début du procès, puis confiée à quatre gardes anglais désignés par les deux juges (Cauchon et Lemaître). Jeanne était traitée cruellement et les instruments de torture lui furent montrés à la fin du procès.
Elle portaient des vêtements d’homme et disait les garder pour se protéger des gardes ; elle s’est plainte aux juges et à Loiseleur qu’un gardien avait voulu la violer ; Warwick intervint, menaça les gardiens en cas de récidive, et en remplaça deux.
Art. 5. Cauchon avait été récusé par Jeanne
S’en rapporte au droit ; on disait qu’elle avait été prise hors de son diocèse et donc de sa juridiction. Il procéda jusqu’à la sentence définitive, comme cela est contenu dans le procès.
Art. 6. Jeanne était bonne et catholique, allant à la messe et se confessant souvent
Déclare n’avoir jamais rien vu d’hérétique chez Jeanne ; au contraire elle demandait à entendre la messe et à se confesser.
Sur la question du vêtement d’homme et des visions, il s’en rapporte aux gens savants.
Elle fut jugée avec haine et hostilité et non pas selon la vérité ; c’est pourquoi il vit plusieurs personnes pleurer après sa condamnation.
À la fin de sa vie elle s’abandonna avec grand dévotion à Dieu, à la bienheureuse Vierge Marie et aux saints.
Art. 7. Elle s’était plusieurs fois soumise à l’Église ; ce qu’elle disait paraissait procéder d’un esprit plutôt bon que mauvais
S’en rapporte au procès.
Art. 8. Elle comprenait la soumission à l’Église comme la soumission aux ecclésiastiques du tribunal, partisans des Anglais
S’en rapporte aux réponses de Jeanne contenues au procès.
Six semaines avant la sentence, Jean de la Fontaine et deux dominicains allèrent la persuader de se soumettre à l’Église, car elle ne paraissait pas comprendre la nature de l’Église. La Fontaine dut s’enfuir, les deux autres furent longtemps tourmentés. — Jean Lohier, voyant par les autres qu’on ne pouvait juger en sûreté, dit qu’on ne procédait pas bien et quitta le procès.
Art. 9. Elle fut jugée relapse malgré sa soumission à l’Église
S’en rapporte au procès.
Art. 10. Elle fut forcée de remettre un habit d’homme et pour cela fut jugée relaspe
S’en rapporte au droit. Dit qu’après la première sentence, Jeanne reprit volontiers ses habits de femme et demanda son transfert en prison d’Église. Elle remit ensuite ses habits d’homme, disant pour s’excuser qu’elle ne l’aurait pas fait si elle avait été mise dans une prison d’Église, mais qu’elle n’avait pas osé rester en vêtements féminins avec les gardiens anglais.
Art. 11. Ses juges la condamnèrent au feu par complaisance ou crainte des Anglais
S’en rapporte au droit.
Art. 12. Tous ces points sont notoires et admis, tant à Rouen que dans le royaume de France
N’en sait pas plus que la rumeur publique.
Ajoute que, comme notaire, il était chargée d’écrire les réponses de Jeanne ; qu’il arriva que deux autres notaires cachés écrivaient en omettant toutes les justifications ; et que les juges voulurent qu’il rédigeât à leur guise, ce qu’il ne fit pas.
Messire Guillaume Manchon, prêtre, curé de l’église paroissiale de Saint-Nicolas le Painteur de Rouen, âgé d’environ 57 ans, entendu le 8 mai 1452.
Art. 1. Les Anglais haïssaient Jeanne pour les avoir combattus, et voulaient la faire mourir
Le croit véridique.
Art. 2. Les Anglais la craignaient
Le croit véridique.
Art. 3. Les Anglais organisèrent un faux procès de foi à Rouen où ils étaient maîtres
Corrobore le transfert de Jeanne dans la prison du château de Rouen et le procès mené par Cauchon/Lemaître.
Il en fut lui-même le notaire, sur l’injonction du Grand conseil du roi d’Angleterre, et il n’aurait pas osé désobéir à un ordre des seigneurs de ce conseil.
Cauchon procéda sans contrainte mais volontairement ; il convoqua Lemaître qui n’osa s’y opposer. Les Anglais poussaient à ce procès, qui fut conduit à leurs frais.
Art. 4. Juges et conseillers agirent sous leur menace
Pour les juges, renvoie à sa réponse 3.
Le promoteur [d’Estivet] agit sans contrainte mais volontairement. Les assesseurs convoqués n’auraient pas osé s’y opposer. Pour le reste s’en rapporte à leur conscience.
Art. 5. Les notaires ne purent écrire fidèlement les paroles de Jeanne
Durant une longue période du procès, deux autres écrivains se tenaient cachés près d’une fenêtre ; après le déjeuner les notaires et les docteurs se réunissaient pour mettre au propre les notes du matin, et Manchon était incité à corriger son rapport d’après celui desdits écrivains : mais il n’a rien changé, mais a écrit fidèlement.
Il se rappelle que lorsqu’un désaccord surgissaient au cours d’une de ces réunions, Jeanne était réinterrogée et confirmait la version de Manchon, comme on peut le voir par l’inspection du procès.
Art. 6. Les notaires devaient retrancher les paroles qui la justifiaient et en ajouter d’autres qui l’accablaient
Renvoie à sa réponse 5.
Art. 7. Aucun conseiller n’osa la défendre par crainte pour sa vie
Aux environs de la semaine sainte, Jean de La Fontaine, assistant de Cauchon, frères Ysembart de La Pierre et Martin Lavenu, dominicains et assistants de Lemaître, poussés par la pitié, allèrent voir Jeanne dans sa prison ; et ils la persuadèrent de se soumettre à l’Église, sans quoi elle serait en danger de mort. Cauchon et Warwick l’apprirent et entrèrent dans une extrême colère ; en danger de mort, La Fontaine quitta la ville, les deux frères furent protégés par Lemaître. [La Fontaine n’apparaît plus au procès-verbal après le 28 mars.]
De même Jean Lohier fut sollicité pour donner son avis ; devant Cauchon il dit que le procès était nul pour plusieurs raisons : 1. il ne se déroulait pas en lieu sûr et Jeanne n’était pas gardée dans une prison d’Église ; 2. on y traitait de la cause d’un roi absent et non cité. Voyant que ses paroles ne plaisaient pas à l’évêque et aux seigneurs anglais, Lohier ne voulut pas attendre davantage et quitta Rouen le lendemain pour la cour de Rome.
Art. 8. Jeanne était confiée à la garde des Anglais, entravée de fer et isolée
Véridique ; il y avait quatre ou cinq gardiens, dont l’un était le chef.
Art. 9. Jeune fille d’environ 19 ans, Jeanne était inapte à se défendre seule
Croit que Jeanne avait l’âge indiqué.
Elle répondait parfois savamment et parfois avec simplicité. Croit qu’elle n’aurait pas été capable de se défendre seule contre tant de docteurs si elle n’avait été inspirée.
Art. 10. Les Anglais allaient la nuit feindre des révélations pour l’inciter à ne pas se soumettre à l’Église
A entendu dire que seul Nicolas Loiselleur, feignant être du parti de Jeanne, avait accès auprès d’elle ; alors il l’interrogeait et rapportait toutes ses paroles au tribunal.
Art. 11. Les interrogatoires étaient difficiles
S’en rapporte au procès.
Art. 12. Les interrogatoires étaient longs et éprouvants
Jeanne était interrogée deux ou trois heures le matin, et parfois encore l’après-midi ; elle était très fatiguée par ces interrogatoires.
Sur l’intention des juges s’en remet à leur conscience ; mais ils lui faisaient en l’interrogeant les questions les plus subtiles qu’ils pouvaient trouver.
Art. 13. Jeanne affirma souvent ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique
Jeanne demanda à entendre la messe aux Rameaux et à Pâques ; elle demanda à se confesser et à communier ; on lui refusa la communion, ce dont elle se plaint, mais on lui permit de se confesser audit Loiselleur, qui en cela agissait avec fausseté.
Croit le reste est véridique et en partie contenu au procès.
Art. 14. Jeanne déclara plusieurs fois soumettre ses paroles et ses actes à l’Église et au pape
S’en rapporte au procès ; l’entendit plusieurs fois.
Art. 15. Les Anglais interdirent que soient écrites ses paroles de soumission
[Réponse groupée aux articles 15, 16.]
A écrit tout ce qu’il a entendu.
Déclare que lorsqu’on pressait Jeanne de se soumettre à l’Église et lorsque frère Ysambart de La Pierre la persuadait de se soumettre au concile général, avoir entendu l’évêque de Beauvais dire au frère Bardin : Taisez-vous, au nom du diable !
Et cela se passait en justice, quand Jeanne était interrogée.
Art. 16. Il fut écrit au contraire qu’elle refusa de se soumettre
[Cf. 15.]
Art. 17. Si certaines paroles paraissent suggérer qu’elle refusa de se soumettre, c’est qu’elle comprenait l’Église comme les ecclésiastiques du tribunal, partisans des Anglais
Jeanne ne comprenait pas la différence entre l’Église triomphante et l’Église militante.
Sur le reste s’en rapporte au droit.
Art. 18. La traduction en latin retrancha des paroles qui la justifiaient et en ajouta qui l’accablaient
Le premier original du procès fut écrit fidèlement par lui qui parle, en français, sauf la première session, et croit qu’il fut traduit fidèlement en latin.
Art. 19. Le tribunal jugea sous la crainte
S’en rapporte au droit.
Art. 20. Le procès est mensonger, incomplet et vicié
Ne croit pas l’article, compte-tenu de sa déposition.
Art. 21. Les juges n’ayant pas suivi le droit étaient incompétents
S’en rapporte au droit.
Art. 22. Jeanne n’eut pas la possibilité de se défendre
Ignore si Jeanne demanda un conseiller, mais elle n’en eut aucun pendant le procès ; sauf à la fin où elle eut Pierre Morisse et un carme pour la diriger et l’instruire.
Art. 23. En lui accordant la communion les juges reconnaissaient qu’elle s’était soumise
De la justice ou injustice de la sentence, s’en rapporte au droit.
Sait que Jeanne demanda et obtint des juges de communier le jour de sa mort, avant la prédication et sa sortie du château.
Art. 24. Les Anglais la brûlèrent sans sentence séculière
Jeanne fut conduite au lieu du supplice avec une grande troupe d’environ quatre-vingt soldats armés d’épées ou d’épieux. Après son abandon par la justice ecclésiastique elle fut conduite au bailli, qui, sans autre délibération ou sentence, faisant un signe de la main, dit : Emmenez, emmenez.
Ainsi fut-elle conduite au lieu du supplice où elle fut brûlée.
Art. 25. Jeanne se comporta en bonne catholique jusqu’à son dernier souffle ; tous les assistants pleurèrent, même les Anglais
Juste après le prononcé de sa sentence, Jeanne fit de très belles oraisons, recommandant son âme à Dieu, à la bienheureuse Marie et à tous les saints, les invoquant et demandant pardon aux juges et aux Anglais, au roi de France et à tous les princes du royaume. Pour le reste ne ne vit rien, parce qu’il s’en alla ; mais il a bien entendu beaucoup de ceux qui assistaient à l’exécution dire qu’elle avait crié le nom de Jésus à la fin de sa vie.
Art. 26. Les Anglais agirent par haine de Jeanne et pour déshonorer le roi de France très chrétien
Sur la haine et la crainte des Anglais : la rumeur dit que jamais les Anglais n’auraient osé mettre le siège devant Louviers sa vie durant.
Croit que les Anglais cherchaient à diffamer le roi de France. Dans sa prédication faite à Saint-Ouen, Guillaume Érard s’écria : Ô noble maison de France ! tu as toujours été sans tache et sans blâme d’erreur ; maintenant ce serait une grande pitié que tu puisses choir dans une telle erreur que d’ajouter foi à cette femme !
Art. 27. Tous ces points sont notoires et admis, tant à Rouen que dans le royaume de France
Ce qu’il a déposé est notoire à Rouen.
Maître Guillaume Manchon, prêtre, notaire de la cour archiépiscopale de Rouen et curé de l’église paroissiale Saint-Nicolas de Rouen, âgé d’environ 60 ans, à ce qu’il dit. Cité comme témoin futur et malade par les juges délégués à la demande des plaignants le 17 décembre 1455, entendu le 12 mai sur les articles.
Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne
Ne sait rien des parents de Jeanne et ne l’a connue elle qu’à Rouen.
Arrivée de Jeanne à RouenOn la disait prise dans le diocèse de Beauvais, aussi Cauchon prétendait être son juge, et s’employa de toutes ses forces à ce qu’elle lui fût rendue, écrivant au roi d’Angleterre et au duc de Bourgogne. L’obtint finalement moyennant une somme de 1 000 livres [10 000 selon le procès-verbal] et 300 de rente annuelle, accordé par le roi d’Angleterre à l’homme du duc de Bourgogne qui avait pris Jeanne.
Début du procès Le procès commença ; lui-même fut pris comme notaire, avec Guillaume Boisguillaume ; ainsi fit-il la connaissance de Jeanne.
Jeanne était très simple, répondait avec simplicité, mais parfois aussi avec beaucoup de prudence, comme on peut le voir dans le procès. — Croit qu’elle n’aurait pu se défendre dans une cause si difficile contre tant de docteurs, si elle n’avait été inspirée.
Rédaction du procès Le témoin authentifie le registre du procès, signé par lui et ses collègues ; il l’avait rédigé en trois exemplaires qui furent donnés : à l’inquisiteur, au roi d’Angleterre et à Cauchon. — Le procès fut rédigé d’après une minute en français, écrite de sa propre main et qu’il a déjà remise aux juges ; et ensuite traduit du français en latin par maître Thomas de Courcelles et le témoin, dans la forme où il se trouve actuellement, le mieux possible, en suivant la vérité, longtemps après la mort et l’exécution de Jeanne. — Thomas de Courcelles intervint peu durant le procès.
Sens des Nota dans le procès français Les premiers interrogatoires furent très bruyants ; notamment le premier dans la chapelle du château de Rouen où Jeanne était interrompue presque à chaque mot quand elle parlait de ses apparitions. Deux ou trois secrétaires du roi d’Angleterre enregistraient à leur guise et à charge les paroles de Jeanne ; le témoin s’en plaignit et menaça de quitter sa charge ; on se déplaça dans une salle du château proche de la grande salle et gardée par deux Anglais. Lorsqu’on désirait réinterroger Jeanne sur un point, pour vérifier sa réponse ou la préciser, le témoin ajoutait un Nota en tête d’article.
Piété de Jeanne Ignore si Jeanne a vécu en catholique ; l’entendit demander à entendre la messe, aux dimanches des Rameaux et de Pâques, et à se confesser et à communier à Pâques. On lui refusa la confession, ce dont elle se plaignit beaucoup ; elle put se confesser à Nicolas Loyseleur.
Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture
Informations au lieu de naissance de Jeanne Les juges prétendaient avoir fait faire des informations, comme cela est contenu dans le procès ; ne se rappelle pas les avoir vues ou lues ; et les aurait insérées dans le procès si elles avaient été produites.
Intentions des juges Si les juges procédaient par haine ou autrement, il s’en rapporte à leur conscience. Croit que si lui-même avait été Anglais, il ne l’aurait pas traitée ni jugée ainsi. [Probable contresens : Croit que si Jeanne avait été anglaise, elle n’aurait pas été traitée ni jugée ainsi. (Ainsi traduit, ce propos se retrouve chez d’autres témoins.)]
Préparation du procès, sa convocation comme notaire Croit qu’elle fut jugée à Rouen et non à Paris, car c’est là qu’était le roi d’Angleterre ; fut placée dans la prison du château de Rouen. — Lui-même fut forcé d’être notaire et le fit contre son gré, car n’osait s’opposer à un ordre du conseil du roi. — Les Anglais menèrent et financèrent le procès. Cauchon et d’Estivet le firent volontairement ; les autres assesseurs n’auraient osé refuser, tous avaient peur. — Au début du procès il fut convoqué dans une maison, près du château, par Cauchon, l’abbé de Fécamp, Nicolas Loyseleur et plusieurs autres ; Cauchon déclara qu’il lui fallait servir le roi, qu’il avait l’intention de faire un beau procès ; on nomma Boisguillaume pour l’assister.
Jeanne demanda plusieurs fois à être conduite dans une prison d’Église, avant et pendant le procès ; on ne l’écouta pas, car les Anglais et Cauchon aurait refusé ; et aucun conseiller n’osa en parler.
Pression sur Lohier Cauchon interrogea sur le procès feu Jean Lohier qui venait d’arriver à Rouen ; le témoin alla l’interroger le lendemain et Lohier répondit qu’il avait vu le procès et qu’il était nul, car : les juges n’étaient pas libre, le procès concernait plusieurs personnes qui n’avaient pas été citées, il n’y avait pas d’avocat, et pour plusieurs autres raisons. Ce dernier ajouta qu’on avait l’intention de faire mourir Jeanne et il quitta la ville. Deux jours plus tard, Cauchon déclara que Lohier avait voulu placer leur procès en interlocutoire et le combattre, et qu’il ne ferait rien pour lui.
Pression sur La Fontaine Cauchon avait délégué Jean de La Fontaine pour interroger Jeanne ; celui-ci s’y rendit la semaine sainte avec frères Isambert de La Pierre et Martin Ladvenu, et voulut l’inciter à se soumettre à l’Église. Warwick et Cauchon l’apprirent et en furent mécontents ; La Fontaine quitta la ville et n’y revint plus ; les deux frères furent aussi en grand danger.
Pression sur Houppeville Nicolas de Houppeville fut lui aussi en danger pour avoir refusé de participer au procès.
Pression sur Lemaître Le sous-inquisiteur Jean Le Maistre évita, autant qu’il put, de participer au procès, car cela lui déplaisait beaucoup.
Pression sur Châtillon Une fois, Jean de Châtillon tenta d’aider Jeanne ; Cauchon le somma de se taire.
Autres pressions Un autre tentait de conseiller Jeanne sur sa soumission à l’Église fut rappelé à l’ordre par Cauchon : Taisez-vous au nom du diable !
Pression de Stafford Un autre fut poursuivi par Stafford, l’épée dégainée, et dut se réfugier dans un lieu sacré.
Assesseurs les plus hostiles Ceux qui lui paraissaient le plus partisans étaient Beaupère, Midi et de Touraine.
Art. 7-8 Ne sait rien de plus.
Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération
Il accompagna une fois Cauchon et Warwick dans la prison de Jeanne ; elle était dans des entraves de fer. Il entendit dire que la nuit elle avait le corps attaché par une chaîne de fer, mais ne l’a pas vue ainsi. Il n’y avait ni lit, ni rien pour coucher. Elle avait quatre ou cinq gardiens, hommes de peu.
Art. 10. Dissimulation de l’examen de virginité
Ne sait rien.
Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires
Ruse de Loyseleur Warwick, Cauchon et Loyseleur convoquèrent les deux notaires ; pour élucider la question des apparitions de Jeanne, ils avaient décidé que Loyseleur se ferait passer pour un laïc lorrain et partisan du roi de France, serait laissé seul avec Jeanne, et qu’on les écouterait en cachette depuis la pièce d’à côté. Loyseleur s’introduisit, fit semblant de donner des nouvelles du royaume puis l’interrogea sur ses révélations ; les notaires refusèrent cependant d’enregistrer ses réponses, obtenues de manière malhonnête, et qu’il faudrait la réinterroger dans les formes de justice. — Jeanne eut toujours grande confiance en ce Loyseleur ; il l’entendit plusieurs fois en confession ; et allait généralement s’entretenir avec elle avant ses interrogatoires.
Interrogatoires Jeanne fut fatiguée par des questions nombreuses et diverses. — On l’interrogeaient trois ou quatre heures le matin ; et parfois deux ou trois heures l’après-midi, sur des points difficiles et subtiles extraits de ses dépositions. — On passait d’une question à une autre, en changeant de sujet ; malgré tout elle répondait avec sagacité et se souvenait de ses réponses ; ainsi disait-elle très souvent : Moi je vous ai répondu autrement sur cela
et s’en rapportait au notaire qui dépose [Manchon lui-même].
S’en rapporte au procès.
Art. 20-21. Infidélité des douze articles
Bien en amont, Jeanne avait été interrogée et ses réponses enregistrée ; les assesseurs ordonnèrent ces réponses en plusieurs articles [les 70 articles du promoteur] ; et Jeanne fut réinterrogée sur chacun. Les assesseurs, notamment ceux de Paris, décidèrent, comme suivant l’habitude, que les principaux points des articles et de leurs réponses seraient résumés en quelques petits articles afin d’avoir des délibérations meilleures et plus rapides : les douze articles. — Le témoin s’y employa très peu, et ne sait qui les a composés.
Écart entre les réponses de Jeanne et les douze articles Quand au procès originaire, rédigé en français, croit qu’il est fidèle aux réponses de Jeanne et aux articles du promoteur ; mais pour les douze articles il s’en rapporte à ceux qui les ont fabriqués, qu’il n’aurait pas osé, ni lui, ni son associé, contredire. — Ignore quand furent présentés les douze articles, et s’il vérifia leur conformité avec les réponses de Jeanne.
Correction des douze articles On lui montra ces articles et on reconnut avec évidence une notable différence. On lui montra une petite note écrite de sa main, en français, datée du 4 avril 1431 et dans laquelle il est dit expressément que ces douze articles n’étaient pas bien rédigés, mais étaient au moins en partie sans rapport avec les déclarations de Jeanne, aussi devaient-ils être corrigés. Or, les articles semblent avoir été modifiés, mais non pas corrigés conformément à cette petite note. On demanda aux trois notaires : pourquoi et sur ordre de qui, les articles avaient-ils été insérés sans correction dans le procès et la sentence, et s’ils avaient également été envoyés sans correction à ceux qui en délibéraient. Les trois notaires (le témoin ainsi que Boisguillaume et Taquel) reconnurent l’écriture de Manchon mais ignorent qui fit ces douze articles. Tous trois déclarent qu’il était alors la coutume de faire des articles semblables ; ignore si les opinants reçurent les articles corrigés ou non, tant à Paris qu’ailleurs ; croient cependant qu’il n’en fut rien, comme le laisse penser une autre petite note écrite de la main du promoteur d’Estivet indiquant que les articles furent envoyés le lendemain par lui-même et sans correction ; et s’en rapporte au procès.
Écart les réponses de Jeanne et les articles Manchon répète que tout ce qui se trouve dans son procès est vrai ; quant aux douze articles s’en rapporte à leurs auteurs, car lui ne les a pas faits.
Poids des douze articles sur la délibération Interrogé si les délibérations portèrent sur tout le procès, ou sur ces douze articles, répond croire qu’elles ne portèrent pas sur tout le procès, qui ne fut rédigé qu’après la mort de Jeanne, mais sur ces douze articles.
Jeanne eut-elle connaissance des douze articles Interrogé si ces douze articles furent lus à Jeanne, répond que non.
Son opinion sur les douze articles Interrogé s’il a jamais perçu une différence entre ces articles et les déclarations de Jeanne, dit ne pas se souvenir ; qu’il n’y a pas prêté trop d’attention attendu qu’il n’aurait osé reprendre des hommes si importants, lesquels prétendaient qu’il était habituel de procéder ainsi.
Signa-t-il vraiment l’instrument de la sentence Interrogé comment il put signer l’instrument de la sentence dans lequel se trouvent insérés ces articles, et pourquoi l’instrument contient ces douze articles et non la demande du promoteur, répond qu’il a signé comme ses collègues. Pour l’énoncé de la sentence il s’en rapporte à celui des juges ; pour les articles, il fit ce que les juges voulaient.
Art. 22. Emploi de notaires cachés et de conseillers déguisés
Au début du procès, d’autres notaires se tenaient cachés dans une fenêtre par des tentures, sous l’œil de Nicolas Loyseleur, écrivant ce qu’ils voulaient et omettant les justifications de Jeanne. Lui-même, Boisguillaume et le clerc de Beaupère se tenaient aux pieds des juges. Leurs écritures différaient, entraînant des querelles ; d’où les Nota qu’il ajoutait à côté de certains points pour signaler qu’il faudrait réinterroger Jeanne (art. 2-4).
Art. 23-25. Première sentence et abjuration
La procédure achevée, on demanda et recueillit les délibérations. On décida que Jeanne serait sermonnée.
Loyseleur incite Jeanne à abjurer Elle fut conduite à une petite porte, accompagnée par Nicolas Loyseleur qui lui disait : Jeanne, croyez-moi et vous serez sauvée ; prenez votre habit de femme, faites tout ce qui vous sera ordonné et vous n’aurez rien de mal mais serez remise à l’Église ; sinon vous êtes en danger de mort.
— On l’amena sur une tribune.
[Première sentence de condamnation.] Cauchon avait rédigé deux sentences, l’une d’abjuration, l’autre de condamnation. Il commença par lire la seconde jusqu’à la condamnation ; Loyseleur persuadait Jeanne de faire ce qu’il lui avait indiqué et de reprendre l’habit féminin. — Il y eut alors une petite interruption ; un Anglais traita l’évêque de traître, lequel lui répondit qu’il en mentait.
Abjuration Après cet intermède Jeanne répondit qu’elle était prête à obéir à l’Église ; on lui fit prononcer l’abjuration qui lui fut lue. Le témoin ignore si elle répéta après le lecteur, ou approuva après lecture ; cependant elle souriait. — Le bourreau était sur place avec une charrette, attendant qu’on la lui donnât à brûler. — Le témoin ne vit pas la cédule d’abjuration ; elle avait été préparée avant, d’après les conclusions des opinants. Il ne se souvient pas qu’on l’ait expliquée ni même lue à Jeanne avant le moment où elle fit cette abjuration.
Sentence d’abjuration Ceci se passait le jeudi après la Pentecôte ; Jeanne fut condamnée à la prison perpétuelle.
Son opinion sur la sentence Interrogé sur pourquoi les juges la condamnaient à la prison perpétuelle quand ils lui avaient promis qu’il ne lui arriverait rien de mal, répond croire que les avis n’étaient pas unanimes et qu’ils craignaient qu’elle ne s’évadât. S’ils ont bien ou mal jugé, le témoin s’en rapporte au droit et à la conscience des juges.
Art. 26-27. Reprise des habits d’homme.
Durant son procès, on signala à Jeanne qu’il n’était pas décent pour une femme de porter un habit d’homme et des chausses attachées avec beaucoup de lacets ; elle répondit que Cauchon et Warwick savaient bien que ses gardiens avaient essayé plusieurs fois de la violer et qu’une fois, si Warwick n’était pas accouru à ses cris, ils y seraient parvenus. De cela elle se plaignait.
Reprise de l’habit d’homme Le dimanche suivant, dans la fête de la Sainte Trinité, Cauchon et Warwick envoyèrent les notaires au château, parce qu’on disait Jeanne relapse et ayant repris des habits d’homme. Arrivés dans la cour du château, une cinquantaine d’Anglais en armes leur tombèrent dessus, les accusant d’être des traîtres car Jeanne n’avait pas été brûlée. Ils parvinrent à s’enfuir. — Le lundi, on les renvoya au château, escortée cette fois par Warwick. Là il trouva les juges, et quelques autres. On demanda à Jeanne pourquoi elle avait repris cet habit d’homme, elle répondit qu’elle l’avait fait pour protéger sa chasteté, que ses gardiens voulaient la violer, ce dont elle s’était plainte plusieurs fois à Cauchon et Warwick, et que les juges lui avaient promis qu’elle serait transférée en prison d’Église et accompagnée d’une femme. Elle ajouta que si on la mettait en lieu sûr, elle reprendrait un habit féminin ; tout ceci étant écrit dans le procès [séance du 28 mai]. — Interrogée sur le reste, Jeanne déclarait n’avoir rien compris de ce qui était contenu dans l’abjuration ; tout ce qu’elle avait fait, elle l’avait fait par crainte du feu, voyant le bourreau prêt avec sa charrette.
Art. 28-33. Deuxième sentence et supplice
Délibération et sentence Le tribunal délibéra et le mercredi, Cauchon prononçât une autre sentence, comme cela est indiqué plus au long dans le procès.
Jeanne reçut-elle la communion Confirme que Jeanne reçut la communion, le matin du jour de son exécution. — Interrogé pourquoi les juges lui accordèrent la communion, attendu qu’ils l’avaient excommuniée, et s’ils l’avaient absoute, déclare que les juges et les conseillers en délibérèrent ; il ne vit pas cependant qu’on lui eût donné une autre absolution.
Sentence séculière ; exécution Après la sentence ecclésiastique prononcée par Cauchon, le bailli dit seulement, sans autre forme de procès ou autre sentence : Emmenez ! Emmenez !
.
À ces mots Jeanne fit si pieuses lamentations que presque tous étaient émus aux larmes, et même les juges. — Le témoin dit en avoir été si remué qu’il resta épouvanté pendant un mois. — La fin de Jeanne apparut à tous très catholique. Elle ne voulut jamais rétracter ses révélations, mais persista à leur sujet jusqu’à la fin. — Avec l’argent qu’il reçut pour le procès, il acheta un missel, pour avoir mémoire d’elle et prier Dieu pour elle.
Ses dépositions de 1452 Pour le reste s’en rapporte au procès et à sa déposition devant Philippe de La Rose [2 et 8 mai 1452], laquelle déposition lui ayant été lue, il y persista entièrement.