Dépositions de André Marguerie
Maître André Marguerie, archidiacre de Petit-Caux au diocèse de Rouen, âgé d’environ 76 ans, entendu le 9 mai 1452.
Art. 1. Les Anglais haïssaient Jeanne pour les avoir combattus, et voulaient la faire mourir
Croit que les soldats anglais haïssaient Jeanne et désiraient sa mort.
Art. 2. Les Anglais la craignaient
Croit qu’une partie voulait la faire périr, afin qu’elle ne pût leur nuire.
Art. 3. Les Anglais organisèrent un faux procès de foi à Rouen où ils étaient maîtres
A entendu que Jeanne avait été prise à Compiègne, diocèse de Beauvais, puis transférée et détenue à Rouen où Cauchon et Lemaître lui firent un procès de foi sur l’ordre des Anglais ; ignore quant aux pressions.
Art. 4. Juges et conseillers agirent sous leur menace
Certains furent réprimandés pour n’avoir pas été assez favorable aux Anglais, mais ignore si quelqu’un fut en danger. Il apprit que Nicolas de Houppeville n’avait pas donné son avis.
Art. 5. Les notaires ne purent écrire fidèlement les paroles de Jeanne
N’en sait rien car assista à peu d’interrogatoires [4 interrogatoires publics].
Art. 6. Les notaires devaient retrancher les paroles qui la justifiaient et en ajouter d’autres qui l’accablaient
[Cf. 5.]
Art. 7. Aucun conseiller n’osa la défendre par crainte pour sa vie
Ne sait rien.
Art. 8. Jeanne était confiée à la garde des Anglais, entravée de fer et isolée
Croit qu’elle fut gardée par les Anglais car ils avaient la garde du château.
Art. 9. Jeune fille d’environ 19 ans, Jeanne était inapte à se défendre seule
Estime que Jeanne était avisée dans certaines de ses réponses.
Art. 10. Les Anglais allaient la nuit feindre des révélations pour l’inciter à ne pas se soumettre à l’Église
Ne sait rien.
Art. 11. Les interrogatoires étaient difficiles
Vraisemblable.
Art. 12. Les interrogatoires étaient longs et éprouvants
Ne sait rien.
Art. 13. Jeanne affirma souvent ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique
Ne sait rien.
Art. 14. Jeanne déclara plusieurs fois soumettre ses paroles et ses actes à l’Église et au pape
Croit plutôt le contraire, car il a entendu Jeanne dire que ses convictions ne venaient de personnes, prélats ou Pape, mais uniquement de Dieu. C’est sans doute pourquoi on chercha sa rétractation.
Art. 15. Les Anglais interdirent que soient écrites ses paroles de soumission
S’en rapporte au procès.
Art. 16. Il fut écrit au contraire qu’elle refusa de se soumettre
S’en rapporte au procès.
Art. 17. Si certaines paroles paraissent suggérer qu’elle refusa de se soumettre, c’est qu’elle comprenait l’Église comme les ecclésiastiques du tribunal, partisans des Anglais
Ne sait rien.
Art. 18. La traduction en latin retrancha des paroles qui la justifiaient et en ajouta qui l’accablaient
Ne sait rien.
Art. 19. Le tribunal jugea sous la crainte
Déclare vraie la première partie ; ne sait rien du reste.
Art. 20. Le procès est mensonger, incomplet et vicié
S’en rapporte au droit.
Art. 21. Les juges n’ayant pas suivi le droit étaient incompétents
Ne sait rien.
Art. 22. Jeanne n’eut pas la possibilité de se défendre
Ne sait rien.
Art. 23. En lui accordant la communion les juges reconnaissaient qu’elle s’était soumise
Ne sait rien, ni si elle a été condamnée injustement, ni si quelque injustice fut commise.
Art. 24. Les Anglais la brûlèrent sans sentence séculière
Il assista à la dernière prédication mais parti avant l’exécution, tant cela faisait pitié ; ne sait rien du reste de l’article sinon que plusieurs des assistants pleurèrent, même monseigneur le cardinal de Luxembourg, évêque de Thérouanne.
Art. 25. Jeanne se comporta en bonne catholique jusqu’à son dernier souffle ; tous les assistants pleurèrent, même les Anglais
Déclare ne rien savoir de sa dévotion ; mais elle paraissait très troublée car elle disait : Rouen, Rouen, mourray-je cy !
Art. 26. Les Anglais agirent par haine de Jeanne et pour déshonorer le roi de France très chrétien
Croit que quelques Anglais, gens de peu, procédaient par haine et crainte ; mais il ne le croit pas des ecclésiastiques notables.
Déclare qu’un chapelain du cardinal d’Angleterre, présent à la première prédication, ayant dit à l’évêque de Beauvais qu’il était trop favorable à Jeanne, cet évêque lui répondit : Vous mentez, car je ne voudrais pas être favorable à quelqu’un dans une telle cause.
Et alors ce chapelain fut réprimandé par ledit cardinal d’Angleterre, qui lui dit de se taire.
Art. 27. Tous ces points sont notoires et admis, tant à Rouen que dans le royaume de France
Ce qu’il dépose est notoire.
Maître André Marguerie, archidiacre de Petit Caux en l’église de Rouen, licencié en l’un et l’autre droit, âgé d’environ 76 ans. Interrogé le 19 décembre, réinterrogé sur les articles le 12 mai.
Art. 1-4. Vie et dévotion de Jeanne
N’a connu Jeanne qu’au début du procès, auquel il assista peu. Elle était jeune quoique prudente en ses réponses.
Art. 5-8. Invalidité du procès dès son ouverture
A entendu que Jeanne fut au diocèse de Beauvais, à Compiègne, conduite à Rouen, détenue au château, où elle fut jugée en matière de foi, par Cauchon et le sous-inquisiteur, sous l’impulsion des Anglais. — Plusieurs assesseurs se virent reprocher de ne pas avoir parlé assez ouvertement comme les Anglais le voulaient ; mais ignore certains furent en danger de mort. Entendit juste dire que Nicolas de Houppeville refusa de donner son avis. — Certains Anglais procédaient par haine, mais les gens notables avec un bon esprit.
Art. 7-8 Ne sait rien.
Art. 9. Cruauté et illégalité de l’incarcération
Il la vit dans la prison du château de Rouen. Croit qu’elle était gardée par les Anglais, car ceux-ci avaient la garde du château. Le témoin a toujours désapprouvé qu’elle soit gardée par des laïcs en un procès de foi, surtout après la première sentence, quand elle fut condamnée à la prison perpétuelle.
Art. 10. Dissimulation de l’examen de virginité
Croit qu’elle fut examinée, sans certitude, mais sait qu’on la tenait pour vierge pendant le procès.
Art. 11-14. Difficulté et acharnement des interrogatoires
Ne sait rien car n’assista pas beaucoup au procès.
Art. 17-18. Soumission à l’Église
A entendu de la bouche même de Jeanne, interrogée sur sa soumission à l’Église, que pour certaines choses elle ne croirait ni son évêque, ni le pape, ni quiconque, car elle les tenait de Dieu. Ce fut une des raisons pour lesquelles on chercha à obtenir une rétractation.
Ne sait rien.
Art. 23-25. Première sentence et abjuration
Fut présent à la première prédication de Saint-Ouen. Au moment où se faisait l’abjuration, un chapelain du cardinal d’Angleterre reprocha à Cauchon de trop favoriser Jeanne ; lequel lui répondit qu’il mentait, car un évêque ne devait favoriser personne. Aussi le cardinal fit taire son chapelain.
Art. 26-27. Reprise des habits d’homme.
S’est rendu au château le lendemain qu’on eût appris que Jeanne avait remis l’habit d’homme pour demander en quelles circonstances elle avait repris cet habit. Les Anglais, furieux de cette question, firent un grand tumulte, au point que le témoin et beaucoup d’autres, venus au château pour cette affaire, furent obligés de partir rapidement, leurs corps étant en danger.
Ne sait rien.
Fut présent à la dernière prédication, mais saisi de pitié, il n’assista pas à l’exécution. Plusieurs pleuraient, surtout l’évêque de Thérouanne. — Jeanne paraissait très troublée, car elle disait : Rouen, Rouen, mourrais-je ici ?
Il lui semble que par ordre du cardinal d’Angleterre, les cendres de Jeanne furent rassemblées et jetées dans la Seine.