Déposition de Richard de Grouchet
Voir : Richard de Grouchet (~1392–?)
Interrogé une fois en 1452.
Messire Richard de Grouchet, prêtre, maître ès arts et fait bachelier en théologie, chanoine de l’église collégiale de Salcey au diocèse d’Évreux, âgé d’environ 60 ans, entendu le 9 mai 1452.
Art. 1. Les Anglais haïssaient Jeanne pour les avoir combattus, et voulaient la faire mourir
Le croit véridique.
Art. 2. Les Anglais la craignaient
Véridique ; il était notoire que les Anglais craignaient Jeanne.
Art. 3. Les Anglais organisèrent un faux procès de foi à Rouen où ils étaient maîtres
Il la vit au château de Rouen où elle fut incarcérée.
Ignore si les juges étaient dans la crainte.
La rumeur à Rouen disait que les Anglais faisaient faire tout par haine et colère.
Art. 4. Juges et conseillers agirent sous leur menace
Lui semble que certains assesseurs étaient volontaires et partiaux ; d’autres contraints et forcés ; beaucoup craintifs et certains s’enfuirent comme Nicolas de Houppeville. — Lui-même, ainsi que Jean Pigache et Pierre Minier qui le lui confièrent, donnèrent leur avis sous la crainte, les menaces et dans la terreur, si bien qu’ils formèrent le projet de fuir.
A entendu plusieurs Pierre Morisse raconter qu’après qu’il eut exhorté Jeanne à persévérer [après son abjuration], celui-ci fut en grand péril d’être battu par les Anglais mécontents.
Art. 5. Les notaires ne purent écrire fidèlement les paroles de Jeanne
[Réponse groupée aux articles 5, 6.]
Croit que les notaires retranscrivirent fidèlement. — Il vit cependant Cauchon injurier violemment les notaires, quand ceux-ci ne faisaient pas ce qu’il voulait ; et la scène était très violente, à ce qu’il assure, d’après ce qu’il a vu et entendu.
Art. 6. Les notaires devaient retrancher les paroles qui la justifiaient et en ajouter d’autres qui l’accablaient
[Cf. 5.]
Art. 7. Aucun conseiller n’osa la défendre par crainte pour sa vie
Ignore si Jeanne eut un conseiller ou en demanda un ; pense sans certitude qu’elle en demanda un au début. — Ignore si quelqu’un fut en péril de mort pour l’avoir défendue ; mais sait bien que ceux qui ont tenté de la diriger furent réprimandés durement et sévèrement, et taxés de partialité tantôt par Cauchon, tantôt par Jean Beaupère ; ce dernier disait à ceux qui la dirigeaient de la laisser parler, et qu’il était désigné pour l’interroger.
Art. 8. Jeanne était confiée à la garde des Anglais, entravée de fer et isolée
Jeanne était en prison au château, gardée, amenée et emmenée par les Anglais. Ne sait rien des entraves et des chaînes, bien qu’il eût entendu dire qu’elle était détenue durement et étroitement.
Art. 9. Jeune fille d’environ 19 ans, Jeanne était inapte à se défendre seule
Croit qu’elle avait l’âge indiqué.
Elle était ignorante du droit et de la procédure ; mais répondait avec sagesse et très exactement. Il entendit dire à l’abbé de Fécamp qu’un grand clerc aurait bien pu faillir dans les réponses aux interrogations difficiles qui lui étaient faites.
Art. 10. Les Anglais allaient la nuit feindre des révélations pour l’inciter à ne pas se soumettre à l’Église
Ne sait rien.
Art. 11. Les interrogatoires étaient difficiles
[Réponse groupée aux articles 11, 12.]
La vit interrogées sur des questions difficiles et captieuses auxquelles néanmoins, en considérant sa faiblesse de femme, elle répondait bien. Parfois elle faisait remarquer qu’elle avait déjà répondu à certaines questions qui lui étaient à nouveau posées, en indiquant le jour.
Art. 12. Les interrogatoires étaient longs et éprouvants
[Cf. 11.]
Art. 13. Jeanne affirma souvent ne rien vouloir soutenir contre la foi catholique
L’a entendu plusieurs fois de la bouche de Jeanne.
Art. 14. Jeanne déclara plusieurs fois soumettre ses paroles et ses actes à l’Église et au pape
L’entendit refuser de se soumettre au juge et aux assistants, mais se soumettre à l’Église et au pape, demandant à être conduite à lui. On lui dit que le procès serait envoyé au pape ; elle répondit que comme elle ne savait pas ce qu’on mettrait dans le procès, elle voulait y aller elle-même et être interrogée par lui.
Art. 15. Les Anglais interdirent que soient écrites ses paroles de soumission
[Réponse groupée aux articles 15, 16.]
Ignore si sa soumission fut enregistrée mais témoigne que Jeanne s’est toujours soumise jugement du pape et de l’Église.
Art. 16. Il fut écrit au contraire qu’elle refusa de se soumettre
[Cf. 15.]
Art. 17. Si certaines paroles paraissent suggérer qu’elle refusa de se soumettre, c’est qu’elle comprenait l’Église comme les ecclésiastiques du tribunal, partisans des Anglais
N’en sait pas plus que déjà déposé.
Art. 18. La traduction en latin retrancha des paroles qui la justifiaient et en ajouta qui l’accablaient
Le notaire écrivait en français et quand il y avait doute sur le texte il le relisait. Ne sait rien de la traduction.
Art. 19. Le tribunal jugea sous la crainte
Vrai quant au droit. Déclare que l’avis qu’il écrivit avec Pigache et Minier suivant leur conscience ne plut pas aux juges et que Cauchon dit : C’est cela que vous avez fait ?
.
Art. 20. Le procès est mensonger, incomplet et vicié
Croit que les notaires ont bien et fidèlement rédigé.
Art. 21. Les juges n’ayant pas suivi le droit étaient incompétents
La sentence lui a toujours paru injuste, et la condamnation injustifiée. S’en rapporte au droit.
Art. 22. Jeanne n’eut pas la possibilité de se défendre
Il ne la vit répondre que seule et sans défenseur.
Art. 23. En lui accordant la communion les juges reconnaissaient qu’elle s’était soumise
Notoire.
Art. 24. Les Anglais la brûlèrent sans sentence séculière
Il n’était pas présent et n’a jamais parler d’une sentence prononcée par un juge séculier. La rumeur disait qu’elle avait été conduite au supplice par force et injustement.
Art. 25. Jeanne se comporta en bonne catholique jusqu’à son dernier souffle ; tous les assistants pleurèrent, même les Anglais
Notoire.
Art. 26. Les Anglais agirent par haine de Jeanne et pour déshonorer le roi de France très chrétien
Croit que Jeanne fut mise à mort pour les raisons de l’article, mais ignore si on avait l’intention de déshonorer le roi ; croit bien que c’est par mépris pour le roi qu’elle fut mise à mort, étant donné la manière de procéder et le genre du jugement.
Art. 27. Tous ces points sont notoires et admis, tant à Rouen que dans le royaume de France
Déclare vraie sa déposition.