Dossier : Lettres de Gounod à Barbier
Lettres de Gounod à Barbier à l’époque de Jeanne d’Arc (1872-1875)
Lettre de Gounod à Barbier, 2 décembre 1872
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, lundi 2 décembre 1872.
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Cher ami,
Tu ne peux pas croire que mon silence déjà un peu long vis à vis de toi, ait été le résultat d’un mécontentement à ton sujet. On peut garder le silence dans l’indifférence vis à vis d’un indifférent ; mais, entre amis comme nous le sommes, on ne garde pas 24 heures une peine ou une impression fâcheuse et pénible ; on va immédiatement sur le terrain des explications et des éclaircissements. Si je ne t’ai pas reparlé de notre Roméo depuis q. q. temps, ce n’est nullement, crois le bien, que j’aie voulu décliner la question de blanc seing : c’est uniquement parce que j’ai cru que tout était parfaitement entendu de soi quant à ton rôle et à tes attributions.
Tu sais sans doutes, d’ailleurs, que du Locle [directeur de l’Opéra-Comique] m’avait, de son propre mouvement, suggéré la pensée de recourir à l’assistance de Bizet pour tout ce qui a rapport aux répétitions musicales. Bizet, tu ne l’ignores pas, est un excellent, un parfait musicien, d’une valeur personnelle très grande, et, de plus, connaissant à fond et aimant ma musique. Il n’y avait donc pas à hésiter devant une délégation offrant de telles garanties de sécurité pour le talent et pour l’obligeance de l’amitié.
Quant aux ingérences […] commerciales, tu sais mes sentiments profonds à leur endroit : tu sais le cas que je fais de cette brutale initiative et de cette intrusion arrogante qui rognant, coupant, mutilant, sans même consulter l’auteur (comme s’il n’avais pas sa voix au chapitre), et qui livrant à la gravure et à la publicité de petits monstres, d’affreux sales produits issus de leur désespoir intellectuel et mercantile, en protégeant d’un nom décent leurs inavouables perfidies.
Je me suis, du reste, formellement prononcé là dessus à propos de Roméo dans ma correspondance avec Bizet, lequel m’a consulté avec la plus scrupuleuse déférence sur tous les points qui avaient pu laisser quelque doute dans son esprit. Je répudie absolument l’autorité musicale et chirurgicale de M. de Choudens, dont je connais la portée malsaine.
Mais, cher ami, si j’ai pleinement donné ma confiance à la surveillance musicale de Bizet, c’est là une […] qui […] même pas l’exercice des pouvoirs qui te font […], et dont moi, ton collaborateur et ami, je reconnais et proclame la plénitude ; pour tout ce qui est […], mise en scène, remaniement de la pièce, je te tiens pour l’autorité suprême, et tu peux, comme preuve à l’appui, invoquer et produire cette lettre si ta situation incontestable sur ce point venait à être contestée, ce dont je doute. Je suis complètement de ton avis pour M. Karl Batz : ton plan seul peut nous offrir quelque solidité et nous garantir contre des empiétement et des abus.
Je suis bien aise que ma lettre au Times te soit tombée entre les mains. Tu as pu y voir que je n’ai pas marchandé à dire au commerce musical anglais son fait en plein : néanmoins le Times, ce journal le plus anglais de tous, et le premier des grands journaux du monde, a eu la courtoisie et la loyauté de publier in extenso et sans y changer une syllabe, un document qui ne ménage pas ses compatriotes. Aussi suis-je, en ce moment, le point de mire d’une fusillade nourrie, où les quolibets, les sarcasmes, dépits, fuyants, amertumes se succèdent sans interruption sous la plume de tous les petits roquets de journalistrions qui vivant de leur servitude, en sont les âmes damnées de cet éditeur pour qui tous les moyens de faire de l’argent sont bons, et que j’ai traqué dans leur tanière et qui ne sont pas au bout, et contre qui je viens de gagner deux procès. Quant à tout ce que vomissent tous leurs sales petits égouts (qui trouvent que je me plains de ce que la manière est […]), je m’en moque comme de l’an 40, et leur fureur prouve qu’ils le savent bien.
Polyeucte à la Scala !
Ah bien oui ! Polyeucte en français, d’abord ; n’importe quand, ni où, ni comment. Tu sais bien que je ne le baptiserai que dans une paroisse où on parlera sa langue, (celle de Corneille, et la tienne). Après quoi, on verra.
Tâche d’aller voir les Deux Reines, et dis moi ton impression. Il paraît que c’est assez médiocrement exécuté.
Quant à moi, cher ami, je travaille sans cesse, et vais, d’ici à peu, me ré-atteler à notre cher Polyeucte. En attendant, j’ai un refroidissement, qui s’étant combiné avec des douleurs rhumatismales, me fait passer, depuis huit jours, par des nuits sans sommeil que […] les plus atroces douleurs de […] que j’aie encore endurées : je ne puis pas être depuis deux minutes au lit, sans que la violence des tortures m’oblige à me lever, et je suis parfois […] de souffrance. Il est plus d’une heure du matin ; c’est pourquoi d’ai daté ma lettre de lundi.
Allons, j’espère que tu vas bien et je t’embrasse toit et les tiens.
Ton Gounod.
[S’en suit une coupure d’un article de presse en anglais signé Gounod.]
Lettre de Gounod à Barbier, 27 janvier 1873
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, 27 janvier 1873, 4 h. 1/2 du matin.
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Mon cher ami,
En datant cette lettre d’une heure assez rare dans ma vie de correspondance ou de travail, je me dis que c’est, ou du moins que ça a été souvent une des heures favorites de ta vie de poète et d’écrivain, et que, puisque j’ai l’honneur d’être visité cette nuit par cette fée malveillante qu’on appelle l’Insomnie, je n’en puis faire un meilleur usage que de causer un peu avec toi, et de répondre à la lettre que tu m’as adressé ces jours-ci au sujet de Roméo.
Malheureusement je ne suis guère dans une de ces heures de fantaisie que la nuit puisse rendre poétique : tout au contraire ; je suis simplement privé de sommeil et surchargé de tracas, de soucis et d’ennuis de toute sorte, qui ne laissent pas que d’accompagner et de sillonner très désagréablement une vie déjà peu souriante par elle-même, n’ayant pas, en ce moment, beaucoup de temps à moi dans le jour, je me suis décidé à consacrer cette nuit à une bonne part d’acquis de correspondance, parmi laquelle se trouvent 16 pages d’intérêts et d’explication d’affaires adressées à ma femme.
Mais puisque je parle à mon frère en Roméo, parlons de Roméo. Je suis très charmé que tu l’aies été : quant à moi, je suis trop harassé de fatigue et de toute sorte d’ennuis pour être désormais bien charmé de quoi que ce soit pour mon compte ; et je ne sais plus guère si j’ai bien autre chose à attendre et à souhaiter que la fin d’une existence qui n’a plus soif de grand chose. J’ai été abreuvé de misères, mon cher ami, et je le suis chaque jour ! Roméo ! comme cela me semble un rêve évanoui ! Comment ! j’ai écrit un Roméo !…
Maintenant, je me sens à l’état de navire perdu et échoué dans les glaces du Nord ! Et n’étant pas un La Peyrouse, j’ai idée qu’on ne viendra guère m’y repêcher ! D’ailleurs, pour faire quoi ? En vérité, je n’en sais plus rien. Eh bien, puisque Roméo il y a, j’espère que tout marchera à ta satisfaction : on me dit que cela semble devoir être ainsi, et que cela s’annonce bien.
Allons, je te quitte pour écrire une dernière lettre, et attendre le jour. Le jour !… Te rappelles-tu Encore un jour qui lui !
, quand Faust n’a plus envie de vivre !
Allons, adieu : je te serre la main bien cordialement ainsi qu’à ta femme.
À toi,
Ch. Gounod.
P. S. — Que notre pauvre Carré est heureux ! [Michel Carré, grand collaborateur de Barbier et Gounod, venait de mourir, le 28 juin 1872, à l’âge de 50 ans.]
Lettre de Gounod à Barbier, 11 mars 1873
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, mardi 11 mars 1873.
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Cher ami,
M. [Frederick] Gye annonce Roméo pour la prochaine saison d’opéra à Covent-Garden. Je ne supporte pas qu’il ait sérieusement l’intention de représenter cet opéra : ce serait par trop plaisant comme acte d’autorité privée ! Mais je te précise que je ne laisserai pas jouer Roméo à Londres, à moins que M. de Choudens ne me rendre la propriété de mon œuvre (grande partition, etc.) pour l’Angleterre et les colonies.
Tu sais (je te l’ai déjà raconté) que M. [John] Boosey nous en avait offert 3.000 £ (50.000 fr.) pour ces contrées seulement. Je demande donc à rentrer dans les chances de vente dont l’habileté de M. de Choudens nous a si amicalement dépossédés, lorsqu’aux offres que nous faisait M. Boosey il n’a rien trouvé de mieux à répondre que par un reproche de libéralité ! ! !
Après ces conditions remplies, je consentirai qu’on joue Roméo aux conditions de 20 £ (500 fr.) par représentation, partagées entre les auteurs : plus 20 £ (500 fr.) me seront comptées à moi seul par un contrat spécial pour toutes les fois que l’on jouera Faust à Covent-Garden ; attendu que je veux revoir les 300 £ (7500 fr.) que les insultants propos de M. Gye m’ont forcé à lui renvoyer dans un mouvement de délicatesse mal renseignée envers moi : laisse faire !
Roméo est plus fort que les Eye, Choudens et Cie.
Tout à toi,
Ch. Gounod.
Amitié à ta chère femme et à tes enfants.
Lettre de Gounod à Barbier, 13 mars 1873
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, 13 mars 1873.
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Cher ami,
Deux mots seulement aujourd’hui pour t’accuser réception de ta bonne lettre, et te dire que j’y répondrai plus amplement d’ici à quelque temps.
Ce que tu me dis est dicté par un esprit à la sagesse duquel je rends hommage et par une affection à laquelle tu sais combien je suis sensible. Quel dommage que tu ne te laisse pas une éclaircie pour venir passer huit jour, quatre jours, 48 h, même à Londres ! Tu ne t’imagineras jamais à quel degré je le regrette, et à quel point un pareil incident n’aurait infailliblement de similitude complète dans nos vues.
J’espère pourtant que ta confiance dans ma sincérité dans la […] que j’ai pour nos intérêts communs, (et qui est le seul mobile de ma ténacité après l’équité qui prime tout), j’espère, dis-je, que cela facilitera, autant que la distance le permet, l’harmonie et l’entente de nos vues à tous deux. Je suis émerveillé du bon sens qui m’entoure, et je trouve que j’ai été bien dindon et par conséquent bien dindonné dans le passé : je voudrais bien, pour l’honneur de la justice, et pour la gloire de notre cause, et pour le fruit de notre […] détrôner une bonne fois cette humiliante oppression des gens que nous engraissons et qui nous dévorent. Je te parlerai de tout cela en détail ; tu verras que la chose vaut la peine d’être méditée. Et puis, quand tu auras mûrement comparé l’honnêteté de ce que je veux et la malhonnêteté de ce qui existe, je suis sûr que tu seras armé et combattant dans les mêmes […] que moi.
[…] tout à toi, de la meilleur et de la plus fidèle amitié,
Ch. Gounod.
Mille bons souvenirs aux tiens.
Lettre de Gounod à Barbier, 17 mars 1873
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, 17 mars 1873, soir.
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Cher ami,
Je n’ai pas eu une minute à moi depuis ce matin : mais je veux te répondre de suite en deux mots. J’ai du travail par dessus les bras, et je ne sais comment j’en viendrai à bout. Néanmoins, voici ce que je t’offre.
Si tu es libre absolument quant à la propriété de ton œuvre ; su tu n’as contracté, quant à cette pièce, aucun engagement qui puisse apporter quelque entrave à la liberté d’exploitation dont je ne veux plus, dans notre intérêt commun, être privé désormais, et sans laquelle je n’accepterai aucune collaboration à l’avenir, (attendu que c’est nous constituer esclave et abdiquer toutes les chances de bénéfices entre les griffes et les dents de ceux qui nous écorchent et nous dévorent) ; si, enfin, tu te décides à venir passer auprès de moi quelques jours que je considère non seulement comme indispensables à l’entente de notre travail commun, mais encore et surtout comme le salut de notre avenir et de cette tienne carrière que tu regardes sérieusement compromise, alors je suis prêt à quitter tout autre travail pour réaliser le vœu que forme ton cœur d’ami, d’artiste et de Français.
Une chambre t’attend près de moi, et l’ami que tu te connais est chargé de te l’offrir au nom d’amis que tu ne te connais pas.
Tout à toi et aux tiens,
Ch. Gounod.
Lettre de Gounod à Barbier, 28 mars 1873
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, 28 mars 1873.
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Cher ami,
Deux mots seulement pour les renseignements que tu me demandes.
Tu devras faire enregistrer tes bagages et prendre tes places à Paris pour Londres, Charing-Cross
, c’est la station la plus voisine de Tavistock. De là, tu te feras conduire dans un Cab, à Euston Hotel, Euston Square
(prononcer ioust’n hotel, ioust’n squouère). Du reste, informe moi des jour et heure de ton arrivée (matin ou soir), j’irai au devant de toi et je te piloterai jusqu’à destination.
Tout à toi,
Ch. Gounod.
Lettre de Gounod à Barbier, 9 avril 1873
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, mercredi 9 avril 1873.
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Cher ami,
J’insiste que je t’ai bien regretté hier, toi et quelqu’un des tiens
. Viendras-tu ce soir ou non ? Je t’ai espéré tout ce matin. En tout cas je t’écris ces 2 lignes pour t’avertir qu’il n’y a rien vendredi à Albert Hall ; Weldon s’était trompé, c’est samedi. Il me charge donc de te demander si tu est libre samedi soir, et te prie de le lui faire savoir avant qu’il ne demande la loge.
Tout à toi et aux tiens,
Ch. Gounod.
P. S. — Au moment où je ferme ma lettre, j’en reçois une d’Offenbach qui me dit de rayer de mon traité avec lui la clause du dédit, ainsi que tout ce qui me choque ou me gène. Nous causerons de tout cela.
Lettre de Gounod à Barbier, 13 avril 1873
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, mardi 15 avril 1873.
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Cher ami,
J’étais venu dire adieu à ta femme et à tes enfants, et vous expliquez à tous pourquoi je ne suis pas venu hier soir : c’est que j’ai composé tout le final des voix du 1er acte : la vision toute entière ! Et j’aurais tant voulu te la faire entendre !… Je crois que c’est frappant : j’en ai été moi-même tout ému, et je le suis encore.
Je te laisse une lettre pour Lemoine ; je te prie de la lui remettre avec le paquet de musique. Veux-tu aussi te charger de ma charge pour la marquise de Bailly, 190 rue Saint-Honoré ?
Pardon et merci.
Tu verras que ce sera beau, notre Jeanne d’Arc, même après Mermet.
Fais-moi dire, si c’est possible à quelle heure tu pars demain, si je ne te vois pas ce soir ; je viendrais vous dire adieu à tous demain matin.
À toi,
Ch. Gounod.
La petite amie était venue avec moi pour vous embrasser ; elle regrette bien de ne pas vous avoir vu.
Lettre de Gounod à Barbier, 15 avril 1873
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, mardi 15 avril 1873.
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Comment ! cher ami ! Te voilà donc parti ! À l’heure où je t’écris tu as mis le pied sur notre terre de France ; terre qui ne me quitte pas ; terre que je vais retrouver, sentir à chaque ligne de notre Jeanne d’Arc ! Ton départ me fait l’effet d’une absence ; il me laisse un vide, et le souvenir de ta courte et récente présence me semble les souvenirs d’un rêve.
Bien que je n’aie pas à t’envoyer de photographie pour ma Jeanne (puisqu’elle l’a déjà) j’avais besoin de te dire la joie que j’ai eue de vous revoir tous. J’espère, comme toi, que ton voyage aura été providentiel sous bien des rapports, et que Jeanne d’Arc aura été, aujourd’hui comme jadis, une envoyée de Dieu. Je m’étonne moins que jamais qu’on l’ait méconnue, calomniée, blasphémée et brûlée : tant de gens en ont fait presque autant sous mes yeux et feraient tout autant si c’était propice pour quelqu’un que je sais et qui a beaucoup d’elle !
Faut-il donc que ce qui mérite le plus d’être béni en ce monde, y soit le plus flagellé, le plus crucifié !
Le buste de Franceschi est arrivé ce matin. Il n’est pas reconnaissable de ce que nous l’avons laissé dans son son atelier ; que s’est-il passé ?
Allons ! allons ! Jeanne d’Arc sera plus belle que tout cela. Et quand je n’y serai plus, je crains que les faits ne me vengent cruellement !…
Je vous embrasse, bien à toi de cœur
Ch. Gounod.
Lettre de Gounod à Barbier, 19 avril 1873
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, samedi 19 avril 1873.
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Cher ami,
J’avais hâte de recevoir un mot de toi, et je ne veux pas attendre la lettre détaillée dont tu me donnes la très prochaine espérance pour t’accuser réception de celle qui m’est arrivée ce matin avec les différents traités que tu m’envoies. Je regrette que tu n’aies pas pu trouver celui de Mireille : mais les renseignements que tu m’as fournis et envoyés à ce sujet pourront, à quelque degré, combler cette lacune. Je veux me donner (et à toi aussi, je l’espère), la joie de t’annoncer que depuis mon dernier petit envoi, la pièce du 3e acte Dieu de miséricorde
est finie, et que, de plus, j’ai composé toute la marche funèbre qui est presque écrite en partition ; la marche du Sacre ; et enfin la scène qui ouvre le tableau de la prison (avec le double tableau des soldats et des saintes) est à moitié trouvée. Tu vois si je travaille ! Je ne sais ce que je deviendrais si Dieu ne me consolait des ombres de la réalité par quelques rayons de l’idéal : car il n’y a de vie que dans la lumière.
Tu me parles d’une visite possible de mon fils avant la fin des vacances de Pâques ! mais elles sont finies, et Jean doit être de nouveau à son travail. Je vais lui écrire bientôt. Je n’ai pas un mot de chez moi : pas de nouvelles d’un beau joujou que j’ai envoyé à ma fille, pas une dame qui nous a écrit qu’elle avait […] elle-même la boîte chez moi. Enfin !… ah ! mon cher ami ! qui dira jamais la mauvaise influence de la malveillance et de l’incrédulité ? Il y a malheureusement en ce monde une telle haine du bonheur et de la paix d’autrui, que l’on considère comme des amis tous ceux qui vous poussent à la discorde et attisent la guerre !
Le moyen de vivre là dedans ! mais j’aimerais mieux les sauvages : ils sont moins dangereux et moins malfaisants.
Allons, je t’embrasse, toi et tous les tiens du meilleur de mon cœur pour retourner à notre Jeanne. Cela fait trois Jeannes que nous avons entre nous deux.
Tout à toi,
Ch. Gounod.
P. S. — Tu ne me dis pas comment ta chère femme a supporté le trajet, et comment elle est. Mes amis vous envoient à tous leurs meilleurs souvenirs.
Lettre de Gounod à Barbier, 4 mai 1873
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, mercredi 4 mai 1873.
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Mon bien cher ami,
Je t’envoie avec joie, avec sincérité, avec conviction, avec tout mon cœur d’ami et d’artiste, le 1er acte de notre Jeanne. Il te sera remis par M. Alfred Lebeau, qui repart demain lundi pour Paris, après une semaine passée à Londres. Je viens de subir, moi, une semaine de lit, de par un des plus affreux rhumes que je puisse enregistrer de mémoire d’hommes.
Dieu m’a fait la grâce de me laisser hier soir, juste assez de force pour pouvoir conduire mon concert qui a été le plus beau des six. Tout a eu un grand succès, ma chère petite ange de Georgina [Weldon] a chanté divinement O happy home ! Elle a été écrasée d’applaudissements : c’était une frénésie ; elle s’obstinait à rester à sa place ; il a fallu absolument revenir et chanter encore. C’est une des plus bruyantes réussites dont j’aie été témoin : c’était de l’éloquence !
Revenons à Jeanne. Entendu que tu vas faire tirer copie de ma partition, d’après laquelle copie tu feras faire tout ce qui est nécessaire pour la réduction au piano, et laquelle copie servira à Offenbach pour le théâtre. Dis bien à Offenbach que j’ai le plus grand désir et le plus grand besoin de le voir cet été à Londres : il faut qu’il me consacre une séance pour moi-même. Je lui donne au piano l’impression de ma pensée et de mes intentions : il doit le désirer comme moi et comme toi : tu sais, par expérience, ce que c’est que de recevoir de moi-même la tradition de mes œuvres.
Il est bien convenu que chacun de mes envois partiels sera copié au plus vite en grande partition, et que mon manuscrit te sera remis aussitôt. Tu garderas ces manuscrits en les enfermant pour les remettre en ma possession dès qu’ils ne te seront plus nécessaires, afin que, de mon côté, je puisse me mettre à la besogne de Londres, et pousser notre œuvre ici. Jeanne d’Arc composera la 2de partie de mon premier concert à orchestre de l’hiver prochain. Tu vas voir le bruit que nous allons faire malgré la diabolique armée des méchants.
Le concert d’hier est un événement.
Je t’embrasse, toi et tous les tiens,
Ton Ch. Gounod.
Lettre de Gounod à Barbier, 6 mai 1873
Londres, Tavistock House, mardi 6 mai 1873.
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Cher ami,
Le rouleau Jeanne d’Arc que je pensais t’adresser par M. Alfred Lebeau, te sera remis par M. Léonce Valdeck, jeune et intéressant artiste, charmant comme il faut, très recommandable mari et père, et ayant besoin de gagner sa vie de sa famille. M. Valdeck m’a chanté quelques-unes de mes mélodies d’une manière tout à fait charmante et très distinguée. Je le recommande à tous tes intérêts, et te prie de le recommander en mon nom à qui tu pourras. Tâche de le faire entendre et connaître.
M. Lebeau devait revenir me voir avant son départ, et le 1er acte de notre Jeanne était tout prêt à lui être confié. C’est M. Valdeck qui te le remettra avec ce mot.
Je viens de passer une semaine au lit. Ah ! ma pauvre santé ! Mais j’espère que Dieu et Jeanne m’aideront à tenir ma parole.
En attendant je vous embrasse tous, comme je vous aime.
Ton vieil ami,
Ch. Gounod.
Milles amitiés de mes deux chers hôtes.
Lettre de Gounod à Barbier, mai 1873
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M. Lemoine m’a parlé de Jeanne avec force désir d’en être l’éditeur. Selon ta recommandation je t’ai tenu complètement libre de traiter comme et avec qui tu l’entendrais, sauf avec l’éditeur M. de Choudens.
Ch. Gounod.
Lettre de Gounod à Barbier, 21 mai 1873
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, mercredi 21 mai 1873.
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Mon cher ami,
Je suis cloué au lit par une bronchite très sévère et très tenace ; ma poitrine est dans un triste état. Je ne peux t’écrire que deux lignes pour te prévenir que mon ami M. Auguste Pillet, veut bien se charger de te remettre deux rouleaux de musique de notre Jeanne d’Arc : l’un contenant les n° 3, 3 bis, 3 ter et 4 ; c’est le 2e acte ; l’autre contenant la pièce finale du 3e acte : Dieu de miséricorde
et la marche funèbre du 5e acte. C’est tout ce que on état de santé m’a permis d’avoir de prêt, jusqu’au jour où j’ai dû prendre le lit, il y a huit jours demain.
Dès que j’en serai en état, je me remettrai au travail.
Je t’embrasse toi et les tiens.
Ch. Gounod.
Lettre de Gounod à Barbier, 2 juin 1873
Londres, 2 juin 1873, Tavistock House.
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Cher ami
Que te dire de ma santé dont tu me demandes des nouvelles dans la dernière lettres que j’ai reçu de toi il y a huit ou dix jours ?… J’ai bien de la peine à me remettre, et la fatigue que je ressens me paraît parfois bien lourde à porter. J’ai pu me tenir sur mes jambes et diriger samedi mon grand concert avec orchestre. Il a été superbe et a eu beaucoup de succès. Gallia a produit une grande impression, et ma marche funèbre d’une marionnette a été bissée avec acclamation : elle m’a même amusé, moi !
Mais j’ai payé de fatigue, et suis rentré brisé, et le pire encore : je tousse sans cesse. J’ai pourtant travaillé un peu, car il faut que je te tienne parole jusqu’au bout de mes forces. Je viens de terminer entièrement l’orchestre de la scène qui commence le 3e acte, et qui comprend : Chœur de soldats ; Couplets de Perrine avec chœur et Ronde dansée ; puis Reprise des couplets. Ce morceau est assez long.
J’aurais quelque envie, maintenant, d’attendre la visite d’Offenbach pour lui remettre ce que j’aurais de prêt : mais je lui ai écrit la semaine dernière pour le prier de me dire vers quel jour il compte être là, et je n’ai pas reçu de réponse.
Dis-moi s’il vaut mieux que je t’envoie ce que j’ai de prêt. Tu vois que les trois premiers actes sont entièrement écrits maintenant, plus la marche funèbre du 5e, que tu as reçue. Réponds moi vite un mot pour me fixer sur tout cela, et un renseignement sur la date de l’arrivée d’Offenbach à Londres, si tu la sais.
Il me reste encore à écrire :
- le chœur de femmes qui ouvre le 4e acte ;
- la marche du sacre, et la reprise avec le chœur
Noël
; - la scène double des soldats et du songe dans la prison ;
- Enfin, la scène du bûcher.
À bientôt donc, […], cher ami, et je t’embrasse toi et tous les tiens.
Bien à toi,
Ch. Gounod.
Les meilleurs souvenirs de mes chers amis.
Lettre de Gounod à Barbier, 3 juin 1873
Londres, 3 juin 1873, Tavistock House, Tavistock Square.
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Cher ami
Je reçois ce matin ta lettre du 31 mai ! Elle est arrivée avec une lettre de moi.
Je suis très peiné de ce que tu m’apprends au sujet de la conversation que tu as eue avec ma pauvre femme dont l’incrédulité me désespère, et me paraît, hélas ! de plus en plus implacable et invétérée !…
J’ai passé ma vie à me prêcher à moi-même une doctrine qui est bien simple, bien vraie, mais de laquelle je ne suis jamais parvenu à tirer le repos d’indifférence qu’elle devrait procurer. Je te la soumets néanmoins, dans le cas où tu en pourrais faire ton profit ; la voici : L’absurdité de la méchanceté devrait nous rendre ou compatissants ou au moins insensibles à la méchanceté de l’absurdité.
Je ne parlerai pas de ton caractère qui doit te faire contre toute accusation d’indélicatesse une citadelle invulnérable. Je me demande seulement comment, par quel côté, par quel biais malveillant, par quel moyen, en un mot, excepté par une cécité ou surdité absolue, qui que ce soit au monde peut voir, dans nos traités relatifs à Jeanne d’Arc ou à Polyeucte, non seulement la possibilité pour l’un de nous deux de préjudices aux intérêts de l’autre, mais je dirai même y voir autre chose que l’impossibilité même de le faire, et que la sécurité réciproque de chacun de nous deux.
Reste le cas où je mourrais avant d’avoir terminé Polyeucte (de quoi tu n’es nullement responsable).
Cher ami, il n’est pire sourd que qui ne veut entendre. Hélas ! le milieu étouffant, suffocant que me fait l’incroyance de ma pauvre femme à la sincérité de mes amis et à la mienne, est devenu pour moi une véritable proscription. Un suspect chez lui, est un banni.
L’esprit est douloureux ; mais, outre qu’il est préférable à l’enfer de l’humiliation, il apporte au moins cette consolation d’être resté droit jusqu’au bout devant le sanctuaire du dévouement plutôt que d’être retourné dans l’ange de l’insulte.
Là dessus, je t’embrasse, toi et les tiens ; de tout mon cœur.
À toi,
Ch. Gounod.
Lettre de Gounod à Barbier, 4 juin 1873
Londres, 4 juin 1873, Tavistock House, Tavistock Square.
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Bien cher ami
Je m’aperçois que, dans ma hâte de répondre aux tristes communications qui m’avaient surtout frappé dans ta lettre du 31 mai, j’ai complètement négligé deux questions que tu m’adressais.
1. Tu me demandes si je suis toujours dans l’intention de faire traduire les Biondina ? Oui, sans doute, et je te désigne avec joie pour le traducteur de ce charmant petit poème ; nul, mieux que toi, ne saura trouver la délicatesse de touche que réclament les charmantes paroles de l’auteur italien. Je te demande seulement de me laisser traduire le n°12 qui n’a pas encore paru : Je t’enverrai mon texte que Zafira trouve bon et fidèle ; mais il est Italien et tu es Français : en conséquences si tu trouves que ma prose rimée jure avec tes vers, tu la jetteras au feu.
2. Mon concert a été superbe : Gallia a produit un effet considérable, et ma marche funèbre d’une marionnette a été bissée par toute la salle. Tout a réussi et l’exécution a été très bonne. Ma pauvre petite amie [Georgina Weldon], qui est le courage en personne, a merveilleusement dit les solos de Gallia, quoiqu’elle ait forcé nature pour aller au Concert et se soit couché en en revenant !… Elle est encore bien souffrante quoiqu’un peu moins mal. Il y a des énergies morales qui devraient bien être servies par un peu plus de forces physiques !… Dieu ne donne pas tout aux mêmes.
J’écris le chœur des femmes qui commence le 4e acte de Jeanne d’Arc. Je voudrais bien ne pas plier sous la tâche avant qu’elle ne soit achevée !… mais, je me sens bien bien las !… Enfin ! Courage jusqu’au bout.
Adieu, je t’embrasse toit et les tiens.
À toi de cœur,
Ch. Gounod.
Lettre de Gounod à Barbier, 16 juin 1873
Lundi soir, 16 juin 1873.
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Cher ami
Je ne t’écris que deux mots aujourd’hui, uniquement pour que mon silence ne te suggères pas de conjectures outrées. Je suis à la campagne où j’ai emporté ma bronchite que je voudrais bien y laisser, et mon travail que je voudrais bien y avancer.
Je veux seulement te dire que tu aurais déjà reçu la 1ère scène du 3e acte et la 1ère du 4e, si M. Valdeck à qui je les ai confiés n’eût été obligé de prolonger de quelques jours son séjour à Londres. Donc, ne te tourmente pas : j’avance !
Je termine, en ce moment, la double scène des Soldats et du Songes de Jeanne dans la prison : je te l’enverrai, n’importe comment, quand elle sera faite.
Je serai de retour à Londres samedi.
Je t’embrasse, ainsi que ta femme et tes chers enfants,
À toi,
Ch. Gounod.
P. S. — Ne traduit ni le 6 ni le 12 de Biondina : Se come io son poeta
et Ho sempre nell’ orecchio
. Je les ai traduites toutes deux et te les enverrai.
Lettre de Gounod à Barbier, 18 juin 1873
Blackheath, 18 juin 1873.
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Cher ami
Je rentre à Londres samedi. M. Valdeck ne repart que mardi en huit : tu ne le verras donc pas avant le 30.
Ne crois-tu pas que mieux vaut maintenant attendre l’arrivée d’Offenbach pour lui donner tout ce qu’il pourra emporter ? J’ai vraiment […] de faire […] mes manuscrits autrement que par occasions […].
Réponds moi un mot à ce sujet ; je serais à Londres samedi. Je t’enverrai les paroles que j’ai faites pour Biondina 6, et 12.
Bien à toi […]
Ch. Gounod.
Je n’ai qu’une quinzaine de lettres à écrire à écrire cette nuit ! je suis à bout de forces et je ne dors pas. C’est […] par trop lourd à porter.
[Suivent les paroles de Biondina n° 6 et n° 12.]
Lettre de Gounod à Barbier, 23 juin 1873
Tavistock House, 23 juin 1873.
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Eh bien, cher ami, l’injustice triomphe. Je viens d’être condamné par le tribunal dans le procès que m’a intenté Littleton. C’est peut-être 10 ou 15.000 francs, ou plus même, qu’on va vouloir me faire payer. Mais : Je ne les payerai pas ! Pas un penny !
Tu entends ? Ils me saisiront. Ils me feront incarcérer : ils feront ce qu’ils voudront… je ne broncherai pas, dussé-je crever de misère. Et dès en sortant de prison (si j’y vais pour refus de payer) : Je recommence la guerre !
En attendant le bienheureux séjour où m’auront mené les complots de Londres à la faveur des plaintes et de l’accusation de Paris, je me remet à notre chère Jeanne, sur laquelle Vizentini m’a écrit une lettre bien pleine d’affection et de dévouement.
J’adresse à Vizentini (66 rue de Bondy, ou à la Gaîté) les 3 morceaux dont je t’ai parlé, les nos 6, 7 et 10 de Jeanne d’Arc. Ces morceaux lui seront remis par un de mes amis, M. Couttolenc. Tu pourras les prendre chez Vizentini vers jeudi ou vendredi.
Allons, cher ami, en attendant que ton vieil ami soit tout à fait écrasé, (de dont j’espère que Dieu me préservera) je t’embrasse de tout mon cœur toi et tous les tiens.
Toujours à toi,
Ch. Gounod.
P. S. — Je t’envoie une Marche funèbre de la marionnette ; mais c’est une simplification ; (le morceau avec orchestre est plus développé). Tu trouveras l’exemplaire dans le paquet des morceaux de Jeanne d’Arc que j’adresse à Vizentini.
Lettre de Gounod à Barbier, 3 juillet 1873
Tavistock House, 3 juillet 1873.
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Cher ami
Deux mots pour t’informer que je fais partir par le même courrier que cette lettre, un rouleau de musique adressé à Vizentini au théâtre de la Gaîté. C’est l’introduction d’orchestre.
J’attends avec anxiété des nouvelles des 3 morceaux confiés à mon ami Couttolenc ; je t’avoue que cela me tourmente beaucoup et que je serais tout désolé d’avoir à les refaire et à réécrire l’orchestre qui, avec ma pauvre mémoire actuelle, serait à recommencer comme composition. Et quel travail avec tout ce que j’ai à faire !
Adieu, […] amitiés sur toi et tous les tiens […]
À toi,
Ch. Gounod
P. S. — Je ne retrouve pas le double de la convention que nous avions faite entre nous pour Jeanne d’Arc et Polyeucte ; tu serais bien gentil de m’en envoyer la copie. La Biondina n°12 n’est pas encore composée ; c’est pourquoi Lemoine n’a pu te la donner.
Lettre de Gounod à Barbier, 5 juillet 1873
Tavistock House, 5 juillet 1873.
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Cher ami,
Je n’ai qu’une minute à moi : mais je veux seulement t’informer que j’ai fini la Marche du Sacre (4° 8), et le chœur (3° 9) qui accompagne la reprise de la marche. Veux-tu avoir la bonté de prévenir, par un mot, Vizentini, que je ferai passer ce nouveau paquet de musique lundi, et que je lui adresserai à la Gaîté, où il le recevra sans doute mardi, dans la journée. Je suis très anxieux de ne pas avoir de nouvelles des trois morceaux confiés à M. Couttolenc avec la Marche de la marionnette […]. J’espérais un mot de toi ce matin ; mais je n’ai rien reçu, et c’est demain dimanche, il me faut maintenant attendre lundi.
Adieu, mon ami, je t’embrasse ainsi que tous ton cher entourage.
Ch. Gounod.
Pas de nouvelles d’Offenbach.
Lettre de Gounod à Barbier, 12 juillet 1873
Londres, Tavistock House, Tavistock Square, samedi 12 juillet 1873.
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Cher ami,
Ce jour d’huy, 12 juillet 1873, il y a juste deux ans, j’allais avec mes amis, voir la Jeanne d’Arc de Tom Taylor : je viens justement aussi de finir la nôtre ce matin ; je t’adresse ces deux mots pour t’en informer, et pour te dire que je vais, par ce même courrier, expédier à Vizentini, au théâtre de la Gaîté, cette fin de mon travail qui consiste en : n° 12 (un petit bout de mélodrame très sourd, que j’ai cru devoir mettre pour la lecture de la sentence et que tu supprimeras s’il te gène.) n° 12 (bis), la scène du bûcher.
Lemoine m’a envoyé tes Blondine ; c’est charmant : j’ai retrouvé là le tact merveilleusement aimable et fin qui te fait choisir ou plutôt deviner les mots favorables au chant, ainsi que fidèles au sentiment du morceau. Malgré tes facultés d’emphase, je me suis permis de changer deux ou trois mots seulement dans tout le cours de ton travail : veux-tu m’en excuser, ainsi que de quelques cas de prosodie que j’ai modifiés.
Dit à M. Gérard qu’il peut être parfaitement tranquille pour mes arrangements, si j’en fais sur Jeanne d’Arc ; afin de le rassurer tout à fait, je lui proposerai même d’en être le dépositaire à l’administrateur, aux conditions que je fais en Allemagne pour ces sortes de morceaux séparés ; c’est-à-dire : 50 francs de prime, et 10 centimes de tantième sur chaque exemplaire timbré de ma griffe, pendant cinq ans. Ma femme a ma signature et l’apposerait sur les exemplaires.
Georgina a reçu ta lettre ce matin : impossible de retrouver le double de mon traité sur Jeanne et Polyeucte : tu serais bien gentil de m’en faire faire un double : fais nous parvenir le travail nécessaire à la traduction le plus tôt possible.
Affectueux souvenir de mes amis.
Je t’embrasse bien cordialement toi et tous les tiens.
À toi de cœur,
Ch. Gounod
Amitié à Bizet et à Vizentini.
Lettre de Gounod à Barbier, 21 septembre 1873
Londres, 8 septembre 1873
(veille de l’anniversaire de naissance de ma Jeanne qui aura demain 10 ans.)
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Cher ami,
Il y a bien longtemps que je n’ai eu de tes nouvelles, non plus que de celles de Jeanne d’Arc ; tu serais bien gentil de m’en donner des unes et des autres.
Tu vois que je ne suis toujours pas en prison : mes lettres au Figaro t’en auront peut-être déjà informé, ainsi que de l’étrange motif pour lequel l’avoué de mon adversaire prétend que je n’y suis pas !
Je ne sais encore quand nous quitterons Londres, (mes amis et moi) ni même si nous bougerons pour aller passer quelques semaines en campagne : le temps est peu engageant, et le froid commence ! En tout cas je t’avertirai.
J’ai reçu aujourd’hui la visite du chef d’orchestre Arditi, et il faut que je t’en parle. Arditi dirige l’orchestre de l’opéra italien de Saint-Pétersbourg : il est venu m’annoncer qu’on se proposait de monter Mireille dans cette ville l’hiver prochain avec Mme Patti. Tu n’ignores pas qu’en vertu des termes du traité que Carré et moi avons passé avec M. de Choudens, ce commerçant est tenu de ne vendre l’orchestre et les partitions de Mireille à aucune administration théâtrale à l’étranger, avant de s’être concerté et entendu avec les auteurs sur le prix de la vente, et avoir réservé les droits d’auteurs. Sur le prix de la vente, un tiers revient aux auteurs. J’attends donc que M. de Choudens veuille bien me prévenir et me consulter (ainsi qu’il y est obligé) sur les termes auxquels j’ai à donner mon approbation sans laquelle aucune transaction n’est possible ni valable. Quant aux droits d’auteurs, je ne les accepterai pas moindres qu’au grand opéra de Paris.
Veux-tu me faire l’amitié de dire à M. de Choudens que j’attends ses informations.
Je ne te dis rien de ma santé, tout cela ne vaut plus grand-chose, mais je travaille tout de même : je viens de conclure l’orchestration de ma messe Angeli custodes par une marche de la communion.
Je t’embrasse toi et les tiens de tout mon cœur.
À toi,
Ch. Gounod.
Lettre de Gounod à Barbier, 23 septembre 1873
23 septembre 1873
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Cher ami,
Mais c’est un chef-d’œuvre que cette conduite de M. de Choudens ! Supprimons Gounod ; n’en parlons plus ; cela n’existe pas ; il n’y verra que du feu !
Et tu imagines que cela va aller comme cela, tout droit ! Le fait accompli ! Un monsieur passe près de moi, dans la rue, et me prend ma montre : Crac ! fait accompli : alors taisons-nous !
Eh bien, mais il ne fallait pas accomplir le fait sans me consulter : c’est très simple ; on devait m’écrire, s’entendre avec moi ; je suis quelque chose ; le traité stipule la condition absolue de ne rien conclure sans le consentement des auteurs. Il se peut que mon abus de confiance m’ait aveuglé sur la nécessité d’entretenir l’exercice de mon droit : mais le droit n’est pas supprimé, et l’homme exécrable, abominable, qui s’est moqué de moi pendant douze ans, et qui est, depuis 2 ans, mon bourreau et mon ennemi, n’avait guère lieu de supposer que mon amitié s’en rapporterait innocemment, comme par le passé, à ce dévouement dont il me donna tant de preuves.
Puis donc qu’on insulte aussi grossièrement ma personne en méprisant aussi absolument mes droits, j’en vais mettre le feu aux quatre coins de cette jolie petite forêt de Bondy. Trop commode, le fait accompli.
Mais dis-moi, cher ami ; il y a une chose dont je vois, par ta lettre, que tu ne t’es pas rendu compte ; quand je dis une, il y en a bien plus d’une. Veux-tu me permettre de te les faire passer en revue ?
Tu dis que mon veto est tardif, selon toi
. Ce veto, je ne pouvais en exprimer la menace que quand j’ai eu connaissance du fait à empêcher. C’est, selon moi, l’information que j’ai reçue qui est tardive ; car elle a été nulle. M. de Choudens te dit, dans la lettre que tu me communiques : Il était question depuis plus de deux années de la monture de Mireille en Russie.
Il y avait donc tout le temps de s’entendre avec moi et de se précautionner pour l’éventualité. (Ce M. de Choudens, dont je n’avais pas encore compris la particule, tire, je le vois, ses titres de noblesse d’une race aussi ancienne que le monde.)
Tu ajoutes : Si au contraire tu acceptes les faits accomplis, tu te trouves admirablement placé pour interdire, à l’avenir, toute transaction où tu ne serais pas consulté, et où tu n’interviendrais pas directement ; à cela Choudens n’a rien à répondre puisque ta prétention serait conforme aux termes exprès de votre traité, et que, si le fait se produisait de nouveau, tu serais armé de toutes pièces pour lui réclamer des dommages-intérêts considérables.
Je t’avoue que serait me surprend ; ma prétention actuelle est conforme aux termes exprès d’un traité qui existe depuis onze ans. Tu veux donc que je me laisse éternellement plumer ? Quel âge veux-tu donc que j’attende pour me faire faire justice ? Le lendemain de ma mort ? Tu ne vois donc pas que tous ces monstres de gens nous veulent mener de temporisation en temporisation, et que c’est révoltant et infâme, et qu’il faut se battre !
Non ; je ne veux pas que cet être odieux me marche à deux pieds sur la face : et je vais lui tailler des croupières. J’envoie à Pétersbourg une interdiction formelle de jouer l’opéra Mireille dont M. de Choudens a livré, sans mon consentement, la fourniture n°10 (et les 9 autres fournitures, où sont les traités ? j’en veux une copie ; il me la faut).
Tu n’as pas vu, en outre, que, dans les traités dont tu m’envoies la copie, M. de Choudens ne se contente pas de violer le présent ; il engage l’avenir pour plusieurs années ; il en fixe les prix ; donc ton recours à mes protestations pour l’avenir est non avenu si je n’arrête pas la mise à exécution cette année même.
M. de Choudens pousse l’amour de mes intérêts jusqu’à disputer qu’on ne paiera plus rien aux auteurs quand les droits auront atteint la somme de six mille francs ! c’est en vérité une […] sans exemple. La Russie aura Mireille pour elle et M. de Choudens quand chacun des deux auteurs de cette œuvre aura touché la somme généreuses de trois mille francs !
Allons, allons, mon cher Jules, je te supplie de ne pas te laisser chloroformer par mon vampire : je t’ai ouvert les yeux ; je t’en ai même donné ; ne te les laisse pas crever. Je suis seul contre tous : du moins ne sois pas contre moi ;
Adieu, je t’embrasse toi et tous les tiens.
Ton viel ami,
Ch. Gounod.
Mes amis vous envoient leur meilleur souvenir.
Lettre de Gounod à Barbier, 26 septembre 1873
Londres, 26 septembre 1873
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Cher, cher ami,
Je suis navré de l’exorde qu’a dicté à ta lettre un mot jeté bien innocemment à la fin de la mienne. Si innocemment, en vérité, que j’ai souri en l’écrivant et presque ri en le relisant. Au moment où il m’est venu sous la plume, je pensais au : Qui non est mecum contra me est, et qui colligit mecum, dispergit.
Dieu sait si j’ai soupçonné un instant que ce mot ne sois pas contre moi
ait pu te porter une peine, même une équivoque, et provoquer dans ton esprit un autre sens que celui qui régnait dans ma pensée, la nécessité de s’unir dans la protestation légitime et de ne pas se diviser, même par une simple abstention. Voilà tout. Est-ce que tu peux supposer que je ne croie pas absolument dans la justice de ton cœur et dans la vigueur de ton amitié pour moi… Allons, voilà qui est expliqué n’est-ce pas ?
Maintenant voici les indications et mouvement que tu me demandes.
1. Toutes les voix en scène dans la scène finale sont des voix d’hommes : les ténors, soldats ; les 1ères basses, bourgeois ; les 2ndes basses, moines. Toutes les voix de femmes sont pour les 2 saintes et le chœur […] : j’ai dû commettre une erreur à la première page du morceau, je ne sais comment ; car j’ai cru indiquer la division des voix.
2. Métron. de la scène qui précède la marche funèbre (♩ = 100) allegro moderato.
Je te renvoie une épreuve que j’ai entièrement revue : il restait un assez grand nombre de fautes ; fais corriger très attentivement.
Remercie Bizet pour tous les soins, et complimente le pour moi de son travail si consciencieux.
Je t’embrasse toi et tous les tiens.
Amitiés de nos amis W.
À toi,
Ch. Gounod.
P.S. Et le traité imprimé, qui porte ceci en toute lettres : M. de Choudens seul propriétaire du droit d’éditer et de publier pour tous pays Mireille opéra en 3 actes, etc.
Qu’est-ce que tu dis de cela ?
Un faux ! Trois mensonges en deux lignes.
- Seul propriétaire : c’est faux ; car j’ai vendu à Boosey pour l’Angleterre.
- Pour tous pays : c’est faux, tu n’as qu’à voir la minute du traité passé entre nous et M. de Choudens : il est sur les mêmes bases que Philémon, c.à.d. que sauf la France et la Belgique, je puis éditer ou vendre Mireille piano et chant partout où je veux.
- Mireille opéra en trois actes ! Et les deux autres, est-ce qu’on me les rend ? Encore un faux !
Ch. Gd.
Lettre de Gounod à Barbier, 12 novembre 1873
Londres, 22 novembre 1873
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Mon bien cher ami,
Ce m’a été une grande joie d’avoir, de visu, des nouvelles de toi et de ton grand succès. Mes amis ont été enchantés de ton œuvre et de l’interprétation du rôle principal par Lia Félix ; et je ne me doute pas un instant que, si l’artiste a porté vaillamment son rôle, le rôle lui-même, tout plein de tes beaux et nobles vers, n’ait été bien fait pour porter et emporter l’artiste sur les ailes de l’enthousiasme. Tu as fais une belle œuvre, mon cher ami, et je suis heureux pour toi qu’un des élans de ton cœur soit montré, sous forme de fleuron, jusqu’à ta couronne : c’est une coïncidence assez rare pour qu’on en félicite les heureux prédestinés et pour qu’on s’en réjouisse avec eux.
Quant à la part de société qui me revient dans ce beau drame, je te remercie de me l’avoir confiée. Jeanne d’Arc aura été, grâce à toi, une des plus belles figures qui aient fait battre mon cœur de musicien, et je suis heureux que ton auréole ait fait bon ménage avec ma guitare.
Je t’embrasse de tout mon cœur et te répète que personne, avec les tiens, n’est plus ravi que moi de ton beau et légitime succès.
Présente, je te prie, tous mes regrets et toutes mes félicitions à Mlle Lia Félix que je suis bien privé de n’avoir pu admirer et applaudir. Ah ! si nous pouvions l’avoir et monter Jeanne d’Arc à Londres !…
Adieu, tout à toi et à ton cher entourage.
Ch. Gounod.
P. S. — J’ai écrit à Vizentini.
Lettre de Gounod à Barbier, 5 décembre 1873
5 décembre 1873, Tavistock House.
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Cher ami,
Reçu tes lettres d’hier et aujourd’hui ainsi que celle de Mme Gérard à Mme Weldon.
Ci joint une réponse de moi à un article du Pall Mall Gazette critiquant ma lettre au Times sur le Registrar.
Puisque tu es à Paris, au sein de la Commission des auteurs, tâche donc de faire un peu avancer, officiellement et par des démarches efficaces, cette damnée question du Copyright si cruellement absurde et si absurdement cruelle qui nous causera, hélas ! tant d’ennuis, de disputes, de tors, et de ruine, tant que nous n’aurons pas balayé, par une révolution dans les lois, ces misérables oubliettes dans lesquelles la coquinerie du commerce nous engloutit tous les jours.
À bientôt et tout à toi,
Ch. Gounod
J’ai reçu de la corporation de Stationers’ Hall une lettre de soi-disant explication et [exemple], qui ne me satisfait pas : j’ai demandé une autre, et je donne sur le […] au Register.
[Billet placé à la suite dans les archives.]
As-tu un intérêt chez [Léoy] dans la vente du livret de Jeanne d’Arc ? Mme Weldon n’a pas reçu les exemplaires que tu dis lui avoir envoyés. Ci-joint la liste des personnes à qui je prie Mme Gérard d’envoyer une partition.
Lettre de Gounod à Barbier, 8 décembre 1873
Londres, lundi 8 novembre 1873
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Cher ami,
La situation qui a paru douteuse à la délicatesse de ta confiance me semble, (d’après les termes mêmes que tu me fais remarquer dans ta lettre) beaucoup plus claire qu’à toi. Du moment où les conventions franco-russes sont précises en ce qui concerne la propriété littéraire et musicale, mais se traitent sur les représentations dramatiques, voici quelles sont mes conclusions.
Oui ; la convention franco-russe se tait sur le chapitre de la représentation dramatique, et, par là, elle reste dans la catégorie des innombrables conventions et lois très imparfaites que j’étudie en ce moment, et pour la […] et la réforme desquelles, j’entreprends une polémique acharnée et une campagne obstinée au moyen d’un travail qui fera l’objet d’un rapport sérieux, et, je l’espère, utile.
Mais, pour le moment, nous ne nous en trouvons pas moins en face d’un état des choses qui fait loi locale et auquel nous sommes obligés de nous conformer jusqu’à ce qu’il ait fait place à des […] générales et uniformes.
Donc, quant à présent, en ce qui regarde notre situation pour Jeanne d’Arc vis à vis de la Russie, voici les droits et les devoirs qu’elle nous crée.
Toi et M. [Sérape] vous êtes, (en vertu de mon traité avec toi) propriétaire absolu de la musique de Jeanne d’Arc sous le monde et dans la limite du terme publication, c.à.d partition piano et chant, morceaux détachés, arrangements. Cela va de soi, mais l’orchestre reste à partage aux acteurs : car, non seulement notre traité spécial en question le réserve expressément partout, (ainsi que je viens de m’en réassurer en le relisant) mais, dans l’espèce même, notre résolution de conserver nos droits sur la livraison de l’orchestre et d’en fixer les conditions est manifeste d’après les termes mêmes de plusieurs de nos traités avec M. de Choudens, (termes dont ce dernier a si déloyalement fait bon marché en voulant contracter avec la Russie pour Mireille, sans même me consulter, le mécréant !
Lettre de Gounod à Barbier, 22 décembre 1873
Londres, 22 décembre 1873
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Cher ami,
Ceci est une communication tout à fait confidentielle, et à laquelle je te prie de donner la plus grande attention. Je suis peut-être sur le point de découvrir un délit sérieux dont la vérification toucherait à nos plus sérieux intérêts. Il faut que tu recherches dans tes papiers si notre Faust a été réellement vendu à Chappell en 1859, et non en 1861. Voici pourquoi.
Il paraît qu’il y a ici un agent qui, lorsque [James Henry] Mapleson a voulu donner Faust à Londres, est allé à Stationers’ Hall pour s’assurer si notre Faust y était enregistré, et qui affirme qu’à cette époque (1861) les Registres n’en faisaient encore aucune mention. Tu vois d’ici de quelle importance il serait pour nous de constater ce point. Remarque bien ce que je vais te rapporter. Mr Chappell a dit qu’il ne retrouvait point dans ses papiers la lettre de M. de Choudens le priant d’enregistrer, en date du 13 juin 1859. S’il était vrai qu’un document de cette nature fût ou supposé, ou anti daté, pour les besoins de la cause et la sauvegarde des livres de comptes de l’éditeur au greffier, tu comprends de quelle gravité serait une telle fraude. Or, je le répète, il y a ici un agent qui a été envoyé à Paris par Mapleson pour voir Faust, et qui affirme qu’en 1861 Faust n’était pas enregistré, et que Mapleson ne l’a monté que parce qu’il savait qu’il n’aurait rien à nous payer. Si cela est exact, il en résulte que le registre du Stationers’ Hall aurait été interpolé par une corruption, ce qui constituerait un délit de faux à la date de 1859.
Pas un mot ! entends-tu ? Cherche dans tes papier, assure toi, et informe moi.
Je t’envoie, ci joints, deux échantillons de mes lettres sur la Routine en matière d’art
, dont je me propose de faire plus tard un volume qui, je l’espère, ne sera pas sans intérêt et sans utilité.
Je t’embrasse toi et les tiens.
Amitiés de mes amis pour vous tous.
Ch. Gounod.
Lettre de Gounod à Barbier, 30 janvier 1875
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Mon cher ami,
J’ai reçu hier soir le billet de faire-part que tu m’as adressé au sujet de l’enterrement de notre Jeanne d’Arc. Si nous avons à nous reprocher quelque chose (en dehors de toute appréciation de la valeur intrinsèque de ton œuvre) c’est de nous être trompé d’adresse. Je crois que c’est une imprudence, une témérité que de vouloir faire de l’art, de l’art noble, délicat, recueilli, dans un lieu et dans un quartier dont ce n’est ni l’habitude, ni la tendance, ni le pouvoir.
En toute chose il faut considérer la fin.
Quant à ton œuvre, je te renvoie pour ta consolation aux versets suivants de l’Évangile :
- Matthieu IX, 24 [
Retirez-vous. La jeune fille n’est pas morte : elle dort.
] ; - Marc V, 39 [
Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort.
] ; - Luc VIII, 52 [
Jésus dit : Ne pleurez pas ; elle n’est pas morte : elle dort.
].
et je te dis, comme le Seigneur au père de cette fille bien-aimée : Non est mortua puella, sed dormit.
et on te la ramènera du cimetière plus vivante et mieux portante que jamais. Ah ! mon ami, que veux-tu ?… la conscience se paye, et même très cher !
Pour ce qui est de ma part très secondaire dans cette œuvre, tu sais que j’y ai mis toute mon amitié pour l’homme, toute ma sympathie pour l’auteur. Je n’en reviens pas moins à ce fond de mélancolie qui me fait toujours dire : Allons, c’est assez ; il faut sonner la retraite !… c’est absolument inutile de continuer !…
Et puis, j’entends une voix qui me dit : On en fait les maréchaux qu’avec les guerriers qui retournent au feu après les blessures !
Et je me remets en marche !
Apôtre et martyr, c’est tout un. C’est pourquoi je termine Polyeucte !
Polyeucte ! ! ! Ha ! ! !
Quant à l’Enfant prodigue, je voudrais bien te revoir et causer avec toi.
À bientôt donc, j’espère, et tout à toi.
Ch. Gounod.
P. S. — Amitié à tous les tiens.