Dossier : Documentation : 1875-1889
1875-1889 Entre-deux-Jeannes
: Reprises en province. — Messe de Gounod.
Entre-deux-Jeannes: Reprises en province. — Messe de Gounod.
La Gironde, 10 juillet 1875
Extrait de la Chronique locale : Jeanne d’Arc au Grand-Théâtre de Bordeaux, du 12 au 27 juillet, et matinée du dimanche 1er août.
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Grand-Théâtre de Bordeaux. — Samedi, irrévocablement, la troupe parisienne donnera la première représentation de Jeanne d’Arc. Le drame de M. Barbier n’a pas encore été monté en province, malgré l’éclatant succès qu’il a obtenu à Paris : c’est qu’il exige une mise en scène, une figuration, et, par suite, des frais qui peuvent faire reculer plus d’un directeur. Les artistes de l’Odéon, qui sont en ce moment en représentation au Grand-Théâtre, n’ont pas craint cependant de tenter l’aventure : ils espèrent que le public bordelais, qui a si chaudement applaudi la Fille de Roland, ne se montrera pas plus indifférent pour une œuvre qui est née de la même inspiration patriotique, et à laquelle la musique de Gounod donne un grand attrait de plus.
Nous aimons a penser que leur confiance ne sera pas trompée. Jusqu’à preuve du contraire, dit M. Barbier dans sa préface, j’aurai bien de la peine a croire qu’un récit qui, sous la forme légendaire ou historique, a ému tout un peuple, ne puisse pas, sous la forme du drame, émouvoir tout un public.
Y a-t-il, en effet, dans toute notre histoire de France, une plus noble, une plus sympathique, une plus rayonnante figure que celle de la vierge de Domrémy ? Nous la comprenons d’autant mieux aujourd’hui, que la guerre de 1870 a plus cruellement éprouvé la France. Aussi applaudissons-nous de tout cœur à l’idée de la troupe parisienne. On connaît, d’ailleurs, le talent des interprètes, et nous n’avons pas besoin d’insister sur ce point. On peut être sûr aussi que rien ne sera négligé pour la mise en scène. Dans de telles conditions, Jeanne d’Arc fera époque à Bordeaux : avis à tous ceux qui aiment la belle littérature et la bonne musique, et qui ont à cœur d’encourager le grand art.
La Direction du Grand-Théâtre nous communique la distribution de Jeanne d’Arc, que nous publierons demain.
Les soins apportés à cette œuvre capitale dans laquelle, outre les artistes, il n’y aura pas moins de 250 figurants, choristes et comparses, oblige la Direction à faire deux relâches successifs, vendredi et samedi.
Dimanche, dernière représentation de Nos Bons Villageois.
Lundi 12 juillet, première représentation de Jeanne d’Arc, à laquelle assistera presque certainement M. Simon [sic] Gounod, empêché par une assez grave indisposition, au moins M. Jules Barbier, qui viendra surveiller l’exécution de son œuvre.
[La Gironde du 11 juillet] Voici la distribution du drame lyrique de Jeanne d’Arc, qui sera joué lundi au Grand-Théâtre :
- Jeanne d’Arc : Mme Colombier ;
- Agnès Sorel : Mme Laugier ;
- Charles VII : M. Laugier ;
- La Hire : M. Talien ;
- Dunois : M. Bondois ;
- De Thouars : M. Courdier ;
- Jacques d’Arc : M. Dumoraize ;
- Thibaut : M. Sorel ;
- Warwick : M. Duparc ;
- Loiseleur : M. Ricquier ;
- Jean d’Estivet : M. Lagrange ;
- Xaintrailles : M. Maxime ;
- Pierrelot : M. Baron ;
- Brown : M. Frédéric ;
- D’Aulon : M. Théodore ;
- Gordon : M. Freyball ;
- Maître Jean : M. Bertet ;
- Siward : M. Valleray ;
- Manchon : M. Martin ;
- Un vieux paysan : M. Félix ;
- Richard : M. Gaston ;
- Vendôme : M. Marty ;
- Isabelle Romée : Mme d’Estrées ;
- Loys : Mme Delcroix ;
- Catherine : M. Bernard ;
- Mengette : Mme Sorel ;
- Dame de Gaucourt : Mme Barret ;
- Dame de Trèves : Mme Ernestine ;
- Perrine : MmeGalli ;
- Sainte Marguerite : Mme Ricquier ;
- Sainte Catherine : Mme Marion.
Chœurs seigneurs, capitaines, soldats français et anglais, archers, juges, évêques, moines, dames de la cour, ribaudes, peuple, etc.
La Gironde, 14 juillet 1875
Extrait de la rubrique Théâtres et concerts.
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C’est hier que le Grand-Théâtre a donné la première représentation de Jeanne d’Arc. Le grand drame lyrique de M. Jules Barbier est une œuvre à part, qu’on ne peut faire rentrer dans aucun genre déterminé. C’est une sorte de féerie épique, de mystère moyen-âge, approprié à l’esprit moderne. Une œuvre comme celle-là qui pouvait seule supporter cette alliance de la poésie et de la musique, qui produit dans Jeanne d’Arc un si puissant effet. Il y a dans toute la pièce un grand souffle d’héroïsme, une haute inspiration patriotique : elle renferme de très beaux vers, surtout dans la scène de la prison. Quant à la musique, elle est de M. Gounod, et c’est assez dire. La mise en scène est des plus riches et des plus soignées. Nous reparlerons demain de l’œuvre de M. Barbier, qui est destinée, croyons-nous, à un grand et durable succès. Mlle Colombier est excellente dans le rôle de Jeanne, qui restera l’une de ses meilleures créations. Nos compliments aussi à MM. Talien et Laugier.
[Édition du 28 juillet :] Spectacle du mardi 27 juillet 1875 : Grand Théâtre, à 8 heures. Jeanne d’Arc. Dernière représentation du drame lyrique en 5 actes et 7 tableaux, par M. Barbier, musique de Gounod.
[Édition du 29 juillet :] Spectacle du mercredi 28 juillet 1875 : Grand Théâtre, à 8 heures. À la demande générale : la Fille de Roland.
[Édition du 30 juillet :] Spectacle du jeudi 29 juillet 1875 : Grand Théâtre, à 8 heures. L’Aventure d’Émile Augier. Brutus, lâche César, comédie en un acte de Joseph-Bernard Rosier.
[Édition du 31 juillet :] Spectacle du vendredi 30 juillet 1875 : Grand Théâtre, à 8 heures 1/4. La Fille de Roland.
[Édition du 1er août :] Spectacle du samedi 31 juillet 1875 : Grand Théâtre, à 8 heures. Le Demi-Monde d’Alexandre Dumas fils.
[Édition du 2 août :] Spectacle du dimanche 1er août 1875 : Grand Théâtre, à 8 heures 1/4. La Fille de Roland.
Le Figaro, 19 juillet 1875
Extrait du Courrier des Théâtres de Jules Prével.
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Avant-hier soir, Mlle Marie Colombier a joué à Bordeaux le rôle de Jeanne d’Arc, établi d’origine par Mlle Lia Félix. Ce qu’il y a eu de particulier dans cette représentation, ce sont les bottines de l’actrice, lesquelles étaient plus fashionables qu’historiques.
Voici l’explication que donne un journal de Bordeaux sur cette particularité.
Mlle Colombier avait commandé des souliers de l’époque à un cordonnier de la ville, qui les lui avait promis pour le jour de la représentation ; or, le jour dit, il ne put lui apporter la paire une heure avant le spectacle, il lui apporta un soulier — un seul ! — pour lui faire prendre patience, et ce n’est que le lendemain, à l’heure du spectacle, c’est-à-dire vingt-quatre heures après, qu’il lui apporta le second soulier.
Le Figaro, 23 juillet 1875
Extrait du Courrier des Théâtres de Jules Prével.
Lien : Gallica
La Jeanne d’Arc de Jules Barbier et Gounod vient d’obtenir, au Grand-Théâtre de Bordeaux, un très grand succès.
Bien que cette pièce eût déjà été jouée douze fois cet été, au Théâtre-Louit, par la troupe de M. Brindeau, les Bordelais sont retournés l’applaudir avec d’autant plus d’enthousiasme qu’elle leur offrait l’attrait d’une interprétation toute nouvelle. [Probable confusion du journaliste : c’est le drame : La Fille de Roland, que la troupe d’Édouard Brindeau, ex-sociétaire de la Comédie-Française, avec Marie Colombier, a joué en mai au Théâtre-Louit, puis en juin au Grand-Théâtre.]
D’après la Gironde, Mlle Colombier est excellente : elle a fait de Jeanne d’Arc une forte fille des champs qui porte bravement et martialement le casque et la cuirasse ce costume guerrier lui convient à ravir ; mais ce qui nous frappe bien plus encore, c’est la simplicité, le naturel, la dignité, la grandeur qu’elle a su donner à ce rôle, l’un des plus écrasants qu’on puisse imaginer pour une artiste.
Les autres rôles sont tenus par des comédiens de l’Odéon : M. Talien joue La Hire ; M. Laugier, Charles VII ; M. Bondois, Dunois ; Mme Laugier, Agnès Sorel. L’ensemble est des plus satisfaisants.
Ah ! par exemple, nous sommes sans nouvelles du cordonnier de Bordeaux qui n’a pu livrer à Marie Colombier, pour le soir de la première, que la moitié de la paire de souliers qu’elle avait commandée. Le disciple de saint Crépin se serait-il passé son tranchet au travers du corps ?…
La Gironde, 29 juillet 1875
Extrait de la rubrique Théâtres et concerts.
Devant le succès de la représentation de jour de dimanche dernier, et cédant à de nombreuses demandes, l’administration du Grand-Théâtre a prolongé d’un jour le traité qui la liait à la troupe de l’Odéon, et a obtenu que dimanche prochain, 1er août, Mlle Colombier donnerait une dernière représentation de jour de l’admirable drame lyrique de Jules Barbier et de Charles Gounod, Jeanne d’Arc.
Nous sommes assurés d’avance que les vaillants artistes obtiendront du public bordelais une ovation qui leur laissera de notre ville un excellent et durable souvenir.
La Gironde, 1er août 1875
Extrait de la rubrique Théâtres et concerts.
Lien : Gallica
Ce soir, Mlle Colombier et la troupe de l’Odéon donneront, au Grand-Théâtre, le Demi-Monde, de M. Dumas fils, qui a obtenu récemment, à la Comédie-Française, un nouveau et si légitime succès.
Demain dimanche, pour la clôture des représentations de la compagnie parisienne, à une heure et demie de l’après-midi, Jeanne d’Arc, l’admirable drame lyrique de J. Barbier avec la musique de Gounod, qui sera jouée une dernière fois, la direction ayant obtenu des artistes de l’Odéon une prolongation d’un jour.
Le soir, adieux de la troupe dans le Demi-Monde de Dumas fils.
Nous espérons que le public bordelais ira offrir aux artistes parisiens son tribut de sympathie et de regrets.
Le Figaro, 6 août 1875
Extrait du Courrier des Théâtres de Jules Prével.
Lien : Gallica
Mlle Colombier vient de finir ses représentations à Bordeaux.
Un incident a marqué la dernière représentation de Jeanne d’Arc. Au deuxième acte, au final si entraînant de Gounod, une dame choriste s’est avancée près de Mlle Colombier et lui a offert, au nom des choristes et auxiliaires, une magnifique couronne d’épis d’or. Des rubans verts attachés aux branches portent ces inscriptions :
Hommage de messieurs et dames des chœurs et des auxiliaires du Grand-Théâtre de Bordeaux ; — 1er août 1875.
Offert à Mlle Marie Colombier, premier sujet du Théâtre-National de l’Odéon, pour sa création de Jeanne d’Arc.
Les applaudissements ont alors redoublé, et Mlle Colombier, saisie d’émotion devant cette délicate attention, n’a pu que remercier du geste ses camarades, qui lui prouvaient ainsi leurs sympathies. Ce souvenir tire encore sa valeur de la façon dont il a été offert. Ces braves gens ont tous sacrifié une journée d’appointements pour participer à l’achat de la couronne, qu’ils ont été si heureux d’offrir à leur directrice de deux mois et à l’artiste de talent.
La Comédie, 26 septembre 1875
Jeanne d’Arc au Grand-Théâtre du Havre.
Lien : Gallica
Havre. — Notre Grand-Théâtre ouvrira ses portes au public le 1er septembre prochain, par le drame Jeanne d’Arc de MM. Jules Barbier et Gounod.
[Note : cet article du 26 septembre annonçant une réouverture prochaine le 1er est probablement la reproduction tardive d’une dépêche parue localement.]
La Comédie, 3 octobre 1875
Extrait de la rubrique, la Comédie en province.
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Grand-Théâtre du Havre. — Transformation complète, salle, direction, personnel et usages.
Depuis plusieurs années, notre première scène était délaissée, et les directeurs, malgré de grands sacrifices, se retiraient généralement avec des pertes.
L’exploitation ne pouvant être entreprise sans subvention, et le Conseil Municipal n’en voulant point accorder, M. Bonnesseur, notre directeur actuel, demanda qu’à défaut de la subvention on voulut bien faire à la salle les réparations nécessaires.
Ces travaux urgents furent faits et certains changements permirent de surélever et d’agrandir considérablement la salle.
Le 2 septembre, nous assistions à la réouverture de notre Grand-Théâtre, et nous constations, malgré tous les attraits inscrits en tête de notre article, de nombreux vides dans la salle.
Cependant M. Bonnesseur avait poussé ses réformes radicales aussi loin que possible ; puisque de l’ancien personnel, il ne restait que quelques employés, il avait même été question d’organiser un grand tronc pour toutes les ouvreuses. Craignant l’encombrement, M. Bonnesseur avait fait supprimer une grande partie des entrées de faveur, nombre des entrées de représentants des journaux étrangers à la localité et notre journal la Comédie est de ce nombre ; ce journal n’ayant jamais eu ses entrées dans aucun théâtre (réponse textuelle de la Direction).
La pièce de réouverture était le drame de Barbier, Jeanne d’Arc, musique de Gounod.
Ce choix était déjà un mauvais début, nos artistes n’étaient nullement dans leurs rôles, aussi avons-nous à enregistrer un insuccès complet. Les chœurs et l’orchestre méritent cependant des éloges ; la mise en scène était également bien soignée.
Ensuite nous avons eu le Procès Veauradieux, là nous enregistrons un succès véritable, cette pièce a été littéralement enlevée, tous nos nouveaux artistes y ont mérité des applaudissements.
Parmi les pensionnaires de M. Bonnesseur, nous remarquons MM. Lafage et Victor, ce dernier surtout est un désopilant comique.
Dans le camp féminin, nous retrouvons notre charmante Mme Blanzac qui eut tant de succès l’année dernière dans la Boule et les 30 Millions de Gladiator, et les noms nouveaux de Mmes Darmand et Bovery. Ces deux seules pièces ont, jusqu’à présent, tenu l’affiche et peu rempli la salle.
Nous souhaitons à M. Bonnesseur, le succès que mérite et ses efforts et ses réformes, et nous terminerons ce premier article de la campagne 1875-76, en constatant la différence d’aménité qui existe entre le directeur actuel et celui que nous possédions l’année dernière, M. Bernard, que tous ceux qui étaient appelés à avoir des rapports avec lui, regretteront pour la manière courtoise dont il les accueillait.
L’Écho universel, 24 mars 1876
Costumes de Jeanne d’Arc prêtés par la Gaîté pour les fêtes d’Orléans.
Lien : Retronews
Lundi s’est réunie, à l’hôtel de ville d’Orléans, la commission chargée d’examiner la formation de la cavalcade historique qui doit faire partie du programme des fêtes du concours régional du 29 avril et de celles de Jeanne d’Arc qui auront lieu les 7 et 8 mai. La plupart des coutumes qui figureront dans les fêtes en l’honneur de l’héroïne d’Orléans, ont été prêtés par le théâtre de la Gaîté, et ce sont ceux que le public parisien a admirés dans le beau drame lyrique de MM. Jules Barbier et Gounod.
La Bien public, 17 mai 1876
Extrait du Courrier des théâtres, de Charles de Lorbac : recettes moyennes de l’Opéra.
Lien : Retronews
À l’Opéra, mercredi, les Huguenots ; vendredi, Faust ; lundi, Jeanne d’Arc. Disons, à ce propos, que les recettes brutes de l’Opéra, qui s’étaient élevées pour l’exercice 1874-1875,à la somme de 1.849.372 fr., se totalisent l’année suivante par 3.661.264 fr. ; différence :1.801.892 fr. Il faut dire aussi que, sur les douze mois de l’exercice 1874-1875, trois mois seulement appartiennent à l’exploitation du nouvel Opéra ; les recettes des neuf premiers mois ont été réalisées à la salle Ventadour.
En somme, depuis un an, l’Opéra aura fait une recette moyenne de 20,000 fr. par représentation, et les derniers chiffres permettent d’espérer que cette moyenne sera encore dépassée.
La Minerve, 14 mai 1877
Jeanne d’Arc à Montréal.
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[Note : De nombreux articles ont été publiés les jours précédents la première : abrégé de l’histoire de Jeanne d’Arc, analyse du livret de Barbier ou de la partition de Gounod, etc.]
Jeanne d’Arc. — C’est ce soir qu’a lieu la première représentation de ce drame lyrique que MM. Prume et Lavallée préparent depuis trois mois. Nous avons eu l’avantage d’assister à la répétition générale et nous ne pouvons dire qu’une chose, c’est que nous avons été grandement surpris des résultats obtenus par les organisateurs. Nous ne pouvons que féliciter ces messieurs de ces résultats et le public, certainement, les récompensera de leurs efforts. Déjà des excursions s’organisent à Québec, Trois-Rivière, Sorel, etc., pour venir voir cette pièce, et nous pourrons garantir aux excursionnistes qu’ils ne perdront pas leurs frais de voyage, car cette pièce ne sera représentée qu’à Montréal, l’immense personnel ne permettant pas de déplacement.
À ce soir donc et en foule à l’Académie de Musique.
[Annonce de la pièce :]
Académie de Musique
(Montréal)
- Direction : MM. F. Jehin-Prume et C. Lavallée.
- Régisseur de la scène : Achille Génot.
Lundi 14, mardi 15, mercredi 16, jeudi 17, vendredi 18, samedi 19 mai 1877
Pour la première fois en Amérique,
Jeanne d’Arc
Grand drame lyrique en cinq actes et sept tableaux et en vers de Jules Barbier.
Musique de Charles Gounod.
Représenté à Paris avec un succès sans précédent et pendant 472 soirs consécutifs.
- 1er acte : Domrémy
- 2e acte : Chinon
- 3e acte : Orléans
- 4e acte : Reims (1er tableau : place de la cathédrale ; 2e tableau : scène du sacre)
- 5e acte : Rouen (1er tableau : la prison ; 2e : le bûcher)
- Chœur de 80 voix, formé par les meilleurs Artistes, Dames et Messieurs.
- Orchestre composé de 50 de nos principaux Artistes-Musiciens.
- Pour de plus amples détails, voir les programmes.
- Prix d’entrée : sièges réservés : $1 ; admission : 75 et 50 cts.
- Levé du rideau à 7 h. précises.
- Le plan est déposé chez M. Prince, marchand de musique, rue Notre-Dame.
La Minerve, 15 mai 1877
Jeanne d’Arc à Montréal (suite).
Lien : BAnQ
Enfin, nous avons eu la première représentation de Jeanne d’Arc dont on parle depuis deux mois, et nous constatons avec un vif plaisir que ç’a été un succès éclatant. Cette représentation avec chœurs et à grand orchestre était une entreprise colossale et MM. Prume et Lavallée qui peuvent maintenant s’applaudir de l’avoir menée à bien, méritent pour cela les félicitations du public. Rien de tel ne s’était vu en cette ville. C’est la première fois que l’on ait songé à donner ici une pièce de ce genre dont la mise en scène et l’exécution fourmillent de difficultés de toute sorte.
La nouveauté et l’attrait du spectacle, l’intérêt et la sympathie qu’on porte généralement aux hardis novateurs qui l’ont organisé au prix de si généreux sacrifices, ont attiré un concours immense à l’Académie de Musique. La salle était littéralement remplie. Tout Montréal était là, et l’on remarquait même au second rang des fauteuils d’orchestre Lady Dufferin [épouse de Lord Dufferin, gouverneur général du Canada au nom de la reine Victoria] venue incognito à cette belle solennité artistique.
L’heure est trop avancée pour que nous entreprenions de tracer un récit détaillé des hauts faits qui constituent le fond et fournissent les péripéties de cette œuvre à la fois religieuse et nationale de Jules Barbier. Tout le monde, du reste, est au fait des principales circonstances de l’histoire de Jeanne d’Arc, et le poète, presque toujours fidèle à la vérité historique, s’en est admirablement inspiré. La musique de Gounod, tour-à-tour si suave et si palpitante d’émotion et d’énergie, ajoute un prix inestimable à la pièce d’une si haute valeur littéraire. Cette musique a été rendue telle qu’elle devait l’être avec un ensemble, une ampleur et un sentiment du beau musical qui font le plus grand honneur aux exécutants et surtout à leur habile chef d’orchestre M. Lavallée. Les chœurs ont produit un effet grandiose, et on ne saurait trop louper les 30 choristes d’avoir si magistralement exécuté cette partie, la plus difficile sinon la plus importante du programme.
Quant à la partie dramatique, elle a été interprétée de façon à satisfaire même les connaisseurs en matière de théâtre. Le temps nous manque pour décerner à chacun en particulier la part de louanges qui lui est due. Nous y reviendrons, mais nous tenons à dire de suite que tous se sont montrés à la hauteur de leur rôle, et que des amateurs ne pouvaient assurément mieux représenter un chef-d’œuvre.
Le rôle capital, celui de la chaste et incomparable héroïne qui sauva la France autant par sa vertu surhumaine que par sa valeur sur les champs de bataille, — rôle écrasant par sa grandeur et aussi par son étendue, car il remplit toute la pièce, — le rôle de Jeanne d’Arc était tenu par Mme Prume. Celui-là certes n’a pas été sacrifié, et au moment où nous écrivons ces lignes tracées à la hâte, nous sommes encore sous le coup de l’impression profonde qu’il nous a causé.
Mme Prume en était à son début sur la scène, et jamais femme n’a débuté avec plus d’éclat. Cette création montre Mme Prume sous un nouvel aspect qui redouble l’admiration qu’elle s’est acquise depuis longtemps. On connaissait déjà Mme Prume comme une cantatrice séduisante, pleine de délicatesse et de goût, sachant souligner à propos le trait spirituel, moqueur ou badin, ayant fait du chant une étude spéciale, et possédant une méthode sûre de plaire et d’impressionner à la fois.
Mais les plus sincères admirateurs de son talent n’auraient pas soupçonné chez elle des dispositions bien prononcées pour la tragédie, pour ce genre sombre et sévère où il faut pour réussir plus que de la grâce et de l’esprit. Aujourd’hui, ils n’ont plus qu’à reconnaître qu’ils n’avaient pas assez présumé de ses forces et de la variété de ses aptitudes. L’épreuve est faite, et Mme Prume en sort avec gloire. Du premier coup, elle s’est révélée artiste dans toute l’excellence et le charme de ce mot. Maintenant, elle peut aspirer à atteindre tous les sommets de l’art, sans craindre ni chute ni faiblesse. Les vers si poétiques et si bien frappés de l’auteur de Jeanne d’Arc prennent encore plus de poésie, de nerf et d’éclat en passant par sa bouche. Au dernier acte elle a été sublime ; elle a joué alors avec une force d’expression, une vérité de physionomie et d’attitudes qui ont électrisé l’auditoire.
Mlle Hone est bien le plus ravissant petit page que nous ayons vu au théâtre. Elle a chanté d’une façon exquise la ballade qui est d’une effet si pittoresque au milieu des scènes de guerre et d’horreur.
Mlle Lavallée a fait preuve d’un talent remarquable dans le personnage d’Agnès Sorel aussi malheureuse que coupable après le sacre de Charles VII.
Nous devons aussi des compliments à Mlle Gauthier qui s’est distinguée dans son double rôle.
M. Paul Dumas, dans la personnification de Jacques d’Arc, et M. Charles Labelle dans celle du roi, ne laissaient rien à désirer.
M. Louis Labelle n’avait qu’un rôle très-court dont il s’est tiré avec un brillant succès.
M. Bénard sait jouer les héros, de leur nature […] peu courtisans, La Hire, un de ces preux sans reproche et sans peur qui ont porté si haut la fortune militaire de la France, a eu en lui un puissant interprète. Ce monsieur a bien saisi la physionomie et le grand air que devaient avoir ces chevaliers d’un autre âge, prêts à tout oser pour le devoir et l’honneur.
Terminons en disant que l’orchestre qui est un élément très important dans une pièce de ce genre, imitée de la tragédie antique telle que la composait Sophocle, a été ce que nous avons jamais eu de plus complet et de mieux réussi à Montréal.
La Minerve, 16 mai 1877
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Jeanne d’Arc. — Nouvelle représentation, nouveaux succès. Nous ne saurions trop inviter tous nos amis de Montréal et environs, nos amis de Québec et d’ailleurs, à venir entendre cette pièce. MM. Prume et Lavallée, Mme Prume surtout, se sont surpassés hier soir. Les chœurs marchent encore mieux qu’à le première représentation ; l’orchestre est parfait, si ce n’est que nous trouvons, dans notre humble opinion, qu’il devrait jouer un peu plus piano. Nous savons que ce résultat est difficile à obtenir de tous les orchestres du monde. Mais nous espérons que les artistes et amateurs qui forment l’orchestre de M. Lavallée prendront notre observation en bonne part. Jamais, au grand jamais, des amateurs, même sous la direction de Dessane [Antoine Dessane, 1826-1873, musicien et compositeur français installé à Québec], qui était le maître à tous dans son temps, n’ont réalisé un aussi grand succès. Nous avions, à côté de nous, un citoyen anglais distingué de notre ville qui n’est pas très-familier avec la langue française. Il s’est plu à nous faire remarquer que le moitié des sièges d’orchestre étaient occupés par des Anglais. Ils le seront encore ce soir.
Parmi les Canadiens-Français étrangers à Montréal, nous avons remarqué M. Petrus Plamondon, président de l’Association Musicale de Québec, et M. J. Otten, organiste de l’église de Saint-Jean, venus exprès pour la circonstance.
Nous avons déjà dit que des excursions sont organisées à Québec, Sorel, Trois-Rivières, pour venir entendre ce chef-d’œuvre qui sera joué toute la semaine. On nous dit encore que de Saint-Jérôme, Terrebonne, Saint-Lin et autres lieux, il nous vient beaucoup de monde pour l’occasion.
Tant mieux, la chose en vaut la peine, car Mme Prume et tous les amateurs-acteurs qui la secondent, ont réalisé un ensemble que les amateurs de Montréal, Québec et Ottawa, les plus versés dans les choses du théâtre, n’ont jamais prétendu atteindre.
Sans jalousie aucune, ces amateurs sont donc autant de témoins des vérités que nous venons de dire.
La Minerve, 17 mai 1877
Lien : BAnQ
Jeanne d’Arc. — La représentation d’hier soir a été la suite, sous tous les rapports, des succès déjà obtenus. Nous pouvons même dire que, chaque jour, les amateurs s’identifient de plus en plus avec leurs rôles. Mme Prume s’est surpassée. L’orchestre et les chœurs s’acquittent de mieux en mieux de leur tâche. La salle était bien remplie. Que toutes les personnes qui n’ont pas encore assisté aux représentations se hâtent de retenir des sièges. C’est aujourd’hui et demain qu’il arrive un grand nombre de visiteurs des villes voisines.
La Minerve, 18 mai 1877
Lien : BAnQ
Jeanne d’Arc. — Que nos lecteurs ne nous accusent pas de devenir banal et fastidieux si nous répétons encore une fois que la dernière représentation de Jeanne d’Arc a été ovationnée du plus brillant succès. En nous permettant cette répétition, nous ne faisons que constater à nouveau un fait que proclame tout le monde, et si toute vérité n’est pas bonne à dire, celle-là du moins est toujours agréable à entendre, d’autant plus qu’en voyant si complètement réussir nos amateurs, on n’aura plus raison de prétendre que nous n’avons pas de vrais talents dramatiques.
Le coup d’essai des organisateurs de cette pièce, à été un coup de maître. Cela est acquis maintenant, n’est plus sujet à discussion et prouve que les Canadiens, comme leurs congénères les Français, peuvent briller sur la scène, quand ils sont bien dirigés, d’après les bonnes traditions du théâtre, et certes cette direction excellente ne leur a pas manqué.
Qu’on remarque bien que cette belle tragédie de Jeanne d’Arc avec chœurs et en vers, était une des plus difficiles à représenter ici d’une façon digne de l’œuvre.
Il fallait chez les messieurs qui ont eu l’idée de ce véritable coup de théâtre un esprit d’entreprise et une hardiesse peu commune pour débuter ainsi par une innovation, car rien de semblable n’avait été tenté auparavant à Montréal ; de même qu’il fallait chez ceux qui, à divers titres, prennent à l’action de grandes dispositions théâtrales pour ne pas faillir à la tâche qui leur était imposée.
Mais la fortune se plaît à seconder les audacieux ; et le public montre par son empressement à assister en foule au spectacle de chaque soir, combien il sait apprécier le talent au service de l’art qui s’inspire des sentiments les plus nobles, les plus vivaces au cœur de l’homme : l’amour de la religion et l’amour de la patrie.
Hier, nous avons remarqué beaucoup de citoyens de Sorel et des Trois-Rivières venus spécialement pour jouir de cette admirable fête musicale et artistique. À l’orchestre, il n’y avait pas un siège de vacant. Dans la première galerie bon nombre de personnes, même des dames, ont été obligées de se tenir debout, faute de places disponibles. La recette a dû être splendide.
Nous craindrions de tomber dans des redites en parlant du naturel et du savoir-faire réellement surprenants qu’ont mis la plus part des acteurs et actrices dans l’interprétation du leurs rôles. Chacun a fait preuve de qualités qu’on rencontre bien rarement chez des amateurs. Plusieurs ont joué en artistes au fait de toutes les ressources et des finesses du métier. Tout a marché à souhait.
Qu’il nous suffise d’observer que nous n’avons rien à retrancher des éloges que tous leur avons déjà décernés ; qu’au contraire ils méritent davantage ces éloges à présent que les plus jeunes ont surmonté cette timidité si naturelle au début, que les mieux exercés ont acquis plus de sûreté dans le geste, plus de vigueur dans l’expression, plus de noblesse dans le port et d’aisance dans le débit.
Au régisseur M. Génot reviennent principalement le mérite et l’honneur de ces magnifiques résultats. On ne doit pas oublier que c’est en effet cet habile directeur de la scène qui a fait leur éducation dramatique, et il à certes raison d’être fiers de pareils élèves.
Puisque nous y sommes, réparons quelques oublis que nous a fait précédemment commettre le hasard de l’improvisation, bien pardonnable, à une heure aussi avancée de la nuit. Nous aimons trop à rendre justice à qui de droit pour ne pas accorder un juste tribut de louanges à M. Louis Labelle (le vicomte de Thouars-la Trémoille), à Mlle Bouvier, (Isabelle Romée), à Mlle Ida Lavallée (Catherine), à M. Saint-Louis (Nicolas Loiseleur), à M. Brazeau (Warwick), à M. Leprobon (Dunois), à M. Bertrand, (Xaintrailles), et à M. Morin (Thibaut), ainsi qu’à Mlle Desmarais dont le chant a été très remarqué.
Quant à Mme Prume, elle n’avait pas de progrès à faire, parce que dès le premier abord, elle est entrée pleinement dans son rôle, l’un des plus sublimes qu’il y ait au théâtre et qu’elle continue de jouet à ravir. Nous avons beau chercher dans sa méthode, dans son jeu quelque point faible qui puisse souffrir la critique, nos recherches sont vaines, et force nous est de l’admirer, de la louer sans réserve ni mesure.
Elle est l’âme du la pièce et contribue plus qu’on ne saurait dire à en assurer le succès. Elle peut avantageusement soutenir la comparaison avec n’importe quelle étoile qu’on nous a amenée, durant la saison dernière, à grands frais de New-York.
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Tout le monde est satisfait de l’opéra de Jeanne d’Arc, et personne ne s’attendait à un aussi immense succès. De même toutes les personnes qui achètent des chaussures chez J. Bertrand sont satisfaites, car elles épargnent 35% sur leurs achats, N° 623, rue Sainte-Catherine, 2e porte de chez A. Pilon et Cie.
La Minerve, 19 mai 1877
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Actualité. — Les plus belles choses ont une fin, et ce soir sera la dernière représentation de Jeanne d’Arc. Cette représentation est offerte par nos amateurs au bénéfice de Mme F. Jehin Prume qui a fait passer au public de si agréables soirées à l’Académie de Musique depuis le commencement de la semaine. Mme Prume, dans cette pièce, à été la première à la peine, il est juste qu’elle soit au profit. Aussi, d’avance nous sommes sûr qu’il y aura foule, et qu’en cette circonstance, chacun se fera un honneur d’aller applaudir notre charmante actrice dans sa grande création du rôle de Jeanne d’Arc. Il serait superflu d’insister sur ce point. Il suffit d’annoncer le fait pour prédire, sans crainte d’être démenti par l’événement, que la vogue et le succès dépasseront même ce qui s’est vu jusqu’ici. Mme Prume excite à un égal degré l’admiration et la sympathie ; on s’incline avec enthousiasme devant l’artiste, avec respect devant la femme, dont la vertu est au niveau du talent.
Il n’y a qu’une voix pour, dire que Mme Prume est une étoile de première grandeur dans notre ciel artistique et si elle y est encore un peu isolée, d’autres surgiront pour contribuer comme elle à la gloire du nom canadien, si nous savons toujours encourager le mérite et récompenser dignement le talent.
Lettre à Mme Frantz Jehin-Prume.
Montréal, le 18 mai, 1877.
Madame,
Pendant la semaine qui achève, vous avez été l’admiration de tout Montréal et d’une foule d’étrangers venus de tous les points du pays pour vous entendre. Comment avez-vous fais pour interpréter ce rôle de Jeanne d’Arc de manière à électriser non seulement votre nombreux auditoire, mais les amateurs qui jouaient avec vous ? Comment avez-vous fait, vous, en apparence frêle et délicate, pour supporter la fatigue de ce rôle écrasant qui remplit toute la pièce ? Un poète de l’Antiquité a répondu à mes deux questions :
Ingantes animes parvus in corpora venant.
Excusez si je vous parle latin. Cela veut dire tout simplement que, dans un faible corps, vous avez une grande âme, un grand cœur. Vous avez compris toute la poésie, la noblesse, la grandeur du caractère de l’héroïne que vous représentiez, de l’héroïne de Domrémy qui n’avait dans le cœur et sur les lèvres que ce cri généreux :
Sauver la France, sauver la France qui se meurt !Ah ! madame, au souvenir des immenses désastres que la France subissait hier encore, dans l’appréhension des nouveaux désastres qui se préparent pour elle, s’il faut en croire les lugubres nouvelles apportées ces jours-ci par le câble, vous avez remué tous les cœurs français, vous avez réveillé dans tous les cœurs bien placés, qu’ils battent dans une poitrine française où dans celle du citoyen de tout autre pays, les sentiments du vrai patriotisme. Par le temps d’apathie, d’abaissement où nous sommes, vous avez fait là une belle, une bonne action, et le public vous en remercie.
Mais, sortant des considérations patriotiques, si je puis ainsi parler, vous avez encore accompli une autre bonne œuvre par le fait même de votre succès. Vous avez réveillé, chez toute une population, le goût du beau et du vrai.
Le théâtre, chez nous, remplis d’ordinaire si mal sa mission : être l’école des mœurs.
Votre succès est une énergique protestation contre les abus de le scène.
Non-seulement vous vous êtes montrée véritable artiste, mais vous avez agi en femme courageuse. Merci encore de ce second bien fait.
Ce soir, nous irons encore vous entendre et vous applaudir ainsi que les excellents artistes et amateurs qui vous secondent et nous serons là en foule, croyez-le bien, pour vous dire tous ensemble ce que j’ai pris la liberté de vous écrire :
Merci, madame, mille fois merci !J’ai l’honneur d’être, Madame, avec le plus profond respect, votre très humble serviteur,
Un amateur en retraite.
La Minerve, 21 mai 1877
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Jeanne d’Arc. — La soirée du 19 a clos dignement le brillante série des représentations de Jeanne d’Arc. On remarquait la même affluence de spectateurs, l’élite de la société montréalaise désireuse de témoigner à Mme Prume toute l’admiration et la profonde sympathie qu’elle lui porte. On pense bien que les bouquets et les salves d’applaudissements n’ont pas manqué à la fête qui a encore été rehaussée par la présentation à la charmante bénéficiaire d’une superbe couronne de fleurs d’or offerte par les amateurs ainsi qu’un médaillon et une chaîne ornée de brillants, cadeau du comité d’organisation. Cette couronne, respectueux hommage au talent, et que Mme Prume était si digne de recevoir au début de sa carrière dramatique, qui a révélé en elle une artiste de grand avenir, fait honneur à l’art et au goût de M. Beullac.
M. Dumas chargé par ses collègues, de présenter ce don gracieux, à accompagné son offrande d’un discours où il a su se rendre le fidèle interprète des sentiments d’admiration et d’estime que professe le public tout entier à l’égard de Mme Prume.
En la félicitant avec chaleur sur la manière vraiment admirable dont elle remplit le rôle de la première héroïne de la France, il ne faisait en effet qu’exprimer ce que tout le monde dit et répète après chaque représentation de Jeanne d’Arc. M. Dumas évoquant le souvenir d’une autre Canadienne déjà couverte de gloire, Mlle Lajeunesse, qui illustre le pseudonyme d’Albani, prédit à Mme Prume qu’elle excellerait de même dans le genre où elle vient de conquérir une si belle renommée pour faire briller en Europe le nom Canadien, et on a lieu de croire à l’accomplissement de cette prédiction qu’il n’est pas le seul à publier.
Ceci se passait à la fin du deuxième acte, et aussitôt après, il fut présenté de la scène à M. Calixa Lavallée, chef d’orchestre, un joli bouquet en reconnaissance de l’habileté et du zèle avec lesquels il a travaillé pendant des mois au succès de la partie lyrique et musicale de la pièce. M. Lavallée répondit en fort bobs termes en remerciant les choristes et les exécutants dont l’intelligence lui avait facilité la besogne. Puis, tant en son nom qu’en celui de M. F. J. Prume, il remercia cordialement le public de l’encouragement extraordinaire qu’il leur a donné dans cette entreprise dont la réussite si complète, devons-nous observer, ajoute une belle page aux annales le l’art en notre pays.
La Minerve, 22 mai 1877
M. le Rédacteur,
Veuillez ajouter à toutes les complaisances que vous avez eues jusqu’ici pour l’œuvre de Jeanne d’Arc, encore celle-ci, en insérant dans votre journal nos remerciements aux divers corps qui nous ont prêté si généreusement leur précieux concours.
Nous avons l’honneur d’être, Monsieur le Rédacteur, vos très respectueux et très reconnaissants serviteurs,
Calixa Lavallée,
F. Jehin Prume
Remerciements de MM. Prume et Lavallée au comité d’organisation de Jeanne d’Arc, aux amateurs, au peuple et à la Presse.
Aux membres du comité
Connaissant d’avance toutes les difficultés que nous avions rencontré dans l’entreprise de la représentation de Jeanne d’Arc, entreprise, on nous permettra de le dire, extraordinaire au Canada, qui voit pour la première fois jouer en français une œuvre complète des grands maîtres lyriques, nous savions que notre première force devait reposer sur un comité de la nature de celui que vous avez si bien réussi à composer. Il fallait pour cela rencontrer des hommes dont l’intelligence peut mesurer et l’importance de notre hardie tentative et les difficultés d’organisation et de dépenses qu’elle entraînait. Vous nous avez compris, puisque vous vous êtes mis résolument à la tâche commune avec tant d’ardeur et d’habileté ; vous nous avez compris, puisque votre dévouement et votre générosité ont accompagné sans relâche l’œuvre menée à si heureuse fin. Aussi, en face de ce premier grand succès pour la population canadienne, en présence de ce progrès éminent dont le Canada peut aujourd’hui s’enorgueillir à si juste titre, nous sentons qu’il n’y a pas d’expression qui puissent vous rendre notre haute estime et notre vive reconnaissance. Mais dans cette impuissance même, Messieurs, puisque vous avez su deviner que sans un comité aussi intelligent, dévoué et généreux, nous n’aurions jamais eu dans notre esprit qu’une admirable idée, vous sentez par la même tout ce que nous vous devons.
Aux amateurs
La tâche que nous venons maintenant remplir envers vous, Mesdames et Messieurs, est aussi difficile que sentimentale, car il est, vous le savez, des choses qui se sentent, mais que l’on ne saurait exprimer. C’est la satisfaction que nous éprouvons après vos dignes et généreux efforts, et la reconnaissance proportionnée que nous vous garderons à jamais. Ce qui nous satisfait et nous rend reconnaissant, c’est l’élan spontané par lequel vous avez répondu à notre appel ; c’est l’ardeur et le zèle que vous avez déployés pour vaincre toutes les difficultés de vos rôles, tous de grand mérite ; c’est vous, qui avez fait ce don volontaire de tant d’agréables instants d’heureuse liberté et d’heureuses jouissances, que vous avez si généreusement sacrifiée, pour ne vous attacher qu’à la longue étude de vos rôles ; c’est cette patience, que l’on dit être le génie, que vous avez mise à vaincre, d’une manière si consolante, toutes les difficultés d’une pièce dont la France, surtout la France catholique, s’honore si ouvertement ; c’est enfin l’hommage que vous avez si bien rendu à notre gloire nationale, à ce feu sacré qui est le partage des Canadiens, à ce génie des arts qui les distingue et qu’il s’agit enfin de développer dignement.
Par là vous avez montré ce que vous êtes : l’œuvre était ardue, mais belle, puisque l’esprit, le cœur et l’âme y puisent leur sentiment, et vous l’avez embrassée avec nous ; elle était hérissée de difficultés littéraires et musicales, et vous avez su en triompher à votre premier début. Ce dévouement et succès sans exemple, et cet exemple sans précédent, — car cette constance, dans cette longue entreprise, réclamant tant de patience et d’amour de l’étude mentionnés à côté du naturel et de l’art que vous avez si bien su mettre en évidence, est, selon nous, la vérité la plus capable de parler du mérite qu’il nous revient de l’exécution de cette œuvre colossale, — par conséquent ce dévouement, disons-nous, sans exemple et cet exemple sans précédent sont le motif puissant de notre haute considération pour vous comme de nos plus vifs remerciements. Honneur et reconnaissance vous soient donc rendus pour nous avoir secondé si puissamment par l’expression sans voile de votre heureuse aptitude artistique qui nous a mis à même de présenter pour la première fois au Canada, le spectacle ravissant d’un chef-d’œuvre du théâtre qui se respecte par l’art et la morale.
Au public
Après avoir paru devant vous, bienveillants spectateurs, avec l’indicible consolation d’avoir pu mériter vos suffrages, nous aimons à venir en ce moment vous offrir publiquement par la voie de la presse si dévouée à notre œuvre de rénovation, le tribut de nos hommages et de notre reconnaissance.
La Providence, en daignant nous doter d’un rayon de cette étoile qui brille d’une manière si particulière sur le peuple canadien, a déposé aussi dans nos cœurs l’amour de le consacrer entièrement pour votre honneur et votre avantage, à cela seul qui est réellement digne de l’art qui vient du ciel ; et notre devoir comme notre bonheur est d’être résolus à ne vous offrir, dans nos travaux, qu’un enseignement utile et propre à s’accorder avec notre foi et nos mœurs canadiennes, et à ne vous faire entendre que de la musique à la hauteur du génie musicale que le monde entier reconnaît au Canada. Ce génie, s’il n’était pas connu déjà, vous l’auriez entièrement dévoilé en honorant constamment, pendant six jours consécutifs de vos foules immenses, les efforts de vos respectueux serviteurs. Nous savons que votre goût et votre compétence réclamaient quelque chose de plus digne de vous encore de plus haut que ce qui s’est donné au Canada jusqu’à présent ; et comprenant parfaitement vos aspirations et encouragés par elles, nous n’avons pas craint de tenter cette œuvre, sans doute au-dessus de notre courage, si nous n’avions pas compté sur la force que devait nous donner votre empressement. Aussi en faisant de notre mieux notre part, voyons-nous avec bonheur que vous nous l’avez facilitée par ce beau mouvement qui s’opérant au milieu de vous, vous a transporté, peuple entier chaque jour comme un seul homme, au foyer de l’art que nous vous avons ouvert.
Encore une fois, veuillez en recevoir toute l’expression de notre admiration et de notre reconnaissance. C’est en montrant votre amour pour le beau,
Car le beau seul est vrai, le beau seul est aimable
que vous démontrerez vos sentiments distingués et apprendrez aux grandes nations lettrées ce qui pourra un jour vous faire réaliser avec elles en réalisant cet adage à jamais vrai :
Dis moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es.Nous ne saurions mieux couronner ces lignes de remerciements qu’en les achevant par ceux que nous devons d’une manière spéciale à la presse.
Messieurs les rédacteurs, nous avons l’honneur de compter au nombre des amis exceptionnels de l’œuvre artistique que nous cherchons à établir dans notre pays ; par esprit de justice, permettez-nous de dire ici que nous vous avons toujours rencontrés sur le chemin du dévouement et de la constance, et que sans l’intelligence et le cœur que vous avez mis de tous temps comme en cette circonstance si solennelle, à démontrer et faire goûter d’avance au peuple la vérité que nous voulions leur faire connaître, sans votre précieux concours nous serions certainement restés incompris, pour ne pas dire ignorée, d’un grand nombre, la vérité de vos jugements sur nos notes, qui nous comble d’honneur et nous donne le courage de tenter de plus grands efforts encore, est aussi un bien direct, vous les savez, pour la nation canadienne, et c’est en ce sens surtout que nous aimons à accepter avec bonheur l’opinion flatteuse que vous avez portée sur nous quand vous avez bien voulu parler de nos œuvres. La reconnaissance que vous méritez vous vient donc bien légitimement aussi, du peuple canadien, mais veuillez croire qu’elle déborde de nos cœurs pour vous d’une manière toute spéciale.
F. Jehin Prume,
Calixa Lavallée.
La Minerve, 25 juin 1877
Annonce des spectacles : concerts des musiques de Jeanne d’Arc à Montréal.
Lien : BAnQ
Jeanne d’Arc : grand concert national donné par l’Association Saint-Jean-Baptiste et dirigé par MM. Prume et Lavallée, avec le concours de Mme Prume ; lundi, le 25 juin, à 8 heures p. m., au Victoria Skating Rink, coin des rues Dorchester et Drummond. — Chœurs complets de la magnifique et populaire partition de Charles Gounod, Jeanne d’Arc, sous la direction de M. Calixa Lavallée. — Solo de violon, exécuté par M. F. Jehin-Prume. — Air chanté par Mme F. Jehin-Prume.
La Minerve, 17 novembre 1877
Reprise de Jeanne d’Arc à Montréal avec Mlle Newcomb.
Lien : BAnQ
Théâtre Royal
(Montréal)
- Direction : MM. F. Jehin-Prume et C. Lavallée ;
- Régisseur de la scène : A. V. Bréziau ;
- Décorateur : K. T. Garant ;
- Machiniste : J. P. Goodman ;
- Opérateur de la lumière électrique : M. T. Carini.
Lundi 19, mardi 20, mercredi 21, jeudi 22, vendredi 23, samedi 24 novembre 1877
Pour la seconde fois en Amérique,
Jeanne d’Arc
Grand drame lyrique en cinq actes et sept tableaux et en vers de Jules Barbier.
Musique de Charles Gounod.
Représenté à Paris et à Montréal en mai, avec un succès sans précédent.
Engagement extraordinaire de
Mlle Thérésa Newcomb
de l’Académie de Musique, pour le rôle de Jeanne
- Chœur de 80 voix, formé par les meilleurs Artistes, Dames et Messieurs.
- Orchestre composé de cinquante de nos principaux Artistes-Musiciens.
- Pour de plus amples détails, voir les programmes.
- Entrée : 50 cents ; Fauteuils d’Orchestre : $1,10 ; Sièges réservés de la première galerie et du Parquet : 75 c. ; Loge : $5 ; Galerie : 25 c.
- Levé du rideau à 7 heures précises.
- Le plan est déposé chez M. Prince, marchand de musique, rue Notre-Dame.
La Minerve, 20 novembre 1877
Lien : BAnQ
Jeanne d’Arc. — La reprise de ce grand drame lyrique, si impatiemment attendue du public, a eu lieu hier au Théâtre Royal, devant un auditoire nombreux, et nous devons dire que le succès de cette première soirée nous a reporté aux belles représentations du printemps dernier, dont chacune était une véritable ovation.
M. Lavallée, sur lequel est retombé tout le fardeau de l’entreprise, s’est admirablement acquitté de sa tâche et il a accompli de véritables prodiges, si l’on songe aux nombreux remaniements qu’il avait à exécuter. En effet, plusieurs acteurs qui avaient figuré dans la pièce, le printemps dernier, avaient abandonné leur rôle pour cause de maladie, les chœurs demandaient à être réorganisés, et il fallait réunir de nouveaux éléments d’un orchestre. Il a triomphé de toutes ces difficultés avec un succès que lui méritaient sa persistance et son énergie ; et grâce à lui nous avons entendu hier de bons acteurs, des chœurs parfaits et un orchestre de premier ordre.
Rien n’est plus difficile que de former un bon orchestre. À Montréal, à cause de la rareté des instrumentistes et surtout de l’absence complète de certains instruments à anche, tels que hautbois, basson, etc. Afin de suppléer à ces […], sans nuire à l’effet général, il faut donc refaire presque entièrement les partitions, travail ingrat et difficile, devant lequel n’a pas reculé M. Lavallée.
La mise en scène de Jeanne d’Arc est irréprochable ; rien ne laisse à désirer, ni dans l’ensemble, ni dans les détails, et les décors, peints spécialement pour cette pièce par M. Garand, méritent d’être admirés. Cet artiste possède à fond la peinture de décors ; il a le génie de la perspective, et sur un théâtre plus vaste que Montréal, il se serait acquis une réputation brillante.
Les fonctions de régisseur étaient échues à M. Bréziau qui s’en est acquitté en homme intelligent et expérimenté.
Nous avons déjà parlé longuement au printemps dernier du libretto de Jeanne d’Arc et de l’admirable musique de Gounod, qui met en relief les beaux vers de Barbier ; nous laisserons donc ce sujet de côté pour arriver aux acteurs.
C’est sur Mlle Newcomb que reposait le principal intérêt de la soirée ; le public était anxieux de savoir comment elle s’acquitterait d’un rôle si difficile, écrit dans une langue qui n’était pas la sienne et accepté au dernier moment. Elle est sortie de l’épreuve d’une façon victorieuse et sans nous faire complètement oublier Mme Prume, elle nous a rempli d’admiration. Sa diction est parfaite, son intonation riche et variée, sa pose et son geste artistiques ; c’est, en un mot, une actrice consommée. Elle a eu des mouvements sublimes et plusieurs de ses tirades ont été applaudies avec enthousiasme. Nous espérons que ce premier succès remporté sur la scène française par Mlle Newcomb, l’engagera à se faire entendre plus souvent dans notre langue, car elle a révélé hier un talent véritable, demeuré jusque là presque inaperçu, à l’Académie de Musique où elle n’avait rempli que des rôles de moindre importance.
Mme Granger a été parfaite dans le rôle d’Agnès Sorel ; elle a une voix sympathique, des gestes naturels et beaucoup d’aisance sur scène. Elle a reçu des applaudissements aussi chaleureux que mérités.
Mlle Picard fait un page charmant ; elle a une jolie figure, possède une voix fraîche et bien timbrée, et avec un peu de culture, elle arriverait à acquérir un talent réel. Seulement, elle partage un peu le défaut commun à tous les amateurs, de parler un peu vite et trop bas.
Mlles Dupont et Marchand, Mmes de Trèves et de Gaucourt, ont rempli leur rôle avec conscience ; avec plus de connaissance de la scène, elles réussiraient très bien dans les rôles secondaires.
Mlles Desmarais et Chaput, les deux saintes qui inspirent Jeanne d’Arc, ont des voix fraîches et cultivées, mais l’une toute fois ne possède pas la perfection d’immobilité que demande son rôle de figurante.
Mlle Armand
est très bien dans le rôle de Perrine ; jolie voix, petit air mutin, ravissant. Malgré le pseudonyme, nous avons cru reconnaître la Perrine du mois de mai dernier.
Mlles Durieu et Lavallée, la mère et la sœur de Jeanne, ont fait des progrès marqués dans leur rôle, depuis le printemps dernier ; courage pour l’avenir.
M. Paul Dumas, dans le rôle de Jacques d’Arc, est véritablement l’homme de bonnes mœurs et de bonne renommée
, comme il le dit si bien au premier acte. Sa voix est vibrante, son physique convient parfaitement à son rôle, et sa longue habitude de la scène lui donne un air d’aisance que lui envieraient les acteurs les plus éprouvés.
M. Charles Labelle, Charles VII, et M. Louis Labelle, de Thouars, deux frères, deux artistes, ont chacun un talent naturel, servi par des voix riches et sonores. Faire leur éloge, ne serait que répéter ce que nous avons dit d’eux si souvent, car il n’y a pas eu à Montréal de succès dramatique dans lequel leur nom n’ai été mêlé.
Nous citerons encore les noms de MM. Mercier, Bernard, Lapointe, Tranchat, Meria, Juneau, Chartrand, Garant, etc., qui se sont acquittés de leurs rôles respectifs avec conscience et succès. Le nom de la plupart d’entre eux a souvent figuré sur le programme des représentation d’amateurs.
Les chœurs, les meilleurs sans doute qui aient été entendus à Montréal, ont produit le plus grand effet ; rien ne laissait à désirer sous le rapport de l’ensemble et de la perfection.
Bref, la soirée d’hier a été magnifique et elle inaugure d’une façon glorieuse la série des représentations de Jeanne d’Arc.
La Minerve, 22 novembre 1877
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Jeanne d’Arc. — Le succès de ce drame lyrique s’accentue tous les jours ; mardi, le Théâtre Royal était rempli, hier il était littéralement comble.
Cette réussite fait honneur non seulement à M. Lavallée et à ses dignes musiciens, mais encore à la population de Montréal qui montre qu’elle sait apprécier un drame sortant du vulgaire, et de la musique écrite par un grand maître.
Mlle Newcomb se perfectionne tous les jours ; ses intonations deviennent de plus en plus française, et elle détaille avec un art admirable les parties brillantes de son beau rôle de Jeanne d’Arc.
En nous faisant l’interprète des conversations que nous avons entendues au théâtre, nous pouvons dire qu’elle a causé autant de surprise que d’admiration.
Les autres acteurs sont parfaitement entrés dans leur rôles, et l’ensemble de la pièce est sans reproches.
La Minerve, 23 novembre 1877
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Jeanne d’Arc. — Malgré le mauvais temps le Théâtre Royal était comble hier soir, de l’orchestre aux secondes galeries.
La représentation a ressemblé aux précédentes, c’est-à-dire que tout a été sans reproches et que les acteurs ont été accueillis d’une façon aussi chaleureuse.
Chaque soir, Mlle Newcomb fait des progrès nouveaux et ses heureux débats sur la scène française lui assurent les premiers rôles dans les représentations de cet hiver.
Nous apprenons en effet que Jeanne d’Arc n’est que le prélude d’une série de représentations que M. Lavallée a l’intention de donner cette saison. On nous dit qu’il doit faire représenter les Noces Siciliennes [les Noces vénitiennes (1855), drame de Victor Séjour], drame à grand spectacle, vers la fin de décembre, et que dans le milieu de janvier prochain il montera la Dame Blanche, le chef-d’œuvre de Boieldieu qui, depuis 1821, est inscrit sur le répertoire de l’Opéra-Comique et que les dilettante ne se lassent pas d’entendre.
Grand nombre de sièges sont retenus pour ce soir et demain ; ceux qui désirent voir encore Jeanne d’Arc et être bien placés feront bien de s’assurer leur place dès aujourd’hui.
La Minerve, 24 novembre 1877
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Jeanne d’Arc. — Le succès de ce drame ne se dément pas ; ni la pluie ni les mauvais chemins ne parviennent à décourager les spectateurs.
Ce magnifique résultat est dû tout autant à l’intelligence du public canadien, qu’à l’esprit d’entreprise de M. Lavallée, et il prouve que nos compatriotes ne restent pas apathiques quand on leur offre un spectacle moral et sortant du répertoire ordinaire.
On nous a dit que M. Lavallée a l’intention de continuer les représentations de Jeanne d’Arc la semaine prochaine ; nous pensons que l’encouragement ne lui manquera pas, car bien des gens n’ont pu trouver place aux dernières soirées.
La Minerve, 25 novembre 1877
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Théâtre Royal de Montréal. — M. Lavallée informe respectueusement le public qu’à la sollicitation des principaux citoyens de Montréal, il donnera six autres représentations de Jeanne d’Arc, commençant lundi, le 26 novembre et se terminant samedi, le 1er décembre.
- Mardi, le 27, bénéfice du personnel ;
- Mercredi, le 28, bénéfice des chœurs ;
- Jeudi, le 29, bénéfice de Mlle Newcomb. ;
- Samedi, 1er décembre, bénéfice au profit des Révérendes Sœurs de la Providence et de l’Hôpital Général.
[La Minerve, mardi 27 novembre 1877]
Jeanne d’Arc. — La soirée de lundi est toujours funeste à toutes les représentations : c’est le jour où le public se montre le plus indolent. Hier soir, cependant, le Théâtre Royal était suffisamment rempli et les amateurs se sont montrés meilleurs que jamais.
Nous n’avons pas besoin de rappeler à nos lecteurs que le bénéfice des acteurs se donne ce soir. Tous sont trop aimés du public pour qu’il soit utile de prédire une salle comble.
[La Minerve, mercredi 28 novembre 1877]
Jeanne d’Arc. — La représentation d’hier a eu le succès qu’on pouvait attendre et les acteurs au bénéfice desquels elle se donnait ont été chaleureusement accueillis. Tous ont fait des progrès sensibles depuis le commencement de la reprise de Jeanne d’Arc, et guéris de la timidité qu’ils avaient éprouvés aux premières soirées, ils déploient leur talent sans contrainte.
Ce soir, bénéfice des choristes. La représentation présentera un attrait de plus, car le corps de musique de la Cité a bien voulu s’engager à jouer durant les entractes. On peut donc sans crainte prédire une belle réussite.
[La Minerve, jeudi 29 novembre 1877]
Jeanne d’Arc. — Le mauvais temps d’hier soir n’a pas éloigné le public et la représentation au bénéfice des choristes a eu le succès qu’on pouvait espérer. Le corps de musique de la Cité, qui avait bien voulu contribuer à la réussite de la soirée en prêtant son concours, a reçu les applaudissements qu’il obtient toujours lorsqu’il se fait entendre.
Demain, bénéfice de Mlle Newcomb ; inutile de prédire un triomphe.
[La Minerve, vendredi 30 novembre 1877]
Jeanne d’Arc. — Comme on devait s’y attendre, le bénéfice de Mlle Thérésa Newcomb avait attiré hier soir une foule immense au Théâtre Royal.
La représentation a été supérieure, sans doute, aux représentations précédentes, et Mlle Newcomb a été applaudie à tous les passages saillants de son rôle, qu’elle a détaillés, du reste, d’une façon admirable.
À la fin du second acte, au moment où le chœur terminait le chant magnifique de Dieu le veut
, on lui a lancé un bouquet magnifique.
La fameuse tirade du cinquième acte a été bissée ; jamais Mlle Newcomb n’a dit d’une façon aussi parfaite les vers magnifiques : La France renaîtra dans le dernier Français
, et rarement nous avons vu dans une sale un tel élan d’enthousiasme.
Tous les acteurs ont été parfaits, et nous avons remarqué avec plaisir que le rôle de Dunois, rempli jusqu’à présent par M. Lapointe, a été donné à une acteur plus habile. C’est une amélioration qu’il nous fait plaisir de constater et qui nous donne une idée favorable de l’indulgence du public de Montréal qui avait supporté jusqu’à présent un acteur aussi médiocre.
Ce soir, bénéfice de M. Lavallée. Il est inutile de prédire une salle comble, car le public intelligent doit profiter de cette occasion pour donner à l’intelligent entrepreneur de Jeanne d’Arc, un gage de sympathie.
[La Minerve, samedi 1er décembre 1877]
Jeanne d’Arc. — Inutile de dire que le bénéfice de M. Lavallée avait attiré hier une foule immense au Théâtre Royal. Les acteurs se sont surpassés et le public a été plus enthousiaste que jamais.
Les recettes de la représentation de ce soir sont consacrées à deux institutions de charité : l’Hôpital-Général et l’Hôtel Dieu ; belle occasion pour le public d’accomplir une bonne œuvre en jouissant d’un spectacle admirable.
[La Minerve, lundi 3 décembre 1877]
Jeanne d’Arc. — La soirée de samedi a dignement couronné la série de représentations de Jeanne d’Arc. La salle était littéralement pleine et jamais on a entendu des applaudissements plus chaleureux au Théâtre Royal.
Ce succès, sans précédent, est dû tout autant au public de Montréal, dont le goût, en matière de théâtre, prend une meilleure direction, qu’à l’énergie et au talent de M. Lavallée, et il nous fait présager pour l’avenir la réussite de toutes les représentations du genre de celle de Jeanne d’Arc.
M. Lavallée, qui est non-seulement un musicien hors ligne, mais un artiste d’un goût éprouvé en fait de théâtre, nous prépare de charmantes soirées pour la saison d’hiver ; les rôles des Noces Vénitiennes, de Victor Séjour, sont distribués et bientôt commenceront les répétitions de la Dame Blanche.
Jeanne d’Arc a eu 18 représentations à Montréal et 272 au Théâtre de la Gaîté, à Paris. Si l’on tient compte de la différence de population des deux villes, on peut constater que le succès de ce drame lyrique a été ici tout aussi éclatant qu’en France.
Avec le concours d’amateurs aussi expérimentés, M. Lavallée peut compter sur l’encouragement du public pour les représentations de cet hiver.
Le Figaro, 3 décembre 1877
Extrait d’une lettre de l’éditeur Henry Lemoine à la rédaction du Figaro. Barbier et Gounod se sont répartis la propriété du poème de Polyeucte contre la musique de Jeanne d’Arc.
Lien : Gallica
[…] M. J. Barbier avait, en effet, cédé à M. Gounod la propriété du poème de Polyeucte contre échange de la musique de Jeanne d’Arc.
Le Ménestrel, 6 janvier 1878
Extrait des annonces de Concerts et soirées. Fragments de Jeanne d’Arc à la Porte-Saint-Martin.
Lien : Gallica
Au théâtre de la Porte-Saint-Martin, premier Concert Cressonnois [car dirigé par le chef d’orchestre Jules-Alfred Cressonnois] : […] 10° marche et chœur de Jeanne d’Arc, de Gounod.
Le Ménestrel, 23 mars 1879
Extrait des annonces de Concerts et soirées. Fragments de Jeanne d’Arc à l’Hippodrome.
Lien : Gallica
Voici le très-intéressant programme du Festival Gounod annoncé pour le mardi 8 avril, à l’Hippodrome, mais qui pourrait bien être reporté au mardi de Pâques, 15, et au palais du Trocadéro. Dans l’un et l’autre cas, c’est l’après-midi et non le soir qu’aura lieu ce festival dirigé par Charles Gounod et composé des œuvres suivantes de sa composition :
Première partie. — : 1. Marche religieuse, orchestre et harpes ; 2. Messe Sainte-Cécile.
Deuxième partie. — : 3. Messe du Sacre de Jeanne d’Arc (orchestre) ; 4. Gallia, ode-symphonie ; 5. Hymne à Sainte-Cécile, orchestre (avec le solo par tous les violons) ; 6. Près du Fleuve étranger, psaume, chœur et orchestre ; 7. Chœur des Soldats de Faust (avec double orchestre).
Le Gaulois, 27 juillet 1879
Barbier soumet sa candidature à l’Académie française.
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Écho académique. — Dans la séance de jeudi [24 juillet], présidée par M. Gaston Boissier, M. le secrétaire perpétuel a donné lecture d’une lettre de M. Jules Barbier, dans laquelle l’auteur de Jeanne d’Arc pose sa candidature au fauteuil [n° 15] devenu vacant par la mort M. Sylvestre de Sacy [le 14 février 1879].
[Dans l’édition du 29 juillet :]
A l’occasion de sa candidature à l’Académie, M. Jules Barbier vient de publier [chez Calmann Lévy] deux volumes de son théâtre en vers, qui contiennent l’Ombre de Molière, un Poète, Amour et Bergerie, André Chénier, les Amoureux sans le savoir, la Croix d’or, le Berceau, la Loterie du mariage, Jeanne d’Arc, un Retour de jeunesse et un Homme à plaindre.
[Les académiciens se réunirent le 26 février 1880. Au premier tour, les votes se répartirent entre Eugène Labiche (15), Maxime Du Camp (11), Édouard Laboulaye (3), Jules Barbier (2), Charles Monselet (1), Henri Wallon (1). Au second, Labiche fut élu avec 19 voix, puis reçu le 25 novembre par John Lemoinne.]
La Liberté, 26 juin 1880
Représentation de Jeanne d’Arc à la fête en l’honneur de La Fontaine à Château-Thierry.
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Les fêtes de La Fontaine. — La fête organisée par la municipalité de Château-Thierry, en l’honneur de Jean de La Fontaine, aura lieu le dimanche 27 et le lundi 28 juin.
Nous en avons le programme sous les yeux ; en voici les parties principales :
Dimanche 27, à huit heures du matin, festival au kiosque des Petits-Prés ; à midi, cavalcade et grand cortège : entrée de Charles VII et de Jeanne d’Arc, venant de Reims, le 31 juillet 1429 ; à trois heures, représentation sur un théâtre élevé au Vieux-Château : Jeanne d’Arc, opéra de Barbier, musique de Gounod ; à huit heures et demie du soir, illuminations, bals, feu d’artifice, apothéose de Jean de La Fontaine, etc.
Lundi 28, réjouissances publiques, représentation théâtrale et jeux divers.
Le Ménestrel, 9 janvier 1881
Extrait des Nouvelles diverses : première de la Jeanne d’Arc de Tchaïkovski à Saint-Pétersbourg.
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On nous écrit de Saint-Pétersbourg. […] Prochainement, à l’Opéra-Italien, Mefisto de Boïto, et aux Russes [théâtre Mariinsky] la première de Jeanne d’Arc, de Tchaïkovski.
Le Ménestrel, 13 mars 1881
Extrait des Nouvelles diverses, par Maurice Rappaport.
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Je ne puis que constater aujourd’hui le grand succès de Jeanne d’Arc, de Tchaïkovski. C’est une œuvre très intéressante, malheureusement des longueurs fâcheuses en paralysent l’effet. J’y reviendrai.
Le Ménestrel, 9 décembre 1883
Extrait des Nouvelles diverses. Concert de Jeanne d’Arc au Théâtre-Bellecour de Lyon.
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Nous lisons dans l’Express de Lyon :
La Société symphonique des Armoneggi donnait hier dimanche au Théâtre-Bellecour un grand concert en l’honneur de Gounod. Le maître lui-même avait promis son concours et sa présence devait être le plus puissant attrait de cette fête artistique. Malheureusement, M. Gounod dont l’arrivée avait été officiellement annoncée s’est vu empêché au dernier moment par un obstacle imprévu, et son absence a produit une grande déception chez les nombreux spectateurs venus pour applaudir l’auteur de Faust et de Mireille. Le programme n’en a pas moins été ponctuellement exécuté d’un bout à l’autre, et cela d’une manière on ne peut plus satisfaisante. […] La pièce la plus importante du programme était sans contredit Jeanne d’Arc, drame lyrique de Gounod, que nous n’avons pas souvent l’occasion d’entendre à Lyon. Bref, succès sur toute la ligne, succès de public, succès artistique, et surtout succès pour les deux intelligents et infatigables fondateurs et organisateurs de la Société des Armoneggi : nous avons nommé son sympathique président M. Bigel, et son habile chef d’orchestre M. Laussel.
Le Gaulois, 23 mars 1885
Extrait du Courrier des spectacles, par Nicolet. Annonce du concert du vendredi saint, fragments de Jeanne d’Arc avec Sarah Bernhardt.
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Grosse nouvelle : Pour le vendredi saint [3 avril 1885], M. Godard nous donnera la Jeanne d’Arc écrite par Gounod pour la pièce de M. Jules Barbier, qui a été jouée à la Gaîté, avec Mlle Lia Félix.
C’est Mme Sarah Bernhardt qui dira le poème.
Vert-Vert, 28 mars 1885
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La Jeanne d’Arc de Gounod, qui n’a pas été entendue à Paris depuis les représentations de la Gaîté, il y a dix ans, sera exécutée sous la direction de l’auteur, au Concert-Moderne (Cirque d’Hiver), le jeudi-saint, 2 avril, à deux heures de l’après-midi.
Mme Sarah Bernhardt a bien voulu se charger de la partie récitée.
Le programme sera complété par le troisième acte de Sapho, interprété par Mme Rosine Bloch et M. Capoul.
Un pourra dès lundi prochain retenir ses places au Cirque d’Hiver et chez tous les éditeurs de musique.
Vert-Vert, 31 mars 1885
Samedi ont commencé, chez Mme Sarah Bernhardt les répétitions de Jeanne d’Arc, dont la première audition aura lieu aux concerts du Cirque d’hiver, le jeudi saint.
La France, 4 avril 1885
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Ce soir, vendredi saint. Au Cirque d’Hiver, à huit heures, festival Gounod.
- Ouverture des Guelfes (Benjamin Godard).
- Fragments de Jeanne d’Arc, drame en cinq actes, en vers, de M. Jules Barbier ; musique de M. Charles Gounod :
- Jeanne d’Arc : Mme Sarah Bernhardt ;
- Warvick : M. Bouyer ;
- Loys et Perrine : Mme Jane Guillot ;
- Maître Jean : M. Déteneuille ;
- Les Saintes : Mlles Morel et Cour.
- 3e acte de Sapho (Charles Gounod) :
- Sapho : Mme Rosine Bloch ;
- Phaon et le pâtre : M. Capoul ;
- Glycère : Mlle Jane Guillot.
Le concert sera dirigé par M. Benjamin Godard.
Le Ménestrel, 5 avril 1885
Extrait de l’annonce des Concerts et soirées.
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Jeudi, aux Concerts Modernes, M. Godard a fait entendre au public deux œuvres importantes de Gounod, conduites par lui-même : la musique écrite pour le drame de Jeanne d’Arc, de Jules Barbier, et le 3e acte de Sapho, première version. Ces deux œuvres ont produit un grand effet. Il y a, dans Jeanne d’Arc, des pages de premier ordre ; le chœur des fugitifs, la Prière, le chœur des soldats, la Marche funèbre ont été surtout remarqués. Mme Sarah Bernhardt prêtait le concours de sa merveilleuse diction ; Sapho était chantée par Mme Rosine Bloch (Sapho), M. Capoul (Phaon, le pâtre), Mme Jane Guillot (Glycère). Mme Bloch, sans avoir la dramatique exécution de Mme Krauss, a été très remarquable dans les stances de Sapho : M. Capoul a dit avec un art infini la cavatine de Phaon et la chanson du pâtre, qui est ravissante et que l’on a bissée. Ajoutons que le concert commençait par l’ouverture des Guelfes, de M. Godard. Le succès de cette œuvre s’affirme de plus en plus et, si l’opéra entier répond à ce que promettent les fragments, tout fait présager une œuvre du style le plus grand.
Le Gaulois, 5 avril 1885
Extrait du Courrier des spectacles, par Nicolet (pseudonyme d’Édouard Noël et Lionel Meyer). Première rumeur d’une reprise de Jeanne d’Arc par Sarah Bernhardt à la Porte-Saint-Martin.
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Il y a quinze jours, nous avons dit que Mme Sarah Bernhardt ne jouerait pas Gatienne à la Porte Saint Martin.
Là-dessus, note du théâtre à tous les journaux.
Épilogue : Hier, Mme Sarah Bernhardt n’est pas venue répéter Gatienne et elle a écrit aux auteurs que, tout bien réfléchi elle renonçait à créer ce rôle.
Voilà qui est clair et net.
Il est question, pour remplacer Gatienne, d’une reprise de l’ancienne Jeanne d’Arc de la Gaîté, avec Mme Sarah Bernhardt.
Le Temps, 6 avril 1885
Extrait de la Critique musicale de Johannes Weber, en feuilleton.
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Dans les derniers jours de la semaine sainte ont eu lieu, au Cirque d’Hiver deux auditions de la musique de Jeanne d’Arc et du troisième acte de Sapho, de M. Gounod, avec le concours de Mme Sarah Bernhardt.
Depuis près de douze ans, la première de ces œuvres semblait tombée dans l’oubli, quoiqu’elle ne le méritât pas. On se rappelle peut-être qu’elle fut écrite pour un drame de M. Jules Barbier [Weber écrit Auguste Barbier], représenté pour la première fois, au théâtre de la Gaîté, le 8 novembre 1873. M. J. Barbier avait pris son héroïne simple bergère et ne l’avait quittée que morte sur le bûcher. Tout en suivant assez exactement l’histoire, il y avait ajouté des incidents et des épisodes pour rendre l’action plus variée et plus animée. Trente-quatre personnages y prenaient part, sans compter les personnages muets et la foule des paysans, des valets, des pages, des soldats, des moines, des femmes, etc. La partition, comprenant dix-sept morceaux, a été exécutée presque tout entière au Cirque-d’Hiver. Elle vaut la peine que je m’y arrête, puisque le public en avait perdu presque complètement le souvenir.
Après un prélude d’un caractère simple et champêtre vient un bon chœur des fugitifs, mais où la phrase : Nous fuyons la patrie
est un peu trop répétée. Mme Sarah Bernhardt ne s’est pas bornée à déclamer les paroles accompagnées par l’orchestre : elle y a ajouté deux autres fragments du poème ; l’un est le monologue de Jeanne précédant l’apparition des deux saintes sainte Marguerite et sainte Catherine, dans la scène finale du premier acte. La musique commence aux paroles : Ah ! les cloches !
Cette scène avait produit au théâtre un fort bon effet ; les deux saintes chantent, et le chœur des anges se joint à elles par endroits. Au second acte, il y a un charmant chœur de femmes et une ballade dite par le page Loys. Le final : Dieu le veut !
a une grande sonorité, mais il est simplement estimable et n’a pas plus enthousiasmé le public des Concerts modernes qu’il ne l’avait fait au théâtre de la Gaîté.
Au troisième acte, le chœur des soldats est excellent, de même que la spirituelle chanson : Rentrez, Anglais !
Ces morceaux auraient été mieux appréciés qu’ils ne l’ont été si M. Gounod avait pris le mouvement un peu moins vite. On avait conservé avec raison la ronde dansée qui suit la chanson. Dans le final, la prière est dite d’abord par Jeanne, accompagnée par l’orchestre, puis elle est chantée par le chœur. Le premier tableau du quatrième acte ne contient qu’un chœur de femmes ; dans le tableau suivant, la marche du sacre doit d’abord être jouée par l’orchestre ; on s’est borné à l’exécuter avec le chœur.
De la cathédrale de Reims nous passons immédiatement à la prison ; il y a un joli chœur de soldats jouant aux dés ; puis les voix des saintes se font entendre de nouveau pour consoler Jeanne. Avant le tableau final on a ajouté un dialogue dont la partie principale était formée par la scène entre Jeanne et Warwick, gouverneur de Rouen. Ce Warwick est d’une brutalité nullement déguisée ; le choix du dialogue était motivé sans doute par des passages comme le suivant :
Je connais mon pays, il m’a donné son âme !
Il se redressera comme moi sous l’affront !
C’est quand il est perdu qu’il relève le front !
Faites, faites sur lui peser le joug des armes !
Noyez-le tout entier dans le sang et les larmes !
Reculez sa frontière, ivre de vos succès !…
La France renaîtra dans le dernier Français !…
Que le temps soit à vous… la France aura pour elle
Dans l’avenir certain la justice éternelle !
La marche funèbre a été exécutée sans le dialogue qui doit y être joint et qui n’a pas de rapport avec la musique. On a supprimé la lecture du jugement ; mais on a conservé la scène de la mort de Jeanne, avec le chœur des bourgeois, celui des moines et celui des anges ; le morceau est d’ailleurs purement scénique.
Inutile de dire que Mme Sarah Bernhardt a eu une brillante ovation ; la salle du Cirque d’Hiver est cependant trop grande pour que sa voix eût pu y produire tout son effet. M. Bouyer, du théâtre de la Porte-Saint-Martin, s’était chargé du rôle court et ingrat de Warwick. L’exécution en général a été bonne ; seulement, Mlle Guillot, qui remplissait le rôle de Loys, a une tendance à chanter trop haut ; je ne lui reproche pas de n’être pas toujours restée en mesure j’ai déjà critiqué la disposition des chanteurs mis dans l’impossibilité de voir le chef d’orchestre, à moins de tourner le dos au public.
Après Jeanne d’Arc, on a exécuté le troisième acte de Sapho, version primitive
; c’est celle qu’on aurait dû conserver pour tout l’ouvrage. On a supprimé cependant la seconde partie de l’air de Phaon ; on ne pouvait exiger que M. Capoul la dît ; la chanson du pâtre a valu à l’ancien ténor de l’Opéra-Comique un grand succès ; il pouvait y employer ses jolis effets de demi-voix, malgré la fatigue visible de son organe vocal, car il est né à Toulouse le 27 février 1839, et, en sortant du Conservatoire de Paris, il a débuté à l’Opéra-Comique, dans le Chalet, le 7 septembre 1861.
Le troisième acte de Sapho, version primitive, comprend un air de Phaon, le chœur des exilés, une scène où l’on remarque un arioso de Sapho, la chanson du pâtre, et les stances finales. J’ai expliqué comment l’œuvre de début de M. Gounod semblait trop avancée pour l’époque où elle a paru. La pièce de M. Émile Augier est bien faite ; j’attribue le peu d’intérêt qu’elle excite au sujet antique et à une circonstance que j’ai déjà constatée plus d’une fois : c’est qu’un personnage qui se suicide à la fin d’un opéra laisse le public parfaitement indifférent, à moins de lui chanter de jolies choses, comme fait par exemple Edgard dans Lucie de Lammermoor. Je n’ai jamais vu personne éprouver la moindre commisération pour Didon, pour Cléopâtre, ni pour Sélika, de l’Africaine. Il n’en est pas tout à fait ainsi pour Roméo et Juliette, mais il y a peu de différence.
Le Journal des débats, 19 avril 1885
Extrait de la Revue musicale d’Ernest Reyer, en feuilleton.
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Près de douze années se sont écoulées depuis la première représentation de la Jeanne d’Arc de MM. Jules Barbier et Charles Gounod, au théâtre de la Gaîté, placé en ce temps-là sous la direction de Jacques Offenbach. Et depuis douze ans on ne songeait plus guère ni à la tragédie ni à la partition. M. Godard a eu la généreuse pensée de les réveiller l’une et l’autre d’un trop long sommeil ; mais il n’a pu nous les montrer que dépouillées du prestige de la scène et fort démodées. Tout s’est réduit en somme à quelques belles tirades récitées par Mme Sarah Bernhardt, à un court monologue de Warwick, et à quelques fragments avec soli et chœurs. On comptait sur un grand effet qui ne s’est pas produit, sur une curiosité qui ne s’est point éveillée. C’est fort regrettable assurément. Il y a des vers superbes dans la tragédie de M. Barbier, des pages magistrales et vraiment inspirées dans la partition de M. Gounod. Trois exécutions étaient annoncées ; trois festivals dont deux devaient avoir lieu sous la direction du maître ; et le nom de la grande tragédienne était sur l’affiche !
Quel drôle de public que le public parisien ; ses enthousiasmes sont aussi inexplicables que ses dédains : c’est le public capricieux par excellence. Ne pas se rendre en foule là où il peut applaudir en même temps Mme Sarah Bernhardt et M. Gounod ! Des vides dans la salle, quand on s’attendait à voir le bureau de location assiégé ! Et même on avait pris des mesures pour que l’encombrement fût évité : les entrées de faveur avaient été supprimées. Après deux épreuves successives, il a fallu, bon gré mal gré, renoncer à la troisième : le concert du lundi de Pâques n’a pas eu lieu. Ah ! comme on délaisse la musique, et même la meilleure, quand le ciel est sans nuages et que les arbres sont en fleur ! Eh bien ! je vous assure que c’était un coup d’œil navrant que celui de cette immense salle du Cirque avec toutes ces banquettes attendant des spectateurs qui ne devaient pas venir.
Il y avait pourtant plus de monde le vendredi saint que la veille et, pour les auteurs comme pour la principale interprète de l’œuvre, le succès a été très grand. Mme Sarah Bernhardt a eu des élans superbes, et c’était encore de la musique quand elle modulait sur les trémolos de l’orchestre les accents de son harmonieuse voix. Les soli étaient chantés par Mlle Jane Guillot qui remplissait les deux rôles de Loys et de Perrine, par M. Déteneuille et Mlles Morel et Cour, les Saintes. Je les crois tous les quatre élèves de notre Conservatoire, et tous les quatre, de cela je suis certain, ont des voix jeunes, fraîches, sympathiques et fort bien exercées. Le joli duo des Saintes, chanté à la tierce, effet voulu par le compositeur et qu’il ne faudrait pas traiter de pauvreté harmonique, a été fort applaudi, et aussi les pittoresques couplets que le chœur accompagne :
Rentrez, Anglais, rentrez vos cornes !
Car jamais n’aurez beau gibier !
Tôt donc, emmenez vos licornes
Ou n’obtiendrez point de quartier.
Il y a un joli solo de hautbois avec écho dans l’introduction ; le chœur des Fugitifs est d’une facture large, bien soutenue et a beaucoup de caractère. Au milieu de cette plainte touchante des paysans fuyant l’invasion, on a remarqué ces vers empreints d’un lyrisme tout patriotique et souligné par une belle progression de l’orchestre et des voix :
Le sol disparaîtra sous d’arides buissons,
Et les forêts prendront la place des moissons ;
L’épouvante suivra ces hordes en furie,
Et la flamme et le fer de nos cruels vainqueurs
Passeront sur ces toits où sont restés nos cœurs !
Nous fuyons la patrie !
Dans le finale : Dieu le veut, le patriotisme, se manifestant sous une toute autre forme, exige d’autres accents. À ce chant qui a dû conduire, après les soldats de Jeanne, plus d’un groupe d’orphéonistes à la victoire je préfère la marche funèbre qu’une légère réminiscence avec celle de la Juive ne dépare pas et la scène de la prison où les voix prophétiques se mêlent, par un ingénieux contraste, à la chanson de corps de garde que chantent, en choquant leurs verres, MM. les Anglais.
Je dois mentionner, avant de finir, la marche du Sacre qui ouvre le quatrième acte ; le carillon sonné alternativement par les harpes et les trombones donne beaucoup de relief à cette grande page symphonique très pompeuse et d’une belle sonorité.
Verrons-nous représenter prochainement, comme on l’assure, la tragédie de MM. Jules Barbier et Gounod, sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin ? M. Duquesnel, qui a été à l’Odéon, ce qu’il est encore aujourd’hui, un directeur habile doublé d’un fin dilettante, est bien capable d’avoir eu cette bonne pensée et de la réaliser.
Après les fragments de Jeanne d’Arc, M. Benjamin Godard nous a fait entendre des fragments du troisième acte de Sapho ; version primitive
, disait le programme afin qu’on ne pût s’y tromper. Sapho c’était Mme Rosine Bloch, qui poursuit au concert une carrière trop tôt interrompue au théâtre ; M. Capoul a chanté la cavatine de Phaon et la chanson du pâtre ; Glycère, c’était encore la toute charmante Mlle Jane Guillot.
Broutez le thym, broutez, mes chèvres,
Le serpolet avec le thym ;
La blonde Aglaé de ses lèvres
Toucha les miennes ce matin.
Est-il rien de plus frais, de plus poétiquement rustique que cette adorable cantilène ? M. Capoul l’a soupirée avec une voix pure d’un timbre délicieux, avec une voix de vingt ans. Mais pourquoi avoir ajouté à la version primitive
un second couplet ? C’est que, avec deux couplets, il paraît que le morceau se vend mieux.
Le concert commençait par l’ouverture des Guelfes, opéra inédit de M. Benjamin Godard dont M. Faure avait chanté un beau fragment (l’air du roi Manfred) le dimanche précédent. C’est pour la scène que cet air a été écrit et c’est au concert qu’on l’entend ! Est-ce que M. Carvalho, encouragé par le succès de l’ouvrage de M. Joncières, ne pourrait pas accorder aux Guelfes la même hospitalité qu’au Chevalier Jean ? M. Benjamin Godard a magistralement dirigé l’exécution de son ouverture, une page symphonique très bien traitée et d’une brillante et vigoureuse sonorité. L’entracte qui suit, écrit dans une gamme plus douce, a un charme vaporeux, une poésie à laquelle l’auteur du Tasse se reconnaît.
Le Tasse, une des œuvres les plus personnelles, les plus remarquables qui se soient produites depuis vingt ans, et que le prix de la ville de que très insuffisamment récompensée, sera exécuté au Cirque d’Été le dimanche 26 avril, dans un concert de bienfaisance organisé sous le patronage de Mme la maréchale de Mac-Mahon. Certes, je n’y manquerai pas !
Le Figaro, 13 janvier 1886
Article de Jehans de Perthuis. Affaire Gounod-Weldon et projet de composition d’une Messe pour Jeanne d’Arc à la cathédrale de Reims.
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Gounod contre Weldon
L’immortel créateur de Faust, Gounod, va être appelé à comparaître devant un tribunal français.
On sait par qui et pour quels motifs. Le Maître avait bien voulu me donner rendez-vous à onze heures précises du matin, à son hôtel de la place Malesherbes.
Il était à sa table de travail, la plume à la main, annotant ou écrivant, sur une large feuille de papier à musique déployée devant lui, quand je fus introduit dans son cabinet de travail. Le Maître s’avança vers moi, d’un air souriant, et, prenant ma main, la serra affectueusement dans les siennes.
— Vous êtes comme tous ceux qui m’aiment, mon cher enfant. Vous êtes effrayé. Et de quoi donc, je vous prie. Rassurez-vous. Sans doute vous n’avez pas oublié la charmante fable de l’alouette et de ses petits. Il faisait un grand vent, le ciel était sillonné d’éclairs, le tonnerre grondait avec rage, et les débris des arbres voisins, emportés par l’orage, venaient à toutes volées frapper le petit nid de l’alouette. Les petits tremblaient, s’agitant de peur et d’effroi. Et l’alouette, étendant ses ailes pour les préserver, leur disait de ne pas trembler ainsi qu’ils le faisaient, de n’avoir pas peur, car rien de mal ne viendrait. La fable ajoute que l’alouette avait raison, car rien de mal n’arriva. Eh bien ! cette fable, je la raconte sans cesse à ceux qui, autour de moi, s’inquiètent des menaces, qui me sont faites. Comme l’alouette rassurait ses petits, je rassure les miens, tous ceux qui m’aiment. Et comme elle, j’ai raison de le faire, car, vous le verrez, rien de mal n’arrivera.
Le Maître reprit :
— Il y a trois choses qu’on ne pardonne jamais, à personne : d’abord le bien qu’il vous a fait, ensuite le mal qu’on lui a fait, enfin le mal qu’on n’a pas pu lui faire. Je ne suis aucunement surpris des nouveaux desseins de mistress Georgina Weldon. C’est la continuation de sa conduite envers moi depuis seize ans. Je ne puis espérer que cela sera la fin. Mais je suis bien convaincu que ce ne sera pas le couronnement.
La première fois que je rencontrai mistress Georgina Weldon, ce fut chez un de mes amis ; Jacques Benedict, pendant mon premier séjour en Angleterre, lorsque je m’y réfugiai avec ma famille pendant le Siège de Paris. La vie était dure pour moi à ce moment. Il me fallait pourvoir à l’existence de ma belle-mère déjà âgée, de ma femme, de sa sœur et de mes deux enfants. Je n’y parvenais qu’à force d’énergie et de travail. Aussi bien était-ce avec un réel bonheur que je me reposais des durs labeurs de la journée, par les soirées passées en famille, avec les miens et tous les siens, chez mon ami Benedict.
Le jour où je rencontrai Mme Weldon chez mon ami Benedict, je me disposai à le quitter pour rentrer dans mon petit home, lorsqu’elle arriva avec son mari. Mon hôte me retint, me disant que sa visiteuse serait heureuse de m’entendre jouer et chanter un de ces airs dont j’avais coutume d’égayer nos soirées habituelles, et il me priait de ne pas lui refuser ce plaisir auquel elle attachait un prix extrême. J’accédai au désir de mon ami Benedict, et pour Mme Weldon je me remis au piano. Quand je le quittai, Mme Weldon vint avec beaucoup d’enthousiasme m’exprimer sa gratitude et son admiration.
Je n’aurais probablement jamais revu Mme Weldon, après cette soirée où je la rencontrai chez mon ami, si des démarches aussi pressantes de sa part ne m’avaient amené à lier de plus intimes et constantes relations. Quoi qu’il en soit advenu, rien, dans la façon dont je me suis conduit avec elle, n’a jamais pu ou ne peut autoriser l’attitude prise et soutenue contre moi par Mme Weldon, ni celle qu’elle soutient encore. Il y a un premier chef d’accusations par elle portées contre moi, sur lequel vous le sentez, je ne puis m’appesantir. Quand on est un honnête homme, il y a des choses sur lesquelles une seule réponse est possible, quand on vous interroge à leur endroit. Elle est la même, que ces choses soient ou ne soient pas. Et qu’elles soient ou ne soient pas, on n’en parle jamais ni à personne. Je prétends sur ce point être inattaquable, parce que je suis honnête homme absolument, entièrement.
Que j’aie répandu sur son compte des appréciations malveillantes, que je lui aie nui par actes et par paroles, quelles preuves Mme Weldon pourrait-elle en donner ? J’ai beaucoup scruté tous mes souvenirs, fouillé dans les plus secrets replis de ma mémoire et de ma conscience, je n’y vois pas trace, non seulement d’un acte, mais d’une seule intention, je ne dis pas nuisible, mais dépouillée d’intérêt pour Mme Weldon ; et c’est pourquoi, quand j’ai lu l’autre jour l’article de Parisis, publié par le Figaro, je me suis dit : Mais en vérité, comment Mme Weldon veut-elle que l’affaire qu’elle a créée et poursuit entre elle et moi puisse s’arranger, par une déclaration de ma part reconnaissant l’avoir faussement calomniée. Puis-je faire une semblable déclaration, quand, en mon âme et conscience, je sais ne l’avoir jamais calomniée, ne lui avoir jamais fait aucun mal, mais seulement tout le bien que j’ai pu. Non, cela n’est pas possible. On ne peut pas obtenir d’un honnête homme un aveu que sa conscience réprouverait, alors même que cet aveu ne dût atteindre que lui-même.
Je laisse de côté les questions d’intérêt, reprit le Maître. Sur ce point, Mme Weldon aura peine à prouver quoique ce soit. Ah ! vraiment, si quelqu’un est lésé dans sa tranquillité, dans ses travaux, entre Mme Weldon et moi, il n’est pas difficile à nommer. Je ne parle pas des attaques passionnées, des poursuites de toute nature dont Mme Weldon n’a cessé de m’accabler depuis seize ans. Voyez simplement dans quel état sa surexcitation contre moi l’a portée à mettre mon manuscrit de Polyeucte qu’elle avait entre les mains.
Et le Maître me montra ce manuscrit sali à chaque page d’un énorme paraphe précédé du nom de sa persécutrice.
Il me montra, également souillé, le manuscrit d’une autre œuvre une messe, œuvre musicale ayant pour donnée le drame de la messe, ou la messe considérée comme un drame
, dans laquelle, me dit-il, j’avais mis un travail et une largeur de composition qui me frappent plus encore, lorsque je la relis aujourd’hui.
Enfin, je vis un album maculé sur lequel avaient été jetées, dès le 15 juillet 1869, les premières notes de Polyeucte, et sur lequel furent également écrites les dernières pages de cette œuvre, le 19 septembre 1870.
— Vous voyez, me dit le Maître, en me montrant cet album, combien l’allégation de Mme Weldon est fausse, quand elle prétend que j’ai fait Polyeucte chez elle. Polyeucte a été commencé par moi le 15 juillet 1869 et terminé le 19 septembre 1870, ainsi qu’en témoignent l’inscription mise en tête le jour où je le commençai, et celle mise à la fin lorsque je l’ai terminé. Je l’ai commencé et fini dans le château de l’un de mes amis, près de Lisieux. C’est là que chaque année je vais passer les meilleurs mois de mon année, et les meilleurs pour mon travail, car dans cette belle Normandie, j’ai l’âme tout ouverte aux belles choses, aux grandes inspirations.
Et tandis qu’il me montrait du doigt les deux dates, marquant l’une le début, l’autre l’achèvement de sa grande œuvre, écrites sur l’album contenant les pages, je lisais à côté les injures suivantes écrites de la main et apostillées de la signature de Georgina Weldon
: Le vieux avait promis de me donner ce manuscrit, il ne l’a pas fait. — Le vienne avait promis de ramener sa femme, il ne l’a pas fait.
Et d’autres plus injurieuses encore.
— Quel résultat, continua M. Gounod, Mme Weldon espère-t-elle obtenir auprès des tribunaux français ? Je ne sais. Mais il me semble difficile qu’elle puisse s’imaginer obtenir des juges français l’exécution du jugement qu’elle a obtenu contre moi en Angleterre. Son dessein n’est donc pas autre, apparemment au moins, que de vouloir, une fois encore, et cette fois à Paris, dans ce Paris où j’ai tant d’amis, déverser sur moi tout ce qu’elle a de haine et me dire le plus possible d’injures. Eh bien j’accepte l’épreuve ; je la subirai avec tout le calme d’une conscience irréprochable.
Je vous l’avoue, d’ailleurs, ajouta le Maître, je la vois venir cette épreuve, avec une sérénité parfaite, presque une indifférence absolue. Me Rousse, mon ami, s’occupera de l’affaire, s’il y a lieu. S’il le faut, je comparaîtrai devant les juges. Mais en allant au tribunal, je m’y rendrai avec la même liberté d’esprit que si j’y étais appelé, non pour une affaire me concernant personnellement, mais pour y remplir un devoir s’imposant à tout citoyen, celui de témoin ou de juré. En attendant, je ne songe même pas un instant à tout cela.
Je vais partir le 17 pour Bruxelles et Anvers, assister aux exécutions de Mors et Vita, qui doivent être données dans ces deux villes. À mon retour, je me mettrai à Jeanne d’Arc. Comme je l’ai demandé à l’archevêque de Reims, j’irai installer ma table de travail au pied du maître-autel de sa belle basilique, là même sur la dalle où se tint l’héroïne sublime. Quelque chose d’elle sans doute passera en moi à ce contact.
Et ma Jeanne d’Arc sera une œuvre belle, grande comme son sujet. Oh ! je le traiterai bien ce sujet-là. Je veux que Jeanne d’Arc soit mon chef-d’œuvre.
Rappelez-vous la fable que je vous ai contée en commençant, ajouta le Maître en me congédiant. Moi, je ne crains rien. Je suis un providentialiste. Je crois à la bonté et à la justice absolue de Dieu. Et je sais qu’il ne permet pas le mal pour le mal.
Mais je sais que l’affection des êtres qui aiment n’a pas toutes les énergies de la conscience de l’homme injustement attaqué. Eh bien ! je vous dis de vous rassurer, vous et tous ceux qui m’affectionnent, comme le faisait l’alouette à ses petits effrayés par l’orage : Soyez tranquilles, il n’arrivera rien de mal.
Vert-Vert, 16 janvier 1886
Rumeur d’une reprise de Jeanne d’Arc à l’Odéon.
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On nous assure que M. Porel aurait l’intention de remonter à l’Odéon le beau drame de M. Jules Barbier, Jeanne d’Arc, qui fut représenté, il y a dix ans, avec beaucoup de succès, au théâtre de la Gaîté, pour les débuts de la direction d’Offenbach.
Mlle Weber interpréterait le rôle de Jeanne d’Arc, créé par Mlle Lia Félix. Bien entendu, la partition écrite par M. Gounod pour le drame de Jeanne d’Arc, serait en même temps remontée, avec les chœurs de M. Colonne.
Le Ménestrel, 17 janvier 1886
Extrait du Courrier des théâtres.
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Il est question à l’Odéon d’une reprise de Jeanne d’Arc, le beau drame de M. Jules Barbier, que M. Gounod a illustré de quelques pages de musique. Qui ne se souvient du grand succès remporté par cet ouvrage à la Gaîté sous la direction d’Offenbach.
Puisque nous parlons du père, ne négligeons pas le fils. M. Pierre Barbier doit lire, cette semaine, au comité du Théâtre-Français une comédie intitulée Vincelette.
Extrait des Nouvelles diverses.
Ce n’est décidément pas un bruit en l’air que celui qui prêtait à M. Charles Gounod l’intention d’aller s’établir dans la cathédrale même de Reims pour y écrire une œuvre en l’honneur de Jeanne d’Arc. On le tient aujourd’hui du maître même.
[S’en suit une reproduction des derniers paragraphes de l’article du Figaro (13 janvier).]
Le Mémorial de la Loire, 19 février 1886
Extrait des Spectacles et concerts. Représentation de Jeanne d’Arc au pensionnat Saint-Louis de Saint-Étienne.
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Jeanne d’Arc, drame lyrique, en cinq actes, en vers, avec chœurs, par P.-J. Barbier, musique de Charles Gounod.
Les élèves du Pensionnat des Frères, rue Désirée [pensionnat Saint-Louis de Saint-Étienne], jouent le drame lyrique de Jeanne-d’Arc, au bénéfice des Petits Noviciats de l’Institut des Frères. Hier a en lieu une répétition générale de la pièce, à laquelle assistaient les élèves de l’établissement, un grand nombre d’ecclésiastiques, quelques amis et quelques amateurs.
Après avoir entendu l’exécution de ce drame, on reste convaincu qu’un poète de talent, M. Paul-Jules Barbier, et un grand compositeur, M. Charles Gounod, ont fait en commun une œuvre patriotique et grandiose. Les données de l’histoire ont été rigoureusement suivies par le livret.
La pièce est d’une donnée heureuse, le plan riche et mouvementé. Les vers ont des accents pénétrants et la partition ressort avec une grande puissance dramatique, toute vibrante d’une inspiration large et soutenue.
Dès le commencement de l’audition, les assistants ont été saisis par le sujet, et n’ont cessé de témoigner leur satisfaction par des applaudissements chaleureux. Le poème est semé de sentiments élevés et patriotiques, traduits en de beaux vers.
La musique a quelque chose de la passion du grand drame. M. Charles Gounod est amoureux de l’expression sincère. La qualité qui domine dans l’ensemble de l’œuvre, c’est en effet la sincérité. Le compositeur a réellement et consciencieusement traduit ce qu’il sentait, ce que l’intelligence des situations lui faisait éprouver. La phrase est claire et expressive, tour à tour, et sans recherche, douce, plaintive, joyeuse, passionnée par la seule inspiration des circonstances.
La pièce débute par une pastorale de hautbois, répétée en écho, d’un bel effet. Parmi les morceaux les plus applaudis, citons : au 1er acte, le chœur des Fugitifs, empreint de tristesse et redisant, par des accents désolés, les malheurs de la patrie ; au 2e acte, la ballade du Prisonnier, si touchante, et ce chœur si entraînant et si patriotique :
Dieu le veut !… oui, tous pour la Frange
Nous combattrons à tes côtés !
Dieu le veut ! tu rends l’espérance
À ces cœurs qu’elle avait quittés !
Dieu le veut !… la France meurtrie
Par toi s’éveille et s’émeut !
Nous délivrerons la patrie !
Dieu le veut !
Au 3e acte la prière : Dieu de miséricorde, renferme de beaux effets d’harmonie ; le chœur des soldats : Demain la bataille, suivi de couplets et d’une ronde, est plein d’entrain et de gaieté ; au 4e acte, dans la marche du sacre et le chœur triomphal de Noël, le compositeur retrouve ses larges inspirations et sa musique s’épanouit dans toute son ampleur ; au 5e acte, le chœur et la scène du jeu de dés contrastent avec l’apparition des esprits célestes qui apportent à Jeanne des paroles l’espérance.
L’orchestration est toujours claire, riche et soutenue. Il n’y a pas une dissonance dans cet ensemble puissant, pas un trait qui sente la banalité, pas une défaillance dans les détails.
L’interprétation a été excellente de tous points. Les acteurs ont tenu leurs emplois avec un naturel, un entrain, une intelligence qui leur ont valu de nombreux applaudissements. Signalons Jeanne d’Arc, qui a interprété son rôle difficile de façon à mériter tous les suffrages, Charles VII, le brave La Hire, malgré ses jurons, le page Loys de Contes et sa jolie voix, Jean de Metz, Martinet, etc… arrêtons-nous, car il nous faudrait citer tous les acteurs.
L’orchestre, composé de 45 artistes de notre ville, et les chœurs de 130 exécutants, sont au-dessus de tout éloge et contribuent largement au succès de cette pièce. On a admiré la netteté d’interprétation de cet orchestre et la puissante sonorité de ces cent-trente voix fraîches, bien timbrées et bien disciplinées.
La mise en scène était brillante. Les décors tout à fait remarquables. Au 4e acte une toile magnifique, représentant la cathédrale de Reims, en façade sur une place moyen-âge, avait été peinte exprès pour cette représentation par M. Bauderon fils. Les costumes historiques de l’époque, au nombre de plus de cent, fournis par la maison Victor Blot, de Lyon, étaient frais, élégants et riches.
Deux représentations de ce drame seront données au profit des Petits Noviciats des Frères, les 21 et 28 février, rue Désirée.
À l’heure actuelle, l’enseignement primaire officiel, qui, dans ces soixante-quinze dernières années, avait toujours été profondément respectueux de la foi chrétienne, devient positiviste et athée. La neutralité n’est que le masque de l’hostilité. La laïcisation n’a d’autre sens que celui que lui ont donné ses promoteurs : la déchristianisation de la société française.
L’éducation du peuple, en France, serait en péril sans les associations religieuses.
Mais l’institut des Frères des Écoles chrétiennes ne peut assurer son recrutement qu’au moyen des Petits Noviciats où l’on reçoit les enfants dès l’âge de 13 ans pour les instruire et les former à la vie austère du religieux.
Le Petit Noviciat de Paris fondé, en 1835, par le frère Philippe, a été le seul pendant 40 ans. Aujourd’hui, on en compte trente ; vingt en France et dix à l’étranger. Les Frères vont sur tous les rivages enseigner notre langue et faire honorer la France. Un de nos plus illustres hommes de mer, l’amiral La Roncière Le Nourry, disait aux Frères dans une distribution de prix : Je vous ai rencontrés, mes Frères, sur bien des points du globe. Partout vous faites honneur au nom français, partout vous inculquez aux populations, par le respect de la religion, le souvenir affectueux de la France.
Les Petits Noviciats ont pris des développements imprévus. En 1874, on comptait 128 petits novices ; on en avait au 1er décembre 1885, 1798.
Les ressources pour l’entretien de ces maisons — procurées par la charité — se sont également élevées de 241.984 en 1882 à 339.883 en 1885.
Le nombre des novices au Petit Noviciat du district de Lyon, placé à Caluire près Lyon, va aussi en augmentant. Il était de 122 en 1883, de 136 en 1881 et de 164 au 1er décembre 1885. Les dépenses pour 1885 sont montées à 15.428 francs, sur lesquels la charité n’a donné que 32.377 francs.
Cependant de tous côtés on se tourne vers les Frères eu leur disant : Faites de bons citoyens, en formant des chrétiens, par des écoles morales et religieuses.
Mais les Frères se retournant vers tous les hommes, véritablement amis de leur pays, répondent : Aidez-nous par vos dons à faire des maîtres bons et nombreux.
Nous espérons que le 21 et le 28 février un public nombreux assistera à la brillante solennité musicale donnée au Pensionnat Saint-Louis.
Les entractes seront remplis par des morceaux variés de la Fanfare du cours préparatoire à l’École des mines, et par des chansonnettes comiques.
(On peut se procurer des billets : aux bureaux du Nouvelliste, place de l’Hôtel de-Ville ; chez MM. Duterrail, papetier ; Pauze, horloger et Tremollet, papetier, rue Saint-Louis, et au Pensionnat Saint-Louis, rue Désirée. Places réservées, 5 fr. ; premières, 3 fr. ; deuxièmes, 2 fr.)
Le Figaro, 4 décembre 1886
Extrait du Courrier des théâtres, par Jules Prével. La Messe de Gounod est achevée.
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La messe que M. Gounod vient de composer en l’honneur de Jeanne d’Arc, la libératrice et martyre, a été achetée par la maison Lemoine et fils. Elle sera exécutée au mois de juillet prochain dans la cathédrale de Reims, pour les fêtes religieuses qui seront données à cette occasion.
Le Ménestrel, 19 décembre 1886
Extrait des Nouvelles diverses.
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Les journaux annoncent que M. Gounod vient d’achever la messe dont il avait entrepris la composition en l’honneur de Jeanne d’Arc. Cette messe doit être exécutée dans la cathédrale de Reims, au mois de juillet prochain.
Le Gaulois, 16 février 1887
Extrait du Courrier des Spectacles, par Nicolet.
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Une nouvelle d’une certaine importance et de date toute récente.
Une entrevue a eu lieu hier, entre M. Charles Gounod et M. Jules Barbier. Les deux fidèles collaborateurs ont convenu, celui-ci de transformer en un grand opéra en cinq actes, son beau drame de Jeanne d’Arc, représenté au théâtre de la Gaîté, et celui-là d’en écrire la musique.
Maintenant où sera donnée la Jeanne d’Arc de MM. Gounod et Jules Barbier ? C’est ce dont le compositeur et le librettiste ne veulent pas se préoccuper aujourd’hui. Ils attendront que la dernière note en soit écrite, pour jeter leur dévolu sur l’une de nos scènes lyriques.
Le Figaro, 6 juillet 1887
Extrait du Courrier des théâtres, par Jules Prével. Publication de la partition de la Messe.
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La nouvelle Messe de M. Charles Gounod, à la mémoire de Jeanne d’Arc, vient de paraître chez les éditeurs Lemoine et fils.
Cette Messe sera exécutée le 24 courant dans la cathédrale de Reims.
Le Temps, 11 juillet 1887
Extrait de la Critique musicale hebdomadaire de Johannes Weber, en feuilleton.
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Messe à la mémoire de Jeanne d’Arc, par M. Gounod.
On a parlé, il y a peu de temps, d’une messe de M. Gounod exécutée à la cathédrale de Reims ; la partition vient de paraître chez Lemoine. En voici le titre complet :
À la mémoire de Jeanne d’Arc, libératrice et martyre : Messe avec soli, chœurs, orgue d’accompagnement et grand orgue, précédée d’un prélude avec fanfare sur l’entrée dans la cathédrale de Reims.
Les seuls instruments de l’orchestre employés avec l’orgue sont huit trompettes à pistons et trois trombones dans le prélude, et des harpes dans le Benedictus. C’est ce qu’on appelle une petite messe, sans Credo, et les morceaux étant peu développés. L’œuvre est très remarquable et me paraît d’une forme toute nouvelle ; j’en parlerai plus amplement dans mon prochain feuilleton [du 18 juillet, voir ci-dessous].
Le Temps, 18 juillet 1887
Extrait de la Critique musicale hebdomadaire de Johannes Weber, en feuilleton : analyse de la partition.
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Messe de M. Gounod à la mémoire de Jeanne d’Arc.
J’ai annoncé dans mon dernier feuilleton la publication de la messe de M. Gounod à la mémoire de Jeanne d’Arc [Chez Lemoine] ; j’ai dit qu’elle est accompagnée seulement par l’orgue, auquel des trompettes et des trombones viennent se joindre dans le prélude et des harpes dans le Benedictus. L’orgue se borne à doubler les voix, à donner le ton ou à jouer quelques phrases en préludes ou en intermèdes. Par endroits les voix doivent se faire entendre sans accompagnement. Le caractère général de l’œuvre c’est de n’avoir rien de commun avec ce qu’on appelle la messe dramatisée, genre auquel appartiennent aujourd’hui toutes les messes avec chœurs et orchestre ; cela ne veut pas dire qu’elles ne puissent offrir une différence tranchée avec la musique de théâtre ; Mozart et Cherubini entre autres en ont fourni les preuves.
Sans vouloir faire de pastiche, M. Gounod semble s’être inspiré du plain-chant et surtout de l’école de Palestrina. Le chant est toujours simple et l’harmonie sévère ; les accords parfaits, le premier renversement de l’accord de quinte mineure en forment la base ; l’accord de septième de dominante, celui du second degré d’une gamme viennent s’y joindre avec quelques suspensions, surtout celle de la tierce d’un accord parfait ou de septième, la pédale et des notes de passage. Je n’ai pas rencontré l’accord de septième diminuée ; une seule fois, si j’ai bonne mémoire, la neuvième mineure arrive comme suspension ; l’accord de sixte augmentée ne paraît qu’une fois. Il résulte de là une œuvre essentiellement propre à l’église ; le prélude seul a quelque rapport avec Jeanne d’Arc.
Toute la partition est écrite en mesure à quatre temps, quatre noires dans le prélude et le Benedictus, quatre blanches dans les autres morceaux. Dans ceux-ci une blanche ne doit elle pas durer plus qu’une noire ? On a beaucoup discuté sur ce sujet. Le mouvement est toujours lent ou modéré ; une seule fois M. Gounod l’a marqué au métronome, ce qu’il aurait dû faire partout pour éviter les erreurs ou les incertitudes ; encore le mouvement indiqué au commencement du prélude est-il 52 pour une noire, ce qui donnerait adagio, tandis qu’il y a maestoso. Je suppose que 52 concerne la blanche, ce qui donne allegro maestoso.
Il y a des soli de chant, mais rien ne ressemble à un air ; les instruments comme les voix doivent contribuer à l’effet de l’ensemble, sans que personne puisse prétendre briller pour son propre compte. L’œuvre est écrite avec un soin admirable pour l’expression sévère et purement religieuse ; elle mérite de trouver des imitateurs pour ramener la musique d’église à la simplicité, ce qui d’ailleurs ne doit pas porter préjudice aux chefs-d’œuvre d’un style différent. Seulement, en dehors des églises, je ne vois pas trop où l’on pourrait exécuter la messe de M. Gounod, à Paris. Peut-être au Conservatoire, si l’orgue qui y est a assez de puissance. Je n’ose parler de la salle du Trocadéro, dont je connais trop les défauts.
Dans le prélude, l’orgue tantôt alterne avec les fanfares de trompettes et de trombones, tantôt il s’unit à elles. Le chœur dit sans accompagnement quelques paroles adressées à Jeanne d’Arc ; plus loin, les voix de Jeanne
(soprani) disent les mêmes paroles à l’unisson sur une mélodie se rapprochant du plain-chant. Quand l’orgue et la fanfare ont terminé le prélude commence le Kyrie, qui ne doit être soutenu par l’orgue qu’en cas d’absolue nécessité
. Une phrase en mineur que les solistes répètent avec de légères modifications et d’une manière persistante Kyrie eleison, sert particulièrement à donner au morceau une grande expression. Et in terra pax est la partie la plus développée. Les dessins mélodiques répétés en imitations y sont d’un fréquent emploi, mais ils sont toujours très simples, très purement traités et sans complication. Le Sanctus est court et pour chœur seul. Dans le Benedictus, la partie de harpe ne contient que des arpèges des plus simples et sans doubles notes ; ces arpèges peuvent se jouer d’une seule main. Le caractère général de l’œuvre ne se dément jamais, quoique dans ce morceau M. Gounod ait modulé plus librement que dans le reste, en allant de fa majeur en ré bémol majeur et en retournant dans le premier ton par l’accord de sixte augmentée. L’Agnus Dei termine dignement l’œuvre ; ce morceau est pour chœur seul ; à part un seul accord (voir la deuxième mesure de la page 51) je ne vois pas ce que Palestrina pourrait y redire.
Le Gaulois, 24 juillet 1887
Compte-rendu de Louis de Foucaud sur l’exécution de la Messe à Reims le 23 juillet.
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Jeanne d’Arc et M. Gounod
Reims, 23 juillet.
M. Gounod fait exécuter, dans la cathédrale de Reims, une messe d’un caractère particulier, d’une portée spéciale, à la mémoire de Jeanne d’Arc. On a raconté que l’auteur de et de Faust et de Mors et Vita eut toujours, pour la figure de la bonne Lorraine, une tendresse infinie, et qu’il fit, dès longtemps, le rêve de lui consacrer une grande œuvre. De quelle nature serait cette œuvre ? Lui-même l’ignorait. Il avait bien enrichi de musique les cinq actes de la tragédie de M. Jules Barbier, mais ses ambitions d’artiste allaient plus loin, montaient plus haut. Le mieux était qu’il attendît l’heure opportune, et qu’il s’en remît aux circonstances du soin de lui fournir le cadre désiré. Et voici que nous allons entendre la messe de Jeanne d’Arc en cette admirable église qui vit son étendard déployé près de l’autel, sous les voûtes splendides où retentissait jadis, dans le mode grégorien, l’hymne du sacre des rois de France.
Je viendrai tout à L’heure à la noble partition du maître. Je voudrais auparavant dire quelque chose de l’héroïne qui l’a inspiré, de la Vierge de Vaucouleurs, au point de vue des arts. Comment se fait-il qu’on ait pris la sainte visionnaire pour sujet de tant de statues, de tant de tableaux, de tant de poèmes, de tant de tragédies et de tant d’opéras, et qu’il n’existe pas un monument à sa taille, pas un ouvrage où elle revive telle que nos esprits la veulent ? La question est curieuse et mérite d’être examinée.
I.
Certes, l’art n’est au dessous d’aucune figure, mais tout sujet n’est pas bon à toute forme d’art. À quoi se prêtent la vie et le type de la bonne Lorraine ? Jeanne est épique, et elle déconcerte l’épopée ; elle est tragique, et elle déborde la tragédie ; elle est plastique, et elle se sent mal à l’aise dans la peinture et la statuaire. Elle résiste, sans transaction possible, à tout ce qui ne peut la contenir entière ; dans la netteté de son histoire, de sa mission, de sa pensée.
Pour commencer, je défie qu’on invente une épopée qui vaille son histoire nue. Qu’on me trouve seulement, dans l’art des nations, un cadre épique comparable à ce procès criminel de Rouen, dont Quicherat a publié les débats à jamais sublimes ! Rien n’y manque, ni le merveilleux, ni le symbole, ni l’action, ni la preuve de l’action. Quoi de plus beau que cette héroïne captive, assistant, du banc des accusés, au spectacle déroulé de sa vaillante vie, et qui ne nous apparaît que plus glorieuse à travers la honte de ses interrogatoires et la flamme de son bûcher ? De quelle énergie cette fière faiblesse désarmée se dresse devant les violences, use les obsessions par sa patience, désarçonne d’un mot l’accusation et, vaincue comme triomphante, est l’honneur de la patrie ! Sa mort même attestait notre immortalité française ; car, en la frappant, l’Anglais ne frappait qu’une femme et son cri allait réveiller la France engourdie et abêtie des derniers désastres.
On ne touche pas impunément à de tels faits : ils ont une poésie naturelle, un entraînement logique supérieur à toute poésie artificielle. Le génie même n’y peut rien.
A-t-on meilleur espoir dans le théâtre ? On se trompe. Jeanne d’Arc échappe au drame par son absolu défaut de passion, par son indicible blancheur. En butte aux jalousies des grands seigneurs et des capitaines, elle les domine par son ascendant mystique, et la foule vénère en elle une manifestation de la puissance d’en haut, incarnée dans un corps de femme. Comment faire, d’un tel personnage, le centre d’une action dramatique ? Est-elle belle ? Vous n’avez pas seulement le droit de la regarder. Les sentiments ordinaires des autres ont-ils un écho dans son cœur ? Qui le sait ? Son âme absorbe son corps jusqu’à la surnaturaliser. Tous les drames sur la Pucelle ne peuvent être que des chroniques dialoguées avec plus ou moins d’éloquence.
Convient-elle davantage aux arts plastiques ? Non ; d’illustres essais l’ont prouvé. On fait sans cesse des Jeanne d’Arc ; on ne fait pas Jeanne d’Arc. Admirez plutôt la complication du type et son intraduisible unité. Jeanne de Domrémy n’est pas Jeanne de Chinon ; autre encore elle est à Orléans, autre à Reims, autre à Rouen, où elle est tout elle-même et tout ce qu’elle a jamais été. La bergère qui écoute les Voix ne fait pas pressentir la guerrière, et voilà que la bergère et la guerrière vont se fondre indissolublement en la Vierge armée par Dieu, effrayante et candide, terrible et douce. Faites donc jaillir de la toile ou du marbre ces contrastes surhumains qui constituent sa physionomie ; puis, la patrie satisfaite, faites battre le cœur paysan sous la rude armure, si vous pouvez !… Elle n’oublie rien : les émotions délicieuses de l’enfance persistent au fond de son cœur, comme une source de rafraîchissement. À Reims, son rôle est fini ; elle voudrait bien revenir à ses troupeaux, au bois natal ; mais on lui fait un devoir de rester, et elle se sacrifie.
C’est ici que le type s’agrandit jusqu’à se démesurer : toute gloire humaine se paye en ingratitude ; elle prévoit tout, se résigne à tout, s’enferme dans sa sainteté ainsi que dans une forteresse. Voyez-la, enfin, devant ses juges — des bourreaux — qui la salissent de leurs insinuations, qui lui meurtrissent l’esprit de leurs questions infâmes. Au danger, la guerrière se retrouve — quels défis ! quels combats ! — mais, dans la prison, c’est la femme qui se montre, qui prie, qui pleure, sans terreur ni désespoir. Pauvre Jeanne, forte et touchante, héroïque et faible ! Le moyen de traduire au vif une telle humanité !
M. Gounod a certainement pesé, dans son cerveau, toutes ces choses. Il aurait pu conclure de ses réflexions que la musique a ce qu’il faut en soi pour animer une si vaste figure ; qu’elle est cet élément mystérieux qui hausse jusqu’à l’épopée, jusqu’au surnaturel, les conceptions humaines ; que l’orchestre prête des voix à la foule, à la nature, à l’invisible ; qu’au son du cor magique le fini et l’infini entrent en relation. Mais non ! il n’a pas convenu au musicien de Mors et Vita, dans la période religieuse où nous le voyons, de célébrer Jeanne d’Arc autrement que par une prière. C’est pourquoi il a écrit cette messe, et nul ne soutiendra, j’imagine, que ce point de, départ a manqué de grandeur.
II.
Ce qui distingue la Messe à la mémoire de Jeanne d’Arc de la plupart des messes modernes, c’est qu’elle est rigoureusement une œuvre d’église. Nos compositeurs ont pris l’habitude de considérer le texte sacré comme une série d’indications dramatiques. Leurs messes, pleines d’orages, de tumultes, de passion, d’effusions, peuvent s’exécuter partout, même à l’église ; mais elles ne produisent tout leur sujet qu’au concert. Il y est fait une part très large à la virtuosité des chanteurs et des instrumentistes. Loin de répandre la sérénité dans l’air, elles y sèment l’agitation. M. Gounod, qui est un croyant, proteste contre ces abus profanes. Sa Messe à la mémoire de Jeanne d’Arc est donc, en quelque manière, un retour au mode palestrinien. Point d’orchestre ; à peine des trompettes et des trombones pour le prélude et des harpes pour le Benedictus.
L’orgue lui-même est employé avec une discrétion rare, si bien que plusieurs fois le chœur se passe d’accompagnement. Des mélodies graves, issues du plain-chant et qui ne tournent ni à l’air ni à la romance ; des harmonies austères, en assez petit nombre, mais ménagées de main de maître ; une sonorité constamment belle une expression religieuse une et soutenue ; nul sacrifice à la virtuosité sous aucun rapport ; une grande pureté d’écriture ; une architecture musicale un peu nue, mais de proportions justes et solides : telles sont, en abrégé, les qualités de l’œuvre. M. Gounod n’avait jamais été si sévère. On chercherait en vain, dans sa partition, de ces cantilènes dont il est coutumier. Le maître a, de parti pris, négligé ce qui plaît en sa manière, pour ne dégager qu’un sentiment de la majesté sacrée et un élan de la foi qui s’agenouille. Sa messe ne trouble pas l’oreille du croyant et ne surprend pas ses nerfs ; elle est une prière qui monte de la foule, qui semble sortir des murailles, qui plane parmi les vapeurs de l’encens. Les parties vocales, souvent travaillées en imitations, restent serrées, même en leur division polyphonique, de telle façon que l’œuvre se présente amplement par son ensemble. Ainsi la volonté du compositeur est parfaitement nette et l’on sait où l’on va.
On me demandera par quel lien cet ouvrage de commémoraison se rattache à la bonne Lorraine. Sa mission nous est rappelée dans le prélude, par les orgues et les fanfares. Les quatre trompettes, appuyées, par intervalles, de trois trombones, jettent leur motif pompeux sur le mouvement de la marche royale. Les Voix du Ciel parlent à la guerrière dans un mode psalmodique ; les orgues chantent, en le fleurissant d’un beau contrepoint, le thème de l’apparition des saintes, que M. Gounod emprunte avec raison à sa musique pour la Jeanne d’Arc de M. Barbier. De nouveau, les fanfares se font entendre, mais adoucies, élargies, au-dessus de la rêverie calme de l’héroïne ; et puis elles s’enflent, elles retentissent triomphalement, transformées en chant du sacre. C’est là, le préambule pittoresque de la partition — et même la seule concession que M. Gounod ait voulu faire au pittoresque décoratif.
La messe commence. Je dois mentionner, tout d’abord, que l’ouvrage est écrit tout entier à quatre temps et, sauf un seul morceau, — le Benedictus — maintenu dans le ton de fa. Il en résulte une impression, non de monotonie, mais de sévérité claustrale. Qu’on me permette, au surplus, de ne point entrer dans les détails, le temps et l’espace m’étant mesurés. En raccourci, au Kyrie eleison, les quatre parties vocales étendent, avec une touchante insistance, leur thème implorant, que chacune expose à son tour et que toutes à la fois confirment en masse chorale. Le Gloria in excelcis atteste, dans sa carrure, le culte de M. Gounod pour le grand Sébastien Bach. Pour le Sanctus, page très courte, les voix concertent à jeu serré, tandis que le Benedictus, brodé des arpèges de la harpe, est plus modulant, d’un style plus libre et d’un tour plus particulier à l’auteur. Nous revenons enfin, avec l’Agnus Dei, à la donnée palestrinienne, et là se termine la partition gravée.
Je ne cacherai pas qu’il m’est venu un regret : c’est que le maître n’ait pas ramené manifestement la fin de son œuvre au souvenir de l’héroïne. La mission de Jeanne est remplie ; Dieu a reçu son âme ; c’était le cas, à mon avis, de faire éclater un hymne, un choral de glorification et d’actions de grâce. M. Gounod ne s’est point accommodé de cette apothéose : je vois, néanmoins, qu’il fait reprendre, en guise de sortie, à la cathédrale de Reims, les vibrantes fanfares de son prélude, — ce qui me donne assurément raison.
Ce n’est là, au fond, qu’une bagatelle. On aime à trouver, en somme, chez l’auteur de Faust, de Mireille et de Roméo, cette croissante ambition des lauriers de l’art le plus austère. C’est justice de déclarer que de telles tentatives l’honorent à un très haut point. J’ajoute que son effort d’artiste est vaillamment secondé, à Reims, par une phalange de près de quatre cents voix stylées par de vrais musiciens. Pour ne rien omettre, je dirai qu’un jeune violoniste rémois — presque un enfant — M. Marteau, interprète à ravir, à l’Offertoire, une agréable pastorale du compositeur : la bonne Lorraine écoutant les cloches à l’Angelus. J’indiquerai, quelque jour, ce qu’une grande ville de province, telle que celle-ci, peut faire pour la musique, et ce qu’elle fait ; mais il faut que je m’arrête. Les cloches, aujourd’hui, ne sonnent à la volée que pour la messe de Jeanne d’Arc.
Le Gaulois, 26 juillet 1887
Extrait des Échos de province.
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Hier soir avait lieu, à Reims, la répétition publique de la messe de Jeanne d’Arc, dirigée par l’auteur, M. Gounod. Le succès de cette œuvre, sur laquelle on a lu l’éloquent jugement de notre critique M. de Fourcaud [édition du 24 juillet ci-dessus], venu tout exprès à Reims, a été réellement très grand ; c’était un véritable enthousiasme dans la nombreuse assistance, comptant plus de douze cents personnes.
Parmi les assistants, on remarquait M. le marquis et Mme la marquise de Virieu, Mme la duchesse et Mlle de Noailles, puis la plupart des personnes qui avaient assisté à la fête d’Urbain II, à Châtillon : comte et comtesse Werlé, comte et comtesse Chandon de Briailles, comte et comtesse de Maigret, comtesse et Mlle de Clermont-Tonnerre, comtesse et Mlle de Rougé, comte et comtesse de Barthélémy, comtesse et Mlles de Mareuil, comte de Verdonnet, comte de Breteuil, comte et comtesse F. de Montebello, M. de Fourcaud, comte et comtesse J. de Montebello, vicomte de Champeau-Verneuil, général comte de Charette, etc.
L’Univers, 26 juillet 1887
Extrait de l’article d’Auguste Roussel sur les fêtes d’Urbain II.
Cette lettre est déjà bien longue et peut-être, pour ménager le lecteur, devrais-je ici la clore. Mais comment ne point parler de ce qui fait en ce moment la grande émotion de Reims, de cette messe de Gounod à la mémoire de Jeanne d’Arc, exécutée aujourd’hui pour la première fois dans la cathédrale historique où la pensée lui en est venue, et cela en un jour glorieux pour la mémoire de Jeanne d’Arc venue triomphalement à Reims où elle avait, par ses victoires surhumaines, préparé le sacre du roi ?
Cette œuvre musicale a, d’ailleurs, une histoire qu’il faut conter brièvement. Dès longtemps, et en prévision du solennel hommage qui vient d’être rendu à Urbain II, Son Éminence le cardinal Langénieux, avec qui, depuis Paris, Gounod entretient des relations fort étroites, avait sollicité du grand artiste une cantate ou toute autre composition à l’honneur du Pape des croisades. Le compositeur promet, mais, sans que peut-être il s’en rende compte, voici que, venu à Reims, sa pensée se transforme. Des croisades générales, son esprit arrive au souvenir de cette autre croisade que Jeanne la Pucelle mena si merveilleusement contre les Anglais. Pour la célébrer, c’est trop peu d’une cantate, et c’est une messe qu’il propose au cardinal de composer afin de dégager sa parole. Il est facile de comprendre que cette proposition nouvelle fut agréée, et voilà par quelle association d’idées et quel, concours de circonstances ces deux grands libérateurs, Urbain II et Jeanne d’Arc, dont le souvenir doit être également cher à Reims, se trouvent, le même jour, glorifiés l’un par l’autre en des fêtes qui associent leurs noms dans un reconnaissant hommage.
Mais plus le sujet est haut, plus Gounod, qui a vécu dans l’Église et qui en connaît les traditions, s’est soucié de briser avec d’autres us qui l’ont trouvé parfois lui-même un peu complaisant et qui tendent à transformer les églises en scènes de choix pour des représentations musicales ou dramatiques. Puisqu’il s’agissait d’une messe en musique, à tout le moins convenait-il qu’elle s’écartât le moins possible de cette majestueuse simplicité du plain-chant qui s’accorde si bien avec la majesté du culte. Qu’il y ait pleinement réussi, c’est ce qu’il ne m’appartient pas de dire, ma compétence ici étant fort courte à tous points de vue ; mais, si j’en juge par le témoignage d’un critique philistin, comme disait Louis Veuillot, il n’est pas douteux que nous n’avons pas ici cette chose odieuse qu’on appelle une messe dramatisée
. Loin de là, car voici ce qu’écrivait il y a peu de jours le critique musical du Temps [Johannes Weber, dans l’édition du 18 juillet] :
J’ai annoncé la publication de la messe de M. Gounod à la mémoire de Jeanne d’Arc,… [Lire l’article.]
Cette analyse, fort exacte à ce que m’ont dit les connaisseurs, me dispense d’insister autrement sur le caractère de l’œuvre, pour l’exécution de laquelle Reims a fourni les trois cents exécutants et aux répétitions de laquelle Gounod est venu présider lui-même. J’ajoute seulement que tout le Credo est emprunté au plain-chant, ce qui, à mon humble avis, ne diminue pas le plain-chant mis en parallèle avec la musique. Comme on peut admettre historiquement qu’à l’entrée de Charles VII et de Jeanne d’Arc dans l’église du sacre des hérauts sonnaient de la trompette guerrière, comme ils en sonnaient au sortir, ce prélude et cette fin sont acceptables. Ils sont, on doit le reconnaître, d’un saisissant effet sous ces voûtes qui s’emplissent de leur écho et qui éveillent ainsi dans les cœurs tant de vibrants souvenirs.
À la répétition générale d’hier soir Son Éminence le cardinal Langénieux assistait, avec Son Excellence Mgr le Nonce apostolique et les évêques présents à Reims. Dans la foule, qui était considérable (il n’y avait pas moins de 6.000 personnes), on remarquait le général Février, commandant le 6e corps d’armée ; le général de La Hayrie, le général Sainte-Beuve et plusieurs autres généraux. Après le dernier coup des trompettes guerrières, son Éminence le cardinal Langénieux s’est avancé vers la grille du chœur et, s’adressant aux artistes, les remerciant de leur zèle à rendre parfaite l’exécution d’une grande œuvre, il a proclamé de nouveau les sentiments auxquels doit s’accorder la musique quand elle est admise à célébrer dans l’église les louanges de Dieu et de ses saints. Je ne saurais mieux finir que par cette parole, à laquelle il est si bon de faire écho.
Le Gaulois, 29 juillet 1887
Extrait du Courrier des Spectacles, par Nicolet. Une nouvelle Jeanne d’Arc à l’Odéon, avec musique de Gounod ?
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D’après notre confrère Adorer, plusieurs projets sont déjà mis à l’étude par M. Porel [directeur du théâtre de l’Odéon] pour les années qui viennent ; plusieurs signatures sont déjà échangées, et ce sera bientôt chose complètement décidée.
En vertu de ces traités divers, M. Lamoureux et son orchestre prêteraient leur concours à l’Odéon pour une série de représentations d’Esther, d’Athalie, et de l’Arlésienne, avec la musique et les chœurs qui y sont joints, et d’une manière générale pour toutes les œuvres qui peuvent comporter des additions musicales.
M. Porel aurait, de plus, l’intention de monter une nouvelle Jeanne d’Arc. Le poème sera confié à deux poètes dont nous ne pouvons encore donner les noms ; il serait coupé par trois grands morceaux de musique en forme de symphonie, se rapportant aux événements principaux de la tragédie représentée. La musique de ces trois morceaux serait demandée à MM. Gounod, Massenet et Reyer.
Le Monde illustré, 7 août 1887
Illustration de la Messe à Reims.
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La Messe de Jeanne d’Arc
, à Reims.
L’exécution solennelle de la messe de Gounod dite Messe de Jeanne d’Arc
a eu lieu dans la cathédrale de Reims, le dimanche 24 juillet, sous la direction de l’auteur. Nous empruntons les lignes suivantes à une feuille du pays, le Courrier de la Champagne, qui rend un compte exact de cette fête religieuse et artistique, qui a laissé un imposant souvenir à tous ceux qui ont eu la bonne fortune d’y assister :
Dès huit heures du matin, la vaste cathédrale se remplissait de monde, tant on avait crainte de ne pas trouver de place. Au dernier coup de dix heures, à la vieille horloge de l’église, Gounod apparaît à son pupitre et agite le bâton de mesure. Le prélat officiant, Mgr Rotelli, monte à l’autel ; le cardinal et les évêques prennent place dans le sanctuaire ; la messe commence.
À l’issue de la messe, M. Gounod a reçu les plus vives félicitations. L’éditeur Lemoine, acquéreur de la partition, déclare avoir fait une excellente affaire. Il était venu de Paris, des différents points de France, de Belgique, d’Angleterre, du fond même de l’Écosse, des journalistes, des musiciens, des organistes surtout, qui tous regardent la
Messe de Jeanne d’Arccomme une œuvre magistrale appelée à un grand succès. L’auteur lui-même, sur de pressantes sollicitations, a promis de venir l’an prochain donner à Reims une seconde audition de sa messe.Le soir, un dîner réunissait, à l’archevêché, en même temps que les évêques et Gounod, les principaux collaborateurs du maître en cette circonstance. Après le dîner, une réception du clergé de la ville a eu lieu. Dans la salle de l’Académie, Mgr Langénieux a offert a Gounod, en souvenir de cette belle journée, une magnifique réduction en bronze du monument d’Urbain II. L’œuvre porte cette inscription :
A. M. Gounod, 24 juillet 1887.Le cardinal, en complimentant le maître, lui a dit gracieusement :
Mon cher Gounod, l’objet que nous vous offrons n’est qu’en bronze : il durera, par conséquent, moins que vos œuvres et que votre impérissable souvenir.
À titre curieux, ajoutons les quelques lignes suivantes, qui nous sont adressées par un témoin de la répétition générale de la Messe de Jeanne d’Arc
, et qui tracent une intéressante et exacte silhouette du grand compositeur français, à la façon d’un croquis rapide et naïf :
Gounod est superbe, grand et génial. Il dirige en même temps les chœurs dans le bas, les cuivres sur l’orgue, et l’orgue avec le solo de violon, haut dans les airs. Sa belle tête se renverse, et de son bras armé de l’archet il a des gestes comme s’il arrachait le rythme des nues.
Ses bons yeux levés vers l’orgue comme vers le ciel, il chante toute sa messe. On dirait un apôtre en musique. Gounod se détachant sur le fond de la cathédrale à côté des harpes, quel sujet de tableau !…
Notre gravure représente dans son ensemble un aspect de l’intérieur de la cathédrale de Reims durant la célébration de ce majestueux office.

Messe de Jeanne d’Arc. (24 juillet). — (Dessin de M. Jules Ruinart.)
Le Gaulois, 13 novembre 1887
Extrait du Courrier des Spectacles, par Nicolet. Annonce de la Messe à Saint-Eustache.
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La messe de Sainte-Cécile que l’Association des artistes musiciens fera chanter cette année, à Saint-Eustache, le mardi 22 novembre, offrira un intérêt exceptionnel.
On y entendra, pour la première fois à Paris, l’œuvre nouvelle composée par Charles Gounod à la mémoire de Jeanne d’Arc. Cette messe avec chœurs, grand orgue, orgue d’accompagnement, trompettes, trombones et harpes, sera dirigée par l’auteur et ne comprendra pas moins de quatre cents exécutants.
L’éminent violoniste Sivori exécutera, pendant l’Offertoire, la Vision de Jeanne d’Arc, de Charles Gounod.
Le Credo de Dumont sera chanté par M. Dubulle.
On peut se procurer des entrées dans les nets réservées, chez les dames quêteuses : Mme la comtesse de Chambrun, rue de Monsieur, 11 ; Mme Hochon, rue du Rocher, 59 bis ; Mme Raphael, avenue Kléber, 25 ; Mme Warambon, rue de Berlin, 11 ; Mlle Jeannine Dumas, avenue de Villiers, 98 ; Mlle Thérèse Guyon, rue des Bourdonnais, 31 ; au siège de l’Association, 11, rue Bergère, et auprès de la chaisière de Saint-Eustache.
Le Temps, 17 novembre 1887
Extrait de la rubrique des Spectacles et concerts.
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La messe de Sainte-Cécile, que l’Association des artistes musiciens fera chanter cette année à Saint-Eustache, mardi 22 novembre, offrira un intérêt exceptionnel.
On y entendra, pour la première fois à Paris, l’œuvre nouvelle composée par Charles Gounod à la mémoire de Jeanne d’Arc.
Cette messe avec chœurs, grand orgue, orgue d’accompagnement, trombones et harpes, sera dirigée par l’auteur et ne comprendra pas moins de 400 exécutants.
M. Sivori exécutera, pendant l’Offertoire, la Vision de Jeanne d’Arc, de Charles Gounod.
Le Credo de Dumont sera chanté. par M. Dubulle.
Le Temps, 22 novembre 1887
Extrait de la rubrique des Spectacles et concerts. Gounod a dirigé sa Messe à Orléans, le 20 novembre.
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À Orléans, hier dimanche [20 novembre], à midi, a eu lieu, à la cathédrale Sainte-Croix, l’exécution de la messe à la mémoire de Jeanne d’Arc
, de Charles Gounod, qui a lui-même dirigé les 200 exécutants, chœurs et soli, de la Société chorale d’Orléans, directeur G. Dieudonné.
M. Paul Viardot, violoniste, prêtait son concours et a joué les Visions de Jeanne, de Gounod également ; les fanfares de l’École d’artillerie ont joué un magnifique prélude, avec accompagnement des grandes orgues de la cathédrale, dirigées par un aveugle, M. Berthier.
Le Gaulois, 22 novembre 1887
Extrait du Courrier des Spectacles, par Nicolet. Messe à Paris.
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Aujourd’hui mardi, à onze heures du matin, sera célébrée, en l’église Saint-Eustache, la messe annuelle de Sainte-Cécile, organisée par l’Association des artistes musiciens.
Au programme, nous remarquons la première audition de la messe solennelle avec chœurs, grand orgue, orgue d’accompagnement, trompettes, trombones et harpes, composée à la mémoire de Jeanne d’Arc, par M. Charles Gounod, qui dirigera l’orchestre.
À l’Offertoire, M. Sivori exécutera la Vision de Jeanne d’Arc, solo de violon de M. Gounod.
Le grand orgue sera tenu par M. H. Dallier, organiste de la paroisse.
Gounod, entre autres multiples travaux, s’occupe d’écrire un hymne à la Vierge : Notre-Dame de France, dont il compte faire une sorte de Marseillaise religieuse, sur des paroles pleines d’un mystique patriotisme, dues à notre confrère M. Georges Boyer.
Le Figaro, 23 novembre 1887
Extrait de la rubrique Notes de musique, par Charles Darcours.
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L’Association des Artistes Musiciens a célébré, hier, la fête de Sainte-Cécile, sa patronne, en faisant entendre, pour la première fois à Paris, la messe composée à la mémoire de Jeanne d’Arc
, par M. Charles Gounod.
C’est une œuvre grandiose, d’une couleur archaïque saisissante, et qui a fait une profonde impression sur la foule qui, dès les premières heures du matin, avait envahi l’église Saint-Eustache.
La messe est écrite sans orchestre ; seuls, l’orgue et quelques harpes accompagnent les voix. Mais elle est précédée d’un Prélude-Marche, pour le grand orgue, avec fanfare, pour rappeler l’entrée de Jeanne d’Arc dans la cathédrale de Reims ; c’est une page superbe.
Aux appels des trompettes mêlés au déploiement des pompeuses sonorités de l’orgue, on croit voir flotter les bannières, étinceler les armures, caracoler les destriers devant le parvis ; ce sont les gens d’armes, c’est la chevalerie de France, c’est le Roy qui va paraître ! Il circule dans ce Prélude un souffle de patriotisme et de guerre, qui fait songer à la fois au passé et à l’avenir.
Le Kyrie, le Gloria,le Sanctus, sont des pages simples, brèves, écrites avec la foi naïve des croyants, et aussi avec tout l’art d’un maître qui dispense admirablement des richesses d’un merveilleux emploi des voix.
À l’Offertoire, M. Sivori a exécuté sur le violon, avec accompagnement presque éteint de l’orgue, un suave et mystérieux adagio : La Vision de Jeanne d’Arc.
Le Benedictus et l’Agnus Dei sont des morceaux dont l’expression n’est ni moins poétique ni moins bien inspirée que dans les autres parties.
Une seule audition a suffi pour permettre d’apprécier les beautés principales de l’œuvre la plus récente de M. Charles Gounod, mais il faut une étude sérieuse pour pouvoir apprécier les trésors d’harmonie que le maître a répandus à profusion dans ces pages en apparence si faciles et si naïves.
L’exécution d’hier n’a malheureusement point été satisfaisante, et l’Association des Artistes Musiciens a pu se convaincre une fois de plus que les œuvres écrites avec simplicité et dans un style pur sont précisément celles dont l’interprétation est le plus difficile.
La Messe de M. Charles Gounod vient, de paraître en une fort belle édition chez les éditeurs Lemoine et fils.
MM. Lemoine ont bien voulu nous autoriser à faire paraître le Prélude avec fanfare de l’Entrée de Jeanne d’Arc dans la cathédrale de Reims. C’est ce Prélude, pour grand-orgue et trompettes, fort habilement réduit pour le piano, à quatre mains, par M. Léon Lemoine, qui paraît aujourd’hui à notre huitième page.
Le Gaulois, 23 novembre 1887
Extrait du Courrier des Spectacles, par Nicolet.
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La messe de Sainte-Cécile, qui a été célébrée hier à Saint-Eustache a été cette année un événement musical exceptionnel. La messe composée à la mémoire de Jeanne d’Arc, par Gounod, n’avait été chantée qu’une seule fois à Reims, dans la vieille cathédrale gothique ; il y a dans cette œuvre un sentiment de naïveté et de grandeur que Gounod seul pouvait rendre. Le maître, qui dirigeait l’orchestre, a obtenu, malgré l’insuffisance des répétitions, une exécution parfaite.
À l’Offertoire, M. Sivori a fait entendre, avec cette qualité de son qui lui appartient, un morceau intitulé la Vision de Jeanne d’Arc, dont la mélodie, accompagnée par les jeux de voix célestes, complétait l’effet mystique.
On a dû refuser un grand nombre d’auditeurs, à en juger par la foule qui se pressait aux abords de l’église.
Mais l’on nous apprend, au dernier moment, que Gounod, cédant à la prière des membres du comité de l’Association des artistes musiciens, a promis de donner une seconde audition de son œuvre, en mars prochain, à Notre-Dame, dont les vastes proportions permettront d’admettre tous ceux qui n’ont pu assister, hier, à cette grande solennité artistique et religieuse.
Le Temps, 28 novembre 1887
Extrait de la Critique musicale hebdomadaire de Johannes Weber, en feuilleton.
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Exécution de la messe de M. Gounod à la mémoire de Jeanne d’Arc dans l’église Saint-Eustache.
Le comité de l’Association des artistes musiciens a fait exécuter le jour de Sainte-Cécile [22 novembre], à l’église Saint-Eustache, la messe de M. Gounod à la mémoire de Jeanne d’Arc. Dans de telles occasions, l’église se transforme en salle de concert. Pour trouver une place un peu avantageuse, il faut arriver plus d’une demi-heure avant l’heure annoncée pour le commencement de l’exécution, et ce commencement n’a lieu qu’une demi-heure après l’heure indiquée. Les chanteurs étaient placés à l’entrée du Chœur, avec les trompettes et, les trombones, quoique d’après la partition [Voir son feuilleton du 11 juillet pour l’analyse de la partition.] ces instruments dussent se trouver au grand orgue, c’est-à-dire à l’extrémité opposée de l’église. M. Gounod battait la mesure. Les parties de premiers et de seconds soprani étaient chantées par des enfants ; qui ne chantaient pas toujours juste ; les ténors avaient de la peine à attaquer les notes aiguës, même le fa et le sol ; ils formaient des unissons douteux, ou plutôt il était hors de doute que ce n’étaient pas des unissons. Lors même que l’exécution aurait été meilleure, elle aurait confirmé l’opinion que j’avais d’avance, c’est que, par le caractère de l’œuvre de M. Gounod et l’importance des parties vocales, une bonne exécution ne peut être obtenue qu’avec un chœur pas très nombreux et dans un local de dimensions modérées, comme la salle du Conservatoire. M. Gounod avait déjà commis une erreur en faisant entendre Rédemption dans la salle du Trocadéro. Berlioz aussi avait en trop grande affection les masses de centaines de chanteurs et d’instrumentistes. On m’a conté ces jours-ci une histoire assez plaisante et qui n’est guère connue.
En 1863 un grand festival eut lieu à Strasbourg deux-mille chanteurs y prirent part. Quand il n’y en aurait eu que mille ou cinq-cents, c’eût encore été beaucoup trop. On avait construit un local provisoire occupant toute la longueur de la place Kléber. L’Enfance du Christ, de Berlioz, devait avoir les honneurs du programme. Tous ceux qui connaissent cette œuvre savent qu’elle est bien mieux à sa place au Conservatoire que dans une salle aussi peu favorable que le palais de l’Industrie et l’Hippodrome, où cependant on a donné des concerts. Berlioz vint diriger l’exécution de l’Enfance du Christ. On peut se figurer ce qu’était la première répétition avec une grande masse de chanteurs, la plupart peu musiciens. Irritable comme il l’était, Berlioz entra dans une fureur extrême, et dit qu’on l’avait attiré dans un traquenard ; la stupéfaction fut générale. Le lendemain, il fut plus calme et fit des excuses mais le souvenir de ce nouvel Orlando furioso est resté ineffaçable dans la mémoire des assistants.
Je reviens à la messe de M. Gounod. Le prélude pour orgue, trompettes et trombones a paru bien long ; pour être motivé, il faudrait qu’il accompagnât l’entrée d’un grand cortège. Dans le reste, quand le mouvement était assez lent, comme c’est le cas le plus fréquent, on distinguait suffisamment les détails ; mais, dès qu’il s’animait, les échos embrouillaient tout.
À l’Offertoire, M. Sivori a joué un solo de violon de M. Gounod, intitulé la Vision de Jeanne d’Arc. Si ce titre n’était pas inscrit sur le programme officiel, je l’aurais cru aussi peu authentique que le programme bouffon de la Marche funèbre d’une marionnette, morceau pour piano et qui a été intercalé dans le drame de Jeanne d’Arc, de M. J. Barbier, musique de M. Gounod. Comment un solo de violon peut-il représenter une vision ? Peut-il faire apparaître les saints et l’archange Raphaël ? Certes non. Doit-il alors exprimer seulement l’extase (les physiologistes, qui ne respectent rien, diraient : l’hallucination) de Jeanne d’Arc ?
L’extase n’est pas du domaine musical c’est une aberration de l’esprit qui peut avoir pour cause une préoccupation violente et persistante, ou un état pathologique, comme l’hystérie, ou l’ivresse. L’extase de Marcel dans les Huguenots, celle de Sélika dans l’Africaine, sont aussi fausses musicalement que tous les exemples du même genre, parce que le compositeur n’a d’autres moyens à sa disposition que ceux dont il se sert habituellement.
Le solo de violon de M. Gounod est dans le même cas. On n’a d’ailleurs pas trop pu en juger la valeur purement musicale ; on entendait des phrases de chant large à l’aigu, des pianissimo qui s’évanouissaient sans qu’on pût les saisir.
Le Gil Blas, 14 janvier 1888
Extrait du Courrier des Spectacles, par Fernand Bourgeas. Reprise de Jeanne d’Arc par Sarah Bernhardt ?
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À la Porte-Saint-Martin on songe, dit-on, à remonter la Jeanne d’Arc de M. Jules Barbier, qui fut créée jadis à la Gaîté par Mme Lia Félix. C’est Mme Sarah Bernhardt qui reprendrait le rôle.
Jeanne d’Arc serait accompagnée de la musique que M. Gounod a écrite spécialement pour l’œuvre de M. Jules Barbier.
Le Gil Blas, 20 janvier 1888
Extrait du Courrier des Spectacles, par Fernand Bourgeas.
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On a annoncé hier matin que la Porte-Saint-Martin allait monter, après la Tosca, la pièce nouvelle de M. Jules Lemaître.
Nous avons recueilli à ce sujet les renseignements suivants :
Le directeur de la Porte-Saint-Martin songe, dès aujourd’hui, à la pièce qui devra succéder, dans un temps donné, à la Tosca. Il a pensé d’abord à la Jeanne d’Arc, de M. Barbier, et ensuite à Charlotte Corday, de Ponsard.
Sur ces entrefaites, on parla à Mme Sarah Bernhardt de la pièce que M. Jules Lemaître avait écrite en vue du Théâtre-Français. Elle exprima le désir de la connaître. M. Lemaître lut son œuvre à Mme Sarah Bernhardt en présence de M. Duquesnel.
Mme Sarah Bernardt se montra très enthousiasmée de la pièce : M. Duquesnel fit quelques objections tirées de la grandeur du cadre de son théâtre, qui conviendrait peu, selon lui, à une pièce moderne, en habit noir.
Les choses en sont là.
Mais espérons que l’affaire s’arrangera et souhaitons que M. Victorien Sardou fasse le compte-rendu de l’œuvre de son critique bien-aimé.
Le Gaulois, 21 janvier 1888
Extrait du Courrier des Spectacles, par Nicolet.
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Jeanne d’Arc est décidément l’héroïne à la mode.
Nous avons annoncé que la lecture d’un drame en vers sur la vierge de Vaucouleurs [la Mission de Jeanne d’Arc, de feu Julien Daillière] aurait lieu mardi prochain [24 janvier] à la Comédie-Française. [La pièce ne sera pas reçue ; elle sera créé en juin 1888 à l’Ambigu.]
À la Porte-Saint-Martin, sur le désir formellement exprimé par Mme Sarah Bernhardt, qui s’est prise littéralement d’enthousiasme pour le rôle créé par Mme Lia Félix, on commence à s’occuper de la Jeanne d’Arc de M. Jules Barbier. M. Duquesnel travaille tous les jours avec le dessinateur Thomas pour reconstituer les costumes, et il a déjà complété plusieurs albums. Par conséquent, bien qu’il n’y ait là encore qu’un projet, ce projet parait aujourd’hui en voie de réalisation prochaine.
D’un autre côté, il est question, à l’Odéon, d’une Jeanne d’Arc de Mme Simone Arnaud. Cette pièce avait été d’abord écrite en prose par l’auteur des Fils de Jahel [créé à l’Odéon fin 1886], d’après le beau livre de Michelet. Sur la demande de M. Porel, Mme Simone Arnaud se décida à écrire sa pièce en vers, et c’est avec cette œuvre, aujourd’hui entièrement terminée, que l’Odéon clôturera sa saison. La Jeanne d’Arc de Mme Simone Arnaud comporte une partie musicale assez importante qui sera confiée à M. Benjamin Godard et exécutée par l’orchestre de M. Lamoureux. [La pièce ne sera finalement pas montée. En revanche Godard se vit confier la musique de la Jeanne d’Arc de Joseph Fabre, créée au Châtelet début 1891.]
Extrait de la Chronique de Paris, par L. Desmoulin.
M. Jules Lemaître vient de lire à Mme Sarah Bernhardt, pour le théâtre de la Porte-Saint-Martin, la pièce qu’il destinait à la Comédie-Française.
Et, naturellement, la tragédienne a fait, à cette lecture, montre de cet enthousiasme sans lequel elle ne s’expliquerait point tandis que M. Duquesnel, directorial en son coin, prenait quelque appréhension à tout ce défilé d’habits noirs, lui qui s’est tout spécialement marqué par l’entreprise de bizarres opéras sans musique.
Le Gil Blas, 28 janvier 1888
Extrait du Courrier des Spectacles, par Fernand Bourgeas.
Lien : Gallica
Il se peut que des pourparlers s’engagent ces jours-ci entre M. Duquesnel [directeur de la Porte-Saint-Martin], Mme Sarah Bernhardt et M. Porel [directeur de l’Odéon], au sujet de la pièce en un acte de Mme Sarah Bernhardt, Ceci tuera cela, que l’Odéon a reçue et doit représenter [le 27 mars 1888, sous le titre de : L’Aveu].
Si ces pourparlers aboutissaient, avant de monter la Jeanne d’Arc de MM. Barbier et Gounod, M. Duquesnel préparerait un spectacle qui succéderait immédiatement à la Tosca, et dont la pièce en un acte de Mme Sarah Bernhardt ferait partie : l’excellente artiste jouerait elle-même le principal rôle de son œuvre.
Le Ménestrel, 1er avril 1888
Extrait des Nouvelles diverses : saison de Vizentini en Russie.
Lien : Gallica
Notre compatriote M. Albert Vizentini, administrateur du théâtre impérial de Saint-Pétersbourg, a dirigé l’année dernière, pendant la saison d’été, les concerts du Vauxhall de Pavlovsk. Ils vient de publier le compte-rendu fort intéressant de cette saison, pendant laquelle, du 26 avril au 14 septembre, il n’a pas donné moins de 142 concerts symphoniques avec un orchestre composé de 60 exécutants. Le résumé de ce répertoire comprend : […] enfin 4 grandes œuvres : la Damnation de Faust, Jeanne d’Arc, le Désert, etc. (8 exécutions) ; soit un total de six cent cinquante-deux œuvres, avec 1882 exécutions !
Le Réveil, 18 mars 1888
Lettre d’une écolière à Sarah Bernhardt pour une reprise de Jeanne d’Arc.
Lien : Retronews
Lettre à Sarah
15 mars 1888.
On a si rarement, au milieu des tracas de la vie littéraire et des misères de la vie artistique, l’occasion de s’arrêter sur quelque chose de touchant ou d’aimable que je suis tout heureux d’avoir à vous parler ici d’une des plus exquises manifestations produites par la renommée d’une grande artiste.
Il s’agit d’une lettre de jeune fille, lettre, adressée à Sarah Bernhardt, lettre griffonnée à la hâte, pendant les heures d’études, sous un pupitre de pensionnat.
Les termes en sont adorables d’ingénuité familière et d’admiration naïve.
Ayant appris qu’il était question, pour la grande artiste, d’une reprise de la Jeanne d’Arc, de Jules Barbier, la jeune correspondante de Sarah manifeste, en son nom comme au nom de ses compagnes, la joie que lui cause cette nouvelle.
Vous ne sauriez croire, madame, à quel point l’annonce de ce spectacle nous a toutes ravies. Pensez donc ? aucune de nous n’a pu vous applaudir encore. Dans nos familles, il n’est question que de votre incomparable talent. Nos pères, nos parents, nos grands frères vous proclament l’incarnation idéale de l’art. De confiance, nous vous admirons aussi : mais combien notre admiration gagnerait à n’être plus le reflet de celle d’autrui !
Il n’en est pas une parmi nous qui n’ait demandé cent fois à vous voir, à vous entendre. Malheureusement, on ne nous conduit qu’à certains théâtres, on ne nous fait entendre que certaines pièces. Oh ! je ne récrimine pas. Nos parents nous élèvent à merveille et ce qu’ils font est bien fait, soyez-en persuadée, madame, autant que nous mêmes.
Or, le malheur veut que vous jouiez des pièces que nous ne devons pas entendre. Pourquoi ? je l’ignore… Il paraît que Fédora, Théodora, la Dame aux camélias, la Tosca, Froufrou, ne sont pas œuvres destinées aux jeunes filles. À qui la faute ? je n’ose m’en prendre aux autres : nous ne sommes qu’une faible et docile minorité. On ne s’inquiète pas de nous !
Du reste, l’interdit va cesser momentanément ; vous jouerez un jour Jeanne d’Arc et nos familles ne craindront pas de nous montrer la plus illustre des héroïnes du passé personnifiée par la plus célèbre des artistes de notre temps…
J’ignore si Sarah aura réellement l’occasion de jouer Jeanne d’Arc. Elle peut, en tout cas, conserver précieusement cette délicieuse missive parmi les hommages les plus flatteurs quelle elle aura jamais obtenus.
Le Figaro, 4 avril 1888
Extrait des Petites Annonces : mise en vente des billets pour la Messe à Notre-Dame.
Lien : Gallica
En vente chez les éditeurs Lemoine et Fils, rue Pigalle, n° 17, billets pour l’audition de la Messe de Gounod, en l’honneur de Jeanne d’Arc, à Notre-Dame, le mardi 10 avril.
Le Gaulois, 10 avril 1888
Extrait du Courrier des Spectacles, par Nicolet.
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Nous rappelons qu’aujourd’hui mardi, à onze heures, l’Association des artistes musiciens fera exécuter, à Notre-Dame, la messe solennelle à la mémoire de Jeanne d Arc, par M. Charles Gounod, avec chœur, orchestre, grand orgue, orgue d’accompagnement, trompettes, trombones et harpes.
À l’Offertoire, la Vision de Jeanne d’Arc, de Gounod, solo de violon exécuté par M. Viardot.
Le Ménestrel, 15 avril 1888
Extrait des Nouvelles diverses.
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Comme nous l’avons annoncé, la Messe de M. Gounod à la mémoire de Jeanne d’Arc a été exécutée mardi dernier, en l’église Notre-Dame, par les soins et au profit de l’Association des artistes musiciens.
Cette exécution, fort remarquable, était dirigée par l’auteur en personne, qui avait sous ses ordres, comme chefs du chant, MM. Bellenot, maître de chapelle de Saint-Sulpice, Pérou, de Saint-Roch, Pickaert, de Notre-Dame-des-Victoires, et Steinmann, de Saint-Sulpice. On sait que cette messe est écrite pour chœur, grand orgue et orgue d’accompagnement, trompettes, trombones et harpes. Le grand orgue était tenu par M. Sergent, l’orgue d’accompagnement par M. l’abbé S…
Un grand effet a été produit par l’introduction, fort originale et d’un grand caractère, exécutée par les trompettes et les trombones, qu’appuie la sonorité puissante de l’orgue. Quand les huit trompettes et les trois trombones, placés dans la tribune du grand orgue et dirigés par M. Edmond Guyon, ont attaqué cette fanfare triomphale, l’effet a été saisissant.
La Vision de Jeanne d’Arc, exécutée d’une façon remarquable, à l’offertoire, par M. Paul Viardot, a produit aussi la plus heureuse impression.
L’importance du résultat matériel répond d’ailleurs à l’excellence du résultat artistique, et la recette encaissée par l’Association dépasse le chiffre de 8.500 francs. Voilà de quoi venir en aide encore à nos pauvres artistes nécessiteux.
Le Matin, 24 mai 1888
Extrait de la Vie mondaine : Messe de Jeanne d’Arc au Trocadéro.
Lien : Gallica
Avis aux dilettantes. Un des plus magnifiques concerts de la saison sera donné après-demain samedi [26 mai] au palais du Trocadéro.
Jetez simplement les yeux sur le programme :
- Symphonie légendaire de Benjamin Godard, avec la Prière, chantée par M. Taskin, et la Tentation (chœurs de femmes, orchestre et soli), chantée par Mlle Marguerite Gay et Taskin.
- Messe à la mémoire de Jeanne d’Arc, de Gounod.
- Gallia Lamentation, de Gounod (chœurs et orchestre), solo par la vicomtesse de Trédern.
Mais deux des principales attractions de cette fête musicale seront d’abord une première audition, une primeur impatiemment attendue et dont tout le monde parle :
- L’Hymne à Notre-Dame de France, de Gounod.
Cette œuvre magistrale sera exécutée sous la direction de Gounod lui-même, avec le concours de trois cents artistes ; ensuite une série de morceaux exécutés par l’harmonie des Jeunes infirmes.
Ce dernier numéro du programme est particulièrement intéressant, en ce sens que les jeunes infirmes, dont on pourra apprécier le talent, sont les bénéficiaires de l’entreprise charitable qui a réuni les éléments du concert. Nous voulons parler de l’asile des jeunes garçons pauvres, infirmes et incurables de la rue Lecourbe.
On trouve des billets chez les dames patronesses de l’œuvre : la marquise de Boisgelin, la comtesse Berg, la comtesse Raphaël Galien d’Anvers, Mme Cochin, Mme Desgenétais, Mlle Desinge, marquise de Gabriac, Mme Armand Heine, Mme Jay, Mme de Jouvence, marquise de Juigué, comtesse Olivier de la Rochefoucauld, etc. etc.
Le Progrès de la Somme, 9 mai 1888
Extrait de la rubrique Théâtres, concerts, bals. Festival Gounod à Amiens, extrait de la Messe.
Lien : Retronews
C’est décidément et d’une façon irrévocable le jeudi 17 mai, à huit heures du soir, qu’aura lieu dans le Cirque de la place Longueville, le Festival Gounod organisé par notre compatriote Auguez.
M. Charles Gounod arrivera mercredi soir à Amiens pour diriger la dernière répétition des morceaux qui devront être exécutés, le lendemain au Cirque, sous sa direction.
Voici du reste le programme de cette fête musicale. Sa lecture vaudra assurément mieux que tout ce que nous pourrions dire pour engager le public à assister à cette fête unique en son genre, jusqu’ici, à Amiens.
Festival Gounod, organisé par M. Numa Auguez, de l’Opéra, dans le cirque de la place Longueville, avec le concours de l’Orphéon, de l’Harmonie, de la Société symphonique, sous la direction de M. Charles Gounod, membre de l’institut, et de Mme Lucie Palicot, pianiste ; Mlle Cremer, des Concerts Colonne ; M. O. Desaint, violoniste ; MM. Franck et Boussagol, harpistes.
Programme : […] Vision de Jeanne d’Arc, solo de violon, par M. O. Desaint.
Le Figaro, 15 août 1888
Extrait du Bulletin bibliographique d’Argus. Publication du Dernier jour de Jeanne d’Arc, par Jules Barbier.
Lien : Gallica
Poésie. — Sous ce titre : Le dernier jour de Jeanne d’Arc, M. Jules Barbier vient de publier chez C. Lévy, une plaquette qui, en trois ou quatre pages, contient plus de beaux vers émus que bien des volumes de la poésie courante. Ce monologue de Jeanne d’Arc devait être dit au Trocadéro pour une fête commémorative qui a avorté, Jeanne d’Arc n’étant plus assez moderne
. Je le signale aux rares comédiennes qui savent dire et qui pourraient l’ajouter à leur répertoire.
Le Mémorial de la Loire, 22 décembre 1888
Extrait de la Chronique locale. Représentation de Messe de Jeanne d’Arc à Saint-Étienne.
Lien : Retronews
Églises pauvres. — M. le chanoine Condamin, professeur à la Faculté catholique des Lettres de Lyon, donnera dans l’église paroissiale de Saint-Étienne, demain dimanche 23 décembre, à la messe de dix heures, un sermon de charité en faveur de l’Œuvre des Églises pauvres.
La Chorale des Frères Maristes de Valbenoîte prêtera son concours à cette œuvre de charité ; elle chantera la Messe de Jeanne d’Arc (œuvre de Gounod).
Voici le programme :
- Kyrie de la Messe de Jeanne d’Arc (Gounod).
- Credo de la Messe Impériale (Haydn).
- Offertoire, prélude avec fanfare, sur l’entrée dans la Cathédrale de Reims : Chœur. — Les voix de Jeanne d’Arc (Gounod ).
- Sanctus de la Messe de Jeanne d’Arc (Gounod).
- Agnus de la Messe de Jeanne d’Arc (Gounod).
- Tantum Ergo (Palestrina).
- Laudate (Mendelssohn).
Le Figaro, 4 avril 1889
Extrait du Courrier des théâtres. Messe à la mémoire de Jeanne d’Arc de Gounod, à Bordeaux.
Lien : Gallica
De notre correspondant de Bordeaux :
Aujourd’hui, 3 avril, a été exécutée, à l’église Notre-Dame, la messe à la mémoire de Jeanne d’Arc, sous là direction de M. Charles Gounod. Il y avait trois cents exécutants. L’impression a été profonde sur le public d’élite qui composait l’assistance. M. Gounod, arrivé à Bordeaux samedi, a dirigé toutes les répétitions ; il restera ici jusqu’à dimanche soir. Samedi, aura lieu au Grand-Théâtre une représentation de gala : on jouera, en l’honneur du maître, le Tribut de Zamora. Demain, soirée musicale organisée au Cercle des Arts, dont M. Gounod est le président d’honneur.