Bibliographie : 1822-1830 : Restauration
1822-1830 Jusqu’à la chute de Charles X
Journal des débats (4 janvier 1822)
Le sous-préfet Le Brun obtient du frère du roi dont la généreuse bienfaisance est inépuisable
, 500 fr. pour les incendiés du hameau de Charnois.
(Lien : Retronews.)
M. le sous-préfet de l’arrondissement de Coulommiers, département de Seine-et-Marne, ayant mis sous les yeux de S. A. R. Monsieur, le triste tableau de la position où se trouvent réduits les habitants du hameau du Charnois, commune de Guérard, qui ont tout perdu par l’effet d’un incendie, S. A. R., dont la généreuse bienfaisance est inépuisable, s’est empressée d’accorder un secours de 500 fr. à ces infortunés.
Journal des débats (13 janvier 1822)
Le sous-préfet Le Brun obtient de la duchesse de Berry 150 fr. supplémentaires pour les incendiés du Charnois.
(Lien : Retronews.)
S. A. R. Mme la duchesse de Berry, à qui M. le sous-préfet de Coulommiers a fait connaître la triste situation des incendiés du hameau de Charnoi, commune de Guerrard, vient d’ajouter une somme de 150 fr. aux secours déjà accordés à ces infortunés par LL. AA. RR. Monsieur, Madame et Mgr le due d’Angoulême.
La Quotidienne (24 mars 1822)
Le sous-préfet Le Brun obtient du duc d’Orléans 200 fr. pour un octogénaire.
(Lien : Retronews.)
M. le sous-préfet de Coulommiers, ayant informé Mgr le duc d’Orléans de la détresse d’un vieillard octogénaire de cette ville, S. A. S. lui a fait remettre un secours de 200 fr.
Gazette de France (13 juin 1822)
Le sous-préfet Le Brun obtient du frère du roi 250 fr. pour une veuve.
(Lien : Retronews.)
Sur l’exposé fait à S. A. S. Mgr le duc de Bourbon, prince de Condé, par M. le sous-préfet de l’arrondissement de Coulommiers, Seine-et-Marne, de la triste situation de la veuve du sieur Ducreux, noyé avec son fils, le 28 avril 1821, en traversant un torrent grossi par l’orage, S. A. S. a daigné accorder un secours à cette malheureuse veuve.
Idem dans le Drapeau blanc du 15 juin (Le Brun y est cette fois nommé).
(Lien : Retronews.)
Sur l’exposé de M. Le Brun de Charmettes, sous-préfet de l’arrondissement de Coulommiers (Seine-et-Marne), S. A. R. Monsieur a daigné accorder un secours de 250 fr. à la veuve du sieur Ducreux, cultivateur de la commune de Bellot, qui périt le 28 avril 1821, avec son fils, âgé de onze ans, en traversant un torrent grossi par l’orage.
Bibliographie de la France (15 juin 1822)
Les libraires Lecointe et Durey acquièrent les Études françaises de Le Brun.
(Lien : Gallica.)
Mutations de fonds. — […] Lecointe et Durey, libraires, quai des Augustins, n° 49, viennent d’acquérir le restant de l’édition des Études françaises de littérature et de morale, par Le Brun de Charmettes. Deux vol. in-8°. Prix, 12 fr.
Journal des débats (16 novembre 1822)
Résultat des élections.
(Lien : Retronews.)
Seine-et-Marne. — Arrondissement de Coulommiers : M. Huerne de Pommeuse, président du collège, a obtenu 182 suffrages, et M. le marquis de Lafayette 124. Collège de Meaux : M. de Lafayette a obtenu 169 voix, M. Ménager 136. (Voyez le numéro d’hier, Députation complète).
[Édition du 15 novembre :]
Département de Seine-et-Marne. — Collège de Melun : Le bureau provisoire a été maintenu, à l’exception d’un scrutateur qui a été remplacé pur M. le duc de Praslin. M. Rolland-d’Herceville, président du collège et député sortant, a été réélu a une majorité de 190 voix contre 162 données à M. Baillot candidat de l’opposition. Collège de Meaux : Un seul scrutateur a été maintenu. Collège de Coulommiers : Le bureau provisoire a été maintenu.
Journal général de la littérature de France (année 1822)
Recension des Études françaises de littérature et de morale.
(Lien : Gallica.)
Études françaises de littérature et de morale, par Le Brun de Charmettes. (Voyez pour le développement du titre, l’adresse et le prix, le onzième cahier de ce Journal, 1821 [lire]).
Pour justifier la publication de ce volumineux recueil, M. de Charmettes observe que Quintilien, Rollin, Dumarsais, d’Olivet, Bossuet et Fléchier s’accordent à penser qu’on doit mettre dans les mains des jeunes gens non les ouvrages entiers des meilleurs auteurs, mais des extraits choisis de ces mêmes auteurs : c’est ce qu’on fait, dit-il, en Angleterre, les auteurs du recueil intitulé : Elegant extracts, etc. Et plus tard en France MM. Noël et Delaplace, dans l’ouvrage connu sous le titre de Leçons françaises de littérature et de morale.
Le Muséum littéraire, c’est la dénomination que dans le faux titre on a donné à nos Études françaises, est un recueil du même genre, composé avec le même soin et destiné au même usage.
Quelques parties telles que les descriptions d’animaux, les portraits historiques et littéraires ne pouvaient, à un petit nombre près, être composées que d’articles déjà recueillis par d’autres et souvent arrangés dans le même ordre : 1° parce que le choix en avait été fait avec beaucoup de goût ; 2° parce qu’il n’y a qu’une manière de ranger ces sortes de morceaux. En revanche, et par forme de compensation, l’auteur pense que plusieurs divisions, telles que les morceaux lyriques, les monologues, les caractères poétiques, les récits dramatiques, les apologues, etc. qui occupent une assez grande place dans le muséum littéraire ne renferment pas des morceaux qui aient figuré dans les leçons morales.
Études et leçons de littérature (1822)
L’éditeur belge des Leçons françaises de Littérature et de Morale de François Noël et Pierre-Antoine de La Place, a décidé d’y combiner les Études françaises de Le Brun en un nouvel ouvrage.
Titre : Études et leçons françaises de littérature et de morale, ou Recueil, en prose et en vers, des plus beaux morceaux de notre langue dans la Littérature des 17e, 18e et 19e siècles ; ouvrage classique à l’usage de tous les Établissements d’instruction, de l’un et de l’autre sexe ; par MM. Noël et de La Place, augmenté du Muséum Littéraire de M. Le Brun de Charmettes, d’un supplément de pièces composées en Belgique par des auteurs nationaux, et de nombre de morceaux qui n’ont paru dans aucun recueil. t. I. Gand, à la librairie d’éducation de Busscher et fils. 1822.
Dans le tome III, figurent plusieurs pièces de Le Brun, extraites de l’Orléanide dont une, le Bonheur des Élus, que l’on retrouvera dans plusieurs recueils d’éducation religieuse durant tout le XIXe siècle.
Nous reproduisons ci-dessous l’avis des éditeurs et les premiers vers des pièces de Le Brun avec leur emplacement dans l’Orléanide.
Avis des Éditeurs.
Les Leçons françaises de Littérature et de Morale, par MM. Noël et De la Place, jouissent d’une réputation qui nous aurait engagés à en donner une édition nouvelle, et nous nous serions bornés à une réimpression pure et simple ; mais un ouvrage d’un genre analogue, ayant paru depuis peu, sous le titre de Muséum Littéraire, ou Études françaises de Littérature et de Morale, par M. Le Brun de Charmettes, nous avons pensé qu’il pourrait être utile de refondre ces deux recueils en un seul qui, par le nombre et la variété des morceaux, l’emporterait alors nécessairement sur chacun des deux autres.
Cette idée, communiquée à quelques gens de lettres, a semblé leur sourire, et nous n’avons eu, pour exécuter notre plan, qu’à retrancher de notre édition, les pièces empruntées par M. Le Brun de Charmettes à MM. Noël et De la Place ; nous aurions désiré en retrancher davantage ; et si nous n’avions voulu que notre recueil contînt en effet les deux autres dans leur entier, plus scrupuleux que M. Le Brun de Charmettes, quelques morceaux de son Muséum, les siens par exemple, n’y auraient pas été conservés ; mais nous nous sommes chargés de reproduire et non de refaire les recueils dont le nôtre se compose : cependant nous nous sommes permis quelques corrections, et nous avons hasardé un supplément. Les corrections roulent sur un certain nombre de fautes contre la prosodie et la langue, qui ont échappé aux Éditeurs de Paris.
Le Supplément consiste dans un choix de pièces composées en Belgique par des Auteurs nationaux ou naturalisés. Ce Supplément, qui mettra en quelque sorte le cachet du pays à notre entreprise, ne nuira pas, nous l’espérons, à son succès, et nous avons au contraire quelque lieu de penser qu’il y contribuera. On paraît trop persuadé, qu’on ne peut écrire bien en vers français, que dans la capitale de la France ; plusieurs ouvrages composés en province ont cependant déjà montré le contraire, et nous osons nous flatter que la Belgique en aura donné une nouvelle preuve : elle aurait été plus complète, si nous n’avions cru devoir nous borner aux morceaux dont nous connaissions assez les auteurs, pour compter sur leur agrément.
Nous avons cru devoir conserver quelques pièces supprimées par MM. Noël et De la Place, dans leur édition de 1821, et qui se trouvaient dans celle de 1810 ; nous avons encore ajouté à notre Recueil, outre une partie du supplément de l’édition de Bruxelles, un certain nombre de morceaux qui nous ont paru devoir y figurer.
Enfin nous y avons joint une Table alphabétique des matières par noms d’Auteurs ; au moyen de cette Table on pourra d’un seul coup d’œil voir les différents morceaux qui appartiennent à chaque Auteur, et la source où nous les avons puisés.
Il sera facile de se convaincre par le Tableau suivant combien le présent Ouvrage doit nécessairement, par le nombre de pièces qu’il renferme, l’emporter sur les Recueils de MM. Noël et De la Place, Le Brun de Charmettes et sur celui de Bruxelles.
Différentes éditions. — Nombre de Morceaux qu’elles contiennent :
- Présente édition : 1252 ;
- MM. Noël et de La Place : 882 ;
- M. Le Brun de Charmettes : 945 ;
- De Bruxelles : 926.
[Extraits du chapitre Morceaux lyriques
:]
L’armée française s’avance à travers la Touraine, en chantant le Veni Creator.
Le signal est donné : tout s’ébranle, tout part ;
[…]
Vous enverrez, ô Dieu ! votre esprit salutaire,
Et renouvellerez la face de la terre.(L’Orléanide, chant XXV.)
Chant des Anges et des Saints.
Père, Fils, Esprit saint, Dieu ! quelle est ta grandeur !
Tu frappes l’Océan, l’Océan qui s’arrête
Rend gloire à l’Éternel. Tu dis à la tempête,
Va briser le superbe ! Elle vole, il n’est plus.
Tu parles aux torrents, leurs flots sont suspendus.
Ta main touché les monts, et leur cime allumée
Coule en ruisseaux de flamme et se perd en fumée.
Les forêts en tremblant rendent hommage à Dieu.
Le tonnerre, porté sur ses ailes de feu,
D’une voix formidable, à la terre éperdue
Annonce ta colère à grands flots répandue.
Des millions épars de soleils radieux
Forment devant ton trône un chœur mélodieux.
(L’Orléanide, chant XIX.)
Hymne au Soleil.
Roi du jour, ô Soleil ! qui décrira jamais
[…]
De l’électricité le mystère et la source.
(L’Orléanide, chant V.)
[Nota. — D’autres morceaux lyriques sont consacrés à Jeanne d’Arc, par Casimir Delavigne ou D’Avrigny.]
[Extraits du chapitre Narrations
:]
Combat de Talbot et de La Hire.
Déjà le clairon sonne, et la foule attirée
[…]
Au loin, de toutes parts, s’élève un cri de mort…
(L’Orléanide, chant XII.)
[Extraits du chapitre Tableaux
:]
Le Bonheur des Élus.
Aux accords ravissants du luth et du cinnor
Autrefois élevés dans un ordre sublime,
[…]
Il porte la beauté, l’ordre au sein du chaos.
(L’Orléanide, chant V.)
The Gentleman’s Magazine (1822)
Sur les auteurs de Neville Castle (1802), dont la traduction française l’année suivante est attribuée à Le Brun.
(Lien : Google Books.)
Deaths. […] July 1. At Southampton, aged 72, Mrs. Sarah Purbeck, having survived her three maiden sisters, Elizabeth, Margaret, and Jane, who lived happily and much respected, together, at this their native town, and for some years at Bath. Elizabeth and Jane wrote several Novels, under the titles of The Benevolent Quixote ;
The Political Quixote ;
Raynsford Park ;
Neville Castle ;
Matilda and Elizabeth ;
Honoria Somerville ;
(printed without their names ;) which were much read and approved of, being well calculated to inculcate virtuous principles, and to expose vice. Though not in very affluent circumstances, yet they were placed above the reach of want, and contrived to spare to their poor neighbour. They wrote not for the sake of lucre, their object being to amuse and edify ; for they were all truly excellent women. With them it is supposed expired the family name of Purbeck.
Gazette de France (2 février 1823)
Le Brun nommé membre de la Légion d’honneur.
(Lien : Retronews.)
Par ordonnance du 18 décembre dernier, le Roi a nommé membre de la Légion d’honneur M. Le Brun de Charmettes, sous-préfet de l’arrondissement de Coulommiers, auteur de l’Histoire de Jeanne d’Arc, et du poème de l’Orléanide. Cette honorable distinction est une récompense méritée des services rendus par M. Le Brun de Charmettes, et du zèle pour la bonne cause dont il a donné des preuves dans les circonstances les plus difficiles.
La même annonce légèrement édulcorée dans les Débats du lendemain.
(Lien : Retronews.)
Par ordonnance du 18 décembre dernier, le Roi a nommé membre de la Légion d’honneur M. Lebrun des Charmettes sous préfet de l’arrondissement de Coulommiers, auteur de l’Histoire de Jeanne d’Arc et du poème de l’Orléanide.
Le Mois littéraire et historique (mai 1823)
Long et positif compte-rendu (non signé) de la nouvelle édition de l’Orléanide.
Le critique s’afflige du discrédit de la poésie en France
qu’il attribue aux nouvelles idées philosophiques.
L’Orléanide de M. Lebrun de Charmettes aurait produit autrefois une vive sensation.
L’œuvre est longue, certes, il faudrait l’abréger ; mais
… si des amputations sont nécessaires pour la marche de l’action, on hésite à dire sur quels passages doivent s’exercer les ciseaux, tant le poème abonde de beaux vers, même dans ses parties secondaires.
Conclusion :
Nous terminerons par cette réflexion : il faut renoncer à faire des vers si l’Orléanide ne trouve pas de lecteurs et ne jouit pas d’un succès mérité.
(Lien : Gallica.)
L’Orléanide, poème national en 28 chants, par M. Lebrun de Charmettes. Nouvelle édition (Deux forts vol. in-8°, 12 fr. et 15 fr. francs de port, au bureau du Mois littéraire).
Si le Parnasse français n’a pas encore une épopée qu’il puisse opposer à la gloire des autres nations littéraires, il ne faut pas en accuser les efforts de nos poètes. Les âpres sommets où fleurissent les palmes épiques sont sans cesse assiégés par de jeunes téméraires, dont la chute même n’est pas toujours sans honneur, et qui semblent avoir pris ces vers pour devise.
Il est beau qu’un mortel jusques aux cieux s’élève,
Il est beau même d’en tomber.
Un an s’est à peine écoulé, et déjà la Caroléide, la Massiliade, la Jeanne d’Arc de M. Dumesnil, ont rejoint dans l’ombre de l’oubli la bataille d’Asting, le Charles Martel, et tant d’autres essais infructueux. Ces tristes exemples n’ont point découragé M. Lebrun de Charmettes, qui, après avoir publié, en 1817, une excellente Histoire de Jeanne d’Arc, laisse la plume des prosateurs, pour emboucher la trompette héroïque, et célébrer le siège de la cité fidèle, dernier rempart de la France, ce théâtre des exploits de la vierge immortelle dont la chaste main releva la gloire des lis.
Il faut féliciter l’auteur de ne s’être point senti rebuter par le préjugé anti-national qui semble interdire l’épopée aux muses françaises. D’où viendrait, en effet, cette juste exception ? Notre poésie, susceptible de tous les tons, énergique et sublime avec Corneille, mélodieuse et tendre avec Racine, sombre et terrible avec Crébillon, naïve avec Lafontaine, et brillante avec Voltaire ; notre poésie qui, dans Boileau, est l’interprète de la raison et du goût, comme elle est, dans Quinaut, le voluptueux idiome des amours ; notre poésie peut aspirer assurément à tous les genres, et il n’est point de laurier sur les cimes de l’Hélicon qui ne doive s’enlacer à sa couronne.
On ajoute que les Français n’ont pas la tête épique ; nous croyons, au contraire, que dans leur imagination ardente fomentent avec force les plus beaux éléments de l’épopée. Le peuple qui, dès sa sauvage enfance, se laissait aller aux aventures belliqueuses, et dispensait les couronnes d’Europe et d’Asie, qui, plus tard, se dévouant au double culte de la gloire et de la beauté, créa cette chevalerie que desservaient les paladins et les troubadours, le peuple qui jusqu’au dix-huitième siècle conserva religieusement le dépôt des traditions merveilleuses des fables nationales, des croyances héréditaires, répandues comme une vapeur poétique sur mille et mille objets dont ces superstitions historiques émoussaient l’aspect trop physique et trop positif ; le peuple qui tout récemment encore alla planter ses pavillons aux portes de l’aurore et dans les neiges du septentrion ; ce peuple, disons-nous, a la tête et le cœur éminemment épiques.
À quoi donc imputerons-nous l’indifférence avec laquelle on accueille depuis plusieurs années les productions de nos poètes ? Sera-ce à la faiblesse de ces productions elles-mêmes ? Mais la plupart, malgré de nombreux défauts, offraient plus de mérite qu’il n’en eût fallu il y a trente ans pour occuper toutes les voies de la Renommée et tous les salons de la capitale. L’Orléanide de M. Lebrun de Charmettes aurait produit autrefois une vive sensation, et les imperfections qu’on peut reprocher à cet ouvrage n’eussent point rendu les amis des vers, insensibles aux beautés dont il étincelle.
Il faut donc le dire franchement, le discrédit de la poésie en France doit être attribué à la révolution que les études philosophiques et politiques ont opérée sur nos esprits. Elles ont substitué à l’amour des illusions, aux sentiments religieux, à la crédulité du cœur, des sophismes métaphysiques, des calculs désenchanteurs, un scepticisme aride, et le goût d’une polémique dont la prose peut seule alimenter les discussions. Les raisonnements ont tué d’un seul coup la raison et la poésie. Mensonges pour mensonges, ceux des fictions épiques valaient mieux que ceux des paradoxes encyclopédiques. Quoi qu’il en soit, les vers, qui excitent encore un reste d’enthousiasme au théâtre, parce que là plus d’un prestige accessoire en provoque l’explosion, et que d’ailleurs il y a dans la masse d’un nombreux auditoire une communauté de sentiments faciles à émouvoir ; les vers ne sont hors la scène qu’une espèce de langue morte, dont les initiés diminuent chaque jour davantage.
M. Lebrun de Charmettes a trop bravé l’apathie de son siècle, en publiant deux gros volumes in-8°, tellement remplis de vers alexandrins, qu’il n’y a pas place pour une petite note ou pour un argument. Vingt-quatre mille vers se suivent, sans le moindre intervalle, et sans que les regards soient distraits par une seule ligne de prose ! Si le sujet eût impérieusement exigé cette grande abondance de vers, l’auteur n’aurait pas dû sans doute en sacrifier un seul à la dédaigneuse paresse du lecteur ; mais c’est vouloir gratuitement encourir une disgrâce littéraire, et être jugé sans être lu, que de donner à un poème une extension démesurée. Plus sobre de digression, de développements, d’épisodes, de récits accidentels, M. Lebrun de Charmettes aurait pu réduire son poème de moitié, et débarrasser de quelques milliers de vers parasites les parties principales de son action.
Nous insistons sur la nécessité d’abréger l’Orléanide, parce qu’il serait fâcheux pour l’auteur, et même pour les lettres, que cette prolixité n’épouvantât les lecteurs, et fît rejeter sans examen une conception recommandable sous beaucoup de rapports, et qui révèle un talent très-distingué.
Ceux qui ont fait une étude approfondie de notre histoire dans nos vieux annalistes, ceux qui ont apprécié les trésors que livrent à nos romanciers et à nos poètes, les usages et la vie privée de nos ancêtres, les pratiques chevaleresques et féodales, les pèlerinages et le merveilleux populaire, seront surpris et charmés de voir avec quel instinct national l’auteur sait s’approprier ces traits distinctifs de notre moyen âge. On voit que M. Lebrun de Charmettes s’est nourri des chroniques ingénues et de ces relations pleines de candeur, qui reproduisent les dits et gestes des 13e et 14e siècles. La scrupuleuse exactitude de l’auteur dans la peinture des anciennes coutumes est telle, qu’il a cru devoir mettre dans la bouche d’un héraut d’armes, qu’envoyait à Dunois le comte Salisbury, l’énumération des titres et des qualités de ce seigneur anglais, protocole assurément fort peu poétique, mais obligé dans le message d’un héraut d’armes ; voici comment s’exprime cet officier héraldique :
Aux ennemis du Roi, trouble, défaite et honte !
Mon redouté seigneur, Thomas Montague, comte
De Parthe, de Wilshire et de Salisbury ;
Haut baron d’Albion, seigneur d’Almesbury,
Ringvood, Frome, Audover, très-valeureux, très-digne,
Très-noble chevalier du royal ordre insigne,
Dont un ruban d’azur, monument adoré,
À la jambe du brave est l’emblème honoré.
Ce tour de force n’est pas heureux ; mais partout ailleurs le respect du poète pour les pratiques des temps qu’il décrit donne à ses vers une teinte monarchique et religieuse, et des couleurs locales dont tous les tableaux qu’il trace tirent un charme particulier.
Le titre du poème donne l’idée de son plan. C’est le siège d’Orléans, qui, après des efforts sublimes, mais désespérés, allait voir l’Anglais maître de ses murs, lorsqu’il fut secouru et sauvé par Jeanne d’Arc. On conçoit que, pour faire de ce sujet la matière de vingt-quatre-mille vers, l’auteur, comme nous l’avons dit, a recours aux accessoires, qu’il a fait entrer, par voie de digression, tous les siècles passés de notre histoire, et qu’à l’aide du merveilleux, il y appelle tous les siècles à venir. L’enfer, dont il fait une peinture pompeusement horrible, a pour lui seul, dans ce poème, plus de six-cents vers. C’est un enfer éternel. Il était juste que la description du paradis eût pour le moins autant d’étendue. Au surplus, il y aurait une sorte d’ingratitude à critiquer ces longueurs ; car si des amputations sont nécessaires pour la marche de l’action, on hésite à dire sur quels passages doivent s’exercer les ciseaux, tant le poème abonde de beaux vers, même dans ses parties secondaires.
Ce n’est que dans le septième chant que le poète fait apparaître pour la première fois son héroïne. Après des assauts et des combats sans nombre, il quitte les remparts sanglants d’Aurélie, et va s’asseoir aux bords des fontaines où la divine bergère fait paître ses moutons.
Non loin de ces beaux lieux, où, du milieu des fleurs,
Le dernier mur français, l’antique Vaucouleurs,
S’élève avec ses tours sur sa colline heureuse,
L’agreste Domrémy, près des bords de la Meuse,
Rassemble sous ses toits de chaume et de roseaux
Quelques pêcheurs nourris du tribut de ses eaux ;
Des pasteurs de brebis, des chevriers agiles,
Des vanniers assidus à leurs travaux fragiles,
De pauvres laboureurs dont le bras vigoureux
Conduit gaîment le soc pour d’autres que pour eux.
Mortels hospitaliers, cœurs simples, âmes pures
Dont l’horizon voisin borne les aventures ;
Dont jamais sous le chaume, à l’ombre des forêts,
L’avide ambition ne vint troubler la paix ;
Craignant Dieu, chérissant leur pays et leur prince,
Au fond de sa plus faible et lointaine province.
C’est là que Jeanne d’Arc vit le jour, c’est là qu’en secret son âme exhale une mystérieuse ardeur. Un feu guerrier s’allume dans ses regards à l’aspect des coursiers ; souvent, armée d’un rameau, elle frappe le tronc du chêne, et se plaît à lutter contre les vents.
Bientôt du noble instinct qui l’entraîne à ces jeux,
Elle-même s’étonne, et, condamnant ses vœux,
Reprend, les yeux baissés, le chemin des prairies,
Ramène son troupeau vers les rives fleuries
Qu’en murmurant la Meuse arrose de ses eaux ;
Soupire, et sous ses doigts fait rouler ses fuseaux.
À peine la main de Dieu a-t-elle conduit Jeanne d’Arc dans Orléans, que l’ange de la terreur se présente aux Anglais.
Tel qu’un fantôme immense, un spectre impérieux,
Ses pieds foulent la rive et son front touche aux deux,
De ses yeux foudroyants la flamme intarissable
Couvre d’affreux éclairs tout ce peuple coupable ;
Et, jusque dans leurs forts, d’effrayantes clarté
Poursuit de ces héros les yeux épouvantés ;
Traçant avec sa lance une ligne enflammée
Entre les forts du Sud, ô France, et ton armée,
D’une voix formidable il défend aux Anglais
De franchir ce sillon, d’en approcher jamais.
Tout frémit […]
Les bornes de cette feuille ne nous permettent pas de pousser plus loin l’examen de cette épopée, qui, nous ne craignons point de le dire, contient plus de véritable poésie que la plupart des compositions dont on fait tant de bruit, et notamment que la traduction de la Jérusalem, par M. Baour. Nous terminerons par cette réflexion : il faut renoncer à faire des vers si l’Orléanide ne trouve pas de lecteurs et ne jouit pas d’un succès mérité.
Moniteur universel (30 juin 1823)
Recension de la Byzanciade par Amar, un poème épique de Roux de Rochelle, qui est associé à d’autres œuvres récentes du genre :
- L’Orléanide (1819), par Le Brun de Charmettes ;
- Le Dernier des Césars (1821), par le comte de Vaublanc ;
- David (1820), par le comte de de Coëtlogon.
(Lien : Retronews.)
[Après avoir constaté — et expliqué — la récente floraison d’épopées en vers, l’article signale les défis que ce genre représente pour un auteur.]
Moins heureuse que sa sœur Melpomène, la muse de l’épopée compte jusqu’à présent moins de triomphes : mais il est juste aussi de convenir que ses succès sont beaucoup plus difficiles à obtenir. Elle ne s’adresse qu’à un petit nombre d’esprits cultivés : elle leur impose une tâche pénible pour l’impatience française : une longue suite de vers, dans une langue esclave de ses règles, timide jusque dans ses écarts, et bientôt monotone dans sa correction. […] L’importance du sujet est donc un grand point, mais ce n’est pas le seul qui puisse assurer le succès de l’épopée héroïque ! il dépend d’une foule d’autres conditions, dont les plus rigoureuses sont précisément les plus difficiles à remplir pour les modernes, et pour les Français en particulier, si rigides observateurs des convenances littéraires. Certes, l’empire Latin élevé par un Français sur les ruines de l’empire Grec (la Byzanciade) ; le dernier des Césars, tombant noblement, et digne encore de son nom, avec le trône de Constantin (Vaublanc, Le Dernier des Césars, 1819) : la France, sauvée par l’héroïsme d’une jeune bergère qui replace son Roi sur le trône qui lui échappait (Le Brun de Charmettes, l’Orléanide, 1819), voilà des sujets bien dignes de l’épopée, non pas seulement par leur intérêt du moment, mais par leur influence ultérieure : mais l’histoire laisse ici trop peu de prise à la poésie.
[La longue analyse littéraire se conclut par une critique générale à l’adresse de cette nouvelle génération d’auteurs : débuts encourageants
.]
Quant au poème, considéré dans son ensemble, et jugé comme composition épique, il faut le dire, ce n’est point encore celui-là qui remplira l’affligeante lacune de notre littérature à cet égard. Serait-il donc vrai que notre belle et heureuse terre, si classique, si féconde dans tous les autres genres, dût se refuser éternellement à la plus noble des productions littéraires ? Que d’efforts, en effet, ont été plus ou moins heureusement tentés depuis un certain nombre d’années, et par des hommes d’un talent assurément très distingué ! Ne désespérons donc de rien ; et en attendant l’apparition de cet heureux Phénix, qui n’est peut-être pas plus introuvable en France qu’ailleurs, accueillons avec empressement, encourageons avec reconnaissance, les auteurs du Dernier des Césars, de l’Orléanide, du David, et de la Byzanciade.
Amar.
Biographie nouvelle des contemporains (1823)
Courte notice biographique extraite d’un Who’s Who de l’époque.
Biographie nouvelle des contemporains, ou Dictionnaire historique et raisonné de tous les hommes qui, depuis la Révolution française, ont acquis de la célébrité par leurs actions, leurs écrits, leurs erreurs ou leurs crimes, soit en France, soit dans les pays étrangers, par Antoine-Vincent Arnault, Antoine Jay, Étienne de Jouy, Jacques de Norvins, etc.
(Lien : Google Books.)
Lebrun des Charmettes, d’abord secrétaire du comte Regnault-de-Saint-Jean-d’Angély et depuis, sous-préfet de Saint-Calais (Sarthe), est né à Bordeaux, en 1783 [1785]. Il a traduit plusieurs ouvrages anglais, entre autres le livre piquant de lady Morgan sur la France [erreur d’attribution]. M. Lebrun des Charmettes a donné, en 1817, en 4 vol. in-8° avec figures, l’Histoire de Jeanne d’Arc. Cet ouvrage est le plus complet qui ait été publié sur ce personnage mystérieux, qui doit beaucoup aux historiens et encore plus aux romanciers. M. Lebrun des Charmettes a concouru quelque temps à la rédaction de la feuille littéraire, l’Abeille.
Journal général de la littérature de France (année 1823)
Recension de la nouvelle édition de l’Orléanide.
(Lien : Gallica.)
L’Orléanide, poème national en 28 chants. Par Le Brun de Charmettes. Nouv. édit. 2 vol. in-8. 12 fr. 15 fr.
Le sujet de ce poème, composé de 24.000 vers, est le siège d’Orléans, qui, après des efforts sublimes, mais désespérés, allait voir l’Anglais maître de ses murs, lorsqu’il fut secouru et sauvé par Jeanne d’Arc. L’auteur a publié en 1817 une Histoire de Jeanne d’Arc, ouvrage fort estimé.
The French Librarian (1823)
Notice en anglais sur l’Histoire de Jeanne d’Arc (p. 136), et l’Ode à la grande armée (p. 275).
(Lien : Google Books.)
Histoire de Jeanne d’Arc […], Paris, 1817, 4 vols. 8vo.
This work contains the most complete account (says Peignot) which exists relative to this singular and extraordinary portion of the History of France.
Ode à la Grande Armée, Paris, 8vo.
Le Brun’s Ode à la Grande Armée, is written throughout with a vigorous hand. This Ode was put into the hands of the Emperor, almost immediately after its publication, while he stood on the battle-field of Friedland, and saw his vanquished enemies flying before him. How far poetry might have been a seasonable relief after such a scene, or what may be the justice of Napoleon’s criticism, it is not our purpose to enquire ; but we believe that he glanced over the verses, exclaiming Le Brun has here surpassed himself.
for he attributed the Ode to the celebrated poet of that name ; and we know that he ordered on the spot, a pension of 6000 francs a year to the supposed author. A few days afterwards the mistake was discovered. The old Poet had not his annuity confirmed on the occasion, (although he subsequently got one to the same amount) and the youthful student was placed on the pension list for 1200 francs, a sum more suitable to his station, though not equivalent to his merit, if the Imperial valuation was correct. — (New Monthly Magazine, vol. 13, p. 401.)
[Note. — L’Ode à la Grande Armée est en réalité de Pierre-Antoine Lebrun. Voir : Œuvres de Pierre Lebrun, t. I, Poésie (Google Books). Le passage ci-dessus est extrait d’une notice biographique de Pierre-Antoine Lebrun (Voir Paris monthly review, 1825, Google Books).]
Moniteur universel (21 février 1824)
Le sous-préfet Le Brun obtient du duc d’Angoulême 400 fr. pour les victimes d’un incendie.
(Lien : Retronews.)
S. A. R. Mgr le duc d’Angoulême a daigné en voyer à M. Lebrun de Charmettes, sous-préfet de l’arrondissement de Coulommiers, département de Seine-et-Marne, une somme de 400 fr. destinée à secourir les habitants d’une maison de cette ville incendiée dans la nuit du 7 au 8 janvier dernier.
Ce secours est indépendant d’une somme de 600 fr. envoyée par S. A. R. Monsieur au même magistrat, savoir : 300 fr. dans les derniers jours de décembre dernier, pour être distribués aux indigents, et 300 fr. dans les derniers jours de janvier, pour les incendiés dont il s’agit.
Moniteur universel (12 août 1824)
Le sous-préfet Le Brun obtient du frère du roi et autres 1000 fr. pour les victimes d’un loup enragé.
(Lien : Retronews.)
Le 19 juin dernier, un loup enragé, sorti des bois dits de Metz, situés sur les communes de Touquin et de Mauperthuis, arrondissement de Coulommiers, parcourut les communes de Touquin, de Mauperthuis, la Boissière Amilly, Saints et Vaudoy, et y mordit onze personnes et un grand nombre d’animaux.
Cinq personnes et beaucoup de bestiaux sont morts des suites des morsures qu’ils avaient reçues.
Sur l’exposé fait par M. Le Brun de Charmettes [écrit : Lebrun de Charmettes], sous-préfet de cet arrondissement, à LL. AA. RR., des malheurs survenus à la suite de ces événements, S. A. R. Monsieur, frère du Roi, vient de lui envoyer une somme de 400 fr. destinée à en soulager les victimes.
Ci, 400 fr. ; S. A. R. Madame, duchesse d’Angoulême 300 fr. ; S. A. R. Mgr le duc d’Angoulême 300 fr. : 1.000 fr.
Article publié à nouveau le 4 septembre et repris dans d’autres journaux.
(Retronews : Moniteur, Journal de Paris.)
Lettre aux libraires Treuttel et Würtz (28 novembre 1825)
Lettre de Le Brun aux libraires Treuttel et Würtz les informant que le manuscrit des premiers volumes de son Muséum littéraire du Moyen âge peuvent être récupérés chez l’avocat d’Ussieux (probablement son beau-frère), et suggérant une édition de luxe, avec lithographies ou gravures dont il superviserait la réalisation.
À MM. Treuttel et Würtz, libraires à Paris.
Coulommiers, ce 28 novembre 1825.
Monsieur,
J’ai l’honneur de vous prévenir que je viens de déposer chez M. d’Ussieux, avocat, rue Jean-Jacques Rousseau, n°5, à Paris, le manuscrit des deux premiers volumes d’un ouvrage intitulé : Muséum littéraire du Moyen Âge, ou Poèmes curieux de tout genre, traduits en prose de la plupart des anciens idiomes de la Chrétienté ; recueillis pour servir à l’histoire des croyances, des mœurs, des sciences, des arts, des usages et du costume ; précédés de notions historiques et accompagnés de notes explicatives et de remarques littéraires.
Par Le Brun de Charmettes, avec cet épigraphe :
La rime n’est pas riche, et le style en est vieux :
Mais ne voyez-vous pas que cela vaut bien mieux
Que ces colifichets dont le bon sens murmure,
Et que la passion parle là toute pure ?
Molière, le Misanthrope, act. I, sc. II.
L’ouvrage formera trois volume in-8° de plus de 400 pages chacun, et pourrait aisément en former quatre. Il ne manque au 3e volume qu’un petit nombre de notes que j’achève de composer et il sera envoyé sous quinze jours à Paris.
Les tables mises à la fin des deux premiers volumes, et la table provisoire du 3e, que je joins au même envoi, vous donneront une idée générale de l’ensemble du recueil, dont vous pourrez, au reste, prendre également une connaissance détaillée, si vous voulez bien vous rendre chez M. d’Ussieux, chargé de vous en communiquer le manuscrit et de convenir des arrangements relatifs à sa publication.
M. d’Ussieux sera à cet effet chez lui le huit décembre, depuis neuf heures jusqu’à deux.
Cet ouvrage fait pour intéresser également les gens du monde, les savants, les gens de lettres et les artistes, pourrait aisément devenir un livre de luxe, si l’on y joignait des lithographies, ou des gravures à la manière Anglaise, dont le sujet, tiré des scènes les plus piquantes de l’ouvrage, présenteraient l’image de l’architecture, des meubles et des costumes du Moyen Âge. Ayant longtemps cultivé les arts du dessin, je me chargerai volontiers de surveiller cette partie du travail, et j’indiquerai aux dessinateurs les miniatures des manuscrits de la Bibliothèque du Roi qu’ils pourraient avantageusement consulter.
Recevez, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.
Le Brun de Charmettes
S. Préfet de Coulommiers, auteur de l’Histoire de Jeanne d’Arc.
Lettre au libraire Deterville (15 décembre 1825)
Lettre quasiment identique à la précédente (l’épigraphe de Molière et la suggestion d’illustrations en moins), adressée cette fois au libraire Jean-François Deterville.
À Monsieur Deterville, libraire rue Hautefeuille. À Paris.
Coulommiers, ce 15 décembre 1825.
Monsieur,
J’ai l’honneur de vous donner avis que j’ai déposé chez M. d’Ussieux, avocat, rue J. J. Rousseau, n°5, à Paris, le manuscrit des deux premiers volumes d’un ouvrage intitulé : Muséum littéraire du Moyen Âge, ou poèmes curieux de tous genres, traduits en prose de la plupart des anciens idiomes de la Chrétienté ; recueillis pour servir à l’histoire des croyances, des mœurs, des sciences, des arts, des usages et des costumes ; précédés de notices et suivis de notes explicatives et de remarques littéraires, par Le Brun de Charmettes.
L’ouvrage formera trois vol. in-8°, de plus de 400 pages chacun, et pourrait aisément en former quatre. Il ne manque plus au 3e volume qu’un petit nombre de notes, que j’achève de composer, et il sera envoyé sous quinze jours à Paris.
Les tables mises à la fin des deux premiers volumes, et la table provisoire du 3e, que je joins au même envoi, vous donneront une idée générale de ce recueil, et vous pourriez prendre une connaissance détaillée de l’ouvrage, si vous voulez bien vous rendre à cet effet chez M. d’Ussieux, chargé de vous en communiquer le manuscrit et de convenir des arrangements relatifs à sa publication.
M. d’Ussieux sera à cet effet chez lui le mardi vingt décembre, depuis 10 heures du matin jusqu’à deux.
Recevez, monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.
Le Brun de Charmettes
S. Préfet de Coulommiers, auteur de l’Histoire de Jeanne d’Arc.
Lettre à Nicolas Boquillon (9 septembre 1826)
Lettre de Le Brun (41 ans) à Nicolas Boquillon (31 ans), rédacteur à l’Abeille de la Moselle (affiches, annonces et avis divers du département et de la ville de Metz
paraissant les mardis et vendredis).
On y apprend que Le Brun avait épuisé tous ses exemplaires de l’Histoire de Jeanne d’Arc.
Coulommiers, ce 9 septembre 1826.
Monsieur,
J’ai l’honneur de vous adresser ci-joint les renseignements que vous m’avez fait l’honneur de me demander. Je vous garantis leur fidélité et leur exactitude : vous pourrez y puiser avec assurance les éléments de l’artiste dont vous vous occupez. Il s’y trouve beaucoup de choses qui, probablement, vous paraîtront sans intérêt ; c’est à vous, monsieur, de choisir ce qui vous paraîtra propre au dessein que vous vous proposez.
J’envoie à M. Jules Pasquier, directeur général de la Caisse d’amortissement, un paquet pour vous qui renferme quelques unes des odes que j’ai publiées : je prie M. Pasquier d’y joindre un des exemplaires de l’Orléanide que j’ai laissés entre ses mains, et de vous adresser le tout le plus tôt possible. Je regrette bien qu’il ne me reste aucun exemplaire de mes autres ouvrages, notamment de l’Histoire de Jeanne d’Arc : je me serais empressé d’en joindre un à cet envoi.
Agréer l’assurance de la considération distinguée avec laquelle j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur,
Le Brun de Charmettes.
P. S. Je fais transcrire à la suite des renseignements que je vous envoie, un jugement beaucoup trop flatteur sans doute sur l’Orléanide, qu’un de mes amis a trouvé dans un ouvrage tout nouveau : j’ai pensé que ce morceau pouvait vous être présenté comme pièce à joindre au dossier du procès.
À M. Boquillon, homme de lettres, à Paris.
Geschichte der Jungfrau von Orleans
(1826)
Traduction allemande (résumée) de l’Histoire de Jeanne d’Arc, par le baron Friedrich de La Motte Fouqué, en 2 volumes de 464 et 372 p., publiée à Berlin.
Geschichte der Jungfrau von Orleans,
nach authentischen Urkunden und dem französischen Werke des Herrn
Le Brun de Charmettes.
[Histoire de la Pucelle d’Orléans, d’après les documents authentiques et l’ouvrage français de Le Brun de Charmettes.]
Von Friedrich Baron de La Motte Fouqué.
Erster Teil.
[Première partie.]
Berlin, 1826.
In der Schlesingerschen Buch- und Musikhandlung.
[Dans le magasin de livres et de musique de Schlesinger.]
Die Heldin Frankreichs ward besungen
Durch Schillers Mus’ im Deutschen Laut.
O feiert all’, Europa’s Zungen,
Des Glaubens und der Ehre Braut.
L. M. Fouqué.
Biographie universelle et portative (1826)
Longue notice biographique de Le Brun. On la retrouve à l’identique dans les éditions suivantes de la Biographie universelle et portative, par Alphonse Rabbe, Claude-Augustin Vieilh de Boisjolin et François de Sainte-Preuve (à partir de 1834).
Dans sa France littéraire (1833), Quérard reprendra certains éléments de cette biographie en prenant soin de préciser :
Chacun sait que la plus grande partie des articles de cette dernière biographie est rédigée sur les renseignements fournis par les personnes qu’ils concernent ; on peut donc regarder cette assertion comme fondée.
Titre complet : Biographie universelle et portative des contemporains, ou Dictionnaire historique des hommes célèbres de toutes les nations, morts ou vivants, qui, depuis la Révolution française, ont acquis de la célébrité par leurs écrits, leurs actions, leurs vertus ou leurs crimes ; par une société de publicistes, de législateurs, d’hommes de lettres, d’artistes, de militaires et d’anciens magistrats. Ouvrage entièrement neuf, contenant plus de trois mille notices nouvelles qui ne se trouvent dans aucune Biographie, et rédigé d’après les documents les plus authentiques,… Édition ornée de 250 portraits. Paris, au bureau de la Biographie, rue Saint-André-des-Arcs, n° 65, près du passage du commerce. 1826.
(Lien : Google Books.)
Le Brun de Charmettes (Philippe-Alexandre), né à Bordeaux en 1785, d’une famille ancienne, originaire de Lorraine [plutôt normande ou flamande], qui comptait parmi ses membres des hommes qui se sont illustrés dans les armes, les lettres et la magistrature.
Son père, receveur général des fermes du roi à Bordeaux, périt en 1793 [1794] sous la hache révolutionnaire, et sa mère subit onze mois de captivité. M. Le Brun de Charmettes, alors âgé de sept ans, resta pendant tout ce temps, ainsi que sa sœur et ses frères, dans un château situé à trois quarts de lieue de Bordeaux, sous la garde d’un nombreux détachement du corps formé par la convention sous le nom d’armée révolutionnaire.
Il avait eu d’abord pour précepteur M. Caillau (Jean-Marie). (Voyez ce nom.) Il cultiva avec un vif intérêt le goût que son jeune élève montrait déjà pour la poésie. L’éducation de M. de Charmettes fut, par suite des événements qui avaient renversé la fortune de ses parents, extrêmement négligée. Privé de précepteur à l’âge de sept ans, il ne fut possible de l’envoyer ni en pension ni au collège. Ce ne fut qu’en 1798, qu’appelé à Paris par son grand-père maternel, il put apprendre avec des maîtres un peu de latin, de mathématiques et de musique.
En 1800, il se rendit à Hambourg par la Hollande, la Prusse et le Hanovre, et s’embarqua pour l’île de France sur un vaisseau hambourgeois. Il y servit environ neuf mois dans les canonniers de la garde nationale de cette colonie, qui se défendait depuis longtemps, sans aucune autre force militaire, contre les efforts des gouvernements anglais de l’Inde et du cap de Bonne-Espérance. C’est dans cette île que M. de Charmettes, alors âgé d’un peu plus de quinze ans, forma la résolution de célébrer dans un poème épique la délivrance de la France par Jeanne d’Arc, événement dont son imagination avait été singulièrement frappée dans les lectures de son enfance. Ce projet le détermina à revenir en Europe, ce qu’il effectua en 1801.
Arrivé à Paris, M. de Charmettes se livra, seul et sans aide, mais avec beaucoup d’ardeur et de persévérance à l’étude des langues anciennes et modernes, et à celle de nos antiquités nationales. Voulant s’essayer enfin dans notre idiome poétique, il publia les traductions en vers du Village abandonné de Goldsmith et des poèmes d’Ossian intitulés Oithona et les Chants de Selma, Paris, 1805, in-8°. Cet ouvrage n’eut aucun succès, et passa inaperçu dans la foule.
En 1806 et en 1807, il écrivit quelques articles et publia quelques vers dans l’Abeille littéraire, ou Journal hebdomadaire de la politique, des sciences, de la littérature et des arts. Il publia à peu près à la même époque, et sous le voile de l’anonyme, la traduction française d’une Histoire de la révolution de Naples, écrite en italien par l’auteur du Voyage de Platon en Italie, Paris, 1807, in-8°.
Nommé, en 1810, employé au conseil-d’état, et attaché en cette qualité au secrétariat de la section de l’intérieur, présidée par le comte Regnaud de Saint-Jean d’Angély, les désagréments qu’il éprouvait dans ses relations continuelles avec ce ministre d’état le déterminèrent à quitter cette place, en 1811.
Cependant le grand ouvrage de M. de Charmettes, l’Orléanide, avançait vers sa fin, et il se disposait à parcourir les lieux où se passe l’action du poème pour en faire d’après nature des descriptions fidèles, quand de plus en plus frappé de la difficulté qu’il aurait à vaincre les préventions des gens du monde, et à effacer la teinte de ridicule attachée par Chapelain et Voltaire au nom de son héroïne, il résolut de faire précéder la publication de son poème d’une histoire de la Pucelle, exacte, complète, et puisée aux sources originales ; ouvrage qui, à la honte de la nation que Jeanne d’Arc a sauvée, manquait encore à notre littérature.
M. de Charmettes n’eut besoin, pour composer cette histoire, que d’ajouter un petit nombre de documents nouveaux aux nombreux matériaux qu’il avait déjà rassemblés pour servir de fondements à son épopée. Il s’en occupa pendant toute l’année 1814, et se disposait à mettre au jour ce grand travail, quand le 20 mars arriva et le détermina à en suspendre la publication.
L’année 1815 vit paraître sa traduction du roman de lady Morgan intitulé O’Donnel ou l’Irlande, Paris, 1815, 3 vol. in-12.
Le 15 août de la même année, M. de Charmettes fut nommé sous préfet de l’arrondissement de Saint-Calais, département de la Sarthe. Il arriva dans ce département au moment où son courageux préfet, M. Jules Pasquier, frère du ministre de ce nom, et aujourd’hui directeur général de la caisse d’amortissement, venait d’être enlevé par les Prussiens et conduit à Magdebourg, pour s’être opposé avec une héroïque énergie à la formation d’un tribunal franco-prussien, destiné à connaître des délits politiques des cent-jours, et à l’établissement d’une imposition départementale au profit de l’armée prussienne. La plupart des fonctionnaires et des grands propriétaires de l’arrondissement de Saint-Calais, pressés entre les Prussiens et l’armée de la Loire, avaient pris la fuite. M. de Charmettes ne se rendit pas moins à Saint Calais, fit cesser, malgré les menaces du commissaire du général Thielmann, toutes les réquisitions prussiennes, se chargea, sous sa responsabilité, de la subsistance des troupes, rappela les fonctionnaires publics à leur poste, rétablit l’ordre et rassura les esprits.
L’occupation étrangère durait encore, les Anglais étaient maîtres d’une partie de nos places fortes, quand M. de Charmettes publia l’Histoire de Jeanne d’Arc, surnommée la Pucelle d’Orléans, tirée de ses propres déclarations, de cent quarante-quatre dépositions de témoins oculaires, des manuscrits de la bibliothèque du roi et de la tour de Londres, Paris, 1817, 4 vol. in-8°, fig. Cet ouvrage obtint un grand succès, ramena l’attention sur les exploits de l’héroïne du quinzième siècle, donna naissance aux Messéniennes de M. de La Vigne sur la mort de Jeanne d’Arc, et à la tragédie de M. d’Avrigny sur le même sujet.
On imprima, la même année, à Orléans, par les ordres du maire de cette ville, le Nouveau cri de France, ou l’Orléanaise, in-4°, chant national composé par M. de Charmettes à l’occasion de la fête du 8 mai, jour où se célèbre avec pompe l’anniversaire de la délivrance de cette ville.
Une cantate intitulée la Nymphe de la Sarthe, composée par M. de Charmettes pour le passage du duc d’Angoulême par la ville du Mans, fut représentée le 10 novembre 1817, sur le théâtre de cette ville, le Mans, 1817, in-8°.
La fin de l’année 1819 vit paraître l’Orléanide, poème national en vingt-huit chants, Paris, 1819, 2 vol. in-8°, 2e édit. avec de nombreux changements, 1821, 2 vol. in-8°.
À l’époque de l’assassinat du duc de Berry, M. Lebrun de Charmettes publia une Ode ou Chant funèbre, Paris, 1820, in-8°, sur cet effroyable événement.
La ville d’Orléans lui adressa, en janvier 1820, une grande médaille en argent, portant d’un côté la représentation du monument élevé à Jeanne d’Arc sur la place publique d’Orléans, et au revers une couronne de laurier et de chêne avec cette inscription : La ville d’Orléans à M. Le Brun de Charmettes, auteur de l’Histoire de Jeanne d’Arc et de l’Orléanide, 1820.
Au commencement de septembre de la même année, M. de Charmettes passa de la sous-préfecture de Saint-Calais à celle de Coulommiers, département de Seine-et-Marne. Il y composa une Ode sur la fièvre jaune qui ravage l’Espagne, Paris, 1821, in-8° ; et le Muséum littéraire de la France moderne titre changé par l’éditeur en celui de Études françaises de littérature et de morale, Paris, 1822, 2 vol. in-8°.
Il a été nommé en 1823, chevalier de l’ordre royal de la légion d’honneur.
On attribue à tort à M. de Charmettes, dans quelques biographies modernes, la traduction des ouvrages de lady Morgan intitulés le Missionnaire et la France. On assure que M. Le Brun de Charmettes se dispose en ce moment à publier un ouvrage de littérature et d’érudition, intitulé Muséum littéraire du moyen âge, et qu’il prépare de nouvelles éditions de l’Orléanide et de l’Histoire de Jeanne d’Arc.
Le Figaro (5 janvier 1827)
Sordide affaire dans la sous-préfecture de Coulommiers.
(Lien : Retronews.)
Dans la commune de Vaudoy, arrondissement de Coulommiers, le 27 décembre, à dix heures du matin, un individu monte sur la margelle d’un puits public et s’y précipite aussitôt, la tête la première. Plusieurs habitants, qui se dirigeaient vers l’église pour entendre la messe, s’empressent de porter des secours au malheureux dont on apercevait encore les jambes au-dessus du niveau de l’eau. On parvint à retirer le corps au moyen d’un croc en fer, dont l’une des pointes était entrée dans le bras de celui qu’on regardait comme mort. On reconnut bientôt que cet individu était le nommé Pelletier, boucher à Vaudoy. On s’occupa de le transporter chez lui. Mais un spectacle bien plus affreux s’offrit, dans cette maison, aux regards de la foule assemblée. La femme de Pelletier était étendue sur le carreau, baignée dans son sang, et sans vie. Auprès de son cadavre était la masse en fer qui servait à Pelletier pour assommer les bœufs : cet instrument était encore humide de sang, et paraissait s’adapter à l’empreinte des coups que présentait la tête de sa femme. Pelletier fut gardé à vue, et l’on prévint de cet événement M. le procureur du Roi, qui se rendit sur les lieux avec M. le jugé d’instruction. Pelletier reproche à sa femme d’avoir refusé de vendre ses biens pour payer ses dettes ; il soutient qu’il a cherché la mort, parce qu’il ne pouvait faire honneur à ses affaires. La mort de sa femme est aussi, selon fui, l’effet d’un suicide. Il a été déposé dans la maison d’arrêt de Coulommiers, sous la prévention de meurtre avec préméditation.
Gazette de France (29 juin 1827)
Record de longévité dans la sous-préfecture de Coulommiers (décès d’une dame née deux ans après la mort de Louis XIV).
(Lien : Retronews.)
Le 6 de ce mois, est morte dans la commune de la Houssaye, canton de Rozoy, arrondissement de Coulommiers (Seine-et-Marne), une pauvre veuve, aveugle, âgée de 109 ans 3 mois et 20 jours. Elle était née à Bétencourt (Haute-Saône) le 17 février 1718 ; elle se nommait Gabrielle Huguenin, veuve Remeilleret. S. A. Ém. le grand aumônier de France, avait daigné l’admettre dans la pension de l’hôtel royal des Quinze-Vingts de Paris, le 1er novembre 1824.
Librairie Pichard (novembre 1827)
L’Histoire de Jeanne d’Arc proposée à 21 fr. au lieu de 25 fr.
(Lien : Gallica.)
Librairie de N. Pichard, quai de Conti, n° 5, entre l’hôtel des Monnaies et Pont-Neuf. Livres modernes au-dessous du cours des prix ordinaires.
(On diminuera de 5%, ou l’on enverra franc de port à ceux qui prendront pour plus de 100 fr. à la fois.) […]
Histoire de Jeanne d’Arc, etc. Au lieu de 25 f. 21 f.
Quatremère de Roissy : Jeanne d’Arc
(novembre 1827)
Abrégé des 4 volumes de l’Histoire de Jeanne d’Arc en un petit volume de 177 pages.
Extrait de la Préface :
Je ne dissimulerai pas que pour la série des faits, les dits et les autorités, je me suis aidé du travail de M. de Charmettes.
Commentaire de Pierre Lanéry d’Arc :
L’auteur a cherché à rendre populaire et à resserrer en un volume d’un prix à la portée de tout le monde, l’histoire de Le Brun de Charmettes, surtout en la dramatisant. — (Le livre d’or de Jeanne d’Arc, 1894).
Bibliographie de la France (14 novembre 1827)
7104. Jeanne d’Arc, par M. Quatremère Roissy, auteur du Règne de Louis XIV. In-8° de 11 feuilles. Imp. de le Normant fils, à Paris. — À Paris, chez le Normant père, rue de Seine, n. 8. Prix : 3 fr.
Gazette de France (1er octobre 1828)
Banquet offert au général Lafayette (élu député de l’arrondissement de Meaux lors des élections de novembre 1827), auquel participe son fils (élu député de l’arrondissement de Coulommiers).
(Lien : Retronews.)
On lit dans le Courrier français :
Banquet constitutionnel. — Les électeurs de l’arrondissement de Meaux ont offert, le 27 septembre, un banquet au général Lafayette. Les toasts suivants out été accueillis avec d’unanimes applaudissements : 1° À la France et au Roi ! (la nation, la loi, le Roi.) 2° À l’agriculture, au commerce et à la liberté de l’industrie ! 3° Au rétablissement du système d’élection dans les administrations municipales et départementales ! […]
M. Georges Lafayette, député de l’arrondissement de Coulommiers et de Provins, après avoir exprimé sa reconnaissance de ce que MM. les électeurs de Meaux avaient bien voulu l’associer à ses commettants dans leurs bienveillants souvenirs, a proposé le toast suivant : 12° À la puissance électorale, invariable garantie de nos institutions et de nos libertés ! Le dernier toast a été porté ainsi : 13° À notre vénérable député, le général Lafayette ! puisse-t-il représenter longtemps encore l’arrondissement de Meaux ! […]
La Quotidienne (28 octobre 1828)
L’évêque de Meaux, le préfet et les sous-préfets Seine-et-Marne sont chargés de répartir l’aide de 10.000 fr. accordée par le roi aux pauvres du département.
(Lien : Retronews.)
La veille de son départ de Fontainebleau, le Roi a donné une somme de 10.000 fr. pour être distribuée aux établissements de charité et aux indigents. Les personnes chargées de la distribution sont : Mgr l’évêque de Meaux, M. le comte de Goyon, préfet de Seine-et-Marne ; M. le comte de Thuisy, sous-préfet de Fontainebleau, et le sous-préfet de Coulommiers.
Bulletin des lois de la République française (16 octobre 1829)
Nomination à la préfecture de la Haute-Saône.
Remplacements en cascade : le préfet de la Côte-d’Or, décédé, est remplacé par le préfet de l’Aube, lui-même remplacé par celui de la Haut-Saône, à son tour remplacé par le sous-préfet Le Brun.
(Lien : Gallica.)
N° 12,744. — Ordonnance du Roi portant Nomination à quatre Préfectures.
Au château de Saint-Cloud, le 16 Octobre 1829.
Charles, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront, salut.
Sur le rapport de notre ministre secrétaire d’état au département de l’intérieur,
Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Art. 1er. Le sieur d’Arbaud-Jouques, conseiller d’état en service extraordinaire, préfet du département de la Côte-d’Or, est nommé préfet du département des Bouches-du-Rhône, en remplacement du sieur de Villeneuve-Bargemont, décédé.
2. Le sieur de Wismes, préfet du département de l’Aube, est nommé préfet du département de la Côte-d’Or, en remplacement du sieur d’Arbaud-Jouques, appelé à d’autres fonctions.
3. Le sieur Waldémar de Brancas, préfet du département de la Haute-Saône, est nommé préfet du département de l’Aube, en remplacement du sieur de Wismes, appelé à d’autres fonctions.
4. Le sieur Lebrun de Charmettes, sous-préfet de l’arrondissement de Coulommiers (Seine-et-Marne ), est nommé préfet du département de la Haute-Saône, en remplacement du sieur Waldémar de Brancas, appelé à d’autres fonctions.
5. Notre ministre secrétaire d’état de l’intérieur est chargé de l’exécution de la présente ordonnance.
Donné en notre château de Saint-Cloud, le 16 Octobre de l’an de grâce 1829, et de notre règne le sixième.
Signé Charles.
Par le Roi : le Ministre Secrétaire d’état au département de l’intérieur,
Signé La Bourdonnaye.
Ordonnance reproduite dans les journaux.
(Retronews : Moniteurs, Débats, Temps, Constitutionnel, etc.)
[Voir la composition préfectorale dans l’Almanach de 1830, lire.]
Messager des chambres (19 octobre 1829)
Le Messager, après avoir publié l’ordonnance d’après le Moniteur, ajoute une note avantageuse sur Le Brun.
(Lien : Retronews.)
M. Le Brun des Charmettes, qui vient d’être nommé préfet de la Haute-Saône, est un homme d’un caractère doux, aimable, et plaisamment connu dans le monde littéraire par un poème de Jeanne d’Arc, dont on cite des vers singuliers ; nous ferons à cet égard des recherches. M. Le Brun des Charmettes était sous préfet à Coulommiers, où il s’occupait et d’une vaste correspondance avec un nombre prodigieux d’académies de province, et de la culture perfectionnée des melons dits cantaloups.
Messager des chambres (20 octobre 1829)
Le journal ironise sur les récentes nominations d’hommes de lettres dans l’administration, dont celle du très lyrique Le Brun :
C’est, depuis hier, le préfet de France qui s’entend le mieux à narrer en style épique une grêle ou une inondation.
(Lien : Retronews.)
Paris, le 19 octobre ; extrait du Moniteur ; Ordonnance du Roi. Charles, etc. […] Le sieur marquis de Beausset, membre de la chambre des députés, est nommé président du collège électoral de l’arrondissement d’Arles (Bouches-du-Rhône). […] Par le Roi : Le ministre secrétaire-d’état de l’Intérieur : La Bourdonnaye.
M. le marquis de Beausset. — Président aujourd’hui du collège électoral d’Arles, M. le marquis de Beausset est enfin quelque chose pour quelques heures ; il faut donc se hâter d’en parler. […]
Et à ce propos nous ferons une remarque toute littéraire, et qui ne sera pas sans agrément au milieu de la politique athlétique qui nous presse. M. de La Bourdonnaye alterne les choix politiques et les choix littéraires ; il s’est montré non seulement homme de vieille politique, mais encore homme de vieille littérature, de vieux poèmes, de vieil esprit, si bien que Son Excellence ne dédaigne pas de corriger de sa propre main le plus mince vaudeville présenté à sa censure ; un vaudeville est une affaire pour ce grand génie : il le corrige, il le commente, il refait la pièce et le couplet, il le purifie surtout, après quoi il le signe avec noms et prénoms et qualités, comme s’il s’agissait de la nomination de M. Le Brun de Charmettes.
Celui-ci est encore un pindarique ; dès qu’on s’appelle Le Brun on est né pour faire des odes, pour compromettre le ciel et la terre, fait pour découvrir ce qui se passe au fond du ténébreux séjour : on est l’homme de l’invocation, de l’inspiration, du sublime, M. Le Brun n’est pas autre chose ; seulement il est plus élégiaque qu’héroïque, il a accouplé à son nom le joli nom des Charmettes, si aimable dans J. J. Rousseau, quand on le lit à dix-sept ans ; historien et poète, poète comme il est historien, historien comme il est poète, on cite de lui des vers épiques aussi beaux et très antérieurs à l’exorde du beau drame de Cromwell :
L’an mil, etc.
C’est, depuis hier, le préfet de France qui s’entend le mieux à narrer en style épique une grêle ou une inondation ; il n’oublie rien, ni la fleur printanière qui tombe, ni la moisson qui s’enfuit ; bien plus, il va quelquefois jusqu’au sublime du drame muet : il est de l’école gigantesque de M. de Riccé, préfet du Loiret, qui envoya un jour un gendarme à la Loire débordée, pour lui dire comme le grain de sable de l’écriture, tu n’iras pas plus loin ! et chose émouvante, le fleuve obéit huit jours après.
Pour plus amples renseignements, lisez, s’il vous plaît, le poème de Jeanne d’Arc, c’est aussi fabuleux que les Bucoliques de M. Carrière. Dans la pensée rétrograde de M. de La Bourdonnaye, M. Carrière n’a été nommé préfet de Privas que pour ses Bucoliques […]
Journal des débats (26 octobre 1829)
Le Brun prête serment au roi.
(Lien : Retronews.)
France. — Paris, 25 octobre. […]
À midi, le Roi, M. le Dauphin et Mme la Dauphine ont entendu la messe à la chapelle.
Après la messe, MM. les ministres, le vice-chancelier, les grands dignitaires, des maréchaux, des ministres d’État, des cardinaux, le Nonce du Pape, l’ambassadeur d’Espagne, des Pairs, des préfets, des généraux et des conseillers d’État ont eu l’honneur de faire leur cour au Roi et a LL. AA. RR.
S. A. R. M. le prince de Cobourg a eu l’honneur de faire sa cour au Roi et a LL. AA. RR.
Le Roi a reçu en audience particulière M. l’archevêque de Paris.
LL. AA. R.R. M. le prince et Mme la princesse de Mecklembourg-Strélitz ont été reçus par le Roi. Ils ont été conduits à l’audience par M. le comte de Lalive, avec le cérémonial d’usage.
M. Lebrun des Charmettes a eu l’honneur de prêter serment entre les mains du Roi, comme préfet de la Haute-Saône.
Après la réception, LL. EExc. les ambassadeurs et ministres des puissances ont eu l’honneur de présenter leurs hommages au Roi et à LL. AA. RR.
S. M. a ensuite présidé le conseil des ministres, auquel a assisté M. le Dauphin.
Hier soir, le Roi a travaillé avec M. le prince de Polignac.
À l’ordre, M. le marquis de Pastoret a eu l’honneur de faire sa cour au Roi.
Demain le Roi sortira à onze heures et demie, pour aller passer la revue dans la plaine d’Issy.
Nouvelles de la cour. — Paris, 25 octobre. […]
M. Lebrun de Charmettes a eu l’honneur de prêter serment entre les mains du Roi, comme préfet de la Haute-Saône.
Messager des chambres (20 novembre 1829)
Installation du nouveau préfet de la Haute-Saône à Vesoul.
(Lien : Retronews.)
M. Le Brun des Charmettes, nouveau préfet de la Haute-Saône, est arrivé à Vesoul, jeudi 11 novembre.
Le Temps (14 décembre 1829)
Le nouveau préfet de la Haute-Saône est attendu au sujet du projet de chemin de fer.
(Lien : Retronews.)
Chemin de fer. — Depuis longtemps il est question d’un chemin de fer projeté entre Gray et Saint-Dizier. Si ce projet se réalise, il rendra sur un autre point, à la ville de Gray, toute son importance commerciale. Les conseils municipaux des communes sur le territoire desquelles le chemin doit passer ont été appelés à donner leur avis ; le sous préfet de l’arrondissement de Gray s’est rendu lui-même au sein de ces conseils, afin d’éclairer les membres sur l’importance de la question : aussi, tous les votes ont été unanimes en faveur du projet. On nous assure qu’il en a été de même au conseil général du département, et que cependant les entrepreneurs ne peuvent former leur demande en concession, parce que les pièces relatives à l’enquête n’ont pas encore été expédiées a Paris. Ce retard provient sans doute du changement de préfet, et sera réparé par M. Le Brun de Charmettes, s’il porte à son département tout l’intérêt que le sous-préfet du Gray paraît porter à ce qui se rattache au bien-être de son arrondissement. (L’Impartial.)
Notice historique sur Coulommiers (1829)
Titre complet : Notice historique sur la ville de Coulommiers, département de Seine-et-Marne, depuis sa fondation jusqu’à ce jour, etc. À Coulommiers, chez Rouget, libraire-éditeur ; et à Paris, chez Tourneux, libraire, quai des Augustin, 13. 1829.
(Lien : Gallica.)
Appendice à la notice sur Coulommiers.
Après avoir terminé cette notice, je ne puis résister au plaisir d’offrir au lecteur les stances inédites inspirées par le charme des lieux à M. Le Brun de Charmettes, sous-préfet de l’arrondissement de Coulommiers, et auteur du poème l’Orléanide. La douce mélancolie dont elles sont empreintes, ajoute, s’il est possible, à la magie du style. […]
Voici maintenant les stances que la magnifique vue dont on jouit du haut de la montagne de Montanglaust, a inspirée à M. Le Brun de Charmettes, au mois de mai 1824 :
Les souvenirs de Coulommiers
Quand l’aurore aux pasteurs promet un jour serein,
À mille souvenirs mon âme s’abandonne
Sur les riants coteaux dont le cirque environne
Les murs de Coulommiers et les bords du Morin.
Du sommet verdoyant que Montanglaust domine,
Je ne me lasse point de voir et d’admirer.
De vallon en vallon, de colline en colline,
Mon regard amoureux se plaît à s’égarer.
Cette église aux vitraux dispersés par l’orage,
À la tour inclinée, aux murs noirs d’un long âge,
Fameux par sa hauteur, son exil et sa mort,
Un primat d’Albion (1) l’éleva sur ce bord.
Heureux, si, s’arrêtant dans ces vallons agrestes,
Il eut cherché la paix a l’ombre de la croix,
Et préféré d’un Dieu les exemples modestes,
Au plaisir orgueilleux de défier les rois !
Ces platanes mouvants qu’au loin mes yeux admirent,
M’indiquent le palais, le parc cher aux amours,
Les jardins merveilleux, où noblement gémirent
La princesse de Clèves et le duc de Nemours (2).
Il ne reste plus rien des bois où s’égarèrent
Les pensées et les pas de Nemours incertain,
Ni de ce pavillon dont les murs écoutèrent
Le plus cruel aveu dont ait gémi l’hymen.
Ce beau palais n’est plus qu’une informe ruine.
Le zéphyr qui se plaint, le saule qui s’incline,
Le flot qui tour-à-tour se soulève et s’endort,
Tout y parle d’amour, de regrets et de mort.
Oh ! qui pourra jamais habiter ces vallées,
Errer dans ce beau parc, sur ces bords enchanteurs,
Et quitter sans regret des heures envolées,
Ces palais de verdure et ces temples de fleurs !
Il l’éprouva jadis, ce jeune Longueville,
Ce dernier rejeton de l’immortel Dunois,
Qui, partant pour la guerre, en ce riant asile
Vint rêver solitaire une dernière fois (3).
Ils ne l’ont point quitté sans répandre des larmes,
Ces apôtres nouveaux parmi nous envoyés,
Qui virent tarit de cœurs, à leur voix ralliés,
Pleurer leur innocence et retrouver ses charmes.
Puissé-je de tes murs, ne m’éloigner jamais,
Ô ma ville chérie, ô cité des colombes (4) !
Puisse, au bord du Morin, parmi ces humbles tombes,
Au cercueil de mon fils, le mien s’unir en paix (5) !
(1) Thomas Becket, primat d’Angleterre, archevêque de Cantorbéry.
(2) Personnages historiques du roman de madame de la Fayette, intitulé : La Princesse de Clèves.
(3) Il fut tué au passade du Rhin.
(4) Allusion au nom latin de Coulommiers, Columbariæ ou Columbarium.
(5) L’auteur perdit, en 1822, à Coulommiers, un enfant né dans cette ville.
Almanach (pour l’année 1830)
Composition de la préfecture du département de la Haute-Saône.
Titre complet : Almanach royal, pour l’an M DCCC XXX, présenté à sa majesté. Paris, chez A. Guyot et Scribe, éditeurs-propriétaires de l’Almanach royal et de la collection complète des lois, par J. B. Duvergier, rue Neuve-des-petits-champs, n° 37. 1830.
(Lien : Gallica.)
Département de la Haute-Saône. — Ce département est un des trois que forme la Franche-Comté. […] Sa population est de 327.641 individus ; il est divisé en trois arrondissements communaux. […] Ce département a trois membres à élire à la Chambre des Députés. Il est compris dans la sixième division militaire le diocèse de Besançon et le ressort de la Cour royale de la même ville.
Préfecture : M. Lebrun de Charmettes (Légion d’honneur), préfet, à Vesoul. M. Cressant, secrétaire-général. Conseillers de préfecture : Messieurs, Ph. Guenot (L), Magny (L), Lange de Ferrières (L).
Arrondissement de Vesoul : Pop., 111,191 individus. Justice de paix : Amance, Combeau-Fontaine, Jussey, Montbonzon, Noroy-le-Bourg, Port-de-Saône, Rioz, Scey-sur-Saône, Vesoul, Vitrey.
Sous-préfectures :
Arrondissement de Gray : Pop., 86,670 indiv. M. de Brusset (L) (député de la Haute-Saône), sous-préfet, à Gray. Justice de paix : Autrey, Champlitte, Dampierre, Fresne-Saint-Mamez, Gray, Gy, Marnay, Pesmes.
Arrondissement de Lure : Pop., 129.771 indiv. M. de Belleroche (L), sous-préfet, à Lure. Justice de paix : Champagney, Faucogney, Hericourt, Lure, Luxeuil, Melisey, Saint-Loup, Saulx, Vauvillers, Villersexel.
Le Figaro (20 janvier 1830)
Sur les étranges procédés du préfet Le Brun. Article railleur sur la compétence et l’honnêteté de celui qui se préoccupe plus de chasse que de sa préfecture.
(Lien : Retronews.)
Des préfectures et des préfets.
M. le préfet de la Haute-Saône. — M. le préfet de l’Hérault.
M. Le Brun de Charmettes, préfet actuel de là Haute-Saône, n’est pas seulement un administrateur recommandable, mais encore un savant historien et un chasseur intrépide. Il a égorgé plus de lièvres et de lapins qu’il n’a écrit de circulaires, et son adresse à manier le fusil ne saurait être comparée qu’à la souplesse tout-à-fait ministérielle de son esprit. Il était secrétaire particulier de M. le comte Regnaud de Saint-Jean d’Angély pendant le règne de Napoléon, et il a fait son apprentissage constitutionnel à l’école impériale, qui nous a donné, comme chacun sait, tant de fonctionnaires amis du gouvernement représentatif. Son administration a laissé des souvenirs honorables dans les forêts de l’arrondissement de Saint-Calais, qu’il a parcourues à plusieurs reprises pendant qu’il en était sous-préfet, et l’on cite de son habileté, dans les bois de Coulommiers, des traits qui feraient envie aux sauvages-chasseurs des bords du Mississippi.
On m’a conté, à ce sujet, en témoignage de l’impartialité administrative des fonctionnaires publics, une anecdote qui fera beaucoup mieux connaître M. Le Brun de Charmettes que son histoire tant soit peu verbeuse et soporifique de la Pucelle d’Orléans. Un propriétaire des environs de Coulommiers avait loué sa maison de campagne à un gentilhomme anglais, grand amateur de la chasse ; celui-ci s’empressa de se munir d’un permis de port-d’armes, et se mit à battre la plaine et les bois avec une meute nombreuse et des piqueurs exercés. Le gibier disparaissait à vue d’œil, comme devant une chasse royale ; les perdrix devenaient rares, les lièvres introuvables ; et M. le sous-préfet pouvait dire comme Hippolyte :
Mon arc, mes javelots, mon char, tout m’importune ;
Je ne me souviens plus des leçons de Neptune,
Et mes bassets oisifs ont oublié ma voix.
Dans cette affligeante conjoncture, gendarmes et gardes-champêtres furent lancés aux trousses du gentilhomme anglais. L’infortuné se vit bientôt obligé d’exhiber son permis de port-d’armes à tout venant, et toujours fut interrompu au plus fort de la chasse, à tel point que l’administration se trouvait sans cesse et comme à plaisir entre le gibier et le chasseur. Enfin le désespoir s’empara de son âme, et il s’oublia un beau jour jusqu’à manquer de respect au garde-champêtre attaché à ses pas. Sur ce, procès-verbal, citation, refus de permis de port-d’armes pour l’année courante ; appel au préfet, lequel demande des renseignements au sous-préfet, et juge comme lui ; requête au ministre de l’Intérieur, qui décide, sur le rapport du préfet et du sous-préfet, en faveur du sous-préfet et du préfet. Restait la ressource d’un appel au Conseil d’État ; mais le gentilhomme aima mieux déménager que d’en courir la chance, et la commune où il avait élu domicile y perdit le bénéfice qu’elle faisait sur une consommation de plus de 25,000 f. par année. La belle chose, mes amis, que la hiérarchie administrative, et quel dommage, en vérité, que les cours royales ne jugent pas toujours d’après l’avis des tribunaux de première instance, comme les préfets sur les rapports des sous-préfets !
Depuis lors, M. Le Brun de Charmettes, qui possède les qualités requises pour être garde-forestier dans les Ardennes ou sur la cime du Jura, est devenu préfet de la Haute-Saône par la protection de M. Franchet, avec lequel il entretient une correspondance secrète. L’honorable administrateur ne balance pas, dans l’intérêt de la bonne cause, à donner son avis sur les habitudes et les opinions de ses administrés ; ses manières polies et caressantes invitent d’ailleurs à l’effusion, et l’on est tout surpris de trouver dans un magistrat aussi élevé, des soins et des prévenances que n’ont pas toujours ses inférieurs. Mais ce sont des avances auxquelles il ne faut peut-être pas répondre, lorsqu’on est électeur ou salarié du gouvernement, de peur de compromettre sa liberté ou sa place ; et je pourrais citer tel fonctionnaire qui a perdu la sienne pour avoir répondu avec trop d’abandon aux démonstrations libérales de M. Le Brun de Charmettes.
Le préfet de l’Hérault, M. le baron Creuzé Delessert, est aussi un homme de lettres, un poète épique, un vaudevilliste fort distingué, et de plus un gastronome de premier ordre. […]
Le Constitutionnel (21 février 1830)
Le préfet Le Brun rappelle aux maires l’interdiction des inhumations dans les édifices consacrés (et démet une équipe municipale coupable d’avoir laissé faire). Il en profite pour rappeler aux maire d’autres de leurs obligations :
Ils arrêteront avec courage, en l’éclairant avec douceur, les projets d’une piété mal entendue, et feront aisément comprendre à des hommes bien intentionnés, que c’est surtout au chrétien fidèle à se montrer sujet obéissant et soumis.
(Lien : Retronews.)
Une circulaire de M. le préfet de la Haute-Saône, insérée au numéro 6 du Recueil des actes administratifs, rappelle l’art. Ier du décret du 12 juin 1804 (23 prairial an 12), qui interdit toute inhumation dans les églises, temples, synagogues, hôpitaux, chapelles publiques et autres édifices consacrés à la célébration des cultes, et recommande expressément à MM. les maires de tenir la main à son exécution.
M. le préfet rappelle également les dispositions de l’article 50 de la loi du 14 décembre 1789, qui met au nombre des fonctions propres au pouvoir municipal le soin de faire jouir les habitants des avantages d’une bonne police, notamment de la salubrité dans les lieux et édifices publics ; et l’article 3, numéro 3, du titre II de la loi du 24 août 1790, qui confie, entre autres choses, à l’autorité municipale, le maintien du bon ordre dans les églises. J’ai pensé, ajoute M. le préfet, qu’il pouvait être utile de remettre sous vos yeux ces diverses dispositions, et de vous rappeler qu’elles sont toujours en vigueur. Elles imposent à MM. les maires des obligations importantes et des devoirs sévères. J’espère que, si l’occasion s’en présente, ils les rempliront avec fermeté. Ils arrêteront avec courage, en l’éclairant avec douceur, les projets d’une piété mal entendue, et feront aisément comprendre à des hommes bien intentionnés, que c’est surtout au chrétien fidèle à se montrer sujet obéissant et soumis. Ils repousseront avec plus de force et moins de ménagements les vœux d’une vanité puérile, qui emprunterait le masque du zèle religieux pour obtenir d’eux des autorisations exceptionnelles qu’il n’appartient qu’au Roi d’accorder.
Enfin, par un arrêté de M. le préfet, en date du 12 du courant, MM. les maire et adjoint de la commune de Breurey-lès-Faverney ont été suspendus de leurs fonctions pour ne s’être point opposés à ce qu’une inhumation eût lieu dans l’église de cette commune, en violation de l’article Ier du décret du 12 juin 1804 (23 prairial an 12.)
Le Constitutionnel (24 avril 1830)
Le préfet Le Brun suspend un maire pour avoir délivré un certificat d’exemption indu, ainsi qu’une équipe municipale contestant la nomination du nouveau maire.
(Lien : Retronews.)
M. le préfet de la Haute-Saône a suspendu de ses fonctions un de MM. les maires du canton de Vitrey, pour avoir délivré à un jeune homme de sa commune un certificat attestant qu’il avait un frère en activité de service, sans avoir mentionné l’existence d’un frère plus âgé, déjà exempté comme fils aîné de Veuve. M. le préfet a également suspendu de leurs fonctions, les sieurs Laurent, Simon, Marchand et Perney, membres du conseil municipal de la commune de Breuches : 1° pour avoir volontairement et à plusieurs reprises, mis le conseil municipal de leur commune dans l’impossibilité de délibérer, soit en ne se rendant pas, quoique dûment convoqués, aux séances dudit conseil, soit en, quittant la séance au moment où le conseil allait entrer en délibération ; 2° pour avoir protesté contre l’installation du nouveau maire de Breuches et fondé cette protestation sur ce qu’ils ne pouvaient l’agréer pour maire.
Moniteur universel (24 mai 1830)
Le journal reproduit une réponse du préfet Le Brun au journal l’Impartial dont il s’estime calomnié par les insinuations de manipulation électorale.
(Lien : Retronews.)
Intérieur. — Vesoul, le 19 mai. M. le préfet de la Haute-Saône vient d’adresser la lettre suivante au rédacteur du journal de ce département, qui la publie dans son n° du 19 mai :
Au rédacteur du Journal de la Haute-Saône.
Vesoul, le 18 mai 1830.
Monsieur,
L’Impartial du 16 du courant, sur la foi d’un correspondant qu’il ne nomme pas, impute à l’administration publique de la Haute-Saône des demandes aux percepteurs et une instruction, qui auraient pour objet d’introduire de faux électeurs dans les collèges de ce département.
Il est faux qu’aucune demande, aucune instruction semblable ait été envoyée par la préfecture ; car on ne saurait supposer que l’Impartial ait voulu faire allusion à une circulaire ayant pour objet la révision annuelle des différentes parties de la liste du jury, lors des réunions cantonales du mois de juin prochain ; travail qui ne parviendra au préfet que longtemps après que le tableau de rectification des listes électorales aura été arrêté.
La loi du 2 mai 1827 veut que les jurés soient pris d’abord parmi les membres des collèges électoraux ; c’est ce qui forme la première partie de la liste.
La seconde partie comprend :
- Les électeurs qui, ayant leur domicile réel dans le département, exercent leurs droits électoraux dans un autre ;
- Les fonctionnaires publics nommés par le Roi et exerçant des fonctions gratuites ;
- Les officiers des armées de terre et de mer en retraite ;
- Les docteurs et licenciés de l’une ou de plusieurs des Facultés de droit, des sciences et des lettres ; les docteurs en médecine ; les membres et correspondants de l’Institut ; les membres des autres Sociétés savantes reconnues par le Roi ;
- Les notaires, après trois ans d’exercice de leurs fonctions.
Dans les départements où les deux parties de la liste ne comprennent pas huit-cents individus (et celui de la Haute-Saône est dans cette catégorie), ce nombre doit être complété par une liste supplémentaire formée des individus les plus imposés.
De là, dérive pour le préfet, lorsqu’il s’occupe de la formation de la liste générale du jury, l’obligation de prescrire aux percepteurs de lui faire connaître les individus les plus imposés après les électeurs.
La raison se refuse donc à croire que ce puisse être cette circulaire que l’Impartial a voulu stigmatiser.
S’il en était autrement, l’Impartial serait sans excuse : il aurait incriminé un acte légal, un acte que le préfet ne pouvait pas ne pas faire, et dont l’omission aurait même fourni, soit à l’Impartial soit à tout autre, de justes motifs de l’accuser.
L’imputation que l’administration repousse prouve que ni l’impartialité la plus sévère, ni la justice la plus exacte, ni le respect le plus scrupuleux pour les lois, ne mettent à l’abri des attaques de l’esprit de parti ; mais ces mêmes lois n’offrent pas sans doute moins de garantie au pouvoir calomnié qu’au publiciste aventureux.
C’est la seule réponse qu’obtiendra l’Impartial, de l’administration publique de la Haute-Saône, sans préjudice des poursuites auxquelles pourront donner lieu ses assertions téméraires et ses insinuations injurieuses.
Je vous prie de vouloir bien insérer la présente dans votre plus prochain numéro.
Recevez, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.
Le préfet, Le Brun de Charmettes.
Le Drapeau blanc (25 juin 1830)
Le préfet Le Brun obtient des ses altesses royales 900 fr. pour les victimes d’une auberge écroulée à Conflans.
(Lien : Retronews.)
Le 23 février dernier, une auberge de la commune de Conflans (Haute-Saône), s’est écroulée, et a enseveli sous ses ruines huit individus qui en ont été retirés tous plus ou moins dangereusement blessés.
Toujours empressés à secourir le malheur, S. A. R. Mme la Dauphine a daigné envoyer 300 fr. ; Mgr le Dauphin 500 fr., et Madame, duchesse de Berry, 100 fr., au préfet de la Haute-Saône, pour être répartis entre les victimes de ce déplorable événement.
Gazette de France (25 juin 1830)
Le préfet Le Brun obtient du ministre de l’Intérieur 3.500 fr. pour les victimes d’un terrible accident de mine.
(Lien : Retronews.)
S. Exc. le ministre de l’Intérieur, à qui le préfet de la Haute-Saône avait exposé la déplorable situation des victimes de l’événement arrivé dans la houillère de Champagney, s’est empressé de mettre à la disposition de ce magistrat une somme de 3.500 fr., destinée à les secourir.
[Le Journal de l’Aube du 9 juin 1830 nous renseigne sur l’accident :]
La houillère de Champagney vient d’être le théâtre d’un événement affreux. Lundi dernier, une explosion produite par l’inflammation du gaz hydrogène carboné, dit feu grisou, a éclaté dans la mine, par suite de l’imprudence d’un mineur. Seize ouvriers ont été tués, onze ont été grièvement blessés, et six étaient encore ensevelis dans les travaux au départ des lettres qui nous ont appris cet effroyable désastre.
[La Gazette rapporte également les aides obtenues pour l’auberge écroulée de Conflans, cf. Drapeau blanc, lire.]
La Quotidienne du 26 juin revient sur les deux interventions du préfet (auberge écroulée, coup de grisou).
(Lien : Retronews.)
La Tribune des départements (27 juin 1830)
Réponse cinglante à une embarrassante circulaire du préfet Le Brun pour la campagne électorale.
Plein de verve et de lyrisme, Le Brun y démontre le fléaux civilisationnel que représente le parti d’en face, à l’opposé du parti en place, le sien, à qui l’on doit
… tant de bienfaits et de bonheur, qu’il faudrait, pour les nier, condamner ses yeux à ne plus voir, ses oreilles à ne plus entendre, et son cœur à ne plus sentir.
(Lien : Retronews.)
Intérieurs. Départements. — […] Haute-Saône : élections, circulaire du préfet.
Gray, 23 juin, 7 heures du soir. Voici le résultat du scrutin. Votants, 229. Pour le bureau constitutionnel, 146 voix contre 87. Ainsi demain j’aurai le plaisir de vous annoncer la nomination de M. Accarier. Même résultat à Vesoul. Même résultat à Besançon. Ainsi M. de Grammont et M. Gréat sont également certains d’être élus.
Je joins à ma lettre une circulaire de notre préfet. C’est du Père Duchesne tout pur, aux jurons près.
Après avoir fait circuler quelques douzaines d’exemplaires, on s’est aperçu qu’elle excitait l’indignation, et on a cherché à en démentir l’authenticité. Vaines précautions. J’en avais deux exemplaires qui me venaient de la sous-préfecture. Plusieurs électeurs sont arrivés en ayant aussi des exemplaires dans leur poche, qu’ils tenaient également de l’autorité. C’est une pièce curieuse. On s’est empressé d’en faire des copies à la main.
La circulaire de M. Le Brun de Charmettes est trop longue pour que nous puissions la reproduire en entier. Voici les trois premiers paragraphes :
Électeurs, deux partis se disputent la prépondérance. L’influence de l’un ou de l’autre serait décisive. Pour les juger, rappelez-vous ce qu’ils ont été ; pour savoir ce qu’ils feraient, voyez ce qu’ils ont fait, ce qu’ils font encore, ce qu’ils feront toujours.
L’un nous a valu la profanation des églises, les emprisonnements, les mises en surveillance, les déportations, les échafauds, les noyades, les fusillades, les mitraillades, la banqueroute, les assignats, la banqueroute encore ; la vente des biens des pauvres, des hôpitaux, des communes ; les réquisitions, les emprunts forcés, le maximum, la disette ; les désordres, les violences populaires, la spoliation des magasins du commerce, le pillage des grains et des farines ; la destruction des manufactures, celle d’une foule de monuments des arts ; la servitude personnelle la plus humiliante ; l’enchaînement de la presse, de la parole, de la pensée ; la jeunesse en coupe réglée ; deux invasions étrangères ; cinq ou six millions d’hommes massacrés au dedans ou au dehors ; cinq ou six milliards dépensés en sanglantes folies ; la discorde entre nous, les ressentiments, les défiances d’homme à homme, de frère à frère, de famille à famille ; la haine de l’Europe et les malédictions de l’univers.
Nous devons à l’autre le rétablissements des autels ; nos rois de race française ; la Charte, la paix, l’amitié de tous les peuples, le commerce du monde ; la liberté la plus étendue dont jamais nation ait joui ; un crédit solide ; l’acquittement des dettes énormes de la république, de l’empire, de la révolte des cent jours ; le règne des lois ; l’indépendance des tribunaux ; la consécration, l’affermissement de tous les droits acquis ; des travaux immenses, des ponts, des canaux, des routes, des monuments sans nombre ; un développement industriel et commercial sans exemple ; enfin tant de bienfaits et de bonheur, qu’il faudrait, pour les nier, condamner ses yeux à ne plus voir, ses oreilles à ne plus entendre, et son cœur à ne plus sentir.
Si de pareilles déclamations méritaient une réponse, on pourrait faire observer à M. le préfet qu effectivement l’un des partis qui sont en présence a produit, non pas tous les maux qu’il énumère dans son second alinéa, mais ce qui se trouve de vrai dans ce tableau fantastique tracé par une imagination en délire ; que ce parti est celui pour lequel M. le préfet écrit et intrigue en ce moment, celui qui d’abord ameutant contre la France, tous les despotes et tous les esclaves de l’Europe, changea une régénération paisible en une sanglante révolution ; et qui, plus tard, désespérant de triompher de la France libre, seconda les projets de l’usurpateur de la souveraineté nationale. On pourrait lui dire que l’autre parti sut, malgré les despotes et les esclaves, faire sortir des orages de cette révolution, l’égalité des droits, l’abolition des castes, l’égalité des charges publiques, des lois civiles enviées du monde entier, un accroissement immense de la population, des aliments sains pour six millions de Français qui, jusque-là, se nourrissaient de pain noir, de bons vêtements pour six millions de Français jusque-là couverts de haillons, et une gloire immortelle qui nous protège encore après nos désastres.
On pourrait aussi lui objecter que les autels ont été rétablis en l’an 10 de la république ; que si nous avons le commerce du monde, il n’y paraît guère dans nos comptoirs ; que la république n’a point laissé de dettes ; que l’empire en a laissé très peu ; que nous en avons maintenant pour plus de quatre milliards ; qu’en fait de travaux publics, le Simplon, Anvers et Cherbourg valent peut-être bien le terre-plein du Pont-Neuf, etc. Mais pourquoi discuter avec un homme qui certainement est au fond du même avis que nous ?
Épître à Monsieur de Charmettes (1830)
Titre : Épître à Monsieur de Charmettes, sur l’état de la poésie française en 1830, par M. Aliès. 1830. Imprimerie de Bordard, à Coulommiers.
(Lien : Gallica.)
Épître à Monsieur de Charmettes sur l’état de la poésie française en 1830.
À Monsieur de Charmettes, préfet du département de la Haute-Saône, membre de la Légion d’honneur, auteur de plusieurs ouvrages distingués.
Prosateur éloquent,
Poète brillant,
Magistrat intègre et dévoué !
Daignez accepter ce faible tribut
De mon respect et de ma reconnaissance,
Aliès.
Épître à Monsieur de Charmettes
Vous n’aviez pas prévu cette métamorphose !
Las de vous ennuyer de ma stérile prose,
Je veux du dieu des vers essayer le pinceau ;
Et, saisi tout à coup d’un caprice nouveau,
À mon esprit volage imposer la torture
De ne pouvoir penser sans rime ni césure.
[Suit une petite histoire de la poésie, qui aborde par exemple la bataille d’Hernani. L’auteur termine en conseillant amicalement au préfet de s’occuper surtout de sa préfecture, avec une allusion à la fameuse locution latine : Sutor, ne ultra crepidam
.]
Ah ! croyez, bonnes gens, que tout irait bien mieux
Si, cultivant le lot assigné par les dieux,
Chacun aimait sa sphère ou brillante ou modeste,
Et savait s’y tenir sans s’occuper du reste.
L’amour de son pays n’exige rien de plus ;
L’état le plus abject possède ses vertus,
Et l’humble cordonnier sera bon patriote,
S’il travaille avec soin son soulier ou sa botte.
Bibliographie de la France (10 juillet 1830)
Indexation d’une épître adressée à Le Brun depuis Coulommiers.
L’épître en vers, composée en début d’année, est présentée plus bas (voir). Le Brun y répondra en juin 1830, par une autre épître en vers (voir).
(Lien : Gallica.)
3804. Épître à monsieur de Charmettes sur l’état de la poésie française en 1830. In-8° d’une feuille. Impr. de Bordard, à Coulommiers.
Par M. Aliès.
Le Constitutionnel (18 juillet 1830)
Le préfet Le Brun destitue quatre maires et provoque le mécontentement.
(Lien : Retronews.)
Haute-Saône. (Gray.) — M. Accarier n’a point voté l’adresse. Maire de la commune d’Arc depuis que cette commune est séparée de celle de Gray, il a mérité les éloges de l’administration et la reconnaissance de ses administrés. Cependant, un arrêté de M. le préfet Le Brun de Charmettes vient de frapper M. Accarier de destitution. Quel crime a donc commis ce respectable maire ? Ce crime est d’avoir été nommé député par les plus honorables de ses concitoyens, les électeurs composant le collège de l’arrondissement de Gray. Le même préfet, et pour des motifs aussi plausibles, vient de destituer M. Parmentier, maire de la ville de Lure, M. Truchot, maire de Villersexel, et M. Tramoy, maire de Savoyeux. Guerre aux honnêtes gens ! paraît être le mot d’ordre donné par le ministère à MM. les préfets.
Le Messager rapporte sur la destitution de trois maires.
(Lien : Retronews.)
Par arrêtés du 7 et du 10 du courant, M. le préfet de la Haute-Saône a suspendu de leurs fonctions MM. Truchot, maire de Villersexel ; Accarier, maire d’Arc, et Tramoy, maire de Savoyeux.
Gazette de France (8 août 1830)
Remplacement à la préfecture de la Haute-Saône.
(Lien : Retronews.)
Paris, le 6 août 1830. […] Par ordonnance du M. le lieutenant-général du royaume, […] M. Amédée Thierry préfet du département de la Haute-Saône, en remplacement de M. Le Brun de Charmettes.
Idem ailleurs.
(Retronews : Messager, Temps, Quotidienne, etc.)
Suivent les remplacements des sous-préfets (ex : Constitutionnel du 13 août 1830).
(Lien : Retronews.)
Par diverses ordonnances du Roi, sont nommés : […] M. Darche de Leffond, sous-préfet de Gray (Haute-Saône), en remplacement de M. de Brusset ; […]
Lettre de Gabriel Peignot (9 août 1830)
Gabriel Peignot (inspecteur de l’Académie de Dijon, érudit et biographe) raconte à son ami Nicolas-David Baulmont (inspecteur divisionnaire des Postes) le remplacement de Le Brun.
Il semble que Le Brun fut révoqué de son poste de préfet alors qu’il était parti en Suisse.
Titre : Lettres de Gabriel Peignot à son ami N.-D. Baulmont, 1857.
(Lien : Gallica.)
XCe lettre
Dijon, le 9 août 1830.
Mon cher ami,
Vous êtes sans doute surpris de n’avoir pas encore reçu de mes nouvelles depuis votre départ, qui, si je ne me trompe, date du 31 juillet ; mais il m’est difficile d’écrire quand la mer est agitée et que les flots battent ma nacelle littéraire ainsi que beaucoup d’autres bateaux, paquebots et navires de tout rang. Maintenant que le temps a repris sa sérénité à Dijon, que tout y est tranquille, et que chacun se réjouit de voir cette tranquillité succéder à un petit moment d’orage, je reprends la plume.
La garde nationale est réorganisée. M. Nault, notre procureur-général, est remplacé par M. Colin, avocat-général, que vous connaissez très-bien, puisqu’il est l’ami de Bobillier [directeur du Journal de la Haute-Saône]. On annonce beaucoup d’autres changements. Hier matin deux officiers de cuirassiers se sont battus au pistolet, pour affaire d’opinion ; l’un d’eux, qui avait donné un soufflet, a été tué raide.
Bobillier vous fait-il passer son journal ? Si vous l’avez reçu vendredi dernier, vous aurez sans doute ri comme moi de l’article portant que le rétablissement de la santé de M. Bobillier lui permet de reprendre la direction de son journal
. Selon toute apparence, il aura passé ses infirmités à M. L. B. D. C. [en note : M. Lebrun de Charmettes, préfet de la Haute-Saône, révoqué de ses fonctions par suite de la révolution de juillet.] qui est allé en Suisse pour s’en guérir, ce qui ne sera pas aussi prompt que le rétablissement de Bobillier ; et comme, selon le proverbe des jeux de société, Qui va à la chasse perd sa place, ledit sieur L. B. D. C. est remplacé par M. Amédée Thierry [en note : Préfet de la Haute-Saône pendant neuf ans, aujourd’hui conseiller d’État et membre du conseil général du département qu’il a administré.], ex-professeur d’histoire à Besançon ; ce doit être l’auteur de l’Histoire des Gaules. Vous êtes destinés, Messieurs les Vésuliens, à avoir des gens de lettres de quelque côté que le vent donne.
Pendant que vous êtes à Troyes, prenez, je vous prie, chez M. Sainton, libraire-imprimeur, une petite brochurette de deux feuilles qu’il a imprimée récemment. C’est un Discours sur l’examen des Esprits, etc., par le docteur Jean Huarte, espagnol du XVIe siècle. J’ai écrit sur ce docteur ; j’ai son livre en latin, et je serais bien aise de savoir ce qu’on dit de lui dans la brochure en question. Mille, pardons de la peine.
À travers tous vos zigzags ne m’oubliez pas.
Votre vieil ami,
G. P.
Tribune des départements (11 août 1830)
Le journal s’interroge sur les nouveaux nommés (une foule d’intrigants
) dans cette valse des préfets orchestrée par le nouveau ministre de l’Intérieur, François Guizot (en poste depuis le 1er août).
(Lien : Retronews.)
Grande chasse aux émargement.
On ne compte pas moins de huit ou neuf-mille solliciteurs arrivés à Paris depuis cinq jours. […] Préfets, sous-préfets, receveurs, capitaines, colonels, généraux, procureurs du roi, procureurs généraux, accourent à la hâte pour prouver […] qu’ils ont toujours été admirateurs du régime légal, et qu’ils n’ont jamais servi franchement le système Polignac. […] De toutes les ruses de solliciteurs, la plus plaisante, sans contredit, consistait encore hier à se faire, pour ainsi dire, le protecteur de la dynastie nouvelle. […]
Du reste saurait nier que les choix faits par M. Guizot, semblent fort souvent malheureux et irréfléchis. Nous nous étonnions récemment de ce qu’il avait transformé tout à coup un professeur en préfet de la Haute-Saône ; mais on nous écrit d’un département voisin qu’on est tout aussi surpris de posséder, pour administrateur, un ancien agent de change, homme fort honorable sans-doute, et dévoué à la cause nationale, mais qui n’a pas recueilli, à la Bourse et dans le parquet, toutes les connaissances indispensables aux fonctions dont on vient du l’investir. […]
Tribune des départements (16 août 1830)
Le journal félicite les héros locaux de la révolution :
Plusieurs d’entre eux figuraient sur la liste de proscription qu’on assure avoir été dressée par le préfet Le Brun de Charmettes, le digne serviteur de Polignac et de Peyronnet.
(Lien : Retronews.)
Intérieurs. Départements. — […] Haute-Saône.
Gray est une des villes de province où l’élan patriotique a été le plus spontané elle plus unanime.
À peine la nouvelle de notre héroïque révolution y était-elle arrivée, que la garde nationale y fut organisée. Dès le 2 août, en dépit du sous-préfet et du maire, le drapeau tricolore flottait à l’Hôtel-de-Ville, la déclaration du lieutenant du royaume y était affichée, et une proclamation répandue dans la ville et les campagnes par les soins de M. Sugier, avocat, annonçait aux habitants les événements de Paris, et les invitait à s’empresser de venir au secours des victimes de ce grand triomphe.
Cet appel fut entendu. Dès le lendemain des sommes considérables avaient été versées. La collecte a continué depuis. Dans peu de jours, l’honorable M. Accarier, député de Gray, en déposera le produit à la municipalité de Paris.
L’arrondissement de Gray abonde en bons citoyens ; mais ceux qui, depuis le ministère du 8 août, se sont principalement distingués par leur dévouement à la patrie, sont MM. Sugier. Chabaud, Cornet, Tramoy, Lapèse, Perron-Perron, Dornier frères (Louis, Alexandre et Joseph), Sibille, Forest, Trayvou fils, Bergeret, Manier, négociant ; Gurnel, Drouhot et Charnotet fils. Aussi plusieurs d’entre eux figuraient-ils sur la liste de proscription qu’on assure avoir été dressée par le préfet Le Brun de Charmettes, le digne serviteur de Polignac et de Peyronnet.
Nota. — C’est avec dessein que vous faisons cette mention de personnes. Par le temps qui court, il serait à désirer qu’il en fût de même de tous les vrais patriotes de chaque pays. Nos ministres y trouveraient un moyen de faire justice des demandes de ces nuées d’intrigants qui viennent de se jeter à Paris, courant aux places comme à une curée, et qui, à l’instar des voltigeurs de la restauration, se donnent tous comme des victimes du despotisme ou comme des héros de la liberté, ce dont on ne se doute pas chez eux. [Voir l’édition du 11 août, lire.]
Dossier personnel du préfet Le Brun de Charmettes (~1830)
Cité dans : Le Corps préfectoral de la Restauration (1814-1830), thèse de doctorat, Pierre Michon, 8 juin 2017 (Voir plus bas).
AN F 1b I 166 19. Dossier personnel du préfet Lebrun de Charmettes. Exposé des motifs sur lesquels s’appuie M. Le Brun de Charmettes, sous-préfet de l’arrondissement de Coulommiers (Seine-et-Marne), pour solliciter son avancement après huit années de Sous-Préfecture, sans lieu ni date.
C’est au milieu des menaces des séides de la Révolution et des oscillations du système ministériel d’alors que M. de Charmettes publié successivement l’Histoire de Jeanne d’Arc et l’Orléanide, ouvrages franchement religieux et monarchiques, et que dans sa position il y avait peut-être quelque courage à mettre alors au jour. Le dernier, l’Orléanide, parut pour la première fois vers la fin de 1819 et attira à son auteur, de la part des journaux libéraux, les diatribes les plus furibondes. Il n’est peut-être pas inutile d’observer que ces deux grands ouvrages avaient été entrepris et étaient presque terminés dans la rentrée de M. de Charmettes dans l’administration.
[…]
Dans un courrier adressé au ministre de l’Intérieur le 25 août 1829, il exprime les plus vives alarmes au sujet de la littérature en général, des journaux et des théâtres en particulier
.
La parole, la plume, le ciseau, le burin, tous les arts, toutes les sciences, toutes les passions travaillent à la fois à détruire la religion, les lois, l’ordre social…
— (Lettre au ministre de l’Intérieur, Coulommiers, 25 août 1829.)
lance-t-il en un cri de détresse depuis sa sous-préfecture de Coulommiers. Pour contrer la multiplication des écrits séditieux essaimés par les colporteurs, Lebrun de Charmettes présente un programme ambitieux : la fondation d’un établissement qu’il se dit prêt à diriger, une manufacture de livres
officiels, rédigés à la gloire de la dynastie et de la chrétienté. Il détaille cette authentique entreprise de propagande dans un courrier du 2 septembre suivant :
On pourrait, Monseigneur, opposer avec succès à l’œuvre perverse que je signale, une espèce de manufacture de livres conçus dans un esprit et pour un but opposés. J’y consacrerais volontiers mes soins.
Rien de plus facile que de composer avec des ciseaux une collection de traits d’histoire honorables pour les rois, le clergé, la vieille aristocratie, et une autre de toutes les absurdités, de tous les crimes des philosophes, des républicains, des révolutionnaires. Les Mémoires de Cléry, qu’on ne réimprime plus, l’Histoire des derniers moments du duc de Berry, par M. Hapelé, qu’on ne trouve plus nulle part ; des narrations touchantes du meurtre du duc d’Enghien, de l’assassinat de Pichegru ; des précis véridiques des crimes de la révolution et de l’empire ; des récits fidèles des procès de Louis XVI, de la Reine, de Madame Élisabeth, etc. ; des notices sur l’infortuné Louis XVII, sur M. le Dauphin, sur Madame la Dauphine ; le Testament de Louis XVI, la lettre de la Reine à Madame Élisabeth ; des vies de saint Louis, de Louis XII, de Henri IV, de Du Guesclin, de Jeanne d’Arc, de Bayard, de Condé, de Turenne, etc. ; mille autres écrits de cette nature, entièrement inconnus du peuple, devraient lui être offerts partout à bas prix, être distribués en prix dans toutes les écoles et envoyés dans les moindres chaumières. Des recueils de chansons royalistes devraient pleuvoir, si j’ose m’exprimer ainsi, dans les foires et dans les marchés. Tout cela coûterait peu d’argent, et il en résulterait un bien immense en très peu d’années.
— (Lettre au ministre de l’Intérieur, Coulommiers, 2 septembre 1829.)