Bibliographie : 1831-1848 : Monarchie de Juillet
1831-1848 Sous la monarchie de Juillet
Épîtres politiques sur nos extravagances (1831)
Ces épîtres ont été écrites au fil de l’actualité politique, entre janvier et avril 1831. Chacune est précédée d’un Avertissement, sorte de justification de l’auteur, et de Notes (jusqu’à 42 pour l’épître aux Libéraux !).
Nous reproduisons ici la préface du recueil ainsi que les avertissements.
(Lien : Gallica.)
Épîtres politiques sur nos extravagances.
Contenant : — épître au comte Edmond de V***, sur le libéralisme ; — épître aux Libéraux, sur leur manière de gouverner la France ; — épître à M. de Montalivet, sur la peur ; — épître à M. de Chateaubriand, sur sa dernière brochure ; — épître aux 221, sur la popularité.
Par M. Le Brun de Charmettes.
Quand le siège s’égare, il faut s’en séparer.
— (Épître 2.)
À Paris, chez G.-A. Dentu, imprimeur-libraire, rue du Colombier, n° 21 ; et Palais-Royal, galeries d’Orléans, n° 13. 1831.
Les épîtres réunies dans ce recueil ont été inspirées par l’impression douloureuse du spectacle que présente depuis neuf mois notre pauvre France, si folle, si dupée, si enivrée de mensonges pendant quinze années, et aujourd’hui si vexée, si pressurée par ceux qui se moquaient d’elle : Facit indignatio versum. [L’indignation fait jaillir le vers.]
Quoique ayant depuis longtemps consacré presque exclusivement ses veilles à des travaux étrangers aux lettres, M. Le Brun de Charmettes n’est pas inconnu dans le monde littéraire. On remarque parmi les ouvrages qu’il a publiés à différentes époques, l’Histoire de Jeanne d’Arc, etc., tirée de ses propres déclarations, de cent quarante-quatre dépositions de témoins oculaires, des manuscrits de la Bibliothèque du roi et de la Tour de Londres ; quatre vol. in-8°. Paris, Arthus Bertrand, 1817 ; et l’Orléanide, poème national en vingt-huit chants, sur le même sujet ; deux vol. in-8°. Paris Smith, Audin et Arthus Bertrand, 1819 et 1821.
Épître au comte Edmond de V***
Avertissement. — Le comte Edmond de V*** à qui l’épître suivante est adressée, est un jeune homme obligeant, affable, d’une humeur enjouée, et sociable au plus haut degré. Il fait avec facilité de très-jolis vers, peint agréablement, et possède un talent rare pour jouer la comédie.
Des antécédents pénibles et une éducation toute philosophique l’ont poussé dans des rangs dont auraient dû l’écarter la droiture de son âme et la douceur de ses mœurs.
Quoique professant des principes politiques entièrement opposés aux siens, l’auteur de cette épître a toujours eu beaucoup d’affection pour le comte Edmond de V***. La dernière révolution les a tout à fait séparés, mais elle n’a pu les rendre ennemis.
Janvier 1831.
Épître aux Libéraux
On a voulu rapprocher, dans l’épître suivante, les critiques dont les Libéraux accablèrent la restauration, de leur manière de gouverner la France depuis qu’elle est tombée entre leurs mains, et l’état dans lequel ils ont trouvé ce royaume, de la situation où ils l’ont conduit. On a pensé que ce tableau pourrait être utile, sinon à la génération qu’ils ont si cruellement abusée, du moins à celle qui s’élève et qui est destinée à la remplacer un jour. Comparer, c’est juger.
M. de Charmettes avait déjà traité ce sujet dans les stances suivantes, dont le rythme est de son invention. (Pour que la mesure de ces vers produise tout son effet, il est nécessaire de les prononcer très-vite, en appuyant un peu sur l’accent que l’auteur y a ménagé de trois en trois syllabes.)
Aux Libéraux
Libéraux vous avez de la France
Entrepris le bonheur :
Votre honneur
Vous oblige à remplir l’espérance
Dont berçaient les Français
Vos succès.
[…]
Épître à M. de Montalivet
Avertissement. — M. le comte Montalivet ou de Montalivet, fils encore très jeune du ministre de ce nom qui, sous Napoléon Buonaparte, dirigea si longtemps le département de l’Intérieur, n’était encore connu que de ses professeurs et de ses camarades de collège, quand un gouvernement qui professait alors le plus profond respect pour la jeunesse, l’appela dans le Cabinet, soit comme représentant des écoles, soit en vertu d’une sorte de droit de naissance : la révolution de 1830, qui brisa l’hérédité royale et fêta celle de la pairie, paraît beaucoup respecter les hérédités révolutionnaires et impérialistes.
La dénonciation de M. de Kergorlay à la Chambre des pairs, la glorieuse journée du 14 février dernier, la fameuse dépêche télégraphique du même jour, les visites domiciliaires qui en furent le résultat, la détention de M. de Conny, le procès Valerius, etc., ont tout à coup jeté un grand éclat sur M. de Montalivet, deuxième du nom ce nom ne peut plus périr.
Février 1831.
Épître à M. le vicomte de Chateaubriand
Avertissement. — M. de Chateaubriand vient de publier sous ce titre : De la Restauration de la Monarchie élective, une brochure qui a dû blesser les hommes du milieu, faire sourire les républicains, et affliger les vrais royalistes.
Il a pris pour la publier le moment où la Chambre des députés discutait la proposition de M. Baude, tendant à prononcer le bannissement perpétuel de la branche aînée des Bourbons.
Il déclare, dans les premières lignes de sa brochure, que c’est cette proposition qui l’a déterminé à répondre à une question obligeante qui lui a été faite, à diverses reprises, par les feuilles publiques, à savoir pourquoi il refusait de servir une révolution qui consacre des principes qu’il a défendus et propagés
; ce qu’il ne nie point.
Ainsi, voilà qui est bien entendu, et personne ne prétendra plus conserver à cet égard le moindre doute, M. de Chateaubriand a défendu et propagé les principes de la révolution de 1830.
Il y a cependant de bonnes gens, des royalistes candides qui, même après avoir lu cette déclaration, croient encore que M. de Chateaubriand a oublié une brochure en faveur de la restauration et de la légitimité.
Si cela était vrai, l’auteur de l’épître qu’on va lire se serait singulièrement mépris, et il serait coupable envers M. de Chateaubriand de la plus grande injustice du monde ; car il a considère sa brochure et la signale aux royalistes comme une satire sanglante contre les Bourbons de la branche aînée, contre la restauration et la monarchie.
Pour mettre le lecteur à même d’en juger et de décider si c’est M. de Charmettes qui se trompe, ou les journaux royalistes qui ont loué la brochure de M. de Chateaubriand, nous nous bornerons à citer quelques passages de celle-ci :
La légitimité était le pouvoir incarné : en la saturant de libertés, on l’eût fait vivre, en même temps qu’elle nous eût appris à régler ces libertés. Loin de comprendre cette nécessité, elle voulut ajouter du pouvoir à du pouvoir ; elle a péri par l’excès de son principe. — (Pages 8 et 9.)
[Suivent une dizaine d’extraits.]
Moi, je ne crois point au droit divin. (Page 43.)
Voilà le royalisme de M. de Chateaubriand à la fin de mars 1831 ! voilà son dévouement à la légitimité ! Et quand il termine sa brochure par cette déclaration : C’est en faveur de quelques têtes qu’on veut proscrire que je publie mon opinion
, il nous semble que c’est par trop se moquer du monde, et qu’il y aurait en vérité plus que de la bonhomie à s’y laisser prendre.
Mars 1831.
Épître aux deux cent vingt et un
Avertissement. — Les Chambres sont prorogées ; la dissolution de celle des députés, demandée avec fureur par les hommes du mouvement, paraît n’être différée que pour donner te temps de préparer les nouvelles listes électorales, la loi exigeant que de nouvelles élections aient lieu dans les trois mois de la dissolution.
Fatigués d’une session de neuf mois employés à démolir en grande partie l’ordre social, mais pendant lesquels on n’a rien su faire d’utile, d’indispensable, pas même un budget en butte au mécontentement, aux sarcasmes de tous les partis, la plupart de nos députés retournent chez eux l’oreille basse, et de très mauvaise humeur.
Les deux cent vingt et un se font surtout remarquer par leur air soucieux et leur mine allongée : leur dévouement à la patrie était si beau, si noble, si désintéressé, que, dans l’abandon général où ils se trouvent, il est bien juste de leur adresser quelques consolations.
C’est l’objet de l’épître suivante.
Avril 1831.
Bibliographie de la France (21 mai 1831)
Indexation des Épîtres politiques.
(Lien : Gallica.)
2338. Épîtres politiques sur nos extravagances, contenant : épître au comte Edmond de V***, sur le libéralisme ; épître aux libéraux, sur leur manière de gouverner la France ; épître à M. de Montalivet, sur la peur ; épître à M. de Chateaubriand, sur sa dernière brochure ; épître aux 221, sur la popularité. Par Le Brun de Charmettes. In-8° de 10 feuilles 1/4. Impr. de Dentu, à Paris. Prix, 3 fr.
La Quotidienne (7 juin 1831)
Encart publicitaire pour les Épîtres politiques sur nos extravagance.
(Lien : Retronews.)
Épîtres politiques sur nos extravagance, contenant : épître au comte Edmond de V. sur le libéralisme ; épître aux libéraux sur leur manière de gouverner la France ; épître à M. de Montalivet sur la peur ; épître à M. de Chateaubriand, sur sa dernière brochure ; épître aux 221, sur la popularité ; par Lebrun de Charmette, brochure in-8°.
Les épîtres réunies dans ce Recueil ont été inspirées par l’impression douloureuse du spectacle que présente depuis neuf mois notre pauvre France, si dupée, si enivrée de mensonges pendant quinze années, et aujourd’hui si pressurée par ceux qui se moquaient d’elle.
À Paris, chez Dentu, libraire, au Palais-Royal, galerie d’Orléans, n° 13, et rue du Colombier, n° 21. Prix : 3 f. et 3 f. 50 c. franc de port.
Bibliographie de la France (15 octobre 1831)
Indexation de sa Plainte au maire de Chartres.
(Lien : Gallica.)
4840. Plainte adressée à M. le maire de Chartres contre M. le colonel Cabart, commandant de la garde nationale, et M. Rogeard, chef de bataillon. In-8° d’une feuille 1/2. Impr. de Labalte, à Chartres. Signé : Le Brun de Charmettes
Le Revenant (11 janvier 1832)
Publication du poème : Le potager séditieux, dans ce quotidien légitimiste né avec la Monarchie de juillet.
(Lien : Retronews.)
Le potager séditieux
Certain lièvre autrefois craignit
Que pour cornes bientôt on ne prît ses oreilles
Et que la loi ne l’atteignît :
Les ognons maintenant ont des frayeurs pareilles.
Près des murs de Marseille, en un jardin suspect,
Les espions du ministère,
D’une fourche frappant la terre,
En découvrirent un dont le fatal aspect
Glaça d’horreur et d’épouvante
Les suppôts du pouvoir, gent sotte et peu savante.
Un lis !… d’un grand complot c’est la preuve vivante !
La bulbe est arrachée ; on verbalise, on court
Au préfet tricolore montrer la découverte.
La justice est saisie ; on s’agite, on discourt,
Et tout est en rumeur : une cocarde verte
N’eût pas plus effrayé la cour.
On n’en saurait douter, les caristes conspirent ;
Au retour d’Henri-Cinq les potagers aspirent.
Le maître du jardin sur l’heure est décrété,
Interrogé, coffré, menacé, menotté,
Et devant le jury, sans rire,
Avec son rognon confronté.
Le Persil phocéen, magistrat très-capable,
D’un beau réquisitoire accablait le coupable.
Sous le règne chéri du coq aux trois couleurs,
D’une main perverse, obstinée,
Cultiver en secret les fleurs
Des Bourbons de la branche aînée,
C’était, sans contredit, porter atteinte aux droits
Du grand Louis-Philippe au trône de nos rois,
Et préparer sa perte au retour de l’année.
Il aurait pu parler jusques au lendemain.
D’un œil épouvanté, l’accusé, morne et pâle,
Regardait autour de la salle
L’ognon conspirateur passer de main en main,
Quand un juré (c’était le moins sot de la troupe),
Restaurateur de son métier,
S’écria : Je veux bien passer pour gargotier,
Si ce conjuré-là n’est propre à mettre en soupe.
Il disait vrai, maître Garo !
Chacun tour à tour prend la loupe,
Jury, conseillers et barreau ;
Et le terrible rognon, qu’on dissèque et découpe,
Est reconnu pour un poireau.
Hommes du treize mars, laissez en paix la France.
Renvoyez ces inquisiteurs
Du foyer royaliste odieux visiteurs,
Et, n’incriminez plus le deuil et l’espérance ;
Modérez le zèle indiscret
D’un tas de bourdonnants et vils animalcules ;
Et puisque vous avez, je le dis à regret,
L’art d’être en même temps méchants et ridicules,
N’abusez plus de ce secret.
Le Brun de Charmettes.
Le Revenant (20 février 1832)
Encart publicitaire pour les Épîtres politiques sur nos extravagance.
(Lien : Retronews.)
Annonce. — Épîtres politiques sur nos extravagance, par M. Le Brun de Charmettes, chez Dentu, au Palais-Royal.
La Quotidienne (17 mars 1833)
Encart publicitaire pour le dernier numéro du journal Bagatelle, lequel contient deux poèmes de Le Brun : Rosny et les Trois exilés.
(Lien : Retronews.)
Bagatelle, journal de la littérature, des beaux-arts et des théâtres. Sommaire de la 24e livraison :
- Les Royalistes.
- Madame.
- Souvenirs.
- Beaux-Arts : Salon de 1833, par le comte Horace de Viel-Castel.
- Poésie : Rosny. Les trois exilés [on lit ailleurs,
les trois exils
], par Lebrun de Charmettes. - Revue littéraire : Physiologie du Ridicule, par Mme Sophie Gay.
- Vignette de Thompson.
- Musique : Gustave, ou le Bal masqué.
- Théâtres.
- Bulletin de la semaine.
- Variétés.
Prix de La souscription : 6 fr. pour 13 numéros. On souscrit à Paris, au Salon de Lecture, place de la Bourse, n° 9.
[Le poème Rosny apparaît également dans le Diamant, recueil paru l’année suivante, lire.]
Bulletin de l’Académie ébroïcienne (année 1833)
Le Brun était devenu membre correspondant de l’Académie ébroïcienne (une société savante fondée à Évreux en 1833), dont le Bulletin annuel publiera ses pièces de poésie.
Le Bulletin de l’année 1833 publie trois de ses pièces : le Dernier chant du cygne (ode), la Sensitive (stances) et La Fontaine ou l’abeille (ode).
Nota. — Il est listé comme membre correspondant à Ceton.
(Lien : Gallica.)
Le dernier Chant du Cygne
Ode, par M. Lebrun de Charmettes, Ancien Préfet d’Eure-et-Loir [Haute-Saône !], Membre Correspondant de la Société.
Comme, du haut des airs, dans son vol intrépide,
Un cygne éblouissant, frappé d’un trait rapide,
Tombe, oublié des dieux ;
Il regrette sa gloire à l’avenir ravie,
Et, sous un roc sauvage, exhale avec la vie
Un chant mélodieux :
Je ne vous verrai plus, Lesbos ni Stényclare,
[…]
La Sensitive
Stances, par M. Le Brun de Charmettes, Ancien Préfet de la Haute-Saône et Membre Correspondant de l’Académie ébroïcienne.
Ainsi que la vierge timide
Qui dérobe au désir avide
Sa bouche vermeille ou son sein ;
Frêle et pudique sensitive,
Ta feuille modeste et craintive
Fuit en tremblant devant ma main.
Que j’aime l’épine impuissante
Dont s’arme ta tige innocente,
L’humble éclat de tes pâles fleurs !
Que ton chaste effroi m’intéresse,
Quand du Zéphyr une caresse
Fait frémir tes rameaux en pleurs !
Mais que ta pudeur se rassure !
Loin de profaner ta verdure,
Mes soins veilleront à l’entour :
Ah ! malheur à qui voue aux larmes
L’innocence dont les alarmes
Demandèrent grâce à l’amour !
La Fontaine, ou l’Abeille
Ode, par M. Le Brun de Charmettes, Ancien Préfet de la Haute-Saône et Membre Correspondant de l’Académie ébroïcienne.
Je lisais dans un jardin,
Le matin,
Au doux bruit d’une eau lointaine,
Sous des arbres déjà verts,
Les beaux vers
De l’aimable La Fontaine.
Déjà Flore, de retour,
Alentour
Répandait cent fleurs nouvelles.
Une abeille vint oser
Se poser
Sur ces pages immortelles.
[…]
Tu seras tout mon souci,
Et voici
Le seul prix que j’en attende,
Si jamais à leurs faveurs
Les neuf sœurs
Ont en gré que je prétende :
Du poète aux doux accords
Dont ton corps
Cache l’âme et le génie,
Oh ! puissé-je me flatter
D’imiter
Et la grâce et l’harmonie !
Membres correspondants. […] Charmettes (le Brun de), à Céton.
France littéraire (1833)
Courte notice biographique avec bibliographie.
Titre complet : La France littéraire, ou Dictionnaire bibliographique des savants, historiens et gens de Lettres de la France, ainsi que des littérateurs étrangers qui ont écrit en français, plus particulièrement pendant les XVIIIe et XIXe siècles, t. V, par Joseph-Marie Quérard. 1833.
(Lien : Google Books.)
Lebrun de Charmettes (Philippe-Alex.), successivement sous-préfet de Saint-Calais (Sarthe) et de Coulommiers (Seine-et-Marne), sous la restauration ; né à Bordeaux, en 1785.
- Château (le) de Néville, trad. de l’anglais (1803). Voy. ce titre aux Anonymes. (Pigoreau.)
- Cri (le nouveau) de la France, ou l’Orléanaise, chant national. Orléans, 1817, in-4.
Composé à l’occasion de la fête du 8 mai, jour où se célèbre, à Orléans, avec pompe, l’anniversaire de la délivrance de cette ville par Jeanne d’Arc.
- Épîtres politiques sur nos extravagances, […], Paris, Dentu, 1831, in-8, 3 fr.
L’auteur avait donné à cet ouvrage le titre de Muséum littéraire de la France moderne, le libraire-éditeur lui substitua celui qu’il porte aujourd’hui. M. Lebrun de Charmettes s’occupe d’un ouvrage de littérature et d’érudition, sur le même plan que celui que nous venons de citer, intitulé, Muséum littéraire du moyen âge.
- Histoire de Jeanne d’Arc, […], Paris, A. Bertrand, 1817, 4 vol. in-8, orné de 8 grav., 25 fr.
On reproche à l’auteur de n’avoir pas toujours consulté les sources, et d’avoir emprunté tout le fond de son ouvrage à des écrivains modernes, qu’il ne cite pas toutefois qu’il les met à contribution.
- Histoire de la révolution de Naples, trad. de l’ital. (1807). Voy. Cuoco.
Cette traduction est aussi attribuée à [Bertrand] Barère de Vieuzac.
- Nymphe (la) de la Sarthe, cantate. Le Mans, 1817, in -8.
Composée à l’occasion du passage du duc d’Angoulême par la ville du Mans, et représentée sur le théâtre de cette ville, le 10 novembre 1817.
- Ode sur la fièvre jaune qui ravage l’Espagne. Paris, Audin, 1821, in-8 de 16 p.
- O’Donnel, ou l’Irlande, trad. de l’angl. (1815). Voy Morgan (lady).
- Orléanide, poème national en XXVIII chants. Paris, J. Smith ; Latour ; A. Bertrand, 1819. Sec. édit. (avec de grands changements). Paris, 1821, 2 vol. in-8, 14 fr.
- Plainte adressée à M. le maire de la ville de Chartres, contre M. le colonel Cabart, commandant de la garde nationale, et M. Rogeard, chef de bataillon. Chartres, de l’impr. de Labalte, 1831, in-8 de 24 p.
- Village (le) abandonné, poème de Goldsmith, et les Chants de Selma et Oithona, poèmes d’Ossian, imités de l’angl. en vers français (1803). Voy. Goldsmith.
En 1806 et 1807, M. Lebrun de Charmettes écrivit quelques articles et publia quelques vers dans l’Abeille littéraire,ou Journal hebdomadaire de la politique, des sciences, de la littérature et des arts. Plus tard, à l’époque de l’assassinat du duc de Berry, cet écrivain publia une Ode ou Chant funèbre (Paris, 1821, in-8) sur ce déplorable événement.
On attribue à tort à M. Lebrun de Charmettes, dans quelques biographies modernes, dit la Biographie universelle et portative des Contemporains, la traduction des ouvrages de lady Morgan, intitulés : le Missionnaire et la France.
Chacun sait que la plus grande partie des articles de cette dernière biographie est rédigée sur les renseignements fournis par les personnes qu’ils concernent ; on peut donc regarder cette assertion comme fondée.
Mélodies poétiques de la jeunesse (1833)
Ce recueil poétique contient le Bonheur des élus, extrait du chant V l’Orléanide. Le poème est précédé d’une courte notice qui soupçonne Le Brun d’avoir conçu ses Études littéraires à seule fin d’y insérer des fragments de l’Orléanide
.
Titre complet : Mélodies poétiques de la jeunesse, avec des notes biographiques, historiques et littéraires, t. II ; par François-Zénon Collombet. Paris, Bohaire, boulevart des Italiens, 10. Lyon, Sauvignet et comp., grande rue Mercière, 55, Bohaire, rue Puits-Gaillot, 9. 1833.
(Lien : Google Books.)
Lebrun de Charmettes (Philippe-Alexand.) naquit à Bordeaux en 1785. On a de ce poète l’Orléanide, poème national en vingt-huit chants ; Paris, Smith, Audin, Bertrand, 2 vol. in-8, 1821. L’Orléanide est un de ces infructueux essais d’épopée cent fois renouvelés chez nous, tantôt avec une rare bonne foi, tantôt avec une prodigieuse présomption. M. Lebrun avait eu sans doute un grand tort en composant un très médiocre poème ; c’en est un plus grand d’avoir voulu refaire les Leçons de Littérature de Noël, en publiant le Museum littéraire, à seule fin d’y insérer des fragments de l’Orléanide.
Le bonheur des élus
(L’Orléanide, ch. V.)
Sûrs d’un bonheur sans borne et qui ne peut s’éteindre,
…
Bulletin de l’Académie ébroïcienne (année 1834)
Le Bulletin, 1e partie, publie son Épître au docteur Aliès, la réponse qu’il composa en juin 1830 à une Épître que lui avait adressée peu de temps avant un docteur de Coulommiers (voir). Il s’y afflige du déclin des arts :
Le culte du laid proscrit celui du beau.
(Lien : Gallica.)
Le rapport annuel applaudit Le Brun, l’un de nos poètes les plus distingués.
C’est là le privilège, de ce qui est vraiment beau. C’est le privilège des vers de M. de Charmettes. L’épître dans laquelle il nous signale l’envahissement du romantisme suffirait de reste pour rassurer le classique sur l’issue de la lutte.
(Lien : Gallica.)
Épître au docteur Aliès, sur l’état de la littérature française en 1830.
Par M. Le Brun de Charmettes, Membre Correspondant de l’Académie ébroïcienne. (Elle fut composée en juin 1830, pour répondre à une épître sur le même sujet.)
La littérature est l’expression de la société.
(M. de Bonald)
Est-il vrai, cher docteur ? du grand art d’Hippocrate,
Laissant l’étude aride et la pratique ingrate,
La colère t’inspire, et, frondant nos travers,
Ton indignation se répand en beaux vers !
Pourquoi m’en étonner ? À l’aspect des folies
Qu’enfantent parmi nous les Muses avilies,
Quel ami du bon sens, quel amant des beaux arts,
Vers le fouet de Boileau ne tourne ses regards ?
Par des remèdes prompts combattre la manie
De croire le bon sens ennemi du génie ;
Dans des yeux, du mensonge et de l’ombre amoureux,
Ramener la clarté qui ne luit plus pour eux
Sur des cerveaux blessés répandre l’ellébore,
Docteur, c’est exercer la médecine encore ;
Et, charmé de tes vers, tout le sacré vallon
Reconnaît qu’Esculape est le fils d’Apollon :
Courageux ennemi de tout sot fanatisme,
Tel je t’ai vu combattre un autre romantisme,
Et, d’une secte folle affrontant les fureurs,
Confondre de Br*** les sanglantes erreurs,
Tel je te vois, héros d’une nouvelle lice,
Armé d’esprit, de sens, de verve et de malice,
Du vrai, du beau, du bon servant la cause encor,
Du Hugotisme altier fouler aux pieds le cor [Allusion au cor d’Hernani].
Courage ami ! du goût relevant tes bannières,
Aux oreilles des sots fais siffler tes lanières ?
Poursuis du fouet ces nains difformes et ridés,
Sur Shakespeare et Schiller burlesquement guindés ;
Et, pressant les talons de leur muse bossue,
Foule ensemble à tes pieds Dum*** et la sangsue !
Les plus fous jusqu ici ne sont pas les plus forts.
Mais penses-tu pouvoir, par tes nobles efforts,
Arrêter de nos arts la triste décadence ?
Seule entre les neuf sœurs, la muse de la danse
N’a pas du romantisme encor subi les lois.
L’architecture a peur ; la peinture aux abois
N’enfante, en grimaçant, que des monstres difformes.
La sculpture, féconde en colosses énormes,
Ne laisse plus sortir de ses ignobles mains
Que chevaux de charrette et palefreniers romains.
Girodet, Canova, reposent dans la tombe ;
Chaque jour de David quelque disciple tombe.
C’est à qui du bon goût éteindra le flambeau,
Et le culte du laid proscrit celui du beau.
[…, au total 12 pages.]
Taisons-nous donc, docteur ; n’ayons pas la folie
D’y vouloir rétablir Melpomène et Thalie :
La mode en France est tout ; cédons à ce tyran,
Et baissons pavillon devant l’auteur de Han !
[En début de volume, le bulletin publie la liste de ses membres : Chateaubriand, Lamartine, des ex-pairs, ministres, maréchaux, etc.]
- Président :
- M. d’Avannes, vice-président du tribunal de première instance d’Évreux.
- Président honoraire :
- M. le vicomte R. Delaitre, ancien préfet du département de l’Eure à Paris.
- Secrétaire perpétuel :
- M. Amédée Marc, ancien magistrat.
- Trésorier :
- M. Le Roy, ex-conseiller de préfecture.
- Membres honoraires :
- M. le vicomte d’Arlincourt, à St-Paër (Eure).
- M. le marquis de Chambray, maréchal de camp en retraite, à Chambray (Eure).
- M. le vicomte de Chateaubriand, ex-pair de France, ancien ministre des relations extérieures, membre de l’Académie française, à Paris.
- M. le marquis de Clermont-Tonnerre, ancien ministre de la guerre, à Glisolles (Eure).
- M. le comte Le Couteulx de Canteleu, ex-pair de France, à Étrépagny (Eure).
- M. le colonel Le Couteulx, ancien aide de camp du Dauphin, à Saint-Martin-d’Étrépagny (Eure).
- M. le marquis de Dreux-Brézé, pair de France, ancien grand-maître des cérémonies, a Marcouville (Eure).
- M. le comte de Gauville, maréchal de camp en retraite, à Évreux.
- M. Alphonse de Lamartine, membre de l’Académie française et de la chambre des députés, à Paris.
- M. de Langle, ex-maire de la ville d’Évreux, à Évreux.
- M. le comte de la Pasture, ancien député de l’Eure, ex-administrateur des postes, à Irreville (Eure).
- M. le marquis de Neuville, ex-pair de France, à Livarot.
- M. le marquis de Radepont, ex-pair de France, à Radepont ( Eure).
- […]
- Membres correspondants :
- Charmettes (Le Brun de), ancien préfet de la Haute-Saône, à Céton (Orne).
[Le rapport sur les travaux de l’Académie pendant l’année 1833 souligne le concours de Le Brun :]
L’auteur du poème de l’Orléanide, M. Lebrun de Charmettes, a bien voulu payer aussi à l’Académie son tribut littéraire. Vous avez écouté avec ravissement ce Dernier chant du Cygne auquel il a su donner tant de mélodie, une si touchante expression de regret, de douleur, de désespoir.
Rapport
sur les travaux de l’Académie ébroïcienne, pendant l’année 1834
Par M. Amédée Marc, secrétaire perpétuel.
Messieurs,
Vous avez bien voulu vous reposer encore une fois sur moi du soin de vous rendre compte des travaux de l’Académie, pendant le cours de l’année qui vient de s’écouler. […]
À une époque où la littérature semble aussi menacée d’une révolution, où deux camps bien tranchés se partagent la lice, une Épître pleine d’esprit et de verve satyrique vous aura signalé l’un de nos poètes les plus distingués, M. le Brun de Charmettes, parmi les champions de l’école classique. Pas un travers de notre siècle qu’il n’immole dans des vers qui se prêtent, avec une admirable facilité, aux plus minutieux détails aux descriptions les plus délicates. Ainsi nos beaux arts prétentieux et grimaçants, nos costumes étriqués, notre goût étroit et dépravé.
Le moi, point de départ de toutes nos pensées.
L’amour propre et l’envie, base de tous nos systèmes ; rien ne lui échappe, tout passe sous le fouet impitoyable. Un vers heureux peint souvent toute sa pensée. Notre époque par exemple n’est-elle pas ici d’un seul trait :
Un entrepôt vaut mieux qu’un titre de noblesse,
Et la foi des serments n’est plus qu’une faiblesse.
Et plus loin :
Nos grands principes sont de petits intérêts.
Et comme il répond à ces hommes qui mettent sur le compte de la nature l’ignoble nudité de leurs compositions :
Non, les arts ne sont point condamnés à tout peindre,
Leur devoir fut toujours de choisir et de feindre,
De marcher aux clartés d’un céleste flambeau,
D’élever la nature à l’idéal du beau.
Une grande vérité termine cette belle épître, où le classique est si grandement vengé des attaques de son rival.
La mode en France est tout !
Ah ! que cette vérité qui échappe au poète, comme un pénible aveu, le console au contraire ; un succès de mode ne saurait être plus durable qu’elle, tandis qu’il y a de certaines choses dont la mode elle-même ne saurait empêcher le succès.
C’est là le privilège, de ce qui est vraiment beau. C’est le privilège des vers de M. de Charmettes. L’épître dans laquelle il nous signale l’envahissement du romantisme suffirait de reste pour rassurer le classique sur l’issue de la lutte.
Le Diamant (1834)
Le poème Rosny paraît dans ce recueil, aux côtés d’œuvres de grands noms (Victor Hugo, Georges Sand, Théophile Gautier, etc.).
Titre complet : Le Diamant, souvenirs de littérature contemporaine, orné de onze gravures anglaises. Paris, Louis Janet, rue Saint-Jacques, n°89. 1834.
(Lien : Gallica.)
Rosny.
C’est ici qu’une Blanche nouvelle,
Opposant la constance au malheur,
Crut, hélas ! d’une perte cruelle
Endormir l’éternelle douleur.
Nobles murs, bois charmants, doux rivage,
Monuments de ses tendres regrets,
Lieux sacrés que chérit son veuvage,
Vous a-t-elle quittés pour jamais ?
Sur le sable je trouve la trace
Qu’imprimèrent ses pieds délicats.
Cette feuille qui fuit dans l’espace
A peut-être roulé sous ses pas !
Ces bosquets qu’a flétris la froidure,
Par ses soins autrefois embellis,
Du rempart de leur douce verdure
Abritèrent la rose et le lis.
Jeunes fleurs qu’arrosèrent ses larmes,
Puissiez-vous sur ces bords refleurir !
Doux objets d’espérance et d’alarmes,
Je veux vivre pour vous ou mourir !
Nobles murs, bois charmants, doux rivage,
Monuments des plus justes regrets,
Retenez le serment qui m’engage ;
Dussent-ils ne l’entendre jamais !
Lebrun de Charmettes.
Le Constitutionnel (16 juin 1834)
Législatives : Le Brun est candidat à Coulommiers face au député sortant Georges Lafayette.
(Lien : Retronews.)
Élections. Candidatures. — […] Seine-et-Marne : Coulommiers, MM. Georges Lafayette, député sortant ; Parquin, bâtonnier de l’ordre des avocats de Paris ; Butot, membre du conseil-général ; Ménager, ancien capitaine de dragons ; me marquis de Varennes, ancien maire ; et Le Brun de Charmettes, préfet sous Charles X.
Georges Lafayette est réélu.
(Lien : Journal de Paris.)
Seine-et-Marne (Coulommiers). — M. Georges Lafayette, député sortant, candidat de l’opposition, par 211 voix sur 293. M Bullot, candidat constitutionnel, a obtenu 58 suffrages.
Bulletin de l’Académie ébroïcienne (année 1835)
La première partie du Bulletin annuel publie deux pièces de Le Brun : la Campagne (satire, qui narre les mésaventures d’un candide peintre lorrain pensant trouver la paix et l’inspiration loin de la ville), ainsi qu’une amusante (et autobiographique) Ode sur le malheur qui s’attache aux poètes épiques.
(Lien : Gallica.)
La seconde partie publie deux satires (désabusées) sur l’amitié : les Amis et l’Histoire de Damis. La dernière se termine par une pique contre Hugo et Dumas :
Les cœurs faits pour aimer sont en si petit nombre, / Qu’on trouverait plutôt des fleurs sous les frimas, / Chez Hugo du bon sens, un bon vers dans Dumas !
(Lien : Gallica.)
La Campagne
Satire, par M. Le Brun de Charmettes, Membre correspondant. (Cette satire a été composée en 1833, et fait suite à une autre intitulée : La Fille.)
Et ego in Acadiâ pastor.
Adieu, cités, adieu, réunions baroques
De temples, de cachots, d’hôtels et de bicoques ;
Ecarté, cinq pour cent, roulettes, tribunaux,
Théâtres endiablés, froids salons, sots journaux,
Corps-de-garde enfumés, tambours, Parisienne,
Émeutes, choléra, …
Je pars ; je veux connaître et goûter une fois
La liberté des champs, le silence des bois,
Les vertus du village ; et sans soins, sans envie,
Couler dans le repos le reste de ma vie.
Éraste dit et part. Avant la fin du jour,
Il aperçoit de loin le rustique séjour
Où, d’un siècle de boue oubliant les calices,
Il va de l’âge d’or savourer les délices.
[Mais rien ne se passe comme prévu et le malheureux Éraste enchaîne les déconvenues en tout genre (accident, logis inconfortable, charge d’un taureau, intoxication, etc.) Le pénible séjour dure six mois.]
Tout bien considéré, pour vivre heureux, tranquille,
Il faudrait n’habiter ni les champs ni la ville.
Ode sur le malheur qui s’attache aux poètes épiques
Par M. Lebrun de Charmettes, Membre correspondant.
Sur des rochers déserts, dans une île sauvage,
Dont la mer indienne embrasse le rivage,
À l’ombre des palmiers, au bruit mourant des flots,
Un jeune amant des arts, ivre d’un beau délire,
Inclinait sur sa lyre
Un front appesanti par les plus doux pavots.
[Le génie des beaux-arts apparaît et lui accorde un vœux. Donne-moi cette lyre que je puisse consacrer à la Gloire, mon pays adoré, ses héros et mon nom !
Effrayé, le génie tente de le dissuader, et pour ce faire égraine la longue liste des poètes et de leurs douleurs.]
N’importe !
s’écria le jeune téméraire ;
Daigne me satisfaire !
De leur gloire content, j’accepte leurs malheurs.
Insensé ! de leur gloire enivre donc ton âme !
Tu paieras cher un jour le don qu’elle réclame,
Et maudiras trop tard l’audace de tes vœux :
L’Oubli, l’Ingratitude, et la Haine, et l’Envie,
Répandront sur ta vie
Tous les maux que le Sort a partagés entre eux.
Hélas ! il s’accomplit ce formidable oracle !
Au glaive, à la tempête échappé par miracle,
Le poète a subi d’ineffables malheurs :
D’un monument de gloire il dota sa patrie,
Et son âme flétrie
Épuise lentement la coupe des douleurs.
Les Amis
Satire, par M. Le Brun de Charmettes, Membre correspondant.
Rien de plus commun que le nom ;
Rien de plus rare que la chose.
La Fontaine.
Mon ami ! que ce nom, de mes peines vainqueur,
Fut doux à mon oreille et puissant sur mon cœur !
Mon ami ! ce mot seul suspendait mes alarmes,
Endormait mes douleurs et tarissait mes larmes ;
Et, surprise avec art dans des filets dorés,
Mon âme caressait des songes adorés.
Mais le temps est venu des vérités amères,
Et les réalités ont chassé les chimères ;
Et peut-être, à mon tour, il me serait permis
De dire : Ô mes amis ! on ne voit point d’amis.
J’aurais tort : il en est ; j’en possède moi-même.
Au jour de mes revers, plus d’un mortel qui m’aime,
L’a prouvé noblement ; et, s’il fallait-compter…
Il en est jusqu’à trois que je pourrais citer.
Mais, pour quelques amis à leurs serments fidèles,
Combien, vrais papillons, enfuis à tire-d’aile !
C’est de ceux-là, d’eux seuls, que-je veux traits pour traits
Dessiner à l’eau-forte et graver les portraits.
De l’estime et du temps l’affection veut naître :
Ces gens-là vous aimaient avant de vous connaître,
Et pour vous, dès l’abord, d’enthousiasme épris,
Pour qui vous précéda n’ont plus que du mépris.
[Suivent toutes sortes de situations où les amis déçoivent…]
Je ne finirais pas si je voulais dépeindre
Toutes les amitiés qu’on peut avoir à craindre :
J’aime mieux vous conter l’histoire de Damis,
Qui pouvait vivre heureux s’il n’eût point eu d’amis.
(La fin dans l’un des prochains cahiers.)
Histoire de Damis
Fin de la satire sur les Amis, par M. Le Brun de Charmettes, Membre correspondant.
Héritier jeune encor d’un vieil oncle fort chiche,
Il était simple et bon, beau, généreux et riche.
Il avait ouï dire : Il faut partout savoir
Se faire des amis
: Il en voulut avoir.
Il est moins qu’on ne croit difficile d’en faire ;
Pour quiconque a de l’or ce n’est pas une affaire ;
Pour peu qu’il en souhaite il est bientôt content.
Damis s’en procura pour de l’argent comptant,
Pour des dîners, des bals, des concerts et des fêtes,
Des emplois aux moins sots, des rubans aux plus bêtes ;
Faveurs que son crédit (quel riche n’en a pas ?)
Obtenait du ministre en obsédant ses pas.
En deux ans ruiné par une main traîtresse,
Pour son meilleur ami trahi par sa maîtresse,
Assiégé de besoins, de regrets dévoré,
Damis se retira sous un chaume ignoré,
Et demanda pour vivre (il faut toujours qu’on dîne)
Un tout petit emploi dans la cité voisine.
[Le bon Damis va enchaîner les déconvenues, victime d’amis oublieux, avares ou profiteurs, pour finir condamner pour le meurtre que l’un deux à commis.]
Ami lecteur, voilà les amitiés du monde !
En exemples pareils tout l’univers abonde.
Si donc le Ciel t’accorde un véritable ami ;
Dans son attachement par tes maux affermi,
Garde bien ce trésor ! veille sur lui sans cesse !
Mais ne prodigue point ton cœur et ta tendresse.
Insensé qui prétends être aimé de chacun !
À qui veut tant d’amis, le Ciel n’en donne aucun.
Pour la vraie amitié ne prenons point son ombre.
Les cœurs faits pour aimer sont en si petit nombre,
Qu’on trouverait plutôt des fleurs sous les frimas,
Chez Hugo du bon sens, un bon vers dans Dumas !
Bibliographie de la France (6 février 1836)
Indexation de son poème des Amis.
(Lien : Gallica.)
578. Les Amis. Satire. Par M. Lebrun de Charmettes. In-8° d’une feuille 1/4. Imp. d’Achaintre, à Louviers.
Tiré à 100.
La Quotidienne (31 mai 1836)
Annonce de la souscription pour Pélage.
(Lien : Retronews.)
Dans un temps où les nobles compagnons de Charles V s’efforcent de soutenir la légitimité attaquée par des stipendiés de toutes les nations, c’est un véritable à-propos que la publication d’un ouvrage qui rappelle les exploits de Pélage et de ses courageux Espagnols. Cet ouvrage, qui se vend au profit des Espagnols internés, a pour titre : Pélage, ou les Mille Vaillants dans la grotte du Covadongue, poème espagnol du XVe siècle, de Rodrigue Cota, l’oncle, traduit librement en vers de diverses mesures ; précédé d’une notice sur Rodrigue Cota, d’un exposé historique de l’invasion des Maures en Espagne, et de l’établissement de Pelage dans les Asturies, accompagné de notes historiques et littéraires, et dédié à S. M. C. Charles V, roi d’Espagne et des Indes ; par M. Le Brun de Charmettes, ancien préfet. Un vol. in-8°. Prix : 6 f., et 7 f. 25 c. par la poste. On souscrit à Paris, chez Dentu, imprimeur-libraire, 1 bis rue d’Erfurth, et 13 Palais-Royal, galerie d’Orléans. (Affranchir.)
La France littéraire (mai-juin 1836)
La revue critique de l’ouvrage Une lecture par jour d’Alexandre Boniface, la compare au Muséum littéraire de Le Brun, que tout le monde connaît
.
(Lien : Gallica.)
Sous ce titre modeste, M. A. Boniface, déjà si connu par son zèle et son dévouement à l’instruction de la jeunesse, vient d’acquérir de nouveaux droits à l’estime et à la reconnaissance des familles. L’ouvrage qu’il donne au public, et dont le premier volume vient de paraître, offre un choix de morceaux littéraires, historiques, moraux, religieux pour chaque jour de l’année, destinés, par la variété du style et des matières, à servir de modèles dans tous les genres de compositions littéraires.
Plusieurs livres de ce genre ont paru depuis long-temps. Tout le monde connaît les leçons de littérature de Noël et le Muséum littéraire de Lebrun de Charmettes. Sans doute ces diverses collections sont précieuses sous plus d’un rapport ; mais elles ne sont pas exemptes de défauts même assez graves. Elles ne présentent pour ainsi dire que des extraits d’auteurs anciens ; par conséquent on trouve peu de variété dans le style. Les sujets, d’ailleurs isolés, dénués de toute critique, exposent les jeunes gens au danger d’un aveugle enthousiasme ou d’une grande incertitude de jugement ; enfin ces sujets sont, en général, trop inégaux dans leur étendue, trop élevés dans leur genre, trop uniformes dans leur classification pour servir de modèles ou de matières de composition. M. A. Boniface a évité cet inconvénient. […]
La Quotidienne (30 novembre 1836)
Encart publicitaire pour la souscription pour Pélage.
(Lien : Retronews.)
Pélage ou les Mille vaillants dans la grotte de Cavadongue, poème espagnol du XVe siècle, traduit en vers de diverses mesures, et dédié à S. M. Charles V, roi d’Espagne et des Indes, par M. Le Brun de Charmettes, ancien préfet, auteur de l’Histoire de Jeanne d’Arc, de l’Orléanide, des Épîtres sur nos extravagances, etc. Un vol. in-8°. Prix : 6 fr. à Paris, et 7 fr. 25 c. franc de port.
On souscrit chez Dentu, imprimeur-libraire, Palais-Royal, galerie d’Orléans, 13. On ne paiera rien d’avance. Cette publication n’étant point une spéculation commerciale, elle n’aura lieu que si les souscriptions en couvrent les frais.
Bulletin de l’Académie ébroïcienne (année 1836)
Le Bulletin, 2e partie, publie plusieurs fragment de sa traduction de Pélage, poème espagnol du XVe siècle, et annonce la mise en vente du volume par souscription.
(Lien : Gallica.)
Pélage,
ou les mille Vaillants, dans la grotte de Covadongue
Poème espagnol du quinzième siècle, de Rodrigue Cota (l’oncle), traduction inédite par M. Le Brun de Charmettes, Membre correspondant.
Un vol. in-8°, prix : 6 fr. pris à Paris, chez Dentu, imprimeur-libraire, rue d’Erfurth, n° 1, et Palais-Royal, galerie d’Orléans, n° 13 — La publication de cet ouvrage, dédié à S. M. Charles V, roi d’Espagne et des Indes, n’étant point une spéculation, elle n’aura lieu que si les souscriptions couvrent les frais.
Fragment
Il fut un homme fier, encor jeune, intrépide,
* Un Cantabre au coup d’œil profond, sûr et rapide,
Au sein qui le conçut par la foudre engendré,
* Dont la tête de fer, toujours calme à son gré,
Dure, froide, pareille aux rocs de sa patrie,
* Du volcan de son cœur gouvernail la furie,
* Mais qui, frappée alors d’un penser généreux,
Lança de toutes parts sa lumière et ses feux,
Embrasa tous les cœurs de son mâle courage.
Cet homme, ce héros, ce Dieu, c’était Pélage,
Qui des murs de Gijon, jusque là conserves,
Mais enfin par le More aux Chrétiens enlevés,
Arriva dans ces lieux, leur retraite dernière,
Avec sa jeune sœur, son épouse et sa mère.
Demi-nus, épuisés de fatigue et de faim,
L’eau des fleuves franchis ruisselait sur leur sein.
Rochers, forêts, torrents, l’amour de la patrie
Leur a tout fait braver pour fuir la tyrannie.
Triste, voilant son front et taisant ses malheurs,
La sœur du preux soupire et dévore ses pleurs ;
À nul homme qui vive, en ses sombres alarmes,
Elle ne permet plus de voir couler ses larmes.
[…]
Alors, du sang du More encor toute trempée,
Il fit à leurs yeux tout-à-coup
Étinceler sa vieille épée,
Et s’écria : Qui veut frapper le premier coup ?
C’est la moitié de la victoire !
Comme la voix de l’Éternel
Tonnant dans les plaines du ciel,
Sa voix retentit dans les âmes :
De courage tous les fronts
S’étendirent, s’élevèrent ;
Tous les yeux étincelèrent ;
Toutes les poitrines s’enflèrent,
Et toutes les voix s’écrièrent :
Marchons !
N. B. Nous avions le désir d’insérer en entier le fragment que M. Le Brun de Charmettes a bien voulu nous communiquer ; et nous regrettons que l’abondance des matériaux pour le Bulletin nous ait imposé la nécessité d’y faire plusieurs coupures. Mais nous y avons suppléé par quelques vers de transition que nous avons eu soin d’indiquer par des astérisques, afin de ne pas en laisser la responsabilité à l’auteur. Nous avons pensé que c’était le seul moyen de conserver la liaison et l’ensemble de ce morceau remarquable, qui sera pour les lecteurs comme un avant goût de l’intéressant poème dont il fait partie. (Note du Rapporteur.)
[Le Bulletin pour l’année 1837 n’a rien inséré de Le Brun. Le rapport annuel revient sur la publication de Pélage.]
M. Le Brun des Charmettes nous avait accordé la même faveur, et l’extrait qu’il a bien voulu communiquer à la Société de son œuvre de Pélage, a pu vous faire apprécier le mérite de ce poème que le public attendait alors avec impatience. C’est dans l’ouvrage même qu’il faut retire ce morceau que les bornes malheureusement trop resserrées de nos publications n’avaient point permis d’y insérer en son entier. Notre honorable collègue s’est élevé dans cette composition à la hauteur des plus beaux passages de son poème de la Pucelle d’Orléans. Celui qui avait chanté le triomphe de la légitimité française sur l’usurpation anglaise du XVe siècle, était digne d’offrir un des plus beaux traits de l’histoire espagnole au Roi-Soldat qui lutte aujourd’hui si courageusement contre la révolte soudoyée dans son royaume par l’ambitieuse Angleterre.
Gazette de France (29 octobre 1837)
Très longue tribune de Le Brun (publiée sur deux jours) au sujet du serment électoral
que la loi impose aux électeurs censitaires. Nombreux légitimistes ont préféré leur expulsion du corps électoral plutôt que de le prêter. Comme d’autre, Le Brun considère le texte du serment équivoque ; et renfermant potentiellement de profondes contradictions qui doivent être éclaircies.
Si c’est là ce que le serment exigé signifie, que les hommes de juillet osent nous le dire ! Toute discussion ultérieure deviendra superflue. Il est évident qu’aucun royaliste honnête homme (et nous ne concevons pas qu’il puisse en exister d’autres), ne peut prendre de pareils engagements. Que notre main se dessèche et que notre langue s’attache à notre palais avant qu’un tel serment sorte de nos lèvres !
(Lien : Retronews.)
Nous recevons la lettre suivante de M. Le Brun de Charmettes, qui contient une discussion approfondie sur la question du serment. Nous n’avons pas voulu nous prononcer dans cette question, diversement entendue par nos amis.
Il y a quatre ans nous avions demandé des déclarations que la loi ne permet plus aujourd’hui. Le mandat a été [jugé ?] par nos amis comme un acte de souveraineté qui montrait ainsi dans quel sens le serment était entendu par eux.
À M. le Directeur de la Gazette de France.
Du château du Mesnil,
ce 21 octobre 1837.Monsieur,
La prochaine réunion des collèges électoraux ramène une question à laquelle la situation de la France et de l’Europe entière donne une importance immense et une portée incalculable : la question du serment exigé des censitaires à qui la loi électorale actuellement en vigueur reconnaît le droit d’élire les membres de la chambre des députés.
Un homme de probité et d’honneur lié à la dynastie exilée par un serment formel ou seulement prêté d’intention et de cœur ; un homme d’honneur et de probité à qui ses principes religieux et ses croyances politiques disent qu’ils doit foi et hommage à cette dynastie, peut-il, pour jouir de l’exercice de ses droits électoraux, prêter le serment exigé, sans se rendre coupable d’une félonie et d’un parjure ?
Cette question me semble n’avoir jusqu’ici été ni abordée avec assez de franchise, ni examinée avec assez de courage, ni résolue avec assez de netteté pour satisfaire les esprits justes et les consciences timorées. On s’est beaucoup étendu sur l’utilité, l’importance, la nécessité de l’affirmative ; on n’a encore presque rien dit, ou du moins rien dit de satisfaisant, sur sa moralité.
Il s’ensuit que les avis sont restés partagés chez les royalistes, et de cette division sont résultés des inconvénients graves et des conséquences funestes.
Ceux qui ont prêté le serment ont plutôt cédé à une espèce de sentiment intérieur qui leur disait qu’ils ne faisaient point mal, qu’à un enchaînement logique de vérité incontestables. Ils ont été persuadés, mais non pas convaincus ; et il leur reste au fond du cœur une sorte d’inquiétude qui ressemble à un secret reproche.
Ceux qui ont refusé le serment son dans une situation à peu près semblable. En voyant tant d’hommes honorables animés des mêmes croyances religieuses qu’eux et des mêmes affections politiques arriver par cette formalité à la tribune législative et y défendre avec tant de loyauté et de courage, avec tant de succès moral et d’utilité politique, la cause de la religion et de la vertu, ils ne savent plus que penser du parti qu’ils ont pris ; ils craignent de s’être trompés, d’avoir été retenus par un scrupule sans fondement ; ils regrettent le bien qu’ils auraient pu faire ; il se reprochent le mal qu’ils n’ont pas empêché.
Cette situation des royalistes est-elle supportable et doit-elle durer toujours ? La divergence de leurs opinions sur un article aussi essentiel est déjà un grand mal ; les effets qui en résultent immédiatement ou médiatement sont un plus grand mal encore. L’union, qui fait la force, leur manque, et leur désaccord est un objet de risée pour leurs adversaires, dont il assure le triomphe, qui est celui du génie du mal sur le génie du bien.
Il est temps de sortir d’une situation aussi pénible, de mettre fin à une confusion d’idées entravées à dessein par la mauvaise foi de nos adversaires, de les faire rougir de leur iniquité, s’ils peuvent rougir encore, et de renvoyer le scandale à ses auteurs.
Je pense que ce sera rendre un service immense à une cause dont toute la puissance consiste dans la force morale qui résulte du bon droit, de la probité, du respect pour la foi jurée, et de la rigoureuse observation des lois de l’honneur.
Pour que des hommes professant les mêmes opinions politiques et religieuses se soient partagés sur la question du serment électoral, il faut évidemment qu’ils aient compris ce serment d’une manière différente. Lesquels se sont trompés ? C’est ce qu’un examen approfondi peut seul nous faire combattre. Je vais me livrer à cet examen, sans préventions, sans préoccupations, avec ce calme, cette impartialité, cette bonne foi, cette simplicité de cœur, et autant qu’il sera en moi, avec cette clarté, cette sévérité logique sans lesquelles les discussions ne peuvent conduire à aucune solution incontestable et définitive.
Toute celle à laquelle je me livrerai roulera exclusivement sur cette question :
Que signifie le serment imposé aux censitaires aptes à exercer le droit électoral ?L’article 47 de la loi du 19 avril 1831 impose à tout électeur l’obligation de prêter, avant de voter, le serment prescrit par la loi du 31 août 1830 :
Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle de 1830 et aux lois du royaume.C’est une règle de droit que tout serment doit se prêter au sens de celui ou de ceux qui l’imposent.
Pour bien comprendre à quoi la formule du serment imposé par les vainqueurs de 1830, il faut donc tâcher de découvrir ce qu’ils ont entendu par les paroles dont cette formule se compose.
Ont-ils voulu faire dire à l’électeur :
Je jure foi et hommage à Louis-Philippe ?En d’autres termes :J’engage ma foi à Louis-Philippe d’être son sujet, son homme ; en conséquence de m’armer pour sa défense si on voulait lui retirer la couronne, et de le maintenir sur le trône, même malgré le vœu de la nation, au prix de mes biens, de mon sang et de ma vie ?
Je jure d’obéir, non seulement à la charte constitutionnelle de nouveau promulguée en 1830 et aux lois du royaume en vigueur à l’époque où ce serment fut imposé, mais encore à toutes les lois qui ont pu ou qui pourront être imposées plus tard au royaume par toute assemblée, élue ou non élue, qui s’intitulera chambre des députés ou chambre des représentants, représentation nationale, assemblée nationale, constituante ou législative, convention, corps législatif, etc., etc.
(Au nombre des lois rendues postérieurement au 31 août 1830, il en est une, la loi Briqueville, qui frappe les membres de la branche aînée des Bourbons d’un bannissement perpétuel, et leur inflige la peine de mort s’ils rompent leur ban.)
Si c’est là ce que le serment exigé signifie, que les hommes de juillet osent nous le dire ! Toute discussion ultérieure deviendra superflue. Il est évident qu’aucun royaliste honnête homme (et nous ne concevons pas qu’il puisse en exister d’autres), ne peut prendre de pareils engagements. Que notre main se dessèche et que notre langue s’attache à notre palais avant qu’un tel serment sorte de nos lèvres !
Mais le serment imposé le 31 août 1830 par les révolutionnaires victorieux ne peut évidemment avoir le sens que les paroles dont il se compose semblent, au premier coup d’œil, exprimer.
Il ne peut exprimer l’engagement d’aucune sujétion à Louis-Philippe.S’il eût exprimé un engagement de sujétion à Louis-Philippe, Louis-Philippe n’aurait pas sanctionné la loi qui l’imposait aux électeurs ; car il eût violé, ipso facto, les engagements pris par lui-même, le 9 août 1830,
en présence de Dieu, (ce furent ses termes) devant les chambres réunies.La chambre des député avait, deux jours auparavant, prononcé la déchéance de la branche aînée des Bourbons ; supprimé, comme attentatoire aux droits de la nation, le préambule de la charte constitutionnelle qui renfermait implicitement la négation de la souveraineté du peuple ; supprimé ou modifié un certain nombre d’articles de la charte ; appelé Louis-Philippe au trône
moyennant l’acceptation de ces dispositions et propositions; invité Louis-Philippeà accepter et à jurer ces clauses et engagements, et à prendre, après l’avoir fait, le titre de roi des Français. La chambre des députés avait déclaré qu’elle ferait tout celaselon le vœu du peuple français, ce qui était s’en déclarer le mandataire et l’organe. Assurément le dogme de la souveraineté du peuple était implicitement proclamé par tous ces actes et dans toutes ces paroles.Toute la révolution de 1830 repose en effet sur ce principe. Dans le système des révolutionnaires, la souveraineté réside dans la nation. Selon eux, la nation a détrôné la branche aînée des Bourbons et appelé la branche cadette à la remplacer ; et c’est en vertu de son droit de souveraineté que la nation a fait ces deux choses. Ils ont même érigé cette proposition en dogme dans la loi du 29 novembre 1830, en frappant des peines les plus sévères toute attaque aux droits que le roi des Français tient, dit la loi, du vœu de la nation exprimé dans la déclaration du 7 août 1830.
Il ne s’agit point ici d’examiner si tout cela est vrai ou faux (pour ce qui nous concerne on sait assez ce que nous en pensons), il s’agit seulement de savoir si ces propositions sont le fondement sur lequel repose l’ordre de choses actuel. Or, que cela soit, à tort ou à raison, c’est ce qu’il est impossible de nier, car tout l’ordre de choses actuel demeurerait sans base, si on lui enlevait celle-là. Il est clair, en effet, que si la nation n’est pas souveraine, elle n’a eu le droit ni de renverser le trône de la branche aînée des Bourbons, ni de couronner la branche cadette ; et tout ce qu’on fait sans droit étant nul, il s’ensuivrait que l’autorité du roi des Français serait une usurpation. Assurément les hommes de juillet qui exigent le serment imposé aux électeurs ne peuvent pas l’entendre ainsi.
En acceptant la couronne des mains de la chambre des députés aux clauses et conditions imposées par elle, Louis-Philippe a, ipso facto, reconnu que tout ce qu’elle avait fait était légitime et dans la sphère de ses pouvoirs. Donc il a reconnu que la chambre des députés représentait la nation, et que la nation était souveraine.
Mais si la nation est souveraine, elle ne tient certainement sa souveraineté que de Dieu, qui l’a créée ; elle est souveraine en vertu de sa nature propre, et comme aucun être ne peut changer sa nature, il s’ensuit que, tant qu’elle existe, la souveraineté, conséquence de sa nature, lui demeure toujours inhérente, et qu’elle ne peut pas plus s’en dépouiller que de son existence même. D’où il suit encore qu’elle peut bien déléguer l’exercice de certains droits, de certains pouvoirs dérivant de sa souveraineté, mais non pas sa souveraineté elle-même.
La souveraineté, c’est (tous les dictionnaires la définissent ainsi) la supériorité politique la plus éminente, l’autorité suprême la plus indépendante et la plus absolue. Il ne peut pas plus exister deux souverainetés dans un état que deux têtes sur un corps animé qui ne serait pas un monstre.
Il ne faut pas que les mots nous en imposent, ni que leur acception la plus habituelle, et encore récente parmi nous, nous induise en erreur. Ils peuvent signifier des choses très différentes suivant les temps, les lieux, les personnes ; et ce n’est pas la première fois qu’on a vu la souveraineté séparée de la royauté.
(La suite à demain.)
[Lire l’édition du 30 octobre.]
Gazette de France (30 octobre 1837)
Nous regrettons de ne pouvoir donner avec tous ses développements la fin de la lettre de M. Le Brun de Charmettes, sur le serment électoral. Nous avons vu comment il établit que la souveraineté du peuple est la base de la charte de 1830. Voici les conséquences qu’il tire de ce principe :
Voilà pourquoi sans doute Louis-Philippe n’a pas pris, en tête de ses actes, la qualité de roi par la grâce de Dieu. Il a senti que le souverain seul pouvait employer cette formule, et que dans un pays où la souveraineté du peuple est proclamée, le seul roi par la grâce de Dieu, c’est le peuple.
Voilà pourquoi l’on avait défini, à l’hôtel-de-ville, le chef royal qu’on proposait de mettre à la tête de la nation, la meilleure des républiques, et la nature du gouvernement qu’on entendait nous donner, un trône entouré d’institutions républicaines.
Si le peuple français est le souverain de la France, à lui seul sont dus la sujétion et l’hommage. Un électeur ne pourrait promettre cette sujétion, cet hommage à un autre qu’au peuple français, sans violer ses devoirs à l’égard de ce peuple.
Voilà pourquoi, dans l’une des sessions qui suivirent la révolution de 1830, le chambre des députés se leva presque en masse pour repousser la qualification de sujets, et qu’on entendit s’écrier de toutes les parties de la salle : Louis-Philippe n’a point de sujets ! nous ne sommes point les sujets de Louis-Philippe !
Et cela était rigoureusement vrai ; et cependant la formule du serment que nous examinons était déjà imposée par une loi émanée de ces mêmes législateurs. Donc ils n’avaient pas entendu y renfermer un engagement de sujétion.
Comme il est impossible que les constituants de 1830 aient voulu se mettre en contradiction avec eux-mêmes, et fouler aux pieds le dogme en vertu duquel ils s’érigeaient en arbitres de nos destinées, il est évident, si jamais quelque chose fut évident au monde, qu’ils n’ont point entendu renfermer un engagement de sujétion dans la première partie du serment qu’ils ont imposé le 31 août 1830.
Ils semblent même avoir voulu prévenir toute équivoque, toute incertitude à cet égard, par la seconde partie de cette formule : Obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume.
Les deux parties de la formule du serment imposé seraient en opposition l’une avec l’autre, si ce serment impliquait un engagement de sujétion.
Quoi ! l’électeur irait jurer sujétion au roi des Français, et obéissance à une loi qui s’oppose formellement à cette sujétion ? Il irait, selon les constituants de 1830, exercer comme membre du souverain un droit dérivant de la souveraineté populaire, et il ferait en même temps acte de sujétion envers une domination différente ? Comme sujet du peuple, il trahirait son souverain, comme membre du souverain, il se trahirait lui-même. Il déferait d’une main ce qu’il ferait de l’autre ; il dirait le pour et le contre, il promettrait le blanc et le noir.
Le bon sens se refuse évidemment à une semblable interprétation.
Quels que soient les termes du serment imposé, ils ne signifient donc point ce qu’ils paraissent d’abord signifier ; mais le législateur, à moins de le supposer insensé, n’a pu vouloir imposer un serment qui n’aurait eu aucun sens. Ce serment doit, de toute nécessité, en renfermer un quelconque, et la conscience de l’électeur est intéressée à le découvrir. La réflexion suivante, à laquelle on est naturellement conduit par tout ce qui précède, me paraît devoir faciliter le travail d’intelligence auquel sa probité l’oblige. Tout le monde sait que les paroles ne signifient pas toujours ce qu’elles semblent au premier coup d’œil exprimer ; que les formules les plus fréquemment employées changent de sens, finissent même quelquefois par avoir un sens contraire au sens primitif, par l’effet du changement des circonstances, de la diversité des temps, des lieux, et surtout des personnes. Il me serait facile d’en citer une multitude d’exemples ; mais c’est là, monsieur, une vérité si universellement reconnue, que je crois pouvoir sans inconvénient m’en reposer sur la sagacité de vos lecteurs, à la mémoire desquels ils se présenteront naturellement en foule.
Cela posé, n’est-ce pas le cas d’appliquer au droit politique les règles si sages du droit civil ? Que prescrit le code pour l’interprétation des conventions ? Transcrivons textuellement ces dispositions.
On doit, dans les conventions, rechercher quelle a été la commune intention des parties contractantes, plutôt que de s’arrêter au sens littéral des termes. — Lorsqu’une cause est susceptible de deux sens, on doit plutôt s’entendre dans celui avec lequel elle peut avoir quelque effet, que dans le sens auquel elle n’en pourrait produire aucun. — Les termes susceptibles des deux sens doivent être pris dans le sens qui convient le mieux à la matière du contrat — Toutes les clauses et conventions s’interprètent les unes par les autres, en donnant à chacune le sens qui résulte de l’acte entier. — Dans le doute, la convention s’interprète contre celui qui a stipulé et en faveur de celui qui a contracté l’obligation. (Code civil, articles 1156, 1157, 1158, 1161, 1162.)Partant de ces dispositions, pour déterminer le sens du serment imposé par les lois du 31 août 1830 et du 19 avril 1831, il faut se demander quelles obligations devraient y être exprimées conformément aux maximes politiques et au droit public sous l’empire duquel ce serment a été imposé. Il faut en écarter rigoureusement tout engagement que prohibaient les lois du royaume alors en vigueur, et en interpréter les termes, quels qu’ils soient, conformément à ce qu’ils auraient dû exprimer, vu la matière et le but du contrat. Maintenant, qu’aurait pu, qu’aurait dû prescrire le législateur de 1830, s’il eût voulu agir conformément au principe en vertu duquel il prétendait avoir le droit d’agir, en un mot s’il avait été conséquent avec lui-même ?
Il aurait certainement formulé de la manière suivante le serment politique :
Je jure d’être fidèle à mes devoirs envers la nation, d’obéir à la constitution, aux lois qui la régissent, et, dans les limites posées par cette constitution et selon les règles déterminées par ces lois, au chef auquel il lui a plu de confier l’exercice des pouvoirs déterminés par ces lois et cette constitution.Je porte aux hommes de juillet le défi de nier que cette formule n’eût été rigoureusement conforme à l’origine et à la nature de l’ordre de choses qu’ils venaient d’établir, et que toute formule qui s’écarterait de celle-là, quant au fond des choses, ne serait en opposition avec cette nature et cette origine.
C’est là ce qu’ils ont pu, dû, et par conséquent voulu dire.
Il faut avoir toujours présent à la mémoire ce qu’ils ont pu, dû, et par conséquent voulu dire, pour être assuré de traduire conformément à leurs croyances politiques, aux maximes par eux proclamées, et, par conséquent, à leurs vraies intentions, la formule du serment qu’ils ont imposé aux électeurs.
Ainsi :
Je jure fidélité au roi des Français, signifie :Je jure d’être fidèle à mes devoirs envers le roi des Français.Or, nous savons tous quels sont ces devoirs et quels ils ne sont pas.C’est maintenant aux royalistes à juger s’ils peuvent contracter de telles obligations sans manquer à leurs devoirs. En vérité, monsieur, je n’en doute point, et je comprends maintenant comment, non seulement les républicains, mais les Berryer, les Hennequin, les Fitz-James, les Dreux-Brézé, les Dugabé, les Dubouchage, et tant d’autres royalistes respectables par leurs vertus, se sont déterminés à prêter le serment imposé par la loi du 30 août 1830.
Je comprends aussi très bien que les hommes de juillet connus sous le nom de doctrinaires aient pu écrire dans le Journal de Paris :
Le serment du test, imposant aux Irlandais la condition de cesser d’être catholiques, on conçoit qu’en hommes de croyances sincères, ils l’auraient refusé… Mais le serment politique que l’on demande à tous les électeurs en France n’impose rien de pareil ni même d’analogue. Nul n’est forcé à renoncer à ses croyances ni à ses principes. Les légitimistes restent légitimistes si cela leur convient.Je pense que les doctrinaires ont cette fois été dans le vrai et que les royalistes doivent prendre acte de leur déclaration. Elle termine le procès.
J’ai l’honneur d’être, etc.
Le Brun de Charmettes,
Ancien préfet.
J.-J.-É Roy : Histoire de Jeanne d’Arc
(avril 1839)
Abrégé des 4 volumes de l’Histoire de Jeanne d’Arc en un volume de 300 pages chez Mame à Tours (Bibliothèque de la jeunesse chrétienne), dont nous reproduisons le début de la préface.
Le travail le plus étendu, le plus complet, le plus consciencieux qui ait été entrepris sur la Pucelle d’Orléans est sans contredit celui de M. Le Brun de Charmettes. […] C’est aussi avec confiance que nous avons puisé à cette source les matériaux nécessaires à la composition de cette nouvelle histoire de Jeanne d’Arc, convaincu que nous ne nous sommes point écarté de la vérité en suivant les traces d’un auteur qui se montre toujours bon Français et bon chrétien.
Histoire de Jeanne d’Arc,
dite la Pucelle d’Orléans
Par J.-J.-É Roy. Revue et approuvée par une société d’ecclésiastiques. Tours, chez Ad Mame et Cie, imprimeurs-libraires, 1839.
Bibliothèque de la jeunesse chrétienne, approuvée par Mgr l’archevêque de Tours.
Préface
Quatre siècles se sont écoulés depuis qu’une jeune bergère, quittant sa chaumière et ses occupations champêtres, se plaça tout à coup à la tête des armées, releva le courage de nos guerriers, triompha partout des ennemis de la France, et replaça son roi sur le trône. Le temps n’a point affaibli l’enthousiasme qu’inspirent le courage et les vertus de l’héroïne de Vaucouleurs ; sa gloire, au contraire, semble s’accroître en avançant dans les âges, et c’est ce qui explique l’avidité avec laquelle on lit tout ce qui a rapport à cette fille merveilleuse, et la quantité d’ouvrages dont elle a fourni le sujet. Mais le travail le plus étendu, le plus complet, le plus consciencieux qui ait été entrepris sur la Pucelle d’Orléans est sans contredit celui de M. Le Brun de Charmettes. Dans ce livre, où l’auteur a réuni avec un soin minutieux et digne des plus grands éloges toutes les pièces authentiques du procès de condamnation et de celui de révision, c’est Jeanne d’Arc elle même, ce sont plus de cent témoins oculaires, parmi lesquels figurent des princes, des évêques, des magistrats, qui racontent cette histoire.
J’ai voulu, dit l’auteur, que mon livre soit un trésor commun, toujours accessible, où ceux qui viendront après moi puissent au besoin puiser avec confiance, où la masse des faits et des témoignages se conserve intacte, où chaque événement, où chaque récit garde à jamais sa physionomie naïve et première.
C’est aussi avec confiance que nous avons puisé à cette source les matériaux nécessaires à la composition de cette nouvelle histoire de Jeanne d’Arc, convaincu que nous ne nous sommes point écarté de la vérité en suivant les traces d’un auteur qui se montre toujours bon Français et bon chrétien.
Il est un seul fait sur lequel M. Le Brun de Charmettes n’a pu donner des renseignements exacts, c’est l’état où se trouve aujourd’hui la maisonnette, comme l’appelle Michel Montaigne, où naquit Jeanne d’Arc. À l’époque où il a écrit son livre, il se plaignait avec raison de l’abandon et de la profanation d’un monument qui aurait dû être conservé avec le plus grand soin. Ses vœux ont été accomplis. En 1820, le département des Vosges acheta cette maison du sieur Gérardin, qui en était propriétaire. […]
Bibliographie de la France (4 mai 1839)
2176. Histoire de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans ; par J.-J.-É Roy. In-12 de 13 feuilles, plus une gravure. Impr Mame, à Tours. À Tours, Mame.
Annuaire général (1839)
Le Brun apparaît dans l’annuaire de Chartres, rubrique propriétaires et divers.
(Lien : Gallica.)
Eure-et-Loir. Arrondissement de Chartres. Préfecture. Chef-lieu : Chartres.
Chartres, sur l’Eure, à 22.5 l. (distance légale) S.-O. de Paris ; on paie 10,75 p. par Rambouillet, et 10,25 p. par Orsay. 14.439 hab. Centre du commerce des grains de la Beauce. Marché au grains le jeudi et le samedi. On cite les pâtés de Chartres.
Propriétaires et divers : […] Lebrun de Charmettes, élig.
Idem en 1840.
(Lien : Gallica.)
[À partir de 1841, le même annuaire l’indique comme résident à Ceton, voir.]
Chroniques percheronnes (1840)
Courte notice biographique.
Antiquités et chroniques percheronnes, ou Recherches sur l’histoire civile, religieuse, monumentale, politique et littéraire de l’ancienne province du Perche et pays limitrophes, par [l’abbé] Louis Joseph Fret, prêtre, curé de Champs, membre correspondant de la Société des antiquaires de Normandie. 1840.
(Lien : Google Books.)
Le Brun-de-Charmettes (Philippe Alexandre), né à Bordeaux en 1785, ancien préfet sous la restauration de la monarchie, propriétaire et domicilié dans la commune de Ceton, a mis au jour plusieurs ouvrages distingués qui l’ont mis au rang des meilleurs littérateurs de notre époque. On lui doit :
- Une traduction française de l’histoire de la révolution de Naples.
- Histoire de Jeanne-d’Arc, surnommée la pucelle d’Orléans, etc. ; Paris, 1817, 4 vol. in-8°, figures ; ouvrage qui eut une grande vogue et donna naissance aux Messéniennes de Casimir-de-la-Vigne.
- Le nouveau cri de la France ou l’Orléanaise, in-4°, chant national.
- La nymphe de la Sarthe, cantate représentée sur le théâtre du Mans, 10 novembre 1817.
- L’Orléanide, poème national, 28 chants ; Paris, 1819, 2 vol. in-8°.
- Études françaises de littérature et de morale ; Paris, 1822, 2 vol. in-8°.
Il a annoncé la publication d’un Poème de Pélage, traduit de l’espagnol Rodrigue Cotta [paru en 1836].
Un autre passage (p. 479), nous informe sur la résidence de Le Brun à Ceton.
(Lien : Google Books.)
Quoique privé de ses manoirs seigneuriaux, bâtis au moyen-âge par les anciens barons du lieu, Ceton possède encore trois châteaux modernes ou modernisés ; ce sont :
- Glays, habité par M. le marquis de Turin ;
- Beauvais, habité jusqu’en 1811 par les sires de Rosinivinen, et aujourd’hui par le savant littérateur M. le Brun-de-Charmettes, avantageusement connu parmi les beaux talents de l’époque ;
- le Mesnil, demeure de l’ancienne famille Dumousset.
Les manoirs remplaçant les autres châteaux énumérés ci-dessus, tels que Launay, le Vauroux, la Motte, Saint-Denis, la Tour, etc., sont tous en la possession de riches propriétaires, qui y font aujourd’hui leur demeure.
Ceton est la plus populeuse des communes rurales de l’arrondissement de Mortagne ; elle renferme environ 3600 habitants.
Annuaire général (1841)
Le Brun est listé dans le conseil d’arrondissement de l’arrondissement de Mortagne.
(Lien : Gallica.)
Ordre administratif. Sous-préfecture. Sous-préfet : Bessin. Conseil d’arrondiss. : Bernet, maire de Bazoches-sur-Hoëne, […] Lebrun de Charmettes, propr. à Ceton. […]
Idem jusqu’à l’année 1844.
(Lien : Gallica.)
À partir de l’édition de 1845 (jusqu’à 1856) l’annuaire n’affiche plus de conseillers d’arrondissement.
(Lien : Gallica.)
Éloge de Jeanne d’Arc par l’abbé Pie (Orléans, 8 mai 1844)
Éloge de Jeanne d’Arc prononcé dans l’église cathédrale d’Orléans, le 8 mai 1844, par l’abbé Pie (futur cardinal Pie).
L’abbé s’appuie sur l’Histoire de son ami Le Brun de Charmettes pour défendre l’idée que Jeanne n’a pas désobéi à Dieu en poursuivant sa mission après le sacre de Reims.
Collection intégrale et universelle des orateurs sacrés, 2e série, publiée par l’abbé Migne, 1856.
(Lien : Google Books.)
[Début de la seconde partie de l’éloge :]
On a dit et l’on a répété souvent que la mission de Jeanne d’Arc expirait au pied de l’autel de Reims, que son devoir était de quitter l’armée et de rentrer sous la chaumière, de déposer le glaive et de reprendre le fuseau ; et parce qu’elle entra de ce moment dans la carrière des malheurs, on l’accuse d’être sortie de la voie que le Seigneur lui avait tracée. Cette appréciation trop humaine, Messieurs, n’est pas fondée sur l’histoire. Après un examen scrupuleux et approfondi, je vois bien que c’était le désir de Jeanne de reprendre la douce vie du hameau ; mais je ne vois pas que ce fût son devoir. (Cette vérité a été solidement établie, et le préjugé contraire victorieusement réfuté par le chantre et l’historien de Jeanne d’Arc, M. Le Brun de Charmettes. Qu’il me permette ici l’expression de ma reconnaissance pour sa bienveillante amitié.) Ses voix se taisent, mais son roi parle ; et pour celle en qui la religion de la seconde Majesté avait tant de puissance, je ne sache pas qu’à défaut du ministère des anges, le ciel pût s’expliquer plus authentiquement que par la bouche de l’Oint du Seigneur. Ah ! ne soyons pas de ceux qui ne se reposent point qu’ils n’aient trouvé des torts dans l’adversité, et qui imputent toujours des fautes au malheur. La théologie des amis de Job n’est pas celle des disciples de la croix.
Annuaire de l’Orne (année 1845)
Le Brun apparaît dans l’annuaire de l’Orne, comme conseiller d’arrondissement du Theil.
Titre complet : Annuaire de l’Orne pour 1845. […] Alençon, imprimerie de Bonnet, ancienne maison Malassis, rue des Filles-Notre-Dame. 1844.
(Lien : Gallica.)
Sous-préfectures. […] Arrondissement de Mortagne : M. Bessin (Légion d’honneur), sous-préfet. M. Soyer, secrétaire. Conseiller d’arrondissements. […] Canton du Theil : M. Lebrun de Charmettes, propriétaire à Ceton.
[Plus loin :]
Canton du Theil : […] Lebrun de Charmettes (Philippe-Alexandre), conser d’arrt, à Ceton.
La Presse (22 mars 1845)
Encart publicitaire du libraire Lenormant : O’Donnel au catalogue.
(Lien : Retronews.)
Libraire Lenormant, rue de Seine-Saint-Germain, 8.
Rabais exceptionnel. […] O’Donnel ou l’Irlande, par miss Owenson ; traduit de l’anglais par Le Brun de Charmettes, trois vol. in-12. Au lieu de 8 fr., 1 fr. 50 c.
Idem dans le Journal des débats (et probablement d’autres titres de presse) où la même annonce se retrouvera au moins jusqu’en 1857.
(Ex : 26 sep. 1851, 17 mai 1852, 28 août 1857.)
Librairie Le Normant, rue de Seine-Saint-Germain, 10. Ouvrages avec grande réduction sur les prix. […] O’Donnel, ou l’Irlande, par miss Owenson, traduit de l’anglais par Lebrun de Charmettes. Trois vol. in-12. Au lieu de 8 fr., 1 fr. 50 c.
Gazette de France (21 juillet 1845)
Les appellations de royaliste, patriote, honnêtes gens étant galvaudées, Le Brun propose que ceux de son camp se présentent sous celle d’homme national.
Nota. — D’après un courrier de Le Brun au rédacteur publié le 26, il semble que l’article soit la reproduction d’un plus ancien.
(Lien : Retronews.)
L’homme national.
L’orgueil et l’intérêt personnel, ces passions qui s’efforcent toujours de mettre à profit les conceptions les plus nobles et les plus généreuses, se sont, depuis trente années, couverts de tant de masques différents, ont arboré des enseignes si multipliées, ont épuisé à tel point les dictionnaires de toutes les langues, pour renouveler d’année en année, de mois en mois, et pour ainsi dire de jour en jour, les désignations, bientôt flétries, des associations auxquelles ils président uniquement, que les honnêtes gens, les véritables amis de leur roi et de leur pays, ne savent plus aujourd’hui quel nom se donner entre eux, quel titre s’accorder mutuellement, pour ne pas courir le risque de se mal entendre, et s’exposer au chagrin de se voir, bon gré mal gré, incorporés, du moins en apparence, dans les rangs de quelque coterie politique. Choisissez-vous le titre de royaliste ? Ce nom, parce qu’il a été quelquefois usurpé, vous affuble, aux yeux d’un certain nombre d’hommes, de toutes les prétentions, de toute l’intolérance de quelques insensés. Celui de libéral ? Dès que les sectateurs du plus illibéral de tous les systèmes osent s’en décorer, il ne peut plus convenir à des âmes fières et généreuses. Patriotes, constitutionnels, indépendant, tous ces noms, pour avoir été appliqués à contre sens, ont perdu, avec leur véritable acception, leur beauté et leur noblesse ; car il semble être dans la destinée de certains hommes de réaliser parmi nous la fable des Harpies ; ils flétrissent tout ce qu’ils touchent ; et, ravageurs infatigables de leur pays, ils ont, de profanation en profanation, souillé jusqu’à son langage.
Il est cependant utile que les hommes sages adoptent aussi leur enseigne, ne fût-ce que pour se reconnaître dans la mêlée, ne fût-ce que pour révéler aux fous et aux méchants leur existence presque oubliée d’eux, leur nombre plus considérable qu’on ne le croit, et leur intention, certainement très prononcée, de ne se pas laisser faire éternellement la loi par la perversité qui profite de tout, et la sottise qui ne doute de rien.
Mais cette enseigne, dira-t-on, quelle sera-t-elle, puisqu’il n’est pas de désignation qu’on n’ait empoisonnée ; et puisque le beau nom d’honnêtes gens lui-même, prodigué trop souvent à la nullité et à la faiblesse, n’impose point assez à l’audace des partis ? Nous oserons en proposer un, longtemps, à la vérité, profané comme tous les autres, mais à qui le temps a rendu sa noblesse, et qui, adopté par tout ce que la France renferme de grand, de vertueux et de sage, ne pourrait manquer de recouvrer rapidement sa dignité première.
Ne se présente-t-il pas déjà à votre pensée, ce nom qui devrait être si cher à quiconque tressaille aux souvenirs héroïques de la patrie, ce nom qui rappelle à la fois de si beaux droits et de si nobles devoirs ? N’entendez-vous pas la France l’offrir, comme un titre de gloire, à ceux de ses enfants qui, par leurs vertus, se montrent dignes d’elle ? Ne crie-t-elle pas à tous : Soyez les défenseurs de votre nation ; soyez fiers de votre nation ; soyez nationaux !
L’homme national, tel que nous le concevons, n’est pas celui qui ne cherche dans les fastes de notre histoire que les fautes et les erreurs de nos aïeux ; qui ne veut pas voir que les grands noms, que les antiques souvenirs, font essentiellement partie de la gloire nationale, et qui, parce qu’il n’y trouve rien de propre à satisfaire sa vanité individuelle, s’obstine à prétendre déshériter le présent et l’avenir de la poétique grandeur des siècles écoulés.
Ce n’est pas celui qui ne remonte au berceau des âges que pour présenter à ses contemporains le tableau humiliant d’un grand corps de nation divisé en deux peuples, un peuple de vainqueurs, un peuple de vaincus ; le premier ignorant et demi-sauvage, accablant le second, instruit et civilisé, du poids des chaînes féodales ; se réservant tous les pouvoirs, tous les honneurs, toutes les gloires, et ne laissant au peuple esclave que les travaux et le mépris. Peinture tristement fantastique, songes d’un orgueil jaloux qui, enfantés par un cerveau malade, s’évanouissent aux rayons d’une critique impartiale, au flambeau d’une raison calme et désintéressée.
Qu’il est loin de se montrer national, celui qui, follement amoureux des institutions de la Grèce antique et de la vieille Italie, brûle encore, après l’essai si désastreux et si funeste que, de nos jours, la France osa en faire, de ressusciter Athènes et Sparte, Rome et Carthage, au sein d’un peuple essentiellement monarchique par caractère, par goût, par habitude et par nécessité !
Le serait-il davantage, celui qui, dans les accès d’une dévotion superstitieuse, ne verrait de véritable orthodoxie que dans l’abandon des libertés de l’église gallicane ; dans la soumission temporelle des trônes au chef spirituel de la chrétienté, et qui prescrirait à nos ministres des autels de cesser d’être Français pour devenir plus Romains ?
Mais qu’il est loin de mériter le titre de national, celui qui, méprisant la religion de ses pères, la religion des Godefroy et des Saint-Louis, livre à la dérision ses dogmes sublimes, ses cérémonies augustes, ses maximes consolantes, et abreuve d’insultes et d’outrages les ministres pacifiques d’un Dieu de miséricorde et d’amour ! Ah ! sans doute, insulter la résignation et l’humilité ne saurait être national : rien de lâche n’est français.
L’homme véritablement national ne cherche point à réveiller les haines, à rouvrir les plaies, à renouveler les douleurs ; il n’épanche point les flots d’une bile enflammée dans des pamphlets incendiaires ; il n’attaque point tour à tour les institutions anciennes et les institutions récentes uniquement par esprit de parti, il ne repousse point les choses par aversion pour les hommes ; il ne condamne point dans ceux-ci ce qu’il préconise dans ceux-là. Tous les arts, tous les talents prennent en lui un plus noble et plus haut caractère ; ce n’est point l’homme d’une classe, l’homme d’un parti, l’homme d’un jour ; c’est l’homme de la patrie, et l’éclat de sa gloire, comme les rayons d’un astre bienfaisant, se prolonge au loin dans la postérité.
Hommes vertueux de toutes les classes, voilà l’homme national. Aucun de vous ne saurait refuser de l’être.
Le Brun de Charmettes,
Ancien sous-préfet de Saint-Calais.
Gazette de France (26 juillet 1845)
Le Brun réagit à la parution de son article sur l’homme national (édition du 21 juillet, lire) où il est qualifié d’ancien sous-préfet de Saint-Calais
(plutôt que d’ancien préfet de la Haute-Saône
).
(Lien : Retronews.)
Au rédacteur.
Chartres, ce 22 juillet 1845.
Monsieur,
En lisant au bas de l’article reproduit sans date dans votre feuille du 21, Le Brun de Charmettes, ancien sous-préfet de Saint-Calais, on n’a pu comprendre pourquoi je paraissais abdiquer la qualité d’ancien préfet de la Haute-Saône ; on pourrait croire que j’ai voulu écarter les souvenirs de mon administration dans ce département, souvenirs dont je n’ai certainement pas à rougir.
Agréez, etc.
Le Brun de Charmettes.
Moniteur universel (4 septembre 1845)
Dans sa recension de la traduction française par Léon Boré de la Jeanne d’Arc de Görres, le critique Champagnac cite Le Brun comme modèle d’historien consciencieux.
(Lien : Retronews.)
[…] En un mot, Jeanne d’Arc est un des mystères de la divine Providence. Au lieu de chercher à le dépouiller des voiles qui l’enveloppent, il faut se prosterner avec admiration et reconnaissance. C’est à ce point de vue qu’ont dû se placer tous les historiens de Jeanne d’Arc ; je parle des historiens consciencieux, et dans ce nombre assez restreint il faut comprendre Le Brun de Charmettes, qui écrivit, il y a plus de vingt-cinq ans, la vie de l’héroïne de la monarchie française, d’après ses propres déclarations, d’après les nombreuses dépositions de témoins oculaires, et plusieurs manuscrits de la bibliothèque du Roi et de la tour de Londres. […]
Gazette de France (9 janvier 1846)
Longue tribune du baron de Charmettes
en faveur d’une souscription pour élever une statue à Jeanne d’Arc à Paris.
La France ne possède que quelques monuments éparses à la gloire de la libératrice, et aucun à Paris ; il est temps de réparer l’ingratitude. Le Brun (son historien
, comme le désigne le journal qui s’associe au projet) a non seulement rédigé le texte de la souscription, mais aussi déjà imaginé la statue. (Elle sera en marbre afin d’échapper au vandalisme des siècles, pillages ou profanations révolutionnaires.)
Tout devant être national dans le monument qu’il s’agit d’ériger, il ne sera reçu que des souscriptions françaises, il ne sera employé que des matériaux français, qu’un ciseau français, et que des inscriptions en langue française.
(Lien : Retronews.)
Nous recevons la lettre suivante que nous enregistrons. Nous nous engageons plus tard à nous occuper du monument que veut élever à Jeanne d’Arc son historien, M. le baron de Charmettes.
À M. le rédacteur en chef de la Gazette de France,
Monsieur,
La plupart des villes illustrées soit par la naissance, soit par les hauts faits des grands hommes, élèvent en ce moment des monuments à leur mémoire. Paris, qui, à tort ou à raison, croit représenter la France entière, a multiplié dans son sein leurs images. L’héroïne qui fait le plus d’honneur à la nation, à qui aucun peuple n’a rien à comparer, est précisément le personnage historique traité avec le plus de parcimonie par la reconnaissance nationale.
À Orléans, une petite colonne de marbre sur l’emplacement des Tournelles (élevée en 1817) ; une statue pédestre en bronze, cuirassée à la romaine, posée dans une attitude fausse et tourmentée (érigée en 1805) ; à Rouen, une figure informe, en pierre, assise sur une ignoble fontaine (construite en 1755) ; à Domrémy, une vieille statue agenouillée en pierre (exécutée vers 1458), et un buste moderne en marbre (posé en 1820) ; au musée de Versailles, une petite statue, moins remarquable sous le rapport de l’art que sous celui de la morale, attendu qu’elle peut être considérée comme la protestation artistique d’une probité consciencieuse, sont les seuls monuments érigés à la libératrice de la France, que rencontrent d’un bout à l’autre du royaume, les étrangers admirateurs de ses vertus, qui viennent chercher sur les théâtres de ses exploits le trophée qu’on aurait dû y consacrer à sa gloire.
Paris, notamment, se fait remarquer, entre toutes les villes du royaume, par son indifférence envers Jeanne d’Arc. Pas une effigie de cette héroïne n’orne ses palais, ses places, ses jardins publics, tous peuplés des statues des héros de Rome et de la Grèce (1). Paris fut cependant témoin d’un de ses plus beaux actes de courage et de dévouement. Il renferme aujourd’hui dans son enceinte, à peu de distance du palais des rois, à quelques pas du théâtre où l’art dramatique célébra, sous la Restauration, d’une manière imparfaite, le martyre de cette paysanne sublime, le lieu où s’élevait, au quinzième siècle, l’ancienne Porte-Saint-Honoré, devant laquelle Jeanne d’Arc combattit, le 8 septembre 1429, dont elle contribua à renverser la barrière et à prendre de vive-force le boulevard ou bastion avancé, sur lequel elle gaigna (enleva) l’épée d’un guerrier ennemi. Entre ce lieu et la rue Neuve-des-Petits-Champs, est la place où, la cuisse percée d’un trait d’arbalète, elle resta étendue jusqu’à la nuit dans le second fossé qui défendait, de ce côté-là, la capitale infidèle de la France.
Nos pères, toutes proportions gardées, et en égard à l’état d’enfance où les arts furent longtemps parmi nous, s’étaient montrés plus reconnaissants envers la mémoire de leur libératrice. Dés 1456, Charles VII avait fait ériger sur la place du Vieux-Marché de Rouen, à l’endroit même où la Pucelle avait péri, un édifice triangulaire et pyramidal, à jour, et à plusieurs étages, surmonté d’une croix, et contenant, outre la statue de Jeanne d’Arc, tant sur trois colonnes qu’au milieu d’elles, la statues des quatre femmes fortes de l’Écriture sainte. Au dessous, trois têtes de chien, symboles de la fidélité, sortant d’un pilier général élégamment ouvragé, versaient une eau abondante dans un bassin triangulaire. Celle eau arrivait dans le pilier par trois énormes tuyaux en forme de
S, ornés de grands feuillages arabesques, et terminés en haut par des têtes de cheval, symboles de guerre et de chevalerie, regardant au dehors (2).La reconnaissance de Charles VII ne s’était pas bornée à ce monument. Il en fit un autre, en 1458, sur l’ancien pont d’Orléans, à côté de la ville. Celui-ci se composait de quatre figures en bronze, à peu près de grandeur naturelle, les secondes, à ce qu’on croit, qui avaient été fondues en France, et d’une grande croix du même métal. La vierge Marie y était représentée assise au pied de la croix, sur un rocher ou calvaire en plomb qui réunissait toutes les figures ; elle tenait sur ses genoux le corps inanimé du Sauveur. À droite et à gauche étaient les statues de Jeanne d’Arc et de Charles VII, agenouillées et armées de toutes pièces, à l’exception des heaumes posés à terre. Celui du monarque était surmonté de la couronne royale ; son écu, aux armes de France, était placé entre les deux statues, sans support ni couronne, et appuyé contre le rocher. La lance de la Pucelle était étendue à terre, en travers du monument (3). Au quinzième siècle, c’était là certainement du luxe et de la magnificence.
Aujourd’hui, comme les statues des ancêtres de Germanicus à ses funérailles, les monuments qui devraient décorer partout la France de la gloire de son héroïne, ne brillent que par leur absence dans les places publiques de ses cités. Ni statues, ni arcs-de-triomphe, ni trophées dignes d’elle ; le voyageur les cherche et les demande en vain aux habitants de cette foule de villes arrachées par Jeanne d’Arc à la tyrannie anglaise, ils baissent les yeux, s’éloignent en rougissant, et l’étranger se retire, le cœur navré de tant d’ingratitude ; il ne s’explique pas cette indifférence, cet oublié de la dignité nationale, chez un peuple si généreux ; il se demande si les descendants des Gaulois et de Francs, si les fils des vainqueurs de Bovines, de Taillebourg, de Marignan, de Fontenoy, d’Iéna et d’Austerlitz, ont dégénéré ; en un mot, si les Anglais leur font peur ?
N’est-il pas temps enfin d’apprendre à l’Europe, par une noble manifestation, que si, parmi nous, quelques avides adorateurs de la fortune tremblent en effet aux pieds de l’Angleterre, en dehors de cette imperceptible poignée de poltrons, trente-quatre-millions de Français regardent l’Angleterre en face, et ne la craignent pas !
Les actes du pouvoir gouvernemental ne doivent être dit-on, sous un régime constitutionnel, que l’expression de la volonté générale. Hé bien ! s’il est fidèle à sa mission, celui qui régit en ce moment la France désire sans doute bien connaître cette volonté ; la lui rendre évidente est donc à la fois pour les citoyens un droit et un devoir ; qu’ils lui déclarent, par un acte silencieux mais solennel, que la nation française entend être respectée, et ne consentira pas à rester éternellement courbée sous le joug insolent de sa rivale.
De tous les langages, celui qui parle le plus haut, qui émeut le plus profondément les cœurs, qui pénètre le plus profondément dans les intelligences, c’est celui des monuments publics ; en frappant chaque jour les regards des peuples, ils rappellent ceux-ci au sentiment de leur dignité, ils arrêtent, comme des épouvantails salutaires, la marche ténébreuse des hommes d’État perfides, on dirait qu’ils leur crient : Prenez garde ! le pays a les yeux sur vous.
Que de raisons pour élever à Jeanne d’Arc, par les mains des hommes nationaux, un monument public digne enfin de la France et de sa libératrice ! Ce serait une protestation éclatante contre tout ce dont nous rougissons.
Qu’une souscription soit ouverte dans les bureaux des journaux indépendants de Paris et des provinces, que l’on y inscrive sur un registre les noms et les demeures de ceux que le sentiment national blessé portera à contribuer, par une offrande quelconque, à l’érection de ce monument ; qu’un emplacement convenable, situé dans Paris (au milieu du Champ-de-Mars, par exemple, ou de la place de la barrière du trône, ou du rond-point des Champs-Élysées), soit demandé au gouvernement, et, s’il le refuse, qu’un emplacement particulier soit acheté aux frais des souscripteurs et entouré d’une grille qui, tout en séparant le monument du domaine communal ou de celui de l’État, le laissera accessible à tous les regards ; que les listes des souscripteurs soient publiées dans tous les journaux indépendants et leurs noms inscrits sur les bases du monument ; et l’on verra que la France n’est pas morte encore.
Si vous approuvez, Monsieur, le projet de manifestation nationale que je propose à tous les Français dignes de ce nom, veuillez y concourir en publiant cette lettre et le programme que vous trouverez à la suite. J’abandonne à votre zèle patriotique le choix des mesures de détail à prendre pour accomplir cette œuvre et en régulariser l’exécution.
Agréez, je vous prie, monsieur, l’expression sincère de ma haute considération.
Le baron de Charmettes.
Chartres, ce 30 décembre 1843 [1845 ?].
(1) L’omission de la statue de Jeanne d’Arc quand, sous la Restauration, on posa sur le pont Louis-XVI douze statues de héros français, inspira les vers suivants à l’auteur de cette lettre :
Un passant
Au nombre des héros sur ces arches placés
Pourquoi de Jeanne d’Arc ne vois-je point l’image ?
Un autre
C’est qu’ils ont craint son voisinage.
Elle les eût tous effacés.
(2) Cet élégant édifice, dont on voyait un dessin dans un registre de l’année 1525 concernant le cours de trois sources principales qui fournissent leur eaux aux fontaines de la ville de Rouen, manuscrit précieux donné à cette ville, sous la condition qu’il serait enfermé dans un coffre cadenassé, attaché à la muraille par une grosse chaîne de fer ; cet édifice, disons-nous, était déjà très abîmé par te temps en 1628, quand La Lys publia son recueil de poésies composées en l’honneur de la Pucelle, d’un des frères de laquelle il descendait. La croix qui en couronnait le faîte était, dit-il, en partie ruinée par sa vétusté. Il fallut le démolir en 1630, et il fut remplacé par la fontaine qu’on voit aujourd’hui dans la Place-aux-Veaux, laquelle n’a conservé de l’ancien monument que la forme triangulaire. M. de Belbeuf, dans une dissertation à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, a montré que le nouveau monument est placé à plus de trente pas de l’endroit où avait été l’ancien.
(3) Quand l’ancien pont d’Orléans dut être démoli, un monument fut transporté dans la salle-basse de l’Hôtel-de-Ville et y resta pendant trente ans. En 1771, les officiers municipaux le firent enlever et placer à l’angle de la rue Royale et de la rue de la Vieille-Poterie. Il fut brisé et fondu en 1793.
Souscription du monument qu’on propose d’ériger à la mémoire de Jeanne d’Arc
Le bronze n’y serait pas employé, non parce que c’est une matière très coûteuse, mais parce que la facilité de transformation qu’offrent les métaux à la cupidité expose à la destruction, dans les éventualités de l’avenir, les monuments qui en sont composés. De toutes les statues d’or, d’argent et de bronze dont s’enorgueillissaient la Grèce et l’Empire Romain aux temps de leurs prospérités, la statue équestre de l’empereur Gallien, les Chevaux de Corinthe et quelques bustes sont les seuls ouvrages qui aient échappé à la destruction. Le célèbre temple en bronze de Minerve-Chaleiœcos, élevé à Lacédémone sous la direction de Gétiadas, a disparu tout entier. Toutes les statues en bronze de nos rois, dont étaient décorées les places de nos grandes villes, renversées en 1793, furent changées en canons, et pas une, pas même le chef-d’œuvre de Bouchardon, ne trouva grâce devant le vandalisme de cette époque. Le marbre n’est pas exposé à tant de dangers. Les nombreuses statues formées de cette matière qui nous donnent encore aujourd’hui une si haute idée du degré de perfection où la sculpture était parvenue chez les Grecs, sont autant de preuves de cette vérité. L’ignorance, la haine, la barbarie peuvent renverser une figure de marbre comme une statue de bronze, d’argent ou d’or ; elles la mutilent, la brisent, l’enterrent, la jettent dans des rivières ou des marais ; mais elles ne la fondent pas, et il en reste presque toujours des débris considérables. Si l’Apollon du Belvédère, la Vénus de Médicis, celle de Milo et le groupe de Lacoon eussent été de bronze, il est presque indubitable qu’ils n’existeraient plus. Que la statue de Jeanne d’Arc échappe s’il se peut, à ce danger.
Je n’ignore pas les motifs qui sont allégués contre l’emploi du marbre dans les statues monumentales : 1° l’altération de cette matière sous le ciel brumeux du nord de l’Europe ; 2° l’extrême difficulté de soutenir les statues équestres en marbre dans une attitude pittoresque.
Le premier de ces inconvénients peut être surmonté de deux manières. Rien n’empêche de placer les statues de marbre dans une coupole entourée d’une colonnade à jour. Si l’on veut s’épargner cette dépense, il existe de solides et brillants encaustiques qui mettent le marbre à l’abri de toute altération, qui lui donnent même ce ton chaud et doré qui plaît tant dans les monuments antiques de la Grèce ; et il n’est nécessaire de renouveler ces enduits qu’à de très longs intervalles.
Le second inconvénient n’est pas plus insurmontable. Je ne proposerai pas de placer sous le coursier de l’héroïne des rochers semblables à ceux qui soutiennent les chevaux de Marly, ou les trophées qui blessent, à l’entrée des Tuileries, les flancs des Pégases qui portent sur leur dos Mercure et la Renommée ; je ne conseillerai pas non plus d’y placer pour appui un tronc d’arbre, comme sous la statue équestre de Louis VIII qui décore la Place Royale : je crois avoir trouvé le moyen de vaincre la difficulté en puisant l’idée du support à imaginer, dans les symboles caractéristiques du fait qu’il s’agit de célébrer, la victoire d’une jeune villageoise de dix-huit à dix-neuf ans sur la haine invétérée et l’insatiable avidité de l’Angleterre.
Je propose de représenter Jeanne d’Arc revêtue de l’armure du quinzième siècle, la tête armée d’un heaume à visière levée abandonnant aux vents les ondes d’un grand panache, montée sur un étalon blanc, symbole des anciens Gaulois (4) à la race desquels elle appartenait probablement par sa naissance (5). Ce cheval, atteint de plusieurs blessures, bondira de colère, et brisera entre ses dents un trait d’arbalète (6) qu’il aura arraché de son flanc. Il foulera aux pieds un léopard qui, se redressant avec fureur déchirera le poitrail du coursier de ses griffes crispées de rage, tandis que l’héroïne frappera le monstre de sa lance. Voilà le soutien du groupe trouvé, le problème résolu.
Sur trois des faces du piédestal seront gravés les résumés des déclarations relatives aux vertus de Jeanne d’Arc, des témoins entendus lors de la révision du procès de cette martyre de la vengeance britannique. Ces résumés seront reproduits, avec les noms des témoins au bas, et groupés, comme dans l’Histoire de Jeanne d’Arc, en trois tableaux, la première se rapportant à son enfance champêtre, le second à son séjour à la cour et dans les camps, le troisième à sa captivité (7). Sur la quatrième face du piédestal, on lira :
À Jeanne d’Arc,
les Françaiset au dessous, cette réponse de Jeanne d’Arc à ses juges, qui l’accusaient d’avoir encouragé les guerriers de France par des promesses superstitieuses :
Je disais aux Français : Entrez hardiment au milieu des Anglais ! et j’y entrais moi-même.
Ou bien celle-ci, faite avant sa prise, à ceux qui lui demandaient si elle était inaccessible à la peur :
Je ne crains que la trahison.
Tout devant être national dans le monument qu’il s’agit d’ériger, il ne sera reçu que des souscriptions françaises, il ne sera employé que des matériaux français, qu’un ciseau français, et que des inscriptions en langue française.
Le baron de Charmettes.
(4) La Tour d’Auvergne, Origine celtiques.
(5)
Nonobstant que, comme on dit, ils ne soient pas nobles, et soient même, peut-être, d’autre condition que de condition libre.— Lettres d’anoblissement de la Pucelle et de sa famille, du 16 janvier 1429.(6) Les Anglais s’étaient rendus célèbres dans le moyen âge par leur habileté à tirer de l’arc et de l’arbalète. L’histoire atteste que c’est à leur supériorité dans le maniement de ces armes qu’ils durent leurs principales victoires.
(7) Ces tableaux occupent en tout quatorze pages et demie dans l’Histoire de Jeanne d’Arc.
[À noter que la ville d’Orléans venait de proposer une initiative similaire.]
Annonce d’une souscription pour un monument à Jeanne d’Arc à Orléans, rapporté par la Quotidienne du 28 décembre 1845.
(Lien : Retronews.)
On nous écrit d’Orléans :
Le conseil municipal vient de prendre une délibération qui ne saurait manquer de recevoir l’assentiment du pays. Il a été décidé, dans une de ses dernières séances, qu’un monument plus digne de l’héroïne que celui qu’on remarque à peine sur la place du Martroi, serait élevé à la mémoire de Jeanne d’Arc ; et c’est à l’habile ciseau de M. Foyatier, homme de cœur et d’un grand talent, que sera confiée l’exécution de cette statue. Indépendamment des fonds consacrés par la ville d’Orléans à l’accomplissement de ce projet, on a ouvert une souscription dont le produit sera appliqué au même objet, et qu’on peut appeler nationale, car il n’y a pas lieu de douter que toutes les âmes généreuses ne répondent à cet appel qui intéresse l’honneur français.
L’initiative dans le Moniteur du 29 décembre.
(Lien : Retronews.)
Dans sa séance du 20 décembre le conseil municipal d’Orléans a décidé qu’une statue équestre de Jeanne d’Arc serait élevée dans cette ville, et que l’exécution en serait confiée à M. Foyatier. Le conseil a souscrit pour 20,000 fr. Un appel sera fait au public, afin de pourvoir au surplus des frais au moyen d’une souscription nationale.
[La souscription de Le Brun subit peut-être la concurrence de celle d’Orléans ; quoi qu’il en soit nous n’en trouvons plus d’autres échos dans les journaux.]
Commission pour l’érection de la statue équestre d’Orléans dans le Constitutionnel du 16 juin 1846.
(Lien : Retronews.)
MM. le baron de Barante, le baron Taylor et le baron de Ladoucette ont eu l’honneur d’être reçus en audience particulière au palais de Neuilly par le Roi et la Reine. Ils venaient mettre sous le patronage de LL. MM. la souscription nationale, à l’effet d’ériger une statue équestre à Jeanne d’Arc sur la grande place publique d’Orléans.
Le comité est composé de MM. :
- le duc de Mortemart, pair de France, président ;
- le baron de Barante, pair de France ;
- le général Jacqueminot, député, commandant supérieur de la garde nationale du département de la Seine ;
- le baron Taylor, inspecteur général des beaux-arts, vice-président ;
- le baron Ladoucette, député, secrétaire ;
- Ganneron, député, trésorier ;
- le général baron Athalin, premier aide-de-camp du Roi ;
- Lamartine, député ;
- Victor Hugo, pair de France ;
- le comte de Montesquiou, pair de France ;
- le baron Roger, député ;
- de Loynes, député ;
- le comte de Ségur, pair de France ;
- le baron Baude, député ;
- Abbatucci, député ;
- Boulay (de la Meurthe), député ;
- Cotelle, député ;
- Lebrun, pair de France ;
- le marquis de La Rochejaquelein, député ;
- Odilon Barrot, député ;
- le comte Simeon, député ;
- le marquis de Lagrange, député ;
- Macarel, conseiller d’État ;
- de Cormenin, député ;
- Sevin-Mareau, député.
Première liste de souscriptrices parisiennes dans le Constitutionnel du 24 février 1848.
(Lien : Retronews.)
Souscription nationale à la statue équestre de Jeanne d’Arc
Nous donnons aujourd’hui une première liste des dames sous le patronage desquelles la commission centrale de Paris a placé la souscription destinée à consacrer, par un monument digne de la France, la gloire de son héroïne. Ce sont :
- Mmes baronne de Barante,
- baronne Baude,
- comtesse de Boygnes,
- duchesse de Dalmatie,
- duchesse Decaze,
- Mme Delessert,
- marquise de Dolomieu,
- Mme Dupin,
- Mme Émilie de Ladoucette,
- Mme de Lamartine,
- Mme Charles Lenormant,
- duchesse de Liancourt,
- Mme de Loynes,
- duchesse de Luynes,
- comtesse de Montalembert,
- comtesse Anatole de Montesquiou,
- duchesse de Mortemart,
- marquise de Pastoret,
- marquise de Perthuis,
- comtesse de Rambuteau,
- baronne de Rothschild,
- comtesse de Salvandy,
- comtesse Paul de Ségur,
- comtesse de Siméon,
- Mme de Vatry,
- Mme Vitet,
- S. A. Mme la princesse de Wagram.
Des dames patronnesses seront aussi nommées dans les départements. Tous ces noms resteront désormais attachés à l’histoire de cette grande œuvre artistique qui doit faire honneur à notre époque. Nous savons, en effet, que l’auteur du Spartacus, M. Foyatier, qui est chargé de l’exécution, a pris à tâche de n’y point rester au-dessous de sa célébrité.
Nous publierons incessamment la première liste des souscripteurs. Rappelons, en attendant, à nos lecteurs, qu’on souscrit à Paris, dans les mairies, chez les notaires, chez M. Gouin, banquier, rue Laffitte, 19, et chez M. Ganneron, banquier, trésorier de la souscription, rue Grange-Batelière, 6.
[La souscription pour d’Orléans pâtit des soubresauts de la politique et fut finalement remplacée par une loterie, qui connut un grand succès. La statue équestre de Jeanne d’Arc fut inaugurée le 8 mai 1855.]
Gazette de France (9 février 1846)
Le Brun est l’un des souscripteurs pour que soit imprimée à un million d’exemplaires la Déclaration des trente-trois journaux réformistes de la droite.
(Lien : Retronews.)
Souscription pour l’impression de la déclaration des journaux réformistes de la droite. À un million d’exemplaires. 10 cent. l’exemplaire. 3e liste.
[Au milieu d’une longue liste de noms comptant des contes, des barons, des marquis, des abbés :]
Le Brun de Charmettes.
Bibliothèque de l’École des Chartes (1846)
Le Brun est cité dans la revue de l’École des Chartes.
À cette époque, Quicherat n’avait pas encore publié les tomes IV et V des Procès, ceux contenant tous les documents autres que les manuscrits de la condamnation et de la réhabilitation. Le Brun est ici cité pour ses transcriptions de pièces originales annexes : 1. chroniques concernant les fausses Jeanne d’Arc. 2. extrait du registre de la Chambre des comptes.
(Lien : Gallica.)
[Note sur les fausses Jeanne :]
Voy. sur ce sujet D. Calmet, Hist. de Lorraine, pièces justificatives du t. II, p. CC, et passim ; Journal d’un bourgeois de Paris, éd. du Panthéon, p. 218 et les autres témoignages signalés par M. Le Brun de Charmettes, Histoire de Jeanne d’Arc, t. IV, p. 294 et suivantes.
[Note sur d’Aulon :]
Jean Dolon ou d’Olon. Ce fut lui que Charles VII, au rapport du bâtard de Dunois, commit à la garde de la Pucelle, comme étant le plus probe chevalier qu’il eût à sa cour. Il mourut, après 1454, maître d’hôtel du roi et sénéchal de Beaucaire. Cette date du 26 septembre 1429 correspond au retour du roi en Berry après l’affaire de la porte Saint-Honoré, qui marqua la fin de la première période militaire de la Pucelle. Le même jour, le roi fit donner à Jeanne d’Arc la somme de 500 écus d’or. (Voy. Le Brun de Charmettes, Hist. de Jeanne d’Arc, t. II, p. 430. [renvoie à la transcription de l’extrait correspondant, dans les mémoires de la Chambre des comptes].)
Revue des Deux Mondes (1846)
Dans un long article : Jeanne d’Arc dans l’histoire et dans la poésie (Revue, XVIe année, 1er juillet 1846), pour signaler la sortie des trois premiers tomes des Procès de Quicherat (1841-1845), Charles Léopold Louandre entreprend l’historiographie de l’héroïne ; et n’accorde pas une grande place à Le Brun :
Quant à M. Lebrun de Charmettes, il n’a fait que compiler et mettre en ordre les travaux de ses prédécesseurs, et, comme il arrive souvent, par cela même qu’il leur doit beaucoup, il les juge avec une grande sévérité.
Heureusement, Quicherat est arrivé :
Après quatre siècles d’incertitudes, de calomnies, d’exagérations, l’histoire tient enfin pour Jeanne d’impartiales assises.
(Lien : Google Books.)
Jeanne d’Arc dans l’histoire et dans la poésie.
I. — Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc, publiés par M. Jules Quicherat ; Paris, 1841-46. II. — Chronique de Perceval de Cagny, publiée par le même ; Paris, 1846. III. — Jeanne d’Arc, trilogie nationale, par M. Alexandre Soumet ; Paris, 1846.
[Après un aperçu sur le
Jusque-là on avait discuté sans remonter aux sources historiques ; mais, en 1628, Edmond Richer composa sur les documents alors connus un volume in-folio qui est resté manuscrit, et qu’on peut regarder comme le premier travail vraiment érudit entrepris sur Jeanne d’Arc et le germe déjà très développé de ce qu’on a publié depuis. Dès lors l’inspiration divine de la Pucelle est acceptée en France comme un fait incontestable, et les historiens, éblouis par le miracle, se montrent plutôt disposés à exagérer le prodige qu’à l’affaiblir. […]
Lenglet du Fresnoy publia, d’après le travail de Richer en 1753 et 1754, une Histoire de la Pucelle d’Orléans qui eut une seconde édition en 1755. Villaret mit en œuvre avec un grand soin les matériaux édités ou indiqués par Lenglet du Fresnoy, et, comme l’a dit M. Daunou, on ne saurait lui contester le mérite d’avoir mûrement étudié et fidèlement retracé tout ce qu’il y a d’essentiel dans l’histoire de l’héroïne du XVe siècle, d’avoir surtout fait briller du plus vif éclat son innocence, ses vertus, son courage et les services éminents qu’elle a rendus à la France. Le travail de M. de L’Averdy, qui parut en 1790, et qui remplit 604 pages in-4°, apporta des éléments nouveaux, et acheva de réfuter par des faits précis les déclamations des philosophes abusés. […]
Au point de vue de l’érudition sérieuse, nous citerons dans les premières années de la restauration les travaux de M. Berriat-Saint-Prix et de M. Lebrun de Charmettes. M. Berriat-Saint-Prix a tracé mois par mois, quelquefois jour par jour, l’itinéraire de Jeanne d’Arc, et c’est là ce qui fait le principal mérite de son livre, ainsi que la publication d’une lettre, jusqu’alors inédite, écrite par Jeanne au duc de Bourgogne le 26 juillet 1429. Quant à M. Lebrun de Charmettes, il n’a fait que compiler et mettre en ordre les travaux de ses prédécesseurs, et, comme il arrive souvent, par cela même qu’il leur doit beaucoup, il les juge avec une grande sévérité. Malgré de nombreuses inexactitudes et des hors-d’œuvre, tels que des traductions du Te Deum et du Veni Creator, les quatre volumes de M. Lebrun offrent, par le détail et l’entassement des analyses et des textes, un vif intérêt ; mais par malheur le style est parfois d’une naïveté qui n’est point celle que l’on admire dans les chroniques. […]
L’un des plus jeunes et des plus savants disciples de cette école de l’érudition française qui compte tant de noms respectés, M. Jules Quicherat, a réuni dans trois volumes, qui seront précédés d’une introduction générale, tous les documents authentiques qui se rapportent à l’histoire de Jeanne d’Arc, c’est-à-dire les textes des procès de condamnation et de réhabilitation, les enquêtes faites à Orléans, à Paris et à Rouen, les dépositions de Jean d’Aulon, maître d’hôtel de la Pucelle, divers mémoires extra-judiciaires, les résumés des conclusions de l’assemblée de Poitiers sur le caractère divin de la mission de Jeanne, le traité de Jacques Gelu, archevêque d’Embrun, les propositions de maître Henri de Gorcum, et la dissertation allemande De Sibylla Francica, dont nous avons parlé plus haut. Ce travail important, ainsi que la chronique de Perceval de Cagny, dont on doit la découverte à M. Quicherat, a sa place marquée au premier rang des publications historiques de nos jours.
Ainsi, après quatre siècles d’incertitudes, de calomnies, d’exagérations, l’histoire tient enfin pour Jeanne d’impartiales assises. De toutes les grandes figures du passé, il n’en est pas une seule que la critique contemporaine ait éclairée d’une plus vive lumière, et dans aucun autre épisode de nos annales les progrès de cette critique ne sont plus saisissants. L’héroïne est sortie sainte et pure de cette enquête solennelle ; personne aujourd’hui n’oserait soupçonner sa sincérité, rabaisser sa grandeur, et son existence, dégagée du merveilleux, est encore un prodige. Félicitons donc les historiens modernes de l’avoir comprise et réhabilitée contre tous les doutes et tous les outrages. C’est là tout à la fois une œuvre de conscience, de savoir et de patriotisme, car dans cet affaissement des croyances il est beau de montrer que la religion du pays peut toujours enfanter des miracles. Les grandes espérances, dans la vie des peuples, naissent des grands souvenirs.
La Liberté (3 avril 1848)
Annonce de la candidature de Le Brun aux élections législatives dans l’Orne.
(Lien : Retronews.)
M. Le Brun de Charmettes, auteur du poème de Jeanne d’Arc, est un des candidats à l’Assemblée nationale dans le département de l’Orne.
Gazette de France (15 avril 1848)
Intéressante notice biographique de Le Brun à l’occasion de sa candidature aux élections législatives.
(Lien : Retronews.)
M. Le Brun de Charmettes se met à la disposition des amis du bon ordre et de l’indépendance nationale. Il n’ignore point les fatigues, les douleurs, les dangers même, qui peuvent attendre les hommes d’honneur envoyés à l’Assemblée nationale constituante ; père de famille, sensible comme un autre aux douceurs du foyer domestique, il ne désire point une mission à laquelle s’attache une si redoutable responsabilité ; mais il croirait coupable envers la patrie quiconque, possédant quelques lumières et se sentant quelque courage, s’effacerait, quand la France est en péril, et se réfugierait lâchement dans l’obscurité.
M. de Charmettes, à l’âge de quinze ans et demi, avait parcouru neuf mille lieues par mer et dix-huit cents lieues par terre ; il avait servi contre les Anglais dans l’Inde, et était tombé trois fois entre leurs mains. Il fut, sous l’empire, attaché pendant trois ans au conseil d’état, et donna sa démission quand l’ambition délirante de Napoléon entreprit la conquête du monde. Il fit partie des gardes nationaux qui gardèrent les barrières de Paris le 31 mars 1814. Il composa en 1815 une Ode ou chant funèbre, où, s’indignant noblement contre des manifestations peu généreuses, il recommandait les glorieux débris de la garde impériale à notre patriotisme et à notre orgueil national.
Il publia en 1817 la première Histoire de Jeanne d’Arc, où l’on ait osé venger cette paysanne sublime de la haine des Anglais et des outrages impies de Voltaire ; cet ouvrage, fruit de longues recherches et d’un travail immense, est encore aujourd’hui le plus complet qui existe sur l’héroïne du quinzième siècle. Il fut suivi de l’Orléanide, poème en vingt-huit chants, consacré également par M. de Charmettes à célébrer la délivrance de la France, et la main d’une jeune fille brisant, sous les murs d’Orléans, le joug de l’Angleterre. Cela n’empêcha pas M. de Charmettes d’être successivement, pendant quinze années, sous la Restauration, sous-préfet et préfet ; ce qui prouve que les Bourbons de la branche aînée n’avaient pas tant de peur des Anglais qu’en a montré la branche cadette. Il refusa, en août 1830, d’envoyer ni démission ni serment d’adhésion, au gouvernement de Louis-Philippe, et se retira en Suisse.
Rentré en France au bout de trois mois, il refusa du nouveau gouvernement une place supérieure à celle qu’il avait perdue ; il répondit, courrier pour courrier, à l’ami qui la lui offrait : Vous m’en aimerez moins, mais vous m’en estimerez davantage ; et je préfère encore votre estime à votre amitié.
Il fut élu conseiller municipal de la commune de Ceton et membre du conseil d’arrondissement de Mortagne, département de l’Orne. Il a fait partie de toutes les associations de la droite, tendant à obtenir la destruction du monopole électoral. Porté à la députation par une partie des électeurs de l’arrondissement de Mortagne ; il répondit, au milieu d’une réunion préparatoire, à une imputation calomnieuse d’un des séides de Louis-Philippe : Si, par impossible, Henri V rentrait jamais en France avec une armée étrangère, j’irais m’étendre sous les pieds de son cheval, et je lui crierais : Passe sur mon cadavre ! Je ne saurais survivre à ton honneur et à l’indépendance de mon pays.
Quoique la plus notable partie des propriétés de M. de Charmettes soit située dans le département de l’Orne, il appartient plus particulièrement à celui d’Eure-et-Loir, où est sa résidence habituelle et où demeure toute la famille de sa femme, cousine par sa mère du célèbre général Marceau.
M. de Charmettes n’a jamais dissimulé ni ses croyances religieuses, ni ses opinions politiques, et il ne les dissimulera jamais ; mais il est fermement résolu à les soumettre sans hésitation, sans arrière-pensée, à la volonté nationale authentiquement constatée. S’il y a, dit-il, de la honte à subir le joug d’une faction quelconque, il n’y en a point à obéir à la patrie ; il y a même une sorte de gloire dans la docilité généreuse de ceux qui font le sacrifice de leurs convictions à la décision du pays. Malheur à qui fermerait l’oreille à la voix de la France entière, qui nous crie de mettre fin à nos désastreuses dissensions, et de ne pas donner à l’Anglais la joie de voir le sang français teindre des mains françaises, sur les champs de bataille où nos malheureux pères se sont si long temps égorgés !
La Presse (1er mai 1848)
Résultats des élections législatives dans l’Orne.
(Lien : Retronews.)
Orne (11 représentants).
- De Tracy, ex-député, colonel dé la 1re légion de la garde nationale de Paris.
- Fr. de Corcelle, ancien député.
- Gigon de Labertrie, ex-député.
- Ballot, ex-député.
- Aylies, ex-député et conseiller à la cour d’appel de Paris.
- Piquet, maire de Mortagne.
- Hamard, sous-commissaire du gouvernement provisoire à Domfront.
- Curial, maire d’Alençon, ex-pair.
- De Charencey.
- Guérin, capitaine du génie.
- Druet-Desvaux.
Le Moniteur universel (5 mai 1848)
Précisions sur les élections législatives dans l’Orne.
(Lien : Retronews.)
Le citoyen rapporteur continue :
Le département de l’Orne avait à nommer onze représentants. Les citoyens qui ont obtenu le plus grand nombre de suffrages, sont les citoyens : [suit la liste donnée dans la Presse du 1er mai].
Les opérations du scrutin ont paru régulières : les premiers représentants n’avaient aucune production de pièces à faire pour justifier de leur âge et de leur nationalité ; ils ont fait partie de l’ancienne chambre.
Quant aux six autres, il a été établi avec évidence par les renseignements fournis au bureau qu’il ne peut exister aucun doute raisonnable sur leur âge ni sur leur nationalité. En conséquence, le bureau conclut à l’admission des onze représentants nommés.
(L’admission des onze représentants de l’Orne est prononcée.)
Lettre à Léon de la Sicotière (23 juillet 1848)
Le Brun recommande à Léon de la Sicotière son ami et alter ego, l’abbé Marcel-Joseph Bulteau, fondateur de l’Abeille.
(Lien : Drouot.)
Chartres le 23 juillet 1848.
Monsieur et honorable ami,
M. l’abbé Bulteau, qui vous remettra cette lettre, est un des fondateurs et des collaborateurs de l’Abeille ; c’est tout vous dire ; je veux cependant ajouter, parce que j’y trouve une bien douce satisfaction, que c’est mon ami et mon alter ego. Il sera heureux de vous connaître. Moi, malgré toute mon amitié pour lui, il m’est impossible de ne pas lui envier le plaisir, qu’il va goûter, de vous voir et de vous entendre.
Continuez, je vous prie, pour n’être point ingrat, à aimer, le plus tendrement que vous pourrez, votre vieil ami à la barbe grise, mais au cœur jeune, et à l’âme encore passionnée pour tout ce qui est grand et beau.
Le Brun de Charmettes.
Revue orléanaise (1848)
La revue publie le texte du chant national l’Orléanaise, offert par Le Brun à la ville en 1818 (voir).
(Lien : Google Books.)
M. Lebrun des Charmettes, alors sous-préfet à Saint-Calais, avait publié l’Histoire de Jeanne d’Arc, ce livre, rempli d’érudition, écrit avec une grande pureté, restera comme un des monuments les plus durables élevé par les lettres à la mémoire de l’héroïne d’Orléans ; son admiration, l’espèce de culte qu’il a voué à Jeanne d’Arc, ne s’en tinrent pas à cette consciencieuse et honorable production : en 1818, il envoya à M. le maire d’Orléans la pièce de vers que nous transcrivons ici.
Le Nouveau cri de la France,
ou l’Orléanaise
Chant national
Au pieds des Léopards la France terrassée,
Disputait de ses lys la tige fracassée
À leurs ongles sanglants ;
Et tournant ses regards vers la noble Aurélie,
Mourante, s’écriait, d’une voix affaiblie :
Orléans ! Orléans !
Ô cité généreuse! Ô reine de la Loire !
Orléans, souviens-toi de ton antique gloire,
De tes lauriers brillants !
Un nouvel Attila vient m’accabler encore,
Défends-moi de sa haine et d’un joug que j’abhorre,
Orléans ! Orléans !
Elle dit : d’Orléans les remparts se relèvent ;
Ses tours, ses hauts donjons jusques aux cieux s’élèvent
En superbes géants.
De fer étincelant ses créneaux se couronnent ;
D’un long fleuve de feu tes enfants t’environnent,
Orléans ! Orléans !
D’un cruel ennemi ton généreux courage,
Durant sept mois entiers a fatigué la rage
Par des efforts constants.
Enfin tu vas tomber, oublié, mais fidèle ;
Ton peuple entend la voix du trépas qui l’appelle,
Orléans ! Orléans !
Tout à coup, par le Ciel, une Vierge inspirée,
Des rayons du génie apparaît entourée,
Sous tes murs chancelants ;
Son coursier sous ses pas fait voler la poussière ;
L’écho de tes remparts redit sa voix guerrière :
Orléans ! Orléans !
Au cri de sa valeur Orléans se réveille ;
Des héros expirés la cendre qui sommeille
S’anime à ses accents ;
Son œil lance l’éclair, sa main lance la foudre ;
L’Anglais frappé s’écrie en roulant dans la poudre :
Orléans ! Orléans !
Garde à jamais l’éclat de ta gloire suprême,
Héroïque cité ! Sois semblable à toi-même
Jusqu’à tes derniers temps ;
Et que, pour consterner son orgueil homicide,
Il suffise de dire à l’étranger perfide :
Orléans ! Orléans !
En 1820, la ville fut conviée, dans la personne de son maire et de ses adjoints, à une fête dont le souvenir est inséparable de la solennité du 8 mai, et dont, à cause de cela, les détails appartiennent à notre récit. Il s’agissait d’élever un monument en l’honneur de Jeanne d’Arc, à Domrémy, lieu de sa naissance.
Le préfet du département du Loiret, compris dans l’invitation de la municipalité de Domrémy, décida qu’il s’y rendrait ; de son côté, la ville d’Orléans nomma une députation composée de M. le comte de Rocheplate, maire de la ville, de M. le vicomte Adrien de Grémion, premier adjoint, chevalier de Saint-Louis, et de M. François de Noury, écuyer, membre du conseil municipal, lesquels, réunis à M. Rabelleau, écuyer, conseiller de préfecture, délégué de M. le Préfet, se rendirent à Domrémy. Ces messieurs partirent le 8 septembre 1820 et arrivèrent le 9 à Vaucouleurs. […]