J. Gratteloup  : Documents sur Le Brun de Charmettes (2023)

Préface et synthèses

Chronologie
de la vie de Le Brun de Charmettes

  1. Origines familiales
  2. Enfance à Bordeaux (1785-1797)
  3. Arrivée à Paris et escapade dans l’océan indien (1798-1803)
  4. Premiers essais littéraires et entrée dans la vie politique (1804-1816)
  5. L’Histoire de Jeanne d’Arc (1817)
  6. L’Orléanide (1819)
  7. Sous-préfet de Coulommiers (1822-1829)
  8. Préfet de la Haute-Saône (1829-1830)
  9. Opposition légitimiste (1831-1848)
  10. Retrait de la vie publique (1848-1880)

I.
Origines familiales

Calais. — Du mariage de Philippe Le Brun Ier et de Françoise La Magnère naît Philippe Le Brun II (1689) ; il sera juge consul et négociant. De son mariage avec Anne Fayolle (1715) naît Philippe Le Brun III (1717).

Dieppe (diocèse de Rouen). — Philippe Le Brun III, négociant, fils de négociant épouse à Dieppe Françoise-Henriette-Ursule Niel, bourgeoise, fille d’un négociant de la ville (1748). De leur union naît Philippe Le Brun IV (1749), père de notre Le Brun.

  • Acte de mariage (Philippe Le Brun III)
  • Acte de baptême (Philippe Le Brun IV)

    (Nom complet : Philippe-Antoine-Amédée Le Brun. Dans les documents contemporains : Philippe Lebrun.)

Rouen. — Un an plus tard naît à Rouen Anne-Flore Passerat (1750), fille de bourgeois (marchand de bois). Elle est surtout la sœur cadette d’Élisabeth-Charlotte Passerat (1745), qui épousera en 1765 Jacques-Joseph Brac de La Perrière, un Lyonnais méritant et ambitieux qui allait bientôt être nommé fermier général (le 13 septembre 1771). C’est par son entremise que Philippe Le Brun sera admis dans l’administration des fermes. Le 21 mars 1776, il épouse Anne-Flore ; l’acte de mariage le donne alors chevalier de l’ordre royal et militaire du Saint-Sépulcre de Jérusalem ; conseiller du roi ; contrôleur des octrois et deniers patrimoniaux de la ville de Dieppe ; employé dans les fermes du roi. Parmi les témoins on compte le maire de Dieppe, qui a fait le déplacement, également conseiller du roi au bailliage d’Arques et un ancien receveur des domaines et bois de la généralité de Lyon.

De Dieppe à Bordeaux. — Philippe Le Brun débute dans les fermes à Dieppe le 1er octobre 1775, comme commis aux expéditions. Le 3 juillet 1776, quelques mois après son mariage, il est nommé visiteur-peseur du poids principal d’entrée à Rouen et le 1er juin 1778, visiteur à la sortie. Le 19 septembre il commence sa carrière de receveur des fermes du Roi au bureau principal d’Honfleur (estuaire de la Seine). Le 19 août 1779 il est nommé au bureau de Charente (à Tonnay-Charente, estuaire de la Charente). Enfin, le 15 février 1782, il est nommé à la tête du bureau de sortie de Bordeaux. Durant cette période naissent les trois premiers enfants du couple : Anne-Flore (1777, qui mourra à 2 ans), Émile (1778, qui mourra à 10 ans) et Élise (1780, qui épousera un Le Brun de Clovière, probable parent).

Bordeaux. — Philippe Le Brun a 33 ans lorsque la famille s’installe à Bordeaux. Y naîtront leurs quatre derniers enfants : Philippe-Pierre-Henry (1783), Philippe-Alexandre (1785), Amédée-Louis-Edmond (1788) et Philippe-Amédée (1790, qui mourra à 6 mois).

Des sept enfants, quatre atteindront l’âge adulte et fourniront les quatre branches Le Brun :

  1. Élise Le Brun de Clovière (par alliance)
  2. Philippe-Pierre-Henry Le Brun de Marck
    (une commune limitrophe de Calais se nomme Marck)
  3. Philippe-Alexandre Le Brun de Charmettes
  4. Amédée-Louis-Edmond de Viviers

II.
Enfance à Bordeaux

1782. — À Bordeaux, Philippe Le Brun acquiert un terrain dans la commune de Caudéran (banlieue ouest de Bordeaux, aujourd’hui quartier de la ville) et mande l’architecte Victor Louis (qui vient d’inaugurer le Grand-Théâtre de Bordeaux) pour y bâtir un hôtel particulier. Achevé en 1784, il le baptise les Charmettes. C’est le nom de la maison que Rousseau décrit dans ses Rêveries du promeneur solitaire, publiées en 1782.

Philippe Le Brun adhère au Musée de Bordeaux, une société d’inspiration maçonnique fondée en 1783, ainsi qu’à la loge de l’Amitié plus ancienne. Il se lie d’amitié avec Jean-Marie Caillau, un jeune étudiant en médecine débarqué à Bordeaux en 1787 à l’âge de 22 ans. Ce dernier, également collaborateur de l’abbé Beaurieu, pédagogue et disciple de Rousseau, prend en charge l’éducation des enfants Le Brun.

1785. — C’est dans ce bouillonnement politique et intellectuel que naît Philippe-Alexandre, le 7 avril 1785, premier enfant à naître aux Charmettes. Il est baptisé le jour même à la cathédrale Saint-André. Il a pour parrain Jacques-Philippe de Gercy, ~30 ans, contrôleur-général des fermes du Roi à Bordeaux (le dernier), et pour marraine sa cousine maternelle Élisabeth Brac de la Perrière, 19 ans, l’aînée des onze enfants de Jacques-Joseph Brac de La Perrière et Élisabeth-Charlotte Passerat.

1790-1793. — Jean-Marie Caillau lui sert de précepteur :

Il cultiva avec un vif intérêt le goût que son jeune élève montrait déjà pour la poésie.

1793. — Révolution. Philippe Le Brun devient courant juin 1793 président de la section Simoneau ; il approuve la création de la Commission populaire de Salut Public qui entendait dresser Bordeaux contre la Convention. Cet engagement lui est fatal. Arrêté le 20 décembre 1793 dans sa maison des Charmettes (dissimulé dans un faux mur creusé un mois auparavant, où femme et enfants l’avaient supplié d’entrer), il comparait devant la Commission militaire dès le 29 décembre 1793. Le jugement est prononcé le 5 janvier 1794, il est guillotiné le jour même place Nationale (aujourd’hui place Gambetta), à 44 ans. (Un arrêté du 9 novembre, signé Isabeau, le réhabilitera.) Au total 291 personnes seront guillotinées à Bordeaux.

Le précepteur Caillau y échappa par miracle : il était sorti des Charmettes juste avant l’arrestation. Jacques-Joseph Brac de La Perrière est guillotiné à Paris, place de la Révolution (aujourd’hui de la Concorde) le 8 mai, à 68 ans.

III.
Arrivée à Paris et escapade dans l’océan indien

Cette partie de la vie de Philippe-Alexandre nous est mal connue, rapportée uniquement dans quelques biographies généralistes, essentiellement :

1794-1797. — D’après la Portative (1826), Philippe-Alexandre, 10 ans, orphelin de père, passa les trois années suivantes à Bordeaux, où son éducations fut négligées.

1798. — Son grand-père maternel Charles-François Passerat, 72 ans, le fait venir à Paris ; probablement le reste de la famille : la mère, Anne-Flore (48 ans), et les quatre enfants, Élise (18 ans), Philippe-Pierre-Henry (15 ans), Philippe-Alexandre (13 ans) et Amédée-Louis-Edmond (10 ans). Notons que le grand-père paternel, Philippe Lebrun, était toujours vivant (81 ans) et ne décédera qu’en 1801.

Philippe-Alexandre y apprend un peu de latin, de mathématiques et de musique avec des maîtres.

1800. — À 15 ans, il s’enrôle dans les canonniers de la garde nationale et s’embarque pour l’île Maurice, en lutte contre les Anglais ; il tombe trois fois entre leurs mains. C’est là qu’il conçoit l’idée d’une grande épopée nationale sur la libération d’Orléans par Jeanne d’Arc.

Portative (1826) :

Il se rend à Hambourg par la Hollande, la Prusse et le Hanovre, et s’embarque pour l’île de France (aujourd’hui l’île Maurice) sur un vaisseau hambourgeois. Il y sert environ neuf mois dans les canonniers de la garde nationale de cette colonie, qui se défendait depuis longtemps, sans aucune autre force militaire, contre les efforts des gouvernements anglais de l’Inde et du cap de Bonne-Espérance. C’est dans cette île qu’il forme la résolution de célébrer dans un poème épique la délivrance de la France par Jeanne d’Arc, événement dont son imagination avait été singulièrement frappée dans les lectures de son enfance. Ce projet le détermina à revenir en Europe, ce qu’il effectua en 1801.

Gazette de France (1848) :

M. de Charmettes, à l’âge de quinze ans et demi, avait parcouru neuf mille lieues par mer et dix-huit cents lieues par terre ; il avait servi contre les Anglais dans l’Inde, et était tombé trois fois entre leurs mains.

1801. — Retour à Paris.

Il se livre, seul et sans aide, mais avec beaucoup d’ardeur et de persévérance à l’étude des langues anciennes et modernes, et à celle de nos antiquités nationales.

9 avril. Décès à Dieppe de son grand-père paternel, Philippe Lebrun, 83 ans.

1802. — 16 janvier. Décès à Paris de son grand-père maternel, Charles-François Passerat, 75 ans.

IV.
Premiers essais littéraires et entrée dans la vie politique

1804. — Parution du roman le Château de Neville (2 volumes), traduction signée R*** de Ch*** et généralement attribuée à Le Brun, du roman épistolaire Neville Castle (1802) des sœurs Elizabeth et Jane Purbeck.

1805. — Parution du Village abandonnée, poème d’Olivier Goldsmith et des Chants de Selma et Oithona, poèmes d’Ossian, (1 volume), traduction en vers français signée : P. A. L***.

Les critiques sont globalement positives :

D’après la Portative :

Cet ouvrage n’eut aucun succès, et passa inaperçu dans la foule.

1806. — Il publie quelques articles dans l’Abeille littéraire, journal hebdomadaire de la politique, des sciences, de la littérature et des arts, par une Société de gens de lettres (15 numéros du 1er septembre au 15 décembre).

1807. — Fin d’année. Parution de l’Histoire de la révolution de Naples (1 volume), traduction anonyme et généralement attribuée à Le Brun de la Saggio storico sulla rivoluzione di Napoli (1802) de Vincenzo Cuoco.

1810. — Octobre. Dix ans avant la première édition de l’Orléanide en 1819, le Moniteur en publie un premier fragment, signé : L. B. de C.

Fait remarquable, Le Brun s’est senti obligé d’ajouter des notes historiques (exemple : Tous ces détails sont historiques.) qui démontre sa volonté de justifier son poème en l’appuyant sur les faits. Aussi se décide-t-il à faire précéder la publication de son poème par une Histoire de Jeanne d’Arc, sorte de note historique géante à l’Orléanide (qui n’en comportera pas une seule en bas de page).

1er novembre. Le Brun, 25 ans, entre au service du ministre Regnaud de Saint-Jean d’Angély, conseiller d’État à la section de l’intérieur.

1811. — 30 juin. Il démissionne au bout de neuf mois pour incompatibilité d’humeur avec son supérieur (Portative, Gazette et Nouvelle Biographie générale, 1859, pour les dates exactes).

1814. — 30-31 mars, Bataille de Paris. Le Brun fait partie des gardes nationaux qui gardent les barrières de Paris face troupes prussiennes et russes. (Gazette, 1848). Paris capitule ; Napoléon abdique le 6 avril et débarque sur l’île d’Elbe le 3 mai ; le même jour Louis XVIII fait son entrée à Paris (il a 58 ans, dont 23 passés en exil).

Il consacre l’année qui suit à son Histoire ; il ordonne la documentation amassée sur Jeanne d’Arc et l’augmente de quelques nouvelles pièces (Portative).

1815. — 20 mars. L’Histoire de Jeanne d’Arc est prête à être publiée quand Napoléon fait son entrée dans Paris. Début des Cent-Jours. Le Brun décide d’en reporter la sortie (Portative).

Le 22 juin Napoléon abdique ; le 8 juillet, Louis XVIII regagne Paris et son trône. Plus d’un million de soldats étrangers occupent le pays. Le préfet de la Sarthe, Jules Pasquier, retrouve sa préfecture au Mans et tente de s’opposer aux exigences des troupes d’occupation prussiennes (réquisitions, impôts, etc.).

Le 15 août, Le Brun est nommé sous-préfet de Saint-Calais dans la Sarthe, sous l’autorité de Pasquier.

Le 20 août, Pasquier est arrêté par les Prussiens et conduit à Magdebourg (en Prusse) où il sera détenu jusqu’au 27 septembre. Le Brun s’installe à son poste au milieu d’un délitement général.

La plupart des fonctionnaires et des grands propriétaires de l’arrondissement de Saint-Calais, pressés entre les Prussiens et l’armée de la Loire, avaient pris la fuite. M. de Charmettes ne se rendit pas moins à Saint-Calais, fit cesser, malgré les menaces du commissaire du général Thielmann, toutes les réquisitions prussiennes, se chargea, sous sa responsabilité, de la subsistance des troupes, rappela les fonctionnaires publics à leur poste, rétablit l’ordre et rassura les esprits. — (Portative.)

(Les indemnités de guerres puis le coût de l’armée d’occupation pèseront sur les finances françaises. Les troupes étrangères — bientôt réduites à 150.000 hommes des quatre armées anglaise, russe, prussienne et autrichienne — n’évacueront le territoire qu’au printemps 1819.)

Début octobre. Durant toute cette agitation paraît O’Donnel ou l’Irlande, histoire nationale (3 volumes), traduction signée : Le Brun de Charmettes du roman O’Donnel : a national tale (1814) de lady Morgan.

16 décembre. Le Brun, 30 ans, épouse à Paris Louise d’Ussieux, 26 ans, fille de feu Louis d’Ussieux (1744-1805), l’un des fondateurs du Journal de Paris en 1777, Girondin comme Le Brun, proscrit à la Révolution, et qui avait trouvé refuge en son château des Vaux où il s’adonnait, en agronome averti, à la culture des betteraves et des carottes.

1816. — 22 octobre. Naissance d’une fille à Saint-Calais, qui décède dans la demi-heure.

Novembre, publication du poème Estelle, romance pastorale, dans les Étrennes lyriques.

1817. — Mars. Le sous préfet Le Brun célèbre un couple d’octogénaires, modèle de famille française.

V.
L’Histoire de Jeanne d’Arc

Juin 1817. Le Mercure de France annonce la prochaine mise en vente de l’Histoire de Jeanne d’Arc.

Mi-juillet. Parution de la Jeanne d’Arc de Berriat-Saint-Prix.

Fin Juillet. Parution de la France, traduction anonyme du dernier ouvrage de lady Morgan, que plusieurs biographes attribuent à tort à Le Brun.

  • La France (lire notre avis sur la paternité de la traduction)

Première semaine d’août. Mise en vente de l’Histoire de Jeanne d’Arc. Nombreuses annonces dans les journaux qui promettent des comptes-rendus.

8 septembre. Le Brun présente en personne son Histoire de Jeanne d’Arc au Roi et à son frère.

L’Histoire de Jeanne d’Arc a été lue ; de longs comptes-rendus fleurissent et sont unanimement élogieux. La Quotidienne inaugure la série en résumant ce qui en constituera la trame générale, la question du surnaturel :

  • Quotidienne, 10 sept.

    M. Le Brun de Charmettes, s’il n’a pas prouvé la mission divine de Jeanne d’Arc, a du moins proposé à la critique un énigme à résoudre dont, jusqu’ici, on ne connaissait pas toutes les difficultés.

Les grandes plumes dans les grands journaux (la plupart consacrent deux articles à leur analyse) :

10 novembre. Le théâtre du Mans joue la Nymphe de la Sarthe, une cantate composée par Le Brun pour le passage dans la ville du duc d’Angoulême (neveu de Louis XVIII, fils du futur Charles X).

1818. — Mai. Le Brun se rend à Orléans pour apporter les dernières touches à son Orléanide dont on commence à annoncer la parution prochaines.

Le 8 mai, la maire d’Orléans fait imprimer le chant national que Le Brun lui a envoyé : Le nouveau cri de France, ou l’Orléanaise (in-4 de 3 pages).

Alors que les troupes étrangères sont encore stationnées en France, le poème se termine par les vers suivants :

Et que, pour consterner son orgueil homicide,

Il suffise de dire à l’étranger perfide :

Orléans ! Orléans !

2 juillet. Naissance de son fils Jules, à Saint-Calais.

Fin juillet. Le ministre de l’Intérieur (Lainé) annonce l’acquisition d’exemplaires de l’Histoire de Jeanne d’Arc pour les bibliothèques publiques.

Décembre. Henri Lemaire publie la Vie de Jeanne d’Arc, un abrégé de l’Histoire de Le Brun en un petit volume de 240 pages.

VI.
L’Orléanide

1819. — Octobre. Parution de l’Orléanide. Les simples comptes-rendus ou les longues analyses s’étaleront sur plusieurs mois.

Brefs comptes-rendus :

Longues analyses :

Dans la Sarthe, le préfet Jules Pasquier et son bras droit le sous-préfet Le Brun s’activent contre les libéraux (général Lafayette, Benjamin Constant).

13 novembre. Naissance des jumeaux Aurélien et Alexandre, à Chartres.

1820. — Le duc de Berry est assassiné (13 février), Le Brun se joint au grand mouvement d’artistes et compose un chant funèbre.

Mai. La ville d’Orléans offre à Le Brun une médaille en argent pour l’Histoire de Jeanne d’Arc et l’Orléanide.

VII.
Sous-préfet de Coulommiers

6 septembre. Louis XVIII nomme Le Brun sous-préfet de Coulommiers.

Durant ses 8 années à Coulommiers, le sous-préfet Le Brun s’illustrera en obtenant de nombreuses aides auprès de la famille royale pour ses administrés.

17 novembre. Le Brun publie une tribune politique contre Guizot.

1821. — Mai. Jollois, que Louis XVIII avait chargé d’élever le monument de Jeanne d’Arc à Domrémy et de réhabiliter sa maison, publie une Histoire abrégée de la vie et des exploits de Jeanne d’Arc, d’après l’Histoire de Le Brun.

Octobre. Seconde édition de l’Orléanide.

La seule comparaison (connue) des deux éditions est celle qu’en fit la Société archéologique d’Eure-et-Loir quand un membre lui fit don des exemplaires ayant appartenu à Le Brun et qu’il avait annotés :

[Les volumes] de la première édition ont été entièrement révisés et considérablement modifiés par l’auteur : dans le premier tome, une page entière (la page 150) est remplacée par un feuillet manuscrit, et, au moyen d’un autre feuillet semblable, quarante-quatre vers nouveaux ont été intercalés dans la page 392. Les autres corrections, dans chaque tome, ont été faites à la main, directement sur les pages mêmes. La deuxième édition reproduit une grande partie de ces modifications. — (Procès-verbaux de la Société, 1911.)

Le Brun n’a donc pas tenu compte de l’appel unanime des critiques à raccourcir son œuvre, et lui a même ajouté des vers ; qu’il justifiera dans son Avertissement au lecteur de la nouvelle édition :

Ce qui est vraiment beau n’est, jamais trop long. — (Cité par Lanéry d’Arc, Livre d’Or, 1894.)

Décembre. Parution rapprochée de son Ode sur la fièvre jaune qui ravage l’Espagne et de son manuel d’éducation, les Études françaises de littérature et de morale, en deux volumes (également appelé Muséum littéraire, d’après son titre initial que l’éditeur préféra changer).

1822. — 17 février. Naissance d’un fils à Coulommiers, qui décédera 10 mois plus tard (le 21 décembre).

18 décembre. Le Brun est nommé chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur.

1824. — Mai. Le Brun écrit les Souvenirs de Coulommiers, un poème où il évoque la mort de son fils, et qui paraîtra dans une Notice historique sur la ville en 1829.

1825. — 6 janvier. Naissance d’une fille, Marie, à Coulommiers.

En fin d’année il sollicite plusieurs éditeurs pour la publication de son Muséum littéraire du Moyen Âge en 3 volumes.

1826. — Dans une lettre au rédacteur à l’Abeille de la Moselle on apprend que Le Brun n’a plus d’exemplaires de son Histoire et que ses autres volumes personnels sont chez Jules Pasquier (son ancien préfet de la Sarthe, devenu depuis conseiller d’État et directeur de la Caisse d’amortissement).

Publication à Berlin de la traduction abrégée de son Histoire de Jeanne d’Arc en allemand, par le baron Friedrich de La Motte Fouqué, en deux volumes.

D’après la Portative, Le Brun préparerait de nouvelles éditions de l’Orléanide et de l’Histoire de Jeanne d’Arc.

1827. — Le Figaro publie un article au vitriol contre le sous-préfet Le Brun.

Novembre. À la librairie Pichard, l’Histoire de Jeanne d’Arc est vendue 21 fr. au lieu de 25 fr.

Fin novembre, élections législatives. Le général Lafayette est réélu député de l’arrondissement de Meaux, son fils (Georges Washington de La Fayette), élu dans l’arrondissement de Coulommiers.

1828. — Le Brun fait l’acquisition du château du Mesnil, à Ceton, entre Chartres et Le Mans, d’une veuve, issue d’une famille de vieille noblesse et fille de mousquetaire (achat auprès des héritiers, lègue ?). Il y résidera régulièrement jusqu’à sa vente en 1863.

  • Histoire de Ceton (1880, fragment suivi de l’impressionnant acte de mariage de la veuve à Chartres)

1829. — 6 février. Décès de sa mère, Anne-Flore Passerat, à Paris (ancienne commune de Vaugirard).

Août. Dans un courrier adressé au ministre de l’Intérieur (le 25), il exprime les plus vives alarmes au sujet de la littérature en général, des journaux et des théâtres en particulier. Une semaine plus tard (le 2 septembre), il propose au ministre de fonder, et de diriger, une manufacture de livres officiels, rédigés à la gloire de la dynastie et de la chrétienté.

VIII.
Préfet de la Haute-Saône

16 octobre 1829. Charles X nomme Le Brun préfet de la Haute-Saône. Il prête serment le 25 et s’installe à Vesoul le 11 novembre.

Il préside (à ce titre ?) la Société d’agriculture, sciences et arts du département.

1830. — Comme dans sa sous-préfecture de Coulommiers, le préfet Le Brun obtient des subsides royaux pour ses administrés.

Une épître sur l’état de la poésie française en 1830 lui est adressé de la part d’un docteur de Coulommiers, à laquelle il répondra en juin, par une Épître au docteur Aliès, laquelle sera publiée en 1834 dans le Bulletin de l’Académie ébroïcienne.

La situation politique se dégrade et le préfet Le Brun se tend. Adresse des 221 le 18 mars, dissolution de l’Assemblée le 16 mai, organisation de nouvelles élections.

Le 29 juillet, Charles X et la famille royale fuient Paris. Le 31, Louis-Philippe d’Orléans est proclamé lieutenant-général du royaume et le 6 août il remplace le préfet Le Brun qui s’était retiré en Suisse. Le 9, il est reconnu roi des Français sous le nom de Louis-Philippe Ier.

Octobre. Son frère Philippe-Pierre-Henry Le Brun de Marck est nommé directeur des contributions indirectes à Cognac.

Novembre. Le Brun rentre en France. Il n’occupera plus de poste d’envergure nationale.

Il refusa du nouveau gouvernement une place supérieure à celle qu’il avait perdue (Gazette, 15 avr. 1848).

IX.
Opposition légitimiste

1831. — Il semble que Le Brun ait fait de son château du Mesnil sa résidence principale (d’après le bulletin de l’Académie ébroïcienne et différents annuaires, ci-dessous).

Mai. Il publie un volume contenant six épîtres politiques en vers, chacune accompagnée d’un avertissement (datés d’entre janvier et avril) et de notes.

Octobre. Il fait paraître une Plainte adressée à M. le maire de Chartres contre M. le colonel Cabart, commandant de la garde nationale, et M. Rogeard, chef de bataillon.

1832. — Janvier. Le Revenant, quotidien légitimiste né avec la Monarchie de juillet publie son poème, le Potager séditieux. Le mois suivant le journal insère un encart publicitaire pour ses Épîtres politiques.

1833. — Deux poèmes, Rosny et les Trois exilés, figurent dans la 24e livraison de la revue Bagatelle. Rosny paraît aussi dans le recueil littéraire le Diamant, aux côtés d’œuvres de Victor Hugo, Georges Sand, Théophile Gautier, etc.

Le Brun devient membre correspondant de l’Académie ébroïcienne, une société savante fondée à Évreux le 7 juin 1833, et qui compte parmi ses membres Chateaubriand, Lamartine, des anciens pairs, des ministres, des comtes, des marquis, etc. L’académie publiera un Bulletin dans lequel paraîtront régulièrement des poèmes de Le Brun.

  • Année 1833 : le Dernier chant du cygne (ode), la Sensitive (stances) et La Fontaine ou l’abeille (ode)
  • Année 1834 : son Épître au docteur Aliès (de juin 1830)
  • Année 1835 : la Campagne (satire), l’Ode sur le malheur qui s’attache aux poètes épiques, les Amis et l’Histoire de Damis
  • Année 1836 : fragment de son poème Pélage, qui paraîtra en volume

1834. — Juin, élections législatives. Le Brun est candidat malheureux à Coulommiers contre le député sortant Georges Washington de La Fayette, qui est largement réélu.

10 août. Décès de son frère Le Brun de Marck, 51 ans, directeur des contributions indirectes à Cognac.

1836. — Fin janvier. Parution en volume de sa satire des Amis (tirée à 100 exemplaires).

Novembre. Parution de Pélage, sa traduction en vers d’un poème espagnol du XVe siècle, dédicacé au roi d’Espagne.

1837. — Octobre. Longue tribune de Le Brun sur la question du serment électoral.

1839. — L’Annuaire général le donne propriétaire à Chartes.

Avril. Parution chez Mame, Tours (Bibliothèque de la jeunesse chrétienne) de l’Histoire de Jeanne d’Arc de J.-J.-É Roy, d’après l’Histoire de Le Brun ; 1 volume de 300 pages. L’ouvrage connaîtra un grand nombre de rééditions pendant trois décennies.

1840. — 3 février. Son neveu Auguste Le Brun de Clovière, 33 ans (fils de sa sœur Élise, 59 ans), devient membre de la Société de l’Histoire de France.

1841. — L’Annuaire général le donne désormais propriétaire à Ceton (Orne), ainsi que membre du conseil de l’arrondissement de Mortagne.

1842. — Ses deux fils Alexandre, 22 ans, puis Jules, 24 ans, entrent comme employés aux archives de la Caisse d’amortissement, où travaillait déjà leur oncle Auguste Le Brun de Clovière, 35 ans. Le directeur de la Caisse n’est autre que Jules Pasquier, son ancien préfet lorsque lui-même était sous-préfet à Saint-Calais (1815-1820).

1844. — Le Brun devient membre honoraire de l’Académie royale des sciences de Bavière.

1845. — L’Annuaire de l’Orne le donne toujours propriétaire à Ceton mais désormais conseiller d’arrondissement du Theil.

De 1845 à 1857 (au moins), le roman O’Donnel ou l’Irlande est affiché dans les encarts publicitaires de Le Normant, son éditeur originel en 1815.

Juillet. La Gazette publie une tribune de Le Brun où il propose de remplacer les appellations galvaudées telles que royaliste ou patriote par celle d’homme national.

1846. — Janvier. Longue tribune du baron de Charmettes en faveur d’une souscription pour élever une statue à Jeanne d’Arc à Paris.

Le Brun est l’un des souscripteurs pour que soit imprimée à un million d’exemplaires la Déclaration des trente-trois journaux réformistes de la droite.

Son Histoire de Jeanne d’Arc est citée en source dans la revue de l’École des Chartes, pour des transcriptions de manuscrits du XVe siècle. Quicherat n’avait pas encore publié les tomes IV et V de ses Procès.

1848. — 22 mars. Le Brun devient directeur du journal l’Abeille, imprimé à Chartres.

Avril, élections législatives. Le Brun est candidat malheureux dans l’Orne.

Juillet. Le Brun recommande à Léon de la Sicotière, son ami et alter ego, l’abbé Bulteau, fondateur de l’Abeille.

X.
Retrait de la vie publique

1850. — Août. Parution des Aperçus nouveaux de Quicherat. Le Brun en acquiert un exemplaire qu’il annote.

1851. — 1er avril. Décès de son fils Aurélien (l’un des jumeaux) à Saint-Malo, à l’âge de 31 ans.

1853. — Août. Parution chez Mégard, Rouen (Bibliothèque morale de la jeunesse) de la Vie de Jeanne d’Arc par Clément, d’après l’Histoire de Le Brun ; 1 volume de 140 pages, destiné à des enfants de douze à treize ans. L’ouvrage connaîtra un grand nombre de rééditions pendant au moins quatre décennies.

1854. — 21 février. Mariage de sa fille Marie, 29 ans, avec le lieutenant Bourillon, 42 ans, à Chartres.

1855. — Septembre. Parution de Jeanne d’Arc par elle-même, vie que Jeanne d’Arc aurait dictée à une jeune médium de 14 ans communicant avec les défunts. Un lecteur attentif remarquera quelques années plus tard, que cette vie n’était autre que l’Histoire de Jeanne d’Arc par Le Brun, abrégée et mise à la première personne.

Décembre. Le Brun se plaint à un ami d’une machination judiciaire exercée contre un certain Auguste Bessin.

1856. — Novembre. Le Brun est impliqué dans une affaire judiciaire à Ceton.

1857. — 20 mars. Naissance de son premier petit-fils, Jules, fils d’Alexandre (l’un des jumeaux), 37 ans, et de sa compagne Adélaïde Dartois, 23 ans, (ils ne se marieront qu’en 1873).

1859. — Avril. Henri Wallon s’apprête à faire paraître sa Jeanne d’Arc (janvier 1860). Un article sur les précédents historiens de Jeanne fait débuter son historiographie à Le Brun et sa solide histoire.

1861. — Le Brun met en vente son domaine du Mesnil. L’Annuaire l’indique comme résident jusqu’à son édition de 1863. Dans celle 1864, le château est habité par un certain Marchais.

1863. — Parution de la Jeanne d’Arc de Nicolas Villiaumé. Le Brun en acquiert un exemplaire, qu’il annote.

8 juin. Le Brun est à Paris pour signer l’acte de décès de sa sœur Élise, 83 ans.

1865. — La devise héréditaire des Le Brun de Charmettes : J’aime la croix, est donnée dans l’ouvrage Légendaire de la noblesse de France.

1867. — Son fils Jules, 49 ans, devient sous-chef à la Caisse d’amortissement où son neveu Auguste Le Brun de Clovière, 60 ans est depuis dix ans secrétaire du Conseil d’administration (il prendra sa retraite quelques années plus tard).

1873. — 21 août. Son fils Alexandre, 53 ans (l’un des jumeaux) épouse sa compagne de longue date Adélaïde Dartois, 39 ans ; leurs fils Alexandre-Marie-Jules a 16 ans. Deux ans plus tard Alexandre prendra le poste de son frère aîné Jules à la Caisse d’amortissement.

1878. — 23 avril. Mariage en seconde noce de sa fille Marie, 53 ans, veuve du capitaine Bourillon depuis 1873, avec Eugène Nouailles, 39 ans, professeur au collège de Chartres.

1880. — 13 mai. Décès de Le Brun à Chartres. Son épouse Louise lui survivra trois mois (11 août).

Bibliographie
de Le Brun de Charmettes

  1. Le Château de Neville (1804, 2 vol.), traduction de l’anglais d’un roman des sœurs Purbeck ;
  2. Le Village abandonnée, traduction de l’anglais d’un poème d’Olivier Goldsmith et des Chants de Selma et Oithona, poèmes d’Ossian (1805, 1 vol.) ;
  3. Histoire de la révolution de Naples (1807, 1 vol.), traduction (de l’italien ?) d’un essai de Vincenzo Cuoco ;
  4. O’Donnel ou l’Irlande (1815, 3 vol.), traduction de l’anglais d’un roman de lady Morgan ;
  5. Estelle (1816), romance pastorale parue dans le recueil des Étrennes lyriques ;
  6. Histoire de Jeanne d’Arc (1817, 4 vol.) ;
  7. La Nymphe de la Sarthe (1817), cantate en l’honneur du duc d’Angoulême ;
  8. Le Nouveau cri de la France, ou l’Orléanaise (1818, 1 vol. de 3 pages), chant national ;
  9. L’Orléanide (1818, 2 vol.), poème national en 28 chants ;
  10. Ode pour le duc de Berry (1820, 1 vol.) ;
  11. L’Orléanide (1821, 2 vol.), seconde édition ;
  12. Ode sur la fièvre jaune qui ravage l’Espagne (1821, 1 vol.) ;
  13. Muséum littéraire, renommé par l’éditeur Études françaises de littérature et de morale (1821, 2 vol.), manuel scolaire  ;
  14. Souvenirs de Coulommiers (1824), poème inséré dans la Notice historique sur Coulommiers (1829) ;
  15. Muséum littéraire du Moyen-Âge (1825, 3 vol.), resté à l’état de manuscrit ;
  16. Épître au docteur Aliès (1830), publiée en 1834 dans le Bulletin de l’Académie ébroïcienne ;
  17. Épîtres politiques sur nos extravagances (1831, 1 vol.) ;
  18. Plainte adressée à M. le maire de Chartres contre M. le colonel Cabart, commandant de la garde nationale, et M. Rogeard, chef de bataillon (1831, 1 vol.) ;
  19. Le Potager séditieux, dans le quotidien le Revenant (1832) ;
  20. Rosny et les Trois exilés, dans la revue Bagatelle (1833) ;
  21. Le Dernier chant du cygne (ode), la Sensitive (stances) et La Fontaine ou l’abeille (ode), dans le Bulletin de l’Académie ébroïcienne (1833) ;
  22. Épître au docteur Aliès, dans le Bulletin (1834) ;
  23. La Campagne (satire), l’Ode sur le malheur qui s’attache aux poètes épiques, les Amis et l’Histoire de Damis, dans le Bulletin (1835) ;
  24. Les Amis (1836, 1 vol.), édition séparée ;
  25. Pélage (1836, 1 vol.), traduction d’un poème espagnol du XVe siècle.

(Rappel. — ne figurent ci-dessus que les œuvres disponibles en ligne, ou dont nous avons trouvé mention dans les documents contemporains.)

Ouvrages tirés
de l’Histoire de Jeanne d’Arc

Ainsi que la supercherie :

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