Enquête à Orléans
Âge moyen des témoins : 58 ans.
1. Rumeurs sur la venue de Jeanne
Rumeurs de la venue de Jeanne Alors qu’il était dans Orléans assiégée par les Anglais, des rumeurs parvinrent qu’une jeune fille qu’on appelait communément la Pucelle, venait de passer à Gien et prétendait aller trouver le dauphin, pour faire lever le siège d’Orléans et le conduire se faire sacrer à Reims. En tant que garde de la cité et lieutenant général pour le fait des guerres il envoya le sire de Villars et Jamet de Tillay s’informer auprès du roi ; à leur retour ils racontèrent au seigneur déposant et au peuple d’Orléans rassemblé et fort désireux de savoir la vérité sur l’arrivée de cette Pucelle.
Rumeur de l’arrivée de Jeanne Était dans Orléans assiégée quand arriva la nouvelle du passage par la ville de Gien d’une bergerette appelée la Pucelle, accompagnée de deux ou trois nobles hommes du pays de Lorraine, où elle était née.
Sa mission Elle déclarait venir de la part de Dieu, faire lever le siège d’Orléans et conduire le roi se faire sacrer à Reims.
Rumeur à Orléans sur la venue de Jeanne Elle était fort désirée par tous les habitants, car la rumeur courait qu’elle avait déclaré au roi être envoyée par Dieu pour faire lever le siège mis devant la ville ; la détresse des habitants était telle, qu’ils ne savaient à qui recourir pour être sauvés, sinon à Dieu.
2. Son arrivée auprès du roi
Jeanne rencontre le roi à Chinon Villars et Tillay l’avaient vue quand elle aborda le roi à Chinon ; celui-ci refusa deux jours de la voir, malgré son insistance pour libérer Orléans et le conduire à Reims. Elle réclamait une troupe d’hommes de guerre, des chevaux et des armes.
Jeanne est examinée Durant trois semaines ou un mois, Jeanne fut examinée sur l’ordre du roi, par des clercs, prélats et docteurs en théologie pour savoir si elle pouvait être reçue sans risque. En parallèle le roi organisa un convoi de ravitaillement pour Orléans.
Jeanne est acceptée et envoyée à Blois On ne trouva rien de mal en cette Pucelle. Le roi l’envoya vers Blois, en compagnie de l’archevêque de Reims, alors chancelier de France, et du sire de Gaucourt, alors grand maître de l’hôtel du roi, où se réunissaient les seigneurs qui conduisaient le ravitaillement : les maréchaux de Rais et de Boussac, l’amiral de Culant, La Hire, et Ambroise de Loré.
Arrivée de Jeanne à Chinon Lui-même était au château de Chinon lorsque la Pucelle y arriva. Elle se présenta au roi avec grande humilité et simplicité, comme une pauvre petite bergère, et lui dit : Très illustre sire dauphin, je suis venue, envoyée par Dieu, pour porter secours à vous et au royaume.
Le roi la confia à son maître d’hôtel, Guillaume Bellier, dont l’épouse était de grande dévotion et d’excellente renommée ; et ordonna qu’elle fut examinée par des clercs, pour savoir si on devait, ou si on pouvait, vraiment prêter foi à ses dires.
Jeanne est examinée, on lui demande un signe L’examen dura plus de trois semaines, tant à Poitiers qu’à Chinon ; et les clercs concluent qu’il n’y avait rien de mal chez elle. On lui demanda enfin un signe pour la croire, elle répondit que le signe serait la levée du siège d’Orléans.
Jeanne va à Blois Jeanne se rendit ensuite à Blois, où elle s’arma afin de conduire le ravitaillement à Orléans.
Examen à Poitiers Le roi envoya Jeanne à Poitiers. Elle fut logée chez feu Jean Rabatiau, alors avocat du roi au Parlement ; et examinée par les docteurs en théologie : Pierre de Versailles, alors abbé de Talmond, Jean Lambert, Guillaume Aimeri, frère-prêcheur, Pierre Seguin, frère du Carmel ; les bacheliers en théologie : Mathieu Mesnaige, Guillaume Le Marié, et d’autres conseillers du roi, licenciés en l’un et l’autre droit. Ils l’examinèrent, ses dits et ses faits, pendant presque trois semaines ; et conclurent qu’elle était une fille honnête.
Sa mission, lettre aux Anglais Elle répondait invariablement qu’elle était envoyée par Dieu au secours du dauphin, pour le rétablir en son royaume, pour faire lever le siège d’Orléans, et pour conduire le dauphin à Reims afin qu’il y fût sacré. Mais que Dieu voulait qu’on écrivît d’abord aux Anglais de s’en aller.
Elle appelait le roi dauphin Interrogée sur ce point, Jeanne avait répondu qu’elle l’appellerait roi lorsqu’il aurait été couronné et sacré à Reims, où elle voulait le conduire.
On lui demande un signe Des clercs lui demandèrent un signe leur permettant de croire qu’elle était envoyée par Dieu, elle répondit que ce signe serait la levée du siège d’Orléans ; dont elle ne doutait pas pourvu que le roi lui donnât une troupe, même petite.
Jeanne est approuvée Après un long examen, tous furent d’avis pour conclure que le roi pouvait la recevoir, et qu’elle pouvait conduire une troupe en armes devant Orléans assiégée, car ils ne trouvaient en elle rien qui ne fût conforme à la foi et à la raison.
Son examen Malgré tout elle ne fut pas reçue facilement par le roi. Il voulut d’abord qu’on l’examinât et qu’on s’informât de sa vie. Elle fut donc examinée par plusieurs prélats qui la trouvèrent de bonne vie, de condition recommandable et de réputation louable, sans rien qui dût la faire renvoyer.
Arrivée de Jeanne à Chinon Il vit Jeanne auprès du roi à Chinon ; elle disait être envoyée au dauphin par Dieu, pour la levée du siège d’Orléans, et pour conduire le roi à Reims, afin qu’il y fût sacré et couronné.
Dépose comme le précédent [Ricarville] sur comment elle fut reçue par le roi, et sur sa vie, conduite, dévotion et piété.
3. Son entrée dans Orléans
Arrivée devant Orléans Le convoi, avec Jeanne et les hommes d’armes arriva par la Sologne jusqu’au bord de la Loire, en face de l’église Saint-Loup, pleine d’Anglais ; aussi lui déposant et les capitaines du convoi jugèrent leur effectif insuffisant pour entrer dans Orléans. Il fallut traverser par bateau, mais à contre courant et avec un vent contraire.
Sa rencontre avec Jeanne Alors Jeanne s’adressa à lui : Êtes-vous le bâtard d’Orléans ? — Oui et je me réjouis de votre arrivée. — Est-ce vous qui avez donné le conseil de me faire venir ici, de ce côté de la rivière, et de ne pas aller directement où se trouvent Talbot et Anglais ? — Lui et d’autres plus sages encore, avaient donné ce conseil, croyant agir au mieux et plus sûrement. — En nom Dieu, les conseils de Dieu sont plus sûrs et plus sages que les vôtres. Vous avez cru m’abuser, et vous vous êtes abusés vous-mêmes car je vous apporte le meilleur secours qui aura jamais été donné à un combattant ou à une cité, c’est le secours du Roi des cieux. Il ne vient pas cependant pour l’amour de moi : il vient de Dieu qui, à la requête de saint Louis et de saint Charlemagne, eut pitié d’Orléans, et ne souffrit pas que les ennemis eussent et le corps du seigneur d’Orléans et sa ville.
Le vent tourne, il croit en Jeanne Le vent tourna, comme à l’instant, les voiles des bateaux de ravitaillement furent immédiatement tendues. Lui-même s’embarqua, accompagné de frère Nicolas de Géresme, et ils passèrent l’église Saint-Loup en dépit des Anglais ; dès lors il eut grande confiance en Jeanne et la supplia de bien vouloir s’embarquer aussi et d’entrer dans Orléans, où elle était fort réclamée. Elle hésita, ne voulant pas abandonner ses hommes d’armes bien confessés. Il alla parlementer avec les capitaines afin qu’ils laissassent Jeanne entrer avec lui dans Orléans pendant qu’eux iraient traverser la Loire à Blois. Ils consentirent et Jeanne partit avec lui ; elle tenait son étendard, qui était blanc, avec l’image de Notre Seigneur tenant une fleur de lys. Elle traversa la Loire avec La Hire et ils entrèrent ensemble dans la ville d’Orléans.
Lettre de sommation ; la peur change de camp Un autre fait le conforte qu’elle agissait inspirée par Dieu. Lorsqu’il proposa d’aller chercher les hommes qui traversaient à Blois et qu’on attende son retour, Jeanne refusa, préférant soit envoyer une sommation aux Anglais, soit donner l’assaut. Ce qu’elle fit. Elle leur envoya une lettre rédigée dans sa langue maternelle, en des termes très simples, les prévenant que s’ils refusaient de lever le siège et de rentrer en Angleterre, elle leur ferait si grand assaut qu’ils seraient forcés de partir. Cette lettre fut envoyée au sire Talbot. Et alors qu’auparavant 200 Anglais faisaient fuir 800 ou 1000 Français, à partir de ce moment 400 ou 500 Français livrant combat à presque toutes les forces anglaises, les pressaient tant que ceux-ci n’osaient plus sortir de leurs bastilles.
Changement de vent Interrogé sur le soudain changement lors du ravitaillement d’Orléans dont à témoigné Dunois [déposition précédente] : le confirme ; Jeanne prédit le changement qui se réalisa aussitôt après sa déclaration ; comme elle prédit que le ravitaillement entrerait sans encombre dans Orléans.
Entrée de Jeanne dans Orléans Interrogé si lui-même était dans la cité quand elle y entra, répond que oui. Elle fut reçue par tous, des deux sexes, petits et grands, avec autant de joie que si elle avait été un ange de Dieu ; ils espéraient être délivrés grâce à elle, comme cela arriva.
Ce qu’elle avait fait après son entrée Elle les exhorta tous à espérer en Dieu et que s’ils avaient confiance, ils seraient sauvés de leurs ennemis.
Lettre aux Anglais Elle voulut faire des sommations aux Anglais avant l’assaut, et leur écrivit elle-même pour qu’ils se retirent et repartent pour l’Angleterre ; et que sinon ils seraient obligés de se retirer par force et violence.
Effroi des Anglais Dès lors les Anglais furent effrayés et perdirent leur force de résistance ; si bien qu’un petit nombre de gens de la ville, suffisaient à dissuader une grosse troupe d’Anglais de sortir de leurs bastilles.
Hérauts de Jeanne Jeanne envoya deux hérauts à Saint-Laurent, nommés Ambleville et Guienne, faire savoir à Talbot, Suffolk et de Scales, de la part de Dieu, qu’ils devaient s’en aller en Angleterre et sinon s’en trouveraient mal. Les Anglais retinrent Guienne, et renvoyèrent Ambleville dire à Jeanne qu’ils retenaient son camarade Guienne pour le brûler. Jeanne répondit à Ambleville qu’il n’arriverait aucun mal à Guienne, et que lui, Ambleville, devait retourner avec courage auprès des Anglais ; qu’il ne subirait aucun mal et ramènerait son camarade sain et sauf. Ce qui arriva ainsi.
Entrée de Jeanne dans Orléans Il la vit à son entrée dans la ville ; elle voulut avant tout aller à la cathédrale, pour rendre hommage à Dieu.
4. La levée du siège
Assaut du boulevard du pont, le 7 mai, Jeanne est blessée Un autre fait le conforte qu’elle agissait de par Dieu. Le 7 mai au matin, au début de l’assaut du boulevard du pont, Jeanne fut blessée d’une flèche au cou mais n’abandonna pas la bataille, ni ne prit de remède pour la blessure.
Le boulevard est pris le soir, Classidas noyé L’assaut se prolongea jusqu’à 8 heure du soir, si bien qu’on n’espérait plus une victoire ce jour là. Le déposant voulut commander la retraite, mais la Pucelle lui demanda d’attendre encore un peu. À cheval, elle se retira à l’écart vers une vigne, et s’y tint en prière un demi quart d’heure. Puis elle revint, empoigna son étendard et le plaça sur le bord du fossé. À l’instant, les Anglais tremblèrent et prirent peur. Ceux du roi reprirent courage, montèrent à l’assaut au boulevard et le prirent sans rencontrer aucune résistance ; tous les Anglais qui s’y trouvaient furent mis en fuite ou moururent. Classidas et les principaux capitaines anglais de cette bastille, voulant se retirer dans la tour du pont d’Orléans, tombèrent dans le fleuve et se noyèrent. Ce même Classidas avait été l’un des plus grossiers envers la Pucelle.
Retour à Orléans Tous rentrèrent dans Orléans, où ils furent reçus avec grande joie et reconnaissance. Jeanne fut soignée et ne dîna que quatre ou cinq rôties dans du vin, coupé de beaucoup d’eau, sa seule nourriture de toute la journée.
Les Anglais lèvent le siège Le lendemain, de bon matin, les Anglais sortirent de leurs tentes et se rangèrent en bataille pour le combat. Jeanne, vêtu d’un simple jasseran, interdit qu’on les attaquât ; et ils partirent, sans que personne ne les poursuivît. Dès ce moment la ville fut délivrée des ennemis.
Libération d’Orléans, chevauchée vers Reims, sacre Confirme aussi les propos de Dunois.
Assaut du 7 mai Se rappelle bien que le 7 mai 1429 au matin, un assaut fut lancé contre le boulevard du pont au cours duquel elle avait été blessée d’une flèche. L’assaut se prolongea si tard le soir qu’on voulut l’abandonner. Alors la Pucelle vint leur recommander de ne pas renoncer ; elle se saisit de son étendard et le plaça sur le bord du fossé. Aussitôt les Anglais frémirent, et les gens du roi reprirent courage : ils repartirent à l’assaut sans trouver de résistance. Le boulevard fut alors pris et les Anglais qui s’y trouvaient s’enfuirent, mais tous moururent. Classidas et les autres capitaines qui gardaient la bastille, tentant de se réfugier dans la tour du pont d’Orléans, tombèrent dans le fleuve et s’y noyèrent. Une fois la bastille prise, tous les partisans du roi rentrèrent dans la cité d’Orléans.
Départ des Anglais Le lendemain, de bon matin, les Anglais sortirent de leurs tentes et se mirent en ordre de bataille, comme pour combattre. Avertie, Jeanne se leva de son lit et s’arma ; mais elle ne voulut pas qu’on attaquât les Anglais, ni qu’on leur demandât rien, mais qu’on les laissât partir. Ce qu’ils firent, sans qu’on les poursuive. Dès lors la ville fut délivrée.
Départ des Anglais Ajoute qu’un dimanche, il vit les hommes d’armes d’Orléans se préparer à une grande attaque contre les Anglais, qui eux-mêmes se mettaient en ordre de bataille. Voyant cela Jeanne les rejoignit ; on lui demanda s’il était bon d’attaquer un dimanche ; elle répondit qu’il fallait d’abord entendre la messe. Elle fit chercher une table, apporter les ornements ecclésiastiques et célébrer deux messes, qu’elle et toute l’armée écoutèrent avec une grande dévotion. Les messes célébrées, Jeanne demanda si les Anglais faisaient toujours face ; on lui répondit que non ; elle dit : En nom Dieu, ils s’en vont ; laissez-les partir et allons remercier Dieu, sans les poursuivre, car c’est le jour du Seigneur.
5. Après la levée du siège
Prise de Meung, Beaugency et Jargeau De même, le siège d’Orléans levé, Jeanne se rendit avec les capitaines auprès du roi au château de Loches, pour lui demander d’envoyer des soldats reprendre les châteaux et villes situés sur la Loire (Meung, Beaugency et Jargeau) afin d’ouvrir la route vers Reims pour le sacre. Elle pressait le roi avec beaucoup d’insistance et fréquemment. Celui-ci envoya le duc d’Alençon, lui-même et les autres capitaines avec Jeanne afin de reprendre ces places ; ce qui fut fait en peu de jours, grâce à la Pucelle, comme il le croit.
Bataille de Patay De même, après avoir quitté Orléans, les Anglais se regroupèrent pour aller défendre leurs places sur la Loire. Le château Beaugency étant assiégés par les Français ils se dirigèrent vers celui de Meung-sur-Loire qu’ils tenaient encore. Lorsqu’ils apprirent que Beaugency était perdu, ils se réunirent en une seule armée, si bien qu’on crut qu’ils allaient fixer un jour pour la bataille. Les Français se rangèrent pour leur faire face. Alors le duc d’Alençon, en présence du connétable, de lui-même déposant et de plusieurs autres, demanda à Jeanne ce qu’il devait faire. Elle lui répondit à haute voix : Avez-vous de bons éperons ?
Tous demandèrent : Que dites-vous ? Devrons-nous tourner les talons ? — Non ! Ce seront les Anglais qui ne se défendront pas et seront vaincus ; et il vous faudra des éperons pour leur courir sus.
Il en fut ainsi : les Anglais s’enfuirent et, tant morts que prisonniers, il y en eut plus de quatre mille.
Jeanne presse le roi de partir pour Reims, il l’interroge sur ses voix De même, il se souvient qu’un jour après la libération d’Orléans, à Loches, Jeanne et lui allèrent trouver le roi. Celui-ci s’était retiré dans sa chambre avec son confesseur Christophe d’Harcourt et le chancelier de Trêves. Jeanne frappa à porte et, aussitôt entrée, se jeta à ses genoux en disant : Noble dauphin, cessez ces longues délibérations et allez à Reims vous faire couronner.
D’Harcourt lui demanda si elle tenait cela de son conseil ; elle répondit que oui, et qu’elle y avait été fort poussée. Il reprit : Ne voulez-vous pas nous dire de quelle façon se manifeste votre conseil, quand il vous parle ?
Elle répondit en rougissant : Je sais ce que vous voulez savoir et vous le dirai volontiers.
Le roi lui dit alors : Jeanne, répondriez-vous ici, en présence des assistants ?
Elle répondit que oui, et s’exprima ainsi : lorsqu’on ne croit pas ce qu’elle dit de la part de Dieu, elle se retire pour prier puis entend alors une voix lui dire : Fille Dé, va, va, va, je serai à ton aide, va
; et cette voix la réjouit fort ; si bien qu’elle désirerait rester toujours dans le même état. En parlant de ses voix Jeanne avait des élans de joie admirables et levait les yeux vers le ciel.
Départ pour Reims Après les victoires sur la Loire, les princes du sang royal et les capitaines voulaient que le roi allât en Normandie et non à Reims, mais Jeanne insistait qu’il fallait aller faire sacrer le roi ; disant qu’une fois le roi couronné et sacré, la puissance de ses ennemis irait toujours en diminuant, et qu’ils ne pourraient plus nuire ni au roi, ni au royaume. Tous se rallièrent à son avis.
Soumission de Troyes L’armée royale arriva devant Troyes. On réunit le conseil pour savoir s’il fallait assiéger la ville ou la contourner et poursuivre vers Reims ; les avis étaient partagés ; Jeanne entra et dit : Noble dauphin, ordonnez l’assaut de la ville et je vous y ferai entrer avant trois jours, par amour ou par puissance et force, et la Bourgogne, pleine de fausseté, sera très stupéfaite.
Alors la Pucelle s’avança avec l’armée et s’installa le long des fossés avec plus de prudence que deux ou trois chefs de guerre plus exercés et plus fameux. Elle travailla tant pendant la nuit que le lendemain, l’évêque et les citoyens, effrayés et tremblants, se soumirent au roi. On sut plus tard que les citoyens avaient perdu courage juste après l’intervention de Jeanne au conseil.
Arrivée à Reims Troyes soumise, le roi partit pour Reims, où il trouva une entière soumission et où il fut sacré et couronné.
Prise de Saint-Pierre-le-Moutier Lors de l’assaut de Saint-Pierre-le-Moutier, Jeanne s’opposa courageusement et empêcha le pillage de l’église.
6. Vie et dévotion de Jeanne
Sur la vie et les mœurs de Jeanne Tous les soirs elle aimait à se retirer dans une église et y faire sonner les cloches pendant une demi heure. Elle rassemblait les religieux mendiants qui suivaient l’armée royale et leur faisait chanter une antienne à la Vierge, pendant qu’elle-même priait.
Jeanne évoque sa mort et le désir de rentrer à Domrémy À La Ferté et à Crépy en Valois, le peuple accourait devant le roi plein d’allégresse ; Jeanne, qui chevauchait entre l’archevêque de Reims et ledit déposant, s’exclama : Quel bon peuple ! J’aimerais être inhumée en cette terre !
L’archevêque lui demanda alors : Où espérez-vous mourir ? — Où cela plaira à Dieu, car je ne sais pas plus que vous ni le temps, ni le lieu. Et puisse-t-il plaire à Dieu, mon créateur, que je me retire, abandonnant les armes, et que j’aille servir mon père et ma mère, en gardant leurs moutons, avec ma sœur et mes frères, qui se réjouiraient beaucoup de me voir.
Vie et mœurs de Jeanne C’était une simple bergerette, aimant Dieu extrêmement, car elle se confessait et communiait souvent.
Vie et mœurs de Jeanne Tous s’accordent sur ce point : Jeanne ne s’est jamais attribuée la gloire de tout ce qu’elle a accompli à elle mais à Dieu ; elle se refusait, autant que possible, aux honneurs que le peuple voulait lui attribuer, car elle préférait être seule et solitaire, plutôt que dans la compagnie des hommes, sauf quand il le fallait, pour faire la guerre.
Vie et mœurs de Jeanne Tous affirment, étant souvent avec Jeanne pendant son séjour à Orléans, qu’ils ne virent jamais en elle rien de répréhensible. Ils constatèrent en elle seulement de l’humilité, de la simplicité, de la chasteté et de la dévotion envers Dieu et l’Église. C’était une grande consolation de vivre avec elle.
Larmes de Jeanne à la messe Vit Jeanne verser d’abondantes larmes à la messe, au moment de l’élévation du Corps du Christ.
Vie et mœurs de Jeanne Jeanne était bonne catholique, simple, humble, d’un saint comportement, pudique et chaste, détestant les vices et reprenant ceux qui s’y adonnaient parmi les hommes d’armes.
Vie et mœurs de Jeanne Ajoute que la nuit elle dormait seule avec Jeanne. Jamais elle n’aperçut en elle quelque signe de débauche ou de lubricité mais ne vit que simplicité, humilité et chasteté. Elle se confessait souvent et entendait la messe tous les jours. Jeanne disait souvent à la mère de la déposante, chez laquelle elle habitait, qu’il fallait espérer en Dieu, que Dieu aiderait Orléans et chasserait les adversaires. Jeanne avait l’habitude, avant d’aller à l’assaut, de toujours mettre en ordre sa conscience et de recevoir la communion après avoir écouté la messe.
7. Sa vertu au milieu des soldats
Sur la conduite de Jeanne au milieu des hommes d’armes Elle dépassait en tempérance toute autre personne vivante. Jean d’Aulon, que le roi avait chargé d’accompagner et de protéger Jeanne, disait ne pas croire qu’il existât femme plus chaste qu’elle. En présence de Jeanne, lui-même comme d’autres n’avaient plus de désir charnel envers aucune femme ; ce qui paraît au déposant comme chose venant presque de Dieu.
Vie et mœurs de Jeanne Jeanne était sobre au boire et au manger ; de sa bouche ne sortaient que de bonnes paroles, servant à édifier et à donner un bon exemple ; elle était chaste, à sa connaissance aucun homme n’a jamais été de nuit en sa compagnie, au contraire elle dormait toujours avec une femme dans sa chambre.
Sa dévotion Elle se confessait souvent et s’adonnait assidûment à la prière. Elle écoutait la messe chaque jour et recevait fréquemment le sacrement de l’eucharistie. Elle ne supportait pas qu’on jure ou blasphème en sa présence et haïssait de telles choses, en actions comme en paroles.
Sa vie parmi les soldats Elle eut une vie très belle. Elle était sobre au boire et au manger, chaste, pieuse, entendant chaque jour la messe, confessant ses péchés très souvent et communiant chaque semaine avec une dévotion fervente. Elle reprenait les hommes d’armes quand ils blasphémaient, juraient, ou commettaient quelques méfaits ou faisaient des actes de violence.
Aptitudes militaires de Jeanne Ajoute aussi que sur le fait de la guerre elle était très instruite, bien qu’étant une fille jeune et simple. Comme les capitaines n’étaient pas d’accords entre eux, elle allait souvent les voir, leur donnait des conseils salutaires, et les encourageait en leur disant d’espérer en Dieu, de ne pas douter, car tout viendrait à bonne fin.
Confession de La Hire Se souvient parfaitement qu’elle engageait les hommes d’armes à confesser leurs péchés ; et de fait, lui qui parle, a vu qu’à son instigation et à sa requête La Hire confessa ses péchés, ainsi que plusieurs autres de sa compagnie.
Jeanne interdit les blasphèmes A vu Jeanne faire des reproches à des hommes d’armes, quand ils reniaient ou blasphémaient le nom de Dieu. Il en vit certains, de vie très dissolue, qui se convertirent et s’arrêtèrent de mal faire à la suite des exhortations de Jeanne.
Jeanne interdit les blasphèmes Se souvient un jour avoir vu un grand seigneur qui marchait en pleine rue, en jurant vilainement et reniant Dieu. Jeanne le vit et l’entendit, et très troublée, s’approcha de lui et le prit par le cou en disant : Ah ! Osez-vous renier notre Seigneur et maître ! En nom Dieu vous vous dédirez avant que je parte d’ici.
[Citation en français.] Alors le seigneur se repentit et s’amenda.
8. Œuvre divine ou humaine ?
Mission divine de Jeanne Interrogé s’il croit que Jeanne fut envoyée par Dieu, et que ses faits de guerre viennent d’une inspiration divine plutôt que d’un talent humain. Dit que oui, et pour plusieurs raisons.
Opinion sur Jeanne Le soudain changement de vent juste après ses paroles d’espoir, l’entrée du ravitaillement au nez des Anglais beaucoup plus forts, sa vision de saint Louis et de Charlemagne priant Dieu pour le salut du roi et de cette cité, tout lui semble montrer que Jeanne était menée plus par Dieu que par un esprit humain dans sa conduite de la guerre.
Suffolk et la prophétie d’une Pucelle du Bois chenu Suffolk fait prisonnier à Jargeau, on lui montra un petit papier contenant quatre vers faisant mention d’une Pucelle devant venir du Bois Chenu, chevauchant sur le dos des archers et contre eux.
Jeanne et sa mission Pour stimuler les soldats, Jeanne plaisantait sur ses faits d’armes, ou les exagérait ; mais quand elle parlait sérieusement de la guerre, de ses propres actions et de sa vocation, jamais elle n’affirmait autre chose que ceci : elle avait été envoyée pour faire lever le siège d’Orléans, pour secourir le peuple opprimé de cette ville et des lieux avoisinants, et pour conduire le roi à Reims afin qu’il fût sacré.
Envoyée par Dieu Lui-même n’a jamais remarqué qu’elle eût fait chose de blâmable ; au contraire il croit qu’elle fut inspirée par Dieu.
Envoyée par Dieu Attendu la vie bonne de la Pucelle et son comportement louable, attendu la réalisation de tout ce qu’elle avait vraiment prédit avant les événements, croit qu’elle fut envoyée par Dieu.
Envoyée par Dieu Interrogé si le siège fut levé grâce à Jeanne ou par la puissance des soldats, il répond que lui, et également tous ceux de la cité, croient que si la Pucelle n’était venue de la part de Dieu, la ville seraient tombée aux mains des ennemis. Il doute que les Orléanais aient pu résister longtemps contre les forces des ennemis, alors tellement supérieures à eux.
Envoyée par Dieu Ajoute qu’il entendit Jean de Maçon, très fameux docteur en l’un et l’autre droit, dire qu’il avait beaucoup examiné Jeanne dans ses déclarations et dans ses actes et qu’il n’y avait pas de doute qu’elle fût envoyée par Dieu ; et que c’était chose admirable de l’entendre parler et répondre. Il n’avait rien remarqué dans sa vie qui ne fût saint et bon.
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